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Full text of "Biographie universelle, ancienne et moderne; ou, Histoire"

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BIOGRAPHIE 

UNIVERSELLE, 

ANCIENNE  ET  MODERNE. 


FL— FR. 


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I 


BIOGRAPHIE 

UNIVERSELLE, 

ANCIENNE  ET  MODERNE, 

OU 

HISTOIRE,  PAR  ORDRE  ALPHABETIQUE,  DE  LA  VIE  PUBLIQUE  ET  PRIVEE  DE 
TOUS  LES  HOMMES  QUI  SE  SONT  FAIT  REMARQUER  PAR  LEURS  ECRITS  , 
LEURS  ACTIONS  ,  LEURS  TALENTS  ,  LEURS  VERTUS  OU  LEURS  CRIMES. 

OUVRAGE    ENTIÈREMENT    NEUF, 

IlÉDIGÉ  PAR  UNE  SOCIÉTÉ  DE  GENS  DE  LETTRES  ET  DE  SAVANTS. 


On  doit  des  égards   aux  vivatits  ;  on   ne   doit,   aur  morts, 
que  la  rérlté.     (  Volt.  ,  première  Lettre  tur  OEdipc.  ) 


TOME   QUINZIÈME. 


A  PARIS, 

CIIEZ  L.  G.  MICHAUD,  IMPRIMEUR-LIBRAIRE, 

RUE  DES  BONS-EKFAMTS,  N".  3^. 
1816. 


FEBlO'i9o5 


96  Ôl  0#- 


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SIGNATURES   DES    AUTEURS 


DU   QUINZIÈME    VOLUME. 


MM. 


A. 

Bàrânte. 

A.B-T. 

Beuchot. 

A-D. 

Artaud. 

A— D— R 

.  AaiAR-DuRITlElt. 

A— G— R. 

AUGER. 

A— R. 

Allier. 

A.  R—T. 

Abel  Remdsat. 

B— !. 

Berjtardi. 

B— I.— T. 

Boucharlaî. 

B-s. 

Bocous. 

B-ss. 

BoiSSOÎfADE. 

B— T. 

BlOT. 

B-u. 

Beaulieu. 

B— T. 

BOLLT. 

C. 

CHAUMETOrr. 

C— AU. 

CATTEAU-GALLEVItLE. 

C.  M.  P. 

PiLLET. 

C.T— T. 

Coquebert  de  Taizt. 

C— V— R. 

CUVIER. 

D— B— S. 

Dubois  (Louis). 

D.  L. 

Delaulwate. 

D.  L.  C. 

LiCOMBE  (De). 

D— P— s 

.  Du-Petit-Thouars. 

D— s. 

Desï'ortes  (  Boscherow  ) 

I)— T. 

DURDEINT. 

E-s. 

Eyriès- 

F.P-T. 

Fabien  Pillet- 

F— R. 

FOURNIER. 

G— CE. 

Gence. 

G— É. 

GmGUENÉ. 

G.F— R. 

FOURAIER  fils. 

G— ir. 

GuiLLOM  (Aimé). 

G— R. 

Grosier. 

G— s. 

Gallais. 

J^B. 

Jacob-Kolb. 

5-!T. 

JOURDAI». 

I^IK. 

Lastïyeie. 

MM. 

L — LE.         tiACRETELLE. 

L — K — R.  Lenoir. 

L — P— E.  Laporte  (  Hippolite  de ) 

Ij — R.  LaiR 

L — s.         Langlès. 

L— S— E.  La  Salle. 

X.— T — L.  Lallt-Tollendal  (De). 

L — u.        Ledru. 

L Y.  LÉCUT.  * 

M — D  ].  MiCHAUD  jeuuerf 

M — on.  Marron. 

N — R.  Ch.  Nodier. 

K — T.  Nicollet. 

P — c-»-T.  Picot. 

P — D.  Pataud. 

P — E.  Ponce. 

P— N T.    PoîJCELET. 

p — X.  PUJOULX. 

Q — R—T.  QUATREMÈRE-ROISST. 

R — D — M.  Renauldin. 

R L.  ROSSEL. 

S D.  SUARD. 

S.D.  S — T.  Silvestre-dè-Sact. 

S  — L.  SCHOELL. 

S.  S — l.        SiSMOIVDE-SrSMOJVDI. 

S. — S — N.  Saint-Surin. 
T — D.         Tabaraud. 
T — T.         Trolliet. 

tJ 1.  UsTÉRI 

V.  S  — L.  Vincens-Saint-Laurent. 

V T.  VlTET. 

V— -VE.  YillenaveT. 

W — r.  "VValckenaer, 

W — s.  Weiss. 

X  G.  Revu  par  M.  GinGueiçé. 

X — s.  Revu  par  M.  Suaru. 

2.  Anonyme. 


BIOGRAPHIE 

UNIVERSELLE. 


F 


rLABANt    LA    BILLARDERIE, 

tomle  d'Angivilliers.    Voyez    Apïgi- 
ViLLiERS,  au  Supplément. 

FLABENIGO,  ou  FLABANÏGO 
(Dominique),  doge  de  Venise,  de 
io3!2  à  1045.  Le  peuple  de  Venise 
soulevé  contre  le  doge  Dominique  Or- 
séolo  le  contraignit  en  io52  à  s'en- 
fuir à  Ravenne,  et  rappela  de  l'exil 
Dominique  Flabenigo  pour  Télever  à 
]a  première  dignité  de  sa  patrie.  Fla- 
benigo gouverna  Venise  avec  sagesse 
et  modération  ;  il  fit  rendre  une  loi 
pour  empêcher  les  doges  de  s'associer 
ieur  fils  dans  leurs  fonctions,  et  par 
là  il  maintint  à  Venise  la  forme  du 
gouvernement  républicain.  La  suc- 
cession héréditaire  des  doges  en  au- 
rait bientôt  fait  une  monarchie.  Fla- 
benigo mourut  en  i  o43 ,  et  Domini- 
que Gontarini  lui  succéda.  S.  S*— i. 

FLACGILLA  (jElia),  impéra- 
trice romaine,  femme  de  Theodose  P""., 
ïiaquit  en  Espagne.  Son  père  Anto- 
nius  fut  consul  en  082  j  Théodose 
l'épousa  en  Espagne  ,  et  lorsqu'elle 
quitta  celte  province  elle  était  déjà 
mère  d'un  fils,  Arcadius ,  né  en  077  , 
et  d'une  fille,  Pulchérie,  qui  naquit 
Tannée  suivante.  Flaccilla  monta  sur 
le  trône  en  579,  et  s'y  montra  digne 
de  son  époux,  en  alliant ,  comme  lui , 
la  modestie  et  la  grandeur  d'ame , 
soutenant  sa  fermeté,  modérant  ses 
ressentiments.  Pieuse  ,  charitable  , 
pleine  de  douceur  et  (Je  bonté,  elle 

XV. 


fit  les  délices  de  l'empire  et  le  bon- 
heur de  Théodose,  qui  lui  donna 
une  part  très  activé  dans  le  gouver- 
nement. Flaccilla  ne  négligeait  rien 
pour  inspirer  à  ses  enfants  l'amour 
de  la  vertu  :  elle  avait  donné  le  jour  à 
Honorius  en  384;  ^^^^  l'année  sui- 
vante elle  perdit  sa  fille  Pulchérie , 
âgée  de  six  ans,  et  qui  dans  un  âge 
si  tendre  annonçait  déjà  les  plus 
heuteuscs  qualités.  Flaccilla  ne  sur- 
vécut pas  long-temps  à  cette  perte; 
elle  mourut  à  Scotuse  en  Thrace, 
ou  elle  était  allée  prendre  des  eaux 
minérales.  Son  corps  fut  rapporté  à 
Constantinople.  Tout  l'empire  la  pleu- 
ra sincèrement,  et  les  Grecs  hono- 
rent encore  sa  mémoire  comme  celle 
d'une  sainte.  Flaccilla  avait  fait  cons- 
truire dans  Constantinople  un  palais 
qui  garda  son  nom.  Sa  statue  était 
placée  dans  le  sénat  entre  celles  de 
Theodose  et  d' Arcadius.  Il  existe  des 
médailles  en  or,  en  argent  et  eu 
bronze,  à  l'cfïigie  de  cette  princesse; 
mais  elles  sont  rares.  Les  Grecs  l'ont 
nommée  quelquefois  Placilla  ou  Pla- 
cidia,  L — S — e. 

FL ACCUS.  Voyez  Frangowitz  , 
Horace  ,  Valerius  et  Verrius. 

FLACE  (René),  littérateur  man- 
ceau,  né  à  Noyen-sur-Sarihe  le  23  no- 
vembre i53o,  se  distingua  par  des 
écrits  qui  obtinrent  dans  sa  province 
un  grand  succès.  La  Croix  du  Maine 
dit  qu'il  était  orateur  ;  poète ,  théolo- 


a  FLA 

gien ,  pliilosopbe  et  musicien.  Il  diri- 
gea le  collège  du  Mans,  cnlr.i  dans  l'clat 
ecclésiaslique  sous  les  luspices  de  l'e'- 
vcque  de  Beauvais ,  qu'd  appelle  son 
Wëcèue,  et  fut  nomme  cure  de  la  pa- 
roisse de  la  Coufture.  Il  tenait,  dans 
sa  maison  ,  une  cc<!le  publique ,  où 
Ton  enseignait  la  musique  et  les  belles- 
Jeltres.  Fiacé  a  célèbre'  en  vers  latins 
l'origine  des  Manceaux  et  la  fondation 
fabuleuse  de  leur  ville ,  qu'il  attribtie 
^  Lemanus,  roi  des  Celtes,  iS-ji  ans 
avant  J.-C  Cette  pièce  est  imprimée 
dans  ta  Cosmographie  de  B«l!efore>t, 
1 5^5,  et  dans  les  Coutumes  du  Maine 
commentées  p ir  Brodeau,  1 5  jS,  in-fol. 
Nous  avons  aussi  de  Flacé  :  I.  Prières 
tirées  de  la  Bible ,  tournées  de  latin 
envers  frauçois  ,  au  Mans,  i58'2  , 
iu-i2;il.  un  Poème  latin  intitulé: 
Catechismus  catholicus ,  inquopuer 
mn^istrum  inlerro^at  de  rébus  ad 
Jidei  catholicœ  professionem  perti- 
nentihus j  le  Mans,  Olivier,  iSgo, 
petit  iu-4°.;  2'".  édition,  iSgS.  Dans 
sa  dédicace  à  Claude  d'Angennes , 
cvêque  du  Mans,  l'auteur,  suivant  le 
mauvais  goût  qui  régnait  alors,  cite 
Anax^gore,  Heraclite  et  S.  Paul.  Il 
traduisit  cet  opuscule  en  vers  fran- 
çais, sous  ce  titre  i  III.  Catéchisme 
cathoUcque  et  sommaire  de  la  doc- 
trine  chrestienne  ,  mys  première- 
ment en  carme  latin  et  depuis  tour- 
né en  françois  par  M.  R.  Flacé  y 
curé  de  la  Coulture ,  es  fors-bourgs 
duMans/ihid.,  i576,in-8''.  Il  le  dé- 
dia au  cardinal  de  Bourbon ,  abbé  com- 
mendataire  de  la  Coulture  (  le  même 
que  les  ligueurs  proclamèrent  roi  de 
France  en  iSSg,  sous  le  nom  de 
Charles  X  ).  Placé  avait  distribué  des 
copies  de  son  Pocme  latin  long-temps 
avant  de  le  faire  imprimer;  cela  ex- 
plique Tin  vraisemblance  apparente  des 
deux  dates  1 590  et  iS^o.  Les  vers 
hÙBi  sont  mciU^rs  que  la  traduc- 


FLA 

tion;  quelques-uns  expriment  d'utiles 
préceptes  de  morale  et  d'hygiène  : 

Qiiod  facit  amplificat  tnmidis  jactantia  verbit. 

Fastus  in  incetsil ,  veste  vcl  ore  patet. 
SpurCi  libido  aniin.  vires  et  corporis  nufert  : 

Inducit  morbos  :  tabida  memora  facit. 
Vivis  non  ut  edai,  sed  edis  quô  vivere  posiif . 

N'unquam  tôt  gUdio  quoi  perlere  cibo. 

Flacé  mourut  le  i5  septembre  1600. 
L— u. 
FLACHAT  (Jean-Claude  ) ,  négo- 
ciant et  voyageur  frauçais  ,  parcourut 
la  Hollande,  Tltalie,  l'Allemagne,  et 
après  avoir  traversé  la  Hongrie,  la 
Valaquie  et  la  Turquie  ,  il  arriva  à 
Constantinople.  Il  avait  formé  le  pro- 
jet de  visiter  tons  les  pays  du  Levant 
et  d'aller  aux  Indes  j  mais  l'ambassa- 
deur de  France  lui  refusa  un  passe- 
port à  cause  des  dangers  d'un  si  long 
voyage ,  et  ne  consentit  à  lui  accorder 
que  la  permission  de  se  fixer  dans  la 
capitale  de  l'empire  othoman.  Flachat 
en  profita  et  tourna  toutes  ses  pensées 
vers  le  commerce.  11  devint  baserguian 
bachiy  ou  marchand  du  grand -sei' 
gneur;  ce  qui  lui  procura  la  facilité 
de  faire  de  grosses  affaires ,  en  ven- 
dant pour  l'usage  des  palais  de  sa  hau- 
tessp  toutes  sdrtes  d'objets  manufac- 
turés en  Europe.  En  bon  Français ,  il 
préférait  toujours  ceux  qui  venaient 
de  son  pays.  Il  profita  de  son  titre 
pour  dessiner  un  grand  nombre  de 
métiers  et  de  machines, et  s'instruire 
de  la  manière  de  fabriquer  différentes 
espèces  d'étoffes ,  de  choisir  les  ma- 
tières que  l'on  y  doit  employer;  de 
teindre  solidement  le  coton  en  rouge; 
d'étamer  le  cuivre  et  le  fer-blanc ,  de 
broder  au  tamis  ,  d'arçoner  le  coton  , 
etc.  C'était  au  kislar-aga  qu'il  devait 
son  titre.  Cet  officier  finit  pir  éprou- 
ver le  sort  de  ses  pareils,  il  perdit  la 
vie  ;  mais  Flachat  qui  s'éiait  prudem- 
ment abstenu  de  se  racler  d*aff lires 
politiques ,  ne  fut  pas  entraîné  dans  la 
chute  de  cet  oôicicr ,  et  5a  vie  et  ses 


FLÂ 

liîens  furent  sauves  de  la  proscriplion. 
Après  un  séjour  de  quinze  ans  à  Gons- 
tanliiiople ,  Flachat  en  partit  en  1 755, 
et  se  rendit  à  Smyrne.  Il  porta  son 
attemion  sur  la  culture  de  la  garance, 
prit  avec  lui  des  ouvriers  qui  connais- 
sait nt  les  procèdes  de  l'industrie  du 
Lovant,  don!  ii  voulait  enrichir  sa  pa- 
trie ,  et  à  cause  de  la  guerre  s'embar- 
qua sur  un  navire  de  Puiguse ,  qui  le 
mena  à  Livourne.  Tl  gagna  de  là  Gènes, 
puis  Nicc'  et  Marseille,  où  il  arriva  en 
1756.  Il  publia  le  résultat  de  ses 
voyages  sous  ce  titre  :  Observations 
sur  le  commerce  et  sur  les  arts  d'une 
partie  de  l'Eurojye ,  de  VAsie  ,  de 
l'Afrique^  et  même  des  Indes  orien- 
tales ,  Lyon,  1756,  1  gros  vol.  in- 
\i.  L'auteur  donne  dans  cet  ouvrage 
la  description  des  différents  pays  qu'il 
a  parcourus,  et  traite  principalement 
de  leur  cjramerce  et  de  leur  industrie. 
11  indique  aux  Français  les  diverses 
branches  de  coumierce  qu'il  leur  est 
utile  d'exploiter  ,  soit  exclusivement , 
soit  en  concurrence  av(  c  les  autres  né- 
gociants de  l'Kurope.  Il  observe  avec 
raison  que  les  Grecs,  maigre  leur  dé- 
cadence politique,  ont  conserve,  dans 
la  pratique  des  arts  ,  des  procédés  qui 
nous  sont  inconnus,  et  qu'il  regarde 
comme  intéressant  d'inlro  Juire  parmi 
nous  pour  perfectionner  notre  indus- 
trie, il  a  inséré  dans  son  livre,  des 
Mém(»ires  sur  la  culture  de  la  garance, 
sur  la  teinture  du  coton  filé  en  bleu ,  et 
sur  la  manière  de  le  blanchn-.  Les 
figures  qu'il  a  ajoutées  à  son  livre  pour 
expliquer  les  [U'océdés  qu'il  décrit, 
ou  pour  donner  une  idée  des  choses 
dont  il  parle,  sont  exactes,  mais  des- 
sinées sur  une  trop  petite  échelle,  et 
placées  plusieurs  sur  une  seule  plan- 
che de  format  in-i-i ,  ce  qui  au  pre- 
mier coup-d'œil  les  fait  paraître  con- 
fuses. Elles  ^ont  d'ailleurs  dessinées  as- 
sez grotesquçmeut.  Le  roi,  pour  ré- 


FLA  3 

compenser  Flachat  de  ses  efforts  en 
faveur  de  l'industrie  française  ,  accor- 
da ,  par  un  arrêt  du  conseil  du  21  dé- 
cembre 1736,  à  la  manufacture  de 
St.-Chamond,  en  Lyonnais,  qui  ap- 
partenait à  son  frère  ,  et  dont  il  avait 
la  direction  ,  le  titre  de  manufacture 
royale  ,  et  divers  privilèges  et  exemp- 
tions. Cet  arrêt  dit  expressément  que 
Flachat  a  amené  en  France  plusieurs 
ouvriers  grecs ,  qu'il  en  occupe  une 
partie  à  préparer  les  matières  pre- 
mières ,  et  l'autre  à  les  teindre,  et 
qu'il  tient  ses  ateHers  ouverts  au  pu- 
blic pour  y  donner  Texemple  et  for- 
mer des  élèves.  E — s 

FLACHSENIUS  (Jean),  évêqiie 
d'Abo,  en  Fi  "lande,  né  en  i(i56, 
mort  le  11  juillet  1708  ,  joignit  à 
l'élude  de  la  théologie,  celle  des  ma- 
thématiques, dont  il  répandit  la  con- 
naissance en  les  professant  pendant 
quelques  années  avec  un  grand  succès. 
On  doit  remarquer  entre  ses  ouvrages, 
les  Observations  sur  la  Comète  de 
16S1  ,  cl  le  recuwil  intitulé,  Sj'lloge 
systcmat.  iheoïog  mwidi  ante  et 
postdiluviani  ad  hœc  nostra  tem- 
pora,  Abo,  1690.  —  Flachsenius 
(Jacob) ,  probablement  frèie  du  pré- 
cédent ,  mort  en  1696,  est  auteur  de 
quelques  ouvrages  sur  la  théologie  et 
la  physique.  C — au. 

FL^CIUS.  Voy.  Frangov^itz. 

FLACIOS  (MATniAs),  médecin, 
né  à  Brunswick,  vers  le  milieu  du  16'. 
siècle,  fit  ses  études  à  Strasbourg  et  à 
Rostock.  Créé  maître  ès-arls  dans  cette 
dernière  ville  en  1674,  aj!;régé  à  la 
même  faculté  en  1  579,  reçu  docteur 
en  médecine  le  x'ù  septembre  i:)8i  , 
il  eu  fut  nommé  professeur  en  1690, 
après  avoir  occupé  pendant  quelques 
années  la  chaire  de  physique.  Sa  ré- 
putation fut  moins  étendue,  sa  car- 
rière moins  brillante,  mais  aussi  beau- 
coup moins  orageuse  (jue  celle  du  fa- 
I,. 


4  FLA 

inenx  théologien  Francowitz,  son  père, 
connu  sous  le  nom  de  Malhias  Fiacins 
Illyricus.  Les  écrits  peu  nombreux  pu- 
blics par  le  fils  sont  ou  des  compila- 
lions  indigestes,  ou  des  opuscules  com- 
plètement surannc's.  l.  Commenlario- 
rum  de  vitd  et  morte  lihri  quatuor, 
Francfort,  1 584,in-4".L"bcck,  161G, 
in-8''.  C'est  une  pirapbrase  ,  une  ex- 
plic.ilion  rarement  lucide  et  satisfai- 
sante des  opinions  émises  par  les  me'- 
dccins  et  philosophes  grecs  et  arabes 
sur  nue  matière  qui ,  de  nos  jours,  est 
encore  couverte  d'un  voile  épais.  II. 
Disputationes  XFïIl,  pariïm  phy- 
sicœ ,  parûm  medicœ ,  in  academid 
Jiostochiand  propositœ  ,  Rostock  , 
i594,in-8'.;  ibid.,  1602,  i6o3.  III. 
Themata  de  concoctione  et  crudi- 
iale,  Roslock,  1694,  in -8".  IV. 
Compendium  logicœ  ex  Aristotele , 
Hosfock,  1596,  in-12.  C. 

FLACOURT  (Etienne  de),  né  à 
Orléansen  1 60"],  fut  nommé  comman- 
dant de  Mad  igascar  par  la  compagnie 
des  Indes,  en  1648. 11  trouva  cette  île 
dans  le  plus  triste  état.  Les  Français 
s'élaient  mutines  contre  Pronis,  leur 
ch?'f;  une  partie  d*entre  eux  l'avait 
abandonné,  quelques  •  uns  avaient  été 
massacrés  par  les  naturels  du  pays  j 
ctjfin  le  désordre  était  exti  êrae,  et  pour 
comble  de  malheur  l'on  était  sur  le 
point  de  manquer  de  vivres.  Flacourt 
parvint  à  réparer  tous  ces  maux;  mais 
il  ue  put  rétablir  entièrement  la  tran- 
quillité: sans  cesse  en  butte  aux  menées 
sourdes  de  quelques  Français  turbu- 
lents, et  aux  attaques  des  Madécasses , 
il  passa  six  années  très  pénibles,  sans 
recevoir  des  nouvelles  de  France. 
Comme  il  se  voyait  tout-à-fait  dé- 
nué des  choses  les  plus  nécessai- 
res, il  résolut  de  partir  sur  une  grande 
barque,  avec  un  petit  nombre  d'hom- 
mes, pour  aller  cheiH:hcr  du  riz; 
mais  après  \iugt  jours  de  navigation, 


PLA 

les  mauvais  temps  le  forcèrent  Ae 
rentrer  au  port.  L'on  était  fortement 
indisposé  contre  lui ,  parce  qu'il  n'a- 
vait pas  annoncé  qu'il  allait  en  Fran- 
ce, et  l'on  pensait  qu'il  voulait  aban- 
donner la  colonie.  Il  appaisa  les  mur- 
mures en  disant  que  son  seul  but 
avait  été  de  demander  les  secours 
dont  l'île  avait  un  si  pressant  besoin  : 
mais  sa  situation  ne  s'améliora  pas  , 
et  il  n'eut  plus  d'autre  ressource  pour 
informer  ses  commettants  de  l'embar- 
ras où  il  se  trouvait,  que  d'envoyer 
à  la  baie  St.- Augustin  des  lettres  qu'il 
recommandait  au  premier  navire  chré- 
tien qui  viendrait  y  mouiller.  Peu  de 
jours  après ,  il  reçut  une  réponse 
d'un  capitaine  hollandais,  qui  lui  pro- 
mettait d'avoir  soin  de  ses  dépêches , 
et  lui  parlait  des  troubles  qui  agitaient 
la  France.  Les  peines  qu'endurait  Fla- 
court étaient  à  leur  terme  :  il  vit  bien- 
tôt deux  bâtiments  français  ;  et  le  duc 
de  la  Meilleraye  ,  nouveau  conces- 
sionnaire de  la  colonie ,  en  lui  écri- 
vant ,  lui  laissait  l'option  de  rester  à 
Madagascar  ou  de  revenir  en  France. 
Flacourt  préféra  ce  dernier  parti  parce 
qu'on  lui  assura  que  les  anciens  inté^ 
ressés  de  la  compagnie  l'abandon- 
naient entièrement,  et  que  leurs  droits 
passaient  au  duc;  puis  il  choisit  pour 
commandant  Pronis,  à  qui  il  avait 
succédé ,  et  qui  était  récemment  re- 
venu de  France.  Il  quitta  l'île  le  12  fé- 
vrier i655  ,  et  après  une  navigation 
heureuse ,  il  débarqua  à  Nantes ,  le 
a8  juin.  Il  fut  par  la  suite  employé 
dans  l'administration  de  la  compagnie 
dont  son  frère  était  un  des  principaux: 
intéressés  ,  et  il  eut  un  neveu  de  son 
nom ,  directeur  du  comptoir  français, 
à  Surate.  C'est  lui  qui  donna  à  l'île 
Bourbon  le  nom  qu'elle  porte  encore 
aujourd'hui.  Flacourt ,  revenant  en 
France  pour  la  seconde  fois,  se  noya 
ii^alhcurcuscraent  le  1 0  juiu  i6t)o.  ^0. 


FLA 

a  cle  lui  :  1.  Petit  Catéchisme  (  made- 
casse  et  français),  avec  les  prières 
du  matin  et  du  soir,  Paris ^  «657  , 
in-B".  11.  Dictionnaire  de  la  langue 
de  Madagascar ,  ai^ec  quelques 
mots  du  langage  des  Sauvages  de 
la  baie  de  Saldagne ,  au  cap  de 
Bonne  '  Espérance  ,  ibid. ,  i658  , 
in -8°.  III.  Histoire  de  la  grande 
isle  Madagascar^  Paris,  \  658,  in-4"-; 
2*.  édition ,  au  titre  de  laquelle  il  a 
etë  ajoute ,  avec  une  Relation  de  ce 
qui  s* est  passé  es  années  î655  , 
i656  eM657,  non  encore  veûe  par 
la  première  impression ,  Troyes  et 
Paris,  i66i;ibid. ,  i664,  i"-4''*> 
avec  des  cartes ,  des  figures  de  plantes 
et  d'animaux  assez  grossièrement  des- 
sinées et  d'autres  plancLes.  Cet  ou- 
vrage est  divisé  en  deux  parties  ;  la 
!'■*'.  donne  une  description  générale 
de  Madagascar ,  puis  celle  de  chacune 
de  ses  provinces ,  de  ses  rivières ,  et 
des  petites  îles  voisines  ;  il  y  est  traité 
ensuite  de  la  religion,  du;larigage, 
des  usages,  des  coutumes ,  du  gouver- 
nement des  habitants,  puis  des  plan- 
tes, des  métaux  et  des  animaux;  la 
a*",  partie,  qui  porte  le  titre  de  Rela- 
tion de  la  grande  isle  Madagascar  et 
de  ce  qui  s'y  est  passé  ^  etc. ,  contient 
le  récit  des  événements  qui  ont  eu 
lieu  depuis  1 64'^  ,  époque  de  la  pre- 
mièx'e  expédition  faite  par  les  Fran- 
çais. On  y  trouve  aussi  la  relation 
de  quelques  voyages  faits  à  de  petites 
îles  voisines  et  à  Mascareigne  ou 
Bourbon.  Flacourt  est  le  premier 
voyageur  qui  ait  donné  une  descrip- 
tion générale  de  Madagascar.  Elle  est 
f  iile  avec  beaucoup  de  soin  et  d'exac- 
titude. Elle  a  été  copiée  par  tous  ceux 
qui ,  dans  le  1 7^.  siècle ,  ont  écrit  sur 
cctteîle,  et  même  par  des  écrivains  pos- 
térieurs, quoique  quelques-uns  de  ceux- 
ci  aient  parfois  contredit  les  assertions 
uç  Flacourt.  Ils  ont  été  sujets  à  sVga- 


F  L  A  5 

rer  quand  ils  ne  Tout  pas  suivi,  parce 
qu'ils  ont  travaillé  d'après  des  mémoi- 
res qui  n'étaient  pas  toujours  fidèles , 
et  que  Flacourt  ne  parle  que  des  cho- 
ses qu'il  a  vues.  On  lui  a  reproché 
assez  amèrement  dans  le  temps,  d'avoif 
dépeint  Madagascar  trop  en  beau,  afîii 
d'encourager  les  Français  à  s'y  établir  j 
et  dans  les  temps  modernes  on  l'a  ac- 
cusé d'avoir  calomnié  le  caractère  des 
habitants  pour  faire  excuser  ses  ri- 
gueurs contre  eux.  Il  n'a  pas,  ajoutc- 
t-on,  exposé  clairement  les  divisions 
des  castes  arabes  établies  à  Madiigas- 
car,  et  n'a  donné  qu'une  énumération 
incomplète  des  provinces  ;  mais  il 
avoue  lui-même  ces  imperfections.  Ce 
dont  on  convient  généralement ,  c'est 
que  son  témoignage  doit  être  de  quel- 
que poids  pour  ce  qui  concerne  l'his- 
toire naturelle  à  laquelle  il  paraît  s'être 
attaché  plus  particulièrement,  et  que 
ses  notices  sur  les  plantes  de  l'île  mé- 
ritent d'être  consultées.  «  La  véracité 
y>  de  Flacourt ,  l'exactitude  de  ses  dcs- 
»  criptions ,  la  fidélité  de  son  pinceau, 
»  condamnent  au  silence  quiconque 
»  n'a  pas  à  lui  opposer  six  années 
»  d'observations  sur  les  lieux  dont  il 
»  parle,  et  dans  un  poste  dont  les  re^ 
»  lations  le  mettaient  à  même  de  bien 
»  connaître  cette  île  sous  tous  les  rap- 
»  ports.  C'est  dans  le  pays  même  que 
»  Flacourt  doit  être  lu.  »  Voilà  comme 
s'exprime  M.  Epidariste  Collin ,  habi- 
tant de  l'île  de  France.  {Annales  des 
Voyages ,  tom.  XIV,  pag.  3o6.)  Le 
botaniste  l'Héritier  a  donné  le  nom  de 
Flacurtia  à  un  arbrisseau  épineux  de 
Madagascar,  décrit  par  Flacourt  sous, 
le  nom  ^ Alaxnaton,  E — s. 

FLAD  (  PnrLippE  -  Guillaume- 
Louis),  laborieux  jurisconsulte  alle- 
mand, né  à  Heidelberg,  en  1712, 
fut  directeur  du  conseil  ecclésiastique 
dans  sa  patrie,  où  il  mourut  le  i*"". 
juin  178O.  Qavoit  par  ses  ouvrages , 


6  FLA 

dont  Meusel  donne  la  liste  au  nombre 
de  viugt-hnit,  qu'il  avait  fait  une  éUxdc 
particulière  de  la  numisraaliquc  ,  du 
droit  public  cl  dé  Thisloire  civile  et 
lilteVaire  du  Palatinat;  voici  les  prin- 
cipaux :  1.  Ichnographia  ori^iniim 
Francolhalineiisium  j  174^,  in  -  4''' 
11.  Amœnitates  novœ  Palatinœ  his- 
torico-litterariœ y  1^44?  i"" 4"'  1^^- 
Tenlamina prima  de  statu  lilterario 
et  eruditis  qui  in  Palatinatu  florue- 
runt,  Heidelberg,  1761,  in-4'.  Les 
ouvrages  suivants  sont  en  allemand  : 
IV.  Essai  ou  Premiers  Eléments 
d'une  Histoire  complète  du  Palali- 
nat  de  Bavière ,  1 74^  >  '^i  -  ft»l.  V. 
Notice  des  plus  fameux  graveurs  en 
monnaies  et  médailles,  avec  un  Dis- 
cours sur  Vutilité  que  la  jurispru- 
dence peut  retirer  de  la  numisma- 
tique^ Heidelhcig  ,  1751,  in  -  4"» 
"Vl.  Sur  la  littérature^  la  librairie  et 
T imprimerie  à  Heidelberg^  ibid.  , 
1760  ,  in -4".  Vil.  ^otice  sur  0.  L. 
Tolner,  historien  du  Palatinat ,  in- 
se'rëc  dans  le  recueil  de  Carlsruhe, 
t.  1".  Vlll.  Fjad  était  Tun  des  colla- 
borateurs de  la  Bibliothèque  pour 
VHistoire  civile  ,  ecclésiastique  et 
littéraire  de  la  Bavière.  —  Jean- 
Daniel  Flad  ,  probablement  frère  du 
précdilent ,  était  archiviste  de  l'admi- 
nistiation  ecclésiastique  de  Heidel- 
berg sa  patrie ,  où  il  mourut  en  oc- 
tobre 1779  ,  à^é  de  soixante-un  ans. 
Son  Mémoire  sur  Tépoquc  où  l'on  a 
commencé  à  faire  usage  du  papier  de 
cbiffbns,  fut  couronne  par  ratadémie 
de  Gôltiugue ,  en  1765  ;  on  trouve  de 
lui  quelques  morceaux  dans  la  collec- 
tion de  l'académie  de  Manheira,  dans 
la  collection  de  Carisrube  ,  et  dans 
quelques  autres  recueils  périodiques  , 
les  uns  en  latin,  les  autres  en  alle- 
mand, sur  riiisloirc  naturelle  du  ver 
de  la  cerise  ,  sur  lalTmité  du  trass 
àvcc  la  pierre-pouce,  etc.  lia  publié  eu 


FLA 

français  des  Pensées  surunemonnaîâ 
d'argent  des  anciens  Alemans ,  aveo 
fig.  j  Heidelberg ,  1 753,  in-lj». 

C.  M.  P. 
FLAHERTY  (  Roderic  0-  ),  his- 
torien irlandais,  naquit  en  if)5o,  à 
Moycullin ,  dans  le  comté  de  Galway. 
Ce  lieu  était  le  dernier  débris  des  vas- 
tes possession-ï  qui  avaient  appartenu 
autrefois  à  sa  fimille  en  toute  souve- 
raineté dans  la  Conacie  occidentale. 
Il  n'avait  que  onze  ans  lorsque  ce  der- 
nier asile  fut  confisqué  sur  son  père, 
par  suite  de  la  rébellion  de  1641  ;  il 
se  retira  alors  dans  une  j)ctile  lerme, 
à  Park ,  dans  la  baronie  de  Moycullin , 
et  i!  y  mourut  en  1718.  0'  Flaherty 
semble  avoir  voulu  mettre  les  sou- 
venirs du  passé  à  la  place  des  jouis- 
sances du  présent;  il  s'était  adonné 
avec  ardeur  à  l'étude  de  l'histoire  et 
dès  antiquités  de  sa  patrie,  et  il  pu- 
blia le  résultat  de  ses  recherches  sous 
le  titre  singulier  et  un  peu  mystérieux 
de  Ogvgia  seu  rerum  hihernicarum 
chroaologia  ex  pervetustis  monumen- 
tisfideliter  inter  se  collatis  eruta  , 
alque  è  sacris  et  profanis  litteris 
primarum  orbis  gentium  ,  tam  ge- 
nealogicis  ,  quàm  chronologicis  suf- 
fulta  prœsidiis  ,  Londres  ,  1 685  , 
in-4''.j  traduite  en  anglais  parlâmes 
Hcly,  Dublin,  179"),  1  vol.  in-8\ 
Celte  histoire,  qui  commence  au  dé- 
luge ,  et  va  jusqu'à  Tan  1 684  de  J.C. , 
est  divisée  en  trois  pnrlies.  La  pre- 
mière contient  la  description  de  l'Ir- 
lande ,  traite  de  ses  divers  noms ,  de 
ses  habitants,  de  son  étendue,  de  ses 
monarques,  de  ses  rois  provinciaux, 
de  la  manière  dont  se  faisait  leur  élec- 
tion, etc.  La  seconde  oftVe  une  es- 
pèce de  parallèle  chronologique  des 
évéueraents  qui  se  sont  passés  en 
Irlande,  avec  ceux  qui,  aux  mêmes 
époques ,  ont  eu  lieu  dans  d'autres, 
pays  j  la  troisième  donne  plus  ea  d> 


FLA 

tail  les  affaiies  de  l'Jrlande.  Celle  bis- 
toiie  csl  suivie  d'une  table  clnonolo- 
gique,  annoncée  comme  très  exacte, 
de  tous  les  rois  chrétiens  qui  ontre'gnë 
dans  cette  île  depuis  482  jusqu'en 
1  oi'i ,  et  un  récit  succinct  des  traits 
principaux  de  l'histoire  d'Irlande  de- 
puis ce  temps  jusqu'en  1684.  Vient 
ensuite  un  poème  chronologique  ,  qui 
forme  un  sommaire  de  celte  histoire 
durant  la  même  peiiode.  Le  tout  est 
terminé  par  une  liste  de  tous  les  rois 
écossais  et  irlandais  qui  ont  régné  dans 
les  îles  britanniques.  Dans  ses  remar- 
ques chronologiques  sur  la  maison 
royale  des  Sluarls,  O'-Flaherty  pré- 
tend prouver  qu'elle  était  originaire- 
ment irlandaise,  et  Fergus  P"".  s'en 
vantait  dans  ses  discours  aux  Irlan- 
dais. 11  est  surprenant  que  ni  l'au- 
teur ,  ni  son  ouvrage  ,  n'aient  été 
mentionnés  par  Macpherson  ni  par 
Whitaker,  dans  leur  querelle  relative 
à  la  manière  dont  l'Irlande  avait  été 
peuplée  et  à  l'origine  des  Calédoniens. 
Les  détails  que  Flaherty  donne  des 
antiquités  de  sa  patrie  sont  vraiment 
curieux.  A  l'en  croire,  trois  pêcheurs 
espagnols,  Cappa,  Lagne  et  Luasat, 
poussés  par  les  vents  contraires ,  abor- 
dèrent en  Irlande  avant  le  déluge  (on 
ne  dit  point  l'année);  ils  en  furent  les 
premiers  habitants.  Quarante  jours 
avant  le  déluge  ,  il  s'y  fit  un  nouveau 
débarquement  composé  de  trois  hom- 
mes et  de  cinquante-trois  femmes  j  ils 
donnèrent  leurs  noms  à  plusieurs  en- 
droits de  nie  ,  que  Flaherty  nomme 
sans  hésiter.  Cette  colonie  ayant  péri 
par  le  déluge,  une  nouvelle  popula- 
tion d»  mille  hommes ,  sous  la  con- 
duite de  Partholan ,  d'Edga  sa  femme 
et  de  ses  trois  fils,  Uudric  ,  Slange  et 
Lagne  ,  y  aborda  un  mardi,  14  mai 
de  l'an  5i2  après  le  déluge.  Lelte  co- 
lonie, parvenue  au  nombre  de  neuf 
mille  personnes,  fut  détruite  par  une 


FLA  7 

peste  au  bout  de  trente  ou  de  trois 
cents  ans  ;  car  Flaherty  observe  que 
dans  la  langue  irlandaise,  avec  le  chan- 
gement de  deux  lettres,  de  trente  ou 
peut  faire  trois  cents.  Nous  faisons 
grâce  aux  lecteurs  du  détail  des  révo- 
lutions suivantes,  tout  aussi  circons- 
tanciées, jusqu'à  la  cinquième  colonie, 
venue  d'Espagne  l'an  du  monde  2954, 
sous  la  conduite  des  Milésiens ,  qui 
fondèrent  en. Irlande  une  monarchie 
qui  a  duré  sans  interruption  pendant 
deux  mille  trente-sept  ans,  jusqu'à  la 
conquête  de  l'île  par  Henri  II ,  Tan 
1 162.  Pour  garants  de  tous  ces  détails, 
Flaherty  cite  des  poèmes  composés 
par  Conang  0  Malcomar,  par  G.  Mo- 
dudius  de  Ardbrecain ,  par  G.  Cœma- 
nus  ,  etc. ,  dont  le  plus  ancien  ne  re- 
monte pas  plus  haut  que  le  commen- 
cement du  1 1".  siècle  (  i  ).  VOg^gia^ 
traitée  légèrement  par  quelques  écri- 
vains ,  est  mentionnée  avec  éloge  par 
un  plus  grand  nombre.  On  ne  peut  nier 
que  cet  ouvrage  ne  présente  des  re- 
cherches laborieuses ,  une  érudition 
peu  commune,  une  classification  bien 
ordonnée,  et ,  soit  en  prose,  soit  en 
vers ,  une  latinité  éclairée  et  concise. 
Même  en  payant  le  tribut  dont  aucun 
Irlandais  ne  peut  se  défendre  pour  les 
antiquités  de  son  pays,  0'  Flaherty, 
surtout  dans  ce  qui  précède  la  colonie 
milésienne ,  ne  cesse  d'avertir  ses  lec- 
teurs qu'il  ne  croit  pas  les  fables  qu'il 
raconte....  Quce  prodigiosa  commère 

ta  prorsùs  rejicio errores  perau' 

tiquœ  originis  annotandi..,.  per  obs^ 
curas  nehulas  splendor  emicnt  veri" 
tatis....  Undenàm  constet  ea  tempo- 
rum  signala  ohservatio  vix  capio..., 
etc.  0'  Flaherty  avait  promi's  une  se- 
conde partie,  dans  laquelle  il  devait: 


(i)  Voyezle  savant  morceau  sur  la  langue  irlan- 
daise par  Desliaulerayes ,  dans  VEiicrclopédia 
étém.  ,  ouBiOtioth.  det  Artistes  el  des  Amateurs, 
par  l'abbé  Petity,  lom.  UI,  ou  ae-  g»rt. ,  p.  5o4 
et  suiv. 


f^  FLA 

parlrr  n\  dciail  des  rois  cîircticns  de 
l'Irlande;  il  nVxecirta  pas  ce  projet. 
Cependant  Guillaume  Harris  dit  ouc^ 
suivant  l'opinion  générale,  une  seconde 
])artie  existait  en  manuscrit  dans  les 
mains  d'un  des  parents  de  Flalicrly  ; 
mais  ce  n'était  probablement  qu'un  ex- 
trait succinct  des  annales,  depuis  1 187 
jusqu'en  1527.  Flaherty  écrivit  aussi 
luie  défense  de  son  Og/fçia  contre  les 
attaques  de  sir  George  Mackenzie  et  de 
plusieurs  autres  auteurs  •  ce  traite'  a 
été  publié,  après  sa  mort,  par  O'-Con- 
11  or,  sous  le  titre  d'Ogjgia  vengée. 

FLAMAEL.  P^o;y.  Bertolet. 

FLAMAJND.  P'oj.  Duqdesnoy. 

FLAMEL  (  Nicolas  ) ,  écrivain- 
libraire  juré  en  l'université  de  Paris , 
est  un  des  hommes  sur  le  compte  des- 
quels s'est  le  plus  exercée  la  crédulité 
publique.  On  ne  connaît  ni  la  date 
ni  le  lieu  de  sa  naissance  ;  car  il  n'est 
pas  certain  qu'il  fût  natif  de  Pontoise. 
On  ne  peut  citer  de  lui  que  les  actions 
iclatives  à  son  état,  des  acquisitions 
de  maisons  et  de  rentes ,  des  procès , 
des  fondations  d'œuvres  pies ,  son  tes- 
tament et  sa  mort.  Que  disons-nous  ? 
Flamel  est  plein  de  viej  Paul  Lucas 
l'a  rencontré  dans  ses  voyages  j  il  a 
encore  six  siècles  à  parcourir  ;  c'est , 
tn  un  mol ,  un  de  ces  heureux  adeptes 
auxquels  Dieu  n'a  pas  dédaigné  d'ou- 
vrir les  trésors  de  sa  grâce  infinie. 
Telles  $ont  du  moins  les  rêveries  que 
débitent  les  philosophes  hermétiques , 
et  voici,  suivant  eux,  comme  il  en 
advint.  En  i557  (  date  fausse,  car  à 
cette  époque  Flamel  n'était  point  raa- 
jié ,  et  dans  le  récit  il  est  question 
des  sollicitudes  de  sa  femme  ) ,  en 
1 357  ,  disons-nous ,  la  Providence  fit 
tomber  entre  ses  mains  un  vieux  livre 
tracé  sur  écorce  d*arbrc ,  qu'il  acheta 
deux  florins.  Ce  livre  avait  trois  fois 
ifpt  feuillets,  était  rnrirhi  de  fiuurcs 


FLA 

peintes;  il  n  y  avait  pas  jusqu'au  coït!' 
vercle{\)  qui  ne  fût  chargé  de  carac- 
tères mystérieux.  Eln  tcte  on  lisait  :  Ua" 
hraham  j  juif,  prince,  prêtre ,  lé- 
vite ,  astrologue  et  philosophe ,  à 
la  nation  des  Juifs  que  Vire  de  Dieu 
a  dispersés  dans  les  Gaules ,  salut\ 
On  peut  juger  ce  livre,  car  il  s'ea 
trouve  des  copies  dans  les  cabinets 
des  curieux  :  il  a  pour  objet  la  trans- 
mutation métallique.  Possesseur  d'uu 
si  rare  trésor ,  Flamel  se  mit  à  l'étu- 
dier sans  relâche  ;  mais  ce  fut  vai- 
nement, car  il  ri*est  pas  plus  intel- 
ligible que  les  autres  écrits  des  phi- 
losophes. Il  passa  vingt-un  ans  dans 
une  application  continuelle ,  dans  les. 
prières ,  dans  les  larmes  ,  dans  des. 
travaux  infructueux  ;  ce  qui  ne  peut 
guère  s'accorder  avec  les  devoirs  de 
son  étal  et  les  détails  contentieux: 
dont  on  le  voit  sans  cesse  occupé.  U 
est  bon  d'observer  d'ailleurs  que  ce 
nombre  vingt-un  est  mystérieux  j  c'est 
aussi  celui  des  feuillets  du  livre.  Au 
bout  de  ce  temps ,  désespérant  de 
parvenir  sans  secours  à  l'intelligence 
des  hiéroglyphes  d'Abraham ,  il  en- 
treprend un  pèlerinage  à  Compostelle> 
pensant  y  trouver  quelque  juif  plus 
savant  que  lui.  Or  dom  Pernely  vous 
apprendra  ce  que,  en  langage  hermé- 
tique, on  entend  par  un  voyage.  Son 
vœu  accompli,  il  rencontre  dans  la 
ville  de  Léon  un  médecin  juif  nommé 
maître  Canches ,  auquel  il  s'ouvre  sur 
le  sujet  de  ses  peines.  D'après  les  dé- 
tails qu'il  lui  donne  verbalement,  le 
médecin  explique  plusieurs  emblèmes; 
mais  il  fallait  voir  le  livre ,  et  Flamel 

(1)  L'jiuleur  de  cet  article  pO(fè<le  une  cojiic 
très  i>récieii<e  des  figure*  de  ce  couvercle,  (aile 
par  rlami-l  lui-même.  Elle  présente  deux  carrés 
parfiiils.  Un  j  remarque  des  hiéroglyphes  ^^yp- 
tiens  qui  ont  aiicique  rapport  avec  ceux  de  U 
table  iliaque,  r«iuLlème  de  trois  mains  rëunirs, 
dont  une  est  noire,  celui  du  b<euf  et  de  iXeux  au- 
ges prosternt^s  devant  une  croix,  et  beaucoup  d« 
rarai'têrrs  iKibrnujurs,  éthiopiens,  arabes,  grecs, 
cabaliiiiijucf ,  parfaitement  bien  exécuter. 


FtA 

n'avait  ose  le  confier  aux  hasards  d'un 
pèlerinage.  Les  deux  nouveaux  amis 
résolurent  donc  de  revenir  ensemble 
à  Paris ,  où  Flamel  allait  voir  mettre 
un  terme  à  ses  anxie'te's.  Vain  espoir! 
A  Orléans  ,  le  médecin   tombe  ma- 
lade ,  et  meurt  (  figure  allégorique  de 
la  dissolution  de  la  matière  ).  L'écri- 
vain, inconsolable,  rentre  seul  dans 
ses  foyers.  Il  travaille  encore  trois 
ans  inutilement  (  autre  nombre  sym- 
bolique ;  second  tour  de  roue  ).  Enfin , 
le  lundi  17  janvier  i38'2  ,  environ 
midi ,  par  l'intercession  de  la  bénoite 
vierge  Marie ,  il  fait  la  projection  sur 
demi-livre  de  mercure,  qui  est  con- 
verti en  pur  argent,  meilleur  que  ce- 
lui de  la  minière.  Il  n'avait  donc  en- 
core que  l'œuvre  au  blanc  ;  mais ,  le 
25  avril  suivant  (  100 — 5  jours  ),  iï 
l'eut  au  rouge.  Il  le  répéta  depuis  une 
seule  fois,  car  il  ne  fit  en  tout  que 
trois   projections.   Ici    nous  devons 
avertir  que ,  si  l'on  consulte  VÂrl  de 
vérifier  les  dates  ,  on  y  trouvera  que 
le  17  janvier  i582  fut  un  vendredi 
et  non  un  lundi,  et  la  dissemblance 
est  trop  grande,  soit  en  français  ,  soit 
en  latin  ,  pour  qu'on  puisse  attribuer 
l'erreur  aux  copistes;  mais  il  est  évi- 
dent que  l'œuvre  sur  la  lune  devait 
ctrc  fait  nv.  lundi.  Voilà  à  quoi  per- 
sonne n'avait  encore  pensé,  et  par  où 
nous  achèverons  de  prouver  ici  pour 
la  première  fois  que  toute  cette  légende, 
dont  la  fausseté  n'était  plus  guère  con- 
testée ,  est  SYMBOLIQUE  commc  la  plu- 
part des  écrits  des  philosophes,  et 
f  résente  elle  -  même  une  allégorie  de 
œuvre  hermétique.    Ce  n'était   pas 
assez  de  faire  de  Flamel  un  adepte, 
il  fallait  encore  le  signaler  comme  au- 
teur (i).  En  i56i  ,  cent  quarante- 


(  1 ,  Adeluni;  s'est  plu  ,  dans  son  Histoire  des  Fo- 
lies humaines,  à  r.sseaibler  une  multitude  d'ou- 
vrages sous  le  nom  de  flamel  :  peiac  bien  iaulile  , 
puisijuaueua  u'csl  a-.:'.lici;lifjuç 


FLA  9 

trois  ans  après  sa  mort,  Jacques  Go- 
horry,  dit  le  Parisien,  que  l'on  peut 
regarder  comme  l'inventeur,   ou  diï 
moins  le promulgateur  de  cette  fable, 
publia ,  in  8°. ,  sous  le  titre  de  Trans^ 
formation  métallique,  trois  anciens 
Traités  en  rhythmc  française,  savoir  : 
la  Fontaine  des  amoureux  de  scien- 
ce ,  par  Jean  de  La  Fontaine,  de  Va- 
lenciennes  ;  les  Remontrances  de  Na- 
ture à  VAlclvymiste  errant ,  avec  la 
réponse,  par  Jean  de  Meung,  et  Ip 
Sommaire  philosophique ,  qu'il  attri- 
bue à  notre  écrivain.  Lenglet  a  mal 
énoncé  ce  recueil  dans  sa  Bibliothè- 
que. Dans  une  espèce  de  préface  mise 
au  Sommaire,  Gohorry  débite  à  peu 
près  ce  qu'on  a  lu  ci-dessus.  Ce  Som- 
maire ,  nommé    aussi  le  Roman  de 
Flamel  et  composé  de  six  cent  cin- 
quante-six vers  ,  a  été  réimp,  avec  les 
mêmes  pièces,  Lyon,  1689,  1618, 
in-i 6 ,  et  il  est  rare  de  toutes  les  édi- 
tions. Il  se  trouve  encore  au  tome  II 
de  la  Bibliothèque  des  philosophes 
de  Salmon  et  de  Maugin ,  dans  l'é-  , 
dition  du  Roman  de  la  Rose  donnée 
par  Lenglet,  et,  en  latin,  danslcMan- 
get  et  le  Muséum  hermeticum  de 
1677.  E"    161  a,   Pierre  Arnauld, 
sieur  de  la  Chevalerie ,  gentilhomme 
poitevin ,  renouvela  la  fable  de  Fla- 
mel, qu'avait  accréditée  Roch  le  Bail- 
lif ,  et  publia ,  avec  deux  traités  d'Ar- 
tepbius  et  de  Synesius,  traduits  en 
français,  les  Figures  hiéroglyphiques 
de  Nicolas  Flamel,  ainsi  quil  les 
a  mises  en  la  quatrième  arche  quil 
a  hastic  au  cimetière  des  Innocents 
à  Paris ,  avec  V explication  d'icelles 
par  icelui.  Ce  recueil,  intitulé  Trois 
îraictez  de  la  philosophie  naturelle , 
est  in-4''.  Il  a  été  réimprimé,  même  for- 
mat ,  en  1659  et  1682 ,  et  se  trouve 
dans  la  Bibliothèque  de  Salmon.  Ricii 
de  plus  ridicule  que  riiittrprétaiioa 
de  ces  prétendus  hiéroglyphes,  dans 


10  FLA 

lesquels  tout  homme  sensé'  n'a  jamais 
vu  que  des  sujets  de  dcvolion.  C'est 
un  homme  tout  noir,  emblème  de 
Saturne,  voy.jnt  merveille  dont  moult 
il  s'esbdiit  (  la  transmutation  des  mé- 
taux). Ce  sont  des  roues  de  char  chan- 
gées en  matrùs.  H  n'est  pas  jusqu'à 
l'ecriloire  de  Fiamel  qui  ne  devienne 
le  vase  philosophique,  et  n'ait ,  comme 
la  trinitc,  trois  parties  distinctes  ne 
faisant  qu'un  seul  tout.  On  attribue 
encore  à  Fiamel  :  I.  le  Désir  désiré , 
ou  Trésor  de  philosophie ,  autre- 
ment le  Livre  des  six  paroles ,  qui  se 
trouve  avec  le  Traité  du  soufre  ,  du 
cosmopolite  ,  et  V  Œuvre  royale  de 
Charles  FI,  Paris,  1618,  1629, 
in-8\  ;  et  dans  la  Bibliothèque  de 
Maugin.  II.  Le  grand  esclaircissement 
de  la  pierre  philosophale  pour  la 
transmutation  de  tous  métaux ,  Pa- 
ris, 1 628, in-8.j  Paris,  Lamy,  1782, 
în-i2.  Ce  n'est  qu'un  extrait  de  YÉlu- 
cidarium  chjmicum  de  Chrisicfle  de 
Paris.  Dans  la  réimpression ,  servant 
de  supplément  à  la  Bibliothèque  des 
philosophes  chimiques,  est  annoncée 
une  nouvelle  Vie  de  Fiamel ,  qui  n'a 
point  été  publiée.  L'éditeur  promet 
également  un  ouvrage  intitulé,  La  Joie 
parfaicte  de  moi  Nicolas  Fiamel^ 
et  de  Pernelle  ma  femme ,  qui  n'a 
point  paru,  et  l'on  peut  aisément  s'en 
consoler.  III.  la  Musique  chimique, 
opuscule  très  rare.  IV.  Annotata  ex 
N.  Flamello,  au  t.  \^\  du  Theatrum 
chymicum.  V.  Commcntatio  in  Dio- 
njrsii  Zacharii  opusculo  chemico,  au 
•j'.  vol.  de  la  Bibl.  de  Manget.  Ce  com- 
mentaire est  évidemment  supposé , 
puisque  Zachaire  est  postérieur  à  Fia- 
mel. W.La  vraie  pratique  de  la  noble 
science  d'alquemie  ou  les  laveures  ; 
manusciii  ipie  les  dévols  à  Fiamel  re- 
gardent eux-mêmes  comme  douteux. 
VIL  Quœdam  hiero^lyfhica  etcar- 
mina  quœ invariis Luteliœ  lapidibus 


FLA 

olimvidebantur,  etc.,  manuscrit  cité 
par  Borcl,.<t  qu'il  dit  être  différent 
du  livre  publié  par  La  Chevalerie. 
VHI.  Doni  Pernety,  dans  les  tbser- 
valious  qu'il  a  publiées  sur  l'histoire  de 
Fiamel  ,  parle  d'un  psautier  manus- 
crit, daté  de  i4ï45  sur  les  niarj;€S 
duquel  était  un  Commentaire  philO" 
sophf'que  de  la  façon  de  notre  adepte. 
IX.  Enfin ,  comme  si  les  livres  préci- 
tés n'étaient  pas  assez  obscurs  par 
eux-mêmes,  un  certain  Denis  Moli- 
nier,  se  qualifiant  de  chevalier  de 
l'ordre  du  Christ ,  a  rais  en  chiffres 
en  douze  clefs  Valchymie  de  Fia- 
mel. Cet  utile  travail  est  manuscrit. 
Mais  il  faut  maintenant  considérer  le 
bon  Fiamel  sous  un  aspect  moins 
ridicule.  De  son  temps,  l'état  qu'il 
exerçait  était  très  lucratif.  L'imprime- 
rie n'était  pas  encore  inventée,  et  les 
manuscrits  se  vendaient  à  un  si  haut 
prix  que  les  riches  seuls  pouvaient 
s'en  procurer.  On  a  vu  d'ailleurs  qu'à 
la  profession  d'écrivain  Fiamel  joignit 
celle  de  libraire.  Il  est  donc  peu  sur- 
prenant que  cet  homme  laborieux, 
intelligent,  et  d'ailleurs  peu  délicat 
sur  les  moyens  d'acquérir,  quoique 
dévot  en  apparence ,  soit  parvenu  à 
une  assez  grande^  aisance.  Il  épousa, 
vers  i3(i8,  une  veuve  nommée  Per- 
nelle ou  Pcrette ,  qui  lui  apporta  quel- 
que bien.  Nous  avons  dit  qu'il  était 
peu  délicat  en  affaires.  A  mesure  qu'il 
gagnait  de  l'argent,  il  achetait  de  pe- 
tites rentes  sur  des  maisons ,  et  préfé- 
rait celles  dont  le  recouvrement  était 
difficile.  Alors  il  faisait  mettre  l'im- 
meuble aux  criées,  et  trouvait  moyen 
de  se  le  faire  adjuger  à  bas  prix.  Outre 
sa  maison,  située  au  coin  de  la  rue  de 
Marivaux  ( ï  ),  il  en  fil  bâtir  une,  rue  de 

(1)  La  (oif  (le  l*or  rt  la  crtfdulilé  ont  fait,  à  ili- 
vertrt  reprise*,  tenter  des  foutUe*  d^n»  cette  mai- 
ion.  On  a  prétendu  (|ue  dri  ëtraugeit  trouvèrent 
dint  le*  caTM  iiu  grand  nombre  dj  creuteif  rem» 
(.ILt  d'une  maticre  npirt  et  pond^reuM ,  doat  il* 


FLA 

Montmorency,  lieu  où,  disent  lesliis- 
toricns  du  temps,  j  ai^oit  tarants  pu- 
naisies  de  boes  ,  et  l'agrandit  par  des 
acquisitions  sul)se'quentes.  Une  itis- 
crij'tiou,  mise  sur  la  porte  de  cette 
maison ,  nous  apprend  que  Flamel  exi- 
geait de  chaque  locata're  ,  de  dire 
thasciin  jour  une  patenostre  et  un 
m'e-maria\)Our  le  salut  des  trépassés. 
11  édifia  deux  des  arcades  du  charnier 
des  Innocents,  fit  construire  au  même 
lieu  un  tombeau  pour  sa  femme,  éleva 
le  petit  portail  de  St.-Jacques-de-!a- 
Boucherie,  celui  de  Stc.-Geneviève- 
des-Ardcnts,  celui  de  la  chapelle  Sl- 
Gervais.  Voilà  à  peu  près  à  quoi  se 
bornent  ces  constructions  si  vantées. 
Pernelle  mourut  le  1 1  septembre 
1 597.  Les  deux  époux  s'étaient  fait  un 
don  mutuel ,  que  Pernelle  avait  an- 
nulé par  son  testament,  puis  rétabli 
par  un  codicile.  L'abbé  Villain ,  par  le 
relevé  le  plus  exact  des  biens  des  deux 
conjoints  ,  a  montré  qu'à  la  mort  de 
Pernelle ,  ils  formaient  un  capital  de 
53oo  livres  tournois ,  représentées  en 
i76f ,  date  de  son  ouvrage,  par  \g 
somme  de  38,839  liv.  Au  décès-  de 
Flamel,,  arrivé  le  22  mars  i4'^j 
la  totalité  de  ses  revenus  se  montait 
à  676  livres  5  sols  tournois ,  for- 
mant, toujours  en  1 761,  4 5^96  livres 
de  rente.  Ce  revenu,  sans  doute,  est 
considérable  j  mais  il  n'excède  pas 
néanmoins  ce  qu'a  pu  amasser,  dans 
un  état  très  lucratif,  un  homme  éco- 
nome et  laborieux.  Il  n'a  surtout  au- 
cun rapport  avec  les  trésors  immen- 
ses dont  on  l'a  fjit  possesseur ,  avec 
les  sep4  paroisses  dont  il  élailseigneur, 
les  quatorze  hôpitaux  qu'on  lui  doit . 
et  qui  n'existent  que  dans  l'iraagina- 


t'emparèrenr.  C'est  un  de  ces  contes  qui  dc 
«ont  appuyés  sur  aucun?  preuve.  La  dernière 
(eotative  ,  exécutée  par  des  gens  qui  s'étalent  of- 
ferU  pour  faire  réparer  la  maison,  et  qui  aban. 
donnèrent  ensuite  leur  eutreprise,  n'eut  aucua 
«uccçs.  ^ 


FLA  li 

iion  des  philosophes. Fbmel  fut  en- 
terré dans  l'église  de  St.- Jacques- dc- 
la-Boucherie ,  dont  il  avait  institué  les 
raarguilliers  ses  exécuteurs  testamen- 
taires. En  lisant  son  testament ,  en  se 
rappelant  ses  diverses  fondations  ,  011 
se  convaincra  qu'il  eut  toute  sa  vie 
beaucoup  plus  d'ostentation  que  dc 
véritable  piété.  Ces  inscription^,  ces 
bas -reliefs  disséminés  partout,  cette 
affectation  de  multiplier  sa  figure  et 
celle  de  sa  femme  dans  les  diverses 
églises  auxquelles  il  fit  travailler,  eu 
sont  une  preuve  sans  réplique.  6ous 
les  dehors  d'une  austère  dévotion  ,  il 
cachait  à  la  fois  l'avidité  d'acquérir,  et 
l'orgueil  de  paraître  un  des  premiers 
de  sa  paroisse.  Ou  ne  doit  donc  pas 
s'étonner  si ,  même  de  son  vivant ,  il 
passa  pour  beaucoup  plus  riche  qu'il 
ne  l'était  réellement.  A  la  mort  de  sa 
femme,  il  fut  imposé  à  100  liv.  de 
droits  envers  le  roi ,  et  Ton  a  prétendu 
que  ,  lorsque  les  malheurs  de  Charles 
YI  forcèrent  le  gouvernement  à  faire 
contribuer  les  citoyens  les  plus  opu- 
lents ,  Gramoisy ,  maître  des  requêtes, 
vint  rendre  visite  à  l'écrivain,  dans 
l'intention  d'obtenir  de  hii  une  somme 
considérable.  Les  biens  de  Flaracl 
une  fois  multipliés  dans  l'opinion,  ou 
voulut  en  découvrir  la  source.  Les 
uns  ont  dit  qu'il  les  tenait  des  juifs, 
qui,  chassés  de  la  France,  l'avaient 
chargé  du  recouvrement  de  leurs 
créances.  IjC  président  Ilénault,  Saint- 
Foix  et  d'imtres ,  ont  démontré  l'ab- 
surdité d'une  pareille  origine.  L'au- 
teur du  Comte  de  Gabalis  émet,  iro^ 
niquementou  sérieusement,  une  assez 
bizarre  opinion.  Il  admet  l'acquisition 
des  figures  d'Abraham ,  juif;  mais  ce 
livre,  suivant  lui,  n'était  qu'un  indice 
emblématique  des  divers  lieux  où  les 
juifs,  cspiilsés  du  royaume,  avaient 
enfoui  leurs  trésors,  et  ce  fut  le  rabbi 
^«azard  qui  lui  eu  donna  i'interpiéla- 


11  FLA 

tiou.  Au  reste,  Villars  connaissait  mal 
Flamel,  puisqu'il  en  f.iit  un  chirur- 
gien, et  quii  le  fait  Toyager  à  Rome 
et  à  Naples.  Quant  aux  prétendus  re'- 
sullats  de  l'œuvre  licrmélique ,  on  a 
vu  ci-dessus  ce  qu'il  en  faut  penser. 
L'abbé  Villain  a  publié  à  Paris,  1 761, 
in-12  :  Histoire  critique  de  Nicolas 
Flamel  et  de  PerneÙe  sa  femme.  Ce 
livre  est  comme  la  suite  d'un  aulre 
que  l'on  doit  y  joindre ,  puisqu'il  y 
est  aussi  question  de  Flamel:  Essai 
d'une  Histoire  de  la  Paroisse  de 
St-Jacques-de-la-Boucherie ,  Paris , 
1  758 ,  in- 1 2.  Dom  Pernety ,  toujours 
ami  du  merveilleux  ,  fit  sur  l'Histoire 
de  Flamel^quclques  observations  dans 
\ Année  Littéraire.  L'abbé  Villain  y 
répondit  par  :  Lettre  à  M***. ,  sur 
celle  que  dom  Pernetf  a  fait  insérer 
dans  une  des  feuilles  de  M.  Fréron, 
contre  VHist.  crit.  de  N.  Flamel, 
Paris,  1762  ,  in-12.  D.  L. 

FLAMIN  LEWISTON  {W\) , 
d'une  maison  illuslre  d'Ecosse,  arriva 
en  France  avec  la  jeune  Marie  Stuart. 
Henri  II  devint  amoureux  d'elle  ,  en 
la  voyant  danser  dans  une  mascarade 
composée  par  Catherine  de  Médicis. 
M^^".  Flamin ,  qu'on  n'appelait  à  la 
cour  que  la  belle  Ecossaise,  fut  aimée 
de  Henri  pendant  plusiairs  années, 
et  en  eut  un  fils  connu  sous  le  nom 
de  Henri  d'Angoulême,  grand  prieur 
de  France ,  tué  à  Aix  en  1 588 ,  par 
Phi!ij>pe  Allovilti ,  mari  de  la  belle 
Cliâlcauneuf.  Loin  de  cacher  sa  gros- 
sesse, M''*".  Flamin  s'en  faisait  gloire, 
et  prétendait  que  dans  cet  état  tout  le 
monde  devait  l'honorer.        B — y. 

FL\MININUS(Titus-Quintiî;s), 
appelé  Flaminius  par  quelques  au- 
teurs, romain  consulaire,  a  un  grand 
ijoin  dans  l'histoire,  pour  avoir  pro- 
cl.irac  la  liberté  publique  au  milieu 
tic  la  Grèce  assemblée.  H  n'était  que 
i|ucsieur  lorsque ,  i'aii  de  Rome  55  \ , 


FLA 

il  fut  porté  au  consulat  sans  avoir 
passé  par  l'édiîité  et  la  préture ,  ce  qui 
avait  peu  d'exemples.  Aussitôt  qu'il 
fut  déclaré  consul ,  il  se  rendit  en  hâte 
à  l'armée  romaine,  en  Epire,  pour 
s'opposer  à  Philippe,  roi  de  Macé- 
doine ,  qui  venait  de  prendre  les  ar- 
mes contre  Rome  sans  y  avoir  été 
provoqué.  Dans  une  entrevue  que 
Flamininns  eut  avec  ce  prince,  il  lui 
demanda  la  liberté  des  villes  de  la 
Thessalie,  dont  il  s'était  injustement 
emparé.  Sur  sa  réponse  négative,  le 
consul ,  avec  l'activité  qui  le  carac- 
térisait, se  prépara  au  combat  :  son 
attaque  suivit  de  près.  L'engagement 
fut  disputé  par  les  Macédoniens,  qui, 
suivant  Tite-Live,  le  cédaient  peu 
aux  Romains  par  le  courage,  l'habi- 
leté, et  la  manière  dont  ils  étaient  ar- 
més. Les  Romains  parvinrent  à  les 
prendre  à  dos,  et  à  les  mettre  en  dé- 
sordre. L'armée  ennemie  aurait  été 
détruite,  si  les  vainqueurs  avaient  pu 
poursuivre  les  fuyards:  ils  eu  furent 
empêchés  par  l'aspérité  des  lieux  et  la 
pesanteur  de  leur  infanterie.  Philippe 
s'«  nfuil  en  Macédoine.  Le  consul  s'oc- 
cupa aussitôt  à  reprendre  la  Thessa- 
lie :  il  emporta  facilement  la  ville  de 
Phalérie,  secondé  puissamment  par 
la  flotte  romaine  que  commandait 
L.  Quintius  ,  son  frère ,  jointe  aux 
forces  maritimes  d'Attale  et  des  Rho- 
diens.  Il  assiégea  Eretrie,  et  la  prit 
d'assaut.  La  ville  d'Afrax  fit  une  dé- 
fense si  opiniâtre,  que  Flamiuinuscrut 
devoir  en  lever  le  siège.  Après  avoir 
pris  rapidement  quelques  places  dans 
la  Phocide ,  il  s'occupa  de  né^^ocicr 
auprès  de  la  li^ue  des  Achéeus  pour 
la  détacher  du  parti  de  Philippe,  et 
en  faire  une  alliée  des  Romains  :  il  y 
réussit.  L'année  de  son  consulat  étant* 
expirée,  le  commandement  en  Macé- 
doine lui  fut  continué.  Le  roi  demanda 
encore   cnc  entrevue  :  Je  procvasui 


FLÂ 

Raccorda  ;  el  dans  les  conditions  de 
paix  qu*il  proposa,  il  demanda ,  entre 
autres  choses ,  que  !es  garnisons  ma- 
cédoniennes fussent  retirées  de  tou- 
tes les  villes  de  la  Grèce.  On  convint  de 
faire  une  trêve  de  deux  mois,  el  d'en- 
voyer des  députations  à  Rome.  Les 
ambassadeurs  du  roi  furent  entendus; 
mais  le  sénat  ne  décida  rien.  Il  inves- 
tit Flaraininus  du  pouvoir  de  faire  la 
paix,  ou  de  continuer  la  guerre.  Pùi- 
lippe  alors  fit  un  traité  d'alliance  avec 
Nabis,  tyran  de  Sparte,  et  de  nou- 
veaux préparatifs  contre  les  Romains. 
Flamininus,  de  son  côté,  se  fortifia 
de  l'alliance  des  Béotiens.  Les  deux 
armées  étaient  à  peu  près  d'égale  force; 
les  Romains  l'emportaient  seulement 
par  la  cavalerie  étolienne.  Elles  se 
trouvèrent  en  présence  l'une  de  l'au- 
tre à  Cynocéphale  en  Thessalie.  Après 
quelques  escarmouches,  l'engagement 
devint  général.  Philippe,  à  la  tête  de 
son  aile  droite ,  avait  l'avantage  ;  sa 
gauche ,  à  laquelle  venait  se  joindre 
une  partie  de  sa  phalange,  se  trou- 
vait dans  une  sorte  de  désordre. 
Le  centre,  qui  était  plus  près  de  la 
droite ,  restait  dans  l'inaction  ;  l'autre 
partie  de  la  phalange  s'avançait  pour 
s'y  placer.  Alors  Flamininus,  quoi- 
qu'il vît  que  les  siens  pliaient  à  la 
gauche,  ne  balança  pas  à  pousser  ses 
éléphants  contre  l'ennemi ,  et  à  tom- 
ber ensuite  sur  lui  avec  impétuosité, 
ne  doutant  pas  qu'une  partie,  lâchant 
pied,  n'entraînât  le  reste.  Il  ne  se 
trompa  point  :  les  Macédoniens  pri- 
rent l'épouvante  ,  el  s'enfuirent.  Un 
tribun  des  soldats  se  détacha  avec  un 
corps  de  troupss,  et  prit  à  dos  l'aile 
droite  des  ennemis.  Ce  qui  mit  le  com- 
ble à  leur  désordre,  fut  l'immobilité 
de  la  phalange,  par  l'impossibilité  où 
elle  était  de  manœuvrer.  La  victoire 
fut  entière  pour  les  Romains ,  qui  ne 
perdirent  guère  plus  dç  sept  cents 


FLA  i5 

hommes  :  les  Macédoniens  eurent  huit 
mille  hommes  tués  el  cinq  mille  pri- 
sonniers. Philippe  envoya  de  nouveau 
des  ambassadeurs  à  Romej  le  pro- 
consul y  députa  de  son  coté.  Le  sénat 
s'assembla  à  ce  sujet  :  il  n'y  eut  pajs 
lieu  à  beaucoup  de  paroles,  les  Ma- 
cédoniens assurant  que  le  roi  ferait  ce 
qu'aurait  ordonné  le  sénat.  Cette  as- 
semblée nomma  dix  députés ,  sur  l'a- 
vis desquels  Flamininus  traiterait  de 
la  paix  avec  Philippe.  Le  proconsul  et 
son  conseil  décidèrent  que  la  paix  se- 
rait faite,  aux  conditions  que  toutes 
les  villes  de  la  Grèce ,  en  Europe  et 
en  Asie,  auraient  la  liberté  et  l'exer- 
cice de  leurs  lois ,  et  que  les  garni- 
sons des  Macédoniens  en  seraient  re- 
tirées ,  etc.  :  c'était  au  commencement 
de  l'année  556.  Les  jeux  isthméens 
allaient  se  célébrer  à  Corinthe.  Le  con- 
cours des  spectateurs  était  immense  : 
tous  les  esprits  étaient  dans  l'attente  de 
ce  que  la  Grèce  allait  devenir.  Les  Ro- 
mains se  placèrent  :  un  héraut  s'avan- 
ça au  milieu  de  l'arène,  et  après  avoir 
imposé  silence,  prononça  que  le  sé- 
nat ,  le  peuple  romain ,  et  Titus-Quin- 
tius  imperator ,  ordonnaient  qu'en 
conséquence  de  la  défaite  de  Philippe 
et  des  Macédoniens ,  les  Corinthiens , 
les  Phocéens  ,  les  Locriens  ,  etc. , 
toutes  les  nations  enfin  qui  avaient 
été  assujélies  par  Philippe,  fussent 
libres ,  et  eussent  l'exercice  de  leurs 
lois.  A  cette  proclamation ,  l'étonne- 
ment  général  fut  si  grand  qu'on  ne 
savait  ce  qu'on  avait  entendu  :  on  fit 
répéter  le  héraut.  Quand  les  jeux  fu- 
rent finis,  les  spectateurs  se  portèrent 
en  foule  auprès  de  Flamininus  :  on  se 
pressait  pour  lui  toucher  les  mains, 
le  couvrir  de  couronnes.  Il  faut  voir 
dans  Tite-Live  le  tableau  de  cette 
scène  unique  dans  l'histoire.  L'an- 
née suivante,  la  guerre  fut  résolue  par 
les  Romains  et  les  alliés  contre  Nabi.?. 


i4  vtk 

qui  &*était  perfidcrncnt  crap.ire  d'Ar- 
^os.  Flaminiiuis,  après  avoir  conduit 
soa  armëc  sur  le  territoire  de  cette 
Tille,  se  décida  à  attaquer  plutôt  Sparte 
et  son  roi,  les  principaux  auteurs  de 
1.1  guerre.  Il  marcha  donc  vers  Sparte: 
Quintius,  son  frère,  s*avança  de  son 
vote  avec  la  flotte  romaine ,  et  les  esca- 
dres des  allies.  Le  t^'ran  se  voyant 
bloque'  par  mer,  et  presse  du  cote  de 
Ja  terre,  sans  espoir  de  secours  ,  de- 
manda à  entrer  en  pourparler.  Le 
résultat  de  l'entrevue  fut  l'offre  de  la 
part  de  Nabis,  de  rendre  Argos,  les 
prisonniers  et  les  transfuges.  Les  eve'- 
iienicnis  de  la  guerre  avaient  amené 
les  choses  au  point  qu'il  fallait  assié- 
ger Spai'te ,  ville  très  forte ,  et  qui 
pouvait  être  bien  défendue.  Fiami- 
iiinus  Ifi  sentait,  et  inclinait  à  tout  fi- 
jiir  par  la  paix.  Ses  alli«s  consenlirent 
à  ce  qu'il  la  proposât  sur-le-champ  : 
en  conséquence,  les  principales  con- 
ditions impose'es  à  Nabis  furent  qu'il 
retirerait  ses  garnisons  d'Argos  et  des 
villes  de  son  territoire  ;  qu'il  n'aurait 
plus  de  vaisseaux  de  guerre ,  qu*il 
rendrait  les  prisonniers  et  les  trans- 
fuges à  toutes  les  villes  alliées  des  Ro- 
mains ,  et  qu'il  ne  ferait  ni  alliance , 
ni  guerre.  Ces  conditions  furent  reje- 
lées  par  Nabis  et  par  les  Lacédémo- 
nicns.  La  guerre  recommença  :  Sparte 
fut  investie  par  les  Romains  et  leurs 
alliés,  au  nombre  de  cinquante  mille; 
ils  en  vinrent  à  un  assaut  général.  Les 
Laccdémoniens  se  défendirent  avec  vi- 
gueur ;  mais  ayant  vu  les  Homains  pé- 
nétrer dans  la  ville,  ils  lâchèrent  pied, 
ï^abis  les  voyant  ftiir,  et  croyant  la 
ville  prise,  cherchait  à  s'évader.  Py- 
lliagoras,  qui  faisait  les  fonctions  de 
général,  fut  seul  cause  du  salut  de 
imparte.  Il  fit  mettre  le  feu  aux  édifices 
voisins  du  mur;  l'incendie  s'étant 
promptement  étendu,  les  Romains  se 
tronvaicQt  exposés  à  la  chute  des  mai- 


FLA 

sons.  La  fumée  ajoutait  la  terreur  an 
danger.  Ceux  qui  étaient  en  dehors  de 
la  ville,  s'éloignèrent  du  mur;  et  ceux 
qui  étaient  déjà  entrés  se  replièrent , 
de  peur  d'être  séparés  des  leurs  par 
l'incendie  qu'ils  auraient  à  dos.  Quin- 
tius  alors  fit  sonner  la  retraite,  et  les 
Romains  rentrèrent  dans  leur  camp. 
Flamininus,  attendant  beaucoup  de 
la  terreur  des  ennemis ,  chercha  à 
l'entretenir,  tantôt  en  les  harcelant 
par  d('s  attaques ,  tantôt  en  les  blo- 
quant par  des  travaux  pour  leur  ôler 
tout  moyen  de  fuir.  Le  tyran,  n'y 
tenant  plus,  envoya  Pythagoras  pour 
négocier.  Le  général  romain  lui  or- 
donna d'abord  de  sortir  de  son  camp; 
mais  le  député  s'étant  jeté  à  ses  pieds 
en  suppliant ,  il  consentit  à  l'enten- 
dre. La  paix  fut  accordée  à  Nabis, 
aux  conditions  qui  lui  avaient  été  im- 
posées quelques  jours  auparavant  : 
il  l'accepta.  Argos  s'étant,  pendant  le 
conflit,  délivrée  elle-même,  annonça 
pour  l'arrivée  de  l'armée  romaine  et 
de  son  général ,  la  célébration  solen- 
nelle des  jeux  néméens  qui  avait  été 
suspendue  par  la  guerre.  Flamininus 
en  fut  nommé  président;  iPrctourna 
ensuite  à  Rome ,  oii  une  autre  gloire 
l'attendait.  Il  triompha  pendant  trois 
jours  :  le  fils  du  roi  de  Macédoine,  et 
le  fils  du  tyran  de  Sparte,  marchaient 
devant  son  char.  Le  bruit  se  répan- 
dant qu'Antiochus ,  roi  de  Syrie,  se 
préparait  à  la  guerre  contre  les  Ro- 
mains, le  sénat  envoya  des  députés 
dans  la  Grèce ,  à  la  tête  desquels  fut 
Flamininus ,  pour  entretenir  les  bon- 
nes dispositions  des  alliés.  La  puis- 
sante ligue  des  Acliéens  était  du  plus 
grand  intérêt  pour  chacun  des  par- 
tis. D'un  côte,  les  députés  d'Antio- 
chus  et  des  Etolicns  les  sollicitaient: 
de  l'autre,  Flamininus  employa  son 
éloquence  à  les  retenir  dans  l'alliance 
des  Romains;  il  y  réussit.  Dans  toute 


FLA 

sa  vie  politique  ,  il  montra  qu'il  n'é- 
tait pas  moins  Tami  de  la  paix  que 
de  la  liberté  publique.  En  l'année 
563 ,  il  y  eal  une  brigue  très  Ibrte 
pour  la  dignité  de  censeur,  entre  des 
personnages  considérables  :  Flamini- 
nus  emporta  le  premier  les  suffrages. 
II  remplit  cette  magistrature  avec 
beaucoup  de  douceur.  L'an  569 ,  le 
sc'nat  le  députa  auprès  de  Prusias, 
roi  de  Biîbynie,  pour  se  plaindre  de 
l'asyle  qu'il  avait  donne  à  Annibal  : 
il  réussit  encore  dans  cette  mission. 
Neuf  ans  après,  Flamininus  se  dis- 
tingua par  la  somptuosité  des  jeux 
qu'il  fit  célébrer  eu  l'honneur  de  son 
père  qu'il  venait  de  perdre.  Le  con- 
sulat lui  fut  encore  déféré  en  l'année 
60 1 .  L'histoire  ne  nous  apprend  plus 
rien  de  lui.  Q — K — y. 

FLAMINI0(  Jean-Antoine),  qui 
se  fit  dans  la  poésie  latine  une  réputa- 
tation  effacée  par  celle  de  son  fils, 
naquit  à  Imola  vers  1464.  Son  nom 
de  familie  était  Zarabbini  de  Colignola; 
mais  ayant  été  dès  sa  jeunesse  reçu 
membre  de  l'ancienne  académie  véni- 
tienne, il  y  prit,  selon  l'usage  du  temps, 
l€  surnom  romain  de  Flaminio  ,  qu'il 
ï:;arda  comme  son  nom  propre,  et  qu'il 
transmit  à  ses  cnfans.  De  Venise  où  il 
avait  terminé  ses  éludes  ,  il  fut  appelé 
à  Seravalle,  diocèse  de  Trévise,  pour 
y  professer  les  belles-lettres  ;  il  n'avait 
que  21  ans.  Il  s'y  maria,  et  alla  en- 
suite exercer  les  mêmes  fonctions  à 
Montagnana.  Mais  après  y  avoir  passé 
environ  quatorze  ans,  il  revint  en 
i{h>2^  a  Seravalle,  d'où  il  ne  voulait 
plus  sortir.  Cependant  les  guerres  qui 
survinrent  lui  furent  si  fatales,  qu'ayant 
perdu  tout  ce  qu'il  avait  acquis  par  ses 
travaux,  il  fut  forcé  en  1609  de  re- 
tourner à  Imola  sa  patrie.  Les  libérali- 
tés du  cardinal  Raphaël  Riario  et  du 
pape  Jules  H  le  tirèrent  de  cet  état  de 
détresse,  et  il  rouvrit  à  Imola  une 


FLA  i5 

école  de  belles-lettres.  Mais  les  habi* 
tans   de  Seravalle,  parmi  lesquels  il 
avait  précédemment  reçu  les  droits  de 
cité,  et  même  ceux  de  la  noblesse  ,  le 
rappelèrent  avec  tant  d'instances,  qu'il 
revint  à  eux  en  1 5 1 7  ,  et  reprit  son 
premier  emploi.  La  renommée  qu'il 
avait  acquise  y  attira  un  grand  nombre 
de  jeunes  gens  de  la  première  noblesse 
du  pays ,  que  leurs  parens  envoyaient 
chez  lui,  tt  qui  y  vivaient  comme  dans 
une  maison  commune.  De  ce  nombre 
fut  le  jeune  Alphonse  Fanluzzi ,  fils  du 
comte  Gaspard  Fanluzzi,  riche  patri- 
cien de  Bologne,  qui  voulut  ensuite  que 
Fiarninio  allât  à  Bologne  même  conti- 
nuer dans  son  palais  et  l'éducation  de 
son  fils,  et  celle  de  tous  lesautres  jeunes 
nobles  qui  voudraient  l'y  suivre.  (^o;r. 
Gaspard  Fantuzzi.  )  Le  concours  en 
fut  pir.s  grand  que  jamais;  et  le  comte 
Fantuzzi  joignant  aux  fruits  que  leur 
maître  retirait  de  cet  enseignement  de 
grandes   libérables,  Flaminio   passa 
fort  doucement  auprès  de  lui  les  seize 
dernières  années  ae  sa  vie ,  générale- 
ment aimé  et  estimé,  non  seulement 
pour  son  savoir,  mais  pour  rextrême 
pureté  de  ses  mœurs  et  la  douceur  de 
son  caractère.  Il  mourut  à  Bologne  le 
18  mai  i536.  Ilalaisséunassezgrand 
nombre  de  poésies  latines  dont  le  mé- 
rite est  médiocre.  Ses  ouvrages  en 
prose  sont  meilleurs,  quoiqu'ils  n'aient 
pas  la  même  élégance  qu'on  admire 
dans  quelques  auteurs  latins  de  sou 
temps.  Ce  sont  entre  autres,  douze  li- 
vres de  Lettres ,  les  Fies  de  quelques 
Saints    de    l'ordre  des  Frères  prê- 
cheurs ,  ou  de  Saint-Dominique ,  un 
Dialogue  sur  l'Education  des  En- 
fants ,  un  Traité  de  V  Origine  de  la 
Philosophie,  une  Grammaire  latine^ 
etc.  Le  P.  Dominique  Joseph  Capponi, 
dominicain  ,  a  fait  imprimer  pour  la 
première  fois  lès  Lettres  latines  de 
Jean-Antoine  Flaminio,  à  Bologne, 


i6  rtA 

en  1744*  îï  a  »^is  en  tête  une  Vie  de 
TAuteur ,  où  il  donne  un  Catalogue 
exact  de  ses  ouvrages  tant  imprimés 
que  restes  inédits.  Une  autre  vie  de 
J.  A.  Flaminio,  plus  exacte  et  plus  de'- 
taillee,  composée  par  Jean-Augustin 
Cradenigo,  a  été  insérée  dans  le  tome 
XXIV  de  la  Nuoya  Raccoltad' Opus- 
culiy  etc.  G — É. 

FLAMINIO  (Marc-Antoine  ),  fils 
du  précédent,  naquit  à  ^eravalle  en 
1498.  II  n'eut  point  d'autre  maître 
que  son  père ,  et  il  ne  pouvait  avoir  ni 
un  meilleur  guide  pour  ses  études ,  ni 
un  meilleur  modèle  pour  ses  mœurs; 
il  profita  également  de  ses  leçons  et  de 
SCS  exemples.  Il  n'avait  que  seize  ans, 
lorsque  son  père  voulant  envoyer  en 
i5i4-.  au  nouveau  souverain  pontife 
Léon  X ,  un  recueil  de  ses  vers  latins, 
le  chargea  de  cette  commission,  et  lui 
ordonna  d'offrir  en  même  temps  au 
pape  quelques-unes  de  ses  propres 
poésies.  Léon  accueillit  avec  bonté  ce 
message,  parut  très  satisfait  des  vers 
du  père  et  du  fils,  récompensa  géné- 
reusement ce  dernier,  et  le  confia  aux 
soins  de  Raphaël  Brandolini ,  orateur 
et  poète,  qui  était  logé  au  Vatican.  Le 
jeune  Fiaminio  ayant  été  présenté  une 
seconde  fois  au  pape  ,  et  ayant  fait  de- 
vant lui  de  nouvelles  preuves  d'un 
talent  extraordinaire,  Léon  X  lui 
adressa  ce  vers  de  Virgile  :  Macte 
novd  virtute ,  puer^  sic  itur  ad  asira. 
Une  autre  fois  encore ,  le  pape  se  plut 
à  disputer  avec  lui  devant  plusieurs 
cardinaux,  sur  difîérenles  questions, 
et  le  jeune  homme  sç  tira  si  heureuse- 
ment de  cette  épreuve ,  que  le  cardinal 
d'Arragon  écrivit  à  son  père  une  lettre 
de  fclicitalion.  Jean-Antoine  permit 
alors  à  son  ûls  de  rester  à  Rome;  celui- 
ci  profita  de  ce  séjour  pour  faire  un 
voyage  à  Napics,  sans  autre  objet  que 
de  connaître  personnellement  le  poète 
Sannazar.Dc  retour  à  Rome,  en  1 5 1 5, 


FLA 

il  fut  invite'  parle  comte  Balihazar  Clasi'* 
tiglione  à  l'aller  voir  à  Urbin  ;  Gasti- 
glione  fut  enchanté  de  ses  talents  ,  le 
logea  dans  sa  maison,  et  conçut  dès- 
lors  pour  lui  la  plus  tendre  amitié. 
Fiaminio  composa  pour  son  hôte  une 
églogue  qu'il  fit  imprimer  avec  quel- 
ques poésies  latines  ;  on  fut  surpris 
de  voir  un  style  aussi  formé  dans  un 
poète  de  i-j  ans.  Vers  la  fin  de  la  même 
année,  son  père  voulut  qu'il  joignît  à  ses 
études  précédentf-s  celle  de  la  philoso- 
phie ,  et  le  fît  partir  pour  Bologne ,  oit 
il  n*eut  d'autre  logement  que  le  palais 
de  François  Bentivoglio.  ija  philoso- 
phie achevée,  il  s'attacha  à  Etienne 
Sauli  ,  noble  génois  et  protonotaire 
apostohque;  il  se  renditavec  lui  à  Rome 
en  1 5 19 ,  et  y  passa  plusieurs  années  ,■ 
uniquement  occupé  d'etndes  littéraires^ 
et  de  compositions  poétiques.  Il  passa 
du  service  de  Sauli  à  celui  du  datîire 
Giberti ,  qu'il  suivit  à  Padoue  et  à  Vé- 
rone ;  ce  fut  alors  qu'il  écrivit  en  prose 
latine  une  paraphrase  sur  le  12*".  livre 
de  la  Métaphysique  d'Aristote  et  une 
autre  sur  le  Psaume  XXXII,  qui  furent 
imprimées  l'une  à  Bàle  et  l'autre  à 
Venise  en  i556et  i537.Cependanty 
sa  santé  affaiblie  depuis  long  temps  , 
faisait  craindre  pour  sa  vie;  on  lui 
conseilla  l'air  de  Naples,  qui  en  effet  lo 
rétablit.  Mais  il  courut  dans  ce  pays 
des  dangers  d'une  autre  espèce.  Sa 
piété  même  et  l'intégrité  de  ses  mœurs 
l'y  entraînèrent,  en  rendant  spécieux 
pour  lui  les  arguments  dont  les  nova- 
teurs se  servaient  pour  demander  une 
réforme  dans  l'Eglise. Valdès ,  l'un  des 
plus  zélés  ,  se  trouvait  à  Naples  ;  il  sut 
gagner  la  confiance  de  Fiaminio  et  l'at- 
tirer insensiblement  à  ses  opinions. 
Heureusement,  ayant  quitté  Naples,  eu 
i54i  ,  Fiaminio  rencontra  à  Vi- 
terbe  le  cardinal  Polus  qui  y  était  légat, 
et  qui  le  retint  auprès  de  lui  ;  les  entre- 
liens de  ce  prince  de  l'église  le  raffer- 


F  L  A 

mirculdans  sa  foi  ;  il  le  suivit,  en  1 54^, 
à  Trente,  où  le  concile  était  indiqué  ; 
mais  la  convocation  en  ayant  été  re- 
tarde'e,  il  revint  à  Viterbe  avec  le  car- 
dinal ,  qu'il  accompagna  de  nouveau 
à  Trente  vers  la  fin  de  i545,  quand  le 
•concile  y  fut  définitivement  assemblé. 
Le  cardinal  Pallavicino  rapporte  dans 
son  Histoire  (t.  T,l.vi,c»  i  ),  que 
la  pi  icc  de  secrétaire  de  ce  concile  fut 
offerte  à  Flaminio,  et  qu'il  la  refusa  , 
peut-être  parce  qu'il  nourrissait  dans 
son  arae  quelques  opinions  contre  les- 
quelles, s'il  l'eût  acceptée,  il  aurait  dû 
exercer  sa  plume,  opinions  au  reste 
dont  le  même  historien  ajoute  qu'il 
finit  par  revenir.  Les  protestants  pré- 
tendent en  trouver  des  traces  dans  les 
poésies  de  Flaminio,  et  le  pape  Paul  IV 
crut  sans  doute  aussi  les  y  voir,  ])uis- 
qu'il  en  défendit  la  lecture  en  1 55g  ; 
mais  ce  qui  fait  penser  qu'il  eut  en  cela 
trop  de  scrupule  ou  de  sévérité ,  c'est 
que  ces  mêmes  poésies  ne  se  trouvent 
plus  parmi  les  livres  prohibés ,  dans 
les  éditions  suivantes  qui  fuient  faites 
de  VIndex.  Il  paraît  que  sans  quitter 
le  service  du  cardinal  Polus,  Flaminio 
fut  cependant  attaché  à  plusieurs  au- 
tres cardinaux  dont  il  reçut  des  bien- 
faits. On  voit  par  ses  poésies  mêmes, 
qu  il  le  fut  au  cardinal  Alexandre  Far- 
nèse,  qui  devint  ensuite  le  pape 
Paul  III;  que  sans  compter  une  infi- 
nité de  riches  présents ,  ce  généreux 
protecteur  des  lettres  lui  fit  rendre  un 
bien  de  campagne  dont  ou  l'avait  in- 
justement dépouillé  à  la  mort  de  son 
père,  et  qu'il  l'accrut  même  considéra- 
blement par  ses  bienfaits  (  1. 1 ,  carm. 
1 7  ;  1.  VI ,  carm.  i,  5,  );  que  le  car- 
dinal Rodolphe  Pio  lui  fit  don  de  quel- 
ques autres  biens  de  terre  (  1.  VI,  carm. 
4  2);  que  le  cardinalGui- AscagneSforza 
l'exemptait  tous  les  ans  des  dîmes  qu'il 
lui  devait  pour  quelques  bénéfices 
(  1.  V,  carjpi.  3  );  que  le  cardinal  licDOiî 

XV, 


FLA  17 

Accohi  lui  fît  présent  d'une  tasse  pré- 
cieuse (1.  Il,  carm.  10  ),  etc.  Le  bon 
Flaminio  jouissait  ainsi  d'une  vie  douce, 
aisée,  considérée,  et  plus  heureuse,  il 
en  faut  convenir,  que  celle  quM  eût 
pu  mener  s^il  eût  cédé  sans  retour  aux 
suggestions  des  novateurs  et  à  ses 
propres  doutes.  Mais  il  n*en  jouit  pas 
long-temps.  Les  incommodités  aux- 
quelles il  avait  été  sujet  dès  son  jeune 
âge ,  revinrent  avec  plus  de  force  et 
des  symptômes  plus  alarmants  ,  et  il 
mourut  universellement  regretté,  à 
Rome,  chez  le  cardinal  Polus,  le  1 8  fé- 
vrier, 1 55o ,  n'étant  âgé  que  de  5i  ans. 
Ses  poésies  joignent  à  une  rare  élégan- 
ce ,  quelque  chose  de  doux  et  d'aima- 
ble, comme  l'était  son  caractère.  Dans 
sa  première  jeunesse,  il  avait  paye  le 
tribut  ordinaire  à  la  poésie  amoureuse, 
mais  son  père  lui  fit  honte  de  cet  em- 
ploi de  son  talent;  il  le  consacra  dans 
la  suite  à  des  sujets  plus  graves,  mais 
qui  presque  toujours  prennent  sons  sa 
plume  du  charme  et  de  la  douceur. 
Ces  qualités  sont  remarquables  dans 
sa  traduction  detrente  Psaumes  en  vers 
latins  épodiques  ,  dédiée  au  cardinal 
Farnèse,  et  qu'il  fit  imprimer  en  \  54^, 
tandis  qu'il  était  au  concile  de  Trente. 
Cette  même  traduction  a  été  mise  en 
tête  du  recueil  de  ses  poésies.  Elles 
sont  divisées  en  quatre  parties:  x.Psal- 
mi  et  Hymni  ,•  2-  Carmina  de  rébus 
D'winis ,  dédiés  à  Marguerite  ,  sœur 
de  Henri  II,  roi  de  France;  3.  Car- 
minum  lihri  quatuor  ad  Franciscum 
Turrianum  •  4-  ^^d  Alexandrum 
Farnesium  libri  quinque.  La  plus 
belle  et  la  meilleure  édition  est  celle 
de  Padoue,  Comino^,  174^?  i"-4''. 
Les  poésies  de  Flaminio  y  sont  pré- 
cédées de  sa  vie  écrite  par  Fr.  Ma- 
rie Mancurti,  et  suivies  d'un  grand 
nombre  de  lettres  et  de  vers  a  l'occa- 
sion de  la  mort  du  poète,  qui  tc- 
moiguent  que  cetcvénement  répandit 


]8 


FLA 


à  Rome  et  dans  toute  Tllaiie  une  grande 
conslernalion.  On  y  a  joint  les  poésies 
de  son  père  Jean-Antoine  et  celles  de 
son  frère  Gabriel  :  si  ces  dernières  n'é- 
galent pas  les  siennes ,  elles  n'y  sont 
pas  de  beaucoup  inférieures.  On  trouve 
réunie  à  la  traduction  en  vers  des 
trente  Psaumes  par  Flaminio,  celle 
des  autres  Psaumes  par  François 
Spinula  ,  poète  de  Milan ,  dédiée  au 
cardinal  Charles  Borromée  en  i56o; 
de  même  qu'on  a  joint  à  la  version  en 
vers  français  de  Clément  Marot ,  celle 
de  Théodore  de  Bèze,  pour  compléter 
la  traduction  entière  des  Psaumes. 
Marc- Antoine  avait  publié  dès  i52i , 
à  Bologne,  un  Abrégé  de  Gram- 
maire italienne  ;  et  l'ouvrage  de 
JJembo  sur  la  langue ,  intitulé  le 
Prose ,  ayant   paru  peu  de   temps 


après 


le  réduisit  dans  un   meil- 


leur ordre  ou  par  ordre  alphabé- 
tique ,  mais  l'ouvrage  ne  fut  imprimé 
ainsi  qu'après  sa  moi  t ,  en  i  SSg.  L'é- 
dition donnée  par  Comino  ,  contient 
la  liste  exacte  de  tous  les  ouvrages 
tant  publiés  qu'inédits  de  Flaminio , 
et  de  ceux  mêmes  qui  se  sont  perdus. 
S^s  lettres  italiennes,  éparses  dans  di- 
vers recueils  ,  sont  écrites  avec  beau- 
coup de  naturel  et  de  simplicité.  Elles 
furent  traduites  en  français  avec  ses 
épigrammes,  par  Anne  des  Marquçts , 
et  imprimées  à  Paris  en  iSGg,  in-8". 
G— E. 
FLAMINIO (Lucius),  Sicilien ,  né 
dans  le  iS".  siècle,  s'appliqua  avec 
succès  à  l'élude  des  belles-lettres ,  et 
passa  en  Espagne  où  il  professa  plu- 
sieurs années  la  rhétorique  à  l'univer- 
sité de  Salamanque.  Il  fut  chargé, 
malgré  sa  grande  jeunesse,  d'expli- 
quer V Histoire  naturelle  de  Pline,  et 
il  s'acquit<a  avec  tant  de  supériorité 
d'une  lâche  qu'on  avait  crue  au-dessus 
d^-ses  forocs,  qfie  scsconfrères  ne  pu- 
Ftut  s'empêcher  d'ç^  témoigner  de  la 


FLA 

jalousie.  Flaminio  craignit  les  effets  de 
leur  haine,  et  se  relira  à  Séville ,  où  il 
donna  des  leçons  publiques  sur  les  dif- 
férents auteurs  de  l'antiquité.  Il  revint 
ensuite  à  Salamanque,  et  y  mourut  eu 
I  Sog  dans  un  âge  peu  avancé.  Son 
érudition  et  ses  qualités  personnelles» 
lui  avaient  mérité  des  amis,  entre  au- 
tres Franc.  Bobadilla  et  Lucius  Marini 
qui  lui  portail  la  tendresse  d'un  père. 
On  connaît  de  Flaminio  :  ],  In  Plinii 
proœmium  commentarium ,  oralio- 
nés  et  carmina,  Salamanque,  i5o5. 
La  bibliothèque  du  roi  possède  une 
édition  sans  date  in-4*'.  de  ses  dis- 
cours et  de  ses  poésies.  II.  Cinq  Let- 
tres insérées  dans  le  recueil  de  celles 
de  Marini,  Valladolid,  i5i4,  in-fol. 
W-s. 
FLAMINIUS  (Caïus)  ,  tribun  du 
peuple,  l'an  de  Rome"^o,  com- 
mença alors  une  carrière  de  quinze  an- 
nées où  il  porta  toute  l'impétuosité, 
l'arrogance  et  l'opiniâtreté  de  son  ca- 
ractère, et  qu'il  termina  en  attachant 
son  nom  à  un  grand  désastre.  Pendant 
son  tribunat  il  proposa  une  loi  agraire 
qui  mil  le  trouble  dans  Rome.  L'auto- 
rité du  sénat,  ses  prières  ,  ses  mena- 
ces ,  les  représentations  de  son  père , 
rien  ne  put  le  fléchir.  Il  était  à  la  tri- 
bune pour  faire  passer  sa  loi  :  son 
père,  emporté  par  la  douleur  ,  le  sai 
sit  par  la  main ,  et  le  tira  du  Rostrura. 
Le  tribun  se  laissa  entraîner,  cédant  -1 
à  la  force  du  pouvoir  paternel  ;  et  le  | 
peuple  ne  fit  entendre  aucun  munnure 
d'improbafion.  L'an  523,  Flaminius 
fut  créé  préteur,  et  envoyé  en  Sicile 
avec  un  commandement.  Quatre  ans 
après,  étant  consul  avec  P.  Furius  ,  il 
fit  passer  le  Pô  aux  légions  romaines 
pour  aller  combattre  les  Gaulois.  Elles 
essuyèrent  un  échec.  Ces  événements 
et  des  prodiges  sii.i  très  donnèrent  lieu 
de  consulter  les  augures,  qui  répon- 
dirent qu'il  y  ayail  eu  vice  dan$  l'élec- 


FLÂ 

tlon  des  consuls.  Le  sénat ,  en  conse'- 
queticc,  leur  écrivit  pour  les  rappeler. 
Les  Romains,  à  leur  tour,  avaient 
battu  les  ennemis.  Flaminius  se  faisait 
un  moyen  de  cette  victoire  pour  résis- 
ter aux  ordres  du  sénat ,  qu'il  accusait 
de  jalousie.  Il  annonçait  qu'il  ne  revien- 
drait que  lorsque  la  guerre  serait  fi- 
nie, ou  le  temps  de  son  consulat  ex- 
pire. Son  collèf^ue  obéit.  La  désobéis- 
sance de  Flaminius  avait  excité  tant 
d'indignation ,  qu'à  son  retour  ou  n'alla 
point  au-devant  de  lui ,  comme  c'était 
l'usage ,  et  qu'on  lui  refusa  le  triom- 
phe; mais  la  grande  faveur  du  peuple 
le  fit  entrer  triomphant  dans  Rome. 
Censeur  en  552  ,  il  fil  établir  un  che- 
min jusqu'à  Rimini ,  et  construire  un 
cirque;  ces  deux  monuments  portèrent 
son  nom.  Odieux  déjà  au  sénat  et  à  la 
noblesse  par    ses   anciens  démêlés , 
Flaminius  le  fut  encore  plus  relative- 
ment à  une  loi  que  le  tribun  Claudius 
fit  rendre,  et  que  lui  seul  du  sénat  ap- 
puya ;  mais  porté  par  la  faveur  popu- 
laire, il  parvint  à  un  second  consulat 
l'an  535,  après  la  bataille  de  laTrébie. 
Le  nouveau  consul  craignant  que  des 
augures  défavorables,  la  célébration 
des  fériés  latines ,  et  d'autres  soins  à  la 
charge  des  consuls  ne  le  retinssent 
dans  Rome ,  prétexta  un  voyage ,  et  se 
rendit  secrètement  et  en  simple  parti- 
culier dans  la  province  où  il  devait 
commander.  Cette  démarche  hardie  et 
insolente  irrita  le  sénat  :  il  voyait  dans 
Flaminius  un  homme  qui  non-seule- 
ment lui  faisait  la  guerre ,  mais  qui  la 
faisait  aux  dieux;  qui  avait  fui  pour  ne 
point  aller  au  temple  de  Jupiter  le  jour 
où  commençait  sa  magistrature,  pour 
ne  point  consulter  h;  sénat ,  ne  point 
prendre  les  auspices,  etc.  il  n'y  eut 
qu'une  voix  pour  qu'on  rappelât  Fla- 
minius ,  et  qu'on  le  forçât  à  remphr  ce 
qu'il  devait  aux  dieux  et  aux  hommes. 
Ou  lui  envoya,  à  cet  effet ,  deux  dépu- 


FLA  19 

tés ,  qui  ne  l'émurent  pas  plus  que  ne 
l'avait  ému  autrefois  la  lellrcdu  sénat. 
Il  se  mit  en  marche  avec  son  armée, 
et  lui  fit  traverser  les  Apennins  pour 
entrer  en  Etrurie.  Annibal  s'y  rendait 
de  son  cote.  Sachant  à  quel  consul  il 
avait  affiire,  il  s'attacha  à  l'irriter,  à  le 
provoquer  par  le  spectacle  de  la  dé- 
vastation ,  du  carnage  et  de  l'incendie. 
Flaminius  ne  put  tenir  à  cette  vue  ;  et 
sans  attendre  son  collègue ,  il  résolut 
de  se  mettre  en  marche  et  d'aller  au 
combat.  Dans  le  moment  où  il  s'éian- 
çaitsur  son  cheval,  le  cheval  tomba, 
et  lui-même  fut  renversé.  Au  milieu 
de  l'efFioi  causé  par  cet  événement  de 
mauvais  augure ,  on  vint  lui  annoncer 
que  le  porte-enseigne ,  quelque  elTort 
qu'il  fît ,  ne  pouvait  arracher  de  terre 
son  enseigne.  Le  consul  se  tournant 
vers  l'envoyé  :  a  Ne  m'apporfez-vous 
»  pas,  dit-il,  une  lettre  du  sénat  qui  me 
»  défend  d'agir?  Allez  leur  dire  qu'ils 
»  enterrent  l'enseigne,  si  leurs  mains 
»  engourdies  par  la  crainte  ne  peu- 
»  vent  l'enlever  ;  »  et  il  se  mit  en 
marche.  Annibal,  après  avoir  dévasté 
tout  le  territoire  entre  la  ville  de  Cor- 
tone  et  le  lac  de  Trasimène,  était  ar- 
rivé à  un  endroit  propre  à  des  embus- 
cades entre  des  mont;»gues  et  le  lac. 
C'était  un  défilé,  ensuite  une  plaine 
d'une  certaine  étendue ,  d'où  partaient 
des  collines.  Annibal  campa  dans  la 
partie  découverte  avec  les  Africains  et 
les  Espagnols  seulement  ;  il  jeta  les 
baléares  et  la  cavalerie  légère  sur  les 
montagnes,  et  plaça   sa    cavalerie  à 
l'entrée  du  défilé   derrière  des  hau- 
teurs,  pour  qu'en  se  présentant  au 
passage  des   Romains ,  ceux-ci  trou- 
vassent tout  fermé.  Flaminius  arriva 
auprès  du  lac,  sans  avoir  envoyé  à  la 
découverte.  Le  lendemain,  ayant  passé 
le  défilé, et  se  trouvatitdans  la  plaine, 
il  n'aperçut  que  les    ennemis  qui  lui 
faisaient  face ,  et  lie  se  douta  pas  des 
a.. 


20  FLA 

embuscades  qu'il  avait  à  dos  et  au- 
dessus  de  la  tête.  Le  général  carthagi- 
nois, voyant  ^on  ennemi  cerné  de  tous 
cotes,  donna  le  signal  de  Tatlaque.  Elle 
se  fît  à  la  fois  sur  tous  les  points.  Les 
Romains    ne  s'aperçurent  pns   bien 
qu'ils  étticnt  enveloppes ,  et  commen- 
cèrent le  combat  au  front  et  sur  les 
ailes ,  avant  que  leur  armée  fût  toute 
en  bataille.  Flaminius  conservant  seul 
du  sang-froid ,  rangea  ses  gens  comme 
le  temps  et  le  lieu  le  lui  permirent.  11 
se  portait  partout,  ralliant,  encoura- 
geant au  combat.  M.ûs  le  tumulte  et 
l'épouvante  empêcluient  d'enlcndre, 
d'agir  et  de  sentir  tout  le  danger.  Quand 
les  Romains  virent  que  tous  leurs  ef- 
forts pour  se  faire  jour  étaient  inutiles, 
qu'ils  étaient  cornés  de  toutes  parts,  et 
qu'il  n'y  avait  d'e>poir  de  salut  qu'en 
se  ballant  à  outrance,  le  combat  re- 
commença, et  avcctantd'acharnement 
qu'un  tremblement  de  terre  qui  ren- 
versa plusieurs  villes  d'Italie  ,  et  dé- 
tourna des  fleuves ,  ne  fut  entendu  par 
aucun  des  combattants.  On   se  battit 
près  de  trois  heures.  Le  consul ,  suivi 
d'un  gros  de  ses  gens,  se  monti'a  par- 
tout avec  la  même  intrépidité.  Remar- 
qtiable  par  ses  ariufs,  les  ennemis 
faisaient  les  plus  grands  efforts  pour 
l'atteindre,  et  les  BomainS  pour  le  dé- 
fendre. Enfin  un  cavaber  insubrien, 
qui  le  connaissait  de  vue,  poussant 
son  cheval,  s'ouvrit  un  passage  à  tra- 
vers les  rangs  ;  et  ayant  tué  Técuyer 
qui  couvrait  le  consul ,  il  perça  ce  der- 
nier de  sa  lance:  ra^is  il  ne  put  parve- 
nir à  s'emparer  du  corps  pour  le  dé- 
pouiller.  Telle  fut ,  à  Trasimène,  l'an 
555  de  Rome,  la  fiu  de  Flaminius, 
dont  tout  le  mérite  fut  beaucoup  de 
bravoure.  Q — H—y. 

FL  A  IVf  MA  (  Gal VANEus  ).  Foyex 

FlAMMA. 

Fi.aMSTEED    (Jean),    célèbre 
astronome  anglais  ^  naquit  à  Deiiby, 


FLA 

dans  le  Derbyshire,  le  19  août  i64G- 
Il  s'est  distingué  par  un  goût  parti- 
culier pour  les  observations  astrono- 
miques. Comme  Tycho,  il  a  fixé  le 
spectacle  varié  du  Monde  céleste  ,  et 
marqué,  pour  ainsi  dire,  tous  les  pas 
qu'il  a  vu  faire  aux  astres.  Dès  l'an 
1670  ,  on  voit  de  lui  des  calculs  as- 
tronomiques dans  les  Transactions  phi- 
losophiques (  I  ).  Il  avait  à  peine  vingt- 
six  ans  qu'il  mit  les  astronomes  d'ac- 
cord sur  un  point  important  de  l'as- 
tronomie. Les  principes  de  l'équation 
du  temps  étaient  connus  et  annoncés, 
même  par  les  anciens  astronomes  ; 
mais  les  modernes ,  et  Kepler  lui- 
même,y  avaient  mêlé  quelques  erreurs. 
Flamsteed  détermina  la  quantité  de 
cet  élément  de  l'astronomie,  et  publia 
le  premier,  en  1 662  (  de  jEquat.  tenip. 
Diatribay  etc.  in-4°.  ) ,  les  véritables 
idées  qu'on  doit  en  avoir.  Il  observa  à 
Denby  depuis  l'année  1 068  jusqu'en 
1674*  De  là,  il  se  rendit  à  Londres,  où 
il  fit  la  connaissance  de  Hook ,  Halley 
et  Newton. Il  entra  alors  dans  les  ordres 
sacrés  ,  obtint,  quelques  années  après, 
un  béuéfice  dans  le  comté  de  Surrey  , 
et  en  jouit  jusqu'à  sa  mort.  Charles  II 
ayant  résolu  de  fonder  un  observa- 
toire à  Greenwich ,  en  confia  la  direc- 
tion au  chevalier  Moor.  Celui-ci  était 
lié  ^'amitié  avec  Flamsteed,  et  savait 
apprécier  ses  talents:  il  conseilla  au  roi 
de  choisir  son  ami  pour  astronome 
royal ,  et  de  lui  confier  la  directiou 
des  travaux  astronomiques.  L'obser- 
vatoire fut  achevé,  et  Flamsteed  y 
entra  au  mois  d'août  de  1676.  C'est 
là  qu'il  passa  le  reste  de  sa  vie.  Tandis 
que  les  géomètres  se  livraient  à  l'expli- 
cation des  phénomènes  célestes,  et  aux 
recherches  des  théories  mathémati- 
ques ,  il  s'attachait  avec  une  patience 


^1')  On  pcutYoir  dans  le  Dictionnaire  de  Chauf- 
fepié  de  irèi  «randj  d^uUs  sur  le»  prcmieri  K»- 
TtudenumitccA. 


FLA 

admirable  à  robscrvatioii  du  cie] ,  cl 
déterminait  successiveraent  la  position 
de  toutes  les  étoiles.  Son  travail  datait 
déjà  de  quarante  ans  ;  ses  résultats  et 
ses  observations  devaient  être  d'une 
grande  utilité  à  l'astronomie  :  on  en 
désirait  vivement  la  publication  ;  mais 
dans  le  caractère  de  Flamsteed  ,  ce 
désir  était  une  raison  pour  qu'il  ne  fît 
pas  ce  qu'on  attendait  de  lui.  Le  gou- 
Tcrnement  d'Angleterre  fut  obligé  d'u- 
ser d'autorité;  il  chargea  Halley  de 
suppléer  à  ce  que  l'auteur  ne  voulait 
pas  faire.  Halley,  autant   peut-être 
pour  l'intérêt  de  ses  travaux  particu- 
liers que  par  un  motif  d'utilité  publique, 
fit  connaître  à  Flamsteed  les  ordres  de 
h  reine  Anne ,  et  Ton  vit  enfin  paraître 
son  travail  sous  ce  titre:  Hisioria 
cœlestis  libri  duo,  Londres,  i  •]  1 2 ,  un 
seul  vol.  in-fol.  On  y  trouve  les  ob- 
servations que  Flamsteed  avait  faites 
dès  son  entrée  à  l'observatoire  jus- 
qu'en 1705,  et  son  fameux  Catalogue 
d'étoiles ,  connu  sous  le  nom  de  Ca- 
talogue britannique.  Il  paraît,  cepen- 
dant,   que  la  raison   pour  laquelle 
Flamsteed  ne  publiait  pas  son  travail, 
était  qu'il  voulait  le  perfectionner.  Eu 
conséquence,  il  ne  regarda  pas  comme 
son  ouvrage  une  édition  faite  presque 
saus  lui  et  malgré  lui  (i).  lien  pré- 
parait une  nouvelle  lorsque  la  mort  le 
surprit  dans  ses  travaux  le  5i    dé- 
cembre   1719   (2).   Cette    nouvelle 
édition  de  V Histoire  Céleste  ne  parut 
à  Londres  qu'en  1725,  eu  trois  vol. 
in-fol.  Cet  ouvrage  est  un  des  plus 
beaux  recueils  que  possède  l'astrono- 
mie. C'est  le  riche  dépôt  des  observa- 
lions  que  Flamsteed  avaitfaitcs  pendant 
cinquante  ans,  tant   à   Derby  qu'à 
Londres  et  à  Greenwich.  Le  premier 
volume  contient  toutes  les  observations 


(i)  Acta  entd. ,  1711  ;  Borlii  Auronomu:  tin- 
cfiut,  pag  334. 
(•>.)  D  autres  disent  !c  18  janvier  i^-a*. 


FLA  2f 

détachées  de  l'auteur  qui  conceruenl 
les  étoiles  fixes,  les  planètes  ,  les  co- 
mètes, les  taches  du  soleil  elles  satellites 
de  Jupiter.  Le  second  renferme  les  pas- 
sages des  étoiles  fixes ,  et  des  planètes 
par  le  Méridien  ,  avec  les  lieux  qui  en 
résultent.  Le  troisième,  enfin,  con- 
tient des  prolégomènes  sur  l'histoire 
de  l'astronomie;   la  description    des 
instruments  de  Tycho  ;  le  catalogue 
britannique ,  les  catalogues  de  Pto- 
lémée ,  d'Olug-Beg,  de  Tycho ,  d'Hc- 
vélius  ,   du  landgrave  de  Hesse;  le 
petit   catalogue  des   étoiles  australes 
observées  par  Halley,  enfin,  tout  ce 
que  les  hommes  avaient  fait  sur  les 
étoiles  depuis  la  renaissance  de  l'as- 
tronomie. Le  Catalogue  de  Flamsteed 
était  le  plus  vaste  qu'on  eût  encore 
exécuté  jusqu'à  lui.  On  y  trouve  la 
position  de  2884  étoiles;  il   efface 
sous  ce  rapport  tous  les  autres  cata- 
logues contenus  dans  le  troisième  vo- 
lume de  VHistoire  céleste  :  les  astro- 
nomes l'avaient  sans  cesse  entre  leurs 
mains ,   et  il  a  été  la  base  de  presque 
toutes  les  recherches  astronomiques. 
Maintenant ,  ce  catalogue  n'a  plus  la 
précision   de    ceux  qu'on    doit   aux 
astronomes  modernes  ;  il  ne  peut  être 
employé    directement  pour  des   re- 
cherches   délicates,    parce    que    les 
positions  d'étoiles  y  sont  affectées  des 
erreurs  de  nutation  et  d'aberration 
qui  n'étaient  pas  connues  du  tem])s 
de  Flamsteed.  On  doit  à  M^'^  Hcrs- 
chell  un  volume  de  recherches  sur 
le  catalogue  de  Flamsteed,    el    sur 
ses  observations  ;  elle  a  trouvé  cinq 
cents  étoiles  qui  ne  sont  pas  dans  le 
catalogue  ,  comme  elle  eu  a  trouve; 
plusieurs  dans  le  catalogue  qui  ne  sont 
point  dans  les  observations.  On  peut 
regarder  cet  ouvrage  de  M^^^Herschell 
comme  un  supplément  à   VHistoire 
Céleste.  Lalande  dans  le  volume  des 
Ephémérides  pour  les  années  1 785—. 


32 


FLA 


J']gi,  a  donne  une  nouvelle  e'dition 
du  Catalogue  brilanniqiie.  Il  y  a  fait 
des  corieclions  importantes  qui  ren- 
dent cette  e'dition  préférable  à  celle 
de  Londres  i-j^S.  C'est  d'après  son 
prjpre  Calalogue  que  Flarastced  avait 
composé  un  grand  Atlas  céleste  ,  pu- 
blic à  Londres  eu  i  779  ,  in-fol.  max. 
Ce  magnifique  recueil  de  cartes  céles- 
tes, un  des  meilleurs  qu'on  ait  jamais 
faits,  est  compose  de  vingt-buit  cartes^ 
chacune  de  vingt-trois  pduces  de  long 
sur  dix-huit  à  dix  neuf  de  hauteur. 
On  y  trouve  une  préface  sur  l'histoire 
des  astérismes  (ou  constel'ations)  et 
sur  le  défaut  des  figures  de  Bayer.  Les 
astronomes  ont  fait  long-temps  usage 
de  cet  atlas.  Il  a  été  réduit  au  tiers 
par  Fortin,  1776,  in-4".,cû  5o  cartes 
fort  bien  gravées.  Cette  réduction, 
presque  aussi  utile  et  beaucoup  plus 
commode,  et  dans  laquelle  la  position 
des  étoiles  a  été  calculée  pour  Fan 
1 780 ,  a  été  revue  par  Lemonnier, 
augmentée  de  diverses  observations 
par  Pasumot,  d'un  planisphère  de 
Lacaille  pour  les  étoiles  australes  ,  et 
d'un  autre  pour  apprendre  à  connaître 
les  étoiles  par  leurs  alignements.  La- 
lande  en  a  publié,  en  1796,  une 
nouvelle  édition  corrigée  et  augmen- 
tée, avec  la  position  des  étoiles  réduite 
au  I  ".  janvier  1 800 ,  par  M.  Duc-la- 
ChapcUe.  M.  Bode,  à  Berlin ,  a  aussi 
donné  une  réduction  de  l'atlas  de 
Flamsteed;  mais  les  grandes  cartes 
qu'il  a  lui-même  publiées ,  surpassent 
tout  ce  qui  a  été  fait  en  ce  genre. 
Les  Institutions  astronomiques  de 
Keill,  traduites  par  Lemonuier,  et 
publitHîs  à  Paris  en  1740,  contiennent 
des  tables  de  la  lun»*,  par  Flarasteed. 
On  trouve  encore  dans  les  OEuvres 
d'Horroxes  ,  publiées  en  \i)yi ,  des 
observations  et  des  tables  du  soleil  du 
même  auteur.  Enfin,  il  a  publié  :  The 
Poclrineofihe  Sphère,  grounded  on 


FLA 

the  motion  of  the  earlh  and  the  an-' 
tient  Pjthagoreaji  or  Copernic  an 
s/stem  ofthe  world,  Londres,  1 680, 
in-4".  Cet  ouvrage  qui  se  trouve  dans 
le  S;ystem  of  Malhemalicks  de  ÎVIoor, 
a  pour  objet  une  nouvelle  méthode 
pour  calculer  les  éclipses  du  soleil  par 
la  projection  de  l'ombre  de  la  lune  sur 
le  disque  de  la  terre.  N — t. 

FLANDRIN  (Piirre),  vétérinaire 
et anatomiste,  naquit ô  Lyon  le  i  2  sep- 
tembre 1752.  Il  entra  à  quatorze  ans 
à  l'école  vétérinaire  de  cette  ville,  où 
Chabert ,  son  oncle  maternel ,  était 
chargé  d'une  partie  de  rinc.truction. 
Le  jeune  Flandriu  s'y  étant  distingué 
par  son  application  et  son  inleiligcuce, 
il  fut  choisi  quelque  temps  après 
pour  montrer  l'anatomie  aux  autres 
élèves.  Bourgelat,  créateur  des  écoles 
vétérinaires  t  n  France  ,  appela  Flan- 
drin  à  celle  d'Alfort,  près  Paris,  pour 
y  être  professeur  d'anatomie  et  ad- 
joint de  sou  oncle  Chabert ,  qui  crt 
était  devenu  directeur.  C'est  dans 
l'exercice  de  cette  chaire  que  Flan- 
drin  fit  exécuter  en  grande  partie 
la  belle  suite  de  préparations  anato- 
miques  relatives  aux  animaux,  qui 
enrichit  le  cabinet  de  l'école  d'Alfort. 
Eu  1 78G,  le  roi  lui  accorda  la  survi- 
vance de  la  direction  générale  des 
écoles  vétérinaires,  et  l'envoya  l'année 
suivante  en  Espagne  pour  y  observer 
la  manière  de  conduire  les  moutons 
à  laine  fine.  Il  avait  aussi  fait  en  1 785, 
pour  le  même  objet,  un  voyage  en 
Angleterre  par  ordre  du  gouverne- 
ment; ce  qui  lui  avait  inspiré  un 
goût  très  prononcé  pour  hs  détails 
de  l'économie  rurale.  Flandriu  avait 
rédige  pour  ses  élèves,  et  fait  im- 
primer eu  1 787  ,  in-8''. ,  un  Précis 
de  la  connaissance  extérieure  du 
che\^al ,  un  Précis  de  l'anatomie 
du  cheval^  ctuu Précis  splanchnolo' 
gique  ou    Traité   abrégé  des  vis- 


FLA 

cères  du  clie\>al^  petits  ouvrages 
qui  contiennent  quelques  remarques 
neuves  et  justes.  En  1791,  l'acade'mie 
des  sciences  le  nomma  son  correspon- 
dant. 11  donna,  l'année  suivante,  son 
Mémoire  sur  la  possibilité  d^amé- 
liorer  les  chei>aux  en  France  , 
Paris,  1790,  in-8'.,  suivi  d'un  Pros- 
pectus pour  une  association  propre  à 
réaliser  l*ame'iioration  des  races  de 
chevaux.  La  société' royale  d'agricul- 
ture a  inséré  dans  ses  Recueils  plu- 
sieurs Mémoires  de  Flandrin  ,  cl  a 
publié  en  1791  un  traité  de  sa  com- 
position ,  sur  V éducation  des  hétes  à 
Zamd,  in-8\,  réimprime  sous  ce  titre: 
De  la  pratique  de  l'éducation  des 
moutons ,  et  des  moyens  de  perfec- 
tionner les  laines,  1795,  1797? 
i8o5,  iu-8".  On  a  aussi  de  lui  di- 
verses observations  anatomiquos  sur 
le  sarigue  et  sur  d'autres  animaux , 
dans  le  Dictionnaire  anatomique  de 
rEncyclopédie  méthodique  par  Vicq- 
d'Azyr  :  elles  portent  toutes  un  carac- 
tère remarquable  d'exactitude  ,  et 
offrent  quelquefois  des  vues  ingé- 
nieuses. Il  avait  présenté  en  1793  à 
l'académie  des  sciences  un  Mémoire 
sur  la  rage,  qui  est  resté  manuscrit. 
L'anatomie,  l'^^rt  vétérinaire  et  l'agri- 
culture auraient  probablt  ment  obt<'nu 
de  cet  homme  savant  et  laborieux 
d'autres  accroissements  importants , 
si  une  maladie  subite  ne  1'*  ût  enlevé 
au  commencement  de  juin  i  796  ,  âgé 
seulement  de  44  ^^^  7  lorsqu'il  venait 
d'être  nommé  associé  de  l'Institut. 
Flandrin  a  été  l'un  des  auteurs  de 
YAlmanach  vétérinaire ,  in-8''.,  de 
1783  jusqu'à  1795,  et  des  Instruc- 
tions et  Observations  sur  les  mala- 
dies des  animaux  domestiques  , 
avec  V analyse  des  ouvrages  vétéri- 
naires anciens  et  modernes,  dont  la 
3". édition  (Paris,  i7H'2-95)  est  eu 
^  vol.  in-8°.  On  trouve  aussi  de  lui  un 


FLA  îi3 

grand  nombre  de  lettres  ou  disserta- 
tions dans  le  Journal  de  Médecine  {^  i  ), 
la  Feuille  du  Cultivateur ,  le  Mer- 
cure ,  le  Journal  de  Paris  et  autres 
ouvrages  périodiques. Gilbert  lui  a  con- 
sacre' une  notice  dans  la  Feuille  du 
Cultivateur ,  du  1 5  juin  1 796.  C-v-r, 
FLAINGllSI  V Louis),  patriarche 
de  Venise  et  cardinal ,  mort  en  cette 
ville  vers  la  fin  de  février  i8o4  ,  y 
était  né  en  juillet  1733.  Après  avoir 
dans  sa  jeunesse  cultivé  les  sciences , 
et  particulièrement  la  philologie,  après 
s'être  encore  exercé  dans  l'éloquence, 
il  fut  successivement  juge  dans  le 
conseil  des  quarante,  avogader,  cen- 
seur ,  sénateur  ,  conseiller  ,  correc- 
teur extraordinaire  ,  donnant  dans 
tous  ces  emplois  des  preuves  de  sou 
habileté ,  comme  aussi  de  son  zèle 
pour  le  bien  de  sa  patrie.  Clément  XIV 
le  fit  passer  du  service  de  la  répu- 
blique vénitienne  à  celui  de  la  cour 
de  home.  Nommé  par  ce  pontife  au- 
diteur du  tribunal  de  la  rote ,  il  y 
montra  un  grand  savoir  en  jurispru- 
dence, et  beaucoup  d'intégrité  dans 
l'administration  de  la  justice.  Ce  pape 
l'éleva  à  la  prélature,  et  Pic  VI  le  fit 
cardinal  en  1 789.  Comme  il  se  ren- 
dait de  plus  en  plus  utile  ,  les  hon- 
neurs vinrent  s'accumuler  sur  sa  tête. 
L'empereur  le  fit  en  1801  p.itriarche 
de  Venise,  primat  de  la  D.lmatie, 
comte  du  St.-Empire  et  conseiller  in- 
time actuel  d'état,  en  lui  conférant  la 
grande  croix  de  l'ordre  de  St.- 
Etienne  de  Hongrie.  Les  monuments 
qu'il  a  laissés  de  son  talent  littéraire, 
sans  lui  procurer  la  gloire  d'un  pro- 
sateur et  d'un  poète  fort  distingue' , 
méiitent  cependant  d'être  lus.  Ce 
sont  :  I.  Annotazioni  alla  corona, 
poetica  di  Querino  Telpasinio  in 
Iode  délia  republica  di  Venezia , 

(i)  Notamment  un   excellent  morceau  sur  lef 
vaisseaux  Ijmf/haCi'fiies. 


ï?i  FLA 

sous  son  nom  de  racaJemie  des  pas- 
teurs d'Arc^dic,  A  garnir  o  Pelopi- 
deOy  Venise,  1750.  II.  Sous  le 
iiicrae  nom,  Rime  di  Bemardo  Ca- 
jit'llo  ,  con  annoiazioni  _,  2  tomes , 
i^rrgame,  i-ySo.  III.  Orazione  per 
l'esaltamento  del  dogalMario  Fos- 
carini ,  Venise,  i-jG^.  W.Lettera 
patriarcale  sur  son  installation  dans 
Je  patriarcat.  V.  Apologia  di  So- 
crate ,  scritta  da  Platone ,  traduc- 
tion du  grec ,  insérée  dans  le  cours 
raisonne'  de  litte'ratnre  grecque  de 
Tabhe'  Cesarotli.  VI.  Argonautica 
de  Apollonio  Hodio ,  traduction  en 
vers,  avec  des  notes,  Rome,  1781, 
U  vol.  G — N. 

FLASSANS,  poète  provençal,  dont 
le  véritable  nom  est  Taraudet,  vivait 
vers  le  milieu  du  1 4^.  siècle,  Ce  nom 
de  Flassans  est  celui  d'un  petit  village 
*iu  diocèse  deFréjus,  où  notre  poète  vit 
le  jour,  vers  le  commencement  du  1 4^. 
siècle.  Tout  ce  qu'on  sait  de  lui  c'est 
que  la  reine  Jeanne  l'employa  à  com- 
poser les  remontrances  pour  l'empe- 
reur Charles  IV,  à  son  passage  en 
Provence,  et  que  Foulques  lui  doima 
une  partie  de  sa  terre  de  Poulèves 
pour  son  poème  intitule'  :  Enseii^ne- 
rnent  pour  éviter  les  trahisons  de 
V amour.  Au  surplus ,  on  doit  peu  re- 
gietter  que  ce  poème ,  si  chèrement 
payé,  ne  soit  pas  venu  jusqu'à  nous , 
lorsqu'on  sait  que  malgré  cet  ensei'- 
gnemenf  Taraudct  et  Fouhpies  furent 
tous  deux  trahis  par  leurs  maîtresses. 

P--X. 

FLATMAN  (Thomas),  auteur 
anglais ,  né  à  Londres  vers  ï633,  fut 
clevé  pour  le  barreau ,  et  fut  jnême 
rrçu  avocat  dans  la  société  d'Inner- 
'IVraple;  mais  son  goût  pour  les  arts 
d'imagination  le  détourna  de  cette 
f.irricrc,  cl  il  se  livra  particulièrement 
à  la  poésie  et  à  la  peinture.  On  a  de 
jin  un  recueil  de  poèmes,  dcnl  la  5". 


FLA 

édition  ,  ornée  de  son  portrait ,  parut 
en  1 682  ,  et  Don  Juan  Lamberto , 
ou  Histoire  comique  de  ces  derniers 
temps ,  satire  en  prose  contre  Ri- 
chard Cromwell ,  publiée ,  eu  1 66 1 , 
sous  le  nom  de  Montelion ,  cheva- 
lier de  V  Oracle.  L'ouvrage  eut  alors 
une  très  grande  vogue  ,  et  fut  réim- 
primé la  même  année  avec  une  se- 
conde partie.  Chaque  volume  est  pré- 
cédé d'une  caricature  allégorique.  On 
a  aussi  de  Flatman  deux  Odes  piu- 
dariques  ,  publiées  en  i685;  Tune 
sur  la  mort  du  prince  Rupert ,  l'autre 
sur  celle  de  Charles  II.  On  lui  attri- 
bue un  volume  de  poésies  intitulé  : 
^^irtus  rediviva,  panégyrique  du  roi 
Charles  /,  d'heureuse  mémoire,  etc., 
imprimé  en  1660,  avec  les  lettres  T. 
F.  Quoique  Flatman  ait  joui  dan^son 
temps  de  quelque  réputation  comme 
poète ,  il  est  peu  estimé  aujourd'hui 
sous  ce  rapport  :  comme  peintre ,  il 
avait  adopté  le  genre  du  portrait  eu 
miniature.  Son  pinceau  valait,  dit-on, 
mieux  que  sa  plume,  et  Granger  pré- 
tend qu'une  seule  de  ses  têtes  vaut 
une  rame  de  ses  Odes  pindariques.  Il 
avait  montré  dans  sa  jeunesse  beau- 
coup d'éloigncment  pour  le  mariage,  et 
composé,  sur  ses  désagréments,  une 
chanson  qui  commençait  ainsi  :  Tel 
qu'un  chien  qui  porte  une  bouteille 
étroitement  liée  à  sa  queue,  etc . Ce  qui 
ne  l'empêcha  pas  d'épouser,  en  1672, 
une  jeune  personne,  dont  la  dot  peut- 
être  l'avait  séduit  autant  que  sa  beau  té  j 
ses  amis ,  qui  n'avaient  pas  oublié  sa 
chanson ,  trouvèrent  plaisant  de  venir 
la  lui  chanter  dans  une  séréna(ie , 
qu'ils  lui  donnèrent  la  première  nuit 
de  ses  noces,  11  mourut  à  Londres,  l^ 
8  décembre  1688.  X — s. 

FLAUSTf  Jean-Baptiste),  avo- 
cat au  parlement  de  Rouen,  était  un 
homme  très  laborieux  ;  il  travailla , 
dit-on,  pendant  quarante  ans,  à  un* 


FLA 

Explîcalion  de  la  jurisprudence  et 
de  la  coutume  de  Normandie ,  dans 
wi  ordre  simple  et  facile,  i  vol. 
iii-8'.  On  reproche  à  celte  produc- 
tion d'une  longue  patience  ,  d'être 
prolixe ,  et  de  manquer  d'une  tabîe 
des  matières  ;  mais  la  re'volulion  l'ayant 
rendue  presque  inutile ,  les  défauts 
en  sont  sans  conséquence.  L'auteur 
mourut  à  sa  terre  de  St.-Sever,  près 
Vire ,  le  2 1  mai  1 783.         B — i. 

FLAVAGOURT.  Voy.  Mailly. 

FLAVIEN  (S.),  cvêque  ou  pa- 
triarche d'Antioche,  vers  la  fin  du 
4*.  siècle,  était  issu  d'une  des  pre- 
mières maisons  decetle  ville.,  cl  était 
encore  laïc,  lorsque  déjà  il  défendait  la 
foi  avec  vigueur  contre  les  Ariens.  S'é- 
lant  réuni  à  Diodore,  depuis  évêque 
de  Tarse  ,  ils  s'opposèrent  conjointe- 
ment aux  progrès  de  l'hérésie ,  favo- 
risée par  le  faux  patriarche  Léonce, 
qu'on  avait  substitué  au  saint  évêque 
Eusfathe;  ils  forcèrent  même  Léonce 
de  déposer  du  diaconat  Aëlius  l'athée. 
Non  seulement  i's  entretenaient  les  fi- 
dèles dans  la  doctrine,  mais  encore 
dans  les  pratiques  de  piété  ;  ils  les 
moiaient  prier  sur  les  tombeaux  des 
martyrs;  et  si  l'on  en  croit  Théodo- 
ret,  c'est  eux  qui ,  dans  ces  réunions , 
commencèrent  à  introduire  la  pieuse 
coutume  de  terminer  le  chant  de  cha- 
que psaume  par  le  gloria  patri,  pour 
graver  sans  doute  davantage  dans  l'es- 
prit des  fidèles,  contre  les  erreurs 
qui  s'élevaient  alors,  le  dogme  de  la 
divinité  des  trois  personnes  et  de  leur 
parfaite  égalité,  Mélcce,  élevé  sur  le 
siège  d'Antioche,  ayant  été  chassé  de 
61  ville  épiscopale  par  Valons ,  Fla- 
vien  et  Diodore  y  demeurèrent  :  il 
les  avait  ordonnés  prêtres  avant  son 
départ ,  tant  pour  récompenser  leur 
îîiérite  et  leur  zèle,  que  pour  leur 
xiouner  plus  d'autorifé,  et  les  ren- 
dre plus  miles  au  troupeau ,  privé  de 


FLA  25 

la  présence  du  pasteur.  Ils  le  sup- 
pléèrent autant  qu'il  fut  en  eux  ,  dis- 
tribuant aux  fidèles  la  nourriture  de 
l'ame,  et  repoussant  les  attaques  des 
hérétiques  avec  une  fermeté  inébran- 
lable. Flavien  fournissait  les  passages 
des  Saintes-Ecritures ,  et  Diodore  les 
appuyait  de  son  éloquence.  C'est  vers 
h  fin  de  Fan  38 1  que  Flavien  fut  fait 
évêque  :  il  avait  accompagné  Mélcce 
au  concile  de  Gonstantinople.  Mélèce 
qui  le  présidait  étant  mort  avant  que 
cette  assemblée  finît,  les  pères  du 
concile  jugèrent  qu'il  fallait  lui  donner 
un  successeur.  Malgré  l'opposition  de 
St.-Grégoire  de  Nazianze,  qui  voulait 
que  suivant  l'accord  qui  avait  été  fait 
entre  Mélèce  et  Paulin ,  on  reconnût 
celui-ci ,  Flavien  fut  élu.  Le  pape  Da- 
mase  et  les  évêques  d'Occident,  qui 
étaient  en  communion  avec  Paulin , 
désapprouvèrent  cette  éleclion  ;  mais 
sur  la  déclaration  que  firent  les  évê- 
ques d'Orient ,  assemblés  à  Gonstanti- 
nople en  382,  que  Flavien  avait  été 
élu  de  leur  commun  consentement  , 
son  éleclion  fut  maintenue.  Les  enne- 
mis de  Flavien  en  prirent  occasion  de 
l'accuser  d'un  parjure,  prétendant 
qu'il  était  un  de  ceux  que  Socrate  et 
Sozomène  rapportent  avoir  juré  qu'ils 
n'accepteraient  point  le  siège  d'Antio- 
che que  les  deux  contendants  ne  fus- 
sent morts.  Mais,  outre  que  ces  écri- 
vains sont  les  seuls  qui  fassent  men- 
tion de  ce  fait ,  il  est  certain  que  Paulin 
lui-même ,  pour  lequel  c'eût  été  un 
moyeu  victorieux  d'infirmer  l'élection 
de  Flavien,  ne  s'en  est  jamais  servi, 
et  que  la  réputation  de  sainteté  de 
Flavien  n'en  a  point  souffert.  Paulin 
mourut  peu  de  temps  après.  Sa  mort 
n'éteignit  point  le  schisme.  Il  paraît 
même  que  l'intention  de  Paulin  fut  de 
le  prolonger,  puisqu'avant  de  m-ourir 
il  ordonna  Evagrc  pour  lui  succéder. 
Ce  n'est  que  sous  Innocent  P''.  que 


a6  FL  A 

Flavien  fut  reconnu  gënéralemenf ,  et 
réconcilie  avec  les  évêqurs  d'Occi- 
dent ,  par  Théophile  d'Alexandrie. 
En  588,  Flavien  eut  occasion  de  ren- 
dre à  la  ville  d'Antioche  un  service 
bien  impoitaut.  11  s'y  était  élevé  une 
sédition  à  Toccasion  de  quelques  im- 
pôts rais  par  l'empereur  Théodose  , 
et  que  les  besoins  de  l'ctat  exigeaient, 
te  désordre  fut  porté  à  un  tel  point , 
qu'on  renversa  les  statues  de  l'empe- 
reur, celles  de  ses  enfjmts  et  de  Flac- 
cille  son  épouse ,  princesse  d'une  lare 
vertu  ,  morte  trois  ans  auparavant , 
et  dont  la  mémoire,  riche  en  bonnes 
oeuvres,  était  en  grande  vénération. 
Lorsque  les  esprits  furent  un  peu  cal- 
més ,  le  désespoir  succéda  à  la  fureur. 
Ou  sentit  combien  l'empereur  devait 
être  irrité,  et  tous  les  yeux  se  tour- 
uèreut  vers  Flavien ,  comme  le  seul 
qui  pût  fléchir  sa  colère.  Il  partit  mal- 
gré son  grand  âge  et  la  rigueur  de  la 
saison,  car  on  était  alors  au  commen' 
cément  du  Carême.  On  nous  a  con- 
servé le  discours  qu'il  adressa  à  l'em- 
pereur. Après  avoir  avoué  combien 
les  habitants  d'Antioche  étaient  cou- 
pables :«  Prince,  lui  dit-il ,  vous  pou- 
»  vcz  orner  votre  tête  d'une  couronne 
»  plus  brillante  que  celle  que  vous 
»  portez,  parce  que  celle-ci  vous  la 
»  devrez  à  votre  propre  vertu.  On  a 
»  renversé  vos  statues;  mais  vous 
»  vous  en  serez  élevé  de  plus  pré- 
»  cieuses  dans  le  cœur  de  vos  sujets , 
»  et  vous  aurez  autant  de  statues  vi- 
»  vantes  qu'il  y  a  d'hommes  sur  la 
»  terre.  »  Flavien  repoussa  ensuite 
l'idée  que  la  grâce  accoidée  à  la  ville 
d'Antioche  pût  enhardir  les  autres 
villes  à  suivre  son  exemple,  p  rce 
qu'on  saurait  bien  que  si  le  prii.ce  ne 
punissait  pas ,  ce  n'était  point  par  ira- 
puissance.  Et  puis,  ajoufe-l-il,  «  quelle 
w  gloire  pour  vous ,  q  land  un  jour  ou 
»  dira  qu'une  si  grande  ville  étant  cou- 


F  L  A 

»  pable,  tous  ses  habitants  conster- 
»  nés...,  personne  n'osant  ouvrir  la 
î)  bouche  ,  un  seul  vieillard ,  revêtu 
»  du  sacerdoce  de  Dieu,  s'est  montré 
»  et  a  louché  le  prince  par  sa  seule 
»  présence  ,  et  par  un  discours  sim- 
»  pie  et  sans  raisonnement.  »  La 
prière  du  pasfcur  ne  lut  point  inutile, 
î^e  cœur  de  Théodose  en  fut  ému  ; 
l'histoire  r-pporte  qu'il  fondit  en  lar- 
mes, et  Antioche  tut  sauvée.  L'arrivée 
de  Flavien  dans  cette  ville  fut  un 
triomphe  :  les  maisons  étcsient  illumi- 
nées et  les  rues  jonchées  de  fleurs. 
Flavien,  humble  au  milieu  des  félici- 
tations qu'il  recevait,  disait  :  «  Dieu  a 
»  attendri  le  cœur  de  l'emptreur  ; 
»  Dieu  a  tout  fait.  »  Ce  saint  évêque, 
après  avoir  gouverné  l'église  d'An- 
tioche pendant  vingt-trois  ans,  mou- 
rut Tau  404.  Le  concile  de  Calcédoine 
lui  donna  le  titre  de  Bienheureux  f 
mais  quoiqu'il  soit  qualifié  de  Saint , 
il  ne  paraît  pas  que  jamais,  ni  chez 
les  Grecs  ni  chez  les  Latins ,  il  ait  été 
honoré  d'un  culte  public.  S.  Jean  Chry- 
sostome,  qu'il  avait  ordonné  diacre 
et  prêtre ,  et  qui  le  regardait  comme 
son  père ,  le  met  au  rang  des  plus 
grands  évêques.  L — y. 

FLAVIEN  (  S.  )  ,  patriarche  de 
Constantinople  ,  fut  d'abord  prêtre  et 
trésorier  de  la  grande  église,  tn  447> 
il  fut  choisi  pour  succéder  à  Proclus 
sur  le  trône  pontifical  de  Tenipire  grec, 
et  ses  vertus  y  devinrent  biei.lôt  l'or- 
nement de  l'église  et  l'objet  de  la  haine 
des  hérétiques  et  des  favoris.  L'eunu- 
que Chrysaphius,  qui  gouvernait  l'em- 
pire au  nom  de  Theodose,  s'indigna 
de  l'austérité  de  Flavien  ;  il  se  déclara 
son  ennemi,  et  prêia  son  appui  à  l'hé- 
résiarque Eutycliès,  dont  les  erreurs 
agitaiphl  alors  l'église  chiétiennc.  Fla- 
vien n'épargna  ni  les  prières ,  ni  les 
remontrances  pour  ramener  Futychès. 
M 'ayant  pas  réussi ,  le  patriarche  le  fit 


FLA 

condamner  par  un  concile  assemblé  h 
Constantinople.  Ct.t  arrêt  fut  le  signal 
des  plus  giands  troubles  et  d'une  vio- 
lente persécution  dirigée  contre  Fia- 
vien.  On  assembla  un  concile  tumul- 
tueux et  illégal  à  Ephèse;  la  fraude, 
l'intrigue  et  la  violence  en  dictèrent  les 
décisions.  Un  EiUycliécn  fougueux , 
Dioscore , évêque  d'Alexandrie,  pour- 
suivit ,  obtint  et  prononça  la  déposi- 
tion du  saint  prélat  ;  il  le  fit  maltraiter 
si  rudement ,  et  le  frappa  lui-même 
avec  tant  de  violence  ,  que  Flavien 
mourut  de  ses  blessures  trois  jours 
après,  en  449  La  mémoire  de  Fla- 
vien fut  bientôt  vengée;  Marcieu,  suc- 
cesseur de  Théodose,  fit,  dès  l'année 
suivante,  recueillir  les  restes  du  saint 
prélat  5  on  les  ensevelit  avec  pomj)€  et 
respect  dans  la  basilique  des  x4potres  ; 
TEgîise  rangea  Flavien  au  nombre  des 
saints,  et  l'histoire  parmi  les  pontifes 
dont  les  vertus  et  la  constance  doivent 
servir  de  modèles.  (  ror-  Eutycuès.) 
'  L—S— E. 
FL AVIGNY  (  Valerien  ) ,  profes- 
seur  d'hébreu  au  Collège  de  France, 
naquit  à  Villers-en-Prayères,  pi  es  de 
Laon ,  au  commencement  du  l 'j''.  siè- 
cle. Il  sortait  d'une  famille  noble  et 
distinguée  par  ses  services  dans  les 
lettres,  les  armes  et  la  robe.  Après 
avoir  étudié  la  théologie  dans  les  écoles 
de  Sorbonne,  il  reçut  le  bonnet  de 
docteur  dans  la  même  faculté  le  25 
mai  i6i8j  il  était  de  la  société  de 
Sorbonne  et  en  habitait  la  maison.Pour- 
vu  par  la  suite  d'un  canonicat  dans 
l'église  de  Reims ,  il  succéda  en  i65o 
à  P.  Vignal,  dans  la  chaire  d'hébreu 
du  Collège  de  France,  et  professa  cette 
langue  avec  distinction  jusqu'à  sa  mort, 
arrivée  à  Paris  le  29  avril  1674.  Fla- 
vigny  avait  une  connaissance  assez 
étendue  des  langues  orientales;  mais 
il  en  tira  peu  d'utilité,  ayant  consacre 
la  plus  grande  partie  de  sa  vie  à  des 


FLA  27 

discussions  philologiques  touchant  le 
texte  sacré,  discussions  qui  lui  acqui- 
rent de  son  vivant  quelque  célébrité  , 
mais  dont  il  n'est  sorti  aucun  résultat 
avantageux  ;  car,  quoiqu'il  ait  beau- 
coup écrit ,  ses  ouvrages  sont  presque 
oubliés  aujourd'hui.  En  i632,  il  se 
fit  connaître  par  une  édition  des  OEu- 
vres  de  Guillaume  de  St.-Amour,  doc- 
teur célèbre  des  12*.  et  i3^.  siècle?. 
L'édition  projetée  de  la  JBible  polj  - 
glotte  de  Le  Jay  le  lança  dans  la  car- 
rière de  la  critique.  En  i  G56 ,  il  pu- 
blia à  cette  occasion  quatre  Lettres 
sous  ce  titre  :  Epistolœ  IV  de  ingenti 
Bibliorum  opère  septinîingui,  in-8". 
La  manière  dont  on  s'exprimait  au 
sujet  du  texte  hébreu  dans  la  préface 
de  celte  Bible ,  ayant  déplu  à  la  ma- 
jeure partie  des  hébraïsans ,  Flavigny 
se  rendit  en  quelque  sorte  leur  or- 
gane dans  un  Discours  apologétique, 
pro  sacro-sanctœ  edilionis  hebràicœ 
aiithenticd  veritate,  prononcé  publi- 
quement au  Collège  royal ,  le  1 1  fé- 
vrier 1646,  et  imprimé  la  même  an- 
née. Les  éditeurs  de  la  Bible  n'ayant 
point  corrigé ,  comme  i's  le  lui  avaient 
promis  ,  l'endroit  qu'il  reprenait ,  il 
publia  les  quatre  Lettres  suivantes  : 
1  ".  Epistolœ  duce  in  quibus  de  ingenti, 
Bibliorum  opère  ^  quod  miper  Liite- 
iiœ  Parisioritm  prodiii ,  ac  ei  prœ- 
fixd  prœfûtione ,  Paris,  1646,  in-8".; 
2".  Épislola  III'^.  in  qiid  de  libella 
JRuth  Syriaco  qiiem  Abr.  Echellen- 
sis  insertum  esse  voluit  ingenti  Si^ 
bliorum  operi,  etc.,  ibid.,  1647; 
"5  .Epislola  adversùs  ylbr.  Echellen- 
sem  de  libello  RiUh  ;  simulque  sacro- 
sancla  veritas  hebrdica  streniiè  de» 
fenditur  alque  propugnatur,  Paris, 
1648(1).  Abraham  Echellensis,  par- 


(i)  C'est  dans  cette  lettre  que  se  trouva  cette 
singulière  faute  d'impression  qui  fournit  à  Echel- 
lensis des  armes  terribles  contre  son  adversaire, 
Flavigny  avait  cité  les  deux  passages  suivants  de 
S.  Miàthieu  :  QuidviJesfeiliuam  moculofruirit 


28  FLA 

ticulièreraent  attaqué dnns  ces  Lettres, 
et  même  Gabriel  Sionitc,  répondirent 
avec  amertume  aux  critiques  presque 
toujours  justes  de  Flavigny.Nous  nous 
abstieudrons  de  tout  jugement  sur 
cette  querelle ,  touchant  laquelle  on 
peut  lire  avec  fruit  la  Bibl.  des  Aut. 
^cclés,  de  Dupin,  la  critique  de  cet 
ouvrage  par  Richard  Simon ,  et  le  Dis- 
cours liistor.  du  P.Lclong  sur  les  Bi- 
l>ie.s  polyglottes.  Flaviguy  ne  se  borna 
point  à  ces  Lettres  ;  en  1 65  2  il  fit  im- 
primer une  nouvelle  Lettre  adresse'e 
à  M.  Grandin ,  professeur  de  Sor- 
bonne  ,  et  dans  laquelle  il  s'attache  à 
prouver  la  pureté'  du  texte  hébreu  , 
par  le  témoignage  des  Pères,  des  papi  s 
et  des  théologiens.  Grandin  ayant  ré- 
pondu à  cette  Lettre ,  Flavigny  répli- 
qua par  une  seconde  Lettre ,  et  détrui- 
sit les  autorités  dont  s'appuyait  ce 
docteur.  Les  opinions  quelquefois  exa- 
gérées de  ce  critique ,  sur  le  texte  hé- 
breu, le  mirent  eu  contestation  avec 
leP.  Morin  et  LeCapelain  ,  autre  doc- 
teur de  Sorbonne  ;  il  fit  contre  ce  der- 
nier un  écrit  publié  sous  le  nom  de 
Vaumorin  ,  et  intitulé  :  Disquisitio 
iheologica,  an.  ut  habet  Capellanus, 
nonnuLla  S.  Scriplurœ  testimonial 


-EU 

primitm  Irabein  de  oculo  tuo  ,  et  tune  viaebis 
AJizere feslucnm  de  odUo Jralris  tui.  U  voulait, 
par  cette  citation  ,  blâmer  Echeilentis  d'avoir  re- 
levé avec  aigreur  le*  f  utc»  échappées  à  Gabriel 
.Sionite  ,  tandis  que  ton  livre  de  Ruth  en  conteii<iit 
•Je  plus  grave»  ou  de  plus  nombreuses.  Mai»,  par 
tin  hasard  fatal ,  rimprimeur  en  voulant  redre»«er 
une  ligne  ,  aprè»  la  correction  de»  épreuves,  laista 
«-■cbapper  le  premier  o  du  premier  mot  oculo  qui 
«commençait  la  ligne,  et  la  feuille  fut  tirée  avec 
cette  faute.  A  peiuc  la  lettre  dej'lavigny  cu'-elU 
paru,  qu'Echellensis  cria  au  scandale  ,  ii l'impiété, 
;iccusant  Sun  ant  <gonisle  de  corrompre  la  sainte 
Kcritur.  de  la  man:èrc  la  plus  immorale  FUvignjr 
«ut  be.'U  soutenir  qu'il  était  victime  de  la  négli- 
gence .:e  l'imprimeur,  et  offrir  de  montrer  se* 
•  preuves  ,  on  refnsa  de  le  croire  ,  et  il  fallut  qu'il 
protPstâtde  ton  innocence,  surle*  livret  tainit.  Au 
«urjiiut ,  Flavigny  ne  tut  jamais  pardonner  a  rim- 
primeur les  tourments  i^ue  ce  maudit  o  de  moins 
lui  avait  <:aut<'s  ;  et  Cix'ViUier  nous  apprend  ,  dans 
»PO  Oiiginede  l'imprimerie  de  Paru  ,  que  trente 
i^ns  après  l'aventure,  le  professeur  ne  parlait  ja* 
tnsii  de  cet  imprimeur  ciOo  se  li'.r'.'r  a  d?s  luua- 
vtra?aU  d'one  svt:  colère. 


FLA 

alio  modo  proferantur  à  rahUnis 
qiiàm  nunc  leguntur  in  voluminibus 
hebrdicis  ?  et  an  indè  consequi  pqs- 
sit  textumhebràicumcorrupium  esse 
et  vitiatum?  Paris  ,  i66(j,  in- 12. 
Trois  ans  auparavant,  Flavigny ,  ami 
vif  et  sincère  de  la  vérité  ou  de  ce  qull 
prenait  pour  elle ,  se  fit  honneur  par 
la  chaleur  avec  laquelle  il  combattit 
une  thèse  où  l'on  soutenait  que  l'hy- 
pothèse de  Copernic  sur  le  système 
du  monde  était  renversée  par  les  ca- 
nons de  l'Eglise  et  les  foudres  du  Va- 
tican. Dans  ce  petit  écrit,  Expostula- 
tio  adversàs  thesim  ,  etc. ,  Paris  , 
i665,  in-8<».  ,il  qualifie  la  proposi- 
tion soutenue,  de  mépris  de  l'autorité 
royale,  de  violement  des  droits  du 
royaume,  et  d'acheminement  vers  l'e'- 
tablissement  de  l'inquisition  :  malgré 
ses  efforts,  Flavigny  ne  put  obtenir 
l'examen  delà  thèse.  En  1067  et  1668 
il  entra  encore  en  lice  au  sujet  d'une 
thèse  de  Louis  de  Clèves ,  dont  on 
blâmait  les  propositions  touchant  la 
prêtrise  et  lépiscopat,  propositions 
qu'il  approuvait.  11  publia  à  cette  oc- 
casion ses  Expectatœ  vindiciœ  ad 
thesim  Clevesianam  ubi  de  episco- 
patu ,  Tournai,  1668,  in-4''.  Voici 
le  jugement  que  Dupin  porte  de  ce  cri- 
tique :  «  Flavigny  suivait  dans  ses 
»  écrits  son  génie  plein  de  feu  ;  son 
»  style  est  vif,  et  plus  convenable  à 
»  l'impétuosité  d'un  jeune  homme  qu'à 
»  la  gravité  d'un  ancien  docteur  ;  il  a 
»  fait  des  recherches  pénibles  et  cu- 
»  rieuses  sur  les  matières  qu'il  a  trai- 
»  tées,  et  l'on  voit  [>ar  ces  uiêines  écrits, 
»  qu'il  avait  de  la  théologie,  des  belies- 
»  lettres  et  la  connaissance  des  lan- 
»  gués  orientales.  Quelques  -  uns  ont 
»  prétendu  qu'il  ne  savait  celtes -ci 
»  que  très  médiocrement  ;  mais  la 
»  charge  de  professeur  royal  en  lan- 
»)  gue  hébraïque  ,  qu'il  a  exercée  long- 
»  temps  arec  honneur ,  et  ses  liaisous 


FLA 

»  avec  les  cjens  Verses  dans  cette  sorte 
»  d'e'rudilion ,  ne  laissent  pas  lieu  de 
»  douter  de  son  habileté.  »      J — n. 

FLAVIGiSY  (  Cesar- François, 
comte  DE  ) ,  ne'  vers  1 74  o ,  à  Oaoïine , 
en  Laonnois  ,  embrassa  la  pvofession 
des  armes,  et  parvin  l  au  grade  de  lieute- 
nant-colonel de  dragons.  Il  obtint  en- 
suite une  compagnie  dans  le  régiment 
des  gardes  françaises,  fut  faitmare'cha!- 
dc-canip  en  1 788,  et ,  après  le  licencie- 
ment de  la  maison  du  roi ,  se  retira 
dans  sa  terre  de  Charmes  près  de  la 
Fère ,  ou  il  mourut  le  1 1  décembre 
i8o3.II  joi^^nait  beaucoup  d'esprit  à 
une  instruction  solide  et  variée.  Il  a 
publié  les  ouvrages  suivants  :  1.  Ré- 
Jlexions  sur  la  désertion  et  sur  la 
peine  des  déserteurs   en  France , 
1768,  in-8".  :  cet  ouvrage,  rédigé 
en  forme  d;;  lettres,  est  adressé  à 
M.  de  Cboiseul.   II.  Examen  de  la 
poM^re,  traduit  de  l'italien  d'Anloni , 
Paris,    i'j75,in-8'\   U\.  Principes 
fondamentaux   de   la  construction 
des  places ,  aifec  un  nouveau  sys- 
tème de  fortifications  ,    traduit  du 
même  auteur,  ibid. ,   1775,    in-8°. 
IV.  Introduction  à  Vhistoire  natu- 
relle et  à  la  géographie  de  VEs- 
pagne,\.Y^ày\\iQ  de  l'anglais  de  Bovvles, 
ibid.,   1776,  in-S*^.  V.  Correspon- 
dance de  Fernand-Cortez  avec  V em- 
pereur Charles  quint,  sur  la  conquête 
du  Mexique,  Paris,  177B,  in-i2j 
en  Suisse,  1779,  in-8'.  (  voj-.  Cor- 
TEZ  ).  H  a  laissé  en  manuscrit  des  ^<?- 
Jlexions  sur  l'art  militaire  et  sur  ses 
voyages  en  Italie ,  en  Angleterre  et 
en  Espagne.  —  A.-L.-J.  vicomte  de 
Flavigny,  fils  unique  du  précédent, 
né  en  i  764 ,  avait  obtenu  une  lieute- 
nance  dans  les  gardes  françaises.  Ce 
fut  l'un  des  gentilshommes  qui  se  mon- 
trèrent le  plus  dévoués  à  la  personne 
du  malheureux  Louis  XVI.  11  fut  ar- 
rêté après  la  journée  du  10  aout^  et 


FLA 


29 


resta  près  de  dix- huit  mois  détenu 
dans  la  maison  de  Sf. -Lazare.  Enfin  , 
traduit  au  triljunal  révolutionnaire,  il 
fut  condamné  à  mort,  le  24  juillet 
1794,  comme  complice  de  la  cons- 
piration des  prisons.  W-^s. 

FLAVIO.(BiONDo)  ou  BlOINDO 
(Flavio).  Les  biographes  sont  in- 
certains de  savoir  lequel  de  ces  deiix 
noms  est  celui  de  famille  et  lequel  e>,t 
le  prénom  du  savant  qui  les  a  porlc-i 
dans  le  1 5".  siècle.  D'un  coté,  sou 
inscription  sépulcrale ,  les  Annales 
de  Forli  sa  patrie,  citées  par  Mura- 
tori,  et  plusieurs  lettres  du  savant 
Philelphe,  son  contemporain,  l'ap- 
pellent Biondo  Flavio;  de  l'autre,  Pal- 
mieri,  dans  sa  Chronique,  Paul  Jove, 
dans  ses  Eloges ,  Alberti,  dans  sa  Des- 
cription de  l'Italie  ,  Joseph  Scaliger  , 
et  quelques  autres  auteurs  le  nomment 
Flavio  Biondo.  Tiraboschi ,  en  adop- 
tant la  première  opinion  ,  déclare  qu'il 
ne  fera  point  la  guerre  à  ceux  qui  sont 
de  la  seconde.  Nous  ne  sommes  pas 
plus  disposés  à  la  faire  à  ceux  qui 
pensent  comme  lui;  cependant,  quoi- 
que nous  ayons  d'abord  été  de  sou 
avis  sur  ces  deux  noms ,  comme  le 
prouve  la  place  même  que  nous  leur 
avons  réservée  dans  l'ordre  alphabé- 
tique ,  nous  avouerons  que  nous  avons 
là  dessus  un  scrupule  aussi  fort  qu'on 
en  puisse  avoir  sur  un  pareil  sujet. 
C'est  en  latin  que  cet  auteur  a  toujouir. 
écrit,  et  ses  noms  latins  sont  Flavius 
Blondus.Qi\(i\c[ue  nom  de  saint  qu'il 
eût  reçu  au  baptême ,  on  voit  qu'il  le 
changea  en  entrant  dans  la  carrière 
des  lettres,  pour  le  nom  romain  Fla- 
vius j  selon  l'usage  de  son  temps; 
mais  Blondus  n'estpointunnom  latin, 
et  ne  peut  être  que  le  nom  italien 
Biondo  latinisé.  Notre  auteur  avait  un 
frère  nommé  Malteo  Biondo ,  qui 
était  abbé  de  Sainte-Marie  de  la  Ro- 
tonde; et  il  dit  lui-même  de  ce  fùie, 


DO  FLA 

dans  un  de  ses  ouvrages  :  prœestque 
illimonasterio  ahhas  MatlhœusBlon- 
dus  nobisf rater  germanus;  enfin  , 
ses  descendants  ont  porte  le  norn  de 
Jiiondo ,  et  non  celui  de  Flavio.  On  a 
aussi  prétendu  qu  il  était  de  la  famille 
des  Ravaldini ,  Tune  des  plus  distin- 
guées de  Forli  ;  Aposlolo  Zeno  ,  dans 
ses  notes  sur  la  Bibliothèque  italienne 
de  Fontanini,  est  lui-même  de  cet 
avis.  Tiraboschi  permet  bien  qu'on 
an  soit,  mais  il  avoue  qu'il  n'en  voit 
pas  de  preuves  assez  certaines  j  et  c'est 
encore  un  doute  qu'on  peut  partager 
avec  lui.  Quoi  qu'il  en  soit,  Flavio 
Biondo  naquit  à  Forli  en  1 588.  Il  ap- 
prit la  grammaire,  la  rhétorique  et  la 
poétique  du  savant  Jean  Ballislario 
de  Crémone.  Il  était  encore  fort  jeune, 
lorsqu'il  fut  envoyé  à  Milan ,  par  ses 
concitoyens,  pour  traiter  de  quelques- 
unes  de  leurs  affaires;  et  ce  fut  alors 
qu'ayant  trouvé  le  manuscrit  unique 
du  Dialogue  de  Cicéron ,  De  claris 
Oratoribus ,  il  en  fit  de  sa  main  une 
copie  qui,  envoyée  à  Vérone  et  ensuite 
à  Venise,  répandit  dans  toute  l'Italie 
cet  ouvrage.  Biondo  se  préparait  à 
partir  pour  Rome  en  i45o,  lorsque 
Francisco  Barba ro  ,  noble  vénitien , 
qui  avait  pour  lui  beaucoup  d'estime, 
ayant  été  nommé  préteur  de  Bergame, 
lui  offrit  la  place  de  son  chancelier, 
qu'il  accepta.  Il  se  rendit  à  Rome  sous 
le  pontificat  d'Eugène  IV ,  et  lui  fut  si 
bien  recommandé,  que  ce  pape  le 
choisit,  peu  de  temps  après,  pour 
son  secrétaire.  Eugène  l'envoya  en 
1434,  avec  l'évêque  de  Recanati,  en 
ambassade  à  Floiencc  et  à  Venise  , 
pour  demander  des  secours  à  ces  deux 
républiques:  sa  mission  y  obtint  peu 
de  succès  ,  mais  il  en  eut  lui-même  un 
très  grand  ;  il  se  vit  accueilli  partout 
avec  empressement,  et  reçut  même  à 
Venise  le  titre  de  citoyen  pour  lui  et 
pour  SCS  descendants.  11  était  pour  la 


FLA 

seconde  fois  à  Florence  en  144'?  ^^^^ 
doute  avec  ce  même  pape  qui  y  rési- 
dait depuis  quelques  années.  Pendant 
tout  le  reste  de  la  vie  d'Eugène,  qui  ne 
mourut  qu'en  1447»  Biondo  remplit 
auprès  de  lui  le  même  emploi;  il  le 
conserva  sous  ses  trois  successeurs 
Nicolas  V,  Calixte  ÏII ,  et  Pie  II.  Il 
paraît  cependant  qu'il  fut  calomnié  par 
ses  ennemis  auprès  du  premier  de  ces 
trois  pontifes ,  et  qu'il  en  résulta  pour 
lui  une  sorte  de  disgrâce.  Il  s'absenta 
de  Rome  eu  i45o ,  fît  quelque  séjour 
à  Ferrare,  et  voulut  inutilement  obte- 
nir, par  le  crédit  de  Philelphe,un  emploi 
honnête  à  la  cour  du  duc  de  Milan  , 
François  Sforza;  mais  il  retourna 
enfin  à  Rome  en  i455:  Nicolas  V 
lui  fit  un  très  bon  accueil,  et  lui  rendit 
toute  sa  confiance.  Dans  cette  place 
qu'il  occupa  si  long  temps ,  il  aurait  fa- 
cilement lait  sa  fortune ,  s'il  avait  pris 
l'état  ecclésiastique;  mais  il  était  marié. 
Content  de  laisser  à  ses  cinq  fils  une 
éducation  soignée,  et  de  les  avoir  for- 
més aux  sciences,  il  partagea  le  peu 
de  biens  qu'il  avait  pu  amasser,  entre 
ses  filles,  pour  leur  servir  de  dot.  Ses 
fils  portaient  les  prénoms  d'Antoine, 
Gaspard,  Jérôme,  Julien  et  François, 
et  tous  cinq  le  nom  de  Biondo.  Mag- 
nam  spem,  dit-il  lui-même,  Dei  mu- 
nere  constilutam  videmus  in  quinque 
Blondis  natis  nostris  qui  literis  om- 
nés  pro  œtalesuntpleni.  (  Ital.  Illustr. 
Région.  VI,  p.  348).  Ce  passage  nous 
paraît  laisser  peu  de  doute  sur  la  ques- 
tion de  savoir  si  c'était  Flai>io  ou 
Biojido  qui  était  son  nom  de  famille. 
Il  mourut  h  Rome  le  4  j"'"  i465, 
âgé  de  "jS  ans  ,  laissant  plusieurs  sa- 
vants ouvrages  qui  ont  été  recueillis  et 
publics  ensemble  à  Bâle,  en  i55i  ,  et 
réimprimés  en  iSSg,  iu-fol.  ï.  Le 
long  séjour  qu'il  fit  à  Rome,  et  l'exa- 
men attentif  des  restes  innombrables 
d'antiquilés  duut    celte  capitale   du 


FLA 

Monde  était  remplie ,  lui  firent  con- 
cevoir l'idée  de  publier  une  descrip- 
tion, la  plus  exacte  qu'il  lui  serait  pos- 
sible, du  site,  des  édifices,  des  portes, 
des  temples  et  des  autres  monuments 
de  l'ancienne  Romej  c'est  ce  qu'il  exé- 
cuta dans  un  ouvrage  qu'il  dédia  au 
pape  Eugène  IV,  et  qui  est  intitulé: 
Romœ  instauraiœ  libri  1res  )  ouvrage 
d'une  érudition  prodigieuse  pour  le 
temps,  et  dans  lequel  les  monuments 
sont  expliqués,  pour  la  première  fois, 
par  les  témoignages  des  anciens  au- 
teurs ,  recueillis  et  examinés  avec  un 
soin  et  une  attention  infatigables.  La 
première  édition  de  ce  livre  parut, 
selon  Mailtaire  ,  à  Vérone  ,  1 482 , 
in-fol.  II.  Le  gouvernement,  les  lois, 
la  religion  ,  les  cérémonies  des  sacri- 
fices, la  milice,  la  guerre,  les  triom- 
phes, enfin  la  forme  entière  de  l'ad- 
ministration de  la  république  romaine, 
sujet  encore  plus  difficile ,  qui  exigeait 
plus  de  travail  et  de  plus  fongues  étu- 
des, et  qui  n'avait  encore  été  essayé 
par  personne,  fut  l'objet  d'un  autre 
ouvrage  de  Biondo,  qu'il  n'écrivit  que 
dans  les  dernières  années  de  sa  vie  ; 
il  lui  donna  pour  titre,  Romœ  trium- 
phantis  libri  decem ,  et  le  dédia  au 
pape  Pie  II  :  le  même  bibliographe  en 
cite  une  première  édition  de  la  même 
année  14B2  ,  à  Brescia  ,  aussi  in-fol. 
m.  C'est  encore  à  l'étude  des  antiqui- 
te's  qu'il  faut  rapporter  l'ouvrage  qu'il 
composa ,  à  la  demande  d'Alphonse 
d'Arragon,  roi  de  Naples ,  et  qui  con- 
tient ,  sous  le  titre  à'Italia  illustrata , 
la  description  de  l'Italie  entière ,  divi- 
sée comme  elle  l'était  anciennement  en 
quatorze  régions ,  avec  des  recherches 
sur  l'origine,  l'histoire  et  les  révo- 
lutions de  chaque  province  et  de 
chaque  ville.  La  première  édition 
parut  à  Rome  ,  chez  J.-Ph.  de  Ligna- 
mine,  en  14745  in-fol.,  par  les 
«oius  de  son  fils  Gaspard  Biondo.I  V.U 


FLA 


5t 


avait  entrepris  un  ouvrage  historique 
d'une  plus  grande  étendue,  et  qui  de- 
vait embrasser  l'histoire  générale ,  de- 
puis la  chute  de  l'Empire  romain ,  jus- 
qu'à son  temps  :  mail»  lorsqu'il  mourut, 
il  n'en  avait  écrit  que  trois  décades, 
et  le  premier  livre  de  la  qualrième,qui 
furent  imprimés  d'abord  séparément: 
Historiarum  ah  inclinatione  Romani 
imperiiad  annum  i  /^/^OjdecadesIIIy 
libri  XX JT/ ,  Venise ,  1 483,  in-fol. 
Le  pape  Pie  II  (  JEneas  Sybius  ) 
fut  si  satisfait  de  ce  travail  qu'il  voulut 
en  faire  un  abrégé,  qui  parut  à  la  suite 
de  la  seconde  édition,  cum  Ahrevia- 
tione  PU  Ilypapœ^  Venise,  î484> 
in-fol.;  mais  cet  abrégé  ne  s'étcrid  que 
jusqu'à  la  fin  de  la  deuxième  décade. 
V.  Le  même  recueil  contient  encore  un 
ouvrage  sur  l'origine  et  l'histoire  de 
la  république  de  Venise,  lequel  avait 
aussi  paru  une  première  fois  sous  le 
titre,  De  Origine  ac  gestis Tenetorum, 
Vérone  ,  1 48 1 ,  in-fol.  La  bibliothè- 
que d'Oxford  possède,  dit-on ,  un  ma- 
nuscrit intitulé  :  Blondi  Consultatio 
an  bellum  velpax  ciim  Turcis  magis 
expédiât  reip.  Fenetœ.  La  décision 
de  l'auteur  est  pour  la  guerre.  On  cite 
aussi  deux  manuscrits  de  lui,  dans  la 
lïfbliothèque  du  Vatican ,  l'un  ayant 
pour  titre  :  Z><?  Expediiione  in  Turcas 
ad  Alphonsum  regem  ;  et  l'autre  : 
De  eddem  ad  ducem  Genuœ.  Le 
sujet  est  le  même  que  celui  du  précé- 
dent ,  et  ils  tendent  au  même  but. 
Les  ouvrages  historiques  de  Biondo 
pèchent;  surtout,  par  le  style,  qui  est 
sec  et  peu  élégant.  Ceux  qui  ont  l'an- 
tiquité pour  objet,  ont  le  même  défaut; 
on  y  peut  reprendre  aussi  des  erreurs 
etbeauconp  d'omissions.  Rome  et  l'Ita- 
lie furent  mieux  connues  et  mieux  de'- 
crites  par  les  antiquaires  du  16".  siè- 
cle, et  l'ont  été  plus  parfaitement  en- 
core dans  le  18°.  et  de  nos  jours  ; 
mais  Flavio  Biondo  entra  le  premier 


3i 


FLA 


dans  la  carrière;  il  Taplanit,  il  la 
prépara  pour  ceux  qui  devaient  le  sui- 
vre ,  et  SCS  ouvrages  quoique  impar- 
faits supposent  eu  lui  beaucoup  de 
savoir,  d*application  et  de  sagacité. 
G— E. 

FLAVITAS  ou  FRAVITAS,  pa- 
triarche  de  Constantinople ,  parvint 
par  la  ruse  à  cette  dignité,  en  4B8, 
après  la  mort  d*Acace.  L'empereur 
Zenon  ,  embarrassé  du  choix  d'un 
pontife ,  imagina  de  publier  un  jeûne 
solennel  et  de  mettre  un  papier  blanc 
cacheté  sur  l'autel,  en  priant  le  ciel 
de  permettre  que  le  nom  de  celui  qui 
conviendrait  au  siège  patriarcal  se  trou- 
vât inscrit  sur  le  papier  à  la  fin  du 
jeûne.  L'ambitieux  Fiavitas  corrompit 
l'eunuque  chargé  de  veiller  sur  le  billet 
sacré  et  y  fit  adroitement  inscrire  son 
nom ,  sans  qu'on  pût  s'apercevoir  de 
cette  fraude.  Par  ce  moyen ,  Fiavitas 
fut  proclamé.  Il  conserva  sur  le  siège 
de  Constantinople  l'esprit  d'intrigue 
qui  l'y  avait  porté.  D'un  coté ,  il  pro- 
testait dans  ses  lettres  au  pape  Félix 
de  sa  soumission  au  St.-Siége;  de 
l'autre ,  il  excitait  et  encourageait  se- 
crètement les  hérétiques.  Ces  ma- 
nœuvres coupables  furent  découver- 
tes, et  bientôt  on  pénétra  le  secret 
de  son  élection  sacrilège  j  il  allait  être 
puni,  lorsque  la  mort  vint  le  dérober 
au  châtiment,  un  an  après  sou  élec- 
tion. L — S — E. 

FLAVIUS  (Caïus),  personnage 
dont  les  écrivains  les  plus  illustres  de 
Borne,  tels  que  Cicéron,  Tite-Live, 
Pline ,  etc ,  ont  parlé ,  et  sur  le  compte 
duquel  il  règne,  malgré  cela,  la  plus 
grande  obscurité.  Il  parvint  à  l'édilitc 
curule ,  mais  ce  ne  fut  point  sans  diffi- 
culté, à  cause  de  la  bassesse  de  sa 
naissance,  n'étant  que  le  fils  d'un  af- 
franchi; mais  il  avait  de  r.<di'esse  et 
de  l'éloquence.  Les  uns  prétendent 
qu'avant  d'être  édile ,   il  avait  déjà 


FLA 

rempli  d'autres  magistratures,  telles 
que  le  tribunat.  D'antres,  au  contraire, 
disent  qu'il  n'était  qu'un  simple  scribe, 
c'est-à-dire  ,  secrétaire  d'un  rangislrat, 
ou  dépositaire   des  registres,   où    il 
transcrivait   les  actes  publics.  Celui 
qui    présidait   les  comices    où  il  fut 
nommé  édile,  ne  cojisentit  à  publier 
son  élection  qu'après  qu'il  eut  promis, 
avec  serment,  de  renoncer  à  sa  pro- 
fession, qui  était  alors  peu  estimée  à 
Rome.  Pour  se  venger  des  nobles,  qui 
montraient  le  pins   profond    mépris 
pour  lui ,  à  cause  de  la  bassesse  dé 
son  extraction  ,  il  publia  les  Fastes  y 
qui  indiquaient  les  jours  où  l'on  pou- 
vait ou  non  agir  en  justice ,  et  les  for- 
mules des  actions  qu'on  était  obligé 
d'employer ,  et  que  les^pontifes  et  les 
patriciens ,  qui  en  étaient  les  déposi- 
taires ,  cachaient  avec   beaucoup  de 
soin ,  pour  que  ceux  qui  avaient  be- 
soin de  les  connaître ,  fussent  sans 
cesse  obligés  de  recourir  à  eux.  L'an- 
née étant  lunaire  à  Rome,  avant  la  lé- 
formalion  du  calendrier  par  Jules-Cé- 
sar ,  les  pontifes  étaient  chargés  de 
faire     les    intercalalions    nécessaires 
pour  l'accorder  avec  l'année  solaire. 
Ils  faisaient  par  ce  moyen  comracncci: 
ou  finir  l'année  quand  ils  voulaient. 
Ils  l'abrégeaient  ou  la  prolongeaient 
souvent  pour  favoriser  des  intérêts 
particuliers.  Les  jours   appelés  fasii 
étaient  ceux  où  les  tribunaux  étaient 
ouverts ,  et  les  nef  asti  ceux  où  on  les 
fermait.  Les  pontifes,  maîtres  de  la 
distribution  des  jours  comme  des  an- 
nées,  pouvaient  seuls   les  indiquer. 
Cicéron  demande  à  quoi  pouvait  ser- 
vir la  publication  des  Fastes ,  qu'on 
disait  avoir  été  faite  par  Flavius.  La 
variation   du   calendrier  était  telle  , 
qu'en  publiant  les  fastes  d'une  année, 
cela  ne  réglait  rien  pour  celles  qui  la 
suivaient.  Ce  qui  paraît  le  plus  cons- 
tant c'est  que  Flavius  ,  qui  ,  eu  m 


i^ialile  de  scribe,  avait  pu  connaître 
les  formules  qu'on  était  obligé  d'em- 
ployer, à  peine  de  nullité,  pour  les 
actions  qu'on  intentait  eu  justice,  en 
«âéroba  le  secret  aux  patriciens  pour 
Je  livrer  au  public ,  qui  en  fut  très  sa- 
tisfais. Cette  collection  fut  appelée  de 


son  nom  JUS 


Flai'innum  :  mais  il  exis- 


tait avant  lui  un  rocueil  du  même 
genre,  appelé  jus  Papiriantiin ,  de 
Papirius  son  auteur.  Jl  y  en  eut  encore 
im  après  Flavius  ,  publié  par  un  nom- 
mé iÉlius,  qui  porta  le  nom  dvjns  JElia- 
num.  Il  est  difficile  de  dire  quelque 
chose  de  certain  sur  des  faits  douteux 
même  pour  les  plus  habiles  écrivains 
de  Tancienne  Rome.  Quoi  qu'il  en  soit, 
Flavius  jouit  à  Rome  d'une  grande 
popularité.  Outre  les  hautes  magis- 
tratures oiî  il  fut  élevé,  on  le  chargea 
de  dédier  un  temple  à  la  Concorde;  et 
\t  grand  pontife  ,  malgré  sa  résis- 
tance, fut  forcé,  par  le  peuple ,  de 
l'assister  dans  cette  cérémonie.  Un  pa- 
reil honneur  avait  été  réservé  jus- 
qu'alors pour  les  consuls  ou  les  géné- 
raux distingués.  Pour  qu'un  pareil 
exemple  ne  se  renouvelât  plus,  on  fit 
ime  loi  par  laquelle  on  défendit  de 
dédier  un  temple  et  un  autel  sans  la 
permission  du  sénat ,  et  de  la  majeure 
partie  des  tribuns  du  peuple.  Flavius, 
<jui  connaissait  le  mépris  que  la  no* 
blesse  avait  pour  lui ,  se  plaisait  à  l'hu- 
milier toutes  les  fois  que  l'occasion 
s'en  présentait.  Un  jour  qu'il  a!!ait 
voir  un  de  ses  amis  malade  ,  il  trouva 
chez  lui  plusieurs  jeunes  gens,  appar« 
tenant  à  des  familles  nobles  ,  qui  ne 
daignèrent  pas  se  lever  en  le  voyant 
entrer,  il  se  fit  apporter  sa  chaise  eu* 
ruie ,  et  s'y  étant  assis ,  il  jouit  ainsi 
en  leur  présence  des  marques  de  sa 
dignité.  Cicéron,  dans  ses  livres  de  la 
Bépublique ,  d'accord  en  cela  avec  Tite- 
Live ,  plaçait  l'époque  où  vivait  Fla- 
yius  vers  l'au  447  de  Rome.  11  parî^t 

XV. 


F  L  A  55 

qu'Atticus  le  croyait  plus  ancien,  et 
même  antérieur  au  décemvirat;  mais 
Cicéron  lui  fait  remarquer  que  Flavius 
ne  pouvait  avoir  vécu  avant  les  dé- 
cernvirs,  puisque  l'édilitécurule,  dont 
on  i*honora ,  ne  fut  créée  que  long- 
temps après  eux.  B — i. 
FLAVIUS-CLEMENS.  Foy,  Do- 

MITILLA. 

FL  WÎUS.   Vor.  JOSÈPHE. 

FLÉCHiER  (  Esprit)  ,  issu  d'une 
famille  autrefois  distinguée  ,  mais 
tombée  depuis  dans  l'obscurité,  naquit 
le  10  juin  i63'2  ,  à  Pernes,  petite 
ville  du  di(icèse  de  Carpentras.  Le  P* 
Audifret ,  général  de  la  congrégatioa 
de  la  doctrine  chrétienne,  homme  es- 
timé et  instruit ,  était  son  oncle.  H 
prit  soin  de  sa  jeunesse,  et  sui  veilla 
ses  premières  études.  Lui-même,  à 
l'âge  de  seize  ans,  entra  dans  cette  con- 
gi  égation  ,  ou  il  se  forma  à  la  piété 
et  aux  vertus  ecclé'^iastiques.  Il  avait 
pour  l'éloquence  des  dispositions  qui 
n'échappèrent  pas  à  la  pénétration  du 
P.  Audif»  et ,  et  que  celui  ci  s'appliqua 
à  cultiver.  Il  s*attacha  surtout  à  ins- 
pirer à  son  jeune  parent  l'amour  du. 
beau  et  du  vrai  ,  par  la  lecture  des 
bons  modèles.  Flécliier  raconte  qu'il 
y  mêlait  celle  des  scrmonaires  italiens 
et  espagnols ,  qu'il  appelait  ses  houf* 
fons.  Il  apprenait  dans  ceux-là  le  se- 
cret des  belles  compositions;  les  au- 
très  lui  offraient  les  défauts  qu'il  devait 
éviter,  et  il  avoue  que  le  ridicule  de 
ces  derniers  n'a  pas  peu  contribué  à 
le  guérir  de  l'afféteri  '  et  de  l'emphase  y 
et  à  lui  épurer  le  goût.  Suivant  l'insti- 
tut de  la  congrégjilion ,  Fiéchier  fut 
employé  à  Renseignement.  En  iSSq, 
âgé  seulement  de  vingt -sept  ans,  il 
professait  la  rhétorique  à  Narbonne^ 
et  il  y  prononça  l'oraison  funèbre  de 
M.  de  Rebé,  archevêque  de  cette  ville: 
on  ne  la  trouve  point  dans  ses  œuvres, 
sans   doute  parce  quelle   était   au- 

5 


54  F  L  Ë 

dessous  de  la  renommée  qu'il  acfjuit 
d'^puis.  Peu  de  mois  après,  le  P.  Au- 
difret  étant  mort,  et  quelques  chan- 
geîueats  qui  ne  converiaionl  point  à 
Flecliier,  devant  M^percr  dans  le  ré- 
gime des  doctrinaiies  ,  il  en  quitta 
l'habit, et  vint  à  Paris,  où  d'abord  il 
fut  occupe  dms  une  paroisse  au  mo- 
deste emploi  de  catéchiste  ;  mais 
bicnJot  il  s'y  fit  connaître  par  des 
poésies  latines  et  françaises,  et  sur- 
tout par  une  description  en  beaux  vers 
latins  du  brillant  carrousel,  Circus  re- 
gîus ,  dont  Louis  XIV  donna  le  spec- 
tacle en  16G2.  On  s'e'lonna  de  voir 
rendues  avec  tant  de  succès  ,  dans 
une  langue  ancienne,  des  idées  qui 
1) 'appartenaient  qu'à  nos  temps  mo- 
dernes. Cela  commença  la  rcputaiion 
de  Flécbier.  II  s'était  chargé  de  l'édu- 
cation de  Louis  Urbain  lA'fêvre  de 
Caumarlin ,  depuis  intendant  des  fi- 
nances et  couseiller  d'état.  La  maison 
de  Louis  de  Caumartin ,  père  de  sou 
élève,  était  fréquentée  par  ce  qu'il  y 
avait  de  plus  considérable  à  la  cour  et 
à  la  vilîc.  Les  talents  de  Fléchier,  son 
amabilité,  la  douceur  de  sou  commerce 
et  la  régularité  de  ses  mœurs  lui  ac- 
quirent de  nombreux  amis  dans  celte 
classe  distinguée.  Le  duc  de  Montau- 
sier,  qui  ne  prodiguait  point  sou 
amitié,  en  prit  pour  lui  une  très 
vive,  se  déclara  son  Mécène,  et  le 
produisit  près  du  dauphin  dont  il 
était  gouverneur,  lui  procurant  la 
place  de  lecteur  de  ce  jeune  prince. 
Les  setHions  de  Fléchier  accrtuent 
sa  réputation,  et  ses  oraisons  fu- 
nèbres y  mirent  le  comble.  11  fut 
choisi  pour  faire  celle  de  M"*',  de 
Montausier  ,  et  il  y  déploya  un  grand 
talent  ;  ce  qui  lui  ouvrit  les  portes  de 
l'âcadcmie  française  ,  où  il  fut  reçu  en 
lO-jô,  à  la  place  de  M.  Godeau,  évê- 
que  de  Vcuce,  le  même  jour  que 
Racine  :  il  pria  le  premier  et  excita 


FLË 

de  vifs  applaudissements.  Le  graucl 
poète  fut  moins  heureux  que  l'orateur, 
et  le  discours  di;  Racine,  à  peine  en- 
tendu ,  fut  jugé  défavorablement;  tant 
il  y  a  de  chances  dans  les  succès , 
même  pour  le  mérite  éminent.  Celui 
de  Fléchier  devait  attirer  sur  lui  les 
fjveurs  (le  la  cour.  Le  roi  lui  donna 
successivement  l'abbaye  de  St.  -  Se- 
vcrin,  diocèse  de  Poitiers,  la  char- 
ge d'aumouier  de  M'"*',  la  dauphine, 
et ,  en  \  685  ,  l'évcché  de  Lavaur. 
Louis  XIV  savait  non  seulement  ré- 
compenser les  services,  mais  encore 
assaisonner  ses  dons,  d'obligeance. 
«  Je  vous  ai  fait  un  peu  attendre  ui-e 
»  place  que  vous  méritiez  depuis 
»  long-temps,  lui  dit  le  monarque; 
»  mais  je  ne  voulais  pas  me  pri- 
»  ver  sitôt  du  plaisir  de  vous  enlen- 
»  dre.  »  Du  siège  de  Lavaur  ,  Fléchit  r 
lut  transféré  à  celui  de îsîmes  en  1687. 
Lors  de  celte  nomination  ,  quoique  ce 
nouveau  siège  fût  plus  riche  et  plus 
honorable,  il  suppha  le  roi ,  par  une 
lettre  respectueuse  et  touchante,  de 
vouloir  bien  le  laisser  à  Lavaur,  «  pour 
»  y  aclu'ver,  disait- il,  l'ouvrage  qu'il 
»  y  avait  commencé,  en  cntretenai  C 
»  et  en  augmentant  les  bonnes  dispo- 
»  silions  où  il  voyait  les  nouveaux  con- 
»  vertis  de  son  diocèse.  »  Le  roi  n'eut 
point  égard  à  celte  prière;  il  vain- 
quit la  répugnance  de  Fléchier  en  lui 
faisant  sentir  qu'il  serait  encore  plus 
utile  à  l'Église  et  à  lui ,  à  ^')mes  qu'à 
Lavaur  ;  qu'il  y  avait  dans  ce  diocèse 
et  plus  de  travail  et  plus  de  bien  à 
faire.  En  effet,  les  calvinistes  y  étaient 
très  nombreux.  Plusieurs  avaient  fait 
abjuration  ;  mais  leur  conversion  était 
équivoque.  Fléchier  mil  tant  de  pru- 
dence dans  sa  conduite,  il  tempéra  son 
zèle  par  tant  de  charité,  qu'il  en  rame- 
na la  plus  grande  partie  au  sein  de  l'É- 
glise, et  se  fit  aimer  et  estimer  des  au- 
tres. Dans  les  troubles  des  Cévènes ,  il 


F  L  E 

acloucir,autnnl  qu'il  lut  en  lui,  la  ri- 
gueur des  édils.U  se  monlra  si  sen- 
sible aux  maux  de  ceux  qu'on  perse'- 
cutait ,  si  indulgent  pour  leur  égare- 
menl  et  leurs  erreurs  ,  qu'il  se  fit  res- 
pecter des  fanatiques  mêmes ,  et  que 
dans  ce  pays  sa  mémoire,  encore  au- 
jourd'hui, est  en  bénédiction  parmi 
les  protestants,  les  devoirs  de  i'cpis- 
copat  n'avaient  pas  ajfîaibli  en  lui  l'a- 
mour des  lettres-.  Il  devint  le  proiec- 
teur  de  l'académie  de  INîraes  (^  f^uf. 
Faure  de  Fors'DAiviENTE  ).  Il  cn  éta- 
blit une  autre  dans  son  palais,  oii 
se  form.ùent  sous  ses  yeux  et  par  ses 
leçons,  de  jeunes  orateurs  et  des 
écrivains  qui  se  rendirent  ensuite  uti- 
les à  l'Eg  ise.  La  vertu  de  Fiéchicr 
était  douce  et  condescendante,  com- 
me Test  toujours  la  véritable  venu. 
Si  l'on  en  croit  d'Alembert ,  il  tendit 
une  main  paternelle  à  une  malheureuse 
religieuse  qui  avait  commis  une  faute 
grave,  imitant  celui  qui  avait  par- 
donné à  la  femme  adultère  ;  et  ii  ré- 
primanda sévèrement  la  siqiéiicure 
qui  l'avait  punie  avec  piusdebaibarie 
encore  que  de  justice.  Vrai  ou  faux  (i^ , 
ce  trait  n'offre  rim  du  moins  qui  ne 
soit  dans  le  caractère  de  Fléchier , 
dont  la  charité  ne  connaissait  point 
de  bornes.  Dans  la  disette  qui  suivit 
l'hiver  de  1709,  il  distribua  des  som- 
mes immeuses,  ne  faisant  aucune 
distinction  entre  protestants  et  catho- 
liques. Tous  étaient  ses  enfants  ,  tous 
eurent  part  à  ses  bienfaits  à  propor- 
tion de  leurs  besoins.  Dans  des  mo- 
ments de  presse,  il  soutint  l'hôpital 
de  Nîmes  par  des  aumônes  considé- 
rables ,  et  laissa  en  mourant  plus  de 
vingt  mille  écus  aux  pauvres.  Reli- 
ai) Plusieurs  révoquent  en  tlonte  cette  histoire, 
qui  n'est  placée  ici  que  parce  que  d'autres  bioyra- 
tibes  l'ont  r.ipportée.  Eu  général ,  on  impute  a  d'A- 
lembert ,  moins  curieuTL  de  la  vérité  que  de  <:e  qu'il 
croyait  propre  à  rendre  ses  Eloge»  piquants,  de 
n'avoir  pas  été  fort  scrupulemi  sur  rauthcnticité 
de»  anecdotes  qu'il  y  a  répandue*. 


FLE 


55 


gieux  comme  doit  Fétre  un  évêque, 
c  esta-dire  avec  un  zèle  éclairé  et  dé- 
gagé de  toute  superstition  ,  il  écarta 
de  son  diocèse  les  dévotions  qui  pou- 
vaient être  pour  les  protestants  un. 
sujet  de  dérision  ,  ou  compromettre 
à  leurs  yeux  la  majesté  et  la  pureté  du 
culte  catholique.  Il  publia  une  élo- 
quente lettre  pastorale  au  sujet  d'une 
croix  de  St. -Gervais,  qu'on  préten- 
dait être  miraculeuse,  et  prémunit  sgs 
ouailles  contre  les  prodiges  menteurs 
par  lesquels  on  a  abusé  quelquefois 
de  la  crédulité  du  peuple.  Il  prévit  sa 
mort  prochaine,  et  craignant  que  la 
vanité,  ou  même  le  respect  pour  sa 
mémoire,  ne  lui  fît  élever  un  monu- 
ment trop  remarquable ,  il  chargea  ua 
sculpteur  de  lai  apporter  un  dessin 
modeste  pour  son  tombeau.  Après 
avoir  choisi  le  plus  simple  ,  entre 
deux  qu<)n  lui  présentait,  il  ordonna 
de  Texécuter.  Il  survécut  peu  à  cet 
ordre,  et  mourut  à  Montpellier,  le 
16  février  1710,  âgé  de  soixante- 
dix  -  huit  ans.  «  Si  l'on  excepte  son 
Histoire  de  ïhéodose,  dit  un  criti- 
que (i)  ,  de  toutes  les  parties  des 
belles -lettres  qu'il  a  cultivées,  l'élo- 
quence de  la  chaire  est  la  seule  où 
Fléchier  ait  réus.si  d'une  manière  dis- 
tinguée :  on  a  comparé  ses  oraisons 
funèbres  à  celles  de  Bossuet,  sans 
faire  attention  que  les  comparaisons 
deviennent  inutiles  entre  deux  génies 
difterenls.  Celui  de  Bossuet  était  su- 
blime en  tout.  Celui  de  Fléchier  ne 
paraît  avoir  eu  en  partage  que  \a  no- 
blesse <les  pensées  et  l'iiannonie  de 
l'éiocution.  il  est  vrai  qu'il  possédait 
éminemment  ces  deux  qualités  de 
l'orateur,  et  que  personne  n'a  porté 
aussi  loin  la  dernière  :  mais  Flé- 
chier, même  dans  la  partie  où  il  a  le 
mieux  réussi,  n'est  point  sans  dé- 


(n  Ltt   Tiois  SiècUs  d*  la  L 
cane. 


itlérauire  fran- 


S6 


FLË 


fauts;  on  peut  lui  reprocher  trop  de 
penchant  à  mettre  de  l'esprit  dans 
SCS  pense'es,  trop  d'affectation  dans 
la  syme'trie  du  style ,  trop  de  goût  pour 
les  antithèses:  cependant  si  ses  orai- 
sons funèbres  et  ses  sermons  perdent 
beaucoup  de  leur  mérite  par  une  élc'- 
gance  trop  compassée,  on  peut  dire 
que  ses  instructions  pastorales  et  ses 
discours  synodaux  sont  bien  éloignés 

d'une  pareille  affectation Ceux  qui 

s'obstiuent  à  reprocher  à  l'église  ro- 
maine un  caractère  de  dureté  et  d'in- 
tolérance, n'ont  qu'à  parcourir  les 
instructions  qu'il  donnait  à  ses  dio- 
césains pendant  les  troubles  des  Cé- 
vènes ,  ils  verront  comment  un  esprit 
vraiment'  pastoral  sait  allier  la  fer- 
meté de  la  foi  avec  la  charité  qu'elle 
ordonne.  Ils  seront  pénétrés  de  res- 
pect et  d'attendrissement  pour  cette 
douceur  de  morale ,  cette  générosité 
de  sentiment,  cette  indulgence  qui 
plaint  l'erreur  en  la  combattant.  C'est 
dans  ces  ouvrages  que  la  philosophie 
elle  -  même  apprendra  Tusage  qu'on 
doit  faire  des  lumières  et  du  senti- 
ment, et  se  convaincra  que  l'huma- 
nité n*a  pas  de  consolation  plus  so- 
lide que  la  religion,  comme  la  po- 
litique n'a  pas  de  meilleur  appui.  » 
Ou  a  de  Fléchier  :  I.  Antonii  Marias 
Gratianif  de  vitdJoannis  Francisci 
Commendoni  cardinalis  libri  //^, 
sous  le  nom  emprunté  de  Roger 
Ak^kia,  Paris,  1669,  in -ri.  II.  La 
Fie  du  cardinal  Commendon ,  Paris, 
1671  ,  in-4''.  ;  c'est  la  traduction  de 
l'ouvrage  précédent  :  écrite  avec  pu- 
reté, et  une  grande  délicatesse  de 
style,  elle  a  eu  plusieurs  éditions. 
III.  De  casibïis  virorum  illuslrium 
aiitore  Antonio  Maria  Gratiano^ 
operd  ac  studio  Sp.  Flecherii ,  Paris, 
1680,  in-4*'.  I-'C  manuscrit  de  cet 
ouvrage,  qui  contient  des  choses 
curieuses ,  provenait  de  résèque  de 


FLÉ 

Paderborn ,  depuis  évêque  de  Munï-* 
ter  ;  Fléchier  y  fit  une  préface  latine 
d'un  style  pur  et  élégant.  L'abbé  le 
Pelletier  en  a  donné  une  traduction 
française.  IV.  Histoire  de  Théodose- 
le- Grand ^  Paris,  1679,  in-4°., 
^  composée  pour  l'éducation  du  dau- 
phin. Elle  est  remarquable  par  la 
beauté  du  style  et  par  l'exactitude 
des  faits.  L'auteur  y  relève  les  gran- 
des qualités  de  Théodose,  et  n'y 
dissimule  ni  ses  défauts  ni  ses  fau- 
tes. V.  Histoire  du  cardinal  XimC' 
nés  j  Paris,  1693  ,  un  vol.  in-4®. ,  et 
2  vol.  in- 1 2  ;  Amsterdam  ,  1 693 ,  a 
vol.  in- 12.  Quoique  moins  bien  écrite 
on  préfère  celle  de  l'abbé  Marsollier. 
Fléchier  n'a  peint  ce  cardinal  que  du 
beau  côté;  c'est  le  portrait  d'un  saint  j 
le  ministre  et  le  politique  n'ont  au- 
cune part  dans  le  tableau  :  Marsollier 
fait  mieux  connaître  ce  personnage, 
VI.  Oraisons  funèbres  f  i68i  ,  in- 
4".  et  in  - 12  ,  très  souvent  réimpri- 
mées. Il  y  en  a  une  édition  de  1 802  , 
2  vol.  in- 18,  avec  une  Vie  de  l'auteur, 
et  des  Notices  sur  les  personnages 
qui  sont  les  objets  des  oraisons  fu- 
nèbres. M.  Mongin  remarque  qu'avant 
Fléchier  l'oraison  funèbre  ,  toute  pro- 
fane, no  consistait  qu'à  arranger  de 
beaux  mensonges  ;  que  Fléchier  la 
rappela  à  sa  véritable  destination  ,  en 
ne  songeant,  dans  l'éloge  des  morts, 
qu'à  faire  des  leçons  aux  vivants. 
L'oraison  funèbre  est  le  triomphe  da 
Fléchier  ,  et  celle  de  Turcnne  est  sou 
chef-d'œuvre.  VIL  Panégyriques 
des  Saints^  Paris,  1690,  un  vol» 
in-4".,  et  1697,  2  vol.  in-12  ;  ^l^'9t 
5  vol.  in-i2  ;  écrits  avec  pureté,  mais 
pas  toujours  exempts  d'alfocfationv 
VI IL  Sermons  de  morale  prêches 
devant  le  roi ,  avec  des  discours 
sj'nodaux  et  les  sermons  prêches 
par  Fléchier  aux  Etals  de  Lan- 
guedoc et  dans  sa  cathédrale j,  3 


FLE 
Tol.  in -12.  Od  y  trouve,  comme 
dans  les  autres  ouvrages  de  FJecbier, 
un  style  pur ,  fleuri ,  noble ,  brillant 
même  ;  mais  ils  manquent  de  profon- 
deur :  la  préface  de  ces  sermons  est  de 
Tabbé  du  Jarry.  Les  oraisons  funèbres, 
les  panégyriques  ,  et  plusieurs  ser- 
mons de  Fle'cliicr  ont  e'të  tiaduits  en 
allemand,  Liegnitz,  6  vol.  in -8"., 
(  Voyez  Flottwell  ),  et  en  italien, 
par  un  carme ,  qui  s'est  cache'  sous 
le  nom  de  iSelwagio  Caniurani  , 
Venise,  17 12,  2  vol.  in- 12.  IX. 
OE livres  posthumes,  contenant  ses 
harangues  ,  compliments ,  discours , 
poésies  latines ,  poésies francoises  , 
Paris ,  1 7  12  ,  in-i  2.  Parmi  les  poésies 
françaises  se  trouvent  quatre  dialogues 
sur  le  Qaiétisme.  Le  style  des  haran- 
gues et  des  compliments  est  élégant  et 
soigné,  attention  qui  n'abandonnait 
jamais  Fléchier ,  et  qui  a  fait  dire  au 
P.  De  la  Rue ,  «  qu'il  ne  sortait  rien  de 
sa  plume  qui  ne  fût  travaillé,  et  que 
ses  lettres  ,  ses  moindres  billets 
avaient  du  nombre  et  de  l'art.  »  X. 
Mandements  et  Lettres  pastorales  , 
ai^ec  son  Oraison  funèbre  par  Vahhé 
du  Jarry ^  Paris ,  1 7 1 2 ,  in- 1 2.  Cette 
oraison  funèbre  n'a  jamais  été  pro- 
noncée. XT.  Lettres  choisies  sur  di- 
vers sujets  ,  Paris ,  1 7  1 5  ,  2  vol. 
in- 12.  On  y  trouve  des  Mémoires 
et  une  Relation  des  troubles  des 
Cévènes.WïAjai Relation  d'un  Voya- 
ge en  Auvergne.  Cette  production , 
qui  ne  contient  qu'environ  vingt-neuf 
pages  in-i8,  et  qui  est  un  badi- 
nage  de  la  jeunesse  de  Fléchier,  ne 
mériterait  pas  d'être  rappelée ,  si ,  in- 
sérée dans  une  collection  de  Voyages 
en  vers  et  en  prose ,  Paris ,  1 808  ,  elle 
n'avait  donné  lieu  à  quelques  biblio- 
graphes d'imputer  à  Fléchier ,  sur  des 
institutions  respectables,  une  opinion 
qu'assurément  il  ne  partageait  point. 
Si  peu  d'importance  était  attachée  à 


FLE  57 

celte  pièce,  et  elle  était  demeurée  si 
obscure  qu'on  ne  la  trouve  point  dans 
ses   Œuvres  mêlées,  où  natunlle- 
ment  était  sa  place.  On  a  attribué  à 
Fléchier  un  Recueil  de  toutes  les  An^ 
tiquités  qui  se  trouvent  dans  la  pro- 
vince de  Languedoc ,  avec  des  expli- 
cations ,  6  vol.  in  fol. ,  restés  manus- 
crits :  ce  recueil  est  ^Auné  Rulman, 
assesseur  criminel  en  la  prévoté  de 
Languedoc,, né  à  Nîmes ,  et  y  demeu- 
rant. Le  manuscrit  porte  la  date  de 
1627,  cinq  ans  avant  la  naissance  de 
Fléchier ,  qui  n'a  laissé  en  ce  genre 
qu'une    Description    succincte    des 
Antiquités  de  Nîmes.  M.  l'abbé  Eé- 
gaut  a  composé  un  éloge  de  Fléchier  , 
qu'il  a  adressé  à  M.  de  Basville,  et  in- 
séré dans  le  tome  V  de  ses  Sermons. 
On  en  trouve  un  autre  par  M.Menard, 
avocat,  dans  V Histoire  des  Evéques 
de  Nîmes,  tome  lï;  un  5^.  à  la  tête 
de  l'édition  in- 1 2  de  ses  Oraisons  fu- 
nèbres ,  avec  une  lettre  où  Fléchier  fait 
lui-même  son  portrait  :  un  4^.  par 
d'Alembert,  lu  à  l'académie  française 
le  19  janvier  1778,  et  imprimé  dans 
le    recueil  d'éloges   de    cet  académi- 
cien. M.  Menard  préparait  une  collec- 
tion complète  des  œuvres    de   Flé- 
chier, in-4°.;  il  n'en  a  paru  qu'un 
volume  :  l'abbé  Ducreux ,  chanoine 
d'Auxerre,  a  donné  cette  collection 
sous  le  titre  à' Œuvres  complètes  de 
jnessire  Esprit  Fléchier,Kimes,  1 782, 
1 0  vol.  in-80.  (  F.  Ducreux  )   L — y. 
FLECKNOE  (IUchard),   poète 
anglais,  qui  vivait  sous  te  règne  de 
Charles  IL  Après  la  révolution,  la  place 
de    poète    lauréat  ayant  été  otée  à 
Dryden  ,    converti    depuis    peu    de 
temps  à  la  religion    catholique  ,    et 
donnée  à  Flecknoe,  qui  assurément 
ne  la  méritait  guère,  Dryden,  déjà 
prévenu  contre  lui ,  composa  à  cette 
occasion  la  fameuse  satire  intitulée 
MacFkcknoey  l'nn  de  ses  ouvrageiles 


5S  FLE 

plus  piquants,  et  qui  a  servi  en  quel- 
que sorte  de  modèle  à  la  Dunciade. 
Sans  cet  ouvrage  de  Dryden  ,  Fieck- 
iioe  serait  sans  doute  entièrement  ou- 
blie' aujourd'hui.  De  plusieurs  comé- 
dies qu'il  a  composées,  une  seule,  la 
Domination  dt  l'Amour,  imprimée 
en  1654,  et  réimpiimée  en  1664 
sous  le  titre  dii /?%«^  de  V Amour, 
fut  représenléc  ,  mais  n'eut  aucun 
siuccès.  II  rie  se  tint  pas  pour  con- 
damné par  cet  arrêi  du  public,  que 
dans  son  indij;nalion  il  appelait  peu- 
ple et  jii^e  sans  jugement.  Il  conti- 
nua d'écrire  pour  le  lliéàtrej  mais  sa 
comédie  des  Damoiselles  à  la  mode, 
imprimée  en  1667,  fut  refusée  par 
les  comédiens.  Il  en  fut  de  même  de 
ses  deux  autres  pièces,  Ermina,  ou 
la  Femme  chaste,  et  le  Mariage 
d'Oceanus  et  Briiannia.  On  a  auisi 
de  lui  des  Epigrammes  et  des  énig- 
mes, et  un  Kecueil  écrit  de  sa  main, 
intitulé  le  Diarium ,  ou  Journal 
divisé  en  douze  journées,  en  vers 
burlesques.  On  a  dit  qu'il  avait  été 
jésuite;  mais  ce  n'était  sans  doute 
qu'une  insinuation  de  ses  ennemis  , 
assez  commune  dans  un  temps  où 
le  mot  de  jésuite  était  en  Angleterre 
une  espèce  d'injure.  X — s. 

FLKETWOOD  (  Guillaume  ), 
issu  d'une  bonne  famille  du  comté 
de  Lancastrc,  mais  enfant  illégitime, 
naquit  sous  le  rè^ne  de  H?nri  Vlll , 
et  fut  élevé  à  Oxford;  il  s'adonna  en- 
suite à  l'élude  des  lois,  et,  protégé 
par  le  comte  de  Leicester,  fut  nommé 
en  1 56c)  assesseur  (  recorder  )  de  la 
ville  de  Londres.  Il  s'y  fit  remarquer 
par  sa  vigilance ,  par  un  esprit  adroit 
et  un  peu  facétieux  qui  le  rendait 
agréable  au  peuple,  par  son  activité 
surtout  à  poursuivre  et  à  découvrir 
les  catholiques ,  qui  l'ont  peint  comme 
un  homme  sans  pitié,  inquiet,  am- 
bitieux ,  toujours  prêt  à  se  mcllrc  eu 


FLE 

avant,  et  cherchant  à  faire  sa  cour 
par  les  moyens  qu'il  jugeait  devoir 
être  les  plus  agréables.  Quand  le  res- 
sentiment d'un  prêtre  persécuté  au- 
rait un  peu  chargé  les  couleurs  de  ce 
portrait  ,  on  en  démêlerait  cepen- 
dant la  ressemblance  dans  la  con- 
duite d'im  homme  que  ses  biographes 
protestauls  représentent  pour  lui  faire 
honneur  comme  le  plus  grand  fléau 
des  catholiques  «  toujours  à  la  chasse 
»  des  jésuites ,  mai  chauds  de  messe 
»  (  mass  mongers  )  et  des  récusants 
»  sans  distinction  de  rang,  d'âge  ou 
»  de  sexe  »  ;  qui  savait  s'avancer  et 
se  faire  désavouer ,  forcer  la  maison 
d'un  ambassadeur  étranger  alin  d'y 
chercher  des  Anglais  réunis  pour  eu- 
tendre  la  messe  dans  sa  chapelle  par- 
ticulière, et  se  laisser  mettre  en  pri- 
son pour  cette  violence  sans  parler 
des  autorisations  qu'il  pouvait  avoir 
reçues  à  cet  égard  ;  qui  ,  réprimandé 
par  la  reine  pour  l'avoir  trop  louée 
dans  une  harangue  publique,  usa  ,  en 
rendant  compte  de  ce  fait  au  lord  tré- 
sorier, lui  soutenir  que  la  reine  avait 
tort,  parce  qu'il  n'avait  rien  dit  que  de 
juste  et  de  vrai.  C'est-!à  le  zèle  et  le 
courage  d'un  courtisan  bien  plus 
encore  que  celui  d'un  fanatique;  il  fut 
en  quelque  sorte  l'ame  damnée  du 
comte  de  Leicester.  Il  arriva  à  Fleet- 
wood  ce  qui  arrive  à  celui  qui  pro- 
digue ses  services  ;  on  le  laissa  vieil- 
lir dans  un  emploi  qu'il  remplissait  si 
bien,  (pie,  pour  l'y  laisser,  lorsqu'a- 
près  vingl-tro's  ans  de  service  il  de- 
manda la  place  d'avocat  de  la  reine , 
on  donna  ceUe  place  à  un  autre.  Il 
l'obtint  cependant  dix  ans  après,  en 
iSg'i;  mais  il  ne  la  posséda  qu'un 
an,  étant  mort  en  iSqS.  Ou  a  de  lui 
plusieurs  ouvrages,  entre  autres  :  1. 
Annalium  tam  regum  Edw  ,rdi  V, 
Richardi  III  et  Ilenrici  VU  quàm 
Ilenrici  FUI ,  tilulorum  ordine  al-. 


FLE 

phahetico  muîîb  jam  melîàs  quhm 
antè  dif^esiorum  elenchus ,  Lon- 
dres, 1379,  1597.  II.  Jj  Office  d'un 
juge  de  paix ,  i^ondres  ,  i658,  in- 
8\  HI.  UnP  Table  des  Rapports 
d* Edmond  Plowden  (en  français). 
X— s. 
FLEETWOOD  (  Charles  ) ,  vice- 
roi  d'Irlande  sous  le  protectorat  de 
Cromwell ,  descendait  d*une  bonne 
famille  qui  occupait  des  places  à  la 
cour.  Le  grand -pcre  de  Flcelwood 
avait  été  receveur  de  la  cour  des  pu- 
pilles, et  cet  emploi  passa  en  16/1 4  à 
6on  petil-fîls ,  qui,  dès  les  premières 
époques  des  troubles,  se  ranj^ea  sous 
les  drapeaux  parlementaires.  Il  de- 
vint bientôt  colonel  de  cavalerie,  puis 
gouverneur  de  Biistol,  et  fut  élu  mem- 
bre du  long-parlement.  Au  moisde juil- 
let 1647,  l'armée  le  nomma  l'un  des 
commissaires  chargés  de  traiter  avec 
les  membres  du  parlement  relative- 
mentaux  points  en  litige  entre  ces  deux 
corps;  mais,  malgré  son  zèle  ardent 
pour  le  parti  militaire,  il  ne  prit  pas 
personnellement  part  à  la  mort  de 
Charles  V\  Quand  la  république  fut 
établie,  Fleetwood  fut  placé  dans  le 
conseil  d'état ,  élevé  au  grade  de 
lieutenant-général,  et  contribua  beau- 
coup à  la  victoire  remportée  en  i65o 
sur  Charles  II  à  Worcestcr.  Peu  de 
temps  après  il  assista  aux  conférences 
qui  eurent  Heu  entre  les  principaux 
officiers  de  l'armée  et  plusieurs  mem- 
bres du  parlement,  et  dont  l'objet 
était  de  déterminer  la  forme  de  gou- 
vernement à  adopter  pour  l'Angle- 
terre. Il  déclara  qu'il  trouvait  très  dif- 
ficile de  décider  si  une  république  ab- 
solue ou  une  monarchie  mixte  con- 
venait le  mieux;  et  cependant  les  mi- 
litaires en  général  se  montrèrent  op- 
posés à  toute  idée  de  monarchie, 
taudis  que  chacun  d'eux  était  un  vrai 
mouarque  dans  son  régiment  ou  sa 


F  L  E  5o 

compagnie.  A  la  mort  d'Ircton  ,  Crom- 
wel  jeta  les  yeux  sur  lui  pour  lai 
faire  épouser  sa  fille,  veuve  de  ce  gé- 
néral. Le  protecteur  fut  guidé  dans 
ce  choix  tant  par  les  principes  de  Fleet- 
wood que  par  ses  relations  de  pa- 
renté avec  beaucoup  de  personnes  con- 
sidérables dans  l'armée.  Fleetwood 
devenu  gendre  de  Cromwell  fut  nom- 
mé commandant-général  des  troupes 
en  Irlande,  el  l'un  des  commissaires 
civils  de  celte  île,  qu'il  ne  tarda  paj^ 
à  soumettre  cntièrejuenl ,  et  dont  il 
eut  le  titre  de  vice -roi  quand  son 
beau-père  eut  obtenu  celui  de  pro- 
tecteur. Malgié  les  liens  étroits  qui 
l'unissaient  à  Cromwell,  il  s'opposa 
fortement  avec  Disbrowc  ctLajnbert 
à  ce  qu'il  prît  le  titre  de  roi  quand 
il  y  fut  invité  par  le  parlement  en 
1657.  Il  est  probable  que  cette  dé-« 
marche  lui  fit  retirer  la  vice-royauté, 
qui  fut  donnée  à  Henri  Cromwell  , 
second  fils  du  protecteur.  Cependant 
Fleetwood  n'essuya  pas  une  disgrâce 
cdtnpièle;  car  son  beau-père  le  fît  en- 
trer dans  la  chambre  haute  qu'il  for^ 
ma.  Il  signa  l'ordre  de  proclamer  Ri- 
chard Ciomweîl  protecteur,  qjiand. 
ce  dernier  succéda  à  cette  dignité  à 
laquelle  on  pense  que  lui-même  aspi- 
rait. Ce  fut  sans  doule  le  renverse- 
ment de  ses  espérances  qui  lui  fit 
bientôt  nunifester  sou  aversion  pour 
cet  ordre  de  succession,  et  décider  que 
personne  ne  serait  au-dessus  tie  lui, 
il  se  joignit  en  conséquence  aux  offi- 
ciers mécontents  ,  pour  déposer  Ri- 
chard ,  après  qu'il  lui  eut  pei-suadé 
de  dissoudre  le  parlement,  et  inviter 
les  membres  du  long  parlement  qui 
avait  siégé  jusqu'au  ao  avril  i653  à 
revenir  occuper  leurs  places  d'où 
Cromwell  les  avait  expulsés.  Il  fut 
promu  au  conseil  d'état ,  nommé  lieu- 
tenant-général de  l'armée,  puis  ua 
d,es  comciissaires  charg;cs  de  la  rçV 


4o  FLE 

gir,et  enfin  coramandant-general  de 
toutes  les  troupes.   Tous  ces   hou- 
Beiirs  ne  rendirent  pas  sa  position  plus 
brillante  ;  au  mois  de  décembre  1 659 
il  reconnut  que  son   cre'dit  baissait 
constamment  parmi  les  militaires  qui 
Toulaicnt  que  le  parlement  jouît  de  sa 
considération,  de  sa  liberté  et  de  s.»  sû- 
reté. Celte  circonstance  et  la  disposi- 
tion universelle  des  esprits  lui  firent 
juger  que  toat  tendait  au  rétablisse- 
ment de  Giarles  II.  Whitelocke  de 
?on  rôle  lui  conseilla  d'envoyer  sans 
délai  à  Breda  quelque  personne   de 
confiance  pour  offrir  à  ce  piince  de  le 
rétablir  sur  le  trône,  afin  de  prévenir 
les    démarches    que    pourrait     faire 
Monk,  qui  très  certainement  avait  le 
même  dessein.  Whitelocke  consentit 
à  se  charger  de  cette  mission  :  elle  nVut 
pas  lieu,  parce  que  Fleolwuod  n'eut 
pas  assez  de  force  d'esprit  pour  résis- 
ter aux  représentations  de  plusieurs 
officiers,  qui  lui  persuadèrent  qu'il 
fallait  sur  un  sujet  si  important  con- 
sulter Lambert  ;  mais  celui-ci  éllit 
trop  éloigné  dans  ce  moment  pour 
que  l'on  })ût  rerevoir  à  temps  sa  ré- 
ponse, ïoiis  les  historiens,  et  entre 
autres  Uarendon,  dépeignent  Fleet- 
"wood  comme  un  homme  faible,  qui , 
clans  cette  occasion,  manqua  de  résO' 
lution.  Il  était,  dans  l'armée,  du  nom- 
bre des  hommes  d'oraison  qui  dans 
les  instants  de  crise  se  jetaient  a  ge- 
noux pour  invoquer  les  lumières  cé- 
lestes. Cl  omwell  et  Lambert ,  politi- 
ques consommés,  savaient  très  bien 
tirer  parti  des  hommes  de  ce  carac- 
tère ;  ils  les  mettaient  eu  avant,*  et 
quoiqu'ils  n'occupassent  eux-mêmes 
que  la  seconde  place ,  ils  jx)uai(  nt  le 
rôle  principal»  A  l'époque  de  la  res- 
tauration, Fleelwood  fut  une  des  per- 
sonnes exceptées  de  l'acte  général  de 
pardon  et  d amnistie,  et  condamnées 
4  toute  peine ,  sauf  celle  de  la  vie , 


FLE 

qui  leur  serait  infligée  par  un  ac^e  ^i* 
parlement  à  intervenir  à  cet  efft.  11 
pass3  le  reste  de  ses  jours  dans  la 
plus  grande  obscurité  près  de  Lon- 
dres ,  où  il  mourut  peu  de  temps 
après  l'entrée  de  Charles  11  dans  sa 
capitale.  E — s. 

FLEETWOOD  (Guillaume), 
naquit  en  i656  à  la  tour  de  Londres; 
du  moins  il  est  certain  que  son  père 
y  fut  renfermé  ,  on  ne  sait  pour 
quelle  cause ,  et  mourut  laissant  six 
enfants  en  bas  âge.  Le  jeune  Flcet- 
wuod  étudia  à  Eton  et  à  Cambrid- 
ge, entra  dans  les  ordres,  et  s'é- 
tant  bientôt  acquis  de  la  réputa- 
tion comme  prédicateur,  il  fut  fait 
chapelain  du  roi  Guillaume  et  de  la 
reine  Marie,  reeteur  de  St.  -  Au- 
gustin à  Londres ,  prédicateur  de  St.- 
Dunslan  ,  etc.  On  ne  sait  pourquoi  , 
peu  de  temps  après  la  mort  du  roi 
Guillaume,  il  quitta  Londres  et  resigna 
deux  de  ses  bénéfices  poui  se  retireir 
dans  la  petite  cure  de  Wexham.  Là, 
excepté,  quand  ses  fonctions  l'ap- 
pelaient dans  quelques  occaions  ex- 
traordinaires auprès  de  la  reine  Anne, 
dont  il  était  demeuré  le  chapelain,  il 
consacra  tout  sou  temps  au  travail , 
principalement  a  l'étude  des  antiqui- 
tés, pour  laquelle  il  se  sentait  un  goût 
de  préférence.  Il  avait  déjà  donné 
sur  ces  matières  un  ouvrage  très  es- 
timé, qui  est  une  sorte  d'introduc- 
tion à  la  connaissance  des  antiqui- 
tés, sous  le  titre  d'^  Inscriptionum 
antiquarum  sjllogc  in  duas  partes, 
dislributay  Londres,  1691  ,  in -8**. 
11  publia  en  1707  son  Chronicon 
preciosum,  ou  Examen  des  mon' 
naies  d'or  et  d'argent ,  du  prix  du 
bléj  des  salaires^  etc.  en  Angle^ 
terre  pendant  les  six  derniers  siè^ 
cZe5 ,  etc. ,  Londres ,  in  8'.  Ces  tra- 
vaux ne  lui  faisaient  pas  négliger  les 
dévoila  de  son  uuuislère.  11  avait  pu- 


FLE 

blic  en  1 7o5  ,  en  2  vol.  in  -  S°. ,  un 
Becueil  de  seize  Discours-pratiques 
sur  les  devoirs  relatifs  des  pères  et 
des  enfants ,  des  maris  et  des  fem- 
mes ,  des  maîtres  et  des  domesti- 
ques,  suivis  de  trois  Sermons  sur 
le  régicide  y  recueil  que  Ton  a  re- 
gardé comme  un  des  meilleurs  cours 
de  morale-pratique  qui  aient  été  fûts 
sur  ce  sujet.  Il  vivait  alors  dans  une 
si  profonde  retraite  que  ce  ne  fut  que 
par  la  lecture  de  la  gazette  quM  ap- 
prit sa  promotion  à  révêché  de  St.- 
Asapli.  Jl  fut  sacré  en  i  -joH.  Lors  de 
la  paix  avec  la  France,  vers  la  fin  du 
règue  de  la  reiue  Anne ,  on  le  choisit 
pour  prêcher  devant  la  chambre  haute 
à  celte  occasion  ;  mais  Flcclwood , 
attaché  à  l'ancien  miuistcre,  et  indi- 
gné de  cette  paix  que  traitaient  alors 
les  nouveaux  ministres ,  cachait  si  peu 
ses  sentiments  que  i*on  devina  dans 
quel  esprit  pourrait  être  son  sermon , 
en  sorte  que,  sous  quelque  prétexte, 
on  trouva  moyen  de  l'empêcher  de  le 
prononcer.  Alors  il  le  fit  imprimer 
sans  y  joindre  son  nom ,  qui  n'en  fut 
pas  moins  connu.  Le  parti  ministé- 
riel se  sentit  tellement  bjessé.par  cette 
publication ,  qu'il  chercha  l'occasion 
de  mortifier  l'évêque  :  celui  ci  ne  tarda 
pas  à  la  lui  fournir.  Ayant  fait  impri- 
mer en  171 2  quatre  de  ses  Sermons , 
il  y  joignit  une  préface  où  il  expri- 
mait son  mécontentement  des  me- 
sures de  la  cour,  assez  vivement  pour 
donner  à  ses  ennemis  un  moyen  de 
Taccuser  à  la  chambre  des  communes, 
qui  ordonna  que  cette  préface  fût  brû- 
lée par  la  main  du  bourreau  ;  mais 
l'ouvrage  n'en  fut  que  plus  recher- 
ché (i).  Après  la  mort  de  la  reine 
Anne ,  en  1714,  Fleclwood  fut  pro- 
mu à  l'évêché  d'Ely ,  beaucoup  plus 
considérable  que  celui  de  St.  -  Asapb. 

(1  jCette  préface  a  Clé  réiwprimée  dansle  Spec' 
»«<6W,N«.  384, 


FLE  il 

Il  mourut  le  4  août   1725,  âgé  de 
soixante  -  six  ans.  Outre  les  ouvrages 
cités,  il  a  laissé  un  très  grand  nom- 
bre de  Sermons  d'une  morale-prati- 
que claire ,  intéressante  et  utile  ,  et 
des  Traités  sur  divers  sujets  de  reli- 
gion, de  morale,  de  controverse,  etc. 
C'était  un  homme  actif,  laborieux  et 
du  caractère  le  plus  respectable.  Il 
passait  en  Angleterre  pour  le  pre- 
mier prédicateur  de  son  temps.  X — s, 
FLE1SGHER(  Jean),  théologien 
luthérien  et  physicien  allemand,  né  à 
Breslau  en   1 559  »  enseigna  quelque 
temps  à  Goldberg  et  à  Witfemberg , 
exerça  le  ministère  de  la  chaire  évan- 
gélique,  et  fut  chargé  de  l'inspection 
des  églises  et  des  écoles  dans  sa  patrie , 
où  il  mourut,  le  4  ipai'S  i^g^,  par 
suite  de  la  maladresse  d'un  chirur- 
gien qui,  en  le  saignant,  lui  avait  pi- 
qué i'arlére.  11  a  laissé,  en  allemand, 
une  Instruction  pour  les  parrains  et 
marraines  ,  ouvrage  totalement  ou- 
blié j  mais  on  cite  encore  quelquefois  , 
dans  l'histoire  de  la  physique  mo- 
derne, son  traité  intitulé  :  De  iridibus 
doctrina  Aristotelis  et  Fitellionis^ 
1571 ,  in-8".,  parce  qu'il  y  présente, 
sur  les  causes  des  couleurs  de  l'arc- 
en-ciel,  une  explication  plus  satisfai- 
sante que   la  plupart  de  celles   qui 
avaient  paru  avant  lui.  Il  suppose  que 
le  rayon  solaire,  en  pénétrant  une 
goutte  de  pluie_,  en  sort  après  une 
double  réfraction;  et  que  rencontrant 
une  autre  goutte,  il  en  est  réfléchi 
sous  la  couleur  qu'il  a  acquise ,  jus- 
qu'aux yeux  du  spectateur.  Les  expli- 
cations imaginées  peu  après  par  Ke- 
pler et  M.  A.  de  Dominis,  ont  fait 
tomber  celle   de  Fleischer.  —  Jean 
Fleischer  ,  son  fils  aîné,  suivit  la 
carrière  de  la  médecine,  passa  en  Amé- 
rique pour  étudier  les  plantes  de  cette 
partie  du  monde,  et  mourut  en  Virgi- 
ttiç;  eu  i6o6,  âgé  de  26  aûs.  —  Sou 


<i  FLE 

frère  ,  Joacbiin  Fleischer  ,  exerça 
comme  son  père  les  fonctions  du  mi- 
nistère à  lircslau,  et  le  fît  avec  une 
telle  dislinction,  m\en  i63i,  ayant  ete 
pris ,  en  cli.ùre,  d'un  mal  subit  qui  le 
priva  de  la  vue  pendant  six  mois,  le 
sénat  norauia  d'office  quatre  médecins 
pour  lui  donner  leurs  soins.  Sa  mé- 
moire était  si  heureuse  que  sa  cécité 
ne  l'empêcha  pas  de  prêcher;  car  il 
savait  la  bible  allemande  presque  en- 
tièrement par  cœur.  II  mourut  le  ^9 
mai  1645,  âgé  de  58  ans.  —  Jean- 
ï.aurent  Fleischer,  professeur  et  di- 
recteur de  la  faculté  de  droit  à  Franc- 
ibrt-sur  l'Oder,  né  à  Bareulh  en  1 69 1 , 
mort  le  1 5  mai  l'j^g^  ^^  laissé  en  alle- 
mand et  surtout  en  laîin  mi  assez  grand 
nombre  d'ouvrages  et  de  dissertations 
académiques.  CM. P. 

FLEM1^'G  (Claude),  conné:able 
de  Suède,  né  en  Finlande,  comman- 
dait dans  cette  province  vers  la  fin  du 
16''.  siècle,  lorsque  Sigismond ,  déjà 
roi  de  Pologne,  hérita,  à  la  moit  de 
.son  père,  Jean  Ilï,  du  trône  de  Suède. 
La  désunion  s'établit  bientôt  entre  Si- 
gismond et  Chai  les,  son  oncle,  ducde 
Sudcrmanie,  qui  était  appuyé  par  le 
peuple  suédois ,  jaloux  de  sa  religion , 
a  laquelle  le  nouveau  roi  semblait  vou- 
loir substituer  la  croyance  catholique, 
qu'il  professait  lui-même.  Charles  pro- 
iita  des  irrésolutions  et  des  fautes  de 
sou  neveu,  acquit  peu  à  peu  un  grand 
ascendant,  et  disposa  de  l'administra- 
tion. Fieming  seal  (;sa  résister,  et  de- 
meura fidèle  à  Sigismond,  auquel  il  fil 
parvenir  une  flotte  qui  le  conduisit  à 
{Stockholm.  Quoique  le  roi  eût  peu  de 
succès,  les  ])romesses  ni  les  menaces 
ne  purent  ébranler  le  connétable.  Se 
voyant  à  la  tête  d'une  armée  compo- 
sée j)rincipalement  d'étrangers  qu'il 
avait  su  gagner,  il  déclara  qu'.iucune 
puissance  ne  lui  ferait  trahir  le  ser- 
ment qu'il  avait  piêlé  au  roi.  Charles, 


FLE 

irrité  de  celte  résistance  opini.^lre  qui 
entravait  ses  projets,  envoya  des  émis- 
saires pour  s'assurer  du  peuple,  et  une 
armée  pour  combattre  les  troupes  du 
connétable.  Une  guerre  intestine  écla- 
ta ,  et  les  paysans  se  soulevèrent  contre 
Fleming,  qui  ne  put  les  réduire  qu'a-« 
près  en  avoir  fait  périr  plus  de  cinq 
mille.  Il  c'ait  à  peine  parvenu  à  calmer 
cet  orage,  que  la  mort  mit  un  terme  à 
son  activité.  Il  mourut  en  1597,  ^"^"' 
combanl,  selon  une  tradition  du  pays, 
aux  maléfices  d'un  sorcier,  selon  une 
autre,  au  poison.  Avec  lui  disparut 
pour  toujours  la  fortune  de  Sigismond  : 
privé  de  l'appui  le  plus  solide  qu'il 
avait  eu  en  Suède ,  ce  prince  ne  put 
résister  à  l'ascendant  de  Charles ,  qui 
l'ayant  vaincu  dans  un  combat  près  de 
Linkoping,  dcvitft  maître  de  la  Suède 
et  s'empara  du  trône  de  ce  pays. 

C— AU. 

FLEMING  (Patrice),  religieux 
observantin,  issu  d'une  famille  noble 
d'Irlande,  et  né  dans  le  comté  de 
Louth,  en  1699,  avait  reçu  au  bap- 
tême le  nom  de  Christophe,  qu'il  chan- 
gea en  celui  de  Patrice  lorsqu'il  entra 
en  re'igion.  A  l'âge  de  i5  ans,  il  fut 
envoyé  en  Flandre  pour  y  être  élevé 
et  y  faire  ses  études.  Il  y  avait  à  Douai, 
à  Tournai,  et  dans  quelques  autres 
villes  des  Pays-l]as,  des  collèges  fon- 
dés pour  l'éducation  de  la  jeunesse  ca- 
tholique des  trois  royaumes.  Christo- 
phe CiUsack,  oncle  maternel  de  Fle- 
ming ,  était  à  la  tête  de  ces  établisse- 
ments, et  c'est  à  lui  que  Fleming  fut 
adressé.  Après  avoir  fini  ses  humani- 
tés, il  se  rendit  à  Louvain,  et  entra 
dans  le  collège  de  S.-  Antoine  de  Pa- 
doue,  qui  appartenait  à  des  Francis- 
cains irlandais.  Après  avoir  fini  sa 
j)hilosophie  et  sa  théologie,  ou  il  se 
disliiigu.i,  il  partit  pour  Ùome  avec  le 
P.  Hugues  Mac-Caghwel,  définitcur  gé- 
néral de  Tordre,  qui,  peu  de  lem^iji 


F  L  E 

après,  fut  nomme  par  le  pape  à  l'ar- 
chtvê^bé  d'Ainiagli.  En  passant  à  Pa- 
ris ,  il  eut  ocrasioii  de  voir  le  P.  Hugues 
Ward,  avec  lequel  il  se  Ha  d'amitié  :  il 
l'engagea  à  recueillir  les  mate'riaux  né- 
cessaires pour  composer  les  Vies  des 
saints  d'Irlande,  dont  une  partie  fut 
publiée  quelques  années  après  par  le 
P.  Colgnn,  lequel  reconnaît  avoir  tiré 
de  grands  secours  du  travail  et  des 
mémoires  du  P.  Ward.  Fleming  ne  fut 
pas  plutôt  arrivé  à  Rome,  qu'il  songea 
îui-jncme  à  concourir  à  celte  entre- 
prise; il  fouilla  les  diverses  bibliothè- 
ques de  cette  capitale ,  et  en  tira  tout 
ce  qui  pouvait  servir  à  son  dessein  :  il 
fit  la  même  chose  dans  toutes  les  ailles 
de  France,  'de  Flandre  et  d'Allemagne 
qu'il  eut  occasion  de  parcourir,  et  ras- 
sembla de  nombreux  matériaux.  Ce- 
pendant il  avait  été  chargé  d'enseigner 
la  philosophie  dans  le  couvent  de  S.- 
Isidore de  Rome.  Il  y  avait  passé  quel- 
que temps,  lorsque  ses  supérieurs  le 
rappelèrent  à  I^ouvain  pour  y  exercer 
1^  même  emploi.  De  là,  il  alla  à  Prague, 
011  il  fut  supérieur  et  lecteur  en  théo- 
logie dans  le  couvent  de  l'Immaculée 
Conception,  qui  venait  d'être  fondé 
par  des  Franciscains  irlandais  de  l'é- 
troite observance.  1/Allemagnc  était 
alors  en  feu.  Gustave  y  poursuivait  ses 
conquêtes,  et  l'hérésie  de  Luther  y 
avait  fait  de  grands  progrès.  Les  trou- 
pes suédoises  et  saxonnes  y  commet- 
taient d'affreux  ravages ,  et,  nouvelle- 
ment imbues  de  ces  erreurs ,  y  persé- 
cutaient les  catholiques  et  surtout  hs 
religieux.  Prague,  après  la  bataille  de 
Leipzig,  étant  menacée  d'être  assiégée 
par  ces  troupes,  Fleming  jugea  pru- 
dent d*en  sortir  et  d'aller  ailleurs  cher- 
cher un  lieu  de  sûreté.  11  prit  pour 
compagnon  le  P.  Malbias  Hoar.  Tous 
deux  eurent  le  malheurdetomberentre 
les  mains  d'une  troupe  de  paysans  lu- 
thériens, et  en  furent  impitoyablement 


FLE 


45 


massacrés.  Ces  barbares,  après  avoir 
couvert  les  deux  religieux  de  blessures, 
coupèrent  la  tête  à  Fleming,  et,  ayant 
attaché  Hoar  à  un  arbre,  achevèrent  de 
le  tuer.  Moréi  i  place  cet  assassinat  au 
•j  novembre 1 65 i.Wadding,  historien 
àcs  Frères  mineurs f]e  date  de  i63'i. 
La  bataille  de  Leipzig  ayant  eu  lieu  le 
•y  septembre  1 65 1 ,  et  la  vilîe  de  Prague 
ayant  été  prise  quelque  temps  après,  il 
semble  que  la  première  date  doive  pré- 
valoir. Fleming  était  un  homme  doux, 
un  religieux  exact  et  zélé;  il  avait  fait 
de  bonnes  études,  et  s'occupait  avec 
succès  de  recherches  historiques  sur 
les  antiquilés  sacrées.  On  a  de  lui  :  L 
Collectanea  srtcra  _,  Louvain,  in-fol., 
1 667 .  Cette  collection  contient  les  actes 
et  opuscules  de  S.  Coîombau,  et  d'au- 
tres vies  de  saints,  avec  des  notes  et 
des  commentaires.  IL  Vita  R.  P. 
Ilugonis  Cavelli  (  Mac  -  Caghwel) , 
1626.  IlL  Un  abrégé  du  Chronicon 
consecrati  Pétri  Ratishonœ,  L — Y. 
FLEMING  (Bobert),  théologien 
écos.-ais,  très  estimé  des  calvinistes, 
dont  il  partagea  les  opinions ,  naquit 
en  1 65o  à  Bathens,  résidence  des  com- 
tes de  Twedale,  auxquels  sa  famille 
était  alliée,  et  fut  élevé  à  l'université  de 
St.- André.  Ayant  été  nommé,  avant 
l'âge  de  vingi-trois  ans,  à  la  cure  de 
Cambuslang ,  il  en  fut  expulsé  comme 
non  -  conformiste,  en  exécution  de 
Tacle  publié  à  GlasGow  peu  après  la 
restauration.  Menacé  de  la  prison,  il 
mena  quelque  temps  une  vie  errante, 
et  fut  enfin  arrête;  mais  ayant  bien-; 
lot  obtenu  son  élargissement ,  il  passât 
en  Hollande ,  et  se  fixa  à  Rotterdam , 
où  il  fut  élu  ministre  de  la  con- 
grégation écossaise.  11  mourut  le  iiS 
juillet  1694.  On  a  de  lui  plusieurs 
ouvrages,  entre  autres  le  Miroir  de 
V  Amour  dii^indéi^oilc  ,m-S\y  1691  ; 
c'est  un  recueil  de  poésies  religieu- 
ses ;  mais  le   plus   estimé,  surtout 


44 


FLE 


parmi  les  dissidents  et  les  calvinistes, 
a  pour  titre  V accomplissement  des 
Ecritures  {F nMl'iu^  of  ihe  Scriptu- 
res  ).  X. — s. 

FLEMING  (Caleb),  auteur  an- 
glais, mort  dans  ces  derniers  temps, 
a  publie  en  1758  un  Examen  de  la 
Recherche  sur  les  âmes  (a  Survey  of 
the  Searcli  after  souIs  ) ,  dirige  con- 
tre le  docteur  Coward ,  à  qui  il  atlri- 
tuait  cette  Recherche  sur  lésâmes,  qui 
est  l'ouvrage  d^jm  auteur  nomme' 
Henri  Layton.  On  a  aussi  de  Caleb 
Fleming  un  pamphlet  intitulé  La  Ten- 
tation du  Christ  dans  le  désert  est 
la  preuve  d'une  mission  divine , 
fivec  une  Dissertation  préliminaire 
sur  la  Prosopopée^  ou  Figure  per- 
sonifiante,  in  8°.,  1764.     X. — s. 

FLEMMING,  ou  FLE  MM  YN  CE 
(  Richard),  ëvêque  anglais,  naquit 
à  Croston,  dans  le  comté  d'Oxford; 
il  étudia  à  l'université  d'Oxford.  En- 
traîné d'abord  par  les  opinions  de 
Wiclef,  il  forma  un  parti  en  faveur 
de  cet  hérésiarque  ;  mais  bientôt  les 
partisans  de  Téglise  romaine  ,  alors 
tout  -puissants,  lui  firent  si  bien  en- 
tendre raison ,  qu'il  devint  aussi  vio- 
lent contre  Wiclef  qu'il  Tavait  été  en 
sa  faveur.  En  ilyio  le  roi  Henri  V  le 
nomma  à  l'évêché  de  Lincoln,  au- 
quel il  avait  été  désigné  par  le  pipe 
IVIirtin  V;  mais  lorsqu'en  14^4  ^^ 
même  pape  voulut  de  sa  propre  auto- 
rité le  transférer  à  l'archevêché  d'York, 
Henri ,  fier  de  ses  dernières  victoires 
en  France ,  ne  voulut  pas  consentir  à 
celte  usurpation  de  son  autorité.  Le 
chapitre  s'opposa  de  force  à  l'instal- 
lation du  nouvel  archevêque,  qui  fut 
obligé  de  revenir  modestement  à  son 
c'vêché de  Lincoln.  Il  s'était  probable- 
ment attiré  la  faveur  du  pape  par  le 
zèle  qu'il  avait  montré  dans  le  concile 
de  Consfance  contre  les  opinions 
de   Wiclef,  dont  à  son  retour  en 


FLE 

Angleterre  il  fit  brûler  les  os  selon 
le  décret  du  concile.  Ce  zc'e  se  mani- 
festa d'une  manière  plus  utile  dans  la 
fondation  du  collège  de  Lincoln  à  Ox- 
ford ,  qu'il  destina  à  devenir  un  sé- 
minaire de  théologiens  élevés  à  prê- 
cher, écrire  et  disputer  contre  les 
opinions  de  Wiclef,  et  qui  ont  trouvé 
depuis  à  disputer  contre  bien  d'autres 
choses.  Il  mourut  en  i45o.  On  n'a 
de  lui  que  les  Discours  qu'il  fît  au 
concile  de  Siinne.  —  Flemming» 
(Robert),  son  neveu,  fut  aussi  dans 
les  ordres,  et  fort  avant  dans  les 
bonnes  grâces  d'un  autre  pape,  Sixte 
IV ,  en  l'honneur  duquel ,  étant  à  Ti- 
voli, il  fît  un  Poème  en  deux  chants, 
inhlu\é Lucubrationes  Tiburtinœ^  qui 
lui  valut  la  charge  de  protonotaire 
apostolique.  On  a  aussi  de  lui  un 
Dictionarium  grceco  -  latinum,  un 
Recueil  de  poésies  latines,  etc.  Il 
mourut  en  Angleterre  en  1 485. 

X— s. 
FLEMMING  (  HEir^o  Henri  ,  comte 
de),  naquit  en  Poméranie,  l'an  1 632. 
Il  fît  de  bonnes  études  dans  les  meil- 
leures universités  d'Allemagne,  et  en- 
tra ensuite  dans  la  carrière  militaire. 
Il  s'engagea  d'abord  au  service  de  l'é- 
lecteur de  Brandebourg,  et  fut  employé 
dans  les  troupes  auxiliaires  envoyées 
contre  les  Turks.  Étant  passé  au  ser- 
vice du  prince  Guillaume  d'Orange, 
il  se  signala  par  sou  courage  et  son 
intelligence  dans  plusieurs  rencontres. 
En  168 1,  il  fut  nommé  général  ea 
Saxe,  et  l'électeur  le  chargea  du  com- 
mandement des  troupes  qu'il  envoya, 
en  1(385,  au  secours  de  Vienne  assié- 
gée par  les  Turks.  Flemming  contri- 
bua beaucoup  à  la  victoire  qui  délivra 
la  capitale  des  états  autiichiens,  et 
l'empereur  le  fit  comte  d'Empire.  En 
1 690,  il  retourna  au  service  du  Bran- 
debourg comme  feld-raaréchal ,  et  prit 
part  à  plusieurs  actions  sur  le  Rhin» 


FLE 

îj'elecleiir  prit  tant  de  confiance  en  lui , 
qu'il  le  nomma  gouverneur  de  Berlin , 
et  ensuite  gouverneur  gênerai  en  Po- 
mc'ranie.  Ayant  renonce'  à  ses  cliarges, 
Flemraing  se  retira  dans  ses  terres,  oii 
il  mourut  le  28  février  1 706.  Ce  fut  lui 
qui,  en  venant  de  Saxe  pour  retour- 
ner au  service  de  l'électeur  de  Brande- 
bourg,  amena  à  Berlin  le  célèbre  théo- 
logien luthérien  Spener  ,  qui  fut  le 
chef  de  la  secte  des  piéiistes  ^  et  dont 
la  doctrine  occasionna  une  espèce  de 
schisme  dans  les  églises  protestantes 
d'Allemagne.  C^ — au. 

FLEMMING  (  Jacques  -  Henri  , 
comte  de),  neveu  du  précédent,  na- 
quit en  1667.  Il  entra  au  service  de 
Saxej  et,  après  avoir  joui  de  la  con- 
fiance de  l'électeur  Jean- George,  il 
obtint  celle  de  Frédéric-Auguste,  son 
successeur,  qui  le  nomma  feld-maré- 
chai  et  premier  ministre.  Auguste  s'é- 
tant  rais  sur  les  rangs,  en  1697,  P^"'' 
la  couronne  de  Pologne,  Flemming  se 
rendit  comme  son  ambassadeur  à  Var- 
sovie, où  parut  dans  la  même  qualité 
Fabbé  de  Polignac,  de  la  part  du  prince 
de  Conti  et  de  la  France.  L'ambassa- 
deur d'Auguste  tira  parti  de  la  muni- 
ficence de  son  maître,  qui  avait  mis 
à  sa  disposition  des  sommes  considé- 
rables ;  il  gagna  la  maison  de  Sapieha , 
plusieurs  évèques ,  et  la  plupart  des 
femmes ,  dont  le  crédit  était  très  grand 
en  Pologne,  Auguste  et  le  prince  de 
Conti  furent  proclamés  l'un  et  l'autre 
le  même  jour,  chacun  par  son  parti. 
Mais  Auguste,  qui  avait  une  armée  de 
trente  mille  hommes  sur  la  frontière, 
prit  les  armes,  et  se  fît  couronner  à 
Cracovie.  Lorsqu'en  1699,  le  roi  de 
Pologne  eut  résolu  d'attaquer  la  Suède 
et  d'entrer  en  Livonie ,  Flemming  par- 
vint à  s'emparer  du  fort  de  Dunaraun- 
dc,  près  de  Riga,  et  donna  à  ce  fort 
le  nom  d'Augustusbourg.  Mais  cette 
«onquêle  fut  bientôt  perdue,  et  les 


FLE  43 

troupes  saxonnes  furent  obligées  de 
se  retirer.  Elles  se  combinèrent  par  la 
suite  avec  l'armée  russe  :  dans  une 
occasion  où  elles  devaient  se  ranger 
en  bataille  avec  les  Russes ,  le  czar 
Pierre  P^  les  fît  placer  de  manière 
qu'elles  étaient  entourées  de  ses  sol- 
dats ;  Flemming,  choqué  de  cette  me- 
sure ,  dit  au  czar  :  «  Votre  majesté 
»  craint  donc  que  les  Saxons  ne  lâ- 
»  chent  pied  ?  —  Je  ne  sais,  répondit 
»  le  czar;  mais  je  ne  me  rappelle  pas 
»  quand  elles  ont  eu  le  pied  ferme.  » 
Charles  Xll ,  dans  le  cours  de  ses  vic- 
toires, avait  demandé  au  roi  Auguste 
de  lui  livrer  Flemming;  mais  celui-ci, 
averti  à  temps,  se  sauva  en  Brande- 
bourg.  Le   roi   Stanislas  le  rétablit 
dans  l'esprit  de  Charles.  Cependant 
Flemming,  en  obtenant  la  permission 
de  se  présenter  en  Saxe  devant  le  roi 
de   Suède,    n'oublia  point   les   des- 
seins que  ce  prince  avait  médités  con- 
tre lui.  Il  ne  tint  pas  au  ministre  que 
le  roi  Auguste  ne  fît  arrêter  Charles 
dans  la  visite  que  celui-c  lui  fit  à  Dres- 
de, accompagné  seulement  de  deux 
ou  trois  officiers.  «  Je  me  suis  fié  à  ma 
»  bonne  fortune,  dit  le  héros  suédois 
»  à  l'un  de  ses  généraux ,  lorsqu'il  eut 
»  rejoint  l'armée  :  j'ai  vu  cependant  un 
»  moment  qui  n'était  pas  bien  net; 
»  Flemming  n'avait  pas  envie  que  je 
»  sortisse  de  Dresde  sitôt.  »  Les  re^ 
vers  de  Charles  Xll  ayant  changé  lai 
face  des  affaires ,  Flemming  voulut  en- 
gager Pierre  l*"^.  à  céder  la  Livonie  au 
roi  Auguste;  mais  il  eut  pour  réponse 
que  cette  conquête  appartenait  à  la 
Russie  :  il  ne  réussit  pas  non  plus  à 
persuader  au  roi  de  Prusse  Frédéric  V» 
de  se  déclarer  contre  Charles.  Cepen- 
dant Auguste  était  remonté  sur  le  trône 
de  Pologne,  et  Flemming  fit  les  plus 
grands  efforts  pour  augmenter  le  pou- 
voir de  son  maître  dans  ce  pays  :  mais 
il  encourut  la  haine  de$  Polonais,  et 


46  F  L  E 

se  vit  oblige  de  renoncer  à  ses  plans. 
Il  mourut  à  Vienne,  le  3o  avril  1728, 
laissant  une  fortMiie  très  considérable. 
Son  ambition  avait  été  sans  bornes,  et 
il  avait*employé  tous  les  moyens  pour 
la  satisfaire.  Ayant  ete'  de  toutes  les 
parties  de  plaisir  du  roi  de  Pologne, 
il  avait  pris  avec  ce  prince  des  airs  de 
familiarité  dont  il  ne  s'abstenait  pas 
même  dans  les  circonstances  les  plus 
solennelles.  Mais  ses  dcfluits  étaient  ra- 
chetés par  de  grandes  qualités.  Il  était 
d'une  valeur  à  toute  épreuve,  d'une 
conception  vite,  d'un  travail  toujours 
facile  et  quelquefois  infatigable.  On  le 
voyait  passer  des  affaires  aux  plaisirs 
et  des  plaisirs  aux  affûres,  avec  une 
aisance  qui  prouvait  la  supériorité  de 
ses  moyens.  C — Au. 

FLÉSSELLE  (  Philippe  de  ) ,  mé- 
decin du  16".  siècle  ,  fit  sa  licence 
dans  la  faculté  de  Paris,  où  il  ob- 
tint le  doctorat  en  iSiS.  Médecin  or- 
dinaire des  rois  François  l".y  Hen- 
ri II,  François  II  et  Charles  IX,  il 
eut  la  morgue,  la  médiocrité,  la  basse 
jalousie  et  la  plupart  des  autres  vices 
ordinaires  aux  boraracs  de  cour  ;  il 
harcela,  outragea,  calomnia  l'illus- 
tre  Fcrnel  ,  qui  méprisa  de  pareilles 
injures,  et  ne  s'en  vengea  qu'en  pu- 
bliant de  bons  ouvrages  dignes  de  la 
postérité,  tandis  que  les  minces  pro- 
ductions de  son  détracteur  méritent 
à  peine  d'être  citées.  Il  présida  en 
1 55o  une  thèse  défendue  par  Hugues 
Babinet,  sous  ce  litre:  An  humo- 
rum  jluentium  revulsio  ,  Jluxorum 
derii'atio  medcla  ?  Affirra.  Trois 
ans  auparavant  il  avait  mis  au  jour 
un  livre  élémentaire,  in-8\,  inti- 
tulé :  Inlrodactoire  pour  parvenir  à 
la  vraye  co^oissance  de  la  Chi- 
rurgie rationelle.  Ce  traité ,  qui  fut 
réimprimé  en  i655,  est  aujourd'hui 
tombé  dans  le  plus  profond  et  le  plus 
juste  oubli.  L'auteur  mourut  en  i562. 


FLE 

et  fut  enterré  à  St.  -  Gervais,  dans  la 
chapelle  de  la  Madelène.  C. 

FLESSELLES  ( . . .  de  ),  conseiller- 
d'état,  maître  honoraire  des  requêtes, 
fut  la  première  victime  des  fureurs 
populaires  au  commencement  de  la 
révolution  de  France  :  il  avait  élc 
mis  en  avant  quelques  années  plutôt 
par  le  parti  du  duc  d'Aiguillon,  contre 
le  fameux  procureur-général  ia  Chalo- 
tais  (  f^of.  GhalotaiO,  et  s'était,  par 
cette  conduite,  attiré  l'inimitié  d'un  au- 
tre parti  très  puissant,  qui  avait  alors 
la  p!us  grande  influence  sur  les  dis- 
positions du  peuple.  Flesselles  fut  ré- 
compensé par  rintendaucc  de  Lyon 
des  services  qu'il  avait  rendus  dans 
l'affaire  de  la  Chalotais.  Il  se  fit  ché- 
rir par  ses  qualités  personnelles,  sa 
bienfaisance  ,  et  son  zèle  pour  les  in- 
térêts de  cette  grande  cité,  dont  le 
commerce  lui  est  redevable  d'établis- 
sements important?.  Il  avait  for.dé  à 
ses  frais,  pour  perfectionner  la  tein- 
ture noire  de  la  soie,  un  prix  de  3oo 
liv.,  qui  fut  accordé,  en  1777,3  Jac- 
ques Lafond.  Peu  de  temp's  avant  la 
révolution ,  il  fut  nommé  prévôt  des 
marchands  de  la  ville  de  Paris  ,  place 
dont  les  fonctions  étaient  à  peu  près 
les  mêmes  que  celles  de  maire.  Dans 
des  circonstances  aussi  difficiles,  un 
tel  emploi  ne  pouvait  être  occupé  avec 
quelque  espoir  de  succès  que  par  un 
homme  tout  à  la  fois  ferme  et  profon- 
dément politique,  sachant  faire  naître 
les  événements ,  ou  tout  au  moins  en 
état  de  maîtriser  ou  de  diriger  ceux 
qu'on  ne  pouvait  prévoir,  et  tel  n'était 
pas  le  caractère  du  malheureux  Fles- 
selles :  naturellement  doux,  ami  des 
plaisirs  et  des  jouissances  paisibles,  il 
devait  êlrc  au  moins  chassé  de  son 
poste  par  les  furieux  et  les  hommes 
machiavéliques  qui  s'emparaient  de 
Tautoriléj  mais  ce  n'était  pas  une  sim- 
ple disgrâce  qui  ratlendail  :  un  sort 


FLE 
î)îcn  plus  déplorable  lui  était  réservé. 
Dès  la  soirée  du  dimanche  12  juillet 
1 789,  jour  où  rinsiirrection  coniuien- 
ça  à  Paris,  deux  autorités  municipales 
ou  qu*on  peut  appeler  ainsi ,  se  formè- 
rent à  i'HoteJ-de-Ville  ;  celle  des  an- 
ciens écbevius,  présidée  par  le  prévôt 
des  marchands;  et  celle  des  électeurs 
qui  avaient  nommé  les  députés  aux 
cfats-généranx,  et  qu'après  l'assem- 
Liée  nationale  ou  peut  considérer 
comme  la  principale  puissance  révo- 
lutionnaire, sans  le  secours  de  la- 
quelle la  grande  assemblée  n'aurait  sû- 
rement pas  eu  tous  les  succès  qu'elle 
obtint.  i)ient6t  il  se  forma  un  comité 
central  composé  d'échevins  et  d'élec- 
teurs, dont  la  présidence  fut  déférée 
au  prévôt  des  marchands  :  il  crut  de- 
voir, dans  cette  nouvelle  situation,, 
continuer  son  service  comme  à  l'ordi- 
naire, et  ses  communications,  soit 
avec  la  cour,  soit  avec  le  pouvoir  mi- 
litaire sous  la  direction  du  baron  de 
Bczenval,  qui  lui  avait  fait  connaître 
son  projet  de  défendre  la  Bastille.  Il  fut 
interpellé  sur  ces  dangereux  rapports 
d'une  manière,  sinon  malveillante,  au 
moins  très  imprudente,  en  présence 
d'uHC  populace  furieuse,  par  M.  G.iran 
deCoulon,  l'un  des  électeurs,  et  qu'on 
a  vu  depuis  jouer  im  rôle  assez  im- 
portant. A  cette  interpellation  de  M. 
Garan ,  on  vit  toutes  les  oreilles  at- 
tentives et  l'expression  de  la  fureur 
sur  toutes  les  figures.  Le  malheureux 
Flessc-lles,  eflfrayé,  balbutia,  chercha 
à  s'excuser ,  à  prouver  son  innocence  ; 
on  lui  signifia  qu'il  fallait  aller  au  Pa- 
lais-Royal, et  que  là  il  serait  entendu. 
«  Hé  bien!  dit-il,  allons  au  Palais- 
»  Royal.  »  11  se  leva  en  même  temps 
de  son  siège,  et  sortit  de  l'Hôtel-de- 
Yille,  précédé  et  suivi  d'une  foule  im- 
mense j  mais  il  ne  put  arriver  qu'au 
bas  de  l'escalier,  où  un  jeune  homme 
lui  cassa  la  tête  d'un  coup  de  pistolet 


FLE  47 

tiré  à  bout  portant.  La  foule  alors  se 
précipita  sur  son  cadavre  :  on  en  sé- 
para sa  tète,  qui  fut  placée  au  bout 
d'une  pique  et  portée  au  Palais-Royal. 
Le  corps  fut  tr.^îné  dans  la  fange.  M. 
de  Flessclles  pouvait  être  âgé  d'envi- 
ron 60  ans.  11  péril  le  1 4  juillet  1 789, 
avant  la  prise  de  la  Bastille. 

B— u. 
FLETGHER  (Richard;  naquit  dans 
le  comté  de  Kent ,  vers  le  milieu  du  i  (j'". 
siècle,  et  fut  élevé  à  Cambridge.  Il  fut 
nommé  en  i585,  doyen  dePéterbo- 
rough.  Le  8  février  1 586',  il  accompa- 
gna à  réohafaud  l'infortunée  Marie 
Stuart,  à  laquelle  on  avait  refusé  un 
confesseur  catholique.  Chargé  de  l'o- 
dieuse commission  de  tourmenter 
une  reine  piêle  à  mourir,  pour  l'en- 
gager à  quitter  la  religion  qu'elle  avait 
professée  toute  sa  vie,  et  qui  fiisait 
sa  consolation  dans  ses  derniers  mo- 
ments ,  il  en  au2;menta  le  ridicule  par 
la  platitude  du  discours  qu'il  lui  tint  à 
cette  occasion  ,  et  que  Marie  interrom- 
pit deux  ou  trois  fois,  en  le  priant 
de  se  tenir  et  de  la  laisser  en  repos  : 
il  fit  ressortir  tout  l'odieux  de  sou  rôle 
en  la  forçant  d'entendre  des  prières 
auxquelles  elle  déclarait  qu'il  ne  lui 
était  pas  permis  de  prendre  part.  «Je 
MSuis  née,  dit  Marie  Stuart,  dans  cette 
y>  religion  ,  j'ai  vécu  dans  cette  reli- 
»  gion ,  et  je  suis  résolue  à  mourir 
»  dans  celte  religion.»  Enfin,  lorsque 
l'exécuteur ,  après  avoir  séparé  la  tête 
du  corps,  l'éleva  en  l'air,  le  doyen 
s'écria  :  Ainsi  périssent  tous  les  en- 
nemis de  la  reine  Elisabeth  !  Cette 
voix  d'un  prêtre  s'éleva  seule  au  mi- 
lieu des  sanglots  des  assistants  qui 
fondaient  en  pleurs  ;  elle  devait  êtr» 
remarquée  :  cependant  elle  ne  lui  va- 
lut pas  pour  le  moment*  une  grande 
faveur,  s'il  est  vrai  que  ,  nommé  deux 
ans  après  à  l'évêché  de  Bristol,  il  ne 
le  fut  qu'à  la  charge  d'en  affermer  toui 


48 


FLE 


îes  revenus  aux  courli?ans  ;  el  les  con- 
ditions auxquelles  il  les  «fFenna ,  rui- 
nèrent lelletnent  cet  évêclië,  que  lors- 
qu'il eu  changea ,  on  fat  dix  ans  sans 
pouvoir  lui  nommer  un  successeur. 
L'historien  qui  rapporte  ce  f.iit ,  sir 
John  Harrington  ,  nous  dit  qu'Elisa- 
beth aimait  beaucoup  l'ëvêque  Flet- 
cher ,  et  le  lui  prouvait  même  par 
ses  réprimandes.  L'ayant  censuré  un 
jour  de  ce  qu'il  coupait  sa  barbe  trop 
courte,  la  bonne  dame,  ajoute  sir 
John,  lui  aurait  pu  reprocher ^  si 
elle  Valait  su,  de  rogner  si  court 
son  évéché;  ce  qui  ferait  penser  que 
ces  marche's ,  très  communs  alors , 
se  passaient  à  l'insu  d'Elisabeth  : 
mais  il  y  a  plutôt  lieu  de  croire  que , 
comme  pour  la  barbe ,  elle  défendait 
seulement  qu'on  rognât  trop  court. 
Après  avoir  épuisé  l'évêchéde  Bristol, 
Flelcher,  transféré, en  iSg'î,  à  celui 
de  Worcester ,  et  nommé  aumônier 
de  la  reine ,  perdit  les  bonnes  grâces 
de  cette  princesse  pour  s'être  marié 
en  secondes  noces  ,  à  l'âge  de  près  de 
cinquante  ans,  peu  de  jours  après 
avoir  été  promu  à  l'évêché  de  Lon- 
dres ;  il  l'avait  vivement  sollicité ,  à 
ce  que  Ton  croit ,  pour  faire  plaisir  à 
la  personne  qu'il  devait  épouser,  lady 
Baker ,  qui  désirait  vivre  près  de  la 
cour.  Elisabeth ,  qui  avait  hérité  de 
son  père  une  grande  aversion  pour  le 
mariage  des  prêtres  ,  fit  suspendre 
l'évêque  de  ses  fonctions.  Il  y  fut  ré- 
tabli un  an  après  ;  mais  la  reine  fut 
encore  un  an  sans  vouloir  l'aduiettre 
en  sa  présence.  Celte  disgrâce  l'affligea 
si  vivement  qu'il  en  mourut,  à  ce  qu'il 
paraît ,  de  chagrin ,  en  1 696  :  Gamden 
prétend  que  ce  fut  pour  avoir  pris 
trop  de  tabac j  le  tabac,  dont  l'usage 
commençait  à  s'introduire  alors ,  était 
regardé  par  bien  des  gens  comme  un 
poison.  Richard  Fletcher  fut  père  de 
l'auteur  comique  Jeau  Fletcher.  X — s. 


PLE 

FLETCHEU  (  Gilles  ) ,  frèi-e  du 
précédent ,  naquit  à  Kent  ,  et  fut 
élevé  à  Eton  et  à  Cambridge.  Em- 
ployé par  la  reine  Elisabeth  dans  plu- 
sieurs missions  diplomatiques,  il  fut 
envoyé  en  1 588  en  Kussie,  pour  y  con- 
clure une  ligue  avec  l'empereur  Fédor 
Ivanowich,  mais  surtout  pour  lesin- 
térêls  du  commerce  de  l' Angleterre, 
Le  czar,  prévenu  par  les  Hollandais  , 
et  trompé  par  la  nouvelle  que  l'on 
avait  répandue  que  la  flotte  anglaise 
avait  été  détruite  par  ï'armada  espa- 
gnole ,  le  reçut  très  mal  ;  et  une  mau- 
vai>c  réception  en  Russie  avait  alors 
quelque  chose  de  si  inquiétant ,  que  , 
lorsqu'après  avoir  détruit  ces  fâcheuses 
impressions  ,  el  avoir  obtenu  des  con- 
ditions favorables,  il  se  retrouva  en 
sûreté  à  Londres,  il  crut,  dit -on, 
pouvoir  être  aussi  content  qu'Ulysse 
lorsqu'il  sortit  de  la  caverne  de  Poly- 
phème ,  et  rendit  grâces  à  Dieu  d'avoir 
échappé  à  un  si  grand  danger.  Peu  de 
temps  après  son  retour  ,  il  fut  nommé 
secrétaire  de  la  cité  de  Londres ,  maî- 
tre de  la  cour  des  requêtes ,  et  tréso- 
rier de  St.-Paul ,  en  1 597.  Il  a  publié 
sur  la  Russie  un  ouvrage  intitulé  :  Of 
the  Russe  common  wealtk  {De  V  Em- 
pire Russe  ) ,  etc. ,  ou  Manière  de 
gou\>erner  de  V empereur  de  Russie , 
communément  appelé  l'empereur  de 
MoscoviCf  avec  les  mœurs  et  les  mo- 
des des  peuples  de  celle  contrée, 
Londres,  iSgo,  in-8°.  Cet  ouvrage, 
très  curieux,  et  aujourd'hui  extrême- 
ment rare  ,  fut  alors  prohibé,  dans  b 
crainte  du  blesser  des  alliés  dont  il 
peignait  trop  naïvement  le  gouverne- 
ment et  les  mœurs.  11  a  été  réimprimé 
en  »645,  in-  12,  et  l'on  en  a  insértf 
un  extrait  d^ns  la  collection  des  Voya- 
ges de  Haklujrt.  L'auteur momul en 
1610.  X — s. 

FLETCHER  (Jean),  fils  de  Ri- 
chard Fletcher,  évêque  de  Londrc», 


FLE 

naquit  en  1576,  dans  le  comte  de Nor- 
thampton.  Sa  première  jeunesse  lut 
livrée  à  relTervescence  des  passions  j 
mais  il  avait  horreur  du  raenson- 
ge,  et  ce  sentiment  le  corrigea  du 
libertinage.  Un  jour  il  se  jeta  aux;  ge- 
noux de  son  père  en  lui  disant  :  «  Je 
»  renonce  dès  ce  moment  à  mes  éga- 
»  rcraents,  afin  de  ne  p'us  être  expose' 
»  à  mentir  pour  vous  les  cacher,  et 
î)  de  n'avoir  plus  à  rougir  en  vous 
»  en  faisant  l'aveu .»  11  fut  mis  à  l'uni- 
versité de  Cambridge ,  et  s'y  fit  remar- 
quer par  son  goût  pour  la  poésie.  Son 
père  ayant  lu  une  de  ses  productions 
intitulée  ^ Amant  desMuses,  lui  dit  en 
plaisantant  :  «  Mon  fiis ,  tu  auras  donc 
»  toujours  des  maîtresses? — Oh!  pour 
»  celte  fois,  répondit  le  jeune  homme, 
»  vous  conviendrez  que  ce  sont  d'hon- 
»  nétes  filles.  »  On  le  destina  au 
barreau  ,  et  il  passa  quelques  mois  .tu 
collège  nommé  Inner  Temple ,  oîi  il 
n'apprit  rien  de  ce  qu'il  falhit,  mais 
où  il  contracta  une  liaison  intime  d'a- 
mitié avec  François  Beaumont ,  qui 
avait  ainsi  que  lui  autant  de  goût  powr 
la  littérature  que  d'antipathie  pour 
la  jurisprudence.  Ils  ne  se  séparèrent 
jamais ,  et  composèrent  ensemble  un 
grand  nombre  de  pièces  de  théâtre, 
tant  tragédies  que  comédies ,  dont  la 
plupart  ont  eu  un  très  grand  succès, 
et  jouissent  encore  en  Angleterre  de 
la  plus  haute  réputation.  Jean  Flet- 
cher  mourut  de  la  peste  en  16 i5,  âgé 
de  quarante  -  neuf  ans.  Quoiqu'on  ne 
puisse  déterminer  la  part  de  chacun 
de  ces  auteurs  dans  les  ouvrages 
qu'ils  ont  donnés  eu  commun,  il  pa- 
raît néanmoins  que  le  talent  particu- 
lier de  Fletcber  était  pour  la  plaisante- 
rie; qu'il  avait  à  la  fois  l'esprit  plus 
abondant,  plus  inventif,  plus  origi- 
nal que  celui  de  son  ami,  et  que 
Beaumont,  quoique  beaucoup  plus 
jeune ,  se   faisait  remarquer  davan- 

XV. 


FLE  49 

tage  par  le  goût  et  le  jugement.  Ce- 
pendant il  est  à  remarquer  que  celles 
des  pièces  de  Fletcher  qui  ont  été 
composées  après  la  mort  de  Beau- 
mont sont  les  moins  irrégulières  ;  ce 
qui  ferait  supposer  qu'il  aurait  ren- 
contré un  censeur  encore  plus  sévère, 
11  paraît  qu'il  consulta  sur  le  plan  de 
plusieurs  de  ces  pièces  James  Shirley, 
qui  en  a  même  achevé  quelques-unes 
que  Fletcher  avait  laissées  imparfai- 
tes. En  tout,  les  pièces  de  Beaumont 
et  de  Fletcher  sont  plus  régulières  que 
celles  de  Shakespeare,  et  ont  beau- 
coup de  l'esprit  de  celui-ci ,  qu'ils 
avaient  pris  pour  modèle.  Quelques 
poètes,  peut-être  parce  que  l'hyperbole 
est  permise  à  la  poésie,  les  ont  mises 
dans  leurs  éloges  au-dessus  de  celles 
de  ce  grand  homme.  Dryden  nous  ap- 
prend que  de  son  temps,  c'est-à-dire, 
sous  le  règne  de  Charles  1 1 ,  les  pièces 
de  Beaumont  et  de  Fletcher  étaient 
infiniment  plus  à  la  mode  que  celles  de 
Shakespeare  ;  ce  qui  pourrait  tenir  à  ce 
que  le  langage  de  ce  dernier  était  plus 
ancien ,  quoique  celui  de  Beaumont  et 
de  Fletcher  soit  également  incorrect. 
Les  mœurs  représentées  dans  ces  piè- 
ces se  trouvant  aussi  moins  éloignées 
des  mœurs  d'alors,  prêtaient  davanta- 
ge à  ces  rapprochements  qui  font  la 
vogue  des  pièces  de  théâtre  :  mais  le 
temps  rapproche  et  confond  ces  nuan- 
ces ;  les  beautés  de  tous  les  temps  res- 
tent seules  en  possession  de  la  pre- 
mière place,  et  Shakespeare  a  repris 
le  dessus.  On  ne  saurait  cependant 
refuser  à  Fletcher  et  à  son  ami  le  mé- 
rite d'avoir  surpassé  Shakespeare  dans 
la  vérité  des  peintures  de  la  société. 
En  peignant  la  nature  telle  qu'elle  est 
généraicment ,  Shakespeare  n'a  sou- 
vent cherché  que  dans  son  imagina- 
tion les  formes  particu'ières  dont  il 
l'a  revêtue.  Ce  sont  ces  formes  que 
Beaumont    et  Fletcher   ont  rendues 

4 


5o  FLE 

d'une  manière  aussi  fidèle  que  pi- 
quante. Aucun  poète  anglais  n'a  peint 
comme  eux  les  mœurs  et  le  ton  de  la 
jeune  noblesse  de  leur  temps,  cet  es- 
prit de  gaîte  et  d'une  débauche  origi- 
nale et  bizarre,  cette  conversation, 
toute  brillante,  cette  promptitude  et 
cette  vivacité'  de  reparties,  si  naturelles 
à  des  gens  que  le  plaisir  emporte,  et 
que  rien  n'arrête ,.  ni  dans  leurs  idées , 
ni  dans  leurs  actions ,  ni  dans  leurs 
paroles.  Ils  n'ont  point  cberclié  , 
comme  Bcn-Jonson ,  dans  les  carac- 
tères ,  le  comique  et  ce  que  les  Anglais 
appellent  humour;  mais  ils  lui  sont 
infiniment  supérieurs  par  l'esprit  et  la 
vivacité  du  trait.  Ces  avantages  se  font 
surtout  sentir  dans  leurs  comédies  , 
qui  forment  la  base  la  plus  solide  de 
leur  réputation.  Leurs  tragédies,  qui 
ont  obtenu  et  beaucoup  d'éloges  et  un 
grand  succès  par  des  situations  pa- 
thétiques et  de  vives  peintures  de 
l'amour  ,  ont  aussi  été  exposées  à  de 
violentes  critiques  par  rapport  aux 
défauts  de  plan  et  de  caractères,  aux 
invraisemblances  etaux  inconvenances 
dont  elles  sont  remplies  :  mais  ces  dé- 
fauts étaient  ceux  de  leur  siècle  j  et  ces 
erreurs  de  jugement ,  fruits  de  l'igno- 
rance d'un  siècle  barbare,  sont  tou- 
jours bien  plus  nombreuses  et  plus 
sensibles  dans  la  tragédie,  dont  les 
sujets  éloignés  laissent  livrée  à  clle- 
méme  l'imagination  encore  mal  réglée, 
que  dans  la  comédie  où  elle  est  diri- 
gée paF  le  tableau  journalier  des 
mœurs  du  temps.  On  cite  particulière- 
ment parmi  leurs  comédies ,  le  Fat 
(  t/ie  Ccfxcomh  )  ,  le  Capitaine ,  le 
Foja^e  des  Amants  (  the  Loveras 
progress),  Monsieur  Thomas,  la 
Fille  au  Moulin ,  Quatre  pièces  en 
une.  Plusieurs  autres  ont  été  corri- 
gées pour  le  théâtre  par  divers  poètes 
plus  modernes,  entre  autres  the  Chan- 
ces (  les  Hasards  ) ,  par  le  duc  de  Buc- 


FLE 

kingham  ,  et  Falenlinien,  par  (« 
comte  de  Rochester.  Après  la  mort  de 
Beaumont  ,  FIctcher  donna  deux 
pièces  composées  par  lui  seul  :  la  Ber- 
gère fidèle  et  V ennemi  des  Femmes 
\the  fi  Oman  hâter)  ,  et  une  troi- 
sième, les  Deux  illustres  Parents  {the 
Two  noble  Kinsmen),  où  il  fut  aidé 
par  Shakespeare.  On  a  attribué  à  Beau- 
mont  et  Fietcher  une  aventure  à  peu 
près  pareille  à  celle  de  Scudery  et  de 
sa  sœur.  On  a  dit  qu'étant  ensemble 
dans  une  taverne,  occupés  à  chercher 
le  plan  d'une  tragédie,  Fietcher  se 
chargea  de  tuer  le  roi  ;  ce  que  l'auber- 
giste qui  les  avait  entendus  se  hâta 
d'aller  dénoncer:  mais  la  mé['rise  fut 
promptement  expliquée.  Plusieurs  des 
pièces  de  Beaumont  et  de  Fietcher  ont 
été  publiées  pendant  leur  vie,  in-4''.  En. 
1645,  vingt  ans  après  la  mort  de  Fiet- 
cher, on  en  publia  une  nouvelle  col- 
lection in-folio  ,  contenant  trente- 
quatre  pièces  qui  n'avaient  jamais 
clé  imprimées,  et  les  pièces  de  vers 
faites  à  la  louange  de  ces  deux  auteurs 
dramatiques,  dont  plusieurs  par  les 
premiers  poètes  du  temps.  En  1679, 
il  parut  une  collection  de  toutes  leurs- 
pièces,  in-fo!.;  puis,  en  171 1,  «ne 
en  -y  vol.  ii:-8". ,  où  se  trouvent  réta- 
blies plusieurs  choses  omises  dans  la 
précédente.  11  y  en  eut  une  nouvelle 
en  1761  ,  une  autre  en  1778,  avec 
une  préface  et  des  notes  de  George 
Colman,  et  une  dernière  en  1812, 
avec  une  introduction  et  des  notes 
explicatives,  par  H.  Weber,  i4vol. 
in  8".  J.  Monck  Watson  a  publié  eu 
1798,  en  un  vol.  in  -  8'.  :  Com- 
ments ,  etc.  (  Commentaires  sur  les 
Pièces  de  théâtre  de  Beaumont  et 
de  Fietcher,  avec  un  Appendix  con- 
tenant des  Observations  nouvelles 
sur  Shakespeare).  On  a  réuni  ensem- 
ble eu  181 1,  Londres,  4  8^'^s  vol. 
iu-8''.,  les  OEuvres  dramali^jues  de 


FLE 

Ben-Jonson  et  celles  de  Beaumont 
et  de  Flelcher,  les  dernières  d'après 
le  texte  et  avec  les  notes  de  Colman. 
X-s. 
FLETCHER  (Phineas),  l'un  des 
fils  de  Gilles  Flclcher  ,  né  vers  i582  , 
et  élevé  à  Canibiidge  ,  fut  nommé,  en 
i6'2i  ,   ministre  de  liilgay  dans  le 
comté  de  Norfolk ,  et  mourut ,  à  ce 
qu'on  présume,  en   i65o.   H  donna 
de  bonne  heure  des  Mélanges  et  des 
Eglogues  de  Pécheurs  (  Piscatory 
Eclognes),  qui  ont  été  réimprimées  à 
Edimbourg  en  i  772.  Ou  a  aussi  de 
Jui  une  tragédie  intitulée  Sicelides  , 
in-4*'. ,  i63i  ;  mais  son  principal  ou- 
vrage est  un  poème  intitulé  Vile  pour- 
pre (  ihe  Purple  Islaiid  ),  description 
allégorique  de  l'homme,  dont  il  avait 
pris  l'idée  dans  Spenser,  et  qui  rst 
écrite  dans  le  mauvais  goût  du  temps. 
On  peut  se  figurer  ce  que  c'est  qu'un 
poème  dont  les  cinq  premiers  chants 
sont  uniquement  remplis  de  descrip- 
tions analomiques  :  ce  n'est  que  dans 
les  chants  suivants  que  le  poète  se 
montre,  en  personnifiant  l'ame  et  h  s 
facultés  intellectuelles.  Les  poèmes  de 
Phineas  Fielchcr  furent  publiés  pour 
la  première  fuis  à, Cambridge,  en  1 655, 
in  -  4°"  l^^Ils  pourpre  a  été  rcimpi  i- 
mée  d'une  manière  incorrecte  avec  la 
Victoire   du  Christ,   de  son  frère 
Gilles  Fletcher,  Londres,  1785.06 
dernier  mourut  en    iG.a5  ,    dans  le 
comté  de  SulFolk ,   à  sa   cure  d'Al- 
derton.   Son  poème  a  été  publié  à 
Cambridge  en  1610,  et  réimprimé  en 
i64o.  On  y  trouve  quelque  talent,  eu 
égard  au  temps  où  il  parut.     X— s. 

FLETCHER  (André),  appelécom- 
munément  Fletcher  de  Saltoun,  nom 
d'un  bourg  d'Ecosse  où  il  était  né  en 
i655,  sous  le  protectorat  de  Ciora- 
wel.  Sa  fimille  jouissait  d'une  grande 
considération  et  d'une  fortune  au-des- 
sus de  la  médiocrité.  11  fut  élevé  par 


FLE  5t 

le  célèbre  Gilbert  Burnet,  alors  curé 
de  Saltoun,  et  depuis  évêque  de  Salis- 
bury.  Digne  élève  d'un  maître  si  dis- 
tingué, le  jeune  Fletcher  acquit  promp- 
tement  toutes  les  connaissances  qu« 
peut  donner  une  éducation  très  soi- 
gnée; il  se  rendit  familières  les  langues 
grecque  et  latine ,  ainsi  que  le  français 
et  l'italien.  Il  s'appliqua  particulière- 
ment à  cultiver,  par  l'étude  des  ora- 
teurs anciens,    le  goût  naturel  qu'il 
avait  pour  l'éloquence.  Plusieurs  voya- 
ges sur  le  continent  servirent  à  étendre 
ses  idées  et  à  perfectionner  ses  talents. 
Né  avec  un  caractère  ardent,  fier  et 
généreux,  mais  opiniâtre,  il  se  livratrès 
jeune  encore  aux  idées  de  républi- 
canisme que  les  presbytériens  exagé- 
rés avaient  répandues  en  Ecosse,  et 
qui  avaient  préparé  le  succès  de  Crora- 
well,  en  précipitant  du  trône  le  mal- 
heureux Charles  1"^'.  Fletcher  eut  de 
bonne  heure  l'occasion  de  développer 
et  ses  talents  et  ses  piincipes.  Mem- 
bre du  parîemcjit  d'Ecosse,  où  le  duc 
d'York  (depuis  Jacques  11)  était  grand 
commissaire,  Fletcher  se  fit  connaîtr© 
comme  orateur  énergique  et  comme 
zélé  républicain.  Il  s'opposa  avec  une 
fermeté  inflexible  aux  mesures  arbi- 
traires de  la  cour;  et,  pour  éviter  la 
persécution  dojit  il  était  menacé,  il 
prit  le  parti  de  s'expatrier  et  de  passer 
en  Hollande.  Ayant  été  sommé  de  com- 
paraître devant  les  lords  du  conseil  à 
Edimbourg,  et  n'ayant  point  obéi,  ses 
biens  furent  confisqués,  et  il  fut  dé- 
claré hors  de  la  loi  (exlex).  Il  était 
à  la  Haye  lors  pi*ensuile  Jacques  pro- 
clama son  acte  d'indemnité;  mais  Flet- 
cher n'en  voulut  pas  profiter.  Il  pré- 
féia  l'exil  à  la  honte  de  devoir  à  la  fa- 
veur d'un  roi  la  liberté  et  la  restitution 
de  ses  biens.  11  revint  cependant  en 
Angleterre  quelque  temps  après  l'avé- 
nement  de  Jacques  II  au  trône.  Indi- 
gné des  mesures  violenles  qui  signalé- 

■■■■■■'  4- 


5a  FLE 

rent  le  commencement  de  ce  règne ,  il 
se  lia  avec  les  ennemis  du  roi ,  et  entra 
dans  des  conspirations  qui  se  formè- 
rent pour  renverser  Jacques  II  du  tro- 
ue. Il  obtint  la  confiance  du  duc  de 
Montmouth  ,  qu'il  suivit  dans  son 
expédition  en  Ecosse,  d'où  ce  prince 
av.iit  formé  le  projet  d'envahir  à 
main  armée  l'Angleterre  et  de  s'em- 
parer du  trône.  Fletclicr,  qui  aurait 
voulu  établir  une  république  en  An- 
gleterre et  en  Ecosse,  ne  pouvait 
approuver  ce  projet;  et  Montmouth, 
qui  n'avait  ni  les  talents,  ni  les 
moyens  nécessaires  pour  l'exécuter, 
fut  battu  ,  fait  prisonnier,  et  con- 
damné à  périr  sur  l'échafaud  (  i685). 
Dans  le  cours  de  cette  malheureuse 
expédition ,  Fletcher  se  fit,  par  la  vio- 
lence de  son  caractère,  une  ailàire  qui 
l'obligea  de  s'expatrier  encore.  Pressé 
de  partir  pour  un  service  urg|pt,  et 
n'ayant  point  de  cheval,  il  prit  celui 
du  maire  de  Lynn,  sans  lui  deman- 
der son  consentement.  Au  retour  de 
son  excursion,  le  maire  lui  reprocha 
son  procédé  en  termes  fort  injurieux, 
et  le  menaça  même  de  sa  canne.  Flet- 
cher ne  pouvant  contenir  sa  fureur, 
lui  tira  un  coup  de  pistolet  et  l'étendit 
mort  sur  la  place.  Ce  meurtre  excita 
parmi  le  peuple  des  environs  un  sou- 
Icvemetit  dont  les  suites  pouvaient  de- 
venir dangereuses  pour  le  duc  de  Mont- 
mouth, qui  pressa  lui-même  Fletcher 
de  s'éloigner  :  celui-ci  se  hâta  de  s'eni- 
barqtier  sur  un  navire  prêt  à  faire  voile 
pour  l'EspaJine.  A  peine  arrivé  à  Ma- 
drid, il  y  fut  arrêté,  à  la  demande  du 
ministre  d'Angleterre,  et  destiné  à  être 
envoyé  à  ïx)ndres;  mais  la  veille  du 
jour  où  il  devait  cire  embarqué,  un 
inconnu  se  présenta  aux  barreaux  de 
sa  prison  ,  et  lui  procura  les  moyens  de 
se  sauver.  Celte  aventure ,  ainsi  qu'une 
autre  où  il  dut  son  salut  à  une  espèce 
d'apparition ,  furtifia  beaucoup  U  teinte 


FLE 

de  superstition  religieuse  que  lui  avait 
imprimée  sou  éducation.  Il  prit  ensuite 
du  service  comme  volontaire,  et  se 
distingua  dans  la  guerre  de  Hongrie 
par  ses  travaux  et  ses  talents  militaires, 
il  revint  en  Angleterre  avec  Guil- 
laume, prince  d'Orange.  Malgré  son 
opposition  au  gouvernement  de  Jac- 
ques II,  il  ne  put  approuver  le  projet 
de  le  détrôner  pour  mettre  à  sa  place 
un  prince  étranger.  Il  se  déclara  con- 
tre Guillaume,  dont  il  fut  depuis  cons- 
tamment l'ennemi.  Fidèle  à  ses  maxi- 
mes de  républicanisme,  et  zélé  défen- 
seur des  libertés  du  peuple,  il  croyait 
qu'il  ne  fallait  pas  confier  au  meilleur 
des  princes  un  degré  de  puissance  dont 
les  mauvais  abusent  toujours  ,  et  que 
le  souverain  ne  devait  avoir  qu'autant 
de  pouvoir  qu'il  en  faut  pour  faire  le 
bien.  Ces  principes ,  qui  avaient  mo- 
tivé son  opposition  à  Charles  II  et  à 
Jacques  II ,  ne  lui  permettaient  pas  de 
croire  que  le  gouvernement  de  Guil- 
laume fût  plus  favorable  à  la  liberté; 
et  en  cela  il  se  trompa,  ainsi  que  dans 
son  obstination  à  combattre  la  mesure 
de  la  réunion  de  l'Ecosse  à  l'Angle- 
terre ,  mesure  qu'il  regardait  comme 
tendant  à  mettre  l'Ecosse  dans  une  dé- 
pendance de  l'Angleterre  également 
contraire  à  l'honneur  et  à  la  prospé- 
rité de  son  pays.  L'événement  a  prou  vc 
que  l'élévation  de  Guillaume  III  au 
trône  d'Angleterre  avait  étendu  et  as- 
suré la  liberté  nationale,  en  la  fondant 
sur  des  bases  aussi  solides  que  la  sa- 
gesse humaine  puisse  les  concevoir. 
Ij'cxpéricnce  a  prouvé  de  même ,  que 
l'union  de  l'Ecosse  avec  l'Anglelerre  ,^ 
en  mettant  fin  aux  divisions  qui  avaient 
si  longtemps  ensanglanté  le  territoire 
des  deux  royaumes  ,  avait  procuré  à 
l'Ecosse  une  augmentation  d'industrie, 
de  richesse  et  de  prospérité,  qu'il  était 
difficile  même  de  jirévoir.  L'histoire  a 
laissé  peu  de  détails  sur  les  dernières 


F  L  E 

annëes  de  ce  grand  patriote,  qui  mou- 
rut à  I^ondres  en  1 7 1 6.  Sa  fortune  avait 
été  presque  détruite  par  les  persécu- 
tions qu'il  avait  essuyées  ;  et  quoiqu'il 
eût  eu  plusieurs  occasions  de  réparer 
ses  pertes,  il  ne  chercha  jamais  à  pro- 
fiter de  son  crédit.  Occupé  sans  relâche 
des  intérêts  de  son  pays,  il  n'eut  pas  le 
loisir  de  songer  à  son  intérêt  personnel . 
On  n'a  jamais  aimé  le  bien  public  et 
défendu  la  cause  des  peuples  avec  plus 
de  courage,  de  constance  et  de  désin- 
téressement. Malgré  le  délabrement  de 
sa  fortune,  Fletcher  a  légué  à  ses  com- 
patriotes de  Saltouu,  une  somme  des- 
tinée à  y  fonder  «ne  école  pour  l'édu- 
cation des  enfants  pauvres.  Voici  l'ho- 
norable témoignage  que  lui  a  rendu  un 
de  ses  contemporains  :  a  André  Flet- 
»  cher  est  un  homme  plein  d'honneur, 
»  inaltérable  dans  ses  principes;  brave 
»  comme  l'épée  qu'il  porte,  et  hardi 
»  comme  un  lion;  ami  sûr,  mais  irré- 
•»  conciliable  ennemi.  Il  était  prêt  à  sa- 
»  crificr  sa  vie  pour  servir  son  pays  ; 
»  mais  il  ne  ferait  pas  une  lâcheté  pour 
»  le  sauver.  Ses  notions  de  gouvernc- 
»  ment  sont  trop  subtiles  et  trop  ab- 
»  solues  pour  convenir  à  des  hommes 
»  sujets  aux  faiblesses  communes  à 
»  l'humanité.  Il  ne  sut  jamais  les  modi- 
»  fier  par  égard  pour  des  circonstances 
»  extraordinaires.  Le  duc  de  Shrews- 
»  bury  et  le  lord  Sunderland ,  tous 
»  deux  ministres  et  tous  deux  bons  ci- 
»  toyens ,  ayant  adopté  des  mesures 
»  qu'il  regardait  comme  contraires  à 
»  ses  idées  de  liberté,  il  se  brouilla 
»  avec  eux ,  quoique  depuis  long-temps 
»  lié  d'amitié  avec  l'un  et  l'autre.»  Les 
OEuvrcs  politiques  d'André  Flet- 
cher de  S  altoun,  imprimées  à  Glas- 
cow,  1749  7  en  un  volumein-i2,  com- 
prennent six  Discours  sur  des  sujets 
relatifs  aux  affaires  publiques  de  son 
temps,  suivis  d'un  écrit  assez  remar- 
quable, intitulé  :  Récit  d'une  corwer- 


FLE  55 

sation  sur  les  principes  qui  doii^ent 
régler  les  gouvernements  pour  le  bien 
commun  des  hommes.  Quoique  ces 
différents  opuscules  aient  principale- 
ment pour  objet  des  questions  qui  n'ont 
plus  guère  d'intérêt  aujourd'hui,  même 
en  Angleterre,  ils  méritent  encore  d'être 
lus,  parce  qu'on  y  trouve  des  princi- 
pes généraux  de  politique  qui ,  dans 
aucun  temps  et  chez  aucune  nation , 
ne  peuvent  être  indifférents  aux  bons 
citoyens  et  aux  hommes  éclairés;  mais 
on  y  trouveaussi  des  idées  exagérées  de 
liberté,  qui  ont  constamment  animé  et 
souvent  égaré  André  Fletcher.  On  voit 
qu'il  les  avait  prises  dans  l'histoire  des 
Grecs  et  des  Romains,  non  dans  l'ob- 
servation des  mœurs  de  son  temps  ;  et 
les  erreurs  où  ces  idées  l'ont  entraîné 
n'ont  servi  qu'à  lui  f^iire  mener  une  vie 
errante  et  fort  agitée,  sans  que  ses  lu- 
mières ,  ses  vertus  et  son  courage  nient 
procuré  aurun  bien  à  son  pays.  Tant 
qu'on  voudra  appliquer  aux  gouver- 
nements modernes  les  idées  des  an- 
ciens ,  on  ne  produira  que  trouble  et 
désordre  ,  sans  aucun  résultat  utile 
ni  stable.  Fletcher avaitécrit  un  Traité 
sur  l'Education,  qui  ne  paraît  pas 
avoir  été  imprimé,  mais  dont  le  ma- 
nuscrit a  été  conservé.  Un  lord  écos- 
sais ,  le  comte  de  Buchan,  a  publié 
en  179'A,  in  8'.,  des  Essais  sur  les 
vies  et  les  écrits  de  Fletcher  de  Sal- 
toun  ,  et  du  poète  Thomson,  Le  vo- 
lume est  orné  d'un  portrait  de  Flet- 
cher ,  gravé  d'après  Aikman.  Nous 
terminerons  cet  article  par  quelques 
traits  qui  peignent  le  caractère  de 
Fietcher.  Ou  conçoit  que  la  rigidité 
de  ses  principes  ne  lui  permettait 
de  s'attacher  à  aucun  parti.  C'est  de 
son  temps  qu'on  imagina  en  Angleterre 
les  noms  de  whigs  et  de  torjs ,  pour 
désigner  deux  partis  qui  professaient 
des  principes  de  politique  très  diffé- 
rents j  les  premiers  ne  reconnaissaient 


54  FLE 

tic  pouvoir  que  crlui  qui  c'tail  emnnc 
du  peuple,  et  pouvait  ê(re  relire  par 
le  peuple  ;  les  seconds  reconnais- 
saient dans  le  monarque  un  pouvoir 
de  droit  divin  ,  qui  n'était  soumis  à 
aucun  contrôle.  Les  mêmes  noms  sub- 
sistent encore  j  mais  ils  ne  désignent 
que  des  nuances  d'opinions  dont  il 
n'est  pas  aisé  d'assigner  avec  précision 
la  difrércncc.  Flelcher  disait  que  ces 
dénominations  de  tvhigs  tl  de  torjs 
n'étairnt  que  des  masques  qui  ser- 
vaient à  déguiser  les  fripons  des  deux 
partis.  Il  était  éloquent ,  et  son  élo- 
quence se  distinguait  par  l'énergie  et 
surtout  par  la  concision.  Les  discours 
qu'il  prononçait  au  parlement  ne  du- 
raient jamais  plus  d'une  demi  -heure. 
«  Tout  discours  public,  disait-il,  qui 
passe  celte  mesure,  exige  des  audi- 
teurs une  atlenliou  pénible,  et  tout  ce 
qui  fatigue  l'esprit  nuit  à  la  convic- 
tion. »  Il  faut  convenir  que  les  an- 
ciens avaient  d'aulrcs  idées  de  l'élo- 
quence populaire.  Les  harangues  de 
Cicéron  et  de  Démosthène  duraient 
assurément  plus  d'une  demi -heure; 
mais  celles  des  orateurs  modernes  du 
parlement  d'Angleterre  ont  bien  une 
autre  étendue.  On  a  vu  les  Pilt,  les 
Burke,  les  Fox,  parler  quatre  et  même 
cinq  heures  de  suite,  et  trouver  jus- 
qu'au bout  des  auditeurs  attentifs.  On 
aurait  de  la  peine  à  obtenir  la  même 
patience  d'un  auditoire  français.  C'est 
Fletcher  qui  a  dit  :  «  Qu'on  me  laisse 
»  faire  les  chansons  d'un  peuple,  je  ne 
»  m'embarrasserai  pas  de  ceux  qui 
y>  feront  ses  lois.  »  S — d. 

FLEURANGES  (Robert  de  la 
Marck.,  seigneur  de),  maréchal  de 
France ,  l'un  des  plus  braves  cheva- 
liers et  des  meilleurs  hommes  de 
guerre  de  son  siècle,  naquit  à  Se- 
dan, vers  I  /^go,  d'une  ancienne  et  il- 
lustre famille  ,  originaire  d'Italie.  Il 
inontra  dès  son  enfance  une  passion 


FLE 

très  vive  pour  les  armes,  et  il  em- 
ployait ses  hesires  de  rcaéation  à 
monter  à  cheval,  ou  à  s'exercer  à 
manier  la  lance  et  l'épée.  Il  n'avait 
que  dix  ans  lorsque  son  père,  cé- 
dant à  ses  pressantes  sollicitations, 
lui  permit  de  venir  à  la  cour  saluer  le 
roi ,  et  lui  offrir  ses  services.  Louis 
XII ,  charmé  de  l'air  guerricp  de  cet 
enfant ,  l'accueillit  avec  bonté  ,  et  le 
plaça  près  du  comte  d'Angoulême 
(François  !«'.).  L'adresse  que  Fleu- 
ranges  faisait  voir  à  tous  Ks  exercices 
lui  mérita  bientôt  l'affection  du  comte, 
qui  leclioisissail  pour  compagnon  dans 
les  jeux  de  leur  âge.  Il  épousa  en  1 5 1  o 
la  nièce  du  cardinal  d'Amboise  ;  mais 
pressé  par  le  désir  d'acquérir  de  la 
gloire,  il  la  quitta  au  bout  de  trois 
mois  de  mariage,  cl  vint  rejoindre 
l'armée  française  dans  le  Milanez.  A 
peine  arrivé,  il  rassemble  un  petit 
nombre  d'hommes  déterminés,  et  se 
jette  avec  eux  dans  Vérone ,  assiégée 
par  les -Vénitiens,  espérant  y  trouver 
l'occasion  de  se  signaler  par  quelques 
faits  d'armes.  La  longueur  du  siège 
l'impatienta,  et  il  revint  à  l'arme^e 
demander  de  l'emploi.  C'était  pen- 
dant l'hiver  rigoureux  de  1 5 1 1  ;  les 
Français  étaient  en  marche  pour  s'op- 
poser au  projet  qu'avait  le  pape  Jules 
II  de  s'emparer  de  la  Mirandole.Le 
siège  de  celte  ville  fut  poussé  avec 
tant  de  vigueur  qu'elle  fut  obligée  de 
se  rendre  ;  mais  elle  fut  presque  aus- 
sitôt évacuée  que  prise,  et  l'armée 
du  pape  se  retira  en  désordre  sur 
Ferrare,  où  on  la  poursuivit.  Flcu- 
ranges  assista  à  presque  toutes  les  af- 
faires qui  curent  lieu  dans  cette  cam- 
pagne ,  et  partout  il  donna  des  preu- 
ves de  sang-froid  et  d'intrépidité.  Les  ^ 
pertes-  qu'éprouvèrent  les  Français  i 
par  les  maladies  les  obligèrent  de  quit-  > 
ter  l'Italie  en  i5i2.  Fleuranges  fut 
chargé  d'aller  en  Flandre  pour  y 


I 


FLE 
kver  des  troupes,  l!  parvint  à  former 
un  corps  de  10,000  hommes  ,  et  il 
en  eut  le  commandement  sous  les  or- 
dres de  son  père,  lorsqu'on  rentra  en 
Italie  l'année  suivante.  L'armée  fran- 
çaise étant  campée  à  Asli ,  Fleurantes 
fut  détaché  sur  Alexandrie  ,  et  s'en 
empara  sans  éprouver  beaucoup  de 
résistance.  II  se  rendit  ensuite  de- 
vant Novare,  qui  fut  assiégée  si  vi- 
goureusement qu'au  bout  de  quaîre 
jours  il  y  avait  au  rempart  une  brè- 
che suflisante  pour  donuer  passage  à 
cinquante  hommes  de  front;  mais  au 
moment  de  l'assaut  les  assiégés  ayant 
reçu  des  renforts  considérables  firent 
une  sortie  ,  mirent  les  Français  en 
désordre,  et  les  poursuivirent  à  trois 
milles  de  distance.  Les  Suisses  re- 
Tiurcnl  à  la  charge  le  lendemain  ,  et 
les  Français  ayant  accepté  le  combat 
furent  entièrement  défaits.  Toute  leur 
artillerie  resta  au  pouvoir  de  l'enne- 
mi ;  le  nombre  des  morts  fut  très 
considérable.  Fleuranges  fut  trouvé 
dans  un  fossé ,  couvert  de  qua- 
rante-six blessures,  il  ne  dui  la  vie 
qu'à  la  sollicitude  de  son  père,  qui 
l'ayant  fait  placer  sur  un  cheval  le  fit 
conduire  à  Verceil ,  d'où  Fleuranges 
fut  obligé  de  fuir  avant  d'être  cnlicre- 
menl  rétabli.  La  perte  de  la  bataille  de 
INovare  entraîna  celle  de  tout  le  Mila- 
nez.  Fleuranges  s'était  rendu  à  Lyon 
pour  {>e  remciu-e  de  ses  fatigues;  mais 
dès  qu'il  fut  en  état  de  se  tenir  à  che- 
val, il  se  hâta  de  venir  en  Picardie, 
où  h  s  Anglais  avaient  pénétré.  Fran- 
çois l''^  à  son  avéjiemcnt  au  troue  fit 
revivre  les  prétentions  de  sa  maison 
sur  le  Milanez.  Il  rentre  en  Italie,  en 
i5i5,  avec  une  nombreuse  armée. 
Fleuranges  commandait  un  corps 
4'infanterie  :  il  est  informé  que  les 
généraux  suisses  se  trouvent  à  Tu- 
rin,  ville  neutre;  il  s'y  rend  avec 
çiûquaîile  hommes.,  les  fa.it  pdson- 


FLE  55 

lîiers,  et  les    relâche    sur   leur   pa- 
role ;  il  marche  ensuite  contre  Chi- 
vas,  et  s'en  rend  maître.  Il  comman- 
dait l'avant-garde  à  la  bataille  de  Ma- 
rignan  ;   il  eut    un  cheval  tué   sous 
lui,  et  contribua  tellement  au  succès 
de  cette  journée,  que  le  roi ,  pour  lui 
marquer  sa  satisfaction,  voulut  l'ar- 
mer lui-même  chevalier.  Fleuranges 
fit  ensuite  le  siège  de  Crémone,  qui 
se  rendit  par  composition.  La  nou- 
velle de  la  maladie  de  son   père   le 
força  de  quitter  l'armée  avant  la  fin 
de  cette  campagne,  où  il  s'était  cou- 
vert de  gloire.  Il  fut  envoyé  en  Alle- 
magne en  I  5 19  pour  engager  les  élec- 
teurs à  donner  leurs  suffrages  à  Fran- 
çois P^;  mais  il  ne  put  réussir  dans 
cette  négocFation  aussi  difïlcilc  qu'im- 
portante, et  Charles-Quint  fut  élu  em- 
pereur. La  guerre  s'ctanl  rallumée  cii: 
Italie,  Fleuranges  y  accompagna   le 
roi ,  et  fut  fait  prisonnier  avec  lui  à 
la    malheureuse    bataille    de    Pavio 
(  i5m5).    Conduit    au    château    de 
l'Ecluse  en  Flandre,  il  y  resta  enfer- 
mé plusieurs  années,  par  suite  de  la 
haine  que  l'empereur  portait  à  son 
père,  Robert  delà  Marck.  Il  fut  com- 
pris dans  la  promotion   des    maré- 
chaux de  France  qui  eut  lieu  pen- 
dant sa  prison,  et  certes  personne 
«'avait  phis  de  droits  que  lut  a  cet 
honneur.  11  fut  chargé  en  i556  de  la 
défense  de  Pérou  ne ,  assiégée  par  le 
comte  de   Nassau  (  Foy,  Estour- 
mel);  et  quoique  la  ville  fut  en  mau- 
vais état ,  et  que  l'artillerie  eut  fait 
quatre  brèches  praticables  au  rcm-^ 
part  ,  il  soutint  quatre  assauts  ,   cl 
força  enfin  l'ennemi  à  s'éloigner  hon- 
teusement. L'année   suivante,  Fleu- 
ranges s'étant  rendu  à  Amboise  pour 
y  présenter  ses  devoirs  au  roi,  y  re- 
çut la  nouvelle  de  la  mort  de  son 
père  :  il  partit  en  toute  diligcnc  pouf 
se  rendre  à  Sedan    mais  arrétQ  Iw 


56  FLE 

Longjumeau  par  la  fièvre ,  il  y  mou- 
rut au  bout  de  quelques  jours ,  vers 
la  fin  de  décembre  i55'j.  Fleuranges 
avait  employé  les  loisirs  que  lui  lais- 
sait sa  captivité ,  à  rédiger  ^Histoire 
des  choses  mémorables  advenues 
du  règne  de  Louis  XII  et  de  Fran- 
çois 1  depuis  i499  jusqu'en  l'an 
1621.  Il  y  est  désigné  sous  le  nom 
au  Jeune  adventureux.  Ces  Mémoires 
ont  été  publiés  par  l'abbé  Lambert , 
avec  des  notes  historiques  et  criti- 
ques, Paris,  Ï755,  in-  12.  On  les 
retrouve  dans  le  tome  XVI  de  la  col- 
lection des  Mémoires  historiques  ,  à 
la  suite  de  ceux  de  Martin  et  Guil- 
laume du  Bellay.  Le  style  en  est  sim- 
ple et  naïf.  L'auteur  met  dans  ses  ré- 
cits un  intérêt  très  vif:  on  voit  qu'il 
ne  parle  que  de  choses  qu'il  a  vues  j 
et  on  doit  lui  pardonner  de  n'eu 
avoir  pas  toujours  parlé  d'une  ma- 
nière désintéressée ,  puisqu'il  était  ac- 
teur dans  les  principaux  événements. 
W— s. 
FLKCRiAU  (  Louis  -  Gaston  ) , 
docteur  en  tiiéologie ,  et  évêque  d'Or- 
léans, né  à  Paris  en  1662,  fut  d'abord 
chanoine  de  Chartres,  abbé  commen- 
dataire  de  Moreilks  en  1687,  puis 
trésorier  de  la  Ste.- Chapelle  du  Pa- 
lais, à  Paris.  Nommé  en  1698  a  l'évê- 
ché  d'Aire ,  il  passa ,  en  1 706,  à  celui 
d'Orléans ,  et  eut  en  même  temps 
l'abbaye  de  St.- Jean  d'Amiens ,  ordre 
de  Prémonlré.  Il  fut  un  modèle  des 
vertus  épiscopales,  et  se  distingua 
surtout  par  sa  charité.  A  son  avène- 
ment à  l'évêché  d'Orléans ,  il  racheta 
et  fit  délivrer  854  prisonniers  déte- 
nus pour  dettes.  Il  assista  à  l'assem- 
blée du  Clergé  de  1 7  1 5 ,  et  tint ,  dans 
son  diocèse  ,  de  fréquents  synodes 
pour  le  maintien  de  la  discipline  et  des 
études  ecclesiastiques.il y  iil différents 
établissements  utiles ,  acheta  et  fonda 
une  maison  pour  les  nouvelles  cou> 


FLE 

verlies  ,  fil  achever  les  bâtiments  de 
son  séminaire ,  et  s'occupa  de  la  ré- 
furmationdes  livres  liturgiques  de  son 
église.  Il  mourut  le  1 1  janvier  1755. 
La  Bibliothèque  de  France  fait  mention 
d' Ordonnances ,  Règlements  et  Avis 
synodaux  extraits  des  procès-ver- 
baux  des  synodes  tevus  par  M, 
Vévéque  d'Orléans  (  Gaston  Fleu- 
riau)  depuis  1707  jusqu'à  sa  mort, 
Orléans,  1706,  in-4°.  Ce  recueillie 
contient  qu'une  douzaine  de  paçes, 
L— Y^ 
FLEURIAU  (Thomas-Charles), 
jésuite,  vers  la  fin  du  17^.  siècle,  fut 
chargé  par  ses  supérieurs  de  corres- 
pondre avec  les  missionnaires  de  la 
compagnie  dans  le  Levant,  de  rece- 
voir leurs  lettres  et  mémoires,  et  en- 
suite de  les  rédiger  et  de  les  publier. 
On  trouve  un  grand  nombre  de  ces 
mémoires  à  lui  adressés  dans  le  recueil 
des  Lettres  édifiantes.  On  a  du  P.Tho- 
mas-Charles Fleuriau  :  \.  Nouveaux 
Mémoires  des  missions  de  la  com- 
pagnie de  Jésus  dans  le  Levant 
(avec  le  P.  Monier),  Paris,  1712  et 
années  suivantes.  \\.  État  présent  de 
l'Arménie  j  Paris,  1694,  in- 12. 
III.  Etat  des  missions  de  la  Grèce, 
Paris  ,  1695  ,  in  -  12.  —  Fleuriau 
(Bertrand -Gabriel),  jésuite,  né  le  8 
août  1695.  On  a  de  lui  :  1.  Relation 
des  conquêtes  faites  dans  les  Indes 
parD.P.  M.  d'Alméida,  marquis 
de  Castel-Nuovo  ,  comte  dfAssa- 
mar y  traduite  de  V italien,  Paris, 
1749,  in-12.  11.  Fie  du  P.  Cla- 
ver  (  Foy.  Claver  ) ,  Paris ,  1751, 
in-12.  m.  Principes  de  la  langue 
latine  mis  dans  un  ordre  plus  clair 
et  plus  cjTflCt,  Paris,  1754,  in-12. 
11  y  en  a  eu  beaucoup  d'éditions  ;  la 
6^  a  été  retouchée  par  M.  de  Wailly, 
Paris,  1762,  in-12,  et  Ia9^,  »773, 
in-12,  entièrement  refondue  par  le 
même.  IV.  Poésies  d'Horace  y  Ità- 


FLE 

duites  en  français  par  le  P.  Sana- 
don  ,  avec  des  notes  (  de  Fleuriau  ) , 
Pans,  I  -;  56,  in-i  2,  1  vol.  V.  Diction- 
naire alphabétique  de  tous  les  noms 
propres  qui  se  trouvent  dans  Ho- 
race ,Vav\s^  \']56,  in-12.  Ce  Dic- 
tionnaire forme  le  3".  volume  de 
l'ouvrage  prece'dcnt.  VI.  ^ër,  Car- 
men. —  Fleuri  AU  (  Jean -François  ) , 
jc'siiite ,  né  à  Reims  le  2  février  i  roo, 
est  auteur  d'un  Poème  latin  sur  la 
convalescence  de  M.  le  Dauphin  y 
Paris,  1752,  in-4°.;  de  Vers  grecs 
et  français  sur  le  même  sujet ,  et  de 
^'ers  grecs  sur  la  naissance  de  M.  le 
duc  de  Bourgogne.  Il  a  travaille'  au 
journal  de  Trévoux.  —  Alexandre 
Fleuriau,  prêtre,  a  fait  paraître  en 
nue  grande  feuille  le  Jeu  des  lettres 
ou  de  V Alphabet^  inventé  il  y  a 
près  de  deux  mille  ans  ,  et  renou- 
velé en  faveur  de  la  naissance  de 
Mgr.  le  duc  de  Bretagne,  (  Voy. 
Prosper  Marchand,  tom.  II, ,  p.  67  , 
Dût.  H.  VIII.  )  L  — Y. 

FLEURIAU  (  Jérôme  Charlema- 
gne),  connu  sous  le  nom  de  mar- 
quis de  Langle,  né  en  Bretagne, 
est  mort  à  Paris  le  1 2  octobre  1807  , 
âgé  d'environ  soixante  -  cinq  ans. 
On  n'a  rien  à  dire  de  l'homme  :  on 
peut  dire  de  l'auteur  qu';l  avait  de 
l'esprit,  mais  qu'il  n'en  a  pas  tou- 
jours fait  un  usage  honorable.  Ses 
ouvrages  sont:  I.  Voyage  de  Fi- 
garo en  Espagne,  St.-Malo  (Paris), 
J  785  ,  en  2  petits  volumes  in  -  12  ; 
réimprimé  plusieurs  fois  ,  soit  en 
France,  soit  dans  l'étranger,  et  con- 
damné à  être  brûlé  par  arrêt  du  par- 
lement du  26  février  1  788.  La  pros- 
cription donna  de  la  vogueau  Foyage 
de  Figaro j  qui  fut  bientôt  traduit  en 
Angleterre,  en  Danemark,  en  Ita- 
lie, en  Allemagne.  La  dernière  édi- 
tion française  est  intitulée  :  Voyage 
en  Espagne,  par  L.  M.  de  Langle , 


FLE  57 

6".  édition ,  seule  avouée  par  V au- 
teur ,  Paris ,  Perlet ,  1 8o5 ,  in  -  8'. 
Un  anonyme  avait  publié  une  criti- 
que de  cet  ouvrage  sous  le  titre  de  : 
Dénonciation  au  public  du  Voyage 
d'un  soi-disant  Figaro  en  Espa- 
gne,par  le  véritable  Figaro,  1  n85 , 
in-i  2.  La  vignette  qui  décore  le  fron- 
tispice de  celte  critique  se  compose 
d'une  poignée  de  verges,  ea  crois 
avec  un  fouet.  U.  Amours  ou  Lettres 
d'Alexis  et  Justine ,  Neuchâlel , 
1786,2  vol.  in-8^. ;  1797,  3  vol. 
in- 18  ,  qu'il  ne  faut  pas  confondre 
avec  le  trop  célèbre  roman  du  mar- 
quis de  Sade.  III.  Tableau  pitto- 
resque de  la  Suisse  ,  Paris  ,  1 790  , 
in-8°.j  Liège,  1790,  in- 12.  Dans 
le  chapitre  sur  les  cimetières  et 
sur  les  enterrements ,  l'auteur  a 
répété  ce  qu'il  avait  déjà  dit  dan)^ 
son  Voyage  en  Espagne.  IV.  Soi- 
rées villageoises  ,  ou  Anecdotes  et 
Aventures ,  avec  des  secrets  inté- 
ressants, 1791  ,  in-12;  opuscule  ou- 
dessous  de  la  critique.  V.  Paris' 
littéraire,  première  partie  (et  uni- 
que), an  VII,  in-12;  libelle  où  l'au- 
teur vomit  des  injures  contre  tous  1^*4 
hommes  dont  les  noms  se  présentent 
à  sa  mémoire,  mais  qui  ne  se  ven- 
dit pas,  puisque  deux  ans  après  011 
le  reproduisit  sous  le  titre  del'^Z- 
chimiste  litléraire.  VI.  Mon  Voyage, 
en  Prusse,  ou  Mémoires  secrets  sur 
Frédéric  le-  Grand  et  sur  la  cour 
de  Berlin,  1806,  in -8".  Comme 
dans  ses  autres  ouvrages,  l'auteur  af- 
fecte un  ton  sententieux  et  penseur, 
qui  n'apprend  rien  au  lecteur.  VH. 
Nécrologe  des  auteurs  vivants,, 
1807,  in -18.  L'auteur  ne  s'y  est 
pas  oublié  ;  il  se  reproche  (  pag.  95  ) 
\\ibus  excessif  de  Vesprit.  11  pro- 
mettait de  donner  un  volume  tous  les 
ans ,  ou  même  tous  les  six  mois.  La 
mcrt  l'a  empêche  d'çxécuter  ce  pro- 


53  FLE 

jet;  le  p«hlic  n'y  a  rien  perclu  :  quel- 
ques arficics  sont  extraits  textuelle- 
ment du  Paris  littéraire.^XW.  Quel- 
ques opuscules,  sur  lesquels  on  peut 
consulter  la  France  littéraire  de 
M.  El  scli ,  ou  le  Mercure  du  3o  jan- 
vier i8oS.  A.  li— T. 

FLEURIEU  (  Charles  -  Pierre 
CL  AREï,  comte  de  )  membre  de  Tins  - 
titut  et  du  Bureau  des  longitudes,  na- 
quit à  Lyon ,  en  i  758  ,  d'une  famiUe 
distinguée  de  cette  ville ,  où  son  père 
avait  occupé  les  premières  places  dans 
l'administration  et  la  magistrature.  Il 
manifesta,  de  très  bonne  heure,  une 
application  et  ungoût  pour  l'étude  fort 
rares  à  un  âge  encore  tendre,  et  il  fit 
des  progrès  rapides  dans  ses  premières 
études.  Ses  parents  crurent  que  des 
dispositions  si  heureuses  le  rendraient 
propre  à  parcourir  une  carrière  bril- 
lantedans  l'étal  ecclésiastique;  mais  ils 
cédèrent  sans  peine  à  ses  inclinations  , 
cl ,  à  lage  de  i3  ans  et  demi ,  ils  le 
firent  entrer  dans  la  marine.  La  vie 
active  de  cette  profession  ne  put  le 
porter  à  la  dissipation  ;  il  fut  toujours 
un  modèle  d'application  et  de  bonne 
conduite.  C'est  une  justice  que  se  plai- 
saient à  lui  rendre  ses  compagnons 
d'étude ,  qu'il  devançait  tous  ;  et  ses 
chefs  ,  voyant  le  bon  usage  qu'il  fai- 
.saitdes  heureuses  dispositions  dont  la 
nature  l'avait  doué,  favorisèrent  ce 
noble  élan  ,  en  l'alfranchissant  des 
entraves  qui ,  dans  les  cours  publics  , 
auraient  pu  arrêter  ses  progrès.  Un  de 
ses  contemporains,  pénétré  du  sou- 
venir de  ses  bonnes  qualités  et  de  son 
mérite,  nous  a  dit  qu'on  lui  permit 
de  se  livrer  en  particulier  à  ses  tra- 
vaux. Jamais  confiance  ne  fut  mieux 
justifiée  j  la  masse  de  connaissances 
qu'il  acquit  en  peu  de  temps  ,  annonça 
bientôt  ce  qu'il  serait  un  jour.  11  ser- 
vit pendant  la  guerre  de  sept  ans.  La 
paix  de  1 763  lui  laissa  le  loiair  de  sui- 


FLE 

vre  plus  assidûment  ses  travaux.  Le 
premier  fruit  de  ses  méditations  fut  la 
construction  d'une  horloge  marine  , 
dont  le  projet  mérita  de  fixer  l'atten- 
tion. Ferdinand  Berthoud  ,  célèbre 
horloger  ,  s'occupait  alors  du  même 
objet  :  Fleurieu  lui  communiqua  se» 
idées,  et  Berthoud  lui  apprit  les  secrets 
de  la  pratiquede  son  art.  De  celtecom- 
munication  d'idées  et  de  travaux,  ho- 
norable pour  l'un  et  pour  l'autre,  il  ré- 
sulta des  horloges  marines  qui ,  à  l'ex- 
ception d'un  essai  de  Julien  Lrroi, 
furent  les  premières  qui  eussent  été 
fabriquées  en  France.  Elles  furent  es- 
sayées en  1 76S ,  sur  la  frégate  ïlsis  , 
comniaiidéc  par  Fleurieu  ,  alors  lieu- 
tenant de  vaisseau  ,  qui  mit  dans  l'u- 
sage qu'il  en  fit  un  soin  scrupuleux 
et  une  exactitude  surprenante.  Le  suc- 
cès surpassa  les  espérances  qu'on  avait 
conçues.  ^' on  content  d'assurer  la 
bonté  de  ces  instruments  ,  il  chercha 
à  les  rendre  généralement  utiles. 
Dans  la  relation  de  ce  voyage  (i), 
Fleurieu  n'a  omis  aucun  détail  propre 
à  inspirer  ce  degré  de  confiance  que 
la  certitude  seule  produit  :  il  donna 
aux  marins  les  premières  leçons  sur 
la  manière  de  les  employer,  et  obtint 
ainsi l'honncurdemarquer  un  pas  vers 
la  perfection  de  l'art  nautique.  Les  ta- 
lents qui  lui  avaient  procuré  cet  avan- 
tage, l'avaient  rendu  propre  a  appli- 
quer son  esprit  à  toutes  les  parties  de 
la  navigation.  La  place  de  directeur- 
général  des  ports  et  arsenaux  de  la 
marine,  à  laquelle  il  fut  appelé  eu 
1776,  a  montré  qu'il  n'était  pas 
moins  bon  administrateur  que  savant 
marin.  C'est  dans  celle  place  que, 
ses  connaissances  étendues  ont  rendu 
les  services  les  plus  éclatants  à  la  pa.- 
triej  c'est  lui  qui  a  rédigé  presque 

(1)  Voyage  fait  par  ordrt  du  roi  en  1768  at 
176J)  ,  pour  éprouver  les  horloges  mari'*^.  x 
Parîi  ,  1773,  Ln-4''.  a  ''ol-  ^$- 


F  LE 

tous  les  plans  des  opérations  navales 
de  la  {^lierre  de  1 7  "jS ,  et  ceux  de  toutes 
les  campagnes  de  découvertes  ,  telles 
que  celles  de  La  Pérouse  et  de  d'En- 
ti  ccaste^iux ,  dont  Louis  XYI  avait 
donne  le  plan ,  et  qui ,  bien  que  con- 
fiées à  des  officiers  du  plus  grand 
mérite,  doivent  une  parlie  de  leur 
utilité  à  la  direction  sage  et  bien  en- 
tendue qui  leur  avait  ëtëtrace'e.  On  lui 
doit  aussi  la  rëdaclion  de  l'ordonnance 
du  roi  sur  la  régie  et  V administra- 
tion des  ports  et  arsenaux ,  Paris , 
1776,  in-4".  Tant  de  preuves  de  ca- 
pacité' l'appelaient,  dans  l'opinion  pu- 
blique, au  ministère  de  la  marine;  il  y 
fut  nomme  le  27  octobre  1 790.  Dans 
des  temps  tranquilles  il  eût  pu  ,  en 
suivant  les  plans  dont  la  marine  , 
par  son  influence,  avait  déjà  senti  les 
bons  effets  ,  amener  progressivement 
la  perfection  où  il  tendait  toujours; 
mais  son  ministère  ue  dura  que  jus- 
qu'au 17  mai  1791.  Quelque  temps 
après  l'avoir  quitté,  il  fut  chargé  de 
l'éducation  du  fils  de  Louis  XVI,  en 
qualité  de  gouverneur.  Les  orages  de 
1792  le  forcèrent  de  se  retirer  des 
affaires  publiques ,  et  de  chercher 
des  consolations  dans  l'étude.  La 
considération  dont  il  jouissait  le  fit  sor- 
tir malgré  lui  de  sa  retraite  pour  venir 
«iéger  ,  en  l'an  V  (  1 797),  dans  le  con- 
seil des  anciens.  Des  temps  plus  calmes 
ayant  succédé,  il  fut  appelé  au  conseil 
d'état ,  et  occupa  plusieurs  places  con- 
sidérables. Enfin  ,  devenu  sénateur , 
peu  d'années  après, il  termina  sa  car- 
rière le  18  août  1810.  Si  la  vie  pu- 
blique du  comte  de  Fleurieu  Ta  fait  dis- 
tinguer par  de  grands  services ,  sa  vie 
privée  le  faisait  chérir  de  ceux  qui  l'en- 
touraient :  tout  respirait  autour  de  lui 
la  paix  et  le  bonheur.  Les  marins  et 
les  géographes  le  jugeront  principale- 
ment par  les  ouvrages  qu'il  a  laissés. 
Aupun  n'avait  de  connaissances  hy- 


FLE  59 

drographiqnes  plus  étendues.  La  fa- 
culté de  lire  plusieurs  langues  lui  avait 
procuré  les  moyens  de  puiser  dans  les 
sources;  et  l'habitude  de  comparer  les 
relations  de  tous  les  vovajîpurs,  lui 
avait  domie  une  surete  de  jugement 
que  l'on  remarque  avec  surprise  dans 
les  discussions  les  plus  épineuses. Mais 
ce  qui  ajoute  un  nouveau  prix  à  cette 
qualité,  c'est  qu'il  ne  s'est  jamais  laissé 
entraîner  aux  opinions  les  plus  sédui- 
santes ;  l'amour  de  l'exactitude  et  de 
la  précision  le  domina  toujours.  Sou 
ouvrage  des  Découvertes  des  FraU' 
çais  dans  le  sud- est  de  la  Nouvelle" 
Guinée ,  Paris  ,  imprimerie  royale  y 
1 790 ,  in-4  ".  )  ^"  ^^^^^  ^^  exemple  des 
plus  frappants.  11  s'agissait  de  retrou- 
ver les  îles  de  Salomon  ,  découvertes 
parMendaiia,  dont  on  allait  jusqu'à 
nier  l'existence  [P^oj:  Carteret)  : 
Fleurieu  compare  la  relation  du 
voyage  de  l'amiral  espagnol ,  don- 
née par  Herrera,  à  celles  du  capitaine 
français  Surville  et  du  lieutenant 
Shortland;  il  prouve  que  les  îles 
Salomon  sont  les  î!es  que  le  capitaine 
français  avait  nommées  Terre  des 
Arsacides  ,  dont  il  avait  visité  la  partie 
orientale,  et  dont  Shortland  avait  vu 
la  partie  occidentale.  La  carte  syslé- 
malique  qui  est  le  résultat  de  cette 
discussion  intéressante,  a  été  trouvée, 
dans  les  points  principaux,  conforme 
à  ce  qui  existe,  pendant  la  campagne 
du  contre-amiral  d'Entrecastcaux  , 
parti  un  an  après  la  publication  de  cet 
ouvrage  pour  aller  à  la  recherche  de 
La  Pérouse.  Fleurieu  a  publié,  ainsi 
qu'on  l'a  déjà  dit ,  la  relation  de  son 
voyage  fait  sur  r/5/5,  pour  essayer  les 
horloges  marines  (  ^.la  note  précéd.  ). 
Nous  avons  encoredeluile/^o^ûge^i/- 
iourdu  Monde  fait  pendant  les  années 
1 790, 1 791  et  1 7 9©,  par  Etienne  Mar- 
chand ;  Paris ,  an  VI  (  1 798  ) ,  4  vol. 
in-4°«Ce  voyage  contient  des  remar- 


6o  F  LE 

ques  très  intëressant«s  sur  la  naviga- 
tion du  Grand-Océan.  Il  est  précédé 
d'une  introduction  savante  sur  l'his- 
toire de  toutes  les  navigations  à  la  cote 
nord-ouest  de  rAmériquc,et  suivi  d'une 
discussion  propre  à  jeter  de  grandes 
Jumières  sur  les  découvertes  de  Drake 
et  de  Roggewein.  Le  quatrième  volume 
du  même  ouvrage  est  précieux  par  un 
grand  nombre  de  cartes  hydrogra- 
phiques, parmi  lesquelles  celle  du  dé- 
troit de  Billiton  est  la  plus  estimée  j  il 
se  distingue  aussi  par  des  observations 
sur  la  division  hydrographique  du 
globe.  Fleurieu  y  propose,  à  l'égard  des 
grandes  divisions  ,  une  nouvelle  no- 
menclature qui  dérive  si  naturellement 
de  la  nature  des  choses,  qu'elle  a  été 
en  partie  adoptée,  et  qu'il  y  a  lieu  de 
croire  qu'elle  le  sera  dans  la  suite  pres- 
qu'en  totalité.  11  ne  reste  que  quelques 
exemplaires  d'un  Allas  de  la  Balti- 
que et  du  Cattegat ,  ouvrage  remar- 
quableparla  beaulédes  plancheset  par 
le  soin  avec  lequel  il  a  été  fait  j  malheu- 
reusement il  n'est  pas  entièrement 
achevé  :  on  peut  cependant  en  tirer , 
dans  l'état  où  il  est,  des  parties  pour 
enrichir  l'hydrographie.  Enfin  ,  le 
Neptune  Americo  -  septentrional  a 
#'té  exécuté  sous  sa  direction  (  Foy. 
Bonne).  Fleurieu  a  laissé  en  manuscrit 
!e  commencement  d'une  Histoire  gé- 
nérale des  navigations  de  tous  les  peu- 
ples ;  la  première  partie,  comprenant 
la  navigation  des  anciens ,  n'est  pas 
entièrement  terminée:  elle  peut  néan- 
jnoins  exciter  l'intérêt;  et ,  comme  tous 
les  ouvrages  de  son  auteur,  elle  con- 
tient des  choses  utiles  et  instructives. 

R—L. 

FLEURÏOT-LESCOT  (J.  A.  C), 
était  maire  de  Paris  au  moment  de  la 
chute  de  Robespierre ,  qui  l'avait  fait 
nommer  à  cette  place  par  le  comité 
de  salut  public,  alors  entièrement 
^ns  sa  dépendance.  Cet  homme  fut 


FLU 

un  des  Séides  les  plus  dévoués  de  ce 
tyran  populaire.  Il  était  né  à  Bruxelles: 
forcé  de  quitter  sou  pays  lors  des 
troubles  duBiabant,iI  vint  se  réfu- 
gier à  Paris  ,  où  il  exerça  la  profes- 
sion d'architecte ,  mais  avec  peu  de 
succès.  Il  avait  écrit  quelque  chose 
contre  Perronet.  La  révolution  de 
France  ayant  éclaté,  il  se  jeta  avec 
la  dernière  violence  dans  le  parti  des 
démagogues ,  comme  presque  tous  les 
intrigants  étrangers  qui  se  trouvaient 
alors  à  Paris.  Ou  le  vit  successive- 
ment substitut  de  l'accusateur  public 
près  le  tribunal  révolutionnaire,  et 
commissaire  aux  travaux  pubhcs. 
Ayant  fait  ses  preuves  dans  les 
groupes  et  dans  les  sections  de  la 
capitale ,  autant  par  ses  clameurs 
que  par  son  emportement  forcené  > 
il  fut  reçu  dans  la  société  des  ja- 
cobins, où,  après  avoir  chassé  de 
cette  monstrueuse  association  toutes 
les  personnes  qui  avaient  encore  une 
apparence  de  modération ,  Robes- 
pierre alla  le  chercher  pour  en  faire 
un  maire  de  Paris.  L'administration 
communale  de  cette  ville,  qui  joua  un 
si  grand  rôle  dans  les  troubles  révo- 
lutionnaires ,  était  alors  sans  aucune 
espèce  d'influence,  et  son  chef  n'était 
plus  qu'un  vil  agent  du  comité  de  sa- 
lut public;  aussi  la  courte  magistra- 
ture de  Fleuriot  ne  fut  -  elle  remar- 
quée que  lorsqu'elle  prit  fin.  Quand 
il  apprit  que  Robespierre  était  ar- 
rêté (  Voy,  Robespierre  )  ,  il  mon- 
tra une  fermeté  de  caractère  qu'on  ne 
lui  supposait  pas:  aussitôt  il  court  à 
la  maison  commune,  rassemble  tous 
ceux  des  officiers  municipaux  et  des 
membres  du  conseil  communal  qu'il 
j)eut  trouver ,  fait  sonner  le  tocsin , 
ordonne  qu'on  ferme  les  barrières, 
et  fait  défendre  l'hôtel-de-ville  par 
plusieurs  pièces  de  canon.  Robes- 
pierre ,  qui  était  en  état  d'arrestation, 


FLE 

Tenait  d'être  amené  par  des  gendar- 
mes à  l'hôtel  -de  -  ville  ;  Fleuriot  le  fait 
metlre  en  liberté  et  asseoir  dans  son 
fauteuil ,  le  déclare  sauveur  de  la  pa- 
trie, fait  prêter  serment  de  mourir 
pour  sa  défense ,  et  envoie  en  même 
temps  des  agents  dans  les  sections 
pour  soulever  et  mettre  en  mouve- 
ment tout  son  parti.  Tout  cela  fut 
exécute  avec  la  plus  grande  rapidité, 
mais  en  vain  :  l'opposition  était  plus 
forte  que  l'attaque.  La  Convention, 
informée  de  ce  qui  se  passait,  avait 
mis  hors  la  loi  Robespierre  et  ses 
principaux  défenseurs  :  épouvantés 
par  ce  décret  terrible  ,  les  autres 
n'osèrent  pas  s'armer  en  leur  faveur , 
et  Fleuriot-Lescot  fut  conduit  à  l'é- 
chafaud  le  :28  juillet  1794?  avec  son 
protecteur  et  treize  de  ses  complices; 
il  était  âgé  d'environ  trente-trois  ans. 
B— u. 
FLEURY  (  Claude),  sous-précep- 
leur dos  enfmts  de  France ,  né  à  Paris 
le  6  décembre  1640  ,  était  fils  d'un 
avocat  au  Conseil ,  originaire  de  Rouen. 
Il  fit  ses  premières  études  au  collège 
de  Clermont,  tenu  par  les  Jésuites,  et 
où  s'élevait  l'élite  des  jeunes  seigneurs 
de  France.  Il  passa  six  ans  avec  ces 
maîtres  habiles ,  et  il  conserva  toujours 
pour  eux  les  sentiments  de  la  plus  vive 
reconnaissance.  Son  père  le  destinant 
au  barreau  ,  il  se  livra  tout  entier  à 
l'étude  du  droit  civil  et  de  l'histoire  ; 
il  y  joignit  celle  des  belles-lettres  pour 
lesquelles  il  était  passionné,  et  se  fit 
recevoir  avocat  au  parlement  en  1 658. 
Il  fréquenta  le  barreau  pendant  neuf 
ans.  La  vie  paisible  qu'il  menait,un  goût 
naturel  pour  la  solitude ,  des  senti- 
ments religieux,  fruits  de  sa  première 
éducation  ,  lui  firent  insensiblement 
prendre  de  l'inclination  pour  l'état 
ecclésiastique.  Dès  que  sa  résolution 
fut  fixée ,  aux  ouvrages  qui  jusque-là 
avaient  été  l'objet  de  ses  éludes  ,  il 


PLË  61 

substitua  la  tliéologie,  les  Pères,  l'his- 
toire ecclésiastique  et  le  droit  canon  , 
et  il  s'y  rendit  fort  habile.  H  y  avait 
déjà  quelque  temps  qu'il  avait  pris 
l'ordre  de  prêtrise  ,  lorsqu'en  1672, 
son  mérite  le  fit  choisir  pour  précep- 
teur des  fils  du  prince  de  Conti ,  élevés 
près  du  Dauphin.  Cette  éducation  fi- 
nie ,  le  roi ,  qui  avait  eu  occasion  de 
le  connaître  et  de  l'apprécier,  le  char- 
gea de  celle  du  comte  de  Vermandois, 
qu'il  n'acheva  point,  ce  jeune  prince 
étant  mort  en  i685.  Le  roi  nomma 
l'abbé  Fleury,  en  1 684  >  ^  l'abbaye  de 
Loc-Dieu ,  ordre  de  Citeaux.  Enfin , 
en  1689 ,  il  le  fit  sous-précepteur  de» 
ducs  de  Bourgogne ,  d'Anjou  et  de 
Berry.  L'abbé  Fleury  se  trouva  ainsi 
associé  à  Fénélon ,  partagea  les  soins 
que  cet  illustre  prélat  donnait  à  ces 
augustes  élèves ,  et  ne  contribua  pas 
moins  que  lui  au  succès  de  cette  édu- 
cation importante.  C'est  en  1696  ,  et 
pendant  qu'il  était  près  des  princes  , 
que  Fleury  fut  nommé  l'un  des  qua- 
rante de  l'Académie  française ,  pour 
remplacer  La  Bruyère.  Au  reste  il 
menait  à  la  cour  une  vie  aussi  retirée 
qu'il  eût  pu  le  faire  dans  la  plus  pro- 
fonde soHtude.  Entièrement  occupé  des 
devoirs  de  son  emploi,  s'y  hvrant  sans 
réserve,  il  donnait  à  un  travail  utile 
les  moments  de  loisir  qui  pouvaient  lui 
rester.  Non-seulement  Louis  XIV  sa- 
vait distinguer  les  talents  ,  il  savait 
encore  noblement  les  récompenser. 
L'éducation  des  princes  achevée  , 
il  donna  le  riche  prieuré  d'Argenteuil 
à  l'abbé  Fleury ,  qui ,  fidèle  à  la  disci- 
pline établie  par  les  canons ,  ne  voulut 
pas  conserver  son  abbaye ,  mais  la  re- 
mit entre  les  mains  du  roi.  Ce  fut  alors 
que ,  libre  de  tout  soin  ,  il  se  livra 
entièrement  à  des  travaux  dignes  d'un 
homme  de  son  état.  Néanmoins  Louis 
XIV  étant  mort,  il  fut  ,  en  1716, 
rappelé  à  la  cour  par  le  Régent^  pour 


6i  FLE 

ctrc  confesseur  du  jeune  roi.  On  pré- 
tend qu'en  le  nommant ,  ce  prince  lui 
dit  :  Je  vous  ai  choisi  parce  que  vous 
n'êtes  ni  janséniste.,  ni  moliniste  ^  ni 
uîtramontain.Fleury  remplit  avec  zèle 
et  sagesse  les  fonclionsdëlicates  de  son 
nouvel  emploi,  et  s'en  démit  en  179.2, 
a  cause  de  son  grand  âge.  Il  mourut , 
le  1 4  juillet  17^5,  dans  sa  83".  année. 
«  Jamais  homme,  dit  un  auteur  con- 
temporain (i),  ne  fut  plus  savant  et 
plus  simple,  plus  humble  et  plus  éle- 
vé.... 11  était  doux,  affable,  homme 
vrai,  faisant  toujours  plus  qu'il  n'avait 
cru  pouvoir  faire.  Pas  un  mot  qui  ne 
fût  une  politesse  ,  pas  une  action 
qui  ne  fût  une  vertu  ».  «  Que  de  qua- 
lités estimables  réunies  dans  un  seul 
homme,  dit  un  autre  écrivain  (2)!  Un 

«rit  excellent,  cultivé  par  un  travail 
ni ,  une  science  profonde,  un  cœur 
^  in  de  droiture,  des  mœurs  inno- 
centes ,  une  vie  simple  ,  laborieuse, 
édifiante,  une  modestie  sincère,  un 
^  désintéressement  admirable  ,  une  ré- 
gularité qui  ne  s'est  jamais  démentie  , 
une  fidélité  parfaite  à  tous  ses  devgirs^ 
en  un  mot ,  l'assemblage  de  tous  les 
talents  et  de  toutes  les  vertus  qui  font 
le  savant,  rhonnête  homme  et  le  chré- 
tien. »  Le  cabinet  de  l'abbé  Flcury 
était  ouvert  à  tous  ceux  qui  voulaient 
le  consulter.  Il  entretenait  des  corres- 
pondances avec  les  savants,  et  coopé- 
rait à  leurs  travaux  par  ses  conseils  ou 
par  des  écrits.  Souvent  il  tenait ,  avec 
des  personnes  choisies  ,  des  confé- 
rences qui  avaient  pour  o})jet  l'Ecri- 
ture saint»'  ou  d'autres  sujets  religieux. 
Lorsque  Fleury  était  encore  avec  les 
princes  de  Conti,  Bossuet  l'avait  ad- 
mis à  ses  propres  conférences.  Il 
était  fort  assidu  à  l'Académie  ,  et  il 


(i)  LemaUredeClaviUe  ,  Traité  dnvrai  mérite, 
[t)  M.  Adam,  reçu  à  l'Acadcinie  françaite  à  la 

place  (Je  M    TabLé   Fleury-,  «initi  lOB  (liicouri  d« 

ré«tpti»D,  1«  a  décembre  1723. 


FLE 
la  fréquenta  jusqu'à  ses  derniers 
jours.  Voici  la  liste  des  nombreux 
écrits  qu'il  nous  a  laissés  et  dont  une 
partiea  été  composée  dans  le  cours  des 
différentes  éducations  dont  il  fut  char- 
gé :  I.  Histoire  du  Droit  français , 
Paris,  1674,  I  vol.  in- 12:  ouvraG;e 
court  et  précis  ,  mais  d'une  grande 
clarté  et  plein  d'érudition.  11  fut,  selon 
quelques-uns  ,  composé  pour  l'éduca- 
tion d'André  Lefevre  d'Oiniesson  , 
mort  intendant  de  Lyon  en  i  (384*  On 
l'a  réimprimé  en  1^)92  ,  à  la  tête  de 
l'Institution  au  Droit  français  par  Ar- 
gon ,  Paris,  1  vol.  in- 12.  II.  Caté^ 
chisme  historique  ,  Paris  ,  1679  , 
un  volume  in- 12.  C'est  la  date  que 
Dupin  donne  à  la  première  édition 
de  cet  ouvrage ,  qui  en  a  eu  un  très 
grand  nombre.  L'approbation  néan- 
moins ,  qui  est  de  Bossuet  ,  n'est 
que  de  i685.  Ce  livre  eut  un  fort 
grand  succès.  On  a  fait  des  milliers  de 
catéchismes,  et  celui-ci  est  peut-être 
encore  le  meilleur.  C'est  l'histoire  de 
la  religion  depuis  la  création  du  Monde 
jusqu'à  la  paix  de  l'Église  sous  Cons- 
tantin ,  et  une  instruction  complète 
sur  ce  qui  concerne  la  croyance  chré- 
tienne. Il  a  été  traduit  en  plusieurs 
langues.  En  1705  l'auteur  en  donna 
unelraduclion  latine, enricliic  des  pas- 
sages de  l'Ecriture  qui  servent  d'auto- 
rité au  texte.  III.  Les  Mœurs  des 
Israélites,  Paris  ,  1681  ,  in -12. 
IV.  Les  Mœurs  des  Chrétiens,  1 682 , 
in- 12  :  excellent  ouvrage,  qui  n« 
saurait  être  trop  répantUi.  Aprèsyavoir 
donné  la  vie  de  J-C,  l'auteur  y  offre  ua 
tableau  fidèle  des  vertus  des  premiers 
chrétiens.  On  le  jtiint  souvent  au  précé- 
dent, dont  il  forme  commela  suite.  On 
les  a  réunis  en  trois  vol.  in- 12  ,  jolie 
édition  ,  Paris  ,  Goujon  ,  an  XI  (fin  de 
1 802  ).  V.  La  Fie  de  la  vcnéralîe 
mère  Marguerite  d'Arbouze  ,  ah- 
hesse  et  réformatrice  du  FaUde^ 


F  LE 

Grâce,  Paris,  1684,  i  vol.  in-8^ 
La  hième  édition  se  trouve  sons  un 
frontispice  de  i685.VL  Traité  du 
choix  et  de  la  méthode  des  Eludes, 
Paris,  168(3,  i  vol.  en  2tom.  in-12. 
C'est  un  des  ouvrages  importants  de 
l'abbé  Fleury,  et  Dupiu  le  regardait 
comme  laclcf  de  tons  ceux  qiccet  abbé 
a  donnés  au  public.  Il  a  été  traduit  en 
italien  et  en  espagnol.  On  y  trouve 
joints  deux  lettres  eiMi'ers  latins  ,  un 
discours  sur  Platon  ,  et  la  traduction 
d'un  fragment  de  ce  philosophe.  Le- 
prince  jeune  en  a  publié  une  édition 
considérablement  augmentée  et  cor- 
rigée d'après  ur.  manuscrit  nouvelle- 
ment découvert,  Nîmes,  1 784,  in- 1*2. 
\ll.  Instiuuion  ad  Droit  ecclésiasti- 
que, Paris,  1G87,  '2vol.  in-i'2.iJixans 
auparavant  il  y  en  avait  eu  une  édition 
fuie  sous  un  nom  emprunté,  sans  la 
participation   de  l'auteur;   elle  avait 
pour  titre  :  Iiistiiutionau  Droitecclé- 
fiasiique  de  France  ,  par  feu  M» 
Charles  Bonel ,  docteur   en  droit 
canon  à  Langres  ,  et  revue  avec 
soin   par  M.  de  Massac  ,   ancien 
avocat  au  Parlement,  Paris,  1677  f* 
u-\2.  Si  l'on  m  croit  la  préface  de 
cette  édition  ,  Bonel ,  prétendu  auteur 
de  ce  livre,  était  mort  sans  le  publier. 
On  l'avait  trouvé  parmi  ses  papiers , 
et  il  était  tombé  entre  les  mains  de 
IM.  de  Massac  ,  qui  l'avait  revu   et 
remis  entre  les  mains  de  l'éditeur.  Bo- 
nd est  un  personnage  imaginaire.  Il 
n'eu  est  pas  ainsi  de  M.  de  Massac , 
ancien  avocat,  tel    qu'il  se  qualifie. 
Mais  la  vérité  est  que  l'ouvrage  est  de 
l'abbé  Fleury  ,  qui  n'eut  aucune  part 
à  cette  édition  ,  bien  moins  ample  qife 
celle  qu'il  donna.  11  avait   depuis  long- 
temps, dans  ses  portefeuilles,  cet  ou- 
vrage achevé  dès  1 6(58;  il  l'avait  com- 
posé pour  son  instruction  ,  sans  qu'il 
eût  dessein  de  le  rendre  public.  On  ne 
nous  a  point  appris  comment  cet  écrit 


FLE 


65 


était  passé  en  mains  étrangères ,  ni  ce 
qui  engagea  Fleury  à  ne  point  réclamer 
contre  la  première  édition ,  qu'on  ne 
peut  guœe  supposer  lui  être  restée 
inconnue.  On  trouve  deux  autres  édi- 
tions de  l'Institution  audroit  ecclésias- 
tique; l'unesous la datede  1 638, l'autre 
sous  celle  de  1 704.  Vill.  Les  Devoirs 
des  Maîtres  et  des   Domestiques  , 
Paris ,  1 6y8 ,  i  vol.  iu- 1 'î  :  traité  non 
moins  utile  que  solide  et  instructif,  et 
où  les  maîtres  et  les  serviteurs  trou- 
vent de  sages  avis  pourréglerleur  con- 
duite respective.  L'abbJ  Fleury  y  a  in- 
séré le  règlement  que  le  prince  de 
Gonli  avait  fait  pour  les  gens  de  sa  mai- 
son. On  trouve  à  la  fin  un  Abrégé  de 
l'Histoire  sainte  à  l'usage  de  celte  der- 
nière classe  d'hommes  :  il  est  regardé 
comme  uii  chef-d'œuvre  pour  le  choix 
des  traits  cl  la  précision.  IX.  La  Tra- 
duction latine  de  V Exposition  de  la 
Doctrine   de  V Eglise   catholique  , 
par  Bossiiet  ,  revue  par  ce  prélat, 
Anvers,  1678  ,  i  vol.  in  12  ,.et  ré- 
imprimée avec  un  avertissement  de 
Bossuot ,  aussi  en  latin  ,  en  1 680  : 
la  traduction  àcY Exposition  l'ut  faite 
pour  l'usage  des  étrangers  et  imprimée 
par  les  soins  de  Tévêquc  deCaslorie  (  i  ). 
X.  Histoire  ecclésiastique  ,    Paris  , 
1691   et  années  suivantes,  20   vol. 
in-4°. ,  continuée  par  le  père  Fabre  de 
l'Oratoire,  Paris  ,  1 726 et  années  sui- 
vantes, 16  vol.  in-4'*.;en  tout  56  vol, 
in-4'.  et  in- 12.  11  y  en  a  eu  d'autres 
éditions  à  Bruxelles  et  àCaen.  Rondet, 
en  1740,  en  donna  une  qu'il  eut  soin 
de  revoir.  Il  publia  aussi  la  Table  gé- 


(1)  EHc  se  trouve  dans  nn  ouvrage  intitulé  i 
J^anielit  Severini  SciiUeti  anit-do^ma  ,  quo  pro- 
ùalwdottrinam  ab  epifcopoBosfitelo  pruposilam 
admitli  non  passe  ;  cuin  ioid  Exposilione  Ja- 
eobi  Bossueii  latine  versd  à  Cl.  Fleury  ,  H  im- 
bourg  ,  i(J84  ,  in  8".  On  Ta  aussi  réunie  a  l'édition 
Je  VExpjsilion  ,  donnée  a  Pans  chez  Uesprer  ,  en 
i^Ôi.li"  rcitonn^.issant  que  cette  version  ne  man- 
que ni  de  tidé  ilé,  ni  d'élégance  ,  le  Journal  d«s 
Savants ,  de  mars  176a  ,  y  relevé  quelques  expret» 
«toai ,  dpnt  la  laùniié  e$t  au  moiui  suspecte. 


64  F  L  E 

Derale  des  matières,  tant  des  volumes 
de  Fleury  que  de  ceux  du  père  Fabre , 
1  vol.  in-4'\ou  4  vol.  in- 12.  Les  vo- 
lumes de  Fleury  vont  jusqu'au  i5i4; 
et  la  continuation  du  père  Fabre  jus- 
qu'en 1 5gS.{P^qy.  Fabre.)  L'Histoire 
ecclésiastique  de  Fleury ,  malgré  quel- 
que diversité  d'opinions ,  jouit  d'une 
réputation  méritée.  «  C'est ,  dit  l'abbé 
Desfonlaines ,  un  ouvrage  dont  tous 
les  savants  et  les  personnes  d'esprit 
et  de  goût  ont  fait  jusqu'ici  beaucoup 
d'estime.  Il  renferme  une  critique  ex- 
cellente. On  trouve  dans  M.  Fleury , 
lin  théologien  sûr,  un  juge  éclairé  et 
intègre....  Les  extraits  qu'il  donne  des 
SS.  Pères  sont  ce  qu'on  admire  le 
plus....  Il  est  impossible  d'analyser 
avec  plus  de  précision.  Les  actes  des 
martyrs  sont  la  partie  touchante  de 
l'ouvrage....  Le  style  est  simple,  quel- 
quefois négligé ,  mais  presque  toujours 
pur,  élégant,  concis,  et  dans  le  goût 
de  l'Ecriture  sainte.  L'onction  y  règne 
avec  un  esprit  de  candeur  et  de  vérité 
qui  gagne  le  lecteur.  »  M.  Fleury  , 
ajoute  le  même  critique,  «  reunit  la 
qualité  de  philosophe ,  de  dissertateur, 
de  grand  historien.  »  Voltaire  en 
parle  d'une  manière  encore  plus  avan- 
itigcuse  :  «  Son  Histoire  de  l'Eglise 
V  dit-il ,  est  la  meilleure  qu'on  ait  ja- 
»  mais  faite  ;  et  les  Discours  prélimi- 
»  naires  sont  fort  au-dessus  de  l'His- 
»  toire.  »  L'abbé  Lenglct  le  juge 
moins  favorablement  ,  et  prétend 
que  cet  ouvrage  est  plutôt  une  suite 
d'extraits  qu'une  histoire.  Lonp;ue- 
rue  reproche  à  Fleury  «  de  n'être 
point  maître  de  sa  matière,  de  ne  mar- 
dier  qu'en  tremblant  et  presque  tou-" 
jours  sur  les  traces  de  Labbe  et  de 
lîaronius  ,  qui  l'ont  souvent  égaré.  » 
Quoi  qu'il  en  soit  de  ces  divers  ju- 
ç;ements  ,  on  ne  peut  nier  que  celte 
histoire  ne  soit  un  beau  travail  qui  , 
depuis ,  n'a  été  effacé  par  aucun  autre 


FLE 

sur  la  même  matière ,  et  dont  le  mérite 
se  trouve  encore  relevé  par  la  faiblesse 
du  continuateur.  On  a  fait  à  l'auteur 
de  l'Histoire  ecclésiastique,  de  plus 
graves  reproches. Les  uns  lui  font  un 
tort  de  son  admiration  pour  l'ancienne 
discipline  de  l'Eglise ,  sous  prétexte 
que  par-là  il  affaiblit  le  respect  pour  la 
nouvelle  j  d'autres  n'aiment  point  qu'il 
ait  exposé  sans  ménagement,  aux  yeux 
du  public  ,  la  a)nduite  répréhensible 
de  quelques  papes ,  et  les  dérèglements 
qui ,  dans  quelques  siècles  ,  s'étaient 
introduits  parmi  le  clergé.  Deux  reli- 
gieux flamands  ont  écrit  contre  l'abbé 
Fleury;  l'un  a  dénoncé  l'Histoire  ec- 
clésiastique au  clergé  de  France  ;  l'au- 
tre accuse  Fleury  de  mauvaise  foi ,  et 
prétend  qu'il  a  omis,  tronqué  ou  mal 
traduit  les  passages  qu'il  rapporte.  La 
meilleure  réponse  à  toutes  ces  imputa- 
tions ,  c'est  la  réputation  d'écrivain 
sage  et  utile  qu'a  conservée  l'abbé 
Fleury  ,  laquelle  non-seulement  s'est 
soutenue,  mais  s'est  encore  accrue.  S'il 
met  des  faits  m  avant,  il  cite  ses  auto- 
rités ,  et  les  cite  fidèlement.  Sans  doute 
son  histoire  n'est  pas  sans  défauts; 
mais  elle  est  écrite  avec  impartialité. 
Il  a  dit  et  loué  ce  qui  est  bien;  il  n'a 
pas  dissimulé  et  il  a  blâmé  ce  qui  est 
mal.  C'était  le  devoir  d'un  historien. 
Le  P.  Lanteaume,  jésuite,  a  donne' 
des  Observations  théologiques ,  his- 
toriques ,  critiques  ,  etc.,  sur  V His- 
toire ecclésiastique  de  Jeu  M.  l'abbé 
Fleury j  Avignon,  i-jdô  et  1757, 
'1  vol.  in-4''.;  Bruxelles,  1 74^»  in-8'. 
Cette  critique,  dit  M.  liarbier,  est 
bien  modérée  en  comparaison  de  celle 
âe  l'abbé  Rossignol ,  ex-jésuite,  inti- 
tulée :  Réflexions  SUT  V Histoire  ecclé- 
siastique, etc.,  Pans,  1802  ,  in-8". 
XI.  Discours  sur  V Histoire  ecclé- 
siastique. Ces  discours ,  au  nombre 
de  huit,  se  trouvent  parmi  les  volumes 
de  l'Histoire  ecclésiastique,  et  ont  été 


FLE 

composes  pour  en  faire  partie.  Cest  le 
résultat  et  comme  la  quintessence  de 
ce  que  l'histoire  de  l'Egiise  offre  de 
plus  remarquable  sur  rétablissement 
de  la  religion  chrétienne,  la  discipline 
de  l'Eglise ,  les  changements  que  cette 
discipline  a  subis  ;  sur  les  croisades  , 
la  décadence  des  éludes  et  les  révolu- 
tions de  l'état  monastique  :  le  tout  ac- 
compagné des  réflexiojjs  les  plus  pro- 
fondes et  les  plus  judicieuses ,  et  écrit 
d'un  style  si  serré,  si  nourri  et  en 
même  temps  si  élégant,  qu'on  n'a  pas 
craint  de  dire  que  ,  dans  cet  ouvrage , 
Fleury  n'était  point  au  -  dessous  de 
Bossuet.  Ces  discours  ont  été  imprimés 
a  part  dès  i  -joH.  Il  y  en  a  une  édition 
deP«iris,  1702,  2  vol.  in- 12.  On  y 
trouve  qu'il  devait  y  avoir  un  neu- 
vième discours  sur  le  renouvellement 
des  éludes  au  i5'.  siècle,  lequel  aurait 
fait  partie  du  21^  volume  de  l'His- 
toiie  Ecclésiastique  ;  mais,  ni  ce  dis- 
cours ,  ni  le  volume  n'ont  paru.  XI l. 
Discours  sur  les  Libertés  de  V Eglise 
Gallicane.  Quelques-uns  ont  cru  que 
ce  discours    était    celui     qui   devait 
être  mis  à  la  ièiv  du  2 1  .^  vol.  de  l'His- 
toire Ecclésiastique  ;  mais  c'est  une 
erreur.  Il  Ptait  composé  plus  de  trente 
ans  avant  la  mort  de  l'abbé  Fieuiy, 
qui  ne  l'avait  point  destiné  à  cet  usage. 
11  neparutpointdeson  vivant.  La  pre- 
mière édition  est  dé  1 724:  elle  est  ac- 
compagnée de  notes  violentes  dirigées 
surtout  contre  les  papes.  On  croit  que 
l'éditeur,  et  en  même  temps  l'auteur 
des  notes  ,    est   l'abbé  Débonnaire  , 
cx-oratorien    (  Foj',  Débonnaire  ). 
Le  même  Discours  fut  réimprimé  en 
1755,  »75o,  1753,  1755,  toujours 
avec  les  mêmes  notes  ,    à  l'exception 
que,  dans  la  dernière  édition  ,  Ton  re- 
trancha la  dénonciation  de  quelques 
communautés  chargées  de  l'éducation 
des  jeunes  ecclésiastiques,  comme  fa- 
vorable aux  opinions  ultramontaincs. 

XV. 


FLE  65 

En  1 7<35 ,  une  nouvelle  édition  du  Dis- 
cours sur  les  Libertés  de  l'Egiise  Gal- 
licane ,  fut  donnée  par  M.  Boucher 
d'Argis  :   elle  parut  munie  d'une  ap- 
probation, avec  beaucoup  de  chan- 
gements dans  le  texte.  On  en  avait , 
il  est  vrai,  retranché  quelques  notes 
les  plus  répréhensibles  ;  mais  parmi 
celles    qui  subsistaient  ,   il  en    était 
encore  de  très  dignes  de  reproches. 
Pour  justifier  la  différence  qui  exis- 
tait entre  cette  édition  et  celles  qui  l'a- 
vaient précédée ,  l'éditeur alléguaitque 
celles-ci  s'étaient  faites  sur  des  copies 
infidèles  ,   et  où  il  s'était  glissé  plu- 
sieurspropositions  contraires  à  nos  li- 
bertés. Le  même  Discours  fut  de  nou- 
veau imprimé    en    1765,    avec  un 
Commentaire  par  M.  l'abbé  de  C.  de  L. 
(Chiniac  de  Labastide  ).  Le  texte  du 
Discours  est  le  même  que  celui  de 
l'édition  de  Boucher  d'Argis  ;  mais  le 
Commentaire  est  encore  plus  violent 
que   les    notes  des    éditions    précé- 
dentes.   Il    est  constant  que  ,   dans 
ces  deux  dernières  éditions  ,  le  texte 
de  Fieury  a  été  altéré  et  interpolé  pwur 
le  rendre  favorable  à  quelques  préten- 
tions du  Parlement,  qu'on  était  fort 
aise  d'appuyer  d'une    autorité  aussi 
imposante.  Mais  depuis ,  la  fraude  fut 
découverte,  (  t  le  manuscrit  autographe 
a  été  retrouvé.  Il  porte  la  date  de 
1 6go.  Le  texte  en  est  à  peu  près  sem- 
blable à  celui  des  é.Ut.ons  qui  ont  pré- 
cédé celle  de  Boucher  d'Aï  gis  ,  et  la, 
confrontation  des  deux  textes  ne  laisse 
aucun  doute  sur  l'intention  de  cet  édi- 
teur. Outre  ces   ouvrages  ,  on  a  de 
l'abbé  Fleury  :  Discours  sur  la  pré- 
dication ,    1 7  55 ,  in- 1 2  ;  Traité  du 
Droit  public  de  France,   1769,  5 
tom.  en  4  vol.  in-12  ,  dont  le  dernier 
contient  V  Extrait  de  la  république 
de  Platon  ,  les  Réflexions  sur  Ma- 
chiavel,  et   autres  opuscules  inédits 
de   l'abbé  Fleury  :  on  a  rafraîchi  le 

5 


66    ,  FLË 

frontispice  de  cette  édition  en  1772 
et  1 788  (  P^oj'.  le  journal  des  Savants 
de  septembre  1  789  )  j  Le  Soldat 
chrétien  ,  i  772,  iu-12,  publie',  ainsi 
que  l'ouvrage  précèdent ,  par  J.  B. 
Darragon  ;  Lettres  à  Santeul,  et 
deux  Lettres  en  vers  latins,  l'une  à  :,\. 
Louis  deMontmore,  l'autre  à  M.  André 
d'Ormesson;  Discours  sur  la  Poésieet 
notamment  sur  celle  des  Hébreux 
(datis  les  Mémoires  de  Littérature  et 
d'Histoire,  recueillis  par  le  P.  Des- 
inolets);  Portrait  du  duc  de  Bourgo- 
gne et  ^  vis  pour  ce  prince;  Réflexions 
sur  Machiavel  ;  Lettres  sur  la  Jus- 
tice ;  Pensées  tirées  de  Saint- Augus- 
tin ;  Mémoires  pour  le  roi  d' Espa- 
gne j  Discours  Académiques.  Tous 
les  ouvragfs  de  l'abbé  Fleury  ,  men- 
tionnés ci-dessus ,  à  l'exception  de 
\ Histoire  Ecclésiastique,  ont  été  re- 
caeilîis  parRondet ,  sous  le  titre  d'O- 
puscules  ,  Nîmes,  1 780,  5  vol.  in-8''. 
Quelques  pièces  inédites ,  et  surtout  le 
manuscrit  autographe  (i)  du  Discours 
sur  les  libertés  de  l'Egli-e  gallican(^ , 
si  important  pour  fixer  et  faire  con- 
naître la  véritable  opinion  de  ce  savant 
ecclésiastique  sur  un  point  d'un  si  grand 
intérêt,  étant  tombés  entre  les  mains 
de  M.  Emery  ,  supérieur  général  de  la 
Congrégation  de  Saint-Sulpice  ,  il  en 
a  formé  un  volume  de  Nouveaux 
Opuscules  y  Paris,  1807,  in-12.  La 
pièce  la  plus  importante  de  ce  recueil 
est  le  fîimeux  Discours.  M.  Emery  a 
fait  imprimer  ,  en  caractères  romains, 
le  texte  du  manuscrit  autographe  ,  et 
eu  italiques  les  morceaux  supprimés 

(i\  Le  P.  Lelongcile,  dans  ta  Bibliothèque  des 
Uitloriens  de  France  ,  un  manutcrit  de  VI.  Fleu- 
ry ,  cou»ervé  daoi  la  Libliolhèque  de  St.-Gerraain- 
oes-Pré»,  elinlilulc  :  Mémoire  sur  les  Libellé/  de 
l'Eglite  GaUicane,  com[>*iié  ea  1G90,  iu-l.  L'abbé 
Guinet  croit,  avec  beaucoup  de  vraisemblance, 
«me  ce  Mémoire  crt  le  mime  ouvrage  aue  le  DU- 
cKiirt  :  tous  deux  porlenl  la  roéme  date  ;  la  matière 
«tt  la  même,  et  l'abbé  Goujet  aiiure  avoir  en- 
tendu dire  au  P.  Lciuag  qu«  c'e«l  ce  di«c«urt 
tiuM  «  Tculu  citer. 


FLE 

ou  altcre's.  Les  parties  correspondantes 
substituées  par  l'éditeurde  1 7G5,  sont 
placées  en  notes.  On  trouve  ,  dans  ce 
même  recueil ,  le  petit  poème  de  l'abbé 
Fleury,  intitulé  :  Bibliotheca  ClarO' 
moîitana.  Le  tom.  XXV  des  Lettres 
édifiantes ,  in- 1 2  ,  contient  un  Traité 
des  Etudes  convenables  aux  Mis' 
sionnaires  ,  qui  lui  est  attribué;  et 
le  tom.  m  des  Annales  philosophi' 
ques  ,  morales  et  littéraires ,  Paris, 
1801  ,  in-8°. ,  renferme,  pag.  227  , 
une  lettre  inédite  de  l'abbé  Fleury, 
qui  donne  de  curieux  détails  sur  la 
vie  et  les  travaux  de  J.  de  Gaumont , 
conseiller  au  Parlement  de  Paris, 
mort  en  i665.  L — y. 

FLEUFxY  (Julien),  chanoine  dd 
Chartres.  On  ignore  le  lieu  et  l'épo- 
que de  sa  naissance.  Il  mourut  à  Paris 
le  i3  septembre  1725,  après  avoir 
consacré  sa  vie  entière  à  l'étude  des 
lettres  et  aux  devoirs  de  son  état.  Il 
avait  professé  quelque  temps  l'élo- 
quence au  collège  de  Navarre,  et 
s'était  principalement  distingué  dans 
cette  carrière  par  son  talent  pour  la 
poésie  latine.  Mais  il  est  surtout  connu 
par  les  éditions  ad  usum  Delphini , 
dont  il  fut  chargé.  On  lui  confia 
d'abord  Apulée  ,  qu'il  publia  à  Pa- 
ris en  168S,  2  vol.  in- 4'.  Son  édi- 
tion est  réputée  l'une  des  meilleures 
de  cette  intéressante  collection.  Bien- 
tôt après  il  entreprit  Ausone;  mais 
à  peine  l'ouvrage  fut-il  sous  presse 
que  les  fonds  consacrés  à  l'entre- 
prise cessèrent  de  la  soutenir,  et 
l'impression  s'arrêta  à  la  page  160. 
On  donne  cependant  une  autre  rai- 
sou  de  cette  suspension  subite  ;  on 
prétend  que  l'obscénité  de  quelques- 
unes  des  pièces  d'Ausone  effaroucha 
la  piété  de  ce  respectable  ecclésiasti- 
que, et  qu'il  renonça  à  commenter  ce 
qu'il  eût  rougi  de  paraître  seulement 
avoir  lu.  Ce  motif  i'houore  sans  doute; 


FLE 

wiais  il  est  difficile  de  le  cnnciller  jus- 
qu'à un  certain  point  avec  les  pré- 
cautions qu'il  prit  pour  conserver  son 
manuscrit  et  les  feuilles  déjà  impri- 
mées ;  en  sorte  qu'à  sa  mort  on  re- 
li  cuva  le  tout  bien  cacheté.  L'abbe' 
Souchay,  membre  distingue  de  l'aca- 
démie des  inscriptions  et  belles-let- 
tres ,  se  chargea  de  revoir,  de  sup- 
pléer le  travail  de  Fleury ,  et  publia 
son  Ausone  à  Paris,  i75o,  un  vol. 
in-4°.  On  doit  encore  aux  soins  de 
Julien  Fleury  l'e'dition  de  la  Con- 
corde ëvange'.ique  grecque  et  latine 
de  Nicolas  ïoinard ,  d'Orléans,  Pa- 
ris, in-fol.,  1707:  les  prolégomènes 
et  les  notes  sont  en  partie  son  ou- 
\ra^e.  Il  a  également  travaillé  à  la 
longue  et  savante  Requête  imprimée 
cl  présentée  au  roi  en  1700  au  nom 
du  chapitre  de  Chartres,  et  qui  avait 
pour  objet  la  défense  de  ses  droits  at- 
taqués alors  par  l'évêque  de  ce  dio- 
cèse. Â.  D — R. 

FLEURY  (André  Hercule  de)  , 
cardinal,  ancien  évêque  de  Fréjus,  et 
précepteur  de  Louis  XV.  Duclos  dit 
qu'il  était  fils  d'wn  receveur  des  tailles 
\  de  Lodcve  ,  mais  bien  certainement  il 
I  était  issu  d'une  famille  nobie  et  an- 
cienne du  Languedoc;  i\  naquit  dans 
cette  ville  le  22  juin  1 653  ,  et  fut ,  dès 
son  enfance ,  destiné  à  l'état  ecclésiasti- 
que. Amené  à  l'âge  de  six  ans  à  Paris , 
il  fit  ses  humanités  au  collégedeCler- 
mont,  sous  la  direction  des  jésuites. 
Après  sa  rhétorique,  il  passa  au  collège 
d'flarcourt  pour  y  faire  sa  philosophie. 
Né  avec  de  l'esprit ,  doué  de  beaucoup 
de  facilité  et  d'une  heureuse  mémoire , 
joignant  à  cela  l'amour  de  l'étude  ,  il 
avait  brillé  dans  toutes  ses  classes.  Il 
les  termina  en  soutenant  des  thèses  en 

Srec  et  en  latin ,  sur  les  principaux 
ograes  enseignés  par  les  anciens  phi- 
losophes dans  les  écoles  d'Athènes  ; 
«MiLercice  qui  désignait  les  bons  éco- 


.  FLE  67 

liers ,  mais  qui  com?ncnçait  à  devenir 
rare ,  et  dont  Rollin  et  Boivin  le  cadet 
donnèrent  les  derniers  exemples.  En 
1668  ,  n'ayant  encore  que  quinze  ans, 
le  jeune  abbé  de  Fleury  fut  nommé  à 
un  canonicat  de  Montpellier.  Il  alla  en 
prendre  possession ,  et  revint  à  Paris 
continuer  les  études  qu'exige  l'état  ec- 
clésiastique. H  soutint  sa  tentative  en 
1674,  entra  en  licoi  ce  en  1676,  et 
subit  toutes  les  épreuves  de  ce  cours  j 
mais  il  ne  prit  le  bonnet  de  docteur 
que  bien  long -temps  après.  H  n'avait 
que  vingl-qnatre  ans,  était  encore  en 
licence,  et  n'était  point  prêtre  ,  lors- 
qu'il fut  nommé  aumônier  de  la  reine 
Marie-Thérèse.  Il  en  fit  les  fonctions 
au  mariage  de  la  princesse  Marie- 
Louise  d'Orléans  avec  le  roi  d'Espagne. 
Il  assista  comme  chanoine  de  Mont- 
pellier, en  qualité  de  député  du  se- 
cond ordre ,  à  la  fameuse  assemblée 
du  clergé  de  1682.  Après  la-raort  d© 
la  reine  il  devint  aumônier  du  roi,  et 
tint  en  1692  le  poêle  au  mariage  de 
Philippe  de  France ,  depuis  duc  d'Or- 
léans ,  et  régent  du  royaume.  Intro- 
duit ainsi  à  la  cour,  avec  une  figure 
agréable  et  spirituelle ,  de  nobles  ma- 
nières ,  un  esprit  cultivé,  il  se  fit 
bientôt  connaître ,  et  acquit  d'illustres 
et  puissants  amis  ,  qui  devinrent  ses 
protecteurs.  L'abbaye  de  la  Rivour , 
ordrede  Cîteaux  et  diocèse  de  ïroyes, 
à  laquelle  il  fut  nommé  en  1686 ,  fut 
la  première  grâce  ecclésiastique  qu'il 
obtint.  Son  mérite,  relevé  d'une  con- 
duite sage,  modeste,  et  de  mœurs  régu- 
lières, n'échappa  pointa  la  pénétration 
de  Louis  XI V.  Sous  les  dehors  du  cour- 
tisan aimable ,  ce  prince  entrevit  des 
vertus  et  des  qualités  solides  qui  pro- 
mettaientunbon  évêque.  LessufFrages 
de  Bossuet  et  du  cardinal  de  Noailles 
confirmèrent  le  monarque  dans  ces 
favorables  dispositions  ;  et  le  i^*^.  no- 
vembre 1698  ,  il  nomma  l'abbé  de 


08  FLE 

Fleury  à  rëvêché  de  Frëjus,  accom- 
pagnant cette  nomination  d'une  de  ces 
phrases  obligeantes  dont  il  savait  si 
bien  assaisonner  les  grâces  qu'il  accor- 
dait (i).  On  a  prétendu  que  ce  pré- 
sent, qui  éloignait  l'abbé  de  Ficury 
de  la  cour,  et  le  reléguait  dans  un 
pays  peu  agréable,  ne  lui  plut  que  mé- 
diocrement; et  à  ce  sujet  on  cite  de 
lui  quelques  bons  mois  qui ,  s'ils  sont 
vrais ,  le  feraient  présumer  (2).  Quoi 
qu'il  en  soit  de  cette  répugnance,  son 
devoir  n'en  souffrit  point  j  il  se  rendit 
dans  son  diocèse  ,  en  sortit  peu  ,  se 
voua  à  l'instruction  de  son  troupeau  , 
soulagea  les  pauvres,  établit  de  petites^ 
écoles  dans  les  campagnes ,  etc.  Par  sa 
sa  conduite  sage  envers  le  duc  de  Sa- 
voie, lorsqu'on  1707  ce  prince  entra 
en  Provence,  Fleury  garantit  le  pays 
des  fureurs  de  la  guerre.  L'évêque  de 
Fréjus  sut  si  bien  se  concilier  les  bon- 
nes grâces  du  duc  ,  et  celles  du  prince 
Eugène,  qu'il  obtint  tout  ce  qu'il  vou- 
lut ,  qu'aucun  désordre  ne  fût  commis 
dans  la  ville ,  et  que  la  province  en 
fût  quitte  pour  une  contribution  très 
modérée.  M.  de  Fleury  s'était  fait  re- 
cevoir docteur  en  Sorbonne ,  et  avait 
e'té  sacré  évêque  en  1699.  ^^  ^^^* 
serva  Tévêché  de  Fréjus  jusqu'en 
1 7 1 5.  Alors  sa  santé  souffrant  du  mau- 
vais air  de  cette  ville  située  près  de  la 
mer,  il  demanda  et  obtint  la  per- 
mission de  se  démettre  de  son  évc- 
ché,  et  reçut  en  dédommagement  l'ab- 
baye de  Touruus.  C'est  cette  même 
année  que  le  roi  ,  par  un  codicile 
ajouté  à  sou  testament ,  le  nomma  pré- 
cepteur de  son  petit-fils ,  qui  depuis 
fut  Louis  XV.  Chargé  d'un  emploi  si 


(1)  Il  lut  dit  :  «  Je  vou*  ai  fait  Attendre  lone- 
M  temps;  niau  voiuavrz  tant  d'à  mis  ,  que  j'ai  voulu 
»  avoir  «Kiil  ce  mérite  auprès  de  vous.  » 

(1)  Il  disait,  assure  Voltaire  ,  que  dès  qu'il  avait 
%u  «d  femme  .  il  avait  été  d^;;(iùt<i  de  s<>n  mariage  ; 
et  21  signa  ,  daus  >ine  lettre  de  plaixanieric  au  car- 
diaal  Quirini  :  Fleury  ,  évéïjiie  de  Frêjiitpar  l'in- 
Jignaliun  divine.  (Fr<ci«  du  Siècle  de  Louis  X.V.) 


FLE 

important,  et  dont  allait  dépendre  I© 
bonheur  d'un  grand  royaume,  Fleury 
ne  songea  plus  qu'à  s'en  acquitter  avec 
le  soin  le  plus  scrupuleux.  11  s'appli- 
qua à  former  son  élève  au  secret,  aux 
affaires,  à  en  faire  un  honnête  hom- 
me, et  à  lui  inspirer  des  sentiments 
dignes  d'un  granl  roi.  Il  sut  s'en  faire 
aimer;  et  l'attachement  de  l'auguste 
élève  pour  son  précepteur  fut  tel ,  que 
celui-ci  ayant  disparu  pendant  quel- 
ques momenis  ,  lorsque  le  régent  fit 
arrêter  M.  de  Villeroi ,  les  larmes  du 
jeune  prince  ne  cessèrent  de  couler 
jusqu'à  ce  que  Fleury  lui  eût  été  ren- 
du, k  cet  attachement  succéda  la  con- 
fiance ,  et  l'évêque  sut  si  bien  la  mé- 
nager, ou  pour  parler  plus  juste,  la 
mériter,  qu'il  la  conserva  toute  sa  vie. 
Ne  cherchant  point  à  se  faire  valoir , 
ne  se  plaignant  point ,  ne  demandant 
rien  ,  il  s'attira  la  bienveillance  du  ré- 
gent et  l'estime  générale.  L'archevêché 
de  Reims  étant  venu  à  vaquer  par  la 
mort  de  M.  de  Mailly  ,  ce  prince  crut 
faire,  et  fit  en  effet  plaisir  au  jeune 
roi ,  en  lui  présentant  Fleury  pour  ce 
riche  bénéfice.  Fleury  ne  fut  ébloui  ni 
de  l'éclat  de  la  pairie,  ni  d'une  haute 
fortune  ecclésiastique.  Il  s'excusa  sur 
ce  qu'il  s'était  démis  de  l'évêché  de 
Fréjus  à  cause  de  son  âge ,  qui  était 
devenu  plus  avancé ,  et  sur  ce  que  son 
emploi  près  du  roi  ne  lui  permettrait 
point  de  remplir  les  devoirs  épisco- 
paux.  Quelque  instance  qu'on  lui  fît,  il 
demeura  inébranlable,  et  il  fallut  que 
le  régent  le  priât  pour  lui  faire  accep- 
ter l'abbaye  de  St.-Elienne  de  Gaen  , 
que  M.  de  Mailly  avait  également  lais- 
sée vacante.  Dans  uneautreoccasion , 
il  jefusa  le  cordon  de  l'ordre  du  St.- 
Esprit ,  et  fit  nommer  l'archevêque  de 
Lyon  à  sa  place.  En  i  yiS ,  à  la  mort 
du  régent,  Fleury  eût  pu  se  mettre  à 
la  tête  des  affaires  ;  il  fut  le  premier 
à  proposer  lu  duc  de  Bourbon  pouc 


FLE 

principal  minisire.  L'ancien   e'vêque 
eut  la  feuille  des  bénéfices  et  l'entrée 
au  conseil;  mais  il  n'exerça  les  fonc- 
tions de  ministre  qu'après  l'exil  du 
duc.  Il  ne  voulut  pas  même  du  titre 
de  principal  ministre,  et  il  conseilla 
au  roi  de  le  supprimer.  Jamais  minis- 
tère ne  fut  plus  paisible,  et  ne  donna 
moins  lieu  à  l'intrigue.  Le  nouveau 
ministre  ne  changea  rien   dans  ses 
mœurs.  Revêtu  de  la  pourpre  romaine, 
devenu  un  des  principaux  personnages 
de  l'état,  il  sembla  n'être  encore  que 
l'abbé  de  Fleury.  11  ne  se  logea  point 
plus  au  large;  sa  table  n'en  fut  pas 
plus  somptueuse,   ni    ses  équipages 
moins  modestes.  «On  fut  étonné,  dit 
Voltaire ,  que  le  premier  ministre  fût 
le  plus  aimable  des  courtisans  et  le 
plus  désintéressé.  Il  laissa  tranquille- 
ment la  France  réparer  ses  pertes,  et 
s'enrichir  par  un  commerce  immense, 
sans  faire  aucune  innovation;  traitant 
l'état  comme  un  corps  robuste  et  puis- 
sant, qui  se  rétablit  de  lui-même.  » 
Jamais  Fleury  n'avait  couru  après  la 
fortune.  Dispensateur  de  toutes  les 
grâces  ecclésiastiques,  il  ne  s'en  était 
appliqué  aucune  ,  quoique  ses  prédé- 
cesseurs lui  eussent  donné  l'exemple 
du  contraire.  Richelieu  et  Mazarin, 
dans  la  même  place  qu'il  occupait, 
avaient  un  train  de  prince  :  il  n'eut 
que  celui  d'un  simple  particulier;  son 
revenu  ne  monta  jamais  à  plus  de  cent 
mille  francs,  dont  la  moitié  était  em- 
ployée à  faire  du  bien.  Si  l'on  s'en 
rapporte  à  son  discours  de  remercî- 
ment,  il  tint  la  nomination  au  cardi- 
nalat de  la  seule  bonté  du  roi,  sans 
l'avoir  sollicitée  :  il  fît  partie  de  la 
promotion  de  septembre  1 726,  et  ce 
prince  lui  donna  lui-même  la  barelte 
en  l'embrassant  affectueusement.  Les 
dix-sept  ans  de  son  ministère  n'of- 
frent presque  rien  à  l'histoire ,  parce 
que,  plus  un  état  est  tranquille,  moins 


FLÉ  6g 

il  s'y  passe  d'événements  qu'elle  doive 
remarquer.  11  diminua  les  tailles,  fixa 
la  valeur  des  monnaies  sur  une  base 
que  ses  successeurs  se  firent  une  loi  de 
resj>ecter  ,  et  arrêta  par  ce  moyen  l'un 
des  fléaux  qui  avaient  le  plus  dévasté 
la  France.  On  lui  impute  de  n'avoir, 
par  une  économie  déplacée,  envoyé 
qu'un  secours  de  1 200  hommes  pour 
dégager  Dantzig  ;  entreprise  dont  le 
mauvais  succès  fît  perdre  au  beau-père 
de  Louis  XV  le  trône  de  Pologne. 
(  F.  Plelo,  et  Stanislas-Leczinski.) 
Néanmoins  il  soutint  et  fînit  heureu- 
sement la  guerre  de  1723  à  1706, 
dont  le  résultat,  pour  la  France,  fut 
l'acquisition  de  la  Lorraine;  mais  son 
soin  principal  fut  de  conserver  la  pais, 
et  il  fut  puissamment  secondé  dans 
cette  vue  par  le  ministre  Walpole,  son 
ami.  Si ,  vers  la  fîn  de  sa  vie,  la  France 
se  trouva  engagée  dans  une  lutte  fâ- 
cheuse, ce  fut  contre  son  gré,  et  parce 
qu'il  fut  jeté  hors  de  ses  mesures  par 
des  événements  qu'il  n'était  pas  en 
son   pouvoir  de  maîtriser.  Quelque 
sage  qu'elle  ait  été,  on  a  fait  à  son 
administration  plusieurs    reproches. 
Il  n'avait  pas,  a-t-on  dit,  assez  d'élé- 
vation dans  l'esprit;  il  n'empêcha  pas 
des  querelles    ihéologiques   presque 
étouffées,  de  se  reproduire^  il  favorisa 
trop  les  financiers  ;  enfin ,  il   laissa 
dépérir  la  marine.  La  dernière  de  ces 
imputations  est  peut-être  la  seule  qui 
soit  méritée.  Il  fit  cependant,  pour 
venger  le  commerce  français,   sortir 
de  Toulon  une  escadre  qui  alla  bom- 
barder Tripoli,  et  forcer  cette  répu- 
blique de  corsaires  à  venir  demander 
au  roi  grâce  et  pardon.  Une  autre  es- 
cadre ,  quelques  années  après ,  alla 
contraindre  les  Génois  à  payer  le  prix 
d'un  navire  brûlé  par  un  armateur  de 
la  répidilique ,  et  à  faire  au  roi  satis- 
faction. Enfin,  une  flotte,  que  le  duc 
d'Ântin  commandait ,  tint  la  mer  pea- 


7*  FLE 

dant  huit  mois ,  et  fit  respecter  le  pa- 
villon français.  Fleury  ne  protégea  pas 
moins  les  sciences  et  les  lettres  que  le 
coraraerce.  Il  fit  achever  les  bâtiments 
projetés  pour  la  Bibliothèque  du  roi , 
et  donna  plusd'étcndue  au  plan  qu'on 
avait  arrêté,  pour  rendre  cet  édifice 
digne  de  sa  destination.  Il  envoya  des 
savants  en  Egypte  et  en  Grèce  pour 
recueillir  des  ra.inuscrits  rares  ;  il  en 
fit  venir  de  la  Chine ,  et  ne  négligea 
rien  pour  enrichir  ce  précieux  dépôt. 
Il  fit  partir  à  grands  frais  des  acadé- 
miciens pour  le  Nord  et  le  Pérou,  afin 
de  mesurer  un  degré  du  méridien  et  de 
déterminer  la  figure  de  la  terre.  «  Son 
économie  était  minutieuse,  dit  M.  La- 
crelelle  ,  mais  non  sordide.  11  faisait 
éprouver  plus  de  refus  aux  courtisans 
quaux  malheureux;  mais  il  avait  des 
fonds  en  réserve  pour  les  grandes  cala- 
mités locales  :  c'est  ainsi  qu'il  fit  rebâtir 
la  ville  de  Sainte-Menehould^consumée 

presque  en  entier  par  un  incendie 

L'économie  de  ce  ministre  eut  peu 
d'imitateurs  ;  son  désintéressement  en 
eut  epcore  moins.  Le  cardinal  de 
Fleury  joua  plusieurs  fois  le  rôle  d'ar- 
bitre de  l'Europe;  sa  médiation  était 
souvent  demandée  et  suivie  d'heureux 
effets  ,  genre  de  gloire  que  la  France 
n'avait  jamais  aussi  souvent  obtenu 
depuis  le  règne  de  St.  Louis,  le  conci- 
liateur de  tant  de  rois.  »  Le  cardi- 
nal de  Fleury  était  des  trois  acadé- 
mies. Il  avait  été  reçu  à  l'académie 
française  en  17 17,  à  celle  des  scien- 
ces en  1721  ,  et  à  celle  desjinscrip- 
tions  et  belles-lettres  en  1725.  il 
était,  en  outre,  proviseur  de  Sorbonne 
et  supérieur  de  la  maison  de  Navarre. 
Il  parlait  purement  et  avec  facilité , 
racontait  agréablement,  cl  écrivait  bien. 
Il  était  éloquent;  les  mandements  qu'il 
fit  pendant  son  séjour  à  Fréjus  prou- 
vent qu'il  tût  été  orateur,  s'il  avait 
Toulu  l'èlre.  A  l'âge  de  73  ans,  «  il 


FLE 

enchanta  le  congrès  de  Soissons,  dft 
un  historien,  et,  nouveau  Nestor,  il 
fit  découler  le  miel  de  ses  lèvres ,  et 
gagna  tous  les  suffrages.»  Il  parvint 
ainsi  à  une  extrême  vieillesse  sans  que 
sa  santé  et  ses  facultés  intellectuelles 
en  fussent  altérées;  et,  jusqu'au  der- 
nier moment,  sa  tête  demeura  saine, 
libre,  et  capable  d'affaires.  Il  s'éteignit 
insensiblement,  et  mourut  à  Issy,  lieu 
qu'il  affectionnait,  le  29  janvier  1 74^, 
âgé  de  plus  de  89  ans  et  sept  mois.  Le 
roi  voulut  honorer  sa  mémoire  d'une 
manière  particulière  ;  il  ordonna  qu'un 
service  solennel  lui  serait  fait  à  Notre- 
Dame  comme  aux  princes,  et  qu'un 
mausolée  lui  fûtconstrtiit  dans  l'église 
de  Saint-Louis  du  Louvre,  011  on  le 
voyait  avant  la  révolution.  Mairan  et 
Fréret  firent  et  lurent  son  éloge  dans 
des  séances  publiques,  l'un  à  l'aca- 
démie des  sciences,  l'autre  à  l'acadé- 
mie des  inscriptions  et  belles-lettres  ; 
et  le  P.  de  Neuville,  célèbre  jésuite , 
prononça  son  oraison  funèbre.  Quoi- 
qu'il y  ait  quelque  diversité  dans  les 
jugements  portés  sur  le  cardinal  de 
Fleury,  tous  s'accordent  sur  son  ca- 
ractère ,  et  en  général  sur  la  sagesse  de 
son  administration.  On  convient  qu'il 
était  doux,  affable,  accessible,  et  d'un 
commerce  aimable.  «  Sa  conversation 
était  aisée,  amusante,  et  nourrie  d'a- 
necdotes curieuses;  il  avait  la  répartie 
prompte  et  brillante;  il  plaisantait  fine- 
ment, et,  ce  qui  est  très  rare,  il  n'of- 
fensait personne.  »  Quelques-uns  pré- 
tendent, sans  pouvoir  en  apporter  des 
preuves ,  que  sa  modestie  couvrait  une 
ambition  déguisée.  Quel  sage  demeu- 
rera irréprochable,  si ,  même  quand  sa 
vertu  ne  s'est  jamais  démentie,  on  va  , 
fouiller  ses  intentions  ?  On  ne  peut 
assurément  contester  au  cardinal  de 
Fleury  ni  sa  modération  dans  une 
place  éminente,  ni  son  extrême  rç- 
seryc  daus  ses  dépenses  personncFes, 


FLE 

ni  son  noble  dësintëressenK  nt ,  dont 
il  donna  des  preuves  avant  que  sa 
fortune  fût  assurée ,  en  renonçant 
à  la  succession  du  baron  de  Përignon, 
dont  il  était  héritier,  pour  la  faire 
passer  à  son  neveu.  «  A  sa  mort,  dit 
Dnclos ,  sa  succession  se  trouva  être  à 
peine  celle  d'un  médiocre  bourgeois, 
et  n*aurait  pas  suffi  à  la  moitié  de  la 
dépense  du  mausolée  que  le  roi  lui  fit 
élever.  Cette  mort,  ajoute-t-il,  pourrait 
rappeler  ces  temps  éloignés  où  des 
citoyens,  après  avoir  servi  leur  patrie, 
mouraient  si  pauvres  ,  quelle  était 
obligée  de  faire  les  frais  de  leurs  fu- 
nérailles. »  Ce  même  Duclos  atténue 
le  reproche  fait  au  cardinal  d'avoir 
laissé  tomber  la  marine.  «  Son  esprit 
d'économie,  dit-il,  le  trompa  sur  cet 
article.  S'il  l'a  portée  quelquefois  trop 
loin,  ceux  cpi'elle  gênait  en  murmu- 
raient, et  tâchaient  de  prouver  qu'il 
ne  voyait  pas  les  choses  en  grand  ;  et 
mille  sots,  qui  ne  voyaient  ni  en  grand 
ni  en  petit,  répétaient  le  même  propos  : 
mais  le  peup'e  et  le  bourgeois,  c'est- 
à-dire,  ce  qu'il  y  a  de  plus  nombreux 
et  de  plus  utile  dans  l'état,  et  qui  en  fait 
la  base  et  la  force  ^  avaient  à  se  louer 
d'un  ministre  qui  gouvernait  un  royau- 
me comme  une  fimille.  Quelque  re- 
proche qu'on  puisse  lui  faire,  il  serait 
à  désirer  pour  l'état  qu'il  n'eut  eu  que 
des  successeurs  de  son  caractère,  avec 
une  autorilé  comme  la  sienne.»  Nous 
avons  choisi  de  préférence  le  témoi- 
gnage de  Duclos,  censeur  rigide,  et 
bien  plus  porté  à  dire  des  vérités  dures 
qu'à  flatter,  parce  qu'il  nous  a  paru 
que  ce  peu  de  mots  favorables  au  car- 
dinal de  Fleury  était  la  meilleure 
réponse  aux  détracteurs  de  son  admi- 
nistration. L — Y. 

FLEURY  (  Marie  -  Maximilien- 
Hector  de  Rosset  de  ),  de  la  même 
famille  que  le  précédent,  avait  été 
çnYoyé  en  1795  dans  la  j^risou  du 


FLE  7t 

Luxembourg,  en  vertu  de  la  fameuse 
loi  révolutionnaire  dite  des  suspects; 
l'auteur  de  cet  article  se  trouvait  alors 
avec  lui  dans  la  même  maison.  Le 
comte  de  Fleury  avait ,  quoique  dé- 
tenu, toute  la  gaîlé,  tous  les  goûts  de 
l'extrême  jeunesse,  et  passait  la  jour- 
née à  jouer  à  la  balle  ou  aux  barn  s 
dans  la  cour  du  Luxembourg  ;  mais 
ayant  vu  périr  ou  proscrire  sa  fa- 
mille, le  désespoir  s'empara  de  lui, 
et  il  écrivit  à  Dumas ,  président  du 
tribunal  révolutionnaire,  le  billet  sui- 
vant qu'ont  rapporté  les  mémoires  du 
temps  :  «  Homme  de  sang  !  égo;- 
»  geur  !  cannibale  !  monstre  I  scéîé- 
»  rai!  tu  as  fait  périr  ma  famille  ;  tu 
»  vas  envoyer  à  i'échafaud  ceux  q;ii 
»  paraissent  aujourd'hui  devant  lou 
»  tribunal  ;  lu  peux  me  faire  subir 
»  le  même  sort ,  car  je  te  déclare  que  [ê- 
»  partage  leurs  sentiments.» — «Voiln 
»  le  billet  doux  qu'on  m'écrit,  dit 
»  Dumas  à  Fouquier-Tinville,  en  lui 
»  présentant  le  petit  papier  ;  je  t'in- 
»  vite  à  en  prendre  lecture  :  qno 
»  faut-il  répondre  à  celui  qui  nie 
»  l'adresse?  —  Ce  monsieur  me  pr:-«. 
»  raît  pressé ,  répondit  Fouquier , 
»  eh  bien,  nous  allons  le  satisfaire  »  ; 
et  aussitôt  il  envoie  des  gendarmes 
chercher  le  jeune  comte,  le  fait  mon- 
ter sur  les  redoutables  gradins  avec 
une  cinquantaine  d'autres  personneSjCt 
on  le  condamne  à  mort  le  1 8  juin  i  ']g'\, 
comme  assassin  de  Collot  d'Herbois  ^ 
de  complicité  avec  des  gens  qu'il 
n'avait  jamais  connus  ,  et  avec  les- 
quels il  était  impossible  qu'ii  eût  pu. 
se  concerter  pour  l'assassinat  qu'on 
lui  faisait  expier  :  il  était  en  prison 
depuis  environ  huit  mois.  On  le  con- 
duisit à  Téchafaud  en  chemise  rouge  ^ 
comme  les  autres  condamnés  pour  ce 
prétendu  crime.  B— «-u. 

FLEURY  (Jean),  ou  Floridus^ 
poêle   français  du    ï5*.  siècle  ,  &$ 


7^ 


FLE 


nous  est  connu  que  p.ir  l'ouvrage  sui- 
vant :  Traité  très  plaisant  et  récréa- 
tif de  l'amour  par fciit  de  Guis^ar- 
dus  et  Si^isinofuie  ,  fille  de   Tan- 
credus;  c'est  la    première  r^onvelle 
de  la  quatrième  journée  du  Décatne- 
ron  de  Boccace.  Fleury  la   mit  en 
vers  d'.iprès  la  tr:diiclion  latine  de 
Léonard  Bruni  d'Art czzo.  Les  diffé- 
rentes éditions  en  sont  assez  rfrher- 
chées  p;ir  les  curieux  :  cependant  ils 
donnent  la  préférence  à    celles   qui 
ont  paru  dans  le   i5".  siècle,  Paris, 
Anl.  Verard.   149^,  in  fol.  goth.  de 
20  feuilKts;  il)i(l.,  le  Caron,   i/tQj, 
in-4°-;  ibid.,  seconde  éd.  in-4  .;  il 
en  existe  un  exemp'aire  à  la  Biblio- 
thèque du  roi;    Ùuuen,   s.    d. ,  in- 
4".,  goth. —  Fleury  (N. ),  poète, 
né  à    Lyon    au   cv.iutn  ncenifiit  du 
i8  .  siècle,  mon  en    ^']f\^\ ,   est  au- 
teur df  deux  opéras  :  1.  GeUiide  Bi- 
blis,  rcjnesenté  en    1732,  musique 
de  Lacoste»  IL  Lt'balict  des  Génies  y 
représenté  en  1  7 36,  niusiquf  d<-  M'^'''. 
Duval.  Ces  d^'ux  pièces  sont  imprimées 
dans  le  Recueil  d«;  Billard.  —  Fleury 
(  Jacques  )  ,    avocat    au    p.iiiemcnt 
de   Paris,  mort  en   1770,  néglis^ea 
l'exercice  de  son  état  pour  se  livrer 
à  la  culture  des  lettres.   Il  était  très 
répandu  dans  les  difTéreutcs  sociétés 
de  la  capitale,  dont  il  faisait  les  dé- 
lices par  son  espr'.t  et  son  am.ihilité; 
mais  les  applaudissements  piodigués 
a  ses  ouvrages  p  ir  dis  am'S  trop  in- 
dulgents ne  purent  pas  réussir  à  leur 
conriliir  la  faveur  du  public,  et  de- 
puis loug  temps  ou  ne  les  lir  plus.  Ce 
sont  :  L  Chansons  maçonne',  ,  Paris, 

1760,  in-8  .  II.  Poésies  diverses  y 

1761,  in-r2,  réun,  rimées  sous  le 
titre  de  Folies,  \  7(19 ,  in  -  8  .  Ce  Re- 
cueil uflTre  une  collection  de  Fablo, 
d'Epîirt  s,  de  Chansons,  de  Madrigaux, 
d'Ëpigrainmes  ,  etc.  La  plupart  de  ces 
pièces  pi;ouveut  de  l'esprit  et  de  la  fa- 


FLE 

cilité;Tnais  elles  prouvent  aussi  que 
l'auteur  n'était  ]>ts  poète.  III.  Le  Lit- 
térateur impartial  ,  ou  Précis  des 
ouvrages  périodiques ,  1  760  ,  in- 
isi.  Il  n'a  paru  <{u'un  numéro  de  ce 
journal,  que  Fieury  avait  entrepris  en 
société  avec  Laniarcbe-Conrmont. 
IV.  Les  p^ands  objets  de  la  foi ,  ou 
les  Mystères ,  Odes ,  1 7  74 ,  i"  -  B°. 
On  lui  attribue  encore  le  Diction- 
naire de  V  Ordre  de  la  Félicité.  Il 
a  fourni  au  théàlrederOpéra-Gomique 
le  Betour  favorable  el  le  Temple  de 
Momus  ,  prologues  ;  Olivette  ,  juge 
des  enfers  (^qu"  d'autre>  attribuent  à 
Piron  ) ,  ie  Miroir  magique ^\a  Mort 
du  Goret  el  le  Rossignol  ;  cette  der- 
nière pièce  en  société  avec  l'abbé  de 
l'Attaignant.  W — s. 

Fl.EUKY  (Guillaume-François 
JoLY  DE  ),  procureur  général  du  roi 
au  ])ar!ement  de  Paris,  et  l'un  des 
hommes  dont  h;  caractère  et  les  talents 
ont  illustré  la  magistrature  française  , 
était  issu  d'une  famille  originaire  de 
Beaune,  laqu  lie  occupa  des  places 
distinguées  dans  le  parlement  de  Bour- 
gogne, et  dont  une  branche  vint  s'éta- 
blir à  Paris  a  la  fin  du  XVP.  siècle.  Il 
naquit  dans  cette  ville  le  1 1  novem- 
bre 1675.  Destiné  à  suivre  la  carrière 
de  ses  pères,  il  fut  dès  ses  premiers 
ans  appliqué  aux  études  qu'elle  exige. 
Il  sortit  de  ses  classes  versé  dans  la 
grammaire ,  les  lettres  el  la  philoso- 
phie. A  ces  études  préparatoires ,  il  en 
joignit  bientôt  de  plus  importantes.  Il 
étudia  à  fond  la  jurisprudence  et  le 
droit  public,  et  ne  négligea  ni  la  théo- 
logi*',  ni  les  ouvrages  qui  traitent  de 
la  discipline  ecclésiastique,  ni  l'his- 
toire, ni  aucun  genre  d'instruction 
qu'il  crut  propre  à  former  un  magis- 
trat. Doué  d'une  grande  pénétration  et 
d'une  rare  mémoire,  il  recueillit  de 
bonne  heure  le  fruit  de  son  applicalionj 
el  à  l'âge  où  d'autres  à  peine  comracu- 


FLE 

cent,  il  annonçait  déjà  une  habileté' 
qu'on  n'aci[uicrt  ordiuairement  que 
par  un  Ions;  travail.  Il  n'avait  que  20 
ans,  lorsq n'en  1695  il  se  fit  recevoir 
avocat.  Il  en  exerça  dès-lors  les  fonc- 
tions d'une  manière  fort  brillante. 
Pourvu  en  1700  de  l'office  d'avocat 
général  à  la  cour  des  aides ,  il  y  fut 
reçu,  en  cette  qualité,  lei  décembre. 
Cependant  il  se  disposait  à  suivre  une 
autre  carrière.  I)  s'était  destiné  à  l'état 
ecclésiastique,  et  même  ,  dit-on,  il 
était  déjà  pourvu  de  quelques  béné- 
fices 'y  mais  son  frère  aîné  Josepli- 
Omer  Joly  de  Fleury  étant  mort  à  la 
fin  de  1704  et  ne  laissant  point  d'en- 
fants ,  Guillaume-François  crut  que 
l'intérêt  de  sa  famille  exigeait  qu'il 
rentrât  dans  le  siècle.  Il  quitta  l'habit 
clérical ,  et ,  peu  de  mois  après ,  suc- 
céda à  son  frère  dans  l'office  d'avocat- 
général  au  parlement  de  Paris  ,  que 
celui-ci  avait  laissé  vacant  j  il  réunit 
ainsi  le  même  office  dans  les  deux 
cours.  Il  sut  en  remplir  les  nobles 
et  pénibles  fonctions  à  la  satisfac- 
tion du  public,  et  montra  ,  quoiqu'il 
fût  d'une  santé  délicate,  que  ce  dou- 
ble travail  n'était  au-dessus  ni  de  son 
zèle  ni  de  ses  forces.  Nourri  d'é- 
tudes solides,  il  put  suffire  aux  plai- 
doyers ,  aux  harangues  ,  aux  réquisi- 
toires, aux  mercuriales  et  aux  nom- 
breux discours  qu'il  était  obligé  de 
prononcer  :  telle  était  sa  facilité,  que 
toutes  ces  pièces  étaient  aussi  soignées 
que  s'il  eût  eu  beaucoup  de  temps  pour 
les  composer  ;  el  l'on  ne  savait  qu'y 
admirer  le  plus  ,  de  l'éloquence  qui 
y  régnait ,  ou  de  la  justesse  du  raison- 
nement; de  l'ordre  et  de  la  préci- 
sion des  idées ,  ou  de  la  profondeur 
des  recherches.  En  1717,  la  place  de 
procureur-général  au  parlement  ayant 
vaquépar  la  nomination  de  M.d'Agues- 
seau  à  (a  dignité  de  chancelier  deFrance, 
Joly  de  Fleury  en  fut  pourvu.  Ce 


FLE  75 

furent  de  nouveaux  devoirs  à  remplir, 
qui  n'exigeaient  pas  moins  de  travail 
et  d'assiduité.  Le  nouveau  procureur- 
général  se  montra  le  digne  successeur 
de  l'illustre  magistrat  qu'il  remplaçait, 
et  «  les  deux  choix ,  dit  Duclos ,  furent 
d'autant  plus  applaudis  que  personne 
n'était   en  droit  d'en  être  jaloux.  » 
Joly  de  Fleury,  sous  le  régent,  fut 
l'un  des  membres  du  conseil  de  cons- 
cience; il  remplit  pendant  plus  de  vingt 
ans  les  fonctions  laborieuses  de  pro- 
cureur-général ,  cl ,  en  plusieurs  ren- 
contres ,  il  eut  à  suppléer  les  avocats- 
généraux  dans  l'exercice  du  minis- 
tère public.  En  1740,  il  s'adjoignit 
son  fils  aîné ,  à  qui  il  fit  don  de  la 
survivance  de  sa  charge.  S'en  étant  dé- 
mis en  1 746,  ce  fils  lui  succéda,  et  l'of- 
fice d'avocal-général  dont  celui-ci  était 
revêtu  passa  à  son  frère  Orner  Joly  de 
Fleury.  Les  soins  de  ce  grand  magis- 
trat, tandis  qu'il  était  procureur-gé- 
néral ,  ne  se  bornaient  pas  aux  affaires 
qui  étaient  de  son  emploi.  Il  fit  faire 
et  dirigea  de  grands  travaux  non  moins 
intéressants  pour  l'ancienne  littérature 
française  et  l'histoire  de  notre  droit 
public,  que  pour  la  jurisprudence.  Il 
fit  mettre  en  ordre  les  registres  du 
parlement ,  et  tira  de  la  poussière  des 
greffes  un  grand  nombre  de  documents 
curieux  quiy  restaientensevelis.  Beau- 
coup de  ces  pièces  furent  dépouillées 
sous  ses  yeux.  Il  soumit  au  même  tra- 
vail les  rouleaux  du  parlement,  des- 
quels à  peine  on  avait  connaissance  : 
il  fit  compulser  le  trésor  des  chartes, 
et  inventorier  ces  anciens  monuments; 
mines  négligées  jusqu'alors  et  qui  four- 
nirent une  grande  quantité  de  maté- 
riaux précieux.  Joly  de  Fleury  porta 
dans  sa  retraite  le  même  goût  du  tra- 
vail ,  le  même  amour  du  bien ,  le  même 
désir  d'être  utile  aux  autres.  Toutes 
les  après-midi  sou  cabinet  était  ouvert     - 
à  quiconque  voulait  avoir  recours  à 


74  FLE 

ses  lumières.Le  pauvre,  la  veuve,  Tor- 
phelin  y  étaient  admis.  Il  écoutait  ceux 
qui  se  prc'seiitaient ,  leur  donnait  des 
conseils,  résolvait  les  difficultés  qu'on 
lui  proposait:  et  ce  n'était  pas  seule- 
ment pour  les  choses  qui  étaient  du 
ressort  de  la  jurisprudence.  Ayant 
embrassé  presque  toutes  les  branches 
des  connaissances  humaines ,  il  n'en 
était  pas  sur  lesquelles  il  ne  fût  en  état 
de  raisonner,  et  de  donner  d'utiles 
avis.  Parmi  ceux  qui  venaient  lui  en 
demander,  se  trouvaient  des  personnes 
du  mérite  le  plus  distingué,  et  de  tous 
les  rangs  comme  de  toutes  les  profes- 
sions. Lorsqu'en  1752,  à  l'occasion 
des  troubles  qui  s'étaient  élevés  pour 
les  refus  de  sacrements  ,  on  nomma 
une  commission  ecclésiastique,  on  crut 
ne  pouvoir  mieux  faire  que  de  l'y 
appeler.  A  la  douceur,  à  un  caractère 
toujours  prêt  à  obliger ,  il  joignait  la 
fermeté  et  la  sévérité  de  mœurs  qui 
conviennent  à  un  magistrat.  Circons- 
pect dans  ses  démarches ,  toujours 
guidé  par  les  sentiments  d'honneur 
qui  étaient  héréditaires  dans  sa  fa- 
mille ,  et  par  l'amour  de  ses  devoirs, 
sans  faste,  sachant  allier  la  dignité  à 
la  modestie,  décent  et  grave  dans  ses 
manières,  chrélien  exemplaire  et 
e'claii  é ,  il  offrait  dans  sa  personne  le 
modèle  de  toutes  les  vertus  qui  font 
le  bon  citoyen  et  distinguent  l'homme 
public.  Il  conserva  jusqu'à  son  dernier 
moment  son  heureuse  mémoire  ,  son 
jugement  sain,  et  son  habitude  de  l'ap- 
plication. Quoique  avancé  en  âge,  il 
ne  ressentit  point  les  incommodités  de 
la  vieillesse.  La  veille  même  de  sa 
mort,  s'étant  fait  lire  les  représenta- 
lions  d'un  parlement,  il  fit  sur  cet  éci  it 
des  observations  très  judicieuses,et  en 
dit  son  sentiment  avec  beaucoup  de 
présence  d'esprit.  Il  mourut,  à  Paris, 
le  25  mars  1756,  dans  sa  8 1*".  année. 
Son  corps ,  après  avoir  été  présenté  à 


FLE 

Saint-Severin,  sa  paroisse,  fut  inhumé 
dans  l'église  de  Saint-André-des-Arcs, 
où  sa  famille  avait  sa  sépulture.  Le 
lendemain  de  l'inhumation  ,  sou 
éloge  fut  prononcé  par  M.  l'avocat- 
géuéral  Séguier ,  en  l'assemblée  des 
chambres.  «  Son  nom  ,  dit  un  journal 
du  temps  ,  passera  à  la  postérité  avec 
ceux  des  l'Hôpital ,  des  liarlay,  des 
Mole  et  des  d'Aguesseau.  »  11  laissa 
trois  fils ,  dont  l'un  lui  avait  succéd« 
dans  la  place  de  procureur-général, 
Tautre  d'abord  avocat-général  devint 
président  à  mortier ,  et  le  troisième  fut 
conseiiler-d'élat  et  contrôleur-général 
des  finances.  On  a  de  ce  magistrat  cé- 
lèbre :  I.  Beaucoup  de  Mémoires  sur 
diverses  matières,  dont  quelques-uns 
ont  été  imprimés,  et  le  plus  grand 
nombre estdemeuré manuscrit.  IL  Des 
Observations  et  Notes  sur  diverses 
parties  de  notre  Droit  public,  restées 
aussi  inédites.  III.  Des  Extraits  de 
Plaidoyers,  dans  les  tomes  VI  et  VII 
du  Journal  des  Audiences.  H  avait, 
dit  le  Dictionnaire  des  Anonymes  , 
guidé  M.  Duchemin  dans  la  rédacliou 
de  la  nouvelle  édition  de  ce  journal.  Il 
avait  aussi  revu  les  recherches  de  Gros- 
ley  sur  le  Droit  français,  et  il  passe 
pour  l'auteur  de  beaucoup  d'articles  du 
Denisart.  On  doit  ajouter  à. cela  qu'il 
eut  beaucoup  de  part  à  la  formation 
des  nouvelles  ordonnances  qui  furent 
rédigées  de  son  temps.  —  Fleury 
(Jean-Omer  Joly  de),  neveu  du  précé- 
dent, et  fils  de  Joseph-Omcr  Joly  de 
Fleury  ,  avocat-général  au  parlement, 
était  chanoine  de  l'église  métropoli- 
taine de  Notre-Dame  de  Paris.  Il  fut 
nommé  à  l'abbaye  d'Aumale  ,  ordre 
de  Saint-Benoît,  diocèse  de  Rouen ,  le 
10  novembre  1729,  et  à  celle  de 
Chézy ,  même  ordre,  diocèse  de  Sois- 
sons  ,  le  9  mai  1 73 1 .  On  a  de  lui  U 
Science  du  Salut,  ou  Principes  soli- 
des sur  les  devoirs  les  plus  important 


FLE 
àe  la  Beîigion ,  tirés  des  Essais  de 
morale  de  M.  Nicole.  Paris,  i  74^, 
in- 12.  li  a  aussi  publie  V Abrégé  de 
la  Philosophie,  par  De  la  Chambre, 
Paris ,  1 754 ,  2  vol.  in-12. 11  est  mort 
le  29  noverabre  1 755.  La  familie  Joly 
de  Fleiiry  subsiste  dans  un  petit-fils 
et  uif  arrière- petit  fils  du  procureur- 
j^e'néral  Guillaurae-François,  issus  du 
pre'sident  à  mortier.  L — y. 

FLEUaY( Jean-Baptiste),  sa- 
vant ecclésiastique  ^  naquit  à  Besançon 
en  1G98.  11  s'appliqua  particulière- 
ment à  l'histoire  delà  Franclie-Comte', 
et  parvint  à  former  des  recueils  pre'- 
cieux  de  pièces  qu'il  avait  transcrites 
lui-même ,  avec  le  plus  grand  soin , 
sur  les  orip;inaux  déposés  dans  les 
archives  publiques.  Dunod  déclare , 
dans  la  préface  de  Y  Histoire  de  ï  E- 
glise  de  Besancon  ,  qu'il  a  les  plus 
grandes  obligations  à  l'abbé  Fleuiy  , 
pour  les  judicieuses  remarques  qu'il 
lui  a  communiquées  :  cependant  il  re- 
fusa d'insérer  dans  son  ouvrage  une 
Dissertation  oii  l'abbé  Fleury  démon- 
trait, jusqu'à  l'évidence,  que  le  Saint- 
Suaire  de  Besançon  n'était  pas  une  re- 
lique authentique.  Cette  pièce  ,  qu'il  y 
avait  de  la  hardiesse  à  avouer  alors, 
courut  en  manuscrit;  mais  cette  impru- 
dence n'aîtira  aucun  désagrément  à 
Tauteur,  dont  on  connaissait  la  piété, 
et  dont  on  estimait  les  talents.  L'abbé 
Fleury  élait  en  correspondance  avec 
l'abbé  Lebeuf,  qui  a  souvent  fait  usage 
de  ses  recherches.  Il  avait  obtenu  un 
canonicat  à  la  collégiale  de  Sainte- 
jVIadelène  de  Besançon  ,  et  mourut  en 
celte  ville  le  6  mai  1754.  On  a  de  lui: 
I  Deux  Dissertations  sur  des  usa- 
ges singuliers  de  V Eglise  de  Besan- 
çon, imprimées  dans  les  Mercures  de 
juillet,  décembre  1 741 ,  et  septembre 
Ï742.  IL  Les  Almanachs  histori- 
ques de  Besançon  et  de  la  Franche- 
Comté,  depuis  l'j^Gjusquà  1755, 


FLE  75 

8  vol.  in-8®.  ;  collection  rare  et  pré- 
cieuse par  les  détails  intéressants 
qu'on  y  trouve  sur  les  points  les  plus 
importants  de  l'histoire  de  cette  pro- 
vince. 111.  Une  Messe  pour  la  fête 
de  Sainte-Madelène  ;  V  Office  pour 
la  fête  du  Sacré-Cœur  de  Jésus; 
des  Hymnes  pieuses  ;  des  ouvrages 
liturgiques ,  etc.  Les  recueils  de  ce 
savant  ont  été  perdus  par  la  négligence 
de  ses  héritiers.  W— s. 

FLEURY  (François-Michel),  n« 
à  Alençon  vers  le  milieu  du  18^.  siècle. 
Cet  ecclésiastique  ,  entêté  d'idées  bi- 
zarres ,  s'avisa  de  se  faire  répondre  et 
servir  la  messe  par  la  sœur  de  son  vi- 
caire. L'évêque  du  Mans  (  M.  de  Gri- 
maldi),  dans  le  diocèse  duquel  F'eury 
était  curé ,  l'ayant  interdit  de  ses  fonc- 
tions ,  il  publia  ,  dans  le  Journal  Ec- 
clésiastique du  mois  d'avril  1  774  >  ï* 
question  suivante  :  Si  une  femme , 
au  défaut  d'homme ,  peut  répondre 
la  messe.  11  se  chargea  d'en  donner 
la  solution ,  en  concluant  pour  l'affir- 
mative dans  le  numéro  du  mois  de 
juin  suivant.  Une  critique  manuscrite 
ayant  couru  dans  le  pays  qu'habitait 
Fleury,  il  fil  imprimer  une  brochure 
intitulée  :  Béponse  de  la  Messe  par 
les  femmes  ,  en  réponse  à  une  lettre 
anonyme,  1778,  in-8''.  ,  p.  p.  Cet 
ecclésiastique  mourut  le  19  avril  1781. 
D— B— s. 

FLEUKY-TERNAL  (Charles), 
jésuite  de  la  province  de  Toulouse,  né 
à  Tain  en  Dauphiné ,  le  29  janvier 
1 692 ,  professa  long-temps  ,  avec  dis- 
tinction ,  dans  les  collèges  de  la  société, 
et  mourut  vers  1750.  On  a  de  lui: 
I.  La  Vie  de  Saint- Bernard ,  arche^ 
veque  de  Vienne,  dédiée  à  S,  A.  Mgr. 
Vabbé  d'Auvergne ,  abbé-général  de 
l'ordre  de  Cluny,  Paris ,  1 722,  in- 1 2. 
On  cite  des  éditions  de  1728,  ^7^2 
et  1 748.  Ce  Saint-Bernard,  ou  plu- 
tôt Barnard^   çtait  un  honimç  de 


-6  FLI 

qualité  de  la  cour  de  Charlemagne  : 
il  devint  archevêque  ou  evêque  de 
Vienne ,  et  entra  dans  la  conspiration 
contre  Louis-le-Dcbonnairc;  mais  il 
expia  sa  faute  par  un  sincère  repentir. 
Son  nom  n'a  jamais  e'ted^ns  le  marty- 
rologe romam  ;  mais  on  fait  sa  fêfe,  le 
25  janvier,  à  Vienne  et  dans  les  dio- 
cèses voisins.  Il  mourut  en  845.  II. 
Histoire  du  cardinal  de  Tournoriy 
minisire  de  France  sous  quatre  de 
nos  rois  ,  Paris  ,  1 728 ,  in-8  .  et  in- 
4°.  Ce  cardinal,  de  Tournou  pre'sidait 
au  colloque  de  Poissy ,  et  mourut  en 
i562.  L-  Y. 

FLINCK  (  GovAERT  1  ,  peintre  , 
naquit  à  Clèves  en  1 6 1 6.  Ses  parents 
qui  le  destinaient  au  commerce  ,  con- 
trarièrent long-temps  son  inclination 
pour  le  dessin  j  mais  enfin ,  ils  con- 
sentirent à  le  confier  au  peintre  Lam- 
bert Jacobs  ,  sous  lequel  l'élève  fit  de 
rapides  progrès.  Attire  ensuite  a  Ams- 
terdam par  la  réputation  de  Rem- 
brant,  il  en  étudia  la  manière  ,  et  la 
saisit  au  point  que  la  plupart  de  ses 
ouvrages  se  confondent  avec  ceux  de 
cet  habile  maître.  Maigre  les  avantages 
de  ce  talent  d'imitation,  Flinck  cessa 
de  s'y  livrer  servilement;  il  reconnut 
qu'une  manière  plus  fondue  rendait 
mieux  la  nature  :  i!  changea  la  sienne 
eteulsujetde  s'en  féliciter  par  le  succès 
qu'il  obtint.  Son  mérite,  comme  pein- 
tre ,  et  ses  connaissances  variées ,  le 
lièrent  avec  les  savants  les  plus  recom- 
mandables.  Il  avait  fait  construire  un 
cabinet  dans  le  genre  de  celui  de  Ru- 
bens  ,  et  y  avait  rassemblé  des  collec- 
tions très  précieuses  de  tableaux  et  de 
dessins  des  grands  maîtres ,  ainsi  que 
de  gravureSjdc  médailles  et  de  diverses 
armures  des  anciens.  L'électeur  de 
Brandebourg  et  le  duc  de  Clèves  l'occu- 
pèrent beaucoup  et  l'honorèrent  d'une 
estime  particulière.  II  peignait  très  bien 
le  portrait  ;  mais  on  dit  qu'il  abandonna 


FLÏ 

ce  genre  quand  il  eut  vu  les  portraits 
de  Van-Dyck;  il  voulut  même  quitter 
entièrement  la  peinture  ,  après  avoir 
admiré  les  ouvrages  de  lUibens  :  ce- 
pendant les  instances  de  ses  amis  le 
rappelèrent  à  ses  pinceaux ,  et  il  ve- 
nait de  terminer  ,  aux  applaudisse- 
ments des  bourguemestres  d'Amster- 
dam ,  les  esquisses  de  douze  tableaux 
qu'ils  lui  demandaient  pour  la  maison- 
de-ville  ,  lorsqu'il  mourut,  en  1660  , 
âgé  de  44  ans.  C.  Van-Dalcn  a  gravé, 
d'après  Flinck  ,  la  Vierge  allaitant 
l'enfant  Jésus ,  Vénus  et  l'Amour ,  et 
le  portrait  de  Jean-Maurice ,  prince  de 
Nassau  :  J.-G.  Muller  a  gravé  Alexan- 
dre cédant  Campaspe  à  ApcUes.  On 
voyait  deux  de  ses  tableaux  au  Muséum 
de  Paris  ;  l'un  représente  une  jeune 
Bergère,  l'autre  les  Anges  annonçant 
la  venue  du  Messie.  V — t. 

FLINDERS  (  Mathieu)  ,  naviga- 
teur anglais,  a  acquis  une  juste  célé- 
brité par  ses  découvertes  et  ses  travaux 
nautiques  sur  le  continent  do  la  No- 
tasie  ou  Nouvelle-Hollande.  Il  na- 
quit à  Donington  dans  le  Lincolnshirc, 
s'adonna  de  bonne  heure  à  la  marine , 
et  n'était  encore  que  cadet  ou  volon- 
taire en  1 795  ,  lorsqu'il  s'embarqua 
sur  le  vaisseau  qui  conduisait  au  port 
Jackson  le  capitaine  Hunter,  chargé 
de  prendre  le  commandement  de  la  co- 
lonie de  la  Nouvelle-Galle  méridionale. 
Flinders  était  alors ,  depuis  peu  de 
temps ,  de  retour  d'un  voyage  dans  le 
Grand-Océan  ;  et  le  désir  de  faire  des 
découvertes  était  le  principal  motif  qui 
l'avait  engagé  à  s'embarquer  pour  le 
port  Jackson.  George  Bass  ,  le  chi- 
rurgien du  vaisseau  sur  lequel  il  se 
trouvait ,  avait  les  mêmes  idées  et  la 
même  intrépidité.  A  leur  arrivée  dans 
la  colonie ,  leurs  amis  cherchèrent  à 
les  dissuader  de  leur  projet ,  et  eu 
agirent  à  leur  égard  comme  avec  des 
jeunes  gens  d'une   imagination  vivç 


FLI 

rt  peu  réglée,  et  tourmenlésparime 
ambition  romanesque.  Cependant  l'im 
et  l'autre  insistèrent;  et  ils  obtinrent , 
pour  tout  moyen  d'exécution  ,  un  ba- 
teau de  huit  pieds  de  long ,  dont  tout 
l'équipage  ne  se  composait  que  de  ces 
deux  courageux  amis  et  d'un    seul 
mousse.  C'est  avec  cette  frêle  embar- 
cation qu'ils  reconnurent  une  partie 
du  cours  de  la    rivière  de  George, 
qu'ils  en  dressèrent  le  plan,  et  rele- 
vèrent ensuite  plusieurs  points  de  la 
cote  non  encore  visités.  Le  succès  de 
cette  tentative  déterminale  gouverneur 
à  confier  à  Bass,  un  an  après, eni  ng8, 
un  grand  bateau  avec  six  hommes  pour 
continuer  ses  découvertes;  et  immé- 
diatement après  on  donna  ,    dans  le 
même  but,  à  Flinders,  le  commande- 
ment d'une  corvette.  Il  avait  mis  à  la 
voile  avant  que  son  ami  Bass  fût  de 
retour.  Revenus  tous   deux  au  port 
Jackson,  et  s'étant  communiqué  les  ré- 
sultats de  leurs  explorations ,  on  ac- 
quit la  certitude  d'un  passage  entre 
la  Terre  de  F  an- Diemen  ou  \a  Tas- 
manie,  et  h  Nouvelle  Hollande  ou  la 
Notasie.  Alors  le  gouverneur  confia 
le    commandement    d'une    nouvelle 
corvette  à  Flinders.    Il  partit ,  avec 
son  ami  Bass,   en  septembre  1798, 
et  ne  revint  qu'après  avoir  relevé  une 
partie  des  cotes  de  Van-Diemen    et 
recueilli    les    matériaux   nécessaires 
pour  dresser  une  carte  du  canal  dont 
on  avait  soupçonné  l'existence  ,  et  au- 
quel il  donna  le  nom  de  Détroit  de 
Bass.  Flinders  fut  «isuite  envoyé  au 
nord  du  port  Jackson  pour  reconnaî- 
tre les  baies  d'Hervey  et  de  Glass- 
House  :  le  journal  de  cette  expédi- 
tion fut  publié  dans  le    Tableau  de 
la  colonie  anglaise  de  la  Nouvelle- 
Galle  méridionale ,  par  le  colonel 
Collin  (vol.   2,  pag.  225  à  263  ). 
C'est  aussi  dans  cet  ouvrage  (  vol.  2  , 
pag.  145  et  suiv.)  qu'on  trouvera  le 


récit  de  la  navigation  de  Bass,  dont 
nous  avons  parlé  ci-dessus.  En  1800, 
Flinders,  de  retour  à  Londres, y  dressa 
une   carte    du    Détroit  de    Bass  , 
et  fit  connaître  ses  découvertes  dans 
un  mémoire  intitulé,     Observations 
sur  la  côte  de  Fan-Diemen^quAv- 
rowsmilh   publia  en    i8oï  ,    iu-Zf''. 
L'auteur  alors  était  déjà  parti  pour 
une  nouvelle  expédition,  11  avait  pro- 
posé un  plan  au  gouvernement  pour 
compléter  la  reconnaissance  des  côtes 
de  la  Notasie  ou  Nouvelle-Hollande. 
Son  plan  ayant  été  adopté,  on  lui  avait 
donné  le  commandement  de  la  corvette 
V Investigateur ,  et  tous  les  moyens 
nécessaires  pour  le  succès  de  son  en- 
treprise. Il  explora  en  180 t,  en  1802 
et  en  i8o3  ,  les  côtes  méridionales  et 
orientales  de  la  Nouvelle-Hollande ,  et 
au  nord  le  détroit  de  Torrès  et  le  golfe 
de  Carpentarie.  Apeine  fut-il  de  retour 
qu'il  fit  de  nouveau  voile ,  du   port 
Jackson  ,  sur  le  vaisseau  nommé  la 
PorpoisCj  pour  retourner  au  nord 
compléter  son  travail  sur  le  détroit  de 
Torrès  ;  mais  il  fut  jeté  sur  un  des 
vastes  bancs  de  ces  récifs  qui  se  trou- 
vent entre  la  Nouvelle-Calédonie  et  la 
Notasie,  et  son  vaisseau,  ainsi  qu'un 
autre  nommé  le  Caton,  qui  l'accom- 
pagnait, y  firent  naufrage  le  17  août 
1 8o5.  Flinders  revint ,  sur  une  frêle 
embarcation  ,  au  port  Jackson  ,  d'où 
il  repartit  avec  deux  corvettes  pour 
aller  au  secours  de  ses  compagnons 
d'infortune  restés  sur  \cbanc  du  Nau- 
frage. Il   continua   ensuite  de  faire 
voile  au  nord  :  il  passa  le  détroit  de 
Torrès  ,  visita  Timor  ;  et  le  mauvais 
état  de  son  vaisseau  ne  lui  permettant 
ni  de  reconnaître  la  côte  occidentale  de 
la  Nouvelle-Hollande ,  ni  de  retourner 
sur  ses  pas ,  ii  se  dirigea  vers  l'Ile  de 
France  pour  se  ravitailler.  Flinders 
ignorait  que  son  pays  était  alors  en 
guerre  avec  la  France  j  et  le  passe- 


78  FLI 

port  dont  il  était  pourvu  et  qu'avait 
accordé  le  gouveruement  français , 
pour  faire  respecter  le  vaisseau  qu'il 
montait ,  même  dans  le  cas  d'hostilités 
déclarées ,  donnait  le  signalement  de 
la  corveJte  \^ Investigateur ,  et  non 
celui  du  Cumberlandqne  commandait 
alors  Flinders.  Ce  passeport  indiquait 
la  Mer  Pacifi  jue  ou  le  Graud-Océan 
comme  le  but  de  l'exploration  de 
Flinders,  et  n'avait  de  validité  qu'au- 
tant que  ce  capitaine  ne  se  détour- 
nerait pas  volontairement  de  la  route 
qu'il  devait  suivre.  Aussi,  le  capitaine 
Flinders  ,  à  son  arrivée  à  l'Ile  de 
France ,  fut  soupçonné  d'espionnage  : 
on  mit  l'embargo  sur  son  bâtiment  j 
on  mil  le  scellé  sur  ses  papiers,  et  on  le 
jelint  prisonnier.  Peut-être  les  ciicons- 
tances  critiques  où  se  trouvait  la  colo- 
nie française  ,  et  le  besoin  de  veiller 
à  sa  sûreté ,  autorisaient-ils  à  pren- 
dre ,  dans  les  premiers  moments,  ces 
mesures  de  rigueur;  mais  le  gouver- 
neur français  est  inexcusable  d'avoir 
retenu  Flinders  en  captivité  ,  pen- 
dant six  ans  et  demi.  C'est  bien  à 
tort  cependant  qà'on  a  cru  que  le  mo- 
tif de  cette  injuste  détention  avait  eu 
pour  but  de  s'approprier  les  décou- 
vertes de  Flinders ,  afin  de  les  attri- 
buer à  l'expédition  française  de  Bau- 
din  ,  qu'on  avait  envoyé  ,  à  la  même 
époque  et  dans  le  même  but,  sur  les 
côtes  de  la  Nouvelle-Hollande  ;  et  à 
ce  sujet  des  géographes  et  divers  jour- 
nalistes ont  dirigé,  contre  les  estima- 
bles rédacteurs  de  l'expédition  de  Bau- 
din  ,  des  accusations  de  plagiat  aussi 
violentes  qu'injustes  (i).  Elles  sont 
victorieusement  réfutées  par  la  nar- 
ration même  de  Flinders.  Cet  Uabile 


(^t'S  Voyei  Piiikerlon  ,  dam  le*  notei  de  ta  tra- 
duction des  yoj  âge/  de  Pérou  {General  ColleC' 
lion  of  Voyagei  and  Iravtlt ,  t.  XI ,  i)aj;.  «84 , 
8gn  ,  89a ,  906,  et  lef  auteur*  du  Qnarierly  revitw, 
Tol.  XU,  \:  I  et  2(i7  ,  et  du  MouUilj  i«V(#n»,  fé- 
vrier i8ii,  >•!.  LXXVI. 


f  LI 

navigateur  rencontra  Baudin  à  SS"*  de 
latitude  sud ,  et  à  i  "b^"  58'  de  longi- 
tude à  l'orient  de  Greenwich ,  point  oîi 
il  fixe  le  terme  de  ses  découvertes  vers 
l'est ,  et  de  celles  de  Baudin  vers 
l'ouest.  Nulle  part  il  ne  conteste  l'exac- 
titude et  la  légitimité  des  travaux  nau- 
tiques des  Français.  Il  rend  sur-tout 
la  plus  éclatante  justice  à  l'auteur  de 
l'atlas  du  voyage  d'Entrccasteaux.  Il 
se  serait  plu  de  même  à  reconnaître 
le  mérite  de  celui  de  l'expédition  de 
Baudin  ,  si  cet  allas,  gravé  deux  ans 
avant  le  sien  ,  était  parvenu  à  sa  con- 
naissance. Toutes  les  plaintes  de  Flin- 
ders portent  sur  Us  noms  français 
imposés  à  des  côtes  qu'il  avait  re- 
connues, et  sur  des  omissions  et  des 
réticences  qu'il  considère  comme  nui- 
sibles à  ses  justes  droits.  Nous  exa- 
minerons ailleurs  jusqu'où  s'étend  la 
légitimité  des  réclamations  du  navi- 
gateur anglais;  à  l'article  Péron  nous 
rétablirons,  sur  cet  objet,  la  vérité 
qu'on  a  considérablement  altérée. 
Flinders ,  de  retour  dans  sa  patrie 
vers  la  fin  de  1810,  ne  cessa  point 
de  travailler  à  la  rédaction  de  sa  rela- 
tion et  de  l'atlas  qui  devait  l'accom- 
pagner. Cet  ouvrage  parut  enfin  en 
1814?  etl'auteur  mourut  le  19  juillet 
delà  même  année,  peu  de  jours  après 
avoir  corrigé  la  dernière  feuille,  et 
avant  qu'il  fût  publié.  Il-  est  inti- 
tulé :  Foj'-age  à  Terra-Australis  ^ 
entrepris  pour  compléter  la  décou- 
i'erle  de  ce  grand  pays,  et  exécuté 
pendant  les  années  1801  ,  1802  et 
i8o5,  etc.,  etc.,  2  vol.  in-4°.  avec 
un  allas ,  Londres,  1 8 1 4  »  en  angbis. 
Ce  voyage  et  l'atlas  qui  l'accompagne 
placent  Flinders  au  nombre  des  m«il- 
leurs  marins  du  siècle  et  des  hydrogra- 
phes les  plus  distingués.  Le  voyage  ne 
doit  être  considéré  que  comme  une  lon- 
gue analyse  des  cartes  :  il  ne  renferme 
presque  que  des  détails  nautique»  3  ce 


FLI 

«jni  en  rend  la  lecture  fatigante  et  peu 
instructive  pour  le  commun  des  lec- 
teurs. Il  est  précédé  d'une  introduc- 
tion ,^  dans  laquelle  l'auteur  s'est  pro- 
pose pour  but  de  tracer  le  progrès  des 
découvertes  faites  avant  lui  sur  les 
côtesdela  Nouvelle-Hollande.  Ce  mor- 
ceau historique,  écrit  avec  exactitude, 
renferme  quelques  recherches  curieu- 
ses. L'a]»peudice  est  un  beau  travail  de 
M.  Brown ,  sur  la  Flore  de  la  Notasie 
ou  Nouvelle  -  Hollande,  Flindcrs  a 
aussi  publié  un  Mémoire  sur  Vusage 
du  Baromètre  pour  reconnaître  la 
proximité  des  côtes;  mémoire  qui  a 
été  inséré  dans  les  Transactions  phi- 
losophiques ,  partie  deuxième ,  année 
1806.  Ou  trouve  aussi  une  Lettre 
de  cet  estimable  navigateur  aux 
membres  de  la  Société  d'émulation 
de  nie  de  France ,  sur  le  banc  du 
Naufrage  et  sur  le  sort  de  La  Pé- 
rçuse ,  insérée  dans  les  annales  des 
Forages^  vol.X,  pag.  88^1  suiv.  (1) 
W—E. 

FLTNS  DES  OLIVIERS  ^aude- 
Marie-Louis- Emmanuel  GAKBON 
DE  ) ,  naquit  à  Reiras  en  1 757  ,  y  fit 
ses  études,  et  s'y  trouvait  encore  lors 
du  sacte  de  Louis  XVI  (en  1770)  ;  ce 
qui  lui  donna  occasion  de  composer 
une  Ode  qui  annonçait  quelque  talent 
poétique.  Ses  parents  le  destinaient  à 
la  magistrature ,  et  lui  achetèrent  une 
charge  de  conseiller  en  la  cour  des 
monnaies,  et  il  se  trouva  ainsi  le  col- 
lègue d'un  de  ses  oncles ,  A.  J.  B.  A. 
d'Origny,  qui  n'est  pas  inconnu  dans 
la  littérature.  (  Foy,  Origny  ).  La 
révolution  priva  Flins  de  sa  charge  ; 
il  se  livra  alors  tout  entier  à  la  litté- 
rature. Il  était  de  la  loge  des  Neuf- 
Sœurs  ,  et  se  lia  avec  plusieurs  de  ses 

(1)  On  trouve  dans  le  tome  V  des  Mémoires  de 
la  société  médicale  àv  Londres  (  1799,  in-8"  )  , 
nne  Obtervalion  d'un  enfant  né  ave  des  pustules 
yarioUques ,  par  un  Matbiau  FliaUer*  ,  chirari^Lsa 
à  D'jatugioa. 


FLI  ^^ 

membres.  Il  avait  acheté'  le  presby- 
tère de  Sei-miers  ,  près  Reims ,  et  s'y 
retira  en  1797  j  il  y  fit  mettre  ces 
vers  : 

Cette  maison  modeste  ét«it  un  presbytère, 
Dieu  même  j  fut  présent  sur  un  rustliiue  autel. 
Incrédule  ou  croyant,  philosophe  ou  sectaire  , 
Entre  ,  qui  que  tu  sois  ,  adore  l'Eternel. 
Tout  culte  plaît  au  ciel  quand  noire  cœur  est  juste, 
£t  Dieu  n'est  pas  sorti  de  cette  enceiate  auguste. 

Ce  fut  M.  de  Fontanes  qui  fît  avoir  à 
Flins  la  place  de  commissaire  impé- 
rial près  le  tribunal  de  Vervins ,  place 
qu'il  rempht  jusqu'à  sa  mort,  arrivée 
en  i8o5.  On  a  de  Flins  ;  1.  FoU 
taire, poëme,  lu  à  la  fête  académique 
de  la  loge  des  Neuf- Sœurs  ,  1779, 
in-8".  Cette  pièce  avait  concouru 
pour  le  prix  proposé  par  l'académie 
française.  II.  Fragments  d'un  Poème 
sur  l'affranchissement  des  serfs  , 
qui  ont  été  lus  à  la  séance  publique 
de  l'académie  française  ,  1 78 1 ,  in- 
8".  lïï.  Poèmes  et  Discours  en 
vers ,  lus  et  mentionnés  aux  séances 
publiques  de  l'académie  française , 
Paris,  Valleyre,  1 782,  in-8^  IV. 
Le  Bé^eil  d'Epiménide  à  Paris  y  ou 
les  Etrennes  de  la  liberté ,  comédie 
en  un  acte  et  en  vers ,  1 790 ,  in-8''. , 
pièce  de  circonstance  qui  a  eu  quel- 
que succès.  V.  Le  Mari  directeur^ 
ou  le  Déménagement  du  couvent, 
comédie  en  un  acte  et  en  vers ,  jouée 
le  25  février  1791  :  c'est  le  Mari 
confesseur  de  La  Fontaine  ,  mis  en 
scène;  la  pièce  est  un  peu  libre. 
VI.  La  jeune  Hôtesse ,  comédie  en 
trois  actes  et  en  vers ,  1 792  ,  in  -8''. , 
imitée  de  la  Locandiera  de  Gol- 
doni.  VII.  La  papesse  Jeanne  j  corné' 
die  en  un  acte,  mêlée  de  vaude- 
villes, jouée  sur  le  théâtre  du  Vau- 
deville en  1 793.  VIII.  Les  Fojrages 
de  l'opinion  dans  les  quatre  par- 
ties du  monde  ,  par  Louis  Emma- 
nuel, Paris,  1789,  journal  très  pi- 
q^uant,  dit  M.  Barbier  ,  et  dont  il  a 


8o 


FL[ 


paru  cinq  numéros.  Flins  a  cle  Tun 
des  collaborateurs  du  Modérateur , 
journal  à  la  re'daction  duquel  prési- 
diit  M.  de  Fontanes.  Il  a  ëlë  éditeur 
des  OEuvres  du  chei^alier  Berlin , 
l 'jBS ,  2  vol.  in  -  1 8.  Il  avait  entrepris 
ii;o  poëincen  cinq  chants,  intitule' ,  Is- 
via'èl:  on  en  trouve  des  frac:ments  plus 
ou  moins  longs  dans  YAlmanach  d^s 
Muses,  dans  la  Décade ,  tome  VÏII , 
pag.  i-ja,  dans  \e  Mercure  du   l«^ 
frimaire  an  IX.  On  croit  qu'il  a  laissé 
on    manuscrit    une    traduction    des 
Hymnes  de  Callimaque.  On  a  publie 
un    Choix  des  poésies  de  Barlhe, 
de    Masson   de    Mort^illers    et  de 
Carbon  de  Flins ,  1 8 1  o ,  in-i  8. 
A.  B— T. 
FLIPART  (  Jean- Jacques  ) ,  gra- 
Tcur ,  ne  à  Paris  en  1725,  fut  élève 
de  Laurent  Cars.   Son    père    Jean- 
Charles  a  gravé  plusieurs  planches 
dans  le  recueil  de  Crozat.  Jean-Jac- 
ques Flipart  s'appliqua  beaucoup    à 
l'étude  du  dessin ,  et  l'on  s'en  aper- 
çoit facilement  dans  ses  ouvrages.  Ses 
premières  estampes ,  notamment  la 
Sainte  -  Famille  ,    qu'il    a     gravée 
d'après  le  tableau  de  Jules  Romain, 
pour  la  galerie  de  Dresde,  sont  d'un 
très  bon  goût  de  gravure;  mais  peu 
à  peu  il  a  changé  de    manière,    et 
trop  négligé  les  combinaisons  de  son 
art.  Flipart,  d'un  caractère  très  doux 
et  fort  obligeant,  était  extrêmement 
modeste  et  désintéressé.   L'académie 
royale  de  peinture  l'avait  agréé  en 
1 7  55,  et  reçu  quelques  années  après. 
Il  a  beaucoup  gravé  d'après  Greuze  , 
entre  autres   le    Paralytique   servi 
par  ses  enfants ,  V  Accordée  de  vil- 
lage et  le   Gâteau  des  rois  ,  très 
glandes  planches  ;  une  jeune  Fille 
'  pleurant  la  mort  de  son  oiseau ,  et 
une  autre  dévidant  du  fil,  beaucoup 
'  plus  petites ,  d'après  le  même.  On  a 
de  lui  une   Tempête  ^  d'après  Ver- 


FLI 

net ,  d'un  effet  très  harmonieux  ;  ^<?- 
71US  et  Énéey  et  Adam  et  Eve , 
d'après  Naloire  ;  deux  Sacrifices  , 
d'après  Vien  ;  Notre -Seigneur  à  la 
Piscine,  d'après  une  très  belle  com- 
position de  Diétiich  j  le  Combat  des 
Centaures^  d'après  Boulongne,  et 
deux  Chasses ,  d'après  Boucher  et 
Vanloo.  Ingouf  et  Danzel  sont  ses 
meilleurs  élèves.  Flipart  est  mort  le 
9  juillet  1782;  il  a  eu  un  frère, 
Cliarles- François,  mort  en  177^, 
dont  on  connaît  plusieurs  estampes 
d'après  Fragouard  et  autres  maîtres 
modernes.  F — e. 

FLÏTNER(jEAN),néen  Franconie 
au  commencement  du  17^.  siècle, 
s'appliqua  beaucoup  à  la  poésie  latine, 
et  fut  gratifié,  en  cette  qualité,  du  titre 
de  poète  lauréat.  11  a  publié  :  I.  Ma- 
nipulus  epi^rammatum  dissectus,  et 
Hortulus  anthologicus  melicus  , 
Francfort,  lihg,  in- 12.  :  V Hortulus 
a  reparu  en  allemand  ,  1662  ,  in-8'. 
IL  Promptuariumchristianœ  sapien- 
tiœ ,  Francfort,  1662,  in-4'.  HL 
Sphinx  iheologîco-philosophica  (en 
allemand),  Francfort,  1669,  in-4*'. 
IV.  Le  2".  volume  du  TheatrumEuro- 
pœum,  colleclion  écrite  en  allemand, 
avec  un  grand  nombre  de  gravu- 
res, Francfort,  Mériau,  1659,  in- 
folio :  ce  volume  contient  les  événe- 
ments les  plus  mémorables  de  1G29 
à  i6)5.  V.  Nebulo  nebulonum  , 
hoc  est  Joco- séria  nequiticp  Censura^ 
Francfort,  1620,  i654,  if>56,  i()65, 
in-i2;  ouvrage  composé  de  55  odes 
en  vers  iambiques  ,  accompagnées 
chacune  d'une  gravure  et  de  notes  on 
IVrudition  n'est  pas  épargnée  :  on  y 
trouve  aussi  quelques  anecdotes.  C'est 
une  traduction  lil>r<'  d'un  ancien  livre 
de  facéties  en  vers  allemands,  d'un  au- 
teur connu  par  plusieurs  «juvragos  du 
même  genre.  (  ^.  Baardt  ,  et  Mur- 
NER.  )  —  U»  autre  Jean  Flitner, 


FLO 

pasteurlutliérien  enPomeranie,  mort 
en  1678,  a  publie  des  cantiques  et 
d'autres  ouvrages  ascétiques,  tous  en 
allemand.  C.  M.  P. 

FLOCGO,  ou  plus  correctement 
FLOKE ,  pirate  norvégien  selon  quel- 
ques auteurs,  et  suédois  suivant  d'au- 
tres, s'était  acquis  une  grande  répu- 
tation parmi  ses  compatriotes  par  sa 
hardiesse  à  entreprendre  des  courses 
lointaines,  et  avait,  par  ce  moyen, 
gagné  la  confiance  générale.  Les  récits 
qu'il  entendit  faire  de  l'Islande  l'en- 
gagèrent, en  865 ,  à  tenter  un  voyage 
à  cette  île.  Comme  la  boussole  n'était 
pas  en  usage àcette  époque,  les  chro- 
niques du  Nord  rapportent  que  Flocco, 
pour  connaître  s'il  s'approchait  de 
la  terre  s'il  cherchait,  prit  en  partant 
des  Feroër,  d'autres  disent  des  Or- 
cades ,  trois  corbeaux ,  oiseau  regard» 
comme  sacré  dans  la  mythologie  Scan- 
dinave. Quand  il  se  crut  bien  avant 
en  mer,  il  lâcha  un  des  corbeaux, 
espérant  que  la  direction  que  cet  oiseau 
allait  suivre  en  s'envolant  lui  indique- 
rait la  route  qu'il  devait  tenir.  Le  cor- 
beau retourna  vers  les  Orcades;  ce 
qui  fît  juger  à  Flocco  qu'il  était  moins 
éloigné  des  cotes  de  Norvège  que  de 
celles  de  Gardarsholm ,  nom  que  l'on 
donnait  alors  au  pays  nouvellement 
découvert.  II  continua  donc  à  navi- 
guer quelque  temps  encore,  puis  mit 
en  liberté  un  second  corbeau ,  qui,  ne 
trouvant  pas  où  reposer  son  pied, 
revint  à  bord.  Peu  de  jours  après , 
Flocco  laissa  partir  le  troisième  cor- 
beau ,  qui  alla  directement  vers  l'île 
nouvelle  où  Flocco  ne  tarda  pas  à 
arriver.  Il  aborda,  comme  ceux  qui 
l'avaient  précédé,  à  la  cote  orientale; 
mais  il  se  dirigea  ensuite  vers  la  partie 
méridionale,  où  il  entra  dans  un  golfe 
considérable,  appelé  aujourd'hui  le 
Faxafiordj  puis  il  alla  passer  l'hiver 
plus  au  nord ,  dans  le  golfe  conuu,  sous 

XV. 


PLO 


81 


le  nom  deBreidafîord.  L'énorme  quan- 
tité de  glaces  flottantes  qui  vinrent  au 
printemps  remplir  le  port  où  son  na- 
vire était  mouillé,  lui  fit  naître  l'idée 
de  changer  le  nom  de  l'île,  et  de  lui 
donner  celui  à' Island  {terre  de  glace), 
qu'elle  a  conservé  depuis  ce  temps. 
Flocco  passa  un  second  hiver  dans 
l'île,  et  choisit  pour  cette  fois  la  partie 
méridionale  ;  mais  ne  l'ayant  pas  trou- 
vée plus  agréable  que  les  deux  autres , 
il  retourna  en  Norvège,  et  ne  fit  pas 
une  description  flatteuse  du  nouveau 
pays  :  quelques-uns  de  ses  compa- 
gnons ,  au  contraire ,  le  dépeignirent 
sous  les  couleurs  les  plus  riantes  ;  et 
l'un  d'eux  en  reçut  le  surnom  de 
Snioer  Thorulfr  (  Thorulfr  de  Beur- 
re), parce  qu'il  soutenait  que  chaque 
brin  d'herbe  y  distillait  le  beurre. 
Quant  à  Flocco,  il  fut  appelé  Rafna 
Floke  (  Floke  le  Corbeau  ),  du  mot 
ra^'n( corbeau  en  norvégien),  à  cause 
de  l'usage  auquel  il  avait  employé  cet 
oiseau.  On  peut  regarder  l'histoire  des 
trois  corbeaux  comme  une  copie  du 
récit  des  trois  oiseaux  que  Noé  lâcha 
quand  il  était  encore  dans  l'arche; 
mais  elle  n'en  prouve  pas  moins  la 
sagacité  ^e  Flocco.  Il  paraît  que  les 
rapports  contradictoires  auxquels  son 
voyage jdonna  lieu  ralentirent  pendant 
plusieurs  années  l'ardeur  qu'on  avait 
d'abord  montrée  pour  entreprendre 
des  expéditions  à  la  terre  nouvelle. 

£ g^ 

FLOCCUS.  r.  Fiocco. 

FLODEKUS  f  Jean),  professeur  de 
langue  grecque  à  l'université  d'Upsal, 
mort  vers  la  fin  du  dernier  siècle.  Il 
joignait  à  une  vaste  érudition  une  cri- 
tique très  éclairée.  On  a  de  lui  plusieurs 
discours  latins  prononcés  à  l'univer- 
sité d'Upsal,  des  dissertations  latines, 
entre  lesquelles  se  distinguent  celles 
qui  roulent  sur  les  passages  difficiles 
d'HoraèrCy  et  une  édition  des  Dialo- 
6 


82  F  L  0 

^œs  de  Lucien  y  à  l'usage  des  étu- 
diants d'Upsal.  C AU. 

FLODOaRD,  bislorien ,  nëà  Eper- 
riay  eu  89  i,  mort  chanoine  de  rée;iise 
de  Reims  en  966.  Il  fut  envoyé  d.ms 
cette  deniicrc  ville  par  ses  parents 
pour  y  faire  ses  études.  Les  progrès 
qu*il  fit  dans  les  sciences,  et  ses  belles 
qualités  jointes  h  la  sagacité  de  son 
génie,  lui  nieritèrent  la  faveur  des 
archevêques  flervé  et  Seulfe,  qui  le 
récompensèrent  par  des  bénéfices , 
après  lui  avoir  conféré  les  ordres. Etant 
chanoine  de  Reims ,  doyen  de  la  petite 
ville  de  Cormicy  et  ensuite  du  bourg 
de  Coroy-lès-Herraonville,  il  devint 
abbé  de  Saint-Remy  ou  plutôt  de  St.- 
Basle  en  95 1 .  La  réputation  de  ses 
vertus  le  fit  appeler  à  l'évêché  de 
Tournay,  qu'il  n'occupa  jamais,  parce 
qu'un  clerc  simoniaque  fut  installe  sur 
ce  siège.  Il  joignait  à  la  connaissance 
des  lettres  les  mœurs  les  plus  pures. 
L'amour  du  travail  l'engagea  à  faire  les 
recherches  les  plus  exactes  pour  écrire 
l'histoire  de  Reims.  11  fouilla ,  avec  une 
patience  singulière,  des  archives  im- 
menses, compulsa  les  lettres  des  ponti- 
fes, les  actes  des  conciles,  les  marty- 
rologes antérieurs  à  son  temps,  au  rap- 
port de  Baronius,  Papire-Masson  et 
Pithou,  qui  tous  avouent,  ainsi  que  le 
cardinal  Grimani,  que  son  style  ne  se 
ressentait  ni  de  la  rouille  àes  anciens 
auteurs,  ni  de  la  dureté  de  style  des 
nouveaux.  Outre  son  Histoire  de  l'é- 
glise de  Reims j  il  est  auteur  de 
nombre  d'écrits  en  latin  ,  dont  on 
peut  voir  la  liste  dans  Marlol.  La 
meilleure  édition  de  cet  ouvrage,  cu- 
rieux et  intéressant  pour  les  Rémois, 
est  celle  de  George  Golvencr,  Douai , 
1617,  iu-8'.  C'est  à  tort  que  l'on  a 
publié  que  le  cardinal  Charles  de  Lor- 
raine fa  faire  à  ses  frais  la  première 
édition  de  l'historien  Flodoard.  Le 
cardinal  demanda  le  manuscrit  de  cet 


FLO 

auteur  pour  le  faire  imprimer  à  set 
frais  :  c'est  tout  ce  que  dit  Marlot  à 
ce  sujet;  mais  ce  projet  n'eut  pas  lieu 
alors,  pui>;que  ce  ne  fut  qu'en  161 1 
que  le  P.  Sirmond  donna  la  première 
édition  du  texte  de  Flodoard  ,  Paris  , 
Seb.  Cramoisy.  Nicolas  Ghesneau  en 
avait  publié  une  version  française  dès 
i58o,  in-4*'.,  d'après  un  manuscrit 
fautif  j  en  sorte  que  la  traduction  fran- 
çaise de  cet  historien  a  paru  avant  le 
texte,  ce  qui  est  assez  remarquable. 
La  Chronique  du  même  auteur,  sous 
le  titre  de  Chronicon  rerum  inter 
Francos  gest  irum  ,  commence  à 
l'année  919  et  finit  en  966;  Pithou  et 
Duchesne  l'ont  publiée  :  elle  est  géné- 
ralement estimée  des  savants.  Les  au- 
tres ouvrages  de  Flodoard  sont  des 
histoires ,  en  vers  héroïques,  de  saints 
et  de  papes  illuslies.  Dom  Mabilion 
en  a  donné  des  fragments  dans  ses 
Acta  Sanclorum.  J — b. 

FLOGEL  (  Charles -Frédéric  ). 
La  vie  de  cet  écrivain  utile  n'offre 
rien  de  remarquable.  Fils  d'un  maître 
d'école  de  Jauer,  en  Silésie,  il  naquit 
le  5  décembre  1729:  il  fréquenta  ,  de 
I  738  à  1 748,  l'école  latnie  de  sa  ville 
natale;  de  1748  à  1752  ,  le  gymnase 
de  Breslau  ;  enfin ,  de  fi^i  à  1754, 
l'université  de  Halle,  où  il  étudia  la 
théologie  prolestante.  De  retour  à 
Jauer ,  il  y  passa  six  années  sans 
place,  occupé  à  donner  des  instruc- 
tions aux  eufanls  de  quelques  habi- 
tants de  cette  ville.  Enfin,  en  1761  , 
il  fut  appelé  comme  instituteur  au 
gymnase  de  Brcsiau;  en  1762,  on  le 
nomma  pro-rectcur,  et  en  1775  rec- 
teur decelui  de  Jauer:  il  finit  par  ob- 
tenir en,  1 774i  I'  chaire  de  professeur 
de  philosophie  à  l'académie  des  jeunes 
nobles  de  Liegnitz.  Cette  place,  qui 
ne  l'occupa  guère,  lui  laissa  du  loisir 
pour  cultiver  la  branche  de  littérature 
â  laquelle   il  s'était   principalemont  , 


FLO 

voué,  et  qui  fit  son  amusement  jus- 
qu'à la  fin  de  ses  jours,  arrivée  le 
7  mars  1788.  L'histoire  littéraire 
e'tait  la  carrière  dans  laquelle  Flogel 
sut  se  frayer  une  route  nouvelle.  Des 
1760,  il  avait  publié  une  Introduc- 
tion à  l'art  à' inventer  ^  Breslau , 
iu-8\  En  1765,  il  donna  son  His- 
toire de  l'esprit  humain,  en  un  vol. 
in-S". ,  dont  il  parut  successivement 
trois  éditions,  et  qui  fut  traduite  en 
italien  par  Ang.  Ridolû,  Pavie,  i  788, 
in-8\  Mais  ce  fut  en  1784  T^^'i^  pu- 
blia le  premier  volume  de  l'ouvrage 
qui  fixa  son  rang  parmi  les  écrivains 
allemands  :  c'est  ï Histoire  de  la  lit- 
térature comique,  en  4  vol.  in^". 
Cet  ouvrage  est  le  fruit  de  grandes 
recherches,  et  renferme  une  foule  de 
matériaux  curieux  et  amusants.  Il  est 
recommandable  pour  son  exactitude 
plutôt  que  sous  le  rapport  du  style. 
Les  trois  premiers  volumes  traitent 
du  genre  comique  en  général,  et  de 
la  satire  chez  tous  les  peuples  anciens 
et  modernes.  Le  quatrième  est  destiné 
à  la  comédie,  en  prenant  ce  mot  dans 
son  sens  le  plus  général.  On  voit  que 
cet  ouvrage  n'embrasse  pas  toutes  les 
branches  de  la  littérature  comique. 
Flôgel  s'était  proposé  de  donner,  dans 
des  ouvrages  particuliers ,  l'histoire 
des  branches  qu'il  n'avait  pas  traitées 
dans  les  quatre  vohimes.  Il  fit  impri- 
mer en  eiFet,  en  1788,  ï Histoire  du 
comique  grotesque ,  en  un  vol.  in-8"., 
qui  vil  le  jour  après  sa  mort.  L'année 
suivante,  ^Histoire  de  s  fous  en  titre 
£i'o/)fîce  parut  en  un  vol.  iQ-8''.pl  forme 
la  seconde  partis  de  celle  du  comique 
grotesque.  Enfin  ,  un  ami  de  l'auteur, 
M.  Schmit,  publia,  en  1794,  ^His- 
toire du  burlesque,  en  i  vol.  in-8°., 
dont  on  avait  trouvé  le  manuscrit 
entièrement  mis  au  net  parmi  les 
papiers  de  l'auteur.  Ces  divers  ou- 
vrages, tous  en  allemand,  forment 


FLO 


85 


une  suite  qui  manque  à  la  littérature 
peut-être  de  tous  les  autres  peuples. 

S— L. 

FLONCEL  (  ALBERT-FnANçois  ) , 
né  à  Luxembourg,  en  1697,  fut 
d'abord  avocat  en  parlement.  Il  fut, 
en  lySi ,  secrétaire  d'état  de  la  prin- 
cipauté de  Monaco,  et,  en  1739 ,  pre- 
mier secrétaire  des  affaires  étrangères 
sous  MM.  Amelotet  d'Argenson ,  cen- 
seur royal ,  etc.  11  avait  un  goût  très 
prononcé  pour  la  littérature  italienne, 
et  fut  membre  de  l'académie  des  Arca- 
des de  Rome  ,  de  celles  de  Flo- 
rence,  de  Bologne  ,  de  Cortone.  Il 
s'était ,  avec  le  temps ,  formé  une 
bibliothèque  très  précieuse,  composée 
de  11,000  volumes  en  langue  ita- 
lienne. Il  mourut  le  k'Ï  septembre 
1 775.  Le  Catalogue  de  sa  bibliothèque 
parut  en  1774  ,  1  vol.  in-8'. ,  et  est 
très  recherché  aujourd'hui.  On  a  de 
Floncel  une  traduction  de  la  Lettre 
de  M.  Riccohoni  à  M.  Muratori ,  sur 
la  comédie  de  V Ecole  des  maris  de 
M.  de  Lachaussée,  1737,  in- 12, 
réimprimée  en  i76'2.  —  Floncel 
(  Jeanne-Françoise  de  Lavau  ,  dame), 
son  épouse ,  née  à  Paris  en  1715, 
morte  le  6  octobre  1764,  a  traduit 
de  l'italien  de  Goldoui,  les  deux  pre- 
miers actes  de  la  comédie  de  VÀ^^'o- 
cat  vénitien  ,  1 760 ,  in  - 12.  —  Flon- 
cel (  Albert- Jérôme  ) ,  leur  fils  ,  né  à 
Paris  le  i"*".  mai  174?»  ^  donné  un 
Essai  sur  la  vie  et  les  découvertes 
de  Galileo  Qalilei ,  traduit  de  l'ita- 
lien  du  P.  Frisi,  1767,  in-i2;cet 
ouvrage  se  trouve  aussi  dans  le  Jour- 
nal de  Trévoux,  avril,  1767,  et  a 
été  réimprimé  dans  V Encyclopédie 
méthodique  {KisXoire ,  tom.  11,  pag. 
668-675  ).  A.  B— T. 

FLOOD  (Henri),  fils  d'un  chef 

de  justice  du  tribunal  du  banc  du  roi 

en  Irlande,  naquit  en  1752,  et  fit 

ses  premières  études  au  collège  de  la 

6., 


84  FLO 

Trinité  de  Dublin ,  d'où  il  passa,  vers 
ï  749»  à  l'université  d'Oxftrd.  Il  était 
doué  d'une  belle  figure ,  relevée  par  la 
politesse  des  manières;  mais,  quoi- 
qu'avec  un  esprit  vif  et  intelligent,  les 
succès  faciles  que  lui  procuraient  dans 
le  monile  ses  avantages  exléiieurs  , 
joints  à  l'influence  d'un  nom  consi- 
déré cl  d'une  grande  fortune,  l'avaient 
conduit  à  négliger  d'abord  la  culture 
de  son  esprit.  Son  gouvernour ,  le 
docteur  Markliam  ,  qui  l'ut  depuis  ar- 
chevêque d'York ,  et  M.  Tyrwhitt,  lit- 
térateur distingué,  essayèrent  d'éveil- 
ler son  goût  pour  l'étude  en  piquant 
son  amour-propre;  i:s  s'attachèrent, 
dans  les  sociétés  où  ils  l'introduisi- 
rent, à  le  mettre  en  présence  de  quel- 
ques jeunes  gens  fort  instruits,  et  à 
feire  tomber  la  conversation  sur  des 
sujets  intéressants.  Flood,  qui  dans  les 
réunions  frivoles  où  il  s'était  trouvé  jus- 
que-là ,  était  accoutumé  à  se  faire  écou- 
ter comme  un  oracle ,  désespéré  main- 
tenant de  ne  pouvoir  même  prendre 
part  à  des  discussions  où  il  y  avait  des 
applaudissements  à  recueillir,  se  con- 
damna volontairement  à  garder  le  si- 
lence jusqu'à  ce  qu'il  eut  suffisamment 
étendu  le  cercle  de  ses  connaissances. 
Il  consacra  la  plus  grande  partie  de 
son  temps  au  travail,  avec  une  telle 
assiduité  et  un  tel  succès ,  qu'au  bout 
de  six  mois  il  put  se  mêler,  sans  té- 
mérité, aux  discussions  littéraires 
auxquelles  il  avait  été  à  peu  près 
étranger.  Il  joignit  l'étude  des  scien- 
ces exactes  à  celle  des  auteurs  classi- 
ques giecs  et  latins,  particulièrement 
des  orateurs.  Flood  n'en  était  pas 
moins  très  répandu  dans  le  monde , 
et  il  était  un  de  ceux  qui  donnaient  le 
ton  dans  la  bonne  compagnie.  Eu 
i-jSg,  il  fut  élu  membre  de  la  cham- 
bre des  communes  en  Irlande ,  et  fut 
réélu  dans  le  parlement  renouvelé  en 
1 761 ,  où  il  se  distingua  émiucmmeût 


FLO 

par  une  éloquence  brillante ,  et  par 
le  zèle  et  la  persévérance  qu'il  mit  à 
soutenir  toutes  les  mesures  qu'il  re- 
gardait comme  utiles  à  son  pays.  Telle 
fut  celle  du  rappel  d'une  loi  établie 
par  sir  Edward  Poyning ,  sous  le  rè- 
gne de  Henri  VII ,  et  qui ,  par  l'effet 
d'une  fausse  interprétation,  soumet- 
tait tous  les  actes  de  la  législature  d'Ir- 
lande à  la  censure  d'un  conseil  d'état 
anglais.  11  parvint  à  opérer  une  ré- 
forme d.ius  la  durée  des  sessions  du 
parlement  d'Irlande,  durée  qui  jus- 
que -  là  s'était  prolongée  jusqu'à  la 
mort  du  roi,  et  qui,  par  l'adoption  du 
bill  octennaly  fut  bornée  désormais 
à  huit  ans;  cette  réforme  fut  pour 
l'Irlande  la  source  de  grands  avanta- 
ges politiques.  Enfin  ,  il  se  déclara  eu 
faveur  d'une  milice  constitutionnelle, 
qui  pût  balancer  dans  l'intérieur  l'as- 
cendant de  l'armée.  Après  avoir  été 
d'abord  le  chef  du  parti  de  l'opposi- 
tion dans  son  pays ,  Flood ,  dans  les 
diverses  administrations  qui  se  suc- 
cédèrent, se  montra  pour  ou  contre 
elles ,  suivant  qu'elles  favorisaient  ou 
contrariaient  le  succès  des  mesures 
dont  il  s'était  fait  le  champion  ,  et 
qu'il  parvint  à  faire  adopter.  Il  avait 
accepté ,  vers  1775,  la  place  de  con- 
seiller d'état  dans  les  deux  royaumes , 
avec  celle  de  l'un  des  vice-trésoriers 
d'Irlande  ;  mais  il  n'avait  accepté 
qu'à  de  certaines  conditions,  relatives 
au  maintien  de  ses  principes  ;  et  ces 
principes  se  trouvant  contrariés ,  il 
résigna  la  place  de  vice-trésorier  en 
17B1.  Son  nom  fut  rayé  de  la  hsîe 
des  conseillers  d'état.  Son  adhésion 
et  son  opposition  alternatives  aux 
mesures  ministérielles,  lui  attirèrent 
fréquemment  le  reproche  de  versati- 
lité. En  1 785 ,  la  chambre  des  com- 
munes fut  témoin  d'une  discussion 
entre  Flood  et  M.  Grattan,  qui  fui 
portée  à  un  degré  d'animosilc  dont 


FLO 

il  n'y  a  pas  un  autre  exemple.  Pour 
avoir  l'air  d'éviter  les  personnalités  , 
W.  Grattan ,  dans  le  cours  de  ce  dé- 
bat ,  supposait,  par  une  sorte  depro- 
sopopée,  qu'il  adressait  la  parole  à 
un  membre  du  parlement,  alors  ab- 
sent,  et  l'apostrophait  ainsi,  les  yeux 
fixés  directement  sur  Flood  :  «  Vous 
T>  avez  de  grands  talents ,  mais  vous 
»  menez  une  vie  infâme;  pendant  des 
»  années  vous  avez  gardé  un  silence 

»  que  vous  vous  faisiez  payer Je 

»  vous  le  dis  à  la  face  de  votre  pays , 
))  devant  tout  le  monde  et  devant  vous- 
»  même  ;  non,  vous  n'êtes  pas  un 
»  honnête  homme.  »  Flood  répliqua , 
et  s'abandonna  à  une  verve  d'invec- 
tives, portée  au  point  que  Torateur 
des  communes ,  avec  l'avis  de  la  cham- 
bre ,  crut  devoir  l'interrompre.  Flood 
obtint  cependant  la  permission  de 
poursuivie  sa  justification  quelques 
jours  après.  Il  fut  élu  membre  du  par- 
lement anglais  en  i'j85  pour  la  ville 
de  Winchester,  et  représenta  le  bourg 
de  Seaford  dans  la  session  suivante, 
depuis  i-jSS  jusqu'à  la  dissolution. 
Le  dernier  discours  qu'il  prononça 
dans  le  parlement  anglais,  eu  1790, 
avait  pour  objet  une  réforme  dans  la 
représentation  parlementaire.  Le  plan 
qu'il  proposa ,  obtint  l'entière  appro- 
bation de  M.  Fox,  et  des  hommes 
les  plus  éclairés.  Son  influence  était 
néanmoins  fort  affaiblie  dans  les  der- 
nières années  de  sa  vie.  Les  efforts 
violents  qu'il  fit  pour  éteindre  un  in- 
cendie qui  s'était  manifesté  dans  un 
de  ses  bureaux,  furent  suivis  d*une 
pleurésie,  dont  il  mourut  le  2  décem- 
bre 1791.  Il  voulut,  par  son  testa- 
ment, que  son  bien  principal,  après 
la  mort  de  sa  femme ,  passât  au  col- 
lège de  la  Trinité  de  Dublin  ,  pour 
servir  à  la  fondation  d'une  chaire  de 
lan;j;ue  erse  ou  irlandaise,  et  d'une  au- 
tre d'antiquités  et  d'histoire  d'Irlande , 


FLO 


85 


et  pour  être  appliqué  à  fonder  quatre 
prix  pour  des  compositions  en  prose 
et  en  vers,  en  irlandais,  en  grec  et 
en  latin.  Le  surplus  devait  être  em- 
ployé pour  enrichir  la  bibliothèque 
de  l'université.  L'éloquence  de  Flood 
était  remarquable  par  la  force  du  rai- 
sonnement, et  par  la  pureté  et  la  ri- 
chesse de  son  style ,  plein  d'images  et 
d'allusions  classiques.  Il  se  montrait 
avec  plus  d'ava  ntage  encore  quand  il  ré- 
pondait ,  que  lorsqu'il  prenait  l'initia- 
tive :  malheur  à  l'adversaire  qui  pro- 
voquait ses  sarcasmes  î  On  a  imprimé 
plusieurs  de  ses  discours  dans  les  par- 
lements ;  un  entre  autres  sur  le  Traité 
de  commerce  ai^ec  la  France,  in-8  \ , 
1 787;  des  Fers  sur  la  mort  de  Frédé- 
ric ,  prince  de  Galles ,  publiés  dans  la 
collection  d'Oxford,  en  1 7  5 1  ;  une  Ode 
sur  la  Renommée,  ^'J^^j  1^  traduC" 
tion  de  la  première  Ode  pfthique  de 
PindarCy  l'jSS.  On  cite,  parmi  des 
manuscrits  qu'il  a  laissés ,  la  traduc- 
tion des  deux  Harangues  d'Eschine 
et  de  Démosthène  sur  la  couronne  , 
et  de  plusieurs  Oraisons  de  Cicéron  ; 
mais  nous  ignorons  si  ces  traductions , 
qu'on  vantait  beaucoup,  ont  été  im- 
primées. Z. 

FLOQUET  (Etienne- Joseph), 
compositeur  français  ^  naquit  à  Aix  en 
1750.  Dès  son  enfance  il  montra, 
pour  la  musique  ,  les  dispositions  les 
plus  étonnantes.  Ses  parents  le  placè- 
rent à  la  maîtrise  de  Sl.-Sauveur  ;  et , 
à  onze  ans ,  il  fît  exécuter  un  motet  à 
grand  chœur,  qui  fut  généralement  ap- 
plaudi Il  vint  à  Paris  en  1769,  se  li,i 
avec  l'abbé  Le  Mon  nier  ,  et  fit  pour 
lui  la  musique  de  V  Union'àeV Amour 
et  des  Arts ,  qu'ils  donnèrent  à  l'opéra 
en  1773.  Celte  pièce  eut  un  succès 
prodigieux  et  quatre-vingts  représenta- 
tions consécutives.  L'année  suivante , 
ils  firent  exécuter  Azolan  o»i  le  Ser^ 
ment  indiscret,  dont  la  réussite  ne 


86  FLO 

fut  pas  heureuse.  Persnnde'  qu'il  lui 
restait  encore  brauconp  à  acquérir. 
Floquet  prit  le  parli  d'aller  en  Italie  , 
où  il  suivit  les  leçons  de  Nicolo  Sala 
el  du  P.  Martiui.Eu  revenant  en  France 
il  passa  parBologne ,  et  se  fil  recevoir 
à  racadëraie  des  Philarmoniquf  s.  Ce 
que  les  aspirants  doivent  composer  en 
trois  séances,  Floqntt  le  fil  en  une 
^eule.  11  composa,  en  deux  heures  (t 
demie,  une  fugue  à  cinq  parties  ,  un 
petit  motet  et  un  canto  Jcrmo.  De 
retour  à  Paris  ,  il  donna,  en  1779, 
Tope'ra  à^IIellé,  qui  n'eut  aucun  suc- 
cès ;  puis,  l'année?  suivante,  le  Sei- 
(^neur  bienfaisant ,  et ,  aux  Italiens, 
la  Nouvelle  Omphale  ,  qui  furent 
mieux  accueillis.  Il  entreprit  alors  de 
remettre  en  musique  yAlceste  de 
Quinault,  retouché  par  Sainl-iMarc, 
sans  être  arrête  par  la  concurrence 
avec  Gluck.  Mais  l'exécution  prouva 
que  c'était  un  projet  téméraire  ,  et  la 
première  répétition  que  l'on  fit  de  sa 
pièce  fut  un  arrêt  de  proscription.  Le 
chagrin  qu'il  en  conçut  rtltéra  sa  santé, 
ft  il  mourut  le  10  mai  i-jSS.  Floquet 
était  un  savant  harmoniste;  mais  ses 
opéras  ont  prouvé  que  la  science  est 
impuissante  sans  le  génie.  Sa  mélodie 
est  monotone  et  languissante;  seschants 
.sont  surannés  ,  cl ,  à  l'exception  de  sa 
Chaconne ciàM  Triodes  Vieillards, 
SCS  productions  sont  à  peu  près  ou- 
bliées. D.  L. 

FLOR  (Roger)  naquit  à  Tarra- 
gone  ,  le  1 4  juillet  1262.  Ayant  em- 
brassé de  bonne  heure  la  carrière  des 
ijrmes  ,  il  se  signala  par  quelques  ex- 
j)loils  contre  les  Maures  ;  il  prit  eu- 
suite  l'habit  des  Templiers ,  et  fit  sa 
profession  à  Barcelone ,  dans  la  mai- 
son de  cet  ordre.  Dans  les  dernières 
croisades  il  passa  en  Palestiiii»  avec 
quelques  autres  chcvahers,  ets'c'tabUt 
à  Saint- Jean  d'Acre.  Les  iu fidèles 
ayant  atlâvjué  celle  place,  il  y  fit  des 


FLO 

prodiges  de  valeur.  Dans  une  sortie , 
il  culbuia  les  ennemis, leur  p.rit l'éten- 
dard de  Mahomet ,  et  tua  de  sa  main 
leur  général.  Mais  les  Sarrasins  ayant 
reçu  de  puissants  renforts,  malgré 
le  courage  de  ses  défenseurs ,  la  ville 
fut  prise  d'assaut  en  1 291.  Roger  put 
cependant  sauver  le  trésor  de  sou 
ordre.  Il  s'occupa  d'abord  à  rassem- 
bler tout  ce  qu'il  put  de  chevaliers  et 
de  guerriers  chrétiens  débaudés,  avec 
lesquels  il  forma  une  petite  armée  na- 
vale. H  commença  à  parcourir  les 
mers ,  tantôt  en  portant  des  secours 
et  des  vivres  aux  armées  chrétiennes, 
tantôt  en  infestant  les  cotes  de  l'cu- 
neuii,  et  en  battant  ses  flottes,  quoi- 
que Lien  supérieures  à  celle  qu'il  com- 
mandait. Ces  exploits  lui  procurèrent 
beaucoup  de  richesses ,  et  lui  firent 
une  grande  réputation.  Dans  ce 
temps,  Frédéric  d'Arragon  disputait 
la  couronne  de  Sicile  aux  rois  de  Na- 
ples  de  la  maison  d'Anjou  :  n'ayant  pas 
assez  de  forces  pour  lutter  contre  sou 
rival ,  il  appela  à  son  secours  Roger, 
qui  accourut  aussitôt  en  Sicile  avec 
son  armée ,  et  contribua  beaucoup  et 
par  ton  intelligence  et  par  sa  valeur 
à  la  conquête  de  celte  île.  Frédéric, 
en  récompense  de  ses  services ,  le 
nomma  vice-amiral.  Flor  était  d'uu 
caractère  inquiet,  avide  et  ambitieux. 
Soit  qu'il  crût  avoir  à  se  plaindre  du 
peu  de  générosité  de  Frcdéiic  à  son 
égard  ,  ou  qu'il  cherchât  de  nouvelles 
occasions  de  se  signaler,  il  quitta  ce 
prince  et  vint  offiir  ses  services  à  l'em- 
pereur Andronic,  qui  les  accepta  avec 
empressement.  Les  Turcs  faisaient  de 
grands  progrès  dans  l'empire  d'Orieut,«^ 
et  il  semblait  que  rien  ne  pouvait  leur 
résister.  Roger,  ayant  sous  ses  ordres 
2000  Catalans,  passa  ,  eu  i3o4  ,  à 
Constantinople,  où,  à  ia première  oc- 
casion qui  se  présenta  de  se  mesurer 
avec  les  CDUcmis .  il  remporta  une  vie- 


FLO 
toire  signalée  ,Gt  parvint  à  rétablir  la 
tranquillité  dans  Tempire.  Andronic 
reconnaissant  lui  accorda  sa  nièce  en 
mariage,  ini  conféra  le  titre  de  César  ^ 
et  le  combla  de  richesses  et  d'hon- 
neurs. Il  fut  également  généreux  en- 
vers les  autres  capitaines,  dont  les 
])riucipaux  étaient  Roger  d'Entenca  , 
Arenas,  Rocafort,  Rcquesens,  Foxa  , 
etc.  Entenca,  lieutenant  de  Roger,  fut 
élevé  à  la  dignité  de  rangneduc ,  ou 
grand-duc,  titre  qui  répond  à  celui  de 
généralissime  des  armées  de  terre  et 
de  mer.  Flor  se  trouvant  allié  à  l'em- 
pereur, et  si  près  du  trône,  donna 
de  forts  soupçons  qu'il  voulût  l'occuper 
en  entier.  Andronic  ,  qui  en  fut  in- 
formé, crut  devoir  se  défaire  d'un  sujet 
trop  puissant;  il  fit  assassiner  Roger 
une  nuit  ,  tandis  que  celui-ci  passait 
dans  l'appartement  de  sa  femme  (i). 
Le  grand-duc  Entenca  fut  arrêté  en 
même  temps.  Roger  mourut  le  id  avril 
i3o6 ,  à  l'âge  de  44  ^"S.  Les  Catalans 
indignés  se  renfermèrent  dans  Galii- 
poli ,  d'oii,  par  de  fréquentes  sorties, 
ils  vengèrent  cruellement  sur  les  Grecs 
la  mort  de  leur  général.         B — s. 

FLORE  (  FrInc  ).  Foy.  Floris. 

FLORENT  -  CHRÉTIEN,  Fof, 
Chrétien. 

FLORES  (Louis),  dominicain, 
naquit  à  Gand  le  i4  janvier  1670. 
Ayant  fait  ses  études  dans  sa  patrie, 
ses  parents  l'envoyèrent  en  Espagne 
solliciter  un  emploi.  N'ayant  pu  l'ob- 
tenir, il  passa  au  Mexique,  où  il  prit 
l'habit  religieux.  Il  fut  bientôt  envoyé 
comme  missionnaire  aux  Philippines , 

(1)  Quelques  écrivains  attribuent  celte  mesure 
rigoureuse  de  la  part  d'Androolc  aux  brigaiidafjes 
qu'exerçaient,  UU-on  ,  les  Catalans  dans  les  pro- 
vinces de  Tcmpire.  Mais  il  n'estf;"ère  probab  e 
que  Roger  et  Entenca  ,  parvenus  aui  postes  les  plus 
«miueuls  ,  comblés  d'honneurs  et  de  richesses  , 
pussent  y  avoir  eu  la  moindre  part  On  est  donc 
phis  porté  à  croire  qu'ils  iréditaient  de  grands 
projets,  ou  que  Tempereur,  n'ayant  plus  besoin 
de  leur»  services,  voulut  se  défaire  de  ceux-là 
jruémes  qu'il  avait  élevés;  et  le  caractère  d'Audro- 
pic  read  as»e2  probable  celle  5uppo?ilign. 


FLO  87 

où  il  se  distingua  par  son  zèle  pour  la 
conversion  des  infidèles.  Plusieurs  de 
ses  conlrères  gémissaient  dans  les  fers 
au  Japon  :  Florès  le  sut,  et  désira 
aussitôt  partager  avec  eux  le  martyre; 
mais,  tandis  qu'il  allait  les  rejoindre, 
les  Hollandais  l'arrêtèrent  en  chemin  , 
le  retinrent  deux  ans  en  prison  ,  et  le 
livrèrent  ensuite  aux  Japonais,  qui  le 
condamnèrent  à  être  brûlé  vif  :  ce 
cruel  arrêt  fut  exécuté  le  ag  août  1 62*2 . 
On  a  de  lui  une  Relation  de  l'état  du 
christianisme  dans  le  Japon  jusqu'au 
24  mai  de  la  même  année.  —  Flores 
(André),  poète  espagnol,  vit  le  jour 
à  Scgovie  en  1484.  H  eut  beaucoup 
de  talent  dans  la  poésie  lyrique,  et 
laissa  quelques  ouvrages  qui  étaient 
assez  estimés ,  mais  qui  sont  peu  connus 
de  nos  jours.  On  retrouve  quelques- 
unes  de  ses  coraposiîions  dans  les 
Recueils  de  poésies  castillanes.  Florès 
mourut  vers  l'an  i56o.  B — s. 

FLOREZ  (Henri),  savant  espagnol, 
naquit  à  Valladolid  le  ï4  février 
1701.  En  1715,  il  prit  l'habit  reli- 
gieux dans  l'ordre  de  S.  Augustin,  et 
il  se  fit  bientôt  distinguer  autant  par 
sa  piété  que  par  ses  talents.  Après 
avoir  professé  la  théologie  pendant 
quelques  années,  et  publié,  de  1732 
à  175B,  un  Cours  de  Théologie  en 
5  vol.  in-4''.,  il  se  livra  exclusivement 
à  l'étude  de  l'histoire  sacrée  et  profane. 
Le  premier  fruit  de  ses  travaux  en  ce, 
genre  fut  sa  Clavehistorical,  Madrid , 
1 7  4"^ ,  iii-4". ,  ouvrage  dans  le  genre  de 
VArt  de  vérifier  les  dates.  L'cxactiîu^ 
de,  l'ordre  et  la  précision  qui  régnent 
dans  son  livre,  le  firent  connaître  avan- 
tageusement :  cet  ouvrage  fut  réim- 
primé pour  la  huitième  fois  en  i'^64. 
La  Espaha  sagrada  b  Théâtre  geo- 
graphico-hisiorico  de  la  iglesia  de 
Espaha  ne  fit  qu'accroître  la  réputa- 
tion de  Florez,  et  lui  donna  la  célébrité 
doMt  il  jouit  encore  de  nos  jours.  De-' 


88  F  L  0 

puis  1747  jusqu'à  1770,  il  en  donna 
29  volumes  in-4*'.  imprimes  à  Ma- 
drid. Quelques  auteurs  onl  comparé 
la  Espana  sagrada  à  la  Gallici 
christiana  ;  mais  pour  le  plan  elle  se 
rapproche  beaucoup  plus  de  Y  Histoire 
ecclésiastique  de  Fleury.  Quoi  qu'il 
en  soit  de  la  justesse  de  l'une  ou  Tau- 
fre  de  ces  deux  comparaisons ,  la  cri- 
tique la  plus  impartiale  reconnaîtra 
toujours  dans  le  P.  Florez  un  historien 
du  premier  ordre,  soit  pour  le  choix 
et  la  certitude  des  faits ,  soit  pour  la 
marche  sûre  et  rapide  du  discours , 
qui  prouve  que  l'auteur  n'écrivait  pas 
à  mesure  qu'il  acquérait  de  nouvelles 
connaissances,  mais  qu'avant  d'écrire 
il  était  déjà  maître  de  sa  matière.  Flo- 
rez a  eu  deux  continuateurs ,  le  Père 
Eisco ,  et  le  P.  Fernandez.  Le  pre- 
mier publia  le  oo".  volume  en  1775, 
et  le  5i*".  en  1786.  Le  P.  Fernandez 
en  donna  trois  autres,  ce  qui  forme 
en  tout  34  vol.  (Madrid,  1791  ); 
recueil  d'autant  plus  précieux,  qu'il 
renferme  les  ouvrages  des  plus  an- 
ciens auteurs  ,  enrichis  des  notes  de 
l'éditeur.  Florez  était  aussi  un  bon 
antiquaire  et  un  excellent  numismate, 
comme  on  peut  le  voir  par  son  Es" 
pana  carpetujia,  et  dans  son  livre 
intitulé:  Medallas  de  las  colonias, 
municipios  y  pueblos  anliguos  de 
Espana.  Ce  dernier  ouvrage  parut  à 
Madrid  en  1757  et  1758,  en  2  vol. 
grand  in-4°.  L'auteur  y  en  ajouta  un 
troisième  en  1773,  peu  de  temps 
avant  sa  mort.  Ce  recueil,  qui  contient 
plus  de  trente  médailles  anciennes  in- 
connues jusqu'alors,  eut  un  grand  suc- 
cès ,  et  l'académie  royale  des  inscrip- 
tions et  belles-lettres  de  Madrid  s'em- 
pressa de  nommer  l'auteur  son  associé 
correspondant.  On  connaît  encore  du 
P.  Florez  une  Dissertacio7i  de  la 
Çantabrîa,  Madrid,  1768,  in-4*'.  ; 
des  Memorias  de  las  Reynas  calho- 


FLO 

licas ,  ibid.,  1770,  2  vol.  in-4®. , 
2*.  édition  ;  un  Traité  sur  la  bota- 
nique et  les  sciences  naturelles ,  etc. 
11  a  été  l'éditeur  de  la  Relacion  del 
viaje  literario  de  Amhrosio  Mora- 
les,  Madrid,  1765,  in-fol.,  etc.  Ce 
savant,  occupé  uniquement  de  ses 
études  ,  sans  orgueil  et  sans  ambition, 
vécut  presque  toujours  dans  la  retraite, 
et  mourut  à  Madrid  le  20  août  (ou 
selon  d'autres  le  5  mai)  1775,  âgé 
de  72  ans.  B — s. 

FLORIAN  DOCAMPO.  Vojr.  Do- 

CAMPO. 

FLORIAN  (  Jean-Pierbe  Claris 
de),  naquit,  le  6  mars  1755,  au 
château  de  Florian,  dans  les  basses 
Cévennes ,  d'une  famille  distinguée 
dans  les  armes.  Ce  fut  là  qu'il  passa  | 
les  premières  années  de  son  enfance ,  * 
sous  les  yeux  d'un  aïeul  qui  ne  pro- 
portionnait pas  assez  ses  dépenses  à 
sa  fortune,  et  qui,  en  conséquence, 
laissa  une  succession  obérée.  L'ayant 
perdu ,  il  fut  mis  en  pension  à  Saint- 
Hippolyte.  Son  père  avait  un  frère 
aîné,  le  marquis  de  Florian,  lequel 
avait  épouséune  des  nièces  de  Voltaire , 
et  allait  souvent  à  Ferney.  Cet  oncle 
sollicita  la  permission  d'y  mener  son 
neveu,  dont  la  gaîté  vive  et  franche, 
les heureus«'s  dispositions,  excitèrent 
un  très  grand  intérêt  dans  la  maison 
de  celui  qui  faisait  et  défaisait  alors 
tant  de  réputations  en  France.  Florian 
avait  quinze  ans  lorsqu'en  1 768  il  fut 
reçu  parmi  les  pages  du  duc  de  Pen-r 
thièvre.  De  même  que  chez  Voltaire, 
son  esprit,  et  l'amabilité,  mais  surtout 
la  sensibilité  de  son  caractère,  eurent 
beaucoup  de  succès  kh  petite  cour  du 
château  d'Anet,  dont  l'illustre  maître 
lui  témoigna ,  dès  ce  premier  moment, 
une  bienveillance  qui  ne  se  démentit 
jamais.  Ses  propos ,  toujours  animés 
et  souvent  joyeux ,  avaient  le  mérite 
d'écarter  l'ennui   qui,  cjuelquefujs  ^ 


FLO 

assiégeait  ce  prince ,  d'ailleurs  si  ver- 
tueux et  si  bienfaisant.  Le  jeune  page 
n'éprouva  de  sa  part  aucune  opposi- 
tion au  projet  qu'il  avait  formé  de  se 
vouer  à  la  profession  des  armes.  Il 
entra  d'abord  dans  le  corps  royal  de 
l'artillerie,   dont   il   existait,  à  cette 
époque ,  une  école  à  Bapaume  ;  mais 
il  n  y  resta  pas  long-temps ,  son  pro- 
tecteur lui  ayant  accordé  dans  le  ré- 
giment de  dragons   de  Penlhièvre, 
d'abord  une  lieutenance,  et  ensuite 
une   compagnie.   Après  avoir   passé 
quelque  temps  en  garnison  à  Mau- 
beuge,  et  fait  plusieurs  voyages  à  Paris, 
où  ses  semestres  étaient  en  partie  con- 
sacrés aux  Muses,  il  obtint  une  ré- 
forme, au  moyen  de  laquelle  son  ser- 
vice comptait  toujours  sans  qu'il  fût 
obligé  de  rejoindre.  Il  accepta  avec 
reconnaissance   la    place  de   gentil- 
homme ordinaire  que  lui  avait  pro- 
posée le  duc  de  Penthièvre,  et  devint 
son  favori  :  il  se  vit  même  souvent 
traité  par  ce  prince  comme  un  ami. 
Chargé  presque  toujours  de  distribuer 
ses  bienfaits    autour    des    châteaux 
d'Anet  et  de  Sceaux,  ou  bien  à  Paris, 
jl  suivait  en  tous  points  les  intentions 
du  donateur  aussi  généreux  qu'opu- 
Jent,  c'est-à-dire  qu'il  les  distribuait 
avec  toutes    les     recherches  de   la 
délicatesse  et  de  la  sensibilité  la  plus 
touchante.  Le  genre  de  vie  que  Flo- 
rian  était  désormais  destiné  à  mener 
lui  permit  de  se  livrer  presque  exclu- 
sivement à  son  goût  pour  la  littérature. 
Ce  goût  avait  été  détermine  principa- 
lement par  les  encouragements  que 
Voltaire  n'avait  pas  manqué  de  donner 
aux  dispositions   précoces  du  jeune 
poète*,  son  allié.  De  plus ,  étant  né 
d'une  mère  castillane  d'origine  (Gi- 
lette  de  Saignes),  pour  la  mémoire  de 
laquelle  il  avait  un  tendre  respect,  Flo- 
rian  s'était  occupé  de  bonne  heure,  et 
avec  attrait,  de  la  1  tugue  csp.ignoîe.  La 


FLO  89 

lecture  des  originaux,  devenus  ses 
modèles  favoris,  lui  fit  concevoir  le 
projet  de  rajeunir  les  peintures  de 
l'amour  chevaleresque,  et  même  les 
douces  chimères  de  l'amour  pasloral. 
Ses  premières  productions  n'annon- 
çaient encore  que  de  la  grâce  et  une 
touche  délicate.  On  remarqua  un  co- 
loris plus  vif  dans  le  -roman  de  Ga-' 
laiée,  qu'il  publia  en  1785.  Les  trois 
premiers  livres  sont  une  imitation  em- 
bellie de  Cervantes  :  le  quatrième  est 
d'invention.   L'auteur  avait  varié  h  s 
tableaux,  bien  choisi  et  bien  lié  les 
épisodes  ;  enfin ,  il  avait  placé  à  pro- 
pos des  romances  qui  contribuèrent  à 
la  très  grande  vogue  de  l'ouvrage.  Ga- 
latée    fut    suivie,    quelques    années 
après  (en  1788),  parisfeWe,  qui 
appartient  en  entier  à  Florian.  Cette 
seconde  pastorale  ,  malgré  la  pureté 
de  la  diction ,  la  fraîcheur  des  pem- 
tures ,  et  la  teinte  du  sentiment  qui  y 
domine,  obtint  moins  de  succès.  La 
disposition  des  esprits  n'était  plus  la 
même*  des  symptômes  assez  sérieux 
de  nos  troubles  politiques  commen- 
çaient à  exciter  des  alarmes ,  et  les 
bergeries  de  Florian  avaient  tort  pour 
le  moment,  d'autant  que,  comme  le 
disait  M.  deThiard,  elles  laissaient 
trop  apercevoir  qa'i/ j-  manquait  un 
loup.  Néanmoins ,  une  foule  de  musi- 
ciens, soit  de  profession,  soit  simples 
amateurs,  se  disputèrent  les  chant* 
tour-àtour  gracieux  et  touchants  dont 
il  avait  encore  cette  fois  entremêlé  sa 
prose    poétique.   Numa   Pompilius 
avait  paru  en  17B6,  deux  ans,  par 
conséquent,  avant  Estelle.  Ce  n'est 
qu'une  imitation  un  peu  froide  du  plus 
célèbre  de  nos  poèmes  en  prose,  de 
celui  qui  contribua  beaucoup  à  rendre 
Fénélon  immortel ,  mais  qui  n'a  pro- 
duit jusqu'ici  en  France  que  d'assez  fai- 
bles copies.  «  Télémaque  a  l'air  de  la 
»  traduction  d'un  ouvrage  antique , 


go  FLO 

»  comme  Va  fort  bien  dit  M.  de  La- 
»  crctelle;  mais  la  couleur  de  l'anti- 
»  quite  manque  à  Numa.  L'histoire 
»  y  est  trop  voilée,  et  la  fable  ne  s'y 
»  montre  pas  avec  assez  de  prestige.  » 
Fiorian  a  fait  aussi  des  Contes.  La 
forme  n'en  est  peut  être  pas  toujours 
suffisamment  varice;  mais  quelques- 
uns  de  ceux  qu'il  a  écrits  en  vers 
offrent  de  jolis  détails,  de  l'esprit, 
quelquefois  de  l'élégance ,  En  général 
sa  poésie  a  plus  de  grâce  que  de  force. 
Ses  Nouvelles  en  prose  se  font  toutes 
remarquer  par  un  caractère  particulier 
de  philosophie  traitée  dans  le  genre 
sentimental.  Mais  combien  de  carrières 
différentes  son  talent  n'était-il  pas  ca- 
pable de  parcourir,  puisqu'il  s'est 
essayé  dans  l'histoire,  et  a  mérilé  des 
éloges  dans  ses  compositions  théâ- 
trales! La  Harpe  dit  que  «  la  délica- 
»  tcsse  et  la  finesse ,  qui  n'excluent 
»  pas  le  naturel,  distinguent  et  feront 
»  toujours  aimer  les  petites  comédies 
y>  de  cet  auteur.  »  C'est  (  selon  lui  et 
selon  tous  les  gens  de  goût)  une  ex- 
cellente idée  que  d'avoir  donné  au 
simple  et  crédule  héros  de  la  farce 
italienne,  qui  n'était  connu  que  par 
sa  balourdise  et  par  ses  facéties  ber- 
gamasques,  une  bonhomie  et  même 
des  vertus  naïves  qui  ne  sont  altérées 
par  aucun  mélange.  «  Et  tout  l'esprit 
»  qui  les  relève^ajoutc-t  il,  n'est  qu'un 
»  composé  fort  heureux  de  bon  cœur, 
»  de  bon  sens  et  de  bonne  humeur.  » 
Les  Deux  Billets ,  le  Bon  Ménage , 
le  Bon  Père  et  la  Bonne  Mère  y  etc., 
sont  bien  certainement  les  chefs- 
d'œuvre  du  genre  des  pièces  où  Ar- 
lequin joue  le  rôle  principal.  Fiorian 
lui  avait  donné,  pour  ainsi  dire,  l'em- 
preinte de  son  propre  caractère.  Il  se 
chargeait  quelquefois  de  remplir  ce 
rôle  sur  des  théâtres  de  société,  et 
particulièrement  chez  M.  d'Argcntal  : 
\\  s'y  faisait  même   beaucoup    ap- 


FLO 

plaudir.  De  loin   en  loin  il  obtcn.' 
aussi,  mais  non  sans  prine ,  et  p 
une  sorte  de  surprise,  de  dérider,  p   i 
son    talent  d'auteur  et  d'acteur,      ( 
grave   et   respectable   Mécène,  à     ) 
piété  duquel  on  sait  qu'il  fit ,    pi    i 
taid,  le  sacrifice  de  ses  derniers  o   • 
vrages  dramatiques.  Le  sucrés  de  cei  ( 
qu'il  donnait  au  Théâtre  italien  ei  • 
bellissait  sa    carrière;    c'était   poi  i 
lui  un  sujet  de  satisfaction  sous  pi 
sieurs  rapports.   Ses  livres  se  suce  < 
daient  avec  rapidité,  etn'tn  faisaie  i 
pas  moins  admirer  un  style  des  pli  I 
purs,  des  plus  corrects,  un  style  n  ' 
turel   et  élégant  tout  à   la   fois;  i 
avaient  surtout  pour  lui  l'avantage  c 
remplir  les  vides  que  son  grand  pè 
et  son   père  avaient  laissés  dans 
fortune.  En  acquittant  ainsi  desdelt 
de  famille ,  il  trouvait  encore  îa  poss 
bilité  de   concourir  porsonnellerae 
aux  actes  de  bienfaisance  du  dur  Ci 
Penthièvre.  Couronné  deux  fois  à  l'aci 
demie  française ,  où  il  avait  présent 
une  épître  en  vers  intitulée  :  ^oltaw 
et  le  Serf  du  Mont- Jura ,  et  sa  toi 
chante  églogue  de  Buth,  avec  pli 
de  bonheur  que  son  Éloge  en  pro: 
de  Louis  XII,   il   vit,  eu   178^ 
les  portes  de  cette  académie  s'ouvi 
pour  lui  :  il  était  alors  âgé  de  53  an 
Ce  fut  eu  1791  qu'il  puMia  Gonzah 
de   Cordoue.  Ce  poème  a  ,  comn 
Numa  Pompilius,  les  défauts  d'n 
genre  indéterminé.  D'ailleurs,  l'autei 
a  prêté  à  son  héros  espagnol  la  frai 
chise  et  la  générosité  de  nos  chevaliei  1 
français,  qualités  que  celui-ci  posséda^ 
peut-être  au  même  degré,  mais  que,  d 
moins ,  l'histoire  ne  lui  accorde  pr 
avec  les  mêmes  nuances  caractérisl 
ques.   Le   Précis  historique  sur  h 
Maures,  qui  sert  d'introauction  à  c 
ouvrage,  passe  généralement  pour  u 
excellent  morceau  historique ,  cl  fa 
croire  que  Fiorian ,  après  avoir  Irai 


FLO 

avec  succès  difïérents  genres  de  lillé- 
raturc,  aurait  pu  se  faire  un  nom 
distingue  dans  celui  de  l'histoire.  C'est 
dans  ses  Fables  surtout,  imprimées 
en  1792,  qu'on  retrouve  sa  physio- 
nomie et  son  caractère.  Nous  ne  crai- 
gnons pas  de  dire  qu'elles  l'établis- 
sent ,  dans  l'opinion  générale,  le  second 
die  nos  £ibulistes  français.  Entre  au- 
tres autorités ,  l'auteur  souvent  cilé 
du  L^cée ,  et  M.  de  Lacretelle  ont 
trop  bien  prouvé  le  mérite  particu- 
lier de  Florian  comme  disciple  et  imi- 
tateur de  La  Fontaine,  pour  que  nous 
entreprenions  de  juger  et  dévelop- 
per ici  nous-mêmes  ce  mérite  après 
eux.  Il  ne  fallait  pas  moins  qu'une 
révolution  comme  la  notre  pour  faire 
évanouir  !e  bonheur  de  l'écrivain  qui, 
tout  en  se  livrant  avec  délices  à  ses 
goûts  purs  et  simples,  se  voyait  com- 
blé de  marques  d'intérêt  et  d'attache- 
ment par  tous  ceux  qui  le  connais- 
saient, et  avait  de  plus  l'avantage  de 
passer  sa  vie  auprès  du  plus  estimable 
et  du  plus  aimé  de  tous  les  protecteurs. 
Après  avoir  eu  la  douleur  de  le  perdre, 
il  croyait  du  moins  pouvoir  compter 
sur  le  repos.  Banni  en  1795  par  le 
décret  qui  défendait  aux  nobles  de  res- 
ter à  Paris,  il  alla  s'établir  à  Sceaux, 
et  y  trouva  des  dédommagements  dans 
la  reconnaissance  et  l'affection  de 
quelques  habitants;  mais  on  vint  l'y 
chercher  pour  l'enfermer  dans  la  mai- 
son d'arrêt  de  la  Bourbe^  dite  alors 
Port- Libre.  Ce  fut  là  qu'il  composa 
en  grande  partie  Guillaume  Tell,  le 
plus  mauvais  des  poèmes  sortis  de  sa 
plume,  et  qui  laisse  sentir  plus  que  les 
autres  les  défauts  d'un  plan  tracé  sans 
vigueur.  Il  recouvra  sa  liberté  au 
9  thermidor;  mais  il  n'avait  pu  sur- 
monter le  sentiment  de  frayeur  et  de 
chagrin  profond  qui  l'avait  saisi  dès 
les  premiers  jours  de  son  arrestation  : 
il.  ne  fil  que  languir  quelque  terajis  à 


FLQ  9r 

Sceaux,  où  il  était  revenu,  et  il  y 
mourut  le  1 5  septembre  1 794 ,  à  l'âge 
de  38  ans.  C'est  là  qu'il  avait  com- 
posé et  lu  à  plusieurs  amis  Eliezer  et 
Nephtalij  production  à  laquelle  il 
mettaitbeaucoup  d'importance,  et  qui 
a  été  imprimée  pour  la  première  fois  en 
i8o5.  Malgré  quelques  tableaux  pathé- 
tiques, on  y  reconnaît  phiiot  la  tristesse 
à  laquelle  il  était  en  proie,  que  la  douce 
mélancolie  qu'il  voulait  peindre.  Du 
reste,  la  préface  du  poème  vaut  mieux 
que  le  poërae  lui-même,  et  elle  con- 
tient quelques  détails  piquants  sur  les 
mœurs  des  juifs.  Ce  n'est  que  long-temps 
après  sa  mort  qu'on  a  publié  sa  traduc- 
tion, s'il  est  permis  de  l'a pj^eler  ainsi  , 
de  Don  Qiiixotte.  Il  l'avait  entreprise 
de  bonne  heure,  et  y  avait  mis  tous 
ses  soins,  trop  de  soins  peut-être.  Le 
goût  décidé  qu'il  avait  pour  Michel 
Cervantes  donne  lieu  de  croire  que  , 
s  il  avait  vécu ,  il  se  serait  reproché  à 
lui-même  le  projet  d'arranger  en  pas- 
torale française  un  ouvrage  dont  le 
mérite  principal  est  dans  sa  philoso- 
phie tout-à-fait  originale,  dans  son  ca- 
chet particulier,  qu'onnepeuterabellir 
sans  l'altérer.  Sous  la  plume  de  Flo- 
rian ,  le  héros  de  la  Manche  a  plus  de 
noblesse,  et  porte  plus  d'agrément  dans 
des  discussions  où  l'on  s'étonne  de  le 
trouver  si  sage;  mais  on  regrette  sur- 
tont  ce  que  Sancho  y  a  perdu  de  sa 
naïveté.  A  tout  prendre,  celte  version 
vaut  mieux  que  celle  de  Filleau  de  St.- 
Martin,  quoiqu'elle  ne  fasse  pas  aussi 
bien  connaître  l'original.  Florian  n'a- 
vait reçu  delà  nature lesqualités qui  1(3 
distinguent  comme  écrivain  que  dans 
une  certaine  mesure,  qui  ne  lui  a  guère 
permis  de  sortir  de  la  médiocrité.  Ne 
s'éîant  jamais  élevé  beaucoup,  il  n'est 
jamais  tombé  de  bien  haut;  n'ayant  rien 
hasardé,  il  n'a  commis  aucune  erreur 
très  remarquable.  On  le  lit  donc  avec 
plaisir,  et  on  peut   l'oublier  après 


gi  FLO 

l'avoir  lu ,  sans  éprouver  ni  le  besoin 
ni  la  crainte  de  le  relire  encore.  Il  dut 
au  bon  esprit  qui  lui  avait  révèle' 
le  secret  de  ses  forces,  les  succès  flat- 
teurs qu'il  obtint  de  son  vivant  et  la 
réputation  littéraire  qu'il  a  conservée 
après  sa  mort.  La  première  édition  de 
ses  œuvres  est  celle  de  Didot ,  1 784  ? 
1786  et  ann.  Suiv.,  24  vol.  in- 18  ou 
1 1  vol.in-8".Quelqucs  personnes  pré- 
fèrent i'édit.  de  18 12,  en  1 6vol.  in- 18. 
Plusieurs  de  ses  ouvrages  u*ont  paru 
que  dans  ce  format.  Quelques-uns  ont 
été  traduits  dans  la  plupart  des  langues 
de  l'Europe  :  Gonzalve  l'a  été  en  da- 
nois par  J.  K.  Host,  Copenhague, 
1 800-1 801,  1  vol.  in-8".  MM.  de 
Bosny ,  Jauffret  et  Lacretelle  ont  pu- 
blié des  éloges  de  Florian .  L — p — e. 

FLORIDA-BLANCA  (  François- 
Antoine  MoNiNO,  comte  de)  naquit 
à  Murcie,  l'an  1750,  de  parents 
pauvres,  mais  d'une  honnête  bour- 
geoisie. Son  père  exerçait  l'étal  de  no- 
taire, et,  malgré  son  peu  de  moyens, 
ïi  procura  à  son  fils  l'éducation  la 
plus  soignée.  Antoine  Monino  ,  ayant 
étudié  les.  premières  sciences  dans  le 
collège  de  Saint-Fulgence  de  la  même 
ville  ,  les  termina  à  Sfilamanque ,  où 
il  s'adonna  exclusivement  à  l'étude  des 
lois.  Sa  pénétration  ,  son  application 
constante ,  ses  progrès ,  présageaient , 
dès  sa  plus  tendre  jeunesse  ,  ce  qu'il 
devait  être  un  jour.  Malgré  tous  C(\s 
avantages,  de  retour  dans  sa  patrie,  il 
fut  contraint  de  suivre,  pendant  quel- 
que temps,  la  profession  de  son  père. 
Dans  la  suite,  ses  talents  le  firent 
bientôt  connaître  pour  un  des  plus 
habiles  avocats  de  l'Espagne  ,  et  le 
portèrent  successivement  aux  pi  ices 
les  plus  distinguées  de  la  magistra- 
ture. Sa  réputation  ,  qui  augmentait  de 
jour  en  jour,  parvint  jusqu'aux  oreilles 
du  marquis  d'Esquilache  ,  alors  mi- 
nistre d'état^  qui  y  appréciateur  du  vrai 


FLO 

mérite,  se  décida  à  récompenser  celui 
de  Monino,  en  lui  ouvrant  une  plus 
brillante  carrière.  11  le  nomma  donc 
ministre  à  Rome  ,  sous  le  pontificat 
de  Clément  XIV.  Aussi  habde  diplo- 
mate que  jurisconsulte  instruit ,  il  fil 
régner  entre  les  deux  cours  la  plus 
parfiife  intelligence.  Appelé  au  minis- 
tère d'état ,  et  succédant ,   dans  cette 
dignité ,  à  son  protecteur  ,   qu'une 
émeute  populaire  avait  fait  exiler  de 
Madrid  et  de  l'Espagne,  il  répondit 
avec  succès  à  la  confiance  dont  sm 
souverain  l'honorait.  Son  premier  soin 
fut  d'établir  dans  la  capitale  une  police 
exacte,  et  de  réformer, parmi  le  peuple, 
une  multitude  d'anciens   usages  qui 
dégénéraient  en  abus.  Ses  vastes  con- 
naissances rendirent  au  cabinet  espa- 
gnol sa  première  splendeur  ;  et  l'on 
croyait  voir  revivre  en  lui  le  célèlwe 
Pérez  ,  ce  ministre  tant  persécuté  par 
la  ja'ousie  de  Philippe  IL   Florida- 
Blanca  eut  souvent  à  lutter  contre  un 
rival  redoutable ,  M.  Pitt.  Mais ,  malgré 
les  efforts  de  ce  ministre  habile  ,  il  fit 
toujours  respecter,  sur  toutes  lesmors^ 
le  commerce  et  le  pavillon  espagnols; 
il   maintint  une  paix  constante  avec 
ses  voisins,  et  un  parf  lit  accord  exista 
entre  son  cabinet  et  celui  de  France. 
Il  vint  à  bout  de  terminer  les  dissen- 
sions politiques  de  l'Espagne   et  du 
Portu;:;al  par  le  double  mariage  de 
l'Infante  dona  Ch;irlolte  avec  le  prince 
du  iirésil ,  et  de  i'infmt  don  Gabriel, 
frère  de  Ch.irles  III,  avec  une  prin- 
cesse portugaise.  Le  principal  ariicle 
de  cptte  alli.uice  portait  que  les  seuls 
enfants  mâles  qui  seraient  nés  de  l'une 
et  de  l'autre  branche  ,  régneraient  en 
Portugal  par  m'dre  de  succession  ,  en- 
donnant    cependant  la  préférence  à* 
ccu\  qui  naîtraient  du  prince  du  Brésil.  ' 
Le  but  politique  que  Florida-Lîîanca  se  | 
proposait  dans  ce  doui)le  mariage  ,' 
était  de  placer,  sur  le  trône  de  Portugal  ^. 


FLO 

Hn  prince  de  la  maison  d'Espagne.L  fn- 
fent  don  Pedro  ,  fis  de  don  G;ibriel , 
sembla  d'abord  y  être  appelé;  mais  la 
succession   mâle  du  prince  du  Brésil 
l'en  avait  déjà  exclu,  lorsqu'il  mourut 
au  Brésil  en  j8io.  Plus  attaché  aux 
iotérêls  de  son  maître  qu'à  ceux  de  sa 
nation,  ce  fut  Florida-Bîanca  qui  porta 
le   coup  le   plus   cruel  aux   cortès^ 
qui  avaient  jusqu'alors  conservé  une 
grande  partie  de  leurs  privilèges.  Ces 
corlès  ,   composés  des   députés  des 
différentes  provinces   du    royaume, 
s'assemblaient  toutes  les  fois    qu'on 
devait  proclamer  le  successeur  immé- 
diat à  la  couronne  ,  sous  le  titre  de 
prince  des  Asturies.  Avant  de  prêter 
leur  serment  de  fidélité,  ils  exigeaient 
la  promesse  inviolable  de  conserver 
aux  provinces  leurs  anciennes  préro- 
gatives ,  et  de  leur  rendre  celles  dont 
on  les  avait  privées  sous  îe  règne  pré- 
cédent. Le  ministre,  forcé  de  convo- 
quer les  cortès  pour  cette  cérémonie 
auguste,  n'ignorait  pas  qu'ils  étaient 
décidés  à  tout  prétendre  ou  à  ne  rien 
accorder.  Menaces ,  présents  ,   pen- 
sions, décorations,  emplois,  il  mil 
tout  en  usage  pour  gagner  le  pi  us  grand 
nombre  des  députés,  tandis  qu'il  se- 
mait la  discorde  parmi  les  autres.  Ils 
finirent  tous  par   proclamer ,  d'une 
voix  unanime  ,  le  prince  héréditaire , 
sans  rien  prétendre  ,  et  en  accordant 
tout  ce  qu'on  voulut  exiger  d'eux.  Ami 
des  sciences  et  des  arls,Florida-Blanca 
les  protégea  durant  tout  le  cours  de 
sou  ministère  ;  et  dans  le  même  temps 
qu'il  embellissait  Madrid  par  les  plus 
belles  promenades  et  par  des  édifices 
publics,  il  instituait  des  écoles  gratuites 
de  toutes  les  sciences  ,  accordant  de 
riches  honoraires  aux  professeurs  les 
plus  renommés.   Les  académies  des 
arts  de  Madrid ,  de  Valence ,  de  Bar- 
celone ,   etc.  jouirent  aussi  des  bien- 
faits du  souyerain  par  l'inlervenlioa 


FLO  95 

de  son  ministre.  Celui-ci  fut  cependant 
moins  heureux  dans  les  guerres  où  il 
engagea  son  maître  ,  par  le  choix  de 
mauvais  généraux  :   celle  d'Alger  ca 
1 7*^7  ,  et  celle  de  Gibraltir  en  i  782, 
coulèrent  à  l'Espagne  près  de  80,000 
hommes.  Cependant ,  l'irlandais  O- 
reilly  ,  qui  commandait  dans  la  pre- 
mière ,  toujours  en  faveur  auprès  du 
ministre,  malgré  le  mécontentement 
de  la  nation ,  mourut  capitaine-géné- 
ral de  l'Andalousie.  Renonçant  aux 
projets  de  punir  les  déprédations  des 
corsairrs  algériens  ,  et  de  chasser  les 
Anglais  de  la  péninsule,  Florida-Blanca 
tourna  toutes  ses  vues  vers  le  commerce 
et  l'industrie;  et  l'Espagne  put  cdCiq. 
oublier  les  maux  qu'il  lui  avait  causés 
par  ses  idées  de  conquête.  Dans  toutes 
ses  opérations ,  Monino  avait  un  en- 
nemi assez  à  craindre  par  ses  talents 
et  son  crédit  ;  c'était  M.  Gardoqui , 
ministre  des  finances ,  et  l'un  et  l'autre 
ne  négligeaient  aucune  occasion  de  se 
nuire  réciproquement.  Mais  le  roi  , 
qui  les  honorait  tous  les  deux  de  son 
estime,  parvint  aies  mettre  d'accord 
en  mariant  le  neveu   de   Gardoqui 
avec  une  nièce  de  Florida-Blanca.  Ce 
dernier  ,  affable  avec  les  plus  malheu- 
reux, traitait  cependant  la  noblesse 
avec  hauteur  et  dédain.  Il  cherchait 
tous  les  moyens  de  l'humilier;  et  crai- 
gnant toujours  et  ses  prétentions  et  sa 
prépondérance,  il- la  dépouilla  d'une 
grande  partie  de   ses   privilèges.  Il 
comptait,  par  conséquent ,  peu  d'amis 
parmi  les  grands.  H  souffrit ,  pendant 
long- temps,  d'une  maladie  de  langueur 
qu'on  attribua  à  un  poison  lent  que 
ses  ennemis,  disait-on ,  avaient  trouvé 
le  moyen  de  lui  donner.  Le  ministre 
crut  s'en  être  aperçu  ;  et  pour  en  pré- 
venir les  derniers  effets  ,  il  se  con- 
damna au  régime  le  plus  sévère ,  ne  se 
nourrissant,  pendant  trois  ans,  que 
de  riz  cuit  dans  le  lait.  Très  attaché  à 


94  FLO 

sa  famille,  il  n'omit  aucun  moyeu  pour 
s'agraudir.  Tous  ses  parents  furent 
avantageusement  placés ,  soit  dans  la 
diplomatie,  soit  dans  les  secretaireries 
d'état,  soit  dans  l'église. Un  seul, par- 
mi eux ,  refusa  tous  ses  dons  j  ce  fut 
son  père.  Etant  devenu  veuf,  il  s*élail 
consacré  à  l'état  ecclésiastique.  Ce  fils , 
qu'il  aimait  tendrement  ,  l'avait  en 
vain  sollicité  d'accepter  un  évêché  et 
de  riches  prébendes  ;  il  vivait ,  dans 
une  honnête  médiocrité,  des  revenus 
d'un  modique  bénéfice.  Tant  que 
Charles  III  vécut,  Florida-Blanca  jouit 
de  toute  sa  faveur.  La  mort  du  roi  fat 
le  terme  de  la  puissance  du  njinistre. 
Ses  ennemis  furent  alors  écoulés ,  et 
il  fut  rélégué  ,  en  1 792  ,  dans  la  pro- 
vince de  Murcie.  Florida-Blanca  avait 
marqué  son  opposition  aux  principes 
de  la  révolution  Irançaise  ,  et  ccia  ne 
fit  qu'augmenter  le  nombre  de  ses  ad- 
versaires. H  paraît  que  les  manœuvres 
«iu  gouvernement  français  d'alors,  à 
la  cour  de  Madrid ,  furent  une  des 
principales  causes  de  sa  disgrâce;  et 
l'on  assure  même  qu'un  chirurgien 
français  avait  tenté  de  l'assassiner  ; 
mais  heureusement  les  blessures  qu'il 
lui  fit  ne  se  trouvèrent  pas  mortelles. 
Quoique  loin  de  la  cour,  ses  ennemis 
le  persécutaient  encore;  ils  parvinrent 
à  le  faire  enfermer  dans  la  citadelle 
de  Pampelune,  d'où  il  sortit  quelques 
mois  après  pour  se  retirer  dans  ses 
terres  situées  près  de  h  ville  de  Lorca. 
Il  n'en  sortit  qu'en  1 808 ,  lors  de  Tin- 
vasiou  de  l'Espagne,  pour  présider 
aux  corlès,  fonction  «i  laquelle  il  fut 
appelé  par  le  vœu  de  la  nation.  Mais 
après  un  si  long  exil,  il  jouit  fort  peu 
de  cette  satisfaction,  et  mourut  à  Sé- 
ville,  le  20  novembre  1 808  ,àgéde  près 
de  80  ans.  Florida-Blanca  ne  s'était  ja- 
mais marié. Ses  mœius  furent  toujours 
pures,  son  cœur  humain  ,  son  carac- 
tère égal.  Quoiqu'il  fût  jaloux  de  son 


FLO 

autorité,  on  ne  voit  cependant  que  les 
grands  qui  pussent  lui  reprocher  quel- 
ques injustices.  Infatigable  dans  le  tra- 
vail ,  la  seule  distraction  qu'il  se  per- 
mît, était  d'assister  tous  les  soirs,  avec 
quelques  amis  de  son  choix  ,  au  con- 
cert qu'exécutait,  chez  lui,  l'orchestre 
du  roi.  Son  esprit  était  pénétrant ,  son 
instruction  étendue  ,  et  il  sut  faire  ou- 
blier quelques  défauts  par  des  talents 
peu  ordinaires  et  des  qualités  éminen- 
tes.  Florida-Blanca  a  laissé  plusieurs 
petits  traités  touchant  quelques  points 
relatifs  à  la  jurisprudence  :  1.  Kespues- 
ta  fiscal  sobre  la  libre  disposicion , 
patronato  y  proleccion  immediala 
de  S.  M.  en  los  bienes  ocupados  à  /os 
Jesuitas  ,  Madrid  y  1768.  W.Juicio 
imparcial  sobre  las  letras  en  forma 
de  brève  puhlicadas  por  la  curia 
Bomana  ,  en  que  se  intenta  disputar 
al  sehor  infante  de  Parma  la  so~ 
beranïa  temporal,  ibid.  1 7G8, 1 769 , 
etc.  B — s. 

FLORIDE  (  Le  marquis  de  la  ) , 
officier  supérieur  dans  les  armées  es- 
pagnoles ,  naquit  à  Madrid  vers  l'an 
1646,  et  se  distingua  par  ses  talents 
militaires  et  par  sa  bravoure  sous  les 
règnes  de  Charles  11  et  de  Phi- 
lippe V.  Il  était  surtout  très  expéri- 
menté dans  la  défense  des  places 
fortes,  ainsi  qu'il  le  prouva  dans  les 
guerres  de  Flandre,  où  l'Espagne  eut 
à  lutter  contre  toute  la  puissance  de 
Louis  XIV.  La  maison  de  Bourbon 
ayant  été  appelée  au  tronc  d'Espa- 
gne par  le  testament  de  Charles  11, 
le  marquis  de  la  Floride  suivit  le 
parti  du  duc  d'Anjou,  donna  tou- 
jours de  nouvelles  preuves  de  bra- 
voure, et  notamment  lorsqu'il  com- 
mandait en  1706  dans  la  citadelle 
de  Milan  assiégée  par  le  prince  Eu- 
gène. Ce  fameux  général  le  menaçant 
de  ne  lui  faire  point  de  quartier  s'il 
ne  rendait  la  place  dans  vingt-quatre 


FLO 

heures  ;  «  Je  ne  déshonorerai  pas , 
»  dit  le  vieux  f:;uerner,  par  une  lâ- 
»  cheté  la  fin  de  ma  carrière;  j'ai  de- 
»  fendu  vingt-quatre  places  pour  les 
»  rois  d'Espagne  ,  mes  maîtres  ,  et 
»  j'ai  envie  de  me  faire  tuer  sur  la 
»  brèche  de   la  vingt -cinquième.  » 
Une  re'ponse  aussi  intrépide   de   la 
part  d'un  homme  dont  on  connais- 
sait le  cournge  et  riiiflexibilite  dans 
ses  résolutions,  fit  renoncer  au  pro- 
jet de  donner  l'assaut  à  la  citadelle. 
Le  marquis  de  la  Floride,  après  avoir 
commande  sous  les  ordres  du  duc  de 
Vendôme  à  la  célèbre  bataille  d'Al- 
manza ,  donnée  en  1710,  mourut  dans 
un  âge  assez  avancé  ,  l'an  1 7 1 4« 
B— s. 
FLORIDOR  (JoMAs  de  Soulas, 
sieur  de  Prinefosse,  dit),  comédien 
fra!:çais ,  né  dans  la  Brie  en  1608,, 
était  d'une  famille    noble.   Son    bi- 
saïeul, Yictoriu  de    Soulas,    capi- 
taine d'une   compagnie  de   chevau- 
légers  allemands ,  avait  été  page  de 
l'amiral  Coligni ,  et  avait   péri  avec 
cet  homme  célèbre  dans  le  massacre 
de  la  Saint-Barthelemy.  Josias ,  élevé 
dans  la  religion  catholique ,  lit  d'as- 
sez bonnes    études  ,    et    embrassa 
d'abord  la  profession  des  armes.  La 
compagnie    du  régiment    de    Ram- 
bure ,  dans  laquelle  il  servait,  ayant 
été  réformée,  il  se  décida  à  jouer  la 
comédie j  et,  suivant  l'usage  des  ac- 
teurs, qui  croyaient  tous  devoir  pren- 
dre des  noms  de  fantaisie,  il  se  fit 
appeler  Fioridor.  Après  avoir  essayé 
son  talent  en  province ,  dans  diffé- 
rentes villes,  et  à  Paris  dans  la  troupe 
du  Marais,  il  débuta  au  théâtre  de 
l'hôtel  de  Bourgogne  ,  où  il  fut  reçu 
eu  1643.  Cet  acteur  jouait  les  pre- 
miers rôles  dans  le  tragique  et  dans 
la  haute  comédie.  Doué  d'une  belle 
représentation  ,   d'une    vois    mâle, 
touchante  et  flexible  j  il  joignait  à  ces 


FLO  95 

avantages  physiques ,  de  Tesprit ,  de 
l'aisance  et  ce  qu'on  appelait  alors  de 
belles  manières.  Son  talent  était  plus 
naturel  que  profond;  mais  il  décla* 
mait  avec  beaucoup  de  grâces  ,  de 
dignité  et  de  sentiment.  Fioridor  était 
singulièrement  aimé  du  public.  On 
était  si  accoutumé  à  le  voir  repré- 
senter des  héros  vertueux  et  inléres- 
iants,  qu'il  nuisit  involontairement  au 
succès  de  la  tragédie  de  Brilannicus 
en  se  chargeant  du  personnage  dô 
Néron.  Il  était  trop  pénible  pour  les 
spectateurs  de  voir  en  lui  un  monstre 
odieux  :  l'illusion  ne  put  s'établir,  et 
la  pièce  ne  se  releva  complètement 
qu'après  que  Fioridor  eut  cédé  son 
rôle  de  tyran  à  un  autre  acteur.  Fio- 
ridor. prenait  dans  le  monde  la  quali- 
fication d'écuyer.  C'était  à  une  époque 
oii  îe  gouvernement  voulait  sévir  avec 
rigueur  contre  les  faux  nobles.  Un 
arrêt  du  conseil  du  1  o  septembre  1 668 
lui  ayant  accordé  à  cette  occasion  un 
délai  d'un  an  pour  produire  ses  ti- 
tres ,  on  en  conclut  que  l'intention  de 
Louis  XIV  avait  été  de  montrer  par 
cet  acte  qu'un  gentilhomme  ne  déro- 
geait pas  en  prenant  Télat  de  comé- 
dien. Mais  Léris,  l'abbé  de  Fontenay 
et  le  chevalier  de  Mouhy  s'expriment 
d'une  manière  trop  affirmative  quand 
ils  disent  :  «  Ce  fut  à  son  occasion 
»  que  le  roi  rendit  un  arrêt  qui  dé- 
»  clare  que  la  profession  de  comé- 
»  dien  n'est  pas  incompatible  avec  la 
»  qualité  de  gentilhomme.  »  Aucune 
déclaration  de  ce  genre  ne  se  trouve 
dans  l'arrêt  dont  il  s'agit ,  et  il  est  évi- 
dent que  ces  écrivains  se  sont  permis 
d'aider  à  la  lettre.  Vers  la  fin  de  l'an- 
née 167 1  ,  cet  acteur  étant  tombé  m > 
lade  se  retira  du  théâtre,  et  mourut 
peu  de  temps  après.  Sa  femme, 
Marguerite  Valore,  c'ait  avec  lui  co- 
médienne à  l'hôtel  de  Bourgogne.  Il 
ne  paraît  pas  qu  elle  se   soit  jamais 


î)6  F  L  0 

élevée  au  dessus  des  actrices  me'dlo- 

cres.  F.  P — t* 

FLORIDUS  (François),  habile 
grammairien  italien ,  naquit  au  com- 
mencement du  I6^  siècle,  à  Doda- 
neo ,  bourg  de  la  province  de  Sabine , 
d*oii  il  a  été'  surnomme'  Sabinus.  Il 
enseigna,  pendant  quelques  années,  les 
langues  grecque  et  latine  à  Bologne, 
avec  un  grand  concours  d'auditeurs. 
11  vint  ensuite  en  France,  à  la  prière 
de  François  \". ,  qui  lui  fît  un  accueil 
digne  de  ses  talents ,  et  lui  assigna  une 
pension  considérable.  Sa  reconnais- 
sance pour  les  bienfaits  du  monarque 
rengagea  à  entreprendre  la  traduction 
de  l'Odyssée  en  vers  latins ,  et  il  en  fît 
imprimer  les  huit  premiers  livres  qui 
curent  beaucoup  de  succès.  Floridus 
mourut  en  i547  ?  ^'^  on  a  des  raisons 
de  croire  que  ce  fut  à  Paris.  On  a  de 
lui  :  I.  Apolo^ia  in  Plauti  aliorum- 
que  po'étarum  et  linguœ  lalinœ  ca- 
lumniatores  ;  accessit  libellus  de  le- 
gum  commentatoribuSf  Lyon,  i537, 
in-4''.  Cette  apologie  de  la  langue  la- 
tine est  très  estimée.  Le  traité  sur  les 
commentateurs  brouilla  Floridus  avec 
le  célèbre  Alciat,  qui  n'y  est  pas  mé- 
nagé. Pour  se  venger,  Alciat  fit  contre 
lui  son  I63^  emblème,  au  titre  du- 
quel il  le  désigna  par  les  noms  de 
Franciscus  Olidus,  Y  oyez  ^  sur  cet 
emblème,  les  notes  de  Cl.  Minos, 
édition  de  Lyon ,  1 6 1 4  ,  in-8''. ,  où  il 
est  intitulé  Indetractores.  H.  Lectio- 
juim  subcesivarum  libri  très,  Bolo- 
gne, iSSij,  in-4°.;  elles  ont  été  insé- 
rées dans  le  i*\  vol.  du  Thésaurus 
crilicus  de  Gruler.  Floridus  y  prit  la 
défense  d'Erasme  contre  Dolet,  ce  qui 
engagea  entre  eux  une  guerre  littéraire 
que  termina  l'ouvrage  suivant  :  III. 
Adversùs  Stephani  Doleti  calum- 
jiias liber,  Rome,  1 54 1 ,  in-4  "•  IV.  De 
Juin  Cœsaris  prœstantid  libri  ires, 
imprimé  avec  les  ouvrages  indiqués 


FLO 

sous  les  deux  premiers  numéros,  Bain  y 
i54o,  in-fol.;  il  a  été  trad.  en  alle- 
mand par  Henri  d'Eppendorf.  V.  ffo- 
meri  Odfsseœ  libri  octo  priores  lati- 
nis  versibus  redditi,  Paris,  i545, 
in-4".  On  regrette  que  cette  traduc- 
tion n'ait  pas  été  terminée.  Floridus 
a  aussi  traduit  en  latin  l'hymne  à 
Diane ,  dans  l'édition  grecque  de  Gal- 
limaque,  Paris,  i549,  in^**- 

W— -s. 

FLORIDUS.  F.  Fleury  (  Julien  ). 

FLORIEN  (  Marcus  -  Antonius- 
Florianus  )  fut  un  empereur  de  deux 
mois  qui,  étant  frère  utérin  de  l'empe- 
reur Tacite,  crut  qu'il  était  appelé  de 
droit  à  lui  succéder.  Ses  talents  étaient 
médiocres  ;  aussi  le  sénat,  qui  était  libre 
alors,  lui  refusa  le  consulat  que  l'em- 
pereur demandait  pour  lui.  11  fut  fait 
préfet  du  prétoire.  Vers  l'an  1027  de 
Rome,  il  commanda  une  armée  en 
Asie,  et  eut  des  succès  contre  les 
Goths,  qui  s'étaient  répandus  dans 
cette  partie  de  l'empire.  Tacite  ayant 
péri  par  une  conspiration,  Florien  se 
fit  proclamer  son  successeur  par  l'ar- 
mée qu'il  commandait.  De  leur  coté, 
les  légions  d'Orient,  qui  obéissaient  à 
Probus ,  que  Tacite  leur  avait  donne 
pour  chef,  proclamèrent  celui-ci  Au- 
guste. Florien  était  reconnu  par  Rome 
et  par  l'Occident:  il  marcha  contre  son 
rival,  et  s'avança  jusqu'à  Tarse  enCili- 
cie.  Ses  troupes  ayant  essuyé  un  échec 
fiu'ent  portées  à  l'abandonner.  Ce  qui 
le  perdit  fut  la  comparaison  qu'elles 
firent  de  lui  avec  Probus.  Florien  fut 
tué  par  ses  soldats,  l'an  de  J.-C.  276. 
Q— R— Y. 

FLORINUS  (Henri),  pasteur  et 
recteur  d'une  école  àTawastehus  en 
Finlande,  et  ensuite  archidiacre  à  Pe- 
mar.  Il  vécut  dans  le  17^.  siècle,  et 
publia  Epitome  iheologice,  i G67; No' 
menclatura  latino-suetico  Finnicaf 
1678;   rn-S*^.  ffyperaspistss ,  seu 


FLO 

lefensor  verltatis  adversùs  errores 
Joh.  flesen,  iCigi»  «""4  •  ï!  donna 
cniK-;<i  (Mie  édition  deia  Bible  en  finnois, 
Tuvn^.»,  i685,  in  4'\        C — au. 

FLOKIO  (François),  romancier, 
Ke  a  Florence  dans  le  i  5'.  siècle.  J. 
H.  Liiih  prétend  que  ce  personnage 
est  suppose,  et  il  se  fonde  sur  ce  que 
les  deux  historiens  des  littérateurs  de 
Fiorence  n'en  ont  £a'û  aucune  men- 
tion. Celte  preuve  ne  paraîtra  pas  con- 
vaincante à  ceux  qui  savent  avec  quelle 
né^lig:  lice  l'histoire  littéraire  a  été  trai- 
tée pendant  long-t^inps.  Les  circons- 
tances de  la  vie  de  Florio  ne  sont  pas 
connues;  raai<  on  conjecture,  d'après 
Ja  souscription  de  son  ouvrage,  qu'il 
était  otldché,  peut-êtreen  quilité  de  se- 
crétaire, à  l'archevêque  de'fours,  puis- 
que c'est  dans  ta  maison  de  ce  prélat 
qu'il  mit  la  dernière  main  à  son  tra- 
vail. Cet  ouvrage  est  intitulé  :  De  amo- 
re  Camilli  et  Mmilice  Aretinorum 
liber.  On  lit  à  la  fin  :  fAhor  edilus  in 
divno  domini  Guillermi  archiepis- 
copi  Turonensis  ,  pridie  kalendas 
januarii,  anno  Domini  *4^7.  Celte 
date,  jointe  au  mot  ed:tus,  persuada 
à  MaiUaiie  que  les  bibliographes  s'é- 
taient trompés  en  fixant  à  i^'jo  l'in- 
troductiun  de  l'unprimerie  eu  Fr.uicej 
mais  f.amounoye  commença  à  lui  ins- 
pirer quelques  doutes,  en  lui  annon- 
çant deux  éditions  de  cet  ouvrage  avec 
la  même  date.  Foncem  .gne  prouva 
ensuite,  dansuuedisseitittion  {Me'm. 
de  V Acad.  des  Inscript.,  t.  f'il)^ 
qu'il  u'avair  pu  êîre  iraprituc  en  \  467* 
mais  ce  ii'c'^r  que  dans  ces  d'rnier.s 
temps  qu'on  a  découvert  qu'il  l'a  été 
pour  la  première  fois  a  P.jri> ,  par 
Pierre  Cae^aris  et  J.  Stol,  vers  T/J75. 
Ce  roman,  auquel  on  doit  trouver 
joint  ceiui  de  Léoiiard  Bruni  d'Arpzzo, 
De  dnobus  amanlibus  in  laiinum  ex 
Boccrdo  irarislai.^  esf  un  in-4".  goth. 
de  4»  ieuillcts.  Ce  n'est  qu'une  imi- 

XV. 


FLO  97 

tatîon  des  amours  de  Lucrèce  et  d'Eu- 
ryale,  par  ^Eneas  Sylvius;  mais  le 
style  en  est  inférieur  à  celui  du  mo- 
dèle. On  connaît  encore  de  Florio: 
Epistola  ad  Jacubum  Tarlatum  de 
commendalione  urhis  Turonensis. 
Celte  lettre,  citée  par  Jean  Maan  dans 
son  Histoire  des  archevêques  de 
Tours  ,se  trouvait  dans  la  Bibl.  du 
président  Mcnard  ;  mais  on  ignore  oii 
est  passé  le  manuscrit  et  s'il  en  existe 
des  Cw'pies.  W — s. 

FLOBIO  (Jean),  dit  le  Résolu, 
naquit  à  Londres  ,  sous  le  règne 
d'Henri  VllL  Ses  parents,  qui  étaient 
it^iens  et  protestants,  avaient  fui  de 
la  Yaiteline  en  Anglelerrej  et  à  l'avé- 
nemcnt  de  la  reine  Marie  au  trône, 
ils  furent  ob.igés  d'aller  chercher  de 
nouveau  un  asile  contre  l'inloléiance 
religieuse.  Ce  fut,  à  ce  qu'il  paraît,  eu 
France ,  que  le  jeune  Florio  reçut  sa 
première  édui^atioU.  Oe  retour  ea 
Angleterre,  lors  du  rétablissement  du 
protestantisme  par  Elisabeth ,  il  vint 
résider  a  Oxfo»  d  ,  ©ù  il  enseigna  dans 
l'université  les  langues  française  et 
italienne,  et  lut  agrégé  cà  un  collège. 
Lorsque  J.icqucs  eut  monté  sur  le 
trône,  Florio  fut  choisi  comme  pro- 
fesseur de  ces  langues  auprès  du 
prince  Henri ,  et  attaché  au  service  de 
la  maison  du  roi.  Il  fut  aussi  institu- 
teur et  secrétaire  du  cabinet  de  la  reine 
Anne,  il  mourut  de  la  pe.te  en  i6^5, 
âgé  d'environ  quatre-vingts  ans.  On  a 
de  lui,  entre  autres  onvr.  grs  :  L  Pre- 
miers fruits  ^  d^où  l*on  peut  tirer  des 
discours  familiers ,  de  joyeux  pro- 
verbes ,  des  mots  piquants ,  et  des 
maximes  prtciemes  ^  ^578,  in-4"«7 
et  '  5()i,  in-8'.  IL  Introduction par^ 
faite  aux  langues  italienne  et  an" 
gloise,  imprimée  avec  l'ouvrage  précé- 
dent, m.  Seconds  fruits  à  recueillir 
de  douze  arbres  de  ^oûts  différents, 
mais  délicieux  au  palais  des  Ita- 


93  FLO 

liens  comme  des  An^îois  ;  sums  du 
Jardin  de  récréation ,  cojitenanl  six 
mille  proverbes  italiens^  ^  ^9  ^  in-8  '. 
IV.  Dictionnaire  italien  et  anglois , 
1397,  in -fui.,  reirapriraé  en  161 1  , 
iu-fol.,  avec  des  addilious,  sous  le  litre 
de  Nouveau  Monde  des  Mondes  de 
la  reine  Anne.  Cotait  alors  i'onvragc 
Je  plus  complet  que  l'on  possédât  en 
ce  genre.  Après  la  mort  de  l'auteur, 
ii  en  fut  fait,  en  lôSg,  une  e'ditioii 
iioavcllc ,  revue ,  corrigée  et  considé- 
rablement augmentée,  d'après  le  dic- 
tionnaire de  la  Crusca,  par  Gio  Tor- 
riano,  professeur  d'italien  à  Londres. 
Y.  Les  Essais  de  Montaigne,  traduits 
en  anglais,  i6o5,  i6i3,  l652,  iu- 
fol.  Fiorioefait  un  homme  plein  d'ac- 
livile';  il  avnit  pris  lui-même  le  sur- 
nom de  Résolu. On  peut  voir,  par  les 
litres  seuls  de  ses  ouvrages,  qu'il  ne 
manquait  point  de  pédanterie  et  d'af- 
fectation dans  l'espril.  Il  avût  épouse 
la  sœur  du  poète  et  historiographe 
Samuel  Daniel.  X — s. 

FLORTO  (  Daniel  ,  comte) ,  poète, 
naquit  à  Udine,  en  17  10,  d'une  fa- 
mille ancienne  et  distinguée.  Après 
avoir  fait  ses  premières  éludes  au  col- 
lège de  wtte  ville ,  il  se  rendit  à  Pa- 
doue,  011  il  suivit  pendant  plusieurs 
années  les  leçons  des  professeurs  de 
Tuniversitc.  De  retour  à  Udine,  il  s'ap- 
pliqua à  la  culture  des  lettres  avec  tant 
deSMCccs ,  que  son  nom  fut  bientôt  ré- 
pandu dans  toute  l'Italie.  Il  réussis- 
sait particulièrement  dans  la  compo- 
sition de  ces  petites  pièces  que  font 
naître  les  événements  publics.  Il  s'é- 
tait exerce  aussi  dans  le  genre  lyri- 
que, et  Métastase  parle  avec  éloge 
de  ses  cantates.  Le  comte  Florio  par- 
vint à  un  âge  avancé,  et  mourut  dans 
sa  patrie  en  17B9.  Il  avait  recueilli 
lui-même  ses  différentes  ])roductions 
poétiques  sous  ce  titre  :  Poésie  varie, 


fc' 


dinc, 


n 


i  vol. 


oincs 


FLO 

de  vignettes  gravées  avec  goût.  Ot^ 
trouve  dans  les  ouvrages  de  Florio  dea 
images  agréables,  et  des  pensées  déli- 
cates exprimées  avec  autant  de  naturel 
que  de  facilité.  W — s. 

FLORÏOT  (Pierre),  prêtre  du 
diocèse  de  Lanp;res  et  confesseur  des 
religieuses  de  Porl-Royal-des-Champs, 
ecclésiaslique  pieux  ,  humble  et  vivant 
dans  la  pratique  de  la  pénitence  et 
des  vertus  chrétiennes ,  naquit  en 
1 604.  Il  étudia  avec  soin  TEcriture  et 
les  Pères,  les  médita,  et  s'appliqua  à 
en  extraire  ce  qui  concerne  la  morale 
chrétienne  de  laquelle  il  se  pénétra  à 
fond.  Il  demeurait  dans  sa  jeunesse 
au  jardin  du  Roi ,  chez  Bouvard , 
premier  médecin  du  Roi,  sans  qu'on 
ait  appris  à  quel  titre  ni  ce  qu'il  y  fai- 
sait ;  mais  on  sait  que  les  solitaires 
de  Port-Royal  ayant  établi  aux  Gran- 
ges ,  près  de  celle  abbaye ,  une  école 
où  Ton  devait  élever  les  enfants  dans  les 
lettres  et  la  piélé  ,  sous  leur  surveil- 
lance ,  Floriot  leur  parut  propre  à 
seconder  leurs  soins,  et  devint  préfet 
de  celle  école.  Il  entra  ensuife  dans  le 
ministère  sacré.  Il  était  en  1647  curé 
de  Lays  ,  dans  le  Hurepoix,  près  les 
Vaux  de  Cernay.  11  retourna  sans 
doute  à  Port  Royal-des-Charaps,  oii  ii 
prit  la  direction  des  religieuses.  Flo- 
riot s'est  rendu  recommandable,  non 
seulement  par  sa  piété  et  la  sainteté 
de  sa  vie ,  mais  encore  par  de  bons  et 
pieux  ouvrages.  Il  mourut  à  Paris  le 
1*"'.  décembre  1691 ,  âgé  de  87  ans. 
On  a  de  lui  :  I.  La  Morale  du  Pater, 
Rouen,  1672,  in-4".;  réimprimée  à 
Paris,  en  107(3,  même  format,  sous 
ce  titre  :  La  Morale  chrétienne  rap" 
portée  aux  instructions  que  Jésus^ 
Christ  nous  a  données  dans  V  Orai- 
son dominicale  ;  il  y  en  a  eu  plusieurs 
éditions,  entre  autres,  une  à  Rouen, 
en  1741,5  vol  in- 1^4.  Ce  livre,  muni 
d'approbations  respectables ,  el  qu'on 


peut  reçjnrdcr  «  comme  VJhrégé  de 
tout  C Evangile ,  est  un  fidèle  rac- 
courci <ie  tout  ce  que  les  Saints-Pères 
de  l'Ei^lise  nous  ont  l.iisse  de  plus  ex- 
cellent sur  le  sujet  de  la  religion  et  de 
la  morale  clirëlienne.  »  C'est  le  juge- 
ment qu'en  portait  M.  de  Busanval , 
eVèque  de  Beauvais ,  et  qui  se  trouve 
confirme  par  celui  du  cardinal  Bona, 
qui  faisait  grand  cas  de  cet  ouvrage, 
belon  lui ,  il  n'y  en  a  point  de  plus 
propre  à  exciter  ou  à  nourrir  l'esprit 
de  pietc  dans  l'ame  des  fidèles.  L'aus- 
tère abbé  de  Rance'  y  trouva  néanmoins 
à  blâmer.  Dans  une  visite  que  lui  firent 
Mm.  Arnauld  et  Nicole,  la  conversa- 
tion étant  tombée  sur  ce  livre  ,  l'abbé 
de  Raucé  témoigna  «  qu'd  ne  pouvait 
approuver  ce  que  l'auteur  y  disait, 
qu'un  religieux  devait  par  le  conseil 
et  avec  la  permission  de  son  supérieur, 
quitter  pour  quelque  temps  son  moisas- 
tcre,  sans  pourtant  quitter  les  devoirs 
de  la  règle  autant  qu'il  est  possible , 
pour  procurer  à  son  père  le  soulage- 
ment de  la  nourriture  nécessaire,  si 
la  caducité  de  son  âge  ou  quelque  in- 
firmité naturelle  l'avait  réduit  à  l'im- 
puissance de  vivre  du  travail  de  ses 
mains.  »  Il  faut  que  MM.  Arnauld  et 
^'icole  n'aient  point  été  de  l'avis  de 
l'jbbé  de  Rancé;  car  quelque  temps 
après ,  cet  abbé  écrivit  à  M.  Nicole  pour 
justifier   son    sentiment.  Cette  lettre 
ayant  été  communiquée  à  Floriot,  il  y 
I     répondit.  La  correspondance  continua 
et  donna  lieu  à  un  volume  in- 1 a,  im- 
primé à  Rouen  en  iG45,  sous  le  titre 
de  Recueil  de  pièces  concernant  la 
Morale    chrédennc    sur  l'Oraison 
dominicale.  Les  deux  contendanls  de- 
meurèrent vraisemblablement  chacun 
avec  leur  opinion  ,  le  sévère  réforma- 
teur de  la  Trape  ne  voyant  que  la  rè- 
gle qu'd  croyait  ne  devoir  j.imais  flé- 
cbir,  et  Floriot  que  la  charité  et  le 
«ommandcracnt  q^ui  prescrit  le  respect 


FLO  t)9 

des  parents ,  le  soulagement  de  leurs 
besoins  et  le  soin  de  leur  vieillesse , 
auquel  il  pensait  que  devait  céder , 
quelque  admirable  qu'elle  soit,  la  per- 
fection des  conseils  évangéliques.  Le 
livre  de  Floriot  ,   sortant  de  l'école 
de  Port-Royal ,  a  essuyé  quelques  at- 
taques de  la  part  du  parti  opposé: 
on   lui  a  aussi  reproclié  un  peu  de 
prolixité;  elle  paraît  excusable,  si  on 
songe  que  c'était  le  fruit  des  exhorta- 
tions faites  par  Floriot  à  Port-Royal , 
même  aux  domestiques ,  et  que  n'étant 
pas  moins  destine  à  l'instruction  des 
âmes  simples  qu'à  celle  des  personnes 
éclairées,  il  y  était  be:îOin  de  dévelop- 
pement. 11  a  conservé  justemeiil  la 
réputation  d'un  livre  utile  et  édifiant. 
IL  Homélies  morales  sur  les  Evan- 
giles   de    tous    les   Dimanches    de 
Vannée  et  sur  les  principales  féus 
de  Notre  Seigneur  Jésus- Christ ,  et 
delà  Sainte- P'ierge  ,  Paris f  '^77? 
i()8i  et  1688,  in-8"'.Daus  cette  der- 
nière édition  se  trouvent  des  change- 
ments et  l'augmentation  de  quelques 
homélies.  On  a  prétendu  faussement 
que  c'était  une  répétition  de  ce  qui  se 
trouvait  dans   la    Morale  du  Pater. 
I  IL  Traité  de  la  Ma  se  de  paroisse , 
oit  l'on   découvre  les  grands  mys- 
tères cachés    sous  le  voile  de  la. 
Messe  publique  et  solennelle  ,  Paris, 
1679,  i"'B''  On  attribue  à  Floriot 
un  écrit  sur  les  Paroles  de  la  Consé- 
cration. L-   Y. 

FLORÏS  (  Pierre- WiLLTAMsoN  ), 
voyageur, était  natif  de  Dantzig.  H  fit 
pendant  long-temps,  avec  les  Hollan- 
dais ,  le  commerce  des  Indes-Orien- 
tales ;  et  son  expérience  engagea  les 
intéresses  de  la  compagnie  anglaise 
à  l'attacher  à  leur  service.  Après  avoir 
conclu  son  engagement  avec  eux  ,  il 
s'embarqua  le  5  janvier  1610  (V.  S.), 
sur  le  navire  le  Globe ,  eu  qualité  de 
premier  marchand  :  il  arriva  le  si  1 

7- 


Ift 


lôo  FLO 

mai  à  Ia  baie  de  Saldauha ,  où  il  avait 
ordre  de  chercher  le  ginsong,  et  y 
trouva dtux  vaisseaux  hullcindais  q.ii 
étaient  aussi  venus  pour  y  prendre 
celte  plante.  Floris  eut  be  lucoup  de 
peine  à  la  découvrir ,  parce  que  ses 
feuilles  ne  fusaient  que  de  pousser. 
Le  9  août  il  était  devant  Paliacale.  Les 
Hollandais  renipêchèrent  de  commer- 
cer dans  ce  lieu  :  il  fut  plus  heureux  à 
Pétapoli  et  à  Masulipatnam.  Les  trou- 
bles qui  suivirent  la  mort  du  roi  lui 
firent  quitter  cette  ville  en  1612.Il 
alla  à  Bantam,  puis  à  Patane,  obtint 
la  pernussiou  de  s*y  établir  et  d'y  bâtir 
un  magasin,  et  envoya  le  Globe  trafi- 
quer à  Siam.  Il  eut  pendant  son  séjour 
l'occasion  de  sauver  la  reine  et  les  ha- 
bitants des  furcuis  d'une  troupe  de 
révoltés.  Le 24 octobre  161 5,  il  partit 
de  cette  ville,  et  arriva  en  décembre  à 
Masulipatnam.  Il  y  vendit  ses  mar- 
chandises avec  profit.  Divers  princes 
voisins  lui  firent  des  offres  avanta- 
geuses :  il  les  refusa,  parce  qu'il  se 
défiait  de  leurs  intentions;  et  ce  ne 
l'ut  pas  sans  raison ,  car  il  eut  souvent 
beaucoup  de  peine  à  se  faire  payer  de 
ce  qu'on  lui  devait.  Le  gouverneur  de 
Masulipatnam,  entre  autres,  remettait 
de  jour  en  jour  à  s'acquitter  de  ses 
dettes  ;  et  ce  délai  qui  retardait  le  dé- 
part des  Anglais  leur  causait  un  pré- 
judice notable.  Floris  prit  en  consé- 
quence la  résolution  d'enlever  le  gou- 
verneur ou  son  fils.  Il  réussit  à  s'em- 
parer de  ce  dernier  j  et  malgré  les 
vbstacles  qu'il  rencontra ,  il  l'emmena 
à  bord  d'un  vaisseau  anglais,  â  la 
vue  de  trois  mille  habitants  du  pays. 
Il  fit  en  même  temps  déclarer  au  gou- 
verneur qu'il  ferait  pendre  son  fils  à 
la  grande  vergue  du  bâtiment,  si  le 
seul  Anglais  qu'il  avait  été  obligé  de 
laisser  à  terre  recevait  la  moindre  in- 
jure. Le  gouverneur  n'obtint  son  fils 
qi\'^  payant  ses  dettes  et  celles  des 


FLO 

habitants  de  la  ville  dont  Floris  n'avair 
pu  rien  tirer.  Celui-ci  arrivi  à  Bant  <m 
le  5  janvier  161 5;  et  après  y  avoir 
réglé  ce  qui  concernait  le  commerce 
des  Aunlais  ,  il  ei»  jiartit  le  11  février: 
le  i*"".  juin  il  relâcha  à  l'île  Sainte-Hé- 
lène, en»ra  en  automne  dans  le  port 
de  Londres,  et  mourut  deux  mois 
après  son  retour.  La  relation  de  Floris 
est  très  estimée,  parce  qu'elle  confient 
des  particularités  intéressantes  sur 
ses  transactions,  sur  la  navigation  en 
général ,  et  sur  les  événements  qui  se 
sont  passés  dans  les  pays  qu'il  a  visi- 
tes. Elle  était  orij^inaireineiit  écrite  en 
holl  aid  lis.  Purchas  en  a  inséré  une 
traduction  abrégée  dans  le  lom?  1  de 
son  recueil  :  cette  version  a  été  tra- 
duite en  français  par  Thévenot , 
tome  1  de  sa  Collection  ;  il  y  a  fait 
beaucoup  de  retranchements.  Prévost  a 
publié  aussi  le  voyaç;e  de  Floris  dans 
son  Histoire  des  Voyages,  ail  ac- 
»  cuse,  dit  Camus  ,  la  traduction  de 
»  Thévenot  d'être  imparfaite;  la  sienne 
»  ne  me  paraît  pas  non  pbis  com- 
»  plète.  »  Ce  savant  a  raison  de  s'ex- 
primer ainsi;  car  en  lisant  av(C  at- 
tention le  Voyage  de  Floris  tel  qu'il 
se  trouve  tome  IX,  p.  56  de  l'édiuon 
in-4'*.,  on  voit  que  c'est,  à  de  lé;j;ères 
diirércnccsprès,le  même  que  celui  qui 
a  été  donné  par  Thévenot,  et  peut- 
être  est-il  plus  abrégé  dans  quelques 
passages.  Prévost  fait  précéder  ce 
Voyage  du  préambule  suivant:  «  Ce 
»  voyageur,  oublié  par  les  auteurs 
»  anglais  (  de  \' Histoire  des  Foyages\ 
»  avait  le  même  droit  qu'un  grand 
»  nombre  d'autres  marchands  de  trou- 
»  ver  place  dans  les  premières  par- 
»  ties  de  ce  recueil.»  Cependant  on 
trouve,  tome  II,  p- 98,  de  l'édition 
de  Prévost  :  Journal  de  Peter  ÏVil- 
liamson  Floris ,  premier  fadeur  du 
capitaine  liippon.  Cette  relation  qui 
est  aussi  tirée  de  Purchas ,  est,  pour  le 


FLO 
fond ,  la  même  que  celle  du  tome  IX  ; 
seulement  elle  est  plus  détaillée,  car 
el'e  contient  seize  pages,  et  l'autre  n'en 
a  que  sept.  On  ne  conçoit  pas  l'excès 
d'iuadvrrtauce  qui  a  pu  faire  insérer 
deux  fois  la  même  relation  ;  et  il  est 
encore  bi(  n  plus  surprenant  qu'un 
homme  aussi  exact  (  t  aussi  soigneux 
qui  l'était  Cmnis,  n'nit  pas  remarqué 
une  singularité  si  facile  à  apercevoir. 
E— s. 
FLORIS  (Fra^jçgis),  dit  Franc- 
Flore  ou  Franc-Floris ,  peintre  d'his- 
Uire,  né  à  Anvers  en  i52o,  fut  sur- 
nommé par  quelques-uns  le  Raphaël 
de  la  Flandre,  cl  par  d'autres  {'In- 
comparable. Son  nom  de  famille  était 
de  P'riendt.  Cet  artiste,  fils  d'un  tail- 
leur de  pierre,  prit  le  goût  et  acquit 
les  premières  connaissances  du  dessin 
chez  un  de  ses  oncles  (Claude  Floris), 
sculpteur,  qui  l'employait  à  ciseler  des 
figures  s«lf  des  tables  de  cuivre  desti- 
nées à  l'ornement  des  tombeaux.  Il 
alla  ensuite  étudier  la  peinture  à  Liège, 
chez  Lambert  Lombard,  dont  les  ou- 
vrages avaient,  à  cette  époque,  quel- 
que réputation.  Le  maître  fut  surpassé 
par  l'é'ève;  et  celui-ci  revint  à  An- 
vers, où  il  établit  une  école  qui  attira 
une  fouie  de  jeunes  gens.  Une  fois  au- 
dessus  du  besoin,  il  partit  pour  l'Ita- 
lie, dont  il  parcourut  les  principales 
villes.  Ce  fut  à  Rome  qu'il  se  perfec- 
tionna dans  la  connaissance  de  l'anti- 
que, trop  négligée  jusqu'alors  par  ses 
eomp<4triotes  :  l'étude  particulière  qu'il 
fit  des  beaux  ouvrages  de  Michel-Ange, 
contribua  surtout  à  rectifier,  jusqu'à  un 
certain  point,  ce  que  son  dessin  avait 
de  défectueux.  On  aurait  tort  de  croire 
cependant  qu'il  parvint  àégaler  pour  la 
^râce  et  la  purrié  des  formes ,  h  s  maî- 
tres des  écoles  florentine  et  romaine; 
il  n'eut  que  le  mérite  d'en  approcher 
d'un  p(  u  loin.  A  l'époque  où  les  Fla- 
mands l'appelaient  leur  Raphaël  ^  ils 


FLO 


ÎOt 


ne  comptaient  encore  parmi  eux  qu'iin 
petit  nombre  de  bons  peintres ,  et  ils 
n'ont  jugé  de  lui,  sans  doute,  que  par 
comparaison  avec  Jean  de  Bruges,  ou 
avec  le  Maréchal  d'Anvers  (  Quintin 
Metsis),  auxquels  il  était,  en  effet,  très- 
supérieur  sous  le  rapport  du  style  et 
du  choix  des  formes.  Du  reste,  quoi- 
qu'il eût  une  grande  manière ,  son  co- 
loris manquait  de  ton  dans  les  carna- 
tions ,  et  les  contours  de  ses  figures 
étaient  un  peu  trop  sèchement  arrêtés 
Son  séjour  en  Italie  ne  servit  pas  seu-' 
lement  à  lui  faire  connaître  ce  qu'il  jr 
avait  d'admirable  dans  cette  terre  clas- 
sique des  beaux-arts  ;  il  cultiva  à  Rome 
les  sciences  et  les  lettres ,  et  il  eut  bien- 
tôt orné  son  esprit  au  point  de  pouvoir 
être  considéré  comme  un  des  hommes 
qui  brillaient  le  plus  dans  la  conver- 
sation. Aussi,  lorsqu'il  revint  dans  sa 
patrie ,  fut-il  recherché  avec  empres-^ 
sèment  et  combié  de  faveurs  par  tous 
les  personnages  illustres  des  Pays  Bas. 
Sa  fortune  s'éleva  en  peu  temps  à  plus 
de  mille  florins  de  rente  :  mais  il  eût 
mieux  valu  pour  lui  qu'elle  n'eût  pas 
pris  un  accroissement  si  rapide;  il  n'eut 
peut-être  pas  contracté  l'habitude  des 
folles  dépenses,  et  son  intempérance 
ne  l'eût  pas  précipité  dans  une  extrême 
misère ,  à  l'âge  où  l'on  est  le  moins  en 
état  de  supporter  les  privations.  On 
raconte  qu'il  se  glorifiait  d'être  le  plus 
intrépide  buveur  de  son  temps,  et 
que ,  pour  en  soutenir  la  réputation , 
il  avait  gagné  les  gageures  les  plus 
extravagantes.  Il  peignait  avec  une  fa- 
cilité rare;  et  les  fumées  du  vin  lui 
donnaient  quelquefois  une  telle  har- 
diesse d'exécution ,  qu'il  en  était  lui- 
même  tout  siu^pris  lorsqu'il  revoyait 
de  sang-froid  son  ouvrage.  Mais  ce 
qui  lui  avait  réussi  d'abord,  finit  par 
lui  faire  perdre  une  partie  de  son  ha- 
bileté; il  le  sentit  si  bien,  au  lit  de  la 
mort ,  qu'en  disant  adieu  à  ses  fils  et 


ïoî  FLO 

à  ses  élèves ,  il  leur  recommanda  ex- 
pressément de  ne  pas  suivre  son  cxera- 
.ple.  Lorsque  Charles-Quint  fit  sou  en- 
trée à  Anvers,  Franc- Floris  eut  la  di- 
rection des  arcs  de  triomphe  ëlcves  en 
riionneur  de  ce  monarque.  On  rap- 
porte à  cette  occasion,  comme  une 
preuve  de  sa  prodigieuse  facilite,  qu'il 
peignit  tous  les  jours  sept  figures  en 
sept  heures  de  temps,  cl  que,  quoi- 
qu'il les  eût  faites  pour  élre  vues  de 
loin,  elles  e'tnient  traite'es  avec  assez 
de  soin  et  de  détails  pour  mériter  d'être 
considérées  de  près  avec  attention. 
Franc -Floris  fut  chargé  des  mêmes 
travaux,  et  s'en  acquitta  avec  le  même 
succès,  lorsque  Philippe  II  vint,  à 
l'exemple  de  Charles ,  recevoir  l'hom- 
jnagedes  Anversois.On  remarque  qu'il 
ornait  presque  toujours  ses  composi- 
tions de  divers  morceaux  d'antiquités 
qu'il  avait  dessinés  en  Italie,  et  qui 
produisaient  un  heureux  effet.  La  plu- 
part de  ses  ouvrages,  notamment  ses 
jheaux  Arcs  de  triomphe,  et  ses  douze 
Travaux  d'Hercule ,  ont  été  gravés 
par  d'habiles  artistes.  On  voit  de  ses 
productions  en  Flandre,  en  Hollande, 
en  Espagne,  et  dans  le  Muséum  de 
Paris ,  où  son  tableau  du  Jugement 
dernier  fixe  les  regards  de  la  multi- 
tude. Ses  dessins  sont  rares  et  estimés. 
Franc-Floris  mourut  en  1 570.  Il  avait 
cté  reçu  avec  distinction  dans  la  com- 
pagnie des  maîtres  peintres  d'Anvers 
dès  l'année  iSSp,  c'est-à-dire  avant 
qu'd  eût  atteint  l'âge  de  20  ans.  Peu 
d'artistes  comptèrent  dans  leur  atelier 
un  aussi  grand  nombre  d'élèves  j  il 
en  avait  plus  de  120,  parmi  lesquels 
étaient  ses  deux  fils ,  dont  l'un ,  Fran- 
çois Floris,  a  particulièrement  réussi 
dans  les  tableaux  de  petite  proportion, 
F.  P— T. 
FLORUS  (Lucius  Anpweus  Ju- 
jLius),  historien  latin,  nous  a  trans- 
pis  eu  lY  livres ,  sous  Je  titre  d'jE"- 


FLO 

pîiomey  les  principaux  événementj 
de  l'histoire  romaine  depuis  Romulus 
jusqu'à  Auguste.  Cet  abrégé  l'a  placé 
au  rang  des  historiens  distingués. 
L'opinion  la  plus  accréditée  suj)pose 
que  Florus  était  Espagnol  et  de  la 
famille  des  Sénèque;  cependant  les 
auteurs  de  l'Histoire  littéraire  de  la 
France  ont  réclamé  Florus  comme 
Gaulois.  Quelques-uns  prétendent  qu'il 
descendait  de  Julius  Florus ,  contem- 
porain de  Tibère.  Florus,  dans  \a  pré- 
face de  son  Epitome ,  nous  apprend 
qu'il  écrivait  deux  cents  ans  après 
Auguste;  on  ne  peut  concilier  cette 
date  avec  l'opinion  commune  qui  place 
Florus  sous  le  règne  de  Ti  ajan  et  d'A- 
drien ,  qu'en  suj^posant  une  altération 
assez  vraisemblable  dans  le  texte  ac- 
tuel de  cet  ouvrage.  Spartien  rap- 
porte quelques  vers  impromptu  d'un 
Florus,  favori  de  l'empereur  Adrien. 
Il  nous  reste,  sous  le  même  nom ,  un 
poème  De  Qualitate  vitœ  ,  publié 
pour  la  première  fois  par  Pierre  Pir 
thou ,  qui  lui  donna  le  titre  de  Flo^ 
rides  j  une  épigrammesur  les  Roses, 
qu'il  ne  f;iut  pas  confondre  avec  une 
petite  pièce  d'Ausone  sur  le  même 
sujet;  et  le  Pervigilium  Feneris, 
que  Scriverius  donne  formellement 
à  Florus  l'historien.  On  Kii  alfiibue 
encore  quelques  autres  morceaux 
de  poésie  qu'une  saine  critique  a  jugés 
indignes  de  sa  plume.  Quant  aux  Epi- 
tome  de  Tite-Live,  long- temps  attri- 
bués à  Florus,  il  paraît  certain  qu'ils 
ne  sont  pas  de  lui.  On  a  prétendu 
que  l'histoire  de  Florus  n'était  qu'un 
simple  abrégé  de  celle  de  Tite- 
Live;  nous  pensons  avec  Fabricius^ 
Juste  Lipse,  Ponfanus  et  d'autres  sa- 
vants, qu'on  s'est  trompé  à  cet  égard. 
On  ne  l'a  pas  accusé  du  moins  d'avoir 
modelé  son  style  sur  celui  de  ses  pré- 
décesseurs; mais  ou  lui  reproche  avec; 
^udcjue  fûjidcmcnt  d'avoir  subbUli^^^ 


FLO 

Souvent  à  la  c;ravité  et  à  la  pompe  la» 
tincs  la  manière  briHanle  et  l'enflure 
des  Espagnols.  C'est  peut-être  le  juger 
Irop    légèrement  que  de   prétendre, 
comme  certains   critiques,   que  son 
style  dégénère  en  puérilité.   Des  sa- 
vants modernes  en  ont  parlé  avec  plus 
d'indulgence.    Voici  à  peu   près   en 
quels  termes  l'un  d'eus  s'est  e:sprimé  : 
«  Il    est    difficile    de    lire    quelque 
»  cliose   de    plus    agréable   que   ce 
t>  charmant  ouvrage.  C'est  un  vérita- 
V  blc  tableau  d'Apelle.    Tout  y  est 
D  d'une  élégance  el  d'une  composition 
»  admirables.  Je  m*étonne  d'y  rcn- 
»  contrer  partout  autant  de  finesse 
»  et  de  concision,  et  que,  dans  uu 
»  cadre   aussi  étroit ,    le  plus  grand 
»  intérêt  se  trouve  toujours  uni  à  la 
»  plus  grande  variété.  »  On  pourrait 
établir  un  parailcle  entre  le  style  de 
Florus  et  celui  de  S.  Augustin;  mais, 
laissant  ces  considérations  aux  rlié- 
t<;urs ,  nous  allons  passer  à  l'examen 
de  Florus  comme  historien.  Les  criti- 
ques n'ont  point  mis  en  doute  son 
exactitude;  mais  on  observe  que  le 
ton  de  panégyrique  se  fait  trop  géné- 
ralement sentir  dans  son  histoire.  Sa 
liariatiou,  chargée  de  fleurs,  est  trop 
souvent  dépourvue  de  critique.  Cepen- 
dant il  s'écarte  rarement  de  Dcnys- 
d'Halicarnasseeldes  autres  historiens: 
lorsqu'il  le  fait,  il  ne  justifie  point  les 
raisons  qui  l'y  portent.  Malgré  ses 
déiauls.  comme  écrivain,  et  le  repro- 
che qu'on  peut  lui  adresser  comme 
historien,  Florus  est  lu  généralemenî^ 
avec  beaucoup  d'intérêt.  On  peut  con- 
sidérer son  ouvrage  comme  une  sorte 
d'introduction. à  l'Histoire  de  la  répu- 
1^1  que    romaine.   Les  guerres  et  les 
victoijes.  du.  peuple   romain  jusqu'à 
l'entière  extinction  des  troubles  inté- 
rieurs de  la  république,  y  sont  rrtra- 
céts  dans  une  narration  rapide.   Son 
\;yrfi  est  leilcmcut  divise ,  que  cliac^uâ 


FLO  io5 

objet  y  présente ,  pour  ainsi  dire ,  un 
corps  entier.    Parmi  les  nombreuses 
éditions  de  Florus,  dont  quatre ,  sans 
date,  paraissent  être  des  années  1470- 
i4']2  ,  on  cite  surtout  les  suivantes  : 
celle  de  Vienne,  i5i4,  i»-4"'»  ^""^ 
annotationihiis    el    indice    Joann. 
Cnmertis ;  celle  des  Aide,  Venise, 
i5iy,in8''.;  \yi\  (avec  le  Polybe 
traduit  par  Perroti).  Florus.,.  Cl.  Sal- 
masius  addidit  L»  Ampelium  non- 
dum  antehdc  editum,  Leyde,  Ëlze- 
vier,  i658,  petit in-12.  Id.,  1648, 
revu  par    Blanchard.  —   !n  uswn 
Delphini^  Paris,  1 674  >  ^^'^^  '^s  com- 
mentaires de  Mad.  Dacier,  1 726,  iu- 
4".  Id.,  réimprimé   à  Londres  el  à 
Amsterdam ,  in-S".  -^  Ex  recensio- 
ne  Grœvii  cum  L,  AmpeliOy  in-S**. , 
Utrecht ,  ji 6S0;  Amsterdam ,  1 702. 
/</.,  Leipzig,  1760.  avec  une  bonne 
préCice  de  J.  Frid.  Fischer  :  celle  édi- 
tion fait  partie  des  Fariorum;  cepcn- 
dantrédiliondeDuker,  r  72'i  et  i  744* 
in-8\  ,  est  préférable  {F.  Çh.  A.  ï)v 
ker).  Maittairc  en  a  donné  une  autre^ 
Londres ,1715,  in-i  2 ;  î^cyde,  i  722, 
iH-8°.  Los traductionsde Florus sonlen 
grand  nombre  et  dans  presque  toutesL 
les  langues.  La  plus  remarquable,  sous 
le  rapport  de  l'art  typographique,  est 
celle  qui  parut  en  anglais,  à  Londres^ 
1725,  in-12.  On  y  compte  jusqu'à 
cent  vingt-une  gravures  en  taille  douce 
d'une  beauté  remarquable.  Nous  avons 
dans  notre  langue  plusieurs  traductions 
de  Fiorus  :  L  par  1^.  Constant,  i()8o, 
I  vol.  in-8'.;  cette  traduction  est  im- 
primée-avec  celle  d'Eutrope,  et  dédiée 
au  vicomte  de  Turenne.   11.  par  N. 
GoëfKF'teau,  1G18,  in-8'.;  1621,  in- 
fol.;  1 025,1628, 1629, in- 16;  1652,^ 
in-4°.;  1659,  5  vol.  in-12.  Gclie-ci, 
presque  entièrement  oubliée  aujour-- 
d'hui,  est  un  des  ouvrages  du  temps 
qui  recueilhtla  plus  brillante  moissoc, 
d'iiommagcs .  ;  elle  iéuuissait  aloiv- 


io4  FLO 

comme  uu  modèle  de  sfyle,  les  applau- 
dissements prodigues  p<ir  l'cnlhou- 
sîasme  à  la  Iradnctiou  de  Plutarque  par 
Amyot ,  et  à  celle  deQuiute-Ciircc  par 
Vaugelas.Ce  dernier  lui-même  s'humi- 
liait devant  elle,  et  peu  s'en  falliitqu'une 
aveugle  admiiatiun  ne  la  plaçât  à  côte' 
des  Lettres  de  Balzac  :  elle  est  restée  au- 
dessous  de  sa  réputation,  de  quelque 
manière  qu'on  puisse  i'envisag<  r.  Elle 
avait,  pour  le  temps ,  assez  de  pureté'; 
mais  on  s'étonnera  toujours,  eu  la  li-, 
sant ,  qu'elle  ait  pu  être  proposée  pour 
Je  terme  de  la  dernière  perfection.  III. 
Il  eu  parut  une ,  sur  les  traductions 
de  Monsieur ,  frère  unique  du  roi, 
un  vol.  in-8  . ,  1 6t)  i ,  sa:is  nom  de  lieu 
ni  d'imprimeur  ;  Paiis  ,  i665 ,  1 670. 
Le  latin  esttn  regard,  avec  une  chro 
jiolo:ie  et  des  remarques  de  lianioîhe 
LeVaytr  lefils.  Le  p»u  d'inclit  atioo 
que  le  jeune  prin«  e  montrait  pour  les 
lettres,  a  fait  altubuer  cet  ouvrage  à  la 
plume  du  précepteur  courtisan.  IV. 
La  meilleure  traduction  est  celle  que 
l'abbé  Paul  fit  paraître  à  Paris,  en 
un  vol.  in- 1 '2,  i  774.  V.  Leléal  en  a 
donné  une ,  Paris ,  Mérigot ,  1  776  , 
iu-12;  eî  Gaullyer  a  donné  Florus 
avec  des  notes  et  une  traduction  ,  en 
2  vol  in- 1  2.  Parmi  h  s  ouvrages  qu'a 
fait  uaître  la  réputation  de  Floius , 
quelques-uns  présentent  un  intéiêt  peu 
commun  :  Mutthiœ  Benieggsri  mis- 
cellanearum  quœslionum  ex  Floro 
excerpiarum  centuriœ  VI ,  Stras- 
bourg, i633,  in-4''.  Chr.  Buperii 
observationei  poUticœ  ^  morales ,  etc. 
ad  Florum  ,  ]N  uremberg ,  i  6j9  , 
in-8  '.  /.  M,  Heinzius ,  de  Floro  non 
Ilistorico  sed  Bhetore  :  cette  disser- 
tation, fort  Lien  écrite,  est  une  criti- 
que piquante  du  st}  le  de  Florus,  au- 
quel on  reproche  le  défaut  des  mau- 
vais rhéteurs,  de  s'échauffer  à  froid 
Chr.  IL  Hausotler ,  Disserlutio  de 
inspecta  FLorifidej  Leydc,  1747^ 


FLQ 

in-4''.  j  cc^  opuscule,  qui  n'est  point 
dépourvu  de  mérite  ,  renferme  une 
discussion  éclairée  sur  les  lègles  à 
suivre  pour  écriie  l'histoire.  Ou  y 
montre  comment  Florus  s'est  écarté' 
de  ces  règles.  On  finit  par  rendre  jus- 
tice âce  que  son  taie  t  a  de  lou  ble.  Le 
gonre  de  célébrité  de  Florus  a  fait  de 
son  nom  une  espèce  de  proverbe. 
Pour  donner  une  idée  de  rémuialion 
que  son  Histoin*  excita,  nous  allons 
rapporter  ce  que  nous  avons  pu  re- 
cueillir des  imitations  qui  en  furent 
faites  dans  l'esp^ice  d'uti  siècle  :  Flo- 
rus Gallicus ,  de  bello  iialico  et  ré- 
bus Gallorum,  i  ti  »  3 ;  —  Francicus , 
iG5o,  in-'i4  •<  souvent  réimprimé 
(  ^oy.  Berthauld  );  — Polonicus 
(par  Joach.  Pastorius)  i64i,in-i2j 
—  Germanicus{  par  Ebi  rhard  Was- 
semberg ) ,  Anvers ,  1 64 1 ,  in- 1 6  ; 
Francfort,  i6.'|8,  in-12;  —^  Angli- 
eus  (  par  Lamb.  Wood  Sj-Mus), 
i65'2  ,  in- 12;  —  Hangar icus  (  par 
J .  ]N  adan)  ;,  «  663,  in- 1  '2  ;  —  Christia- 
nus  (par  le  P.  Aug.  Rjbot) ,  i665, 
in- 1  '2  ;  —  Sanctus  (  par  Math.  Bolc- 
rau,  1668; — JDanicus,  i6t)8,  in- 
fol.  (  F.  Bering.  )  Ou  connaît  aussi 
un  Florus  HeU'eticus  [  P  oj'.  Gual- 
TUEu).  Eufiu  J.  Pastorius  a  fait  pa- 
raître en  allemand  un  Florus  Germa- 
nique, 1659,  in- 1 '2  ;  et  l'on  a ,  dans 
la  même  lauguc,  un  Florus  Euro- 
péen (  Franclort,  lOSy ,  in- 12  );  uu 
Florus  Anglais  (ibid.  1660,  iu-r».  ); 
un  Florus  historique  ou  Mercurius 
ibid.,  1675,  in- 12.)  etc.  G.  F — r. 
FLURLS  (  JuLius),  célèbre  orateur 
gaulois,  naquilenvirou  vingt  ansavaut 
l'cre  chrétifiine.  Après  avoir  terminé 
ses  premières  études,  il  se  rendit  à 
Hoiue,  où  il  se  mil  sous  ia  direction 
.  de  Porcius-Latro ,  dont  l'école  était 
alors  famctise.  il  parut  ensuite  au 
barreau,  et  y  dcpl<»ya  une  éloquence 
si  vive  et  31  enirainaiile,  que  tous  ses 


FLO 

auditeurs  en  restèrent  charme's.  Se'- 
nèque  uoiis  a  conserve  quelques  frag- 
ments de  sou  discours  contre  !e  préteur 
Flaminius,  accuse  d'avoir  fait  mourir 
un  criminel  pour  satisfaire  la  curiosité 
barbare  d'une  courtisane.  Quintilien 
parle  aussi  de  Florus  avec  le  plus 
grand  éloge  (  i  ).  L'amour  de  la  patrie 
le  ramena  dans  les  Gaules,  ou  il  con- 
tinuadeplaider,  et  où  l'on  croit  même 
qu'il  tenait  une  école  d'éloquence.  Les 
raisons  sur  lesquelles  s'appuie  Du  Bou- 
lay  pour  prouver-  que  Florus  professa 
la  rhétorique  à  Lyon,  ont  trouvé  des 
contradicteurs.  Il  mourut  vers  l'an  55 
ou  56,  dans  un  âge  déjà  avancé. 
W—s. 
FLORUS  (Drepanius)  était  cha- 
noine du  diocèse  de  Lyon.  Nous  avons 
trouvé  son  histoire  tissue  d'obscuri- 
tés. On  croit  généralement  qu'il  est  le 
même  que  Florus  magister ,  ou  Flo- 
rus le  diacre.  Dans  quelques  manus- 
crite ,  enli-e  autres  dans  celui  de  la 
grande  Chartreuse  ,  il  est  appelé  Tre- 
panius.  Selon  quelques  savants  il  na- 
quit sous  le  règne  de  Constant,  et  vi- 
vait sous  Constantin  Pogonat ,  vers 
662.  Les  mêmes  auteurs  le  font  alors 
contemporain  d'un  Clodovée ,  roi  des 
Francs.  Est-ce  Clovis?  MaisClovis  II 
terminait  sa  vie  sur  la  fin  de  l'année 
656.Serait-ceGlotaireIll?  Sil'on  suit 
le  continuateur  de  la  chronique  de 
Frédégaire  ,  on  ne  peut  assigner  à  ce 
prince  plus  de  quatre  années  de  règne. 
Wous  pensons,  ou  que  la  date  a  été 
falsifiée  et  qu'il  s'agit  de  Louis  au  lieu 
de  Clovis ,  ou  bien  qu'il  ne  faut  tenir 
aucun  compte  de  cette  opinion  hasar- 
dée; et,  dans  cette  supposition,  sans 
rien  présumer  de  l'identité  préteiidue 
de  \>hde  avec  Florus,  que  nous   ne 


FLO 


o5 


fuU  in 


(0  J'  fuit,    fîlt  cet  excellent  jti 
eloifutntin   Gallianirn  princeps  et  aiio<pii  intet 
paticos  di.teruis.  {Iiistit,  orat..lih.  lo,  cap.  3, 
V*6-  7ti5 ,  éd.  Furior.  )  '      *^      ' 


nous  arrêterons  point  à  discuter , 
nous  placerons ,  avec  beaucoup  de 
vraisemblance,  l'époque  où  vivait  ce 
dernier,  vers  le  milieu  du  9^.  siècle. 
Parmi  les  savants  modernes ,  le  P.  de 
Colonia ,  Leyser ,  Moshcim,  Hamber- 
ger,  Oudin  ,  etc. ,  ont  écrit  longue- 
ment sur  Florus  sans  beaucoup  éclair- 
cir  la  question.  Pagi  (sur  Baronius) 
le  place  vers  837-854.  Il  paraît  as- 
sez constant  qu'il  fîorissait  à  la  pre- 
mière de  ces  époques.  Nous  adoptons 
ce  sentiment ,  et  nous  croyons  pou- 
voir affirmer  qu'il  vécut  sous  les  rè- 
gnes de  Louis-le-Débonuaire  et  de 
Charles-le-Chauve.  Louis  II ,  neveu 
de  Charles-le-Chauve,  et  qu'il  est  né- 
cessaire de  distinguer  d'avec  Louis-le- 
Bcgue ,  son  cousin ,  venait  alors  de 
succéder  à  son  père  Lothaire ,  empe- 
reur d'Occident  dès  826,  sous  le  pon- 
tificat de  Pascal.  Il  ne  faut  point  con- 
fondre Florus  avec  Drepanius  Paca- 
tus  (  Foj\  Dbepanius  ).  Le  fait  qui 
doit  servir  de  ligne  de  démarcation 
entre  Drepanius  Florus  et  ceux  qu'on 
pourrait  confondre  avec  lui,  est  qu'il 
assista,  Tan  837,  au  concile  deQuicrci- 
sur-Oise.  Walafride  Strabon  et  Wan- 
dalber  t-de-Pruim  font  l'éloge  de  ses  con- 
naissances et  de  son  zèle  pour  l'étude. 
On  rapporte  qu'il  était  parvenu  à  ras- 
sembler une  bibliothèque  considérable 
pour  son  temps.  L'opinion  qu'il  avait 
donnée  de  ses  talents  et  de  son  ritta- 
chement  éclairé  à  la  pureté  des  senti- 
ments de  l'église  primitive ,  le  fit  choi- 
sir par  l'assemblée  des  fidèles  de  Lyon, 
pour  réfuter  le  livre  sur  la  prédestina-, 
tion  divine,  de  Jean  Scot  Erigène,  Peu 
de  temps  auparavant,  Florns,  dans  ui\ 
discours  synodal,  avait  développé  les. 
j)rinciprs  touchant  la  préscience  et  la 
prédestination  divine.  Ce  fut  en  85-2 
qu'il  fit  paraître  son  ouvrage  au  nom 
de  toute  l'église  de  Lyon.  On  suppose 
que  Florus  mourut  vers  860.  Cetécrir 


ïo6  FLO 

vain  eut,  de  son  vivant,  deux  avan- 
tages bien  précieux  :  une  belle  répu- 
tation et  d'illustres  amis.  On  nomme 
parmi  ces  derniers,  Modoin  ,  prélat 
d'Autun  ,   et  quatre  grands  arclievê- 
qnes  ,  Agobard,  Leidrade,  Amolon  et 
Kemi.  Il   fut  moins  heureux    après 
sa  mort ,  puisque  son  nom  est  livre  à 
l'oubli,  et  qu'on  lui  conteste  même  les 
restes  dédaignes  sur  lesquels  se  fonde 
«ne  gloire  si  fragile.  (  Fo^,  Prudence 
le  jeune.  )  Florus  a  fait  un  assez  grand 
nombre  de  vers;  mais,exceptéces  vers, 
ou  même,  sans  les  excepter,  ce  poète 
théologien  n'a,  pour  ainsi  dire,  écrit 
que  des  compilations.  La  plupart  des 
ouvragesqui  lui  sont  attribués  se  trou- 
vent épars  dans  les  nombreux  volumes 
de  la  collection  des  Pères.  Quelques- 
uns  de  ces  mêmes  ouvrages  se  rencon- 
trent sous  le  nom  et  dans  les  œuvres 
de  différents  écrivains.  Donnons  quel- 
ques détails  sur  les  plus  importantes  de 
ces  productions  :  1.  Un  volume  de  poé- 
sies, Poëmata,  au  nombre  de  neuf, 
consistant  en  épîtres,  paraphrases  des 
psaumes 22,  26,2-^,  ducanliqucdes 
jeunes  Hébreux  dans  la  fournaise ,  etc. 
imprimé  pour  la  première  fois  à  Paris, 
en  1 56o.  Cet  ouvrage  parut  aussi  sous 
lenom  de  Florus, dans  la  collection  des 
Poètes  chrétiens  de  George  Fabricius, 
Baie,  \56i;  séparément,  par  André 
liivin,  Leipzig  ,   i655,  in-S".  H  se 
trouve  encore  ,  accompagné  de  notes 
savantes,  dans  les  udiialecta  de  Ma- 
Liilon.  On  lit  dans  ce  premier  recueil, 
deux   épîtres  curieuses    adressées  à 
Wodoin;  une  troisième,  commençant 
par  ce  vers , 

Salve,  uucte  parent ,  Chrisûvrnerande  snccrdos, 

a  été  publiée  avec  cinq  autres  pièces 
en  vers  hexamètres  et  eléç^iqnes  dans 
les  Jnecdola  de  D.  Marlène  et  Du- 
rand. 11.  JÀher  de  prœdestinatiune 
eçntra  Johannis  Scoti  aroneas  du- 


FLCr 

Jinkiones.  Il  se  trouve  sous  le  nom  (?0» 
Florus  dans  toutes  les  collections  de» 
Pères.  Prudence  a  fait ,  sur  le  même 
sujet,  un  ouvrage  plus  éleudu  ,  sans 
qu'il  soit  réellement  beaucoup  plus 
complet.  (  P^oy.  Prudence  le  jeune.  ) 
m.  Commentnrius  in  omnes  Sancd 
Pauliepistolas.  Cet  ouvrage,  le  plus 
eonsidérablu  des  écrits  de  Florus ,  est 
tiré  tout  entier  de  Saiiit-Augusliuj  oe 
hvre  a  été  attribué  à  Bède ,  et  se  trouve 
dans  ses  œuvres  (  i)âle,  i555,  Co- 
logne, 1612).  Mabillon  ,  par  la  col- 
lation des  plus  anciens  manuscrits,  a 
réfuté  cette  opinion.  Trois  de  ces 
manuscrits  qui  auraient  aujouid'hui 
plus  de  900  ans  de  date,  et  dont  wn 
se  trouvait  dans  la  bibliothèque  de 
Saint-Gall ,  portaient  le  nom  de  Flo-* 
rus  diacre.  Outre  cet  ouvrage,  Florus 
en  fit  un  autre  sur  les  mêmes  é(  îire* 
de  S.iint-Paul ,  mais  cette  fois  extrait 
des  écrits  de  douze  Pères,  St-Cjpiien, 
St.-Ambroisc,  St.-Hilaire,  etc.,  etc., 
manuscrit  qui  se  trouvait  à  la  grande- 
Chartreuse,  et  dont  Chifflet ,  le  P.. 
Mabillon  ctBaluzeonteu  conUciissance. 
IV.  Commentarius  sive  exposiiio  in 
canoîiem  Missœ,  le  même  que  celui* 
de  actione  Missarum  ;  tiré  de  Saint-^ 
Cyprien,  saint  Ambroise,  saint  kw'i. 
gustin,  saint  Jérôme,  etc.  etc.  L'au- 
teur composa  cet  ouvrage  vers  854  '*' 
il  se  trouve  avec  des  annotations  du- 
P.  Despont  dans  la  bibliothèque  des 
Pères.  Ce  traité  fut  imprimé  à  Paris, 
sans  nom  d'auteur,  en  i548,  parles- 
soins  de  Martial  Masure,  etc.  En 
1 589  ,  Van  dcr  Linden  ,  évêque  de- 
Ruremonde  ,  en  publia  une  autre  édi- 
tion très  imparfaite  ,  ainsi  que  toutes- 
celles  qui  se  sont  trouvées  inséiécs- 
dans  les  premières  Bibliothèques  des- 
Itères  ,  jusqu'à  l'édition  de  Lvon, 
lO-j-;,  à  laquelle  nous  renvoyons  le 
lecteur.  La  reine  Christine  possédait 
uii  manuscrit  du  10''.  siècle,  de  co 


FLO 

commentaire  ;  ce  fut  d'après  !a  copie 
que  le  P.  Mahillon  en  fit  faire,  que 
fut  composée  l'édition  de  dora  Mar- 
tène et  Durand,  inséréeau  9". volume 
de  leur  Collectio  ampîissima.  On  re- 
marque dans  le  1 5^  vol.  de  la  Biblio- 
thèque des  Pères,  divers  traités  de 
Florus,j parmi  lesquels  se  trouvent 
les  écrits  qu'il  dirigea  contre  Araalaire. 
Ces  derniers  opuscules  sont  rarement 
exempts  de  passion.  Ils  ont  fait  de 
leur  temps  beaucoup  de  bruit;  on 
peut  même  dire  qu'ils  ont  joui  d'une 
assez  grande  cclébiité.  (  Foy.  Ama- 
LAiRE.  )  Ils  sont  oubliés  aujourd'hui. 
Il  est  inutile  de  faire  mention  ici  d'un 
grand  nombre  de  Sermons,  de  Re- 
cueils ,  de  Commentaires,  de  Lettres, 
de  Traités  et  de  Discours,  épars  ,  at- 
tribués à  Florus.  Ces  productions  ont 
perdu  l'intérêt  qu'elles  avaient  pour 
des  contemporains  ;  et  le  nom  de  leur 
auteur  n'a  pas  conservé  assez  de  pres- 
tige pour  les  sauver  de  l'oubli. 

G.  F— R. 
FLOTTWELL  (Celestin-Chre- 
TiEN  ) ,  né  à  Kœnigsberg  en  Prusse , 
fut  recteur  de  l'école  de  la  cathédrcde 
et  professeur  à  l'université  de  cette 
viile.  11  avait  étudié  à  léna ,  et  il  prit 

Jîart  aux  discussions  sur  le  libre  ar- 
)itre  et  sur  la  prescience  de  Dieu,  qui 
occupaient  encore  de  son  temps  les 
théologiens  de  cette  contrée.  Ces  dis- 
cussions ont  passé  de  mode  ;  mais 
l'ouvrage  laîin  qu'il  a  écrit  sur  Lu- 
ther ,  considéré  comme  auteur  clas- 
sique dans  la  langue  allemande 
(Kœnigsberg,  1745,  in -,4°.),  est 
resté,  et  l'opinion  de  Flottwcll  à  ce 
sujet  est  devenue  celle  de  la  nation. 
C'est  à  lui  que  Kœnigsberg  doit  la  fon- 
dation d'une  société  qui  a  pour  objet 
les  progrès  dé  la  littérature  allemande. 
Il  mourut  en  1709.  Floltwell  a  eu 
part  à  la  traduction  allemande  des  pa- 
lîégyri^ucs  et  oraisons  funèbres  de 


FLO  307 

Fléchier,  accompagnée  d'jme  vie  de 
l'auteur  et  d'une  préfice  de  Gottsched, 
Licgnitz,   1749-1759,  6  vol.  in-8''. 

G — CE. 

FLOUliNOIS  (Jacques),  ministre 
de  la  religion  réformée ,  né  à  Genève 
dans  le  1 7^  siècle,  fut  nommé  desser- 
vant d'une  paroisse  en  Suisse,  et 
mourut  en  1695.  11  s'était  occupé  de 
l'histoire  de  sa  patrie,  et  a  laissé  des 
manuscrits  intéressants  ,  parmi  le.'- 
quels  on  cite  :  1°.  Mémoire  sur  les 
franchises  d'Adhemarus  Fahry  ; 
2".  Extrait  de  V Histoire  des  Eve- 
ques  de  Genève. —  Flournois  (Gc- 
déon) ,  de  la  même  famille  que  le  pré- 
cédent, fut  admis  au  saint  ministère, 
etnommédesservantde  l'hôpital  deGc- 
nève  en  1672.  Il  passa  quelque  temps 
après  en  Hollande,  et  il  y  travaillait 
en  i685  à  un  journal  intitulé  ,  Nou- 
velles solides  et  choisies ,  que  Bayle 
dit  nétre  pas  grand'chose.  11  écrivit 
aussi,  pour  la  défense  des  réformés 
de  France,  quelques  ouvrages  q*ii  le 
firent  connaître  plus  avantageusement 
dans  son  parti,  et  il  mourut  au  com- 
mencement du  1 8".  siècle. On  a  de  lui  : 
i**.  Lettres  sincères ,  Cologne,  t68i, 
in-12;  2".  Réponses  générales  et 
chrétiennes  de  quatre  gentilshom- 
mes protestants,  avec  des  entretiens 
sur  les  affaires  des  Réformés  de 
France  ,  Cologne ,  1 682  ,  in  -  1  2  ; 
5**.  Les  Entretiens  des  Voyageurs 
sur  mer,  Cologne,  i6B5,  2  volumes 
in-12.  Un  anonyme  corrigea  le  style 
de  cet  ouvrage,  l'augmenta  de;  moitié, 
et  le  fit  réimprimer  sous  la  rubrique 
de  Cologne  ,  Pierre  Marteau  ,  1704, 
4  vol.  in-12.  Cette  édition  a  servi  de 
base  à  celles  de  1715  et  1740.  L'au- 
teur s'est  proposé  de  réunir  et  d'ex- 
poser dans  un  nouveau  jour  les  prin- 
cipaux arguments  des  protestants 
contre  l'église  romaine.  Son  cadre 
lui  a  permis   d'employer  un  graixi 


îeS  FLO 

nombre  d*anec(lotes  dont  la  variété 
tempère  la  froideur  des  discussions 
théolo^^iques  ,  et  en  fait  disparaître 
Taridite.  L'espèce  d'inte'rêt  romanes- 
que qui  règne  dans  cet  ouvrage  ,  en  a 
quelque  temps  fait  le  succès;  mais  il 
n'est  plus  qu'un  petit  nombre  de  cu- 
rieux qui  le  recherchent  encore,  à 
raison  de  sa  rareté.  W — s. 

FLOYER  (Sir  John),  célèbre  raé- 
•decin  anglais,  né  à  Huiters,  dans  le 
5taffbrdshire,  en  1649.  Il  fut  élevé  à 
Tuniversité  d'Oxford,  où  on  lui  con- 
iera,  en  1680,  le  tilrc  de  docteur  eu 
médecine.  Il  exerça  son  art  à  Litch- 
lîeld,  où  ses  soins  infatigables  pour 
les  malades,  et  l'habileté  que  la  pra- 
tique lui  fit  acquérir,  lui  obtinrent  et 
la  coniiaiice  des  habitants,  et  une  ré- 
putation si  étendue,  que  le  roi  d'An- 
gleterre le  créa  chevalier  pour  récom- 
penser ses  talents.  Floyer  était  un 
gruud  partisan  des  bains  froids;  il  ne 
négligea  aucun  moyen  de  recomman- 
der leur  utilité  et  leur  salubrité,  et 
d'en  répandre  l'usage  :  il  les  ordon- 
nait particulièrement  dans  les  rhu- 
matismes chroniques  et  d'autres  ma- 
ladies nerveuses.  11  soutenait  que  la 
phlhisie  n'était  devenue  si  commune 
t^n  Anghterre  que  depuis  que  l'on 
avait  abandonné  l'usage  de  baptiser 
les  enfants  par  immersion.  Cette  as- 
sertion fixa  particulièrement  l'atten- 
tion des  anabaptistes  sur  son  ouvrage; 
d  Crosby,  leur  historien ,  a  extrait 
plusieurs  passages  de  Floyer  pour 
confirmer  l'efficacité  du  baptême  par 
immersion.  Cette  pratique  est  cepen- 
dant loin  d'être  sans  danger  ;  et  d'ha- 
biles médecins  soutiennent  que  les 
bains  froids  ont  tué  plus  d'enfants 
qu'ils  n'en  ont  sauvé.  Il  paraît  que 
ce  fut  par  i'avis  de  Floyer  que  les  pa- 
rents de  Johnson,  alors  enfmt  et  ma 
hde  des  écrouelles,  l'envoyèrent  k 
Jjondrcs  pour  que  la  reine  Anne  le 


FLO 

toucliât;  ce  qui  prouve  qu'il  n'avait  pas 
v-iinca    les  préjugés  de   son  temps. 
Flover  mourut  le  i.***  février  17^4. 
On  a  de  lui  les  ouvrages  suivants , 
tous  en  anglais  :  1.  La  Pierre  de  tou- 
cht  de  la  Médecine,  Londres,  1 687, 
in-8''.    11.  IJHat  surnaturel  des  hu- 
meurs animales  décrit  par  leurs  qua- 
lités sensibles,  Londres ,  1 696 ,  m-S". 
L'auteiir  soutient  dans  ce  livre  la  doc- 
trine de  la  fermentation.  111.  Recher- 
ches  sur   l'usage  raisonnable  des 
bains,   Londres,    1697,  "'•8''  ^^* 
ouvrage  parut  ensuite  sous  différents 
titres,  tels  que  l'Ancienne  Psrchro- 
lusie  renouvelée  ,   Londres  ,    i  702. 
Ce  sujet  fui  ensuite  plus  amplement 
traité  dans  V Histoire  des  Baiiis froids 
anciens  et  modernes,  avec  un  sup- 
plément, par   le  docteur  B<ynard , 
Londres,  i709;ibid.,  171  5  et  l'j'i'i, 
in-8°.,  et  en  quelque  sorte  reproduit 
dans  son   Essai   pour    rétablir    le 
baptême  des  enfants   par  immer- 
sion,  1724,  in-4'.,ti'ad.  en  allemand, 
Breslau,   1749,  in  8*>.  IV.    Traité 
sur  V asthme,  Londres,  i6«)8,  in-8*.; 
ibid.,  1717,  in-8".,  ouvrage  regarde 
comme  classique,  traduit  en  français 
par  Jault ,  Paris ,  i  76 1  ,  in- 1 1 ,  ibid., 
i  785;  en  allemand,  p.r  J.  C.  F.  Scherf, 
Leipzig,  1782,  in-8".  L'auteur  a  dé- 
crit cette  maladie  d'après  sa  propre 
expérience;  car  il  en  souffrit  depuis 
l'âge  de  puberté  jusqu'à  la  vieillesse. 
V.  L'Horloge  du  pouls  des  méde- 
cins^ Londies,  1707  et  1710,  1  vol. 
in  8". ,   tr.iduit  en   italien,    Venise, 
1715,  in-4'.  Floyer  est  un  des  pre- 
miers qui  aient  compté  les  pulsations 
des  ailL-res;  car  quoique  le  pouls  eût, 
dès  les  temps  anciens,  été  le  sujet  de 
fréquentes  observations,  l'on  n'avait 
cependant  pas  fixé  l'attention  sur  Is 
nombre  de  ses   battements  dans  un 
temps  donné.  VI.  Medicina  Gero- 
nomica,  ou  VJrt  de  conserver  la 


F  LU 
santé  des  Vieillards,  avec  un  sup- 
plément relatif  à  Vusage  de  Vhuile 
et  des  onctions  y  et  une  lettre  sur 
le  régime  à  suivre  dans  la  jeunesse , 
Londres,  1724.  Plusieurs  de  ces 
traités  ont  été  traduits  en  diverses 
langues.  E — s. 

FLUDD  (Robert),  dit  aussi  de 
Fluctibus,  ecjjyer,  docteur  en  mé- 
decine ,  naquit  à  Milgate ,  dans  le 
comte  de  Kent,  en  i574>  sous  le 
règne  d'Klisabelh.  Il  voulut  d'abord 
embrasser  le'parti  des  armes;  mais  il 
l'abandonna  bientôt  pour  se  livrer  à 
l'étude.  Il  cultiva  les  lettres,  la  phi- 
losophie, la  théologie,  la  me'decine, 
et  surtout  la  physique ,  son  gc'nie  le 
portant  de  préférence  à  la  contem- 
plation des  merveilles  de  la  nature. 
Fludd  entreprit  ensuite  de  voyager 
pour  accroître  encore  ses  lumières.  Il 
visita  pendant  six  ans  la  France, 
l'Allemagne,  l'Italie,  examinant  avec 
soin  ce  que  ces  contrées  offrent  de 
plus  curieux  et  de  plus  rare ,  recher- 
chant le  commerce  des  savants  les 
plus  illustres,  avec  lesquels  il  forma 
des  liaisons  qui  durèrent  autant  que 
sa  vie.  De  retour  dans  sa  patrie  en 
i6o5,  il  fut  reçu  docteur  en  méde- 
cine à  Oxford  le  1 6  mai  de  la  même 
année,  et  se  fit  agréger  au  collège  des 
médecins  de  Londres.  Il  mourut  dans 
cette  ville  le  8  septembre  1657,  dans 
sa  grande  année  cliraatérique.  Con- 
temporain de  Kircher,  deMcrsenne, 
de  Gassendi,  Fludd  fut  sans  contredit 
un  des  hommes  les  plus  instruits  de 
son  temps  :  mais  une  imagination  trop 
vive ,  un  penchant  décidé  pour  tout  ce 
qui  porte  le  caractère  de  merveilleux , 
régarèrent  souvent;  et  l'on  pourrait 
être  surpris  qu'Adelung  n'ait  pas 
inscrit  son  nom  dans  ses  Fastes  de 
la  folie  humaine.  Le  silence  de  Bayle, 
deChaufTcpié,  de  Prosper  Marchand, 
de  Niceron,  sur  Fludd,  n'est  pas  moins 


FLU  10g 

remarquable.  Quoique  disciple  de  l'é- 
cole de  Paracelse,  Fludd  n'en  doit  pas 
moins  être  considéré  comme  philo- 
sophe éclectique;  car  il  entrcjprit  de 
concilier  entre  elles  les  opinit)ns  de 
plusieurs  chefs  de  secte,  et  il  n'y 
réussit  pas  toujours.  Ses  écrits  sont 
obscurs,  souvent  même  inintelligibles. 
On  y  trouve  néanmoins  parfois  des 
idées  neuves,  des  aperçus  lumineux» 
Il  reconnaît  deux  principes  de  toutes 
choses  :  la  condensation ,  qu'il  appelle 
vertu  boréale,  parce  qu'elle  est  pro- 
duite par  le  froid;  et  la  raréjfaction, 
ou  la  vertu  australe.  C'est  à  ces  deux 
principes,  qui  ne  sont  autres  que  le 
mouvement  d'impulsion  et  celui  de 
répulsion ,  qu'il  rapporte  tontes  les 
lois  de  la  physique,  tous  les  •phéno- 
mènes de  la  nature.  Mais  il  abandonne 
bientôt  ces  idées  raisonnabhîs  pour 
attribuer  à  l'aimant  des  qualités  oc- 
cultes; à  chaque  maladie  du  corps- 
humain,  un  esprit  hostile  qui  l'a  pro- 
duite, et  qu'il  faut  combattre  avec  le 
secours  de  celui  qui  lui  est  opposé 
dans  le  rhumb  où  il  les  suppose  rangés;, 
en  un  mot,  pour  se  livrer  a'ax  chi- 
mères de  la  cabale  et  de  la.  magie. 
Aussi  fut-il  vivement  attaqué  par  hs 
bous  esprits  de  son  temps,  'tels  que 
Mersenne,  Forster  et  Gassendi.  Les 
ouvrages  de  Fludd  sont  rares  c;t chers, 
comme  la  plupart  de  ceux  qui  n'ont 
d'autre  mérite  que  la  bizarrerie.  Oa 
les  trouve  ordinairement  rcfunis  en. 
cinq  volumes  in-folio  ;  mais  ,  indé- 
pendamment de  ce  que  l'oriHre  ob- 
servé dans  la  formation  de  ces  volumes 
varie  dans  les  différents  exemplaires, 
parce  qu'il  n'a  rien  de  détermina»',  cette 
collection  est  loin  d'être  complète. 
Nous  allons  donc  indiquer  séparément 
les  diverses  compositions  du  philo- 
sophe anglais  j  ce  sont  :  I.  Utriusque 
Cosmi  metaphysica,  physica  atque 
technica  historia,  Oppenheira,  1617,, 


^10  FLU 

in-fol.  Fliidd  y  explique  h  sa  manière 
les  causes  de  la  ge'neration  et  de  la 
pulrefaclion.  II.  De  supernalurali , 
nalurali,  prœtematurali  et  contra- 
naturali  microcosmi hisiorid ,  ibid., 
1619,  iGii.  L'auteur  y  traite  des 
mcle'orçs ,  tant  du  macrocosme  que  du 
inicrocosine  :  par  ces  derniers,  il  en- 
tend les  maladies  du  corps  humain, 
m.  Denaturœ  simid,  seiilechnica 
jnacrocosmi  historia ,  Francfort  , 
i6'24.  Ce  singe  de  la  nature  est  l'art; 
et  les  parties  que  Fiudd  examine  sont 
rarithmétique,  la  géométrie,  la  mu- 
sique ,  la  peinture ,  l'art  militaire , 
l'art  de  mesurer  le  temps,  la  cosmo- 
graphie, l'astrologie  et  la  geomance. 
J.  Kepler  combattit,  en  1619,  les 
opinion;?  de  Fludd  dans  un  appen- 
dice mis  à  la  suite  de  son  flarmonia 
Mundi.  Ce  dernier  y  repondit  par  : 

IV.  Veritalis  proscenium  seit  de- 
monslratlu  analftica,  Francfort, 
1 62 1.  Kepler  répliqua  par  une  Jfpo- 
logia ,    à   laquelle    Fludd    opposa  : 

V.  Monochordon  Mundi  sympho- 
niacum  ,  seu  responsio.  etc. ,  Franc- 
fort,  iO-2a,  in-4".;   1625,  in-folio. 

VI.  An-atomiœ  Theatrum ,  triplici 
effigie  designatujn,  Francfort,  1625, 
in-fo!.  L'autour  y  divise  l'anatomie  en 
vulgaire  et  en  mystique:  c'est  en  dire 
assez.  Vil.  Medlcina  catholica ,  seu 
mjsticuni  artis  medicandi  sacra- 
rium,  Francfort,  1629.  VIII.  Iiite- 
grum  morborum  mjsterium,  Franc- 
fort, i65i.  IX.  PulsuSy  seu  nova  et 
arcana  pulsuum  historia.  Si  Fludd 
eut  quelques  lumières  en  physique  et 
en  mécanique ,  il  fut  sans  contredit 
im  très  mauvais  médecin ,  maigre'  sa 
devise  :  Non  est  viwere,  sed  valere 
vila.  On  a  vu  ci-dessus  quelle  était 
son  opinion  sur  le  princijjc  des  ma- 
ladies; celles  qu'il  émet  sur  les  pro- 
gnoslics,  sur  les  crises,  sur  les  di- 
verses complexiuQS,  ne  sont  pas  plus 


FLU 

sense'es.  X.  Philosophia  sacra  et 
verè  christiana,  seu  meteorologia. 
cosmica,  Francfort,  1629.  XI.  So- 
phicB  cum  Morid  certamen,  1629. 
XII.  Summum  bonum ,  quod  est 
verum  magiœ ,  cabalœ  et  alchjmiœ 
verœ  ac  fratrum  JP.oseœ  -  Crucis 
subjectumy  1629.  Ces  deux  écrits 
sont  dirigés  contre  le  P.  Mersenne, 
qui  avait  combattu  les  principes  de 
l'auteur  :  ie  dernier  fut  publié  sous  le 
nom  de  Joachim  Frizius.  XllL  Clavis 
philosophiœ  et  alchjmiœ  Fluddanœ , 
Francfort,  i633.  Cet  ouvrage  répond 
aux  critiques  de  Gassendi,  de  Fr. 
Lanovius  et  de  Mersenne.  Le  premier 
avait  publié  contre  Fludd  une  Exer^ 
citatio  y  Paris,  i65o,  in-8".  ;  et  le 
second  :  Effigies  contracta  Rohertl 
Fludd,  Paris,  i656,  sous  le  pseu- 
donyme de  Eusebius  à  Sancto  Juste, 
XIV.  Philosophia  Mosaïca,  in  qud 
sapientia  et  scienlia  creaturarum 
explicanlur j  Gouda,  i638;  Amster- 
dam, 1640,  iu-fol.  On  trouve  en  tête 
de  cet  ouvrage  la  figure  d'un  thermo- 
mètre; cequia  fait  penser  à  plusieurs 
écrivains  que  Fludd  e'Liit  l'inventeur 
de  cet  instrument.  Ce  thermomètre , 
qu'il  appelle  calendarium  vilreum  , 
a  la  forme  d'un  matras  renversé,  ou, 
si  l'on  veut,  d'un  tube  surraonlé d'une 
boule.  Letube, dont  l'extrémilé plonge 
dans  un  vase,  est  divisé  eu  treize  par- 
lies;  celle  du  milieu  représente  le  ni- 
veau (le  zéro  de  nos  thermomètres): 
les  autres  sont  numérotées  depuis  1 
jusqu'à  >],  en  montant  et  en  descen- 
daut.  La  boule  est  remplie  d'air,  dont 
la  raréfaction  ou  la  condensation  agit 
sur  la  liqueur  contenue  dans  le  tube; 
et  l'on  observera  que,  la  boule  étant 
supérieure  au  tube,  le  froid  produit 
l'ascension  de  la  liqueur,  et  le  chaud 
la  fait  descendre.  Ce  n'est  pas  ici  le 
lieu  d'examiner  les  vrais  titres  de 
t)jcLbd   à  riûyenlion    du   thcrmo- 


mèfre;  maïs,  àenju^erparles'proprcs 
expressions  de  Fludd,  celui-ci  ne  paraît 
pas  vouloir  se  i'aUribuer,  puisqu'il  se 
plaint  des  charlatans  de  son  temps, 
qui  teignaient  la  liqueur  du  tube , 
et  attribuaient  ses  mouvements  à  une 
cause  occulte  (  i  ).  Ce  que  Fiudd  semble 
s'approprier ,  c'est  Temploi  qu'il  fait 
du  thermomètre ,  pour  expliquer  les 
lois  de  la  physique  conformément  aux 
deux  principes  universels  que  nous 
Tavons  vu  adopter.  On  trouve  néan- 
moins déjà  dans  sa  description  plu- 
sieurs prognostics  thermométriques. 
Dans  sa  Philosophie  Mosaïque,  Fiudd 
admet  trois  princip.  s  de  la  création  : 
les  ténèbres  ,  ou  la  matière  première; 
Tcau,  matière  seconde;  et  la  lumière 
divine,  sublime  ess-juce,  source  de  la 
vie  et  du  mouvement.  Dieu  est  une 
monade  pure,  simple,  catholique,  qui 
comprend  en  soi  tous  les  nombres. 
Fiuddse  jette  bientôt  après  dans  le  dé- 
dale des  sympathies  ,  des  antipathies  , 
et  dans  toutes  les  rêveries  des  rabbins. 
Uue  particularité  remarquable  est  quil 
attribue  la  chute  d'Adam  à  son  com- 
merce charnel  avec  Eve,  laquelle, 
dit  il,  était  maudite  dans  son  ventre. 
On  voit  que  Beverland  ne  fut  pas 
r.mteur  de  cette  opinion  bizarre.  La 
Philosophia  Mosaïca  a  été  traduite 
en  anglais,  Londres,  iGSg,  in-foho. 

XV.  Un  discours  de  Unguento  ar- 
mario^  qui  se  trouve  dans  le  Thea- 
trum   sjmpathiœ  ,    1662  ,    in  -  4% 

XVI.  Responsum  ad  Hoplocrisma- 
spongum  Forsteri,  Londres,  1  Go i , 
in-4".,  en  anglais,  et  en  latin  à  la 
suite  de  la  Philosophia  Mosaïca. 
Fors'.er  avait  attaqué  les  vertus  mer- 
veilleuses de  l'onguent  magnétique. 

XVII.  PathologiadœmoTiiaca ,  Gou- 
da, 1640,  in-foho.  Le  titre  indique 
assez  la  valeur  du  livre.  Fiudd  était 


(1)   D'aïUcurs    le  tbermomètre  était  connu   dès 
l^.i  ,  c,t  i'^Htraj;»;  de  k'Uii  ^e  parut  ^u'«a  i(J38. 


VLV  Ht 

trop  ami  du  merveilleux  pour  ne  pas 
se  faire  initier  dans  la  société  secrète 
connue  sous  le  nom  de  Frères  de  la 
Rose-Croix ,  et  fondée  de  son  temps 
par  Jean  Valcntin  iV-ndrese  (  i  ).  Les 
membres  de  cette  société  étaient  di- 
visés en  deux  classes  :  la  première, 
^\iQ  Aiireœ-Crucisy  se  composait  de 
ceux  qui  se  livraient  aux  spéculations 
théosophiques  ;  la  sfconde,  Roseœ- 
Critcis,  comprenait  ceux  qui  se  bor- 
naient à  l'étude  des  merveiilcs  de  ce 
monde  sublunaire  :  Fiudd  était  au 
nombre  des  premiers.  Libavius,  non 
moins  fou  que  lui  cependant ,  attaqua 
la  société  dans  divers  écrits;  Fiudd 
lui  répondit  par  :  XVHï.  Apologid 
compendiaria ,  fralcrnitatem  de  Ro^ 
sed-Cruce  suspicioins  et  infamies 
macuUs  aspersam  abluens ,  Leydc , 

1616,  in-8\  XlX.  Tractatus  apo- 
logeliciis  integritatem  societatis  de 
Rosed  -  Cruce  defendens  ,    Leyde  , 

1617,  in-S".  Cette  dernière  apologie 
a  été  traduite  en  allemand,  Leipzig, 
1782,  in  8'.;  et  Sommiers  y  a  fait 
une  addition,  aussi  en  allemand, 
Halle,  1785,  in-8°.  XX.  Enfin,  l'on 
a  de  Fiudd  ,  sous  l'anagramme  de 
Rudolfus  Otreh  :  Tractatus  theo* 
logo-philosophicus  de  vitd,  morte  et 
resurrectione  ,  fra tribus  Roseœ^ 
Crucis  ff/crttMs/Oppenheim,  1617, 
in-4^.  Ces  trois  derniers  articles  sont 
fort  rares ,  et  n'ont  point  été  réim- 
primés dans  la  collection  iu-folio.  La 
plupart  des  ouvrages  de  Fiudd  sont 
enrichis  de  gravures  de  Jean^Théo- 

(i)  Un  grand  nombre  d'écrivains  ont  cru  trouver 
Torij^ine  des  emblèmes  de  la  Rose-Croix  dans  kg 
Sjmbola  divina  et  hiimana  de  Jacques  Tvpot 
liistoriograpbe  de  Rodolphe  H,  Prayue  ,  l6oi  \ 
in-fol.  ;  c'est  à  la  planche  4  du  tome  1  ,  intitulée  • 
Sjmbola  sancir  crucU.  Mais  il  juffil  d'examiner 
Tcmblème  un  iusianl,  pour  reconnaître  que  rien 
ne  peut  autoriser  celle  opiuion.  Le  pélican  que 
l'on  y  remarque  fut  de  tout  temps  un  symbole 
adopte  par  l'Eslise ,  du  dévouedient  du  Chris!. 
D'ailleurs  VEcomais  pourrait ,  avec  autaoit  de 
droit,  revendiquer  cette  planche  en  S4  fayeur 
puisqu'on  y  aperçoit  l'arche  d'alliaac»  €t  le  cbaa* 
dclicr  a  septbranciicj. 


1,2  FLU 

dore  de  Bry,  fils  de  Théodore. — 
Quelques  bibliographes  ont  confondu 
Kobeit  Fludd  avec  un  antre  Kobert , 
dominiciin  anglais,  ne  à  York,  et 
quiflorissut  dans^le  1 4''.  siècle.  Ce 
religieux  avait  faitmssi  des  recherches 
et  laiss»  des  écrits  sur  les  Mj stères  de 
la  nature  et  de  Tart  ;  ce  qui  l'avait  lait 
surnommer  Perscnitator  (  îe  Cher- 
cheur). Jean  l*ils  et  Jacques  Echard, 
d'après  Jean  Leiand,  lui  attribuent  : 
De  impressionibiis  aëris;  De  mira- 
hilihus  elementorum  ;  De  magidcœ- 
remonialis  De  mrsteriis  secretorum; 
et  Correclorium  alchymiœ.    D.  L. 

FLUE  (Nicolas  de),  propre- 
ment .Lœwenbriigf^er  (  de  Ponte 
Leonino  ),  naquit  à  Saxehi,  bourg 
de  la  partie  supc'rieure  du  canton 
d'Unlcrwald,  le  21  mars  14^7»  ^^ 
mourut  dans  son  ermitage  près  de 
Saxeln,  îe  22  mars  14^7.  Son  père 
fut  un  propriétaire  aisé  et  membre  de 
la  magistrature.  Lni-nfême,dès  sajeu- 
«esse,  s'était  acquis  une  grande  répu- 
tation de  piété,  de  droiture,  de  pru- 
dence, et  d'un  ardent  amour  pour  sa 
patrie.  Dans  la  guerre  de  Zurich  et 
dans  celle  contre  Sigismond  d'Au- 
triche, il  montra  sou  courage  sur  le 
champ  de  bataille  ,  et  il  n'épargna 
lien  pour  adoucir  la  haine  des  par- 
tis, pour  empêcher  des  rapnies  et 
des  cruautés.  Conseiller  de  son  can- 
ton ,  sa  sagesse  fut  reconnue ,  et  la 
première  magistrature,  celle  de  lan- 
dararaan,  lui  avait  été  ofterte  inutile- 
ment. D'un  mariage  heureux  il  avait 
eu  dix  enfants,  lorsqu'à  l'âge  de  cin- 
quante ans,  guidé  par  une  passion 
toujours  croissante  pour  la  vie  soli- 
taire et  contemplative  ,  il  quitta ,  avec 
le  consentement  de  son  épouse,  le 
monde  et  les  affaires.  11  se  retira  d'a- 
boi^ sur  les  montagnes  du  Zesca  ; 
mais  il  se  rapprocha  bientôt  de  son 
bourg  paternçl,  quand  des  chasseurs 


FLU 

rcurent  reconnu  dans  une  contrée  so* 
li'aire ,  à  une  lieue  du  caiiN.wj  :  ses 
compatriotes  qui  rairaai«:iit  et  l'hono- 
raient ,  lui  bâtirent  une  chr»ptl!c  à 
coté  d'une  fort  petite  chaumière.  C'était 
en  i4^7  qu'il  entra  dans  cet  ermi- 
tage, s'occtipant  de  la  vie  contempla- 
tive, ne  dédaignant  pas  de  recevoir 
tous  ceux  qui  venaient  le  voir  et  le 
consulter,  et  recherchant  même  les  en- 
tretiens avec  des  amis.  Dans  ce  même 
temps ,  à  la  suite  des  guerres  dn  Bour- 
gogne, et  de  leur  riche  butiu ,  on 
vit  des  troubles  ,  des  méfiances  et 
des  jalousies  s'emparer  des  cantons , 
et  menacer  d'une  crise  prochaine 
et  fâcheuse  leur  confédération.  Les 
villes  de  Berne,  Fribourji ,  Zurich, 
Lucerne  et  Soleure,  pour  se  dé- 
fendre contre  des  bandes  formida- 
bles de  gens  oisifs  et  débauchés  qui 
désolaient  le  pays,  avaient  formé  une 
espèce  de  ligue  particulière.  Les  can- 
tons populaires,  déjà  remplis  de  jalou- 
sie contre  les  autres,  qu'ils  accusaient 
de  s'être  attribué  la  meilleure  partie 
des  fruits  de  leur  vi«toire  commune  , 
éclatèrent  en  plaintes  amères  lorsque 
les  villes  de  Fribourg  et  de  Soieure 
demandèrent  à  être  reçues  dans  la 
confédération.  Les  p;<s>ions  s'aigri- 
rent ;  les  conférences  se  multiplièrent 
sans  succès.  Une  assemblée  tenue  à 
Stantz  ver>  I.»  fin  de  i  481  n'avait  of- 
fert que  les  débats  les  plus  violents  ; 
elle  devait  se  dissoudre ,  et  ne  plus 
laisser  d'espérance  pour  le  raccum- 
modcraent.  Le  curé  de  Sîaniz,  nommé 
In^rund,  l'ami  intime  de  l'eriniie, 
vint  alors  en  toute  hâte  consulter  et 
appeler  celui -ri.  De  Fine  descend  de 
sa  retraite,  arrive  -.u  uiilieu  de  ras- 
semblée, et  la,  par  une  éloqfirnce 
modeste  et  touchante,  à  laquelle  seÈ 
services  passés  et  son  austère  piétJ 
prêtaient  une  nouvelle  force  ,  il  ral'ul 
ma  dans  les  cœurs  des  députés  ic| 


FLU 

sentiments  de  fraternité  et  de  pa- 
triotisme ,  auxquels  leur  confédéra- 
tion avait  dû  sa  gloire  et  son  exis- 
tence même.  L'ascendant  que  lui  don- 
naient son  crédit  et  la  sagesse  de  ses 
discours  opéra  la  réconciliation  des 
huit  cantons  et  le  renouvellement  de 
leur  alliance.  IMeur  persuada  d'an- 
nuller  la  ligue  particulière  formée  par 
Jes  cinq  villes  en  i477?  qui  avait  été 
la  principale  cause  de  leur  désu- 
nion ;  mais ,  en  échange,  Fribourg  et 
Soleurc  obtinrent  d'être  associés  à  la 
confédération  helvétique  ,  et  ils  en 
devinrent  les  neuvième  et  dixième 
cantons.  Ce  pacte  célèbre  dans  les 
fastes  de  la  Suisse ,  sous  le  nom  de 
Convenant  de  Stantz  (  du  11  dé- 
cembre) ,  établit  en  même  temps  la 
promesse  des  confédérés  de  ne  com- 
mettre aucune  hostilité  les  uns  contre 
les  autres  ,  de  secourir  le  canton  qui 
serait  injustement  attaqué  ,  de  punir 
sévèrement  les  auteurs  de  pareilles 
agressions  :  la  justice  ^e  chaque  lieu 
où  elles  auraient  été  commises  devait 
€n  poursuivre  la  vengeance.  Toute 
assemblée  ou  société  non  autorisée 
«lait  interdite;  les  sujets  d'un  canton 
ne  devaient  point  chercher  à  s'asso- 
-cier  avec  ceux  d'un  autre  dans  leur 
révolte.  Tous  ensemble  devaient  au 
contraire  concourir  à  ramener  les  re- 
belles à  l'obéissance.  Enfin  ce  même 
acte  confirma  les  règlements  mili- 
taires, l'ordonnance  au  sujet  delà  juri- 
diction ecclésiastique ,  et  tous  les  an- 
ciens pactes  de  la  confédération,  avec 
l'obligation  d'en  renouveler  le  ser- 
ment tous  les  cinq  ans.  Après  avoir 
terminé  ce  salutaire  ouvrage  de  la 
pacification  de  son  pays  ,  Nicolas  de 
Flue  adressa  aux  députés  des  con- 
seils pleins  de  sagesse  et  de  patrio- 
tisme; il  les  exhorta  à  se  tenir  en 
garde  contre  la  séduction  des  cours 
^rangères,  par  l'attrait  de  leurs  pen- 


FLU  ii3 

sions  et  de  leurs  services;  il  leur  re- 
commanda la  frugalité,  la  simplicité 
des  mœurs  anciennes,  soutien  néces- 
saire d'une  liberté  qui  devait  leur 
suffire  pour  vivre  heureux.  Il  rentra 
ensuite  dans  sa  cellule,  où  i!  reçut 
les  lettres  de  remercîment  que  les 
cantons  lui  adressèrent ,  et  qu'ils  ac- 
compagnèrent de  présents,  dont  il 
orna  sa  chapelle.  Ces  lettres ,  ainsi  que 
les  réponses  pleines  de  modestie  et  de 
patriotisme  que  l'ermite  y  fit ,  se  con- 
servent dans  les  archives  et  dans  les 
chroniques  de  la  Suisse.  On  a  imprimé 
différents  traités  qui  portent  le  nom  de 
Nicolas  de  Flue,  parmi  lesquels  on  re- 
marque celui  de  la  fie  solitaire.  Les 
papes  Clément  IX  et  X  l'ont  béatifié. 
Au  grand  titre  de  gloire,  que  per- 
sonne ne  saurait  contester  au  bien- 
heureux frère  ,  et  qui  se  trouve  dans 
le  Convenant  de  Stantz  ,  ses  con- 
temporains et  la  postérité  en  ont  joint 
un  autre  qui  toutefois  n'est  pas  resté 
sans  contestation.  L'on  assure  que 
pendmt  vingt  ans  il  n'a  pris  aucune 
nourriture,  si  ce  n'est  la  sainte-cène, 
qu'il  recevait  chaque  mois.  Ce  ne  fut 
pas  lui  qui  de  ce  jeûne  se  fit  jamais 
un  mérite  :  ses  coin  patriotes ,  après 
s'être  assiu'és  des  faits  par  une  ob- 
servation exacte,  y  virent  un  miracle; 
d'autrts  ont  essayé  d'expliquer  le  phé- 
nomène arrivé  dans  un  corps  sec  et 
maigre  ,  qui ,  ne  faisant  presque  au- 
cune perle,  ne  demandait  par  consé- 
quent que  fort  peu  de  réparation. 
Lorsqu'cn  1733  Jean-Henri  Tschudi, 
dans  un  de  ses  ouvrages,  osa  parler 
avec  peu  de  révérence,  non  point  de 
Wicolas  de  Flue,  mais  de  son  pré- 
tendu jeûne  de  vingt  ans ,  et  des  reli- 
ques des  saints ,  dont  on  conservait 
des  doubles  en  divers  endroits  ,  lé 
gouvernement  d'Unterwald  fit  brû- 
ler son  livre,  et  mit  sa  tête  à  prix. 
Les  diverses  légendes  de  la  vie  du 
8 


ii4  FOG 

frère  Nicolas  décorent  les  murs  du 
beau  temple  de  Stantz  qui  lui  fui  con- 
sacre; et  sa  tombe  en  marbre,  dans 
laquelle  ses  ossements  ont  été  dépo- 
ses ,  placée  devant  l'autel,  ofif're  à  la  dé- 
votion des  fidèles  la  figiu-e  du  saint 
faisant  sa  prière  à  genoux  :  de  nom- 
breux péierinaç;es  se  fout  encore  au- 
jourd'hui en  l'honneur  de  sa  mé- 
moire. (Voy.  Nicol.  de  Rupe  ana- 
choretœ  suhsihani  in  Heli>elid  vîta 
ac  res  gestce  ,  à  Petro  Ilugone , 
Fribourg,  i656  ,  in- 12  ;  la  même 
dans  les  ^cta  Sanctorwn  des  Bol- 
landist.  22  mars;  l^ Esprit  et  la  Fie 
du  bienheureux  frère  Nicolas ,  par 
M.  Goldlia  de  Tiedenau,  2^  édit. , 
Lucerne,  1808,  in-S"". ,  en  allemand  ; 
l'Histoire  des  Suisses  j  par  J.  de 
MUller.  )  U— I. 

FOCKENBROCH  (  Guillaume- 
GoDESCAsLG  VAN  ) ,  médccin  d'Ams- 
terdam ,  mort  dans  cette  ville  en  1 695, 
s'est  moins  fait  connaître  comme  tel 
que  comme  poète,  si  toutefois  le  nom 
de  poète  est  dû  à  un  bouffon ,  à  un 
sottisier,  qui  fait  rire  quelquefois, 
mais  qui  bien  plus  souvent  excite  la 
pitié  par  le  déplorable  abus  de  son 
talent.  Il  y  a  apparence  qu'il  ne  trouva 
ni  dans  la  médecine  ni  dans  la  poésie 
le  chemin  de  la  fortune ,  puisque  vers 
166B  il  accepta  dans  un  des  comp- 
toirs hollandais  à  la  cote  de  Guinée 
(St. -George  de  la  Mme) ,  une  place 
également  étrangère  à  l'une  et  à  l'au- 
tre. Aussi  avoue-t-il  dans  une  de  ses 
lettres  que  le  seul  appât  de  la  fortune 
lui  avait  fait  prendre  ce  parti ,  qui 
était  pour  lui  sous  tout  autre  rapport 
une  riche  source  d'ennui.  Du  moins 
sa  muse  enjouée  ne  l'abandonna  point 
dan>  ces  régions  lointaines.  Les  pro- 
ductions qu'elle  lui  inspira  portent 
dans  le  recueil  de  ses  œuvres  le  nom 
de  Tlialie  africaine.  Toutes  les  œu- 
vres de   Fockcnbroch  sont  dans  le 


FOD 

genre  burlesque.  11  singeait  Scarron,- 
dont  il  a  traduit  la  Gigantomachie  , 
et  les  deux  premiers  livres  de  V Enéide 
travestie;  il  a  parodié  de  la  même 
manière  les  Eglogues  de  Virgile: 
le  surj;lus  de  ses  œuvres  contient  des 
Epithalames ,  des  Bouquets  de  fêtes, 
etc.,  ainsi  que  d(Hix  comédies,  VA* 
mour  aux  Petites-Maisons ,  qui  est 
resté  au  théâtre ,  en  5  actes ,  et  le 
Jaloux  embarrassé ,  en  un  acte.  Tout 
cela  ne  méritait  pas  l'espèce  de  suc- 
cès dont  il  a  joui.  Les  œuvres  de  Foc- 
kenbioch  ont  eu  plusieurs  éditions , 
en  I  vol.  in- 12  ,  1676;  en  2  vol. , 
1682.  La  meilleure  est  celle  qu'a 
donnéfï  Abraham  Bogaert,  en  1709, 
2  vol.  in- 1 2. Trente  et  quelques  pages 
du  2^.  vol.  contiennent  même  des  poé- 
sies françaises.  M — ^on. 

FODERÉ  (Jacques),  cordelier, 
mal  nommé  Pierre- Jacques  par  le  bi- 
bliothécaire de  Bourgogne  et  les  con- 
tinuateurs de  Moréii,  naquit  au  i6% 
siècle ,  à  Bessan  daus  la  Haute  -  Mo- 
rienne,  et  embrassa  la  vie  religieuse 
à  l'âge  de  seize  ans.  Ses  supérieurs 
l'envoyèientà  Paris,  où  il  fit  ses  études  . 
et  reçut  le  bonnet  de  docteur.  Ou  le  4 
chargea  ensuite  d'enseigner  la  théologie  ? 
aux  jeunes  profès.  Après  avoir  rempli 
cette  tâche  pénible  pendant  plusieurs 
années  ,  il  fut  successivement  nommé 
à  différents  emplois  de  son  ordre , 
et  se  livra  au  ministère  de  la  chaire: 
on  sait  qu'il  prêcha,  en  i566,  à 
Anneci,et  qu'il  vivait  encore  en  i6ji5; 
mais  on  ignore  l'année  de  sa  mort. 
On  connaît  du  P.  Fodcré  :  L  Aver- 
tissement aux  archevêques  et  évé- 
ques  de  France  ,  sur  l'arrêt  rendu 
en  \6o6  contre  les  Ré  collet  s ,  Lyon, 
1G07,  in-8**.  IL  Traité  des  induU 
gences  .  et  confirmation  de  celles  de 
St.  •  François  ,  ibid.  ,  161 1  ,  in -8". 
III.  Narration  historique  et  topogra- 
phique  des  couvents  de  l'ordre  d$ 


I 


FOD 
St.  -  François^  et  des  monastères  de 
Sic-  Claire,  érigés  en  la  province  de 
Bourgogne,  ou  de  St.-Bonaventure , 
ibid. ,  1619,  in  -  4'.  Fodere  annonce 
qu'il  avait  d'abord  compose  cet  ou- 
vrage en  latin  ,    sur  l'invitation  de 
François  de  Gonzague,  qui  se  propo- 
sait de  l'insérer  dans  sa  Chronique 
univei selle  de  tordre  ^  mais  qu'un 
accident  avant  rendu  illisible  la  copie 
de  son  in;muscril,  le  P.  de  Gonzague 
lie  put  tirer  aucun  parti  de  ce  travail: 
ce  ne  fut  que  vingt-cinq  ans  après,  que 
Fodere  peusa  à  faite  paraître  un  ou- 
vrage qui  lui  avait  coûté  bwmcoup  de 
soins  et  de  recherches  ;  et  ce  qui  l'y 
détermina,  ce  fut  la  publication   de 
V Histoire  de  la  province  de  Sc-Bo- 
naventure,  par  Claude  Piquet  (  Foy, 
Piquet  ).  L'ouvrage  de  Fodere  ren- 
ferme des  détails  très  curieux  sur  les 
principales  villes  du  duché  et  du  comté 
de  Bourgogne,  du  Lyonnais,  de  l'Au- 
vergne et  de  la  Savoie,  11  est  exact 
dans  ses  citations  ;  mais  il  se  montre 
trop  crédule,  et  son  style  a  tous  les 
défauts  du  siècle  où  il  vivait.    W—- s. 
FOD  H  AIL  BEN  AIADfl ,  sofi  mu- 
sulman très  célèbre ,  était  de  la  tribu 
de  Temyra ,  et  originaire  de  Fondy  ti , 
bourg  de  la  dépendance  de  Thalecan 
en  Khoraçan;  de  là  vient  qu'il  porta 
les  surnoms  de  Temymi,  Fondyny 
et  Thalecany.  Il  naquit  à  Samarcand 
selon  les  uns  ,  à  Abyverd  selon  les 
autres ,  et  fut  élevé  dans  cette  dernière 
nllc.  Dans  sa  jeunesse  Fodhajl  exerça 
e  métier  de  coureur ,  ou  même  la  pro- 
cssion  de  voleur  sur  la  route  de  Osour 
(  Sorkhas.  Sa  conversion  s'opéra  par 
a  vertu  d'un  verset  de  l*A!coran  ,  qui 
•cttnîit  à  ses  oreilles,  au  moment  où 
1  escaladait  le  mur  d'une  maison  pour 
ouir  de  son  amante.  Dès-lors  il  quitta 
uie  vie  errante  et  désordonnée,  se 
ivra  à  l'étude  de  l'islamisme  ,  vécut 
lus  la  retraite,  et  s'abéuidoiina  aux 


FOÉ  îii 

méditations  de  la  mysticité.  E!n  peu 
de  temps  il  acquit  une  grande  répu- 
tation de  sainteté,  et  devint  un  des 
plus  céh'bres  séides  de  son  temps. 
Après  sa  conversion  il  vint  à  Koufah  , 
où  il  étudia  les  traditions  prophéti- 
ques ,  et  de  la  il  se  rendit  à  la  Mekke. 
Il  y  fixa  sa  demeure ,  et  v  mourut  en 
moharrem  1B7  de  l'hégire  (  8o3  de 
Jésus  -  Christ  ).  D'H^rbelot  a  consacré 
un  très  long  article  à  ce  personnage, 
dans  sa  Biblioth.  orientale.  Le  khâly  le 
Haroun  Errachid  avai"  une  grande 
vénération  pour  Fodhaii ,  et  recevait 
avec  soumission  ses  remontrances  , 
quelque  dures  qu'elles  fussent  :  sou- 
vent même  elles  lui  arrachèrent  des 
larmes.  Au  surplus  ,  1rs  traits  nom- 
breux qu'on  attribue  à  ce  mystique 
annoncent  p'us  de  fanatisme,  d'origi- 
nalité, de  bizarrerie  j  que  de  véritable 
piéié.  J— N. 

FOÉ  (Daniel de  ),  auteur  anglais , 
dont  h  s  écrits  ,  pleins  de  hardiesse  et 
d'originalité,  ont  eu  beaucoup  d'éclat 
dans  leur  temps,  dont  la  vie  même  a. 
été  marquée  par  des  événements  sin- 
guliers; dont  le  nom  cependant  serait 
inconnu  aujourd'hui  hors  de  l'Angle- 
terre, s'il  n'avait  pas  fait  le  joman  iu- 
génieux  et  intéressant  de  Rohinson 
Criisoé.  Il  naquit  à  Londres  en  1 665. 
Son  père,  quoique  simple  boucher ^ 
le  fit  élever  avec  ijoin  dans  uue  eVoie 
de  DissenterSf  mais  le  défaut  «le  for* 
tune  semblait  ie  destiner  à  n'être 
qu'un  artisan.  Il  fut  mis  en  appren- 
tissage chez  un  marchand  bonnetier» 
Son  esprit  uatu.ellcracnt  actif,  déjà 
développé  par  ses  premières  études , 
avait  besoin  de  s'exercer  sur  d'autres 
objets  que  sur  les  détails  d'une  profes- 
sion mécanique.  Il  lisait  avec  assi- 
duité les  papiers  publics.  Le  gouver- 
nement impopulaire  de  Jacques  H 
commençait  à  agiter  les  esprits  sur 
des  quesiious  dç  religion  et  de  poU- 
8.. 


ii6  FOÉ 

tique.  L'esprit  du  jeune  Daniel  s'e'- 
chauffa  sur  ces  objets  ;  et  u'ayant  en- 
core que  vingt  -  un  ans ,  il  pub  ia  un 
pamphlet  intitulé  :  Traité  contre  les 
Turks.k  celle  époque,  l'opinion  des 
Anglais  s'e'tait  déclarée  contre  la  mai- 
son d'Autriche  ,  qu'ils  regardaient 
comme  favorable  aux  intérêts  du  ca- 
tholicisme: par  cette  considération ,  ils 
penchaient  pour  les  Turks  ,  qu'ils 
regardaient  comme  ennemis  de  la 
maison  d'Autriche.  De  Foé  attaquait 
cette  opinion,  et  il  trouvait  que  la 
cour  de  Vienne ,  quoique  persécutant 
les  protestants  de  Hongrie,  était  en- 
core moins  dangereuse  que  la  Portc- 
Othomanc  ,  également  ennemie  des 
catholiques  et  des  protestants.  Il  s'é- 
tait déclaré  du  parti  des  Whigs  ,  et 
il  prit  part  à  la  révolte  du  duc  de 
Monmouth  :  il  n'échappa  que  par  son 
obscurité  au  sort  que  subirent  les  par- 
tisans plus  connus  du  malheureux 
Monmoulh.  Ses  travaux  littéraires  ne 
l'empêchèrent  pas  de  se  livrer  à  son 
premier  métier;  et  c'est  comme  bon- 
netier qu'il  se  fit  incorporer,  en  1687, 
dans  la  bourgeoisie  de  la  cité.  Il  se 
maria  alors  ;  mais  ou  n'a  conservé 
aucun  détail  sur  son  mariage.  On  ne 
peut  pas  non  plus  expliquer  pourquoi 
il  joignit  au  nom  de  son  père ,  qui 
s'appelait  Jacques  Foé,  la  particule  de, 
formule  tout  -  à  -  fait  étrangère  aux 
usages  des  Anglais.  Ce  ne  pouvait  être 
par  un  motif  de  petite  vanité  ;  car  il 
n'en  est  pas  en  Angleterre  comme  en 
France ,  où  le  de  joint  au  nom  semble 
appartenir  particulièrement  aux  fa- 
milles distinguées.  Il  ne  voulait  pas 
non  plus  se  donner  un  air  étranger  j 
car  dans  sa  conduite  ainsi  que  dans  ses 
écrits,  il  se  montra  toujours  comme 
un  patriote  zélé  pour  l'honneur  et  les 
droits  de  son  pays.  Il  était  entré  avec 
chaleur  dans  les  mesures  qui  amenè- 
rent la  révolution  de  1688,  et  qui  rai- 


FOE 
rcnt  Guillaume  III  sur  le  trône  d'An- 
gleterre. Un  écrivain  obscur,  nommé 
Tufchin ,  écrivit  une  satire  en  vers , 
intitulée  ,  les  Etrangers ,  où  il  atta- 
quait la  nation ,  comme  s'étant  dégra-' 
dée  en  se  donnant  un  étranger  pour 
maître.,De  Foé  se  déclara  le  vengeur  de 
Guillaume,  et  publia  un  petit  poëme  in-' 
titulé  j  le  véritable  Anglais  (  the  true 
hom  EngL  shman  ) ,  qui  produisit  un 
grand  eftèt  par  le  point  de  vue  singu- 
lier sous  lequel  l'auteur  avait  envisagé 
son  sujet,  et  parles  détails  ingénieux 
qu'il  y  avait  fait  entrer.  Il  y  remar- 
quait que  la  plupart  de  ceux  qui  se 
vantaient  d'être  Anglais  n'étaient  pas 
dignes  de  ce  nom.  «  Nos  aïeux,  disait- 
il  ,  étaient  des  Danois ,  des  Saxons , 
des  Normands  :  nous  sommes  un 
peuple  métis  j  mais  nous  n'en  valons 
pas  moins  pour  cela ,  et  peut  -  être  y 
aurions -nous  beaucoup  perdu  si  le 
sang  des  premiers  Anglais  ne  s'était 
pas  mêlé  avec  celui  des  autres  peu- 
ples. »  Il  attaque  ensuite  avec  beauv 
coup  d'énergie  l'ingratitude  des  An- 
glais qui  se  déchaînent  contre  un 
prince  qui  s'est  dévoué  pour  défendre 
leur  religion  et  maintenir  leur  liberté. 
Ce  pamphlet  eut  un  succès  extraordi-  \ 
nairc.  Guillaume  voulut  en  connaître-^ 
l'auteur,  qu'il  accueillit  avec  distinc- ' 
tion,  etqu'il  récompensa  pardes  places 
et  par  des  gratifications.  De  Foé  fit  un 
honorable  usage  de  cette  fortune  inat- 
tendue. Il  était  trop  occupé  des  affaires 
publiques  pour  donner  les  soins  néces- 
saires à  ses  intérêts  de  commerce;  et 
sa  négligence  l'avait  entraîné  dans  une 
banqueroute  où  il  avait  été  obligé  de 
transiger  avec  ses  cre'anciers  pour  une 
partie  de  leurs  créances.  Quoique  cet 
arrangement  eût  été  sanctionné  par 
un  acte  légal ,  De  Foé  ne  se  crut  pas 
dispensé  de  restituer  à  ses  créanciers 
ce  qu'il  leur  avait  fait  perdre  ;  et  c'est 
ce  qu'il  s'empressa  de  faire  des  que  les 


FOE 

bienfaifs  du  roi  lui  en  eurent  fourni 
les  moyens.  Il  continua  de  s'occuper 
des  affaires  publiques  ,  et  toujours 
avec  le  zèle  d'un  ardent  républicain. 
Les  francs  -  tenanciers  du  comté  de 
Kent  ayant  présente  à  la  chambre  des 
communes  une  pétition  où  ils  s'éle- 
vaient contre  les  abus  que  cette  cham- 
bre f-jisait  de  son  pouvoir ,  trois  des 
signataires  de  la  pétition  furent  ar- 
rêtés et  mis  en  prison.  Cet  acte  de 
pouvoir  arbitraire  excita  l'indignation 
de  De  Foé  ;  il  publia  un  mémoire  très 
hardi,  qui  finissait  par  ces  mots:  «  Les 
»  Anglais  ne  veulent  pas  plus  être 
»  esclaves  des  parlements ,  que  des 
•»  rois;  notre  nom  est  légion,  et  nous 
»  sommes  une  multitude.  »  Pour  faire 
parvenir  plus  sûrement  le  mémoire  à 
sa  destination,  il  se  déguisa  en  femme, 
et  le  remit  lui  même  à  l'orateur  des 
communes,  au  moment  où  il  entrait 
dans  la  salle.  Il  publia  successivement 
plusieurs  pamphlets  écrits  dans  le 
même  esprit  de  liberté,  et  qui  se  font 
lire  encore  aujourd'hui.  Après  la  mort 
de  Guillaume III,  en  1702,  les  que- 
relles religieuses  se  ranimèrent  sous 
le  gouvernement  de  la  reine  Anne, 
qui  favorisait  le  parti  des  Tory  s.  De 
Foé  excita  un  grand  soulèvement  con- 
tre lui  dans  ce  parti,  par  la  publica- 
tion d'un  pamphlet  en  faveur  des  non- 
conformistes  ,  et  contre  l'intolérance 
de  l'église  anglicane.  Le  pamphlet  fut 
dénoncé  à  la  chambre  des  communes , 
qui  le  fit  brûler  par  la  main  du  bour- 
reau ,  et  vota  une  récompense  de  5o 
liv.  sterl.  pour  celui  qui  en  découvri- 
rait l'auteur.  Etant  informé  que  l'im- 
primeur et  le  distributeur  du  pamphlet 
étaient  menacés  d'être  arrêtés ,  il  prit 
le  noble  parti  de  se  présenter  lui-même 
à  ses  juges  ;  il  comparut  à  la  barre  des 
communes  ,  et  plaida  sa  cause  avec 
beaucoup  d'esprit  et  d'éloquence.  Il 
donna  sur  les  passages  de  son  écrit  qui 


FOÉ  117 

avaient  paru  les  plus  répréhensibles, 
des  explications  qui  auraient  pu  satis- 
faire des  juges  impartiaux,  mais  qui 
ne  purent  désarmer  la  violence  de  l'es- 
prit de  parti.  Il  fut  condamné  à  être 
exposé  au  pilori,  à  un  emprisonne- 
ment de  deux  ans  ,  et  à  une  forte 
amende ,  qui  le  dépouillait  de  toute 
sa  fortune.  Il  subit  l'exposition  infa- 
mante du  pilori,  avec  le  calme  et  la 
fermeté  tl'un  homme  à  qui  sa  cons- 
cience ne  reproche  rien  contre  l'hon- 
neur et  contre  la  justice.  Il  fut  soutenu 
d'ailleurs  dans  cette  humiliante  situa- 
tion par  l'intérêt  général  qu'il  inspira 
à  ceux  qui  en  furent  les  témoins.  Eu 
Angleterre ,  ce  genre  de  supplice  ne 
flétrit  qu'autant  que  l'opinion  publique 
est  d'accord  avec  le  jugement  qui  l'a 
infligé.  C'<  st  là  que 

Le  crime  fait  la  honte  ,  et  non  pai  Téchafaud. 

A  peine  rentré  dans  la  prison.  De  Foc 
écrivit  un  ffjmne  au  Pilori ,  où  l'on 
trouve  beaucoup  de  verve  et  d'éner- 


gie 


avec  des  sarcasmes   très  mor- 


dants contre  ses  persécuteurs.  Dsns  la 
solitude  de  sa  captivité ,  il  continua 
d'écrire  sur  divers  objets.  Il  y  com- 
mença, en  1704 ,  /«  Revue  ^  ouvrage 
périodique,  supérieur  à  tout  ce  qui 
avait  paru  jusque-là  en  ce  genre ,  et 
qu'il  termina  en  1 7 1 5  ;  il  y  en  a  9  voL 
in  -  4°.,  dont  le  recueil  est  devenu  si 
rare  que  l'on  croit  qu  il  n'en  existe  plus 
un  seul  exemplair;  complet.  Quel  que 
soit  le  mérite  réel  de  cet  ouvrage  ,  le 
succès  en  a  été  fort  avantageux  à  la 
littérature,  en  donnant  naissance ,  à 
ce  qu'il  paraît,  au  f  imeux  Spectateur, 
imaginé  par  Steele,  et  immortalise' 
par  Addison.  Le  comte  d'Oxford  ayant 
procuré  à  De  Foé  la  liberté  et  les  bien- 
faits de  la  r*  ine ,  il  publia  en  1 706  un 
poème  satirique  intitulé  De  jure  divino, 
où  il  attaquait  la  doctri.iede  l'obéissance 
passive  et  de  droit  divin.  L'exécution 
ne  répond  pas  à  l'importance  du  sujet. 


ii8  FOÉ 

Les  principes  ainimonarclnques  dont 
il  faisait  prolessioii  ,  n'empêchèrent 
point  la  I  cine  Anne  de  le  charger  de 
différentes  missions  secrètes.  Il  fut  en- 
voyé en  Ecosse  pour  y  disposer  les 
esprits  à  l'union  projetée  des  deux 
royaumes.  C'est  pour  se  rendre  popu- 
laire auprès  de  cette  nation  prévenue 
contre  lui ,  qu'il  composa  son  poëme 
jdc  Caledonia,  Lorsque  le  projet  de 
l'union  eut  son  éxecution  ,  De  Foé  en 
publia  en  1709  l'histoire  ,  qui  fut 
réimprimée  en  1712  ,  et  l'a  été  de 
nouveau  en  1 78(3,  lorsqu'il  était  ques- 
tion de  la  réunion  de  l'IrLnde  aux 
deux  royaumes.  Il  composa  une  His- 
toire des  Adresses ,  en  deux  parties , 
qui  parurent  en  i  709  et  i  7  i  i .  11  ai- 
mait surtout  à  faire  de.>  projets.  Parmi 
ceux  dont  il  fut  occupé,  il  en  est  un 
qui  ne  doit  pas  éire  oublié.  11  proposa 
rétablissement  d'une  société  littéraire, 
chargée  spécialement  de  travaiUer  à 
cpurer  et  perfectionner  la  langue  an- 
glaise ,  c'est  -  à  -  dire ,  à  déterminer 
d'une  manière  stable  les  formes  de  sa 
syntaxe  et  les  diverses  acceptions  de 
ses  mots.  Ce  vœu  a  été  c«lui  de  la 
plupart  des  écrivains  anglais  qui  ont 
écrit  leur  langue  avec  le  plus  d'élé- 
gance, Addison  ,  les  lords  Boling- 
broke ,  Chesterfield  ,  Orrcry  et  d'au- 
tres. Swift  a  rédigé  un  plan  spéciale- 
ment consacré  à  cet  objet,  dans  un 
petit  écrit  aussi  ingénieux  que  solide. 
Tout  homme  qui  a  léfléchi  sur  la  na- 
ture des  langues ,  ne  peut  penser  au- 
trement ;  car  le  langige  n'étant  qu'une 
collection  de  signes  convenus,  la  lan- 
gue d'un  peuple  ne  méritera  véritable- 
ment ce  nom  qu'autant  que  la  conven- 
tion aura  déterminé  invariablement, 
ou  à  peu  près ,  la  valeur  des  signes. 
Quelques  pamphlets  d'un  ton  ironi- 
que ,  écrits  par  Dr  Foé,  en  faveur  de 
\a  suc<ession  dans  la  maison  d'Ha- 
|ipY|rç>  lui  allirèrcût  un  cinphsounc- 


FOÉ 

ment  momentané  ;  et  il  eut  ensuite  le 
chagrin  plus  amer  de  se  voir  néglige 
par  le  nouveau  gouvernement ,  qu'il 
avait  servi  avec  tant  de  zèle.  Une  at- 
taque d'apoplexie  qu'il  éprouva  à  cette 
époque,  acheva  de  le  détourner  pour 
toujours  de  l'arène  politique  ,  où  il 
n'avait  rencontré  que  des  ennemis  ou 
des  ingrats,  pour  s'occuper  unique- 
ment de  la  littérature,  où  il  trouva 
plus  de  repos ,  et  acquit  une  réputa- 
tion plus  durable.  Pairai  les  ouvrages 
qu'il  donna  au  pubhc  ,  après  sa  re- 
traite ,  on  cite  ^Instituteur  de  fa- 
mille y  1715,  réimprimé  pour  la  1 7''. 
fois  en  1772,  dont  la  forme  drama- 
tique paraît  avoir  servi  de  modèle  à 
Richaidsou  ;  la  Fie  et  les  Aventures 
surprenantes  de  Bobinson  Crusoé  ^ 
1719;  la  Fie  et  les  Pirateries  du 
capitaine  Singleton  ,  1720,  roman 
dans  le  même  genre  que  Robinson , 
m  is  bien  inférieur  ;  Histoire  de 
Duncan  Campbell  y  1720J  Religious 
courtship,  traité  de  morale  religieuse 
qui  a  eu  au  moins  vingt  éditions; /owr' 
liai  de  la  Peste  de  Londres  en  1 665y 
1722  (supposé  écrit  par  un  témoin 
oculaire)  ;  L'Art  de  peindre,  d'après 
Dufresnoy,  poëme  qu'il  eut  tort  de 
traduire  après  Dryden  j  Histoire  de 
Mollj  Flanders ,  1 721  ;  Histoire  du 
colonel  Jack  ,  172.2;  Histoire  de 
Roxane  ;  Mémoires  d'un  cavalier , 
roman  historique  assez  estimable  ;  la 
Maîtresse  fortunée ,  1724;  nu  inté- 
ressant Fo;}  âge  dans  la  Grande- 
Bretagne,  divisé  en  circuits  ou  jour- 
nées, 3  parties,  17*24,  continué  par 
Bichardson  et  d'autres  littérateurs  ; 
la  8*".  édition  ,  publiée  à  Londres  eu 
1778,  a  4  vol.  in  -  \'i;  Nouveau 
Foyage  autour  du  Monde ,  par  une 
route  nouvelle,  17 2 5;- c'est  un  voyage 
imaginaire  ,  ingénieux  et  amusant  ;  le 
Parfait  Commerçant  anglais  ,  3 
vol.,   1727;  ù  rtconiuiandait  aux 


FOÉ 

îîpgociants  des  idées  trop  libérales 
pour  obtenir  du  succès  ;  un  Traité 
sur  iusage  et  Vahus  du  lit  conju- 
gal ,  etc.  Daniel  de  Foé  mourut  ci  Is- 
lingloa  ,  en  avril  1751.II  réunissait 
le  talent  de  l'écrivain  à  celui  de  rhorame 
d'affaires  ,  la  fermeté ,  le  courage  et 
l'activité  aux  goûts  paisibles  de  la  litté- 
rature.Quoiqu'homme  de  parti,  il  mon- 
tra en  général  imc  impartialité  coura- 
geuse ;  il  servait  la  cour  sans  la  flatter, 
et  ne  ménageait  les  méchants  sous  au- 
cune livrée.  «  En  fait  de  vices ,  dit-il 
dans  la  Réformation  des  Mœurs ,  je 
ne  connais  ni  Whig  ni  Torj' /]e  n'ai 
alTaiie  qu'à  deux  partis,  celui  des 
hommes  vertueux ,  et  celui  des  hom- 
mes vicieux.  »  Ses  ouvrages  furent 
trop  nombreux  et  trop  divers  :  à  côté 
d'un  traité  de  morale  et  de  reh'gion  , 
l'on  voit  une  Sctire  virulente  ou  un 
conte  licencieux.  Ses  romans  de 
Mollj  Flanders  et  du  Colonel  Jack 
sont  des  peintures  du  vice  dans  toute 
sa  laideur  :  et  il  est  sans  doute  des 
moyens  plus  sages  d'inspirer  le  goût 
de  la  vertu.  Dans  la  Fision  du  Monde 
an^élique  ,  et  dans  le  Philosophe 
surnaturel  y  ouvrages  que  nous  vou- 
drions être  dispensés  de  citer,  il  s'est 
montré  imbu  d'une  superstition  bien 
ridicule.  Il  paraissait  revenu  à  des 
idées  plus  saines  lorst^u'il  publia  l'^ts- 
ioire  politique  du  Diable,  en  17-26, 
et  le  Sjstèrde  complet  de  magie  y 
eu  i7'27  ;  cependant  son  Essai  sur 
l'histoire  et  la  réalité  des  appari- 
tions ,  publié  la  même  année,  est  écrit 
dans  un  esprit  bi<  n  différent.  Geia  est 
à  peine  cr«y  b!e ,  et  l'on  est  tenté  de 
penser  que  c*est  TtiTct  d'une  ruse  de 
se>  ennemis,  qui  lui  ont  attribue  tant 
d'autres  écrits  ou  dangereux  ou  absur- 
des. Quelques  plaisantcnes  contre  les 
sylphes  et  les  gnomes,  insérées  dans 
sou  Système comjnei  de  magie,  allu- 
mèrent la  colère  de  Pope,  qui  par- 


FOÉ  ï  10 

donnait  rarement  les  offenses^  et  qui 
plaça  le  nom  de  De  Foé  d'une  manière 
très  méprisante  dans  sa  Dunciade.  On 
a  remarqué  que  les  ouvrages  auxquels 
il  a  mis  lui-même  son  nom  et  dont  il 
tirait  le  plus  de  vanité,  sont  oubliés  ou 
dédaignés  aujourd'hui ,  tandis  que  ses 
productions  anonymes  lui  ont  valu 
toute  sa  célébrité.  Le  ^o/;m.yo»  Crusoé 
fut  quelque  temps  attribué  à  Steele  , 
et  cette  erreur  contribua  sans  doute  à 
son  SJiccès;  cependant  il  est  du  nom- 
bre de  quelques  bons  livres  qui  trou- 
vèrent à  peine  d'abord  un  libraire  qui 
voulût  en  donner  quelques  louis,  mais 
qui  enrichirent  ensuite  considérable- 
ment leur  propriétaire.  C'est  presque  le 
seul  ouvrage  de  DeFoéqui  soit  connu 
en  France  ,  où  il  a  été  traduit  dès 
1720,  par  Saint-Hyacinthe  et  Van- 
Effcn.  Celte  tradiiction  française,  revue 
et  corrigéo  sur  la  belle  édition  que 
Stockdale  a  donnée  de  l'original  en 
1 790 ,  a  été  réimprimée  par  Ch.  Panc- 
koucke,  en  l'an  8  (  1 800),  en  5  v.  in -8"., 
avec  19  gravures  ,  le  portrait  de  Tau- 
t<ur  et  une  notice  sur  sa  vie,  par  La- 
baume.  G.  E.  J.  M.  L.  (  Madame  de 
Montmorency-Laval)  a  donné  une  édi*. 
tion  du  texte  anglais  avec  une  version 
française  inlerlinéaire  ,  Dampierre  , 
1 797  ,  2  vol.  in  8".  (  Foj.  FErxRY.  ) 
Il  a  paru  ,  en  1 768  ,  un  abrège  du 
Foman  de  Robinson  Crusoé.  IjSiUlenr , 
M.  de  Montre ilie  ,  annonce  qu'il  en  a 
surtout  retranché  les  maximes  dange- 
reuses. Il  y  a,  dans  la  lecture  de  cet 
abrégé,  un  danger  inévitable,  c'est 
celni  de  s'^ennuyer.  M.  Camp»^  ,  alle- 
mand, a  donné  le  Nouveau  Robinson^^. 
adapté  à  l'usage  des  enfants.  Voici  ce 
que  J.  J.  Rousseau  dit,  dansson  EmilCy 
du  roman  de  De  Foé  :  a  Pni^q^u'il  nous 
faut  absolumeiit  des  livres,  il  en  existe 
un  qui  fournit,  à  mon  gré,  le  plus 
heureux  traité  d'éducation  naturelle.. 
Ce  livre  sera  le  premier  (jue  lira  tùoii; 


lîo  FOÊ. 

Emile  ;  seul  il  composera  long- temps 
tonte  sa  bibliothèque ,  et  il  y  tiendra 
toujours  une  place  distinguée.  Il  sera 
le  texte  auquel  tous  nos  entretiens  sur 
les  scieiicf s  Uriturelles  ne  seryironf  que 
de  commentaires.  Il  servir»  d'épreuve, 
durant  nos  progrès,  à  l'état  de  notre 
jugement  ;  et  tant  que  notre  goût  ne 
sera  pas  gâté ,  .^a  lecture  nous  plaira 
toujours.  Quel  est  donc  ce  merveilleux 
livre?  Est-ce  Aristotr  ?  Est-ce  Platon  ? 
3Son ,  c'est  Bohinson  Crusoé,  »  C'est, 
en  effet ,  un  livre  original ,  où  Ton 
trouve  de  l'intérêt  dans  le  plan ,  de 
l'invention  dans  les  incidents ,  de  la 
variété  dans  les  détails  ,  et  un  grand 
Mature!  dans  les  sentiments  et  dans  le 
ré(  it.  Il  plaît  aux  bons  esprits ,  et  il 
instruit  et  amuse  les  enfants  ;  c'est  le 
livre  de  tous  les  pays  et  de  tous  les  âges; 
aussi  a-t  il  réussi  chez  toutes  les  na- 
tions. 11  aurait  encore  plus  de  succès 
en  français,  si  la  traduction  était  écrite 
d'un  ton  plus  naïf  à  la  fois  et  plus  ani- 
mé. Les  ennemis  de  fauteur,  qui  lui 
avaient  d'abord  reproché  d'avoir  forgé 
un  roman  sans  vraisemblance,  ont  vou- 
lu eusuite  lui  ravir  le  mérite  de  l'in- 
vention. Le  capitaine  Woodes-Rogers 
avait  donné  ,  en  i  -j  1 2  ,  dans  la  rela- 
tion de  ses  voyages,  des  détails  sur  un 
matelot  écossais  ,  noanmé  Alexandre 
Seikijk,  qu'il  avait  ramené  de  l'île  de 
Juan  Fernandès  ,  où  il  avait  vécu  seul 
pendant  quafre  ans  et  quatre  mois(i). 
f'oj.  J.  FernandÈs.  )  On  suppose 
que  c't'sl  là  que  De  Foé  a  puisé  la  pre- 
mière idée  de  son  ouvrage  ;  ce  qui 
n'est  pas  sans  viaiserablance,  et  ce 
qui  diminuerait  peu  le  mérite  de  l'au- 
teur :  mais  on  croira  diffi  ilement 
qu'il  n'ait  fait  querédi  jier  des  mémoires 
manuscrits  qui  lui  auraient  été  confiés 
par  Scikirk  lui-même, comme  le  doc- 


{i")  VovM  ,  «tans  les  j^nnalcs  des  Voynget ,  un 
Mé^noirc  Je  M,  Malie-lirun  tur  le  premier  B.0- 
kixuvn. 


FOE 

teur  Beattie  le  fait  entendre  dans  se» 
Disserlations  morales  et  critiques. 
M.  James  Stanier  Glarke ,  dans  un  ou- 
vrage intitulé  ,  Naufragia  ,  ou  Mé- 
moires historiques  sur  des  naufra- 
g^5  ,  Londres  ,  i8o5  ,  in- 12,  rap- 
porte ,  d'après  le  Gentleman  s  Ma- 
gazine de  I  -^88  ,  une  lettre  qui  tenci 
à  faire  croire  que  le  premier  volume 
de  Robinson  est  l'ouvrage  du  comte 
d'Oxford  ,  pendant  son  emprisonne- 
ment à  la  tour  de  Londres.  M.  Glarke 
croit  apercevoir,  en  effet ,  une  grande  ^ 
inégalitédanslacompositioudecelivre,| 
parmi  les  ouvrages  qu'on  ;ittribue  à  De  " 
Foé  on  cite  encore  un  roman  historique 
sur  Gustave  Adolphe,  qui  porte  un 
air  de  vérité  assez  frappant  pour  que 
l'anglais  Harthe  l'ait  pris  pour  une 
histoire  véritable.  Daniel  Dp  Foé  avait 
eu  six  enfants  ,  dont  un  fils,  qui  par- 
courut obscurément  la  carrière  litté- 
raire, et  une  fille  ,  qui  épousa  Henri 
Backer ,  auteur  du  Microscope  rendu 
facile.  On  a  publié  à  Londres  ,  en 
1810  ,  en  4  vol.  in-8'.  ,  une  édition 
nouvelle  des  romans  réunis  de  Daniel 
de  Foé.  S  -  d. 

FOEDOR ,  Fojr.  Fedor. 

FOÈS  (Anuce),  célèbre  médecin 
et  savant  helléniste  du  i&,  siècle , 
naquit  a  Metz  en  1 5i8.  Il  commença 
ses  études  dans  cette  ville ,  et  vint  les 
terminer  à  l'université  de  Paris ,  ou 
il  étonna  ses  maîtres  par  son  applica- 
tion et  la  rapidité  de  ses  progrès ,  sur- 
tout dans  la  langue  grecque  qui  lui  de- 
vinlextrêmementfamilière.Aprèsquel- 
que  incertitude  sur  la  profession  qu'il 
embrasserait  (car  il  était  né  pauvre),  il 
se  décida  pour  la  médecine,  et  eut  pour 
maîtres  deux  des  hommes  les  plus  dis- 
tingués de  la  faculté  de  Paris,  Jacques 
Goupil  et  Houllier,  qui  ne  tardèrent 
pas  à  découvrir  tout  ce  que  valait  leur 
élève.  Fernel  sut  aussi  l'apprécier;  et, 
\oulant  faire  tourner  au  profit  de  k 


FOE 

science  et  de  la  littérature  médicales  la 
profoude  connaissance  que  le  jeune 
Foès  avait  de  la  langue  d'Hij)pocrate, 
il  employa  le  crédit  que  lui  donnait  sa 
place  de  premier  médecin  de  Henri  II, 
pour  lui  faire  confier  les  manuscrits 
grecs  les  plus  rares  et  les  plus  pré- 
cieux de  la  bibliothèque  de  Fontaine- 
bleau. Huullier  et  Goupil  Tencoura- 
gèrent  également,  en  lui  procurait" 
«ne  bonne  copie  du  manuscrit  du 
Vatican,  et  tous  les  morceaux  l)ip|)o- 
cratiques  qu'ils  pureiitrassembler.C'est 
ainsi  que  Foès  se  prépara  de  bonne 
heure  de  précieux  matériaux  pour  les 
ouvrages  qui  ont  rendu  son  nom  si 
recommandable,  soit  comme  méde- 
cin, soit  comme  érudit.  Il  n'avait  en- 
core que  le  degré  de  bachelier ,  lors- 
que,ne  pouvant  rester  plus  long-temps 
à  Paris,  à  cause  de  l'insuffisance  de 
ses  moyens ,  il  retourna  en  1 556  ou 
i557  dans  sa  patrie  :  là,  il  s'acquit 
une  telle  réputation  par  ses  talents , 
qu'il  succéda  à  Gonthier  d'Andcrnach 
et  à  Lacuna,  dans  la  charge  de  méde- 
cin public  de  la  ville  de  Metz ,  et  que 
plusieurs  princes  étrangers  voulurent 
l'attirer  à  eux  par  des  offres  avanta- 
geuses ;  mais  ce  fut  en  vain.  Il  parta- 
geait tout  son  temps  entre  l'exercice 
de  son  art  et  la  méditation  des  œuvres 
d'Hippocrate.  Il  s'attachait  surtout, 
dans  sa  correspondance  avec  un  grand 
nombre  de  médecins  français  et  étran- 
gers ,  à  remettre  en  honneur  la  doc- 
trine du  vieillard  de  Cos,  et  à  détruire 
celle  desarabistes,  qui,  à  celte  époque, 
avait  encore  de  nombreux  et  zélés  par- 
tisans. Foès  commença  sa  carrière  lit- 
téraire ,  en  traduisant  le  deuxième 
livre  des  maladies  populaires  d'Hip- 
pocrate, et  il  dédia  sa  traduction  à 
Charles  III,  duc  de  Lorraine.  Cette 
production  inrilule'e,  Ilippocratis  Coï 
liber  secune/us  de  morbis  vulgaribus, 
âifficiU'mus  et  pulçJierrimus ,  olim 


FOE  121 

à  Galeno  commenlariis  ilîustratuSy 
qui  temporis  injuria  inlerciderunt  ^ 
nunc  vcrb  penè  in  integrum  resti- 
tutus,  commentariis  sex  et  latinitate 
donatus,iyà\e,  i56o,in  8\,  renferme 
de  savants  commentaires  :  aussi  ac- 
crut-elle la  réputation  de  Foès.  La 
même  année,  il  fut  reçu  docteur  de  la 
faculté  de  Pontâ  Mousson  ;  et ,  l'année 
suivante ,  il  publia  :  Pharmacopœia , 
medicamentorum  omnium  tracla- 
tionem  et  usum  ex  antiquorum  me- 
dicorum  prœscripto  continens,  etc. 
Baie,  i56i,  in-8  .;  ouvra?;e  enraie- 
ment dédié  au  duc  de  Lorraine.  Tou- 
jours occupé  des  écrits  d*Hippocrale , 
Foès,  pour  éclaircir  ce  qu'ils  pouvaient 
présenter  d'obscur  ,  eut  l'idée  de  ran- 
ger par  ordre  alphabétique  tous  les 
termes  dont  le  sens  équivoque  récla- 
mait une  interprétation  exacte  :  il  eut 
besoin ,  pour  remplir  celte  tâche  dif- 
ficile ,  de  s'étayer  d'une  vaste  érudi- 
tion ,  de  collationner  les  meilleurs  ma- 
nuscrits ,  et  de  mettre  à  contribution 
les  savants,  les  philosophes,  les 
poètes,  les  historiens,  les  grammai- 
riens de  l'ancienne  Grèce;  c'est  ainsi 
qu'il  cite  tour  à  tour  dans  leur  langue, 
Homère,  Platon,  Aristofe,  Plutarque, 
Thucydide,  Xénophon ,  Galien ,  Athé- 
née, Théophraste,  Dioscoride,  Aris- 
tophane, Théocrite,  Hésychius ,  Ero- 
tien ,  etc. ,  suivant  que  le  témoignage 
de  ces  auteurs  lui  devient  néces- 
saire. L'ouvrage  qui  résulta  de  ce 
long  et  pénible  travail ,  parut  sous 
ce  titre  :  OEconomia  Ilippocratis , 
alphabeti  série  dislincta,  in  qud 
dictionum  apud  Hippocratem  om- 
nium >  prœsertim  obscuriorum ,  usus 
explicatur ,  et  velut  ex  amplissimo 
penu  depromitur,  ità  ut  lexicon  Hip- 
pocrateum  meritb  dicipossit,  Franc- 
fort ,  1 588 ,  in-fol. ,  Genève,  i  QQ'?. , 
in-fol.:  il  fit  une  grande  sensation  dans 
le  monde  savant ,  et  il  loénte  encore. 


m 


I2Î     ,  FOE 

aujourd'hui  le  succès  qu'il  eut  dans 
6011  origine;  en  sorte  qu'il  est  devenu 
réellement  classique,  et  indispensable 
à  ceux  qui  veulent  consulter  l'oracle 
de  la  médecine  dans  l'original. Ce  lexi- 
con ,  en  donnant  la  mesure  du  talent 
de  Focs ,  prouva  qu'il  n'y  avait  pas 
d'homme  j)lus  capable  que  lui  défaire 
jouir  le  public  de  la  collection  entière 
des  œuvres  du  médecin  grec,  collec- 
tion qui  manquait  alors ,  et  qui  avait 
surtout  besoin  d'un  bon  interprète. 
Pressé  par  les   sollicitations  de  ses 
amis,  tant  FrJUçais    qu'Italiens   et 
Allemands ,  il  céda  à  leur  vœu ,  em- 
ploya encore  sept  années  de  recher- 
ches et  de  veilles ,  et  publia  enfin  les 
OEuvres  complètes  du  vieillard  deCos, 
sous  ce  titre  :  Ma^ni  Hippocratis  opé- 
ra amnia  quœ  exlanl,  gr.  lat.  Franc- 
fort, iSgS,  i6o5,  1624,  1(557,  in- 
fol.;  Genève,   1675,   2  vol.  iii-fol. 
Cette  dernière  édition  renferme  l' OE- 
conomiay  et  de  plus  les  Glossaires 
d'Erotien ,  d'Hérodote  et  de  Galien  : 
la  première  de  toutes  est  la  mieux 
imprimée.  Cet  important  ouvrage  ré- 
pondit à  l'attente  des  savants  :  il  est 
encore  le  meilleur  que  nous  ayons  au- 
jourd'hui, soit  pour  les  variantes  et  la 
correction  du  texte,  soit  pour  la  saine 
ciitique,  la  fidélité  de  la  traduction  et 
ïes  doctes  commentaires  ;  aussi  est-il 
fort  recherché ,  et  commcnce-t-il   à 
devenir  fort  rare  et  cher.  Placé  dès - 
lors  au  rang  des  plus  excellents  hellé- 
nistes ,  Foès  ne  jouit  pas  longtemps 
de  sa  gloire  ;  l'excès  du  travail  avança 
sa  carrière ,  et  il  n'y  avait  pas  encore 
une  année  qu'il  avait  mis  au  jour  sa 
dernière  production,  lorsqu'il  mourut 
le  8  novembre  i  SqS,  à  l'âge  de  6(5  ans. 
M.  Pcrcy  a  prononce  le  27  novembre 
181 1  ,  à  la  séance  publique  de  la  fa- 
culté de  médecine  de  P.iiis,  l'cloge 
historique  de  Foès ,  pour  l'inaugura- 
tiou  du  buslc  de  ce  laborieu^w  ccrivoiu  : 


FOG 

cet  e'ioge,  très  intéressant ,  a  e'té  inséra 
dans  le  Magasin  encyclopédique ^ 
cahierde  février  1812.     R — d— n. 

FOGEL  (Martin),  en  latin  Fo- 
gelius,  m.il  nommé  ^oge/dans  quel- 
ques dictionnaires,  né  à  Hambourg 
en  i652,  étudia  d'abord  la  théoloi;ie 
et  s'appliqua  ensuite  à  la  médecine, 
science   dans   laquelle  il  fil   d'àsseï 
grands  progrès.  Après  avoir  terminé 
ses  cours ,  il  se  rendit  en  Italie  et  prit 
ses  degrés  à  l'université  dfe  Padoue  ; 
il  consacra  ensuite  quelques  années  à 
visiter  les  principales  villes  d'Italie  et 
d'Allemagne ,  et  revint  en  1 666  dans 
sa  patrie ,  où  il  exerça  son  art  avec 
beaucoup  de  réputation.  En  »672  ,  il 
fut  nommé  professeur  de  logique  et 
de  métaphysique  au  gymnase  de  Ham- 
bourg; il  mourut  en  celle  ville  le  9,1 
octobre  i(»75,  à  l'ôge  de  ^1  ans.  Le 
principal  ouvrage  de  Fogel  ne  parut 
que  quatre  années  après  sa  mort;  il  a 
pour  titre  :  Joachimi  Jungii  prœci-^ 
puœ  opiri'ones  physicœ  passirn  re- 
ceptœ ,  hreviter  qiiidem  sed  accura^ 
tissimè  e:r<5tmmrtto,'Iiaiu  bourg,  1 679, 
in- 4"-  (^)"  connaît  enrore  de  lui  :  Oh- 
servatio  de  suhmersisnon  suJJocatiSy 
insérée  dans  le  n°.  i  1 5  des  Ephéme-^ 
rides  dèi^*académie  des  Curieux  de  la 
nature.  Fogel  avait  une  bibliothèque- 
assez  curieuse ,  surtout  en  livres  de 
son  état  ;  le  catalogue  en  fut  imprime 
à  Hambourg  en  1698,  in-i  2.  iMorhof, 
quiétaitson  ami  particulier,  rapporte 
dans ?,onPoljhisior{\^  7,45,pag.6i ), 
le  détail  de  près  de  quarante  ouvrages 
qu'il  avait  laissés  inédits,  dont  la  plu- 
part étaient  prêts  pour  l'impression, 
surtout   ['Historia  fynceorum.,  en 
2vol.(i),  et  le  commentaire  De  Tur- 
caium  nepenthe ,  qui  était  sans  doute 


(1)  LtibiiiU  ,  ayant  acquis  ce  précirnx  m»ru»- 
nit,  le  déposa  à  la  bibliothèque  Je  Wolfenbull.?!  » 
où  il  le  cou«erve  «iicorc.  Biancbi  (  Janu»  Plançiu  ) 
•  co  éunt  (trococé  une  copie  ,  en  inséra  le  pcécis 


FOG 

un  iraité  de  Tusage  de  l'opium  chez 
les  Tuiks.  Parmi  les  autres  on  remar- 
quait une  Historia  medicorum  prœ- 
teritay  servant  de  supplément  à  toutes 
les  autres  biographies  de  médecins; 
Historia  geographorum  ;  historia 
mapparum  ;  lier  per  Germaniam  , 
Itcdiam .  Galliam^  HispaniametBel 
^ium;  Didactica  didaclicœ  ^  Histo- 
ria Mathematicorum  prœterita  ; 
Historia  heurelicœ  (  i  );  Historia  phi- 
lologorum  ;  De  Lingud  Finnicd  ob- 
servationes;  Germanicœ  linguœ  ely- 
moscopiaiEt^moscopiaphilosophica 
(jiid  ostenditur  cognatio  totius  ferè 
telUiris  linguarum;  Linguarumva- 
rielates.  —  Son  fiis ,  Cliarles-Jcan 
FoGEL ,  reçu,  en  170*2,  licencié  en 
droit  à  Orléans ,  exerça  la  jurispru- 
dence à  Hambourg ,  sa  patrie ,  et  s'y 
fit  connaître  par  quelques  travaux  lit- 
téraires. —  Ses  deux  fils,  Théodore- 
Jacques  et  Jean-Henri  Fogel,  ont 
publié  en  commun  une  Notice  sur 
plus  de  5oo  HamhouTgeois  qui  ont 
occupé  des  places  honorables  hors 
de  /ewr  ^afne,  Hambourg,  1755, 
in-S". ,  et  une  Notice  des  ecclésias- 
tiques qui  se  sont  distingués  dans 
les  pajs  étrangers^  2^  édition  aug- 
mentée, ihid.  1758,  iu-4".  Ces  deux 
ouvrages  sont  eu  allemand.  Théodore- 
Jacques  a  été  l'éditeur  de  hBibliotheca 
Hamburgensium  eruditione  etscrip- 
tis  clarorum,  ibid.  1  708,  in-fol.  dont 
son  père  avait  laissé  le  manuscrit. 
W— s. 
FOGGINI  (  Pierre  -  François  ), 
prélat  romain ,  préfet  de  la  bibliothè- 
que du  Vatican ,  naquit  à  Florence  en 

dans  Téfîition  qu'il  douna  en  i-^^!i  Au  Phjiobasa- 
no/ de  Fab.Colonna.  ;^.  Tart/BiAïiCBi  ^  IV,  442) 
et  la  Lttlte  tiir  l'état  det  sciencet  jfhy. tiques  et 
r.alurellcf  à  Home  depuis  deux  siècles^  par 
rabbé  IVstà  ,  fiatée  du  xo  avril  1790,  et  insérée 
dans  le  Juurnal  det  Savaa  ts  du  même  mois. 

{l^  L'art  d'inventer,  du  verbe  grec  £U^>t7X(y  , 
je  trouve.  Cest  par  iii&ùverlance  que  dans  la  note 
de  l'article  iJoîJMERica  oa  a  dtrJTé  ce  terme  du 
»iot  aliemand  hovait. 


FOG  125 

1715.  Son  père,  sculpteur  et  archi- 
tecte habile,  attaché  à  la  cour^ donna 
à  son  fils  le  goût  des  arts  :  cependant 
le  jeune  homme,  s'étant  décidé  pour 
l'état  ecclésiasiique,  fut  placé  au  sé- 
minaire de  Florence,  où  on  lui  confia 
le  soin  de  la  bibliothèque  j  ce  qui  dé- 
veloppa en  lui  l'amour  de  la  lecture. 
Il  étudia  à  Pise  sous  le  célèbre  Grandi, 
et  y  prit  le  bonnet  de  4octeur  en  théo- 
logie. Le  collège  des  théologiens  de 
Florence  l'admit  dans  son  sein  ea 
1737.  L'année  suivante,  il  publia  des 
Thèses  historiques  et  polémiques 
contre  les  quatre  articles  du  clergé  de 
France  de  i68'2;  en  1740,  une  dis- 
sertation sous  ce  titrf  :  De  primis 
Florentiîiorum  apostolis  exercitatio 
singularis ,  {0-4".;  en  1 74  ï  ^  De  ro' 
mano  D.  Pétri  itinere  et  episcopa* 
tu  y  €  jusque  antiquissimis  imagini' 
bus  y  ni-^°.y  contre  ceux  qui  préten- 
dent que  S.  Pierre  n'alla  jamaisa  Rome, 
et  qu'il  n'en  fat  point  évêque;  en 
1 74'2,  La  ver  a  isloria  di  S.  Romulo, 
vescoifoeprotettorediFiesole,  111'^°.  j 
où  il  réfute,  peut-être  avec  tit)p  d'ai- 
greur, quelques  écrits  du  P.  Fidèle  Sol- 
dani,  auteur  de  l'Histoire  du  monas- 
tère de  Passiguano  (  1  ).  Mais  ce  qui 
le  fît  connaître  plus  particulièrement 
à  cette  époque,  ce  fut  la  publica- 
tion du  fameux  manuscrit  de  Vir- 
gile ,  conservé  dans  la  bibliothèque 
des  Médicis  (2)  :  P.  Virgilii  Maronis 
codex  antiquissimus  à  Rufio  Turcio 
^proniano  distincius  et  emendatus , 
Florence,  i  74^  ?  in-4  .  Cette  édition. 


(i)  Cette  dissertaiion  ne  mit  pas  fin  à  la  discus- 
sion de  ce  point  de  théologie  ou  de  critique  litté- 
raire. Jac.  Nie.  Gatloliui  écrivit  encore  en  175 1 
pour  soutenir  que  le  S.  Romulo,  patron  de  Fie- 
sole  ,  était  un  disciple  de  6  Pierre.  Mais  l'opi- 
nion qui  en  fait  un  évêque  de  Fies^de,  mort  au 
quatrième  siècle,  prévalut;  et  15i;<nucci ,  leP.Ma- 
macni  et  le  savant  Lami  écriviieiit  dans  le  luè'.uc 
sens  que  Foçigiai. 

(2)  Heinsius  a  donné  sur  ce  wianuscrît,  que  l'oa 
croit  plus  accieu  que  celui  du  Vatican,  une  dis- 
sertation qui  est  iûscrée  au  tome  I  du  Virgile  de 
iJurmauii. 


i'i[  FOG 

exécutée  en  lettres  onciales  à  l'instar 
du  matiiiscrit,  lui  ouvrit  rentrée  de 
racâdëmie  florentine ,  de  celle  des 
Aplliisles,  de  l'acadëmieecclësiastique 
de  Lucques,  des  Errantidv  Fermo  , 
des  Etrusques  à  Corfone,  des  Arca- 
dicns  à  Rorae,  etc.  La  chaire  d'histoire 
ecclésiastique,  à  Tuniversité  de  Pise, 
étant  devenue  vacante,  il  fut  question 
de  la  lui  donner;  mais  dans  le  même 
temps,,  le  prélat  Jiottari,  son  conci- 
toyen ,  qui  était  attaché  à  la  bibliolbè- 
qne  du  Vatican  ,  l'invita  à  venir  se 
fixer  à  Rome,  où  son  goût  pour  l'é- 
tude et  pour  l'érudition  trouverait  plus 
aisément  à  se  satisfaire.  Fogpjini  s'y 
rendit  en  effet,  et  Benoît  XIV  lui 
donna  une  place  dans  l'académie  d'his- 
toire pontificale  qu'il  avait  établie. 
JVÎais  au  lieu  de  travailler  à  l'histoire 
des  papes,  comme  ce  titre  semblait  l'y 
cng'iger,  il  s'attacha  à  l'examen  des 
m  inuscrifs  du  Vatican.  Le  premier 
fruit  de  ses  travaux  en  ce  genre  fut  la 
publication  d'une  ancienne  traduction 
Jat ine  du  livre  de  S.  Epiphane ,  adressé 
à  Diodore,  sous  ce  tiire  :  Des  douze 
pierres  précieuses  du  rational  du 
grand-prétre  des  hébreux;  elle  parut 
en  1745,  avec  une  préface  et  des 
notes  de  l'éditeur.  Le  cardinal  Néri- 
^farieCorsini,  neveu  de  Clément  XII, 
le  nomma  à  un  bénéfice  dans  l'église 
4e  St.-Jean  de  Laîran,  et  le  fil  son 
théologien.  Après  quatre  ans  de  sé- 
jour à  Rome,  Benoît  XIV  l'associa  à 
Jiottari,  dans  la  place  que  celui-ci  oc- 
cupait à  la  bibiiothique  vaticane.  Ces 
deux  amis  vivaient  et  travaillaient  en- 
semble :  une  conformité  de  goûts  les 
av^it  unis.  Tous  deux  avaient,  sur 
quelques  points,  une  manière  de  voir 
particulière;  on  croit  que  ce  furent 
eux  qjii  traduisirent  ou  qui  firent  tra- 
duire, en  italien,  [' In slruction pasto- 
rale de  Fitz-J  unes  contre  B-rruver, 
\ Exposition  de  IVIéâcnguy  et  d'autres 


FOG 

écrits  du  même  genre.  En  1 75o ,  Fog-  1 
gini  donna  des  Instructions  et  des  * 
Prières  à  l'occasion  du  jubilé,  et  pu- 
blia une  ancienne  version  latine  du 
commenl.iire  de  S.  Epiphane  de  Sala- 
mine,  sur  le  Cantique  des  cantiques. 
En  1 7 Sa  parut,  en  latin ,  son  Accord 
admirable  des  Pères  de  V église ,  sur 
le  petit  nombre  des  adultes  qui  doi- 
vent être  sauvés.  Cet  écrit  est  dirigé 
contre  l'archevêque  de  Fermo ,  Bor- 
gia  ,  qui  avait  avancé  une  doctrine 
contraire.  Lequeux  en  a  donné  une 
édition  latine  à  Paris,  en  1769,  et 
une  traduction  française  en  1 760.  En 
1753,  Foggini  revit  ou  composa  une 
collection  d'opuscules  contre  les  dan- 
ses et  les  spectacles;  quatre  de  ces 
écrits  sont  de  S.  Charles  Borromée , 
de  S.  François  de  Sales  et  de  S.  Phi- 
lippe Néri.  Une  collection  plus  vo- 
lumineuse est  celle  que  le  même  édi- 
teur commença  adonner,  en  1754, 
des  écrits  des  Pères  sur  les  matières 
de  la  grâce.  Les  deux  premiers  volu- 
mes ,  publiés  cette  année-là ,  renfer- 
ment des  traités  de  S.  Augustin ,  que 
Lequeux  a  aussi  traduits;  le  S*".,  des 
ouvrages  de  S.  Prosper,  traduits  par 
le  même;  puis  ceux  de  S.  Fulgence, 
de  S.  Rémi  de  Lyon ,  de  S.  Prudence 
de  ïroycs  :  il  y  a  en  tout  huit  volumes. 
Les  autres  productions  de  Foggini  que 
nous  citerons,  sont  le  Traité  sur  le 
clergé  de  S.  Jean  de  Latran,  1 743; 
VAppendix  à  l'histoire  Byzantine , 
1  777  ;  Ferrii  Flacci  fastorum  anni 
Romani  reliquiœ  ,  et  operum  frag^ 
menta  omnia ,  Rome,  i  779,  in-folio. 
Ces  fragments  authentiques  du  calen- 
drier des  Romains ,  sont  tirés  en  grande 
partie  d'amieiines  inscriptions  décou- 
vertes à  Palestrina.  Il  fui  aidé  dans  ce 
dernier  travail  par  son  neveu ,  Nico- 
las Foggini.  Ou  a  encore  de  lui  plu- 
sieurs diss<Tlations  sur  des  sujets  d'é- 
ruditiou  et  d'nnliquiiés.  Il  cul  part  à 


FOG 

h  confiance  du  carilinal  André  Corsi- 
lii,  de  même  qu'il  avait  eu  celle  de  son 
grand  oncle;  et  comme  ce  cardinal  fut 
un  des  cinq  nommes  par  Clément  XI V 
pour  les  affaires  des  jésuites,  Foggini 
eut  quelque  influence  sur  le  sort  de 
ces  religieux.  On  assure  qu'en  satisfai- 
sant son  peu  d'inclination  pour  leur  so- 
ciété, il  eut  des  égards  pour  ses  mem- 
bres; il  fut  chargé  spécialement  de  la 
surveillance  du  collège  anglais ,  de 
l'inspection  du  séminaire  de  Sabine, 
et  de  celle  du  collège  Bandinelli.  Pie  VI 
!e  fit  depuis  son  camérier  secret ,  et 
préfet  de  la  bibliothèque  vaticane,  à 
la  mort  d'Etienne-Evode  Assemani , 
archevêque  d'Apamée  :  seulement,  vu 
son  âge,  il  lui  accorda  le  titre  d'émé- 
ritc ,  avec  les  émoluments  de  la  place. 
Une  ophtalmie  opiniâtre  vint  priver 
Foggini  du  plaisir  de  l'étude  ;  il  sup- 
portait cette  privation  avec  patience, 
lorsqu'il  fut  frappé  d'apoplexie  le  3i 
mai  1^83.11  mourut  le  2  juin  suivant, 
à  l'âge  de  70  ans.  On  publia  à  Flo- 
rence son  éloge,  d'où  nous  avons  ex- 
trait cet  article.  Cet  éloge  paraît  être 
de  son  neveu.  P — c — t. 

FOGLIANI  (  Louis),  en  latin  Fo- 
lianus,  musicien,  né  à  Modène,  dans 
le  i6^  siècle,  fit  d'excellentes  éludes, 
et  se  servit  des  connaissances  qu'il  avait 
acquises  dans  les  langues  pour  compa- 
rer les  ouvrages  des  anciens  relatifs  à  la 
musique,  et  en  déduire  de  nouvelles 
hypothèses.  On  voit  par  une  lettre  que 
lui  écrivait  Pierre  Aretiu,  le  3o  no- 
vembre 1537,  qu'il  avait  le  projet  de 
traduire  en  italien  les  ouvrages  d'Ans- 
tote;  mais  il  mourut  avant  d'avoir  ter- 
miné ce  travail,  vers  1539,  dans  un 
âge  peu  avancé.  On  a  de  lui  :  I.  Mii- 
sica  theorica^  docte  simul  ac  diluch 
de  pertractata,  in  qud  quamplures 
de  harmonicis  intervallis  non  prias 
tentatœcontinenturspeculationes,\e' 
nise^  i529,  iu-fol.Getouvrage curieux 


FOG  1^5 

renferme  des  idées  alors  nouvelles  sur 
la  valeur  des  tons,  des  serai-tons,  et 
sur  les  repos  en  musique.  J.  B.  Doni 
et  le  P.  Martini  en  parlent  avec  les 
plus  grands  éloges.  U.Refugio  di  du- 
hitanti.  Tiraboschi  croit  que  cet  ou- 
vrage traitait  aussi  de  la  musique.  Ca- 
therine Ferri  présenta  une  requête,  en 
1 538,  pour  obtenir  la  permission  de 
le  faire  imprimer;  mais  des  motifs 
qu'on  ne  connaît  pas ,  en  empêchèrent 
la  publication.  III.  Flosculi  phiîoso- 
phiœ  Arislotelis  et  Ai^errois.  Il  existe 
un  exemplaire  de  ce  manuscrit  à  la 
Bibliothèque  du  roi.  —  Fogliani 
(  François  ),  jésuite,  né  en  1 543  dans 
la  Valteline,  embrassa  la  vie  religieuse 
à  l'âge  de  1 6  ans ,  et  fut  envoyé  à  liome 
pour  y  terminer  le  cours  de  ses  études. 
Il  se  fit  bientôt  remarquer  de  ses  con- 
frères par  sa  piété  et  son  zèle  dans  la 
pratique  de  toutes -les  vertus  chrétien- 
nes. Son  humilité  était  si  grande  qu'il 
fallut  un  ordre  exprès  de  ses  supérieurs 
pour  le  déterminer  à  recevoir  la  prê-, 
trise.  Après  avoir  rempli  les  devoirs 
de  son  état,  il  se  livrait,  dans  l'in- 
térieur de  la  maison,  aux  travaux  les 
plus  pénibles  et  les  plus  vils.  Les  aus- 
térités qu'il  pratiquait  étaient  effrayan- 
tes. 11  portait  continuellement  un  ci- 
lice,  et,  chaque  jour,  il  se  déchirait  le 
corps  à  coups  de  fouet.  11  passait  la  plus 
grande  partie  des  nuits  à  genoux ,  en 
prières;  et  souvent  il  se  refusait  le  peu 
de  nourriture  dont  il  avait  besoin.  Il 
avait  une  dévotion  particulière  envers, 
la  Ste.-Tïinité;  et.  chaque  année,  il 
en  célébrait  la  fête  par  un  redouble- 
ment de  jeûnes  et  d'actes  de  pénitence» 
Ce  saint  religieux  mourut  en  i6og, 
d'une  fièvre  maligne,  qui  l'enleva  au 
bout  de  trois  jours.  Le  P.  Sotwel  assure 
que  le  cœur  du  P.  Fogliani  fut  trouvé 
marqué  de  trois  taches  blanches  ,  qui 
se  réunissaient  en  un  seul  point.  Ôa 
conservait  dans  la  bibliothèque  des  je- 


1^6  F  6  G 

suites  à  Rome  les  nombreux  ouvrages 
du  P.  Fojïliaui ,  parmi  lesquels  on  cite 
un  Traité  de  la  dévotion  aux  saints 
uénges;  trois  mille  Distiques  surVa- 
mvur  de  Jésus- Christ ^  un  Recueil 
de  prières  divisé  en  trois  livres.  Tous 
ces  ouvrages  sont  en  lalin. — Foglia- 
wi  (^igisniond),  littérateur,  ne' à  Bor- 
mio  dans  la  Valleline,  au  lô*".  siècle, 
professa  la  rhétorique  à  Reggio  avec 
une  grande  réputation.  On  a  de  lui: 
Epistolarum  libri  F,  Milan,  iS^ç), 
in-S".  Cette  édition  étnit  défigurée  par 
un  grand  nombre  de  fautes  d'impres- 
sion ,  l'auteur  en  publia  une  nouvelle , 
Venise,  1587,  in-4°.,  à  laquelle  il 
ajouta  douze  Harangues  prononcées 
dans  des  occasions  d'éclat.  Tiraboschi 
parle  avec  éloge  des  harangues  de  Fo- 
gliani  ;  et  Goëize  recommande  la  lec- 
ture de  ses  Lettres,  tant  pour  la  beauté 
du  style,  que  pour  riulérêt  des  ma- 
tières qui  y  sont  bien  discutées.  — » 
PoGLiANi  (  Louis),  jurisconsulte,  né  à 
Modène,  en  i65o,  remplit  pendant 
plusieurs  années  la  place  de  juge,  et 
ensuite  celle  de  beutenant  à  Rega,io , 
où  il  mourut  le  9  mars  1680,  à  l'âge 
de  5o  ans.  C'était  un  homme  instruit, 
aimant  les  lettres,  et  les  cultivant  avec 
succès.  Outre  des  poésies  éparses  dans 
ditTérenls  recueils,  on  connaît  de  lui 
les  doux  opuscules  suivants  :  I.  In 
ohilum  S.  Principis  Almerici  Es- 
tensiSy  et  card.  Julii  Mazarini  ele~ 
gia  ,  Heggio,  1661 ,  in-4®.  IL  Sag- 
gio  délie  glorie  del  S.  Alfonso  IF, 
duca  di  Modena ,  orazione ,  ibid. , 
i663,in-4".  W— s. 

FOGLIANO.  Famille  noble  et  quel- 
quefois souveraine  de  Reggio.  Cette 
famille  s'était  distinguée  dans  le  1 3  ". 
siècle  en  commandant  les  Gibelins  : 
elle  y  partageait  alors  l'autorité  avec 
les  familles  rivales  des  Koberti,  Man- 
frcdi,  et  Pii.  Au  commencement  du 
i4".  siècle,  tous  les  chefs  de  parti, 


FOG 

dans  foutes  les  villes,  aspirèrent  à  \a. 
tyrannie,  et  les  Fogliani  se  rendirent 
à  plusieurs  reprises  souverains  de  Reg- 
gio. Ils  cédèrent,  en  i53i,  cette  sei- 
gneurie au  roi  Jean  de  Bohême  ,  la 
rachetèrent  de  lui  à  son  départ ,  mais 
ne  purent  la  défendre  contre  une 
liguo  formée  pour  les  dépouiller  j 
et  le  5  juillet  i355,  ils  vendirent  leur 
petite  principauté  à  la  maison  de  Gon- 
zague ,  souveraine  de  Mantoue. 

S.  S~i. 
FOGLIETTA  (Hubert),  historien 
de  la  ville  de  Gènes,  y  naquit  en  1 5 1 8, 
d'une  noble  et  ancienne  famille.  Après 
avoir  achevé  l'étude  des  belles-lettres, 
il  avait  commencé  celle  de  la  jurispru- 
dence ,  lorsque  des  malheurs  de  for- 
lune  arrivés  à  sa  famille  l'interrompi- 
rent et  le  forcèrent  de  faire  différents 
voj'^ages.  Ses  affaires  s'étant  un  peu 
rétablies ,  tandis  qu'il  était  à  Rome ,  il 
alla  reprendre  cette  étude  à  Pérouse, 
y  passa  plusieurs  années,  et  retourna 
ensuite  à  Rome.  Il  y  était  en  i555y 
et  il  prononça  devant  le  nouveau  |)ape 
Jules  111  une  harangue  latine  qu'il  fil 
imprimer  la  même  année,  avec  une 
longue  et  fort  belle  lettre  adressée  au 
cardinal  Robcrlo  de'  Nobili,  sur  la 
meilleure  méthode  à  suivre  dans  les 
éludes.  Il  publia  aussi  à  Rome  en  1 555, 
son  ouvrage  De  philosophiœ  et  juri» 
civilis  inter  se  comparatione ,  divisé 
en  trois  livres,  écrit  en  forme  de  dia- 
logue, avec  autant  de  force  que  d'élé- 
gance; il  y  donne  l'avantage  à  la  science 
des  lois  sur  la  philosophie  ,  et  se  dé- 
clare même  contre  celle  deruière  avec 
une  véhémence  qu'il  se  reprocha  en- 
suite dans  un  autre  de  ses  ouvrages, 
lorsque  le  progrès  de  l'âge  lui  eut  fait 
voir  les  choses  sous  de  piusjustis  rap- 
ports.Ce  futencore  à  Rome  et  en  i  SSf), 
qu'il  fit  paraître  en  italien ,  rh<  z  Bi  uio, 
ses  deux  livres  Délia  republica  dl 
Genova^  qui  furcat  cause  de  sa  dis^ 


FOG 

grâce.  Niceron  et  d'autres  ont  écrit 
qu'il  était  alors  dans  sa  patrie  ;  qu'il 
fut  oblige  de  la  quitter  et  envoyé  en 
exil.  MaisTiraboschi  a  fort  bien  prou- 
vé que  Foglielta  était  à  Rome,  quand 
cet  ouvrage  y  parut,  et  qu'il  fut  con- 
damné à  Gènt's  comme  rebelle,  en 
son  absence.  La  liberté  avec  laquelle 
il  s'exprime  dans  cet  ouvrage  sur  l'ex- 
cès du  pouvoir  des  nobles  ,  quoiqu'il 
fût  lui-même  de  cet  ordre,  et  sur  les 
abus  et  le  détriment  qui  en  résultaient 
pour  la  république,  mit  en  fureur  toute 
l'aristocratie  génoise  qui  fît  prononcer 
contre  lui  une  sentence  d'exil.  Il  paraît 
qu'outre  le  bannissement,  il  fut  dé- 
pouillé de  ce  qu'il  avait  pu  recouvrer 
de  sa  fortune,  et  que  ses  biens  furent 
confisqués.  Il  trouva  dans  le  cardinal 
Hippolyte  d'Esté,  un  généreux  pro- 
tecteur qui  le  recueillit  à  Rume  dans 
sa  maison,  et  lui  fournit  les  moyens 
d'y  exister  commodément.  Foglietta 
entreprit  alors  une  histoire  générale 
de  son  temps ,  qu'il  commençait  à  la 
guerre  de  Charles -Quint  contre  la 
ligue  protestante.  Il  était  déjà  'fort 
avancé,  lorsqu'il  apprit  que  quelqu'un 
s'était  procuré  une  copie  de  la  paitie 
de  cette  histoire  dans  laquelle  il  racon- 
tait la  conjuration  de  Jean-Louis  de 
Ficsque,  le  meurtre  de  Pjerre-Louis 
Farnèse  et  la  sédition  de  Naples,  trois 
événements  arrivés  la  même  année 
ï547  ,  et  qu'on  se  préparait  à  publier 
cette  partie  intéressante  de  son  travail  • 
il  prit  les  devants,  et  fit  paraître  lui- 
mcme,  eu  1571,  ces  trois  fragments. 
Ils  ont  été  réimprimés  plusieurs  fois, 
et  recueillis  ensuite  par  Graevius  dans 
son  Thésaurus  antiq.  et  Histor.  Ital, 
avec  plusieurs  autres  opuscules  de  l'au- 
teur, dont  quelques-uns  devaient  fiire 
partie  de  la  même  histoire,  comme 
les  quatre  livres  De  sacrofœdere  in 
Selirnum,  et  les  fragments  intitulés. 
De  expediiione  in  TripoUm,  De  ex- 


FOG  117 

peditlonepfo  Orano  et  in  Prgnonium, 
De  expeditlone  Tunetand,  De  obsi- 
dione  Melitensi ,  et  d'autres  sur  di- 
vers sujets,  tels  que  De  ratione  scri- 
hendœ  historiée  ,  De  caussis  magni- 
tudinis  Turcarum  imperii ,  De  lau- 
dihus  urhis  Neapolis ,  De  nonnul' 
lis  in  quibus  Plalo  ab  Aristotele  re- 
prehenditar ,  etc.  La  rigueur  qu'on 
avait  exercée  contre  lui  à  Gènes  ,»n'é* 
teignit  point  dans  son  cœur  l'amour  d© 
la  patrie:  il  consacra  deux  monuments 
à  sa  gloire;  le  premier  parut  suus  ce 
titre  ,  Clurorum  Ligurum  elogia , 
Rome,  i574)  léimprimé  et  augmenté 
en  1577  :  le  second  et  le  plus  impor- 
tant est  son  histoire  de  Gènes ,  HistO" 
rin  Genuensium  ;  il  y  consacra  les  six 
ou  sept  dernières  années  de  sa  vie,  et 
arriva  jusqu'à  la  fin  du  douzième  livre. 
11  y  conduit  le  lecteur  depuis  la  fonda- 
tion de  la  ville  de  Gènes  jusqu'à  l'an- 
née 1 527.  Gomme  tous  ses  autres  ou- 
vrages, cette  histoire  est  écrite  avec 
beaucoup  d'élégance  et  de  force  :  la 
mort  l'empêcha  cependant  d'y  mettre 
la  dernière  main  ;  on  s'en  aperçoit 
surtout  aux  transitions  d'une  année 
à  l'autre,  qui  sont  négligées  et  souvent 
uniformes.  Elle  a  c'té  traduite  en  ita- 
lien par  François  Serdonati ,  Gènes, 
i597,  in-fol.  Il  mourut  en  i58i  ,âgé 
de  t)5  ans.  Paul  Foglietta,  son  frère, 
publia  cette  histoire  en  1 585 ,  et  y 
ajouta  par  supplément  les  événements 
publics  de  rannée  j  528,  fragment  qui 
lui  avait  été  donné  par  un  de  ses  amis, 
dit-il  dans  sa  préface,  et  dont  il  igno- 
rait l'auteur;  mais  on  a  reconnu  depuis 
que  ce  fragment  était  tiré  d'une  his- 
toire de  Gènes ,  par  Bonfadio ,  écrite 
avant  celle  de  Foglietta,  mais  qui  était 
encore  inédite  (  ^oyez  Bonfadio  ). 
On  voit  qu'à  l'exception  de  son  ou- 
vrage sur  la  République  de  Gènes , 
qui  fut  cause  de  son  bannissement , 
tous  ceux  de  cet  auteur  sont  écrits  eu 


28 


FOH 


Jaiin.  C'est  un  des  écrivains  italiens  qui 
.ipjMOchd  le  plus,  dans  cebcausiccle, 
(le  l'élégance  cl  de  la  pureté  des  auteurs 
du  siècle  d'xAugustc.  Un  de  ses  écrits 
où  ces  qualités  brillent  éminemment, 
est  celui  dont  la  langue  laiine  même 
est  le  sujet,  et  qui  est  intitulé:  De 
Linguœ  latinœ  usu  et  prœstantid  , 
Rome,  1574  ^  in-8'. ;  réimprimé  à 
Hambourg,  1725.  H  y  traite,  dans  la 
forme  du  dialogue ,  la  question  de 
savoir  s'il  convenait  ou  non  aux 
Italiens  modernes  d'écrire  en  latin. 
11  m'et  dans  la  bouche  d'un  de  ses 
interlocuteurs  toutes  les  objections 
qu'on  opposait  dès-lors  à  cet  usage  , 
et  qu'on  a  rebattues  depuis  comme  si 
elles  étaient  nouvelles;  et  il  les  réfute 
victorieusement ,  autant  par  la  solidité 
de  ses  raisons  que  par  l'élégance  même 
de  son  style.  Il  suffit  de  lire  San nazar, 
Vida,  Fracastor,Foglietta  lui-même, 
et  plusieurs  autres  auteurs  italiens  du 
l6^  siècle  pour  être  de  son  avis;  mais 
il  est  peut-être  vrai  de  dire  que  cette 
question  qui  est  encore  douteuse  chez 
la  plupart  des  nations  de  l'Europe, 
ne  pouvait  être  décidée  affirmative- 
ment qu'en  Italie.  G— e. 

FO-HÏ.  (Tor-Fou-m.) 

FOIGNY  (Jean  de),  imprimeur 
à  Reims  dans  le  16''.  siècle,  mérita  la 
protection  du  cardinal  de  Lorraine, 
par  son  dévouement  absolu  aux  Gui- 
des. Il  fut  l'un  des  imprimeurs  em- 
ployés par  1rs  écrivains  du  parti  de  la 
Ligue  ;  mais  la  plupart  des  libelles  sor- 
tis de  ses  presses  ne  portent  ni  son 
nom  ni  sa  marque.  On  a  de  lui  :  I.  La 
liaduction  en  français  de  V  Oraison 
funèbre  prononcée  à  Rome  aux  ob- 
sèques de  François  de  Lorraine, 
duc  de  Guise,  par  Jules  PoggiuSj 
Reims,  1 563,  in-8".  II.  Le  Sacre  et 
Couronnement  du  roi  de  France 
(  Henri  III),  ai/ec  les  cérémonies  et 
prières  qui  se  font  en  l'église  de 


FOI 

heims,  ibid.,  1675,  in-B". — Foignt 
(Jacques  de),  imprimeur,  delà  même 
famille  que  le  précédent,  est  l'auteur 
d'un  ouvrage  intitulé  :  Les  Menfeilles 
de  la  vie,  des  combats  et  victoires 
d'ErminCy  citoyenne  de  Reims,  ibid., 
i64H,in-8'.  W— s. 

FOIGNY  (Gabriel),  que  d'autres 
nomment  Cognj ,  cordelier ,  né  en 
Lorraine  vers  i65o,  s'enfuit  de  son 
couvent ,  et  se  retira  à  Genève ,  où 
il  fit  profession  publique  de  la  ré- 
forme, en  1667.  H  fut  d'abord  atta- 
ché à  l'église  de  Morges;  mais  on  le 
chassa  de  cette  ville  pour  s'être  per- 
mis des  indécences  dans  le  temple  ,  et 
il  revint  à  Genève,  où  il  vécut  quel- 
que temps  du  produit  des  leçons  de 
grammaire  et  de  géographie  qu'il  don- 
nait à  des  étrangers.  Il  épousa  une" 
femme  d'une  mauvaise  réputation ,  et 
chercha  de  nouvelles  ressources  dans 
la  publication  de  quelques  petits  ou- 
vrages. L'irrégularité  de  sa  conduite 
l'ayant  fait  déférer  plusieurs  fois  aux 
pasteurs,  il  craignit  qu'enfin  on  ne 
punît  ses  désordres  d'une  manière 
exemplaire  ;  il  abandonna  donc  sa 
femme,  et  se  retira  dans  un  couvent 
de  son  ordre,  en  Savoie,  où  il  mou- 
rut, en  169*2 ,  dans  un  âge  peu  avan- 
cé. On  a  de  lui  :  I.  V  Usage  du  jeu 
royal  de  la  langue  latine ,  avec  la 
facilité  et  l'élégance  des  langues  la^ 
tine  et  francoise,  Lyon,  i6''76,  in-S". 
11.  Les  aventures  de  Jacques  Sadeur, 
dans  la  découverte  et  le  voyage  de 
la  Terre  australe,  Genève,  1 676 ,  in- 
1 2  ;  Paris ,  1 69  2 ,  in- 1 2  ;  Amsterdam , 
i692,in-i2;  Paris,  170$,  et  dans 
le  24^  volume  de  la  collection  des 
Voyages  imaginaires,  trad.  en  al- 
lemand sous  le  titre  de  Neu  ent- 
decktes  Sudland ,  Dresde  ,  170 3, 
in- 12.  On  trouvera  dans  le  Diction- 
naire deBayle,  art.SADEUR,de  grands 
détails    sur    cet  ouvrage    singulier. 


FOI 

Ce  que  rauteiir  dit  de  la  conforma- 
tion des  Australiens  et  de  leurs  ma- 
nières xle  vivre  n'ayant  pas  paru  assez 
décent  aux  pasteurs  de  Genève,  ils 
arrêtèrent  la  vente  de  son  livre.  Bayle 
rapporte,  sur  le  témoignage  d'une  per- 
sonne d'importance  qu'il  ne  nomme 
pas,  que  les  Aventures  de  Jacques 
Sadeur  ont  été'  composées  par  un  gen- 
tilhomme breton,  grand  admirateur 
de  fiUcrèce.  Ce  qui  a  pu  donner  lieu 
à  ce  bruit  nullement  fondé,  c'est  qu'il 
existe  des  exemplaires  de  l'ouvraiie 
avec  l'indication,  Vannes,  iG-jô;  Bayle 
en  avait  eu  un  entre  les  mains  :  mais 
il  est  probable  que  ces  exemplaires 
sont  de  l'édition  de  Genève,  imprimée 
Ja  même  année,  auxquels  l'auteur  fit 
placer  un  nouveau  frontispice  pour 
éluder  la  défense  des  pasteurs.  Quant 
aux  autres  écrits  de  Foigny,  on  ne 
les  connaît  que  par  le  passage  suivant 
d'une  lettre  citée  par  Bayle  :  «  Il  s'a- 
»  visa  de  faire  imprimer  de  petits  li- 
»  vres  ;  entre  autres  un  almanacb  , 
»  chaque  année,  souslenomdegrrtwci 
V  Garanlus,  plein  de  fautes,  pour 
»  l'ordinaire,  à  l'égard  de  la  suppu- 
w  tation  des  temps;  un  jeu  de  cartes 
»  en  blason ,  et  les  psaumes  de  Marot 
i>  et  de  Bèze,  avec  une  prière  de  sa 
»  façon  au  bout  de  chaque  psaume.  » 
W— s. 
FOINARD  (Frédéric-Maurice), 
savant  ecclésiastique,  né  à  Couches, 
au  diocèse  d'Evreux,  vers  la  fin  du 
i^*".  siècle,  se  rendit  habile  dans  la 
théologie  et  dans  les  langues,  et  étudia 
surtout  l'hébreu  avec  soin.  On  connaît 
peu  de  chose  des  particularités  de  sa 
vie;  on  s^nt  seulement  qu'il  fut,  pen- 
dant quelque  temps,  sous-princijial 
du  collège  du  Plessis  à  Paris,  et  qu'il 
a  aussi  été  curé  dcCilais,  où  il  a  laissé 
la  réputation  d'un  prêtre  studieux  et 
d'un  pasteur  exemplaue.  Il  mourut  à 
Paris,  le  '^,9  mars  174^;  âge  d'cnvuon 


FOI  129 

60  ans.  On  a  de  lui  :  T.  Projet  d'un, 
nouveau  Bréviaire  ,  avec  des  obser- 
vations sur  les  bréviaires  anciens 
et  nouveaux,  Paris,  1720,  in  12. 
II.  Analyse  du  Bréviaire  ecclésias- 
tique j  dans  laquelle  on  dorme  une 
idée  précise  et  juste  de  cet  ouvrage, 
Paris,  I7.i6,  in- 12.  III.  Breviarium 
ecclesiasticum ,  editijam  prospectus 
executionem  exhibens ,  in  gratiam 
ecclesiarum  in  quibus  facienda  erit 
breviarioTum  editio,  sumptibus  Ar- 
noldi  Nicolai,  Emerick,  1 726,  2  vol. 
in-8'.  C'est  l'exécution  du  plan  pro- 
posé dans  le  projet,  et  une  source  oii 
ont  abondamment  puisé  les  auteurs 
des  bréviaires  imprimés  depuis,  et  oii 
pourront  puiser  encore  ceux  qui  au- 
ront à  travaillera  la  composition  d'ua 
bréviaire.  Vav  Arnould  JVicolas,  aux 
frais  de  qui  il  est  dit  que  le  Brevia- 
rium ecclesiasticum  a  été  imprimé, 
on  prétend  qu'il  faut  entendre  Ar- 
nould  Dubois ,  imprimeur  d'Amster- 
dam, et  Nicolas  Lottin,  imprimeur 
et  libraire  à  Paris,  et  que  ce  n'est 
point  à  Paris,  mais  à  Amsterdam, 
que  l'impression  s'en  est  faite.  IV.  La 
Genèse  en  latin  et  en  fr  an  cois  , 
avec  une  explication  du  sens  lit- 
téral et  du  sens  spirituel,  Paris  , 
1752,  2  vol.  in- 12.  L'abbé  Foinard, 
dans  ses  interprétations,  surtout  du 
soiîs  spirituel,  s'étant  un  peu  trop 
livré  à  son  imagination,  fut,  à  l'oc- 
casion de  ce  livre,  compromis  et  ex- 
posé à  des  désagréments  qui  l'obli- 
gèrent de  se  cacher. *0n  y  trouve,  m 
effet,  des  choses  hasardées  et  de* 
idées  singulières,  qu'on  lui  reproche 
même  d'y  avoir  introduites  après 
avoir  soumis  son  livre  à  l'approba- 
tion. L'ouvrage  fut  supprimé.  Il  avait, 
sur  les  aulies  livras  de  l'Ectiturc- 
Sainte,  un  travad  préparé,  que  le 
mauvais  succès  de  cette  tentative 
l'aura  sans  doute  empêché  de  mettre 

9 


i3o  FOI 

au  jour.  V.  La  Clef  des  Psaumes , 
ou  Voccasion  précise  à  laquelle  ils 
ont  été  composés  y   Paris,     174'? 


in- 12.  Ce  n'était,  dit 


on,  que  i  essai 


d'un  plus  grand  ouvrage  qui  n'a 
point  paru.  VJ.  Les  Psaumes  dans 
l'ordre  historique  ,  traduits  de 
V hébreu.  L'auteur  y  a  joint  des  som- 
maires et  des  arguments  qui  en  mar- 
quent l'occasion  et  le  sujet,  et  des 
prières  qui  en  renferment  l'abrège'  et 
en  font  recueillir  le  fruit.  Ces  prières 
sont  tirées  de  deux  psautiers  et  d'un 
orationel  imprimés  à  Rome  en  i683 
et  1697,  par  les  soins  du  cardinal 
Tomasi,  d'après  des  manuscrits  du 
Vatican.  A  l'ouvrage  se  trouvent 
jointes  une  table  historique  et  ge'o- 
graphique  des  personnes  et  des  lieux 
dont  il  est  parlé  dans  les  psaumes  , 
et  plusieurs  autres  tables  propres  à 
rendre  l'usage  de  ce  livre  plus  com- 
mode et  plus  utile.  L — y. 

FOIX  (  Raimond- Roger,  comte 
de),  fils  de  Roger  Bernard  ^^,  lui 
succéda  en  1 1 88.  Après  avoir  pris 
possession  de  ses  états,  il  céda  au 
désir  de  ses  sujets,  en  épousant  une 
princesse  de  la  maison  d'Aragon,  qui 
lui  apporta  en  dot  le  vicomte  de  Nar- 
ionne.  Il  se  croisa,  en  1 191  .  avec  le 
roi  Philippe-Auguste,  partit  à  la  tête 
de  ses  vassaux,  et  se  signala  au  siège 
d'Ascalon ,  où  il  tua  en  champ  clos  un 
Turc  d'une  taiile  gigantesque  qui  était 
venu  défier  les  chréliens  jusque  dans 
leur  camp.  Il  se^ trouva  à  la  prise  de 
Saint  Jean  d'Acre,  et  suivit  Pliihppe  , 
lorsque  la  division  qui  régnait  entre 
les  chefs  de  l'armée  obligea  ce  prince 
à  en  remetlre  le  commandement  au 
roi  d'Angleterre ,  Richard  Cœur-de- 
Lion.Raimond,àsonpassageà  Rome, 
lut  accueilli  avec  distinction  par  le 
pape  Célesliu ,  qui  lui  fit  présent  d'une 
épée,  en  reconnaissnicc  des  services 
qu'il  venait  de, rendre  à  l'Eglise.  De 


FOI 

retour  dans  ses  états,  il  leva  de  nou- 
velles troupes,  et  s'appliqua  à  les 
exercer  au  raaniment  des  armes.  Ce 
fut  vers  ce  temps-là  qu'éclata  le  sou- 
lèvement des  Albigeois.  Raimond,  qui 
avait  embrassé  leurs  erreurs,  prit  leur 
défense  avec  zèle,  mais  sans  succès. 
Battu  en  différentes  rencontres,  il  se 
vit  dépouillé  de  ses  domaines ,  et  con- 
traint de  faire  le  voyage  de  Rome  pour 
en  demander  la  restitution  au  pape  et 
la  levée  de  l'excommunication  qu'il 
avait  encourue.  L'humble  élat  dans 
lequel  il  se  présenta  aux  yeux  du 
pontife  n'ayant  pu  le  fléchir,  il  se 
décida  à  reprendre  les  armes  pour 
reconquérir  l'héritage  de  ses  ancêtres. 
Avec  une  poignée  de  soldats ,  il  vint 
mettre  le  siège  devant  Mirepoix,  dont 
le  seigneur  se  reconnut  son  vassal; 
et  il  se  disposait  à  profiter  de  ce  pre- 
mier avantage,  lorsqu'il  tomba  ma- 
lade, et  mourut  en  i'àti^  à  l'âge  de 
72  ans.  Son  fils,  Roger-Bernard  II, 
après  avoir  soutenu  de  longues  guer- 
res, fut  obligé  de  reconnaître  la  sou- 
veraineté du  roi,  et  de  lui  rendre 
hommage  pour  les  terres  dont  on  lui 
laissa  la  jouissance,  ^ojk.  Olhagarray, 
Histoire  du  Comté  de  Foix. 

W— s. 
FOIX  (Roger-Bernard H ï,  comte 
de),  poète  français,  florissaità  la  fui 
du  1 5*.  siècle.  Roger  était  très  jeune 
quand  il  eut  le  malheur  de  perdre  sort 
père.  Il  défendit  avec  courage  les 
droits  de  sa  ftmille  contre  les  pré- 
tentions injustes  de  la  maison  d'Ar* 
magnac;  mais,  ayant  assiégé  un  châ- 
teau qui  relevait  du  domaine  de  Phi- 
lippe-le-Hru'di,  ce  prince  le  fit  arrêter 
en  1274,  et  conduire  à  Beaucaire,  oi 
il  le  retint  prisonnier  pondant  plusieurs 
années.  Il  fit  sa  paix  avec  Philippe^ 
et  se  ligua  ensuite  avec  ses  voisins 
contre  Pieri-e  III  ,  roi  d'Arragonl 
Malheureux  dans  toutes  ses  entre- 


FOI 

^l^tiscs,  les  troupes  qu'il  commaudait 
furent  batlues ,  et  il  tomba  au  pouvoir 
lie  son  ennemi ,  qui  reulcrma  au  châ- 
leau  d'Urgel.  Pendant  qu'il  était  de'- 
tenu,  Philippe  déclara  la  guerre  au  roi 
d'Arragon  ,  et  Roger  se  li.sarda  d'en 
prédire  ic  succès  daus  doux  pièces 
de  vers  dont  Tabbe  Millota  donne  un 
extrait  djns  ['Histoire  littéraire  des 
Troubadours  (lom.  H,  p.  47 1  ).  Les 
"vers  du  comte  de  Fois ,  dit  cet  his- 
torien, respirent  une  haine  violente 
et  barbare;  on  le  prendrait  pour  un 
bourreau  de  l'inquisition,  à  l'entendre 
parler  des  supplices  qu'il  souhaite 
cordialement  à  ses  ennemis.  L'issue 
de  la  guerre  ne  fut  pas  telle  que  Roger 
l'avait  espe're'  :  Philippe,  après  avoir 
remporté  quelques  avantages,  fut  con- 
tranit  de  se  retirer;  mais  Pierre  étant 
mort  en  i'285  ,  Roger  recouvra  sa  li- 
berté. Il  mourut  en  i5o3,  laissant  de 
sou  mariage  avec  Marguerite  de  Béarn 
plusieurs  enfants ,  entre  autres  Gas- 
ton l*"^,,  prince  aussi  distingué  par  son 
courage  que  par  sa  générosité. 

W—s. 
FOIX  (Gaston  III,  comte;  de), 
€t  vicomte  de  Béirn,  naquit  en  i33i, 
et  fut  surnommé  Fhœbus ,  les  uns 
disent  à  cause  de  sa  beauté,  les  autres 
parce  qu'il  était  blond  comme  le  dieu 
du  joui-,  duquel  il  emprunta  un  soleil 
pour  devise  (  i  ).  Il  était  fils  d'Eiéonore 
de  Comrainge  et  de  Gaston  11 ,  auquel 
il  succéda  à  douze  ans,  sous  la  tutelle 
de  sa  mère.  En  i545 ,  il  fit  ses  pre- 
mières armes  contie  les  Anglais,  puis 
servit  en  Languedoc  et  en  Gascogne, 
avec  le  titre  de  lieutenant  du  roi.  Il 
ffpousa  ,  quatre  ans  après,  Aguès ,  fille 
de    Philippe  ïll  ,    roi   de    Navarre. 


FOI 


)0i 


{i)  On  l'appelait  aussi  le  roi  Phoebut.  Lus  frères 
Lallemant  prétendent  qu'il  élall  fort  eutêlc  de 
l'astrologie  judiciaire;  que  ce  fut  par  suite  de  cette 
passion  qu'il  prit  un  soli-il  pour  sa  devise  ,  el  qu'il 
ïie  voulut  pluj  porlcr  d'autre  uom  que  celui  (I« 
Pha-bu4. 


Soupçonné  d'intelligences  criminelles 
avec  Charles -le- Mauvais  son  b;au- 
frère,  Gaston  fut  anété,  en  i356, 
par  ordre  du  roi  Jean,  et  transféré 
au  chàtelet  de  P.iris.  Relâché  peu  de 
temps  après,  il  alla  servir  en  Prusse 
contre  les  infidèles.  Eu  i558,  pen- 
dant la  révolte  dite  de  la  Jacquerie  ^ 
il  contribua  à  la  délivrance  du  Dau- 
})hin ,  que  les  Parisiens  tenaient  en- 
fermé dans  le  marché  de  Meaiix.  La 
même  année,  il  déclara  la  guerre  au 
comte   d'Armagnac ,   qui  manifestait 
des  prétentions  sur  le  Béain,  et  le  fit 
prisonnier  en   iS-j^,  au  combat  de 
Launac.  La  p^ùx  mit  un  tenue  à  celte 
inimitié  ,    et    fut    cinipuiée    par    le 
mariage  de  leurs   enfints.    Giston , 
mécontent  de  sa    frame,   la    quittât 
l'année  suivante.  Charles  V  le  nom- 
ma *5on  lieutenant  pour  la  province 
de  Languedoc  ;  m;iis  Charles  VI  lui 
ôta  ce  titre  pour  en  revêtir  le  duc 
de  Berry. Gaston  défie  ce  dernier,  le 
bat,  et  lui  donne  la  paix.  Il  fait  ensuite 
arrêter   sou    propre  fils.  Charles-le- 
Mauvais,  à  qui  \e?,  crimes  étaient  si 
familiers,  avait  remis  à  ce  dernier  un 
paquet  de  poudie,  dont  ^'elFet,  disait- 
il ,  devait  être  de  rapprocher  G.iSlon 
de  son  épouse  :  cette  poudre  se  trouva 
être  du    poison.  Le    jeune    priirce , 
trompé,  mais  non  coupable,  refusa 
toute  nourriture,  et  mourut  dans  sa 
prison,  frappé  à  la  gorge,  d'un  cou- 
teau, par  son  père,  qui  lui  rcDrochait 
de  ne  pas  manger.  En  1390,  Gaston 
reçut ,   à    son  château  de   Mazères', 
le  roi  Charles  VI,  et  traita  ce  mo- 
narque avec  magnificence.  H  mourut 
subitement  au  commencement  d'août 
de  l'aniiée  suivante,  comme  on   lui 
versait  de  l'eau  sur  les  mains  ,  au 
retour  de  la  chasse  à  l'ours.  Les  his- 
toriens ont  peint  Gaston  comme  un 
ju'itice  accompli,   bien  fait,   brave, 
affable,  libéral,  jnagnifique.  On  ne 


i:S2  FOI 

peut  iiior  néanmoins  qu'il  fut  violent 
à  l'excès.  Ses  procèdes  Ciivers  son 
propre  fils,  sa  conduile  envers  de 
iitrnc ,  gouverneur  du  château  de 
Lourde,  qu'il  voulait  contraindre  de 
livrer  la  place  aux  Français,  et  que, 
sur  son  refus,  il  frappa  de  plusieurs 


ips 


de 


poigna 


rd ,  en  fournissent 


nue  preuve  incontestable.  Peu  versé 
dans  l'art  de  feindre,  il  éprouva  lour- 
.'i-tour  la  faveur  et  les  disgrâces  des 
rois.  Sa  passion  favorite  était  la  chasse: 
il  la  poussait  au  point  que,  s'il  faut 
en  croire  Saint- Yon,  il  n'entretenait 
pas  moins  de  seize  cents  chiens.  Il 
écrivit ,  sur  ce  qui  faisait  l'objet  de 
ses  affections,  un  ouvrage  intitulé: 
Phébus  des  détîuiz  de  la  chasse  des 
hestes  sauvaiges  et  des  oyseaux  de 
proje.  Ce  livre ,  écrit  en  prose ,  est 
divisé  en  85  chapitres.  11  y  traite  des 
différentes  espèces  de  chasses ,  et  des 
]U'océdés  particuliers  à  chacune  d'elles, 
de  la  nature  des  animaux  qui  en  sont 
l'objet ,  de  leurs  propriétés ,  des  ruses 
qu'ils  emploient  pour  éviter  la  pour- 
iuite  de  l'homme.  Dais  le  discours 
qui  précède  l'ouvrage,  Gaston  pré- 
tend que  l'exercice  de  la  chasse  est 
le  plus  propre  de  tous  pour  nous 
faire  éviter  les  péchés  mortels  ;  car 
il  n'est  rien  de  plus  opposé  à  l'oisi- 
veté que  la  vie  agitée  d'un  chasseur  : 
Or ,  ajoute-t-il ,  qui  fuit  les  sept 
■péchiez  mortelz,  selon  nostre  foy, 
il  doibt  estre  sauh'e.  Doncques  bon 
veneur  aura  en  ce  monde  joye  y 
Icesse  et  déduit ,  et  après  aura  pa- 
radis encore,  (le  bizarre  argument 
raj)pclle  l'épitaphe  de  la  mère  du 
légcnt.  Le  livre  de  Phébus  a  été  im- 
primé à  Paris,  pour  Antoine  Verard, 
sans  date,  in-lolio  ,  avec  le  roman 
des  Déduits  de  Gace  de  la  Bigne 
(  voy.  BiGNE  (  I  )  ;  ^^id. ,  Jean  Tre{)e- 

(i)   Dans   l'article    Brr.NK    (Gare  de    la  J ,    on 
louvexa  relevée  Terreur    de  Vt\t\>é  Guuje^  «(cl* 


FOI 
rel,  sans  date,  in-folio;  ibid.^  Pfi(- 
lij)pe  le  Noir,  sans  date ,  in-4''.,  sous 
le  titre  de  Miroyr  de  Phébus^  avec 
Vart  de  fauconnerie  et  la  cure  des 
besles  et  oyseaulx  à  cela  propices , 
ce  dernier  traité,  aussi  en  prose; 
chez  le  même  le  Noir,  i5i5,  i52o, 
in-4  ".  Le  livre  de  Phébus  se  trouve 
encore,  avec  des  corrections,  dans 
quelques  éditions  de  la  Fénerie  de 
Jacq.  du  Fouilloux.  (  V.  Fouilloux.) 
D.L. 
FOIX  (  Pierre  de  ) ,  dit  VJncien, 
cardinal,  né  en  j58t),  était  fils  d'Ar- 
chambaud,  captai  de  Buch ,  et  d'Isa- 
belle ,  comtesse  de  Foix.  H  fit  ses 
études  à  Toulouse  avec  beaucoup  de 
distinction,  et  se  consacra  ensuite  à 
la  vie  rehgieuse  dans  le  couvent  des 
cordeiiers  de  Morlas.  Il  en  fut  tiré 
quelque  temps  après  pour  être  mis  à 
la  tête  du  diocèse  de  Lescar,  qu'il 
administra  avec  une  sagesse  qu'on  ne 
pouvait  guère  espérer  d'un  homme  de 
son  âge.  L'antipape  Benoît  XI II  le 
créa  cardinal  en  1 409,  dans  le  dessein 
de  l'attacher  à  son  ])arli ,  et  le  députa 
au  concile  de  Constance,  réuni  pour 
examiner  les  droits  des  prétendants 
au  trône    pontifical.    Pierre ,    con- 


Prosper  Marchand  son  copiste  ,  <|iii  attribuent 
à  Phœbusle  roman  de  Gace.  La  uiëprise,  itu  sur- 
plus, était  en  quelque  sorte  exciis.ible.  Verard, 
ou  son  édit'riir,  ont  fait  lout  ce  qui  dépendait 
d'eux  pour  tromperie  lecteur;  les  deux  oiivraj;es 
se  suivent  sans  aucune  distinction  ,  sjds  titre  par- 
ticulier au  second  On  a  supprimé  ,  au  commence- 
ment et  à  la  fin  du  puënie,  les  vers  où  Gace  se 
nommait  :  un  seul  passage  a  échappé  à  Veranl, 
fol  7-;  mais  ce  passapjC  est  décisif  Ici,  non» 
devons  sij^njjer  une  faute  d'impression  trois  foi» 
répétée  dans  cet  article  Bigne  Au  lieu  des  aunée* 
l4a8,  1456,  1473,  il  tout  lire  i3a8,  lîôt),  iS;!. 
Le  rom.iii  do  Gace  de  li  Bigne,  ou  de  la  Biinc 
f  nommé  en  lalin  Gaslo  de  l  iiieif  p -r  lei  auteurs 
ae  la  Oaitia  Cfiriitiana)  ,  fut  commen- é  à  Bel- 
fort  en  iJâg  Oa  trouve  ,  .m  tome  UI  ilc  »  Mémuiret 
de  11  Curiic  de  Sainte-Palayc ,  tur  l'ancienii» 
Chevalerie,  un  bon  »iticle  sur  Gaston  Plut  bus  , 
un  épisode  entier,  et  un  extrait  très  bien  lait  du 
roman  du  Gace.  On  peut  aussi  consulter,  sur  ce* 
deux  auteurs,  la  Bibltnthèque  des  Théi-eiilii:»- 
grayhe*  desfrèresLallemant ,  qui  procède  Vf'co/a 
de  la  Cliasie  par  Vernerdc  la  Conierie,  Rouen., 
i^(j3,  a  vol.  tn-»*',  Goujet  paraît  n'avoir  nullgnitut 
(OBKU  G»o«Uc  la  Blinde, 


i 


FOI 
Tainçu   que  le  bien  de  la  religion 
exigeait    que     Benoît    XI  II    fît    le 
sacrifice  de  ses  piëlentions,  se  rëiiiiit 
£iux  pères  du  concile  qui  anathëmati- 
fièrcnt  l'antipape  ,  et  contribua  à  l'ë- 
lectioii  de  Martin  Y.  Il  fut  envoyé  par 
le  nouveau  pontife ,  avec  le  titre  de  lé- 
gat, près  du  roi  d'Arragon ,  qui  soute- 
nait encore  le  parti  de  Benoît,  ne  sou 
su  jet,  et  il  réussit  à  l'en  détacher.  11  con-. 
"voqua,  en  1429,  un  concile  à  Tortose, 
y  reçut  la  dëmissiou  de   l'amipape 
Clëment  VIII,  que  quelques  prélats 
arrafijonais  avaient  ëlu  après  la  mort  de 
lieuoît,  et  termina aiiisi  heureusement 
yn  schisme  qui  avait  trouble  l'Eglise 
eridant  plus  de  vingt  ans.  La  douceur 
eson  caractère,  son  affabilité,  l'avaient 
rendu  chçraux.  peuples  d'Espagne,  qui 
ne  le  nommaient  que  le  bon  légat. 
Eugène  IV  le  chargea  de  l'adminis-. 
tralion.du  coratat  d'Avignon,  et  en 
1 45o  le  nomma  à  l'archevechë  d'Arles. 
Pierre  y  réunit  un  concile  provincial  en 
1453;  et,  quatre  ans  après,  il  en  ras^ 
sembla  un  autre  à  Avignon,  où  furent 
arrêtes  de  sages  rëglements  pour  j'ad- 
ministration  des  diocèses.  L'affection 
qu'il  avait  conservée  pour  la  ville  de 
Toulouse,  parce  qu'il  y  avait  ëtë ëlevë, 
l'engagea,  à  y  fonder  un  collège  qui 
portait  son  nom,    avec   vingt -cinq 
bourbes  pour  des  étudiants  pauvres, 
choisis  de  préférence  parmi  les  habi- 
tants de  celte  ville.  Gel  illustre  prélat 
mourut  à  Avignon  en  14^4)  ^  ^'«^g^ 
de  -jS  ans ,  et  fut  inhumé  dans  l'église 
des  Cordeliçrs.  -^r-  Pierre  de  Foix  , 
cardinal,  petit-neveu  du  précédent, 
naquit  à  Pari^  en  i449-   H  fit  ses 
études  à  l'université  de  Paris,  où  il 
prit  SCS  degrés  en  droit,  fut  nommé 
évêqiie  d'Aire,  et  ensuite  de  Vannes. 
Le  pape  Sixte  lY  le  créa  cardinal  en 
147Q,  et  le,  chargea,  de  différentes 
missions  dont  il  s'acquiila   toujours 
avçç  suçcèst  II,  apaisa  les  troubles  du 


FOI  i35 

Milancz,  réconcilia  le  duc  de  Bretagne 
avec  Charles  Vlïl,  et  rétablit  la  prii^ 
dans  le  royaume  de  Naples.  Il  fut 
accueilli,  à  son  retour  à  Rome ,  avec 
la  plus  grande  distinction ,  et  logé  an 
palais  du  prince  Orsini.  Une  mort 
prématurée  l'enleva  quelques  mois 
après  en  »49'^?  ^  ^'^g<^  ^^  4'  ^ns. 
W—s. 
FOIX  (Catherine  de).  /^.  Jea» 
(d'Albret),  roi  de  Navarre. 

FGIX  (Gaston  de)  ,  né  en  1 489 , 
était  fils  de  J<?an  de  Foix  ,  vicomte  de 
Narbonne,  et  de   Marie  d'Orléans , 
sœur  de  Louis  XII,  qui  érifj^ea  poirr 
lui,  en  i5o5,  le  comté  de  Ncmonr» 
eu  duché-pairie.  Ce  jeune  prince,  aussii^ 
sage  que  vaillant ,  succéda  erj  1 5  1 2  au 
duc  de  Longueville  dans  le  comman- 
dement de  l'armée  d'Italie,  et  bientôt 
après  fut  surnommé,  pour  ses  b^'anx 
exploits,  le  foudre  de  V  Italie.  1!  fit 
lever  le  siège  d«   Bologne  à  Pierre- 
Navarre  ,    général  de  Ferdinand-lcr 
Catholique,   secourut  Bresçia,   qu'il 
reprit  sur  \çs  Vénitiens,  et  fit  le  siège 
de  Ravenne.  Ses  brillants  succès  iie, 
produisirent  cependant  aucun    fruit 
solide  ;  et  la  bataille  de  Ravenne ,  qu'il 
gagna  sur  les  Espagnols  le  jour  de 
Pâques ,  1 1  avril  i5 1 2,  après  y  avoir 
fait  des  prodiges  de  valeur  ,  lui  coûta 
la  vie.  Il  fut  vaillamment  secondé, 
dans  cette   journée,    par   le  cheva- 
lier Bayard,  Louis  d'Ars  et  Lautrec: 
voulant  envelopper  un  reste  d*Espa- 
gnols  qui  se  retirùent  en  bon  ordre , 
il  fut  t4.ié  à  coups  de  pique  à  vingt- 
trpis  ans.  Louis  Xll  s'exprima  sur  ce. 
malheureux  événement  en  prince  piéia 
d'huioanité  :   «  Je  voudrais  ,  dit-il  , 
»  nm'oir  plus  un  pouce  de  terre  en 
i>  Italie ,  et  pouvoir^  à   ce  prix  ^ 
n  faire  revivre  mon  neveu  Gaston 
»  de  Foix  y  et  tous  les  braves  qui 
î)  ont  péri  avec  lui.  Dieu  nous  sarde. 
»  de  remporter  souvent  de  pareilles^^ 


V  victoires  !  »  Voici  cômm(yWm' 
tome  et  un  auteur  contemporain  es- 
pagnol parlent  de  ce  jeune  lie'ros  : 
«  Gaston  de  Foix,  personnage  certes 
»  de  grande  et  admirable  vertu,  ayant 
»  une  loi!»  auprès  de  Cônie,  et  une 
»  auUe  fois  près  tie  Miiau,  refréné 
î)  et  remparré  les  Suisses  qi\e[e  pape 
î)  Jules  avoit  envoyé'  quérir  à  son  se- 
»  cours,  arriva  avec  une  p/eslesse 
»  incroyable  à  Bo!o^ne,  en  fit  lever 
»  lesicj;e  aux  Espagnols,  et,  toiirriant 
»  toutes  ses  forces  contre  les  Véni- 
■»  tiens,  ks  battit  près  de  Vcrohc, 
»  et  rfpnt  Bnscia.  De  là.  iZ  tourna 
^y.  ses  enseignes  de  TaiUre  part  du  Pô, 
-iy  et  y  chemin:  m  par  la  Roraagnc  , 
»  arriva  sous  les  murs  de  Ravenne , 

V  çii  la  fortune  r.'ibandonna.  Là  fut 
»  donnée  une  batailie  la  plus  icuom- 
î)  mée.  que  de  long-temps  n'etoita^i- 

■»  venue  eu  ilalie il  y  périt  par  sa 

y>  trop  grande  ardeur,  après  l'avoir 
»  g  Ignée  par  sa  vaillance.  Etant  tout 
î)  .couvert  de  ^ang  etde  cervt;lle  d'un 
y>  de  SCS  gendarmes,  tué  près  àe  lui 
»  far  jLinc  canonnade,  Bayard,  eiïr.'iyé, 
v>  vint  à  lui,  et  lui  demanda  s'il  eioit 
»  blessé?  Non  ,  dit  il  ;  mais  j'en  ai 
î>  Ipfçs.sé  bien  d'antres.  Dieu  soit  loué, 

V  dit  Bayard,  /yoMS  avés  ç^agné  la 
î>  bataille  et  demeurés  aujourd'hui 
»  le  plus  honoré  prince  du  monde  :■ 
•»  mais  ne  tirés  pas  plus  avant  ; 
»  rassemblés  votre  gendarmerie , 
î)  ^1  surtout  quon  ne  se  mette  point 
»  au  pillage ,.  car  il  nest  pas  encore 
»  temps  :  le  capitaine  d'Ars  et  moi 
»  alfonf  après  les  fuyards ,  et,  pour 
»  hofnp}e  vivant.  Monsieur,  ne  bou' 
»  gés  4' ici  (]ue  nous  ne  vous  venions 
î)  quérir  ou  nous  vous  mandions. 
»  M.  de  Ncmouts  promit  de  ne  point 
i>  avancer^  mJs  il  n'eu  tint  rien  : 
»  voyant  que  des  gens  de  pied  cspa- 
»  gnuls  se  retiroient  e  long  d'un  grand 

V  canal;  il  demanda  à  un  Gascon,  ^ui 


FOT 

w  fuyoit,  qiiels  gens  c'étoîcnl?  Mon^ 
))  sieur,  lui  dit-il,  ce  sont  deux  en- 
»  seignes  espagnoles  qui  nous  ont 
»  défaits.   Le  jeune  prince ,  dépité  , 
»  <!it  :  Qui  m'aimera  si  me  suive ^ 
yy  je  ne  scaurois  souffrir  cela;  et," 
»  sans  regarder  derrière  lui,  donna, 
»  suivi  pourtant  d'une  vingtaine  de 
»  ses  gens,  et  chargea  dans  un  lieii  si 
»  désavantageux ,  que  sa  petite  troupe' 
»  ne  s'y  pouvoit  remuer;  car  la  chaus- 
»  séc  étoit  étroite  du  côté  du  canal  j 
M  où  l'on  ne  pouvoit  descendre,  et  de" 
»  l'autre  côté  il  y  avoit  un  fossé  où   t 
»  l'on  lie  pouvoit  passer;  de  sorte  que   I 
»  les  Espagnols,  ayant  déchargé  leurs  i 
M  arquebuses  et  le*  piques  baissées,.  \ 
»  curent  bientôt  laison    des  nôtres  : 
»  M.  de  Nemours,  combattant  vail-' 
»  lamment,  eut  les  jarrets  de  son  che- 
»>  val  coupés  ,  tomba  par  terre  ,  où  il 
»  fut  blessé  de  tant  de  coups^  qi'e , 
»  depuis  le   menton  jusqu'au  front» 
»  il  eu  avoit  quatorze,  et  puis  laisse- 
»  mort.  »>  D.  L.  0. 

FOIX  (  Papl  dé  ) ,  arclievêque  de 
Toulouse ,  et  r;m  des  plus  célèbres 
hommes  d'état  de  son  temps ,  était 
de  la  famille  illustre  de  ce  nom ,  mais 
seulement  par  les  femmes.  11  nuquit 
en  i528.  Demeuré  avec  UQ  patri- 
moine médiocre,  et  qu'encore  on  lui 
disputait,  il  fut  destiné  jeune  à  l'église, 
et  élevé  pour  quelqu'une  de  ces  charges 
qui  s'allient  avec  l'état  ecclésiastique; 
vues  d'autant  plus  convenables,  que 
son  goût  pour  les  occupations  sérieuses 
et  pour  les  belles-lettres  s'était  déclaré 
dès  ses  premiers  ans.  Il  fit  ses  études  à 
Paris  ,  et  s'appliqua  aux  langues  grec- 
que et  latine  avec  assez  de  soin  pour 
entendre  parfaitement  la  première,  et 
écrire  l'autre  avec  élégance.  Après 
avoir  achevé  sa  philosojdiie ,  et  s'y 
être  fait  remarquer,  il  se  rendit  à  Tou- 
louse pour  v  étudier  fa  jurisprudence, 
Li  acquit  promptemçnt  une  connais- 


FOI 

sance  fort  étendue  des  lois,  et,  après 
avoir  été  admis  aux.  honneurs  acadé- 
miques, donna,  d'une  manière  si  bril- 
lante ,  des  leçons  publiques  sur  le  droit 
civil,  qu'elles  attirèrent  un  concours 
incroyable  d'auditeurs  ,  et  que  même 
d'anciens  professeurs  d'une  habileté 
connue  s'empressaient  de  venir  à  ses 
cours ,  tt  afin  d'apprendre  de  lui ,  dit 
Muret ,  ce  qu'ils  ne  savaient  pas  en- 
«:ore.  »  Il  quitta  Toulouse  pour  venir 
à  la  cour  de  Henri  II ,  dont  il  acquit 
l'estime.  11  sentit  qu'à  ses  e'tudes 
ordinaires ,  il  lui  importail  de  join- 
dre celles  du  secret  des  cabinets 
de  l'Europe ,  et  des  inte'rêts  des 
princes.  Persuadé  que  l'instruction 
ne  se  complète  que  par  la  pratique 
et  l'expérience,  il  souhaita  .d'entrer 
dans  le  parlement  de  Paris,  où  il 
jugea  avec  raison  que  les  grandes  af- 
faires qu'il  aurait  à  y  traiter ,  et  le  com- 
merce des  plus  illustres  magistrats  , 
achèveraient  de  perfectionner  la 
sienne.  Henri  II  lui  donna  une  charge 
de  conseiller  en  cette  cour.  Blanchard 
dit  qu'il  y  fut  reçu  en  1 546.  Cette  date 
paraît  diftlcile  à  maintenir.  Paul  de 
Foix  n'avait  alors  que  1 8  ans.  Com- 
ment croire  qu'à  cet  âge,  il  eût  non 
seulement  fini  toutes  ses  études  y 
compris  celle  du  droit,  mais  qu'tn- 
<ore  il  en  eût  donné  des  leçons  pu- 
bliques, et  qu'il  fiit  resté  assez  de 
temps  à  la  cour  de  Henri  II  pour  s'y 
faire  connaître?  Il  serait  plus  difficile 
encore ,  dans  cette  supposition ,  d'ad- 
mettre ce  que  dit  Muret,  qu'à  raison 
de  son  mérite,  Henri  II,  contre  l'usage, 
aurait  ordonné  qu'il  passât  immédiate- 
ment à  la  grand'chambre,  fait  qui  d'ail- 
leurs est  hors  de  toute  vraisemblance. 
Quoi  qu'il  en  soit,  nourri  d'études  so- 
lides, et  ayant  une  parfaite  connais- 
sance du  droit,  Paul  de  Foix  devint 
bientôt  un  des  plus  habiles  conseillers 
au  parlement.  Au  milieu  des  affaires 


FOI  i55 

du  palais  ,  il  continuait  de  cultiver  la 
philosophie  pour  laquelle  il  avait  un 
goût  de  prédilection.  Il  s'était  atta- 
ché à  la  doctrine  d'Aristote,  dont  il  était 
admirateur  passionné,  et  avait  admis 
dans  son  commerce  intime  deux  hom- 
mes fameux  alors  :  l'un  était  Jacques 
Charpentier,  grand  zélateur  de  cette 
doctrine,  et  persécuteur  ardent  deBa- 
mus,  qu'il  avait  voulu  faire  bannir 
des  écoles  ;  l'autre,  Augustin  INiphus, 
calabrois ,  qui  avait  professé  avec  une 
grande  réputation  dans  les  plus  fa- 
meuses universités  d'Italie.  Paul  de 
Foix  avait  avec  eux  de  fréquents  entre- 
tiens. 11  partageait  ainsi  son  temps 
entre  l'étude  et  les  devoirs  de  sa  charge, 
lorsqu'il  se  trouva  impliqué  dans  une 
affaire  fâcheuse.  Les  opinions  de  Lu- 
ther faisaient  en  France  des  progrès 
alarmants  ;  et  pour  les  arrêter,  le  gou- 
vernement a  vaitcru  devoir  sévir  contre 
les  sectaires.  Mais  ils  étaient  jugés 
plus  rigoureusement  à  la  grand'cham- 
bre qu'à  la  Tournelle.  Il  résultait  de 
graves  inconvénients  d'une  telle  dis- 
cordaoce.  Le  dernier  mercredi  d'avril 
i55g,  jour  d'une  mercuriale,  le  pro- 
cureur général  Bourdin  requit  les 
chambres  à  ce  que  l'on  prît  les 
moyens  de  faire  disparaître  celte  dif- 
férence qui  tournait  au  scandale  de 
la  justice.  Henri  II  étant ,  sans  qu'on 
l'attendît ,  survenu  pendant  qu'oif 
opinait ,  Paul  de  Foix  émit  en  sa  pré- 
sence un  avis  mitigé,  qui  rendit  ses 
sentiments  suspects  au  prince.  li  fut 
arrêté  avec  quelques  autres  conseillers; 
et  le  2  janvier  suivant,  intervint  un 
arrêt  rendu  par  une  commission  ,  qui 
le  condamnait  à  se  rétracter ,  et  qui 
lui  interdisait  Ventrée  de  la  court 
par  le  temps  et  espace  d'nng  an 
entier.  Cet  arrêt  fut  cassé  quelque 
temps  après  ,  et  la  cour  en  rendit  un 
autre  le  8  février  i56o,  qui  absoult 
icelui  Foix  des  cas  à  lui  imposés. 


i56  FOI 

L'impression  néanmoins  que  cette  accu- 
sation avait  faite,  ne  fut  pas  entièrement 
cffdcée  ;  elle  devint  même  par  la  suite, 
pour  Pau!  de  Foix,  une  source  dVm- 
barras  et  de  désagréments ,  et  faillit  de 
le  faire  envelopper  dans  le  massacre 
de  la  Saint-Barthélemi.  On  ne  sait  si 
ce  fut  cela  qui  le  dégoûta  de  sa  charge  ; 
mais  il  s'en  démit  en  i56i,  pour  s'at- 
tacher uniquement  à  la  cour,  et  suivre 
la  carrière  diplomatique  sous  la  pro- 
tection de  Catherine  de  Médicis ,  qui , 
pendant  la  minorité  de  Charles  IX , 
avait  l'administration  du  royaume.  Sa 
première  ambassade  fut  celle  d'Ecosse 
vers  Marie  Stuart,  qui  depuis  peu 
avait  quitté  la  France.  11  ne  tint  pas  à 
Paul  que  cette  reine  infortunée  n'éta- 
blît chez  elle  un  ordre  de  choses  qui , 
peut-être,  aurait  prévenu  tous  ses  mal- 
îieurs.  A  la  fin  de  i56i,  Paul  de 
Foix  fut  envoyé  en  Angleterre ,  où 
il  demeura  quatre  ans.  11  y  rendit  à 
k  religion  catholique  les  services 
que  permettaient  les  circonstances, 
fournit  au  roi  les  moyens  de  retirer  le 
Havre  des  mains  des  Anglais,  et  enipêi 
cha  qu'on  ne  leur  rendît  Calais.  Au 
retour  de  cette  légation  ,  Charles  IX  le 
fit  conseiller  d'état,  et  le  dépêcha  vers 
ïa  répub'ique  de  Venise,  de  laquelle  il 
obtint  le  prêt  d'une  somme  de  cent  mille 
ccus  d'or  ,  qui  vinrent  fort  à  propos 
pour  satisfaire  les  reitres,  ces  troupes 
ïie  voulant  pas  sortir  de  France  sans 
avoir  été  payées.  C'est  pendant  cette 
ambassade  de  Venise  que  Montaigne 
dédia  à  Paul  de  Foix,  qu'il  avait  en 
grande  estime  ,  un  pelit  poëme  de  la 
Boétie,  imprime  depuis;  et  c'est  à 
son  retour  que,  pour  le  réconipenser 
de  si  bons  services,  le  roi  le  nomma 
conseiller  d'honneur  au  parlement  de 
Paris.  Peu  de  temps  après  ,  il  le  ren- 
voya en  Angleterre.  L'objet  de  cette 
nouvelle  mission  était  de  négocier  le 
mariage  du  duc  d'Anjou  avec  la  rciue 


FOI 

Elisabeth,  et  de  faire  adoucir,  s'il  le 
pouvait,  le  sort  de  Marie  Stuart,  que 
cette  princesse  retenait  en  j)rison.  Oq 
sait  que  ni  ce  mariage ,  ni  celui  du  duc 
d'Alençon  proposé  ensuite  ,  n'eurent 
lieu  ,  et  qu'il  ne  fut  pas  plus  heureux 
sur  ce  qui  concernait  Marie.  C'est 
Paul  de  Foix  qui  ,  en  iSyS,  compli- 
menta les  ambassadeurs  polonais  , 
venus  pour  annoncer  au  duc  d'An- 
jou son  élection  au  royaume  de  Po- 
logne ,  et  qui  ensuite  fut  envoyé  pour 
remercier,  au  nom  du  roi  Charles  IX, 
les  puissances  qui  l'avaient  fait  com- 
plimenter sur  cette  élection.  Paul  de 
Foix  devait  d'abord  aller  en  Italie  et 
à  Rome,  passer  de  là  en  Allemagne, 
et  enfin  se  rendre  à  la  cour  du  nouveau 
roi  de  Pologne.  La  députation  près 
du  pape  ne  laissait  pas  d'avoir  sa  dif- 
ficulté. On  était  prévenu  à  Rome  con- 
tre Paul,  à  cause  de  l'accusation  d'hé- 
résie de  laquelle  cette  cour  ne  le  croyait 
pas  suffisamment  purgé.  Néanmoins  il 
se  mit  en  route.  Jacques-Auguste  de 
Thou  ,  qui  n'avait  que  20  ans  alors, 
et  qui  était  curieux  de  voir  l'Italie,  vint 
le  joindre  à  Gien.  Il  rend ,  dans  les 
Mémoires  de  sa  yie^  un  compte, 
fort  détaillé  de  ce  voyage.  Nous  y 
voyons  qu'aucun  temps  n'y  était 
ixerdu  pour  l'instruction.  Paul  de  Foix 
à  cheval  avait  à  ses  côtés  Arnauldd'Os- 
sat,  depuis  cardinal,  qu'il  avait  pris 
pour  secrétaire,  lequel,  dans  le  che- 
min, lui  expliquait  Platon.  Arrivé  à 
l'auberge,  Paul,  pendant  qu'on  ap- 
prêtait le  repas,  se  faisait  lire  par 
François  de  Choesne  son  lecteur,  les 
Paratitles  sur  le  Digeste  ,  deCujas, 
celui  des  jurisconsultes  qu'il  estimait  le 
plus  (i).  Paul  prenait  ensuite  la  peine 
de  les  expliquer  avec  étendue.  Après 
avoir  rempli  sa  mission  près  des  di- 


(1)  Cujas  faiïftit  «iisii  grand  cas  de  Paul  d« 
Foix.  C'est  «ur  sa  demande  «jn'il  entreprit  les  /*«- 
mtiUet  jurlo  Cçdcy  Cl  Jl  te»  loi  dédia. 


FOI 

verses  puissances  d'Italie,  visite'  les 
savants  et  les  personnages  illustres 
qui  se  trouvaient  dans  les  différentes 
•villes,  et  s'être  assuré  qu'il  serait  bien 
reçu  du  pape ,  Paul  de  Foix  se  rendit 
à  Korae,  et  fut  admis  à  l'audience  de 
Sa  Sainteté;  mais  on  l'engagea  à  con- 
sentir à  la  révision,  devant  une  con- 
grégation de  cardinaux  ,  de  son  }»ro- 
ccs  terminé  il  y  avait  plus  de  douze 
«os,  et  sur  lequel  il  était  d'autant  plus 
«jtrange  qu'on  revînt ,  que  df^puis  il 
avait  rendu  d'éminents  services  à  la 
religion  catholique  ;  et  Charles  IX 
avait  fait  prévenir  le  pape  qu'on  ne 
devait  avoir  aucun  doute  sur  sa  catho- 
licité. 11  eut  la  complaisance  de  se  prê- 
ter à  cette  mesure  ;  on  oserait  presque 
dire  l'imprudence ,  si  pour  l'y  déter- 
miner ,  on  n'eut  eu  l'adresse  de  lui 
faire  entendre  que  ce  n'était  qu'une 
affaire  de  forme,  et  si  d'ailleurs  la 
promesse  que  lui  avait  faite  le  cardinal 
d'Armagnac ,  qu'il  avait  vu  en  passant 
à  Avignon  ,  de  lui  résigner  l'archevê- 
ché de  Toulouse  et  d'autres  bénéfices 
considérables,  ne  l'eût  en  quelque 
sorte  mis  dans  la  nécessité  de  paraître 
ne  point  craindre  cette  révision.  L'af- 
faire prit  une  tournure  à  laquelle  il 
était  loin  de  s'attendre.  Ennuyé  des 
longueurs  et  des  dégoûts  qu'on  lui 
faisait  éprouver,  il  saisit  l'occasion  de 
k  mort  de  Charles  IX  pour  quitter 
Rome  et  aller  au  devant  du  nouveau 
roi,  11  y  revint  quelque  temps  après, 
par  ordre  de  Henri  llï,  pour  remer- 
cier le  pape ,  de  la  part  de  ce  prince  , 
de  l'honneur  qu'il  lui  avait  fait  de  lui 
envoyer  un  légat  pour  le  complimen- 
ter sur  son  avènement  à  la  couronne 
de  France.  Paul  ne  demeura  à  Rome 
que  le  temps  nécessaire  pour  s'acquit- 
ter de  cette  commission.  Il  revint  en 
France,  et  continua  d'y  être  employé 
dans  des  affaires  cl  des  négociations 
importantes.  Il  retourna  à  Vxquiq  eu 


FOÏ  1S7 

1 575,  en  qualité  d'ambassadeur. L'an- 
née suivante,  Henri  m  l'envoya  en  ^ 
Guienne,  vers  le  roi  de  Navarre, 
depuis  Henri  IV,  pour  le  détacher  du 
parti  des  Huguenots  ,  et  l'engager  à 
changer  de  religion  ;  et  quoique  Paul  ne 
réussît  pas  dans  sa  mission,  il  s'acquit 
la  confiance  de  ce  prince.  Il  eut  beau- 
coup de  part  à  l'édit  de  pacification  / 
et  fut  l'un  des  commissaires  nommés 
pour  son  exécution.  Le  roi  lui  donna, 
en  1578,  l'ordre  d'accompagner  Ca- 
therine de  Médicis,  sa  mère,  dans  un 
voyage  qu'elle  fit  en  Guienne ,  et  il 
reçut  d'elle  la  charge  d'y  traiter  di- 
verses grandes  affaires.  11  signala  dans 
cette  province  son  zèle,  pour  la  foi 
catholique.  11  y  fit  relever  les  autels, 
et  rétablit  le  culte  dans  beaucoup  d'en- 
droits où  il  avait  été  aboli.  La  reine 
l'ayant  congédié  à  Lyon  ,  comme  elle 
retournait  à  la  cour,  Paul  de  Foix: 
partit  de  cette  ville  pour  Rome ,  ou 
l'appelaient  ses  propres  affaires.  Le 
cardinal  d'Armagnac  lui  avait  fait  les 
résignations  promises,  et  il  lui  fallait 
des  bulles.  Le  procès  commencé  à 
Rome  en  1574,  n'était  point  encore 
jugé.  Il  paraît  qu'il  ne  le  fut  qu'en  1 58'2 
ou  85,  et  qu'alors  les  bulles  furent  ex- 
pédiées. Des  1  58i ,  pendant  que  Paul 
de  Foix  était  à  Rome  sans  caractère  , 
Henri  111,  par  une  dépêche  du  ii 
mai,  l'y  avait  nommé  son  ambassadeur 
ordinaire.  C'était  Grégoire  Xlll  qui 
alors  était  assis  sur  le  trône  pontifical. 
Paul  s'acquitta  de  sa  nouvelle  mission 
d'une  manière  digne  de  sa  haute  re- 
nommée, et  justifia  la  confiance  du 
monarque  en  se  rendant  agréable  au 
pontife  et  à  sa  cour.  C'est  au  milieu 
de  ces  occupations  et  des  projets  qu'il 
formait  pour  l'avantage  du  diocèse 
qu'il  était  appelé  à  gouverner,  qu'il 
tomba  malade.  Quoiqu'incommodé  uu 
jour  de  fête  solennelle,  il  voulut  diie 
la  messe.  Il  se  trouva  plus  indisposé 


i5Fî  fOÎ 

à  l'autel.  On  fut  oblige  de  rempoilcr. 
8a  santc  commençait  à  se  remettre, 
lorsqu'un  Français  vint  lui  demander 
quelque  service;  il  ne  voulut  point 
le  refuser.  11  sortit  pour  le  satisfaire, 
et  revint  chez  lui  épuise  de  fatigues  j 
sa  maladie  le  repiit,  et  dura  peu  : 
il  mourut  dans  de  grands  sentiments 
de  piëlc  ,  à  la  fin  de  mai  i  584  ?  "'<-'- 
tant  âge  que  de  56  ans  ;  il  fut  inhumé 
dans  regli5c  de  Saint-Louis,  où  Mu- 
ret ,  qui  lui  avait  toujours  élc  fort  atta- 
ché, prononça  en  latin  son  oraison 
funèbre.  Grégoire  XI  H,  qui  se  propo- 
.sait,  dit-on  ,  de  le  décorer  de  la  pour- 
pre romaine  ,  honora  sa  mort  de  son 
éloge  cl  de  ses  larmes.  Paul  de  Foix 
joignait  au  zèle  de  la  religion  une  sage 
tolérance  ,  vertu  rare  dans  ces  temps- 
là.  Jamais  vie  ne  fut  plus  occupée,  ni 
occupée  plus  utilement  que  la  sienne. 
Jamais  homme  ne  fut  d'un  commerce 
dont  on  pût  tirer  plus  d'avantage  pour 
le  cœi'.r  et  pour  l'esprit.  C'est  le  té- 
moignage que  lui  rend  de  Thon  :  «  Je 
ne  le  quittais  jamais,  dit-il,  sans  me 
sentir  meilleur  et  plus  disposé  à  pra- 
tiquer la  vrrtu.  »  Auger  de  Mauléon  a 
publié  les  Lettres  de  Messire  Paul 
de  Foix ,  archevêque  de  Toloze  et 
ambassadeur  pour  le  roi  auprès 
du  pape  Grégoire  XIII ,  au  roi 
Henri III y  vol.  in-4 '.  P^ris,  1628.  Ces 
lettres,  au  nombre  de  cinquante-sept, 
offrent  la  correspondance  de  Paul  avec 
le  roi ,  pendant  sa  dernière  ambas- 
.sade ,  depuis  le  ag  mai  i  58 1  jusqu'au 
4  novembre  i58'2.  Une  sorte  de  res- 
semblance de  style  dans  ces  lettres  et 
celles  de  d'Ossat  dont  Mauléon  est 
aussi  l'éditeur ,  lui  a  fait  croire  qu'elles 
avaient  été  écrites  ou  au  moins  retou- 
chées par  d'Ossat;  M.  de Foix, dit-il, 
n'y  ayant  fourni  que  l'étoffe  à  laquelle 
puis  après  M.  d'Ossat  son  secré- 
taire auroit  donné  la  façon.  Ce  ju- 
gement n'a  point  paru  fondé  à  de  bous 


FOI 

critiques;  et  Secousse,  à  qui  on  doit  un' 
excellent  mémoire  sur  Paul  de  Foiss 
(  Acad.  des  Inscr.  XVH  ,  620  ),  esD 
d'une  opinion  absolument  contraire:  W 
est  bien  plus  naturel,  en  effet,  que  d'Os- 
sat ,  ayant  écrit  pendant  vingt  ans  sous 
la  dictée  de  Paul  dont  il  était  le  secré- 
taire ,  «  se  soit  formé  sur  la  manière 
de  son  maître  ,  que  d'imaginer  qtnmt 
ministre  qui  avait  beaucoup  d'espriC 
et  de  connaissances  ,  ait  emprunte^ 
d'un  homme  beaucoup  plus  jeune  qu»> 
lui ,  la  forme  de  ses  dépêches.  »  Le^ 
père  Lclong  est  du  même  sentiment.- 
(  Bibl.  hist.  de  la  France,  n".  3o,2o4  ). 
Mauléon  a  traduit  en  français  la  ha^ 
rangue  funèbre  prononcée  par  Muret,' 
de  laquelle  nous  avons  parlé,  et  Ta 
mise  à  la  tête  de  son  édition  des  Lettres^ 
de  Paul  de  Foix.  L — y. 

FOIX  (Ft\ANçois  de),  en  latin  Flus-^ 
sas,  duc  de  Caudale  {  Tojez  Cats" 
dale),  commandeur  des  ordres  du 
roi,  embrassa  l'éîat  ecclésiastique,  et 
fut,  eu  I  S-jo  ,  nommé  évêque  d'Aire 
en  Gascogne.  11  mourut  à  Bordeaux, 
le  5  février  i594,  dans  sa  quatre- 
vingt-dixième  année.  Il  avait  fonde 
dans  cette  ville  une  chaire  de  géomé- 
trie ;  et,  par  une  de  ses  dispositions, 
nul  ne  pouvait  être  admis  au  concours 
qu'après  avoir  subi  un  examen  parti- 
culier sur  les  corps  réguliers,  disposi- 
tion qui  était  encore  observée  en  1 7 1  o. 
François  de  Foix  a  donné ,  avec  le  se- 
cours de  Joseph  Scaliger,  une  éditiort 
grecque  et  latine  du  Pimandre  d'Her-i 
mes,  Bordeaux,  i574,  in  4'^-(0  I^ 
traduisit  ensuite  cet  ouvrage  en  fran-"* 
çais,  Bordeaux,  i574,in-8'.;  \^19* 
in- fol.  Cette  version  est  peu  estimée  , 
l'auteur  ne  paraissant  guère  versé  dans 


(1)  La  première  éfJition  de  cet  ancien  oiivraçr 
philo»ophiquc  ,  attribué  a  Hermès  ou  Mercur* 
irismégiste  ,  mais  que  Ton  croit  composé  dans  1« 
deuxième  sièi  le  de  l'ère  vulgaire  ,  avait  paru  en 
latin  seulement, ffréviic,  x^-ji  .ïn-t^".  {rof.  Ft- 
eiMo.) 


FOI 

la  pLilosopliie  des  anciens  Egyptiens. 
En  i566,  il  avait  fait  imprijner  un'e 
édition  latine  des  Eléments  d'Euclide 
{Voyez  Euclide),  augmentée  d'un 
seizièine  livre  suries  corps  réguliers  , 
et  sur  ceux  qu'il  nomme  régnlièremeut 
irreguliers.  Il  reproduisit  cette  édition, 
en  y  ajoutant  deux  autres  livres  sur 
le  même  sujet,  Paris,  1578,  1602, 
in-fol.  Les  travaux  de  François  de 
Foix  sur  Euclide  ne  sont  guère  plus 
estimes  que  sa  traduction  du  Piman- 
dre.  Z. 

FOiX  (Louis  de),  architecte,  ne 
à  Pans  dins  le  16°.  siècle,  habita 
longtemps  l'Espagne  ,  où  ses  talents 
furent  connus  et  employés.  On  croit 
qu'il  eut  1j  direction  des  travaux  de 
l'Escurial  ;  mais  on  ignore  la  part  qu'il 
a  pu  avoir  à  cet  immense  bâtiment , 
auquel  tant  d'artistes  italiens  et  espa- 
gnols ont  travaillé.  Il  eut  l'avantage 
d'être  connu  de  l'infant  don  Carlos  , 
qui  lui  fît  part  des  inquiétudes  que  lui 
donnait  la  jalousie  de  son  père,  et  du 
projet  qu'il  avait  formé  de  s'enfuir  dans 
les  Pays-Bas.  De  Foix  trahit  indigne- 
ment la  confiance  de  ce  malheureux 
prince  (  Foj  Don  Carlos ,  tora.  Vil , 
pag.  iSg),  et  contribua  à  le  faire  arrê- 
ter. Il  parait  qu'il  n'obtint  pas  de  Phi- 
lippe il  la  récompense  qu'il  atleridait 
pour  ce  service ,  puisqu'il  revint  en 
France  peu  de  temps  après  la  mort 
tragique  de  l'Infant.  Il  fut  chargé  ,  en 
1679,  des  travaux  du  port  de  Baïonne, 
combla  l'ancien  canal  de  l'Adour  et  en 
fit  creuser  un  nouveau.  C'est  le  même 
artiste  qui  a  fait  construire  la  tour  de 
Cordouan  ,  à  l'embouchure  de  la  Gi- 
ronde. Gf  t  édifice,  qui  sert  de  phare 
aux  navigateurs ,  fut  commencé  en 
1 584  "t  terminé  en  1610.  La  hauteur 
en  est  de  cent  soixante  pieds.  On  ne 
conçoit  pas ,  dit  Miiizia  ,  que  Ton  se 
soit  plu  à  entasser  toutes  les  richesses 
àe  l'architecture  et  de  la  sculpture 


FOI  i59 

dans  un  lieu  presque  inaccessible.C'est, 
ajoutet-il ,  comme  .si  l'on  plaçait  dans 
un  grenier  à  foin  les  chefs-d'œuvre  du 
Corrège.  W — s. 

FOIX  (Marc-Antoine  de  ),  jésuite, 
tt  homme  d'un  esprit  supéiituret  fort 
distingué  dans  sa  compagnie  w  ,  dit 
l'abbé  Goujet ,  naquit  en  i6'27  ,  au 
château  de  Fabas  ,  dans  le  diocèse  de 
Gouserans.  Son  père ,  Nicolas  de  Foix , 
descendait  des  comtes  de  Fabas  ,  fa- 
mille considérable  ,  et  qui  se  préten- 
dait issue  des  comtes  de  Foix ,  dont 
elle  portait  le  nom  et  les  armes.  Marc- 
Antoine  de  Foix.  entré  au  noviciat 
des  jésuites,  en  i645 ,  devint  un  théo- 
logien habile  ,  cultiva  les  lettres  avec 
succès  et  se  fit  un  nom  parmi  les  pré- 
dicateurs. Il  joignait  à  une  manière  de 
s'exprimer  noble  ,  élégante  et  persua- 
sive, la  connaissance  du  cœur  humain  ; 
et  ces  avantages ,  si  nécessaires  à  un 
prédicateur,  se  trouvaient  chez  lui  re- 
levés par  deux  autres  ,  qui  ne  con- 
tribuent pas  moins  à  faire  impression 
sur  un  auditoire,  une  belle  figure  et 
une  physionomie  imposante.  Em- 
ployé dans  le  gouvernement  de  son 
ordre,  le  P.  de  Foix  y  occupa  les  places 
honorables  de  recteur  et  de  provincial. 
C'est  dans  le  cours  des  visites  qu'il  fai- 
sait en  cette  dernière  qualité ,  qu'il 
mourut  au  collège  de  Billon  ,  vers  le 
milieu  du  mois  de  juin  de  l'an  1687. 
On  connaît  de  lui  les  ouvrages  sui- 
vants :  \.Uu4rt  de  prêcher  la  parole 
de  Dieu  ,  contenant  les  règles  de 
V éloquence  chrétienne ,  Paris ,  1 687, 
in- 12.  L'abbé  Goujet,  dans  le  2".  vol. 
delà  Bibliothèque  française  ,  pag.  72 
etsuiv. ,  en  donne  une  analyse  éten- 
due. Suivant  ce  critique  «  l'ouvrage  du 
P.  de  Foix  est  bien  écrit  ,  solide, 
approfondi.  On  y  reconnaît,  dit-il  , 
l'homme  d'esprit ,  le  savant  poli  et 
versé  dans  la  littérature  sacrée  et  pro- 
fane. Le  livTe  est  plein  d'exccDcntcs 


i4o  FOI 

réflexions  ;  mais  il  y  a  trop  de  répé- 
titions et  sur-tout  trop  de  digressions.» 
L'auteur  pense  qu'où  ne  peut  fnire  de 
bonsscrmonssurlaprëde  tiuafiou,sur 
l'existence  de  Dieu  ,  sur  l'immoi  talite 
de  l'ame,  quoique  d'ailleurs  il  avoue 
que  ces  grandes  vërile>  sont  l^s  fon- 
dements et  les  principes  de  la  morale 
chrétienne.  II.  UArt  d'élever  un 
"prince  ,  1687  ,  in-4\  ,  réimprimé  eu 
i(i88,  sons  le  titre  de  \^Art  déformer 
Vespril  et  le  cœur  d'un  prince , 
3  vol.  in-i2  ,  que  l'abbé  Goujet  croit 
être  du  P.  Gisbert,  aussi  jésuite.  Ou 
l'attribua  d'abord  au  marquis  de  Var- 
des,  puis  à  d'autres  personnes.  Le 
père  de  Foix  venait  de  mourir  quand 
il  parut ,  et  n'était  plus  en  pouvoir 
d'en  réclamer  la  propriété.  Les  Mé- 
moires de  Trévoux ,  composés  par  ' 
des  jésuites  ,  ne  décident  rien  sur  le 
réritable  auteur  de  ce  livre.  Cependant 
Moréri  nous  apprend  que  le  P.  Lom- 
bard, aussi  jésuite,  attribuait  l'y/ri 
a'élever  un  prince  au  P.  de  Foix  ,  et 
avait  rassemblé  des  preuves  de  nature 
à  lever  toute  incertitude  à  ce  sujet. 
Quoi  qu'il  en  soit,  il  paraît  que  ,dans, 
cet  ouvraj^e,  à  de  très  bonnes  choses, 
sont  mêlées  beaucoup  de  trivialités, 

L Y. 

FOIX.  ^o/.Chateaubriand,  Laut 
TREc,  Lesçun,  Lesparre  ,  Saint- 
Foix. 

FOL  ARD  (  Jean-Charles  de  ) ,  né 
à  Avignon,  le  i3  février  1669,  d'une 
famille  noble  et  fort  nombreuse,  mais, 
dénuée  de  fortune ,  montra  dès  l'en- 
fance un  goût  très  vif  pour  les  armes. 
Ce  goût  se  développa  d'une  manière 
extraordinaire  par  la  lecture  des  Com- 
mentaires de  César,  qu'il  reçut  en  prix 
à  l'âge  de  quinze  ans.  A  peine  avait-d 
atteint  sa  seizième  année ,  qu'il  s'é- 
chappa de  la  maison  paternelle  pour 
s'engager  dans  une  compagnie  d'in- 
fanterie qui  passa  par  Avignon.  Arrête' 


FOL 

peu  de  temps  après ,  sur  la  demande 
de  son  père ,  il  fut  enfermé  dans  un 
couvent,  d'où  il  s'échappa  de  nouveau 
à  l'âge  de  dix  huit  ans,  pour  prendre 
le  mousquet  dans  le  régiment  de  Berri. 
Sa  conduite  autant  que  sa  naissance 
l'ayant  bientôt  fait  distinguer,  il  obtint 
une  sous-!ic(itcnancej  et  ce  fut  dans  ce 
grade  qu'il  vit  la  guene  pour  ia  pre- 
mière fois  en  1 688.  Il  la  vit  d'autant 
mieux  pour  son  instruction,  qu'il  fut 
employé  dans  un  corps  de  partisans. 
On  sait  que  c'est  la  meilleure  école  des 
grandes  opérations.  Ainsi  Folard  eut 
dès-lors  occasion  d'observer,  avec  beau- 
coup d'avant. ges,  les  parties  les  plus 
importantes  de  l'art  militaire. Sans  cesse 
occupé  de  6'instruire,c'étaiten  lisant  les 
relations  des  guerres  précédentes  qu'il 
parcourait  les  contrées  qui  en  avaient 
été  le  théâtre.  Il  examinait  tous  les 
passages ,  les  moyens  d'attaque  et  de. 
défense,  reconnaissait  les  positions, 
levait  des  plans ,  des  cartes ,  et  pré- 
parait ainsi  les  matériaux  de  ses  volu- 
mineux écrits.  Ce  fut  dans  ce  temps-là 
qu'il  fit  un  petit  Traité  de  la  Guerre, 
de  Partisan  y  qui  n'a  jamais  été  im- 
primé ,  mais  que  le  maréchal  de  Bel- 
lisle  a  possédé  long-temps  manuscrit. 
Le  marquis  de  Guébrianl,  colonel  du 
régiment  de  Berri,  prit  beaucoup  d'in- 
térêt à  Folard,  et  lui  fit  obtenii'  une 
Ijeutenance  dans  son  régiment.  Ce 
corps  reçut ,  aussitôt  après ,  Tordre  de 
se  rendre  à  Naples  ;  et  ce  fut  dans 
cette  longue  marche ,  qu'ayant  vu  que 
les  ennemis  recevaient  leurs  vivres  et 
leurs  munitions  par  mer,  Folard  con- 
çut l'idée  d'enlever  le  poste  de  la  Mc- 
sola,  qui  protégeait  le  débarquement 
des  convois  :  il  remit  un  plan  à  M.  do 
Guébriant ,  et  ce  plan  fut  eijvoyç  à  la 
cour,  qui  l'approuva;  ujais  elle  char-, 
gea  un  autre  officier  de  l'exeVuler,  et 
l'auteur  resta  ignoré.  Le  duc  de  Ven-» 
dôme,  informé  de  celle  injustice,  nom«< 


FOL 

ma  Folard  son  aide-decamp,  et  lui  fit 
obtenir  le  grade  de  capitaine.  Après  lui 
avoir  donné  des  preuves  d'une  grande 
confiance ,  ce  prince  ne  le  cédn  qu'avec 
peine  à  son  frère  le  grand-prieur,  qui 
commandait  en  Lombar^lie.  Fol  «rd 
renfîit  d'importants  services  à  ce  gé- 
néral; mais  son  talent,  et  suriout  sa 
franchise,  lui  firent  beaucoup  d'mne- 
mis  dans  l'état-wajor.  Ce  fut  à  la  prise 
des  postes  de  Rovire,  d'Ostiglia,  et 
principalement  à  la  défense  de  la  Cas- 
sine  de  la  Bouline,  qu'il  fit  remarquer 
ses  talents  et  sa  valeur.  C'était  par 
ses  avis  que  le  grand- prieur  avait  fait 
occuper  ce  poste  important  ;  et  Folard 
était  allé  y  faire  des  dispositions  par 
les  ordres  de  ce  général,  lorsqu'un 
corps  nombreux  de  l'armée  du  prince 
Eugène  se  présenta  pour  s'en  emparer. 
Les  préparatifs  de  défense  n'étaient 
pas  achevés,  et  la  garnison  était  peu 
nombreuse;  cependant,  encouragée 
par  Folard,  elle  soutint  avec  une  rare 
valeur  les  attaque*  réitérées  des  Im- 
périaux. Ceux-ci  pénétrèrent  dans  l'in- 
térieur de  la  Cassine,  à  plusieurs  re- 
prises, et  toujonrs  ils  en  furent  repous- 
sés par  l'intrépidité  des  Français  que 
dii  igeait  Folard.  Cette  brillante  affaire 
lui  valut  la  croix  de  S.  Louis.  11  en 
a  rapporté  les  détails  dans  les  notes  de 
son  5".  volume  de  Polybe;  et  son  récit 
a  été  cité  pa  r  tous  les  écrivains  militaires 
comme  une  des  meilleures  leçons  que 
l'on  puisse  offrir  sur  la  défense  des 
postes  de  campagne.  Revenu  auprès 
du  duc  de  V«  ndôme,  Folard  ne  lui  fut 
pas  moins  utile  qu'à  son  frère  par  sa 
présence  d'esprit,  et  par  les  bons  avis 
qu'il  lui  donna  principaleiuent  à  la 
bataille  de  Cassano,  où  il  reçut  deux 
blessures  graves.  Celte  bataille,  re- 
marquable par  de  grands  efforts  de  la 
part  des  doux  partis ,  par  des  mouve- 
ments de  tous  les  genres,  et  par  des 
résultats  incertains,  frappa  vivement 


FOL  i4ï 

l'imagination  de  Folard.  On  préfend 
que  ce  fut  au  milieu  des  souffrances 
que  lui  causèrent  ses  blessures ,  qu'il 
conçut  son  système  des  colonnes  et 
de  l'ordre  profond.  Vendôme  étant 
allé  en  Flandre  peu  de  temps  après 
la  bataille  de  Cassano,  Folard,  qui 
lui  était  très  attaché,  voulut  en  vaiu 
l'accompagner  :  il  fut  retenu  à  l'arinée 
d'Italie  par  les  ordres  du  duc  d'Or- 
léans ,  qui  vint  en  prendre  le  com- 
mandement. La  confiance  que  ce  prince 
lui  montra ,  et  la  liberté  avec  laquelle 
Folardcontinua  de  direson  opinion,  lui 
firent  encore  une  fois,  dans  l'état-major, 
des  ennemis  dangereux.  On  voit  dans 
une  note  de  son  Polybe,  que  ce  fut  par 
leurs  insinuations  qu'il  eut  ordre  d'.U- 
ler  s'enfermer  dans  Modcne.  On  crai- 
gnait que  cette  ville  ne  fût  attaquée; 
et  elle  se  trouvait  commandée  par  un 
nommé  de  Bar,  sur  lequel  il  était  im* 
possible  de  compter.  Cet  homme  vil, 
bien  décidé  à  rendre  la  place  à  la  pre- 
mière sommation  ,  se  trouva  dans  une 
opposition  manifeste  avec  le  chevalier 
de  Folard ,  qui ,  selon  sa  coutume ,  était 
bien  déterminé  à  faire  son  devoir.  On 
lit  dans  son  Traité  de  la  Défense  des 
places  un  fort  long  récit  des  indigni- 
tés qu'il  eut  à  essuyer  de  la  paît  de 
ce  lâche  gouverneur.  Ce  misérable  alla 
jusqu'à  attenter  à  ses  jours;  et  un  tel 
crime  resta  impuni ,  quoique  Folard 
l'ait  dévoilé  sans  ménagement.  Ce  fut 
avec  bien  de  la  joie ,  qu'aussitôt  après 
la  capitulation  de  Modcne,  il  put  enfin 
se  rendre  aux  ordres  du  duc  de  Ven- 
dôme, qui  l'appela  auprès  de  lui.  Il 
passa  par  Versailles,  et  se  présenta  au 
roi ,  qui  le  reçut  très  bien  et  lui  accorda 
•  une  pension  de  4oo  fr.  Dès  qu'il  fut 
arrivé  à  l'armée  de  Flandre,  Folard  dé- 
cida le  duc  de  Bourgogne  à  attaquer  l'île 
de  Cadsant.  Cette  entreprise  réussit 
au-delà  de  toute  espérance,  et||ksoa 
auteur  fut  nommé  commandant  de  U 


1^2  FOL 

place  de  Ij^lliague.  Le  jeune  prince, 
qui  avait  d'abord  apprécie  les  avis  du 
chevalier,  en  fit  ensuite  aussi  peu  de 
ca?  que  de  ceux  du  duc  de  Vendôme 
{f^oj\  Vendôme);  et  il  persista,  mal- 
i;re  ses  avis,  à  rester  dans  l'inarlion 
devant  le  prince  Eugène,  qui  s'em- 
parait de  Lille.  Les  conseils  que 
Folard  donna  au  maréchal  de  Villars 
^îour  le  secours  de  Mons,  ne  furent 
pas  plus  écoutés.  Cependant  ,  ses 
services  étaient  de  jour  en  jour  plus 
reconnus  et  mieux  appréciés  à  la 
cour.  Ce  fut  à  cette  époque  que  le 
ministre  lui  envoya  une  seconde  pen- 
.sion  de  600  fr.  Cette  nouvelle  faveur 
était  d'autant  plus  méritée,  qu'il  ve- 
jiait  d'être  blessé  encore  une  fois  d'une 
manière  très  grave  à  la  bataille  de  Mal- 
plaquet.  Redoublant  alors  de  zèle  et 
d'activité,  mais  ne  pouvant  prendre 
part  aux  mouvements  de  l'armée,  il 
les  suivait  sur  la  carte  et  dans  son  ima- 
gination, rêvant  sans  cesse  des  plans 
et  des  opérations,  et  envoyant  toutes 
ses  idées  aux  généraux.  Un  jour  il  se 
fit  porter  sur  un  brancard  chez  le  ma- 
réchal de  Boufflers ,  pour  lui  donner 
un  avis  qui  ne  fui  point  écouté.  On  seni 
qu'un  pftreil  zèle  fut  souvent  indiscret, 
et  que  de  semblables  manières  durent 
quelquefois  nuire  aux  meilleures  ob- 
servations. Ce  fut  aiusi  que  M.  de 
JVIontesquiou  repoussa  un  avis  que  lui 
donna  Folard  sur  la  mauvaise  position 
qu'il  occupait  en  avant  de  Douai.  Ce 
j^énéral  ne  vit  qu'après  sa  déf  lite  com- 
bien il  avait  eu  tort  de  mépriser  de 
tels  conseils.  Quelques  mois  après, 
Folard  trouva  le  maréchal  de  Villars 
plus  docile ,  et  il  eut  la  s.itisfaction  de 
voir  l'armée  se  mettre  en  mouvement, 
par  .suite  d'un  plan  qu'il  avait  remis  à 
ce  ç^énéral.  Ayant  ensuite  été  envoyé 
à  M.  de  GtJébriant ,  qui  élait  mcuacé 
d'ujMiéi^e  dans  la  place  d'Aire,  le  che- 
i.aher  fut  plis  eu  chcmiu  par  des 


FO.L 

troupes  ennemies,  qui  firent  de  vains 
efforts  pour  conu;iître  ses  instructions. 
Le  prince  Eugène  eut  recours  à  tous 
les  moyens  de  séduction  pour  le  dé- 
terminer à  passer  au  service  de  l'em- 
pereur; Folard,  inébranlable  dans  sa 
fidéhlé,  trouva  même  pendant  sa  cap- 
tivité une  occasion  de  servir  son  sou- 
verain ,  en  donnant  le  change  au 
prince  Eugène  sur  les  opérations  de 
l'armée  française.  11  reçut  alors  quel- 
ques secours  de  la  part  du  duc  de 
Bourgogne^  et  ce  prince  ne  larda  pas 
à  le  faire  échanger.  Ce  fut  à  la  même 
époque  qu'il  obtint  le  commandement 
de  la  place  de  Bourbourg ,  dont  il  a 
conservé  le  titre  et  les  appointements 
jusqu'à  sa  mort.  La  paix  qui  fut  con- 
clue en  17 1 2  l'ayant  obligé  au  repos  ^ 
il  commença  ses  Commentaires;  mais, 
se  trouvant  encore  dans  un  âge  à  ne 
pouvoir  rester  long-temps  dans  l'inac- 
tion, il  profita  des  alarmes  que  les 
Musulmans  donnèrent  aux  chevaliers 
de  Malte,  en  1714»  pour  se  rendre 
dans  cette  île  avec  une  permission  de 
la  cour.  Le  grand -maître  l'accueillit 
avec  beaucoup  d'empressement;  mais 
Folard  s'abandonna  bientôt  à  son  ca- 
ractère de  vanité  et  d'indiscrétion  en- 
vers les  ingénieurs  français  qui  étaient 
venus  ,  comme  lui ,  offrir  aux  cheva* 
liers  leurs  bras  et  leurs  conseils.  Mé- 
content de  n'avoir  pu  faire  préviloic 
sou  opinion ,  il  refusa  la  croix  de  l'oiv 
drc  qui  lui  fut  olferte  selon  l'usagé 
en  pareil  cas,  et  il  revint  dans  sa  pa* 
trie ,  où  il  ne  lui  fut  pas  encore 
possible  de  rester  .long-temps  inactify 
Le  bruit  des  exploits  de  Charles  Xl| 
retentissait  alors  dans  toute  l'Europe^ 
et  Folard  desirait  vivement  eu  être  le 
témoin.  Il  s'embarqua  sur  un  vaisseau 
qui  fit  naufrage  au  moment  de  toucher 
au  port  ;  et  après  s'être  sauvé  dans  une 
chaloupe,  il  arriva  presque  nu  à  Stock- 
holui.  Le  roi  l'accueillit  fort  \iko,  et 


FOL 

TeVoiita  parler  de  sa  tacti<(ue  avec  une 
extrême  complaisance.  On  ne  pouvait 
rien  faire  qui  fût  plus  agréahie  au  che- 
valier;  aussi  preféra-t-il  dès  le  premier 
instant  le  séjour  de  la  Suède  à  celui  de 
la  France.   11   se  rendit  néanmoins 
dans  sa  patrie  peu  de  temps  après , 
afin  d'y  concourir  aux  plans  du  baron 
de  Goërîz.  Mais  ces  pians  ayant  clé 
renversés  par  l'arrestation  du  baron 
(  Foy.  Charles  xii  et  Goertz),  Fo- 
îard  retourna  à  Stockholm ,  et  ne  tarda 
pas  à  accompagner  le  roi  de  Suède 
dans  son  expédition  de  Norvège.  11 
revint  en  France  aussitôt  après  la  mort 
de  ce  prince ,  et  il  y  fut  nommé  racstre- 
de-camp  à  la  suite  dans  le  régiment  de 
Picardie.  Ce  fut  en  celte  qualité  qu'il 
fit  sa  dernière  campagne,  en  17  19, 
dans  la  courte  guerre  que  la  France 
eut  à  soutenir  en  Espagne.  La  paix 
devint  alors  générale ,  et  Folard  se 
vit  condamné  à  un  repos  qu'il  ne  con- 
naissait point  encore.  11  ea  profita 
j^our  se  livrer  tout  entier  à  ses  tra- 
vauxlittéraires  ;  et  bientôt  il  fut  à  même 
de  présenter  au  duc  d'Orléans,  régent, 
son  livre  des  Nouvelles  Découvertes 
sur  la  Guerre,  Paris,  1724,  in- 12. 
il  cherclia  ensuite  un  cadre  où  il  lui 
fût  possible  de  réunir  les  résultats  de 
ses  longues  observations ,  et  dans  le- 
quel il  pût  surtout  faire  entrer  l'ex- 
plication de  ses  nouveaux  systèmes. 
L'Histoire  de  Polybe  lai  parut  le  sujet 
le  plus  propre  à  ses  vues.  Cet  ouvrage 
est,  sans  aucun  doute,  l'un  des  écrits 
historiques  de  l'antiquité  les  plusexacts 
et  les  plus  judicieux  sous  le  rapport 
militaire 5  ainsi  Folard  ne  pouvait  faire 
un  meilleur  choix.  Mais  ne  sachant  pas 
le  grec,  il  fut  obligé  d'en  confier  la 
traduction  à  dora  Thuiilicr,  et  il  tra- 
vailla  en  même  temps  à  ses  longs 
Commentaires,  qu'il  plaça  en  notes  et 
à  la  suite  de  chacun  des  chapitres  de 
Polvbe.  Ces  Comiacutaires  sont  d'uue 


FOL 


143 


prolixité  sans  exemple,  et  le  style  de 
l'auteur  descend  quelquefois  jusqu'à  la 
trivialité^  il  y  présente  souvent  dans 
la  même  page  les  choses  les  plus  inr 
cohérentes}  enfin  on  y  remarque  dc^ 
efforts  continuels  pour  tout  rattacher 
à  son  système  des  colonnes  et  de  l'or- 
dre profond.  Mais,  quelque  imparfait 
que  soit  l'ouvrage  de  Folard,  les  mi- 
litaires le  trouveront  utile  sous  beau- 
coup de  rapports.  A  côté  de  remarques 
judicieuses  et  de  recherches  savantes 
sur  les  guerres  des  anciens,  on  y  trouve 
des  renseignements  précieux  sur  les 
événements  dont  l'atîteur  a  été  le  té- 
moin, et  l'on  doit  regretter  que  les 
historiens  de  celte  époque  ne  l'aient 
pas  consulté  plus  souvent.  Il  explique 
les  causes  et  les  résultats  de  ces  évé- 
nements avec  une  franchise  qui  lui  fut 
souvent  nuisible,  mais  qui  sera  tou- 
jours utile  à  la  postérité.  Cette  fran- 
chise, qui  avait  mis  tant  d'obstacles  à 
son  avancement  tant  qu'il  eut  les  ar- 
mes à  la  main ,  vint  encore  s'opposer 
à  ses  projets  lorsqu'il  se  mit  à  ])u- 
blier  des  livres.  Quand  il  fut  arrivé  au 
6".  volume  de  son  Polybe ,  on  lui  dé- 
fendit de  se  livrer  aux  mêmes  discus- 
sions que  dans  les  précédents.  11  se 
plaint  amèrement  de  celte  défense  dans 
la  préface  de  ce  volume,  et  dit  qu'on 
l'a  retenu  précisément  à  l'endroit  ou 
son  auteur  devenant  plus  intéressant, 
il  allait  être  inspiré  lui-même  par  des 
événements  plus   dignes   de    remar- 
que. Folard   a  placé  en  têle  de  cet 
immense  ouvrage  son  Traité  des  Colon- 
nes et  de  l'ordre  profond,qu'il  regarde 
comme  la  base  de  toute  bonne  tacti- 
que. Cette  opinion  rencontra  alors  de 
nombreux    contradicteurs.    Le  plus 
judicieux  de  ces  critiques  était  M.  de 
Savornin  ,  général  suisse  au  service 
de  Hollande,  qui  publia  sous  le  voile 
de  l'anonyme  :  Les  Sentiments  d'un 
homme  de  guerre  sur  le  nouyean 


i44  FOL 

Sjstème  de  Folard.  Cet  auteur  est 
celui  de  ses  adversaires  que  le  cheva- 
lier traite  avec  le  plus  d'égards  dans 
les  préfaces  de  chacun  de  ses  volumes, 
dont  on  sait  qu'il  faisait  une  espèce  de 
champ  de  bataille,  où  il  attaquait  sans 
ménagement  ceux  qui  ne  pensaient  pas 
comme  lui.  La  partie  \a  meilleure 
des  Commentaires  de  Polybe  est  sans 
doute  celle  où  Folard  traite  de  la 
tactique  des  anciens,  et  surtout  de 
leur  manière  d'attaquer  et  de  défendre 
les  places.  Personne  n'avait  mieux  ap- 
profondi cette  matière;  personne  n'a- 
vait plus  médité  et  travaillé  sur  les 
instruments  de  guerre  des  peuples 
de  l'antiquité.  Il  avait  fait  construire 
une  catipulte  dont  les  expériences  le 
transportèrent  d'admiration  ;  et  il  n'hé- 
sita pas  à  dire  que  s'il  lui  était  possible 
d'attaquer,  avec  les  machines  et  les 
moyens  des  anciens,  une  place  défen- 
due par  l'artillerie  des  modernes,  il  se 
faisait  fort  de  la  prendre  en  peu  de 
temps.  On  sent  combien  une  aussi 
étrange  opinion  eût  été  difficile  à  prou- 
Ter.  Ses  idées  sur  la  stratégie  ne  sont 
pas  moins  faites  pour  étonner;  et  son 
système  des  colonnes  et  de  l'ordre 
profond  sera  a^sez  apprécié  si  l'un 
pense  que  dans  les  nombreuses  guerres 
qui  ont  eu  lieu  depuis  sa  pubhcation, 
il  n'est  pas  un  souverain  ni  un  seul 
général  qui  ait  daigne  le  mettre  en 
usage. Seulement,  il  f «ut  convenir  que 
les  aitaques  en  colonnes  serrées,  si 
généralement  et  si  heureusement  em- 
ployées de  nos  jours,  n'en  sont  qu'une 
sorte  «l'imitation.  Cetie  méthode  prou- 
ve sans  Joute  qur  l'ordre  profond  est 
souvent  le  meilleur:  m;iis  les  attaques 
en  colonnes  serrées,  par  pelotons, 
par  divisions  ou  par  baiaillons,  telles 
qu'un  les  fait  aujourd'hui,  présenlent 
dos  avantaî^es  bien  importants,  et  aux- 
quels Folrd  n'avait  pas  songé;  c'est 
de  pouvoir  se  déployer  au  besoin, 


FOL 

changer  de  front  et  de  direction  avec 
une  extrême  facilité,  enfin  passer  ra- 
pidement de  l'ordre  profond  à  l'ordre 
mince  ,  et  de  l'ordre  mince  à  l'ordre 
profond.  Folard  était  tellement  enti- 
ché de  son  système  et  de  ses  décoii* 
vertes  ,  qu'il  ne  voyait  partout  qu'or- 
dre profond  et  colonnes  d'attaques.  Il 
avait  peu  lu  la  liible  ;  un  jmr  il  se  met 
à  la  parcourir ,  et  dès  la  première  page 
il  s'écrie:  «  Savcz-vous  que  Moïse  était 
»  un  grand  capitaine?llavait  découvert 
»  ma  colonne  î  »  Le  comte  de  Saxe, 
qui  avait  connu  Folard  en  Suède,  a 
paru  faire  cas  de  ses  opinions;  et  l'on 
peut  juger  de  l'estime  que  cet  habile 
général  avait  pour  lui  par  les  Icflrei 
qu'il  lui  adressa.  On  en  trouve  quel- 
ques-unes à  la  suite  de  l'ouvrage  in- 
titulé :  Mémoires  pour  sentir  à  l'His- 
toire de  M.  le  chei^alier  de  Folard , 
-Baîisbonne( Paris),  1753,  i  vol.in-i'2. 
Folard  était  un  assez  bon  ingénieur ,  et 
il  dessinait  et  levait  fort  bitn  des  plans. 
C'est  sur  ses  dessins  que  l'abbé  Gédoyu 
a  donné  le  plan  de  difféi  entes  batailles 
dans  sa  Traduction  de  Pausanias. 
On  a  nommé  Folard  le  F é^èce  fran- 
çais ;  mais  il  eût  élé  peu  flatté  de  celle 
comparaison ,  car  il  parle  souvent  très 
mal  de  Végèce.  Comme  il  cite  un  grand 
nombre  d'anciens  auteurs,  il  a  sou- 
vent rectifié  leur  texte  alléré  par  les 
copistes,  et  il  a  quelquefois  indiqué 
des  conire-scns  dans  leurs  traductions. 
La  publication  de  son  Polybe  lui  valut 
une  grande  léputation  en  Europe,  et  cet 
ouvra^^e  le  fit  admettre  dans  la  société 
royale  de  Londres.  Le  roi  de  Prusse, 
Frédéric-le-Grand,  désira  fane  une 
expérience  de  son  système,  et  Folaid 
fut  invité  à  se  rendre  à  Berlin  pour 
en  être  le  lémuin;  mais  son  âge  ne  lui 
permit  pas  d'entreprendre  un  pareil 
voyage.  Cependant  ce  prince  faisait  1 
peu  de  cas  des  écrits  de  Folard ,  et  il  ' 
les  a  posilivcmcnt  traités  de  visions 


FOL 

et  à' extravagances  dans   plusieurs 
passages  de  sa   correspondance,  et 
surtout  dans  le  volume  qu'il  fit  im- 
primer   en    1761,   sous    ce    titre: 
1/ Esprit  du  chevalier  de  Folard , 
un  vol.  in -8°.    Frédéric  dit  dans 
Tavant-propos  de  cette  compilation  : 
«  Il  (  Folard  )  avait  enfoui  des  dia- 
»  mants  au  milieu  du  fumier;  nous 
»  les  avons  retirés.  On  a  fait  main 
»  basse  sur  le  système  des  colonnes  : 
»  on  n'a  conservé  que  les  manœuvres 
»  de  guerre,  dont  il  donne  une  des- 
»  cription  juste;  la  critique  sage  qu'il 
»  emploie  sur  la  conduite  de  quelques 
»  généraux  français ,  certaines  règles 
î>  de  tactique ,  des  exemples  de  dé- 
»  fenses  singulières  et  ingénieuses  , 
»  et  quelques  projets  qui  fournissent 
3)  matière  à  des  réflexions  plus  utiles 
«encore  que   ces  projets  mêmes.» 
Telle  était  l'opinion  du  plus  grand 
capitaine  de  son  temps  sur  les  écrits 
de  Folard.  Les  travaux  littéraires  de 
ce  tacticien  altérèrent  sa  santé  plus 
rapidement  que  n'avaient  fait  les  fa- 
tigues de  la  guerre.   En   1750,  il 
"voulut  encore  une  fois  revoir  sa  ville 
natale,  et  se  rendit  à  Avignon,  où  il 
ïnourut  le  25  mars  1752,  à  l'âge  de 
85  ans.  Ce  guerrier  n'avait  pu  s'é- 
lever au   premier  rang  de  l'armée, 
quoiqu'il  l'eût  vivemxnt  désiré.  Cepen- 
dant il  était  content  de  son  sort;  et 
avec  un  faible  patrimoine  et  quehjues 
pensions  du  roi ,  il  trouva  moyen  de 
faire  du  bien.  Ses  dernières  années  au- 
raient été  parfaitement  heureuses,  s'il 
ne  les  eût  troublées  lui-même  en  se 
jetant  à  corps  perdu  dans  une  polé- 
mique imprudente,  oii  il  donna  sou- 
vent des  armes  contre  lui  par  trop 
d'irascibilité  et  par  un  amour-propre 
excessif.  Un  autre  travers  jeta  aussi 
quelque  amertume  sur  ses  -lerriicres 
années.  S'etant  laissé  entraîner  dans 
h  parti  des  appelais ,  il  fut  signalé  par 


FOL  ï4^ 

les  pamphlétaires  du  temps  comme 
se  livrant  à  des  convulsions  de  vision- 
naire sur  le  tombeau  du  diacre  Paris. 
La  nouvelle  secte  fut  enchantée  de  pou- 
voir s'appuyer  d'un  pareil  témoignage  ; 
et  l'on  conçoit  tout  le  ridicule  qui  dut 
en  résulter  pour  le  vieux  chevalier.  Le 
cardinal  de  Fleury  en  fut  très  mécon- 
tent, et  ce  ministre  fit  donner  ordre 
à  Folard  de  s'éloigner  de  Paris.  Ce  ne 
fut  qu'à  la  prière  de  plusieurs  géné- 
raux ,  qui  firent  valoir  ses  nombreux: 
et  importants  services,  que  cet  ordre 
fut  révoqué.  Folard  avait  joui  pendant 
toute  sa  vie  d'une  sauté  très  robuste. 
Une  seule  infirmité  l'affligea  dès  sa 
jeunesse,  et  elle  ne  fit  que  s'accroître 
avec  l'âge;  c'était  une  surdité  natu- 
relle ,  et  qui  lui  fut  souvent  funeste  à 
la  guerre.  Il  était  presque  entièrement 
sourd  dans  sa  vieillesse.  Ses  opinions 
militaires ,  qui  avaient  excité  tant  de 
discussions  pendant  sa  vie ,  en  firent 
naître  de  plus  grandes  encore  long- 
temps après  sa  mort.  Son  système  des 
colonnes,  vivement  attaqué  dans  les 
Mémoires  militaires  du  colonel  Guis- 
chardt,  en  1758,  ainsi  que  dans  les 
Mémoires  critiques  du  même ,  de 
1774,  fut  défendu  avec  beaucoup  de 
chaleur  dans  les  Recherches  d*anti- 
quilés  militaires  du  chevalier  de  Lo- 
looz,  Paris,  1770;  et  d'une  manière 
encore  plus  positive,  dans  un  autre 
volume  publié  par  le  même  auteur  en 
1776,  sous  le  litre  de  Défense  du 
chevalier  Folard.  V Histoire  de  Pc* 
Vyhe  y  avec  les  commentaires  ,  impri- 
mée d'abord  à  Paris,  en  6  vol.  in  4  '.^ 
i7'27  à  17^0,  le  fut  ensuite  à  Ams- 
terdam, 1755,  7  vol.  in^".  Le  sep- 
tième volume  est  un  supplément  qui 
ne  se  trouve  pasdatisi'étlilionde  Pari§. 
Il  contient:  (.  Les  Nouvelles  décoU" 
vertes  sur  la  guerre   IL  Lettre  criti^ 
que  d'unofficier  hollandais  {Ti-r>on), 
llï.   Sentiments    d'un    homme   do. 

10 


i46  FOL 

guerre  (SaiVOYnm  )  siirle système  mi' 
lilaire  du  chevalier  de  Folard.  IV. 
Réponse  de  Folard  à  ces  criliques.  Les 
Commentaires  sur  Poiybe  ont  été' 
abrégés  et  imprimés  séparément  par 
Chabot,  5  vol.  in-4°-5Pûris,  1757. 
Ou  en  connaît  deux  traductions  alle- 
mandes, Tune  imprimée  à  Berlin  et 
l'autre  à  Vienne.  Les  observations  sur 
Ja  bataille  de  Zama  et  sur  l'Histoire 
d'Epaminondas ,  qui  avaient  été  pu- 
bliées séparément  en  \y^  et  1739, 
font  partie  des  Commentaires  sur 
jPoIjhe;  et  l'auteur  a  aussi  jéuni  à 
ces  Commentaires  son  Traité  de  la 
colonne,  ainsi  que  celui  de  l'attaque 
et  de  la  défense  des  places.  Oa  a  en- 
core de  Folard  :  Fonctions  et  devoirs 
d'un  officier  de  cavalerie,  Pa ris,  1 7  3 3 , 
in-i2.  —  Son  frère  (  Melchior ),  jé- 
suite, né  à  Avignon  en  i683,  mort 
dans  la  même  ville  le  19  février 
1 709,  professa  la  rhétorique  à  Lyon , 
et  fut  membre  de  l'académie  de  celte 
ville.  Il  a  composé  plusieurs  tragédies 
médiocres,  dont  deux  ont  été  impri- 
mées à  Lyon ,  savoir  :  OEdipe,  en  1 7  22, 
€l  Thémistocle,  en  1729.  Un  des 
neveux  du  chevalier  fut  ministre  de 
France  à  la  diète  de  Ratisbonne,  et 
envoyé  extraordinaire  auprès  de  l'é- 
lecteur de  Bavière  en  1755.  M— d.  j. 
FOLCHEK  (Jean),  théologien, 
né  à  Calmar  en  Suède ,  vers  la  fin  du 
dix-septième  siècle,  ayant  fait  ses  étu- 
des à  Upsal  et  à  Giessen,  devint  pro- 
fesseur de  théologie  à  Calmar,  d'où  il 
passa  dans  la  même  qualité  à  Pernau 
en  Livonie.  S'étant  déclaré  pour  les 
dogmes  des  piétistes,  il  fut  dénoncé 
par  un  de  ses  collègues  comme  héré- 
tique ;  et  lorsqu'il  se  fut  rendu  à  Stock- 
holm pour  échapper  aux  Russes,  qui 
avaient  occupé  la  Livonie,  il  éprouva 
de  la  part  des  théologiens  suédois  une 
telle  aiiimosité,  qu'il  fut  obligé  de  se 
réfugier  en  Scâiiit;.  La  cour  le  prit  ea 


FOL 

vain  sous  sa  protection ,  et  il  mourut 
en  1729,  dans  l'exil  auquel  l'avait 
condamné  une  assemblée  d'évêqucs. 
On  a  de  lui  quelques  dissertations  la- 
tines, et  plusieurs  ouvrages  polémi- 
ques contre  ses  antagonistes.  C — au. 
FOLCUIN,  ou  FOLCWIN,  nom 
commun  à  un  saint ,  et  à  deux  moines 
de  l'ordre  de  S.  Benoît ,  l'un  et 
l'autre  nés  en  Lorraine ,  et  contem- 
porains j  tous  deux  d'une  famille  dis- 
tinguée, sans  toutefois  être  parents; 
ayant  fait  profession  dans  le  même 
monastère,  et  qu'à  cause  de  tant  de 
rapports  ou  a  souvent  confondus  , 
quoique  des  circonstances  remarqua- 
bles prouvent,  sans  réplique,  que  ce 
sont  deux  personnages  différents.  — 
FoLCuiw  (  S.  ) ,  évêque  de  Térouane , 
était  fils  de  Jérôme ,  frère  du  roi 
Pépin ,  et  possédait  de  grands  em- 
plois à  la  cour  :  méprisant  les  gran- 
deurs humaines  pour  le  soin  de  son 
salut ,  il  embrassa  l'état  ecclésiastique. 
Elu  évêque  de  Térouane  en  817  ,  il 
gouverna  son  diocèse  avec  sagesse , 
s'attacha  à  y  faire  fleurir  la  discipline  et 
les  mœurs,  tint  pour  cela  différents 
synodes ,  et  assista  aux  conciles  assem- 
blés de  son  temps  :  on  lui  doit  d'a- 
voir, en  846  ,  en  les  cacbant  sous 
l'autel  de. S.  Martin,  soustrait  les  re- 
liques de  S.  Bertin  à  la  fureur  sacri- 
lège des  Normands,  qui  ravageaient 
le  pays.  Ce  saint  évêque  mourut  dans 
le  cours  de  ses  visites  pastorales ,  en 
856,  le  14  décembre.  C'est  ce  jour 
que  l'église  célèbre  sa  fête  ;  il  fut  en- 
terré dans  le  monastère  de  S.  Bertin, 
à  côté  de  S.  Orner.— Folcuin,  abbé 
de  Laubes  ou  Lobes ,  sur  la  Sambre, 
dans  le  diocèse  de  Liège,  naquit  en 
Lorraine  vers  l'an  955 ,  d'une  famille 
distinguée;  quœ  non  erat  infima ,  dit- 
il  modestement  :  il  se  voua  jeune  à  la 
vie  monastique  dans  l'abbaye  de  5/- 
thiea^  nommée  depuis  S.  Berlin.  Les 


FOL 

études,  au  moins  cclies  du  femps, 
florissaieiit  daus  les  ëtablissemenls  de 
Tordro  de  S.  Benoît,  et  alors  ne  flo- 
rissaicnt  guère  que  là.  Foicuin  étudia 
les  lettres  divines  et  humaines  dans 
celte  ccole ,  et  y  fil  de  grands  progrès. 
Il  avait  de  la  pénétration  et  l'esprit 
vif;  il  mit  à  profit  ces  heureuses  dis- 
positions.  Les  livies  qu'il  a  laissés 
prouvent  qu'il  avait  acquis  des  con- 
naissances assez  étendues.  Son  style 
est  plus  soigné  et  plus  poli  que  celui 
des  écrivains  de  son  siècle,  et  l'on 
voit  que  ses  principes  de  théologie 
étaient  conformes  à  la  bonne  et  saine 
doctrine.  L'abbaye  de  Lobes  étant  ve- 
rnie à  vaquer  ,    Eraclc  ,   évêque  de 
Liège ,   fit    élire    Foicuin ,    quoique 
celui-ci  fût  encore  jeune.  Le  nou- 
vel  abbé   gouvernait   tranquillement 
son  monastère,  lorsque  Ratbier ,  au- 
trefois moine   de  Lobes ,  et  depuis 
cvêque  de  Vérone .  le  fit  prier  de  lui 
envoyer  des  chevaux  et  des  gens  pour 
se  rendre  à  Lobes.  Foicuin  s'empressa 
de  rendre  ce  service  à  un  ancien  con- 
frère, constitué  en  dignité,  et  alors 
malheureux.   Ratbier  avait  été  tour- 
menté dans  son  évêché  de  Vérone  ; 
déjà  il  avait  été  forcé  de  le  quitter 
pour  éviter  diverses  sortes  de  persé- 
cutions. Foicuin  le  reçut  amicalement, 
et  lui  assigna  même ,  du  consentement 
des  moiues,  quelques  terres  dépen- 
dantes de  l'abbaye,  afin  qu'il  pût  y 
vivre  honorablement.  Cette  alteutiou 
fut  mal  payée  :  Ralhier  porta  le  trou- 
ble dans  le  monastère  de  Lobes;  et 
aidé  de  quelques  religieux  brouillons , 
il  en  fit  sortir  Foicuin ,  et  s'en  empara. 
Néanmoins,  environ   un   an   après, 
jSotger,  évequede  Liège,  homme  re- 
commaudable  par  son  mérite  et  son 
savoir,  ayant  succédé  à  Eracle  qui 
protégeait  Rathier,  le  réconcilia  avec 
Foicuin,  et  celui-ci  rentra  dans  son 
abbaye.  Redevenu  paisible  possesseur., 


FOL  i47 

il  mit  toute  son  application  à  la  bien 
administrer,  tant  au  spirituel  qu'au 
temporel.  Il  fit  des  règlements  pour 
le  maintien  de  la  discipline,  donna 
l'exemple  de  la  piété  et  de  la  pratique 
des  vertus  religieuses ,  encouragea  les 
études,  augmenta  et  enrichit  la  biblio- 
thèque. Quoique  l'église  fût  grande  et 
décorée  ,  il  y  fit  divers  embellisse- 
ments :  on  cite  surtout  la  construction 
d'un  jubé,    d'un  travail  curieux j  il 
construisit  un  réfectoire,  et  multiplia 
les  aumônes.  Il  mourut  l'an  990,  après 
vingt  -  cinq  ans  d'un  sage  gouverne- 
ment, et  fut  enterré  dans  la  chapelle 
de  St.  Ursmar,  autrefois  aussi  abbé  de 
Lobes,  à  côté  de  l'évêque  Ratliier^ 
décédé  plusieurs  années  auparavant. 
Les  ouvrages  de  Foicuin ,  abbé  de 
Lobes ,  sont  :  I.  La  vie  de  S.  Foi- 
cuin,  évéque  de  Térouane ,  duquel 
nous  avons  parlé  plus  haut,  Foicuin 
écrivit  cette  vie  sur  les  traditions  du 
pays  encore  récentes.  Après  l'avoir 
composée  et  revue  avec  soin,  il  l'a- 
dressa aux  moines  de  Silhieu ,  et  à 
leur  abbé  Waufier,  son  ami,  à  qui  il 
la  dédia.  DomMabillon  l'a  publiée  avec 
des  observations ,  dans  le  tome  V  des 
Actes  de  l'ordre  de  S.  Benoît.  II.  Les 
Gestes  des  abbés  de  Lobes  depuis  la 
fondation  du  monastère  au  -j^.  siè- 
cle, jusqu'au  temps  de  l'auteur.  Doin 
Luc  d'Achery  les  a  imprimés  dans  son 
Spicilége.  Trithème  attribue  mal  à  pro- 
pos cet  ouvrage  à  Hilduin,  nommé 
Tasson ,  qu'il  suppose  avoir  été  abbé 
de  Lobes ,  et  qui  fut  archevêque  de 
Milan.  Cet  Hilduin  n'a  pas  vécu  au- 
delà  de  94i  ,  et  les  Gestes  continuent 
l'histoire  jusqu'après  la  mort  de  P^i- 
ihier,  arrivée  en  974.  lH .  Les  Fies  de 
S,  Orner  y  de  S.  Berlin^  de  S,  Finoc 
et  de  S.  Siivin;  elles  sont  aussi  adres- 
sées à  Wautier ,  abbé  de  St. -Berlin, 
Trithème  attribue  à  ce  même  abbé  de 
Lobes  des  homélies  et  des  sermons, 

10., 


î 


i48  FOL 

—  FoLfcuiN,  racine  de  St. -Berlin, 
issu ,  comme  le  précèdent ,  d'une 
maison  de  Lorraine,  mais  bien  plus 
illustre ,  vivait  aussi  dans  le  dixième 
siècle.  Il  descendait  en  ligne  di- 
recte de  ce  Je'rome,  cité  plus  haut, 
et  qui  était  fils  de  Charles  Martel  :  il 
se  dit  lui-même  parent  de  S.  Folcuin 
et  de  S.  Adelard,  abbé  de  Gorbie, 
aussi  issu  de  Charles  Martel  ;  et  c'est 
vme  des  raisons  qui  font  distinguer  ce 
Folcuin  de  Tabbé  de  Lobes,  qui,  en 
parlant  de  sa  famille,  et  en  écrivant 
la  vie  de  S.  Folcuin ,  n'aurait  pas  man- 
qué de  revendiquer  l'honneur  de  lui 
appartenir.  Les  parents  de  Folcuin, 
dès  sa  première  enfance,  à  raison 
sans  doute  de  quelque  vœu,  vinrent, 
suivant  un  usage  fort  commun  alors , 
l'offrir  à  Dieu  dans  l'abbaye  de  St.- 
Bertin,  pour  y  être  élevé  dans  la  vie 
religieuse ,  et  y  vivre  sous  la  règle  de 
S.  Benoît.  Ils  le  remirent  entre  les 
mains  de  l'abbé  Womar,  qui  le  fit 
instruire  dans  les  saintes  lettres,  et  le 
revêtit  de  l'habit  religieux.  Folcuin, 
enfant  soumis,  ratifia ,  quand  il  fut  en 
âge,  un  sacrifice  qui  n'était  point  de 
sa  volonté,  et  renonça  de  bon  cœur  aux 
avantages  que  sa  naissance  lui  pro- 
mettait dans  le  monde.  Son  abbé  le  pro- 
mut aux  ordres  sacrés  j  mais  Folcuin 
demeura  diacre.  Il  vécut  dans  la  pra- 
tique des  vertus  monastiques,  et  mou- 
rut dans  un  âge  peu  avancé.  Des  ou- 
vrages qii'il  a  faits  il  reste  :  I.  Une 
épitaphe  de  S.  Folcuin ,  son  parent  _, 
en  six  vers  élégiaques^  ils  ont  été  in- 
sérés dans  sa  légende.  II.  Un  recueil 
de  pièces  concernant  Vhistoire  de 
son  abbaye ,  depuis  sa  fondation 
jusqu'au  temps  où  il  vivait.  Ce  re- 
cueil est  composé  de  diplômes ,  char- 
tes ,  et  monuments  relatifs  au  monas- 
tère de  St.-Bertin.  Ces  pièces  sont 
d'autant  plus  précieuses ,  qu'elles  ont 
été  transcrites  avec  la  plus  scrupu- 


FOL 

leusc  fidélité.  L'auteur  ne  s'y  est  pas 
même  permis  de  marquer  les  époques 
par  les  années  de  l'incarnation,  lors- 
qu'elles n'étaient  point  désignées  de 
cette  manière,  de  peur  que  cette  li- 
berté n'en  fît  soupçonner  de  plus  gran- 
des; mais  tout,  dans  le  recueil,  est 
rangé  méthodiquement  et  dans  l'ordre 
chronologique.  L'auteur  a  joint  à  ces 
anciens  monuments  des  notes  judi- 
cieuses, où  se  trouve  l'histoire  des 
abbés  de  S.  Bertin,  et  qui  éclaircis- 
sent  ce  qu'il  pourrait  y  avoir  d'obs- 
cur. Folcuin  entreprit  ce  travail  par  , 
le  commandement  de  l'abbé  Ade-* 
longa,  et  il  le  lui  dédia.  Dans  un  cata- 
logue des  moines  qui  vécurent  avec  lui 
sous  cet  abbé ,  il  fait  mention  d'un 
Folcuin,  qui  est  sans  doute  l'abbé  de 
Lobes.  Dom  Mabillon  a  extrait  de  ce 
recueil  un  grand  nombre  de  morceaux 
qu'il  a  insérés  dans  sa  Diplomatique , 
dans  sa  collection  d'Actes  et  dans  ses 
Annales,  III.  Un  autre  recueil  de 
chartes  de  différents  monastères  ^ 
entrepris  pour  l'usage  des  officiers  de 
la  maison,  et  rédigé  dans  un  si  bel 
ordre  que  chacun  y  trouvait  ce  qui  se 
rapportait  à  son  office.         L — y. 

FOLCZ  (Jean  ) ,  barbier  à  Nurem- 
berg, né  à  Uhn  vers  le  milieu  du  1 5". 
siècle,  fut  un  des  plus  célèbres  poètes 
d'Allemagne  ,  de  la  classe  de  ceux 
qu'on  appelle  Meistersœnger,  maîtres- 
poètes.  La  littérature  allemande  avait 
eu  son  siècle  d'or  sous  les  empereurs 
de  la  maison  de  Hohenstaufen ,  qui 
régnèrent  en  Souabe  et  en  Alsace  de- 
puis 1 080  ,  et  occupèrent  le  trône  im- 
périal, avec  quelques  interruptions  , 
depuis  II 58  jusqu'en  ia54.  Cette 
époque  brillante  produisit  une  série  de 
poêles ,  connus  sous  le  nom  de  Chan- 
tres d'Amour,  Minnesœnger,  ou  de 
poètes  souabcs.  Quelques-uns  d'entre 
eux  survécurent  à  la  fin  tragique  de 
la  maison  de  Hohcustaufcn  :  ou  eu 


FOL 

trouve  encore  pendant  les  troubles 
politiques  qui  déchirèrent  l'Allemagne 
jusqu'au  commencement  du  i4^.  siè- 
cle j  mais  les  muses  allemandes  se  tu- 
rent, lorsque  sous  les  empereurs  de 
la  maison  de  Luxembourg,  une  lan- 
gue e'trmgère,  l'idiome  bohémien,  de- 
vint celle  de  la  cour.  La  poésie, qui 
anciennement  avait  fait  les  délices  des 
princes  et  des  seigneurs  ,  devint  alors 
l'apanage  des  dernières  classes  de  la  so- 
ciété :  à  la  place  d'un  ordre  dans  lequel 
le  talent  et  la  noblesse  des  sentiments 
donnaient  l'entrée  ,  il  se  forma  des 
maîtrises  ou  jurandes ,  où  l'on  était 
reçu  en  remplissant  certaines  forma- 
lités, ou  en  payant  certaines  rétribu- 
tions. Bien  loin  de  parcourir  les  princi- 
pales villes  et  les  châteaux ,  et  de  faire 
entendre  leurs  chants  devant  des  juges 
dignes  de  les  apprécier,  les  prétendus 
poètes  des  1 4*^.  et  1 5^  siècles  se  ren- 
fermèrent dans  les  salles  oii  leurs  cot- 
tcries  avaient  coutume  de  se  réunir  ; 
au  lieu  de  l'enthousiasme  que  le  désir 
de  plaire  aux  dames  et  aux  princes 
inspirait  aux  poètes-souabes,  le  misé- 
rable talent  de  coudre  ensemble  quel- 
ques rimes  tenait  lieu  de  génie  à  ces 
nouveaux  enfants  d'Apollon.  La  dé- 
nomination de  Maîtres-Poètes ,  qu'ils 
adoptèrent,  caractérise  parfaitement 
leur  génie.  Pour  être  regardé  comme 
Maître  il  fallait  connaître  ce  qu'on  ap- 
pelait les  lois  de  la  Tablature,  c'est- 
à  -  dire ,  une  suite  de  règles  insigni- 
fiantes sur  la  quantité  et  la  rime  ;  et 
pour  se  rendre  célèbre  il  fallait  inven- 
ter quelque  nouveau  rbythme ,  et  lui 
donner  un  nom  baroque.  Il  est  impos- 
sible de  traduire  les  dénominations 
absurdes  que  portaient  ces  rhylhmes  ; 
en  voici  quelques-unes  des  moins  ridi- 
cules :  les  rhythmes  de  l'escargot ,  de 
l'encre,  des  étudiants  joyeux,  de  l'or, 
des  roses,  etc.  Maïence,  Strasbourg 
et  Nuremberg  sont  les  villes  où  l'on 


FOL  ï49 

trouvait  les  plus  fameuses  jurandes  de 
Meistersœnger  ;  mais  il  y  en  avait 
aussi  à  Memmingen,  àUlm,  à  Augs- 
bourg  et  dans  d'autres  villes  de  la 
Souabe.  Leurslieux  d'assemblée  étaient 
ordinairement  dans  les  cabarets ,  et  les 
réunions  se  terminaient  par  des  or- 
gies. En  parcourant  les  listes  de  ces 
maîtres ,  on  n'y  trouve  que  des  tisse- 
rands ,  des  boulangers,  des  cordon- 
niers et  d'autres  artisans.  On  place 
l'époque  de  ces  chantres  entre  l'année 
1 35o  et  l'année  1 5 1 9, où  Luther  opéra 
une  réforme  dans  la  langue  allemande  ; 
mais  les  jurandes  continuèrent  long- 
temps après,  et  celle  de  Strasbourg  se 
perpétua  jusque  dans  la  seconde  moi- 
tié du  I8^  siècle.  Jean  Folcz,  qui 
nous  a  fourni  l'occ^ision  de  cette  di- 
gression ,  se  distingua  par  l'invention 
de  plusieurs  rhylhmes  nouveaux.  Il 
fit  imprimer  à  Nuremberg,  où  il  pos- 
sédait peut-être  une  presse ,  un  grand 
nombre  de  ses  poésies,  dont  les  titre» 
bizarres  ne  peuvent  être  rendus  ea 
français.  Nopitsch  en  donne  le  détail 
dans  son  Supplément  au  Dictionnaire 
des  savants  nurembergeois.  On  y  voit 
que  la  plus  ancienne  de  ses  pièces  , 
achevée  en  1470,  avait  été  imprimée 
ou  gravée  en  bois  dès  1 474  ?  ^^  qu'on 
en  réimprima ,  en  1 534,  ^ Nuremberg, 
une  collection  en  3  vol.  in-4''.  Nous 
indiquerons  seulement  :  I.  Histoire 
poétique  allemande  (  Ein  teutsch 
worhaflig  poetisch  ystori ,  etc.  ), 
1 4^0,  in-4''.  de  20  feuilles.  C'est  une 
histoire  abrégée  de  l'empire  germani- 
que, en  rimes.  On  en  conserve  un 
exemplaire  dans  la  bibliothèque  Eb- 
nerienue  à  Nuremberg.  II.  Fitœ  pa- 
trum  vel  liber  colacionum ,  poème  de 
297  vers  :  on  en  connaît  deux  éditions 
l'une  en  8  feuilles,  sans  date,  et  gra- 
vée en  bois;  l'autre  en  7  feuilles, 
i485 ,  in -fol.  Gothelf  Fischer  en  don- 
ne une  description  détaillée  dans  ses 


5o 


FOIi 


Raretés  typographiques ,  etc.,  Maïen- 
ce,  1800,  in-B".,  en  allemand.  S — l. 
FOLENGO  (Théophile),  pius 
connu  sous  le  nom  de  Merlin  Cocàie^ 
geuie  bizarre  et  poète  bouffon ,  ne  fut 
garanti  des  travers  de  son  esprit  et  de 
sa  conduite ,  ni  par  la  noblesse  de  sa 
naissance ,  ni  par  la  gravité  de  son 
e'tat.  Les  Folengo  figuraient  dès  le 
commencement  du  onzième  siècle  par- 
mi les  familles  nobles  de  Mantoue. 
Théophile  naquit  le  8  novembre  1 49  ï  , 
dans  un  lieu  appelé  autrefois  Cipada, 
et  qui  aujourd'hui  n*a  pius  de  nom , 
hors  du  faubourg  St. -George,  auprès 
du  lac  inférieur.  11  a  lui-même  parlé 
de  ce  lieu  de  vsa  naissance,  dans  plu- 
sieurs endroits  de  ses  poésies  : 

Magna  suo  veniatMcrlino  parva  Cipada..,. 
Maiitua  Virgilio  qaiiiiel,  Verona  C^iiiUo, 
DantP  si'O  fiorens  urbs  Tiisca,  Cipads  Cocajo.... 
Ncc  Merlinus  ego,  lans,  gloria,  fama  Cipad»,  etc. 

11  reçut  au  baptême  le  nom  de  Jérôme, 
et  fat  élevé  d'abord  dans  la  maison  de 
son  père  ,  qui  le  confia  ensuite  aux 
soins  d'un  bon  prêtre  des  environs  de 
Ferrare.  ]l  annonçait,  dès  son  en- 
fance ,  beaucoup  de  pénétralion  ,  de 
vivacité  d'esprit,  un  goût  décidé  pour 
la  poésie ,  et  une  facilité  singulière  à 
mettre  en  vers  tout  ce  qui  se  présen- 
tait à  lui.  Toraasini,  et  d'après  lui 
d'autres  auteurs,  ont  écrit  qu'il  avait 
achevé  ses  éludes  à  Bologne,  sous 
le  célèbre  Pomponace  :  quoi  qu'il  en 
soit,  il  avait  fini  son  cours  de  belles- 
lettres  et  celui  de  philosophie,  lors- 
qu'à peine  âgé  de  seize  ans ,  il  chan- 
gea tout-à-coup  de  dessein ,  et  entra 
dans  l'ordre  des  Bénédictins  de  la 
congrégation  du  Mont-Cassin,  à  Bres- 
cia ,  où  son  frère  aîné  Jean-Baptiste 
Fûlengo  avait  fait  ses  vœux  trois  mois 
auparavant.  Il  prit  alors  le  nom  de 
Théophile  au  lieu  de  celui  de  Jérôme, 
et  fit  lui-même  profession  dix-huit 
mois  après,  ie  ^4  juin  iSoQ.  Sa  vie 
fut  d'abord  régulière  j  mais  un  nour 


FOL 

veau  supérieur  du  couvent  de  Brescia 
où  il  était  devenu  [»rofès,  y  ayant 
souffert  ou  même  inti  oduit  de  grand» 
désordres,  Théophile,  entraîné  par 
de  mauvais  exemples  ,  se  dérangea 
d'abord  en  secret,  puis  à  découvert , 
et  finit  par  quitter  son  couvent ,  son 
habit,  et  aller  courir  le  monde  avec 
une  fort  jolie  femme  qu'il  aimait éper- 
dument.  Elle  était  comme  lui  très 
bien  née,  aussi  ne  l'a-t-il  jamais  nom- 
mée dans  SCS  ouvrages  ;  mais  il  a 
mis  les  lettres  de  son  nom  pour  ini- 
tiales aux  vers  d'une  espèce  de  can^ 
zone  qui  en  a  treize,  et  ces  treize 
lettres  rassemblées  donnent  le  nom 
de  Girolama  Dieda.  il  alla  errant 
avec  elle  pendant  plus  de  dix  ans, 
n'ayant,  à  ce  qu'il  paraît,  de  ressour- 
ces pour  vivre  que  son  talent  et  ses 
vers.  11  avait  commencé  un  poëme 
latin  écrit  avec  beaucoup  d'élégance  : 
quelle  que  fut  la  cause  de  son  change- 
ment, il  quitta  ce  genre  sérieux  dans 
lequel  il  ne  pouvait  tout  au  plus  espé- 
rer que  la  seconde  place ,  pour  un 
genre  qu'il  appela  macaronique ,  sans 
que  l'on  sache  précisément  pourquoi , 
mais  où  il  eut  l'ambition  et  la  certitude 
d'occuper  le  premier  rang.  Le  fond  du 
langage  qu'il  y  employa  est  latin ,  mêlé 
de  mots  italiens,  et  plus  encore  de 
mots  du  patois  mantouan  qui  était  sa 
langue  maternelle,  avec  des  terminai- 
sons latines.  Il  raconte  dans  son  poème 
les  aventures  ridicules  d'un  héros  qu'il 
nomme  Baldus,  parmi  lesquelles  il  y 
en  a  plusieurs  qui  lui  étaient  arrivées  à 
lui-même:  souvent,  sous  cette  enve- 
loppe bouffonne,  on  trouve  des  pen- 
sées et  des  maximes  d'un  grand  sens, 
des  traits  satiriques  sur  les  grands  , 
sur  la  vanité  dos  titres,  sur  les  diffé- 
rents travers  des  hommes  ;  et  ces  traits 
originaux  et  piquants  sont  presque 
toujours  sans  amerlumc.  Ou  a  pré- 
tendu que  l'auteur  douua  le  uom  de 


FOL 

Diacaronique  à  cette  composition  plus 
que  bizarre,  où  le  latin  est  assaisonne' 
d'italien  et  de  mantouan,  à  cause  des 
macaroni  qu*on  assaisonne  avec  un 
me'lange  de  farine ,  de  beurre  et  de 
fromage;  et  en  effet,  il  n*en  fallait 
peut-cire  pas  davantage  à  un  esprit  tel 
que  le  sien.  Au  lieu  de  diviser  son 
poëme  eu  livres  ou  en  chants,  il  le  di- 
visa en  macaronëes  :  macaronea 
■prima;  macaronea  seeiinda  ,  etc.  Il 
y  en  avait  dix-sept  dans  la  première 
édition;  il  y  en  a  eu  vingt  cinq  dans 
les  suivantes.  Merlinus  Coca  jus  fut 
le  nom  d'auteur  qu'il  se  donna  ;  ce 
nom  devint  bientôt  célèbre  ;  il  se  fit 
eu  peu  d'années  plusieurs  éditions  de 
ses  poésies  facétieuses.  Leur  succès 
n'empêcha  pas  qu'elles  ne  fussent  ai- 
grement critiquées,  qu'on  ne  repro- 
chât à  l'auteur  et  le  style  même  dans 
lequel  il  écrivait,  et  la  licence  d'idées 
et  d'expressions  qu'il  se  permettait 
souvent  •  irrite  de  ces  cridques ,  il 
changea  de  style  ou  plutôt  de  langue 
et  de  nom ,  et  composa  dans  l'espace 
de  trois  mois  un  poème  satirique  ita- 
lien en  huit  chants,  sur  l'enfance  de 
Roland,  auquel  il  donna  le  titre  d'O/'- 
îandino.  Limerno  Pitocco  fut  le  nou- 
veau nom  qu'il  prit  en  tête  de  ce 
poëme  :  Limerno  n'est  que  l'ana- 
gramme de  son  premier  faux  nom 
Merlino  ;  et  la  qualité  de  mendiant 
{pitocco  )  qu'il  y  ajoutait ,  ne  signifiait 
que  trop  bien  l'étal  où  il  était  quelque- 
fois réduit.  11  s'était  cependant  fiit 
dans  le  monde  beaucoup  d'amis  par 
la  réputation  que  lui  avaient  acquise 
l'étendue  de  ses  connaissances  et  les 
agréments  de  son  esprit.  11  en  avait 
même  conservé  dans  le  cloître  ;  et 
lorsqu'étant  las  de  celte  vie  errante 
et  misérable ,  il  prit  en  iSaô  le  parti 
d'y  renirer,  il  fut  reçu  à  bras  ouverts. 
11  signala  sa  conversion  par  un  ou- 
vrage dont  cette  conversion  même  était 


FOL  i5i 

le  sujet;  elle  ne  s'étendait  pas  jusqu'à 
renoncer  à  la  bizarrerie  qui  lui  était 
naturelle;  il  fît  de  cet  ouvrage  une 
espèce  d'énigme;  le  titre  même  est 
énigraatique  :  Il  Chaos  del  triperuno; 
tel  est  ce  titre ,  qui  signifie ,  le  Chaos 
de  trois  pour  un  j  c'est-à-dire,  de  lui- 
même,  qui  a  été  successivement  Théo- 
phile Folengo,  Merhn  Coc^ïe,  et 
Limerno.  L'ouvrage  est  un  mélange  de 
vers,  de  chants,  de  narrations,  en 
latin,  en  italien,  en  langage  macaro- 
nique ,  un  véritable  chaos  ,  divisé  en 
trois  parties,  qu'il  appelle  SjbeSy 
comme  le  poète  latin  Stace  a  appelé 
Syl\>œ  le  recueil  de  ses  poésies  diverses. 
Il  s'appliqua  ensuite  à  corriger  ses  au- 
tres ouvrages  :  Y  Orlandino  reparut 
en  sept  chants,  au  lieu  de  huit,  et 
avec  des  corrections  et  des  suppres- 
sions considérabks ,  sur-tout  dans  le 
septième  chant.  Il  entreprit  aussi  d'é- 
purer les  Macaroniques  ;  et  ayant 
terminé  ce  travail  en  1 53o ,  il  en  con- 
fia l'édition  à  François  Folengo,  l'un, 
de  SCS  frères.  Les  deux  ouvrages  de- 
vinrent ainsi  plus  chastes  et  plus  or- 
thodoxes ;  mais  ces  éditions  corrigées 
sont  très  justement  tombées  dans  l'ou- 
bli. On  a  écrit  qu'il  avait  passé  en  Si- 
cile en  i555,  et  qu'il  y  était  reste 
pendant  dix  ans  :  mais  l'auteur  de  sa 
\ie  qui  est  en  tête  de  la  belle  édition 
des  Mac ar uniques ,  Manf  oue  (  sous  le 
titre  à* Amsterdam),  1768,  2  vol. 
in-4'' ,  établit  d'après  des  titres  origi- 
naux ,  que  Folengo  demeura  pendant 
quelques  années  à  Gapri ,  maison  de 
campagne  appartenant  à  son  ordre, 
eiitre  Brescia  etBergarae ,  près  du  lao 
d'Iseo  (  lacus  Sebinus  )  ;  qu'il  parta- 
gea son  séjour  entre  celte  campagne  et 
Ijrescia,  jusqu'en  1 556  et  1 537,  et 
que  ce  fut  dans  l'une  ou  dans  l'autrr* 
qu'il  composa  son  poëme  italien  en 
dix  livres  et  en  octaves  sur  VHuma^ 
nité  du  fils  de  Dieu ,  le  plus  ortho- 


i53  FOL 

doxe  de  ses  ouvrages,  et  qui  en  serait 
le  plus  e'difiant,  si  l'on  pouvait  êlre 
édifie'  par  ce  qu'on  ne  peut  lire.  Il  fut 
ensuite  envoyé  en  Sicile  dans  le  mo- 
nastère de  St.-Martin  délie  seule , 
près  de  Palerrae.  A  quelque  distance 
de  cette  maison  et  dans  une  très  agréa- 
ble solitude ,  était  un  petit  couvent  de 
femmes  appelé  Sain  te- Marie  de  la 
chambre  ou  des  chambres ,  qui  est 
maintenant  détruit.  On  lui  confia  la 
direction  de  ce  couvent ,  où  il  ne  de- 
meura qu'à  peu  près  une  année.  Le 
gouverneur  de  Sicile ,  Ferdinand  de 
Gonzague ,  qui  résidait  à  Palermc ,  le 
rappela  auprès  de  lui.  Moréri  a  pré- 
tendu que  ces  religieuses  lui  avaient 
suscité  de  fâcheuses  affaires,  à  cause 
de  son  esprit  poétique  et  facétieux  ;  et 
d'autres  l'ont  redit  après  lui.  L'auteur 
de  la  Vie  que  nous  venons  de  citer , 
nie  ce  fait  ;  mais  il  soupçonne  que 
Foîcngo  fut  contraint  par  Ferdinand 
de  Gonzague ,  de  quitter  cette  douce 
retraite.  Il  cite  une  épigramme  iné- 
dile de  douze  vers  que  Théophile  ins- 
crivit, en  partant,  sur  le  mur  de  sa 
cellule ,  et  dont  le  second  vers  indique 
évidemment  ce  départ  forcé  : 

Dulc«  soluni,  patfiseque  instar,  mea  cura,  Ciambre, 
Accipe  supremum  (cogor  abire  )  vale. 

Deux  autres  distiques  de  cette  même 
épigramme  nous  paraîtraient  désigner 
assez  clairement  la  cause  secrète  de  ce 
rappel.  Théophile  n'avait  qu'environ 
cinquante  ans.  Il  avait  eu  des  habi- 
tudes dont  il  est  difficile  de  se  corri- 
ger entièrement:  il  s'était  sincèrement 
«converti;  mais  on  l'avait  peut-être 
exposé,  en  lui  confiant  une  direction 
de  celle  nature:  peut-être,  enfin,  n'é- 
tait-ce pour  autre  chose  que  pour  son 
esprit  poétique,  que  quchjues  reli- 
gieuses lui  suscitèrent  des  aflaires  au- 
près du  gouverneur,  qui  ne  crut  pas 
devoir  être  trop  sévère,  et  qui  se  con- 
\(in\d^  de  l'arracher  aux  lemaiioDs^  en 


FOL 
l'appelant  auprès  de  lui.  Voici  les 
quatre  vers  qui  nous  semblent  auto- 
riser cette  conjecture  : 

Vos  vilrci  fontes  ,  et  amori»  conscia  nostri 
Murmura,  perpeluo  vere,'  cadenlis  aquK, 

Mantoom  altérais  memorate  Theoplùlon  anait, 
Sitque  mea:  voliis  causa  sepulta  fugae. 

Ce  dernier  vers,  sur- tout,  nous  paraît 
exempt  de  toute  équivoque;  le  lec- 
teur en  jugera.  Logé,  à  Palerme,  dans 
le  palais  du  gouverneur ,  Folengo 
composa  pour  lui  plusieurs  ouvrages, 
un,  entre  autres ,  dont  on  ne  connaît 
que  le  titre  et  le  sujet,  mais  où  il  put 
déployer  tout  ce  que  son  imagination 
avait  d'extraordinaire.  C'était  une  es- 
pèce de  repréïientation  sacrée,  assez 
semblable  à  nos  anciens  mystères ,  où 
étaient  mis  en  action,  avec  une  grande 
pompe  de  spectacle,  la  création  du 
monde,  le  combat  des  bons  et  des  mau- 
vais anges,  le  paradis  terrestre,  la 
chute  de  l'homme  ,  la  nature  humaine 
personnifiée,  implorant  la  clémence 
divine,  les  sybiiles,  les  prophètes, 
l'ange  Gabriel,  l'annonciation,  la  ré- 
demption, et  les  actions  de  grâces 
de  la  nature  humaine  et  du  chœur  des 
anges. Cette  représentation  se  donnait, 
à  grands  frais ,  dans  une  église  de  Pa- 
lerme, appelée  Sainte-Marie  délia 
Pinta,  qui  n'existe  plus.  La  pièce, 
qui  était  en  vers  italiens  et  en  tercets 
ou  terza  rima  y  était  intitulée  :  V^tto 
délia  Pinta^  ou  la  Palermila;  elle 
n'a  point  été  imprimée,  non  plus  que 
trois  tragédies  qu'il  fit  aussi  pour  Fer- 
dinand de  Gonzague,  la  Cecilia,  la 
Cristina  et  la  Cattarina  :  elles  furent 
mises  en  musique  quelque  temps  après 
par  ordre  d'Autoiue  Colonna ,  succes- 
seur de  Gonzague ,  dans  le  gouver- 
nement de  Sicile  ;  ce  qui  fait  croire 
que  quelque  mauvaises  qu'elles  nous 
paraîtraient  sans  doute  aujourd'hui , 
elles  n'étaient  pas  sans  quelque  mérite. 
Foiengo  repassa,  en  1 54 3,  en  Italie^ 


FOL 

et  se  relira  dans  le  couvent  de  Sainte- 
Croix  de  Carapese ,  près  de  Bassano, 
sur  les  bords  de  la  Brenta;  ii  y  mou- 
rut un   peu   plus  d'un  an  aj)rès,   le 
9  décembre   1 544  >  n'étant  âge  que 
de  cinquante-trois  ans.  Ses  ouvrages 
imprimes  portent  les  titres  suivants, 
auxquels  nous  ajouterons  les  dates  des 
meilieuros  éditions  qui  en  ont  été  faites: 
I.  Merlini  Cocaii  poëtœ  Manluani 
Macaronices    libri  XVII,    Venise, 
Alexandre  Paganino  ,    1 5 1  -^ ,  in-i)°,  j 
édition    extrêmement  rare ,  et   dont 
les  plus  savants  bibliographes  par- 
lent   sans    l'avoir  vue.    11   y   en   a 
une  seconde,  mais  qui  en  suppose 
plusieurs  antécédentes,  quoique  l'on 
n'en  connaisse  qu'une  seule  ;  elle  est 
intitulée  :  Merlini^  etc.  lïbri  XVII 
post  omnes  impressiones  uhique  loco- 
rum  excusas  novissimè  reco^nili^ 
omnibusque  menais  expurgati,  Ve- 
nise, César  Arrivabene,  i5'2o,in-8". 
Celle  édition  est  elle-même  remplie  , 
non  seulement  de  fautes ,  mais  d'addi- 
tions et  d'interpolations. —  Opus  Mer- 
lini Cocaii  poëtœ  Mantuani  Maca- 
ronicorum  toium  in  pristinam  for- 
marn  perme  Magistrum  aquarium 
Lodolam  redactum ,  etc.  Tuscidani 
apudlacum  Benacensem,  Alexandre 
Paganino,  i  52 1 ,  in-8''.  avec  figures  ; 
édition  la  meilleure  et  la  plus  complète 
de  toutes,  et  d'après  laquelle  toutes  les 
autres  bonnes  éditions  ont  été  faites. 
On  croit  que  ce  fut  Folengo ,  lui-même, 
qui  la  donna ,  sous  le  nom  de  maître 
Aquarius  Lodola;  Aposlolo  Zeno  et 
d'autres  auteurs  préfèrent  cependant 
à  celte  édition  de  i52i,  celle  qui  a 
pour  titre  :  Macaronicum  poéma  ^ 
Baldus  ,    Zanilonella  ,   Moschea  , 
Epigrammata  ;  et  à  la  fin  ,  Cipatœ 
apud  Magistrum  Aquarium  Lodo- 
lam j  sans  date ,  mais  que  l'on  con- 
jecture être  postérieure  de  plusieurs 
années  à  1 55o,  C'est  cette  édition  cor- 


FOL  i55 

rigée  que  Folengo  prépara  depuis  sa 
conversion,   et  dont  il  recommanda 
l'impression  à  son  frère.  Elle  est  peut- 
être  meilleure  sous  le  point  de  vue 
moral;  mais,  sous  les  rapports  litté- 
raires,  c'est   la    plus  mauvaise     de 
toutes.  Nous  renverrons  aux  biblio- 
graphies pour  les  autres  éditions  plus 
ou  moins  bonnes  des  Macaroniques  ; 
nous  indiquerons  seulement  la  der- 
nière, qui  est  fort  belle,  enrichie  de 
,  notes  très  utiles ,  ornée  de  vignettes 
gravées,  et  qui  pouvait  être  la  meil- 
leure à  tous  égards  si  l'éditeur  n'avait 
pas  pris  le  mauvais  parti  de  la  faire 
d'après  le  texte  de  l'édilion  corrigée 
dont  nous  venons    de    parler.    En 
voici  le  titre  :  Theophili  Folengivulgb 
Merlini   Cocaii  opus  Macaronicum 
notis  illustratum  ,  cui  accessit  vo- 
cahularium  vernaculum  ,  elruscum 
et  latinum ,  editio  omnium  comple- 
tissima ,   Arastelodarai   (  Mantuae  ) , 
1 768   7 1  ,  sumptihus  Josephi  Bra- 
glia ,  2  vol.  in-4°'  H  existe  une  tra- 
duction française  de  cet  ouvrage ,  in- 
titulée :   Histoire   macaronique    de 
Merlin  Coccaie  y  (tic.  Paris,    1606, 
4vol.in-i2.  Le  nom  du  traducteur 
est  inconnu ,  et  l'on  voit  à  l'antiquité 
de  son  style  que  celte  traduction  est 
du   lô*'.  siècle,  quoiqu'elle  n'ait  été, 
imprimée  que  dans  le  \^°.  II.   Or- 
landino,per  Limerno   Pitocco  da 
Manlova  composto  ,  Venise,  Nico- 
lini  Fralelli  da  Sabbio,   iSaô,  in- 
8^.;  ibidem,  Gregorio  de  Gregori, 
i526,  in-8°.;  Rimini ,  Jérôme Son- 
cino ,  1627 ,  in -8".  :  c'est  aussi  l'édi- 
tion corrigée  par  l'auteur,  dont  on  a 
parlé  dans  sa  vie;  mais  personne  de- 
puis ne  l'a  prise   pour  règle  :  toutes 
ont  été  faites  d'après  les  deux   pre- 
mières ,  et  notamment  la  jolie  édition 
de  Molini ,    Paris ,  sous  le   titre   de 
Londres,  1770,  in-  12.  III.  Chaos 
ddtriperuno^  con  privilégia ,  et  à 


i54  FOL 

la  fin  ,  Venise  ,  Fratelli  da  Sahbio 
rîiccolini  ,  iS.i'j  ,  in  8".  ;  ibidem  , 
1546,  in-S''.  IV.  La  humanità  del 
figliuolo  di  Dio,  in  ottava  rima,per 
Theophilo  Foîengo  Mantovano ,  et  à 
la  fin,  Venise,  AurelioPincio,  i555, 
in-8.;  ibidem,  i558,  in-8''.;  iSyS, 
in -8'.  V.  Joannis  Bapt.  Chrjso- 
goni  Folengii  Mantiinni  anachorètes 
dialogi  quos  Pomiliones  vocat ,  au 
promontoire  de  Minerve ,  1 553 ,  in- 
8**.  VI.  Phisicnrs  Poèmes ,  la  plu- 
part sur  des  sujets  de  dévotion ,  et 
quelques-uns  aussi  dans  le  genre  ma- 
caronique ,  qui  n'ont  point  ete'  impri- 
mes. G— É. 

FOLENGO  (  Jean  -  Baptiste  ) , 
be'uediclin  du  I6^  siècle,  était  frère 
du  préce'dent ,  et  naquit  à  Mantoue, 
"vers  1499;  il  fit  profession  dans  le 
monastère  de  Ste.-Justine ,  de  la  con- 
grégation du  Mont-Cassin ,  et  en  fut 
prieur.  Ami  des  bonnes  études ,  il  cul- 
tiva les  lettres  divines  et  humaines , 
et  joignit  Tamour  du  travail  à  l'érudi- 
tion et  à  la  pieté.  De  Tliou ,  dans  son 
histoire ,  en  parle  avec  éloge ,  et  loue 
sa  charité,  la  douceur  de  ses  mœurs, 
son  zèle  et  l'esprit  de  modération  qui 
règne  dans  ses  écrits.  Cet  esprit  de  mo- 
dération d'un  côté,  et  d'ordre  de  l'au- 
tre ,  faisait  désirer  vivement  à  Folengo 
de  voir  réformer  les  abus  qui  s'étaient 
introduits  dans  la  discipline  ecclésias- 
tique ,  apaiser  les  divisions  ,  et  se 
réunir  à  l'Eglise  ceux  qui  s'en  étaient 
séparés.  0  11  marchait  en  cela  ,  ajoute 
de  Thou  ,  sur  les  traces  d'Isidore  Cla- 
rio ,  cvêque  de  Foligno ,  religieux  de 
la  même  congrégation.»  {Voyez 
Clabius.)  «  Folengo  écrivait  purement 
et  noblement;  son  style  n'était  pas 
moins  poli  que  ses  manières.  »  Une 
mort  paisible  le  fit  passer  à  une  autre 
vie  ,  le  5  octobre  1  SSt) ,  dans  le  mo- 
nastère où  il  avait  tait  profession. 
Jcan-Bapii^tc  Folengo  a  laissé  :  I.Dcs 


FOL 

Commentaires  sur  les  deux  Epurer 
de  St.  Pierre ,  celle  de  St.  Jacques 
et  la  première  de  St.  Jean,  adres- 
sés en  i549  au  cardinal  Hercule 
de  Gonzague.  La  manière  libre  avec 
laquelle  Folengo  s'exprimait  dans  cet 
ouvrage,  ne  plut  point  à  Rome,  et 
son  livre  fut  mis  à  ['index.  11.  Com- 
mentaires sur  les  Psaumes ,  Bâ!e  , 
1 557  ;  réimprimés  à  Rome ,  par  ordre 
de  Grégoire  XII l ,  en  1 585 ,  et  à  Co- 
logne en  1 594 .  Ces  commentaires  sont 
estimés.  L'auteur  y  exerce  une  criti- 
que judicieuse,  qu'il  appuie  du  re- 
cours au  texte  original,  et  des  ver- 
sions les  plus  accréditées.  Il  y  donne 
le  sens  littéral  des  termes ,  les  expli- 
que par  l'analyse  du  psaume  ,  en  fait 
voir  la  liaison  et  la  suite  ;  passe  de  là 
au  sens  spirituel,  moral  et  mystique, 
et  ne  laisse  rien  à  désirer  ni  pour  l'ins- 
truction ni  pour  l'édification.  IlL  Ta- 
ble^ dans  laquelle  les  psaumes  sont 
divisés  en  différentes  classes,  d'après 
les  sujets  qui  y  sont  traités  j  ouvrage 
utile.  L — Y. 

FOLIANUS.  Voy.  Foglianf. 

FOLIETA.  Voy.  FoGLiETA. 

FOLIGNO  (la  B.  Angèle  de  ), 
ainsi  appelée  du  lieu  où  elle  naquit , 
au  duché  de  Spolète,  dans  le  i5% 
siècle.  EHe  s'était  vouée  à  la  religion , 
quoiqu'à  la  fleur  de  l'âge  et  mariée. 
Après  la  mort  de  son  époux,  elle  en- 
tra dans  le  tiers-ordre  de  S.  François, 
où  ,  à  l'exemple  du  saint,  elle  mit  tou- 
tes ses  pensées  et  ses  affections  dans 
la  croix.  Elle  disait  que  la  marque 
d* amour  la  plus  sûre  était  de  voU" 
loir  souffrir  pour  ce  qu'on  aime. 
Celte  pratique  d'une  ame  pure  et  d'un 
esprit  simple  et  naïf,  lui  obtint  des 
grâces  et  des  lumières  vives.  Elle  n'en 
conçut  jamais  d'araour-propre,  et  ne 
se  créa  point  d'illusions;  elle  appre- 
nait à  en  garantir  les  autres  eu  s'en 
prcscryanl  elle-même.  Hubertiu  de 


FOL 

Casai ,  célèbre  mystique  franciscain , 
en  reçut  des  avis  pour  sa  conluite 
et    ses    écrits  ;    il   rapporte    qu'elle 
lui  découvrit  tellement  tous  les  dëfiuts 
de  sou  cœur,  qu'il  ne  pouvait  douter 
que  Dieu  ne  lui  p;ulât  en  elle-même. 
Elle  soutint  sa  constance,  lorsque, 
tourmenté  par  la  fièvre,  il  reprit  ses 
forces  avec  son  courage,  et  termina 
VArhor  vitce  crucifixœ ,  ouvrage  qui 
semble  lui  avoir  été  tracé  en  parlie , 
dans  ses  détails,  par  la  bienheureuse 
Angèle,  dont  les  opuscules   ont  été 
recueillis  et  donnés  en  latin  sous  le 
titre  de  Theologia  crucis.  Elle  y  pré- 
pare en  quelque  sorte  la  voie  aux  Ca- 
therine de   Sienne   et  aux  Thérèse. 
S.  François  de  Sales  la  nomme  fjé- 
qucmmeut  dans  sou  Traité  de  Va- 
moiir  de  Dieu  :  il  admire  sa  sainteté, 
et  décrit  SCS  combats  et  ses  disposi- 
tions d'après  elle-même.  On  ressent, 
dit  aussi  liossuet  (  Etats  d'oraison , 
livre  9),  dans  les  paroles  de  la  bien- 
beurt'use  Angèle,  un  transport  d'a- 
mour dojit  on  est  ravi.  Les  acfes  des 
Bollandistes,  où  ses  œuvres  sont  in- 
sérées, fixent  l'époque  de  sa  mort  au 
4  janvier  1009.  11   existe  plusieurs 
éditions    de    ses    opuscules ,  Paris  , 
i558  et  1601.  Le  catalogue  de  la 
bibliothèque    de    Dufay  en    indique 
nne  traduction  française,  Cologne. 
1696,  in-i'i.  Le  P.  J.  Blaucone  en 
avait  donné  une  sous  le  titre  de  Fie 
spirituelle  d'Angélique  de  Foligni , 
gcntilfemme  italienne,  etc.   Paris  , 
j6o4,  in-1'2.  G — CE. 

FOLIUS   ou  FOLLIUS.   Fojez 

FoLLl. 

FOLKES  (Martin)  fut ,  parmi 
les  savants  du  i8^  siècle,  un  desphis 
remarquables  par  le  nombre  et  Tnli- 
lilé  de  ses  travaux  ,  et  par  les  émi- 
iienls  services  que  son  zèle  infatigable 
a  rendus  aux  lettres  et  aux  sciences.  11 
naquit  à  WcbtLaiiislcr,  le  29  octobre 


FOL  i55 

1G90.  Envoyé  en  France  à  l'université 
de  Sauniur,  il  y  fit  des  progrès  très 
rapides  dans  le  latin  ,  le  grec  et  l'hé- 
breu :  après  la  suppression  de  l'uni- 
versité de  Saumur,  qui  eut  lieu  en  jan- 
vier 1695,  le  jeune  Folkes  passa  dans 
celle  de  Cambridge ,  et  à  vingl-irois 
ans  il  fut  reçu  membre  de  la  société 
royale  de  Londres. Le  grand  Newton, 
qui  présidait  cette  société,  le  choisit 
pour  r.n  de  ses  vice-présidents  ;  et , 
après  la  mort  de  Newton  et  de  Hans 
Sio.me,  Fôlkes  fut  porté  à  la  prési- 
dence. Elu  ,  en  1720,  membre  de  la 
société  des  antiquaires ,  il  en  devint 
aussi  président  en  1 740  :  on  le  choisit, 
en  I  742,associéétrangerderacadéraie 
des  sciences  de  Paris  ;  en  17401!  fut 
reçu  docteur  en  droit  de  l'université 
d'Oxford.  Il  voyagea  en  Italie  en  1 753, 
et  en  rapporta  le  modèle  en  plâtre 
de  la  sphère  antique  du  palais  Far- 
nèse  à  Rome  ,  dont  Bentley  inséra  un 
dessin  dans  son  édition  de  Manilius. 
Folkes,  par  sa  naissance  et  ses  riches- 
ses, aurait  pu  prétendre  â*des  places 
importantes  ;  mais  elles  l'auraient  dis- 
trait de  ses  études.  Il  fut  fidèle  aux 
lettres,  et  les  lettres  l'en  récompen- 
sèrent :  bon  père,  tendre  époux,  ami 
sincère ,  il  fut  chéri  et  considéré  de 
ses  contemporains.  Il  termina  sa  car- 
rière le  28  juin  1754,  et  fut  enterré 
dans  l'église  d'Hillington,  terre  de  ses 
ancêtres  du  côté  maternel,  située  près 
de  Lynn  ,  dans  le  comté  de  Norfolk. 
Ses  nombreux  manuscrits  n'étant  pas 
en  ordre  pour  l'impression ,  il  en 
ordonna  la  suppression.  Par  son  tes- 
tament, il  légua  à  la  société  royale 
deux  cents  livres  sterling ,  un  superbe 
portrait  du  chancelier  Bacon  ,  et  une 
grande  bague  çn  cornaline,  sur  la- 
quelle étaient  sculptées  les  armes  de 
celle  société  ,  pour  l'usage  de  ceux 
qui  lui  succéderaient  dans  la  prési- 
dence. La  vente  de  s.i  bibliothèque , 


i56  FOL 

de  ses  gravures  et  de  son  cabinet  de 
me'dailles  dura  cinquante-six  jours ,  et 
produisit  plus  de  trois  raille  livres  ster- 
ling. Son  principal  ouvrage  est  inti- 
tulé :  I.  Talle  des  Monnaies  d'ar- 
gent d'Angleterre ,  depuis  la  cou' 
quête  des  Normands,  jusqu'au  temps 
présent ,  avec  leurs  poids  et  leurs  va- 
leurs intrinsèques ,  etc. ,  in. 4**.,  Lon- 
dres ,  T  745  (en  anglais  ).  Il  donna  en 
même  temps  une  1^.  e'dition  d'un  ou- 
vrage qu'il  avait  publie  en  1756,  in- 
titulé :  IL  Table  des  Monnaies  d'or 
d'Angleterre ,  depuis  la  I8^  année 
du  règne  d'Edouard  III ,  époque  à 
laquelle  on  commença  à  frapper  des 
monnaies  d'or  en  Angleterre ,  jus- 
qu'au temps  actuel.  Ce  dernier  ou- 
vrage a  été  publié  de  nouveau  en  1 765, 
avec  un  plus  grand  nombre  de  plan- 
ches, d'après  les  manuscrits  de  l'au- 
teur ,  par  les  soins  et  aux  frais  de  la 
société  des  antiquaires.  Les  nombreux 
Mémoires  que  Martin  Folkes  a  lus  à  la 
société  royale  de  Londres  ,  se  recom- 
mandent presque  tous  par  leur  utilité; 
nous    indiquerons    les    principaux  : 

III.  Remarque  sur  l'étalon  de  la  me- 
sure conservée  dans  le  Capitale  à 
Rome,  vol.  XXXlX,  n°.  44^>  P*  262. 

IV.  Comparaisons  entre  les  Mesures 
et  les  Poids  de  France  et  d'Angle- 
terre ,  vol.  XLII,  n".  465,  p.  i85. 

V.  Comparaison  de  divers  étalons 
de  Mesures  de  longueur  et  de  Poids 
fabriqués  pour  la  Société  royale  , 
ai>ec  les  étalons  conservés  à  la 
Tour ,  à  Guid  -  Hall ,  à  Founder- 
Hall,  vol.XLIl,  n". 470,  pag.  541» 
VL  Expériences  relatives  à  la  fra- 
gilité des  vases  de  verre  non  recuits , 
vol.  XLIII,  n\  4:7,  p.  5o5.  VIL  Re- 
marques sur  quelques  incrustations 
vues  à  Rome ,  dans  la  villa  Ludovi- 
«,  vol.  XLIII,  p.  557.  VIIL  Ob- 
servations pour  justifier  un  passage 
de  Pline ,  contre  une  correction  er- 


For. 

ronée  du  P.  Hardouin,  vol.  XîiV, 
n".  4^2,  pag.  365.  11  est  question 
dans  ce  Mémoire  de  la  longueur  de 
l'ombre  équinoxiale  du  gnomon  dans 
la  ville  d'Ancone ,  et  de  la  latitude  de 
cette  ville.  IX.  Examen  des  plus  an- 
ciennes  Cartes  d' Angleterre  y  lu  à 
la  société  royale  en  174^  :  Folkes 
prouve  que  ce  sont  celles  de  Christo- 
phe Saxton ,  et  que  les  plus  anciennes 
de  cet  auteur  sont  de  i574.  Martin 
Folkes  a  inséré  dans  V Archœologia. 
Rritannica  les  Mémoires  suivants, 
lus  à  la  sociétédes  antiquaires  :  Obser- 
vations sur  les  colonnes  Trajane  et 
Antonine,  v.  I ,  p.  117,  et  Observa- 
tions sur  une  Statue  équestre  en  bron- 
ze, vue  à  Rome ,  vol.  I ,  pag.  i  li.  Le 
Traité  d'optique  de  Robert  Smith ,  pu- 
blié en  1738,  in-4'''>  renferme  plu- 
sieurs observations  intéressantes  de 
Folkes  sur  les  phénomènes  de  la  vi- 
sion. Ce  savant  avait  réuni  une  belle 
et  riche  bibliothèque,  et  une  des  plus 
belles  collections  de  médailles  et  de 
monnaies  qu'on  eût  encore  vues  en 
Angleterre.  Il  aida  généreusement  l'or- 
nithologiste Edwards  ,  et  le  célèbre 
voyageur  Norden,  dansia  publication 
de  leurs  travaux.  Il  y  a  eu  plusieurs 
portraits  gravés  de  Folkes ,  l'un  peint 
en  1718,  par  Ricbardson ,  gravé  par 
Smith  en  17 19;  un  autre  peint  par 
Vanderbank ,  en  1 706 ,  gravé  par  Fa- 
bcr  en  1737;  un  3^  peint  par  le  fa- 
meux Hogarth,  en  i74ï>  conserve 
par  la  société  royale ,  gravé  de  même 
par  Faber  en  i74'^>  et  inséré  par 
Cookdans  ses  anecdotes  biographiques 
sur  Hogarth,  in^*"-?  1810,  vol.  Il, 
pag.  1 56;  un  /^^  enfin  peint  par  Hud- 
son ,  et  gravé  par  M.  Ardell  :  on  en 
trouve  encore  deux  autres  ,  l'un  dans 
la  Bibliomanic  de  Dibdin,  et  l'autre 
dans  les  Portraits  des  Hommes  illus- 
tres de  Danemark,  1 746, 7part.in-4". 
Jean  Antoine  Dassicr  a  gravé  et  frappt 


FOL 

une  médaille  deFolkes,  en  1740;  ^^ 
deux  ans  après  on  en  frappa  une  autre 
s  Rome ,  avec  cet  exergue  :  Sua  sidéra 
norunt  ;  sur  le  revers  est  une  pyramide 
et  un  sphinx.  On  a  érigé  à  Folkes , 
en  1792,  un  beau  monument  dans 
Tabbaye  de  Westminster.     W — r. 

FOLLEVILLE  (  l'abbé  Guyot 
DE  )  ,  plus  connu  sous  le  nom  de 
l'évêque  d'Agra.  Au  mois  de  mai 
1793,  pendant  que  l'armée  ven- 
déenne occupait  la  petite  ville  de 
Thouars ,  dont  elle  venait  de  s'empa- 
rer ,  quelques  paysans  trouvèrent 
dans  une  maison  un  homme  vêtu  eu 
soldat,  qui  leur  raconta  qu'il  était 
prêtre  ,  et  qu'on  l'avait  enrôlé  par 
force  dans  un  bataillon  à  Poitiers.  Il 
demanda  qu'on  le  conduisît  à  M,  de 
Villeneuve,  un  des  officiers  de  l'ar- 
mée vendéenne.  M.  de  Villeneuve  le 
reconnut  en  effet  pour  M.  l'abbé  de 
Folleville  ,  son  ancien  camarade  de 
collège.  Bientôt  l'abbé  ajouta  qu'il 
était  évêque  d'Agra  ;  que  des  évê- 
qiies  insermentés  l'avaient  en  secret 
consacré  à  St.-Germain ,  et  que  le 
pape  venait  de  l'envoyer  dans  les 
diocèses  de  l'ouest  avec  le  titre  de 
vicaire  apostolique.  Un  des  ecclésias- 
tiques les  plus  éclairés  de  l'armée  fut 
appelé  :  l'abbé  de  Folleville  lui  fit  le 
même  récit  avec  assurance  et  tran- 
quillité; il  citait  pour  garant  un  fort 
respectable  curé  et  la  supérieure  du 
couvent  de  sœurs  -  grises ,  situé  au 
milieu  du  pays  insurgé ,  et  disait  qu'ils 
avaient  connaissance  de  son  carac- 
tère et  de  sa  mission.  On  lui  proposa 
de  suivre  l'armée,  de  s'attacher  au 
parti  vendéen;  il  n'en  montra  aucun 
désir;  il  alléguait  sa  mauvaise  santé  : 
enfin  l'on  parvint  à  vaincre  son  hési- 
tation, et  M.  l'évêque  d'Agra  fut  pré- 
senté à  rétat-major  de  l'armée.  On 
n'avait  aucune  raison  pour  douter  de 
ses  récits  ;  il  avait  une  belle  figure , 


FOL  157 

un  air  de  douceur  et  de  componc- 
tion ,  des  manières  distinguées.  Les 
généraux  virent  avec  un  grand  plai- 
sir un  ecclésiastique  d'un  rang  élevé 
et  d'une  belle  représentation  venir 
contribuer  au  succès  de  leur  cause  par 
des  moyens  qui  pouvaient  avoir  beau- 
coup d'effet.  Cependant  tout  cequ*avait 
raconté  l'abbé  de  Folleville  était  faux  : 
étant  vicaire  à  Dol ,  il  avait  d'abord 
prêté  serment ,  puis  l'avait  rétracté, 
était  venu  à  Paris ,  et  de  là  s'était , 
quelque  temps  avant  la  guerre  de  la 
Vendée,  réfugié  à  Poitiers  chez  une 
de  ses  parentes.  Ses  manières  ,  soa 
air  religieux  et  doux ,  lui  avaient  valu 
le  meilleur  accueil  dans  la  société  de 
Poitiers. Toutes  les  âmes  pieuses,  Its 
religieuses  chassées  de  leur  couvent^ 
recherchaient  avec  beaucoup  d'em- 
pressement cet  abbé,  qui  vivait  caché. 
Ce  fut  alors  qu'il  imagina,  pour  se 
donner  plus  de  considération  et  d'im- 
portance, de  dire  quSl  était  évêque 
d'Agra  :  de  là  venait  que  le  curé  et  les 
religieuses  de  St.-Laurent  avaient  ap- 
pris son  existence  par  leurs  dévotes 
correspondantes  de  Poitiers.  Arrivé 
à  l'armée  sans  y  avoir  songé,  il  se 
trouva  porté  à  continuer  son  ro- 
man, dont  personne  ne  pensait  à  se 
méfier.  C'est  ainsi  qu'un  conte  ridi- 
cule dicté  par  une  sotte  vanité  le  cx)n- 
duisit  à  devenir  un  grand  person- 
nage dans  l'armée  vendéenne.  Sa  con- 
duite singuHère  n'admet  point  une 
autre  explication.  Ce  n'était  ni  un 
traître  ni  un  espion  ;  jamais  ses  dé- 
marches n'ont  eu  un  caractère  équi- 
voque ;  il  est  mort  pour  la  cause  ven  • 
déenne  avec  constance  et  courage: 
on  ne  peut  pas  supposer  non  plus  que 
cette  imposture  lui  eût  été  suggérée 
par  le  dessein  ambitieux  de  jouer  ua 
grand  rôle  dans  la  guerre  civile.  Ou 
eut  de  la  peine  à  l'y  entraîner;  il 
avait  inventé  son  épiscopal  avant  d« 


i53  FOL 

savoir  qu'il  viendrait  dans  la  Ven- 
dée :  d'ailleurs ,  il  ne  montra  jamais 
aucun  désir  de  domination;  c'était  un 
homme  de  peu  d'esprit,  sans  éner- 
gie, sans  ardeur,  d'une  grande  tié- 
deur de  zèle,  et  dont  tout  je  mérite 
était  quelque  usage  du  monde.  On 
a  voulu  dire  que  les  généraux  étaient 
complices  de  cette  fraude  ,  et  qu'elle 
avait  été  inventée  par  eux  pour  exer- 
cer plus  d'influence  sur  les  paysans. 
C'est  mal  connaître  les  cliefs  de  cette 
armée  que  de  les  supposer  capables 
de  se  jouer  ainsi  de  la  religion  :  si 
quelqu'un  eût  proposé  un  tel  pro- 
jet, quelle  n'eût  pas  été-J'indif^nation 
de  M.  de  Lescure  ou  de  M.  d'Eibée  î 
D'ailleurs  dans  un  si  nombreux  état- 
Tnajor ,  où  personne  encore  n'avait  le 
'^titre  décommandant,  où  tout  se  fai- 
sait publiquement  et  volontairement, 
où  il  y  avait  du  courage  et  du  dé- 
vouement, mais  nulle  habileté  et  au- 
cun projet  fixe  pour  l'avenir;  com- 
ment aurait-on  concerté  et  caché  une 
si  importante  supercherie?  On  crut 
sans  beaucoup  de  réflexion  un  récit 
vraisemblable,  et  qui  une  fois  admis 
devait  être  fort  utile  à  la  cause.  En 
effet  l'yrrivée  de  l'abbé  de  Folleville 
à  l'armée  produisit  d'abord  une  sen- 
sation extraordinaire  chez  les  paysans. 
liC  bonheur  d'avoir  un  évêque  parmi 
eux ,  de  recevoir  sa  bénédiction ,  d'as- 
sister aune  messe  épiscopale,  les  enor- 
gueillissait et  les  enivrait  de  joie;  leur 
ardeur  en  était  fort  augmentée.  On 
pi,  ça  ensuite  l'évêque  d'Agra   à   la 
tête  d'mi  conseil  supérieur,  qui  de- 
vait être  chargé  de  l'administration 
du  pays  insurgé,  et  qui  se  compo- 
sait d'ecclésiastiques ,  de  vieux  gen- 
tilshommes et  de  quelques  hommes 
de  loi.  Là  parut  cnlièreracnt  la  mé- 
diocrité, la  nullité  même  de  l'évêque  : 
il  avait  sous  sa  présidence  un  homme 
<£ui  tarda  peu  à  l'éclipser  cl  à  s*em- 


FOL 

parer  du  premier  rôle   où   l'appe- 
laient son  ambition,  son  ardeur  et 
son  habileté.  L'abbé  Bcrnier  fut  bien- 
tôt tout  autrement  connu  et  impor- 
tant dans  l'armée  que  l'évêque  d'Agra. 
11  paraît  que  guidé  par  l'espèce  d'ins- 
tinct que  donne  le  désir  d'abaisser  et 
de   détruire    son    supérieur ,    ayant 
d'ailleurs  plus  d'occasions  et  de  moyens 
de  le  pénétrer,  il  se  douta  de  la  su- 
percherie, et  qu'il  écrivit  en  cour  de  J 
Rome  pour  s'en  assurer.  Cela  n'est,  f 
il  est  vrai,  qu'une  conjecture;  mais, 
ce    qui   est    certain  ,   c'est    qu'im- 
médiatement après  le  passaç;e  de  la 
Loire,  au  moment  où  les  Vendéens 
vaincus  et  désespérés  étaient  forcés 
d'abandonner  leur  pays ,  un  bref  du 
pape  fut  apporté  aux  généraux  :   il 
était  en  latin  suivant  l'usage  ;  Ton  fit 
venir  l'abbé  Dernier  pour  le  lire.  Ce 
bref  portait  que  te  soi-disant  évêque 
d'Agra  était  un  imposteur  sacrilège. 
Les  géuéraux  demeurèrent  confondus 
et  fort  embarrassés  du  parti   qu'ils 
devaient  prendre  au  milieu  d'une  telle 
détresse,  f.orsque  l'armée  entière  hâ- 
tait sa  marche  pour  se  rallier  et  échap- 
per à  l'extermination,  on  ne  voulut 
point  ajouter  ce  scandale  h  tous  les 
sujets  d'agitation  de  ce  malheureux 
moment.  On  se  résolut  à  tenir   la 
chose  secrète.  Les  uns, indignés  de  ce 
qu'il  avait  abusé  l'armée  catholique 
sur  une  chose  si  sainte  et  si  respecta- 
ble ,  ne  parlaient  pas  moins  que  de  le 
faire  périr  et  de  le  jeter  dans  une  bar- 
que quand  on  arriverait  à  la  côte.  Plu- 
sieurs se  méfiaient  de  quelque  trahi- 
son, et  n'étaient  pas  moins  sévères 
dans  leur  opinion  :  d'autres,  se  souve- 
nant  combien   ce  pauvre  imposteur 
était  doux  et  bonhomme,  combien  au 
fond  sa  piété  était  sincère ,  quoique 
peu  fervente,  ne  trouvaient  pas  que  sa 
sottise  fut  un  si  grand  crime,  et  avaient 
pitié  de  lui  ;  ils  uc  pensaient  pas  qu'au 


FOL 

milieu  de  tant  de  désastres  on  dût  trai- 
ter avec  une  extrême  rigueur  un  com- 
pagnon d'infortune  ,   et  ils  savaient 
mauvais  gré  au  curé  de  Saint-Laud 
du   zèle   et  de    la   suite  qu'il   avait 
mis   à   le  perdre.   I/évéque   s'aper- 
çut bientôt ,  au  ton  froid  et  réservé 
dont  les  chefs  usaient  avec  lui,  qu'on 
savait  quelque  chose,  et  il  en  fut  en- 
core bien  puis  sûr  lorsque  passant  à 
Dol,  où  il  avait  été  vicaire,  il  fut  re- 
connu; dès-lors  il  devint  profondé- 
ment triste,  mais  avec  calme  et  cou- 
rage. A  l'attaque  de  Grauville ,  il  passa 
la  journée  à  parcourir  les  rangs ,  en- 
courageant les  soldats  ,  relevant  les 
blessés,  leur  donnant  les  consolations 
de  la  religion  sous  le  feu  de  l'ennemi , 
et  cherchant  une  mort  que  sa  posi- 
tion lui  faisait  désirer.  Il  continua  à 
suivre  l'armée  jusqu'au  moment  où, 
après  la  déroule  du  Mans ,  elle  fut 
presque  détruite  ;  alors  il  se  cacha , 
et  déroba  pendant  quelque  temps  sa 
vie  aux  poursuites  qu'on  faisait  con- 
tre les  Vendéens  dispersés  et  fugi- 
tifs. Après  quelques  semaines  ,  il  fut 
pris  et  amené  à  Angers.  Il  déclara 
d'abord  qu'il  était  secrétaire  de  M.  de 
Lescure;  mais  il  ne  pouvait  être  mé- 
connu à  Angers ,  où  peu  de  mois  avant, 
pondant  les  triomphes  des  Vendéens, 
il  était  venu  en  grande  pompe  officier 
poniificalement.   «   Tu   es    l'évêque 
»  d'Agra,  lui  dit-on  !  —  Oui,  répon- 
»  dit -il,  je  suis  celui  qu'on  appelait 
»  ainsi.  »  Il  fut  conduit  à  féchataud  , 
et  y  monta  avec  courage  le  5  janvier 
1794.  Les  journaux  républicains,  et 
d'après  eux  M.  Garât ,  dans  un  éloge 
du  général  Kléber,  prononcé  publi- 
quement, ont  fait  de  l'évêque  d'Agra 
un  prêtre  fanatique  qui  encourageait 
les  Vendéens  au  combat  et  au  car- 
nage. Il  y  avait  plus  d'esprit  de  parti 
que  de  connaissance  des  faits  dans  ce 
jugement  et  celle  peinture  d'un  hom- 


J"OL  i5o 

me  dont  le  caractère  était  absolument 
le  contraire  de  foute  violence.     A. 

FOLLI  ou  FUOLl  (  Cecilio),  né 
en  i6i5,  à  Fanano,  sur  les  Aîpcs 
modenaises ,  après  la  mort  de  son 
père,  qui  fut  tué  à  l'armée.  Elevé 
chez  son  oncle,  membre  du  conseil 
de  santé  de  Venise,  le  jeune  Folli  fit 
avec  distinction  ses  cours  d'humanités 
et  de  philosophie ,  alla  étudier  la  mé- 
decine à  l'université  de  Padouc  ,  et  y 
obtint  le  doctoral.  De  retour  à  Ve- 
nise ,  il  fut  créé  chevalier,  et  promu 
à  la  chaire  d'anatomie,  qu'il  remplit 
honorablement  jusqu'à  sa  mort.  Ses 
ouvrages  sont  en  petit  nombre  et  peu 
volumineux;  cependant  ils  renferment 
des  idées  ingénieuses,  et  même  des 
découvertes  réelles.  I.  Sanguinis  à 
dextro  in  sinîstrum  cordis  ventri- 
culiun  defluentis  facilis  reperta  via  ; 
ciii  non  vidguris  in  lacteas  nuper 
patefactas  venus  animadversioprœ- 
ponitur ,  Venise,  lôSg,  in-4'*«  On 
retrouve  cet  opuscule  dans  le  Sjyn- 
tagma  anatomicnm  de  Jean  Vesling, 
1641  ,  et  joint  à  d'autres  monogra- 
phies médicales,  Leyde,  1723.  L'au-r 
leur  a  connu  et  démontré  les  vais- 
seaux lactés  sur  les  cadavres  humains  ; 
il  s'est  assuré  que  le  chyle  se  dirigeait, 
à  l'aide  des  valvules,  vers  les  troncs 
principaux.il  dit  avoir  observé  le  trou 
ovale  et  le  canal  artériel  chez  l'adulte. 
l\.Noi>a  auris  internée  delineatio, 
Venise,  i645,  in-4"'.  fig.  ;  plusieurs 
fois  réimprimé  et  inséré  dans  divers 
recueils  :  cet  écrit  de  quelques  pages  est 
en  quelque  sorte  une  simple  expUcation 
des  figures.  Pourtant  il  est  précieux 
par  son  exactitude  et  par  les  faits  nou- 
veaux dont  il  est  enrichi  :  on  y  voit 
les  canaux  demi-circulaires  et  le  lima- 
çon isolés  de  l'os  temporal,  la  longue 
apophyse  du  marteau ,  et  le  muscie 
antérieur  de  cet  osselet,  le  petites 
Icniiculaire  ou  orbicuiairc  de  l'oreille 


i6o  FOL 

interne ,  et  le  muscle  de  retrier.  TII.  ' 
Discorso  sopra  la  generazione  e 
V usa  délia  pinguedine,  Venise,  i644t 
iu-4'.  L'auteur  fait  de  vains  efforts 
pour  prouver  que  la  graisse  n'est  pas 
sccrëtëe  par  le  sang.  C. 

FOLLÏ  (François),  naquit  le  5 
mai  1624,  au  château  de  Poppi,  en 
Toscane,  près  de  la  source  de  l'Arno. 
Sa  famille,  originaire  de  Borgo  di San- 
Sepolcro ,  avait  fourni  des  hommes 
d'état  et  des  littérateurs  distingués. 
Entraîné  par  son  goût  pour  les  scien- 
ces naturelles,  Folli  choisit  la  méde- 
cine. Il  exerçait  depuis  huit  ans  cette 
profession  à  Bibbiena ,  lorsqu'au  mois 
d'août  i665,  il  fut  appelé  à  Flo- 
rence en  qualité  de  médecin  de  la  cour. 
Le  grand-duc  Cosme  III  de  Medicis 
lui  proposa  le  même  emploi  auprès  de 
la  princesse  sa  fille.  Mais  Folli  avait 
senti  le  poids  des  chaînes  qu'impose 
constamment  la  faveur  des  souverains. 
Il  refusa  le  poste  brillant  qui  lui  était 
offert,  s'éloigna  de  la  cour,  quitta 
même  la  Toscane  ,  et  se  relira  dans  la 
petite  ville  de  Citerua,  011  il  donna 
ses  soins  aux  malades  jusqu'à  sa  mort, 
arrivée  en  i685.  Folli  ne  se  borna 
point  à  la  pratique  de  son  art;  il  fit 
àcs  expériences  multipliées,  toutes 
ingénieuses ,  et  dont  quelques-unes 
ont  éclairé  ou  perfectionné  la  physi- 
que et  l'agriculture.  Les  écrits  dans 
lesquels  il  a  consigné  le  résultat  de 
ses  travaux  méritent  certainement  des 
éloges,  bien  qu'ils  ne  soient  pas  à  l'a- 
bri de  la  critique.  I.  Recreatio  pky- 
sica^  in  qud  de  sanguinis  et  omnium 
vivenlium  universali  analogicd  cir- 
culatione  disseritut\  Florence ,  1  ()65, 
in-8**.  L'auteur  adopte  et  exalte  la 
belle  découverte  de  Guillaume  Harvey, 
dont  il  fait  des  applications  trop  géné- 
rales au  système  de  l'univers.  Il  cher- 
che à  concilier  les  opinions  des  an- 
oiens  avec  celles  des  inQdernçS;  trace 


FOL 

«ne  description  assez  fidèle  d'une  (épi- 
démie de  fièvres  putrides,  regarde  la 
bile  comme  la  cause  productrice  de  U 
fièvre  tierce  et  de  la  quarte:  en  effet, 
plusieurs  observations  tendent,  sinoa 
à  confirmer,  du  moins  à  rendre  vrai- 
semblable cette  origine.  IL  Stadertt 
medica ,  nella  qiiale ,  oltre  la  medi" 
cina  infusoria  ed  altre  novità ,  si 
bilanciano  le  ragioni  fai>orevoli  e  l& 
contrarie  alla  iransfusione  del  san- 
guey  Florence,  1680,  in-8\  Folli  se 
proclame  l'inventeur  de  la  transfusion 
du  sang,  qu'il  avait  exécutée  dès  le 
i3  août  1654,  en  présence  de  Fer- 
dinand IL  Les  historiens  de  cette  opé- 
ration singulière ,  loin  de  reconnaître 
les  droits  du  médecin  de  Citerna ,  font 
à  peine  mention  de  lui.  Chacun  saitque 
la  gloire  de  l'invention  en  appartient 
à  Libavius.  Folli  prétend  aussi  avoir 
imaginé  le  premier  un  instrument  pro- 
pre à  mesurer  l'humidité  atmosphé- 
rique :  il  le  nomma  mostra  umidaria» 
Pour  rendre  cet  hygroscope  ou  hygro- 
mètre plus  commode  et  plus  utile  à  la 
météorologie ,  l'auteur  y  adapta  ua 
thermomètre.  III.  Dialogo  intonio 
alla  cultura  délia  vile  ,  Florence, 
1670,  in-8".  La  méthode  de  Folli 
consiste  à  laisser  végéter  la  vigne  en 
toute  liberté,  à  favoriser  même  son 
développement  par  le  moyen  des  tail- 
les ,  qui  réunissent  à  la  beauté  l'avan- 
tage de  produire  des  fruits  plus  abon- 
dants et  plus  savoureux. Les  matériaux 
de  cet  article  ont  été  puisés  dans  un 
Eloge  peu  commun  de  François 
Folli ,  par  Pi.  F.  Durazzini.         (]. 

FOLLI  E  (Louis -Guillaume  DE 
la),  amateur  dislmgué  de  chimie,  et 
l'un  des  membres  les  plus  instruits 
de  l'académie  de  Rouen,  sa  patrie,  à 
laquelle  il  a  fourni  plus  de  vingt  mé- 
moires, de  1774  à  1780.  Il  paraît 
que  né  avec  un  esprit  arlent,  il  ne 

pouvait  §e  boruef  à  suivre  les  traces 


FOL 

de  ses  contemporains ,  et  il  s*élançait 
au-delà  des  bornes  de  la  science  : 
également  mécontent  des  idées  des 
anciens  et  des  nouveaux  chimistes , 
il  cherchait  à  s'ouvrir  une  nouvelle 
route;  mais,  emporte  par  son  imagi- 
nation ,  il  fut  incapable  de  dëvelop- 
Eer  ses  idées  avec  me'thode.  Rassem- 
lant  toutes  ses  conceptions,  il  en 
composa  un  ouvrage  singulier  sous  ce 
titre  :  Le  Philosophe  sans  prétention 
ou.  V Homme  rare  ,  ouvrage  physi- 
que,  chimique,  politique  et  moral , 
dédié  aux  Savants,  par  M.  D.  L.  F. 
Paris,  1775,  in-8°.  ;  trad.  en  alle- 
mand, Francfort,  1781,  in-8°* 
Cest  une  espèce  de  roman  dans 
lequel  Ormasis,  le  principal  per- 
sonnage ,  paraît  être  un  magicien 
qui  étonne  par  de  prétendus  pro- 
diges, tandis  qu'au  fond,  ce  n'est 
qu'un  physicien  habile  qui  connaît 
mieux  les  secrets  de  la  nature  que  les 
•  autres.  On  voit  facilement  que  l'auteur 
expose  par  l'organe  de  ce  personnage 
ses  principes  de  chimie  et  de  physique. 
Il  y  attaque,  par  le  ridicule,  Vacidum 
pingue  de  Meyer;  mais  il  se  donne  le 
tort  d'attaquer  de  même  Vairjixe  de 
Priestley,  et  la  conversion  de  l'air  en 
eau  ,  l'une  des  bases  de  la  chimie 
moderne,  qui,  à  la  vérité,  commen- 
çait seulement  à  se  former.  Cet  ou- 
vrage est  écrit  avec  chaleur ,  quelque- 
fois avec  une  volupté  un  peu  vive  pour 
un  ouvrage  de  ce  genre ,  et  trop  sou- 
vent avec  une  boursoufHure  philoso- 
phique. FoUie  employa  d'une  manière 
plus  utile  ses  connaissances  chimiques 
en  secondant  les  recherches  de  son 
ami  Dambourney  sur  les  végétaux  co- 
lorants indigènes  ;  il  avait  entre  autres 
découvert  un  mordant  qui  lui  parais- 
sait propre  à  fixer  toutes  les  couleurs 
végétales.  Il  publia  dans  le  journal  de 
physique,  tome  IV,  1774?  ^^  Exa- 
men d\ne  terre  verte  que  Von  trouve 


FOL 


i6t 


aux  environs  de  Pont-Judemer,  en 
Normandie,  avec  quelques  expé- 
riences qui  paraissent  démontrer 
que  les  couleurs  variées  de  toutes 
les  plantes  ne  sont  que  le  résultat 
des  précipités  ferrugineux  ;  et  dans 
le  tome  V  du  même  recueil,  p.  452, 
et  suiv.,  des  Observations  et  expé' 
riences  sur  les  cidres.  Parmi  les 
Mémoires  qu'il  lut  à  l'académie  de 
Bouen,  on  estime  son  travail  sur 
les  cristallisations  arborescentes  de 
certains  sels,  sur  les  vernis  au  feu 
et  à  Veau,  sur  le  bleu  de  Prusse, 
sur  Vétain  soumis  à  une  nouvelle 
épreuve,  sur  la  potasse,  etc.  On  doit 
surtout  à  ce  zélé  citoyen  des  décou- 
vertes importantes  sur  la  teinture  en 
jaune  tirée  de  la  gaude,  et  sur  la 
manière  de  fixer  sur  le  fil  la  couleur 
dite  rouge  des  Indes.  On  lui  doit 
aussi  un  Mémoire  sur  le  doublage 
des  vaisseaux  par  le  moyen  d'une 
composition  métallique  plus  avanta- 
geuse que  le  cuivre.  Il  venait  de  re- 
cevoir le  brevet  d'inspecteur  des  ma- 
nufactures ,  lorsqu'il  mourut  des  suites 
d'une  chute,  en  1780,  à  l'âge  de 
47  ans.  —  Un  autre  Follie  ,  né  à 
Paris  en  1761,  s'étanl  embarqué  à 
Bordeaux  sur  le  navire  les  Deux 
Amis  qui  fit  naufrage  sur  la  côte 
d'Afrique  le  17  janvier  1784,  fut, 
avec  le  reste  de  l'équipage,  réduit  chez 
les  Maures  dans  une  cruelle  captivité, 
dont  on  peut  voir  les  détails  dans  les 
Voyages  de  Saugnier (Y oy.  Borde, 
V,  i58,  n°.  XI).  Follie,  rendu  enfia 
à  sa  patrie ,  publia  la  relation  de  ses 
malheurs  sous  le  titre  de  Voyage 
dans  les  déserts  du  Sahara,  Paris , 
1792,  in-8°.  de  171  pag.  ;  trad.  en 
allemand  par  J.  Reinhold  Forster, 
Berlin,  1795,  in-8''.      D— P— s. 

FOLLIlN  (Herman),  médecin  fri- 
son du  17®.  siècle,  exerça  pendant 
plusieurs  années,  avec   distinction, 

II 


î6  FOL 

remploi  de  médecin-pliy.Nicien  de  la 
ville  de  Bois-le-Duc.  Appelé  en  qua- 
lité' de  professeur  à  Cologne ,  il  dé- 
ploya dans  renseignement  de  son 
art  !c  talent  qu'il  avait  montre  comme 
praticien.  Ses  ouvrages  toutefois  of- 
frent peu  d'inte'rêt  ;  on  les  consulte 
rarement  aujourd'hui  :  I.  Amulethum 
Antonianum,  seu  luispesUferœfu^aj 
ciii  accessit  utilis  libellas  de  cauteriis, 
Anvers,  1618,  in-B^.  On  est  choqué 
par  l'absurdité  du  premier  de  ces  litres 
et  par  la  basse  adulation  qui  la  dicte'. 
Le  livre  est  dédie'  au  baron  Antoine 
Grobbendonck,  goujirerneur.  L'amu- 
lette antipestilentielle  n'empê»  ha  point 
l'auteur  de  périr  victime  du  fléau  dont 
elle  préservait.  IL  Orationes  duœ  : 
De  naturd  febris  pedicularis  ejus- 
que  curatione  :  De  studiis  chymicis 
conjungendis  cum  Ilippocraticis , 
Cologne,  1622,  in-S".  ifollin  a  écrit 
en  outre  une  mauvaise  arithmétique, 
une  algèbre  pitoyable  en  latin,  et  un 
Traité  hollandais  sur  les  tempéra- 
ments, qui  ne  méritait  guère  la  tra- 
duction latine  qu'en  a  publiée  le  fils 
de  l'auteur  ,  sous  ce  titi'c  :  Spéculum 
natiirœ  humanœ  ,  si^e  mores  el 
temperamenta  hominum  usque  ad 
inlimos  animorum  secessus  cogîios- 
cendi  modus ,  methodo  Aristotelis 
illustratus , Cologne,  1649,  in-'^- — 
Jean  FoLLiN,fils,  ne  se  borna  pas  au 
rôle  de  traducteur.  Né  à  Bois-le-Duc, 
il  pratiqua  la  médecine  comme  son 
père,  et.  publia  deux  espèces  de  Ma- 
nuels qui  ont  joui  de  quelque  réputa- 
tion :  I.  Synopsis  tuendœ  et  conser- 
vandce  honœ  valetudinis ,  Bois-le- 
Duc,  i64t),  in-i'2;  ibid.  iG4b;  Co- 
logne, i()48,  in- 12.  IL  Tjrocinium 
medicinœ  praclicœ ,  ex  probatissi- 
mis  auctoribus  digestum,  Cologne, 
1648,  in- 12.  C. 

FOLQUET,  troubadour,  ne  à  Ro- 
mans, ûorissaitTcrsle  commencement 


FON 

du  l5^  siècle.  Les  manuscrits  âa 
temps  disent  qu'il  fut  comblé  d'hon- 
neurs par  les  nobles,  et  qu'aptes  avoir 
chanté  ses  amours  pour  une  grande 
dame  qui  habitait  le  D.iuphiné,  il 
passa  en  Itilie,  où  il  vécut  successive- 
ment à  la  cour  He  Frédéric  II,  aupiès 
du  marquis  de  Mont  ferrât,  et  enfin, 
à  Savone,  dans  la  maison  du  seigneur 
de  Carret.  Ses  Sirifenies,  dans  les- 
quels il  blamc  les  méchants  et  louo 
les  bons,  n'offrent  guère  que  des  idées 
communesrengcnérrtljdans  ces  pièces, 
il  s'efforce  de  ranimer  l'enthousiasme 
pour  les  croisades  ;  cependant ,  ma'gi  é 
l'opinion  de  Crescimbeni ,  on  peu| 
croire  qu'il  ne  prêcha  point  d'exem- 
ple, et  qu'il  ne  fut  jamais  tenté  d'aller 
dans  l'Orient  à  la  suite  du  marquis  de 
Montferrat,  dont  l'expédition  avait 
pour  objet  de  recouvrer  le  royaume 
de  Thessaloniqne.  I' — x. 

FONCEMAGiSE  (Etienne  Lau- 
REAULT  de),  né,  en  1694,  à  Or- 
léans, entra,  presque  au  sortir  du 
collège ,  dans  la  célèbre  congrégation 
de  l'Oratoire.  Pendant  qu'il  enseignait 
les  humanités  à  Soissons,  sa  santé  fut 
altérée  par  un  excès  de  travail.  Il  vint 
chercher  dans  la  maison  paternelle  un 
repos  indispensable.  Cédant  enfin  aux 
instances  d'un  père  dont  il  était  le  fils 
unique,  il  consentit  à  demeurer  dans 
le  monde.  La  terre  qu'il  habitait  était 
voisine  de  celle  du  duc  d'Antin  ,  qui 
l'appela  dans  la  capitale,  où  il  ne  ce.<isa 
de  lui  donner  des  preuves  de  con- 
fiance et  d'affection.  Le  jeune  Foncc- 
magnc  acquit  bientôt  de  la  réputation. 
En  I  722 ,  l'académie  des  inscri|>tions 
et  Ijelles-letlres  l'admit  au  nombre  de 
ses  membres.  Il  inséra ,  dans  les  mé- 
moires de  cette  compagnie,  au  moins- 
douze  dissertations.  Nous  indiquerons 
seulement  les  principales  :  Sous  la  pre- 
mière race  de  nos  rois ,  la  couronne  . 
etait-eîle  e'iectii^e  ou  héréditaire?  il 


FON 

consacre  deux  mëraoires  à  la  discussion 
de  ces  deux  opinions,  et  fait  voir  que 
la  seconde  est  la  seule  admissible.  U 
confirme  celte  décision  par  un  troi- 
sième mémoire ,  dans  lequel  il  prouve 
que ,   sous  la  première  race ,  c'était 
une  maxime  d'admettre  tons  les  fils 
des  rois  au  partage  du  royaume   de 
leur  père.  Un  préjugé  presque  univer- 
sel faisait  croire  que  les  filiesen  France 
sont  exclues  de  la  succession  au  trône 
par  une  disposition  expresse  de  la  loi 
salique.  Foncemagnc  démontre  que 
cette  exclusion  émanait  simplement  de 
Tesprit  dans  lequel  on  avait  rédigé  la 
loi.  En  parvenant  à  donner  une  idée 
exacte  de  l'ctendue  de  la  monarchie 
française  sous  la  première  race,  il  re- 
connaît l'impossibilité  de  fixer  les  bor- 
nes des  royaumes  particuliers  qui  en 
formaient  la  division.  Les  uns  attri- 
buaient l'origine   des  armoiries  aux 
tournois,  les  autres  aux  croisades.  U  se 
décide  d'abord  en  faveur  des  premiers. 
Dans  un  second  mémoire ,  il   avoue 
qu'il  faut  unir  les  deux  opinions,  et  il 
présente  un  extrait  si  clair,  si  fidèle 
de  ce  que  ses  prédécesseurs  avancent 
de  plus  important  sur  cette  matière , 
que  l'on  peut  se  dispenser  de  recourir 
à  leurs  écrits.  Dans  tout  ce  qui  sort  de 
la  plume  de  Foncemagne  ,  on  remar- 
que l'érudition  réglée  par  le  goût,  le 
latent  de  saisir  des  conséquences  justes 
et  neuves.  Sa  marche  est  méthodique 
sans  pesanteur  j  son  style  est  précis 
sans  sécheresse,  élégant  sans  recher- 
che. On  n'estime  pas  moins  l'impartia- 
lité de  sa  discussion  que  les  ressources 
de  sa  dialectique.  Il  réfute  ses  adver- 
saires avec  une  politesse  aimable  et 
franche  Jl  refusa  deux  fois  le  secrétariat 
de  l'académie  des  inscriptions,  d'abord 
en  174-,  lor.-que  de  lioze  s'en  démit, 
cusuile  eu  1  749,  à  la  mort  de  Frérctj 
mais,  pour  soulager  iiougainvillc  dans 
l'exercice  de  celte  place,  il  publia  les 


FON  i65 

tomes  XVI  et  XVII  qui  comprennent 
les  années  1741?  ^']^^i  1745.  La 
partie  historique  de  ces  trois  années 
est  la  plus  volumineuse  de  ses  compo- 
sitions.QuoiqneBoug.iinvilleetDupuy 
n'annoncent  sous  son  nom  que  l'his- 
toire de  ces  trois  années  ,  il  est  pro- 
bable qu'il  s'occupa  de  celle  de  plu- 
sieurs des  années  précédentes.  Eu  ef- 
fet, dès  le  10  janvier  1757,  l'abbe 
de  Rothelin ,  eu  le  recevant  à  l'aca- 
démie française,  où  Foncemagne  fut 
admis  à  la  place  de  Bussy-Rabutiu  , 
évêque  de  Luçon  ,  s'exprime  en 
ces  termes  :  «  L'académie  des  ins- 
»  criptions  exige  de  vous  deux  fois 

»  par  an de  rendre  compte  par 

»  d'exactes  analyses ,  de  h.  suite  et  du 
»  progrès  de  son  travail ,  à  des  audi- 
»  leurs  dont  il  est  essentiel ,  autant 
»  que  flilteur,  de  mériter  les  suf- 
»  frages.  »  Son  ouvrage  le  plus  cité  est 
sa  réponse  à  Voltaire ,  relativement 
au  Testament  politique  du  cardinal 
de  Richelieu.  Cotte  discussion  étant 
en  général  imparfaitement  connue , 
parce  qu'on  ne  la  lit  guère  que  dans 
les  œuvres  du  philosophe  de  Ferney, 
nous  allons  en  donner  un  aperçu.  En 
1749,  dans  une  dissertatiou  intitulée 
Des  mensonges  imprimés ,  Voltaire 
prétendit  que  ce  testament  était  sup- 
posé par  la  fourberie  ;  que  l'igno- 
rance ,  la  pré\fention ,  le  respect  d'un 
grand  nom  rayaient  fait  admirer  ; 
qu'il  ne  convenait  ni  au  caractère , 
ni  au  stjle  du  ministre  à  qui  on  le 
donne ,  ni  au  roi  auquel  on  Va- 
dresse,  ni  au  temps  où  on  le  suppose 
écrit.  L'idée  seule  d'un  pareil  caté- 
chisme lui  semble  ie  comble  du  ridicule. 
Foncemagne  lui  répondit,  en  i75g, 
par  mie  Lettre  aussi  poiie  qu'instruc- 
tive, adressée  à  un  anonyme.  Vol- 
taire n'eut  a  se  plaindre  que  de 
la  solidité  des  raisonnements  qu'elle 
contient.  Il   y  fit ,   sous  le  titre  de 


t64  foN 

Doutes  nouveaux ,  une  réplique 
qui  ajoutait  peu  de  force  à  ses  pre- 
miers arguments.  Il  eu  reproduisit 
les  principaux  traits^ans  son  Siècle 
de  Louis  XI  F,  dans  son  Essai  sur 
les  mœurs  et  Vesprit  des  nattons,  etc... 
Ces  attaques  reitëiees  accrëditaici4 
l'opinion  d'un  écrivain  célèbre  que  tout 
le  monde  lit,  et  d'après  lequel  tant  de 
lecteurs  parlent.  Foucemagne,  peu  ja- 
loux d'occuper  la  renammée ,  recueil- 
lait en  silence  des  matériaux  qui  don- 
naient chaque  jour  plus  de  poids  à  sou 
sentiment.  Il  en  augmenta  sa  lettre, 
dont  il  fit ,  pour  ainsi  dire,  un  nouvel 
ouvrage.  Cette  lettre  précieuse,  vrai 
modèle  de  critique ,  parut  à  la  suite  de 
Fédition  que  Marin  donna  des  Maxi- 
mes d'état  ou  du  Testament  politique 
du  cardinal  de  Kichelieu ,  en  2  vol. 
in-8'V,  avel;  une  préface  et  des  notes, 
à  Paris  ,  chez  Ltbretou  ,  1 764.  H  y 
règne  un  ton  persuasif,  propre  à  ins- 
pirer la  confiance  et  l'intérêt.  En  cher- 
chant la  vérité  de  bonne  foi ,  en  crai- 
gnanî  d'abonder  en  son  sens ,  l'auteur 
relève ,  avec  autant  de  modestie  que 
d'urbanité  ,  les  inexactitudes  ,  les 
fausses  conséquences  ,  les  chicanes 
puériles  de  Voltaire.  Il  le  suit  pas  à 
pas,  le  combat  quelquefois  avec  ses 
propres  armes  ,  et  ne  laisse  aucune 
objection  sans  une  réponse  plus  ou 
moins  satisfaisante.  S'il  lui  arrive  d'ex- 
euser  les  méprises  du  cardinal  par 
l'exemple  de  Voltaire  lui-même,  dont 
il  en  rapporte  de  plus  frappantes,  il 
ajoute  aussitôt ,  avec  ménagement  : 
«  Comme  M.  de  Voltaire  ne  cite  jamais 
»  ses  garants ,  on  ignore  si  c'est  à  lui 
)>  ou  aux  écrivains  qu'il  a  consultés  , 
»  qu'on  doit  imputerles  fautes  qui  ont 
»  pu  lui  échapper.  Je  crains  bien 
»  d'avoir  péché  par  l'excès  contraire , 
»  et  qu'il  ne  m'en  coûte  d'essuyer  ,^  de 
»  votre  part,  quelque  plaisanterie  sur 
»  la  profusion  des  citations.  »  L'em- 


FON 

pïoî  fréquent  des  comparaisons ,  les 
métaphores  outrées  ,  les  allusions 
froides,  sont,  aux  yeux  de  Fouce- 
magne ,  le  sceau  du  siècle  où  le  Tes» 
tament  a  été  composé.  En  reconnais- 
sant que  le  cardinal  n'a  point  assez  vécu 
pour  y  mettre  la  dernière  main  ,  non 
seulement  il  n'y  voit  rien  qui  ne  puisse 
être  de  lui ,  mais  il  voit  beaucoup  de 
choses  qui  ne  peuvent  être  que  sou  ou- 
vrage» Il  y  trouve  le  plan  d'un  traité 
complet  de  politique.  11  regarde  l'in- 
troduction comme  un  modèle  des  abré- 
gés de  ce  genre. Il  croit  qu'on  pourrait 
puiser,  dans  le  cours  du  livre ,  un  re- 
cueil de  pensées  comparables  à  ce  que 
nous  avons  de  mieux ,  et  même  écrites 
avec  cette  précision  sententieuse ,  peu 
connue  au  milieu  du  17''.  siècle.  Il  re- 
marque un  nombre  infiiii  de  traits 
qui  portent  le  cachet  du  ministre  de 
Louis  Xllï.  Voltaire  ne  se  livre  pas 
à  un  examen  aussi  scrupuleusement 
approfondi.  Le  caractère  de  son  esprit 
ne  comportait  pas  tant  de  patience  et 
d'attention.  H  s' éionnQ  ([\\  un  premier 
ministre  ne  dise  rien  des  négociateurs 
que  Von  peut  employer  ^  et  cependant 
un  chapitre  roule  uniquement  sur  ce 
point.  Son  antagoniste  convient  que 
le  cardinal,  après  avoir  formé  son  plan 
tel  que  nous  l'avons,  a  pu  se  faire 
donner  des  mémoires  sur  certains  ti- 
tres dont  l'objet  ne  lui  était  pas  (ami-  = 
lier,  ou  demandait  des  recherches  que  | 
nelui  permettaient  pas  ses  occupations.  ^ 
Voltaire  en  infère  hardiment  que  Fon- 
cemagne  tombe  dans  une  contra- 
diction manifeste,  à  moins  ,  lorsqu'il 
nomme  Richelieu,  qu'il  n'entende  tou- 
jours l'abbé  de  Boui^éys ,  ou  quelques 
autres  des  auteurs  auxiliaires  qu'il 
employait.  La  réflexion  suivante  suffit 
pour  détruire  ce  reproche;  «  Ceux  qui 
»  ont  amassé ,  même  préparé  les  ma-  ' 
«  tériaux  d'un  édifice ,  ne  partagent 
»  point  avec  l'architecte  l'honneur  de 


FON 

»  la  construction.  »  Il  ne  nie  pas  for- 
mellement l'existence  d'une  suite  de 
rintioduclion  au  Testament,  connue 
sous  le  titre  de  Narration  succinte 
des  principaux  événemenls  du  règne 
de  Louis  XIII:  ccttesuile  tirée  récem- 
ment des  manuscrits  de  Colbert ,  est , 
en  plusieurs  endroits  ,  corrigée  de  la 
main  du  cardinal.  II  conclut  des  correc- 
tions ,  que  le  cardinal  n'approuvait 
point  la  Narration  succinte  où  elles 
se  trouvent-,  quoiqu'elles  soient  plutôt 
une  preuve  d'authenticité  qued'impro- 
bation  de  sa  part.  C'est  de  plus  une 
démonstration  pour  lui  que  le  Testa" 
ment ,  proprement  dit ,  est  supposé , 
puisqu'il  ne  s'y  rencontre  aucune  cor- 
rection semblable.  Il  déclare  que  si 
Bourzéys  le  lui  montrait,  signé  delà 
main  de  Richelieu ,  il  luidirait  :  «  Non , 
»  il  n'est  pas  de  lui,  c'est  vous  qui  lui 
»  avez  fait  signer  votre  ouvrage.  » 
Dans  sa  dernière  réplique  ,  intitulée 
Nouveaux  doutes  ,  dans  la  Lettre 
d'envoi  qui  l'accompagne  ,dans  V ar- 
bitrage entre  M.  de  Voltaire  et 
M.  de  Foncemagne,  arbitrage  d'après 
lequel ,  ainsi  qu'on  le  devine  aisément , 
le  premier  gagne  son  procès  d'emblée, 
il  ne  fait  que  tourner  dans  le  cercle 
des  mêmes  objections.  Pendant  ce  long 
débat  il  proteste  de  son  zèle  pour  la 
vérité  ,  c'est  en  citoyen  quil  parle , 
c'est  Vintérét  du  genre  humain  qu'il 
réclame.  Néanmoins  ,  soit  que  ce  gé- 
nie brillant  et  vif  ne  puisse  s'asservir 
à  copier  littéralement ,  soit  qu'il  ne 
puisse  résister  au  désir  de  faire  triom- 
pher sa  cause  ,  il  ne  respecte  pas  tou- 
jours la  pureté  du  texte  qu'il  critique, 
il  tranche  les  difficultés,  au  lieu  de  les 
résoudre. Par  exemple, il  avait  affirmé' 
que  Ze  moindre  goût,  le  moindre  dis- 
cernement suïdsnianl  pour  faire  rejeter 
le  Testament ,  comme  fabriqué  par 
l'imposture.  L'autorité  de  La  Bruyère 
cl  de  Montesquieu  lui  est  opposée.  Il 


?0N  l'es 

répond  avec  assurance  :  «  Dès  qu'une 
»  fois  la  prévention  est  établie ,  vous 
»  savez  que  la  raison  perd  tous  ses 
»  droits.  »  On  a  vanté  la  modération 
qu'il  a  mise  dans  cette  guerre  litté- 
raire. Au  milieu  de  compliments  dont 
il  épuise  les  formules  ,  il  laisse  pour- 
tant échapper  cette  étrange  exhorta- 
tion :  «  Avouez  qu'au  fond  vous  ne 
»  croyez  pas  qu'il  y  ait  un  mot  ducar- 
»  dinal  dans  ce  testament.  »  Il  viole  si 
communément  les  bienséances  ,  dans 
son  style  polémique  ,  que  Ton  d«l  lui 
savoir  gré  de  les  avoir  respectées  en- 
vers un  confrère  dont  h  caractère 
commandait  les  plus  grands  égards. 
Il  est  vrai  qu'il  se  dédommagée  aux 
dépens  de  l'abbé  de  Bourzéys  ,  qu'il 
traite  de  faussaire,  de  menteur  igno- 
rant ,  de  Colletet  de  la  politique. 
Lorsqu'il  vint  à  Paris,  en  1778,  ii 
s'empressa  d'aller  rendre  visite  à  un 
homme  qui  le  combattait  avec  une  dé- 
cence faite  |>our  honorer  les  lettres. 
On  ne  vit  pas  sanse'motion  s'embrasser 
ces  deux  vidllards,  nés  la  même  an- 
née, prêts  à  descendre  dans  la  tombe, 
l'un  chargé  decourounes,  enivré  d'en- 
cens ;  l'autre  entouré  de  la  vénération 
publique.  Les  Testaments  politiques 
de  Colbert,  de  Louvois,  d'Alberoni, 
etc. ,  passent  pour  être  évidemment 
controuvés.  Voltaire  mit  dans  la  même 
clas.«^  celui  de  Richelieu ,  dont  ils  sont 
de  fausses  imitations.  Après  en  avoir 
parlé  avec  un  tel  mépris  ,  il  craignait 
de  descendre  à  une  rétractation.  Il 
aima  mieux  développer  les  objections 
d'Aubery,  historiographe  très  médio- 
cre. Il  avait  envoyé  sa  brochure  au 
roi  de  Prusse.  A  travers  les  ménage- 
ments de  Frédéric ,  qui  voulait  alors 
{  le  20  avril  1750)  l'attirer  dans  ses 
états,  on  s'aperçoit  qu'il  ne  partage  pas 
son  opinion.  «  Les  grands  liommes, 
»  lui  dit-il ,  ne  le  sont  ni  tous  les  mo - 
»  meuts,  ni  eu  toutes  choses...  Si  j'a- 


i66  FON 

»  vais  vécu  avec  ce  cardinal ,  f en  par- 
»  leiais  plus  positivement;  à  pi csent 
»  je  ne  peux  que  deviner.  »  11  finit 
par  ces  vers  ,  qui  sont  au  nombre 
des  plus  jolis  qu'il  ail  laits  : 

i>e.f  granâeu's  et  des  petitesses  . 
(Quelques  vertus,  pus  de  faiblesses, 
Sont  le  bizarre  composé 
Du  hérr.s  le  pin»  aviso. 
11  jette  un  ravon  «le  lumière; 
Mais  ce  soleil  d.ins  sa  cairièrc 
We  brille  pas  d'un  feu  coustant. 
Ij'espri?  le  plus  profond  s'eclipse; 
Richeli  u  fit  son  testament, 
Et  Newton  son  apocalypse. 

Nous  ajouterons  que  ,  suivant  le 
père  Griffet ,  le  chancelier  d'Agues- 
seau  n'avait  jamais  doute'  de  l'aiulien- 
ticilë  du  Testament^  dans  lequel  il 
retrouvait  le  style  de  l'auteur  (  Trai- 
té des  preuves  de  la  vérité  de  Vllis- 
toire)y  et  que  Forbonnais  ,  Ce'rutti, 
Rulhières,  Malesherbes  ,  etc.,  y  ont 
également  puisé  des  citations  et  dis 
raisonnements  qui  semblent  supposer 
qu'iîs  en  portaient  le  même  jugement. 
Foncemagne  a  fourni ,  au  Journal 
des  savants,  un  assez  grand  nombre 
d'extraits  et  de  morce.iux  curieux. 
Dans  le  Dictionnaire  des  anonymes , 
on  regarde  comme  douteux  qu'il  ait 
compose'  la  préface  du  livre  intitule'  : 
Science  du  maître  -  d'hôtel  cuisi- 
nier (\).  On  apprend,  dans  ce  dis- 
cours préliminaire,  que  la  cuisine  mo- 
derne ,  en  épurant  les  parties  gros- 
sières des  aliments  ,  dispose  les  mets 
qu'elle  assaisonne  à  porter  d.ms  le  sang 
une  grande  abondance  d'esprits  sub- 
tils. J)e  là  plus  de  vigueur  et  d'agi- 
lité dans  le  corps  ,  plus  de  vivacité 
et  de  feu  dans  l'imagination^  etc.... 
On  conçoit  quelles  doivent  être  les 
conséquences  merveil'euses  de  cette 
sublime  théorie.  Foncemagne  trouvait 
un  te:  attrait  dans  le  commerce  d'Ho- 
mère et  de  Xcnophoii,  qu'il  répondit 

(i)  Madame  Dcsmtrai»  a  plusii-um  fois  ouï-dire 
a  madame  sa  mère,  lu  tnarquue  d'Orl<>;ins  ,  belle- 
MKur  de  M.  .le  l^uncema^ne  ,  que  «;«  uemier  éuit 
Tauleur  Je  celte  plaitanlcrie. 


FON 

un  jour  à  quelqu'un  qui  lui  demandait 
quel  serait  son  médecin  ,  depuis  que 
Vernage  n'exerçait  plus  $a  profession  ; 
«Je  prendrai  Lorry.  D'abord  il  sait 
»  le  grec...  »  Il  avait  une  connaissance 
profonde  des  antiquités  de  la  nation. 
A  l'étude  assidue  dcsiangues  savantes, 
il  joignait  celle  de  sa  langue  maternelle. 
Il  en  possédait  .si  bien  les  sources ,  les 
"variitions ,  les  principes  ,  qu'il  deve- 
nait souvent  l'arbitre  des  questions 
qr.i  s'élevaient  au  sein  de  l'académie 
française,  sur  cet  objet  essentiel  de 
ses  travaux.  I!  communiquait  les  nom- 
breux matériaux  qu'd  avait  amassés, 
à  quiconque  voulait  les  mettre  en  œu- 
vre. Satisfait  du  progrès  des  lumières, 
il  lui  importait  peu  que  l'on  sut  par 
combien  de  services  il  y  contribuait. 
Des  lettres  trouvées  dans  ses  papiers 
apprennent  qu'on  avait  eu  le  projet  de 
l'attacher  à  l'éducation  du  Dauphin, 
fils  de  Louis  XV.  Ce  poste  redoutable 
l'effVaya  plus  qu'il  ne  le  séduisit.  Lors- 
qu'cn  I  ^52 ,  le  duc  d'Orléans  le  choi- 
sit pour  h  place  de  sous- gouverneur 
du  duc  de  Chartres,  il  ne  Taccepla 
qu'après  une  longue  résistance.  En 
perdant ,  en  i  7^8,  une  compagne  en 
qui  l'esprit  et  les  grâces  le  disputaient 
aux  vertus ,  il  perdit  tout  le  bonheur  de 
sa  vie.  La  douleur  absorba  ses  facultés, 
et  le  prince  lui  accorda  sa  retraite. 
Aussi  bon  parent  qu'ami  tendre  et  zélé , 
il  puisa  desniotif:îde  consolation  daus 
sa  sollicitude  pour  une  belle-sœur, 
dont  les  qualités  naissantes  lui  rappe- 
laient l'objet  de  ses  regrets.  Après 
l'avoir  élevée,  il  lui  donna  un  époux 
digne  d'dle,  M.  le  marquis  d'Orléans, 
dont  la  mémoire  est  chère  aux  gens  de 
bien.  L'aménité  de  Foncemagne,  son 
élocutiun  ficileet  pure,  son  immense 
érudition,  donnaient  à  ses  entreliens 
autant  d'agrément  que  d'utilité.  Ils 
avaient  un  si  grand  charme  qu'ils  atti- 
raient chez  lui,  pour  rcnlcndre  ,  les 


FON 

personnes  des  deux  sexes  les  plus  dis- 
tinguées par  la  naissance ,  le  raérite  et 
les  talenls.  A  celte  réunion  formée  cer- 
tains jours  de  la  semaine ,  et  connue 
sous  le  nom  de  conversation ,  assis- 
taient refgulièreraeutlc  prince  deBcau- 
vau ,  le  duc  de  la  Rochefoucauld , 
Malcshnbes,  Bre'quigny,  Lacurne  de 
Sainte  Palaye  ,  etc....  Ne  pour  faire 
les  délices  de  ce  qui  l'entourait ,  ja- 
mais il  ne  refusa  ses  secours  aux 
uiaiheureux.  Il  aidait  libéralement  de 
ses  conseils,  de  ses  livres ^  souvent 
même  de  sa  bourse,  les  jeunes  gens 
qui  montraient  des  dispositions  pour 
l'étude.  Jusqu'au  dernier  moment  il 
obtint  le  sentiment  d'une  bienveillance 
générale  j  récompense  d'une  vie  consa- 
crée à  lapraliquedetouslesdevoirs.il 
mourut  le  26  septembre  1 779,  après 
une  maladie  de  six  mois.  En  expirant, 
au  milieu  de  souffrances  cruelles,  ses 
dernières  paroles  furent  :  a  La  reli- 
»  gion  seule  me  fortifie  et  me  console.  » 
Ce  sage ,  d'une  vertu  si  indulgente 
pour  les  autres ,  était  sévère  pour  lui- 
niêrae.  li  destinait  chaque  année,  à  k 
retraite  et  au  recueillement,  un  nom- 
bre de  jours  qu'il  passait  dans  la 
maison  de  l'institution  de  l'Oratoire. 
Son  excellent  esprit  prévoyait  les  cala- 
mités dont  nous  menaçaient  les  décla- 
mations de  quelques  écrivains  qui  s'ar- 
rogeaient exclusivement  le  titre  de  phi- 
losophes. Son  extrême  douceur  ne 
bissant  aucun  prétexte  à  leurs  hosti- 
lités ,  ils  n'osaient  pas  les  diriger  ou- 
vertement; mais,  pour  détruire  l'in- 
fluence de  ses  principes  religieux  et 
politiques  ,  ils  minaient  en  secret  sa 
}t'putation littéraire. Tant  qu'il  vécut, 
ils  le  ménagèrent  en  apparence,  à 
cause  de  son  ascendant  à  l'académie 
des  inscriptions, et  delà  considération 
dont  il  jouissait  dans   le  monde  (i). 

(1)  On  disait  :  «  Voltaire  a  rmpurtë  en  mourant 
»  tout  legûnicdo  aotve  li.tcralure,  elFoucemague 


FON  167 

Aussitôt  après  sa  mort,  Grimm ,  dans 
sa  correspondance,  s'expliqua  sur  son 
compte  avec  une  légèreté  dédaigneuse. 
Laharpe ,  dans  la  sienne  ,  ne  lui  fut 
guère  plus  favorable.  «  C'est  un  vrai 

»  bibliographe,  dit-il On  peut 

»  l'aire  en  peu  de  mots  son  éloge, 
»  qui  serait  assez  remarquable  :  cet 
»  homme,  qui  était  savant  de  pro- 
»  fession  et  janséniste  de  conviction, 
»  était  pourtant  le  plus  doux  des 
»  hommes.  »  St.  S — n. 

FOINCENET  (  François  Daviet 
de),  géomètre,  naquit  en  1764  à 
Thonon,  petite  ville  de  la  Savoie,  et 
non  pas  en  Piémont,  comme  quelques 
auteurs  l'ont  imprimé.  Son  père ,  à 
qui  la  littérature  et  la  philosophie 
n'étaient  pas  étrangères,  le  fit  passer 
de  bonne  heure  à  Turin.  11  y  reçut  des 
leçons  du  célèbre  Lagrange  )  et  la  ma- 
nière dont  il  en  profita,  changea  bien- 
tôt le  disciple  en  véritable  ami  du 
maître.  Foncenet  fut  admis  à  l'aca- 
démie des  sciences  de  Turin  en  1 778. 
Il  y  présenta ,  sur  l'analyse  algébrique, 
sur  les  principes  généraux  de  la  méca- 
nique et  sur  l'analyse  transcendante, 
plusieurs  savants  Mémoires  qui  lui 
donnèrent  une  place  distinguée  parmi 
les  géomètres  (  Foy.  les  premiers  vo- 
lumes des  Miscell.  phys.  mathem. 
Taurin.,  etc.,  1759).  Malheureu- 
sement pour  lui ,  sa  réputation  comme 
savant  vient  d'être  presque  entière- 
ment déti  uile  par  quelques  révélations 
échappées  à  Lagrange  dans  ses  der- 
niers jours.  Il  paraît  que  ce  grand 
génie ,  aussi  généreux  que  fécond , 
dans  l'intention  d'obliger  un  ami  , 
père  de  famille,  fournissait  à  Fon- 
cenet la  partie  analytique  de  ses  Mé- 


»  toute  rhonnêtcté.  «  Ma<lame  Desniarais  répétait 
un  jour  cette  phrase.  Le  cœur  plein  des  bontés  de 
son  oucle,  elle  .ubruit  que  Delille  était  présent; 
le  poète  aimable  se  coiitenta  de  répondre  :  «  Cela 
«  est  un  peu  dur  pour  le»  acadcniiciciii  qui  leur 
»  surriveut.  » 


i68  FON 

moires,  en  lui  laissant  le  soin  de  àé- 
▼elopper  les  raisonnements  sur  les- 
quels portaient  les  formules  (  i  ).  Ces 
Mémoires  n'ont  jamais  paru  sous  le 
noradeLagrange;  maison  y  remarque 
cette  marche  analytique  qui,  depuis, 
a  fait  le  caractère  de  ses  plus  belles 
productions.  Lagrange  avait  trouve' 
une  nouvelle  théorie  du  levier ,  qui 
formait  naturellement  la  troisième 
partie  d'un  Mémoire  présenté  par 
Foncenet.  Les  deux  premières  parties 
sont  du  même  style,  et  paraissent  être 
de  la  même  main  que  la  troisième. 
Sont-elles  aussi  de  l'auteur  de  la  Mé- 
canique analytique  ?  On  peut  le  croire  ; 
mais  il  ne  les  a  pas  expressément 
réclamées. Ce  qui  peut  achever  de  nous 
éclairer  sur  le  jugement  que  nous  avons 
à  porter,  c'est  que  Foncenet  cessa 
bientôt  d'enrichir  le  Recueil  de  la  nou- 
velle académie.  On  n'a  de  lui,  depuis  ses 
premiers  travaux ,  qu'un  Mémoire  sur 
une  foudre  ascendante  qui  a  éclaté  sur 
la  tour  du  fanal  de  Villefranche,  inséré 
dans  la  Biblioteca  oltramontana , 
juillet  1  782.  Au  moins  les  intentions 
généreuses  de  l'illustre  Lagrange  fu- 
rent-elles remplies  :  le  Mémoire  sur 
)a  mécanique,  dont  nous  avons  parlé, 
eut  un  grand  succès;  et  Foncenet, 
pour  récompense,  fut  mis  à  la  tête  de 
la  marine  que  le  roi  de  Sardaigne 
formait  alors.  Foncenet  n'était  cepen- 
dant pas  sans  mérite  ;  il  jouissait  de 
l'estime  de  tous  les  savants  de  son 
temps,  et  en  particulier  de  celle  de 
d'Aiembert.  Son  goût  pour  la  soli- 
tude et  son  peu  d'ambition  lui  firent 
refuser  les  emplois  lucratifs  que  lui 
offrirent  Catherine  II  et  le  grand  Fré- 
déric. Entièrement  dévoué  à  son  roi, 
il  le  servit  avec  zèle  et  distinction 
comme  gouverneur  de  Sassari.  Il  ne 
voulut  point  accepter  la   charge  de 

(0  yojre*  YLlo^   de  Lagrange,  par  M.  De> 
lambre. 


FON 

contador  général,  à  titre  de  récom- 
pense ;  mais  il  fut  créé  chevalier  des 
ordres  militaires  des  Saints  Maurice  et 
Lazare ,  et  obtint  de  réunir  le  com- 
mandement de  Villefranche  à  celui 
de  la  marine  sarde.  Il  vivait  heureux 
dans  ce  double  emploi,  quand  l'inva- 
sion du  comté  de  Nice,  en  i  •jga,  vint 
le  précipiter  dans  un  abîme  de  mal- 
heurs. Le  général  Anselme  et  le  contre- 
amiral  Truguet  s'étant  présentés  de- 
vant Villefranche  le  3o  septembre, 
Foncenet,  d'après  des  ordres  supé- 
rieurs, abandonna  la  place  sans  la 
défendre.  Victime  de  son  obéissance, 
il  fut  jeté  dans  les  cachots  de  Turin , 
où  il  languit  plus  d'un  an.  Il  mourut 
à  Casai  en  août  1  «799.  N — t. 

FONDOLO  (Gabrino),  tyran  de 
Crémone  de  1 4o6  à  1 4^0 ,  était  un 
simple  soldat  de  fortune  attaché  à  la 
famille  Cavalcabo ,  qui  pendant  long- 
temps avait  été  à  la  tête  du  parti 
guelfe  à  Crémone.  Il  partagea  les 
avantages  que  ses  patrons  retirèrent, 
en  i4o2,  de  la  mort  de  Jean  Galeaz 
Visconti,  duc  de  Milan.  Ugohn  Ca- 
valcabo fut  délivré  d'une  prison  oh 
il  avait  été  long-temps  retenu  j  il  fut 
déclaré  seigneur  de  Crémone,  et  mis 
à  la  tête  d'une  ligue  formée  contre  les 
Visconti.  Gabrino  Fondolo  fut  nommé 
son  lieutenant;  on  lui  donna  le  com- 
mandement de  la  forteresse  de  Cré- 
mone et  celui  de  plusieurs  châteaux. 
Cependant,  Ugolin  ayant  été  fait  pri- 
sonnier en  i4o4>  trouva  en  1406, 
lorsqu'il  recouvra  sa  liberté,  un  de  ses 
cousins,  nommé  Charles,  qui  s'était 
emparé  de  la  seigneurie  de  Crémone 
pendant  sa  captivité,  et  qui  ne  voulait 
point  la  lui  rendre.  Une  guerre  civile, 
également  ruineuse  pour  la  famille 
Cavalcabo ,  pour  l'état  de  Crémone  et 
pour  le  parti  guelfe,  allait  s'allumer 
entre  eux,  lorsque  Gabrino  Fondolo 
offrit  sa  médiation ,  comme  serviteur 


FON 

de  toute  la  famille.  Il  invita  les  deux 
Cavalcabô ,  avec  tous  leurs  parents , 
tous  les  chefs  du  parti ,  tous  les  hom- 
mes  considére'sdaus  l'ctat ,  à  un  grand 
repas  qu'il  leur  donna  dans  la  forte- 
resse le  26  juillet  1406  :  tout-à-coup 
il  se  leva  de  table,  et,  à  ce  signal  con- 
venu, ses  gardes ,  se  précipitant  dans 
la  salle,  commencèrent,  par  son  ordre 
et  sous  ses  yeux,  une  horrible  bouche- 
rie. Tous  les  Cavalcabô,  avec  soixante- 
dix  citoyens  de  Crémone,  furent  mas- 
sacrés ,  leurs  corps  jetés  a  la  voirie  ; 
et,  au  milieu  de  ce  carnage,  Gabrino 
Fondolo  se  fit  proclamer  seigneur  de 
Crémone.  Les  talents  de  Gabrino  et 
son  audace  lui  firent  conserver  long- 
temps la  seigneurie  dont  il  s'était  em- 
paré par  une  aussi  effroyable  trahison. 
U  fit  la  paix  avec  le  duc  de  Milan ,  et 
se  joignit  même  à  lui  contre  Ottobon 
Ferzi,  autre  usurpateur  non  moins 
cruel  que  lui,  qu'il  battit  près  deCas- 
telletto  le  19  juin  i4o8.  U  accueillit 
dans  Crémone ,  en  1 4  *  5 ,  l'empereur 
Sigismond  et  le  pape  Jean  XXIII,  qui 
venaient  prendre  des  mesures  pour  le 
futur  concile  de  Constance,  il  les  con- 
duisit tous  deux  au  sommet  de  la  haute 
tour  de  la  cathédrale  pour  leur  mon- 
trer les  vastes  plaines  de  la  Lombardie. 
Sigismond  lui  accorda  le  vicariat  im- 
périal de  Crémone ,  et  légitima  ainsi 
son  usurpation.  Cependant,  lorsque 
le  duc  de  Milan  eut  commencé  à  se 
relever  de  son  abaissement,  par  les 
talents  et  l'activité  du  brave  Carma- 
gnola ,  Gabrino  Fondolo  fut  des  pre- 
miers exposé  à  ses  attaques.  11  se  dé- 
fendit avec  vaillance  de  1 4 1 7  à  1 420. 
Il  vendit  alors  Crémone  au  duc  de 
Milan  pour  le  prix  de  35,ooo  florins, 
s«  retirant  au  château  deCastiglione, 
dont  il  se  réserva  la  propriété.  C'est  là 
qu'ayant  été  trahi  par  son  ami  et  son 
compère  Oldrado,  officier  du  duc  de 
Milan ,  il  fut  enlevé  en  1 4^5 ,  et  cou- 


FON  169 

duit  à  Milan,  où  il  fut  condamné  à 
perdre  la  tête  sur  un  échafaud.  De 
quelques  crimes  que  Fondolo  se  fut 
rendu  coupable,  cette  sentence  du  duc, 
qui  n'était  point  son  souverain  ou  son 
juge,  était  contraire  au  droit  public. 
Comme  le  confesseur  de  Fondolo  s'ap- 
prochait de  lui  sur  l'échafaud  pour 
l'exhorter  à  la  repentance  :  «  Je  me 
»  repens  en  eifet,  s'écria  Fondolo,  et 
»  d'une  faute  irréparable  :  j'ai  tenu 
»  l'empereur  et  le  pape  au  haut  de  ma 
»  tour  de  Crémone  j  j'aurais  pu  les 
»  précipiter  tous  deux  en  bas ,  et 
»  m'acquérir  ainsi  une  gloire  immor- 
»  telle  :  j'ai  laissé  échapper  cette  oc- 
»  sion  unique  de  m'iliustrer  à  ja- 
»  mais.  »  S.  S — i. 

FONS  (Jacques  de  la),  et  non  de 
la  Fous,  comme  on  l'a  dit  par  er- 
reur dans  le  Dictionnaire  universel^ 
poète,  né  dans  l'Anjou  vers  i58o, 
est  principalement  connu  par  l'ou- 
vrage intitulé  :  Le  Dauphin ,  Paris , 
1609,  in-8''.  Ce  poème  est  divisé  en 
dix  livres,  et  chaque  livre  en  plusieurs 
chants  :  il  est  dédié  à  Louis  XI II  en- 
core Dauphin ,  et  l'auteur  y  propose 
surtout  pour  modèles ,  au  jeune  prin- 
ce ,  les  vertus  et  les  actions  héroïques 
de  Henri  IV,  son  père.  Tout  ce  qu'il 
prescrit,  dit  l'abbé  Goujet,  sur  la 
manière  dont  on  doit  élever  un  prince, 
est  sensé  et  judicieux ,  et  il  ne  manque 
à  son  ouvrage  que  d'être  mieux  écrit 
pour  être  encore  lu  avec  satisfaction. 
On  a  encore  de  lui  :  Discours  sur  la 
mort  de  Henri-le- Grand  ,  Paris, 
i6io,in-8^  W— s. 

FOiSSECA  (Jean  Rodrigue  de) , 
naquit  à  Séville  vers  l'an  i452.  La 
reine  Isabelle-la-Catholique  l'honorait 
de  sa  confiance  et  le  consultait  dans  lesr 
affaires  les  plus  difficiles.  Fonseca  était 
un  homme  doué  de  beaucoup  de  con- 
naissances ,  mais  d'un  caractère  dur 
et  inhumain.  Lorsque  Christophe  Co- 


170  FON 

loinb  sollicitait ,  pour  là  seconde  fois, 
«le   la  cour  d'Espagne  ,  les  moyens 
freffcctucr  la  découverte  du  Nouveau- 
Blonde  ,  Fonseca  était  alors  doyen  de 
SeVille ;  et  la  reine l'ayantfait  consulter 
'.sur  la  possibilité'  de  cette  entreprise; 
iî  se  contenta,  pour  unique  raison,  de 
traiter  Colomb  de  visionnaire ,  et  s'op- 
posa de  tout  son  pouvoir  à  ce  qu'on 
donnât  aucune  attention  à  sa  demande. 
Nais  le  père  Marchena,  ennemi  caché 
du  doyen,  et  ami  de  Colomb ,  parvint 
à  faire  agréer  à  la  reine  le  projet  de 
ce  derniei: ,  lui  persuadant  que  cette 
entreprise ,  dont  les  avantages  pou- 
\ai{'ni  être  inappréciables,  ne  lui  cou- 
tt^rait  que  16,000  ducats.  Après  bien 
des  débats  ,  la  cour  s'élant  enfin  dé- 
cidée à  acquiescer  aux  demandes  de 
Colomb,  ce  fut  Fonseca  qui  eut  la  di- 
rection des  armements  qui  se  firent 
pour  les  Indes- Occidentales  ;  mais  il  ne 
voulut  accorder  à  Colomb  ,  dans  ses 
équipages  et  dans  le  nombre  de  vais- 
seaux ,  que  ce  qu'il  ne  pouvait  abso- 
lument lui  refuser ,  ne  perdant  jamais 
l'occasion  de  contrarier  ses  vues.  De- 
venu évêque  de  Badajoz  et  ensuite  de 
Palencia  ,  il  fut  admis  au  conseil  du 
roi.  C'est  là  qu'il  fit  connaître  toute 
.son  inimitié  pour  les  malheureux  In- 
diens, soit  en  s'opposant  aux   justes 
sollicitudes  que  le  célèbre  Las-Casas 
montrait  pour  améliorer  leur  sort  , 
soit  en  proposant  contre  eux  des  me- 
sures de  rigueur.  Chargé  de  choisir 
les  missionnaires  qui  devaient  aller 
les  convertir   à  la  foi  ,   il  préférait 
toujours   les    plus   fanatiques  et  les 
moins  éclairés.  Las-Casas  chercha  tous 
les  moyens  pour  le  réconcilier  avec 
l'humanité  ,  mais  inutilement.  11  eut 
plusieurs  conférences  avec  ce  prélat , 
qui  lui  fit  mille  vaines  protostations 
d'amitié;   mais,  tant  qu'il  veVut ,  le 
sort  des  Indiens  ne  ch  ingea  jias.  On 
raconte  qu'il  avait  coutume  de  diic 


FON 

que ,  pour  convertir  les  Américains , 
il  fallait  un  baptême  ou  d'eau  ou  de 
sang.  Pour  donner  une  juste  idée  des 
principes  et  du  caractère  de  Fonseca^ 
il  suffira  dédire  qu'il  étaitintimement 
lié  avec  le  dominicain  Torquemada, 
et  que  celui-ci  lui  dut ,  en  grande  par- 
tie, sa  place  d'inquisiteur- général, 
Fonseca  mourut  vers  i55o.  Il  était 
alors  évêque  de  Burgos.  B — s. 

FONSECA  (A^TOl^•E  da),  né  h 
Lisbonne  en  1017,  mort  en  i588, 
était  fils  d'Antoine  Correa,  fonda- 
teur du  couvent  de  Sainte-Anne  dans 
la  ville  de  Viana.  Apres  avoir  pris 
l'habit  de  S.Dominique,  il  vint  à  Pa- 
ris, et  étudia  en  Sorbonne  avec  beau- 
coup de  distinction.  Cette  faculté  lui 
donna  le  bonnet  doctoral  le  6  janvier 
154*2.  Jean  III,  qui,  à  cette  époque, 
s'occupait  de  la  restauration  de  l'uni- 
versité de  Coïnibrc,  rappela  Fonseca, 
et  lui  donna  la  cliaired'Ecriture-Sainie. 
Fonseca  prit  possession  de  cette  place 
en  i544j  et  s'y  fit  une  grande  répu- 
tation. 11  n'en  avait  pas  une  moins 
brillante  comme  orateur  sacré,  et  il 
fut  fait  prédicateur  du  roi.  Louis  de 
Souza  dit  que  Fonseca  introduisit  en 
Portugal  l'explication  de  l'Evangile 
par  le  sens  littéral.  Avant  lui,  on  em- 
ployait un  style  figuré ,  allégorique , 
pl(  in  de  déclamations  et  d'absurdités. 
Après  lui,  on  s'en  servit  encore;  mais 
au  moins  il  donna  l'exemple  d'une 
méthode  plus  sage.  11  avait  à  peine 
vingt-deux  ans  lorsqu'il  composa  les 
gloses  ou  notes  marginales  jointes 
à  V Interprétation  du  Pentateuque 
parle  cardinal  Cajêtan^PàiïSj  iSSf), 
in-folio.  Dans  ce  volume,  outie  les 
notes,  l'introduction  au  Pentateuque 
et  la  vie  de  djétin  sont  l'ouvrage  dfe 
Fonseca.  Vu  dictionnaire  histoiique 
lui  attribue  un  traité  De  epidemid 
fehriti,  qui  appartient  à  un  autre 
Antoine  Fonseca  ,    né  également  à 


FON 

Lisbonne,  et  célèbre  meclecîn.  En 
1620  et  i6'2i,  une  maladie  épidc- 
ïnique  faisait  de  grands  ravages  parmi 
les  troupes  espagnoles  cantonnées  danf. 
le  bas  Palatinat  :  Fonseca  travailla  avec 
zèle  et  succès  à  en  arrêter  les  progrès , 
et  il  publia  la  desciiption  de  cette  ma- 
ladie et  dos  procédés  curalifs  qjj'il  avjiit 
employés  dans  l'ouvrage  cité  p'us  haut, 
et  qui  fut  imprimé  en  1625  à  Maiines. 
B— ?s. 
FONSECA  (Rodrigue),  célèbre 
médecin  portugais  ,  naquit  à  Lis- 
bonne. Appelé  en  qualité  de  profes- 
seur à  l'université  de  Pise ,  il  remplit 
avec  distinction,  pendant  plusieurs 
années,  ces  honorables  fonctions,  et 
ne  les  quitta  que  pour  aller  occuper 
à  Padouc  la  première  chaire  de  mé- 
decine. 11  montra  beaucoup  de  talent 
dans  la  carrière  intéressante  et  difïi- 
cile  de  renseignement,  qu'il  parcou- 
rut glorieusement  jusqu'à  sa  mort, 
arrivée  en  i62'2.  vSes  ouvrages  sont 
assez  nombreux,  et  quelques-uns 
conservent  encore  une  portion  de  leur 
renommée  :  I.  De  calculorum  reine- 
diis  qui  in  renibus  et  vesicd  gigiiun- 
tur  libri  duo,  Rome,  i586,  in-4''. 
ï/auteur  exalte  beaucoup  trop  ks 
vertus  lithonlripliques  des  eaux  mi- 
nérales de  Pise  et  de  la  Porretta.  H. 
De  ventnis  eorumque  curatione  li- 
ber ,  Uome,  i58i,  in-4"'  Hl-  Opus- 
culum  quo  adolescentes  ad  medi- 
cinani  facile  capessendam  instruun- 
tur,  casus  omnium  febriuin  nietho- 
dicè  discutiuntur  et  curanlur ,  juxtà 
normam  in  punctis  tentativis  pro 
doctoratu  recilandis  usitatam, Flo- 
rence, 1596,  in-4".  C'est  dans  ce  li- 
vre, dont  le  titre  est  ici  fort  ahrei^é, 
qu'on  trouve  le  moy^n  dfi  guérir  les 
plaies  de  iêle  sans  opération  chirur- 
gicale, et  par  la  seule  application 
d'une  huile  secrète  admirable.  IV. 
De  tuendd  valeiudine   et  produ- 


FON  171 

cendd  vitd.  liber  fingnlaris ,  Flo- 
renct  ,  i5o2  ,  in  •  4*'' J  Fr^iïicforf, 
i6o5,  in-8".j  trad,  m  italitD  parPo- 
litien  Mantini,  Ffortnce,  i6c5,  iti- 
4".  V.  Dehoniinis  exutwenùs  li- 
bellas, Pise,  161 5,  in-4°.  î^es  di- 
verses excrét  ion  9 ,  telles  que  la  sueur , 
l'urine,  les  fèces,  le  vomissement, 
sont  examinées  sous  le  rapport  d« 
diagnostic  et  du  pronostic.  VI.  "Con- 
sultationes  medicœ ,  sin^ularibas  re- 
mediis  refertœ ,  non  modo  ex  ani 
tiqua ,  verùm  etiam  ex  ?iom  me" 
dicind  depromptis  ae  selectis ,  quo- 
rum usus  exactissimd  methodo  ex-- 
plicatur ,  et  experimentis  probatur  ; 
accessit  :  De  consultandi  ratione 
brève  compendium,  et  consultatio 
de  plicd  Polonicd  ,  Venise,  1618, 
iu-lol.j  ibid. ,  1619,  1622,  1628; 
Francfort,  i625,  '2  vol.  in  -  S''. , 
avec  le  petit  traité:  De  virginum 
morbis  qui  inirà  clausuram  curari 
nequeunt.  VU.  Tractatus  de  fe- 
Ijrium  acutarum  et  pestilentium  re- 
mediis  diœtelicis ,  chiîurgicis  et 
pharmaceuticis ,  Venise,  1621  ,  in- 
4".  On  doit  en  outre  à  ce  professeur 
une  édition  du  Trnité  des  fièvres  de 
Léonard  Giaccbino,  et  des  Commen- 
taires plusieurs  fois  réimprimés  sur 
les  aphorismes  et  les  pronostics  d'Hip- 
pocrafe,  ainsi  que  sur  son  livre  on 
chapitre  intitulé  la  Loi  (  vo^oç),  H 
suftira  d'indiquer  les  principales  édi- 
tions de  ces  commentaires  :  InLeg., 
Rome,  i586;  Prognost. ,  Padoue, 
iDQnj  ^phorism. y  y enïse  y  i6'2r , 
in-4'.  —  FoNSECA  (  Gabriel),  né  à 
Lamego  en  Portugal ,  était  neveu  de 
Rodrigue,  qui  dirigea  ses  études ,  et 
lui  procura  la  chaire  de  philosophie  à 
l'univervsilé  de  Pise.  Après  la  mort  de 
son  oncle,  Gabriel  se  rendit  à  Rome  , 
où  il  enseigna  la  médecine,  devint 
archiâtre  du  pape  Innocent  X  ,  et 
mourut  en  1668.  Il  a  composé  quel- 


172  FON 

<}ues  écrits  ,  dont  les  titres  sont  à 
peine  connus  :  OEconomia  medici  ; 
Convwia  medicinalia  ,  etc.        C. 

FONSECA  (Pierre  da),  naquit  en 
ï  528  àCortizada ,  village  de  Portugal. 
Il  entra  le  17  mars  i548,  comme 
novice,  chez  les  jésuites  de  Coïmbre, 
d*où  il  passa,  en  i55i ,  dans  l'uni- 
versité naissante  d'Evora  :  il  y  écouta 
les  leçons  du  célèbre  Barthélemi  des 
Martyrs.  Bientôt  Fonseca  devint  pro- 
fesseur, et  il  montra  dans  l'exercice 
de  ses  fonctions  un  si  grand  talent, 
qu'on  le  surnomma  VAristote  portu- 
gais. En  1570,  il  reçut  le  bonnet  de 
docteur  dans  une  assemblée  solennelle 
qu'honorèrent  de  leur  présence  le  roi 
dom  Sébastien ,  le  cardinal  dom  Henri 
et  l'infant  dom  Duarte.  Fonseca  ne 
tarda  pas  à  être  élevé  aux  premières 
dignités  de  son  ordre  :  il  fut  successi- 
vement assistant  du  général ,  visiteur 
de  la  province,  supérieur  de  la  maison 
professe.  Philippe  II,  ayant  formé  un 
conseil  des  ministres  pour  la  réforme 
du  Portugal,  y  plaça  Fonseca  ;  et  le 
pape  Grégoire  XIII  confia  à  sa  di- 
rection des  affaires  de  la  plus  haute 
importance.  C'est  au  zèle  de  Fonseca 
que  Lisbonne  doit  la  maison  des  Gi- 
téchumènes,  celle  des  Converties,  le 
collège  des  Irlandais,  et  le  couvent 
de  Sainte-Marthe.  Il  mourut  le  4  no- 
vembre 1 599 ,  âgé  de  7 1  ans  î  il  avait 
5i  ans  de  religion.  On  a  de  lui  : 
I.  Instituliones  <imiec£ic«,  imprimées 
à  Lisbonne  en  i564,  et  ailleurs  un 
grand  nombre  de  fois.  IL  Commen- 
taire latin  sur  la  Métaphysique 
à^Aristote,  en  4  vol.  Il  y  en  a  eu 
plusieurs  éditions.  Fonseca  s'est  van- 
té d'être  l'inventeur  de  la  science 
moyenne,  qui  est  une  certaine  ma- 
nière de  concilier  le  libre  arbitre  avec 
la  prédestination.  L'embarras  est  que 
Molina  s'attribue  aussi  le  mérite  de 
cette  grande  découyerle;  mais  on  a 


FON 

démontré  chronologiquement  que 
Fonseca  était  le  premier  en  date  : 
c'est  bien  de  l'honneur  pour  Pierre 
da  Fonseca.  B— -ss. 

FONSECA  (Ele'onore,  marquise 
DE  ),  naquit  a  Naples,  d'une  à^&  plus 
illustres  familles  de  cette  ville,  l'an 
i-jôS.  Quoique  douée  d'une  beauté 
peu  commune ,  et  de  toutes  les  grâces 
de  son  sexe,  elle  chercha  moins  à  en 
tirer  avantage  qu'à  cultiver  son  esprit. 
Eléonore  passa  sa  première  jeunesse 
dans  l'étude  des  sciences  et  des  lettres, 
et  s'adonna  particulièrement  à  celle  de 
l'histoire  naturelle  et  même  de  l'ana- 
tomie.  En  1 784 ,  elle  épousa  le  mar- 
quis de  Fonseca ,  d'une  ancienne  fa- 
mille espagnole  depuis  long- temps 
établie  à  Naples.  Ayant  été  présentée 
à  la  cour,  elle  y  fut  reçue  en  qualité 
de  dame  d'honneur  de  la  reine,  qui 
lui  accorda  sa  bienveillance.  Mais  sa 
beauté  et  ses  talents  lui  suscitèrent 
bientôt  des  ennemis  qui  la  desservirent 
auprès  de  la  reine  Caroline ,  en  rap- 
pelant à  cette  princesse  quelques  pro- 
pos un  peu  mordants  que  la  marquise, 
disait-on,  avait  tenus  à  l'égard  deS.M. 
et  du  ministre  Acton.  Quoi  qu'il  en  soit 
de  la  véçité  de  ce  fait,  la  marquise  fut 
disgraciée,  et  reçut  l'ordre  de  ne  plus 
paraître  à  la  cour.  C'est  de  cette  épo- 
que que  date  l'inimitié  de  M""",  de 
Fonseca  pour  la  famille  royale.  Livrée 
de  nouveau  à  ses  études ,  elle  se  lia 
d'estime  avec  le  célèbre  Spallanzani  ; 
on  assure  même  que,  par  ses  con- 
naissances dans  l'anatomie,  cette  dame 
lui  fut  utile  dans  plusieurs  de  ses 
recherches  et  notamment  dans  la  fa- 
meuse découverte  Aasvaisseaux  lym- 
phatiques. La  révolution  eut  à  peine 
éclaté  en  France,  que  la  marquise  de 
Fonseca  en  adopta  aussitôt  les  prin- 
cipes j  et  comme  son  amabilité  et  son 
esprit  avaient  réuni  chez  elle  une  so- 
ciété des  personnes  les  plus  remar- 


FON 

quables  de  la  capitale,  elle  put  avoir 
une  grande  part  aux  trames  dirigées 
contre  la  cour,  en  février  1799,  lors 
de  l'approche  des  Français,  avec  les- 
quels on  croitqu'elle  avait  de  secrètes 
intelligences.  Le  roi  et  sa  famille  ayant 
ctë  obliges  de  quitter  la  capitale,  dans 
l'intervalle  de  ce  départ  qui  affligeait 
sincèrement  tout  le  peuple,  les  Lazza- 
ronis  commirent  les  plus  grands  ex- 
cès contre  tous  les  Français  qui  se 
trouvaient  alors  à  Naplcs  et  contre 
leurs  partisans.  Dans  leur  émeute,  les 
Lazzaronis  n'oublièrent  pas  la  mar- 
quise de  Fonseca  :  ils  se  disposaient 
à  aller  brûler  son  hôtel  et  exercer  sur 
elle  la  plus  cruelle  vengeance.  Mais  la 
marquise  en  fut  avertie  à  temps  :  à  la 
tête  de  plusieurs  femmes ,  elle  traversa 
les  rues  au  milieu  des  cris  de  la  popu- 
lace qui  ,  vu  sa  contenance  ferme, 
n'osa  pas  l'attaquer ,  et  elle  conduisit  ses 
compagnes  sous  la  protection  du  châ- 
teau Saint-Elme.  Les  Français ,  ayant 
fait  leur  entrée  dans  Naples,  la  déli- 
vrèrent bientôt;  elle  se  mit  alors  à 
rédiger  un  journal  intitulé,  Moniteur 
napolitain^  où   elle    attaqua   cons- 
tamment la  famille  royale  et  surtout 
la  reine  et  ses  ministres.  Ce  journal  eut 
beaucoup  de  vogue,  et  ne  manqua  pas 
d'augmenter  les  partisans  des  Fran- 
çais, en  répandant  partout  les  princi- 
pes  révolutionnaires.  M""^.  Fonseca 
était  au  comble  de  son  triomphe,  lors- 
que les  succès  du  cardinal  Ruffo  obli- 
gèrent les  Français  à  évacuer  Naples. 
Malgré  les  avis  de  ses  amis ,  la  mar- 
quise, au  lieu  de  se  sauver,  s'obstina 
à  rester  dans  la  capitale,  afin,  disait- 
elle,  que  sa  fuite  ne  décourageât  pas 
tout  à  fait  son  parti.  Elle  courut  ainsi 
à  sa  perte  :  le  cardinal  la  fil  arrêter  ; 
et  malgré  les  prières  de  sa  famille  et  de 
plusieurs  des  principaux  seigneurs  qui 
ne  pouvant  la  soustraire  à  la  mort, 
sollicilaieut  de  faire  au  moins  coiurauer 


FON  175 

ce  genre  de  supplice,  elle  fut  condam- 
née à  être  pendue  le  10  juillet  dans  la 
même  année  1799,  étant  alors  âgée 
de  trente-un  ans.  B — s. 

FONSECA  FIGUEUEIDO  Y 
SOUSA.  (Joseph-Marie  de),  francis- 
cain portugais ,  naquit  à  Evora  ,  le  y 
décembre  1 690 ,  d'une  illustre  famille. 
Ayant  été  reçu,  dans  cette  université, 
docteur  en  droit,  il  passa  à  Rome 
avec  le  marquis  d'Abrantès,  nommé 
ambassadeur  auprès  de  Clément  XL 
Fonseca  avait  eu  une  maladie  très  dan- 
gereuse ,  pendant  laquelle  il  avait  fait 
vœu  de  prendre  l'habit  de  Saint-Fran- 
çois ;  il  accomplit  ce  vœu  à  Rome  en 
1 7 1 2 ,  dans  le  couvent  ^Ara  cœli. 
Après  y  avoir  enseigné  avec  succès , 
pendant  plusieurs  années ,  la  philoso- 
phie et  la  théologie  ,  il  fut  élevé  aux 
emplois  les  plus  distingués  de  son  or- 
dre ,  jusqu'à  ceux  de  général  et  de  ré- 
formateur apostolique.  Malgré  l'oppo^ 
sition  de  tous  les  autres  ordres  reli- 
gieux de  Saint-François,  il  parvint  à 
faire  placer  dans  le  Vatican  la  statue 
de  ce  saint  en  habit  de  l'observance: 
mais  ce  qui  lui  fit  plus  d'honneur ,  ce 
fut  l'établissement  d'une  magnifîquebi- 
bliothèque  dans  le  même  couvent,  en 
1 727. Benoît  XïII  l'avait  choisi  suc- 
cessivement pour  théologien  au  con- 
cile de  Latran,  consulteur  des  congré- 
gations sacrées ,  etc.  Il  fut  pendant 
long-temps  président  de  salines  à 
Rome  ,  conseiller  aulique  de  l'empe- 
reur Charles  VI  j  chargé  d'affaires  du 
roi  de  Sardaigne ,  et  sou  plénipotcn» 
tiaire  sous  les  pontificats  de  Benoît 
XIII ,  Clément  Xïl  et  Benoît  XIV.  U 
se  distingua  également  dans  l'art  ora- 
toire et  dans  la  poésie  italienne,  et  fut 
membre  de  différentes  académies, 
ainsi  que  de  l'académie  royale  d'his- 
toire portugaise.  Fonseca  avait  refusé 
les  évêchés  d'Osimo ,  de  Tivoli ,  et 
d'Assise  ;  mais  il  fut  contraint  d'obéir 


174  F  ON 

aux  ordres  de  Jean  V,  roi  de  Portu- 
gal ,  qui  l'avait  nomme'  e'vêque  de 
Porto.  Ayant  pris  possession  de  son 
diocèse,  il  y  fut  constamment  aimé  au- 
tant par  sou  savoir  que  par  la  douceur  et 
la  bienfaisance  de  son  caractère:  le  père 
Fouseca  mourut  le  i4  avril  1 760. 11  a 
laisse  plusieurs  ouvrages  en  latin,  eu 
espagnol  et  en  italien:  I.  Jura  RomU' 
nœprovinciœ  super  ecclesiam  Ara- 
cœlitanam ,  etc.  Rome ,  1 7 1 9,  in-fol. 
IL  Privilégia  terrœ  sanctœ  etfacul- 
tas  ulendi  pontificalibus  ,  etc.  ibid., 
i7'2i,  in-fol.  ni.  P.  Fr.  Claudii 
Frassen  philos ophia ,  et  theologia 
correcta  etemendata,  Rome,  1  726, 1 6 
tom.  in-4°.I  S  .Excelencias  yvirtudes 
del  apostolo  de  las  Indias  S.  Fran- 
cisco Solano ,  1 7'27  ,  in-8°.  V.  Ar- 
cadia  festiva  peW  innalzamento  al 
trono  delV  eminentissimo  card.  Cor- 
sini  colnome  diClementeXII^  Rome, 
1 750 ,  in-4°.  VI.  Tabulœ  chronolo- 
gicœ  in  quibus  sculptœ  sunt  effigies 
et  gesta  sanctorum  ponlificum ,  car- 
dinalium ,  etc,  qui  seraphicce  mili- 
tiœ  sunt  adscripti^  Rome,  1737? 
in-fol.,  etc.,  etc.  On  conserve  aussi, 
soit  dans  la  bibliothèque  d'^r^  cœli^ 
soit  dans  celle  de  l'académie  royale 
d'histoire  de  Lisbonne,  plusieurs  ma- 
nuscrits du  même  auteur ,  parmi  les- 
quels on  trouveque'ques  compositions 
poe'tiqucs  en  langue  italienne,  aussi 
estimables  pour  le  style  que  pour  le 


bon  coût. 


li— s. 


FONSECA  SOARÈS  (Antoine  da) 
vil  le  jour  à  Vidiguiera,  en  Portugal , 
le  25  juin  i63i.  A  la  mort  de  son 
père,  qui  le  l"aisait»elever  à  Evora,  il 
quitta  le  collège  pour  le  service.  Ses 
inclinations  licencieuses  le  jetèrent 
long-temps  dans  les  excès  les  plus 
condamnables.  Poursuivi  pour  crime 
d'hojnicide ,  il  passa  au  Brésd  ;  mais 
en  changeant  de  climat,  il  ne  changea 
pas  dç  raœurs.  La  lecture  d'un  \o- 


FON 

lume  de  Louis  de  Grenade ,  qui  par 
hasard  se  trouva  sons  sa  main ,  tou- 
cha son  cœur,  et  le  fit  rougir  des  dé- 
sordres où  il  était  plonge.  Dans  un 
moment  de  componction,  il  fit  vœu  de 
prendre  l'habit  de  cordelier  ;  et  pour 
l'accomplir,  il  revint  en  Portugal.  Sa 
conversion  n'était  pas  solide,  et  il  re- 
tomba dans  ses  anciens  égarements. 
Une  maladie  le  ramena  à  la  religion  : 
cette  fois,  son  repentir  fut  sincère; 
il  entra,  le  18  mai  i(5êbt,^jdans  le 
couvent  des  cordeliers  d'Evora  ,  et 
prit ,  en  religion  ,  le  nom  de  frère 
Antoine  Das  Chagas  (  Des  Plaies  ). 
Après  avoir  étudié  avec  soin  la  philo- 
sophie et  la  théologie,  il  se  livra  tout 
entier  aux  fonctions  de  l'apostolat  j  il 
parcourut  le  Portugal  et  une  grande 
partie  de  laCastille,  portant  la  pa- 
role de  Dieu  dans  les  villes  et  dans 
les  villages.  Ses  austérités  étaient  pro- 
digieuses ,  et  son  éloquence  entraî- 
nante. Le  succès  de  ses  missions  passa 
son  espérance,  et  lui  acquit  une  telle 
réputation  de  sainteté  et  de  vertu  que 
le  régent  lui  offrit,  en  1679,  l'évê- 
ché  de  Lamego,  qu'il  refusa.  Fonseca 
mourut  le  20  octobre  1G82,  à  cin- 
quante-un ans,  à  Varatojo  ,  ou  il 
avait  fondé  un  séminaire  de  mission- 
naires. Tout  le  peuple  des  environs 
accourut  à  ses  funérailles.  On  se  dis- 
puta ses  ongles  et  ses  cheveux;  on  se 
partagea  ses  vêtements.  Ces  saintes  re- 
liques opérèrent  des  miracles, des  mi- 
racles même  constatés  par  des  actes  ju- 
ridiques ,  et  qui  malgré  cela  n'en  sont 
pas  plus  avérés.  Le  P.  DasChagas  a  écrit 
beaucoup  de  traités  ascétiques ,  les 
Etincelles  de  l'amour  divin^  le  Fouet 
des  pécheurs^  le  Bouquet  spiriluel 
composé  avec  les  fleurs  de  la  doc- 
trine^ et  le.  reste.  On  a  recueilli  tout 
cela  en  deux  volumes,  imprimés  plus 
d'une  fois.  Avant  sa  conversion ,  Fon- 
seca avait  fait  beaucoup  de  vers  pro- 


FON 
fanes,  entre  autres  un  poëme  lieroî- 
que  en  douze  chants  sur  les  amours 
de  Phyllis  et  de  Dcmophon.  Inquiet, 
peut-être  à  tort,  du  danger  que  ses 
vers  pouvaient  avoir  pour  les  âmes 
pieuses,  le  bon  père  promettait  à  ceux. 
qui  voudraient  lui  en  rapporter  des 
exemplaires,  de  jeûner  et  de  se  dis- 
cipliner, un  an  de  suite,  à  leur  inten- 
tion. Sa  vie  a  ëtë  e'crite  par  le  P.  Go- 
dinho.  B — ss. 

FONT.  Voyez  Lafont. 

FONTAINE  (Charlfs),  né  à 
Paris  le  i3  juillet  i5i5,  d'un  mar- 
chand qui  demeurait  place  Notre- 
Dame,  s'adonna  entièrement  aux  let- 
tres, qui  ne  le  conduisirent  pas  à  la 
fortune.  Il  alla  la  chercher  à  la  cour 
de  la  duchesse  de  Ferrare,  et  ne 
l'y  trouva  pas  davantage.  Il  revint  en 
France,  et  en  iS/jO  épousa,  à  Lyon, 
Marguerite  Carme,  qu'il  a  chantée 
60US  le  nom  de  Marguerite.  L'ayant 
perdue,  il  se  remaria,  en  i  544?  à  une 
autre  Lyonnaise,  qu'il  a  fort  souvent 
célébrée  dans  ses  vers  sous  le  nom  de 
Flora.  Un  procès  l'obligea  de  venir  à 
Paris^  quelque  temps  après  son  ma- 
piage.  Voilà  tout  ce  qu'on  sait  sur  son 
compte  -y  on  ignore  l'époque  de  sa 
mort,  que  l'on  croit  cependant  posté- 
rieure à  i588.  Il  avait  été  l'élève  et 
l'ami  de  Marot.  On  a  de  lui  :  I.  Estrei- 
nes  à  certains  seigneurs  et  dames 
de  Lyon,  Jean  Détournes,  i540, 
petit  in-8°.  C'est  un  recueil  de  qua- 
trains à  l'adresse  ou  en  l'honneur  de 
diverses  personnes;  telles  que  Sébas- 
tien Gryphius ,  Jean  Détournes ,  Jean 
Desgoulies,  Antoine  Dumoulin,  li. 
Aneau  ,  auquel  il  dit  : 

L'anneau  que  Ton  met  a  la  joincte 
N'est  point  tant  uny  à  moyli.'; , 
Comme  est  (amy)  ton  amylié 
A  tes  amys  unie  et  joincte. 

On  trouve  à  la  suite  un  chant  nuptial 
par  Ch.  Fontaine,  et  une  éclogue  suc 
son  mari  ige  avec  Mn-guonle  Car  me. 


FON  Î75 

IL  La  conlr'ainye  de  court  :  celt« 
réponse  à  VAmye  de  court  de  la  Bor- 
derie  a  été  imprimée  dans  les  Opus- 
cules d'amour  par  Héroet ,  la  Bor- 
der ie  et  autres  divins  poètes ,  Lyon  , 
J.  Détournes,  1547,  in-^'-j  et  en- 
core à  la  suite  de  l'édition  du  Mépris 
de  la  court  ai^ec  la  vie  rustique , 
noui^ellement  thaduit  d'e^paignol 
(d'Ant.  Guevara)  en  françois  (p.^r 
Ant.  Allègre),  Paris,  J.  Ruelle,  i55o, 
in- 16.  ni.  LeQuintil  horatien,  i55î, 
in- 18  ,  ainsi  intitulé  du  Quintilius 
FaruSy  dont  parle  Horace  (  Art  poét., 
458  ).  C'est  en  effet  une  critique  de 
La  défense  et  illustration  de  la  lan- 
gue française  par  J.  du  Bellay,  et 
de  r  0/fV(? ,  sonnets  antérotiques ,  odes 
et  vers  lyriques  du  même.  Cette  cri- 
ti(pie  a  été  imprimée  sous  le  titre  de 
Quintil  censeur ,  à  la  suite  de  VArt 
poétique  françois  (  par  T.  Sebillet  ) , 
iStG,  in- 16.  IV.  S'ensuyvent  les 
ruisseaux  de  Fontaine  _>  œui^re  con- 
tenant épitres ,  élégies  y  chants  di- 
vers ,  épigrammeSj  odes  et  estrennes 
pour  celte  présente  année  i555; 
Lyon,  Payen  ,  i555,  in -8".  Dans 
une  de  ces  pièces ,  il  s'établit  le  de  - 
fonseur  de  la  rime.  Parmi  les  pei- 
sonnes  auxquelles  il  adresse  quelques- 
uns  des  ouvrages  de  ce  recueil,  ou 
remarque  Tiraqueau ,  Touchel  d'Or- 
léans, Fernel,  Ronsard,  J.  du  Be!- 
lay ,  J.  Dorât ,  Jodelle ,  Des  Autels , 
R.  Belleau ,  Amyot  (  qu'd  ne  connais- 
sait pourtant  ]ws  ) ,  Bayf.  On  trouve 
à  la  suite  XXFIII  éiiygmes  ,  tra- 
duilz  des  vers  latins  de  Symposius, 
ancien  poète  (Voy.  Lacïange),  (t 
Le  passeternps  des  amis ,  livre  con- 
tenant épitres  et  épigrammes  en  vers 
françois ,  et  composé  par  certains 
auteurs  modernes ,  et  nouvellement 
recueilli  par  Ch.  Fontaine ,  auteur 
d'une  partie^  et  enfin  la  traduction 
en  veii  français  du  premier  livre  dn 


176  FON 

Remède  d'amour^  c'est-à-dire,  de  la 
moitié'  du  livre  unique  de  ce  poème 
d'Ovide.  V.  Les  XXI  épitres  d'O- 
vide (en  vers  français) ,  Lyon ,  J.  Dé- 
tournes et  G.  Gazeau,  i556,  in- 16, 
dëdie'  à  M™^.  Grussol  :  une  première 
édition  des  dix  épîtres ,  faite  en  i552, 
était  de'diëe  au  fils  de  cette  dame.  Les 
dix  premières  épîtres  sont  de  la  tra- 
duction de  Fontaine ,  qui  les  a  enri- 
chies d'abnotations.  Les  17*=.  et  18'. 
(  intitulées  de  Léandre  à  Héro ,  et 
de  Héro  à  Leandre  ) ,  sont  l'ouvrage 
d'un  Saint-Romat,  et  enfin  les  neuf 
autres  sont  le  travail  d'Octavien  Saint- 
Gelais ,  retouché  par  Fontaine  :  la 
Fable  des  amours  de  Mars  et  de 
F  émis  j  irad.  d' Homère  ^  et  le  Ra- 
vissement de  Proserpine ,  imitation 
d'Ovide,  se  trouvent  dans  ce  volume, 
ou  l'auteur  a  inséré  encore  le  Muséus 
des  amours  de  Léandre  et  de  Héro , 
trad.  en  rime  francojrse,  par  Cl. 
Marot.  Le  volume  est  terminé  par  un 
Petit  avertissement  ans  lecteurs. 
Après  la  dixième  épître,  on  lit  quel- 
ques mots  du  Translateur  aus  lec- 
teurs. Il  est  plaisant  d*y  voir  Ch.  Fon- 
taine vanter  l'utilité  de  sa  traduction, 
quant  aux  meurs ,  pour  ce  qu'il  njr 
ha  personne  tant  adonnée  et  es- 
chaufée  en  l'amour  voluptueuse ,  qui 
nen  soit  bien  refroidie  et  destournée 
après  quelle  aura  bien  leu  ici  de- 
dens ,  et  bien  considéré  les  peines  et 

misères  des  amoureus Quand 

sont  racontées  les  grandes  fâcheries 
et  infortunes  des  dames  amoureuses  y 
c'est  un  miroir  et  exemple  de  ne 
faire  comme  elles ,  ains  au  contraire 
estre  sapées  aux  despens  d' autrui, 
comme  dit  le  prouerbe.  VI.  Les 
dicts  des  sept  Sages ,  ensemble  plu- 
sieurs autres  sentences  latines  ex- 
traites de  divers  bons  et  anciens  au- 
theurSy  avec  leur  exposition  fran- 
çaise,  Lyon,    J,    Celoys,    i557, 


FON 

in-8".  VII.  Odes  y  énigmes  et  épi^ 
grammes,  i557,  in-8'.  Outre  ces 
sept  ouvrages  que  nous  avons  sous 
les  yeux,  et  dont,  à  l'exception  du 
Quintil,  aucun  ne  mérite  d'être  lu, 
Duverdier,  Goujet  et  Lacroix  du 
Maine  citent  encore  quelques  autres 
écrits  de  Ch.  Fontaine  ,  tels  que ,  «ne 
traduction  française  du  Prompluaire 
des  médailles,  i553,  1  vol.  in-4°.; 
XEpitome  des  trois  premiers  livres 
de  Artemidorus ,  traitant  des  Son* 
ges ,  1 546 ,  in-S**.  ;  1 547  ,  in-8^  ; 
i555,  rn-8'.  (  cette  dernière  édition 
est  augmentée  d'un  Brief  recueil  de 
F alere- Maxime  touchant  certains 
songes  )  ;  une  Ode  sur  l'antiquité  et 
excellence  de  la  ville  de  Lyon , 
1 556;  une  traduction  des  Sentences  de 
Publius  Sjrus,  etc.  Il  avait  le  premier 
fait  une  traduction  de  VArt  poétique 
d'Horace.  Celait  l'ouvrage  de  sa  jeu- 
nesse; il  le  mit  de  coté  pour  le  revoir 
plus  tard ,  puis  l'oublia.  Ce  fut  dans 
cet  intervalle  que  parut  la  traduction 
d'Horace  par  Peletier  du  Mans,  qui 
se  trouva  le  premier  et  pendant  quel- 
que temps  le  seul  traducteur  de  l'Art 
poétique.  A.  li— t. 

FONTAINE  (Jacques),  docteur 
en  médecine ,  et  professeur  à  la  faculté 
d'Aix  en  Provence ,  naquit  à  St.-Maxi- 
min,  au  i6^  siècle,  et  mourut  dans 
la  mêmevilheen  162 1.  Fontaine  avait 
un  savoir  étendu  pour  son  temps,  et 
sa  réputation  lui  valut  le  titre  de  mé- 
decin ordinaire  du  roi.  Il  nous  est 
resté  plusieurs  ouvrages  de  ce  profes- 
seur ;  I.  Traité  de  la  Thériaque , 
Avignon ,  1601 ,  in-  12.  Ou  y  trouve 
plus  d'érudition  que  de  critique.  II. 
Discours  problématique  de  la  na- 
ture ,  usage  et  action  du  diaphrag- 
me, kin,  161 1  ,  in- 12.  Ce  morceau 
qui  fit  sensation  dans  son  temps ,  ne 
se  trouve  plus  en  harmonie  avec  les 
connaissances  que  les  modernes  ont 


FON 

acquises  en  anatoraie  et  en  physiologie. 
m.  Deux  paradoxes  appartenants  à 
la  Chirurgie  ;  le  premier  contient  la 
façon  de  tirer  les  enfants  de  leur 
mère ,  par  la  violence  extraordi- 
naire ;  Vautre  est  de  Vus  âge  des 
ventricules  du  cerveau ,  contre  Va- 
pinion  la  plus  commune  ,  Paris  , 
i6 1 1 ,  in  -  1 2  Le  nom  de  paradoxe , 
donné  par  l'auteur  lui-même  aux  pro- 
positions dont  il  traite ,  ne  leur  sera 
point  contesté  par  les  lecteurs.  La 
doctrine  de  Fontaine  n'est  fondée  que 
sur  des  spéculations  plus  vaines  que 
solides.  IV.  Discours  contenant  la 
rénovation  des  bains  de  Gréoiix , 
en  Provence }  la  composition  des 
minéraux  qui  sont  contenus  en  leur 
source^  etc.,  Aix,  1619,  in- 12.  Cet 
ouvrage  atteste  l'enfance  de  l'art ,  sous 
le  rapport  des  connaissances  chimi- 
ques ,  et  des  moyens  de  procéder  à 
l'analyse  des  substances  naturelles ,  si 
perfectionnée  maintenant.     F — r. 

FONTAINE  (INicoLAs),  né  à  Paris, 
et  fils  d'un  maître  d'écriture ,  perdit 
son  père,  n'ayant  encore  que  douze 
ans.  Il  avait  pour  parent  le  P.  Grisel, 
jésuite,  qui  voulut  bien  eu  prendre 
quelque  soin,  et  dont  le  projet  était 
de  le  faire  entrer  dans  la  maison  du 
cardinal  de  Richelieu.  Il  introduisit  le 
jeune  Fontaine  dans  le  monde.  Celui- 
ci,  né  avec  un  goût  naturel  pour  la 
retraite  ,  se  prêta  peu  aux  vues  de  son 
parent  j  il  conçut  même  le  projet  de 
se  faire  jésuite  ;  le  P.  Grisel  l'en  dé- 
tourna, on  ne  sait  par  quel  motif.  La 
mère  de  Fontaine  connaissait  M.  Hil- 
lerin  ,  curé  de  St.-Merry  j  elle  lui  pré- 
senta son  fils.  Le  curé,  louché  de  sa 
piété  et  de  sa  sagesse,  conçut  pour  lui 
une  vive  amitié  ;  il  était  intimement 
lié  avec  Arnauld  d'Andilly,  et  avec 
les  autres  solitaires  de  Port -Royal. 
Il  leur  fit  connaître  le  jeune  Fon- 
taine, qui,  par  ses  bonnes  qualités , 

XV. 


FON  177 

sut  se  concilier  l'estime  de  ces  soli- 
taires. Il  continua  de  demeurer  chez 
M.  Hilleriu ,  et  y  prit  le  goût  des  bon- 
nes lettres  et  des  études  solides;  il 
s'appliqua  surtout  à  la  lecture  de  i'E- 
criture-Sainle  et  des  Pères.  M.  Hil!eriu 
ayant  quitté  sa  cure,  et  s'étant  retire' 
dans  un  petit  prieuré  qu'il  avait  en 
Poitou ,  pour  y  vaquer  plus  librement 
à  son  salut,  emmena  Fontaine  avec 
lui;  mais  ce  généreux  protecteur  s'a- 
perçut bientôt  qu'un  tel  séjour  nuirait 
aux  progrès  de  son  élève ,  et  qu'il  n'y 
trouverait  pas  pour  ses  éludes  les  se- 
cours dont  il  avait  besoin.  Il  résolut 
de  If  reconduire  à  Paris ,  et  d»  le  con- 
fier à  ses  amis  de  Porl-Uoyal.  Ce  fut 
en  1645,  qu'il  le  remit  cntie les  mains 
de  ces  savants  et  laborieux  solitaires. 
Fontaine  avait  alors  vingt  ans  ,  et  il  se 
trouva  engagé  dans  un  parti  bien  op- 
posé à  celui  auquel  l'aurait  attaché  son 
premier  vœu ,  si  le  père  Grisel  lui  eût 
permis  de  le  suivre.  Son  entrée  à  Port- 
Koyal  décida  du  sort  de  sa  vie.  Son 
premier  emploi  fut  d'éveiller  les  soli- 
taires j  il  l'avait  choisi  par  humilité 
et  mortification  :  il  fut  ensuite  chargé 
de  surveiller  les  études  de  quelques 
jeunes  gens  qu'on  élevait  dans  celle 
maison.  Pendant  ses  heures  de  loisir,  il 
transcrivait  les  écrits  de  ces  solitaires. 
Soit  qu'il  tînt  ce  talent  de  son  père, 
soit  qu'il  l'eût  acquis  depuis  ,  il  avait 
une  fort  belle  écriture.  L'abbé  Ladvo- 
cat  dit  avoir  vu  chez  M.  de  Pompone 
le  recueil  de  MM.  de  Port-Royal  sur 
les  affaires  ecclésiastiques,  eu  i5  vol, 
iu-4''. ,  écrit  de  la  main  de  Fontaine 
avec  tant  de  netteté  et  d'élégance,  que 
le  plus  bel  imprimé  y  était  à  peine 
comparable;  aussi  Fontaine  servait-il 
de  secrétaire  à  Ant.  Arnauld ,  et  aux 
autres  personnages  delà  société.  Lors- 
que ce  docteur,  exclu  de  la  Sorbonne 
en  i656,  fut  obhgé  de  se  cacher. 
Fontaine   demeura    quelque   temps 


tr»  FON 

avec  lui  et  Nicdle.  Son  attAcbement 
et  les  services  quM  renflait  à  ces  mes- 
sieurs, faisaient  qu'il  leur  ëlaif  rxtrê- 
mcrnent  cher.  Il  partageait  leur  exil 
et  leurs  retraites;  il  accorapaj»na  Sacy 
et  Sin^lin  dans  celles  qu'ils  furent 
for»  e's  de  se  procurer,  et  dont  il  leur 
fallait  changer  souvent;  quelquefois 
ils  en  sortaient  secrètement  pour  leurs 
aftkires ,  ou  pour  des  conférences 
relatives  à  leurs  ouvrap;es.  Fontaine 
assistait  avec  Sacy  à  celles  qui  se  te- 
naient à  l'hôtel  de  Longueville  pour 
la  traduction  de  la  Bible ,  e'bauche'e 
quelques  années  auparavant  par  An- 
toine Lemaître.  Sacy  s'étaii  charge'  de 
la  préface  :  Fontaine  habitait  avec  lui 
dans  une  maison  du  faubourg  Saint- 
Ântoiue,  lorsque  tous  deux  furent  ar- 
rêtes par  ordre  du  roi  et  conduits  à 
la  Bastille.  Ils  en  sortirent  le  3i  octo- 
bre 1669,  et  ne  se  quittèrent  plus. 
Fontaine  accompagnait  Sacy  à  Pom- 
pone,  à  Paris,  à  Port  -  Royal  des 
Champs.  Il  prit  néanmoins  un  loge- 
ment à  St. -Mandé,  pour  être  plus 
à  portée  de  surveiller  l'édition  des  ou- 
vrages de  son  ami.  En  1 679 ,  il  voulut 
retourner  à  Port-Royal  ;  mais  les  soli- 
taires ayant  reçu  ordre  de  quitter  cette 
maison,  il  continua  de  demeurer  à 
St.-Mandé ,  où  Sacy,  qui  s'était  retiré 
à  Pompone,  venait  le  voir  souvent. 
C'est  dans  une  de  ces  visites,  qu'il 
proposa  à  Fontaine  de  traduire  un  re- 
cueil de  passages  des  Pères  ,  dont 
Pélisson  avait  besoin  pour  un  ou- 
vrage contre  les  protestants.  On  se 
faisait  fort,  disait  Sacy,  de  Uire  ob- 
tenir une  pension  à  celui  qui  feiait  ce 
travail  :  tel  était  le  désintéressement 
de  Fontaine ,  que  ce  mot  de  pension, 
qui  pour 'tant  de  personnes  aurait  été 
un  motif  déterminant,  lui  fit  refuser 
celte  entreprise.  Après  la  mort  de 
Sacy ,  arrivée  en  1 684  ;  Fontaine  con- 
tinua de  vivre  dans  la  retraite ,  chau- 


FON 

{*eant  néanmoins  souvent  de  demeur<f* 
A  la  fin  de  ses  jours ,  il  se  retira  à 
Melun,  où  il  mourut  âgé  de  quatre- 
vingt-quatre  ans,  le  iH  janvier  1  709» 
Il  est  peu  d'hommes  qui  aient  été 
aussi  laborieux,  comme  le  prouvent 
les  nombreux  ouvrages  qui  suiv<  nt  : 
I.  Figures  de  la  Bible,  sous  le  nom 
de  Royaumont,  et  long-tei.  ps  attribué 
à  Sacy,  Paris,  1674,  in-^".  Peu  de 
livres  ont  été  plus  souvent  réimpri- 
més. II.  Jhrégé  de  S.  Jean  Chry^ 
sostôme ,  sur  le  Nouveau  •  Testa^ 
ment  y  in-8\,  et  sur  l'ancien- Tes- 
tament i\\\si>'iïn-S°.  y  Paris,  1670(1), 
III.  Le  Psautier  y  traduit  en  fran* 
cois,  avec  de  courtes  notes,  tirées 
de  S.  Augustin ,  Paris ,  1674,  in- 1 2» 
Les  notes  sont  en  latin  ;  elles  furent 
données  en  français  en  1^)76.  IV.  Ex' 
plications  du  Nouveau-  Testament , 
tirées  de  S,  Augustin  et  des  autres 
Pères  latins  j  Paris,  1675,  2  vol. 
in-B". ,  dont  une  autre  édition  en  a 
vol.  in-4''.,  Paris,  i685.  V.  Les  huit 
Béatitudes,  Paris,  i  vol.  in  -  12. 
VI.  Méditatiojis  pour  la  Semaine- 
Sainte,  Paris,  1678.  VII.  Fies  des 
Patriarches  avec  des  réjltxions  , 
tirées  des  Saints  -  Pères  ,  1  vol. 
in  8°.,  i683,  dont  deux  autres  édi- 
tions eu  i685^t  1695.  VIll.  Heg 
des  Prophètes ,  avec  des  réflexions p 
tirées  des  Pères  de  l^ église,  Paris, 
i685ei  1693, 1  vol.  in-8^  IX.  Hes 
des  Saints  pour  tous  les  jours  de  l'an- 
née, Paris,  it)79,  4  vol.in-8  .X. Les 
O  DE  l'a  VENT ,  avec  des  rejlexions  y 
Paris,  I  vol.  in- 12.  XI.  Traducfiou 
franç.iisedu  '^^aradisus  animœ  Chris* 
tianœ  d'Horsfius  (Jacques  Merlon, 
pieux  ecclésiastique  de  Cologne  ): 
cette  traduction  porte  le  titre  dHIeU" 

(1)  M.  Barbier,  d'après  Ir  témoignage  de  l'abbé 
de  SainuLéfiT,  dit  \\nr  le  imm  de  l'autrur  de 
V.tbrégé  (W  le  Souveait-Tetiantent  ,  c-che  «ou» 
celui  deMarailly,  nVtt  poiut  Mcola»  fontawc» 
nu*  ftijitêX,  chanoia*  dt  Aielua  en  i6^i. 


FON 

res  chrétiennes,   Paris,    i685   et 
1715,  1  vol.  in- 12.   XII.  InstmC' 
lions  chrétiennes  sur  le  sacrement 
de  mariage^  et  V éducation  des  en- 
fants, traduites  du  latin  de  Lin- 
denhrogius,  Paris,   1679,    in- 12. 
XIII.  Prières  tirées  de  V Ecriture- 
Sainte  ,  pendant  la  messe,  Paris, 
3085.    XIV.  Le  Dernier  jour  du 
monde  f  ou  Traité  du  jugement  der- 
îiier,  Paris,  1689.  XV.  Le  Diction- 
naire chrétien,  Paris,  1691 ,  i  vol. 
in- 4'.    XVI.    Imitation  de   Jésus- 
Christ,  avec  des  réjlexions  sur  le 
premier  livre ,  Paris,  1694,  in- 13. 
XV IL  Traité  de  la  conversion  du 
■pécheur,  Paris,    1677.  XVIII.  Mé- 
moires pour  servir  à  Vhistoire  de 
Port-Royal,  Utrecht,  1756,  1  vol. 
in- 1 1.  lissent  plus  riches  en  réflexions 
morales  qu'en  faits  ,  quoique  Tauteur 
y  parle  des  plus  célèbres  personna- 
ges à  qui   cette   maison  doit  sa  re- 
nommée. XIX.  Traduction  des  ho- 
mélies de  S.  Chrysostôme ,  sur  les 
épîtres  de  S.  Paul,  7  vol.  in-8'\; 
ouvrage  qui  fut  pour  Nicolas  Fon- 
taine l'occasion  d'amers  chagrins.  On 
l'accusa  d'y  avoir  renouvelé  l'hérésie 
de  Nestorius.  Le  P.  Daniel  et  le  P. 
Bivière ,  jésuites ,  écrivirent  à  ce  sujet. 
Le  P.  Quesnel  leur  répondit.  D'autres 
écrits  encore  intervinrent  dans  ce  dif- 
férend. Fontaine  avait  gardé  le  si- 
lence :  voyant  néanmoins  que  l'on  con- 
tinuait de  l'attaquer ,  il  prit  le  parti 
d'é»  rire  à  M.  de  Harlay,  archevêque 
de  Paris,  une  lettre  aussi  humble  que 
soumise.  Il  y  faisait  la  profession  de 
foi  la  plus  catholique  sur  le  point 
controversé  j  il  offrait  sa  rétractation 
sur  tout  ce  qu'on  croirait  rcpréhen- 
sible  dans  sa  traduction,  et  même  il 
y  fit  mettre  plusieurs  cartons.  Cela 
n'empêcha  point  M.  de  Harlay  de  con- 
damner l'ouvrage,  et  Fontaine  reçut 
avec  beaucoup  de  patience  cçlte  hu- 


FON  179 

miliation  :  il  semblait  que  là  devait  se 
terminer  la  querelle.  On  continua, 
dans  différents  écrits,  d'accuser  Fon- 
taine :  quelques-uns  disent  qu'alors  il 
prit  lui-même  sa  défense,  soutint  qu'il 
avait  traduit  fidèlement  S.  Chrysos- 
tôme ,  et  entreprit  de  prouver  que 
plusieurs  Pères  s'étaient  exprimés  de 
même  que  ce  saint  docteur;  d'autres 
prétendent  que  l'écrit  intitulé  Aver- 
tissement, dans  lequel  se  trouve  cette 
défense,  n'est  point  de  Fontaine,  et 
qu'il  l'a  désavoué,  quoiqu'il  fût  sous 
son  nom.  Cette  dernière  opinion  pa- 
raît plus  conforme  au  caractère  de 
Fontaine,  naturellement  modeste  et 
doux ,  et  à  la  conduite  qu'il  avait  te- 
nue à  l'égard  de  M.  de  Harlay  :  eu 
tout  cas,  il  est  certain  qu'il  persista 
dans  sa  rétractation  et  le  plus  humble 
désaveu  de  tout  ce  qu'on  pourrait 
trouver  de  répréhensible  dans  sou 
livre  (1).  L — y. 

FONTAINE  DES  BERTINS 
(  Alexis  ) ,  célèbre  géomètre ,  né  à 
Claveison,  était  fils  d'un  notaire  de  ce 
petit  bourg  du  Danphiné,  près  de 
Saint-Vallier,  et  descendait  d'une  fa- 
mille distinguée  dans  la  robe  et  dans 
l'épée.  Son  père,  qui  le  destinait  au 
barreau ,  l'envoya  au  collège  de  Tour- 
non  ,  chez  les  jésuites,  où  il  ne  fit  pas 
de  brillantes  études.  Il  y  apprit  les 
éléments  de  géométrie  sous  le  P.  Le- 
mer.  A  l'âge  de  vingt  ans,  il  vint  à 
Paris  pour  se  soustraire  aux  sollicita- 
tions de  ses  parents ,  qui  voulaient  le 
contraindre  à  étudier  la  jurispru- 
dence. La  lecture  du  livre  de  Fonte- 


(0  On  a  attribué  à  Fontaine,  i*".  une  tratluctloa 
de»  Conférences  et  dei  Iiistilulions  de  Ca»sien^ 
sou»  le  nom  du  sieur  de  Saligny,  Paris,  1667, 
2  vol  ia-'î*'.  ;  a*,  la  traduction  des  Soliloques  tue 
le  psaun'e  u8,  écrits  en  latin  par  Hamdn  ,  sous 
le  titre  de  yEgrct  anima;  et  dolorern  lenire  co- 
nanlif,  pin  inpsalin.  1  »8  soliloquia^  Paris,  1686. 
Duguet  donne  cette  traduction  à  Poatchâleau. 
3".  Dupin  attribue  à  Fontaine  les  Regrets  d'une 
ame  touchée  d'avoir  abusé  de  la  sainteté  iVi* 
Paler,  Ce  livre  «st  du  P.  Pfou ,  célesun. 


i8o  FON 

iielle  sur  la  gcomëtrie  de  l'infini , 
lui  inspira  beaucoup  de  goût  pour 
celle  science;  et,  ayant  fait  connais- 
sance avec  le  P.  Castel ,  excite  et  di- 
rigé par  les  conseils  de  ce  savant  jé- 
suite, il  fil  de  grands  progrès  dans  les 
mathématiques  :  mais  ,  peu  favorisé 
par  la  fortune ,  et  ayant  perdu  son 
père,  il  quitta  Paris  en  l'j'iS'j  et  il  y 
revint  à  la  mort  de  son  frère  aîné, 
qui  lui  laissa  une  succession  de  cin- 
quante mille  livres.  N'aspirant  qu'à  se 
rapprocher  de  Paris,  il  vendit  son 
patrimoine ,  et  acquit  la  terre  d'Anel, 
près  de  Gompiègne;  ce  qui  lui  permit 
de  faire  de  fréquents  voyages  dans  la 
capitale,  où  il  ne  tarda  pas  à  se  lier 
d'amitié  avec  Clairaut  et  Maupertuis. 
Il  commença  à  se  faire  connaître  des 
savants,  eu  déterminant  \e  minimum 
de  la  ligne  comprise  enti  e  deux  points 
situés  sur  une  surfaee  combe.  Jean 
Bernoulli  avait  déjà  résolu  le  même 
problème  ;  mais  sa  solution  était  igno- 
rée de  Fontaine,  qui  n'avait  eu  jus- 
qu'alors d'autres  notions  sur  la  mé- 
thode de  maximis  et  minimis  que 
celles  qu'il  avait  acquises  par  la  lec- 
ture du  Traité  des  infiniment  petits 
du  marquis  de  l'Hôpital.  En  1732,  il 
présenta  à  l'académie  des  sciences  de 
Paris  des  solutions  de  problèmes  très 
singuliers,  relaliveraent  à  des  points 
attractifs  situés  sur  des  surfaces  cour- 
bes. Il  résolut  ces  problèmes  par  des 
considérations  e«trêmement  délicates, 
et  à  l'aide  d'intégrations  très  com- 
pliquées, dans  lesquelles  il  montra 
beaucoup  de  sagacité  et  d'originaUîé. 
En  1734  parut  son  fameux  Mémoire 
sur  les  tautochrones ,  que  d'Akmberl 
regardait  comme  l'un  des  meilleurs 
de  ceux  qui  composent  le  Recueil  de 
l'académie  des  sciences.  Le  pioblèrae 
des  tautochrones  consiste  à  trouver 
une  courbe  telle,  que  tout  corps  placé 
sur  sa  coucnvité  arrive  toujours;  dans 


FON 

le  même  temps,  au  point  le  plus  bas; 
Ce  problème  avait  été  résolu  par 
Huygcns  dans  l'hypothèse  du  vide, 
par  Nev^'ton  en  considérant  la  courbe 
dans  un  milieu  résistant  comme  la 
vitesse,  et  séparément  par  Euler  et 
par  Jean  Beiuoulii,  qui  supposaient 
la  résistance  du  milieu  résistant  pro- 
portionnelle au  carré  de  la  vîtesse; 
ce  qui  est  plus  d'accord  avec  l'obser- 
vation. Fontaine,  par  une  méthode 
toul-à-fait  neuve,  et  qui  repose  sur 
deux  sortes  de  variations ,  résolut  le 
même  problème  dans  ces  différentes 
hypothèses,  et  d'une  manière  qui 
n'exige  pas  que  l'on  sache  intégrer 
l'équation  différentielle  de  la  vîtesse, 
ainsi  que  h*  supposaient  les  solutions 
de  SCS  prédécesseurs.  11  donna  ensuite 
à  la  sienne  une  plus  grande  généra- 
lité, en  regardant  la  résistance  comme 
étant  à  la  fois  proportionnelle  au  carré 
de  la  vitesse  et  au  produit  de  cette 
vitesse  par  une  constante.  Cependant, 
malgré  ce  pas  immense  fait  par  ce 
géomètre,  il  était  réservé  à  Lagrange 
d'aller  encore  plus  loin  ,  et  de  passer 
les  bornes  que  Fontaine  croyait  avoir 
atteintes.  C'est  dans  cette  solution  du 
problème  des  tautochrones  que  Fon- 
taine démontra  le  premier  deux  théo- 
rèmes qui  sont  le  fondement  du  calcul 
des  variations  inventé  depuis  cette 
époque.  Fontaine  démontra  aussi  le 
premier  que  toute  équation  différen- 
tielle d'un  certain  ordre  a  toujours  un 
même  nombre  d'intégrales  complètes 
de  l'ordre  immédiatement  iuférieur, 
et  à  l'aide  desquelles  on  peut  trouver, 
par  l'élimination,  l'intégrale  finie  com- 
plète, qui  est  toujours  unique.  Si  l'heu- 
reux choix  des  signes  qui  servent  à 
manifester  nos  idées  est  d'une  utilité 
majeure  dans  une  science  de  spécula- 
tion comme  les  mathématiques ,  nous 
ne  devons  pas  passer  sous  silence 
l'ingénieuse  notation  de  Fontaine  pour 


FON 

exprimer  les  coëtlficients  difFereutiels 
de  tous  les  ordres,  et  qui  porte  le  nom 
de  son  celcbre  auteur.  Fontaine  est 
aussi  l'inventeur  d'un  principe  général 
de  dynamique,  qui ,  quoique  présenté 
par  lui  d'une  manière  très  obscure, 
revient  à  cilui  de  d'Alembert;  car  les 
quantités  de  mouvement  gagnées  ou 
])erdues  que  d'Alembert  met  en  équi- 
libre, ne  sont  autre  chose,  dans  le 
principe  de  Fontaine,  que  les  forces 
qu'avaient  les  corps  pour  se  refuser 
au  mouvement.  D'Alembert  publia  son 
principe  en  »745,  tandis  que  Fon- 
taine ne  parle  pour  la  première  fois 
du  sien  que  dans  le  Recueil  de  ses 
Mémoires  publié  en  1764,  mais  en 
avertissant  que  ce  principe  lui  était 
connu  dès  1739,  et  que  les  commu- 
nications qu'il  en  avait  faites  à  un 
grand  nombre  de  géomètres  devaient 
produire  le  même  effet  que  s'il  le  leur 
eût  transmis  par  la  voie  de  l'impres- 
sion. Cet  aveu  suffit  alors  pour  exciter 
les  partisans  de  Fontaine  et  plusieurs 
journalistes  à  contester  à  d'Alembert 
la  priorité  de  cette  découverte  si  im- 
portante dans  la  mécanique.  Ce  qui 
est  remarquable ,  c'est  que,  dans  cette 
grande  dispute,  Fontaine  garda  le  si- 
lence. Au  reste,  il  était  un  assez liabile 
géomètre  pour  avoir  inventé  son  prin- 
cipe sans  avoir  eu  connaissance  de 
celui  de  d'Alembert.  Ce  qui  rend  cela 
encore  p' us  probable ,  c'est  que  Fon- 
taine, dans  tout  ce  qu'il  a  ftit,  a  peu 
marché  sur  les  traces  des  autres;  et, 
ce  qu'on  aurait  de  la  peine  à  croire , 
ses  connaissances  en  mathématiques 
n'étaient  pas  très  étendues  :  habitué 
à  suivre  ses  propres  idées,  il  négli- 
geait souvent  de  lire  les  ouvrages  de 
SCS  rivaux,  et  les  siens  n'en  acqué- 
raient que  plus  d'originaUté.  Ainsi,  il 
n'est  pas  étonnant  qu'il  ait  fait  beau- 
coup de  réclamations  en  mathémati- 
ques :  il  a  contesté  à  Eulcr  la  décou- 


FON  181 

verte  des  conditions  d'intégrabiUté  des 
formules  différentielles,  et  un  beau 
théorème  sur  les  fonctions  homogènes. 
Il  prétendait  qu'en  1758,  ayant  com- 
muniqué à  Paris  ces  découvertes  à 
plusieurs  géomètres,  elifs  avaient  pu 
être  transmises  à  Euler  j  mais  il  igno- 
rait que  ce  grand  géomètre  avait, 
depuis  long-temps,  publié  ces  théo- 
rèmes dans  les  Mémoires  de  Péters- 
bourg  pour  les  années  1754  et  1  735. 
Ce  fait,  qui  constite  les  droits d'Euler 
à  l'invention  de  ces  théorèmr  s,  est  aussi 
une  forte  présomption  que  le  géomètre 
français  les  avait  égalementdécouvcrts. 
Font  fine  a  beaucoup  fait  de  recherches 
sur  le  calcul  intégral  ;  il  a  employé 
divers  procédés  d'intégration  fondés 
sur  les  propriétés  des  fonctions  ho- 
mogènes, sur  la  restitution  des  fac- 
teurs évanouis ,  sur  î'élimination  des 
constanles  arbitraires,  etc.,  etc.  Il 
croyait  avoir  trouvé  des  méthodes 
générales  d'intégration,  chose  que 
Lagringc  regardait  comme  impossi- 
ble. En  vain  Fontaine  employa-l-il 
toutes  les  ressources  de  la  méthode 
des  coëfiicicnts  indéterminés;  il  par- 
vint à  des  équations  si  compliquées , 
surtout  dans  les  ordres  supérieurs, 
que  ses  méthodes  ont  été  entièrement 
rejetées.  On  en  peut  dire  autant  de  ses 
procédés  pour  résoudre  les  équations 
littérales  et  numériques.  Dans  cette 
vue,  il  a  construit  des  tables  à  l'aide 
desquelles  on  trouvef  le  système  de 
facteurs  qui  convient  à  une  équation 
donnée;  mais  la  difficulté  de  la  cons- 
truction de  ces  tables  et  la  longueur 
des  opérations  subséquentes  ont  fait 
qua  personne  n'a  cherché  à  s'occuper 
d'une  méthode  dont  la  généralité 
même  n'est  pas  démontrée.  On  voit, 
par  celle  analyse  des  travaux  de  Fon- 
taine, qu'on  lui  doit  le  germe  de  plu- 
sieurs découvertes  importantes,  et 
qu  éminemment  doué  dç  l'esprit  d'in- 


iSî  FON 

veiition,  ses  idées  les  plus  heureuses 
5ont  celles  qui  ont  le  moins  exigé  de 
calculs.  11  est  vrai  q«ie,  s'il  s'est  jeté 
dans  ces  calculs ,  c'était  pour  vaincre 
des  difficultés  qu'on  re^iardait  comme 
insurmontables.  Une  pareille  entre- 
prise montre  qu'il  sentait  toute  la  force 
de  son  génie.  Aussi  il  ne  dissimulait 
pas  l'opinion  avantageuse  qu'il  avait 
de  lui.  Lorsqu'il  eut  publié  ses  pre- 
miers essais  :  On  en  parle  dans  les 
cafés  j  disait-il  avec  bonhomie.  Dans 
la  préface  de  ses  Mémoires,  il  s'ex- 
primait ainsi  sur  la  solution  qu'il  avait 
donnée  du  problème  des  tautochrones: 
«  Quand  j'entrai  à  l'académie ,  l'ou- 
»  vr 'ge  que  M.  J.  Bernoulli  y  avait 
»  envoyé  en  i  «jSo ,  qui  est  uu  chef- 
»  d'œuvre,  venait  de  paraître.  Cet 
»  ouvrage  avait  tourné  l'esprit  de  tous 
»  les  géomètres  de  ce  côté;  on  ne 
»  parlait  que  du  problème  des  tauto- 
»  chrones  :  j'en  donnai  la  solution , 
»  et  l'on  n'eu  parla  plus.  »  Malheu- 
reusement pour  lui,  mais  non  pour 
îa  science ,  Lagrange  en  parla  encore 
dans  les  Mémoires  de  l'académie  de 
Berlin  de  1765.  Fontaine,  ayant  exa- 
miné superficiellement  le  travail  de  ce 
grand  géomètre,  l'attaqua  avec  aigreur, 
prétendant  qu'il  s'était  égaré ,  et  qu'il 
paraissait  n'avoir  pas  entendu  sa  pro- 
pre méthode,  qui  d'ailleurs,  disait-il, 
était  bornée  et  indirecte.  Le  grand 
liomme  qui,  pour  la  première  fois, 
se  voyait  attaqué  dans  une  carrière  où 
il  n'avait  eu  que  des  succès,  se  con- 
tenta de  confondre  son  adversaire,  en 
prouvant  que  c'était  lui-même  qui  avait 
donne  une  solution  défectueuse  en 
certains  cas.  Au  reste,  Fontaine  n'en 
était  pas  moins  pénétré  d'admiration 
pour  le  mérite  supérieur  de  Lagrange; 
voici  de  quelle  manière  il  en  parlait 
dans  une  lettre  écrite  à  Mathon  de  la 
Cour  en  i  ^65  :  «  Je  le  regarde  comme 
»  le  premier  géomèlre  de  l'Europe  5 


FON 

»  et,  quand  il  ne  le  serait  pas ,  il  serait 
»  encore  un  des  hommes  \ts  plus  ai- 
)>  mables  que  je  connaisse.»  Le  fond 
du  caractère  de  Fontaine  était  un  mé- 
lange de  finesse,  de  niaiserie  et  d'or- 
gueil. Cette  mêmr  subtilité  qui  lui  faisait 
découvrir  tant  d'idées  neuves  en  mathé- 
matiques, il  la  portait  dans  la  société, 
qui  présentait  un  vaste  champ  à  ses 
observations  :  peu  souvent  satisfait, 
son  esprit  toujours  actif  s'aigriss.iit; 
et,  trop  naïf  pour  dissimuler,  il  mani- 
festait sa  pensée  et  devenait  caustique. 
Un  jour  qu'on  lui  reprochait  son  si- 
lence, il  répondit  :  «  J'observe  la  va- 
»  nité  des  hommes  pour  la  blesser 
»  dans  l'occasion  »;  et,  cette  occa- 
sion ,  il  ne  la  laissait  jamais  échap- 
per. Lorsqu'en  1741,  Tambassadeur 
de  la  Porte-Othomaue  vint  à  Paris,  un 
de  ces  hommes  suffisants  qui  affectent 
de  dédaigner  tout  ce  que  les  autres 
recherchent,  regardait  avec  pitié  l'em- 
pressement du  public  pour  l'ambassa- 
deur, a  Eh  !  que  vous  fait  l'ambassa- 
»  deur  turc ,  lui  dit  Fontaine,  en  seriez- 
»  vous  jaloux?  »  L'abbé  Nollet  lisant 
à  l'académie  une  longue  dissertation 
dans  laquelle  il  ne  parlait  que  du  prix 
de  différentes  denrées  :  «  Cet  homme 
»  connaît  le  prix  de  tout,  excepté  ce- 
»  lui  du  temps  »  ,  dit  Fontaine,  fati- 
gué de  la  dissertation.  Voici  encore  un 
mot  qui  peint  part ùteraent  cet  illustre 
géomèlre:  «  J'ai  cru  un  moment  (di- 
»  sait-il  en  parlant  de  Condorcct) 
»  qu'il  valait  mieux  que  moi ,  j'en  étais 
»  jaloux;  mais  il  m'a  rassuré  depuis.» 
Fontaine,  retiré  a  la  campagne,  me- 
nait une  vie  très  solitaire,  et  partageait 
son  temps  entre  les  travaux  de  l'agri- 
culture et  les  mathématiques.  II  fut 
r<  çu  à  l'académie  des  sciences  en  1 7  55. 
Étranger  à  toute  brigue,  il  assistait  ra- 
rement aux  séances.  «Une  découverte, 
»  disait-il,  vaut  mieux  que  dix  années 
»  d'assiduité  à  l'académie.  »  Ses  con- 


TON 

JirèiTS  lui  laissaient  toute  liberté  à  cet 
égard.  Peu  au  courant  de  tout  ce  qui 
n'était  point  du  ressort  des  mathëma. 
tiques ,  il  prenait  rarement  part  à  leurs 
diseussions.  Dans  sa  retraite,  il  avait 
beaucoup  de  goût  pour  la  lecture  ;  il 
affectionnait  particulièrement  Racine 
et  Tacite,  comme  les  auteurs  qui  four- 
nissaient le  plus  d'observations  à  sa 
pliilosophie.  Par  une  raison  contraire , 
celte  philo^ophie  lui  avait  inspiré  une 
aversion  insurmontable  pour  les  af- 
faires. Dans  !es  premières  années  de 
son  séjour  à  Àuel,  la  possession  de 
celle  terre  lui  ayant  suscité  un  procès; 
<ç  Monsieur,  dit-il  un  jour  à  son  avo- 
»  cal,  qui  lui  rendait  compte  de  ses 
»  démarches,  croyez-vous  que  j'aiç;le 
V  temps  de  m'occuper  de  cette  affaire?» 
Sa  famille  ne  pouvait  obtenir  de  ses 
nouvelles  que  par  la  voix  publique. 
Cependant  il  sedécida  à  faire  un  voyage 
à  Bourg-Argental ,  patrie  de  sa  mère, 
Madelène  Seytre  Depréaux.  Çest  au 
sujet  de  ce  voyage  que  Mathon  de  La- 
cour ,  avec  lequel  il  était  fort  lié,  don- 
nait à  Condorcet  les  détails  suivants 
sur  ce  grand  géomètrç  :  «Je  le  revis  e(\ 
»  1755;  il  passa  plusieurs  mois  au 
»  Bourg-Argental  :  il  nç  respirait  que 
»  pour  la  géométrie.  Il  était  ravi  de 
»  trouver  quelqu'un  qui  voulût  l'écou- 
»  1er,  et  j'étais  le  seul  dans  ce  pays-là. 
»  Aussi,  toutes  les  fois  qu'il  me  ren- 
vi  contrait ,  nos  séances  ne  unissaient 
»  plus.  Il  se  plaisait  à  me  montrer  et 
»  à  calculer  devant  moi  divers  pro- 
î>  blêmes  que  cet  exercice  lui  rendait 
»  plus  familiers,  et  à  m'initier  dans.la 
»  géométrie  de  l'iofini.  Je  l'écoutais 
»  avec  plus  d'avidité  encore  qu'il  n'a- 
»  vait  de  plaisir  à  parler  i  je  mettais  en 
»  ordre  ce  que  je  lui  avais  entendu  dire; 
»  et  il  se  plaisait  à  revoir  le  lendemain 
»  ce  que  j'avais  écrit ,  et  souriait  aux 
»  efforts  de  mon  zèle.  Il  parlait  d'un 
»  Ion  si  passionné  de  sa  chère  géome- 


FON  i63 

»  frie,  qu'il  m'inspira  un  amour  pour 
w  elle,  que  le  peu  de  secours  et  le  peu 
»  d'émulation  que  l'on  trouve  en  pro- 
»  vince  n'ont  jamais  éteint,  »  Si  Fon- 
taine accueillait  avec  bonté  les  jeunej 
gens  qui  étudiaient  les  mathématiques 
pour  leur  propre  satisfaction ,  il  était 
bien  différent  à  l'égard  de  ces  demi- 
savants  qui  ne  veulent  faire  parade  que 
d'un  étalage  de  science  :  il  les  laissait 
argumenter,  et  lorsqu'ils  tombaient  en 
contradiction  ou  se  perdaient  dans 
leurs  raisonnements ,  il  les  regardait 
avec  mépris ,  et  avait  un  secret  plaisir 
à  les  laisser  dans  l'embarras.  {)n  1 765, 
il  vendit  la  terre  d'Anel,  et  acquit  di^ 
prince  de  la  Marche  la  haro  nie  de  Cui- 
seaux  en  Bourgogne,  sur  les  confins 
de  la  Franche-Comté  ;  et ,  par  une  de 
ces  singularités  qui  le  caractérisaient, 
il  vendit  tous  ses  livres  au  moment  où 
il  allait  s*enseveiir  dans  !a  retraite.  Il 
y  mourut,  en  1771,  d'une  maladie 
cruelle  quM  avait  négligée  d^ns  sou 
origine.  Cet  esprit  d'observation  qui 
ne  le  quittait  jamais ,  lui  ût  regarder  la 
vie  comme  un  long  problème  dont  l.i 
mort  était  une  des  données.  Aussi  la 
vit-il  s'approcher  avec  courage,  pen- 
sant qu'il  y  aurait  de  l'absurdilé  à  se 
plaindre  d'une  loi  de  la  nature  aussi 
nécessaire  et  inaltérable  que  les  au- 
tres. II  légua  son  bien ,  grevé  encore 
par  des  procès ,  au  chevalier  de  Borda, 
qui  lui  avait  rendu  des  services  impor- 
tants, et  qui  le  rendit  à  la  famille  de 
cet  homme  célèbre.  Son  éloge  a  été' 
écrit  par  Condorcet  ;  et  ses  Mémoires, 
qui  font  partie  de  ceux  de  l'académie 
des  sciences,  ont  été  recueillis  aveu 
quelques  pièces  inédites,  en  i  v.  in-4". 
quia  paru  eu  1764.        B — l— t. 

FONTAINE  (Jacques),  dit  de  la. 
Roche ^  prêtre  appelant ,  et  auteur  de 
la  gazette  intitulée  Nouvelles  ecclé- 
siastiques y  naquit  à  Fontenai-le- 
Comte ,  en   1<Ô8S.  Etant  entré  dans 


i84  FON 

Fétat  ecclésiastique,  il  s'attacha  au 
dio(  èse  de  Tours  ,  et  fut  fait  cure'  de 
Mantelan  <;n  1713.  Son  zè!e  contre 
la  bulle  Unigenilus ,  et  une  ieltreim- 
f  rimëe  à  M.  de  Kastij^nac,  l'obli^èreut 
à  quifJer  sa  cure.  Il  vint  à  Paris  , 
où  il  fut  accueilli  par  les  frères  De- 
ses?;arts,  dont  !a  maison  e'iait  ouveite 
à  tous  les  prêtres  inquiétés  pour  la 
même  cause,  ils  avaient  commence', 
en  1727,  à  envoyer  dans  les  pro- 
vinces des  bulletius  imprimés,  pour 
avertir  leurs  partisans  de  ce  qui  se 
passait,  et  exciter  leur  zèle.  Ils  s'ad- 
joignirent pour  ce  travail  l'abbé  Fon- 
taine ,  qui  prit  apparemment  alors  le 
nom  de  la  Roche.  Boucher,  Troya 
et  quelques  autres  f  oopéraienr  aussi  à 
ces  bulletins.  (  P'o^ez  Boucher,  t.  V , 
p. '275.  )  Mais  Fontaine  en  demeura 
bientôt  seul  chargé;  et  depuis  1  719  , 
il  paraît  avoir  été  l'unique  rédacteur 
de  cette  feuille,  sous  l'inspecliou  ce- 
pendant d'une  espèce  de  bureau  formé 
des  meilleures  têtes  du  parti.  Il  se  con- 
damna pour  cet  effet  à  ime  profonde 
retraite,  dont  très  peu  de  gens  avaient 
le  secret.  Son  imprimerie  était  établie 
près  la  ru'  de  la  Parcheniinerie,  quar- 
tier Saint-Jacques.  Unedame  Théodon 
est  citée  comme  ayant  imagmé  les  im- 
primeries secrètes  d'où  partirent  cet 
écrit  et  tant  d'autres.  Le  lieutenant  de 
police  àr  ce  temps-là  ,  Hérault,  mit , 
dit  on ,  tout  <  n  œuvre  pour  connaître 
Fauteur  des  Nouvelles  et  pour  en  faire 
cesser  le  débit.  Mais  Fontaine ,  pro- 
tégé par  le  fai»atisme  de  ses  partisans, 
continua  sa  gaz  ;ltequiparais>ait  toutes 
les  semaines.  Un  arrêta  une  fois  un  ou 
deux  de  ses  distributeurs  ;  on  ne  put 
arriver  jusqu'à  lui.  Telsétaient  même  le 
zèle  et  l'ardeur  de  ses  agents ,  qu'une 
femme  ayant  été  arrêtée  au  moment 
où  elle  avait  800  exemplaires  de  cette 
gazette ,  interrogée  si  elle  savait  que  le 
ftoi  eût  défendu  de  colporter  ce  libelle, 


FON 

répondit  qu'oui,  mais  que  Dieu  le  lui 
avait  ordonné.  Que  ne  devait-on  pas 
attendre  de  gens  animés  d'un  tel  zèle! 
Le  27  avril  17^2  ,  M.  de  Vintimille, 
alors  archevêque  de  Paris,  donna  un 
mandemeut  pour  condamner  les  Nou- 
velles. Quelques  curés  de  Paris  refu- 
sèrent de  le  publier;  et  dans  les  parois- 
ses où  on  le  lut,  les  gens  de  ce  parti 
sortirent  aussitôt  de  l'église  pour  ne 
pas  participer  à  cette  condamnation. 
Cela  s'appelait,  dans  leur  langage, 
rendre  témoignage  de  sa  foi.  L'arche- 
vêque ayant  voulu  obliger  les  curés 
appelants  à  lire  son  mandement,  ils  se 
pourvurent  au  parlement.  Il  paraîtra 
sans  doute  un  peu  singulier  et  un  peu 
ridicule  qu'on  ait  admis  une  telle  re- 
quête. Le  parlement  se  saisit  de  cette 
affaire  avec  une  vivacité  et  une  chaleur 
qui  ne  peuvent  être  expliquées  que 
par  cet  esprit  de  vertige  qui  s'empare 
quelquefois  des  corps  ,  et  par  l'intérêt 
bien  connu  que  beaucoup  de  magis- 
trats prenaient  alors  à  cette  misérable 
gazette  et  à  tout  ce  parti.  On  a  honte 
de  dire  aujourd'hui  que  plusieurs  con- 
seillers se  firent  exiler,  et  que  presque 
tous  les  autres  donnèrent  leur  démis- 
sion plutôt  que  de  souffrir  que  l'on 
touchât  à  leur  protégé.  Fontaine,  de 
son  côté,  témoigna  sa  reconnaissance 
aux  magistrats  par  un  dévouement 
entier  à  leurs  intérêts ,  et  prit  constam- 
ment leur  parti  dans  leurs  différends 
avee  la  cour.  Sa  gazette  était  un  foyer 
d'opposition.  Ce  répertoire  est  sans 
intérêt  aujourd'hui;  mais  en  y  jetant 
les  yeux ,  on  ne  sait  ce  qui  doit  le 
plus  étonner,  ou  de  la  partialité  fati- 
gante de  l'auteur,  des  minuties  sur 
lesquelles  il  se  traîne,  des  platitudes 
et  des  contes  qu'il  débile,  ou  de  la 
crédulité  de  ses  lecteurs  qui  dévoraient 
ses  feuilles  et  qui  adoptaient  les  déci- 
sions de  cet  oracle.  Là  les  convulsions 
et  les  miracles  de  Saint-Médard  sont 


FON 

cites  comme  des  prodiges  de  la  droite 
du  Très-Haut.  Chaque  âge  a  ses  folies, 
et  il  fatit  bien  convenir  que  celles-là 
étaient  uti  peu  moins  funestes  que  les 
nôtres.  On  doit  dire  pourtant  que 
plusieurs  appelants  n'approuvaient 
pas  le  ton  des  Nouvelles,  Duguet, 
Delan ,  Débonnaire,  se  plaignaient  des 
excès  du  gazetier.  Mais  il  se  soutint, 
maigre  ieur  autorité.  SfS  mensonges 
et  ses  inepties  étaient  utdes  à  la  cause; 
on  le  protégea.  Il  peut  être  regardé , 
par  la  persévérance  de  ses  clameurs 
contre  les  Jésuites ,  comme  une  des 
causes  principales  de  leur  destruction. 
Toujours  ardent  contre  les  papes,  les 
évêques  et  en  général  contre  l'autorité, 
il  a  le  mérite  d'avoir  contribué  à  affai- 
blir les  sentiments  de  religion  par  l'à- 
creté  de  ses  disputes  et  la  persévé- 
rance de  ses  calomnies.  L'assiduité  du 
travail  de  Fontaine,  et  le  genre  de  vie 
auquel  il  s'était  condamné,  abrégèrent 
ses  jours.  11  mourut  d'un  ulcère  à  la 
vessie  le  2(i  mai  i-^Gi  ,  ayant  rétligé 
les  Nouvelles  pendant  plus  de  trente 
ans.  Ses  partisans  ont  loué  sa  piété  ; 
il  ne  disait  pas  la  messe.  Sa  juort  ne 
fit  point  cesser  les  Nouvelles  qui  furent 
rédigées  depuis  par  Guénin,  dit  l'abbé 
de  Saint  Marc,  et  Mouton.  (  Voyez 
ces  noms.)  Leur  vériiable  titre  est: 
Nouvelles  ecclésiastiques  ou  Mé- 
moires pour  servir  à  l'histoire  de 
la  Constitution  Unigenitus,  Elles 
étaient  in-4°. ,  chaque  feuille  conte- 
nant quatre  pages;  ce  qui  fiùt  208 
pages  par  aniȎc.  La  collection  en- 
tière jusqu'en  i8o3,  fait  de  20  à 
25  volumes,  suivant  qu'on  relie  plus 
ou  moins  d'années  ensemble.  L  y  a 
une  table  pour  le  commencement  des 
Nouvelles  jusqu'(n  1760.  Cette  ta- 
ble, publiée  par  l'abbé  Bonnemareen 
1767  ,  2  gros  vol.  in-4".,  aurait  elle- 
même  besoin  d'en  avoir  une.  Les  Jé- 
suites rédigèrent  depuis  .1 754  un  Sup- 


FON  i85 

plément  pour  l'opposer  aux  Nou- 
velles; ils  furen?  obligés  de  cesser  ce 
journal  à  la  fin  de  1 748-  (  Voyez 
Patouillet  )  —  Il  y  a  'ii  -,  sous  le 
même  nom  de  Jacques  Fontaine ,  un 
jésuite  flamand,  qui  a  écri<  ponr  la 
défense  de  la  bulle  Unioenilus  quatre 
volumes  in-fol. ,  et  qui  est  mort  à 
Rome  en  1728.  P — c — t. 

FONTAINE-MALHERBE  (Jean) 
naquit  dans  le  diocèse  de  Cout^nces , 
vers  1740  ,  eî  mourut  en  1780.  Il  a 
laissé  :  1.  Calypso  à  Télèmique ,  hé- 
roïde,  i76i..Le  succès  de  l'héroïde 
de  Colaideau  av^it  mis  ce  genre  à  la 
mode.  II.  Eloges  de  Carie  Fanloo 
et  de  Deshaies  (  dan>  le  Nécrologe 
de  1 766  ).  III.  La  rapidité  de  la  vie, 
poëme  qui  a  rempoifé  l'accessit  de 
l'acidéraie  française  en  1766,  in-8". 
IV.  Discours  en  vers  sur  la  Philo- 
sophie ,  qui  a  co!. couru  la  même  an- 
née.  V.  Epîlre  aux  Pauvres ,  pièce 
qui  a  remporté  l'accossit  de  l'aoadé- 
mie  française  en  1768.  VI.  Fables  et 
Contes  moraux,  \  769,  in-8'  .V  IL^^r- 
gillan  ou  le  Fanatisme  des  croisades , 
tr.igédie  en  cinq  actes  et  en  vos,  1 76g, 
in  8  .  Vlll.  Le  Gouverneur,  drame 
en  cinq  actes  et  en  p:  ose,  1770,  in-8". 

IX.  Le  Cadet  de  famille  ou  llieureux 
iRefo«7,  comédie  en  un  acte  et  eu  vers. 

X.  L'Ecole  des  Pères,  comédie  en 
un  acte  et  en  vers.  XL  Les  Mariages 
assortis,  comédie  italienne,  eu  vers, 
mêlée  d'ariettes  :  nous  citons  les  trois 
dernières  pièces  d'après  le  Supplément 
à  la  France  littéraire ,  publié  en 
1778.  L'abbé  Voisenon  a  donné  eu 
1774,  011e  comédie  des  Mariages 
assortis  ;  nous  ignorons  si  elle  a  quel- 
que rapport  avec  celle  de  Fontaine. 
Cet  auteur  a  fourni  des  poésies  à  l'/i/- 
manach  des  Muses ,  et  a  coopéré  au 
moins  aux  deux  premiers  volumes  de 
la  traduction  de  Shakespeare  avec 
Catueian  et  Letouroeur.  Les  ouvrages 


ï86  FON 

dramatiques  de  Fontaine  n*ont  pas  eu 
les  bonne  iis  de  ia  rcpiesentation, 
JVI,  Tabbé  Sabrjlier  de  Castres,  en  re- 
prochait aux  autres  poésies  el  discours 
de  Ffint^ine  un  vtrnis  philosophique, 
ne  manque  pas  de  If  s  juger  s;ms  inte'- 
rêl ,  sans  poésie  et  sans  vrai  talent;  et 
cependant  il  les  regarde  comme  très 
supérieurs  à  ceux  qui  ont  eu  le  prix. 
A.B-.-T. 
FONTAINE  (Jean  La),  Fojez 
Lafontaiive. 

FOiNTAl^ES  (Marie -Louise- 
Charlotte  DE  (jivRYj  comtesse  de  ) 
ctau  fille  du  marquis  de  Givry ,  an- 
cien commandant  de  Metz ,  qui  avait 
favorisé  rétablissement  des  Juifs  dans 
cette  ville ,  et  à  qui  les  Juifs ,  par  re- 
connaissance, avaient  fait  une  pension 
assez  considérable,  qui ,  après  sa  mort, 
était  passée  à  ses  enfants.  C'est  à  cette 
circonstance  que  Voltaire  fait  allusion 
dans  les  derniers  vers  d'une  pièce 
adressée  à  M"*^.  de  Funt.ines: 

Adiru.  Malgré  mes  épilogues  , 
Puissi«-z-vous  pourtant  tous  les  ans  , 
Me  lire  deux  ou  t^ois  romans  , 
Et  taxer  c[uatre  synagogues. 

3VI™*.de  Fontaines  publia  deux  romans, 
la  Comtesse  de  Savoie  et  Améno- 
phis.  On  trouve,  dans  le  premier,  le 
sujet  de  deux  tragédies  de  Voltaire , 
uirtémire  et  Tancrède^  le  g(rmede 
celle-ci  était  déjà  dans  l'épisode  de 
Genièvre  et  d'Ariodant  du  Roland 
furieux.  Aménophis ,  dont  la  scène 
est  dans  l'ancienne  Libye,  offre  beau- 
<:oup  moins  d'intérêt  que  la  Comtesse 
de  Savoie.  Tous  deu\  ont  été  réim- 
primés dans  l'édition  des  OE'Uvres 
complètes  de  M"*'*,  de  La  Fayette 
et  de  Tencin,  Pariî»,  i8o4,  5  vol, 
in-8%  et  l'ont  été  de  nouveau  eu  »  8  •  'i, 
sous  le  litre  à!OEuvres  de  M'"*",  de 
Fontaines,  i  vol.  in-i8,  nvec  une 
Notice  littéraire.  On  lit  dans  les 
OEuvres  inédites  du  président  lié- 
nault^  une  note  ^ui  attribue  à  la  Cha- 


FON 

pelle  et  à  Ferrand,  les  deux  romans 
de  M™*",  de  Fontaines,  et  rapporte  sur 
cette  dame  plusieurs  particuianlcsqui 
ne  font  pashonu;  ur  à  sa  >agesse.  Elle 
raourui  pauvre  en  17^)0.      \ — g — r. 

FONTAINES  (Piçrre  des),  gen- 
tilhomme du  Vetmandois,  vivait  du 
temps  de  St.-Lonis.  Ce  priiice,  au 
rai 'port  de  Juinville,  l'appelait  sou- 
vent pour  l'aider  à  rendre  la  justice  à 
ses  sujets.  On  le  trouve  mentionné  au 
nombre  des  seigneurs  et  maîtres  du 
parlement  (c'est  ainsi  que  l'on  appe- 
lait alors  les  membres  de  celte  illustre 
couipa';;nie),  dans  deux  arrêts  de  l'an 
i'i6o.  Des  Fontaines  étnt  très  versé 
dans  le  droit  français,  et  dans  le  droit 
romain,  qui  commençait  alors  à  être 
en  grand  crédit.  Il  composa  ,  sous  le 
titre  de  Conseil,  un  style  de  pra'ique, 
dans  lequel  il  fil  un  fréquent  usage  des 
livres  du  droit  romain  ,  dont  il  y  tra- 
duisit un  grand  nombre  de  passages, 
accommodés  aux  usages  et  aux  mœurs;, 
de  ce  temps.  Cet  ouvr.jgc  contribua  à 
accélérer  la  révolution  que  St.  -  Louis^ 
voulut  opérer  dans  notre  législation  , 
en  substituant  les  formes  du  droit  ro- 
main aux  pratiques  barbares  qui  y 
étaient  établies.  Des  Fontaines  con- 
serva néanmoins  les  maximes  fonda- 
mentales du  droit  françus,  qu'il  pur- 
gea de  la  rouille  dont  elles  étaient  en- 
veloppées. C'est  dans  son  ouvrage  que 
les  ont  puisées  les  auteurs  venus  après 
lui.  Du  Causée  fit  imprimer  le  Conseil 
de  Pitrre  Des  Fontaines,  à  la  suite  de 
l'Histoiii'e  de  St.-Louis  par  Joinvilk, 
Paris,  i()68,  iu-lol.  B— ». 

F.')>T\INES  (PiEBRE- François, 

GVOT  DES  ).  f^OJ".  DesFONTAINES. 

FONT  AN  A  (Annibalj,  habile 
graveur  en  pierres  fiiM-,,  mort  à  Mi-r 
lau,  sa  patne,  .a  1587,  à  l'â^e  de 
quar.inte  sept  ans  ,  s'était  .*equis  une 
grande  téputation  par  la  délicatesse  et 
la  perfectiou  de  ses  gravures,  soit  ea 


FON 
creux ,  soit  en  camée.  Guillaume ,  duc 
de  Bavière,  qui  le  protégeait,  lui  en 
fît  exécuter  un  ^rand  nombre  sur 
crystal  de  roche.  Le  plus  considéra- 
Lie  de  ces  ouvrages  était  une  petite 
cassette  couverte  de  bas-reliefs,  com- 
posés et  exécutés  par  Fontana  ,  et 
pour  laquelle  il  reçut  six  mille  écus. 
On  admirait  aussi  les  bas-reliefs  et  les 
statues  dont  il  orna  le  portail  de 
3Sotrc-Dame  de  St.-Gelse  à  Mdan.  — 
Fontana  (Prosper),  né  à  Bologne 
en  1 5 12,  fut  peintre  d'histoire,  et  le 
maître  de  Louis  et  d'Augustin  Carra- 
che.  —  Fontana  (  Lavinie),  sa  fille, 
morte  eu  1602,  peignait  le  portrait, 
et  fut  puissamment  protégée  par  le 
pape  Grégoire  XIII.  Z. 

FONTANA  (  PuBLio),  célèbre  poète 
moderne,  naquit  en  i548,àPaluccio, 
village  sur  le  territoire  de  Bergame, 
mais  dans  le  diocèse  de  Brescia.  Il 
fit  ses   études  avec  la  plus  grande 
distinction ,  et ,  ayant  embrassé  l'état 
ecclésiastique,  il  fut  nommé  à  la  cure 
de  Paluccio.  Il  partagea  son  temps 
entre  les  devoirs  du  saint  ministère  et 
la  culture  de  la  poésie ,  pour  laquelle 
il  avait  montré  dès  l'enfance  les  plus 
heureuses  dispositions.  Son    poème 
intitulé  XJpothéose  du  Tasse  y  ayant 
répandu  son  nom  dans  toute  l'Italie  , 
le  cardinal  Aldobrandini   voulut   le 
voir ,  et  lui  fit  les  promesses  les  plus 
séduis anlej^pour  l'engager  à  se  fixer  à 
Rome,  où  il  devait  trouver  plus  de 
sujets  d'exercer  son  talent  :  mais  rien 
ne  put  déterminer  Fontana  à  quitter 
son  modeste  bénéfice.Ce  ne  fut  qu'avec 
une  extrême  répugnance  qu'il  consentit 
d'être  présenté  aux  principaux  prélats  j 
et  il  se  hâta  de  regagner  sa  retraite , 
qu'il  ne  quitta  plus.  Estimé  et  chéri  de 
ses  voisins,  il  passa  une  vie  tranquille, 
et  mourut  pendant  l'automne  de  1 609, 
chez  un  de  ses  amis  qu'il  était  allé  vi- 
siter à  DesenzanO;  sur  les  bords  du 


FON  187 

lac  de  Garda.  On  connaît  de  lui  : 
\*  Delphinis,  UbritreSy  Venise,  1 58*2^ 
in-Zt".  II.  Imago,  sive  dedivd  Mug-^ 
dalend  à  Titiano  de  pic  ta ,  Carmen  ^ 
ibid.  i585 ,  in-4".  III.  De  musd  pe^ 
destri  carmen  ,  Bergame ,  1 587  » 
in-4''.  IV.  Jd  Nicolaum  Contare- 
num  Carmen  y   ibid.,   1687,  in-4''- 

V.  Formica  sive  de  diuind  Provi^ 
dentid  carmen,  ibid.,  1094  ->  in-4°- 

VI.  Damon^  ecloga  Firgini  malri 
sacra,  VII.  Le  veglie  Bresciane, 
VIII.  Del  proprio  ed  ultimato  fine 
del po'éîa ,  tratlato,  Bergame,  1 6 1 5 , 
in- 4°.  IX.  Tractatus  de  plantis  sim^ 
plicihus.  X.  Disserlationes  qualuor 
de  mysteriis  numeri  temarii  et  qua- 
terni.  Les  poésies  de   Fontana  ont 
été  recueillies  et  publiées  par  Marc- 
Antoine  Foppa  ,  et  ensuite  par  le  car- 
dinal Furietti,  Bergame,  1752,  in-8". 
Cette  dernière  édition   est  précédée 
d'une  vie  de  l'auteur,  et  des  éloges 
que  lui  ont  donnés  la  plupart  des  cri- 
tiques de  son  siècle.  J.  Vict.  Rossi  (  Ja- 
71US  Nicius  Erjthrœus  )  dit  que  Fon- 
tana est  l'un  des  poètes  modernes  qui 
ont  approché  le  plus  près  de  Virgile 
par  la  beauté  des  images  et  l'harmonie 
du  style.  On  devrait  s'étonner,  d'après 
ce  magnifique  éloge ,  que  la  réputation 
de  Fontana  ne  fût  pas  encore  plus 
étendue  ;  mais  en  convenant  qu'il  mé- 
rite une    place  distinguée  entre  les 
poètes ,  on  ne  croit  pas  qu'il  doive  être 
mis  au-dessus  des  Sannazar  ni  des 
Vida.  Le  plus  estimé  de  ses  ouvrages 
est  sa    Delphinis  ;  c'est  aussi  celui 
qu'il  avait  travaillé  avec  le  plus  de 
soin.  Il  y  a  de  la  noblesse  et  de  l'élé- 
vation dans  le  style,  de  la  chaleur  et 
de  la  vérité  dans  les  descriptions  de 
combats  ,  de  batailles  ;  mais  c'est  une 
chose  tout  à  fait  remarquable,  qu'un 
homme  qui  avait  passé  sa  vie  à  la 
campagne,  dans  un  pays  délicieux, 
ait  moins  bien  réussi  à  peindre  les 


ï88  FON 

scènes  de  la  vie  cliampêtre  que  les 
imagos  terribles  de  la  guerre.  W— ». 
FOMANA  (Dominique S  archi- 
tecte ci  ingcnienr  ilaiicn.  Quand  cet 
artiste  parut ,  le  Bramante,  San-Gallo, 
Vignoie  ,  Palladio,  le  grand  Michel- 
Ange  et  plusieurs  autres  hommes  de 
génie,  avaient  déjà  élevé  ^ur  le  sol 
de  l'Italie  des  monuments  à  jamais  cé- 
lèbres. Non  -  seulcra«^nt  Fontana  se 
montra  digne  de  marcher  sur  leurs 
traces  ;  il  sut  encore  se  faire  un  nom 
par  un  talent  tout  particulier  pour 
l'érection  des  obélisques.  11  naquit  au 
village  de  Mi!i,  près  du  lac  de  Corne , 
Tan  1545.  L'étude  delà  géométrie  fa- 
cilita ses  premiers  progrès ,  et,  âgé  de 
vingt  ans,  il  se  rendit  à  Home  auprès 
de  son  frère,  Jean  Fontana,  qui  exer- 
çait l'architecture.  Dominique ,  en  étu- 
diant les  restes  précieux  de  l'art  anti- 
que, et  les  plus  grands  maîtres  moder- 
nes ,  ne  tarda  pas  à  se  faire  un  nom 
recommandable.  Le  cardinal  Montalfe 
ie  choisit  pour  son  architecte,  et  lui 
fit  commencer,  dans  Ste.-Marie-Ma- 
jeure ,  une  chapelle  ,  ainsi  qu'un  petit 
palais  dans  le  jardin  de  cette  basilique. 
Monlalte,  à  l'exemple  d'un  très  grand 
nombre  de  prélats  et  de  princes  ita- 
liens ,  desirait  attacher  son  nom  à  des 
ouvrages  imposants.  Il  voulut  que 
Fontana  n'épargnât  rien  pour  l'exécu- 
tion de  ses  plans,  et  il  fut  obéi;  mais 
Montalte  ,  depuis  si  fameux  sous  le 
nom  de  Sixt( -Quint,  était  né  au  sein 
de  l'indigence.  Il  avait  besoin  ,  pour 
soutenir  son  rang,  des  pensions  que 
Grégoire  XllI  lui  avait  accordées.  Ce 
pontife,  mécontent,  et  peut-être  ja- 
loux de  la  magnificence  qu'affectait  le 
cardinal  dans  la  construction  de  ces 
édifices ,  cessa  de  lui  fournir  de  l'ar- 
gent ;  et  les  travaux  de  Fontana 
eussent  été  interrompus  s'il  ne  se  fût 
piqué  de  les  achev<r  à  ses  propres 
irais ,  eu  y  consacrant  mille  écus  ro- 


FON 

mains  (plus  de  5,ooo  francs  ),  prove- 
nant de  ses  épargnes.  II  n'eut  qu'à  se 
féliciter  d'avoir  ain.si  préféré  à  des  cal- 
culs d'intérêt  son  attachement  pour 
son  protecteur  et  son  amour  de  la 
gloire  :  Montalte,  parvenu  bientôt  au 
trône  pontifical,  lui  confirma  le  titre 
de  son  architecte  ;  et  la  chapelle  ne 
tarda  pas  à  être  terminée  aus^i  bien 
que  le  palais.  Fontana  en  construisit 
aussitôt  un  autre  pour  le  même  pon- 
tife ,  près  des  thermes  de  Dioclétien , 
transformés  par  Michel-Auge  en  église 
des  chartreux.  La  coupole  de  la  basi- 
lique de  St.  -  Pierre  n'était  point  en- 
core finie;  Sixte-Quint  voulut  que 
Fontana,  et  Jacques  délia  Porta, 
architecte  également  habile,  se  char- 
geassent de  ce  travail  qui  devait  don- 
ner du  lustre  à  son  pontificat  ;  mais 
auparavant,  le  pape  jugea  qu'un  obé- 
lisque décorerait  très  bien  la  place  par 
laquelle  on  arrive  à  la  plus  superbe 
église  du  monde.  Près  de  la  vieille 
sacristie  de  cet  édifice,  était  depuis 
long-temps  comme  caché  au  milieu  des 
décombres,  un  de  ces  monuments 
consacré ,  suivant  une  tradition  assez 
douteuse,  au  fils  de  Sesoslris,  et  trans- 
porté à  Rome  sous  Caligula.  Cet  obé- 
lisque était  de  granit  rouge ,  avait  été 
tiré  des  montagnes  voisines  de  Thèbes 
en  Egypte,  et ,  en  y  comprenant  la 
pointe  ,  présentait  en  loçeueur  1 1 1 
palmes  et  demi  (i)  ;  il  eu'*Jlvait  1 2  de 
large  à  sa  base ,  et  8  au  sommet.  Plus 
d'un  pape,  avant  Sixte -Quint,  avait 
eu  l'intention  de  le  faire  transporter 
au  milieu  de  la  place  ;  mais  ce  projet 
n'avait  pu  recevoir  son  exécution  , 
parce  que  l'on  ne  s'était  point  accordé 
sur  les  moyens  à  employer ,  et  surtout 
parce  que  l'on  avait  été  effrayé  des  dif- 
ficultés du  transport,  et  des  dépenses 


(i^  L«  pnlme  romain  (de»  «rchitecte»)  fait  ua 
peu  plus  lie  8  pouces  3  li^nei ,  ou  de  2x3  BtUiaiè- 
|r«* ,  «xacV«ai«Dl  «.  aa34^ 


FON 

considérables  qu'il  eût  fallu  faire. 
Sixlr-Quint,  déterminé  à  surmonter 
tous  les  obstacles  ,  s'adressa  ,  d'une 
manière  qu'on  peut  appeler  solen- 
nelle, aux  plus  habiles  mathémati- 
ciens ,  ingénieurs  ou  architectes  de 
l'Europe.  Ils  e'taient,  dit-on ,  au  nom- 
bre de  cinq  centsj  et  chacun  d'eux  of- 
frit, pour  la  re'ussite  de  l'entreprise, 
lin  modèle,  un  dessin,  ou  tout  au 
moins  un  mémoire.  Leurs  avis,  comme 
on  pouvait  s'y  attendre ,  furent  très 
partages.  Fontana  e'tait  un  de  ceux 
qui  avaient  pre'sente'un  modèle.  L'obé- 
lisque, à  moitié  enfoui  dans  la  terre  , 
était  à  peu  près  debout.  La  grande 
question  consistait  à  savoir  si  l'on  es- 
saierait de  le  transporter  ainsi,  après 
l'avoir  dégagé  de  ce  qui  l'encombrait , 
ou  si  l'on  commencerait  par  l'abattre 
entièrement.  Cette  dernière  opinion 
était  celle  de  Fontana.  Il  soutenait, 
contre  le  sentiment  le  plus  général , 
qu'il  convenait  de  transporter  l'obé- 
lisque couché,  et  de  ne  le  relever  que 
sur  la  place.  Le  pape  voulut  qu'il  ftt 
cette  expérience  sur  un  petit  obélisque 
autrefois  appartenant  au  mausolée 
d'Auguste  :  elle  fut  heureuse ,  et  Fon- 
tana eut  la  joie  de  voir  son  projet  ac- 
cepté. Celte  joie  fut  cependant  dimi- 
nuée par  l'adjonction  dedeux  collègues. 
Sixte-Quintnorama  Jacques  dellaPorta 
et  Barthelemi  Aramanati,pour  concou- 
rir à  ce  travail;  mais  à  force  de  repré- 
sentations, Fontana  obtint  enfin  de 
courir  seul  les  risques  d'une  tentative 
dont  il  voulait  recueillir  seul  la  gloire. 
11  serait  impossible  de  détailler  dans 
cet  article  tous  les  procédés  qu'em- 
ploya l'architecte  pour  déplacer ,  mou- 
voir et  dresser  une  masse  de  plus  de 
huit  cents  milliers  j  il  suifira  de  dire 
que  Fontana  n'employa  pas  dans  tout 
le  cours  de  l'entreprise  moins  de  900 
ouvriers ,  et  de  1 4  o  chevaux.  On  com- 
mença par  abattre  l'obélisque;  puis 


FON  i8g 

on  s'occupa  de  l'élever  à  3  palmes  de 
terre.  On  y  parvint  en  douze  reprises, 
et  à  la  vue  d'une  foule  immense ,  à  la- 
quelle un  rigoureux  silence  était  pres- 
crit, sous  les  peines  les  plus  sévères. 
Le  son  de  la  trompette  réglait  tous  les 
mouvements,  et  celui  des  timbales 
marquait  les  repos.  L'obélisque  fut 
amené  sur  la  place,  étendu  horizon- 
talement sur  quatre  rouleaux.  Il  fiilut 
ensuite  l'élever  sur  son  piédestal  :  on 
attendit,  par  ordre  du  pape,  que  le 
temps  des  grandes  chaleurs  fût  passé  ; 
et  enfin,  le  10 septembre  i586,  on 
effectua  ce  complément  d'un  travail  si 
prodigieux,  le  jour  où  le  duc  de  Piney- 
Luxembourg  ,  ambassadeur  de  Hen- 
ri IV,  faisait  sou  entrée  dans  Rome. 
Dès  l'aurore  on  avait  commencé  l'opé- 
ration ;  elle  fut  terminée  en  cinquante- 
deux  reprises ,  au  coucher  du  soleil  (  i  ), 
Il  faut  bien  se  pénétrer  de  l'enthou- 
siasme des  habitants  de  Rome  pour 
les  arts  ,  et  pour  tout  ce  qui  peut  ac  -- 
croître  la  magnificence  de  la  ville 
éternelle  ,  si  l'on  veut  se  faire  une 
idée  des  transports  et  des  acclamations 
qui  récompensèrent  Fontana  de  ses 
peines.  Ses  ouvriers  le  portèrent  en 
triomphe  sur  leurs  épaules ,  au  bruit 
des  trompettes  et  des  tambours.  Sixte- 
Quint  ne  fut  pas  moins  sensible  à  la 
réussite  d'une  telle  entreprise ,  la 
plus  considérable  de  celles  qui  eurent 
lieu  sous  son  pontificat.  II  fit  frapper 
deux  médailles  pour  en  consacrer  le 
souvenir ,  anoblit  Fontana ,  et  le  créa 
chevalier  de  l'éperon  d'or.  A  ces  hon- 
neurs, il  joignit  des  récompenses  so- 
lides. Il  lui  fit  payer  5ooo  écus  d'or, 
et  lui  donna  une  pension  de  2000  écus, 
réversible  à  ses  héritiers.  Fontana  eut 
enfin  la  charpente  et  tous  les  maté- 
riaux ,   qui   ne  lui  produisirent  pas 

(i)  On  peut  voir  de  plus  grands  détails  sur  cette 
belle  opération  mécanique  ,  et  sur  tout  ce  qui  con- 
cerne cet  obélisque  ,  dans  le  Jotrntit  des  savanit 
<l4«embre  176*  et  janvier  1761.  * 


iQo  FON 

moins  de  ao,ooo  ecus  romains.  Cette 
masse  d'une  matière  à  peu  près  indes< 
Iructible,  est  encore  aujourd'hui  au  lieu 
même  où  Tëleva  l'architecte.  Une  croix 
de  bronze,   de  lo  palmes  ,  la  sur- 
nio'ite  ;   et  quatre  lions  ,   aussi  de 
bronzo,  lui  servent  de  support.  Apres 
avoir  si  bien  réussi ,  Fontaiia n'éprou- 
va nulle  difficullé  pour  élever,  selon 
les  dcsirsde  Sixte  V,  trois  autres  obé- 
lisques. Celui  du  mausolée  d'Auguste, 
dont  on  a  parlé  ^  et  qui  a  66  pieds  de 
bauleur,fut  érigé  sur  la  place  de  Sainte- 
Maric-M.ijeure.  Des  recherches  assi- 
dues ,  parmi  les  ruines  de  Rome  anti- 
que, firent  trouver  les  deux  derniers: 
l'un  est  devant  la  basilique  de  Saint- 
Jean-de-Lalran  ;  l'autre  orne  la  place 
voisine  de  la  porte  du  Peuple,  à  l'ex- 
trémité des  trois  grandes  et  belles  rues 
que  h  s  voyageurs  ont  en  perspective , 
lorsqu'à  près  avoir  passé  le  pont  Mil- 
vins  y  aujourd'hui  P onte- Molle  ,  ils 
arrivent  à  Borne  par  l'ancienne  voie 
Flamlnia,  Rome  possède  encore  plu- 
sieurs obélisques  élevés  par  d'autres 
inj;énieurs;  mais  ceux-là  sont  les  plus 
considérables  de  tous. Sixte-Quint  em- 
ploya de  plus  les  talents  de  son  archi- 
tecte à  la  construction  de  plusieurs  édi- 
fices remarquables ,  et  entre  autres  à 
celle  de  la  bibliothèque  du  Vatican , 
qui,   non  encore  terminée  quand  ce 
pape  mourut  en  iSgo,  le  fut    sous 
Clément  VIT  î.Fontana  continua,  sur 
JemoiitQuirinal,  le  pdLis  pontifical, 
dit  de  Monte  Cavallo  ,  et  fit  trans- 
porter,  des  thermes  de  Diociélien  sur 
la   place  voisine ,  les   deux  célèbres 
groupes  colossaux  de  deux  héros  ou 
demi-dieux  domptant  des  coursiers  , 
que  l'on  altiibue,  sans  toult-rois  avoir 
d'autorité  positive ,  à  Phidias  et  a  Praxi- 
tèle. La  rép^rition  des  colonnes  An- 
tonineet  Tiajanr,  quelques  fontaines 
et  l'érecliou  de  plusieurs  bâtiments, 
occupèrent  ensuite  Foutana.  Clémeut 


FON 

VTII  désirait  établir  des  fabriques  de 
laine  dans  le  Colisée  :  Fontana  fît,  par 
son  ordre,  plusieurs  projets.  Mais 
bientôt  l'architecte  quitta  Rome  ;  et  le 
pape  ne  s'occupait  plus  guère  d'une 
entreprise  encore  à  peine  ébauchée , 
lorsqu'il  mourut,  en  i6o5.  On  doit 
regijller qu elle  n'ait  pas  eu  son  exé- 
cution :  elle  eût  donné  une  destination 
utile  à  cet  immense  monument  de  la 
grandeur  et  de  la  férocité  romaines. 
Fontana  conduisit  à  Rome,  d'une 
montagne  éloignée  de  5  lieues  ,  l'eau 
àiieAquafelics.  Le  palais  du  Quirinai 
s'en  trouva  pourvu  avec  abondance  ; 
et  la  fontaine  construite  à  la  place  de 
Termini^  devint  une  des  plus  remar- 
quables de  la  ville.  Il  eût  été  exlraor^ 
dinaire  que,  chargé  de  tant  de  travaux 
aussi  avantageux  à  sa  fortune  qu'a  sa 
gloire,  Fontana  n'eût  pas  ressenti  les 
atteintes  de  l'envie.  Elle  semblait  ne 
l'avoir  ménagé  jusqu'alors,  que  pour 
l'accabler  soudain  ,  au  milieu  de  la 
prospérité  en  apparence  la  mieux  as- 
surée. Il  s'occupait  d'un  pont  dans  le 
quartier  dit  Borghetto ,  lor;^qu'on  l'ac- 
cusa d'avoir  détourné,  à  son  profit, 
des  sommes  considérables  dans  les 
entreprises  qui  lui  avaient  été  confiées. 
Il  doit  paraître  surprenant  qu'une 
telle  accusation  ail  été  dirigée  contre 
un  artiste  qui  avait  donné,  dans  la 
construction  des  travaux  ordonnés 
par  le  cardinal  Montalte,  des  preu- 
ves de  désintéressement  si  peu  dou- 
teuses. Quoi  qu'il  en  soit ,  le  pape^ 
le  crut  coupable  et  lui  ôla  son  emploi. 
Le  vice-roi  de  Naples ,  empressé  de 
procurer  à  son  souverain  un  artiste 
aussi  distingué,  offrit  à  Fontana  le  litre 
d'architecte  et  de  premier  ingénieurdu 
roi  des  Deux-Siciles.  Fontana  croula 
ces  offres  honorables  ,  qui  semblaient 
hauieuient  proclamer  l'injiislice  de 
l'accusation  portée  contre  lui.  Il  se 
rendit  a  r^aplcs  vers  la  fin  du  Tau  i  Sg'i, 


çt  s'y  raarîa.  Des  Crinauxqui  préservè- 
rent des  inondations  la  province  dite 
Terre  de  Labour,  un  chemin  le  long 
de  la  raer,  et  d'autres  travaux,  l'oc- 
cupèrent jusqu'au  moment  où  il  cons- 
truisit le  palais  du  Roi.  L'union  qu'il  y 
fît  des  trois  ordres,  dorique  ,  ioniq-e 
et  composite  ,  n'eut  pas  l'approbation 
de  tous  les  connaisseurs.  Depuis  Fon- 
tana,  on  a  fait ,  à  ce  palais  de  grands 
changements:  ils  dispensent  dv  traiter 
avec  plus  d'étendue,  d'un  monument 
qui  n  est  plus,  à  proprement  parler, 
celui  du  premier  arclutecte.  Ce  n'était 
pas  la  première  fois  que  Fontana  eût 
éprouvé  des  reproches  dans  la  cons- 
truction des  édifices.  Il  allait  couron- 
r.er,  par  un  ouvrage  d'une  très  grande 
importance,  sa  vie  laborieuse,  quand 
divers  obstacles  l'emj^êchèrent  d'exé- 
cuUr  scî» desseins.  Il  s'agi-saildc  cons- 
truire un  port  dans  celte  ville  de 
Naples, si  avantageusement  située  pour 
en  posséder  un  consiilérable.  Ce  projet 
ne  fut  réali>é  que  dans  la  suite  ,  sous 
Pierre  d'Aragon ,  par  François  Pic- 
chi'  îi  ;  mais  du  moins  ce  dernier  sui- 
vit le  plan  de  Fontana.  Digne  de  pren- 
dre rang  parmi  les  architectes  et  sur- 
tout parmi  les  ingénieurs  célèbres, 
malgré  les  critiques  dont  ses  travaux 
furent  Tobjet,  Dominique  Fontana 
mourut  à  Naples,  en  1607  ,  à  l'âge 
de  64  ans.  Considéré  comme  écrivain 
sur  son  art,  il  n'est  auteur  que  d'un 
seul  ouvrage  ,  intitulé  :  Del  modo 
tenuto  nel  irasportare  Vohelisco 
Faticano  ,  e  délie  fabbriche  di 
nostro  signore  Sislo  V ,  faite  dal 
cavalier  Domenico  Fontana.  Ce  vo- 
lume in-folio ,  en  italien  ,  fut  imprimé 
à  Rome  ,  en  1  Sgo ,  avec  19  gravures 
de  Boni  face  d  «  Sebenico  :il  est  curieux, 
en  ce  qu'il  indique  des  procédés  que 
Fontana  dut,  en  quelque  sorte,  créer, 
puisque  les  anciens  ne  nous  avaient 
rien  laissé  sur  cette  matière.  Il  fut 


F  ON  191 

réimprimé  à  Naples,  i6o4,  in-foL 
avec  le  titre  de  libro  primo,  et  suivi 
d'un  lihro  secundo^  in  cui  si  ragiona 
di  alcunn  fabbriche  faite  in  Rorna  e 
in  Napoli  dal  cav.  Domenico  Fonta- 
na, formant  un  S'  conn  volume,  pareil- 
lerarnt  in-fol.  —  Jules-César  Fon- 
tana ,  fils  du  précédent ,  hérita  de 
ses  biens  ,  qui  étaient  considérables  , 
et  de  SA  place  d'architecte  du  roi  de 
Naples.  Il  fit  ériger  à  son  père  un 
mausolée  dans  l'ég'ise  de  Sainte- 
Anne.  D — T. 

FONTANA  (Jean),  frère  aîné  de 
Dominique,  était,  comme  lui,  origi- 
naire de  Miii.  Il  naquit  en  i54o  ,  et 
vint  fort  jeune  à  Rome.  Quoique  son 
plu»  grand  talent  fiit  pour  la  cons- 
truction de  machines  hydrauliq  les, 
il  convient  de  remarquer  qu'il  fut  ar- 
chitecte de  l'égHse  de  St. -Pierre, 
place  aussi  honorable  que  lucrative, 
et  que  l'ou  n'obtenait  pas  sans  avoir 
fait  preuve  d'une  habileté  peu  com- 
mune. Il  est  surprenant  qu'on  ne  soit 
pas  certain  si  le  palais  Giustiniani  , 
monument  vaste  et  assez  remarqua- 
ble, a  été,  ou  non,  construit  sur  ses 
dessins.  L'un  des  travaux  les  plus  ira- 
ponants  de  Jean  Fontana  fut  le  réta- 
blissement des  anciens  aqueducs  d'Au- 
guste, qui  eut  pour  objet  d'amener  à 
Rome,  comme  Paul  V  le  desirait,  l'eau 
du  lac  de  Bracciano.  C'est  au-dessus  de 
l'église  de  Saint-Pierre  in  Montorio^ 
que  celle  eau  jaillissant  par  cinq  bou- 
ches forme  une  des  plus  belles  fon- 
taines de  Home.  Fontana  nettoya  l'em» 
bouchure  du  Tibre  à  Ostie ,  travail  pé« 
nible  et  ingrat,  dont  la  nature  effaça 
bientôt  les  traces.  Il  régla  le  cours  du 
Véhno,  et  conduisit  à  Frascati  l'eau 
Algida  pour  servir  aux  embellisse- 
ments des  ville  Belvédère  et  Mon^ 
dragone.  Ce  fut  encore  lui  qui  amena 
des  eaux  à  Recanati  et  à  Lorette.  Fras- 
cati lui  doit  aussi  uue  digue  qui  sert 


Ï92  FON 

à  y  former  îa  c.iscade  du  Teverone. 
RaveiiMC,  Ferrare  et  quelques  lieux 
vois'us,  rlésolés  p.»r  les  fréquentes 
inotiditions  du  Po  et  de  quelques  au- 
tres rivières,  exercèrent  ensuite  l'habi- 
leté de  Fontana.  Il  se  rendit  sur  les 
lieux  par  ordre  du  pape  .  afin  de  re'- 
parer  les  dommages  qu'elles  occa- 
sion naienl  souvent  dr.ns  cette  partie 
de  l'Italie.  Fontana,  déjà  très  avancé 
en  âge,  y  éprouva  une  maladie  causée 
en  giande  partie  par  le  mauvais  air. 
Il  se  bâfa  de  revenir  à  Rome;  mais 
il  j  mourut  presque  au  moment  de 
son  arrivée,  l'an  i6i4,  à  soixante- 
quatorze  aus.  Ses  restes  furent  dé- 
posés dans  l'église  d'^ra  Cœli. 

FONTANA  (  François),  astronome 
napolitain,  vivait  au  l'j''.  siècle.  11 
voulut  étudier  la  jurisprudence,  et  se 
fit  même  recevoir  docteur  eu  droit; 
mais  il  n'avait  pas  cette  facilité  d'élo- 
culion  qu'exige  le  barreau.  D'ailleurs, 
il  ne  trouvait  au  forum  qu'erreur  ou 
mensonge,  tandis  que  les  sciences 
exactes  pouvaient  seules ,  disait-il , 
le  gu  derdans  la  recherche  de  la  vé- 
rité. Il  se  livra  donc  à  l'étud?  des  ma- 
thétn^fiques  et  surtout  de  l'astronomie. 
Joignant  la  pratique  à  la  théorie,  il 
s'occupa  également  de  îa  taille  des 
verres  ,  du  perfectiobnement  des  ins- 
truments, et  prétendit,  en  1608, 
avoir  inventé  le  télescope.  Mais  de  telles 
réclamations,  dii  IVIontucla,  sont  de 
peu  de  valeur,  lorsqu'on  ne  peut  les 
appux  er  sur  des  preuves  péiemptoires. 
Fonlana  mourut  de  la  peste  en  juillet 
i6">6,  ayant  eu  de  plusieurs  femmes 
un  grand  nombre  d'infants.  Il  a  pu- 
blié '.^Nov.p  cœlesiium  et  lerrestrium 
rerum  Obsenfationes,  î^^p'.es,  1646, 
1667  ,  in-4".,*l^  laissé  en  manuscrit, 
Fortificazioni  diverse.  On  trouve  l'é-, 
loge  de<et  astronome,  aujourd'hui  to- 
talement oublié,  parmi  ceux  des  hom- 


FON 

mes  lettrés  de  Loi  enzo  Crasse,  Vênîsey 
1666,  in-4".,  seconde  partie.  —  Fon- 
tana  (Gaétan),  autre  astronome, 
issu  d'une  fimille  illustre,  naquit  à  Mo- 
dèneen  1 645.  Doué  d'un  caractère  en- 
clin à  la  piété ,  il  embrassa  l'état  ecclé- 
si  istique ,  et  prit ,  avant  l'âge  de  vingt 
ans,   l'habit  des  clercs  réguliers  dits 
Théatins.  Il  fit  sa  profession  à  Rome, 
et  mena  constamment  une  vie  exem- 
plaire. Toutelois,  les  exercices  pieux 
ne  l'empêchèrent  point  de  se  livrer  à 
l'étude  des  sciences  et  de  la  littérature; 
et  ses  supérieurs  l'employèrent  à  l'cii- 
seignemeut  public  dans  leurs  maisons 
deRtme,  de  Padoue,  de  Vérone  et 
de  Modène.Uuedes  «sciences  qu'il  af- 
fectionnait le  plus ,  était  l'astronomie. 
Confiné  dans  la  maison  professe  de  sa 
ville  natale  qu'il  ne  quitta  qu'à  la  mort, 
Fontana  mettait  autant  de  soin  à  fuir 
les  honneurs  et  la  gloire,  que  d'autres 
en  prennent  pour  les  acquérir.  Cepen- 
dant sa  réputation  perça  malgré  lui; 
et,  dans  peu  de  temps,  il  se  vit  en  cor- 
respondance avec  les  savants  les  plus 
illustres  de  son  temps ,  tels  que  Mu- 
ratori,  Salvago  ,  Eustachi,  Manfredi , 
Corradi.  Il  se  lia  surtout  d'une  amitié 
particulière  avec  le  célèbre  J.  Domini- 
que Gassini;  et  celui-ci  lui  a  rendu  le 
témoignage  public  que ,  de  toutes  les 
observations  astronomiques  qu'on  lui 
communiquait ,    celles    de   Fontana 
étaient  toujours  les  plus  exactes.  Ce 
dernier  eut,  avec  le  père  Uama7zini, 
une  discussion  sur  les  variations  du 
baromètre.  On  peut  consulter,  à  ce 
sujet ,  un  écrit  de  Fr.  Torli,  intitulé  : 
Dissertatio  epistolarU  circà  nifircu- 
riimotiones  in  harometro,  dans  h  quel 
il  examine  et  compare  les  opinions  de 
Fontana,  de  Rodolphe  Camerarius  et 
de  Schi'lamer.  Fontana  mourut  de  la 
pierre,  le  9.5  juin  1 7 19.  On  a  de  lui  ; 
I.  Insliiutio   physico-astronomica , 
cum  appendice  geographico  ^  Mo- 


FON 

^nt3,i695,  in-4".  II.  Ânimadver- 
siones  inhistoriam  sacro-politicam, 
prœsertim  chronolo'j^iam  speclanles; 
nonnulla  ad  astronomiam  et  cho- 
ros^rapkiam ,  nec  non  dissertatio 
phrsico  -  mathematica  de  Aëre  , 
Modène,  1718.  III.  Une  Carte  géo- 
graphique du  pays  de  Modène,  et 
beaucoup  d'autres  cartes  ëgalemenl 
manuscrites.  Il  avait  entrepris  de 
lever  celles  de  toute  la  Lombardie; 
mais  la  mort  l'empêcha  de  terminer 
rexecutiondeceprojet.lv.  On  trouve 
consij^nëes  dans  les  Mémoires  de  l'a- 
cadémie des  sciences  de  Paris ,  plu- 
sieurs Observations  astronomiques 
de  Fontaua.  Son  éloge ,  par  Joseph 
Berlagni,  a  e'të  insère'  dans  le  tome 
XXXIII ,  partie  première,  du  Gior- 
nale  de  Letterati  d'Italia.     D.  L. 

FON  TAN  A  (AuGusTiw),  comte 
Scagnelli,  juge  civil  à  Plaisance,  se'- 
naieur  à  Mantoue,  auditeur  de  Kole 
à  Bologne,  mort  vers  la  fin  du  l'J^ 
siècle ,  s'est  fait  connaître  par  les  ou- 
vrages suivants  :  I.  Amphilheatrum 
légale  seu  Bibliotheca  legalis  am- 
plissima,  Parme,  1688  ,  5  tomes 
in-fol.,  qui  se  relient  ordinairement  en 
2  vol.  IL  De  successione  monaste- 
rii  bonorum  capacis ,  Bologne,  1 685 , 
in-fol.  III.  Anamalogiaseutractatus 
de  omni  génère  expensarum.  IV.  As- 
trea  criminale  ioscana ,  overo  brève 
metodo  di  ben  procedere  nelle  cause 
criminali.  Ces  deux  ouvrages  étaient 
sur  le  point  d'être  livrés  à  l'impres- 
5»ion  en  1688.  V.  Quelques  poésies 
insérées  daos  le  Salmista  toscano , 
Bologne,  1688.  Il  avait  commencé  sa 
Bibliotheca  legalis  des  1661 ,  sur  le 
plan  d'un  répertoire  du  même  genre 
que  le  cardinal  Curzio,  évêque  de 
Rimini ,  dont  le  comte  Jean  Fontaua  son 
frère  était  vicaire  -  général ,  avait  fait 
pour  son  usage ,  et  il  ne  cessa  d'y  tra- 
vailler. Celle  de  Lipenius  ayant  paru 


FON  193 

en  1678,  il  se  hâta  de  la  faire  -venir, 
y  prit  tous  les  articles  qui  lui  man- 
quaient, et  y  reconnut  un  grand  nom- 
bre d'omissions  :  aussi ,  l'ouvrage  du 
Fontana,  contenant  plus  de  quinze 
mille  articles  ,  est  bien  plus  complet 
que  la  première  édition  de  Lipenius; 
et  quelque  amples  que  soient  les  ad- 
ditions et  suppléjuents  dont  on  a 
enrichi  ce  dernier  dans  les  éditions 
suivantes,  V Amphilheatrum  légale 
sera  toujours  recherché ,  étant  rédigé 
suivant  un  ordre  beaucoup  plus  com- 
mode, et  enrichi  d'ailleurs  de  notes 
sur  les  ouvrages  de«  jurisconsultes 
d'Italie.  Les  deux  premiers  tomes  sont 
par  ordre  alphabétique  de  noms  d'au- 
teurs, et  les  trois  autres  sont  comme 
des  répertoires,  par  ordre  de  matiè- 
res ,  qui  renvoient  à  ces  deux  tomes 
pour  les  détails  bibliographiques.  — • 
Charlcs-Eraanuel  Fontana,  autre  bi- 
bliographe italien  de  la  même  épo- 
que, a  publié  une  Bibliotheca  poé- 
tico-toscana ,  Rimini,  1688,  in-12, 
citée  d^ans  la  Biblioteca  volante, 
«'Quel  que  soit  cet  opuscule  que  je 
»  n'ai  pas  vu,  dit  Cinelli,  l'idée  ea 
»  est  bonne,  gi  l'auteur  s'y  est  donné 
»  de  la  peine;  se  v'avrà  faticato  il 
»  suo  autore,  »  C.  M.  P. 

FONTANA  (  Charles),  architecte 
et  écrivain  itaUen  ,  naquit,  en  i634, 
àBruciato,  dans  le  territoire  de  Corne. 
Son  nom  et  le  lieu  de  sa  naissance  por- 
teraient à  croire  qu'il  était  de  la  famille 
des  célèbres  architectes  du  même  nom: 
cependant  on  n'a  là -dessus  aucune 
notion  positive.  Quand  Charles  Fon- 
tana  vint  àRome,  leBernin,  malgré 
les  défauts  très  graves  ettrès  nombreux: 
qui  se  trouvent  dans  ses  ouvrages ,  te- 
nait ,  en  quelque  sorte,  le  sceptre  des 
beaux-arts.  Fontana  le  choisit  pour 
son  maître  en  architecture,  et  devint, 
en  peu  de  temps ,  un  de  ses  meilleurs 
élèves.  Ou  lui  confia  l'exécution  ^eplu-} 

i3 


194  F  ON 

sieurs  monuments  d'une  assez  grande 
impoi tance,  parmi  lesquels  il  suffira 
d'indiquer  les  palais  Grimani  et  Bolo- 
gnetti;  le  mausolée  de  la  reine  Christi- 
ne, dans  Téglise  de  St.-Pierre  ;  la  fon- 
Mine  de  St.-Pierre;  la  fontaine  de  Sle.- 
Marie^  dans  le  quartier  dit  Translè- 
Tere  ;  le  théâtre  de  Tordinonc ,  etc. 
Innocent  XI ,  qui  affectionnail  les  ta- 
lents de  Fontana,   quoiqu'ils  fussent 
loin  de  pouvoir  toujours  soutenir  les 
regards  aune  critique  sévère,  le  char- 
gea  spécialement  d'ériger  plusieurs 
monuments ,  entre  autres   l'église  de 
Saint-Michel  à  Ripa ,  et  le  palais  sur 
le  mont  Citorio.  Clément  XI  lui  confia 
aussi  plusieurs  entreprises ,  et  ce  fut 
sous  son  pontificat  que  Fontana  bâtit 
les  greniers  publics  à  Tcrmini.  La  ré- 
putation de  l'architecte  franchit  non- 
seulement  les  bornes  de  Rome,  mais 
encore  celles  de  l'Italie.  Il  envoya  un 
modèle  pour  la  cathédrale  de  Fulde  , 
et  plusieurs  autres  pour  les  écuries  ou 
remises  du  palais  impérial  de  Vienne. 
Passant  sous  silence  quelques  ouvrages 
exécutés  par  Fontana  en  qualité  d'ar- 
chitecte, nous  allons  indiquer  ses  prin- 
cipales compositions  littéraires ,  ayant 
toutes  un  rapport  plus  ou  moins  direct 
à  son  art.  Il  fit,  par  ordre  d'Innocent 
XI,  une  ample  description  du  Vati- 
can ,  sous  ce  titre  :  Il  tempio  Fati' 
cano  esua  origine  con  gli  edijiciipiù 
cospicui  antichi  e  modérai ,  Rome , 
1694,  i  vol.  in-fol.j  traduit  en  latin 
par  J.-Jos.  Boijnerue  de  Saint-Romain, 
ibid. ,  1 7  53,  fig.  Dirigé  par  un  goût  sûr 
qui  ne  l'avait  pas  toujours  éclairé  quand 
il  construisait  des  monuments,  Fon- 
tana s'élève  avec  force  dans  son  hvre 
contre  l'existence  d'un  entassement 
de  maisons  peu  agréables  à  la  vue  qui, 
interposées  entre  le  château  et  le  pont 
Saint-Ange ,  d'une  part ,  et  de  l'autre 
la  basilique  et  la  place  de  Saint-Pierre , 
isolent  les  uns  des  autres  ces  monu> 


FON 

ments  si  remarquables ,  et  font  quW 
n'aperçoit  la  plus  belle  église  de  l'Eu- 
rope qu'après  avoir  traversé  des  rues 
dignes  tout  au  plus  d'une  petite  ville 
de  ^ovince.  La  censure  de  Charles 
Fontana  était  d'autant  plus  juste  que  les 
personnes  les  plus  étrangères  aux  arts 
sont  frappées  du  défaut  qu'il  relève. 
Il  proposa  de  remplacer  par  des  por- 
tiques ,  un  arc  triomphal,  en  un  mot, 
par  une  suite  d'édifices  d'un  bel  aspect, 
les  bâtiments  dont  il  provoquait  la 
suppression.  Par  malheur,  ses  plans, 
bien  qu'approuvés  et  reconnus  très 
avantageux ,  ne  furent  point  exécutés  j 
et  le  quartier  de  Saint-Pierre,  toujours 
très  mal-sain  et  peu  habité ,  continue 
à  offrir,  dans  son  ensemble,  les  plus 
étranges  disparates.  Ne  pouvant  don- 
ner à  la  basilique  du  Vatican,  les  amé- 
liorations dont  elle  était  susceptible, 
Fontana  voulut  du  moins  en  être  l'his- 
torien exact.  Il  calcula  même  ce  qu'elle 
avait  coûté  à  bâtir ,  et  trouva  que  , 
depuis  sa  fondation  jusqu'à  l'aDuée 
1 694 ,  l'on  y  avait  consacré  une  somme 
qui  revient  à  plus  de  deux  cent  trente 
quatre  millions  :  encore  ne  compre- 
nait-il ,  dans  une  dépense  si  considé- 
rable ,  ni  celle  des  modèles  ,  ni  la  dé- 
molition des  murs  de  l'ancienne  église 
et  d'un  clocher  élevé  par  le  Bernin  ;  ce 
qui  eût  ajouté  au  total  56o,ooo  fr.  Les 
vases  ,  les  ornements  ,  1rs  tableaux, 
les  machines  et  les  échafauds  n'en- 
traient pas  non  plus  dans  le  calcul  de 
Fontana.  Il  mesura  l'église,  et  porta 
sa  longueur  extérieure  à  no  toises 
6  pouces ,  l'intérieure  à  94  toises  :  la 
largeur  extérieure  est  de  77;  l'inté- 
rieurede  70.  La  nefa  de  largeur  1 3  toi- 
ses et  4  pieds;  sa  hauteur,  sous  la  clef 
de  la  voûte,  est  de  24  toises.  La  voûte 
est  épaisse  de  3  pieds  6  pouces.  La 
hauteur,  depuis  le  pavé  jusqu'au  des- 
sous de  la  boule  qui  surmonte  la  cou- 
pole, est  de  65  toises  5  pouces.  Cette 


FON 

tv.ule  a  de  diamètre  6  pieds  9.  pouces, 
et  elle  peut  contenir  une  douzaine  de 
personnes.  Une  croix  de  1 5  pieds  est 
placée  sur  celle  boule  (i).  Fontana 
s'dbcupa  beaucoup  de  la  coupole  de 
Saint-Pierre,  qui,  disait- on,  depuis 
quelque  temps  ,  menaçait  ruine.  11  re'- 
futa  des  reproches  adressés  au  Bernin, 
son  maître ,  pour  avoir  pratiqué  des 
escaliers  et  des  niches  dans  ies  quatre 
massifs  qui  la  supportent.  Bientôt  les 
architectes  italiens  les  plus  habiles, 
réunis  par  Innocent  XI ,  déclarèrent 
que  la  coupole  n'avait  nullement  souf- 
fert, et  ne  de;vait  causer  aucune  inquié- 
tude. C'était ,  en  grande  partie,  pour 
faire  cesser  ces  biuifs  alarmants  ,  que 
ne  pape  avait  ordonné  à  Fonlana  de 
composer  son  ouvrage.  FiCs  soins  pré- 
voyants du  pontife  et  de  rarclutecte 
n'eurent  pas  tout  lesucoès  désiré;  car 
on  a  renouvelé  plu>  d'une  fois ,  depuis 
€ette  époque,  les  raisonnements  sur 
lesquels  on  fondait  la  crainte  de  voir 
s'écrouler  une  masse  si  énorme.  Fon- 
tana composa  un  autre  livre  qui  ne  fut 
pas  moins  bien  reçu  des  amis  des  ;irts 
que  la  description  de  la  basilique  de 
Saint-Pierre.  Un  édifice  aussi  remar- 
quable que  le  Colisée  méritait  un  his- 
torien :  il  l'eut  dans  Charles  Fontana, 
et  l'ouvrage  très  substriutiel  de  cet  ar- 
tiste, ne  laisse  à  peu  près  rien  rà  dési- 
rer; il  a  pour  titre  :  VAnfiteatro  Fla- 
çio  ,  descritto  e  delinealo  dal  cava- 
lière Carlo  Fontana  ^  i  vol.  in-fol., 
La  Haie,  1 72 '>.  Procédant  avec  mé- 
thode ,  Fontana ,  dans  son  introduc- 
tion ,  traite  de  l'origine  des  théâtres 
et  amphithéâtres ,  de  ceux  qui  les  ont 
construits ,  des  théâtres  de  Scaurus  , 
de  Pompée  ,    de  l'amphithéâtre   de 
Vérone,  etc.  Dans  le  premier  des  cinq 

U)  On  riUnmine  à  la  fête  de  St. -Pierre  ;  et  cette 
•pération  e»l  si  périlleuse  ,  que  l'ouvrier  à  qui  on 
la  confie  ne  manque  jamais  de  se  confesser  «t  de 
ctnanuBier  ayaat  de  l'entrepreudre. 


FON  ujS 

livres  qui  composent  son  ouvrage  ,  il 
dé  rit  le  Colisée,  ou  l'amphithéâtre  de 
Flavius  Vespasien ,  tel  qu'il  était  du 
son  temps.  Le  livre  second  le  repré- 
sente dans  son  état  originel.  Le  troi- 
sième livre  parle  des  usages  auxquels 
étaient  consacrées  ses  diverses  parties , 
et  des  fêles  qui  s'y  célébraient.  De 
cette  érudition  profane ,  comme  il  la 
nomme  lui-même  ,  Fontana  passe  à 
V érudition  sacrée, qX  donne  la  longue 
liste  des  chrétiens  qui ,  selon  des  lé- 
gendes plus  ou  moins  authentiques  , 
furent  martyrisés  dans  cet   amphi- 
théâtre. Le  cinquième  livre  indique  les 
moyens  de  rendre  à  l'édifice  son  an- 
cienne splendeur.  Eu  résumé,  l'ou- 
vrage de  Charles  Fontana  est  celui 
d'un  arlislf  habile,  d'un  très  bon  dessi- 
nateur et  d'un  homme  qui  n'a  rien  né- 
gligé pour  envisager  son  sujet  sous 
toutes  ses  faces.  L'auteur  mérite  moins 
d'éloges  comme  écrivain  ;  mais  il  vi- 
vait en  Italie  au  1 7^.  siècle  :  on  ne  doit 
donr  pas  s'étonner  qu'il  ait  sacrifié  au 
goût  peu  sûr  de  son  temps  et  de  son 
pays,  en   se  permettant  quelquefois 
des  concetti  dans  un  livre  dont  le  ton 
général  devait  être  une  noble  simpli- 
cité. Outre  les  deux  ouvrages  dont  on 
vient  de  parler  ,  Charles  Fontana  en 
écrivit  plusieurs  autres ,  dont  on   se 
contentera  d'indiquer  les  litres:  Trat- 
tato  délie  acque  correnti ,   Rome, 
169,4  et  1696,  in-fol.  Descrizione 
délia  capella  del  fonte  battismale 
nella  basilica   Faticana  ,    Rome , 
1697  ,  fol.  Discorso  sopra  il  monte 
Citorio  delU  Anùo  ,  Rome  ,  1 708  , 
in-fol.  Anlio  e  sue  antichicà ,  Rome  , 
1710,   in-fol.  Cet  homme  habile  et 
laborieux  mourut  à  Rome  en  1714  , 
à  80  ans.  Deux  neveux  qu'il  eut  cul- 
tivèrent aussi Tarchitecture,  mais  sans 
s'élever  au-dessus  de  la  médiocrité. 
Il  en  fut  de  même  de  ses  élèves  qui , 
à  l'exception  d'Alexandre   Specchi , 

i3,. 


196  FON 

construclenr  d'un  assez  beau  palais 
dans  la  rue  du  Cours,  ne  mérilèrent 
pas  que  leur  mémoire  fût  sauvée  de 
l'onbli.  D — T. 

FOiNTANA  (  François  ) ,  autre  ar- 
chitecte de  la  morae  famille,  et  des- 
cendant du  fameux  Dominique  Fon- 
tana ,  fut  honoré  comme  lui  du  titre 
de  chevalier,  et  s*illustra  par  des  tra- 
vaux du  même  genre.  Il  s'était  déjà 
signalé  par  plusieurs  beaux  ouvrages, 
lorsqu'il  fut  chargé  en  1705  du  trans- 
port et  de  l'érection  sur  la  place  du 
Monte  Citorio,  d'une  ancienne  co- 
lonne prise  d'abord  pour  la  Columna 
Citatoria^  et  que  Ton  reconnut  en- 
Suite  pour  la  colonne  consacrée  à  la 
mémoire  d'Antonin  -  le  -  Pieux  ,  par 
Marc-Aurèle  et  Lucius  Vérus  ,  après 
son  apothéose  :  elle  est  de  granit 
rouge ,  de  huit  palmes  de  diamètre 
et  de  soixante-sept  et  demi  de  haut. 
Le  piédestal,  d'une  seule  pièce,  est 
orné  de  bas -reliefs,  dont  les  mieux 
conservés  représentent  l'apothéose 
d'Antonin.  L'opération  se  fit  avec 
grand  appareil  et  sans  accident.  Ele- 
vée en  moins  de  quatre  heures ,  abais- 
sée deux  jours  après,  transportée  en 
huit  jours ,  la  colonne  fut  mise  sur 
son  piédestal  au  son  des  tambours  et 
des  trompettes,  et  au  bruit  du  ca- 
non. François  Posterla  a  publié  en 
italien  le  détail  de  ces  travaux  dans 
trois  brochures,  dont  on  peut  voir 
l'extrait  dans  les  Mémoires  de  Tré- 
voux, d'avril  1706.  —- Joseph  Fon? 
TANA ,  savant  littérateur  et  médiocre 
écrivain,  né  près  de  Roveredo  en 
1759,  mort  dans  cette  ville  le  29 
mars  1788,  y  exerça  la  médecine 
avec  distinction  :  il  avait  des  connais- 
sances étendues  dans  la  géographie 
et  l'histoire  littéraire ,  civile  et  ec- 
clésiastique de  l'Italie.  Il  a  fourni  au 
Journal  de  médecine  (de  Venise),  de 
bonnes  observalions  ;  l'histoire  d'uue 


FON 

épidémie  dont  la  ville  de  Roveredo 
avait  été  affligée,  etc.  Z. 

FONTANA  (Félix),  savant  phy- 
sicien et  naturaliste  italien ,  était  né  le 
i5  avril  1750,  a  Pomarolo,  petit 
bourg  dû  Tyrol.  Il  commença  ses 
études  à  Roveredo ,  les  continua  dans 
les  collèges  de  Vérone  et  de  Parme , 
et  aux  universités  de  Padoue  et  de  Bo- 
logne ,  d'où  il  se  rendit  à  Rome  et  à 
Florence.  L'empereur  François  I*'. , 
alors  grand-duc  de  Toscane,  le  nomma 
professeur  de  philosophie  à  Pise;  le 
grand  -  duc  Pierre  Léopold ,  depuis 
empereur  sous  le  nom  de  Léopold  II , 
le  fit  venir  à  Florence ,  l'attacha 
plus  particulièrement  à  sa  personne 
comme  physicien,  et  le  chargea  de 
former  le  beau  cabinet  de  physique 
et  d'histoire  naturelle  qui  fait  encore 
aujourd'hui  l'un  des  ornements  de 
Florence.  Indépendamment  des  ma- 
chines de  physique,  d'astronomie,  et 
du  grand  nombre  d'objets  des  trois 
règnes  qui  remplissent  celte  collec- 
tion ,  l'on  y  voit  une  immense  quan- 
tité de  préparations  en  cire  coloriée  y 
offrant,  dans  le  plus  grand  détail  ^ 
toutes  les  parties  du  corps  humain^ 
et  les  organes  les  plus  déliés  qui  en- 
trent dans  leur  composition  ;  prépara- 
tions faites  sous  les  yeux  de  Fontana, 
et  supérieures  pour  la  plupart  à  toutes 
celles  qui  avaient  été  exécutées  aupa- 
ravant ,  quoiqu'il  n'ait  souvent  donné 
à  ses  artistes  que  des  gravures  pour  I 
objets  d'imitation.  Cette  grande  entre-  î 
prise  lui  valut  beaucoup  de  célébrité 
parmi  les  gens  du  monde ,  étonnés  de 
prendre  ainsi,  sans  dégoût,  une  idée 
d'une  machine  aussi  merveilleuse  que 
la  nôtre.  L'empereur  Joseph  II,  lors- 
qu'il passa  à  Florence,  lui  accorda  le 
titre  de  chevalier  en  signe  de  son  ad- 
miration ,  et  lui  commanda  une  suite 
pareille  pour  l'académie  de  chirui'gie 
de  Viewie  ;   celte  collection  y  oc- 


FON 

cupe  sept  cabinets.  Napoléon  Buona- 
parte  lui  fit  une  commande  semblable 
pour  la  France;  mais  les  pièces  que 
lit  parvenir  Fontana  n'ayant  pu  sup- 
porter la  comparaison  avec  celles  que 
M.  Laumonier ,  de  Rouen ,  avait  faites 
pour  Técoie  de  me'deciue  de  Paris, 
on  les  envoya  à  Montpellier,  où  elles 
sont  encore.  Outre  les  pièces  anato» 
iniques,  Fontana  a  aussi  fait  exécu- 
ter, en  cire  coloriée,  des  champi- 
gnons, des  plantes  grasses  et  d'au- 
Ires  objets  d'histoire  naturelle  qui  ne 

Î)euvenl  se  conserver  avec  leurs  coll- 
eurs naturelles.  Il  avait  entrepris, 
sur  la  fin  de  sa  vie, un  ouvrage  qui 
aurait  e'té  plus  e'ionnant  si  l'on  eût 
pu  l'exécuter  comme  il  l'avait  conçu; 
c'était  une  statue  de  bois,  de  gran- 
deur colossale,  susceptible  de  se  de'- 
xuonter ,  et  qui  aurait  offert  ainsi 
toutes  les  parties  du  corps ,  se  déta- 
chant et  se  rattachant  dans  leur  ordre 
naturel,  en  sorte  qu'on  aurait  eu  en 
quelque  façon  un  moyen  de  répéter  à 
chaque  instant  la  dissection  d'un  or- 
gane quelconque.  Mais,  outre  la  pro- 
digieuse difficulté  de  sculpter  et  d'a- 
dapter les  uns  aux  autres  avec  jus- 
tesse tant  de  milliers  de  petits  mor- 
ceaux ,  la  propriété  qu'a  le  bois  de  se 
renfler  plus  ou  moins,  selon  qu'il  fait 
plus  ou  moins  humide ,  détraquait 
sans  cesse  toute  la  machine,  malgré 
Je  vernis  dont  elle  était  enduite;  et 
après  la  mort  de  celui  qui  l'avait  ima- 
ginée et  commencée,  l'on  a  abandonné 
ce  travail.  Fontana  est  auteur  de  plu- 
sieurs écrits  marquants  sur  la  chimie, 
la  physique  et  la  physiologie.  En  1757, 
il  s'attacha  à  constater  les  phénomènes 
de  l'irritabilité,  et  confirma  plusieurs 
des  assertions  de  Haller.  Ses  lettres 
sur  cet  important  sujet  sont  insérées 
dans  le  5^  volume  des  Mémoires  de 
Haller  sur  les  parties  sensibles  et  ir- 
rilahUs,  En  1 765,  il  prouva ,  par  des 


FON  197 

expériences  tiès  ingénieuses  sur  les 
mouvements  de  l'iris,  que  l'irritabilité 
de  cette  partie  de  l'œil  est  dans  certains 
cas  soumise  à  la  volonté  (  06*  moti 
delV  iride ,  Lucca,  in-8°.)  En  1767, 
il  analysa  plus  profondément  la  nature 
de  cette  fonction  animale  (  dans  les 
Mémoires  de  Vacadémie  des  scien- 
ces de  Sienne,  tome  MI  );;  et  il  dé- 
veloppa en  détail  sa  doctrine  e^»  1775, 
dans  un  ouvrage  en  quelque  sorte 
classique  (^Ricerche  filosofwhe  sopra, 
lajisica  animale ,  Florence ,  1775, 
in-4". ,  trad.  en  allemand,  avec  des 
additions  et  un  extrait  de  l'ouvrage 
sur  le  Poison  de  la  vipère,  par 
E.  B.  G.  Hebenslreit, Leipzig,  1 786, 
in-S**.  fig.  ),  oii  il  cherche  à  prouver 
que  l'influence  du  nerf  sur  la  fibre 
ne  doit  être  considérée  que  comme 
un  irritant  extérieur.  Ses  Ricerche 
fisiche  sopraHl  ifeleno  délia  vipera , 
Lucca,  in-S**.,  avaient  aussi  paru  en 
1 767.  C'est  un  recueil  immense  d'ex- 
périences ;  on  y  voit  que  le  venin  de 
la  vipère  agit  par  le  moyen  du  sang 
et  en  détruisant  l'irritabilité,  et  que  la 
morsure  d'une  vipère  d'Europe,  ca- 
pable de  faire  périr  de  petits  animaux, 
est  insuffisante  pour  tuer  un  homme  ; 
que  pour  produire  cet  effet,  il  faudrait 
la  réunion  des  morsures  de  cinq  ou 
six  de  ces  reptiles  venimeux.  Il  a  fort 
étendu  le  même  genre  de  recherches 
dans  son  Traité  sur  le  venin  de  la 
vipère^  sur  les  poisons  américains , 
sur  le  laurier-cerise,  et  sur  quelques 
autres  poisons  végétaux;  on  y  a 
joint  des  Observations  sur  la  struc- 
ture primitive  du  corps  animal ,  dif- 
férentes expériences  sur  la  repro-* 
duction  des  nerfs ,  et  la  description 
d'un  nouveau  canal  de  Vœil,  Flo- 
rence, 1781,  1  vol.  in-4°.  iig.;  tra- 
duit en  alleniand ,  Berlin,  1787, 
2  vol.  in-4*'.  fig.  Fontana  y  fait  con- 
naître, entre  autres  objets  importants  ^ 


19$  FON 

îes  propriétés  terribles  et  singulières 
de  l'huile  et  de  l'eau  distillée  de  lau- 
ïier-ceiise.  H  a  encore  donne,  soit 
séparément,  soit  dans  divers  recueils 
italiens  un  frr.nçais ,  des  lettres  ou  «le 
petits  écrits ,  sur  les  globules  du  sang, 
contre  l'opinion  d^  jDella  Torre  qui 
ïes  croyait  creux;  sur  les  vers  soli- 
taires et  sur  les  vers  liydalides  qui  se 
logent  dans  le  cerveau  des  moulons, 
et  leur  donnent  la  maladie  nom  niée 
tournis;  sur  la  circulation  de  la  sève 
dans  les  plantes;  sur  la  tremelle  d'/i- 
danson^  espèce  de  zoophyte  que  sa 
coukur  verte  avait  fait  prendre  pour 
«ne  plante ,  et  qui  se  meut  continuel- 
lement; enfin  sur  les  maladies  des 
lûXéb  que  Ton  appelle  ergot,  et  rouille; 
mais  il  paraît  qu'il  n'avait  pas  assez 
bien  dislingue  cis  maladies  les  unes 
des  autres,  ce  qui  empêcha  d'autres 
observaîeurs  de  retrouver  toujours 
les  petits  vers  eu  forme  d'anguilles, 
qu'i'  croyait  en  être  la  cause.  Ses 
Mémoires  de  chimie  remplissent  les 
recueils  du  temps.  Il  prit  surtout  beau- 
coup de  part  aux  recherches  sur  les 
gaz  auxquelles  GavendishjPriestley  et 
Jjavoisier  avaient  donné  une  si  grande 
impulsion.  On  lui  doit  l'emploi  du  gaz 
nitreux  pour  mesurer  la  salubriié  de 
l'air;  et  plusieurs  physiciens  se  ser- 
vent encore  de  son  eudiomètre,  conçu 
d'après  la  découverte  de  Priestley  sur 
la  propriété  qu'a  ce  gaz  d'absorber 
l'oxjgène  {Descrizionied  usi  di  al- 
cuni  stromenti  per  misurar  la  salu- 
hrità  delV  aria  y  Fiortnce  ,  1774, 
in-8®.,.et  Recherches phjsiques  sur 
la  nature  de  l'air  déphlogistiqué  et 
de  l'air  nitreux  y  Paris,  1776,  in-8'*.) 
lia  particuhèrement  observé  la  faculté 
du  charbon  d'absorber  les  différentes 
espèces  d'air.  Son  dernier  ouvrage  est 
intitulé  :  Principes  raisonnes  sur  la 
génération.  Il  se  proposait ,  ainsi  que 
Spallauwfli ,  de  publier  un  Traite  ex 


FON 

professa,  qui  eût  été  infiniment  fu- 
rieux ,  sur  la  résurrection  des  ani^ 
maux ,  à  l'occasion  du  singulier  phé- 
nomène que  présente  le  RotifèrCy  et 
qu'il  avait  cru  remarquer  d.ms  les 
anguilles  microscopiques  du  seigle  er- 
goté. Gibelin  a  traduit  de  l'italien  en 
français  plusieurs  opuscules  de  Fon- 
tana ,  sous  ce  litre  :  Observations  phy- 
siques et  chimiques  y  Paris,  1785, 
in-8  '.  Dans  tous  ses  écrits ,  Fontana 
se  montre  ingénieux  et  laborieux  ; 
mais  il  n'est  pas  toujours  parfaite- 
ment exact,  et  plusieurs  de  ses  expé- 
riences ont  besoin  d'être  revues  avant 
qu'on  puisse  les  employer  comme  bases 
de  doctrine.  Il  avait  fait  en  France  et 
en  Italie  un  voyage  scientifique  qui 
l'avait  lié  avec  les  principaux  savants 
de  ces  deux  pays.  Sa  place  de  direc- 
teur du  Musée  le  mettait  d'ailleurs  en 
rapport  avec  tous  les  étrangers  de 
marque  qui  passaient  à  Florence.  Sui^ 
vanl  un  usage  commun  eu  Italie, 
il  portail  l'hibit  ecclésiastique,  et  éiail 
fort  répandu  dans  la  société  ;  mais  on 
dit  qu'il  n'y  conservait  pas  toujours 
la  dignité  convenable  à  un  savant. 
Quoique ,  à  l'époque  de  la  première 
occupation  de  la  Toscane  par  les 
Français  en  1799,  il  n'eût  point  pris 
de  part  directe ^|Btç  affaires,  les  défé- 
rences que  les  généraux  lui  témoi- 
gnèrent ,  lui  firent  courir  quelques 
risques  au  retour  des  Auiricbicns ,  et 
les  insurgés  d'Arezzo,  qui  les  précé- 
dèrent à  Florence,  le  jetèrent  en  pri- 
son ;  mais  il  fut  promptement  mis  en 
liberté.  Une  chute  qu'il  éprouva  dans 
la  rue  le  1 1  janvier  i8o5,  le  fi»  lan- 
guir jusqu'au  9  mars  suivant,  qu'il 
mourut  à  Tage  de  75  ans.  Il  est  en- 
terré dans  la  célèbre  église  de  Ste.- 
Croix,  ou  reposent  tant  de  grands 
hommes;  et  sa  tombe  est  voisine  de 
celles  de  Galilée  et  de  Viviani.  M.  Jo- 
seph Mangili,  professeur  à  Pavic,  4 


FON 

prononcé  son  éloge,  à  la  rentrée  de 
celte  université ,  le  12  novembre 
i8i2.  G— V— R. 

FONTANÂ  (  Le  P.  Grégoire), 
•célèbre  mathématicien  italien ,  frère 
du  précédent,  né  à  Villa  de  No- 
garola,  près  de  Roveredo,  dans  le 
Tyrol,  le  7  décembre  1735,  com- 
mença SCS  études  en  cette  ville,  et 
alla  les  continuer  à  Rome,  où  il  s'en- 
gagea dans  l'ordre  des  Ecoles-Pies, 
et  s'y  fit  bientôt  distinguer  par  ses 
talents.  Ses  supérieurs  lui  confièrent 
une  partie  de  l'enseignement  dans 
leur  collège  romain,  appelé  Naza- 
renOj  et  l'envoyèrent  peu  de  temps 
après  comme  professeur  public  à  Si- 
nigaglia  ;  il  s'y  lia  très  intimement 
avec  le  marquis  Jules  Fagnani ,  qui 
cultivait  les  mathématiques  avec  suc- 
cès ,  et  qui  lui  inspira  le  goût  de  cette 
science  ,  vers  laquelle  dès  -  lors  il 
tourna  -entièrement  son  génie.  On  le 
^t  passer  ensuite  à  Bologne  ,  où  il  ne 
tarda  pas  d'avoir  des  rapports  d'ami- 
tié avec  les  savants  de  cette  ville.  11 
n'y  resta  pas  long-temps ,  parce  qu'on 
voulut  l'avoir  à  Milan  pour  profes- 
seur de  philosophie  et  de  mathémati- 
ques dans  les  écoles  Pies  qui  venaient 
d'y  être  établies.  Le  comte  de  Firmian , 
cet  illustre  Mécène  de  la  Lombardie, 
conçut  pour  lui  une  grande  estime , 
et  même  une  afifection  distinguée.  Les 
premiers  ouvrages  de  Fontana,  ayant 
été  publiés  en  cette  circonstance,  le 
firent  juger  digne  d'aller  occuper  dans 
l'université  de  Pavie  (  en  1 763  )  la 
chaire  de  logique  et  de  métaphysi- 
que ;  et  le  comte  de  Firmian  le  nomma 
€n  même  temps  directeur  de  la  bi- 
bliothèque dont  il  allait  enrichir  cette 
université.  Ce  fut  sous  Fontana  qu'elle 
acquit  son  existence  et  la  majeure  par- 
tie de  ses  richesses.  Il  conserva  cette 
charge  lorsque  cinq  ans  après  il  fut 
promu  à  la  chaire  des  hautes  malhé- 


FON  199 

matiques ,  vacante  par  la  mort  du  fa- 
meux Boscovich  ;  et  il  la  remplit  avec 
distinction  pendant  environ  trente 
ans.  Les  nombreux  ouvrages,  tant  la- 
tins qu'italiens ,  qu'il  donna  au  pu- 
blic pendant  cet  espace  de  temps,  et 
les  Mémoires  qu'il  envoya  à  diverses 
académies,  le  firent  connaître,  non 
seulement  en  Italie,  mais  encore  dans 
toute  l'Europe  savante.  Son  zèle  pour 
la  propagation  de  sa  science  favo- 
rite alla  jusqu'à  le  faire  descendre  au 
travail  aride  des  traductions,  quand  il 
voyait  paraître  dans  l'étranger  des 
ouvrages  qui  pouvaient  en  faciliter 
l'étude  à  la  jeunesse.  Quoique  labo- 
rieux et  infatigable,  il  n'entreprit  nu- 
cun  grand  ouvrage;  l'ardeur  K  l'ins- 
tabilité de  son  génie  ne  purent  le  lui 
permettre  :  mais  le  nombre  de  ses 
écrits  paraîtrait  surprenant  si  l'on  ne 
savait  qa*il  ne  sortait  de  son  cabinet 
que  pour  monter  dans  sa  chaire  de 
professeur,  aux  devoirs  de  laquelle 
il  fut  toujours  scrupuleusement  fi- 
dèle. Sa  société  se  bornait  à  un  petit 
nombre  d'amis  qui  venaient  le  visi- 
ter ,  et  qui  tous  étaient  des  hommes 
éminents  en  savoir.  Il  trouvait  encore 
du  loisir  pour  lire  tout  ce  qui  parais- 
sait de  nouveau  en  littérature ,  soit  en 
Italie,  soit  dans  l'étranger,  et  pour 
entretenir  une  nombreuse  correspon- 
dance épislolaire  avec  presque  tous 
les  savants  de  l'Europe.  Il  eut  aussi 
le  temps  d'écrire  à  la  marge  de  tous 
les  livres  de  sa  bibliothèque  particu- 
lière une  immensité  d'apostilles  qui 
les  font  rechercher  aujourd'hui.  Vers 
1 795  ,  la  santé  de  Fontana  s'altéra 
notablement  par  suite  de  ses  travaux 
plus  encore  que  par  les  progrès  de 
l'âge;  et  les  médecins  l'obligèrent  à 
sortir  souvent  de  chez  lui,  pour  res- 
pirer h  la  promenade  un  air  plus  li* 
bre  et  plus  pur  que  celui  de  sa  cham- 
bre. Lorsqu'en  1 796;  Buonaparte  vint 


aoo  FON 

en  Italie  comme  général  en  clicf  de 
Tarme'c  française,  il  crut  devoir  té- 
moigner beaucoup  de  conside'ration 
et  même  de  confiance  à  notre  malhe'- 
roalicien ,  qu*il  fit  nommer  membre 
du  corps  législatif  de  la  naissante  ré- 
publique cisalpine.  Après  la  victoire 
de  Marengo,   en    1800,   Fontana, 
déjà  professeur  èmérite  de  l'univer- 
sité, vint  chercher  le  repos  à  Milan. 
A  la  nouvelle  organisation  de  la  ré- 
publique italienne,  Tontana   devint 
membre  du  collège  électoral  de'  Dotli. 
Une  fièvre  ardente  le  surprit  au  mi- 
lieu de  ses  travaux  littéraires,  et  ilmou> 
rut  à  Milan  le  24^0111  i8o5,  léguant 
tons  ses  manuscrits  à  son  frère  Félix, 
qui  le  suivit  de  près  dans  la  tombe. 
Celui-ci,  qui  ne  laissa  guère  plus  de 
fortune  que  le  P.  Grégoire  Fontana , 
institua  néanmoins  pour  son  héritière 
leur  sœur ,  qui,  resiée  dans  le  célibat , 
n'avait  qu'eux  pour  ressource.  Bien- 
tôt réduite  à  la  misère  dans  un  âge 
très  avancé,  et  douée  d'une  imagina- 
tion vive,  qui  lui  rendait  sa  situation 
Insupportable,  elle  alla  presque  de 
sang-froid  se  noyer  dans  le  canal  na- 
vigable de  riutérie4ir  de  la  ville   de 
Milan  qu'elle  habitait  sous  le  règne  de 
Napoléon  et  le  gouvcrncmcot  de  son 
vice-roi  :  on  ne  leur  avait  point  fait 
songer  à  honorer  ,  par  des  bienfaits , 
ep  la  personne  de  M^^".  Fontana ,  la 
mémoire  de  deux  savants  qui  avaient 
fait  tant  d'honneur  à  l'Italie.  Les  ou- 
vrages imprimés  de  Grégoire  sont  en 
grand  nombre  :  I.   Sept  Disserta- 
lions  ou  Opuscules  académiques  en 
latin  ou  en  italien  sur  diverses  ques- 
tions de  physique ,  d'hydrodynami- 
que, etc.,  dont  nous  citerons  seule- 
ment   ses    uinalyseos    sublimions 
opuscula  y   Venise,    1763,  et    ses 
Mtmorie  matematiche ,  Pavie,  1 796, 
in-4**.  II.  Quinze  Mémoires  dans  la 
coilccûon  de  l'académie  de  Sienne. 


FON 

III.  Dix  sept  dans  les  Memorie  di 
Matematica  e  Fisica  délia  società 
italiana  délie  scienze.  Un  des  plus 
curieux  est  le  Mémoire  sulla  mac- 
china  a  specchi  di  M.  de  Buffon ,  e 
sulla  luce  che  da  uno  specchio  piano 
circolare   viene    ripercossa   sopra 
uno  spazio  circolare  dato.  IV.  Cinq 
Mémoires  dans  la  collection  de  l'aca- 
démie de  Turin  (  1802).  V.  Cinq  au- 
tres dans  la  Bihlioteca  fisica  d'Eu- 
ropa,  VI.  Quatre  dans   le  Journal 
physico-médical  de  Pavie  :  un   des 
plus  importants ,  intitulé  ,  Discorso 
sopra  un  problema  ottico  astrono- 
mico  relalivo  alla  forza  amplifia 
cata  dai  telescopii  di  fferschel ,  se 
trouve  encore  au  tome  XV  de  la  Rac- 
colta  di  opuscoli  y  imprimée  à  Milan 
par  Joseph  Marelli.   VU.  Il  a  tra- 
duit en  italien  \^ Hydrodynamique  et 
d'autres  ouvrages  mathcmatiqijes  de 
l'abbé Bossut,  Sienne,  1779.  Parmi 
ses  autres  traductions   on   distingue 
son  Compendio  di  un  corso  di  le- 
zioni  di  Fisica  sperimentale  del  si" 
gnor  Giorgio  Alvood  ad  uso  del 
collegio  délia  Trinità,  Pavie,  1781. 
C'est  dans  les  notes  qu'il  ajouta  à  ce 
cours  de  physique  expérimentale  qu'ail 
hasarda  cette  singulière  proposition, 
xjui  fut  réfutée  en  plusieurs  écrits ,  et 
notamment  dans  un  Appendice  mis 
à  la  réimpression  faite  à  Plaisance,  en 
1799,  de  la  Logique  de  Condillac  : 
«  Si  dix  indices  concourent  sur  la 
»  culpabihlé  ou  l'innocence  d'un  ac- 
»  cusé,  et  qu'il  résulte  de  chacun 
»  d'eux  que  l'innocence  est  plus  pro- 
»  bable  que  la  culpabilité,  cette  cul- 
»  pabilité  que  l'on  cherche  sera  cin- 
»  quante  fois  plus  probable  que  l'in- 
»  noccnce.  »   Vlli.  Saggio  di  una 
difesa  délia  divina  rivclazionc  di 
Leonardo  Eulero  tradottodall'idio- 
ma  tedesco,  colVaggiunta  delVesa- 
me  deWargomenio  dedotto  dall'ab' 


FON 
breviamento  àeltanno  solare  e^pîa- 
netario  y  Pavie,  «777-  IX.  Disser- 
tazione  di  Gian-Lorenzo  Mobheim 
sopra  l'opéra  di    Origene    contro 
Celso ,  con  copiose  annotazioni  dtl 
traduttore ,  Pavie,    l'i'jS,   X.  Sag- 
gio  sopra  i  principu  délia  compo- 
sizione  storica  e  loro  apylicazione 
aile  opère   di    Tacilo    del   signer 
Giovanni  ffill,   tradotto  daW  in- 
glese  y  con  un  appendice  dtl  tradut- 
tore,  Pa^ie,   1789.   XI.  Discorso 
preliminare  agli  atli  i4Îella  società 
Lineana  di  Londra,  suW origine  e 
progressa  délia  sioria  naUiraîe  ^  e 
più  parlicolarmente  delln  hoinnica 
del  signor  Jacopo  Odoardo  Smith , 
tradotto  fedelmente  dalV  inglese , 
con  note,  Pnvie,   i79'2.  Xll.   Ser- 
mone  sul  martirio  del  re  Carlo  1 , 
detto  nella  chiesa  di  5.  Patrizio 
di  Duhlino^  il  3o  sennajo  ^  17*^6, 
dal  dottor  Gionatà  Swift  ^  decajio 
di  detta  chiesa,  Pavie,    1790  (ij. 
XllI.  V esempio  délia  Francia,  av- 
viso   e  specchio  alV Inghilterra ,  di 
Arturo   Young  scudiere ,  membro 
délia  società  reale ,  con  note,  Pa- 
vie ,    1 794.  On  a  encore  de   Gre'- 
goire  FoDtana  quelques  ouvrages  im- 
prime's  sans  sa  pai  licipation ,  tels  que 
La  Dottrina  degli  azzardi  appli- 
cata  ai  problemi  délia  probahilità 
délia  vita ,  délie  pensioni ,  etc.  di 
Abram    Moïvre ^    Pavie,     1776, 
iu-8  .,  de  195  pag.  Celte  traduction  , 
enrichie  de  notes    savantes    et    cu- 
rieuses, est  d'autant  plus  importante 
que  l'ouvrage  de  Moivre  n'a  point  été 
traduit  en  français;  la  version  qu'en 
faisait    espérer    l'illustre    Lagrange 
ji'a  pas  paru.  Fonlana  y  a  joint  une 
notice    par  ordre  chronologique   de 
tous  les  ouvrages  ou  mémoires  sur 


(i)  Cette  traduction  et  la  suivante  furent  faite» 
et  publiées  à  l'occasioa  de  Tatroce  immolatiua  de 
Louis  X.V1. 


FON  20f 

les  calculs  de  mortalité'  depuis  les 
observations  de  Giaunt,  publiées  eu 
1 66'2  ( /^or.  Graunt),  jai^qu'à  la 
dissertation  fie  M.  Zeviani  sur  la  mor- 
talité des  enfants  ,  Vérone  ,  1775. 
(  Vojez  ]e' Journal  des  savants  » 
mars,  1 777O  Outre  ces  diverses  rom- 
posilions  ou  traductions,  le  P.  Fon- 
tana  a  fourni  des  notes  tt  des  addi- 
tions importantes  à  un  grand  nombre 
d'ouvrages  de  physique  ou  de  ma- 
thématiques publiés  de  sou  temps  ea 
Italie.  G — n. 

FONTANA  (Le  P.  Mariano),  ma- 
thématicien d'Italie  ,  mort  le  18  no- 
vembre 180H,  était  né  de  parents 
obscurs  dans  la  petite  ville  de  Casal- 
raag-iiore ,  en  1 746,  les  uns  disent  le 
i5  janvier,  les  autres,  avec  plus  de 
vraisembl.<nce,le  18  février.  A  16  ans 
il  entra  dans  la  congrégation  des  clercs 
réguliers  de  Sainl-Paul ,  appelés  Bar- 
nabites ,  à  cause  de  l'église  de  Saint- 
Barnabe  dans  laquelle  ils  s'étaient 
étr-blis  à  Milan,  dès  leur  origine.  Ses 
progrès  brillants  et  rapides  dans  leurs 
écoles  en  cette  ville,  annoncèrent  un 
beau  talent  :  on  l'envoya,  en  1771 , 
professer  la  philosophie  dans  le  collège 
public  de  Sainte-Lucie  à  Bologne.  Il 
acquit,  dans  cette  chaire,  une  répu^- 
tation  qui  îe  fit  connaître  en  d'autres 
p.'iys.  Le  grand-duc  de  Toscane,  Léo- 
pold  ,  l'appela  àLivourne  pour  y  en- 
seigner la  même  science.  Mais  le  comte 
de  Firmian,  plénipotentiaire  de  l'em- 
pereur près  le  gouvernement  général 
de  la  Lombardie ,  y  ramena  bientôt 
Fontana,  en  flattant  son  goût  particu- 
lier pour  les  mathématiques ,  dont  il 
le  nomma  professeur  pour  le  collège 
de  Mantoue,  en  1 780.  Celui-ci  accepta 
d'autant  plus  volontiers  ,  que  la  na- 
ture l'avait ,  en  quelque  sorte ,  créé 
pour  être  mathématicien.  Lorsqu'après 
la  restauration  des  éludes  de  Pavie,  le 
comte  de  Yiizech ,   qui  avait  succédé 


201  FON 

au  comte  de Firmiaii, s'occupa  défaire 
revivre  les  bonnes  études  à  Milan , 
il  y  appela  Foutana  pour  enseigner, 
dans  le  célèbre  collège  de  la  Brëra,  les 
mathématiques  appliquées  à  la  méca- 
nique et  à  la  statique.. Ce  fut  alors 
qu'il  composa  son  cours  de  dynami- 
que ,  qui  servait  de  texte  à  ses  leçons 
publiques.  L'université  de  Pavie  ayant 
besoin  d'un  professeur  des  mathéma- 
tiques appliquées  à  la  mécauique,  etc. , 
Fontana  fut  nommé  à  cette  chaire  en 
1 785:  il  passa  ensuite  à  celle  de  géo- 
métrie et  d'algèbre,  par  suite  de  quel- 
ques tracasseries  j  et  il  continua  d'en- 
seigner en  cette  université ,  jusqu'en 
i8o2,  oii,  ayant  droit  à  la  pension 
d'émérite  ,  il  se  retira  à  Milan ,  dans 
le  couvent  de  Saint- Barnabe,  et  c'est 
là  qu'il  finit  paisiblement  ses  jours. 
Sa  passion  pour  les  mathématiques 
ne  le  détourna  jamais  de  ses  devoirs 
de  religieux;  elle  ne  l'empêcha  pas 
même  de  se  livrer  au  goût  qu'il  avait 
pour  d'autres  études  et  pour  les  arts. 
11  s'était  formé  une  bibliothèque  pré- 
cieuse, et  possédait  de  vastes  connais- 
sances en  bibliographie.  11  avait ,  en 
outre ,  recueilli  un  grand  nombre  de 
cartons  de  grands  peintres;  et  il  avait 
tellement  étudié  leurs  manières  diver- 
ses,  qu'il  était  en  état  de  fixer  les 
incertitudes  des  artistes  mêmes  dans 
l'attribution  d'un  tableau  à  tel  grand 
maître  plutôt  qu'à  tel  autre.  Cet  avan- 
tage, ainsi  que  celut  d'être  très  versé 
dans  l'histoire  de  l'art ,  le  rendirent 
souvent  l'oracle  de  ceux  qui  cultivent 
la  peinture.  Il  montra  fréquemment 
qu'il  s'était  aussi  adonne  à  l'étude  de 
J'anatomie  ;  et  c'était  lors  des  thèses 
publiques  des  professeurs  de  cette 
science,qu'il  venait  argumenter  comme 
s'il  eût  été  l'un  d'entre  eux.  Plusieurs 
académies  ,  tant  étrangères  qu'ita- 
liennes ,  se  l'étaient  associé  ;  il  devint 
inembre  de  Tinsiilut  national  des  scicn- 


FON 

ces ,  lettres  et  arts  du  royaume  d'Ita- 
lie ,  où  il  était ,  en  outre ,  du  collège 
électoral  des  Dotti.  Son  principal  ou- 
vrage imprimé  est  son  Corso  di  di- 
namica ,  3  vol.  ou  parties  in-4",  Pavie, 
1 790  ,  1 792  et  1 795.  Les  Mti  de  cet 
institut  national  offrent ,  dans  la  1^, 
partie  de  leur  premier  volume,  donné 
au  public  en  1 806 ,  un  Mémoire  par 
lequel  Mariano  Fontana  essaya  de  ré- 
futer le  Tra ité  analytique  de  la  résis- 
tance des  solides  d'égale  résistance  y 
etc., publié  à  Paris  en  1 798  par  M.Gi- 
rard, ingénieur  des  ponts  et  chaussées; 
et  dans  le  tome  second,  des  Osservor 
zioni  storiche  sopra  Varitmetica  di 
Francesco  Maurolico. \\rèsw\ie de  ces 
observations  historiques  ,  que  ce  fut 
ce  mathématicien  de  Messine ,  à  peine 
nommé  dans  l'histoire  des  mathéma- 
tiques, qui ,  au  1 6".  siècle  ,  introduisit 
dans  les  calculs  ,  au  lieu  de  chiffres  , 
des  signes  plus  généraux  et  les  lettres 
de  l'alphabet,  et  que  c'est  lui  qui  a 
fixé  les  premières  règles  de  l'algo- 
rithme algébrique.  On  aurait  dit  que 
Mariano  Fontana  craignait  que  les 
modernes  ne  s'enorgueillissent  trop 
de  leurs  découvertes  ;  car  il  chercha 
plus  d'une  fois  à  prouver  que  ce 
qu'ils  inventaient,  l'avait  été  en  des 
temps  antérieurs.  C'est  ainsi  qu'il  fait 
honneur  aux  anciens  de  plusieurs  des 
méthodes  que  sou  ami  Mascheroui 
avait  publiées  comme  neuves  dans  sa 
Géométrie  du  compas;  et  il  fait  voir 
que  le  plan  même  de  cet  ouvrage 
n'élait  pas  nouveau,  ayant  déjà  été 
donné  depuis  long-  temps  par  J.-B, 
de'  Benedetti ,  dans  un  petit  livre  qui 
a  pour  titre  :  Resolutio  omnium  Eu- 
clidis  problematum  aliorumque  ad 
lioc  necessariè  inventorum^  und  tan- 
tummodo  circini  datd  aperlard ,  per 
Joannem  Baptistam  de  Benedictis 
inventa ,  Venise ,  1 555,  npud  Barthi 
Cœsanum,  G — v* 


FON 
FONTANELLE  (  Jean-Gaspard 
DUBOIS),  ne  à  Grenoble  ie  29  oc- 
tobre 1757,  consacra  sa  vie  aux 
lettres  et  à  la  philosophie  ;  il  coopéra  à 
diverses  entreprises  Ulte'raircs ,  et  fut , 
pen'lant  la  révolution,  professeur  eux 
écoles  centrales  du  départeme)it  de 
l'Isère.  Il  est  mort  le  1 5  février  1812. 
Ses  ouvrages  sont  :  I.  Le  Connais- 
seur ,  comédie  en  aenx  actes  et  en 
vers,  1 762 ,  in-8'.  IL  Le  bon  Mari, 
coiuédi  '  «n  un  acte  et  en  vers  ,  1765, 
in-8".  IIL  aventures  philosophi- 
ques^ »7'^5,  in- 12.  IV.  Pierre-le- 
Grand ,  tragédie  ,  non  représentée , 
1766  ,  in -8°.  V.  Métamorphoses 
tVOi^ide  ,  traduction  nouvelle,  1 766, 
ù,  vol.  in -8'.;  1778  ,  2  vol.  in- 12; 
1 780  ,  2  vol.  in-j  2  ;  et  avec  des  no- 
tes, 1802,  4  vol.  in-80.;  1806,  2 
vol.  in  - 1 2.  Le  traducteur  a  suivi  le 
texte  de  Jouvency.  Sa  traduction  an- 
nonce une  plume  sinon  aussi  élégante 
que  celle  de  l'abbé  Banier,  du  moins 
pins  exacte.  VI.  Ericie  ou  la  Ves- 
tale ,  drame  eu  5  a 'tes,  1 76B  ,  in-b"". , 
pièce  dirigée  contre  le  fanatisme  reli- 
gieux et  les  vœux  monastiques.  M.  Sa- 
batier  y  trouve  quelques  pensées  trop 
hardies;  mais  il  la  regarde  comme  su- 
périeure à  la  Mélanie  de  Laharpe. 
L'onvrage  de  Fontanelle  occasionna 
dans  le  temps  un  grand  scandale  ; 
Marin,  censeur  royal ,  ayant  refuse' 
son  approbation  à  ce  drame,  le  lieu- 
ten^uit  de  police  envoya  li  pièce  à  l'ar- 
chevêque de  Paris ,  ef  défense  fut  faite 
à  l'auteur  de  la  faire  imprimer.  Ericie 
fut  bientôt  mise  au  jour  et  recherchée 
avidement  ;  et  de  malheureux  col- 
porteurs ,  convaincus  d'en  avoir  ven- 
du (les  exemplaiies,  furent  condamnés 
à  la  marque  et  aux  galères.  Le  19  ^^oût 
1789,  Ericie  fut  représentée  sur  le 
théâtre  français.  Dix  ans  après ,  Tau- 
teur  donna  une  nouvelle  édition  de  son 
diamc,  Grenoble,  i799,in-8%  VIL 


FON  205 

Essai  sur  le  Feu  sacré  et  les  Vesta- 
les,  1768,  in-8^  VIII.  Vie  de  P. 
Arelinetde  Tassoni\,  1768,  in- 12. 
IX.  Effets  desPassions,  ou  Mémoires 
de  M.  de  Floricourt,  1768,  5  vol. 
in  •  1 2 ,  réimprimés  en  1 782  .  <ous  Ip 
second  titre  seulement.  X.  Naufrage 
et  A\fentures  de  Pierre  Fiaud , 
1768,  ^770,  1780  ,  in-12,  très  sou- 
vent réimprimé;  ouvrage  devenu  po- 
pulaire. aT.  Anecdotes  africaines , 
depuis  r origine  ou  la  découverte  des 
royaumes  qui  composent  V Afrique 
jusquà  nos  jours ^  1775,  in-8''.  XII. 
LoredaUy  tragédie  en  4actes,joueV 
sans  succès,  177S,  in  -  8".  XIII. 
Vezins^  drame  en  3  actes,  1779, 
in -8".  XIV.  Contes  philosophiques 
et  moraux  y  1779,  2  vol.  in  18.  XV. 
Nouveaux  Mélanges  sur  différents 
sujets,  contenant  des  essais  drama- 
tiques ,  philosophiques  et  littéraires, 
1781,  5  vol.  in-8^  XVL  Théâtre 
et  œuvres  philosophiques,  égayés  de 
contes  nouveaux  dans  plus  d'un  gen- 
re ,  1785,  in-8''.  XVII.  Anna  y  ou 
V Héritière  galloise,  traduit  de  l'an- 
glais, 1788,  4  ^'ol.  in-12.  XVIIÎ. 
Clara  et  Emmeline ,  par  miss  H, 
(  Helme  ) ,  trad.  de  l'anglais ,  1 788 ,  2 
vol.  in- 1 2.  XIX.  Etat  actuel  de  V em- 
pire othoman,  par  Ali  Ahesci,  qui  a 
résidé  plusieurs  années  à  Consianti- 
nople  ,  attaché  au  service  du  grand-, 
seigneur,  trad.  de  l'anglais,  1  79 1 -93, 
2  vol.  in-8".  XX.  Cours  de  belles- 
lettres  ,  1 8 1 3 ,  4  V.  in-8". ,  publié  par 
M.  llenauldon,  petit-fils  del'auteur  ;  cet 
ouvrage  est  plus  élémentaire  et  moins 
diffus  que  celui  de  Laharpe ,  et  moins 
sec  que  celui  de  Batteux.  Fontanelle 
avait  entrepris  une  Histoire  univer- 
selle ancienne;  on  en  commença  l'im- 
pression en  1769  ,  mais  il  ne  paraît 
pas  qu'on  l'ait  continuée.  Il  a  travaillé 
à  la  Gazette  universelle  de  politique 
et  de  littérature ,  de  Deux  -  Ponts , 


îio4  F  0  N 

depuis  son  établissement  en  1770  , 
jusqu'au  i".  juin  1776  :  il  a  fait  de- 
puis 1 7';6  la  partie  politique  du  Jour- 
jiaI  de  politique  et  de  littérature ,  de 
Pt^nckoucke,  dont  Laharpe  rédigeait  la 
partie  littérairej  de  I7'j8  à  1784,  la 
partie  politique  du  Mercure  de  Fran^ 
ce:  en  juin  1784,  il  était  rédacteur 
de  la  Gazette  de  France,  A  .B — t. 
FONTANELLI  (Alphonse),  na- 
quit en  i557  a  Reggio  ,  en  Lombar- 
die,  fut,  très  jeune  encore,  associé  à 
l'académie  des  Politici ,  et  Ton  ap- 
prend par  un  sonnet  de  Vitriani ,  qp'il 
présidait  cette  compagnie  en  i58o. 
Alphonse  d'Esté  le  nomma  l'un  de 
ses  chambellans,  l'envoya  ,  en  i584, 
complimenter  le  nouveau  doge  de  Ve- 
nise sur  son  élection  ,  et  l'honora  de 
plusieurs  autres  missions  de  confiance. 
Le  successeur  d'Alplionse  le  nomma 
son  ambassadeur  à  Kome,  puis  en 
Espagne ,  ou  il  demeura  plusieurs  an- 
nées, et  pour  le  récompenser  de  ses 
services ,  lui  fit  don  d'une  terre  consi- 
dérable, qu'il  érigea  en  marquisat  en 
1619.  Mais  ni  l'estime  que  lui  té- 
moignait son  souverain  ,  ni  les  mar- 
ques de  satisfaction  qu'il  venait  d'en 
recevoir ,  ne  purent  détourner  Fon- 
tanelli  de  la  résolution  qu'il  avait  for- 
mée de  renoncer  au  monde  :  il  fit  part 
de  !>on  projet  au  duc  de  Ferrare ,  qui 
consentit  avec  peine  à  le  laisser  s'é- 
loigner, et  il  se  rendit  à  Rome.  Avant 
d'entrer  dans  les  ordres,  il  résigna 
ses  titres,  et  fit  une  donation  géné- 
rale de  ses  biens  à  son  frère.  Depuis 
ce  moment ,  livré  au:^  exercices  de  la 
piété  la  plus  fervente,  il  ne  s'occupa 
plus  que  de  l'affaire  importante  de  son 
salu'.  Les  austérités  auxquelles  il  s'é- 
tait condamné,  affaiblirent  sa  santé  ;  il 
tomba  malade ,  et  mourut  deux  ans 
après  avoir  quitté  la  cour ,  le  1 1  fé- 
vrier 1621.  On  a  de  lui  :  I.  Oratio 
in  ecclesid  D,  Prosperi  habita  in 


FON 

ejus  diefesto  7  cal.  jul.  1570,  Rog- 
gio,  in  -4".  Ce  discours ,  supérieur  à 
ce  que  l'on  pouvait  attendre  d'un  au- 
teur de  treize  ans,  a  été  réimprimé 
dans  les  Notizie  délia f ami glia  Fon- 
ianelli.  IL  Quelques  pièces  de  poé- 
sies, des  Harangues,  des  Lettres  en 
mauuscrit.  W — s. 

FONTANELLI  (  Alphot^se  -  Vin- 
cent, marquis  de),  de  la  même  fa- 
mdle  que  le  précédent,  né  à  Reggio 
en  1706,  fit  ses  premières  études  au 
collège  de  Modène,  et  il  y  fit  de  tels 
progrès  qu'à  l'âge  de  dix-huit  ans, 
outre  l'hébreu ,  le  grec  et  le  latin,  il 
possédait  les  principales  langues  de 
TEuropc.  Son  éducation  terminée,  il 
visita  la  France,  l'Angleterre,  la  Hol- 
lande et  l'Allemagne,  ajoutant  chaque 
jour  à  ses  connaissances  par  la  lec- 
ture des  meilleurs  ouvi-ages  ,  Tins-  • 
peclion  des  monuments  et  la  conver- 
sation des  savants  les  plus  distin- 
gués. Il  parcourut  ensuite  l'Italie,  et 
après  une  absence  de  plusieurs  an- 
nées ,  il  revint  au  sein  de  sa  famille  se 
délasser  de  ses  fatigues  et  former  de 
nouveaux  projets.  A  peine  était-il  de 
retour  que  le  duc  de  Modcne  l'ho-^ 
nora  du  titre  de  son  conseiller  in- 
time. Fontanelli  fut  envoyé  en  Alle- 
magne en  1754,  et  l'aniée  suivante 
en  France,  où  il  fut  chargé  de  né- 
gociations importantes  qu'il  eut  le 
bonheur  de  terminer  avantageuse- 
ment. Il  fut  nommé  en  1 740  colonel 
du  régiment  de  la  Mirandole  ,  ea 
1741  gouverneur  du  duché  de  Massa- 
Carrara  ;  et  lorsque  les  événements 
de  la  guerre  déterminèrent  le  duc  de 
Modène  à  quitter  ses  états ,  il  nomma 
Fontanelli  membre  de  la  junte  qu'il 
établit  pour  gouverner  pendant  son 
absence.  Chargé  de  fonctions  si  inté- 
ressantes ,  et  qui  semblaient  devoir 
l'occuper  tout  entier,  Fontanelli  trou- 
vait cependant  le  loisir  de  cultiver  U 


FON 

lilleralure  et  les  sciences.  Sa  Biblio- 
thèque, aussi  précieuse  par  le  nom- 
bre que  par  le  choix  des  voUimes  , 
c'iait  ouverte  aux  personnes  qu'il 
réunissait  plusieurs  fois  chaque  se- 
maine ,  pour  discuter  ensemble  des 
matières  de  physique  et  d'érudition. 
C'est  dans  cette  assemblée  que  fu- 
rent conçus  plusieurs  projets  utiles 
que  Fontinelli  fit  exécuter.  On  lui 
doit  riJe'e  de  la  route  pratiquée  dans 
les  Apennins,  et  qui  communique  en 
ligue  directe  de  Modène  à  Massa,  la 
conslruttion  du  magnifique  arsenal 
de  JModèiie  ,  et  la  plupart  des  embel- 
lissements qu'a  reçus  cette  capitale 
dans  le  siècle  dernier.  Cet  excellent 
citoyen  mourut  à  Modène  le  5  dé- 
cembre 1777;  et  son  corps  fut  in- 
liuiuf'  dans  l'église  de  Marziglia,  où 
ou  lit  son  ëpitaphe.  Fontaneili  était 
membre  de  presque  toutes  les  acadé- 
mies d'ItaUe  ;  et  peu  de  personnes  ont 
mieux  mérité  cet  honneur.  Outre  plu- 
sieurs pièces  de  poésie  insérées  dans 
les  tecuc'jls  du  temps,  ou  a  de  lui  : 
I.  Des  Cantates.  II.  Des  Traduc- 
tions en  prose  dLAlzire  ,  de  Maho- 
met, de  Brulus  et  de  Zaïre,  tragé- 
dies de  Voltaire  ;  du  Gustave  de 
Piron ,  et  du  Mahomet  II  de  La- 
noue.  Ces  difTérenles  traductions  ont 
été  imprimées  ;  mais  il  en  a  laissé 
un  plus  grand  nombre  en  manus- 
crit, lll.  Trattato  délia  falsità  de- 
gUoracoli  antichi  IV.  Nuovo  piano 
per  la  scella  e  formazione  délie 
truppi  nazionali  di  S.  A,  S.,  'i  vol. 
in-fol.  V.  Poésie  raccolte  nel  1777, 
in-fol.  VI.  Une  Réfutation  du  livre 
de  l'Esprit,  Tous  ces  ouvrages  sont 
conservés  dans  la  famille  de  l'auteur. 
—  FoNTANELLi  (  Alphonse-Frau- 
çois),  né  à  Bologne  le  20  décembre 
J721,  mort  à  Reggio  le  1 5  juin  1782, 
est  auteur  de  la  Descrizione  d'alcunî 
discendenti  di  Giacomo  0  Giacohi- 


FON 


205 


no  seniore  da  Fontanella  di  Reg- 
gio in  Lombardia  ,  Reggio,  1775, 
in-4'*.  On  trouvera  dans  cet  ouvrage, 
dont  Tiraboschi  loue  l'exactitude,  de 
grands  détails  sur  les  personnages  dis- 
tingués qui  sont  sortis  de  cette  illustre 
famille.  W — s. 

FONTANES   (  jEAN-PlERRE-MAa- 

CELLiN  DE  ),  ne'  à  Genève  en  17^11 , 
mort  à  Nantes ,  au  mois  de  novembre 
1774,  descendait  d'une  famille  con- 
nue ,  aux  environs  d'Alais  ,  depuis 
plusieurs  siècles.  Ses  ancêtres  avaient 
embrassé  la  religion  prétendue  réfor- 
mée ;  et  son  aïeul ,  zélé  calviniste , 
s'était  expatrié  dans  les  dernières  an- 
nées du  règne  de  Louis  XIV.  Sou 
père  revint  en  France ,  à  l'époque  du 
ministère  de  M.  Orry,  dont  il  était 
connu  :  il  espérait  que,  sous  des  lois 
plus  douces,  il  recouvrerait  quelques 
débris  du  patrimoine  de  sa  famille. 
Ses  espérances  furent  trompées.  En- 
tièrement dépourvu  de  fortune ,  il 
accepta  une  place  d'inspecteur  des 
manufactures  dans  le  Bas-Languedoc. 
Le  fi!s  (  Jcan-Pierre-Marcellin  ),  dont 
il  est  ici  question,  suivit  la  même  car- 
rière. H  se  maria  à  St.Gaudcns,  avec 
M^'^.  de  Scde,  nièce  du  marquis  de 
Fourquevaux.  Un  triste  succès ,  dans 
une  aiï'aire  d'honneur,  lui  fit  deman- 
der son  déplacement  pour  le  Poitou. 
Il  se  fit  connaître  dans  celle  province 
par  des  établissements  utiles  j  et  il 
y  a  laissé  une  mémoire  honorable. 
C'est  à  lui  qu'on  y  doit ,  eu  grande 
partie  ,  le  défrichement  de  plusieurs 
terrains  stériles  ,  connus  sous  le  nora 
de  Lais-de-Mer.  Il  y  a  fort  encou- 
ragé la  culture  et  les  pépinières  de 
garance.  Il  a  fourni  des  Mémoires 
estimés  à  diverses  sociétés  d'agricul- 
ture; quelques-uns  de  ces  mérôoîres 
ont  paru  dans  les  Éphémérides  du 
Citoyen ,  journal  dont  Voltaire  parle 
avec  éloîe.  Jeau  de  Fontanes  eut  deux 


XV. 


2ÔÔ 


FON 


fils  :  laine  ,  mort  à  ai  ans ,  s'était 
fait  connaître  par  des  essais  poétiques 
qui  donnaient  de  grandes  espérances; 
le  second  vit  encore.  C'est  celui  qu'on 
a  vu  naguère  président  du  corps  lé- 
gislatif et  grand-maître  de  l'université , 
et  qui  est  aujourd'hui  pair  de  France 
et  ministre  d'état.  Z* 

FONIANEY  (  Jean  de  ),  jésuite 
français ,  et  missionnaire  à  la  Chine , 
fut  désigne ,  en  i684 ,  par  Cassini ,  à 
Colbert ,  d'après  l'intenliou  où  était  ce 
ministre ,  ami  des  arts ,  d'envoyer  k 
la  Chine  et  aux  Indes  des  hommes  ca- 
pables d'y  faire  des  observations  uliles 
aux  sciences  en  général ,  et  à  l'astro- 
nomie en  particulier,  en  même  temps 
qu'ils  y  porteraient  le  christianisme. 
(  Voy,  Bouvet.  )  Le  P.  Fonlaney 
avait  jusqu'alors  enseigné  les  mathé- 
matiques dans  le  collège  des  jésuites 
de  Paris,  où  il  s'occupait  aussi  d'as- 
tronomie (i).  Il  mit  le  plus  grand 
empressement  à  une  entreprise  qui 
favorisait  également  son  zèle  et  son 
goût  pour  l'élude.  Cependant ,  le 
voyage  fut  différé  de  près  de  deux 
ans;  mais  au  mois  de  mars  i685  ,  le 
P.  Fontaney,  accompagné  des  PP. 
Tachard,  GerbiUon  ,  Lecomte  ,  Vis- 
delou  et  Bouvet,  tous  illustrés  depuis 
par  leurs  talents  et  leurs  ouvrages  , 
partit  de  Brest  avec  des  instructions 
spéciales  de  l'académie  des  sciences, 
qui  l'avait  élu,  lui  et  ses  compagnons, 
comme  correspondants.  Ce  fut-là  le 
premier  noyau  de  cette  mission  fran- 
cise de  la  Chine,  si  célèbre  pendant 
plus  de  cent  ans ,  et  dont  les  mem- 
bres ont  tant  contribué  à  faire  con- 

\i\  Ce<t  le  P.  FonUney  qui  avait  publié ,  en 
1674,  le  Planisuhcre  ou  Globe  céleste,  en  «ix 
fenillci,  du  P.  de  Pardlea,  Tua  des  plua  compieU 
ou'on  eut  «lor»  (  Voy  Pxrdiii  ).  L'abbé  de 
Choiiy  écrivait,  en  date  du  i3  mars  i6i^5  :  «  I-es 
r  Carte»  attronomiquei  du  F  Pardiei,  auxquelles 
»  le  P.  Fontaney  a  beaucoup  dr  part,  nous  ont  fait 
»  grand  plaisir  C'est  lui  qui  les  a  revues  ,  corri- 
»  gées,  augmentées  et  r»il  imprimer.  »  ^Journal 
ou  Suit€  du  yojage  d<  Hinm  ,  p,  »a.) 


FON 

na*treles  contrées  orientales  de  l'Asie. 
Des  observations  astronomiques  ,  fai- 
tes au-delà  de  l'équateur ,  furent  le 
premier  tribut  envoyé  par  le  P.  de 
Fontaney.Plusicurs  de  ses  observations 
sont  consignées  dan:>  le  Voyage  du  P. 
Geibillon ,  et  on  peut  les  voir  au  tome 
H  de  la  compilation  de  Du  Halde.  Les 
missionnaires  avaient  dirigé  leur  route 
par  le  royaume  de  Siam ,  où  ils  arri- 
vèrent en  septembre  1 685  ;  et  ce  fut 
là  que  le  P.  Fontaney  observa ,  comme 
il  en  était  convenu  avec  Cassini  avant 
son  dépnrt ,  une  éclipse  totale  de 
lune,  qui  pouvait  ê:re  d'une  grande 
utilité  pour  la  détermination  des  lor- 
gitudes.  Au  mois  de  juillet  1686,  les 
missionnaires  partirent  de  Siam  pour 
Macao  ;  mais  l'inhabileté  de  leur  pi- 
lote ,  et  la  difficulté  de  la  navigation 
dans  ces  mers  orageuses  et  peu  con- 
nues alors  ,  ne  permirent  pas  qu'ils 
y  arrivassent  :  ils  se  virent  donc  con- 
traints de  revenir  à  Siam ,  où  ils  appri- 
rent que  les  Portugais  s'opposaient  lU 
passage  des  missionnaii  es  ,  de  Ma- 
cao à  la  Chine.  Ce  fut  pour  eux  un 
motif  de  prendre  une  autre  route;  et' 
à  leur  second  départ ,  le  1 9  juin  1 687 , 
ils  s'embarquèrent  sur  un  vaisseau 
chinois  qui  allaita  JYingpIio ,  dans  la 
province  de  Tche-Kiang ,  où  ils  arri» 
vèrent  le  '23  juillet  suivant ,  deux  ?ns 
et  demi  après  leur  départ  de  France. 
Environ  trois  mois  après ,  ils  furent 
appelés  à  Péking  par  ordre  de  l'empe- 
reur. Le  P.  Fontaney  n'y  demeura  pas 
long-temps  :  il  se  rendit  à  Kian^- 
ning,  ou  Nanking ,  au  mois  de  mai 
1688,  et  fixa  dans  cette  yille  le  siège 
de  ses  travaux  apostoliques.  Il  y  resta 
plus  de  deux  ans  ,  occupé ,  dans  la 
compagnie  du  P.  Gabiani ,  à  prêcher 
la  foi,  et  à  instruire  les  chrétiens.  Les 
Portugais  de  M.<cao  coulinuaient  à 
chercher  les  moyens  de  nuire  aux 
raissionnairci  de  la  Chine,  et  à  intcr- 


FOÏÎ 

cepter  même  les  livres  et  Targent 
qu'on  leur  faisait  passer  d'Europe. 
Cela  obligea  le  P.  Fontaney  de  faire 
un  voyage  à  Canton,  pour  chercher  à 
obtenir  justice.  Il  y  retourna  de  nou- 
veau sur  la  fin  de  1692  ;  mais  il  fut 
bientôt  après  mandé  à   Pékiug ,  où 
l'empereur  donna  à  lui  et  à  ses  com- 
pagnons ,  une  maison  dans  la  pre- 
mière enceinte  de  son  palais,  pour 
les  récompenser  des  remèdes  euro- 
péens qu'il  avait  reçus  d'eux  ,  et  aux- 
quels il  devait  d'être  délivré  d'une  ma- 
ladie   qui  avait     résisté  aux  cfiorts 
combinés  des  Bonzes    et   des  méde- 
cins chinois.  Il  paraît  que  le  P.  Fon- 
taney resta  dans  celte  capitale  jusqu'à 
l'année   1699,  ^^  ^^  ^^  ^^  premier 
voyage  en  Europe.  Il  revint  en  Chine 
au  milieu  de  1701  ,  et  demeura  dans 
le  port  de  Tcheou-chan^  à  dix-huit 
lieues  de  Ning-pho.  Il  en  repartit  le 
1".  mars  1703,  sur  un  vaisseau  an- 
glais, qui  l'amena  à  Londres.  H  était 
dans  cette  ville  au  mois  de  janvier 
1 704.  Le  but  de  ces  voyages  était  de 
rendre  compte  à  ses  supérieurs  de 
l'état  des  jésuites  en  Chine,   et   de 
prendre  différents  arrangements,  re- 
latifs à  la  mission.  L'époque  de  son 
retour  en  Chine  ne  nous  est  pas  connue; 
mais  on  snt  qu'il  revint  en  France  au 
mois  d'octobre  1720.  Dans  ses  pre- 
miers voyages,  il  avait  apporté  plu- 
îiieurs  livres  chinois  ,   qui   sont  du 
nombre  des   premiers   qu'ait   possé- 
dés la  bibliothèque  du  roi.   Dans  le 
dernier,  il  fit  présent  à  cet  établisse- 
ment d'un  dictionnaire  Mandchou,  en 
douze  volumes ,  qui  est  très  proba- 
blement le  premier  ouvrage  en  cette 
langue  qu'on  y  ait  vu.  Nous  n'avons  pu 
découvrir  l'indication  de  l'époque,  du 
lieu  et  des  circonstances  de  la  mort 
du  P.  Fontaney.  Ce  missionnaire  est 
plus  recormraandable  par  le  zèle  infa- 
ti|;able  avec  lequel  il  a  rempli  sa  car- 


FQN  207 

rière  apostolique,  que  par  seâ  tra- 
vaux littéraires.  Ou  a  de  lui  deux 
lettres  insérées  dans  les  tomes  VU  et 
VIII  des  Lettres  édifiantes.  La  pre- 
mière est  assez  intéressante;  l'autre 
n'offre  guère  que  le  re'cit  de  quelques 
contestations  entre  les  missionnaires 
des  différents  ordres  qui  se  trouvaient 
h  la  Chine.  Le  P.  Fontaney  a  aussi 
fourni  quelques  Mémoires  à  la  com- 
pilation de  Du  Halde.       A.  R — t. 

FONTANGES(Marie-Angelique 
ScoRAiLLE  DE  RoussiLLE  ,  duchesse 
de),  née  en  1661,  d'une  ancienne 
famille  de  Rouergue,  fut  placée  comme 
fille  d'honneur  auprès  de  Madame. 
On  prétend  que  dès  l'enfance  ses 
parents  l'avaient  destinée  à  plaire  au 
roi.  Lorsque  M^^".  de  Fontanges  pa- 
rut à  la  cour ,  la  passion  de  Louis  XI  V 
pour  M™"",  de  Montespan  était  sai- 
son déchn.  La  hauteur ,  les  vio- 
lences et  les  inégalités  du  caractère 
de  cette  dame  l'affaiblissaient  chaque 
jour.  M"*'',  de  Montespan  qui ,  à  cette 
e'poque,  redoutait  plus  M"*",  de  Main- 
tenon  que  toutes  les  beautés  de  la 
cour,  vanta  elle-même  au  roi  les  char- 
mes de  M^^^.  de  Fontanges,  qu'elle 
appelait  une  statue  provinciale.  Mal- 
gré ces  moqueries,  le  roi  fut  frappe 
de  l'éclatante  beauté  de  cette  jeune  per- 
sonne; il  la  loua,  l'admira,  et  en  fut 
bientôt  vivement  épris.  M^^*".  de  Fon- 
tanges n'avait  pas  autant  d'esprit  que 
de  beauté  ;  elle  ne  fit  pas  acheter  sa 
conquête  par  une  longue  poursuite» 
Déclarée  maîtresse  ,  elle  jouit"  de  sa 
faveur  avec  autant  d'aviditéque  si  elle 
avait  pressenti  combien  son  règne  de- 
vait être  court.  M'"*',  de  Montespaa 
s'alarma  de  cette  nouvelle  passion; 
mais  ses  efforts  pour  l'affaiblir ,  fu- 
rent inutiles.  Malgré  son  peu  d'esprit, 
M^^^.  de  Fontanges  eut  une  grande  in- 
fluence dans  les  affaires ,  devint  la  dis- 
pensatrice de  toutes  les  grâces  et  l'ob- 


2o8  FON 

jet  des  adorations  de  la  cour.  La  pw- 
digalite  faisait  le  fond  de  son  caractère. 
Elle  s'y  livra  toute  entière  ;  elle  dépensa 
cent  mille  cous  par  mois,  fit  des  dettes, 
et  s'étonna  que  cette  dépense  parût  ex- 
traordinaire. On  aurait  dit  qu'elle  se 
jiatait  de  remplir  sa  destinée.  Sa  faveur 
l'enivrait  au  point  qu'elle  passait  de- 
vant la  reine  sans  la  saluer;  elle  rendit 
au  centuple  à  M™",  de  Montespan  les 
dédains  qu'elle  en  avait  reçus.  Mais  ce 
rêve  de  grandeur  ne  tarda  pas  à  s*éva- 
nouir.Les  suites  d'une  couche  lui  firent 
perdre  tous  ses  cbarmes,  et  l'amour  de 
Loui^  ne  survécut  point  à  la  beauté  de 
sa  maîtresse.  Bieutôt  il  ne  resta  de 
cette  favorite  d'autre  souvenir  que 
celui  d'un  ornement  de  tête  qui  passa 
un  moment  avec  son  nom  dans  toute 
l'Europe.  M^^^  de  Fontanç;es  quitta  la 
cour,  et  se  retira  dans  l'abb  jyedePort- 
Boyal,  oii  elle  languit  encore  quelque 
temps.  A  ses  derniers  moments,  elle 
sollicita  la  faveur  de  voir  le  roi,  et  l'on 
raconte  que  le  jour  qu'il  avait  promis 
de  venir,  elle  demandait  sans  cesse 
quelle  heure  il  était.  En  voyant  au 
lit  de  la  mort  celle  qu'il  avait  aimée , 
Louis  parut  attendri  et  versa  quelques 
larmes.  On  prétend  que  M'^*".  de  Fon- 
tanges  dit  :  a  Je  meurs  contente,  puis- 
»  que  mes  derniers  regards  ont  vu 
»  pleurer  mon  roi.  »  Paroles ,  qui  sans 
être  très  remarquables,  sont  peut- être 
au-dessus  de  ce  qu'on  attendait  d'elle. 
Cette  favorite  se  montra  aussi  peu  sen- 
sible que  peu  spirituelle.  Son  humeur 
était  douce ,  mais  son  cœur  était  froid. 
Plus  d'un^  fois ,  dit-on ,  le  roi  soup- 
çouua  sa  fidélité.  Elle  irrita  ses  amis 
par  son  indifférence,  et  étonna  jus- 
Tju'aux  courtisans  par  son  ingrati- 
tude envers  ceux  qui  l'avaient  servie. 
M^**.  de  Fontanges  mourut  le  a8  juin 
1681  dans  sa  vingtième  année.  Elle 
avait  un  frère  dont  la  postérité  sub- 
siste^-  B— y. 


FON 

FONTANIEU  (  Gaspard-Moïse)  ; 
fut successivcmenr. maître  dr s  requêtes, 
intendant  de  Grenoble ,  conseiller 
d'état  ordinaire,  contrôleur- général  des 
meubles  de  la  couronne,  et  mourut  I» 
26  septembre  1  -^67 ,  âgé  de  soixante- 
quatorze  ans.  Il  consacra  ses  jours  à 
l'étude  aride  et  pénible  de  l'histoire 
de  son  pays ,  et  forma ,  sur  ce  sujet , 
le  plus  ample  Recueil  de  Titres  que 
nous  possédions.  Ce  recueil,  composé 
de  huit  cent  quarante  un  portefeuilles 
in-4'.,  et  dé})0sé  à  la  bibliothèque 
royale,  est  tiré  non  seulement  des  tré- 
sors que  renferme  celle-ci,  mais  des 
archives  de  la  chambre  des  comptes , 
du  cabinet  de  St.-Martin-des-Champs , 
du  trésor  des  chartes ,  des  nombreux 
travaux  de  l'abbé  de  Camps  (  Foyez 
Camps  ),  et  même  des  pays  étrangers. 
Il  est  divisé  en  deux  parties  :  ki  pre- 
mière concerne  les  règnes  particuliers 
des  rois  des  trois  races  ;  la  seconde 
traite  du  droit  public  de  France,  des 
matières  ecclésiastiques ,  du  gouver- 
nement, des  prérogatives  de  la  cou- 
ronne et  du  droit  de  succession ,  des 
maisons  du  roi ,  de  la  reine  et  des 
princes ,  des  mariages ,  testaments  , 
donations ,  des  généalogies  ,  de  l'état 
des  personnes,  des  procès  criminels, 
des  pairies ,  du  droit  féodal,  des  or- 
donnances ,  des  juridictions ,  de  la 
guerre,  des  finances,  du  commerce,  de 
la  marine,  du  domaine,  et  des  mœurs 
des  Français.  Fontanieu  ne  s'est  pas 
contenté  de  réunir  par  un  travail  im- 
mense toutes  ces  pièces  ;  il  les  a  enri- 
chies de  notes ,  d'observations  ,  et 
même  de  dissertations  quand  elles  ea 
exigeaient.  On  a  en  outre,  de  lui,  en 
manuscrit  :  I.  Histoire  de  Charles 
F  II  y  1  vol.  in- fol.  i\.  Histoire  de 
Charles  VIII,  in-fol.  III.  Journal 
de  la  guerre  d'Italie  en  1 753 ,  in- 
fol.  IV.  Histoire  du  Dauphiné^  avec 
différents  mémoires  sur  celle  province^ 


FON 
iu-fol. ,  suivi  (Vun  volume  in -4°.  de 
preuves.  V.  Traité  des  Régences , 
iii-fbl.  VI.  Dissertation  sur  le  rem- 
placement par  élection  de  l'office 
de  chancelier  de  France  et  des  ma- 
gistratures du  parlement  ,  in-fol. 
Vil.  Divers  Traités  sur  les  reines 
de  France^  in-fol.  VIII.  Droits  du 
Roi  sur  les  pays  possédés  par  les 
étrangers  t  in  •4°.  IX.  Mémoires  sur 
les  actes  les  plus  importants  du  car- 
iulaire  du  Dauphiné^  2  vol.  iu-4<*. 
Le  conseiller  Fontaiiieii  n'a  ])iiblië 
qu'un  seul  ouvrage;  c'est  laRosalinde, 
imitée  de  l'italien  de  Bernardo  Moran- 
do,  La  Haye  ^ Paris),  1702  ,  in- 12, 
0.  vol.  —  FoNTANiEU  (  Pienc-Elisa- 
bcth),  fils  du  précédent,  fut  comme 
lui,  contrôleur  des  meubles  de  la  cou- 
ronne, de  l'académie  des  sciences,  de 
celle  d'architecture  et  de  celle  de  Stock- 
liolm.  Il  s'adonna  à  la  chimie ,  et  pu- 
blia en  I  y-jS  ,  in-8°. ,  l'j4rt  défaire 
les  cristaux  colorés  imitant  les  pier- 
res précieuses.  C'est,  il  faut  l'avouer, 
un  travail  bien  long  et  bien  pénible 
pour  un  résultat  d'une  médiocre  im- 
portance. Fontanieu  a  laissé  en  ma- 
nuscrit un  ouvrage  plus  utile  .sur  les 
couleurs  en  émail ,  dont  la  composi- 
tion a  beaucoup  d'analogie  avec  celle 
des  pierre^  factices.  Jacques-Philippe 
Fcrrand  ci  d'Avelais  de  Montamy 
avaient  déjà  traité  la  même  matière. 
Fontanieu  mourut  le  5o  mai  1 784» 
D.  L. 
FONTAISINI  (Juste  ) ,  archevêque 
d'Aucyre,  savant  littérateur,  antiquaire 
et  critique  italien,  naquit,  le  5o  oc- 
tobre 1 666 ,  à  Saint-Daniel ,  l'une  des 
principales  villes  du  Frioul.  Il  com- 
mença ses  études  à  Goniz ,  chez  les 
jésuites  :  s'étant  ensuite  décide  à  en- 
trer dans  la  carrière  ecclésiastique,  il 
se  rendit,  en  1690,  à  Venise,  et  en- 
suite à  Padoue,  pour  y  acquérir,  sous 
les  plus  habiles  prx)fesseurs ,  les  con- 

XV. 


FON  20Ç) 

naissances  nécessaires  à  cet  état.  Une 
savante  dissertation  sur  la  condition 
des  esclaffes  chez  les  Lombards  , 
commença  sa  réputation  ;  et  la  place  de 
bibliothécaire  du  cardinallmperialifut 
son  premier  pas  vers  la  fortune  :  il  en 
alla  prendre  possession  à  Rome ,  en 
1697  ,et  fut  bientôt  admis  aux  doctes 
réunions  qui  se  formaient  chez  les  pré- 
lats Severoli ,  Ciampini ,  et  chez  plu- 
sieurs cardinaux  amis  et  protecteurs 
des  lettres.  Ayant  reconnu  qu'il  lui 
manquait ,  pour  y  réussir  complète- 
ment, d'être  plus  instruit  qu'il  ne  l'était 
dans  la  langue  grecque,  ce  fut  seule- 
ment alors  qu'il  en  fit  une  étude  ap- 
profondie ;  il  apprit  aussi  du  savant 
antiquaire  Fabretti ,  à  connaître  ,  lire 
et  expliquer  les  anciennes  inscriptions. 
Ses  recherches  se  tournèrent  princi- 
palement vers  l'histoire  ecclésiastique  j 
il  ne  tarda  pas  à  donner  des  preuves 
de  son  savoir  dans  l'académie  qui  s'as- 
semblait au  palais  de  la  Propagande , 
et  qui  en  portait  le  nom  :  mais  il  n'en 
suivait  pas  avec  moins  d'ardeur  quel- 
ques travaux  purement  littéraires  j  et 
conservant  toujours  son  goût  pour  la 
poésie,  et  l'admiration  presque  exclu- 
sive qu'il  avait  eue  pour  le  Tasse  dès 
sa  première  jeunesse  ,  il  fit  imprimer 
à  Rome  une  défense  de  \Aminta  , 
dans  le  temps  même  où  il  paraissait  le 
plus  occupé  de  recherches  sur  des 
questions  d'histoire  ecclésiastique  et 
de  droit  canonique.  Il  avait  aussi  en^ 
trepris  la  défense  de  la  tragédie  du 
Tasse,  intitulée  :  //  re  Torrismondo  ; 
il  y  voulait  traiter  de  la  tragédie  et  de 
la  comédie  telles  qu  elles  sont  chez  les 
peuples  modernes  et  particulièrement 
chez  nous  autres  Français.  Il  aban* 
donna  cette  entreprise ,  dans  laquelle 
il  eût  probablement  apporté  plus  de 
passion  en  faveur  du  Tasse  que  de 
connaissance  des  règles  du  théâtre  et 
de  justice  à  notre  égard.  Le  pape  CleV 


210  VO^ 

rient  XI,  qui  avait  à  cœur  de  rendre 
à  runivcrsité  n>inaine  tout  son  e'rlat, 
y  nomma  Fontaninipiofesseur  dV-Jo- 
quence.  Le  discours  latin  sur  Inutilité 
et  la  dignité  des  belles  -  lettres  ^  qu'il 
prononça  en  prenant  possession  de 
cette  chaire  ,  eut  un  grand  succès,  et 
obtint  le  sufF»  âge  de  l'illustre  Bayle, 
à  qui  il  en  avait  adresse  un  exemplaire. 
Il  était  dès-lors  en  correspondance  avec 
ies  savrinls  les  plus  célèbres  de  pres- 
que toutes  les  parties  de  l'Europe: 
l'ouvrage  du  P.Mabillon  sur  la  Science 
diplomatique,  ayant  ëlë  attaque'  en 
1703,  avec  autant  d'aigreur  que  de 
présomption  ,  par  le  jésuite  Germon, 
dans  sou  traiîé  de  veLeribiis  regum 
Francorum  diplomalibus ,  Fontanini 
prit  la  défense  du  savant  bénédictin 
ei  de  la  science  ru  s;ëncral  dont  ce  jé- 
suite avait  totite'  d'ébranler  les  bases 
en  osant  soutenir  que  la  plupart  des 
titres  et  des  diplômes  étaient  faux  et 
controuvés ,  à  peu  près  comme  le  P. 
Hardouin,  son  confrère,  avait  pré- 
tendu que  les  chefs-d'œuvre  de  l'anli- 
quité  grecque  et  latine  avaient  été 
forgés  par  des  bénédictins  du  onzième 
siècle,  li  n'en  fallut  pas  davantage  pour 
exciter  contre  Fontauini  les  journa- 
li-les  de  Trévoux  et  tous  les  écrivains 
membres  de  la  sociéic  ou  ses  parti- 
sans. Ils  écrivirenl  durement  contre 
lui,  et  contre  Gatti  et  Lazzarini,  qui 
avaient  pris  sa  défense.  Il  semblait 
fait  pour  ces  sortes  de  combats,  et  ne 
h'ein-ayait  ni  de  la  violence  ni  du  nom- 
bre de  ses  adversaires.Que  les  hommes 
me  traitent  comme  ils  voudront ,  di- 
.sait-il ,  pourvu  que  la  vérité  soit  pour 
moi.  Il  prit ,  avec  le  même  courage , 
le  parti  de  Tillemont,  dont  l'Histoire 
ecclésiastique  était  l'objet  de  critiques 
si  animées  ,  qu'on  ne  parlait  de  rien 
moins  que  d'en  obtenir  la  suppres- 
sion. Le  pape  qui  haïssait  jusqu'au  nom 
des  jansénistes ,  l'eût  peut-être  pro- 


FON 

nonce'e  ;  mais  les  raisons  all^ic'es  par 
Fontanini  le  désarmèrent,  et  il  lui  sut 
même  bon  gré  de  son  zèle  à  défendre 
la  vérité.  L'espèce  de  patronage  qu'il 
exerçait  à  l'égard  de  quelques  autres 
savants  persécutés  pour  les  mêmes  opi- 
nions que  Tillemont,  et  dont  il  recher- 
chait la  correspondance,  dont  il  lisait 
et  fiû.sait  valoir  les  lettres  apologétiques 
et  les  mémoires,  dontil  vantait  haulc- 
nient  les  talents  et  le  savoir  ,  le  firent 
accuser  par  les  jésuites  d'être  ,  à  Rome, 
le  partisan  et  le  fauteur  du  jansénisme  j 
il  ne  tint  aucun  compte  de  ces  accusa- 
tions ,  et  continua  d'agir  et  d'écrire 
comme  il  avait  commencé.  Son  fameux 
TrsLiiédeVEloquenceitalienne  lui  at- 
tira des  controverses  d'une  autre  es- 
])èce.Il  le  fit  paraître  pour  la  première 
fois  en  i  70G;  les  critiques  qu'il  essuya 
et  ses  propres  réflexions  ,  lui  firent 
apercevoir  un  grand  nombre  d'erreurs 
et  d'omissions  qu'il  y  avait  commises: 
après  trois  ou  quatre  éditions  qu'il 
avait  progressivement  améliorées  ,  il 
le  refondit  presque  en  entier  trente 
ans  après,  l'année  même  de  sa  mort. 
Il  est  divisé  en  trois  parties;  la  pre- 
mière a  pour  objet  l'origine  et  les  pro- 
grès de  la  langue  italienne.,  la  seconde 
son  accroissement  par  les  ouvrages 
qui  y  out  été  écrits  ;  dans  la  troisième, 
est  rangée  avec  ordre  etd.ms  une  clas- 
sification régulière,  une  bibliothèque 
des  livres  classiques  italiens  de  tous 
les  genres  ,  avec  des  notes  bibliogra- 
phiques et  lillcraires.  Lorsqu'il  parut 
dans  rc  nouvel  état,  l'auteur  fut  encore 
loin  d'être  à  l'abri  de  la  censure.  La 
principale  de  celles  dont  il  fut  l'objet 
eut  pour  auteur  Apostolo  Zeno  :  cecé- 
lèbrelittératenr était  pomtant son  ami, 
mais  il  avait  pour  la  vérité  un  zèle  égal 
au  sien  ;  et ,  malgré  leur  ancienne  ami- 
tié ,  malgré  la  douceur  habituelle  de 
son  caractère ,  il  fut  entraîné  par  le  ton 
dur  et  amer  que  Fontauini  avait  souvent 


FÔN 
teis  rlans  ses  iugements,  h  mcllre  aussi 
de  ramerlume  et  de  la  dureté  dans  ses 
critiques.  D'ailleurs  ,  Fontanini,  qui 
letait  très  irascible,  et  qui  rompait  fa- 
ciiemcnl  ses  liaisons  les  plus  intimes, 
s'était  brouillé  avec  Muratoriet  MafTei, 
et  avait  su  mauvais  grë  à  Zeno  d'être 
reste  leur  ami.  Zeno  hii  avait  fourni 
un  nombre  infini  de  notes  et  d'obser- 
vations pour  la  dernière  édilion  de 
son  ouvrAi^e;  Fontanini  eu  avait  fait 
tts.igc  sans  dire  un  mot  de  ce  service, 
et  avait  même  lancécontre  luiqnelques 
traitsde  critique;  ce  fut  ce  qui  fit  sortir 
ApostoloZeno  de  sa  modération  ordi- 
naire, et  ce  qui  nous  a  valu  l'excellent 
ouvrage  de  critique, connu  sous  le  nom 
de  Notes  sur  la  Bibliothèque  de  Fon- 
tanini. (  Foy.  Apostolo  Zeno.)  Une 
discussion  qui  s'éleva  entre  fempereur 
Josi^pli  I"''.  et  le  Pape ,  au  sujet  de  la 
ville  de  Comacchio,  fournit  à  Fonta- 
nini l'occasion  de  donner  de  nouvelles 
preuves  de  son  zèle  pour  les  intérêts 
du  St.-Siége,  et  d'en  recueillir  les  fruits. 
Il  écrivit  très  savamment,  pour  ap- 
puyer les  prétentions  du  pape  sur 
cette  ville,  et  pour  combattre  celles 
de  l'empereur.  Muratori  n'écrivit  pas 
moins  savamment  pour  la  cause  con- 
traire. Le  second  mit ,  dans  cette  que* 
relie ,  la  modération  et  le  calme  qui  lui 
étaient  naturels  ;  le  premier ,  la  véhé- 
mence et  la  passion  qu'il  mettait  atout. 
Cette  violence  nuisit  plus  à  la  cause  du 
pape  qu'elle  ne  la  servit.  L'empereur 
Joseph  resta  en  possession  de  Comac- 
chio :  mais  ce  qui  fait  croire  qu'au 
fond  il  avait  tort,  c'est  que  Charles  VI, 
sou  successeur  ,  rendit  cette  ville  au 
pape  Benoît  XIII  ;  ce  qu'il  n'eût  pas 
fait ,  sans  doute,  s'il  avait  eu  le  droit 
de  la  garder.  C'.émentXl  voulut  cepen- 
dant reconnaître  le  dévouement  et  le 
talentque  Fontanini  avait  montrés  dans 
celte  affaire;  il  le  fit  un  de  ses  camé- 
riers  apostoliques;  et  joignit  plusieurs 


FON  ait 

riches  bénéfices  à  ce  titre  d'honneur* 
Encouragé  par  ces  récompenses,  Fon- 
tanini ,  après  avoir  publié  quelque* 
autres  ouvrages  sur  différents  sujets 
d'érudition,  résolut  de  se  consacrer 
totalement  à  ceux  d'antiquité  ecclé- 
si  JStique ,  et  obtint  du  pape  la  per- 
mission de  voyager  dans  toute  l'Italie 
pour  enrechercher  les  monuments, et 
pour  puiser  de  nouvelles  lumières  au- 
près des  hommes  les  plus  versés  dai>s 
cotte  science.  Il  recueillit  dans  ce  voyage 
de  nombreux  témoignages  d'estime,  et 
beaucoup  de  titres  et  de  monuments 
relatifs  au  but  qu'il  se  proposait.  De 
retour  à  Rome,  il  reçut  l'ordre  d'en 
faire  nu  premier  uâage,  eu  prouvant 
que  les  pontilcs  romains  avaient  eu  U 
suzeraineté  sur  le  duché  de  Parme  et  de 
Plaisance  ,  droit  qui  Venait  d'être  mé- 
connu dans  le  traité  conclu  au  mois  de 
juillet  I  •]  i8  entre  l'empereur  ,  les  rois 
de  France  et  d'Angleterre ,  et  la  répu- 
blique Balave:  il  y  était  stipulé  que  si 
la  famille  Farnèse  venait  à  manquer  , 
ce  duché  ,  comme  fief  impérial ,  tom- 
berait dans  la  possession  de  l'empe- 
reur. Fontanini  soutintcctie  causeavec 
autant  de  savoir ,  mais  aussi  avec  la 
même  liberté  et  les  mêmes  emporte- 
ments que  la  précédente.  'Malh  ureu- 
sement  pour  lui,  Clément XI  mourut: 
Innocent  XI II  désapprouva  hautement 
cette  manière  de  plaider  pour  le  Saint- 
Siège;  il  priva  Fontanini  du  logement 
qu'il  occupait  dans  le  palais  ;  et  la  dis- 
grâce ,  en  un  mot,  fut  le  fruit  d'un 
travail  dont  l'auteur  avait  espéré  Taug- 
mentation  de  son  crédit  et  de  sa  for- 
tune. Il  se  retira  sans  se  plaindre,  se 
consola  par  l'étude,  se  procura,  par 
les  amis  puissants  qu'il  avait  à  la  cour 
de  Rome,  des  occasions  de  la  servir 
par  des  conseils  utiles  et  par  de  savants 
écrits  ;  enfin  il  touchait  au  moment  cÊl 
Innocent  XIII  devait  le  rappe'er  au- 
près de  lui ,  qua^nd  kr  mort  de  ce  pope 

i4** 


2iîi  FON 

lui  donna  Benoît  XIII  pour  siTCces- 
seur.  Le  nouveau  pontife  qui  avait  tou- 
jours eu  de  la  bienveillance  pour  Fon- 
tanini,  ne  tarda  point  à  lui  en  faire  sen- 
tir les  effets  ;  il  le  fit  archevêque  titu- 
laire d'Ancyrc,  et  chanoine  de  Sainte- 
Marie-Majeure  :  il  y  ajouta  ,  bientôt 
après,  un  office  de  secrétaire  du  visa,  et 
une  assez  forte  pension  sur  les  revenus 
de  i'ëvêche  de  Cëne'da.  Enfin,  il  lui 
fut  assigne' un  logeuicnt  au  mont  Quiri- 
nal ,  Tun  des  plus  beaux  quartiers  de 
Rome ,  pour  qu'il  |)iit  s'y  livrer  tran- 
quillement et  commodément  à  ses  tra- 
vaux. Fontanini  put  alors  terminer 
plusieurs  dissertations  sur  des  sujets 
d'érudition  ecclésiastique,  qu'il  fit  pa- 
raître successivement.  Il  était  d'ail- 
leurs toujours  prêt  à  donner ,  sur 
toutes  les  questions  de  drwt  cano- 
nique ,  tous  les  éclaircissements  que 
le  pape  lui  faisait  demander.  Ce 
pontife  lui  confia  un  travail  plus 
important ,  celui  d'une  nouvelle  édi- 
tion  des  cinq  livres  de  décrélales  con- 
nus sous  le  titre  de  Décrets  de  Gra- 
tien,  rédigés  dans  un  meilleur  ordre, 
accompagnés  d'une  préface  historique 
et  critique,  de  notes  ou  de  scolies,  et 
de  tables  :  il  ne  lui  fallut  pas  moins  de 
seize  mois  pour  achever  cette  grande 
entreprise ,  dans  laquelle  il  fut  encore 
pidé  par  deux  savants  théologiens, 
Vincent-Thomas  Moncglia  et  Domi- 
nique Georgi.  lien  avait  formé,  depuis 
quelques  années,  une  autre  qu'il  ne 
proyail  pas  moins  utile  j  c'était  une 
réimpression  des  Morales  de  S.  Gré- 
goire, traduites  en  italien  par  Zanobi 
Ba  Strada,contemporain  de  Pétrarque, 
purgée  de  toutes  les  fautes  dont  cette 
tieille  traduction  était  remplie,  et  ac- 
compagnée de  notes  explicatives.  Il 
en  avait  de'jà  publié  un  volume  in-4* 
à  Rome,  en  1714;  le  second  y  avait 
paru  en  17^1,  et  le  troisième,  en 
i-ji^fiï  publia  le  quatrième  et  der- 


FON 

nier  en  i-ySo.  L'idée  de  ce  travail 
était  fort  bonne;  mais  on  peut  voir 
dans  les  notes  d'Apostolo  Zeno  sur  la 
Bibliothèque  de  Fontanini  yiom.  11, 
pag.  469  à  475,  combien  de  choses 
manquent  à  rexécution.Une  nouvelle 
disgrâce  vint  troubler  dans  sa  vieil- 
lesse le  repos  dont  il  jouissait.  Les 
évêques  d'Arezzo  prétendaient  avoir 
droit  de  porter  le  pallium  ;  il  soutint 
dans  un  écrit  non  imprimé,  qu'on 
devait  leur  refuser  ce  droit  :  le  cardinal 
Laurent  Gorsini ,  qui  les  y  croyait 
fondés,  devint  pape;  il  chassa  Fonta- 
nini du  palais  Quirinal ,  et  lui  donna 
plusieurs  autres  preuves  de  sa  colère, 
Fontanini  se  réfugia ,  comme  la  pre- 
mière fois,  dans  le  sein  de  l'étude;  ce 
fut  alors  qu'il  se  livra  de  suite,  et  avec 
son  ardeur  accoutumée ,  à  la  rédaction 
d'un  ouvrage  dont  il  avait  amassé  de- 
piMS  long-temps  les  matériaux,  V His- 
toire des  savants  du  Frioul  :  il  ve- 
nait d'en  terminer  le  premier  volume, 
qui  cowûcniX Histoire  littéraire  d'A- 
quilée,  lorsque  la  mort  le  surprit;  il 
mourut  d'apoplexie ,  le  1 7  avril  1 736, 
Son  neveu,  Dominique  Fontanini, 
l'assista  dans  ses  derniers  moments  ;  il 
recueillit  et  mit  en  ordre  ses  papiers, 
publia,  quelques  années  après,  le  vo- 
lume d'Histoire  littéraire  du  Frioul^ 
qui  était  seul  achevé,  et  prit  soin  de  faire 
transporter  et  placer  convenablement 
à  St.-Daniel  la  bibliothèque  entière 
de  son  oncle  ,  que  celui-ci  avait  léguée 
par  son  testament,  à  cette  ville  où  il 
était  né.  Les  principaux  ouvrages  de 
ce  savant  et  laborieux  écrivain  sont, 
en  latin  :  ï.  Vindicice  antiquorum 
diplomatum  adversàs  Bartholomœi 
Germonii  dissertationem ,  libri  II  ^ 
Bomae,  1705,  iu-4''.  IL  Bibliothecœ 
card.  Imperialis  calahgus  ,  secun- 
dùm  autoruni  co^nomina ,  ordina 
alphabetico  dispositus ,  Rome,  171 1, 
iii-fol.;  livre  de  bibliographie  très  eu- 


FON 

r'.cws. ,  et  que  i'antenr  avouait  lui  avoir 
roule  beaucoup  de  peine  ,  et  plusieurs 
années  de  Iravail.  llï.  De  antiquitaii- 
biis  Horlœ  coloniœ  etruscorum,  libri 
///,  Rome,  1 7 1 5,  iu-4''.  ;  insère  par 
Btirmanu,  t.  VIII  de  son  Thésaurus 
antiq.  ital.  ÎY.  Dissertaiio   de  co- 
rondfefredLongobardorum,  Rome , 
1717,  in •4". ,  et  t.  IV  du  Thésaurus 
antiq.  ital.  V.  Viscus  votivus  argen- 
teus  commentario  illustratus,  Ro- 
me, 1728,  in  4".  VI.  Achates  isiacus 
annulariscommentariolo  illustratus  y 
Rome,  1728,  in-4°.  VII.  De  corjwre 
S.  Augustini  Ticini  reperlo  in  con- 
fessione  œdis    S.   Pelri   in    Cœlo- 
Aureo   disquisilio  ,   Rome ,    1  728  , 
in-4''*  de  1 44  P^S^s  ;  ouvrage  com- 
pose par  ordre  de  Benoît  XIII  pour 
terminer  la  discussion   élevée  entre 
les  chanoines  réguliers  et  les  ermites 
de  S.  Augustin,  qui  possédaient  en 
commun  l'église   de  Saint-Pierre  in 
Cœlo'Aurco  à  Pavie,  dans  la  cha- 
pelle de  laquelle  ou  avait  découvert , 
en  iGgSjles  reliques  du  saint  docteur. 
(  foy.  Augustin,  III,  61.) On  trouve 
un  précis  de  cette  dissertation  dans  les 
Mémoires  de  Trévoux,  mars  1731.^ 
Vllï.  De  S.  Petro  Urseolo  duce  Ve- 
netorum  dissertatio ,  Rome,  1750, 
in^".  IX.  llisturiœ  lilerariœ  aquile- 
jensis  lib.  J^;  accedit  dissertatio  de 
nnno  emortuali  S.  Athanasii  pa- 
iriarchœ  alexandrini ,  nec  non  7n- 
rorum  illustrium  provinciœ  Fori  Ju- 
lii  catalogus  ,  Rome,   1742,  in-4''. 
En  italien  :  I.  Délie  masnade  ed  altri 
servi  seconda  Vuso  de'  Longobardi , 
Venise,  1 698,  in-4".  II-  L'Aminta  di 
Torquato  Tasso  difeso  e  illustrato , 
Rome,  1 700,  in-B''.;  et  Venise,  1 730, 
in-S'*.  avec  les  notes  critiques  d'un  aca- 
démicien de  Floience(  Uberto  Ben- 
voglienti  ) ,  et  la  réponse  de  Fonta- 
lîini.  III.  Dell'  eloquenza  italiana^ 
ragionamento  steso  in  una  lettera 


FON  2i5 

air  illustrissimo  sig.  marchese  Gian 
Giuseppe  Orsi,  Rome,  1706,  in-4''-» 
Crsena,  1724,  in-Zj".;  Rome  ,  172^  , 
in-4°., édition  publiqueraentdésavouée 
par  l'auteur  5  Venise,  17  27,  in  8".,  et 
enfin, Rome,  1 706,  in-/^".,  édition  tel- 
lement augmentée,  que  l'ouvrage  est  en. 
quelque  sorte  nouveau  ;  il  porte  aussi 
un  nouveau  titre  :  Délia  eloquenza 
italiana  di  monsig.  Giusto  Fonta- 
nini,  Arçivescovod'Ancira,  lib.  tre. 
Ce  fut  le  neveu  de  l'auteur  qui  acheva 
de  préparer  et  fit  paraître  cette  édition , 
que  son  oncle  avait  à  peine  commen- 
cée lorsqu'il  mourut.  C'est  la  seule  que 
l'on  recherche  quand  on  ne  veut  avoir 
que    l'ouvrage  même  de  Fontanini  ; 
mais  il  y  faut  joindre  l'édition  de  la 
Bibliothèque  en  particulier ,  avec  les 
notes   d'Apostolo  Zeno,  dont   noiis 
avons  parlé  dans  cet  article,  et  sur 
lesquelles  nous  reviendrons  dans  l'ar- 
ticle Zeno.1V.  //  Dominio  temporale 
délia  sede  apostolica  sopra  la  città 
di  Comacchio  colla  difesa  del  mede- 
simo  dominio  y  Rome,  1709?  in-fol. 
Difesa  seconda  del  Dominio  tempo- 
rale délia  sede  apostolica  sopra  la 
detta    città,  Rome,    171 1,  in -fol. 
Confutazione  d'un  libro  italiano  e 
francese sparso  inGermania  intorno 
a  Comacchio  y  ^ome  y  1711.  Rispos- 
ta  a  varie  scrilture  contro  la  S. 
,  sede  in    proposito  di  Comacchio  , 
liome,  1720.  Si  l'on  veut  connaître 
tout  le  zèle  que    monsig.   Fontanini 
mettait  à  défendre  la  puissance  tempo- 
relle de  la  cour  de  Rome ,  et  toute  la 
science  qu'il  employait  à  soutenir  cette 
cause  tantôt  gagnée  et  tantôt  perdue, 
ou  doit  joindre  à  ces  quatre  plaidoyers 
celui  qu'il  publia  au  sujet  de  Parme, 
et  qui  ne  lui  réussit  pas  aussi  bien  : 
Istoria  del  Dominio  temporale  deU 
la  sede  apostolica    del  ducato   di 
Parma  e  P iacenza y  ^ome,  1720, 
in-fol.  G — É. 


3i4  FON 

FONTÂNON  (Antoine),  avocat 
ail  parlement  de  Paris,  né  en  Au- 
vergne, vivait  vers  la  fin  du  1 6*".  siècle. 
Aide  par  le  célèbre  Pierre  Pithou ,  par 
iJcrgeron  et  d'autres  savants  jiiribcou- 
sulles  de  son  temps,  il  enlrtprit  un 
recueil  des  anciennes  ordonnances  de 
nos  rois. Il  existait  avant  lui  des  recueils 
de  ce  genre,  mais  ils  étaient  imparfaits 
rt  incomplets.  Fontanon  fil  imprimer 
le  sien  en  1689,  ^^  '^'  divisa  en  4  vol, 
jn-fol.,  qu'on  trouve  ordio  liremeut 
reliés  en  deux.  11  y  fit  entrer  plusieurs 
ordonnances  qui  n'avaient  pas  encore 
clé  imprimées  et  dont  les  plus  ancien- 
nes sont  de  St.-Louis.  Elles  n'y  sont 
point  rangées  dans  Tordre  chronolo- 
gique ,  mais  suivant  un  prdre  de  ma- 
tières que  l'auteur  imagina  et  qu'il  dis- 
tiibua  en  dilTérents  livres'.  Gabriel  de 
la  Bocbe-Maillel,  avocat  au  parlement 
de  Paris ,  qui  revit  l'ouvrage  de  Fon- 
tanon, par  ordre  du  chancelier  de 
Sillery,  en  donna  ,  en  161 1 ,  une 
nouvelle  édition  en  3  gros  vol.  in-fol., 
augmentée  d'un  fort  grand  nombre 
d'ordonnances  tant  anciennes  que  mo- 
dernes ,  qui  n'avaient  pas  encore  étç 
recueillies.  Il  y  a  eu,  d'autres  compi- 
lations des  ordonnances  postérieure- 
ment à  celle  de  Fontanon,  et  qui, 
comme  la  sienne,  ont  été  éclipsées 
par  la  collection  entreprise  sous  les 
auspices  du  chancelier  d'Aguesseau ,  et , 
connue  sous  le  nom  d'Ordonnances 
du  Louvre  :  elle  se  continue  par  les 
soins  de  la  3^  classe  de  l'Institut.  On 
eu  a  déjà  publié  seize  vol.  in-fol.  Elles 
y  sont  imprimées  dans  l'ordre  clirono- 
logique,et  présentent  ainsi  un  tableau 
fort  intéressant  des  progrès  de  notre 
législation  et  des  pas  successifs  qu'elle 
a  faits  vers  la  civilisation.       B — i. 

FONTANON  (Denis),  médecin 
fiançais  du  i6«.  siècle,  naquit  à  Mont- 
pellier ,  fit  ses  études  à  la  célèbre  uni- 
Y^rsit^dc  cette  yillc,  obtint  eu  i5o2 


FON 

«ne  chaire  de  médecine  ,  qu'il  occupa 
jusqu'à  sa  mort,  arrivée  vers  i545. 
Les  leçons  qu'il  avait  dictées  pendant 
le  cours  de  son  professoral,  furent  re- 
cueillies par  le  docteur  Jean  Reinier  , 
et  imprimées  sous  ce  titre  :  Practica 
medica  ,  sive  de  morhorum  inter- 
nai um  curalione  libri  quatuor  y  Lyon, 
i55o,  iu-8".  ;  ibid.  i556,  i6o5  ; 
Francfort,  1600,  in-S**.;  ibid.  i6j  i  ; 
Leyde,  i658,  in  -  12.  Les  principes 
de  cet  ouvrage  ne  sont  pas  toujours 
fondés  sur  une  doctrine  judicieuse  ; 
et  dans  la  méthode  curative  on  re- 
trouve la  polypharniacie  arabe.  Le 
huitième  chapitre  du  premier  livre 
traite  de  la  céphalalgie ,  produite  par 
la  siphiRs.  Il  a  été  extrait  par  Louis 
LuiJni ,  qui  l'a  inséré  dans  sa  collec- 
tion intitulée  :  Aphrodisiacus.  Il  con- 
vient de  remarquer,  avec  Astruc,  que 
c'est  le  troisième  écrit  public  eu  France 
sur  la  maladie  vénérienne  :  il  est  ad 
reste  peu  important ,  et  mérite  la  cri- 
tique sévère  qu'eu  fait  Girtanner.  C. 
FONTANUS  (  Nicolas  ),  ou  plutôt 
FoTitejiiy  médecin  hollandais  du  17% 
siècle.  Quoiqu'il  ait  exercé  pendant 
long-temps  avec  honneur  sa  profes- 
sion à  Amsterdam ,  et  enseigné  publi- 
quement l'anatomie  dans  cette  ville  , 
où  il  avait  reçu  la  naissance,  il  n'est 
guère  connu  que  par  ses  ouvrages, 
qui  sont  assez  nombreux  :  1.  Iristitu- 
tiones  pharmaceulicœ  ex  Baudero- 
nio  et  Dubois ,  in pharmacopieorunt 
gratiam  polissimùm  concinnaiœ , 
Amsterdam  ,  i635  ,  in- 12.  il.  Flori- 
le^ium  medicum  ,  in  quo  flores  uni- 
versœ  medicinœ ,  tam  iheoricœ  quhm 
practicœ  per  partes  distiiictaspropo- 
nuntur ,  et  raris  ,  utilibus  ,  iliustri- 
busque  quœstionibus  exornanlur  , 
Amsterdam,  1657,  in- 1*2.  \\\.  Bes- 
ponsiomim  st  curationum  medicina- 
lium  liber  unus  »  Amsterdam  ,  itiDQ, 
iû-i  ;i.  Q'cst  ua  recueil  de  lettres  mcdi» 


FON 

«aies  adressées  à  Fontanus;  qm  fait 
sur  cliacune,  des  réflexions,  des  com- 
incnlaires,  dont  la  théorie  est  presque 
constamment  empruntée  de  Galien. 
Quelques-unes  de  ces  lettres  contien- 
nent des  histoires  curieuses,  mais 
dont  rautheuticitë  est  parfois  sus- 
pecte. Ou  y  voit  avec  surprise ,  pour 
Jie  rien  dire  de  plus ,  un  individu  muet 
et  imbéciile,  recouvrer,  peu  d'heu- 
res avant  de  mourir,  la  parole  et  la 
raison.  I V.  Ohservalionum  rariorum 
analecta ,  Amsterdam  ,  164  • ,  in-4°. 
Dans  cet  écrit,  analogucau  précédent, 
on  trouve  un  exemple  intérjessant  de 
laryngotomie  ,  pratiquée  avec  autant 
d*habileté  que  de  succès.  V.  Sj'ntag- 
ma  medicum  de  morhis  mulierum  , 
in  quatuor  tomos  distinclum  ,  Ams- 
terdam,  1G44?  iu-iu;  Venise,  16/49, 
in- 18.  Ces  quatre  tomes  ne  forment 
qu'un  très  petit  volume.  VI.  Fons 
sive  origofebrium ,  earumque  remé- 
dia,  >\mslirdam  ^  1644,  in-i2.Fon- 
tanus  a  donné  en  outre  une  édition 
méthodique  des  Aphorismes  d'Hip- 
pocrate,  «furichie  d'un  Mémoire  sur 
l'extraction  du  fœtus;  il  a  publié  des 
commentaires,  des  remarques  sur  le 
Traité  des  maladies  des  enfants,  <Ie 
Sébastien  Austiius  ,  sur  l'anatomie 
d'André  Vesale,  sur  la  médecine  pra- 
tique de  Kembert  Dodoens.  C, 

FONTE.  Fof.  FuENXKS. 

FONTE  (  MoDERATA  ) ,  dame  cé- 
lèbre par  son  esprit,  naquit  à  Venise 
en  1 555  :  un  an  après  sa  naissance  elle 
perdit  son  père  et  sa  mère,  qui  mou- 
rurent de  la  peste  à  quelques  jours  l'un 
de  l'autre.  Sou  aïeule  matcr.^clle  prit 
soin  de  son  enfance,  et,  à  l'âge  de  sis 
ans,  la  mit  en  pension  dais  un  cou- 
vent, oij  on  lui  enseigna  les  premiers 
elément>  de  la  grammaire.  E  le  lut  en- 
suite ,  ou  plutôt  elle  dévora  tous  les 
livres  qu'on  lui  mit  entre  les  maijis;  et 
ce  fut  ainsi  qu'çlle  acquit,  en  très  peu 


FON  3i5 

de  temps,  la  connaissance  de  la  géo- 
graphie, de  l'histoire  et  de  la  mytho- 
logie. Elle  était  doiiéc  d'une  mémoire 
si  prodigieuse,  qu'il  lui  suffisait  de  lire 
un  ouvraj;e  une  seule  fois,  ou  d'en- 
tendie  prononcer  un  discours  pour  le 
reienir  en  entier.  A  sa  sortie  du  cou- 
vent, elle  apprit  le  latin  en  assistant 
aux  leçons  qu'eu  recevait  son  frère  ; 
elle  s'appliquait  en  même  temps  à  la 
culture  des  arts  d'agrément  ,  et'  se 
rendit  très  habile  dans  la  musique 
et  le  dessin.  Elle  épousa,  à  dix-sept 
ans,  Philippe  Giorgi ,  avocat-général 
près  le  tribunal  des  eaux  à  V^enise,  et 
vécut  avec  lui  dans  une  uniou  parfaite 
pendant  vingt  années.  Elle  mourut  des 
suites  d'une  couche ,  le  a  novembre 
iSQi,  et  fut  inhumée  dans  le  cloître 
du  couvent  de  St.François.  Cet  te  dame 
se  noumiait  Modesta  Pozzo;  mais  elje 
changea  ce  nom  contre  celui  de  Mod<  - 
rata  Fonte,  qui  en  est  à  peu  près  la 
traduction,  et  qu'on  lit  en  tête  de  ses. 
ouvrages,  dont  voici  la  liste  :  ï.  Il 
Floridoro^  poème  en  treize  chants», 
Venise,  i58f,iu-4'''  W- LaPassionc 
di  Christo,  in  ottava  rima ,  con  luia, 
canzone  nelV  istesso  soggetto ,  \e~ 
nise,  158*2,  in  i»2,  fîg.  111.  La  Re^ 
surrezione  di  ChristOy  Venise,  1 592 , 
in -4".  ÏV.  Il  mérita  délie  Domie 
scritto  in  due  giornate ,  Venise  ^ 
1 600 ,  in-4''.  Cet  Oiivrage ,  dans  lequel 
cette  dame  veut  établir  la  supériorité 
de  son  sexe  sur  les  hommes,  fut  pu- 
blié par  Cécile  Giorgi,  sa  fille,  avec 
une  vie  de  l'auteur,  par  Jean-Nicolas 
Doglioni.  W— s. 

FONTENÂÏ  (  Pierre  -  Claude) , 
né  à  Paris  eu  i683 ,  après  de  bonnes 
éludes,  entra  au  noviciat  des  jésuites 
en  169B.  Suivaut  l'usage  de  cette 
institution,  on  lui  fit  professer  les  hu- 
manités; après  quoi  il  vint  faire  sou 
cours  de  théologie  au  collège  de  Louis- 
le-Graiid,et  prit  les  ordics.  Ses  su* 


2l6 


FON 


përieurs  le  trouvant  propre  à  Teru- 
dition  et  aux  sciences  ecclésiastiques, 
le  retinrent  à  Paris,  fils  le  chargèrent 
de  fournir  des  extraits  au  journal  de 
Trévoux ,  et  il  rtçut  particulièrement 
en  partage,  pour  les  examiner  et 
les  juger,  les  livres  qui  concernaient 
la  religion  et  l'Eglise.  Ce  fut  lui  qui 
rendit  compte  du  travail  du  P.  Lon- 
gueval,  premier  auteur  de  l'Histoire 
de  l'e'glise  gallicane  ,  ouvrage  com- 
mandé par  le  clergé  de  France,  sans 
se  douter  qu'un  jour  il  en  deviendrait 
le  continuateur.  Il  s'appliquait  en 
même  temps  à  la  lecture  des  Pères  et 
à  l'étude  des  anciens  documents  ec- 
clésiastiques, travaillait  à  divers  ou- 
vrages ,  et  préparait  une  Histoire  des 
papes.  Ce  projet  l'avait  occupé  pendant 
plusieurs  années  ;  il  avait  ramassé  et 
mis  en  ordre  des  matériaux  pour  celte 
histoire;  il  l'avait  même  commencée 
et  avancée  depuis  S.  Pierre  jusqu'à  la 
mort  de  Symmaque  en  5 14.  Malhen- 
reusemenl  il  n'a  pas  été  possible  de 
tirer  parli  du  fruit  de  ses  veilles.  Il  s'est 
trouvé  plusieurs  lacunf^s  dans  les  ma- 
nuscrits; ils  étaient  d'une  écriture  si 
mauvaise  qu'on  pouvait  à  peine  les 
déchiffrer,  d'autant  plus  qu'étant  dé- 
pourvus de  citations  ils  laissaient  les 
faits  sans  l'appui  d'aucune  autorité. 
L'étude  des  matières  ecclésiastiques 
n'empêchait  pas  le  P.  Fontenai  de 
s'appliquer  à  la  littérature  :  il  en  fai- 
sait son  délassement;  c'était  même, 
dit-on,  son  goût  dominant.  Il  est  sorti 
de  sa  phime  plusieurs  pièces  de  poésie 
que  les  recueils  du  temps  ont  conser- 
vées, il  était  recteur  du  collège  d'Or- 
léans, lorsque  le  P.  Longueval  mourut 
après  avoir  donné  huit  volumes  de 
l'Histoire  de  l'Eglise  gallicane.  Rap- 
pelé à  Paris  pour  lui  succéder,  le 
P.  Fontenai  ne  trouva  que  peu  de 
secours  dans  les  papiers  du  P.  Lon- 
gueval, qui  ne  contenaient  îjue  qucl- 


FON 

ques  Me*moires,  et  encore  assez  im« 
parfaits,  pour  le  IX'".  volume.  Il  y 
suppléa  ;m  moyen  des  éludes  dont  il  | 
s'était  occupé  ,  fit  ce  volume  et  le  a 
X".  ;  mais  il  fut  tout-à-coup  arrêté  par 
le  dérangement  de  sa  santé  assez  dé- 
licate. H  travailla  néanmoins  au  XP. 
volume ,  dans  les  intervalles  que  lui 
laissait  sa  maladie,  avec  une  applica- 
tion dont  il  paraît  qu'il  fut  la  victime. 
Il  parvint  ainsi  à  pousser  ce  volume 
jusqu'à  la  522^  page.En  janvier  I -^40, 
ayant  été  affligé  d'une  attaque  de  pa- 
ralysie presque  totale ,  il  lui  fallut  re- 
noncer à  toute  occupation.  Il  quitta  la 
maison  professe ,  et  se  retira  à  la 
Flèche,  où,  après  avoir  soAjffert  avec 
une  patience  chrétienne  pendant  près 
dedeuxans,  il  înourut  le  i5  octobre 
i'ji2,  dans  sa  5g'.  année.  On  lui 
avait  donné  pour  successeur  le  P.  Bru- 
moy ,  qui  le  précéda  au  tombeau  après 
avoir  achevé  le  Xl*".  volume  de  celte 
Histoire,  et  fait  le  XIP".  On  trouve 
dans  le  style  du  P.  Fontenai  une  sé- 
cheresse qu'on  n'a  pointa  reprochera 
ses  collaborateurs  ;  mais  c'c^t  le  même 
fonds  d'érudition  et  la  même  exacti- 
tude dans  les  faits.  Quant  aux  quali- 
tés personnelles  de  ce  religieux,  voici 
comment  le  peint  le  P.  Berthier,  qni 
succéda  à  Brumoy  :  «  11  joignait  à  des 
manières  faciles  et  complaisantes 
toutes  les  vertus  de  son  état ,  beau- 
coup de  religion ,  de  piété,  de  bien- 
séance dans  la  conduite  ,  et  de  talent 
pour  gagner  la  confiance  des  autres.» 
L— Y. 

FONTENAY.  Foy.  Coldore. 

FONTElNAY  (J.  B.  Blain  de), 
bon  peintre  de  fleurs ,  élève  du  cé- 
lèbre Baptiste  Monnoyer  ,  naquit  à 
Caen  en  i654  ,  et  mourut  asthmati- 
que à  Paris  en  1  7 1 5.  H  était  fils  d'un 
peintre  peu  connu,  qui  l'avait  é'evé 
dans  la  religion  réformée.  En  i685 
il  fit  abjuration j  ce  qui  lui  procura 


FON 
divers  avantiges  auxquels  un  protes- 
tant u'anrait  pas  pu  prétendre.  Il 
épousa  la  fille  de  sou  maître,  zëlë  ca- 
tholique ;  puis  il  fut  admis  à  Tacade- 
mie  de  peinture,  qui,  peu  de  temps 
après  ,  le  nomma  conseiller  :  euHn 
Louis  XIV  lui  accorda  un  logement 
au  Louvre  et  une  pension  de  4oo 
francs.  Peu  d'artistes  furent  aussi  cons- 
tamment employe's  par  le  gouverne- 
ment ;  il  le  fut  à  Versailles ,  à  Marly , 
à  Trianon,  à  Fontainebleau,  en  un 
mot  dans  presque  toutes  les  maisons 
royales  ;  et  l'on  exécuta  d'après  lui 
un  grand  nombre  de  tapisseries  à  la* 
manuficfiire  des  Gobelins.  On  pré- 
tend qu'nn  jour  Fontenay  et  quelques 
artistes  de  ses  amis,  dans  le  dessein 
df;  représenter  plus  au  naturel  l'effet 
pittoresque  d'un  incendie ,  ne  se  firent 
aucun  scrupule  d'aller,  munis  de  tor- 
ches et  de  fagots  ,  mettre  le  feu  à 
une  petite  maison  isolée  qui  ne  leur 
appartenait  pas.  On  ajoute  qu'après 
avoir  joyeusement  exécuté  ce  beau 
projet,  ils  en  furent  quittes  pour  payer 
de  gré  à  gré  le  dommage  au  pro- 
priétaire. Cette  particularité  est  rap- 
portée dans  un  trop  grand  nombre 
d'Ana  pour  qu'il  nous  ait  été  permis 
de  la  passer  sous  silence.  Nous  nous 
gardons  bien  toutefois  d'en  garantir 
la  vérité.  Les  tableaux  et  les  dessus 
de  porte  de  Fontenay  sont  très  esti- 
més des  connaisseurs.  Ce  peintre  ex- 
cellait à  imiter  les  belles  formes  et 
l'éclat  des  fleurs ,  le  velouté  des  fruits , 
la  transparence  de  la  rosée  ,  les 
feuilles  ,  les  insectes  ,  les  marbres , 
les  vases,  les  bronzes,  les  bas -re- 
liefs ,  etc.  Ses  succès  dans  ce  genre  de 
peinture  lui  firent  d'autant  plus  de  ré- 
putation qu'on  ne  lui  connaissait  en- 
core d'autre  rivai  que  Baptiste  Mon- 
noyer  ,  son  beau  -  père ,  auquel  il 
n'était  nullement  inférieur  j  mais  lors- 
que les  belles  fleurs  de  Van  Huysura 


FON  217 

commencèrent  à  cire  plus  connues 
en  France ,  les  productions  de  Bap- 
tiste ,  comme  celles  de  Fontenay ,  y 
furent  un  peu  moins  recherchées. 
Van  Huysum  en  effet  égalait  ces  deux 
peintres  pour  la  légèreté  et  la  délica- 
tesse du  pinceau,  et  il  pouvait  leur 
être  préféré  pour  la  vigueur  du  colo- 
ris. Fontenay  avait  un  fils  qui  pei- 
gnait aussi  les  fleurs  avec  succès, 
mais  qui  mourut  à  la  fleur  de  ràs;e. 
F.P— T. 
FONTENAY  (  Louis -Abel  de 
BoNAFONs, plus  connu  sous  le*nona 
d'abbé  de),  naquit  eu  1737  à  Cas- 
telnau  du  Brassac,  près  de  Castres 
en  Languedoc.  A  l'âge  de  seize  ans  il 
entra  chez  les  jésuites ,  et  professa 
les  humanités  à  Tournon.  Après  la 
destruction  de  la  société,  il  vint  à 
Paris, où  il  s'occupa  constamment  de 
littérature.  Il  travailla  en  1776  aux 
uéfjiches  de  Province .,  et  ensuite  au 
Journal  général  de  France  ,  qu'il 
rédigea  depuis  le  i^'.  mai  1776 
(n".  18)  jusqu'au  10  août  1792.  A 
cette  époque  il  s'expatria ,  ne  revint 
en  France  qu'après  la  terreur,  et  se 
remit  à  des  travaux  littéraires.  11  mou- 
rut le  28  mars  1806  à  la  suite  d'une 
maladie  longue  et  douloureuse.  On  a 
de  lui  :  ï.  U Illustre  destinée  des 
Bourbons ,  1790,  4  vol.  in- 12.  Les 
deux  premiers  volumes  avaient  paru 
en  1783  sous  le  titre  de  VAme  des 
Bourbons.  On  a  tiré  sous  ce  titre  quel* 
ques  exemplaires  des  tora.  111  et  IV. 
Cet  ouvrage  n'est  qu'une  misérable, 
basse  et  fade  compilation ,  qui  n'eut 
aucun  succès.  Vainement  le  libraire 
eut  recours  au  changement  de  fron- 
tispice j  le  sort  du  livre  fut  de  res- 
ter en  magasin.  II.  Dictionnaire  des 
Artistes,  1777,  1  vol.  petit  in-8''.  j 
compilation  utile  quoique  incomplète. 
L'auteur  comprend  sous  le  nom  d'ar- 
tistes non  seulement  les   personnes 


ai8  FON 

qui  se  sont  distinguées  dansles beaux- 
arts,  mais  encore  celles  qui  se  sont 
fait  un  nom  dans    les   arts  mécani- 
ques. M.  Sue  le  jeune  a  donne  un 
mince  supplément  à  ce  Dictionnaire 
dans  son  Précis  historique  sur  la 
vie  et  les  ouvrages  de  l^assemanty 
1778,  in-8".  m.    Tables  de  l'His- 
toire universelle ,  trad.  de  l'anglais, 
formant  le  46*.  vol.  in-4°.   (  ^oy. 
CuAUFFEPiE.  )  IV.   La  plus  grande 
parlie  du  texte  de  la    Galerie   du 
jPalais-Rqyal,   1 786-1808,  5g  li- 
vraisDns    in  -  fol.   V.    La  suite   du 
T^oya^eur  français.  (Foy.  Domai- 
jiON.)  Enfin  il  a  donné  les  éditions 
des  ouvrages  suivants  :  Dictionnaire 
^e  Vélocution  française  ,    par  De- 
mandre,  1802,  2  vol.  in-8°.;  Dic- 
tionnaire géographique  de  Fosgien^ 
i8o5,  in-8''.;  Géographie  moderne 
de  Nicolle  de  Lacroix ,  i8ov5,  2 
Tol.  in-i2.  On  lui  attribue  quelque- 
fois le  Traité  du  Bétahlissement  des 
jésuites  et  de  Véducation  publique. 
Ce  livre  est  de  l'abbé  Proyart. 
A/B-t. 
FONTENELLE  (Bernard  le  Bo- 
viER  (i)  de),  naquit  à  Boucn  le  1  i 
février  1657  '  ^^  mourut  à  Paris  le  q 
janvier  1757.  C'e.-t  daus  cet  inter- 
valle de  temps  qui  renferme  un  siè- 
cle entier,  moins  quelques  jours,  qtie 
les  plus  grands  écrivains  dont   s'ho- 
nore la   France,  ont  commencé  ou 
terminé    leur    carrière  ;  1;  et    parmi 
ces  hommes  illustres  qui  furent  tous 
ou  les  amis,  ou  les  ennemis,  ou  les 
rivaux    de   Fontenelle,  qui   tous   le 
surpassèrent  soit  par  la  force,  soit 

(^i)  FonteneUe  a,  de  ion  vivant ,  tmijourj  im- 
primé ainsi  son  nom;  mais  Tabbc:  Trubict  ,  dans 
•es  Mémoire*  sur  la  vie  de   cet  homme  illustre  , 

Îaf;e  4-3'  •  remarque  cjue  le  vrai  nom  de  sa  famille 
tait  le  Bonrer;  c«lui  de  le  Bovier  n'en  est  qu'une 
altération,  tjue  note  insérée  dam  le  journel  du 
département  de  TOrne ,  le  3i  janvier  i8o8  ,  nous 
apprend  qu'il  existe  encore  dans  ce  département 
deux  branches  de  cette  famille,  toute*  dcui  por- 
tant le  uom  de  le  Boujrer. 


FON 

par  Toriginalilé,  soit  par  relévalîoa 
de  leur  génie,  aucun  n'a  été  plus  re« 
marqué  de  son  vivant,  ni  plus  célè- 
bre après  sa  mort.  Il  doit  princip  »!e- 
ment  cet  avantage  à  la  variété  de  ses. 
connaissances ,  à  la  finesse  de  son 
esprit,  à  la  souplesse  et  aux  grâces 
d*un  talent  éminemment  français  ,  et 
qui  ne  pouvait  acquérir  son  entière 
perfectiou  et  se  déployer  aussi  heu- 
reusement que  dans  le  pays  qui  l'a 
vu  naître  et  dans  le  siècle  où  il  a 
vécu:  d'ailleurs,  le  mérite  littéraire, 
qui  seul  recommande  à  notre  souve- 
nir tous  les  grands  écrivains  contem- 
porains de  Fontenelle  ,  n'est  en  quel- 
que sorte  que  la  moitié  de  la  renom'! 
mée  de  ce  dernier.  Il  a  régné  une  telle 
barmonie  entre  ses  écrits  ,  ses  prin- 
cipes et  sa  conduite,  que  l'histoire  de 
sa  vie ,  quoique  peu  variée  ,  et  ne 
présentant  rien  d'extraordinaire,  nous, 
iiîtéressc  comme  la  peinture  d'un  de 
ces  personnages  achevés,  que  notre 
imagination  nous  présente  exempts 
des  incohérences  et  des  contradic- 
tions qui,  dans  la  vie  commune,  dé- 
parent les  caractères  les  plus  distin- 
gués et  déconcertent  nos  jugements. 
Jl  semble  que  l'on  voudrait  Àurpreu- 
dre,  dans  Fontenelle,  le  secret  de 
cette  philosophie  pratique  qui ,  pen- 
dant tant  d'années  ,  lui  fit  savourée 
tranquillement  les  douceurs  de  la  vie 
et  en  écarter  les  peines.  On  cheiche  k 
deviner  cet  homme  accusé  d'éguïsme, 
çt  faisant  le  bien  en  secret  ;  on  estime 
ce  s^iZ^Q. ,  exempt  des  grandes  pissions, 
et  maître  des  petites;  on  chérit  cet 
esprit  éclairé  qui  se  montre  doux,  et 
conciliateur  même,  lorsqu'il  cesse  d'ê- 
tre impartial;  ou  applaudit  à  l'adresse 
de  l'homme  aimable,  qui  put  se  mé- 
na<>];er  de  puissantes  protections  sans 
qu'il  en  coulât  rien  à  sou  indépen- 
dance :  ou  admire  le  chef  d'une  illus- 
tre académie,  ^ui  sut  rendre  aux 


FON 

ktlres  et  aux  sciences  la  dignité,  IV- 
clat  et  la  considération  qu'il  en  avait 
reçus.  Fontcnelle ,  en  naissant,  était 
si  faible,  qu'il  ne  parut  pas  pouvoir 
vivre  une  heure;  on  ne  put  ie  bapti- 
ser qu'au  bout  de  trois  jours.  Dès  sa 
première  jeunesse,  il  s'abstint  de  tout 
divertissement  pénible j  à  seize  ans, 
le  billard  était  un  exercice  trop  vio- 
lent pour  lui,  et  toute  grande  agita- 
tion lui  faisait  cracher  le  sang.  Durant 
le  cours  de  sa  longue  vie,  il  n'eut 
qu'une  seule  maladie;  elle  fut  légère 
et  de  courte  durée.  Son  estomac  fut 
toujours  très  bon ,  et  sa  poitrine  tou- 
jours déhcate;  aussi  lorsque  sur  un 
sujet  quelconque  il  avait  exposé  son 
opinion,  et  les  raisons  sur  lesquelles  il 
s'appuyait,  il  se  taisait,  et  ne  répon- 
dait à  aucun  de  ceux  qui  le  contredi- 
saient. C<  pendant,  comme  La  Motte, 
dans  une  lettre  à  la  duchesse  du  Maine, 
l'accusait,  en  plaisantant,  d'user  de 
prétextes  pour  étrangler  les  discus- 
sions, il  est  à  présumer  que  son  si- 
lence, dans  ces  occasions,  était  le 
résultat  d'une  des  règles  de  sa  con- 
duite, et  non  d'une  ordonnance  de 
son  régime.  Il  parut  toujours  attentif 
à  s'épargner  les  secousses  violentes 
de  l'ame  comme  celles  du  corps.  Il 
ne  connut  point  les  éclats  de  la  joie, 
ni  les  angoisses  du  chagrin  :  il  a  avoué 
que  jamais  il  n'avait  ri  ni  pleuré; 
mais  il  était  habituellement  gai ,  et 
souriait  fréquemment.  Il  se  montra  en 
quelque  sorte ,  dès  sou  plus  jeune  âge , 
un  favori  de  la  raison  :  ses  facultés  se 
développèrent  facilement  et  rapide- 
ment; les  études  qu'il  fit  au  collège 
des  jésuites  de  Rouen  ,  furent  brillan- 
tes. Il  entra  en  rhétorique  à  treize  ans; 
et  la  note  sur  le  registre  du  collège ,  à 
cÔ!é  de  son  nom  ,  était  ainsi  conçue  : 
Adolescens  omnibus  partibus  abso- 
lutus ,  et  inler  discipulos  princeps. 
Les  jésuites  cherchèrent  à  l'avoir  dans 


FON  ^19 

leur  société;  les  talents  qui  le  distin- 
guaient déjà  étaient  rehaussés  par  l'il- 
lustration littéraire  de  sa  naissance.  Il 
était  neveu  de  Corneille  :  son  père , 
d'une  famille  noble,  ancienne  et  ori- 
ginaire d'Alençon,  exerçait  à  Rouen  la 
profession  d'avocat,  avec  plus  d'hon- 
neur que  de  célébrité;  sa  mère,  Mar- 
the Corneille,  pour  laquelle  il  avait 
une  prédilection  particulière,  était  une 
femme  de  beaucoup  d'esprit.  «  Je  lui 
»  ressemblais ,  disait-il ,  et  je  me  loue 
»  en  le  disant.  »  Fotitenelle  avait  une 
figure  très  agréable.  Sa  parenté  avec 
le  grand  Corneille,  fut  la  seule  préro- 
gative dont  il  osait  tirer  vanité;  il  se 
montra  du  reste,  non-seulement  in- 
différent, mais  contraire  à  toute  autre 
distinction.  «  De  tous  les  litres  de  ce 
»  monde  (dit-il quelque  part),  je  n'eu 
»  ai  jamais  eu  que  d'une  espèce,  éiçs. 
»  titres  d'académiciens ,  et  ils  n'ont 
j)  été  profanés  par  aucun  autre  plus 
y>  mondain  et  plus  fastueux.  »  Fontc- 
nelle fit  sou  droit  par  déférence  pour 
son  père;  il  fut  reçu  avocat,  plaida  une 
cause,  qu'il  perdit ,  et  renonça  au  bar- 
reau pour  la  culture  des  lettres.  Il  con- 
courut plusieurs  fois  pour  le  prix  de 
poésie  de  Tacadéinie  française,  sans 
pouvoir  le  remporter.  En  i6'j4  et  eu 
1679,  il  vint  momentanément  à  Pa- 
ris, et  se  lia  particulièrement  avec  des 
jeunes  gens  de  son  âge,  amoureux 
comme  lui  de  la  gloire  littéraire,  et 
désirant  y  arriver  par  des  moyens 
différents.  C'étaient  l'abbé  de  Saint- 
Pierre,  l'abbé  de  Vertot,  et  le  mathé- 
maticien Varignon.  «  Nous  nous  ras- 
»  scmblions  (dit-il  dans  Télogc  de  ce 
»  dernier),  avec  un  extrême  plaisir, 
»  jeunes ,  pleins  de  la  première  ar- 
»  deur  de  savoir,  fort  unis,  et,  ce  que 
»  nous  ne  comptions  peut  -  être  pas 
»  pour  un  assez  grand  bien,  peucoii- 
»  nus.  »  Fontenelle  commença  sa  car- 
rière littéraire  par  (juelqutj^  pièces  de 


i^o  FON 

vers,  qui  furent  insérées  dans  le  Mer- 
cure, alors  rédige'  par  son  oncle  Tho- 
mas Corneille  et  par  Vise.  Les  jour- 
nalistes accompagnèrent  la  première 
de  ces  pièces,  intitulée  X Amour  nojé, 
d'un  cloge  de  l'auteur ,  tel  qu'on  au- 
rait pu  l'écrire  vingt  ans  plus  tard  ;  ce 
qui  prouve  que  dès-lors ,  comme  au- 
jourd'hui, ou  connaissait  l'art  d'attirer 
à  soi  la  célébrité,  avant  de  l'avoir 
méritée.  Fontenelle  aida  son  oncle 
Thomas  Corneille  dans  la  composi- 
tion de  deux  opéras  ;  il  risqua  ensuite 
au  théâtre,  sous  le  nom  de  Visé,  une 
petite  comédie  en  un  acte,  intitulée 
la  Comète j  et  vint  après  à  Paris  pour  y 
fdire  jouer  sa  tragédie  d'Aspar(i).  A 
cette  époque  (1680) ,  l'envie  se  servait 
du  nom  de  Corneille  pour  déprécier 
et  tourmenter  Racine  5  aussi  Fonte- 
«elle,  avec  sa  tragédie,  devint  l'espé- 
rance et  le  héros  d'une  cabale  qui  lé 
préconisait  dans  les  journaux,  et  qui 
l'annonçait  comme  étant  destiné  à  de- 
venir le  successeur  de  son  oncle.  La 
chute  complète  d'Aspjir  changea  ce 
triomphe  en  humiliation.  Fontenellc 
}ela  sa  pièce  au  feu  :  mais  Racine ,  of- 
fensé, ne  voulut  pas  qu'on  oubliât 
Aspar;  et  dans  l'épigrammc  si  connue 
de  {'origine  des  sifflets  ,•  il  fait  dire  à 
un  acteur  : 

Mais  quand  lifflcts  prirent  commencement, 
C'est  (j'y  jouais  ,  j'en  «uis  témoin  fidèle  )  , 
C'est  il  ÏÀtpar  du  sieur  de  l'ontenelle. 

L'auteur  d'Aspar  chercha  à  se  venger 
à  son  tour  par  des  épigrammes  sur 
Esther  et  Alhalie ,  qui  ne  réussirent 
pas  mieux  que  sa  tragédie;  mais  il 
fut  plus  heureux  contre  Boileau ,  qui 
venait  de  produire  alors  deux  pièces 
de  vers ,  l'Ode  sur  la  prise  de  Nagnur , 
et  la  Satire  sur  les  femmes,  qui  pa- 


(1)  Le  sujet  de  celte  tragédie  ,  lelou  l'abbé  Tru- 
fclet  ,  était  une  conspiration  contre  l'cQipcreur 
Léon  ,  <|ui  tuccéda  à  Mwciea  en  4S7. 


FON 

rurenl  inférieures  à  ses  autres  ouvra- 
ges. Voici  l'cpigramme  que  Fontenell« 
(il  à  ce  sujet  : 

Quand  Despréaux  fut  sifUé  snr  son  ode  , 

Ses  partisans  criaient  dans  tout  Paris  : 

Pardon,  messieurs,  le  pauvret  s'est  ini'pris; 

Plus  ne  loûra,  ce  n'est  pas  sa  méthode. 

II  va  draper  le  «exe  l'éminin. 

A  son  grand  nom  \ous  verrez  s'il  déroge  î 

Il  a  paru,  cet  ouvrai^c  malin; 

Pis  ne  vaudrait  quand  ce  serait  éloge. 

Peu  de  temps  après,  survint  la  fa- 
meuse querelle  sur  la  prééminence  des 
anciens  et  des  modernes,  à  laquelle 
Fontenelle  prit  part;  ce  qui  augmenta 
encore  les  préventions  que  Racine  et 
Boileau  avaient  conçues  contre  lui:  ils 
le  repoussèrent,  tant  qu'ils  purent,  de 
l'académie  française ,  où  il  ne  fut  re- 
çu qu'en  1G91,  et  après  avoir  été 
refusé  quatre  fois.  L'extrême  bonté 
de  La  Motte  avait  désarmé  Boileau 
lui-même,  qui  lui  pardonnait  ses  pa- 
radoxes spirituels  contre  les  anciens 
et  la  poésie,  mais  qui  cependant  ne 
pouvait  lui  passer  ses  liaisons  avec 
Fontenelle.  «  C'est  un  excellent  hom- 
»  me  que  M.  de  La  Motte,  disait 
»  Despréaux;  c'est  dommage  qu'il  se 
»  soit  encanaillé  de  Fontenelle.  » 
L'amitié  de  La  Motte  et  de  Fonte- 
nelle fut  constante;  pendant  trente 
ans ,  ils  ont  eu  les  mêmes  ennemis 
et  les  mêmes  admirateurs.  Foule- 
nelle ,  après  la  mort  de  La  Moite , 
saisit  une  fois  l'occasion  de  le  louer, 
sans  restriction ,  dans  une  séance  aca- 
démique; mais  peut  -  être  exprimait- 
il  encore  plus  vivement  la  haute  estime 
qu'il  avait  pour  les  talents  de  son  ami, 
quand  dans  sa  vieillesse  il  se  plaisait 
à  répéter  ;  «  Le  plus  beau  trait  de  ma 
»  vie  est  de  n'avoir  pas  été  jaloux  de 
»  M.  de  La  Motte.  »  D'après  ce  que 
nous  venons  de  dire,  on  a  pu  se  con- 
vaincre combien  on  a  eu  tort  d'avan- 
cer que  Fontenelle  n'avait  jam.iis  ré- 
pondu à  aucune  ciilique  :  il  est  vrai 
de  dire  qu'il  n'est  sorti  des  bornes  do 


FON 

la  modération,  qui  le  caractérisait, 
que  dans  ses  disputes  avec  Racine  et 
Boileauj  mais  on  trouve  dans  ses  œu- 
vres plusieurs  réponses  à  des  criti- 
ques de  quelques-uns  de  ses  ouvra- 
ges. Dans  une  d'elles,  il  se  contente 
de  repousser  les  injures  personnelles 
de  son  adversaire ,  par  cette  phrase 
pleine  de  sens  :  «  Quelquefois ,  en 
»  voyant  nos  grands  hommes  dispu- 
»  ter  avec  tant  d'aigreur,  et  qui  pis 
»  est  avec  si  peu  de  bonne  foi ,  j'ad- 
))  mire  leurs  raisonnements ,  et  j'ai  pi- 
»  lié  de  leurs  raisons  ;  ils  parlent  de 
»  philosophie,  mais  ils  ne  parlent  pas 
»  en  philosophes.-)  Fonteuelle  avait 
débute  dans  la  littérature  par  des  poé- 
sies légères  et  par  des  pièces  de  théâtre; 
et  il  eut  toujours  une  prédilection  par- 
ticulière pour  ces  genres  de  composi- 
tion ,  si  peu  assortis  à  son  génie.  Sa 
tragédie  en  prose,  intitulée /^rt/ie, 
et  ses  si#  comédies  sont  au-dessous 
du  médiocre.  Son  opéra  de  Théiis  et 
Pelée  eut  long  -  temp^  de  la  répu- 
tation ,  cl  fut  même  loué  par  Voltaire; 
lorsqu'on  l'a  lu,  on  a  peine  à  com- 
prendre aujourd'hui  et  ce  succès  et 
ce  suffrage  :  ceux  de  Lauinie  et  à'En- 
dymion  ne  réussirent  point.  Ses  poé- 
sies pastorales  furent  accueillies  dans 
la  nouveauté  avec  empressement, 
et  elles  sont  ingénieuses  et  spirituel- 
Us;  mais  le  prosaïsme  des  vers  et 
l'afféterie  des  idées  y  blessent  à  la  fois 
l'oreille  et  le  goût,  et  justifient  la  sé- 
vérité avec  laquelle  on  les  a  jugées 
depui^  11  faudrait  cependant  excep- 
ter de  cette  proscription  la  charmante 
cglogue  intitulée  Ismène,  où  il  y  a 
autant  de  naturel  que  de  grâce.  Si  à 
celte  pièce  on  ajoule  V Apologue  de 
r Amour  et  de  V Honneur ,  le  Sonnet 
de  Daphné  et  le  portrait  de  Clarice , 
on  aura  les  seuls  vers  de  Fontenelle 
qui  méritent  d'être  sauvés  de  l'oubli, 
^t  de  rester  dans   la  mémoire  des 


FON  2î^i 

amntetirs.  Les  Lettres  du  chevalier 
d'Her^*  n'obtinrent  qu'un  succès  me'- 
diocre  ;  elles  parurent  sous  le  voile  de 
l'anonyme ,  et  leur  auteur  n'eut  jamais 
le  courage  d'avouer  ni  de  désavouer 
cette  production  malheureuse ,  ce  fa- 
tras de  fades  galanteries.  Le  premier 
ouvrage  qui  commença  la  grande  ré- 
putation de  Fontenelle,  fut  ses  Dm— 
loques  des  Morts:  la  publication  des 
Entretiens  sur  la  pluralité  des  Mon- 
des, et  ï Histoire  des  Oracles,  y 
mirent  le  sceau.  Là  vogue  qu'eurent 
les  Dialogues,  prouve  le  mauvais  goût 
du  temps  :  il  y  a  sans  doute,  dans  pres- 
que tous ,  un  grand  nombre  de  pen- 
sées ingénieuses  et  fines,  mais  tout 
autant  de  subtiles  et  de  paradoxales. 
Le  meilleur  de  ces  dialogues  est,  sans 
contredit ,  le  dernier  intitulé  Pluton^ 
qui  ne  parut  que  dans  les  dernières 
éditions;  l'auteur,  par  une  singularité 
remarquable ,  a  su  y  réunir  toutes  les 
critiques  qu'on  avait  faites  des  autres , 
et  les  présenter  avec  beaucoup  de 
force  et  de  gaîté  :  il  a  ainsi  tourné  en 
ridicule  ses  propres  productions;  l'en- 
nemi le  plus  spirituel  ne  s'en  serait 
pas  mieux  acquitté.  Un  petit  nombre 
de  ces  dialogues  sont  marqués ,  il  est 
vrai,  au  coin  d'une  saine  philosophie; 
mais  la  plupart  ne  sont  que  des  jeux 
d'esprit.  Il  n'en  est  pas  de  même  de 
ï Entrelien  sur  la  pluralité  des  Mon.' 
des.  Là ,  brillent  à  leur  plus  haut  point 
toutes  les  qualités  qui  distinguent  Fon- 
tenelle comme  écrivain  :  le  talent  de 
tempérer  le  sérieux  de  l'instruction 
par  un  ingénieux  badinage,  de  con- 
duire ses  lecteurs,  sans  effort  et  comme 
malgré  eux,  à  des  vues  étendues  et 
profondes  ;  de  donner  plus  de  reUef 
aux  pensées  fortes  et  ingénieuses,  ea 
les  présentant  sous  une  forme  com- 
mune, et  en  les  habillaut  d'expres- 
sions familières;  défaire  d'une  objec- 
tion philosophique  un  bon  mot,  et  d'une 


221  tOS 

solution  savante  un  compliment  plein 
de  grâce.  On  retrouve  moins  ce  genre 
de  mérite  dans  Vllistoire  des  Ora- 
cles,  parce  qu'il  y  c'iail  moins  néces- 
saire: d'ailleurs,  le  titre  de  cet  ouvrage 
est  beaucoup  trop  fastueux  ;  l'histoire 
des  Oracles  est  encore  à  faire  :  celle 
de  Foutenelle  n*e.st  qu'une  disserta- 
lion  divisée  par  chapitres ,  tirée  du  sa- 
vant ouvraç^e  de  Van-Daale,  où  l'on 
se  propose  de  prouver  que  les  Oracles 
n'ont  point  cessé  à  la  venue  de  Jcsiis- 
Chrisl,  et  qu'ils  n'étaient  pas  l'ou- 
vrage des  Démons.  Mais  le  choix  seul 
d'un  tel  sujet  dut  beaucoup  contri- 
buer à  la  réputation  de  Fontenriie. 
Ceux  qu'on  appelait  alors  les  esprils- 
Jorts j  et  qui  déjà  formaient  un  parti, 
purent  croire  que  Fontenelle  avait 
travaillé  pour  eux  :  aussi  le  fougueux 
Le  Tellier  dénonça  ce  livre  ,  mais  ce 
fut  sans  effet;  car  l'opiuion  qui  s'y 
trouve  soutenue  est  conforme  à  celle 
de  plusieurs  théologiens  renommés. 
Le  jésuite  Baltus  réfuta  le  livre  des 
Oracles ,  qui  fut  aussi  défendu  et 
attaqué  par  d'autres  auteurs.  Fon- 
tcncllc  ne  prit  aucune  part  à  cette  dis- 
pute; il  se  contenta  d'écrire  à  M.  L(- 
clerc  :  a  Ce  serait  plutôt  à  M.  Van- 
»  Daalc  à  répondre  qu'à  moi ,  il  est 
»  mon  garant;  je  ne  suis  que  son  in-  ' 
»  terprcte ,  et  j'aime  mieux  (|ue  le 
»  Diable  ait  é;é  prophète  puisque  le 
»  P.  jésuite  le  veut ,  et  qu'il  trouve 
»  cela  plus  orthodoxe.  »  En  général , 
le  caractère  de  la  philosophie  de  Fon- 
tcnelle  est  un  scepticisme  modeste  ,  et 
une  réserve  calculée.  Il  disait  souvent 
que  s'il  tenait  toutes  les  vérités  dans 
sa  main ,  il  se  garderait  bien  de  l'ou- 
vrir. Par  principe  et  par  caractère,  il 
devait  être  1res  éloigné  d'attaquer  ou- 
vertement la  religion  de  son  pays,  et 
il  n'est  pas  démontré  qu'un  écrit  ano- 
nyme cl  antireligieux  ,  intitulé  la  Re- 
lation de  Vile  Bornéo ,  soit  réelloiDcnt 


FÔN 

de  lui  (i).  11  répétait  souvent  que  la 
religion  chrétienne  était  la  seule  qui 
eût  des  preuves,  et  il  en  pratiquait  en 
public  tous  les  devoirs.  Dans  la  vie  du 
grand  Corneille,  il  a  dit  de  l'Imita- 
tion de  Jésus -Christ  :  «C'est  le  plus 
»  beau  des  livres  sortis  de  la  main  des 
»  hommes,  puisque  l'Ev.ingile  n'en 
M  vient  pas.  »  L'histoire  des  Oracles 
fut  le  seul  litre  que  Fontenelle  pou- 
vait faire  valoir  pour  entrer  à  l'aca- 
démie des  inscriptions  et  belles- 
lettres,  où  il  fut  reçu;  mais  comme 
il  ne  fit  rien  pour  elle,  il  demanda 
la  vétérance  au  bout  de  quatre  ans, 
et  il  s'abstint  toujours  pnr  délica- 
tesse de  voter,  lorsqu'il  était  ques- 
tion d'élire  un  nouveau  membre.  En 
1 699 ,  on  voulut  donner  une  nouvelle 
forme  à  l'académie  dos  sciences ,  et 
Fontenelle  en  fut  nommé  secrétaire. 
C'est  dans  cette  place  ,  qu'il  occupa 
pendant  quarante-deux  an?',  qu'il  a 
acquis  une  gloire  justement  méritée. 
En  effet ,  si  l'on  veut  avoir  une  idée 
exacte  de  son  mérite  comme  écrivain, 
il  faut  lire  son  Histoire  de  l'Acadé- 
mie des  sciences ,  qui  renferme  deux 
préfaces,  les  extraits  des  Mémoires 
des  savants  et  leurs  éloges  :  c'est  le 
moins  connu  et  le  plus  beau  de  ses 
ouvrages.  Dans  aucun,  il  n'a  montré 
un  esprit  plus  vaste,  plus  lumineux, 
plus  universel.  Les  vérités  ensevelies 
dans  les  longueurs  cl  dans  les  obs- 


(t)  Cet  opuscule  parut  d'abord  dans  les  Now 
vellet  de  la  République  det  Letirer ,  parRayle, 
mois  lie  janvier  i68t) ,  pag.  88-<)a.  Nos  br<j|iogra- 
phes  aftiiinrjt  qu'il  est  de  Funtenelle,  parce  que 
iiayle  Ta  dit  ainsi,  et  qu'il  l'a  rôiinpriiuO  dans  ses 
(JCuvres  diverses:  il  serjil  plus  naturel  de  croire 
que  Bayle  eu  est  l'auteur.  On  a  long-temps  attribué 
cet  opusoule  à  Mlle.  Bernard,  partrute  de  Fonte- 
nelle ,  leauel,  dit-on,  a  travailh;  a  quelques-unes 
des  Iragi^dies  qu'elle  a  composées.  ^  A'o^fex  tome 
IV,  pajje  agi  de  celle  liiograp/iie.  )'On  en  » 
donné  une  nouvelle  édition  en  1807,  in-ia,  de 
>74  pa(;.i  tiré  à  100  exrnip.  avec  une  suite.  Dans  cet 
opuscule  ,  Mero  et  Enegn  dé*i;;uent  Roim-  et  Ge- 
nève; et  li.iharpe  ,  dunsson  Cours  d*  I.illrratitre^ 
loni.  XV,  pa^.  3t>,  a  cru  que  ces  den»  uiols  étaient 
aussi  le  tare  d'un  autre  opuscule  ,  difrérent  d« 
celui  ((ui  rilialiuU  ;  Retadçn  de  l'Ut  tgrnt*. 


turites  du  langage  mystérieux  des 
sciences,  deviennent  sons  sa  plume 
brillantes  de  clarté  et  de  précision. 
Voltaire  a  dit  de  lui  à  ce  sujet  : 

L'igaorant  l'entendit ,  le  sarant  Tadmlra. 

Fontenelle  a  déployé  un  si  rare  talent 
dans  les  Eloges  des  savants  académi- 
ciens, qu'on  les  a  tirés  de  la  grande 
collection  à  laquelle  ils  appartenaient, 
pour  en  faire  un  recueil  à  part,  qui  est 
veuu  se  placer  auprès  des  livics  classi- 
ques dans  la  bibliothèque  des  littéra- 
teurs et  des  gens  de  goiit,  et  qui  a  été 
plusieurs  fois  réimprimé.  Fontenelle 
semble ,  en  quelque  sorte ,  avoir 
épuisé  toutes  les  formes,  pour  attirer 
ia  curiosité  du  vulgairo  sur  ces  sages 
bienfaiteurs  de  la  société;  il  intéresse 
vivement  à  leurs  nobles  passions  et 
au  succès  de  leurs  recherches  :  il  n'est 
pas  jusqu'à  leur  ignorance,  et  à  leur 
simplicité, dans  le  commerce  de  la  vie, 
dont  il  ne  sache  tirer  parti;  et  en  se 
rendant  complice  de  la  vanité  de  ses 
lecteurs,  qu'aurait  gênée  le  tableau  uni- 
forme de  ia  supériorité  de  tant  d'hom- 
mes cminents,  il  peint  leurs  manières 
bizâires  et  leurs  innocents  ridicules 
avec  tant  d'art  et  de  mesure,  qu'il 
sjit  par  cela  même  les  rendre  encore 
plu^  res[)ectables ,  et  nous  faire  admi- 
rer ceux  dont  il  nous  fait  rire.  Fon- 
tenelle ne  travailla  pas  seulement  à 
racadéraie  des  sciences  en  qualité  de 
secrétaire,  mais  il  paya  aussi  son  tri- 
but d'académicien  en  composant  la 
Géométrie  de  l  infini.  Lorsqu'il  pré- 
senta cet  ouvrage  au  régent,  il  lui  dit  : 
«  Monseigneur,  voilà  un  livre  que 
»  huit  hommes  seulement,  en  Eti- 
4»  rope,  sont  en  état  de  comprendre, 
»  et  rauteur  n'est  pas  de  ces  huit  là.  » 
Abstraction  faite  de  celte  plaisanterie, 
il  ne  paraît  pas  en  effet  que  Fonte- 
nelle ait  été  très  profond  en  mathcraa- 
ti<iues }  il  n'a  composé  que  l'ouvrage 


t'ON  0.1% 

que  nous  venons  de  citer ,  la  pre'- 

face  de  l'Analyse  des  inûniments  pe- 
tits de  Lhopital,  qui  fut  remarquée 
dans  un  temps  où  les  écrits  de  ce  gen- 
re étaient  peu  soignés  et  peu  intelli- 
gibles, et  un  Mémoire  sur  l'extension 
de  la  propriété  du  nombre  neuf.  {IVou- 
{f elles  de  la  république  des  lettres , 
parBiyie,  i685.)Gcttccxtcnsionaété 
justifiée  parCury,  dans  l'Histoire  de 
l'Académie  des  sciences,  1728,  pag. 
52.  La  Géométrie  de  l'inlini  a  été 
beaucoup  vantée  par  tous  les  amis  de 
Fontenelle;  l'abbé  Terrasson  en  fit 
un  extnit  très  détaillé  dans  l'Histoire 
de  l'Académie  des  sciences  pour  l'an- 
née 1720;  d'Alembcrt  l'apprécia 
mieux,  quoiqu'avec  beaucoup  de  mé- 
uagements  dans  l'article  Infini  de  l'En- 
cyclopédie :  cet  ouvrage  serait  totale- 
ment oublié  aujourd'hui,  s'il  ne  faisait 
partie  de  la  collection  des  Mémoires 
de  l'Académie  des  sciences.  Cepen- 
dant ,  on  y  reconnaît  encore,  en  plu* 
sieurs  endroits ,  l'esprit  philosophique 
de  Fontenelle.  Au  commencement  du 
XV!!!*".  siècle,  le  goût  pour  les  rei 
cherches  scientifiques  devint  plus 
général.  Cet  heureux  penchant  fut 
merveilleusement  secondé  par  les 
écrits  de  Fontenelle,  et  encore  plus 
peut -cire  pir  ses  qualités  sociales. 
Tout  ce  que  l'on  chérit  d.4ns  ses  ou- 
vrages, cet  art  d'instruire  en  amu- 
sant; de  définir  avec  clarté;  de  dé- 
montrer avec  précision  ;  de  mettre  à 
la  portée  de  tous  les  esprits  les  vérités 
les  plus  abstraites  ;  de  transporter 
dans  les  sciences  les  expressions  de 
la  conversation,  et  d'appliquer  les 
expressions  et  les  idées  des  sciences 
à  la  morale,  à  la  littérature  et  aux 
sujets  les  plus  simples  :  Fontenelle 
portait  tout  cela  dans  la  société  et  dans 
le  commerce  du  grand  monde  ;  et  il 
y  joignait  ce  qu'un  ne  peut  mettre 
dans  un  hvre  ^  la  grâce  de  i'élocutiou , 


ari  FON 

rcnjouemenl,  l'à-propos,  et  ce  culte 
aimable  envers  les  femmes  auquel  il 
ne  renonça  jamais.  Ses  plaisanteries, 
toujours  spirituelles,  ctaieni  toujours 
exemptes  de  malignité,  et  il  se  vantait 
de  n'ayoir  jamais  donne  le  plus  petit 
ridicule  à  la  plus  petite  vertu.  Il  était 
si  réserve'  dans  ses  assertions ,  que 
Crébillon  a  dit  de  lui  qu'il  craignait 
d'avoir  raison.  En  conversation ,  il 
écoutait  avec  attention,  et  savait  faire 
valoir  Tesprit  des  autres.  On  a  retenu 
le  mol  de  Mad.  d'Argenton  qui,  sou- 
pant  en  grande  compagnie  chez  le  duc 
d'Orle'ans,  et  ayant  dit  quelque  chose 
de  très  fin  qui  ne  fut  pas  senti ,  s'écria  : 
«  Ah  î  Fontenelle ,  où  es-tu?-»  Les  suc- 
cès de  Fontenelle  dans  la  société  exci- 
taient plus  l'envie  que  ceux  qu'il  ob- 
tenait dans  la  littérature.  La  Bruyère, 
qui  lui  fut  toujours  contraire ,  traça 
de  lui,  dans  son  livre,  un  portrait 
satirique  sous  le  nom  de  Cydias,  oii 
Ton  ne  peut  le  méconnaître  (i)-  Jean- 
Baptiste  Rousseau  fit  aussi  l'épigramme 
suivante  : 

Depuis  trente  ans  un  vieux  berger  normand 
Aux  beaux  esprits  s'est  donné  pour  modèle  ; 
II  leur  enseigne  à  traiter  galamment 
Les  grands  sujets  en  style  de  ruelle. 
Ce  n'est  pas  tout  :  chez  l'espèce  femelle 
Il  brille  encor  malgré  son  poil  grisou: 
II  n'est  caillette  en  honnête  maison 
Qui  ne  se  pâme  à  sa  douce  faconde  : 
En  vérité  caillettes  ont  raison  , 
C'est  le  pédant  le  plus  joli  du  monde. 

Mais  Voltaire,  qui  n'eut  pas  à  se  louer 
de  Fonteueile,  et  bon  juge  en  cette  ma- 
tièie  comme  en  tant  d'autres,  lui  ren- 
dait plus  de  justice  à  cet  égard.  Fon- 
tenelle ne  se  maria  point,  et  demeura 
toujours  àParischezsononcleThomas 
Corneille ,  ensuite  chez  M.  le  Haguais, 


(i")  Carncleres  de  La  Bruyère  ,  dans  le  chapitre 
de  la,  lociéle  et  de  la  convertatioit.  Les  auteurs 
de  la  Clefonl  désigné  Perrault  peur  le  Cydias  de 
La  Bruyère  ,  et  il»  se  montrent  par-là  très  igno- 
rants de  l'histoirr  littéraire  du  temps.  Ou  devine- 
rait facilement  que  l'auteur  a  eu  en  vue  Fonte- 
nelle, quand  on  n'en  serait  pas  certain  par  l'as- 
•ertinn  positive  de  plusieurs  contemporains.  Voyez 
les  Mémoirtt  lar  FonteocUe  parTabbé  Trublet  , 
pag.  i8y. 


FON 

avocat  à  la  cour  des  aides.  Quelques 
années  a  près,  le  duc  d'Orléans,  depuis 
régent,  lui  donna  dans  le  Palais-Boyal 
un  appartement,  que  Fontenelle  oc- 
cupa jusqu'en  1750.  Il  le  quitta  pour 
aller  demeurer  chez  son  neveu  à  la 
mode  de  Bretagne,  Kicher  d'Aube, 
auquel  les  vers  de  Rhulière  ont  donné 
une  sorte  de  célébrité  (  i  ).  Fontenelle 
avait  coutume  de  dire  :  «  Le  sage  tient 
»  peu  de  place,  cl  en  change  peu.  » 
On  voit  que  cependant  il  en  changea 
assez  souvent;  mais  jamais  il  n'entre- 
prit de  voyages.  Ses  liaisons  avec  le 
régent  et  le  cardinal  Dubois  ne  nui- 
sirent point  à  l'intégrité  et  à  l'indé- 
pendance de  son  caractère.  Le  régent 
lui  ayant  demandé  sa  voix  pour  faire 
entrer  Rémond  de  Saint-Mard  à  l'aca- 
démie française,  Fontenelle  la  lui  re- 
fusa. Un  |our,  le  régent  lui  dit: 
«  Fontenelle,  je  crois  peu  à  la  vertu.  » 
—  o  Monseigneur,  lui  répondit  le 
»  philosophe,  il  y  a  pourtant  d'hon- 
»  nêtes  gens;  mais  ils  ne  viennent  pas 
»  vous  chercher.  »  Fontenelle  était  à 
la  fois  économe  et  libéral  :  il  avait , 
par  ses  places  et  ses  pensions,  des 
revenus  assez  considérables;  et  une 
partie  était  empoyée  à  des  bienfaits , 
dont  plusieurs  n'ont  été  connus  qu'a- 
près sa  mort,  et  seulement  par  ceux 
qui  les  avaient  reçus.  Quand  ses  lar- 
gesses étaient  sues  de  ses  amis,  et 
qu'on  lui  en  parlait, ftrépondait  froi- 
dement :  a  Cela  Se  doit.  »  Ainsi  même 
la  bienfaisance  n'était  pas  chez  lui  un 
plaisir  du  cœur, mais  un  besoin  de  sa 
raison.  Il  ne  repoussa  jamais  le  re- 


(1)  Dans  le  poème  des  Disputes  ; 
Avez-vous  par  h.isard  connu  feu  monsieur  d'Aube 
Qu'une  ardeur  de  dispute  éveillait  avant  l'aube  ? 

Ce  Richer  d'Aube,  maître  des  requêtes  et'"' 
tendant  de  Soissuns  ,  est  auteur  d'un  livre  inti» 
tulé  :  Eisai  utr  let  principet  du  droit  et  de  la 
morale,  Paris,  1743,  in-4*  U  mourut  eu  i-jS*. 
Son  article  ayaut  cté  omis  dan*  le  troisième  vo- 
lume de  cette  Biographie,  ceita  a«(e  ne  sera  pas 
juj^éc  iituVile. 


FON 

proclie  de  froideur  et  de  de'faul  de 
sensibilité'  qu'on  lui  faisait  sou- 
vent; il  semble  qu'il  avait  calculé  les 
avantages  de  ce  genre  de  réputation , 
et  qu'il  la  possédait  au-delà  même  du 
vrai.  «  Fontenelle  (  disait  Mad.  Geof- 
»  fiin )  porte  dans  la  société  tout  ce 
»  qu'on  peut  y  apporter ,  excepté  ce 
»  degré  d'intérêt  qui  rend  malheu- 
»  reux.  »  C'est  de  son  vivant  que  la 
marquise  de  Lambert,  son  amie,  a  tra- 
cé ce  portrait  où  elle  dit  de  lui  :  «  Nul 
»  sentiment  ne  lui  est  nécessaire;  il 
»  est  libre  et  dégagé  :  aussi  ne  s'unit- 
»  on  qu'à  son  esprit ,  et  on  échappe 
»  à  son  cœur  ;  il  ne  demande  aux 
»  femmes  que  le  mérite  de  la  figure  : 
»  dès  que  vous  plnisez  à  ses  yeux , 
»  cela  lui  suffit ,  et  tout  autre  mérite 
»  est  perdu.  »  Ce  dernier  trait  est 
évidemment  épigrammatique ;  et,  en 
effet ,  le  défaut  d'abandon  en  amour 
est  peut-être  le  seul  qu'une  femme  ne 
puisse  pas  pardonner  à  l'homme  qui 
sait  se  faire  aimer.  Sans  doute  Fon- 
tenelle était  né  avec  des  goûts  mo- 
dérés et  des  passions  tranquilles; 
mais  sa  philosophie  était  aussi  bien  le 
résultat  de  ses  réflexions  que  celui  de 
son  tempérament  et  de  son  caractère; 
il  en  a  en  quelque  sorte  écrit  le  code  et 
révélé  les  secrets  dans  un  petit  opuscule 
intitulé  :  Du  Bonheur.  Le  célèbre 
Delille  nous  a  souvent  dit  que  c'est  la 
lecture  de  ce  morceau  qui  lui  a  inspiré 
les  vers  suivants ,  où  il  a  cherché  à 
peindre  la  philosophie  de  Fonte- 
nelle : 

Fontenelle,  toujours  craignant  «quelque  «urprise  , 
Aux  passions  «ur  lui  ne  donne  point  de  prise  , 
Soigne  attentivement  son  timide  bonheur. 
Même  dans  Tamitié  met  en  gnrde  son  cœur  ; 
Ami  des  vérité»,  par  crainte  les  enchaîne, 
£t  s'abstient  du  plaisir  pour  éviter  la  peine. 

Cependant ,  Fontenelle  eut  un  véri- 
table ami  ;  ce  n'était  ni  un  homme 
puissant,  ni  un  auteur  célèbre,  mais 
un  compagnon  de  sa  jeunesse,  un 
camarade  de  collège  :  il  lui  resta 

XV, 


constamment  attaché.  Cet  ami  se 
nommait  Bruiiel;  il  était  procureur 
ou  avocat  à  Rouen.  Fontenelle  fit 
même  pour  lui  une  chose  blâmable  et 
contre  l'exacte  probité,  lorsqu'élant 
déjà  membre  de  l'académie  française, 
il  composa  pour  Brunel  un  discours 
qui  remporta  le  prix.  L'abbé  Trublet 
cite  de  ces  deux  amis  une  correspon- 
dance qui  fait  honneur  à  tous  deux. 
Brunel  à  Rouen  écrit  à  Fontenelle  à 
Paris  ces  seuls  mots  :  «  Vous  avez 
»  mille  écus  ;  envoyez-les  moi.  »  Fon- 
tenelle répond  par  ceux-ci  :  «  Lorsque 
»  j'ai  reçu  votre  lettre,  j'allais  placer 
»  mes  mille  écus;  et  je  ne  retrouverai 
»  pas  aisément  une  aussi  belle  occa- 
»  sion  ;  voyez  donc.  »  Toute  la  ré- 
plique de  Brunel  fut  :  «  Envoyez-moi 
»  vos  mille  écus.  »  Fontenelle  sut  un 
gré  infini  à  son  ami  de  son  laconisme, 
et  lui  envoya  les  mille  écus.  Après  la 
mort  de  Brunel,  qui  eut  lieu  eu  1 7 1 1, 
l'abbé  de  Vertot,  dans  une  lettre 
adressée  à  Mad.  de  Stahl,  peint  Fon- 
tenelle comme  inconsolable  de  la  perte 
qu'il  venait  de  faire;  et,  long-temps 
après,  ou  lui  a  entendu  dire  :  a  Sans 
»  cette  mort,  le  reste  de  ma  vie  eût 
»  tourné  tout  autrement.  »  Cepen- 
dant, il  fut  heureux  jusque  dans  ses 
derniers  moments ,  et  la  sérénité  de 
sa  vieillesse  le  prouve;  il  conserva 
toujours  sa  gaîté  et  ses  facnllés  mo- 
rales ;  il  dit  au  médecin  qui  le  soigna 
dans  ses  derniers  jours  :  «  Je  ne 
»  souffre  pas,  mais  je  sens  une  diffi- 
»  culte  d'être.  »  Sa  mort,  enfin,  ne 
fut  que  le  dernier  des  évanouisse- 
ments auxquels  il  était  devenu  sujet 
dans  sa  vieillesse,  et  dont  il  avait 
même  ressenti  de  légères  attaques 
dans  toute  la  vigueur  de  l'ige.  Seize 
ans  auparavant,  un  public  nom- 
breux et  choisi,  réuni  dans  l'enceinte 
de  l'académie  française,  n'avait  pu 
eateudjce  Sixo»  atteudrissement  lepo»- 
i5 


226  FON 

sage  suivant  de  son  discours  i  «  Cin- 
»  qualité  ans  se  sont  e'coulc's  depuis 
»  ma  rdccplion  dans  celte  académie... 
»  Ceux  qui  la  composent  prësente- 
î)  ment,  je  les  ai  vus  tous  entrer  ici, 
»  tous  naître  dans  ce  monde  littéraire; 
»  et  il  n'y  en  a  absolument  aucun  à 
*  la  naissance  duquel  je  n'aie  con- 
»  tribue'.  »  Voltaire  inscrivit  Fonte- 
nelle ,  de  son  vivant ,  dans  le  Catalogue 
des  auteurs  du  siècle  de  Louis  XIV  j  et, 
après  sa  mort,  il  l'introduisit  dans  le 
Temple  du  Goût  par  les  vers  suivants  : 

C'éuit  le  discret  Fontenelle  , 
Qui  par  le»  beaux-arts  entouré 
Répandait  sur  eux  à  son  gré 
Uue  clarté  vive  et  nouvelle. 
D'iHie  planète  à  tire-d'aiie 
En  ce  moment  il  revenait 
Dans  ces  lient  uù  l\:  goût  tenait 
Le  siège  heureux  de  so»  empire  f 
Avec  Matran  il  raisonnait. 
Avec  Quioault  il  budinait; 
Dune  main  légère  il  prenait 
Le  cvnipas,  la  plume  et  Ta  lyr«. 

Il  y  a  eu  deux  éditions  complètes  des 
OEuvres  de  Fontenelle,  l'une  eu  onze 
volumes  in-12,  Paris,  1758,  1766 
ou  1 767  ,  avec  un  nouveau  titre  ; 
l'autre  eu  huit  volumes  in-8".,  Paris, 
Basticn,  1790.  Ou  trouve  daus  ces 
éditions  les  préfaces  et  les  éloges  qui 
font  partie  de  l'Histoire  de  rAcàdémie 
des  sciences;  mais  il  n'y  a  ni  les  ana- 
lyses ,  ni  la  Géométrie  de  V Infini  : 
ce  dernier  ouvrage  parut  in-4".  en 
179.7.  L'édition  des  OEuvres  dher- 
Ses,  La  Haye,  Gosse,  1728  à  1729, 
5  vol.  iu-fol.,  est  recherchée  à  cause 
des  figures  de  Bernard  Picard.  L'édi- 
tion en  5  vol.  iu-4".,  publiée  en  même 
temps,  renferme  les  mêmes  gravures, 
dont  on  a  seulement  ôté  les  cadres. 
I/ouvrage  de  Fontenelle  qui  a  été  le 
plus  souvent  réimprimé  est  son  En- 
tretien sur  la  pluralité  des  Mondes. 
La  première  édition  parut  en  1G86; 
mais  le  sixième  entretien,  composé 
long-temps  après,  ne  fut  imprimé  que 
dans  l'édition  de  171 9.  Nous  indique- 
ions  encore  l'éditioD  de  Dijon^  Causse; 


FON 

an  IT  (1 790),  in-8^;  celle  de  Didot, 
1 796,  gr.  in-4".  ^^g*  1  ^^  ^"^"  's  der- 
nière et  la  meilleure,  imprimée  en 
1800,  avec  les  notes  de  Lalande,  Eif 
1730,  il  parut  à  Leipzig,  in-8*'.,  uue 
traduction  allemande  de  cet  ouvrage, 
faite  par  Goftsched;  en  1751,  une 
traduction  italienne  par  Vestrini ,  à 
Arezzo.  Il  en  existe  encore  trois  tra- 
ductions anglaises  :  la  dernière  est  de 
1760,  in-8''.  Eri  1785,  l'astronome 
Bode  en  publia  une  seconde  traduc- 
tion allemande,  avec  des  notes  excel- 
lentes :  cette  traduction  a  eu  plusieurs 
éditions  ;  la  troisième  et  dernière  est 
in-12,  Berlin,  1798.  Toussaint  Ko- 
drika.  Athénien,  a  aussi  traduit  cet 
ouvrage  en  grec  moderne,  Vienne, 
in-8".,  1794*  I-'CS  écrits  dont  Fon- 
tenelle a  été  le  sujet  sont  trop  nom- 
breux pour  que  nous  puissions  les 
indiquer  ici.  (  Foyez  Trublït.  ) 
W— R. 
FONTENETTES  '(  Louis  ) ,  doc- 
teur en  médecine,  né  en  1612  dans  le 
Berri,  mourut  à  Poitiers  au  mois  d'oc- 
tobre 1661.  Il  joignit  à  une  grande 
habileté,  comme  praticien ,  de  vastes 
connaissanc<  s  théoriques.  Sa  mémoire 
était  prodigieuse  ,  et  ornée  des  pro- 
ductions des  meilleurs  poètes.  Il  cul- 
tivait les  belles-lettres ,  et  surtout  U 
poésie  française.  On  a  de  lui  une  tra- 
duction en  vers  fiançais  des  Aphoris» 
mes  d'Hippocrate  ,  iutitulée  :  Hippo^ 
crate  dépajsé,  ou  version  para- 
phrasée  de  ses  Aphorismes,  Paris, 
1654,  in-4°.  Cet  ouvrage  est,  comme 
on  le  sent  bien ,  d'une  poésie  assez  mé- 
diocre ,  et  le  texte  n'est  pas  toujours 
rendu  avec  une  scrupuleuse  fidélité. 
Cependant  on  y  remarque  des  vers 
asstz  heureux.  Il  nous  reste  encore 
de  Foutcuettes  une  Anatomie  des 
fautes  contenues  en  la  réponse  au 
Discours  des  maladies  populaires 
de  i65i, Poitiers,  i(i53,  in-i^^  — 


FON 

FoifTENETTES  (Charles),  médecin  de 
Poitiers,  a  publié,  Dissertation  sur 
une  fiUe  de  Grenoble  qui  depuis 
quatre  ans  ne  boit  ni  ne  mange, 
1737,  in^".  F— R. 

FONTENU  (Louis-François  de), 
membre  de  l'académie  des  inscriptions 
fl  belles-lettres,  naquit  au  château  de 
Lilledon  en  Gâtinais ,  le  16  octobre 
1667;  sa  famille,  originaire  de  Poitou, 
élail  noble  et  ancienne.  La  nature  lui 
avait  donné  une  coraplexion  faible  et 
délicate  ;  il  fut  plusieurs  fois  menacé 
de  mourir  de  la  poitrine,  et,  vers  l'âge 
de  vingt-neuf  à  trente  ans ,  on  déses- 
péra de  sa  guérison  :  il  prit  alors  le 
parti  non  seulement  de  se  passer  des 
médecins ,  mais  de  faire  directement 
le  contraire  detout  ce  qu'ils  lui  avaient 
ordonné  j  il  guérit  ainsi  complètement; 
et ,  ayant  toujours  continué  le  même 
régime  d'exercice  et  de  grand  air ,  il 
vécut  quatre-vingt-douze  ans  moins 
un  mois  et  treize  jours ,  étant  mort 
le  5  septembre    1759.   Il  avait  de 
bonne  heure  embrassé  l'état  ecclé- 
siastique. En  1700  il  accompagna  le 
cardinal  Janson  à  Rome,  où  il  resta 
dix-huit  mois;  et,  déjà  préparé  à  ce 
\oyagc  par  l'étude  des   langues  sa- 
vantes et  de  plusieurs  langues  mo- 
dernes, il  conçut  un  goût  très   vif 
pour  les  médailles  ,  les  recherches 
&ur  l'antiquité  et  sur  l'histoire  natu- 
relle; il  suivit  à  Rome  un  cours  de 
plantes  sous  Triumfetti ,  célèbre  bo- 
taniste. De  retour  à  Paris,  il  se  lia  in- 
timement avec  Fontcnelle  et  la  mar- 
quise de  Lambert,  chez  laquelle  se 
rassemblait  une   société    choisie    et 
brillante;  il  fut  d'abord  admis  à  l'aca- 
démie en  qualité  d'élève  en  1714'  '^ 
classe  des  élèves  ayant  été  supprimée 
en  17  16, il  passa  au  nombre  des  as- 
sociés. Il  a  enrichi  la  collection  des 
volumes  de  cette  académie  de  vingt 
Méffijoircs  qui  prouyent  la   variété 


FON  1'l^ 

de  ses  connaissances  et  la  netteté  de 
son  esprit;  ce  sont  des  dissertations 
claires,  bien  écrites,  sans  affectation 
d'érudition  ,  oii  il  traite  divers  points 
de  mythologie,  où  il  explique  diffé- 
rentes médailles  curieuses,  et  où  il 
examine  les  anciens  camps  de  France 
auxquels  on  a  donné  le  nom  de  César. 
Son  Mémoire  sur  les  sources  du  Loiret 
a  moins  de  rapport  à  l'antiquité  qu'à 
l'histoire  naturelle.  L'abbé  deFontenu 
avait  un  goût  particulier  pour  cette 
branche  des  connaissances  humaines, 
et  il  commtiniquait  ses  observations  à 
Réaumur,  avec  lequel  il  était  très  lié. 
On  ne  connaît  de  Fontenu  que  les  Mé- 
moires imprimés  dans  le  recueil  de 
l'académie  des  inscriptions.  Il  a  laissé 
cependant  après  lui  vingt  volumes  en 
manuscrit  d'une  écriture  fine  et  ser- 
rée, qui,  selon  le  Beau,  en  feraient 
plus  de  cinquante  imprimés  ;  ils  sont 
relatifs  à  la  théologie  ,  à  la  philoso- 
phie, la  physique,  l'astronomie,  la 
botanique ,  l'histoire  ancienne  et  mo- 
derne. On  a  supposé  que  la  traduc- 
tion de  Théagène  imprimée  en  1727, 
à  la  tête  de  laquelle  se  trouve   une 
épître  dédicatoire  adressée  à  Fontc- 
nelle ,  et  signée  l'abbé  de  F...,  était 
de   Fontenu  :  mais  cette  conjecture 
nous  paraît  sans  vraisemblance  ,  et 
contraire  au  caractère  que  lui  donne 
le  Beau.  (  Fojr.  l'Histoire  de  l'acadc- 
raie  des  inscriptions  ,  tom.  XXIX, 
pag.  349.)  Fontenu  était  d'une  piélç 
rigoureuse  ;  il  eut  toutes  les  qualités 
sociales,  fil  un   noble  usage  de  sa 
fortune  eu  la  consacrant  à  des  œuvres 
de  charité  ;  il  assistait  de  prétérence 
les  pauvres  honteux ,  et  il  cachait  se$ 
aumônes  avec  plus  de  soin  qu'ils  ne 
cachaient  leur  indigence.     W — r. 

FONTENY  (Jacques  de),  au- 
teur dramatique,  né  à  Paris,  dans  le 
l6^  siècle  ,  faisait  partie  d'une  de  ces 
sociétés  connues  sous  le  nom  de  coU' 


aiS  FON 

frères  de  la  Passion ,  qui  reprè'sen- 
laienl  de  ville  en  ville  les  mystères  et 
les  autres  productions  informes  de  l'art 
dans  son  enfance.  On  a  de  lui  les  ou- 
vrages suivants:  I.  le  Boccage  d'A- 
mowr, Paris,  iS^S,  iu-12.Ce  volume 
contient  la  Chaste  Bergère ,  pasto- 
rale en  5  actes  et  en  vers.  La  seconde 
édition,  de  i6i5  in-12,  renferme  eu 
outre  le  beau  Pasteur ,  pièce  à  douze 
personnages,  sans  distinction  d'acîes 
ni  de  scènes  :  cette  pièce  manque  d'in- 
te'rêt,  mais  elle  est  passablement  c'crite. 
IL  Les  Eshats  poétiques^  ibid.,  1 587, 
m-i  2.  m.  Les  Ressentiments  de  Jac- 
ques de  Fontenf  pour  sa  céleste  , 
ibid.,  1587,  in-  '2.  On  y  trouve  la 
Galathée  divinement  délivrée ^  pas- 
torale en  5  actes  et  en  vers.  IV.  Ana- 
grammes et  Sonnets  dédiés  à  la  reine 
Marguerite  de  Valois,  ibid.,  1606, 
iu-'4**.  V.  Les  Bravacheries  du  capi- 
taine Spavante  ,  traduit  en  français  , 
de  l'italien  de  Fr.  Andréini ,  Paris , 
1 608 ,  in- 1 2 ,  italien  et  français  ;  rare 
et  recherché  des  curieux.  —On  ignore 
«i  c'est  au  même  Jacques  de  Fonteny 
que  l'on  doit  attribuer  :  \.  Les  Anti' 
quités  f  fondations  et  singularités  des 
villes  et  châteaux  du  royaume  de 
France,  Paris,  161 1,  in- 12.  IL 
Sommaire  description  de  tous  les 
chanceliers  et  gardes  des  sceaux , 
depuis  Mérovée  à  Louis  XI II ,  avec 
un  discours  de  leur  vie ,  insérée  dans 
le  tom.  i«''.  de  la  Biblioth.  du  Droit 
francoiSyde  Laur.  Bouchel ,  avec  de 
augmentations  de  l'éditeur.    W — s. 

FONTETTE.  Foy.  Févret. 

FONTEYN  (Pierre),  savant  hol- 
landais, ministre  d'une  congrégation 
de  Mennonites ,  à  Amsterdam  ,  né 
Ters  1708,  mourut  le  8  août  1788. 
Il  dirigea  constamment  ses  recherches 
et  SCS  études  vers  l'interprétation  du 
petit  liTre  des  Caractères  de  Théo- 
phra&te  >  dont  il  préparait  une  édiiioa 


FON 

qu'il  ne  donna  jamais ,  et  qu'il  était- 
encore  fort  loin  de  pouvoir  donner , 
quand  la  mort  le  frappa  à  l'âge  de 
quatre-vingts  ans.  Les  matériaux  im- 
menses qu'il  avait  rassemblés  sont 
passés  entre  les  mains  de  M.  le  pro- 
fesseur Wyltenbacli ,  qui  a  promis  de 
les  mettre  en  ordre  et  de  les  publier. 
C'est  en  1 790  que  M.  Wyltenbach  a 
pris  cet  engagement,  que  d'autres  tra- 
vaux plus  importants  et  le  mauvais 
élat  de  sa  santé  l'ont  empêché  de  rem- 
plir. Quoique  Fonteyn  n'eût  rien  pu- 
blié, sa  réputation  était  fort  grande, 
et  il  est  plus  d'une  fois  nommé  avec 
éloge  dans  les  livres  des  philologues 
hollandais  ses  contemporains.  B — ss. 

FONTEYN.  Foy.  Fontanus. 

FONTI  (Barthelemi),  en  latia 
FontiuSj  savant  florentin ,  né  eu  1 4  4  ^% 
mort  en  1 5 1 3  ,  avait  été  disciple  de 
Jérôme  Savonarole  et  de  Françoi» 
Philelphe ,  et  remplit  dans  sa  patrie 
la  chaire  de  rhétorique  et  de  langue 
giecque ,  après  la  mort  de  ce  dernier, 
Mathias  Corvin,  roi  de  Hongrie,  l'ap- 
pela ensuite  à  Bude,  pour  lui  donner 
la  direction  de  la  magnifique  biblio- 
thèque qu'il  forma  dans  cette  capitale, 
{Foy.  Corvin).  Ses  principaux  ou- 
vrages ont  été  recueiilis  sous  ce  liti-e  : 
Opéra  exquïsitissima  Bartholomœô 
Fonti  Jlorentini ,  quitus  accessit  da 
pudicitidet  conjugio  dialogus,  Franc- 
fort ,  Unckel ,  1 62 1  ,  in- 1 2.  Ce  re- 
cueil, publié  par  les  soins  de  George 
Rem,  contient  sept  discours  qui  avaient 
déjà  été  recueillis  en  un  volumein-4''., 
une  vie  de  Paul  Guiaccheti ,  un  traitd 
De  assCy  mensuris  ac  ponderihus,  et 
quelques  autres  opuscules.  On  con- 
naît encore  deFonti:  L  Un  commen- 
taire sur  Perse,  imprimé  dans  l'édi- 
tion de  Venise,  1482  ,  in-fol. ,  et  plu- 
sieurs fois  depuis.  IL  une  édition  de 
Celse,  avec  des  notes,  Florence,  1 478» 
in-foL  III.  Des  ^7wa/(?5  de  i44^  * 


FON 

1 4*^5 ,  consen  écs  en  manuscrit  dans 
ia  bibliothèque  Kiccardi,  à  Florence  j 
des  poésies  italiennes;  une  traduction, 
dans  la  même  langue,  des  e'pîtres  de 
Phalari s,  Florence,  1 491,  etc. ,  Foy. 
F;<hi ic.  Bibl.  lat.  med.  œt.      C.  M.  P. 
FONTON   (  Charles  )  ,  orienta- 
liste français ,  est   auteur   de  deux 
ouvrages  qui  se  trouvent  manuscrits 
à  la  Bibliothèque  royale  sous  le  nu- 
méro in -4°.  V  ''if^;  ils  sont  datés 
de  Constantinople   en    i-jSi.    L'un 
est  intitulé  :  Aventures  de  Zélide 
et  de  Ferannès,  composées  en  per- 
san ,  et  traduites  du  turk  en  fran- 
çais; l'autre,  plus  curieux,  et  con- 
tenu dans  le  même  volume ,  est  inti- 
tulé :  Essai  sur  la  musique  orien- 
tale comparée  à  la  musi/jue  euro- 
péenne. L'auteur  ne  paraît  pas  très 
versé  dans  la  matière  qu'il  traite ,  et 
souvent  il   s'embrouille   en   voulant 
exposer  le  système  musical  des  Orien- 
taux. Ce  que  l'on  peut  conclure  de 
ses  discours  est  que  les  Persans  et 
les  Turks  ont,  comme  nous,  vingt- 
un  sons  à  l'octave ,  quoiqu'ils  ignorent 
les  calculs  dont  nous  nous  servons 
pour  les  déterminer.  Au  iS*".  siècle, 
ajoute  Fonton,  vivait  un  certain  Hod- 
gie  ou  savant,  qui  passe  pour  le  res- 
taurateur de  la  musique  chez  les  Per- 
sans. Nul  ne  chantait  comme  lui;  mais 
il  ne  communiquait  à  personne  ses 
compositions.  Hosaïn ,  fils  de  Baïkra , 
et  arrière-pclit-fils  de  Tamerlan ,  qui 
gouvernait  alors  leKhorasan,  desirait 
néanmoins  ardemment  avoir  un  élève 
de  lui.  Pour  y  parvenir,  il  mit  auprès 
du  Hodgie  un  esclave  qu'il  lui  dit  être 
sourd  et  muet,  et  dont  il  lui  fit  présent. 
Le  dernier,  sans  démentir  son  rôle, 
,  profita  si  bien  iqu'en  peu  de  temps  il 
égala  son  maître ,  qui ,  découvrant  la 
supercherie,  parvint  à  le  faire  exiler. 
Cet  esclave  revint  depuis  en  Perse , 
monte  sur  \m  chameau  q^u'il  aysdt  i.os- 


F  ON  229 

truit  à  marquer   la    mesure   par  le 
mouvement  de  ses  pieds.  L'époque 
la  plus    florissante   de   la    musiquii 
chez  les  Turks  fut  sous  Achmet  IIL 
Fonton  traite  ensuite  de  leurs  ins- 
truments musicaux.  Ce  sont  le  ney, 
espèce  de  flûte  d'environ  deux  pieds 
de  long,  percée  de  sept  trous;  c'est 
sur   cet   instrument  que  s'accordent 
tous  les  autres  ;  le  tambour ,  sorte  de 
guitarre  ,  dont  le  manche  de   trois 
pieds  a  trente-six  divisions  ;  elle  a 
huit  cordes,  c'est-à-dire  quatre  dou- 
bles ;  on  la  pince  comme  la  mando- 
line avec  une  lame  d'écaillé.  Ce  qui! 
y  a  de  bizarre,  c'est  que  les  Turks 
prétendent  avoir  reçu  cet  instrument 
du  philosophe  Platon.Viennent  en- 
suite le  dairé  ou  tambour  de  basque; 
lemiscel  (ou  Mousical),  flûte  de  Pan  à 
vingt-deux  tuyaux,  et  le  violon  turk , 
ou  keman ,  formé  de  la  coque  d'une 
noix  de  coco  ;  il  a  trois   cordes  de 
soie ,  et  se  joue  comme  le  nôtre  avec 
un  archet.  Les  Turks  n'ont  pu  s'empê- 
cher de  donner  au  ney  une  origine 
miraculeuse.  Ils   disent   qu'un    jour 
Mahomet  confia  à  son  gendre  Ali  des 
paroles  mystérieuses  ,  avec  défense 
de  les  répéter.  Ali,  ne  pouvant  retenir 
sa  langue,  et  sp  trouvant  sans  té- 
moins, dit  ces   paroles,  la  bouche 
tournée  vers  l'ouverture  d'un  puits. 
Bientôt  il  crût  dans  ce  puits  un  ro- 
seau d'une  longueur  merveilleuse.  Un 
berger  trouva  ce  roseau,  le  coupa, 
en  fit  un  chalumeau,  et,  au  grand 
étonnement  de  tous  ,  le  chalumeau 
répéta  les  paroles  qu'Ali  avait  indis- 
crètement divulguées.  Cette  fable  rap- 
pelle celle  du  barbier  de  Midas.  D.  L. 
FONTRAILLES  (Louis-d'Asta. 
RAC,  marquis  de),  d'une  ancienne 
famille  de  l'Armagnac,  reçut  de  Gas- 
ton ,  duc  d'Orléans ,  la  commission 
de  se  rendre  en  Espagne  pour  con- 
ce.rlçr  avec  le  duc  d'Olivarès    \^ 


25o  FON 

moyens  de  perdre  le  cardinal  de  Ri- 
chelieu. Par  le  traite'  sicne'  le  1 3  mars 
1642,  TEspapjne  s'obligeait  de  fournir 
à  Gaston  douze  mille  hommes  d'in- 
fanterie, cinq  mille  de  cavalerie, 
quatre  cent  mille  ccus  pour  faire  dés 
levées  en  France  ,  et  douze  mille 
écus  par  mois  pour  ses  dépenses  par- 
ticulières. Celte  conspiration  ayant 
été  découverte  f  Voy.  Cinq- Mars), 
Fontrailles  fut  décrète  d'accusation , 
et  s'enfuit  en  Angleterre ,  d'où  i!  ne 
revint  qu'après  la  mort  du  cardinal. 
Fontrailles  mourut  en  1677. Il  a  éciit 
une  Relation  des  choses  particulières 
de  la  cour  pendant  la  faveur  de 
M'  de  Cinq-Mars;  elle  est  impri- 
mée au  tome  V\  des  Mémoires  de 
Monlresor.  Celte  pièce  contient  des 
détails  curieux  sur  les  intrigues  de 
îôSq  à  i64'2.  On  conserve  à  la  Bi- 
bliothèque du  roi  des  Lettres  manus- 
crites de  Fontrailles.  W — s. 

FOOTE  (  Samuel  ),  comédien  et 
auteur  comique  anglais ,  surnommé  le 
moderne  Aristophane ,  naquit  d'une 
très  bonne  famille,  à  Truro,  dans  le 
comté  de  Cornouailles.  11  manifesta 
de  tiès  bonne  heure  une  facilité 
singulière  à  imiter  le  ton,  les  ma- 
nières et  les  ridicules  des  autres. 
Son  père ,  membre  de  la  chambre  des 
communes,  le  destinait  à  la  carrière 
du  barreau ,  et  le  fit  entrer  au  collège 
de  Inne^Teraple;  mais  il  ne  montra 
que  de  l'aversion  pour  l'étude  de  la 
jurisprudence,  et  n'y  fil  presque  au- 
cun progrès.  Le  mauvais  état  de  sa 
santé  lui  ayant  fourni  un  prétexte  pour 
aller  passer  quelque  temps  à  Bath  ,  il 
se  lia ,  dans  ce  séjour  de  di^^sipation  , 
avec  des  libertins  de  bon  ton ,  y  prit 
le  goût  du  luxe  et  la  funeste  passion 
du  jeu.  Il  paraît  que  la  mort  de  son 
père  l'avait  alors  rendu  maître  d'une 
assez  grande  fortune  ,  qu'il  eut  bientôt 
dissipée.  II  contracta  même  des  dcUes 


F  00 

qu'il  ne  put  payer;  ce  qui  le  fit 
passer  quelque  temps  dans  la  pri- 
son nommée  the  Fleet.  Il  devint 
acteur  par  nécessité,  et  débuta  en 
1744^  Londres  sur  le  petit  théâtre  de 
Hay-Market  ^  par  le  rôie  à^  Othello , 
et  quelques  autres  rôles  tr;)g»ques  qui 
ne  convenaient  ni  à  sa  figure  ni  à  ses 
moyens  :  il  n'eut  aucun  succès.  Impor* 
tuné  cependant  par  ses  créanciers,  il 
lui  fallut  chercher  une  autre  ressource; 
et  l'on  rapporte  qu'il  se  lira  d'embarras 
par  le  stratagème  suivant  :  Un  de  ses 
amis,  M.  Délavai,  depuis  sir  Francis 
Blake  Délavai ,  ruiné  comme  lui  par  1 
ses  extravagances,  ayant  formé  le 
projet  de  se  marier  pour  rétablir  ses 
affaires,  Foofe  promit  de  lui  trouver 
un  bon  parti.  Il  connaissait  une  dame 
fort  riche,  qui  voulait  se  marier, 
mais  qui  n'avait  pas  encore  fait  un 
choix;  il  lui  conseilla  de  consulter  sur 
un  objet  aussi  important  un  prétendu 
sorcier  ,  dont  il  lui  vanta  beaucoup  la 
pénétration.  Un  autre  ami  de  Foole  se 
chargea  de  faire  le  rôle  de  sorcier  ;  ilfil 
apparaître  aux  yeux  de  la  dame  une  fi- 
gure de  grandeur  naturelle,  portant 
les  traits  de  sir  Fr;incis,  désigna  l'é- 
poque et  le  lieu  où  elle  devait  le  voir 
lui-même  pour  la  première  fois,  et  les 
habits  qu'il  porterait  ce  jour-Jà.  Elle 
fut  tellement  frappée  de  la  coïncidence 
de  chaque  circonstance  avec  la  prédic- 
tion,  qu'elle  don  na ,  peu  de  jours  après , 
sa  main  à  sir  Francis,  qui,  pour  i<«on- 
naître  ce  service  de  Foole,  lui  fit  une 
pension.  Foole  loua  alors  une  mai- 
son de  c^mpagoe  où  il  recommença  à 
vivre  avec  une  magnificence  dont  il 
pressentait  bien  lui-même  la  courte  du- 
rée. Il  do'  uait  un  jour  à  dîner  à  son 
ancien  maître  de  l'école  de  Worcester  f 
celui-ci,  frappé  d'une  snperbe  vais- 
selle qu'il  voyait  sur  la  table ,  lui 
demanda  ce  que  c<  la  pouvait  coûter: 
Je  nen  &ais  rien  ,  répondit  Foole, 


FOO 
mais  je  saurai  sûrement  bientôt  ce 
quecelapeut  sevendre.  Ce  train  dura 
environ  dix-huit  mois.  Il  ouvrit,  en 
1747,  pour  son  propre  compte,  le 
tbéâireaeHay-]VIarket,oiiilfut  tout  à 
la  fois,  ce  qui  e'tait  alors  nouveau,  di- 
recteur, auteur  et  acteur,  et  pour  le- 
quel il  composa ,  sous  la  dénomination 
générale  de  Divertissement  du  malin , 
un  grand  nombre  de  comédies  sati- 
riques,  dans  lesquelles  il  présentait, 
sous  les  couleurs  les  plus  ridicules ,  des 
hommes  connus  ,  des  magistrats,  des 
médecins  en  vogue ,  des  acteurs  cé- 
Jèbres  «  même  des  dames  de  qua- 
lité. Ces  pièces  ,  grâce  à  la  vérité 
des  portraits,  fortifiée  par  la  vérité 
de  son  jeu  et  la  hardiesse  de  l'imi- 
tation, eurent  le  plus  grand  succès  et 
beaucoup  de  représentations ,  malgré 
Topposition  de  quelques  magistrats. 
Foote  jouait  lui-même  tour  à  tour  les 
principaux  rôles,  passant  de  l'un  à 
l'autre  comme  un  véritable  Protéc; 
mais  il  n'épargnait  ni  l'amitié,  ni  le 
malheur.  L'un  des  personnages  les  plus 
ridicules  et  les  plus  divertissants  de 
ses  pièces,  Cadwallader ,  était  la 
caricature  d'un  geniilhorame  gallois , 
qui  avait  été  sou  ami  intime.  Ses  suc- 
cès n'étaient  pourtant  pas  sans  un  mé- 
lange de  quelques  revers.  Ayant  joué 
sur  le  théâtre  de  Dublin  un  fameux 
imprimeur  de  cette  ville,  qui  avait  le 
malheur  de  porter  nue  jambe  de  bois 
{Toj^ez  George  Faulkni^r),  l'im- 
primeur trouva  la  |>laisantcrie  fort 
mauvaise;  il  attaqua  Foote  en  justice  , 
et  le  fit  condamner  à  une  forte  amende. 
Johnson,  craignant  d'ctr^  à  son  tour 
livré  à  la  risée  publique,  déclara  qu'il 
avait  acheté  un  «norme  baloa  ,  dont 
il  comptait  se  servir  à  la  première  imi- 
tation. Foote,  bien  averti,  le  laissa 
tranquille.  Ses  succès  dramatiques  se 
soutenaient  toujours  j  mais  les  magis- 
irals  de  Weslmiustcr  ,  irrités  contre 


FOO  a3i 

lui,  et  autorisés  d'ailleurs  par  un  acte 
du  parlf-ment  qui  limitait  le  nombre 
des  théâtres,  envoyèrent  à  Hay-Mar- 
kct ,  un  jour  de  représentation  ,  une 
escouade  de  constables  qui  firent  vi* 
der  et  former  la  salle.  En  1 766,  dans 
une  partie  de  plaisir ,  il  lui  arriva  de 
se  casser  la  jambe  entom,bant  de  che-- 
val;  on  parla  défaire  l'amputation  :  le 
duc  d'York,  qui  l'aimait  et  qui  avait 
été  témoin  de  l'accident ,  le  décida  à  se 
laisser  opérer ,  eu  lui  promettant  d'ob- 
tenir pour  lui  une  patente  ou  permis-, 
sion  à  vie  de  tenir  son  théâtre  ouvert 
au  public  pendant  la  clôture  des  deux 
principaux  théâtres  de  Londres,  c'csf- 
à-dire,  depuis  le  1 5  mai  jusqu'au  1 5 
septembre.  Foote,  que  sa  junbc  de 
bois  n'empêcha  point  de  continuer  à 
paraître  sur  le  théâtre,  et  qui  en  tiia 
même  les  moyens  de  jouer  certains 
rôles,  devint  alors  plus  que  jamais  le 
favori  du  public.  Avec  un  peu  d'écono- 
mie, il  aurait  pu  amasser  une  fortune 
considérable  pr    les    recettes    qu'd 
faisait  ;  mais  quelques  heures  passées 
dans  les  tripots  de  Bath,  en  avaient 
bientôt  absorbé  le  produit.  Foote  vi- 
vait dans  la  familiarité  des  nobles  et 
même  des  princes;  mpis  il  y  vivait 
comme  un  homme  qui  amuse,  et  ne 
savait  pas  se  relever  par  son  carac- 
tère de  rabaissement    attaché  à  un 
pareil  métier.  Comnie  le  plaisir  était 
l'occupation     de    sa    vie  ,    l'argent^ 
était  le  but  de  toutes  ses  actions.  11 
s'était  fait  du  scandale  un  moyen  de 
fortune,  et  l'employait  de  la  manière 
qui  lui  paraissait  le  plus  profitable. 
La  duchesse  de  Kingston  avait  f^if 
parler  d'elle  d'une  manière  peu  avan- 
tageuse. 11  lui  donna,  dans  une  co-, 
médic  qu'il    préparait  (  A    Trip  tô 
Calais],  un  rôle,  sous  le  nom  de 
ladf  KittY  Crocodile,  et  eut  soin  q\ic 
son  projet  parvînt  aux  oreilles  de  l.i 
4iichesse,  qui,,  camPltî  ^  J  axrail  biea 


252  FOO 

compté,  voulut  acheter  son  silence: 
mais  les  prelentions  deFoote  furent  si 
extr.ivagantes  qu'elle  trouva  meilleur 
marché  de  s'adresser  à  l'autorité;  et 
Foote  ,  obligé  de  retrancher  le  rôle 
de  lady  Kitly,  sans  se  le  faire  payer , 
encourut  de  plus  le  ridicule  attaché  à 
l'avidité  dupée.  Les  médecins  lui  ayant 
conseilié  de  faire  un  voyage  en  Fran- 
ce, il  fut  frappé,  à  Douvres,  d'une  atta- 
que de  paralysie,  dont  il  mourut  pres- 
que subitement  le  21  octobre  1777- 
Il  fut  enterré  à  Douvres  ;  mais  on  lui 
a  érigé  depuis  un  monument  dans  le 
cloître  de  l'abbaye  de  Westminster.  H 
était  aussi  amusant  dans  la  sociéié  que 
sur  le  théâtre  ;  on  en  peut  juger  par 
le  passage  suivant,  de  la  Fie  de  Sa- 
TnuelJohnsœif  qu'a  publiée  Buswell. 
C'est  Johnson  lui-même  qui  parle, 
avec  toute  la  familiarité  de  la  conver- 
sation ;  et  son  témoignage  est  peu  sus- 
pect, car  on  a  vu  qu'il  n'était  pas  dis- 
posé pour  Foote  d'une  manière  favo- 
rable :  «  La  première  fois  que  je  me 
»  trouvai  en  société  avec  Foote , 
»  ce  fut  à  i'hotel  Fitzherbert.  Ayant 
»  assez  mauvaise  opinion  du  person- 
»  nage,  je  pris  la  résolution  de  ne 
»  pas  m'amuser  de  ses  saillies,  et  il 
»  est  fort  difficile  d'amuser  un  homme 
»  contre  sa  volonté.  Je  dînai  d'un  air 
v  triste,  affectant  de  ne  pas  l'aperce- 
»  voir  ;  mais  le  drôle  fut  si  comique, 
»  que  je  me  vis  forcé  de  poser  ma  four- 
»  chette  et  mon  couteau,  et,  renversé 
»  sur  ma  chaise ,  d'éclater  de  rire  fran- 
»  chemcnt.  Ah!  Monsieur,  ajoutait 
»  Johnson  , sa  gaîté était  nrésistible.  » 
Ou  cite  de  I  ui  un  grand  nombre  de  traits 
cl  de  mots  piqu  mis.  Le  suivant  ajou- 
tera à  l'idée  qu'on  a  pu  prendre  de 
son  esprit  et  de  son  impudence.  A  la 
fin  d'un  grand  dîner,  le  lord  Sand- 
wich ,  un  peu  échauffe  par  les  vapeurs 
du  vin,  dit  à  Foote  :  «J'ai  souvent 
))  pensé  à  la  catastrophe  qui  termi- 


FOP 

»  nera  vos  jours  j  mais  je  crois  que 
»  vous  devez  mourir  ou  de  la  v. . . 
»  ou  du  gibet.  »  Foote  lui  répon- 
dit :  «  Cela  dépendra  des  circonstan- 
»  ces;  c'est  selon  que  j'embrasserai  la 
»  maîtresse  ou  les  principes  de  votre 
»  seigneurie.  »  On  a  de  Foote  vingt- 
deux  pièces,  qu'on  ne  peut  pas  pro- 
prement appeler  des  comédies,  et  qui 
pèchent  surtout  par  l'irrégularité  du 
plan;  mais  on  y  trouve  beaucoup  de 
vivacité  et  de  gaîté;  et  la  lecture 
même  en  est  fort  amusante.  Elles  ont 
néanmoins  perdu  de  leur  piquant ,  qui  y 
étant  fondé  sur  des  ridicules  indivi- 
duels, a  dû  disparaître  en  partie  avec 
les  individus  qu'il  ridicuHsait.  Il  imt 
excepter  de  ce  jugement  la  comédie 
du  Mineur^  l'une  de  ses  meilleures 
pièces ,  dirigée  contre  la  bigoterie  et 
la  secte  des  Méthodistes.  Il  a  beau- 
coup emprunté  à  Molière  et  à  d'autres 
auteurs.  On  a  imprimé  sous  son  nom, 
et  sous  le  titre  de  Théâtre  comique  y 
en  5  vol.  in-12  ,  un  recueil  de  comé- 
dies ,  traduites  du  français.  Après  le 
Mineur,  on  cite  encore  avec  distinc- 
tion sa  pièce  du  Chevalier,  et  celle 
du  Diable  boiteux  (the  Devil  on  two 
sticks).  M.  William  Cooke  a  publié 
les  Mémoires  de  Samuel  Foote  ^ 
avec  un  Recueil  de  ses  bons  mots , 
anecdotes ,  jugements  authentiques , 
etc. ,  la  plupart  inconnus ,  et  trois 
de  ses  pièces  de  théâtre  non  impri" 
mées  dans  ses  œuvres ,  Londres , 
i8o5,  3  vol.  in-8^  Arthur  Murphy, 
son  ami,  avait  rassemblé  des  maté- 
riaux pour  écrire  aussi  la  vie  de  cet 
homme  singulier  ;  il  en  a  même  laissé 
des  fragments  qui  ont  été  imprimés 
dans  la  Fie  d'Arthur  Murphy  »  par 
Jesse  Foote.  S — d. 

FOPPENS  (Jean-François),  né 
à  Bruxelles  en  1689  >  professeur  de 
théologie  à  Louvain,  chanoine  et  ar- 
chidiacre de  Malines,  mort  le  iG  juil- 


FOP 

let  1761 ,  consacra  ses  études  à  l'his- 
toire  de  son  pays.  Il  a  donne  :  I.  HistO' 
ria  episcopatiîs  Antverpiensis^  '  7  '  7> 
in-4".  W.Historia  episcopalûs  S;yl- 
vœ-ducensis  ^  1721,  in^"»  lH-  Com- 
pendium  chronologicum  episcopo- 
rtiîïi  Brugensiiim  ,  1731  ,  in -4°. 
IV.  Bibliotheca  Belgica ,  Bruxelles, 
1 75g,  2  vol.  in-4 '.  Il  a  refondu  dans 
un  seul  ouvrage  les  écrits  de  Valère 
André ,  d'Aubert  le  Mire ,  d'Ant. 
Sander,  de  Fr.  Sweert  sur  les  écri- 
vains de  la  Belgique,  et  les  a  con- 
tinués quoique  incomplètement  jus- 
qu*en  1680,  en  y  en  ajoutant  envi- 
ron 56o  ;  ce  qui  porte  le  nombre 
total  à  près  de  trois  mille.  Il  y  a 
fait  des  additions ,  corrections ,  sup- 
pressions et  mutilations  j  mais  il  n'a 
ajouté  aucun  détail  biographique , 
ce  qui  réduit  la  Bibliotheca  Belgica 
à  n'être  le  plus  souvent  qu'une  no- 
menclature d'ouvrages.  Foppeus  n'a 
pas  pris  dans  les  auteurs  qu'il  a  re- 
produits tout  ce  qu'il  y  avait  à  pren- 
dre ,  de  sorte  que  l'on  n'est  pas  dis- 
pensé d'avoir  les  éditions  originales 
de  Valère  André,  Aubert  le  Mire, 
Sander,  Sv^eert.  En  rapportant  les 
épitaphes  des  auteurs  non  catholi- 
ques, Foppens  prévient  ridiculement 
que  les  éloges  contenus  dans  ces 
épitaphes  ne  doivent  pas  lui  être  at- 
tribués. Les  portraits  (  au  nombre  de 
près  de  4o<>)  qui  ornent  ses  deux 
volumes  ne  sont  au  reste  que  de  nou- 
velles épreuves  des  cuivres  qui  avaient 
déjà  servi  pour  les  Elogia  Belgica 
de  le  Mire  et  pour  \ Académie  de 
BuUart.  (  Foy.  Bullart^I  n'avait 
pas  promis  ,  comme  le  di^^ler  sur 
Struvius  (  Bill.  hist.  litlerariœ ,  pag. 
1236),  de  donner  un  3*.  volume 
qui  comprendrait  \es  auteurs  belges 
depuis  1680;  il  avait  dit  seulement 
qu'il  remettait  la  suite  de  sa  Biblio- 
theca Belgica  à  d'autres  temps ,  ou 


FOP  255 

même  dans  d'autres  mains  (poste- 
riores  aut  contemporaneos  aliis  eu- 
ris ,  seu  meis,  sive  potiùs  virorum 
eruditorum,  relinquens).  On  peut  au 
reste ,  sur  la  Bibliotheca  Belgica  de 
Foppens  ,  consulter  le  Dictionnaire 
historique  de  Marchand  (pag.  ici 
à  1 09 ,  note  C  ) ,  où  de  nombreuses 
omissions  sont  réparées  ou  indiquées, 
La  Bibliothèque  du  roi  en  possède  un 
exemplaire  en  onze  volumes  aVec  des 
notes  de  M.  Van  dcn  Block,  qui  sont 
de  très  peu  d'importance  ;  ce  n'était 
que  le  commencement  d'un  travail 
immense.  Depuis  Foppens ,  la  Bel- 
gique a  eu  un  autre  bibliographe. 
(  V.  Paquot.)  V.  Oratiofunehris  ha- 
bita in  ecclesid  metrop.  D.  Romualdi 
in  exequiis  Caroli  sexti  imperato- 
ris,  l74^,  in-4°.  VI.  Jpplausus 
ecclesiœ  Mechliniensis  D.  archie- 
piscopo  suo  D.  Thomœ  Philippo  de 
Alsatid^  in-fol.,  pièce  de  vers.  Fop- 
pens en  a  composé  bpaucoup  d'au- 
tres. VIL  Basilica  Bruxellensis , 
etc.,  seconde  édition,  1743,  '^  vol. 
in  -  8".  La  première  avait  paru  sous 
ce  titre  :  Basilica  Bruxellensis  sive 
monumenta  antiqua ,  inscriptiones 
et  cœnotaphia  œdis  DD.  Michaëll 
Archangelo  et  Gudilœ  Firgini  sa- 
crœ ,  Amsterdam,  '677,  un  seul 
volume  in-8".,  attribué  à  J.  B.  Chrys- 
lin.  VUL  Auberti  Mirœi  opéra  di- 
plomatica  et  historica,  éditio  secun- 
da  ,  auctior  et  accuratior ,  Lou- 
vain,  1723-48,  4  vol.  in-fol.  Les 
ouvrages  que  Foppens  a  laissés  eu 
manuscrit,  et  dont  nous  avons  con- 
naissance ,  sont  :  1  *'.  Dissertatio  de 
Bibliomanid  Belgica  hodiernd^  in 
qud  specialiter  de  libris  agitur  quos 
anno  1  765  plaçait  phœnices  libro- 
rum  appellare  ;  2".  Epitaphia  Bru- 
gensia  quœ  exlant  in  diversis  eccle- 
siis,  nec  non  Ostendana,  Dixmudana 
et  in  ecclesid  parovhiali  de  Foug- 


a54  FOQ 

ques;  5".  une  Chronique  abrégée  de 
la  ville  de  Bruxelles.  —  Foppens 
(  François  et  Pierre  ),  frères  de  Jean- 
François,  ont  donne'  les  Délices  des 
Pays  -  Bas ,  1 745  ,  4  vol.  in  -  1 2. 
Hoyois  (  Bibliothèque  des  Pays-Bas) 
pense  que  le  premier  autciu'  de  cet 
ouvrage  est  Dobbeleer ,  libraire  à 
Bruxelles,  qui  le  fit  paraître  eu  1697, 
un  vol.  in- 12;  il  le  dédia  à  J.  B. 
Chrysfin  ,  qui  y  travailla ,  et  donna 
l'édition  de  1 7 1  t  ,  3  vol.  in-S".  De- 
puis les  frères  Foppens,  le  P.  Griflel 
a  donne'  une  nouvelle  édition  de  ce 
livre,  Liège,  Bassompierre,  1769, 
5vol.in-8".  A.B— -T. 

FOQUELIN  (Antoi>£),  ne  dans 
le  Vermandois ,  a  fait  imprimer  à  Pa- 
ris en  i555  une  édition  des  Satires 
de  Perse,  avec  un  commentaire  la- 
tin :  elle  est  dcdic'e  à  l^;iraus ,  dont 
Foquelin  avait  pendant  neuf  ans  reçu 
les  leçons.  Après  avoir  donné  à  Paris 
des  cours  publies  sur  la  philosophie 
d'Aristote,  Foquelin  alla  professer  le 
droit  à  Orléans.  11  était  élève  de  Cu- 
jas,  et  se  montra  digne  d'un  si  grand 
maître.  Ses  Frœlectiones  Aurelianœ, 
qui  contiennent  ses  cahiers  sur  la 
substitution  ordinaire  et  la  sub^lilu- 
lionp'jpillairesoutappeléesparSaxius 
Aureolus  Ubellus ,  «  un  petit  livre 
»  d'or.  »  Cet  ouvrage  ,  dont  la  pre- 
micre édition  est  de  Paris,  iSSq,  a 
été  réimprimé  à  Leydo  en  1677  el 
1695.  B— ^ss. 

FOREES,  en  latin,  Forbesius  y 
nom  d'une  famille  noble  du  comté 
d'Aberdeen,  en  Ecosse,  laquelle  a  pro- 
duit plusieurs  personnages  qui  méri- 
tent d'clre  connus.  ForbÈs  (Patrice), 
seigneur  de  Corse  et  baron  d'Oueille 
dans  ce  royaume,  était  né  en  i504  » 
et  avait  embrassé  ieiat  ecclésiastique. 
)1  avait  atteint  Tage  de  qnaranle-liuit 
ans ,  lorsque  son  évcque  lui  fit  de  vi- 
yes  iiibtiiJices  pour  l'enga^^er  à  prcud^e 


FOR 

une  cure  de  campagne,  qu'il  desservît 
avec  beaucoup  de  zèle  pendant  quel- 
ques années.  L'évêché  d'Aberdeen 
étant  venu  à  vaquer,  Jacques  1^'.  y 
nomma  Patrice  Forbès  ,  qui  s'acquitta 
des  fonctions  épiscopales  en  véritable 
apôtre.  Ce  prélat  pieux,  ami  des  let-^ 
très  et  protecteur  de  ceux  qui  les  cul- 
tivaient,  mourut  en  i635,  âgé  de 
soixante-onze  ans,  après  dix-sept  an- 
nées d'épiscopat.  Il  a  composé:  I.  Un 
Commentaire  sur  l'Apocalypse  , 
Londres,  i6i5,  en  anglais,  traduit 
depuis  en  latin  par  son  fils,  qui  Ta  pu- 
blié avec  des  notes,  Amsterdam,  1 646, 
in-4".  IL  Exercitaliones  de  verbo 
Dei ,  et  dissertatio  de  versionibus 
vemaculis.  —  ForbÈs  (Jean  ) ,  fils 
du  précédent ,  et  théologien  célèbre  de 
l'église  anglicane ,  né  à  Aberdeen  en 
1593,  avait  eu  beaucoup  de  succès 
dans  ses  premières  études.  Après  les 
avoir  finies  ,  il  commença ,  au  collège 
d'Aberdeen,  un  cours  de  théologie, 
qu'il  alla  continuer  à  l'univtrsitéd'Hei- 
delbcrg,  sous  le  docteur  David  Pa-^ 
rœus.  S'il  était  vrai,  comme  le  dit 
Piclet  dans  ses  œuvies  mêlées,  que 
Je.tu  Forbès,  en  160B,  eût  soutenu 
une  dispute  publique  contre  l'arche- 
vêque et  les  docteurs  luthériens  d'Up- 
sal ,  il  faudrait  que  fort  jeune  il  «ut 
fait  d'txtiêraes  progrès  eu  théclogie, 
puisqu'alors  il  u'auiait  eu  que  quii:ze 
ou  tout  au  plus  seize  ans.  Aussi  celte 
anecdote  est-<lîe  révoquée  en  doute. 
Forbès  visita  plusieurs  autres  acadé- 
mies et  universités  d'Allemagne,  |>our 
y  pcrfeclionucr  son  instruction.  Il  y 
étudia  av^soin  la  langue  hébraïque, 
et  revint dahs  sa  patrie  profondément 
versé  dans  la  théologie  et  l'histoire  ec- 
clésia.stiquc,  et  nourri  de  la  lecture 
des  Pères.  L'université  d'Aberdeen 
s'empressa  de  s'attacher  un  sujet  aussi 
dislingue.  Ou  créa  tout  exprès  pour 
lui  Uttc  chaire  destinée  à  dts  leçons  où 


FOR 

U  tlieologic  devait  se  trouver  réunie 
à  riii:>toire  du  christianisme,  étude 
uu  peu  tombée  en  Ecosse,  et  que  It^s 
circonstances  exijieaient  qu'on  relevât. 
11  remplit  celte  tâche  avec  applaudis- 
sement. Forbès  voulait  ê're  évêque, 
et  tenait  aux  opinions  des  e'piscopaux , 
rejetées  par  Téglise  d'Ecosse  entière- 
ment presbytérieunej  il  avait  signé  les 
cinq  articles  de  Jacques  I**". ,  et  refusé 
le  covenanl  :  cela  le  rendit  susp(  et. 
Déféré,  en  1640,  au  synode  d'Aber- 
deen,  il  y  fut  condamné  et  dépouillé 
de  sa  chaire  :  les  troubles  augmentant, 
il  se  retira,  en  1642,  en  Hollande. 
11  y  profita  de  son  loisir  peur  revoir 
les  leçons  qu'il  avait  faites  à  Aberdeen, 
et  mettre  la  dernière  main  à  quelques 
ouvrages  ;  il  en  fit  imprimer  plusieurs. 
Après  avoir  passé  environ  deux  ans 
en  Hollande,  il  retourna  eu  Ecosse, 
et  alla  se  fixer  dans  sa  terre  de  Corse, 
où  il  vécut  dans  la  retraite,  joignant 
à  l'étude  une  conduite  extrêmement 
édifiante.  Il  y  mourut  le  29  avril 
3648.  Les  protestants  rigoristes  lui 
reprochent  son  tolérantisme  et  le  de- 
sir  qu'il  laissait  entrevoir  d'un  rap- 
prochement entre  les  communions 
réformées  et  l'église  romaine.  H  a 
laissé  les  ouvrages  suivants  :  1.  Insti- 
tutiones  hislonco-lheologicœ ,  Aras- 
tcrdam,in-fol.,  1646;  Genève,  1699. 
Ces  institutions  sont  le  résultat  des  le- 
çons que  Jean  Forbès  faisait  à  Aber- 
deen quand  il  y  professait.  C'est  l'ou- 
vrage le  plus  considérable  de  ce  théo- 
logien j  il  y  fait  remarquer  les  dijïe- 
reules  circonstances  qui,  selon  lui, 
ont  successivement  amené  des  chan- 
gements dans  la  discipline  ecclésiasti- 
que j  il  note  les  erreurs  ou  vraies  ou 
prétendues  ,  telles  qu'elles  sont  nées 
dans  chaque  siècle,  et  les  questions 
qui  ont  clé  agitées  dans  TEglise  depuis 
les  temps  apostoliques  jusqu'au  i  'J^ 
sicçîe.On  y  trouve  vecueiliis  avec  grand 


FOR  255 

soîn  tous  les  passages  des  anciens  au- 
teurs ecclésiastiques,  qui  concernent 
les  matières  dont  il  traite ,  et  qui  peu- 
vent faire'voir  quel  a  été  leur  senti- 
ment. Cet  ouvrage,  dont  il  y  a  une  am- 
ple analyse  dans  les  Mémoires  du  Père 
Nicéron  (t.  42),  réunit,  lorsqu'il  parut, 
les  suffrages  des  professeurs  des  uni- 
versités de  Leyde  et  d'Utrecht.  On  en 
a  un  abrégé ,  sous  le  titre  de  Amoldi 
Montani  Forhesius  contractas,  Ams- 
terdam, i663.  11.  Dix  Livres  de 
Théologie  morale ,  qui  contiennent 
une  explication  du  Décalogue  ,  im- 
primés sur  le  manuscrit  de  l'auteur. 
Cet  ouvrage  est  regardé  par  les  protes- 
tants comme  un  corps  complet  de  mo- 
rale chrétienne.  L'auteur  y  emploie 
moins  le  raisonnement  que  l'autorité, 
s'appuyanl toujours  sur  le  témoignage 
^es  Pères  ou  des  théologiens  scolasli- 
ques.  IIL  Briève  idée  de  la  vie  inté- 
rieure^ tirée  des  amples  commen- 
taires des  exercices  spirituels ,  que 
M-  Garden  a  eus  en  écossois  de  la 
propre  main  de  Forbès ,  et  qu'il  a 
traduits  enlatin.lY.  Les  commen- 
taires delà  vie  intérieure  et  des  exer- 
cices spirituels  de  Forbès ,  écrits  par 
lui-même,  et  traduits  en  latin  par 
M.  Garden.  C'est  le  journal  des  exer- 
cices de  piété  de  l'auteur  ;  ces  corn- 
mentaircssontsuivis  de  deux  Sermons 
et  d'une  Dissertation.  V.  Irenicum 
amatoribus  veritatis  et  pacis  in  ec-r 
clesid^cotiand.  Ce  sont  des  conseils 
et  des  moyens  de  conciliation  pour 
parvenir  à  rétablir  la  paix  entre  les 
épiscopaux  et  les  presbytériens,  avec 
nne  dissertation  en  faveur  du  gouver- 
nement épiscopal.  VI.  Un  Traité  du 
devoir  et  de  la  résidence  des  pas-^ 
teurs.  L'auteur  y  traite  de  leur  fuite 
légitime  ou  illégitime  en  temps  de  per- 
sécution. M.  Gutler,  professeur  de 
théologie  à  Devenler,  a  donné  le  rc^, 
cueil  des  œuvres  de  Jean  Forbès, 


a56  FOR 

Amsterdam,  1703,  1  vol.  in-foK, 
dont  le  2«.  conlienl  les  instilulions 
hisloiico-tliéologiques,  que  rautenr 
avait  revuesavec  soin  dans  sa  retraite 
après  son  retour  de  Hollande ,  et  aux- 
quelles il  avait  fait  des  changements 
et  des  augmentations.  Sa  vie,  delà 
composition  de  George  Garden  ,  se 
trouve  à  la  tête  du  premier  volume. 
— •  FobbÈs  (  Guillaume  ),  premier 
«vêque  d'Edimbourg  ,  né  vers  Tan 
1 585 ,  à  Abcrdeen ,  et  de  la  même  fa- 
mille que  les  pré<;e'dents ,  commença 
ses  études  dans  sa  patrie ,  et  se  fit 
che'rir  de  ses  maîtres,  par  sa  douceur, 
5a  modestie,  les  espérances  que  don- 
nait son  génie  naissant,  et  par  son  ap- 
plication à  l'étude.  A  seize  ans  il  avait 
achevé  son  cours  de  philosophie, 
quoiqu'il  Teùt  doublé  et  y  eût  employé 
quatre  ans.  Lorsqu'il  passa  maîire-ès- 
arls  ,  il  soutint  ses  examens  avec  tant 
de  distinction  ,  que  Gilbert  Grey , 
principal  du  collège  Marshal ,  le  jugea 
digne  d'y  occuper  une  chaire  de  logi- 
que :  il  exerça  cet  emploi  pendant  qua- 
tre ans ,  se  tenant  fidèlement  attaché 
aux  principes  d'Aristote,.et  combattant 
les  nouveautés  que  Ramus  avait  in- 
troduites, lesquelles  commençaient  à 
se  répandre,  A  l'âge  de  vingt  ans, 
Guillainnc  Forbès,  se  destinant  à  l'état 
ecclésiastique,  visita  l'Allemagne  dans 
Je  dessein  de  perfectionner  ses  con- 
naissances et  de  se  rendre  habile  dans 
la  théologie;  il  s'arrotait  partout  où  il 
trouvait  des  moyens  de  s'instruire. 
]|  suivit  les  leçons  des  professeurs 
d'Helmstadt,  d'Heidclbeig  et  des  au- 
tres universités ,  fît  une  étude  sérieuse 
de  l'Ecriture-Sainte  ,  des  PP.  de  l'E- 
glise, des  scolasti(|ttcset  des  conlrover- 
sisles.  Aux  langues  latine  et  grecque 
qu'il  possédait  parfaitement,  il  joignait 
la  connaissance  de  la  langue  sainte ,  et 
y  réussit  tellement  qu'il  eût  pu  le  dis- 
puter aux  plus  habiles  rabius.  Après 


FOR 

avoir  pa^sé  quatre  ans  dans  ces  occu- 
pations, il  se  rendit  à  Leyde,  où  il  vit 
Grotius,  Vossius  et  d'autres  savants 
avec  lesquels  son  mérite  lui  procura 
aisément  d'intimes  liaisons.  Sa  santé  , 
altérée  par  la  fatigue  des  voyages  et 
l'étude  ,  ne  lui  permit  ni  de  repasser 
par  la  France  et  l'Italie ,  comme  il  se 
le  proposait,  ni  d'accepter  une  chaire 
d'hébreu  qu'on  lui  offrit  à  Londres.  11 
revint  à  Aberdeen ,  où  ses  forces  étant 
revenues,  le  comte  Forbès,  son  parent, 
le  fit  nommer  pasteur  de  l'église  d'Al- 
fort:  le  talent  distingué  qu'il  avait  pour 
la  prédication  ,  porta  les  habitants  de 
la  ville  d'Aberdeen  à  le  demander  pour 
ministre.  Il  céda  à  leurs  instances  ; 
mais  cet  emploi  devenant  trop  fati- 
gant pour  lui ,  on  le  nomma  à  la  prin- 
cipalitédu  collège  Marshal ,  comme  à 
une  place  de  repos.  Son  zèle  ne  lui 
permit  pas  d'en  jouir  à  ce  titre.  Il  s'as- 
treignit à  y  faire ,  trois  fois  la  semaine , 
des  leçons  de  langue  hébraïque  et  de 
controverse.  Il  rendit  d'autres  services 
à  ce  collège,  lien  restaura  et  augmenta 
les  bâtiments,  en  décora  l'église ,  et  y 
fit  bâtir  une  salle  de  bibliothèque ,  qui 
bientôt  s'enrichit  de  bonslivres.  L'uni- 
versité reconnut  ces  services,  en  le 
nommant  successivement  doyen  de  la 
faculté  de  théologie  et  recteur  magni- 
fique. Sa  réputation  fit  souhaiter  à  la 
ville  d'Edimbourg  de  l'avoir  à  la  tetc 
de  son  église.  Forbès  s'excusa  sur 
sa  santé.  Mais  lo  synode  provincial 
n'ayant  point  agréé  ses  excuses ,  il  fut 
obligé  d'obéir.  Il  fut  reçu  àEdinibourg 
avec  toutes  sortes  de  marques  d'estime. 
Malheureusement  ces  dispositions  fi- 
vorables  durèrent  peu.  Forbès  avait 
sur  l'épiscopat  des  sentiments  con- 
traires à  ceux  des  presbytériens,  qui 
prévalaient  à  Edimbourg.  Quoique 
dans  ses  sermons  il  n'exposât  ses  opi- 
nions qu'avec  beaucoup  de  modération 
cl  de  sagesse ,  il  déplut.  Ou  chercha  k 


FOR 

le  diffamer,  et  on  l'accusa  de  papisme. 
11  prit  la  re'solution  de  quitter  Edim- 
bourg et  de  retourner  à  Aberdeen.  II  y 
fut  reçu  avec  joie ,  et  y  reprit  ses  pre- 
mières fonctions.  Le  roi  Charles  I", 
étant  venu  se  faire  couronner  à  Edim- 
bourg ,  Forbès  fut  nommé  pour  aller 
le  haranguer  et  pour  prêcher  le  pre- 
mier sermon  devant  lui.  11  s'acquitta 
de  cette  double  fonction  d'une  manière 
si  agréable  au  monarque  ,  que  ce 
prince ,  ayant  fondé  à  Edimbourg  un 
e'vêché ,  il  y  nomma  Forbès.  Le  nou- 
veau prélat  ne  jouit  pas  long-temps  de 
cette  dignité  :  étant  tombé  grièvement 
malade,  il  ne  songea  plus  qu'à  se  pré- 
parer à  la  mort.  Il  se  fit  administrer 

I  eucharistie ,  après  avoir  fait  sa  con- 
fession à  un  prêtre  et  en  avoir  reçu 
l'absolution ,  ce  qui  fit  croire  qu'il  était 
catholique  dans  le  cœur;  opinion  que 
semble  confirmer  la  conduite  d'un  fils 
qu'il  laissait,  lequel,  dans  la  suite,  se 
déclara  ouvertement  catholique  ro- 
main.Foi  bèsmourutle  I*',  avril  1634, 
âgé  seulement  de  49  'ins.  Tl  n'y  avait 
que  trois  mois  qu'il  avait  été  nommé  à 
lepiscopat.  Il  fut  enterré  dans  son 
église  cathédrale. C'était  unbomme  de 
bien  et  d'une  grande  piété.  11  jeûnait 
et  se  mortifiait  comme  un  anachorète. 

II  avait  une  mémoire  admirable  ,  était 
excellent  dialecticien  ,  retranchait  des 
disputes  théologiques  tout  ce  qui  n'était 
point  essentiel ,  et  desirait  ardemment 
l'unanimité  de  sentiments  parmi  les 
chrétiens.  Il  ne  publia  rien  de  son  vi- 
vant. Il  avait  préparé  et  laissé  en  ma- 
nuscrit ,  un  livre  intitulé.  Considéra- 
tiones  modestœ  controversiariim  , 
lequel  fut  imprimé  à  Londres  en  i658, 
in-8\,  et  à  Helmstadt  en  i655.Ilen 
parut  unetroisième  édition  à  Francfort- 
snr-le-Mein ,  en  1707.  A  la  tête  du 
livre  se  trouve  un  abrégé  de  la  vie  de 
l'auteur.  Le  livre  de  Guillaume  Forbès, 
écfitavec  beaucoup  de  modération ,  ne 


plut  point  aux  protestants  rigides , 
dont  l'esprit  ardent  ne  voulait  entendre 
à  aucune  composition.  Outre  cet  ou- 
vrage ,  Forbès  avait  laissé  en  mou- 
rant un  exemplaije  des  controverses 
de  Bellarmin ,  4  voL  in-folio  ,  dont 
toutes  les  marges  étaient  remplies  de. 
notes  de  sa  main.  Une  partie  de  ces 
notes,  qu'il  avait  mises  en  ordre ,  avait 
servi  à  la  composition  des  Considéra- 
tiones  modestœ.  Cet  exemplaire  d& 
Bellarmin  tomba  entre  les  mains  de 
Robert  Baron,  qui  avait  succédé  à 
Forbès  dans  sa  chaire.  Il  devait  faire 
imprimer  ces  notes  dont  il  faisait  grand 
cas ,  et  y  joindre  des  observations  et 
des  dissertations.  Il  mourut  avant 
d'avoir  pu  exécuter  ces  desseins. 

L— Y. 
FORBES  (Duncan),  juriscon- 
sulte écossais ,  né  en  1 685  à  Culloden  ^ 
dans  le  comté  d'Inverness,  étudia  aux 
universités  d'Edimbourg ,  d'Utrechl 
et  de  Paris.  De  retour  dans  son  pays  , 
les  talents  et  le  caractère  qu'il  déploya 
au  barreau ,  lui  acquirent  une  grande 
réputation ,  et  lui  valurent,  en  1 7 1 7  » 
la  place  de  solliciteur  général  d'È- 
cosse ,  en  1 7*^5  celle  d'avocat  du  roi  ^ 
et,  en  1 742 ,  la  place  de  premier  pré- 
sident de  la  cour  de  session.  Il  repré- 
senta son  comté  natal  dans  le  parle- 
ment, entre  les  années  1722  et  1737. 
Pendant  la  rebeUion  qui  éclata  ea 
1745  et  174^?  6ÏÎ  faveur  du  préten- 
dant, il  signala  son  zèle  pour  le  gou- 
vernement, en  engageant  ses  propres 
biens  pour  le  soutien  de  la  causeï 
royale.  La  gloire  d'avoir  contribué  à 
rétablir  l'ordre  dans  l'état ,  fut  la  seule 
récompense  qu'il  recueillit  de  ses  ser- 
vices; et  après  s'être  presque  ruiné 
pour  le  bien  public,  lorsqu'il  s'atten- 
dait à  quelque  dédommagement,  le 
ministère  n'eut  pas  honte  de  lui  de- 
mander un  état  des  dépenses  qu'il 
avait  faites.  Ce  trait   d'indélicatesse 


»58  FOK 

TafFecta  au  point  que  le  cliagrin  qu'il 
en  eut  avança,  «lit-on,  sa  mort,  arri- 
vée en  1747»  IJ  f'»t  3  '3  iois  un  juge 
intègre  et  plein  d'humanité;  religieux, 
mais  sans  superstition  ;  bienfaisant  et 
ch^ritabie  envers  les  malheureux,  de 
quelque  serte  quMs  fussent.  11  était 
très  savant ,  et  écrivait  avec  élégance. 
On  a  de  lui  qut  Iques  ouvrages  esti- 
més en  Angleterre ,  mais  qui  n*ont 
point  de  rapport  à  sa  profession ,  et 
qui  ont  été  publiés  en  1 750,  en  2  vol. 
iu- 1  "X.  Ce  sont  :  1.  Pensées  sur  la  reli- 
gion. II.  Lettre  à  un  évëque.  III.  Ré- 
Jlexions  sur  V incrédulité ,  *75o, 
2  vol.  in-8".  Ils  ont  été  traduits  en 
français.  Le  P.  Houbigant  a  donné  les 
ouvrages  de  Forbès,  contenant  ses 
Pensées  sur  la  religion  naturelle 
et  révélée.  Lettres  à  un  éi^éque , 
Réflexions  sur  l'incrédulité,  tra- 
duction de  l'anglais,  1768,  in-8°. ; 
177  r ,  in-8<*.  Eidous  avait  traduit  les 
Réflexions  sur  les  causes  de  l'in- 
crédulité par  rapport  à  la  reli- 
gion y  1768,  in- 12. —  FoRBEs  (Sir 
William),  de  Pitsiigo,  baronet  an- 
glais ,  esliraé  pour  ses  talents  et  pour 
son  caractère  bienfaisant ,  avait  été 
l'ami  intime,  et  fut  un  des  exécuteurs 
fcslaraentaires  du  poète  Bcatlic.  Il  pu- 
Wia  en  1 806  :  An  Account  of  the 
life,  etc.  {Mémoires  sur  la  vie  et  les 
ouvrages  de  Jacques  Bealtie ,  com- 
prenant un  grand  nombre  de  ses  let- 
tres inédites  ) ,  2.  vol.  in-4**. ,  avec  un 
portrait  de  Bealtie  d'api  es  Keynolds, 
et  des  fac  simile  de  son  écriture. 
Forbès  njourut  ptu  de  temps  après. 
Son  ouvrage  fut  lu  avec  avidité ,  et 
parut  fort  supérieur,  pour  l'intérêt, 
l'exactitude  et  l'élendue  des  détails ,  à 
ceux  qui  l'avaient  précédé  sur  le  même 
fujet;  mais  on  fut  un  peu  dégoûté  du 
ton  continuel  de  panégyrique  qui  y 
règne,  et  que  ne  justifient  pas  trop 
dta  ayenx  contenu»  dans  la  corres« 


Fon 

pondance  même  du  héros.  It  paroi 
en  1807  une  seconde  éiition  de  ce» 
Mémoires.  William  Mudfort,  qui  a 
donné  depuis  une  ViedeBeatlie,  Lon- 
dres, 1809,  in- 12,  a  beaucoup  dé- 
primé le  mérite  de  l'ouvrage  de  For- 
bès ,  mais  n'a  pas  dédaigné  cependant 
de  le  copier,  en  plusieurs  endroits, 
assez  littéralement.  X — s. 

FOKBIN  (Palamède  de),  dit  le 
Grand  y  seigneur  de  Soliers ,  d'une 
ancienne  maison  de  Provence,  fut 
d'abord  p^é^idcnt  de  la  chambre  des 
comptes ,  et  ensuite  conseiller  d»i  roi 
René.  Son  mérite  et  sa  capacité  lui  va- 
lurent l'entière  confiance  de  ce  prince , 
qui  ne  prenait  aucune  décision  impor- 
tante sans  avoir  son  avis.  Il  continua 
à  jouir  de  la  même  faveur  sous  Cbarle» 
d'Anjou,  successeur  de  René;  et  ce 
fut  Forbin  qui  lui  persuada ,  dans  le 
cas  où  il  mourrait  sans  enfant  mâle , 
de  laisser  ses  états  au  roi  de  France. 
Charles  étant  mort  le  1 1  décembre 
1481  ,  Louis  Xl  prit  possession  de 
la  Provence  ,  et  en  nomma  Forbia 
gouverneur,  avec  le  privilège  de  dis- 
poser de  toutes  les  charges  en  faveur 
de  qui  il  jugerait  convenable.  L'année 
suivante,  Forbin  convoqua  les  états, 
et  y  fit  confirmer  les  ordonnances 
qu'il  avait  rédigées  jwur  l'administra- 
tion du  pays  :  il  nomma  son  gendre 
grand  sénéchal,  son  fils  juge-maje, 
et  distribua  les  autres  emplois  â  ses 
parents  ou  à  se^i  créatures.  Ce  haut 
d<'gré  de  fortune  lui  avait  suscité  de 
nombreux  ennemis;  i's  chercLèrent  à 
le  perdre  dans  l'esprit  du  roi ,  en 
l'accusant  de  faire  nn  emploi  coupable 
des  deniers  publies.  Le  roi,  fatigué  des 
plaintes  qu'il  recevait ,  envoya  un 
commissaire  pour  examiner  la  con- 
duite de  Forbin,  qui  n'eut  \^s  de 
peine  à  confondre  ses  accusateurs. 
Mais,  après  la  mort  de  Louis  Xl  ,  il 
fut  obligé  de  céder  à  ses  ennemis,  et 


FOR 

adressa  au  roi  la  démission  de  tous 
Ses  emplois.  Il  survécut  plusieurs  an- 
nées à  ce  revers ,  qu'il  soutint  avec 
courage ,  et  mourut  à  Aix ,  a«  mois 
de  février  1 5o8.  PalafnèJi-  Forbin  , 
dit  un  de  ses  compatriotes  (Bouche), 
est  uu  des  plus  grauds  homfues  en 
tout  genre ,  que  U  Provence  ait  pro- 
duits depuis  Gharlemagiic. — Forbin 
(Gaspard  de),  seigneur  de  Soiieis  et 
dilgt.-Ginual ,  fut  député  par  la  no- 
blesse de  Provence  à  rassemblée'  des 
KOtables, convoquée  à  i^ouen  en  i6i  7. 
Il  a  laissé  des  ouvrages  manuscrits , 
parmi  lesquels  on  cite  :  I.  Mémoire 
sur  les  troubles  de  Provence  de  1 578 
à  1 588 ,  in-4**'  f^et  ouviage  était  con- 
servé dans  h  bibliothèque  du  marquis 
d'Aubais.  II.  Mémoires  pour  servir  à 
Vhistoire  de  Provence,  contenant 
ce  qui  s'est  passé  depuis  le  mois  de 
mai  i588,  jusqu'au  16  novembre 
1697  Le  Long  dit  que  César  Nostra- 
damus  a  bien  profité  de  cet  ouvrage 
pour  la  rédaction  de  son  Histoire  de 
Provence.  W — s. 

FOaBIN.  rqr.  Janson  et  Rosem- 

BERG. 

FORBIN  (Claui»),  chef  d'escadre 
des  armées  navales  de  France  ,  naquit 
en  i656  ,  à  Gardane ,  près  d'Aix  en 
Provence.  Sa  famille  était  Tune  des 
plus  distinguées  de  cette  province.  Il 
entra  de  bonne  heure  dans  la  marine, 
fut  recommandé  au  maréchal  de  Vi- 
vonne  par  son  oncle,  qui  était  capitaine 
de  vaisseau,  etsrrvit,en  1675, dans 
Texpédition  de  Messine.  Ennuyé  en- 
suite du  repos  dans  lequel  on  le  lais- 
sait,  il  entra  dans  l'armée  de  terre; 
mais  il  reprit  bientôt  la  mer,  et  fit  la 
campagne  d'Amérique  avec  le  comte 
d'Estrées ,  puis ,  avec  Duquesne ,  celle 
dans  laquelle  Alger  fut  bombardé.  Dans 
toutes  les  occasions  il  se  distingua  par 
une  valeur  qui  allait  jusqu'à  la  témé- 
rité. Lorsqu'en  i685  le  chevalier  de 


FOR  239 

Chauraont  fut  envoyé  en  ambassade  à 
Siam, Forbin  l'accompagna  en  q  laiité 
de  major.  L'activiléqu'il  montra  en  s'ac- 
quittaut  des  fonctions  de  cet  emploi, 
plut  tellement  au  roi  de  Siam  ,  que  ce 
prince  voulut  le  retenir  auprès  de  lui 
quand  Cbaumonl  revint  en  Europe. 
Constance,  principal  ministre  de  ce 
monarque,  fut  ravi  de  ses  desseins  sur 
Forbin.  La  liberté  avec  laquelle  ce  der- 
nier s'expliquait  sur  le  peu  d'avantage 
que  la  France  retirerait  de  ses  liaisons 
avec  ce  pays  lointain,  donna  au  mi- 
nistre lieu  de  craindre  qu'un  homme 
d'un  caractère  si. franc  nefîtécbouer, 
en  retournant  en  France  ,  les  projets 
qu'il  avait  formés,  pour  son  propre  in- 
térêt,  sur  une  alliance  avec  ce  pays, 
et   qu'il    conduisait   avec    beaucoup, 
d'adresse.  Il  persuada  au  roi  de  pren- 
dre à  son  service  un  certain  nombre 
d'étrangers.  Forbin  se  vil ,  malgré  sa 
répugnance,  ob'igé  d'accepter  la  char- 
ge de  grand-amiral ,  général  des  ar- 
mées du  roi  et  gouverneur  de  Bancok  , 
et  reçut  les  marques  de  sa  dignité.  Ce 
poste  éminent  ne  lui  attira  que  des  d^ 
sagréments  de  tout  genre  de  la  part  de 
Constance  inêm:e  ,  jaloux  de  la  f  iveur 
que  le  roi  lui  témoignait.  Au  bout  de 
deux  ans,  il  demanda,  sous  prétexte  de 
sa  mauvaise  santé,  à  se  retirer  du  ser- 
vice ,  et  en  ob:iot  la  permission.  «  Je 
»  m'estimais  si  heureux,  dit-il  dans  ses 
»  Mémoires,  de  quitter  ce  maudit  pays, 
»  que  j'oubliais,  dans  ce  moment ,  tout 
»  ce  que  j'avais  eu  à  souffrir.  »  Il  se  reiî« 
dit  à  Pondichéri,  et,  après  différentes 
courses  dans  les  mers  voisines,  il  s*em- 
bârqua  pour  la  France  où  il  arriva  en 
1688.  Le  rapport  qu'il  fil  en  parlant  à 
Louis  XIV,  ne  fut  pas  favorable  au 
royaume  de  Siain  ;  et  dans  les  entre- 
tiens qu'il  eut  avec  Seignelai,  ministre 
de  la  marine ,  et  avec  le  P.  Lachai>e , 
il  ne  leur  déguisa  pas  !a  vérité  sur  ce 
pays.  Lors  de  la  guerre  qui  éclata  ea 


34o  FOR 

1689  ,  le  chevalier  de  Forbia  eut  le 
commandement  d^une  frégate  destine'e 
à  croiser  dans  la  Manche.  li  fit  une 
partie  de  cette  cimpagne  avec  Jean 
ljartli,ettous  deux  soutinrent  brillam- 
ment l'bouneur  du  pavillon  français. 
Le  son  des  armes  est  journalier;  après 
avoir  fait  des  prodiges  de  valeur,  ils 
furent  pris ,  conduits  à  Plymouth  et 
mis  sous  les  verroux.  Deux  hommes 
d'un  caractère  aussi  entreprenant  ne 
pouvaient  supporter  long-temps  le  re- 
pos ni  la  captivifë.  La  fortune  sourit  à 
leurs  efforts;  ils  s'échappèrent  et  abor- 
dèrent heureusement  sur  les  cotes  de 
Bretagne.  Quand  Forbin  se  pre'senla 
chez  le  ministre  ,  celui-ci ,  qui  pouvait 
à  peine  en  croire  le  témoignage  de  ses 
yeux,  lui  dit:   D'oii   venez -vous? 
—  D'Angleterre. —  Mais  par.oiî  dia- 
ble avez-vous  passé? — Par  la  fenêtre, 
monseigneur.  —  Forbin  demanda  au 
roi ,  que  le  récit  de  son  aventure  in- 
téressa beaucoup,  la  permission  d'aller 
prendre  sa  revanche.  Il  obtint  le  grade 
de  capitaine  de  vaisseau ,  et  une  grati- 
fication pour  l'indemniser  des  pertes 
qu'il  avait  éprouvées  :  il  remercia  le 
ministre  et  le  roi;  mais,  non  moins 
généreux  que  reconnaissant,  il  repré- 
senta que  Ton  avait  Tair  d'oublier  Jean 
Barth ,  qui  cependant  méritait  que  l'on 
se  §puvîut  de  ses  services ,  qui  était 
son  commandant  ,  et  qui ,    dans  la 
dernière  occasion ,  n'avait  pas  moins 
mérité  que  lui.  Louis  XIV ,  frappé  de 
cette  grandeur  d'ame ,  se  tourna  vers 
Louvois,  et  lui  dit  :  «  Le  chevalier  de 
Forbin  vient  de  foire  une  action  bien 
généreuse  et  qui  n'a  guère  d'exemple 
dans  ma  cour.  »  Le  lendemain  Forbin 
apprit  que  sa  recommandation  eu  fa- 
veur de  Jean  Barth ,  avait  été  efficace  : 
ce  ne  fut  pas  assez  pour  lui;  l'occasion 
lui  sembla  favorable,  il  en  profita  pour 
recommander  au  ministre  les  officiers 
qu'il  avait  laissés  prisonniers  en  Angle- 


FOR 
terre.  Aussi ,  peu  de  temps  après ,  Sei- 
gnelai  étant  allé  à  Brest,  où  se  trou- 
vait Forbin ,  le  proposa  pour  exemple 
aux  officiers.  Pendant  le  reste  de  la 
guerre ,  Forbin  servit,  soit  sur  un  bâ- 
timent qu'il  arma  eu  course  ,  soit  sur 
les  vaisseaux  de  l'état ,  et  eut  de  nou- 
veau l'occasion  de  se  signaler  avec  son 
fidèlecompaguon  Jean  Barth.Ils  firent 
ensemble  des  prises  considérables  sur 
les  Hollandais  ,  et  ravagèrent  les  c4|ës 
d'Ecosse.  Ce  fut  au  retour  de  cette  ex- 
pédition ,  qu'il  mena  Jean  Barth  à  la 
cour.  (  roj^.  Barth.  )  A  la  bataille  de 
la  Hogue,  Forbin  fut  blessé ,  mais  il 
sauva  son  vaisseau  ;  et  à  la  célèbre 
journée  de  Lagos ,  où  Tourville  prit  sa 
revanche ,  Forbin  brûla  trois  bâti- 
ments ennemis  et  s'empara  d'un  qua- 
trième. Il  fît  ensuite  respecter  le  pavil- 
lon français  dans  la  Méditerranée,  tant 
par  les  Algériens  que  par  les  corsaires 
de  Flessingue.  Il  accompagna  le  comte 
d'Esirées  à  la  prise  de  Barcelone  ;  et 
quand  la  paix  fut  signée ,  en  1697  »  ^^ 
eut  ordre  d'aller  annoncer  cette  nou- 
velle en  Sardaigne.  L'année  suivante 
il  alla  ,  comme  ambassadeur  extraor- 
dinaire, à  Alger.  La  guerre  de  la  suc- 
cession d'Espagne  rappela  Forbin  aux 
combats.  Eu  1702,  il  fut  chargé,  par 
Louis  XIV,  de  croiser  dans  l'Adria- 
tique ,  parce  que  i'on  savait  que  la  ré- 
publique de  Venise  faisait  passer  des 
vivres  à  l'armée  de  l'empereur  en  Ita- 
lie. Forbin,  avec  un  vaisseau,  deux  fré- 
gates et  deux  galiotes ,  se  rendit  abso- 
lument maître  du  golfe.  Il  bombarda 
Triesle ,  menaça  d'autres  parties  de  la 
côte,  et  détruisit  un  grand  nombre  de 
bâtiments  ennemis.  Son  action  la  plus 
hardie  fut  d'attaquer,  dans  le  port  de 
Malamocco  ,  un  vaisseau  anglais  qui 
armait  pour  le  service  de  l'empereur. 
Il  s'en  empara  après  un  combat  opi- 
niâtre. Ce  trait  d'audace  rendit  Forbin 
redoutable  aux  ennemis  et  répandit  là 


FOR 
terreur  parmi  les  Ve'niliens.  Quand  il 
revint  à  Toulon  ,  son  vaisseau  était  sur 
le  point  de  couler  bas.  Il  vcnaitde  ter- 
miner  une  longue  croisière  dans  la  Me- 
diterrannée,  lorsqu'il  reçut,  en  1 706, 
le  commandement  d'une  escadre  de 
huit  vaisseaux  qui  était  à  Dunkerque. 
A  peine  fut-il  hors  du  port,  qu'il  rra- 
contra  une  flotte  nombreuse  de  navires 
marchands,  escortée  par  uu  vaisseau 
de  ligne  et  trois  frégates  :  il  enleva  dix 
navires  richement  chargés;  tout  le 
reste  prit  la  fuite.  Une  autrefois  il  atta- 
qua, avec  sept  bâtiments  qui  lui  res- 
taient, une  flotte  de  cent  voiles  hollan- 
daises ,  escortée  par  six  vaisseaux  de 
ligne.  II  prit, à  l'abordage,  le  vaisseau 
commandant,  qui  bientôt  fut  en  feu;  il 
encoula  à  fond  un  second  qui  était  venu 
l'attaquer  ;  un  troisième  tomba  entre 
les  mains  d'une  des  frégates  françaises. 
Une  autre  campagne  dans  la  mer  du 
îford,  en  1707,  donna  occasion  à 
Forbin  de  livrer  aux  Anglais  un  san- 
glant combat  :  'e  roi,  pour  le  récom- 
penser ,  le  fit  chef  d'escadre  et  comte. 
Enflammé  d'un  nouveau  zèle,  Forbin 
alla  combattre  les  ennemis  de  la  Fran- 
ce au-delà  du  cercle  polaire  ,  dans  la 
mer  Blanche.  Les  tempêtes  fréquentes 
dans  les  mers  boréales  ne  l'empêchè- 
rent pas  de  battre  à  outrance  les  An- 
glais et  les  Hollandais  qui  naviguaient 
le  long  des  cotes  de  la  Norvège  et  du 
Finmaïk.  Il  prit  sur  la  rade  deVardoe- 
huus  plusieurs  navires  marchands  hol- 
landais ,  et,  passant  par  le  nord  de 
l'Ecosse  et  de  l'Irlande  ,  il  entra  heu- 
reusement à  Brest.  Pour  tromper  les 
ennemis  qui  auraient  pu  le  guetter  à 
son  passage ,  il  avait  imaginé  d'écrire 
des  lettres  par  lesquelles  il  mandait  au 
ministre  qu'il  ferait  son  retour  à  Dun- 
kerque ,  et  il  avait  mis  ces  dépêches 
à  bord  d'un  petit  bâtiment  qui ,  ainsi 
qu'il  l'avait  supposé,  tomba  au  pouvoir 
de  ceux  qu'il  voulait  tromper.  Le  tort 

XV. 


FOR  241 

qu'il  avait  caiisé  au  commerce  des  An- 
glais et  des  Hollandais  ,  était  si  grand 
que  ceux-ci  s'en  plaignaient  hautement; 
et  «  ils  avaient  d'autant  plus  de  raison 
,  »  d'en  témoigner  de  l'étonnement ,  dit 
»  Forbin ,  qu'il  était  sans  exemple  que 
»  les  Français  eussent  poussé  leurs 
»  courses  si  avant  dans  le  nord.  »  La 
même  année  Forbin  se  signala  avec 
Duguay-Trouin ,  dans  le  combat  qui 
fut  hvré  aux  Anglais  près  du  cap  Lé- 
zard. (  Foy,  Duguay-Trouin.  )  On  lui 
confia,eni7o8,lecommandemcnlde 
l'escadre  qui  devait  porter  le  Préten- 
dant en  Ecosse;  les  Anglais  faisaient 
si  bonne  garde  le  long  des  côtes,  qu'il 
ne  put  réussir,  et  rentra  à  Dunkerque. 
Il  avait  prévu  le  mauvais  succès  de 
cette  expédition ,  dans  laquelle  il 
montra  une  présence  d'esprit  admi- 
rable :  mais  tout  sembla  s'être  réuni 
pour  le  contrarier  ;  ce  qui  lui  occa- 
sionna bien  des  désagréments.  Ils  fu- 
rent poussés  à  un  tel  point,  qu'après 
avoir  rempli  quelque  temps  les  fonc- 
tions de  commandant  de  la  marine  à 
Dunkerque,  Forbin,  que  les  infir- 
mités, suites  de  l'âge  et  des  fatif;ups  , 
commerçaient  à  accabler,  se  relira 
du  service  en  17 10,  et  alla  passer  le 
reste  de  ses  jours  dans  une  maison 
de  campagne  près  de  Marseille.  H  v 
mourut  le  4  niars  1753.  Il  avait 
rédigé  ses  Mémoires,  qui  ont  été  pu- 
bliés par  Reboulet,  Amsterdam,  1700, 
2  V.  in- 1  •!.  Dans  cet  ouvrage,  écrit  avrc 
facilité,  et  que  la  vivacité  de  h  narra- 
tion et  la  variété  des  événements  font 
lire  avec  plaisir,  Forbin,  quoiqu'il  r.e 
se  montre  pas  sous  un  jour  désavan- 
tageux ,  ne  cache  cependant  aucun  de 
ses  défauts.  Son  naturel  était  vif,  bouil- 
lant et  impétueux.  Cette  fougue,  qne 
l'âge  ne  put  entièrement  amortir,  lui 
attirait  souvent  des  affaires  qu'il  fallait 
terminer  les  armes  à  la  main.  Louis 
XIV  l'aimait ,  et  lui  adressait  souvent 


242  FOR 

des  choses  flatteuses.  «Avouez,  lui  dit 
uu  jour  ce  monarque,  que  mes  enne- 
mis doivent  vous  craindre  beaucoup.» 
—  «  Sire ,  répliqua  Forbin  ,  ils  crai- 
p;nent  les  armes  de  Votre  Majesté.» 
Une  autre  fois  ce  prince  dit  :  «  Voilà 
un  homme  que  les  Vénitiens  n'aiment 
guère  et  que  mes  ennemis  craignent 
beaucoup.  »  Malgré  cette  bienveillance 
du  roi ,  Forbin  ne  fut  pas  récompensé 
comme  il  le  méritait;  il  n'avait,  à  sa 
mort,  qu'une  pension  de  5ooo livres. 
Sa  brusque  franchise  lui  avait  fait  trop 
d*ennemis  dans  les  bureaux  du  minis- 
tère; et  ceux-ci  eurent  le  dessus  quand 
il  eut  perdu  Scignelai  et  Bontcmps, 
qui  avaient  de  l'amitié  pour  lui.  For- 
bin ,  dans  sa  retraite ,  devin  t  un  homme 
nouveau.  Il  ne  s'occupa  plus  que  des 
devoirs  de  la  religion  :  rigide  envers 
lui-même ,  indulgent  pour  les  autres , 
son  bien  devint  le  patrimoine  des  pau- 
Tres.  Au  reste ,  sa  libéralité  s'était  déjà 
manifestée  d'une  manière  qui  lui  fait 
le  plus  grand  honneur.  Le  vice-roi  de 
Barcelone  lui  avait  fait  abandon  de 
ses  droits  sur  uu  navire  français,  con- 
duit dans  ce  port  par  un  corsaire  fles- 
singuais  ,  que  la  tempête  avait  forcé 
d'y  entrer.  Forbin  rendit  au  proprié- 
taire le  navire,  qui  était  d'une  valeur 
immense.  E — s. 

FORBISHER.  Foy,  Frobisher. 

FOaBONNAlS  (  François  Veron 
de),  inspecteur-général  des  monnaies, 
membre  de  l'institut,  naquit  en  l'^i'i 
au  Mans,  où  son  trisaïeul  avait  fondé 
une  manufacture  d'étamines  ,  connues 
dans  le  midi  de  l'Europe  sous  le  nom 
de  Férones.  Après  avoir  terminé  ses 
études  à  Paris ,  le  jeune  Forbonnais 
voyagea  ,  pendant  deux  années  ,  en 
Italie  et  en  Espagne,  pour  les  affaires 
commerciales  de  son  père.  Un  de  ses 
oncles ,  riche  armateur  de  Nantes , 
l'appela  auprès  de  lui,  en  1745.  Le 
mouvement   extraordinaire  de    cette 


FOR 

place  opulente  ,  les  vaisseaux  riche- 
ment chargés  que  recevait  son  port, 
frappèrent  vivement  Forbonnais,  et 
tournèrent  son  esprit,  naturellement 
réfléchi,  vers  l'étude  de  l'économie 
politique.  Pendant  un  séjour  de  cinq 
ans  dans  cette  ville,  il  recueillit  un 
grand  nombre  d'observations  impor- 
tantes sur  les  manufactures,  le  com- 
merce, la  marine,  les  colonies  ,  la  va- 
leur des  monnaies,  etc.  Forbonnais 
ouvrit,  en  1760,  par  ^Extrait  de 
VEsprit  des  lois ,  la  carrière  qu'il  de- 
vait parcourir  avec  gloire.  Il  vint  à 
Paris  en  1 75*2,  et  présenta  au  gouver- 
nement divers  mémoires  sur  les  finan- 
ces ;  mais,  s'étanl  permis  de  défendre 
ses  principes  en  présence  et  contre 
l'opinion  du  ministre  dont  il  sollicitait 
la  faveur,  il  n'en  reçut  qu'un  accueil 
dédaigneux,  et  fut  éconduit.  Inspiré 
par  cette  noble  fierté  que  nous  donne 
le  sentiment  de  nos  forces,  Forbonnais 
prit  dès-lors  la  résolution  de  ne  jamais 
f.dre  sa  cour  aux  grands  ,  et  d'adresser 
directement  ses  idées  au  public.  Riche 
de  son  propre  fonds  ,  et  des  matériaux 
nombreux  qu'il  avait  amasses,  il  pu- 
blia ,  de  1755  a  1758,  plusieurs  trai- 
tés, dont  les  phis  importants  sont  les 
Eléments  du  commerce ,  et  les  Pie- 
cherches  et  considérations  sur  les 
finances  de  France.  Tous  ces  ouvra- 
ges ,  dirigés  vers  un  but  éminemment 
utile ,  associèrent  leur  auteur  à  la  gloire 
des  hommes  célèbres  qui ,  dans  le 
même  temps ,  honoraient  notre  littéra- 
ture. Voltaire,  BufTun  ,  Montesquieu, 
dont  les  écrits  lumineux  ont  agrandi 
l'horizon  du  génie.  En  1756,  un  bre- 
vet d'inspecteur-général  des  monnaies 
fut  la  récompense  de  ses  premiers 
travaux.  La  France ,  à  cette  époque , 
était  épuisée  par  unegucrre  désastreuse 
qui  moissonnait  l'chte  de'  sa  popula- 
tion ,  et  stérilisait  nos  provinces.  L'étal 
des  finances  était  tel,  qu'il  ne  restait,  en 


FOR 

î-^SS,  que  i,5oo,ooo  îir.  au  trésor. 
Le  gouvernement ,  instruit  à  l'e'cole  du 
înalheur,  sentit  le  besoin  d'appeler 
autour  de  lui  les  citoyens  capables 
d'ëclairer  sa  marche,  pour  Taider  à 
cicatriser  les  plaies  du  corps  politique. 
Forbonnais  ne  fut  point  oublie.  Trois 
ministres,  Berryer,  Choiseul  et  Belle- 
Isle  l'associèrent  secrètement  à  leurs 
travaux  ,  et  lui  demandèrent  des  con- 
seils. Silhouette ,  devenu  contrôleur- 
général  en  1739,  voulut  l'attacher  à 
son  département.  Forbonnais  refusa 
d'abord,  et  ne  se  rendit  que  sur  un 
ordre  du  roi ,  qui  l'honorait  de  son 
estime.  <c  Du  moment  qu'il  fut  installé 
au  contrôle-général ,  en  qualité  de  pre- 
mier commis ,  il  y  acquit  toute  la  pré- 
pondérance que  devaient  lui  donner 
son  nom  et  ses  lumières.  Tout  ce  qui 
s'est  fait  de  brillant  et  de  juste  sous 
Silhouette ,  est  presque  en  entier  son 
ouvrage.  »  Une  de  ses  plus  importantes 
opérations  fut  de  créer ,  dans  les  fer- 
mes générales  du  royaume,  soixante- 
douze  mille  actions,  chacune  ds  1000 
francs,  auxquelles  il  a'tribua  la  moitié 
des  bénéfices  dont  jouissaient  les  fer- 
miers-généraux. Cette  ressource,  qui 
produisit  en  vingt-quatre  heures  72 
millions  sans  grever  l'état ,  fut  vive- 
ment applaudie.  Il  suspendit  en  outre 
plusieurs  privilèges  concernant  la 
taille,  et  réduisit  beaucoup  de  pen- 
sions (i).  Pendant  son  administration, 
qui  dura  plusieurs  années,  et  lui  fit  le 
plus  grand  honneur  ,  Forbonnais 
s'imposa  la  loi  de  ne  jamais  donner 
d'audience  particulière  qu'en  présence 
de  deux  témoins ,  afin  d'éloigner  toute 
idée  de  séduction  par  l'or  ou  par  ks 

(i)  Forbonnais  voulut  aus»i  contribuer  de  sa 
fortune  à  Titmélioration  de  nos  manufactures  ;  et 
«'est  lui  qui  proposa  en  1-60  k  l'acadéinie  des 
sciences  un  prix  extraordinaire  pour  la  perlection 
des  verreries.  Il  avait  exigé  de  n'être  point  nom- 
mé  ;  mais  sa  modestie  fut  trahie  par  les  rédacteurs 
<iu  Journal  des  Savants  (  août  "T^Jq  ,  P.  Ùii).  Bojc 
«  AqUc  r«mpvrU  le  pris. 


FOR  245 

femmes.  En  1760,  cet  homme  intègre 
proposa  au  gouvernement  les  bases 
d'une  paix  dont  l'exécution  eût  évité 
à  la  France  le  traité  honteux  de  1 7  05. 
Son  plan ,  approuvé  par  le  duc  de 
Choiseul  et  par  l'ambassadeur  d'Es- 
pagne, ne  fut  point  adopté,  parce  que 
la  marquise  de  Pompadour  n'avait 
pis  été  consultée.  En  1763, Choiseul 
eut  de  nouveau  recours  à  Forbon- 
nais ,  qui  lui  présenta  un  plan  général 
de  finances,  dans  lequel  il  remplaçait, 
par  un  impôt  unique  ,  plusieurs  con- 
tributions onéreuses  au  peuple,  et  sup- 
primait les  trois-quarts  des  frais  de 
perception.  Le  conseil  d'état,  et  le  ver- 
tueux dauphin  ,  père  de  Louis  XVI , 
applaudirent  à  cette  mesure  j  mais  elle 
échoua  contre  les  intrigues  de  la  favo- 
rite, et  l'apathie  d'un  monarque  dont 
le  sceptre  était  tombé  en  quenouille. 
Ces  réformes  et  d'autres  qu'annonçait 
notre  sévère  censeur  ^  soulevèrent 
contre  lui  cette  foule  de  courtisans 
rapaces  qui  gaspillaieul  les  trésors  de 
1  état  ;  ils  le  calomnièrent  auprès  du 
roi ,  dont  ils  obtinrent  un  ordre  qui 
l'exilait  dans  ses  terres.  Loin  d'une 
couravihe  et  corrompue,  où  son  intc^ 
grité  le  rendait  déplacé ,  Forbonnais  ^ 
dans  sa  retraite,  ne  resta  point  oisif. 
Les  douces  occupations  de  l'agricul- 
ture, le  goût  des  beaux-arts ,  le  charmes 
des  lettres ,  servirent  d'aliment  à  l'ac- 
tivité de  son  esprit.  L'office  de  con- 
seiller au  parlement  de  Metz,  qu'il 
avait  acheté,  le  plaçait  dans  l'ordre  de 
la  noblesse  ;  Forbonnais  renonça  gé- 
néreusement aux  privilèges  dont  il 
eût  pu  jouir  en  matière  d'impôt,  et,  par 
acte  du  5o  septembre  1 764 ,  il  soumit 
à  la  taille  toutes  ses  propriétés.  Cet 
exemple,  s'il  eût  été  suivi  parles  deur 
ordres  privilégiés  en  1 789  ,  aurait 
peut-être  épargné  bien  des  malheurs  à 
la  France.  Cependant  notre  solitaire 
eulrctcuait  ujie  correspondance  suivie 
16.. 


244  FOR 

avec  les  intendants  des  finances.  Le 
fameux  abbe  Terray  entr'autres ,  pro- 
mu an  contrôle  général,  en  1769,  lui 
demanda  des  mémoires,  profita  de  ses 
lumières,  mais  fit  en  vain  tous  ses 
efforts  pour  le  ramener  au  timon  des 
affaires.  Forbonnais,  que  les  Man- 
ceaux  eurent  l'injustice  de  ne  pas  dé- 
puter aux  états-genéiaux,  vint,  en 
1790,  à  Paris,  sur  l'invitation  du 
comité  des  finances.  Il  eut  part  à  un 
travail  relatif  aux  monnaies,  dont  le 
résultat  a  été  imprimé.  Revenu  au  sein 
de  sa  tusculane  chérie,  ses  plus  douces 
occupations  étaient  de  répandre  des 
bienfaits  autour  de  lui ,  et  de  mettre 
en  ordre  ses  nombreux  manuscrits; 
mais  les  troubles  civils  qui  continuaient 
à  désoler  le  département  de  la  Sarthe , 
le  forcèrent  de  quitter  ses  foyers  en 
avril  !  799  ,  et  de  se  réfugier  à  Paris. 
Sou  âge  ne  l'empêcha  point  de  fré- 
quenter assidûment  l'institut,  dont  il 
était  associé  jusqu'à  sa  mort ,  arrivée 
le 20  septembre  1800  :  il  était  membre 
de  l'rithénée  de  Lyon ,  du  lycée  d'Alen- 
çon  ,  de  ta  société  des  arts  du  Mans, 
etc.  Ses  nombreux  ouvrages  ont  tous 
pour  objet  l'utilité  pub'ique,  et  attes- 
tent l'étendue  de  ses  connaissances. 
Voici  les  principaux  :  L  Extrait  de 
l'Esprit  des  lois ,  avec  des  observa- 
tions, 1750,  in- 12.  Cette  analyse  si- 
gnale le  trait  distinctif  du  caractère  de 
j'auteur  :  la  rectitude  des  idées.  II. 
Tliéorie  et  pratique  du  commerce  et 
de  la  marine,  par  D.  H.  Ustariz, 
traduit  de  l'espagnol ,  i  753,  iu-4**-  Ce 
traité,  publié  k  Madrid  en  1724, 
présente ,  au  milieu  de  quelques  détails 
insignifiants ,  plusieurs  vérités  impor- 
tantes. On  y  apprend  que  l'Espagne , 
depuis  j49^)  époque  de  la  conquête 
deslndes-Occidentalps  jusqu'en  1 724, 
a  tiré  du  Nouveau-Monde  9  milliards 
160  millions  de  piastres  ,  qui  répon- 
draient aujourd'hui  â  plus  de  5o  uil- 


FOR 
liards.  III.  Considérations  sur  les 
fuYinces  d^ Espagne,  relativement  à 
celles  de  France ^  Dresde  (Paris  ), 
1753,  in- 12.  Ce  livre  fit  une  grande 
sensation  sur  le  gouvernement  espa- 
gnol ,  dont  il  dévoilait  les  trop  longues 
et  ftmestes  erreurs.  Le  ministre  Euse- 
nada  demanda  l'auteur  pour  consul- 
géuéral  en  Espagne;  mais,  sur  l'avis 
du  maréchal  de  INo.ùlles  ,  le  conseil  de 
Louis  XV  refusa  son  consentement- 
IV.  Le  Négociant  anglais ,  Dresde 
(Pari.s),  1753,  2  vol.  io-i2.C'est 
une  traduction  abrégée  du  British 
Merchant ,  ouvrage  publié  à  Londres 
en  1713,  sur  le  commerce  de  l'Angle- 
terre avec  la  France ,  le  Portugal  et 
l'Espagne,  d'après  les  bases  posées  par 
le  traité  d'Utrecht.  Forbonnais  réfute 
quelques  erreurs  de  l'écrivain  anglais, 
et  développe  les  idées  lumineuses  qui 
distinguent  cet  ouvrage.  Il  a  aussi  es- 
quissé, dans  le  discours  préliminaire, 
le  tableau  historique  du  commerce  de 
la  Grande-Bretagne.  V.  Eléments  du 
commerce,  Paris,  1754,2  vol. in- 12, 
plusieurs  fois  réimprimés.  L'édition  de 
1796  est  corrigée  et  enrichie  d'addi- 
tions importantes.  Ce  livre  classique 
a  été  traduit  dans  la  plupart  des  lan- 
gues de  l'Europe.  L'auteur  est  le  pre- 
mier qui  ait  traité  méthodiquement 
tout  ce  qui  a  rapport  au  commerce. 
On  sait  que  l'économie  politique  est  la 
théoi  ie  des  richesses  considérées  dans 
leurs  rapports  avec  la  prospérité  pu- 
blique. Chaque  nation  renferme  dans 
son  sein  les  éléments  de  son  propre 
bonheur,  et  le  meilleur  gouvernement 
est  celui  qui  favorise  davantage  l'agri- 
culture ,  l'industrie,  l'exportation  des 
produits  du  sol,  la  circulation  du  nu- 
méraire, d'où  naît  le  crédit  public. 
L'auteur  apporte,  dans  le  développe- 
ment de  ces  importantes  vérités,  toute 
la  sagacité  d'un  profond  observateur. 
VI.  Questions  sur  le  commerce  des 


1 


FOR 

Français  au  Levant; Examen  des 
avantages  et  des  désavantages  de 
la  prohibition  des  toiles  peintes , 
Marseille,  Carapatria  (Paris  \,  1735, 
a  brochures  in- 12.  VII.  Recherches 
et  considérations  sur  les  finances  de 
France ,  depuis  i5g5jusquen  1721, 
Baie,  1758,  1  vol.  in  4^j  2^  édit., 
Liège,  1758,  6  vo!.  in-12.  Cet  ou- 
vrage mit  le  sceau  à  la  réputation  de 
l'auteur,  et  fut  accueilli  chez  l'érranger 
avec  autant  d'empressement  qu'en 
France.  Thomas  faisait  le  plus  grand 
cas  de  ces  recherches  :  il  y  a  puise'  les 
principaux  matériaux  de  son  éloge  de 
Sully.  VIII.  Principes  et  observations 
économiques ,  avec  cette  épigraphe  : 
Est  modus  in  rébus ,  Amsterdam, 
1 767 ,  1  vol,  IX.  Analyse  des  prin- 
cipes sur  la  circulation  des  denrées 
et  Vinjluence  du  numéraire  sur  cette 
circulation ,  Paris ,  1 800,  petit  volume 
in- 1 2.  L'institut , auquel  l'auteur  l'avait 
présenté,  en  ordonna  l'impression. 
Forbonnais  a  publié  en  outre  quelques 
poésies  légères,  et  beaucoup  de  notes 
insérées,  sous  le  nom  du  Fieillard 
de  la  Sartha,  dans  le  journal  de 
M.  Dupout  de  Nemours,  et  fourni 
plusieurs  articles  à  l'Encyclopédie.  H 
avait,  à  vingt-sept  ans,  composé  une 
tragédie  de  Coriolan^  reçue  par  les 
Français,  mais  non  représentée.  Il  a 
laissé  un  grand  nombre  de  manuscrits 
sur  la  littérature ,  les  finances  et  la 
politique.  M.  Delisle  de  Sales  a  pu- 
blié la  Fie  littéraire  de  Forbonnais , 
Paris,  Fuchs,  1801 ,  87  pages  in-8'. 
M.  Leprince  d'Ardenay ,  président  de 
la  société  des  arts  du  Mans ,  a  jno- 
noncc  son  éloge,  le  20  novembre 
1800,  16  pages  in-S",         L-^-^u. 

FORCADEL  (Etienne),  en  la- 
tiu  Força tulus  f  naquit  à  Béziers  en 
1534.  On  ne  se  souvient  de  lui  qu'à 
cause  du  hasard  qui  le  mit  en  coa^ 
•ours  avec  Gujas  pour   une  chaire 


FOR  245 

de  droit  vacante  à  Toulouse  en  1 554- 
Pithou  (  dans  l'épilaphe  de  Gujas  ) , 
Papire  -  Masson  et  S  nnte  -  Marthe 
ont  écrit  que  Forcadel  l'avait  emporté 
sur  Gujas.  Gette  erreur,  répétée  de 
dictionnaire  en  dictionnaire,  a  attire 
bien  des  injures  à  Forcadel  et  aux 
Juges  qu*on  supposait  l'avoir  favo- 
risé. C'est  un  des  exemples  qu'on 
citait  le  plus  souvent  pour  prou- 
ver les  avantages  qu'obtiennent  si 
souvent  les  hommes  médiocres  sur 
ceux  d'un  mérite  supérieur.  Cepen- 
dant M.  Peitavin ,  secrétaire  perpé- 
tuel de  l'académie  des  jeux  floraux ,  a 
fait  insérer  un  article  dans  le  n°.  74 
du  Bulletinde  la  société  des  sciences^ 
lettres  et  arts  de  Montpellier ,  oîi  il 
justifie  la  ville  de  Toulouse  du  blâme 
dont  on  l'avait  chargée  à  celte  occa-> 
sion.  Il  fait  voir  que  Cujas  s'était  en 
effet  inscrit  pour  le  concours  en  même 
temps  que  Forcadel  et  quelques  au- 
tres, mais  qu'il  quitta  Toulouse  avant 
la  décision  du  concours,  et  que  For- 
cadel ne  l'emporta  que  parce  qu'il  se 
trouva  le  plus  habile  par  l'absence  de 
ce  redoutable  rival  (  Foy.  Gujas.  ) 
Forcadel  a  composé  des  ouvrages  dç 
jurisprudence  qui  portent  des  titres 
singuliers,  pour  ne  pas  dire  ridicules, 
tels  que  :  Sphœra  juris ,  Necyornan-- 
Uajuris,  Clipido  jurisperitus,  Avia- 
rium  juris  civilis  ,  Lyon  ,  1.549  r 
Frometheus  seu  de  raptu  animo- 
rmn,  Paris,  1678  ,  in-8'. ,  livre  sin- 
gulier. Quoique  l'auteur  paraisse  en 
tout  un  homme  de  peu  de  jugement  , 
Dumoulin  lui  a  cependant  donné 
quelques  éloges.  Le  plus  connu  de 
ses  livres  d'histoire  est  son  traite'  Be 
Gallorum  imper io  et  philos ophid , 
Paris,  1669,  în-4°.,  où  il  a  montrd 
peu  de  goût  et  beaucoup  de  crédulité'. 
Il  avait  également  compose'  des  vers 
latins  et  fiançais,  plus  oubliés  encoro 
que  sa  prose.  La  première  édition,. 


246  FOR 

connue  a  pour  titre:  Le  Chant  des 
Seraines  (Sirènes),  avec  plusieurs 
autres  compositions  nouvelles,  par 
E.  F.,  Lyon,  i548,  in-S".;  reim- 
primé à  Paris  la  même  année,  in-i6, 
et  à  Lyon,  i55i,  in-8^,  avec  de 
nouvelles  pièces.  L'auteur,  mort  en 
15^5,  avait  obtenu  l'année  précé- 
dente un  privilège  pour  la  réimpres- 
sion de  ses  poésies ,  qu'il  avait  revues 
et  augmentées.  L'édition  eu  fut  don- 
née par  son  fils  L.  P.  Forcadel,  sous 
Je  titre  à^OEuvres  poétiques ,  etc., 
Paris,  iS^g,  in-S".  Ses  Poésies  la- 
tines, Epigrammata  y  avaient  paru 
a  Lyon,  i554,  in  8".  Ses  OEuvres 
ont  été  recueillies  en  un  vol.  in-fol., 
Paris,  iSgS.  B — i. 

FORCADEL  (Pierre),  frère  du 
précédent,  né  comme  lui  à  Béziers  , 
avait  séjourné  quelque  temps  à  Rome 
et  dans  d'autres  villes  d'Italie  ,  lors- 
qu'il vint  à  Paris  ,  où  Raraus  ,  auquel 
il  avait  commencé  d'expliquer  Eu- 
clide,  lui  fil  obtenir  en  i56o  une  des 
deux  chaires  de  mathématiques  du 
collège  royal.  Il  montra  beaucoup  de 
zèle  pour  cette  science,  dont  il  don- 
nait déjà  depuis  quelque  temps  des 
leçons  particulières  ;  mais  elle  était 
peu  cultivée  à  cette  époque ,  car  il 
paraît  qu'après  sa  mort ,  arrivée  vers 
1576,  les  deux  chaires  restèrent  va- 
cantes assez  long -temps.  Avant  son 
arrivée  à  Paris ,  Forcadel  faisait  un 
commerce  de  pharmacie  j  au  moins 
Freig  lui  donne  le  titre  de  Mercator 
Hippocrales.  Il  était  peu  versé  dans 
la  littérature  classique^  mais  il  y  a  de 
l'exagération  à  dire,  d'après  Gas- 
sendi (Vie  de  Peiresc),  qu'il  n'avait 
point  étudié  le  latin ,  ce  qui  ne  l'em- 
pêchait pas ,  ajoute-t-on ,  d'entendre , 
au  moyen  des  chiffres  et  des  figures, 
tous  les  livres  de  mathématiques  écrits 
en  cette  langue.  Si  elle  ne  lui  eût  pas 
i\é  familière ,  il  lui  aurait  été  irapos- 


FOR 

sible  de  donner  les  nombreuses  tra- 
ductions dont  on  lui  est  redevable  ^ 
qui  presque  toutes  paraissaient  pour 
la  première  fois  eu  français.  On 
trouve  It  détail  de  tous  ses  ouvrages 
dans  V Histoire  du  collège  royal, 
par  l'abbé  Goujet;  voici  les  princi- 
paux :  I.  Arithmétique  par  les 
gects  (i),  divisée  en  5  Hvres,  Paris  , 
i558,  in-8''.  L'auteur  avait  publié 
séparément  5  livres  d'Arithmétique 
en  i556,  i557  et  i558  ;  il  donna 
en  i565  V Arithmétique  entière  et 
abrégée.  II.  Description  d'un  anneau 
solaire  convexe,  Paris,  lôGg,  in-4°. 

III.  Les  six  premiers  livres  des 
Eléments  de  Géométrie  d^Euclide, 
traduits  enfrançois,  ibid.,  i564« 
in-4°v  ^^^à.y  i56è,  in- 12.  Il  y  ajouta 
en  1 565  les  livres  7,8  et  9 ,  in  4°- 

IV.  Deux  livres  de  Proclus ,  du 
mouvement ,  traduits  et  commen- 
tés, ihià.j  i565,  in-4°.  V.  Le  pre- 
mier livre  d'Archimède  des  choses 
également  pesantes,  ibid.,  i565, 
in -4°.  VI.  Le  livre  d'Archimcde 
des  pois  ,  qui  aussi  est  dict  des 
choses  tombantes  en  l'humide ,  suivi 
d'une  pièce  du  livre  d'Euclide,  in- 
titulé dv  LEGER  ET  DU  PESANT  ,  ib.  , 

i565,  in-4".  Ces  trois  opuscules  sont 
aussi  traduits  et  commentés,  VII. 
Traduction  de  la  Musique  d'Eu- 
clide,\h.,  i565,  in-8\  VIII.  Deux 
livres  d' Autolice,  Vun  de  la  sphère 
qui  est  meue,  et  l'autre  du  lever  et 
coucher  des  estoiles  non  errantes 
(  Voy.  AuTOLYCus);  ensemble  le 
livre  de  Théodose  des  habitations , 
ibid.,  1572,  in -4".  ÏX.  Traduc- 
tion de  la  Practique  de  la  Géomé- 
trie d^O ronce  (  ^o/.  Fine),  ow  est 
compris  l'usage  du  quarré  géomé- 


(i)  «  Gecler,  ditForcadcl.  c«tj»o»er  un,  on  un 
»  nombre  par  une  ou  plusieurs  iimplci  unités,  i» 
Définition  qu'on  ne  trouvera  p«i  fort  civile  d'uQ 
tenue  d'où  vH  venu  noire  moiyeltu. 


FOR 

trique  et  autres  instruments  servants 
à  même  effet ,  ibid.  ,i5no,  in-4 '. 
C.  M.  P. 
FORCE  (  Jacques  NoMPAR  DE  Cau- 
3VI0NT  duc  DE  la),  pair  et  raareclial  de 
France,  ne  vers  iSSg  ,  était  fils  de 
François  de  Caumont ,  qui  fut  enve- 
Joppc  dans  le  massacre  des  protestants 
eu  iS-j^.  Mézcray  rapporte  que  le 
jeune  deCauraonl,  qui  fait  le  sujet  de 
cet  article,  était  couche'  avec  son  père 
et  son  frère,  la  nuit  de  la  St.-Barlbe- 
lemi ,  et  que  ce  fut  par  une  espèce  de 
miracle  qu'il  échappa  au  fer  des  assas- 
sins. C'est  sur  la  foi  de  cet  historien 
que  Voltaire  a  mis  eu  vers  cette  san- 
glante catastrophe  au  deuxième  chant 
de  la  Henriadff  Mais  Voltaire  ayant 
obtenu  plus  tard  la  communication  des 
Mémoires  manuscrits  du  maréchal  de 
îa  Force ,  il  en  a  inséré  ,  à  la  suite  des 
nouvelles  éditions  de  son  poème  ,  un 
extrait  qui  rectifie  des  h\ls  dont  Méze- 
ray  n'avait  pas  eu  une  exacte  connais- 
sance (  i). Caumont  père,  iustrnit  par 
un  maqiu'gnon  de  son  voisinage,  du 
danger  qui  le  menaçait,  se  disposait  à 
sortir  de  sa  maison  avec  ses  deux  en- 
fants ,  pour  chercher  un  asile,  lors- 
qu'un des  assassins  ,  nommé  Martin  , 
se  précipita  dans  sa  chambre ,  suivi 
de  plusieurs  soldats.  Caumont  l'atten- 
drit par  ses  supplications  ,  et  lui  pro- 
met deux  mille  écus,s'il  veut  lui  sauver 
la  vie  et  à  ses  enfants.  Martin  les  con- 
duit dans  une  maison  non  suspecte, 
où  ii  les  laisse  sous  la  garde  de  deux 
suisses;  mais  ils  en  sont  bientôt  ar- 
rachés par  le  comte  de  Coconas ,  ce 
trop  indigne  favori  du  duc  d'Anjou,  et 
traînés  au  lieu  des  exécutions.  Cau- 
mont père  et  son  fils  aîné  tombent  sous 
les  coups  d^s  meurtriers.  Jacques- 
]Sompar ,  tout  couvert  du  sang  de  son 
père  et  de  son  frère ,  se  laisse  tomber 

(l'j  Ces  Métnolrps    ont  été  imprimés    (taW8  ÎC 
Hercuie  de  novembre  ij65. 


FOR  247 

en  criant  :  je  suis  mort.  Cet  acte  de  pru- 
dence lui  sauva  la  vie.  Un  malheureux, 
eu  le  dépouillant  de  ses  habits,  s'a- 
perçut qu'il  respirait  encore,  et ,  tou- 
ché de'  compassion ,  le  couvrit  d'un 
vieux  manteau ,  et  le  conduisit ,  pen- 
dant la  nuit ,  chez  le  maréchal  de 
Biron  ,  l'oncle  de  Caumont ,  où 
celui-ci  resta  quelque  temps  caché 
dans  la  chambre  des  filles  ;  mais  enfin  , 
sur  le  bruit  qu'on  le  faisait  chercher  , 
il  se  sauva,  déguisé  en  page ,  sous  le 
nom  de  Beaupuy.  La  Force  se  rendit, 
par  des  chemins  détournés  et  à  trav{  is 
mille  dangers,  dans  sa  famille,  où  il 
demeura  jusqu'à  ce  que  le  roi  de  Na- 
varre (Henri  IV  ) ,  s'étant  évadé  de  la 
cour ,  vint  se  remettre  à  la  tcte  des 
protestants.  La  naissance,  les  malheurs 
et  les  belles  qualités  du  jeune  Caumont 
intéressèrent  vivement  le  prince,  qui 
s'empressa  de  lui  donner  un  emploi 
dans  son  armée.  11  se  distingua  dans 
plusieurs  rencontres  ,  et  particulière- 
ment au  combat  d'Angers  ,  en  1  SBg. 
La  Force  avait  été  l'un  des  premiers 
à  reconnaître  Henri  IV  pour  roi  légi- 
time, et  son  exemple  contribua  à  ra- 
mener plusieurs  seigneurs.  11  jouit 
constamment  de  la  confiance  de  Henri , 
et  il  se  trouvait  dans  sa  voiture  lorsque 
ce  grand  prince  fut  assassiné.  Quelques 
sujets  de  mécontentement  l'éloignè- 
rent  de  la  cour  dans  les  premières  an- 
nées du  règne  de  Louis  XIII.  11  prit 
du  service  dans  l'armée  des  rebelles  , 
et,  en  i Gai,  il  défendit  Monlaubau 
contre  le  roi  en  personne,  qui  fut  oblige 
de  lever  le  siège  après  avoir  perdu  la 
meilleure  partie  de  ses  troupes.  L'an- 
née suivante ,  la  Force  obtint  son  par- 
don,  fut  fait  maréchal  de  France,  et 
envoyé  en  Piémont  avec  le  titre  de  lieu- 
tenant-général. Il  prit  Saluées  en  1 63o, 
et  défit  les  Espagnols  à  Carignan  ; 
en  1634,  il  investit  Lunéville,  et  prit 
Lçttnolle  qui  paraissait  imprenable.  Ce 


248 


FOR 


fut  à  ce  siège,  dit  Hénauît ,  rpie  Ton 
se  servit,  pour  la  première  fois  en 
France,  de  bombes ,  quoiqu*inventecs 
depuis  i588.  Kn  i635 ,  il  fait  lever 
Ift  siège  de  Philisbourg ,  il  secourt 
Heidelberg ,  et  s'empare  de  Spire  ; 
Tan  née  suivante  il  bat  Je  général  autri- 
rhien  Collorédo  et  le  fait  prisonnier. 
Son  grand  âge  lui  faisant  désirer  sa 
retraite,  il  se  démit  de  son  comman- 
dement peu  de  temps  après.  Il  mourut 
à  Bergerac  le  lo  mai  i652,  âgé  d'en- 
's'iron  93  ans.  —  Forck  (  Armand- 
jVompar ,  duc  de  la),  lils  du  précé- 
dent ,  entra  de  bonne  heure  dans  la 
carrière  des  armes ,  et  servit  avec  dis- 
tinction dans  les  guerres  d'Italie  et 
d'Allemagne.  Il  fut  fait  maréchal  de 
France ,  après  la  mort  de  son  père , 
et  mourut  au  château  de  la  Force ,  en 
Périgord  ,  le  16  décembre  1675, 
à  l'âge  de  près  de  go  ans.  Ses  Lettres^ 
écrites  de  i63o  à  i658  ,  étaient  con- 
servées dans  la  bibliothèque  de  Bou- 
thilier ,  ancien  évêque  de  Troyes. 
W—s. 
FORCE  (  Charlotte-Rose  DE  Catj- 
MONT  delà),  de  l'académie  des  Rico- 
iT^ff,  petite-fille  de  Jacques  de  la  Force, 
naquit  au  château  de  Casenove,  en 
liazadois,  et  mourut  à  Paris,  en  17*24, 
à  74  ans.  Elle  avait  épousé ,  le  7  juin 
1687,  le  fils  dti  président  de  Brion, 
et  sur  information  faite  le  1 7  dn  même 
mois ,  le  mariage  avait  été  déclaré  nul. 
Elle  a  laissé  quelques  poésies  qui  offrent 
des  détails  heureusement  rendus ,  et 
seize  romans  qui  annoncent  en  général 
beaucoup  d'imagination,  de  l'esprit  et 
le  talent  d'écrire.  11  n'y  manque  qu'un 
peu  plus  de  vivacité  et  de  précision. 
L'histoire  y  est  partout  mêlée  avec  la 
fiction.  Les  personnages  qu'elle  y  in- 
troduit ont  existé  pour  la  plupart,  et 
leurs  aventures  sont  conformes  au  ca- 
ractère qu'on  leur  connaît  :  J,  His- 
toire secrète  du  duc  de  Bour^o^ne^ 


FOR 

1694,  in -12,  2  vol.  Ce  sont  des 
aventures  galantes  assez  bien  écrites. 
II.  Histoire  secrète  de  Marie  de 
Bourgogne,  17 12,  in -12,  2  vol. 
(Toj.  J.B.  de  la  Borde).  III.  His- 
toire  de  Marguerite  de  Valois  ^ 
1696,  in-12,  2  vol.  j  1720,  in-i2, 
4  vol.  (  Foy.  idem).  Ce  hvre,  écrit 
d'un  style  agréable,  conserve  en 
général  le  fond  des  faits  histori- 
ques, mais  les  altère  presque  toujours 
par  une  tournure  romanesque.  IV. 
Histoire  secrète  de  Catherine  de 
Bourbon,  duchesse  de  Bar ,  avec  les 
intrigues  des  règnes  de  Henri  III  et 
de  Henri  IF.^Anci,  1703,  in-12; 
réimprimée  en  17091,  à  Amsterdam, 
sous  le  titre  de  Mémoire  historique 
ovL  Anecdotes- galantes.  \.  Gustave 
Fasa,  Lyon,  1698,  2  vol.  in-12, 
où  la  fiction  la  plus  ingénieuse  est 
jointe  à  l'histoire  la  plus  intéressante. 
YI.  Les  Fées ^  contes  des  contes, 
Paris,  1692,  in-12,  pleins  de  va- 
riété, d'intérêt  et  de  morale.  ï— d. 

FORCE  (  FOY,  PiGANIOL  DE  LA  ). 

FOUCELLINl  (  Egidio  )  naquit 
d'honnêtes  parents,  dans  un  village 
du  diocèse  de  Padoue,  appelé  Féner, 
près  la  ville  de  Felfre,  le  26  août 
i638.  Né  avec  tous  les  dons  de  l'es- 
prit ,  le  peu  de  fortune  de  sa  famille 
ne  lui  permit  pas  de  les  cultiver  dès 
l'enfance ,  et  il  avait  déjà  passé  cet  âge 
quand  il  put  commencer ,  dans  le  sé- 
minaire de  Padoue,  l'étude  de  la 
langue  latine.  Il  y  eut  pour  maître,  et 
bientôt  pour  ami,  le  savant  Jacques 
Facciolato,  et  fit  des  progrès  si  rapi- 
des qu'il  fut  bientôt  en  état  de  l'aider 
dans  l'important  travail  d'une  nouvelle 
édition  du  Dictionnaire  de  Calepin, 
(F.  Facciolato.)  Il  y  donna,  pendant 
quatre  années ,  tout  son  temps  et  tous 
ses  soins.  De  cette  première  entre- 
prise ,  terminée  en  1718,  naquit  entre 
le  maître  et  le  disciple,  le  projet  d'une 


FOR 

seconde  beaucoup  plus  vaste,  celle 
d'un  grand  Vocabulaire  complet  de  la 
laDsruelaline.Forcellini  en  fut  de'tourne' 

1  T 

pendant  quelques  anne'es  par  la  direc- 
tion du  séminaire  deCënéda  qui  lui  fut 
confiée,  et  par  la  chaire  de  rhétorique 
pour  les  jeunes  séminaristes  qu'il  fut 
obligé  d'y  remplir.  Rappelé  en  i^Si 
au  séminaire  de  Padoue,  par  Tévêque 
son  protecteur,  avec  des  appointe- 
ments honorables ,  et  la  libre  dispo- 
sition de  son  temps ,  il  commença 
dès-lors  à  se  livrer  avec  la  plus 
grande  ardeur  à  Texécution  de  son 
grand  dessein,  aux  travaux  prépara- 
toires et  aux  recherches  immenses 
qu'exigeait  une  telle  entreprise.  Les 
devoirs  de  confesseur  qui  lui  furent 
imposés  onze  ans  après ,  le  forcèrent 
encore  de  l'interrompre,  ou  du  moins 
la  ralentirent.  Le  cardinal  Rezzonico, 
nouvel  évêquede  Padoue,  raflfranchit 
de  cette  obligation ,  et  voulut  qu'il  ne 
fût  plus  chargé  d'autre  chose  que  d'a- 
chever le  grand  ouvrage  que  les  amis 
des  lettres  latines  attendaient  depuis  si 
long-temps  :  cet  ouvrage  fut  enfin  ter- 
miné et  publié  en  1771.  Facciolato 
n'avait  point  cessé  de  prendre  part  à 
cette  entreprise,  et  de  la  diriger  par 
ses  conseils;  mais  Forcellini  l'exécuta 
seul ,  presque  toute  entière ,  et  y  dé- 
ploya autant  de  constance  et  de  cou- 
rage que  de  goût,  de  discernement  et 
de  savoir.  Chaque  mot  latin  est  rendu 
en  italien  ,  et  accompagné  du  mot 
grec  correspondant.  Le  sens  et  les  dif- 
férentes acceptions  de  tous  les  mots, 
tant  au  propre  qu'au  figuré,  sont 
démontrés  par  de  norahreux  exem- 
ples,  qui  supposent  dans  l'auteur, 
non  seulement  une  vaste  lecture , 
une  notion  suffisante  de  tous  les  arts 
et  de  toutes  les  sciences  sur  lesquels  les 
Latins  ont  écrit,  une  connaissance  par- 
faite de  leur  religion ,  de  leurs  usages , 
de  leurs  lois,  de  leuv  géographie,  de 


FOR  Mg 

leur  histoire  ,  mais  encore  une  criti- 
que sûre ,  et  l'art  difficile  d'expliquer 
et  de  résoudre  en  peu  de  mots  les 
obscurités,  les  contradictions,  les  dif- 
ficultés de  toute  espèce  que  présentent 
les  auteurs ,  les  médailles  antiques  et 
les  inscriptions.  Cet  utile  et  immense 
travail ,  qui  absorba  pour  ainsi  dire 
la  vie  entière  de  Forcellini,  parut  en 
4  vol.  in-fol.,  sous  ce  titre  :  jEgidii 
Forcellini  totius  latinitalis  Lezicon, 
plurimorum  annorum  opéra  et  stu- 
dio ah  ipso  accuratissimè  elitcubra- 
tum ,  consilio  et  cura  celeb.  Jacohi 
Facciolaii;  T^pis  semin.  Pataviniy 
1771.  Aussi  modeste  après  cette  pu- 
blication qu'il  Tétait  auparavant,  il 
en  renvoyait  tout  l'honneur  à  son 
maître, et  prétendait  que,  quant  à  lui, 
sa  science  se  bornait  à  celle  des  mots. 
Le  cas  particulier  que  des  savants, 
tels  que  Valsecchi,  Morgagni ,  et  plu- 
sieurs autres,  faisaient  de  lui,  la  con- 
fiance avec  laquelle  ils  le  consultaient 
sur  des  matières  importantes,  et  sur 
toutes  les  questions  d'antiquités,  prou- 
vent bien  qu'ils  le  regardaient  comme 
sachant  beaucoup  d'autres  choses.  Il 
conserva ,  jusqu'à  l'âge  de  quatre- 
vingts  ans,  la  gaîté  d'esprit,  la  dou- 
ceur de  caractère ,  l'indulgence  pour 
les  autres,  qui  le  faisaient  générale- 
ment aimer;  et  il  s'éteignit  paisible- 
ment le  4  avril  1 768 ,  laissant  une 
réputation  peu  brillante,  mais  solide, 
et  fondée  sur  l'un  des  plus  grands  ser- 
vices que  l'on  ait  jamais  rendus  à  la 
culture  des  langues  anciennes  et  à 
l'étude  de  l'antiquité.  L'abbé  J.  13, 
Ferrari  a  donné  la  vie  de  Forcellini, 
Padoue,  1792,  in-4''.  {Voy.  J.  B. 
Ferrari,  XIV,  4 1 5.)  G — e. 

FORD  (Jean),  auteur  dramatique 
anglais  ,  né  en  1 586  ,  dans  le  comté 
de  Devon.  On  ne  connaît  presque  au- 
cune particularité  sur  sa  vie.  Il  fut  at- 
taché à  la  société  de  jurisprudence  de 


25o  FOR 

Middle  Temple  ,  fut  inlimeoient  lie 
avec  Rowley  et  Deckor ,  et  contribua 
à  la  composition  de  plusieurs  de  leurs 
pièces  de  théâtre.  De  celles  qu'il  a 
faites  seul,  onze  seulement  ont  été 
conservées  j  elles  parurent  entre  les 
années  1629  et  î636,  et  eurent  pres- 
que toutes  beaucoup  de  succès.  Les 
comédies  sont  très  médiocres  ;  mais , 
avec  tous  les  défauts  qui  tenaient  à  son 
temps ,  Ford  avait  un  vrai  talent  pour 
le  genre  tragique,  et  sa  versification 
a  de  l'harmonie.  On  cite  particulière- 
ment VJfJli^é  (  the  Broken-Hearl  ), 
le  Sacrifice  de  V Amour ,  la  Mélan- 
colie d'un  amant,  et  une  pièce  II  is 
pity  she  is  a  whore ,  que  sur  le  titre 
on  prendrait  pour  une  comédie  plutôt 
que  pour  une  tragédie,  et  qui  a  été' 
réimprimée  dans  le  recueil  de  pièces  de 
théâtre  de  Dodsley.  On  trouve  dans 
les  tragédies  de  Ford,  quelques  scènes 
dignes  du  génie  de  Shakespeare,  mais 
aussi  des  atrocités  et  des  indécences 
qui  ne  peuvent  être  goûtées  que  par 
des  spectateurs  anglais.  Quoiqu'aucune 
de  ces  pièces  ne  porte  son  nom ,  on  les 
reconnaît  à  cet  anagramme  imprimé 
sur  le  litre  ,  comme  c'était  alors 
Tusage  :  Fide  honor.  On  suppose 
que  cet  auteur  mourut  vers  l'année 
i(i4o«  Henri  Weber  a  donné,  en 
181 1,  une  édition  des  OEuvres 
dramatiques  de  Jean  Ford,  avec 
une  introduction  et  des  notes  ex- 
plicatives ,  Londres  et  Edinbourg , 
2  vol.  in-8*.  X— s. 

FOUD  (  Sir  John  ),  ingénieur-mé- 
canicien anglais,  naquit  en  i6o5  à 
Up-park,  dans  la  paroisse  de  Ilar- 
ting  en  Sussex.  Il  parut  d'abord  sur 
la  scène  politique ,  fut  grand  shérif  de 
dusses,  et  montra  tant  de  loyauté 
dans  sa  conduite  ,  que  Charles  V.  le 
créa  chevalier  à  Oxford  en  iG43.  Il 
servit  à  la  même  époque  en  qualité 
de  colonel  daas  l'année  royale ,  et  eut 


FOR 

beaucoup  à  souffrir  pour  la  cause  qu'il 
avait  embrassée;  car  en  1647  •'  ^"' 
emprisonné  comme  suspect  d'avoir 
coopéré  à  faire  évader  le  roi  du  châ- 
teau de  Hamptoncourt  ;  mais  comme 
il  avait  épousé  la  sœur  d'Ireton,  on 
peut  supposer  que  le  crédit  de  ce  gé- 
néral du  parti  parlementaire  contri- 
bua à  lui  procurer  sa  liberté.  En 
i656,  Ford,  à  la  demande  des  ci- 
toyens de  Londres  ,  et  encouragé  par 
Cromwell,  inventa  une  machine  pour 
faire  monter  l'eau  de  la  Tamise  et  U 
porter  dans  les  rues  de  Londres  les 
plus  élevées  jusqu'à  quatre-vingt- 
treize  pieds  de  hauteur.  On  dit  qu'il 
exécuta  ce  projet  en  un  an  et  à  ses 
dépens  :  la  même  machine  fut  en- 
suite employée  dans  d'autres  parties 
du  royaume  pour  dessécher  les  terres 
et  les  mines  inondées;  et  l'on  trouva 
qu'elle  était  d'un  meilleur  usage  et 
moins  dispendieuse  que  toutes  celles 
dont  on  s'était  servi  auparavant. 
Ford  construisit  aussi  une  grande 
machine  hydraulique  à  l'hôtel  nommé 
Sommerset-House  pour  fournir  de 
l'eau  à  la  rue  appelée  Strand  et  au 
quartier  voisin;  mais  comme  elle  gê- 
nait la  vue  de  cet  hôltl,  la  reine  Ca- 
therine, épouse  de  Charles  11 ,  la  fit 
abattre.  Après  la  restauration,  Ford 
inventa  une  manière  de  frapper  la 
monnnie  de  cuivre  qui  la  rendît  im- 
possible à  contrcfaire.il  ne  put  obte- 
nir un  brevet  pour  établir  cette  ma- 
chine en  Angliterrc  ;  mais  il  réussit 
pour  l'Irlande  :  il  partit  en  consé- 
quence pour  celte  île;  mais  il  mou- 
rut avant  d'avoir  terminé  l'exécution 
de  son  dessein  ,  le  3  septembre  1670, 
Les  historiens  du  temps  parlent  dé 
Ford  comme  d'un  homme  qui  cûf 
fait  de  grandes  choses,  s'il  eût  éié 
encouragé.  On  a  de  lui  :  I.  Projet 
•pour  amener  une  rivière  de  Rick' 
innmworth   en  flertford-Shire  à 


FOR 

Si.'  Giles  '  des  -  Champs ,  près  de 
Londres  y  les  avantages  de  ce  pro- 
jet exposés^  et  réponse  aux  objec- 
tions dont  il  a  été  Voljet,  Lon- 
dres, i()4i,  in -4".  n.  Proposi- 
tions expérimentales  pour  que  le 
roi  puisse  avoir  de  Varient  et  en- 
tretenir ses  flottes  sans  fouler  le 
peuple  ;  que  la  ville  de  Londres  soit 
rebâtie  j  et  que  tous  les  proprié- 
taires soient  contents  ,•  que  l'argent 
puisse  être  emprunté  à  six  pour 
cent  sur  gages  ;  enjin  que  le  com- 
merce de  la  pèche  soit  soutenu, 
tout  cela  sans  enfreindre  ou  con- 
trarier aucune  de  nos  lois  ou  cou- 
tumes,  Londres,  1666,  in -4".  H 
ajouta  à  cet  ouvrage  une  Défense  du 
crédit  par  billet.  Vers  1 665  il  avait 
fait  imprimer  une  Proposition  pour 
lever  de  l'argent  par  le  moyen  de  bil- 
lets de  change  qui  devaient  passer 
comme  monnaie  courante  au  lieu 
d'argent,  aûn  de  prévenir  les  vols. 
E— s. 
FORDUN  (  JejlN  de  ) ,  historien 
écossais  ,  est  le  plus  ancien  dont  il 
nous  reste  une  chronique  générale  de 
son  pays.  On  ne  connaît  pas  bien 
positivement  quels  furent  le  lieu  de 
sa  naissance  et  sa  condition  ;  mais 
on  suppose  avec  assez  <le  probabdite 
qu'il  naquit  à  Fordun ,  village  du 
comté  de  Méarns ,  et  qu'il  embrassa 
l'état  ecclésiastique.  On  voit  par  son 
histoire  qu'il  vivait  à  l'époque  à  la- 
quelle Gautier  Wardlaw,  cardinal, 
occupait  le  siège  épiscopal  de  Glas- 
gow. Or  ce  prélat  mourut  vers  1 386. 
On  est  fondé  à  croire  que  notre  his- 
torien vint  au  monde  vers  la  fin  du 
règne  d'Alexandre  lil ,  et  qu'ainsi  il 
florissait  vers  le  milieu  du  1 4^  siè- 
cle, dont  il  fut  sans  doute  un  orne- 
ment. On  sait,  d'après  des  autorités 
irrécusables,  que  l'intention  de  Fordun 
Cft  écrivant  rhistoire  de  son  pays  de- 


FOR  aSi 

puis  Tantiquité  la  plus  reculée,  fut  de 
réparer  la  pertedesarchiresderFcosse 
qu'Edouard  I'''',  ,   roi  d'Angleterre, 
avait  ou  anéanties  ou  emportées;  et 
si  l'on  considère  la  pénurie  des  ma- 
tériaux que  Fordun  eut  à  sa  disposi- 
tion ,  l'on  conviendra  qu'il  exécuta  son 
projet  d'une  manière  qui  lui  fait  hon- 
neur. Il  ne  se  contenta  pas  de  fouil- 
ler dans  les  annales  des  monastères  ; 
il  consulta  aussi  tous  ceux  qui  avaient 
éludié  l'histoire  de  sa  patrie ,  ou  que 
les  circonstances  avaient  mis  à  portée 
de  la  connaître  :  enfin  il  parcourut 
l'Ecosse,  l'Angleterre  et  l'Irlande  pour 
recueillir  des  renseignements.  Il  re- 
vint de  ce  voyage  vers  1 54 1  ,  et  com- 
mença la  rédaction  de  son  ouvrage.  Il 
en  avait  déjà  écrit  cinq  livres  ,  qui 
contenaient  la  suite  des  événements 
jusqu'en    1057.  ^^^  "^^^^  l'empêcha 
d'aller  plus  loin.  Ce  livre  ne  tarda  pas 
à  devenir  le  type  d'après  lequel  les 
moines  écrivirent  leurs  annales.  Tous 
les  couvents  d'Ecosse,  la  plupart  de 
ceux  d'Angleterre ,  en  firent  des  co- 
pies. On  l'appelait  par  distinction  la 
Chronique  écossaise.  Comme  For- 
dun avait  laisse  de   très  bons  maté- 
riaux pour  la  continuation   de   son 
ouvrage ,  cette  tache  fut  entreprise 
et  assez  bien  exécutée  par    Macullo 
et  quelques  autres.  Ce  Macullo  était 
moine  à  Scoon ,  et  secrétaire  de  l'ar- 
chevêque Schevez  sous  les  règnes  de 
Jacques  II  et  de  Jacques  III.  Cette 
histoire  ainsi  continuée  va  jusqu'à  la 
mort  de  Jacques  I".  en   1457.  Elie 
parut  sous  ce  litre  :  Joannis  Fordun, 
Scoti  ,    chronicon   genuinum ,    unh 
cum  ejusdem  supplemento  ac  con- 
tinuatione,  edidit  Thomas  Hearne^ 
Oxford,  1722,  5  vol.  in-S".  Goodall 
en  a  publié  une  autre  édition  à  Edin- 
bourg,  en  un  volume  in-folio.  On  la 
trouve  aussi,  mais  incomplète,  dans 
la  Collection  des  historiens  anglais  de 


25^  FOR 

Gale.  La  bibliotlièque  bodielenne  , 
le  musée  britannique  et  les  collec- 
tions d'Edinbourg  renferment  un 
grand  nombre  de  manuscrits  de  la 
chronique  de  Fordun.  On  a  repro- 
ché à  cet  auteur  d'avoir  inséré  dans 
son  ouvrage  trop  de  légendes  fabu- 
leuses ,  et  des  traditions  qui  semblent 
dénuées  de  preuves  authentiques.  For- 
dun pensa  que  ce  serait  un  grand 
déshonneur  pour  l'Ecosse  si  TÀngle- 
terre  l'emportait  sur  elle  par  l'an- 
cienneté de  sa  monarchie.  Il  imagina 
en  conséquence  de  faire  commencer 
la  race  des  rois  d'Ecosse  sept  cents 
ans  avant  celle  des  rois  d'Angleterre  , 
et  il  supposa  que  le  trente  -  neuvième 
roi  ayant  été  expulsé  par  les  Romains 
et  leurs  confédérés  ,  il  en  était  résulté 
wne  interruption  dans  l'ordre  de  la 
succession  qui  avait  recommencé  avec 
Fergus  l'an  4^5.  Plusieurs  liisto- 
riens  écossais ,  égarés  par  l'araour- 
propre  national ,  ont  suivi  les  traces 
de  Fordun  ;  mais  ,  à  mesure  que  la 
critique  historique  a  fait  des  pro- 
grès, on  a  rejeté  tout  ce  qui  tenait  de 
îa  fable.  C'est  ce  que  Maitland  a 
exécuté  avec  beaucoup  d'érudition 
dans  sop  livre  intitulé  :  Histoire  et 
jinliquités  d'Ecosse,  Londres,  1757, 
2  vol.  in-fol.  Cet  écrivain  observe 
que  Fordun  n'est  pas  toujours  d'ac- 
cord dans  les  parties  authentiques  de 
son  histoire  avec  ses  compatriotes 
Boèce,  Buchanan  et  Lesly  ;  mais  que 
souvent  il  peut  avoir  raison  contre 
eux  ,  parce  qu'il  vivait  à  une  époque 
plus  rapprochée  des  temps  dont  il  a 
parlé ,  et  qu'il  n'était  iniluencé  par 
aucun  système  religieux  ou  politique, 
qu'en  conséquence  son  opinion  doit 
être  préférée.  Son  ouvrage  offre  un 
grand  nombre  de  particularités  inté- 
ressantes et  précieuses,  entre  autres 
le  discours  prononcé  par  un  bardç 
Biontaguard  au  couronnement  d'A- 


FOR 

lexandrclll,  en  1249.  C'est  une 
pièce  particulière  dans  sou  geire. 
E— s. 
FORDYCE  (Jacques),  célèbre 
prédicateur  écossais ,  était  (ils  d'un 
respectable  magistrat,  père  de  vingt 
enfants  d'une  même  mère ,  et  naquit, 
en  1720,  à  Aberdeen.  11  fit  ses  étu- 
des au  collège  Marshal  de  celte  ville. 
Ayant  reçu  les  ordres  dans  l'église 
écossaise,  il  fut  nommé  ministre  de 
Brechin,  dans  le  comté  d'Angus ,  et 
ensuite  d'Alloa ,  près  de  Slirling.  Déjà 
connu  par  la  publication  de  quelques 
écrits ,  il  vint  à  Londres  en  1 760  ; 
sans  doute  par  considération  pour  ses 
talents,  et,  malgré  la  différence  des 
opinions  religieuses ,  il  fut  fait  co- 
pasteur  d'une  congrégation  de  ^15- 
senters,  établie  dans  la  capitale.  Ses 
prédica'ions  eurent  beaucoup  de  vo- 
gue; il  avait  le  secret  de  parler  au 
cœur ,  et  joiguail ,  au  mérite  d'une 
composition  élégante  et  fleurie,  celui 
d'une  éloculion  claiie  et  animée,  et 
d'une  physionomie  nobleet  expressive: 
mais  un  manque  de  procédés,  et  une 
conduite  arbitraire  envers  son  collè- 
gue ,  lui  firent  beaucoup  do  tort  dans 
l'esprit  du  public,  qui  déserta  le  pré- 
dicateur à  mesure  que  ses  moyens  s'af- 
faiblirent avec  l'âge.  Il  se  retira  alors 
dans  le  Hampshire,  et  ensuite  à  Bath, 
où  il  mourut  le  i"'.  octobre  1 796.  Il 
avait  su,  par  la  modération  de  ses 
opinions,  conserver  en  même  temps 
des  relations  d'amitié  avec  le  docteur 
Price  et  le  docteur  Johnson  ,  deux 
hommes  ,  certes ,  de  principes  bien 
opposés.  Voici ,  à  l'exception  de  quel- 
ques sermons  détachés ,  la  liste  des 
ouvrages  qu'il  a  publiés  :  I.  Essai  sur 
r action  convenable  à  la  chaire j, 
in-12;  imprimé  à  la  suite  de  Théo- 
dore, dialogue  concernant  l'art  de 
prêcher^  par  David  Fordyce,  5^  édi-» 
tion  in- 1 2, 1 755. 11.  Le  Temple  de  l<k 


FOR 

Ferttt, songe,  in-ia,  1757  et  1775, 
avec  des  corrections.  111.  Sermons 
aux  jeunes  femmes  y  2  vol.  in-12, 
1796,  publie's  d'abord  sans  nom  d'au- 
teur, en  17G5.  Ce  recueil  eut  un  très 
grand   succès,  et  fut   généralement 
goûté  des  femmes;  il  a  été  traduit 
en     français.    (  Fq/ez    Estienne  , 
XIII,  599.)  IV.   Le  caractère  et 
la   conduite  du  sexe  féminin ,   et 
les  avantages  que  les  jeunes  gens 
peuvent  recueillir  de  la  société  de 
femmes  vertueuses  ;  discours  en  trois 
parties,  1779,  in-S".  II  y  justifie  le 
caractère  des  femmes  contre  les  impu- 
tations du  lord  Chesterfieid  ;  mais  il 
monfre  un  peu  trop  d'indulgence  poar 
des  faiblesses  .qu'il  avoue   lui-même 
tenir  à  la  galanterie.   Il  recommande 
aux  jeunes  gens ,  d'après  sa  propre 
expérience ,   un   commerce  spirituel 
avec  le  sexe,  qui  ressemble  à  de  l'a- 
mour platonique.  V.  Adresses  aux 
jeunes  gens  y  1  vol.   in-12,    1777; 
réimprime'es  en  1796,  1  vol.  même 
format.  VI.  Adresses  à  la  Divinité , 
in-1'2,  1785,  réimprimées  en  1787. 
VII.  Un  volume  de  Poésies,  1786, 
in-  \i.  Il  y  a  dans  ses  vers  plus  de 
raison  que  de  poésie  ;  mais  on  y  trouve 
de  la  correction  et  de  la  facilité.  Son 
style  en  général  est  harmonieux  ;  on 
lui  a  reproclié  le  défaut  d'ordre  dans 
l'arrangement  des  idées,  même  en  An- 
gleterre ,  où  ce  défaut  est  assez  com- 
M  un.  Le  zèle   qu'il   a  montré  pour 
maintenir  les  femmes  d;uis  la  ligne 
des  devoirs  que  la  nature  et  la  société 
leur  imposent ,  a  excité  contre  lui  Tin- 
dignation  d'une  femme   d'un  grand 
talent,  qui  les  jugeait  appelées  au  con- 
traire à  partager  avec  les  hommes  tous 
les  genres  de  succès  et  de   gloire  : 
«  Cet  écrivain  ,  dit-elle  dans  sa  Dé- 
D  fense  des  droits  de  la  femme ,  noie 
»  l'éloquence  de  Rousseau  dans  des 
»  périodes  ampoulées,  et  expose  ses 


FOR  255 

»  opinions  sur  le  sexe  féminin  dans 
»  le  jargon  le  plus  senlimental.  C'est 
»  d'un  bout  à  l'autre  un  étalage  de 
»  sentiments  froids  et  artificiels , 
»  et  cette  ostentation  de  sensibilité 
»  qu'on  devrait  apprendre  à  mépri- 
»  ser  aux  enfants,  comme  lamanpie 
»  certaine  d'un  esprit  vain  et  étroit.  » 
Cela  paraît  un  peu  dur  sous  la  plume 
d'une  femme  ;  mais  cette  femme  était 
miss  Wolstonecraft,  depuis  madame 
Godv^in.  —  David  Fordyce,  frère  de 
Jacques ,  né  en  1711,  fut  professeur 
de  philosophie  au  collège  Marshal 
d'Aberdcen.  L'envie  d'ajouter  à  ses 
connaissances  l'ayant  engagé  à  faire 
divers  voyages  sur  le  continent,  il 
périt  dans  un  naufrage  sur  les  cotes 
de  Hollande  en  1751.  On  a  de  lui, 
Théodore ,  dialogue  sur  Tart  de 
prêcher,  dont  une  troisième  édition 
a  été  donnée  par  son  frère  en  1755; 
des  Dialogues  sur  l'éducation , 
îu-8'.;  et  un  Traité  de  philosophie 
morûZe ,  imprimé  en  17^4-  ^  l'av-ût 
composé  pour  entrer  dans  la  collec- 
tion d'ouvrages  élémentaires  publié» 
par  Dodsley ,  intitulée  le  Précep- 
teur. S — D. 

FORDYCE  (  George)  ,  célèbre  me'- 
decin  anglais  du  XVIU''.  siècle,  na- 
quit, en  1736,  dans  une  maison  de 
campagne  que  son  père ,  David .  pos- 
sédait près  d'Aberdcen.  Il  montra, 
fort  jeune  encore ,  d'heureuses  dispo- 
sitions ,  et  obtint  le  grade  de  maître 
es- arts  à  quatorze  ans.  A  quinze,  il 
entra,  comme  élève,  chez  son  oncle, 
Jean  ,  chirurgien  et  apothicaire  à  Up- 
pingham.  Suffisamment  imbu  des 
principes  de  l'art  de  guérir,  il  alla 
continuer  ses  études  à  l'université'  d'E- 
dinbourg,  et  sut  mériter  la  bienveil- 
lance de  l'illustre  professeur  Cullcti. 
Le  disciple  se  montra  digne  d'un  pareil 
mécène.  Admis  au  doctorat  en  1738, 
il  répandit  de  nouvelles  lumières  ^ur 


% 


254  FOR 

le  mec3ni<«ne  des  flnxlous,  et  sur  la 
nature  du  liquide  qu'elles  cliarient.  Sa 
thèse,  De  catarrho^  a  été  insérée 
dans  divers  recueils,  et  notararacnt 
dans  le  Thésaurus  de  Sanditbrt.  At- 
tiré par  réclat  dout  brillait  l'université 
de  Leyde ,  Fordyce ,  quoique  docteur , 
n  hésita  point  à  se  remettre  sur  les 
bancs  de  celte  fameuse  école,  qu'il 
fréquenta  assidûment  pendant  plu- 
sieurs mois.  Après  avoir  ainsi  com- 
plété son  éducation  médicale,  il  revint 
en  Angleterre ,  et  se  fixa  dans  la  ca- 
pitale. Peu  favorisé  des  biens  de  la 
fortune  ,  il  espéra  trouver  dans  la 
carrière  de  renseignement  un  moyen 
d'existence  honorable  et  lucratif.  Il 
ouvrit  en  conséquence  des  cours  par- 
ticuliers de  médecine,  consacrés  sur- 
tout aux  branches  de  la  science  né- 
gligées par  les  autres  démonstrateurs, 
liien  qu'essentiellement  utiles,  telles 
que  la  chimie,  la  pharmacologie,  la 
thérapeutique  et  la  pathologie.  Le  nou- 
veau professeur  manquait  de  ce  ta- 
lent si  précieux  et  si  rare  qui  orne 
et  embellit  par  les  grâces  du  discours 
les  matières  les  plus  arides.  Cet  obstacle 
ne  le  rebuta  point;  il  crut  pouvoir  sup- 
pléer à  l'élofjuence  toujours  sédui- 
sante, mais  quelquefois  stérile,  par 
la  précision,  la  clarté, l'exactitude.  Ses 
efFoils  ne  tardèrent  pas  à  être  cou- 
ronnés d'un  succès  complet.  Ses  au- 
diteurs devinrent  chaque  jour  plus 
nombreux.  Le  Manuel  qu'il  composa 
pour  leur  usage  franchit  bientôt  l'en- 
ceinte qui  lui  était  destinée,  et  fut  placé 
parmi  les  livres  classiques.  Nommé, 
en  1770  ,  médecin  de  l'hôpital  Saint- 
Thomas,  membre  de  la  société  royale 
en  1776,  et  du  collège  des  médecins 
en  17^7?  Fordyce  eut  en  outre  une 
pratique  assez  étendue.  Chargé  de 
fournir  à  la  marine  le  sauerkrauty 
dentelle  fait  une  consommation  abon- 
dante, il  justifia  pleinement  la  con- 


FOR 

fiance  du  gouvernement,  sans  négli- 
ger ses  iîilérêts.  Quoique  d'une  santé 
faible  et  cacochyme ,  il  continua  d'exer- 
cer sa  profession  jusqu'à  l'âge  de  plus 
de  soixante  ans.  Tourmenté  par  une 
goutte  irrégulière  et  une  hydropisie  de 
poitrine,ilysuccorabale25juini(So2, 
laissant  plusieurs  ouvrages,  dépour- 
vus des  charmes  du  style,  mais  re- 
marquables par  des  vues  neuves  et 
des  expériences  curieuses  :  L  Princi- 
pes d'agriculture,  et  préceptes  sur 
la  végétation  y  Edinbourg,  1765, 
in-8^.,  fig.;  Londres,  1771  ,  in-8"., 
fig.  (en  anglais);  traduits  en  allemand, 
avec  des  notes  et  des  additions ,  par 
le  docteur  François -Xavier  Schwe- 
diauer ,  Vienne  eu  Autriche,  1777  ^ 
m  -  8°.  II.  Eléments  de  médecine- 
pratique,  Londres,  1768,  in -8°.; 
ibid.,  1770,  1777,  1784  (en  an-^ 
glais);  traduits  en  allemand,  d'abord' 
en  1 76g ,  puis  par  Chrétien-Fédéric 
Michaélis  ,  Breslau ,  1 797 ,  in  -  8". 
C'est  le  Manuel  qui  servait  de  texte 
aux  leçons  de  l'auteur.  III.  Traité 
de  la  digestion  des  aliments ,  Lon- 
dres ,  I  79 1  ,  in  -  8".  (  en  anglais  )  ; 
traduit  en  allemand,  par  Michaélis, 
Zitfau,  1795,  iu^".  Fordyce  a  sans 
doute  augmenté  nos  connaissances  sur 
la  nature  du  principe  nutritif  et  sur 
son  mode  d'assimilation  :  toutefois  il 
est  loin  d'avoir  entièrement  déchiré 
le  voile  qui  couvre  à  nos  yeux  les 
importantes  fonctions  des  organes  di- 
gestifs. IV.  Première  dissertation 
sur  la  fièvre  simple ,  Londres,  1 794, 
iu-8''.  (en  anglais.)  Cette  dissertation 
fut  suivie  de  trois  autres,  publiées 
successivement  en  1 79J  ,  1 796  et 
1802,  et  traduites  en  allemand  par 
Michaélis.  L'auteur  desirait  vivement 
pouvoir  compléter  celle  pyrétogra- 
phie,  dont  les  quatre  premiers  frag- 
ments avaient  obtenu  Taccueil  le  plus 
favorable.  La  cinquième  disserlation, 


FOR 

pi  semble  former  ce  complément, 
â  été'  imprimée  sur  un  manuscrit  que 
lé  défunt  avait  terminé  quelques  jouis 
ivant  sa  mort.Ce  qui  contribua  davan- 
tage encore  à  la  réputation  de  For- 
iyce,  fut,  sans  contredit,  la  belle  série 
d'expériences  qu'il  eutrepnt,  en  1774? 
avec  autant  de  zèle  que  de  talent , 
sur  la  température  des  animaux  en 
général ,  et  du  corps  de  Thomme  en 
particulier.  Il  résulte  de  ce  travail  in- 
téressant que  l'animal  à  sang  chaud, 
tel  que  le  mammifère  et  l'oiseau ,  pos- 
sède la  faculté  précieuse  de  résister  à 
l'excès  du  calorique,  comme  il  résiste 
à  l'excès  du  froid.  Des  hommes  ont 
pu  supporter  ,  pendant  quelques  mi- 
nutes, sans  être  gravement  incom- 
modés, une  chaleur  supérieure  à  celle 
de  l'eau  bouillante,  dans  une  étuve 
où  des  œufs  étaient  bientôt  complète- 
ment durcis.  Les  individus  plongés 
dans  celle  espèce  de  fournaise  ar- 
dente, éprouvaient  à  peine  deux  de- 
grés d'augmentation  dans  leur  tempé- 
rature, ce  qui  démontre  en  quelque 
sorte,  mathématiquement,  la  prodi- 
gieuse influence  et  presque  la  mesure 
de  ce  principe  vital  sur  lequel  on  a 
tant  déraisonné.  —  Fordyce  (Guil- 
laume), frère  de  David  et  de  Jacques, 
naquit,  comme  eux,  à  Aberdeen  ;  il  fit, 
en  1724  )  d'excellentes  études  au  col- 
lège de  cette  ville,  partit  ensuite  pour 
l'/irméc  en  qualité  de  volontaire,  et 
obtint  bientôt  un  emploi  de  chirur- 
gien. De  retour  à  Londres ,  il  y  exerça 
la  médecine  avec  le  même  succès  et 
le  même  éclat  que  son  neveu  George, 
jusqu'à  sa  mort,  arrivée  le  4  dé- 
cembre 1792.  Le  roi  l'avait  décoré 
du  titre  de  chevalier  en  1787.  il 
se  livra  de  préférence  au  traite- 
ment des  affections  siphilitiques  , 
sur  lesquelles  il  publia  un  ouvrage 
estimé  :  L  Examen  de  la  maladie 
vénérienne  j  et  des  mojens  propres 


FOR  255 

à  la  guérir,  Londres,  1768,  in-125 
ibid. ,  1777,  1785  (en  anglais);  tra- 
d'.iit  en  allemand  par  George -Henri 
Konigsdœrfer ,  Altenbourg  ,  1 769  , 
in  -  S*".  Le  tome  premier  du  Recueil 
d'observations  de  la  société  des  mé- 
decins de  Londres  (1737),  contient 
en  outre  un  Mémoire  de  Fordyce  sur 
les  propriétés  éminentes  de  la  salse- 
pareille, pour  la  cure  des  symptômes 
siphilitiques  les  plus  opiniâtres.  IL 
Hecherches  sur  les  causes,  les  si' 
gnes  et  les  moyens  curatifs  des  fiè- 
vres putrides  et  inflammatoires, 
Londres ,  1  77^,  ia-8  '.  ;  traduites  ea 
allemand,  Leipzig,  1774,  in-8\  Oïl 
peut  regarder  comme  un  supplément 
à  ces  recherches  la  Lettre  de  l'auteur 
à  Jean  Sinclair ,  sur  la  vertu  anti" 
septique  de  V acide  muriatique,  Lon- 
dres, 1790,  in-8'.  111.  Essai  sur 
l'importance  de  la  rhubarbe,  et  sur 
la  meilleure  manière  de  la  cultiver 
en  Angleterre  poar  les  usages  mé- 
dicinaux,  Londres,  1792,  in-8°» 
La  société  d'encouragement  décerna 
à  l'unanimité  une  médaille  d'or  à 
l'auteur  ,  en  reconnaissance  de  ses 
louables  et  utiles  tlTorts  pour  l'accli- 
matement d'une  racine  dont  l'impor- 
tation coûtait  à  l'état  une  somme  an- 
nuelle de  deux  cent  mille  guinces. 
Fordyce  élait,  avec  raison ,  admirateur 
et  partisan  très  zélé  des  immortelles 
découvertes  de  Newton;  mais  il  en 
fait  des  applications  intempestives  : 
il  considère,  par  exemple,  rjrritabilité 
animale  comme  une  modification  de 
l'attractiou  universelle,  et  il  la  nomme 
en  conséquence  attractionvitale,  C. 
FOKEIRO,  en  latin  Forer ius , 
célèbre  dominicain  du  16*.  siècle, 
issu  d'une  maison  illustre ,  sut  se  ren- 
dre plus  recommandable  encore  par 
ses  vertus,  son  talent,  et  l'utilité  dont 
il  fut  à  l'Eglise,  que  par  sa  naissance. 
Il  était  né.  à  Lisbonne ,  où  il  prit  fort 


256  FOR 

i  une  l'habit  de  St.-Dominique.  Doue' 
d'un  esprit  vif  et  d'un  jugement  so- 
Jide,  il  fit  de  prompts  et  de  grands 
progrès  dans  ses  études ,  et  apprit  les 
langues  latine,  grecquft  et  hébraïque. 
Il  cultiva  surtout  avec  soin  cette  der- 
nière langue,  afin  de  pouvoir  péne'trer 
plus  aisément  dans  le  sens  des  saintes 
Ecritures ,  et  il  y  eut  pour  maître  le 
fimeux  grammairien  Ange  Canini. 
Foreiro  se  fit  à  lui-même  un  diction- 
naire de  cette  langue.  Jean  III ,  roi 
de  Portugal,  instruit  des  dispositions 
du  jeune  dominicain ,  et  du  désir  qu'il 
avait  de  s'instruire,  le  fit  envoyer  à 
Paris  par  ses  supérieurs,  pour  y  sui- 
vre les  cours  de  l'université,  et  se 
perfectionner  dans  les  lettres  divines 
et  humaines  :  il  y  devint  un  théolo- 
gien profond.  De  retour  en  Portugal 
en  i54o,  il  se  livra  à  l'enseignement 
et  aux  travaux  de  la  chaire ,  où  il  se 
fit  un  nom  célèbre  ;  il  passait  pour  le 
plus  éloquent  et  l^  meilleur  prédica- 
teur du  Portugal  :  c'était  lui  qui  ordi- 
nairement prêchait  les  stations  devant 
la  cour,  sans  que  cela  l'empêchât 
de  remplir  les  mêmes  fonctions  dans 
les  autres  églises.  Le  roi  et  les 
princes  ses  frères  l'honoraient  de 
leur  estime  :  dom  Louis,  l'un  des  deux 
princes,  lui  confia  l'éducation  de  son 
fils ,  dom  Antoine,  en  1 56 1 .  Dom  Sé- 
bastien, qui  avait  succédé  à  Jean  III, 
députa  Foreiro  au  concile  de  Trente, 
eu  qualité  de  théologien.  Foreiro  y  pro- 
nonça plusieurs  discours  qui  furent 
fort  applaudis,  et  les  pères  l'entendi- 
rent avec  tant  de  satisfaction,  qu'ils 
le  firent  prêcher  devant  eux  une  fuis 
cliaque  semaine.  On  ne  tarda  point  à 
s'apercevoir,  au  concile,  que  Foreiro 
ne  se  distinguait  pas  moins  par  sa 
dextciilç  dans  le  maniement  des  af- 
faires ,  que  par  son  érudition  et  son 
éloquence.  Y  ayant  eu  à  traiter  quel- 
ques points  délicats  avec  Pie  lY  dans 


FOR 

des  conférences  particulières,  on  en 
chargea  Foreiro,  et  il  s'acquitta  de 
cette  commission  à  la  satisfaction  du 
pape  et  du  concile  :  dès-lors  on  n'y 
agita  presque  rien  sans  qu'il  fût  con- 
sulté. On  a  prétendu  qu'il  avait  rédigé 
le  texte  du  concile,  tel  que  nous  l'a-, 
vous.  Il  est  sûr  du  moins  qu'il  fut  se-, 
crétaire  de  la  commission  pour  la  cen- 
sure des  livres,  et  qu'il  est  l'auteur 
de  la  préface  qui  se  trouve  à  la  tête  de 
V Index  publié  en  i564:  il  fut  aussi 
choisi,  avec  deux  autres  théologiens. 
(  Léonard  Marini ,  et  Gilles  Fosca- . 
rari  ) ,  pour  rédiger  le  catéchisme  du 
concile (i), et  fut  membre  de  la  com-. 
mission  pour  la  révision  et  la  réforme 
du  bréviaire  et  du  missel  romains.  A 
son  retour  à  Lisbonne,  en  i5G4,  il 
fut  nommé  prieur  du  couvent  de  cette, 
ville,  et  peu  après  provincial.  C'est  pen- . 
dant  l'exercice  de  cette  charge  qu'il  fit 
construire,  à  Almeïda ,  un  couvent  de , 
son  ordre  où,  lorsque  le  temps  de. 
son  administration  fut  expiré,  il  se 
retira,  s'y  partageant  entre  l'étude  et 
la  prière.  11  y  mourut  le  lo  janvier 
1 587.  Il  a  laissé  :  I.  Isaïœ  prophètes 
vêtus  et  nova  ex  hebraïco  versio 
cum  commentario ,  Venise,  i565, 
in-fol.;    Anvers,   i565,  iu-8".  Cette 
traduction  et  son  commentaire,  re- j 
gardés  comme  excellents ,  ont  reparu ,? 
en  1660,  à  Londres ,  dans  le  5*.  vo- 
lume des   Critiques  sacrés.  II.  Des 
Sermons,  et  autres  ouvrages  ou  com- 
mentaires sur  plusieurs  livras  de  la 
Bible,  demeurés  manuscrits.  L — y. 

FORER  (  Laurent  ),  jésuite  sgisse, 
et  fameux  controversiste,  né  à  Lu- 


(1)  Calechismut  ad  parochot,  Rome,  i565  , 
in  fol;,  très  «ouvpnt  réimprimé,  et  connu  auwi  »ou» 
le  nom  de  Catéchisme  romain.  L'érudiùon.  l'exac- 
tiiude  et  la  précision  i'v  trouvent  réunies  i«  l'élé- 
gance et  à  la  pureté  ilu  «tyle,  qui  est  telle  que 
quelques  auteurs  en  ont  fait  honneur  à  Paul  M«- 
imce;  mais  le  1*.  Lngomnrsini  a  pronré  que  c'est 
le  savant  Jules  Foggiani  qui  a  revu  et  poli  le  style 
(le  ce  Catécitisiue. 


FOU 
icerne  en  1 58o ,  entra  chez  les  je'suites 
-à  l'âge  de  vingt -cinq  ans,  et  cura- 
niença,  snivant  l'usage,  par  enseigner 
les  humanités   dans  les  collèges   de 
cet  institut.  Apres  avoir  fait  ses  qua- 
tre vœux,  et  reçu  l'ordre  de  prêtrise, 
il  fut  charge'  de  pruft'sser  1    philoso- 
phie ,  la  théologie  et  la  controverse. 
Ennemi  redoutable  des  nouvelles  doc- 
trines ,  et  plein  de  feu ,  il  se  dévoua  à 
les  combattre,  et  poursuivit  les  sec- 
taires avec  une  activité  infatigabh*.  Il 
devint  chancelier  de  l'université  de 
Dillingen,  fut  lecteur  du  collège  de 
Lucerne,  et  enfin  confesseur  de  l'évê- 
que  d'Augsb  urg.  11  mourut  d'une  at- 
taque d'.ipoplexie  à  Ratisbonne  ,  le  7 
janvier  1659,  âgé  d'environ  soixante- 
dix-neuf  ans.  Il  est  auteur  d'un  grand 
nombie   d'ouvrages ,   la  plupart  de 
controverse.  Le  cat  lugue  qu'eu  donne 
Solwel,   bibliographe  de  la  société, 
en  porte  le  nombre  à  quarante  quitre, 
les  uns  en  latin ,  les  autres  en  alle- 
mand. Voici  les  principaux  :  I.  Sym- 
bolum    cathoUcum  ,     lutheranum  , 
cabinianum  cum  apostoUco  colla- 
tum,  Diliingen,  1622,  in-4\  II.  Pa- 
trociniurn   votorum   contra  prœdi- 
cantem  Tubin^ensem  ^  WnA, ,  i6'25, 
in-4''.  C'est  une  défense  des   vœux 
monastiques.  III.  Luihcrus  thauma- 
tur^us  ,'\h\à./m-l^\  IV.  Gramma- 
iicus  Froteus  ,  arcanorum  societaiis 
Jesu  Dedalus  dedolatus  ,  et  genui- 
no  suo  vultu  reprcesentatus  :  acces- 
sit auctarium  animadversionum  in 
{rasparis  Scioppii  ecclesiasticam  as- 
trologiam,  Ingolstadt,  i656,  in-S". 
V.  Ànti-raelander  adi^ersùs  Philo- 
xenum  Mclandrum  autorem  Fla- 
gelli  jesuitici.  C'est  Scioppius ,  en- 
nemi juré   des  jésuites ,  qui   s'était 
caché  sous  le  nom  de  Mélander.  La 
réponse  de  Forer  est  en  allemand, 
et  parut  à  Munich  eu  iG33.  Forer 
passa  ainsi  sa  yie  à  attaquer  et  à 


FOR  25^ 

se  défendre.  Parmi  les  articles  lan- 
cés contre  lui ,  deux  portent  le  litre 
A'  4nti-  Forer.    Le  premier  est   de 
Jean-Uiric   Pregitzer ,  pasteur   pro- 
testant ,    et  professeur  de  théologie 
à  Tubingen  :  son    livre    est    dirigé 
contre  le  Patrocinium  votorum,  et 
il  y  attaque  les  vœux  monastiques* 
L'autre  Anti- Forer  est  de   Pierre 
Hiberkorn,  professeur  de  théologie 
à  Giessen ,  et    prédicateur  du  1  md- 
grave  de  Hesse  :  cet  ouvrage  parut 
en  1654  ;  il  roule  sur  des  questions 
proposées  par  le  P.  Forer,  aux  pro- 
testants, sur  la  nature  de  la  réforma- 
tion ,  l'état  de  l'église  avant  Luther ,  etc. 
Outre  ces  nombreux  ouvrages  polémi* 
ques ,  et  d'autres  encore ,  demeurés 
manuscrits ,  dont  la  Bibliothèqua  his- 
torique de  la  Suisse  donne  le  détail 
d'après  la  Lucerna  litterata  de  J.  A. 
F.  de  Balthasar ,  on  a  du  P.  Forer  dei 
Observations  sur  les  eaux  thermales 
de  Pfeffers,  traduites  du  latin  en  alle- 
mand, Augsbourg,  1642,  in-8°.,fîg., 
dont  Hallcr  parle  avec  éloge.   L — y. 
FOHEST  (Pierre  de  la),  arche- 
vêque de  Rouen  et  cardinal,  «  l'un 
»  des  plus  excellents  ho. urnes  de  soa 
»  tempï>  »,   dit  François  Duchesne, 
et  du  petit  nombre  de  ceux  qui,  nés 
dans  une  condition  obscure,  ont   du 
leur  élévation  à  leur  mérite,  vit  le  jour 
dans  le  village  de  la  Suse,  à  quelques 
lieues  du  Mans,  en  i3i4.  Son  pèrç 
se  nommait  Philippe  de  la  Forest ,  et 
sa  mère  Marguerite,  native  de  la  Cha- 
pelle-Saiut-Aubin,  autre  village  dans 
les  environs  de  la  mêmeville.C'étaient 
d'honnêtes  gens  occupés  des  travaux 
de  la  campagne.  Marguerite  avait  ua 
frère  ecclésiastique ,  nommé  GeofTroi 
de  la  Chapelle,  que  Gui   de  Laval, 
évêquedu  Mans,  «  instruit  de  sa  suffi- 
sance et  expérience  en  fait  de  justice  » , 
avait  constitué  son  officiai ,  et  que  soa 
mérilç  éleva  dan^  la  suite  sur  ce 

n 


a58  FOR 

même  siège  du  Mans.  Pierre  montrait 
une  grande  vivacité' d'esprit  et  un  grand 
désir  d'apprendre.  Soit  que  ct^t  oncle, 
officiai,  y  contribuât,  soit  qu'en  bons 
parents  ,  le  père  et  la  mère  de  Pierre 
épuisassent  leurs  moyens,  ils  firent 
étudier  leur  fils  j  et  ses  progrès  dans 
les  classes  furent  tels ,  qu'à  l'âge  de 
dowze  ans  il  avait  achevé  ses  huma- 
iiile's  et  sa  philosophie.  11  s'appliqua 
alors  à  la  jurisprudence  avec  tant  de 
succès,  qu'après  avoir  obtenu  ses  li- 
cences il  fut  fait  professeur,  et  enseigna 
le  droit  dans  les  écoles,  alors iâmeuses, 
d'Orléans  et  d'Angers.  Sa  réputation 
y  amena  bientôt  un  grand  concours 
d'auditeurs.  On  venait  le  consulter  de 
tous  côte's  ;  on  y  accourait  même  dos 
pays  étrangers,  et  la  facilité  avec  la- 
quelle il  savait  résoudre  les  questions 
les  plus  délicates  lui  attirait  une  admi- 
ralion  générale.  Gui  de  Laval  crut  ne 
devoir  pas  laisser  sans  récompense 
des  talents  &i  recommandables  ;  et 
n'ayant  rien  de  mieux  à  offrir  à 
Pierre ,  il  lui  donna  la  cure  de  Ché- 
miré-le-Gaudin.  C'était  un  théâtre  uu 
peu  rétréci  pour  le  mérite  du  jeune 
docteur,  et  peut-être  pour  son  ambi- 
tion :  il  résolut  de  se  rendre  à  Paris, 
et  de  s'y  faire  connaître.  11  en  prit  le 
moyeu  le  plus  sûr ,  en  s'attachant  au 
barreau,  et  exerçant  la  plaidoirie  pi'ès 
de  la  première  cour  de  magistrature 
de  France.  Il  ne  tarda  point  à  se  faire 
distinguer  dans  cette  carrière;  et  le 
bruit  de  ses  succès  parvint  jusqu'à  Phi- 
lippe de  Valois,  qui  le  pourvut  d'une 
charge  d'avocat-général.  Ce  ne  fut  pas 
le  seul  avantage  qu'il  obtint.  Les  bé- 
néfices vinrent  comme  d'eux-mêmes 
s'accumuler  sur  sa  tête.  Philippe  de 
A^alois  ayant  investi  son  fils  Jean  des 
duchés  de  Normandie  et  d'Aquitaine , 
ce  jeune  prince  admit  Pierre  de  la  Fo- 
rcst  dans  son  conseil,  lui  confia  les 
cccaux  de  ses  duchés  ;  et  l'ca  «ommA 


FOR 

chancelier j  il  fît  plus  encore,  il  h 
recommanda  à  Clément  VI,  qui  lui 
donna  l'évêché  de  Tournai.  Pieire  de 
laForest  néanmoins  n'alla  jamais  dans 
celte  ville ,  ses  charges  le  retenant  à 
la  cour.  Philippe  de  Valois,  peu  de- 
temps  après,  réleva  à  la  dignité  de 
diancelier  de  France ,  à  la  place  de 
Jean  de  Cherchemont,  et  le  nomma 
sou  exécuteur  testamentaire.  C'est 
presqu'en  même  temps  qu'Audouin , 
évêqucde Paris ,  ayant  été  transféré  au  ,, 
siège  d'Auxerre,  Pierre  de  la  Forest  } 
fut  pourvu  de  l'évêché  qu'il  laissait  I 
vacant.  Les  talents  de  Pierre  de  la  I 
Forest  et  les  hauts  emplois  dont  it 
était  revêtu  lui  firent  prendre  une 
grande  part  dans  les  affaires  politi- 
ques de  son  temps.  En  i35i ,  il  fut 
chargé  par  le  pape  ,  conjointement 
avec  l'évêque  de  Lao»,  de  donner  le 
chapeau  à  Rigaud  de  Roussi ,  non»n& 
cardinal ,  et  auparavant  abbé  de  Saint- 
Denis.  La  cérémonie  s'en  fît  au  pa  • 
lais ,  en  présence  du  roi  Jean  ;  et  les 
historiens  remarquent  que  c'est  la 
première  fois  qu'il  fut  dérogé  par 
les  souverains  pontifes  à  l'usage  d'al- 
ler recevoir  le  chapeau  à  la  cour 
papale.  La  trêve  entre  Edouard  et 
la  France  ayant  expiré  au  mois 
d'août  de  la  même  année ,  la  Forest 
fut  un  des  plénipotentiaires  nommés 
pour  aller  traiter  de  la  paix.  Les 
conférences  se  tinrent  entre  Calais  et 
Guines;  mais  on  ne  put  convenir  que 
d'une  trêve,  qui  même  fut  liientôt  rom- 
pue, et  que  Pierre  de  la  Forest  signa 
en  prenant  les  qualités  de  chancelier 
de  France  et  d'évêque  de  Paris.  L'an- 
née suivante,  il  fut  nommé  archevê- 
que de  Rouen.  Il  faut  qu'alors  on  ne 
pût,  sans  dispenses,  cumuler  le  trai- 
tement d'une  charge  avec  un  revenu 
ecclésiastique.  Il  existe  des  lettres  dé- 
rogatoires qui  autorisent  Pierre  de  la 
Foreit  à  percevoir  les  éuaolumeaU  de 


FOR 

sa  charge  de  chancelier ,  nonobstant , 
y  est-il  dit ,  que  sa  prélalurc  en  eust 
deub  faire  cesser  la  continuation. 
Il  faut  aussi  qu'alors  la  dignité  de 
chancelier,  tout  éminente  qu'elle  est, 
li'anoblîl  pas ,  puisque  le  même  Pierre 
de  la  Forest  ayant,  vers  ce  temps ,  fait 
l'acquisition  du  château  et  châtelleuie 
de  Loupcîande,  près   le  Mius,  fut 
oblige',  pour  être  investi  de  ce  fief  no- 
ble, de  prendre  des  lettres  de  no- 
blesse. En  i354,  il  se  rendit  à  Avi- 
gnon ,  où  Ton  devait  conférer,  eu  pré- 
sence d'Innocent  VI ,  sur  les  moyens 
de  rétablir  la  paix  entre  la  France  et 
l'Angleterre  ;  mais  Edouard  y  mit  des 
conditions  qui  la  rendirent  imprati- 
cable. Le  renouvellement  des  hosti- 
lités obligea  le  roi  Jean  de  convoquer 
les  états  l'année  suivante.  Pierre  de  la 
Borest,  en  sa  qualité  de  chancelier, 
en  fit  l'ouverture  en  la  chambre  du 
parlement  de  Paris  ,  et  parla  au  nom 
du  prince ,  ;>owr  quon  luifist  aucune 
ayde  qui  lui  fust  suffisante  à  faire 
sa  guerre.  En  1 556 ,  le  roi  ayant  été 
fait  prisonnier  à  la  bataille  de  Poi- 
tiers, une  nouvelle  assemblée  des  états 
fut   convoquée  pour  travailler  à  la 
délivrance  du  roi.  Pierre  de  la  Forest 
en  fit  encore  l'ouverture;  mais  les  dé- 
putés, au  lieu  de  s'y  occuper  du  bien 
de  l'état ,  présentèrent  au   dauphin 
Charles ,  lieutenant  du  royaume  pen- 
dant la  captivité  de  son  père ,  une  liste 
de  vingt  personnes  revêtues  des  pre- 
miers offices ,  et  les  plus  fidèles  servi- 
teurs du  roi ,  à  la  tête  desquelles  était 
Pierre  de  la  Forest,  dont  ils  exi- 
geaient la  destitution.  Charles  éluda 
pendant  quelque  temps  cette  deman- 
de ;  et ,  pour  éviter  d'y  répondre , 
prenant  le  prétexte  d'un   voyage  à 
Metz  pour  y  aller  consulter  l'empe- 
reur Charlqg  IV,  sou  oncle,  sur  la  si- 
tuation des  affaires  de  France,  il  rom- 
pit les  états.  Le  prince,  dans  ce  voya- 


FOR  25^ 

ge ,  se  fit  accompagner  de   Pierre 
de  la  Forest;  à  son  retour,  voyant 
que  s'il  ne  consentait  à  la  demande 
des  états ,  il  ne  pourrait  obtenir  de 
subsides  pour  le  roi  sou  père,  il  se 
vit  obligé  de  céder.  La  même  année , 
Pierre  avdit  été  nommé  cardinal  par 
Innocent  Vï,  qui  le  créa  aussi  soa 
légat  en  Sicile.  Pierre  se  voyant  des- 
titué de  sa  place  de  chanceli*  r ,  se  re-^ 
tira  à  Bordeaux  ,  où  le  roi  Jea«  était 
encore ,  et  où  il  lui  reporta  les  sceaux. 
On  y  négociait  la  liberté  du  roi.  Les 
affaires  n'avançant  point,  et  Pierre  es- 
pérant que  peut-être  en  Angleterre  il 
pourrait  les  hâter,  se  rendit  à  Lon* 
dres,  où  il  demeura  près  d'un  an. 
Pendant  ce  temps,  la  France  était  li- 
vrée à  la  fureur  des  factions.  En  1 35g, 
le  dauphin  ayant  réussi,  par  sa  sagesse, 
à  calmer  un  peu  les  esprits ,  un  de  ses 
premiers  soins  fut  de  réhabiliter  les 
officiers  qu'il  s'était  vu  contraint  de 
destituer.  Il  rendit  une  ordonnance 
par  laquelle  il  les  restitue  en  leurs 
états  et  renommées ,  et  veut  qu'ils 
soient  payés  des  gages  de  leurs  offices 
comme  s'ils  les  avaient  toujours  te- 
nus. Par  ce   moyen  ,   Pierre   de  la 
Forest  fut  rétabli  dans  sa  charge  de 
chancelier  de  France;  mais ,  instruit 
que  ses  ennemis  tramaient  contre  lui 
de  nouveaux  complots ,  il  se  retira  à 
la  cour  d'Avignon,  et  s'établit  à  Ville- 
neuve, près  cette  ville,  où  il  mourut 
de  la  peste  le  25  juin  1 36i .  Son  cœur 
y  fut  inhumé,  et  son  corps  transporté 
au  IVIans  pour  y  être  enterré  dans  la 
cathédrale,  à  coté  de  l'évêque  Geof- 
froi,  son  oncle,  auquel  il  avait  fait 
élever   un  monument.  Trois    jours 
avant  sa  mort ,  Pierre  avait  fait  un 
testament  fort  étendu.  Par*  une  de» 
dispositions ,  il  ordonnait  qu'un  ser- 
vice solennel  lui  serait  fait  à  Paris, 
dans  l'église  de  Notre-Dame,  dont  il 
avait  i\é  chanoine.  On  y  voyait  autre  « 
17.. 


i6o  FOR 

fois ,  sur  un  des  piliers  du  cLœur ,  sa 
stalue,  dont  François  Ducliesne,  dans 
son  Histoire  des  Cardinaux  fran- 
çais »  nous  a  conservé  la  ressem- 
blance. L — Y. 

FOREST  (Pierre  van),  méde- 
cin hollandais,  plus  connu  parmi  les 
savants  sous  le  nom  de  Foreslus  , 
parce  que  c'est  ainsi  qu'il  traduisait 
son  nom  à  la  tête  de  ses  ouvrages 
écrits  en  lalin ,  naquit  dans  la  ville 
d'AIemaer  en  1 522.  Son  père ,  qui 
était  bailli  d'un  village  voisin ,  l'en- 
voya à  Louvain  pour  y  étudier  le 
droit  ;  mais  Foreslus  n'avait  nul  goût 
pour  la  pro/ession  d'avocat,  et  se 
sentait  un  vif  penchant  pour  celle  de 
médecin.  Son  père  lui  permit  de  s'y 
consacrer.  Après  avoir  achevé  ses 
études  à  Louvain ,  il  alla  voyager  en 
Italie ,  parcourut  successivement  Bo- 
logne ,  où  il  prit  le  bonnet  de  doc- 
teur ;  Padone  ,  où  il  suivit  les  leçons 
du  célèbre  André  Yesale,  et  Rome, 
où  il  eut  l'occasion  d'acquérir  de  nou- 
velles lumières  en  assistant  à  la  cli- 
nique de  son  célèbre  compatriote 
Gisberl  Horstius.  Forestus  quitta  l'Ita- 
lie pour  aller  à  Paris.  Dans  celte  ville 
il  suivit  les  cours  de  Vidus  Vidius  et 
de  J.  Sylvius.  Après  avoir  exercé  la 
médecine  pendant  un  an  à  Pithi- 
vicrs ,  il  retourna  dans  sa  patrie ,  et 
y  obtint  pendant  douze  ans  les  suc- 
cès les  plus  heureux  dans  la  prati- 
que. Une  maladie  pestilentielle  exer- 
çant les  plus  grands  ravages  à  Delft , 
cet,  habile  médecin  n'hésita  pas  de  se 
rendre  aux  instances  des  habitants  ; 
et,  à  l'exemple  de  l'immortel  Hippo- 
crate,  en  s'cxposant  au  danger  le 
plus  imminent,  il  eut  le  bonheur  de 
sauver  une  multitude  d'infortunés, 
et  de  se  préserver  lui  -  mêiue  de  la 
contagion.  Les  magistrats  de  Delft 
lui  ayant  offert  une  pen.sion  considé- 
rable,  il  ûxa  soa  séjour  dans  leur 


FOR 

ville,  et  pendant  quarante  ans  il  ne 
s'en  éloigna  momentanément  que  pour 
aller  à  Lcyde  ,  où  il  fut  appelé  en 
1575  pour  y  faire  les  premières  le- 
çons de  médecine  à  l'ouverture  de 
l'université  qui  venait  d'y  être  fon- 
dée. Forestus,  devenu  vieux,  se  retira 
à  Alcmaer  sa  patrie  5  il  y  mourut  en 
1697,  à  l'âge  de  soixante  -  quinze 
ans.  La  ville  lui  fît  élever  un  monu- 
ment dans  la  principale  église.  On  y 
lit  ce  distique  chronogrammatique  : 

eVICtUs  fato  CUbat  haC  sUb  MoLe  forestU»  : 
hIppoCrates  bataVh  «IfUlt,  ILLe  fUU. 

Forestus  joignait  à  un  savoir  très  va- 
rié l'habileté  d'un  grand  praticien.  On 
voit ,  en  lisant  ses  écrits ,  qu'il  était 
un  excellent  observateur.  11  y  a  re- 
cueilli un  grand  nombre  d'histoires 
fort  intéressantes  sur  les  maladies. 
Haller  suspecte  la  fidélité  de  ces  his- 
toires ;  mais  Boërhaave  en  faisait  un 
cas  tout  particulier.  L'on  s'aperçoit ,  | 
d'après  les  ouvrages  de  Forestus ,  f 
qu'il  donnait  un  peu  dans  la  poly- 
pharmacie  ,  comme  c'était  l'usage  de 
son  temps  :  cependant  plusieurs  de 
ses  formules  sont  encore  en  grand  cré- 
dit dans  la  Hollande  et  dans  la  Belgi- 
que, et  portent  son  nom.  L'auteur  de 
cet  article  a  lui-même  souvent  pres- 
crit dans  ces  contrées  la  boisson  con- 
nue sous  le  nom  de  decoctum  Pétri 
Foresti ,  que  ce  grand  praticien  em- 
ployait avec,  succès  dans  les  affec- 
tions catarrhalcs  qui  sont  fort  com- 
munes dans  les  Pays-Bas.  Voici  la  liste 
des  ouvrages  les  plus  remarquables  de 
Foreslus  :  I.  Observalionum  et  cura- 
iionum  medicinalium ,  sii^e  medicince 
theoricœ  et  practicœ^  libri  XXFIIl, 
Francfort,  1602,  2  vol.  in-fol.  11. 
Jdem ,  lib.  XXIX ^  ibidem,  if)o4, 
I  vol.  in-fol.  11  f.  Idem,  lib.  XXX ^ 
XXXI  et  XXXII,  ibié.,  1607, 
I  vol.  in-fol.  IV.  Obseru,  et  cura- 
Uonum  ckirurgicarum  libri  quinque; 


FOR 

(tccesserunt  de  incerlo  ac  fallaci 
urinarum  Jiulicio  adversùs  uromari' 
tas  et  uroscopos  libri  très ,  Franc- 
lort)  i6io,in-fol.  Ce  volume,  for- 
mant la  suite  du  précédent ,  est  le 
V*.  de  la  collection.  Dans  ce  dernier 
écrit  Forestus  s'élève  justement  con- 
tre la  jonglerie  des  charlatans  qui  pré- 
tendent connaître,  à  l'inspection  de 
l'urine,  les  maladies,  leur  cours  et 
leur  suite.  Cette  opinion  prouve  en 
faveur  des  lumières  et  de  la  philoso- 
phie de  l'auteur,  qui  les  manifestait  à 
une  époque  où  la  médecine  était  in- 
fectée des  préjuges  les  plus  absurdes  , 
auxquels  des  médecins  d'ailleurs  re- 
commandables  avaient  la  faiblesse  de 
sacrifier.  V.  Ohserv.  et  curât,  chi- 
rurgicarum  libri  quatuor posteriores, 
Francfort,  i6ii  ,  in-fol.  Ce  volume 
est  le  VF.  tome  et  le  dernier  des  ou- 
vrages de  Forestus.  Les  OEuvres  de 
cet  habile  médecin  sont  toujours  con- 
sultées par  les  praticiens;  elles  ont  été 
réimprimées  ,  soit  séparément ,  soit 
ensemble,  en  Allemagne,  en  France 
et  en  Hollande.  Les  Observations 
et  Histoires  chirùrgiques ^  Genève, 
i(i6tj ,  en  contiennent  un  extrait 
traduit  en  français ,  sous  le  titre 
d' Observations  chirurgiques  qui  re- 
gardent les  maladies  externes. 
F— R. 

FOREST.  Voy.  Leclerc. 

FOREST-DUGHESNE  (Nicolas), 
jésuite ,  puis  religieux  de  Tordre  de 
Cîteaux,  ne  à  Reims  vers  l'an  i595, 
entra  dans  la  société  à  l'âge  d'environ 
17  ans.  Après  avoir  enseigné  dans  dif- 
férents collèges  {  à  Reims  et  à  Pont-à- 
Mousson  ),  suivant  l'usage  des  jésuites , 
il  obtint  de  ses  supérieurs  la  permis- 
sion de  voyager  j  il  parcourut  l'Italie , 
et  visita  Rome.  On  ignore  ce  qui  le 
porta  à  changer  d'institut  ;  mais  il  de- 
manda au  père  Mutio  Vitelleschi ,  gé- 
néral de  la  compagnie,  ei   obtint  la 


FOR 


261 


permission  de  passer  dans  l'ordre  de 
Cîteaux.  11  conserva ,  au  reste  ,  sous 
son  nouvel  habit,  tout  son  attache- 
ment pour  son  premier  état ,  et  les 
principes  qu'il  y  avait  puisés ,  comme 
letémoignentla  plupart  des  écrits  qu'il 
composa  depuis,  relativement  aux  opi- 
nions alors  débattues  ;  ce  qui  Ta  rendu 
fameux  dans  l'histoire  du  jansénisme. 
Il  obtint  une  abbaye  ;  et  à  1 1  tête  d'un 
de  ses  ouvrages  il  prend  le  titre  d'<z6- 
has  Escuriensis  (  abbé  d'Escurey , 
diocèse  de  Toul).  Néanmoins,  dans 
la  liste  des  abbés  de  ce  monastère , 
donnée  par  les  auteurs  du  Gallia 
Christiana,  on  ne  trouve  point  le 
nom  de  Forest-Duchesne;  et  même  à 
l'époque  où  il  pourrait  être  censé 
avoir  gouverné  l'abbaye  d'Escurey, 
on  la  trouve  possédée  par  trois  com- 
raendataires.  On  a  de  lui ,  pendant 
qu'il  était  jésuite  :  I.  Pratique  du 
compas  de  proportion.  Il  y  en  a  une 
édition  de  iCSç),  in-i-i.  1.  Nicolai 
Forest-Duchesne  ahbatis  Escurien- 
sis Jlorilegiuni  universale  liberalium 
artium  et  scientiarum.  C'est  un  ex- 
trait des  leçons  qu'il  avait  données 
étant  jésuite  ,  sur  la  philologie,  les 
mathématiques  ,  la  philosophie  et  la 
théologie.  L'ouvrage  est  peu  connu  , 
et  l'on  dit  qu'il  mérite  peu  de  l'être. 
ITL  Horoscopus  Delphini^  autora 
Nie.  Duckesne,  Paris,  i652  ,  in-4''. 
IV.  Précautions  tirées  du  Concile  de 
Trente  contre  les  rwuveautés  de  la 
Foi,  par  Nicolas  Forest-Duchesne  , 
abbé  bernardin ^  dédiées  à  la  reine, 
1649,  in-S''.  V.  Lettre  d'un  théolo- 
gien à  son  ami  malade  ,  contenant 
V  Abrégé  de  Jansenius  ^Vans,  i65r, 
in  4°.  VJ.  Lettre  d'un  théologien  à 
son  ami  en  convalescence ,  contre 
trois  lettres  d'un  janséniste  (  l'abbé 
de  Bouraeis),  Paris,  !65o,  in -4°. 
VIÎ.  Lettre  d'un  théologien  à  un  sien 
amij  parfaitement  guéri  du  jansé- 


262  FOR 

nisme ,  contenant  quelques  avis  sur 
les  canons  du  Concile  d' Orange  ^ 
Paris,  i65o  ,  in-4 '•  Le  père  Gerbe- 
ron,  dans  son  Histoire  du  jansénisme, 
parle  de  ces  diffëreuts  ouvrages  avec 
peu  d'cstitne  pour  eux  et  pour  leur 
auteur.  Ce  n'eî«t  pas  à  un  juge  aussi 
attaché  au  parti  contraire,  qu*on  peut 
s*en  rapporter  ;  mais  ces»  écrits  étant 
de  circonstance  oui  aujourd'hui  peu 
d'intérêt.  L — y. 

FORESTI   (  Jacques-Philippe  ) , 
historien,  plus  connu  sous  le  nom  de 
Jacques-Philippe  de  Bergame,  naquit 
en  1454,  à  Soldio,  près  de  cette  ville, 
de  parents  distingués  par  leur  nais- 
sance et  parleurs  emplois.  Après  avoir 
terminé  ses  études  avec  un  grand  suc- 
cès ,  il  entra ,  en  1 45 1  ,  dans  l'ordre 
des  ermites  de  Saint-Augustin ,  et  en 
reçut  l'habit  dts  mains  de  JeanNibbia, 
de  Novare,  l'un  des  fondateurs  de 
Tordre  en  Italie.  Dès-lors  il  parragea 
son  temps  entre  les  devoirs  de  son  état 
et  la  recherche  des  monuments  his- 
toriques du  moyen  âge.  Il  forma  ainsi 
des  recueils  précieux  qui  lui  furent 
d'un  grnd  secours  pour  la  rédaction 
de  l'ouvrage  qu*il  méditait.  Il  ne  se 
proposait  rien  moins  que  de  comparer 
entre  eux  tous  les  historiens,  de  foudre 
leurs  récits,  et.de  former  de  cette  ma- 
nière une  espèce  de  corps  d'histoire 
universelle.  Ce  fut  dans  cette  vue  qu'il 
publia  son  Supplementum  chromco- 
rum  orbis ,  ouvrage  qui  eut  un  grand 
succès ,  et  qui ,  malgré  ses  nombreux 
défauts ,  mérite  encore  d'être  consulté, 
surtout  pour  les  faits  dont  l'auteur  a 
c'té  le  témoin.  La  réputation  de  Foresti 
devait  le  porter  aux  premières  dignités 
de  son  ordre  ;  mais  il  les  refusa  toutes 
pour  se   Hvrer   plus   tranquillement 
à  l'élude  ,  et  ce  fut ,  malgré  lui ,  qu'il 
accepta  la  direction  momentanée  des 
couvents  d'Jmola  ,  de  Forli ,  et  enfin 
de  Bergame.  Il  chercha  à  inspirer  à  ses 


FOR 
confrères  le  goût  des  lettres,  et  il  for- 
ma ,  dans  le  couvent  de  Bergame,  une 
bibliothèqur,  l'une  des  plus  nombreu- 
ses qu'il  y  eût  à  cette  époque.  Foresti 
mourut  en  celte  ville,  le  1 5  juin  1 520, 
à  l'âge  de  86  uis.  I.  On  a  de  lui:  Sup- 
plementum chronicorum  orbis  ab  ini- 
tio  mundi  usque  ad  annum  1482, 
libri  XV ^  Venise ,  1 485,  in-fol.  :  cette 
première  édition  est  fort  rare  ;  Brescia, 
i485;  Venise,  i486,  \l\<^^y  ï492> 
in-fol.;  Nuremberg,  i5u5;  Venise, 
i5o3,  i5o6,  in-fol.  On  trouvera  des 
détails  curieux  sur  ces  différentes  édi- 
tions ,  dans  la  Bibliothèque  de  David 
Clément,  arUBergomas.  (jôtze assure 
que  l'édition  de  Venise  1 5o6  est  la 
plus  rare;  c'est  aussi  la  plus  com- 
plète, puisque  l'auteur    y  a   ajouté 
un  16^.  livre  qui  conduit  cette  chro- 
nique à  la  fin  de  l'année  1 5o3.  Cette 
édition  a   été   réimprimée    dins   la 
même  ville  en  i5i3;  enfin,  Simon 
de  Colines  en  a  donné  une,  Paris, 
i555  ,  remarquable   par   la  beauté 
de  l'impression ,  et  par  l'addilion  d'un 
i-j^.  livre,  qu'on  attribue  à  Bernar- 
din   Bindoni  ;    mais   les   mutilations 
qu'elle  a  éprouvées  la  déprécient  beau- 
coup aux  veux  des  amateurs.  Li  chro- 
nique de  Foresti  a  été  traduite  en  ita- 
lien par  F.Sansoviuo,  Venise,  i49i» 
i553,  in-fol.;  ibid.  i575et  i58i  , 
in-4".  ^^'De plurimis claris selectis- 
que  mulieribus  opus  propè  divinum 
novissimè con^estum,  Ferrare,  1 4()7, 
in-fol.  C'est  l'unique  édition  de   cet 
ouvrage;  mais  Ravisius  Tcxtor  l'a  in- 
séré dans  son  recueil  De  memorabili' 
bus  et  claris  mulieribus,  Paris ,  1 52 1 , 
in-ft)l.  Les  curieux   le  recherchent, 
surtout  à  raison  d'un  aiticie  sur  la  pa- 
pesse Jeanne  ;  mais  ils  peuvent  trouver 
cet  article  dans  les  notes  de  la  Biblio- 
thèque de  David  Clément.  III.  Con" 
fcssionale  seu  interrogatorium  aliO' 
rum  novissimum,  Venise,  14^7  > 


FOU 

in-fol.,  i5oo,  in-8^;  Anvers,  i5i5, 
in-8'*.  IV.  Commentarius  in  Cato- 
nem  de  moribus^  in-fol.  Cet  ouvrage 
est  cite  dans  la  Bibl,  nova  manuscrip- 
iorum  de  Moulfaucou.        W — s. 

FORESTÏ  (  Antoine  ) ,  jésuite ,  né 
à  Carpi ,  dans  le  duché  de  Modène, 
vers  le  milieu  du  1 7^  siècle ,  est  prin- 
cipalement connu  par  l'ouvrage  sui- 
vant :  Mappamondo  istorico  ,  ot^ero 
descrizione  dl  tutti  imperi  del  miin- 
do  ,  délie  vite  dei  pontefici,  e  ifatli 
più  illastri  deW  anlica  e  moderna 
storia ,  Parme ,   1690  et  ann.  suiv., 
6  vol.  in-4*'.0n  n'avait  pas  encore  osé 
entreprendre  une  histoire  universelle 
sur  un  plan  aussi  étendu;  mais  Foresti 
mérite  bien  plus  d'éloges  pour  avoir 
formé  ce  plan  que  pourla  manière  dont 
il  l'a  exécuté.  Il  mourut  vers  l'année 
1699  avant  d'avoir  terminé  son  tra- 
vail. Le  célèbre  Âposlolo  Zeno  le  con- 
tinua, et  publia  les  quatre  volumes 
suivants,  qui  contiennent  l'histoire  des 
rois  d'Angleterre ,  d'Ecosse ,  de  Suède , 
de  Danemark,  des  ducs  de  liolstein 
et  des  comtes  de  Gueldre.  Le  marquis 
Dominique  Suarez  a  donné  le  1 1  ®.  vol. 
qui  traite  des  califes  ;  et  le  docteur 
Silvio  Grandi ,  le  12^. ,  qui  renferme 
l'histoire  de  la  Chine.  Ce  grand  ouvrage 
a  été  réimprimé  à  Venise  en  174^? 
i4  vol.  in- 4°.  Il  avait  été  traduit  en 
allemand  par  George  Schlueter ,  Augs- 
bourg,  17 16-1 7 18,  6  vol.  in-fol.  On 
connaît  encore  du  P.  Foresti  quelques 
ouvrages  ascétiques  :  L  /  conjbrti  ce- 
lesti  inwiati  alla  milizia  cristiana  dél- 
ia sacra  lega ,  Parme ,  1 686  ;  Venise, 
1689,  in- 12.  II.  //  sentier o  délia 
sapienza  mostrato  a'  gicvani  stu- 
denti,  Parme,  1689;  Venise,  1705, 
in- 12.  111.  La  strada  al  sanluario 
mosirata  a'  chierici  i  quali  aspirano 
alsacerdozio,Modcnej  i699,in-i2, 
souvent  réimprimé.  Ou  conserve  à  la 
bibliothèque  ducale  de  Modène  des 


FOR  îi65 

Mélanges  historiques  du  P.  Foresti . 
et  ses  Lectiones  m  S.  Scriptiiram. 
W— s. 
FORESTIER  (Antoine), en  latin 
Sfhiolus ,  poète  njé  à  Paris  dans  le 
1 5^  siècle ,  avait  eu  pour  amis  et  pour 
compagnons  d'étude  Robert  Gaguin 
et  Fauste  Andrelini.  Lacroix  du  Maine 
en  a  parlé  assez  superficiellement  ; 
mais  on  ne  peut  deviner  sur  quoi  La 
Mon  noyé  s'est    fondé  pour  assurer 
qu'on  ne  doit  pas  le  distinguer  d'un 
religieux  célestin  du  même  nom ,  au- 
quel on  attribue  quelques  vers  fran- 
çais €n  l'honneur  de  la  Sainte-Vierge. 
Ces  deux  auteurs  nous  paraissent  au 
contraire  n'avoir  de  commun  que  le 
nom.  On  conjecture  qu'Antoine  Fores- 
tier avait  embrassé  la  profession  des 
armes ,  et  qu'il  fit  les  campagnes  da 
Milanez  sous  Louis  XII.  La  lecture  de 
ses  ouvrages  aurait  sans  doute  appris 
quelques  autres  particularités  de  sa 
vie  ;  mais  le  recueil  en  est  devenu  si 
rare  5  qu'on  l'a  cherché  inutilement  , 
même  à  la  Bibliothèque  du  Roi.  En 
voici  le  titre,  d'après  Conrad  Gesner; 
Elegiœ  aliquot,  videlicet  de  Spiritu 
Sancto;  de  signa  lignoque  crucis  ,•  de 
resurrectione  Domini ,  de  lauro,  de 
nohilitate  generis  ,  de  victorid  Lu- 
dovici  XII  in  Genuenses  ;  \item  Hen- 
decasj'llaborum  et  carminum  ad  di' 
versos  liber;  Dialogi  aliquot  et  epi- 
grammata ,  Pavie,  1 5o8  ,  in-4*'.  On 
connaît  encore  de  Forestier  :  Carmen 
de  triumphali  aique  insigni  victorid 
Ludovici  XII  Galliœ  régis  in  Ve- 
netos  ^  sans  date  et  sans  nom  de  lieu 
d'impression ,  in-4''.;  Paris ,  de  Mar- 
nef ,  même  format.  Alphonse  Chacoji 
lui  attribue  un    Traité  d'astrologie 
judiciaire ,   en  manuscrit ,  et  Kôm'g 
nn  poème  latin  h  l'honneur  de  Ste. 
Geneviève.  Lacroix  du  Maine  dit  qu'il 
avait  laissé  plusieurs  comédies  fran- 
çaises j  mais  elles  sont  perdues.  W — s^ 


îi64  FOR 

FORESTIER  (Pierre),  prêtre, 

ne  à  Avulon  le  iG  de'icmbrc  ib54, 
obfiî't  UQ^tauonicat  à  ia  collégiale  de 
cette  ville,  pailagca  sa  vie  entre  ses 
devoirs  et  l'étude,  et  mourut  dans  sa 
atrie  le  x5o  novembre  1720,  à  l'âge 
e  69  ans.  Il  est  auUui  des  ouvrages 
sinvaiAs  :\. Homélies  ou  Instructions 
familières  pour  des  vélures  ou  pro- 
fessions religieuses  j  Paris,  i^iQo, 
2  vol.  in-ia.  Ces  discours  sont  au 
nombre  de  trente-deux.  On  trouve  à 
la  tê.'e  du  second  volume  une  disser- 
tation en  forme  df  préface ,  dans  la- 
quelle il  combat  h  s  erreurs  de  Moli- 
nos  ,  qu'un  de  ses  confrères  avait 
récemment  cbercbé  à  remettre  en 
crédit.  II.  Histoire  des  indulgences 
et  des  jubilés,  Paris,  1700,  in- 12. 
Cet  ouvrage  est  estimé  ,  et  passe 
pour  le  meilleur  d»  Forestier.  111.  Les 
/^ies  des  saints  patrons,  martyrs  et 
évéques  d*Autun,  Dijon,  1713,  in- 
i'2.  11  en  promettait  une  nouvdle  édi- 
tion ,  augmentée  d'une  préface  sur 
l'établissement  de  la  religion  chré- 
tienne dans  les  Gaules ,  et  du  catalogue 
des  saints  qui  ont  fleuri  dans  les  se[>t 
premitrs  siècles  de  l'Eglise;  mais  le 

Î3eu  de  ^uccès  qu'eut  son  ouvrnge 
'empêcha  de  tenir  sa  promesse.  IV. 
Explication  littérale  des  Evangiles 
des  dimanches  et  fêtes  de  l'ai>ent  et 
du  carême ,  Paris ,  1  --o  1  ,  in- 1 2.  Il  a 
laissé  en  manuscrit  les  Fies  des  saints 
évçquts  d'Juxene,  et  une  Histoire 
de  V église  collégiale  d^Avallon.  — 
Forestier  (  Mathurin-Germain  Le), 
jésuil»',  naquit  à  Paris  en  1697  ,  et, 
après  avoir  ferrainé  ses  études  d'une 
manière  briilarte,  fut  admis  dans  la 
société  en  1717.  Son  esprit  et  sa  ca- 
pacité pour  les  affaires  relevèrent 
bientôt  aux  premiers  emplois.  Il  fut 
ap[)elé  à  Borne  par  le  supérieur-géné- 
ral ,  qui  le  nomma  son  théologien  ,  et 
je  chargea  de  la  révision  des  ouvrages 


FOR 

composés  par  les  membres  de  la  so- 
ciété. 11  fut  envoyé  en  i  766  à  Lon- 
dres ,  pour  apaisir  les  créanciers  du 
fameux  père  La  Valette ,  et  y  parvint, 
non  sans  peine.  De  retour  à  Home  .  iî 
fit  de  vains  efforts  pour  s'opposer  à  la 
suppression  de  l'ordre ,  solHcitée  alors 
par  tous  les  souverains  :  il  mourut 
dans  celle  ville,  en  1778,  à  l'âge  de 
quHtre-vinpt-un  ans.  W — s. 

FORFAIT  ( Pierre-Alexandre- 
Lal'rent  ) ,  ingé>  wur- constnicleur , 
puis  ministre  de  la  marine  ,  naquit  à 
Rouen  en  1 752.  Au  sortir  des  écoles 
où  il  s'était  préparé,  par  des  succès, 
à  parcourir  avec  éclat  la  carrière  à 
laquelle  i!  se  destinait,  il  fut  envoyé, 
en  1775,  à  Urest,  et  y  exrrça  les 
fonctions  d'ingénieur  jnsqu*<n  1782, 
que  ses  talents  le  firent  designer  pour 
aller  les  remp'ir  à  Cadix,  ious  les 
ordres  du  comte  d'Eslain^:,.  La  paix 
signée  eu  i  ';83 ,  le  rappela  en  France, 
et  lui  fournit  bientôt  une  occasion  de 
donner  de  nouvelles  pi  euves  de  son 
talent.  Le  gouvernemeui  résolut ,  en 
1 787  ,  d'établir ,  avec  ses  colonies 
d.ms  les  deux  mondes ,  et  les  Etats- 
Unis  d'Améiique,  une  navigation  ré- 
gulière exécutée  par  des  paquebots. 
Ces  bâtiments  devaient  réunir,  à  la 
promptitude  de  la  marche,  la  possi- 
bilité de  porter  des  ;  archandis(\s,  et 
un  grand  nombre  de  passagers.  Fur- 
fait  trouva  la  solution  de  ce  problème , 
et  construisit  des  vaisseaux  qui  ne 
laissèrent  ri(  n  à  désirer  sous  ces  deux 
rapports.  L'ciégance  de  leurs  formes 
les  fit  admirer  par  ses  compatriotes  ^^ 
et  par  les  étrangers  qui  venaient  aii 
Havre,  oii  se  faisaient  ces  expéditions. 
Il  venait  de  remplir  en  Angleterre, 
pour  le  miniatèi-e  de  la  marine,  une 
mis-^ion  de  la  plus  haute  importance, 
quand  le  département  de  la  Seine- 
Inférieure  le  nomma  membre  de  l'as- 
semblée Ijgislativc  en   1791.   H  fit 


FOR 

preuve  dans  celle  assemblée  d'un  es- 
piit  et  d'un  cœur  droils,  cl  y  montra 
le  couragf  It-  plus  ferme  en  s'op- 
posant  à  toutts  les  propositions  sug- 
gérées par  des  têies  c^iaitees;  et  quand 
elle  fut  rfniplacëe  par  la  Convention , 
il  aJl*  reprendre  ses  fonctions  au 
Havre.  Dénoncé  au  proconsul  en  mis- 
sion dans  cette  vil'e ,  dans  le  tcnips 
de  la  terreur  ,  il  reçut  un  mandat 
d'airêl  ;  mais  ou  se  contenta  de  placer 
auprès  de  lui  un  gendarme,  parce 
quf  l'on  ne  pouvait  se  passer  de  lui 
pour  la  surveillance  des  travaux  du 
port.  Cependant,  le  comité  de  salut 
public,  qui  écoutait  quelquefois  les 
jéclam.ilions  dictées  par  la  justice,  et 
savait  apprccitr  les  talents  des  lum- 
iiu  s  dont  les  services  pouvaient  lui 
être  utiles,  ne  fit  pas  plutôt  instruit 
d(  s  mesures  arbitraires  prises  contre 
Forfiit ,  qu'il  lui  fît  rendre  sa  liberté. 
Le  jour  où  cette  nouvelle  parvint  au 
Havre  ,  lui  procura  un  véritable 
triomphe;  tous  les  citoyens,  et  sur- 
tout les  ouvriers  qui  étaient  sous  ses 
onlres  ,  s'ei^pnssèrcnt  de  venir  le 
féliciter.  Quand  la  France  eut  fait  la 
conquête  de  la  Belgique  et  de  la  Hol- 
lande, Forfait  fut,  à  diverses  repri- 
ses ,  chargé  d'aller  examiner  les  côtes 
des  deux  pays  ;  et  ses  conseils  détermi- 
iièrenti'étaMisseraent  d'un  port  mililai- 
leà  A'ivcrs.On  s'occupait  depuis  long- 
temps des  moyens  de  faire  remonter 
directement  des  bâtiments  d'une  cer- 
taine dimension,  du  Havre  à  Paris; 
Forfait,  chirc^é  par  le  directoire,  en 
l'an  IV,  d'explonr  le  cours  de  la 
Seine,  le  suivit  depuis  son  embou- 
chure jusqu'à  la  capitale,  cl  prouva 
ainsi  la  possibilité  de  cette  naviga- 
tion sur  le  navire  le  Saumon  ^ 
qui  mouilla  au  bas  du  Pont-Royal  le 
seizième  jour  après  son  départ  du 
Havre.  Les  détails  relatifs  à  ce  sujet 
iiuéressanl,  aux  moyens  ingénieux 


FOR  oM 

employés  pour  abattre  et  relever  la 
mâture  aux  passages  des  ponts,  et  aux 
améliorations  proposées  pour  le  rours 
du  fleuve,  améliorations  qui  facilite- 
raient l'approvisionnement  de  la  ca- 
pitale,  sont  consigrés  dans  un  Mé- 
moire remis  à  la  comniission  de  la 
marine ,  et  méritent  de  fixer  l'atten- 
tion du  gouvernement.  Lorsque  le 
général  lîuonaparte  eut  été  élt-vé  à  la 
dignité  de  premier  consul,  il  se  sou- 
vint de  Forfait,  qu'il  avait  vu  en 
Italie,  où  ce  dernier  était  allé  pour 
prendre  possession  de  l'arsenal  de 
Venise,  et  il  le  nomma  ministre  de  la 
marine.  Forfait  n'occupa  pas  deux 
ans  ce  poste  éminenl  ;  il  donna  sa 
déaùssion  peu  après  la  ignature  des 
préliminaires  de  paix  en  1801  ,  et 
devint  successivement  conseiller  d'é-  '^ 

tat,  inspecteur  général  de  la  flotille 
destinée  contre  l'Angleterre ,  com- 
mandant de  la  Légion  -  d'honneur  ,m 
préfet  maritime  au  Havre,  puis  à 
Gènes.  Desservi  par  des  envieux  qui 
parvinrent  à  lui  faire  perdre  la  con- 
fîaace  du  gouvernement ,  il  chercha 
une  retraite  au  sein  de  sa  famille.  Le 
sentiment  dis  injustices  qu'il  avait 
éprouvées  mina  sa  s.mte',  et  les  suites 
d'une  attaque  d'apoplexie  le  mirent 
au  tombeau  !e  8  novembre  1807. 
On  a  de  lui  :  L  Un  Mémoire  en  latin 
sur  les  canaux  navigables  ^  couronné 
par  l'.c  (demie  de  Mantoue  en  1773. 
II.  Traité  élémentaire  de  la  md' 
tare  des  vaisseaux,  Paris,  1788, 
I  vol.  iu-4°.  Cet  ouvrage,  entrepris 
par  ordre  du  ministre  de  la  marine 
pour  l'instruction  des  élèves ,  annoucp 
que  l'auteur  avait  bien  approfondi 
son  sujet.  Il  entre  dans  tous  les  dé- 
tails qui  concernent  l'art  du  mâteur, 
indique  les  bois  propres  à  faire  des 
mâts,  expose  la  manière  d'exploiter 
ces  bois  ,  fait  connaître  leurs  quali- 
tés, leurs  vices  et  leur  valeur,  et  ex- 


!266  F  0  R 

plique  les  procèdes  que  Ton  suit, 
pour  donner  aux  mâts  et  aux  ver- 
gues la  forme  apparente  et  extérieure 
qui  leur  est  propre.  Il  décrit  les  di- 
verses formes  de  voiles,  et  îeur  usage 
pour  faire  avancer,  tourner,  ou  arrê- 
ter le  vaisseau.  II  définit  et  compare, 
sous  leurs  rapports  généraux,  les 
divers  systèmes  de  voilure;  établit 
les  lois  suivant  lesquelles  on  propor- 
tionne les  mâts  et  les  vergues  dans 
les  divers  Systèmes;  montre  la  rela- 
tion des  voilures  qui  en  résultent ,  et 
détermine  la  meilleure  méthode  de 
placer  ces  mâts  et  ces  vergues.  Les 
règles  qu'il  pose  à  cet  égard ,  ont  été 
trouvées  si  précieuses  et  si  exactes , 
qu'elles  ont  servi  de  guide  aux  cons- 
tructeurs et  aux  marins ,  et  que  ceux- 
ci  dirigent  leurs  travaux  d'après  les 
tables  qu'il  a  dressées.  La  seconde 
édition  de  ce  livre  utile ,  publiée  en 
i8i5  ,  ue  diffère  de  la  première  que 
parce  que  l'on  y  a  ajouté  les  calculs 
d'après  les  nouvelles  mesures.  III.  Un 
grand  nombre  de  Mémoires  envoyés 
à  l'académie  des  sciences,  dont  il 
était  correspondant,  et  d'excellents 
articles  dans  le  Dictionnaire  de  ma- 
rine de  l'Encyclopédie  méthodique, 
sur  les  moyens  de  briser  les  rochers , 
et  d'aplanir  les  hauts  fonds  de  la 
mer,  sur  ceux  de  relever  les  corps 
submergés ,  sur  une  machine  à  plon- 
ger et  travailler  sous  l'eau  ;  enfin  , 
dans  la  Collection  des  arts  et  mé- 
tiers ,  un  Mémoire  sur  l'art  de  faire 
les  peignes.  Tous  ces  morceaux  prou- 
vent la  variété  et  l'étendue  de  ses 
connaissances.  Il  a  laissé  aussi  beau- 
coup de  manuscrits  sur  divers  objets 
qui  intéressent  la  marine.     E — s. 

FORGE  (Louis  de  la  ) ,  docteur  en 
médecine ,  naquit  à  Paris  dans  le  1 7*. 
siècle.  Il  habitait  la  ville  de  Saumur ,  où 
il  exerçait  sa  profession ,  et  y  composa 
niï  traité  fort  savant  pour  ^en  temps , 


FOR 

publié  d'ahord  en  français ,  et  traduit 
en  latin  par  J.  Flayder,  sous  ce  titre  : 
Tractatus  de  mente  humand,  ejus 
facultalibus  et  functionibus ,  neC' 
non  de  ejusdem  unione  cum  corpore, 
secandùm  principia  Renati  Descar- 
tes y  Paris,  1666,  in-4°.  Cet  ouvrage 
fut  réimprimé  plusieurs  fois  en  Alle- 
magne; mais,  depuis  que  la  philoso- 
phie moderne  a  prévalu  sur  les  hypo- 
thèses et  les  abstractions  de  la  méta- 
physique, on  ne  lit  plus  ce  livre,  ni 
ceux  qui  sont  composés  dans  le  même 
esprit,  et  qui  contiennent  de  sem- 
blables rêveries.  De  la  Forge  était 
un  grand  sectateur  de  Descartes  ;  il 
a  fait  de  nombreuses  notes  sur  le 
Traité  de  Vhomme ,  de  ce  philoso- 
phe. Ces  notes  ont  été  publiées  avec 
l'ouvrage  même,  Amsterdam,  1677, 
in-4^  F— R. 

FORGEOT  (Nicolas-Julien),  né 
à  Paris  en  juillet  1758,  y  est  mort  le 
4  avril  1798.  Après  avoir  fait  sou 
droit ,  il  fut  reçu  avocat ,  et  se  lia 
avec  MRL  Pons  (de  Verdun  )  et  An- 
drieux.  Il  fut  aussi  attaché  à  Tadmi- 
nistralion  des  postes ,  et  il  en  fut  ins- 
pecteur pendant  quelque  temps.  Voici 
la  liste  de  ses  ouvrages  :  LA  l'Opéra, 
les  Pommiers  et  le  Moulin ,  comédie 
lyrique  en  un  acte,  musique  de  Le- 
moine,  représentée  le  3 o  janvier  1 790, 
imprimée  in-8".  IL  Au  théâtre  Fran- 
çais :  les  Rivaux  amis ,  comédie  en 
un  acte  et  en  vers,  jouée  le  i3  no- 
vembre 1 782  ,  in-S"".;  les  Epreuves , 
en  un  acte  et  en  vers,  jouée  le  29 
janvier  1785,  in-8''.;  la  Ressem- 
blance ,  en  trois  actes  et  en  vers , 
jouée  le  29  janvier  1 788,  in-8°.  III. 
Au  théâtre  Italien  :  les  Deux  Oncles , 
comédie  en  un  acte,  jouée  le  27  sep- 
tembre 1 780  ;  V Amour  conjugal ,  ou 
l'heureuse  Crédulité,  en  un  acte  ei 
en  prose,  jouée  le  i3  janvier  1781  , 
in-8".;  Lucas  et  Luçette ,  comédie  ea 


FOR 

UH  acte  et  en  prose,  raê'ee  d'ariettes, 
musique  de  Dezède,  jouée  le  8  no- 
vembre 1781,  in-8°;   les   Dettes^ 
comédie  en  deux  actes  et  en  prose , 
mêlée    d'ariettes  ,    musique    de    M. 
Champein ,  jouée  le  8  janvier  1 787 , 
in  -  8*.  ;  le    Rival   confident ,    en 
deux    actes  ,  musique    de   Grétry , 
jouée  le  26  juin  1 788;  la  Caverne , 
opéra  en  trois  actes  ,  1 796  :  le  sujet 
est  tire'  de   Gilblas,    Il   avait  déjà 
paru  une  pièce  sous  le  même  titre , 
jouée  en  1793  au  théâtre  Feydeau, 
paroles  de  M.  Dercy,  musique  de  Le- 
su'ujr.  IV.  Au  théâtre  Feydeau,  le 
Bienfait  de  la  loi ,  ou  le  double  Di- 
vorce, comédie  en  un  acte  ,  1 794  ;  lo- 
Rupture  inutile,  comédie  en  un  acte 
et  en  vers  ,  1 797 ,  in-8°.  Ces  deux 
comédies  ont  été  jouées  par  les  comé- 
dieusFrançais.Forgeot  avait  en  porte- 
feuille le  cinevas  de  plusieurs  comé- 
dies en  trois  et  en  cinq  actes  :  il  en 
avait  même  ébauché  quelques  scènes. 
11  est  mort  avec  le  regret  de  ne  pas 
laisser  de  grands  ouvragcs*dramati- 
ques    pour  immortaliser   son  nom; 
mais  le  joli  opéra-comique  des  Dettes 
lui   fera    toujours   beaucoup   d'hon- 
neur. A.  B — T. 

F  OU  G  ET  (  Pierre),  sieur  de 
Fresnes  ,  après  avoir  rempli  diffé- 
rents emplois  avec  beaucoup  de  ca- 
pacité ,  fut  nommé  secrétaiie  d'état 
en  1589.  Quelque  temps  après  il  fut 
envoyé  près  de  Philippe  11,  roi  d'Es- 
pngne ,  pour  se  plaindre  des  secours 
qu'il  donnait  à  la  ligue.  La  mort  fu- 
neste de  Henri  III  l'obligea  de  reve- 
nir en  France  avant  d'avoir  pu  ob- 
tenir de  s  ilisfaction.  II  continua  d'être 
employé  sous  Henri  IV,  et  servit  ce 
prince  avec  autant  de  zèK  que  de  suc- 
cès. Il  régla  seul  les  affaires  de  la  re- 
ligion ,  et  fut  le  rédacteur  du  célèbre 
édit  de  Nantes,  qui  :iccordait  aux  ré- 
formés le  libre  exercice  de  leur  culte 


FOR  a67 

dans  toute  l'étendue  du  royaume.  Il 
fut  ensuite  nommé  intendant-général 
des  bâtiments  de  la  couronne ,  con- 
seiller du   bureau  des  finances,  et 
commissaire  en  Provence  ,  011  il  ré- 
gnait encore  des  troubles.  Il  accom- 
pagna le  roi  en  Savoie ,  lorsque  ce 
prince  s'y  rendit  pour  traiter  de  Té- 
change  du  marquisat  de  Saluées  ;  et 
il  ne  lui  fui  pas  moins  utile  par  ses 
conseils  dans  cette  circonstance,  qu'il 
l'avait  déjà  été  précédemment.  Il  se 
démit  de  ses  charges  en   1610,  et 
mourut,  la  même  année,  du  chagrin 
que   lui  causa  la   fin   déplorable  d« 
Henri  IV.  Forget  aimait  les  sciences 
et  les  savants,  dont  il  fut  un  zélé  pro- 
lecteur. On  lui  attribue  :  La  Fleur  de 
Lfs ,  qui  est  le  discours  d'un  Fran- 
çois où  Von  réfute  la  déclaration  du 
duc  de  Mayenne,  1 595,  in-8  '.;  niais 
Arnauld  d'Andilly  assure  que  cet  ou- 
vrage est  de  son  père.  Le  recueil  des 
Lettres  de  Forget  était  conservé  à  la 
Bibliothèque  de  Saint-Germain-des- 
Prés.  —  Forget  (  Pierre  ) ,  sieur  de 
la  Picardière  ,  qu'on    a   confondu 
qnelqjiefois  avec  le  précédent,  pre- 
nait les  titres  de  conseiller  d'état  et 
maître  d'hote!  ordinaire  du  roi.  Il  fut 
député,  dans  plusieurs  circonstances, 
près  des  princes  d'Allemagne ,  et  en- 
voyé à  Constantinople  avec  la  qualité 
d'agent  pour  les  affaires  de  Sa  Majesté. 
li  obtint ,  en  1609  ,  la  charge  d'histo- 
riogra[)he  de  l'ordre  de  Saint-Michel, 
s'en  démit  l'année  suivante,  et  mou- 
rut en  i638.  On  a  de  lui  des  poésies 
dans  lesquelles  on  trouve  du  naturel 
et  de  la  facilité  :  I.  Hymne  à  la  reine 
régente ,  mère  du  roi ,  Paris ,  1 6 1 5 , 
in4'.;  reimprimée  avec  d'autres  pièces 
du  même  auteur,  dans  les  Délices  de 
la  poésie  françoise,  Paris,  1620. 
II.  Les  Sentiments  universels,  Lyon, 
i63o,  in-8". ;  nouvelle  édition,  cor- 
rigée et  augmentée i)  Paris,  i63-/>, 


îics  Fon 

in-fol.;  ihid.,  i65G,  in  4".  C'est  un 
recueil  de  quatrains  politiques ,  phi- 
losophiques et  moraux.  Les  pensées 
en  sont  justes  et  passab'ement  expri- 
mées; mais  elles  ne  sont  pas  rangées 
Avec  assez  d'ordre ,  ce  qui  en  rend  la 
lecture  peu  agréable.  Marolles  a  mal 
nomméForgft  Fr^wçois,  dans  son  Z^e- 
nombrement  des  Auteurs.     W — s. 

FORGET  (Jean),  médecin,  né 
à  Esscy  en  Lorraine,  mérita  la  con- 
fiance de  Charles  l.V,  qui,  en  récom- 
pense de  SCS  services,  l'anoblit  par 
lettres -patentes  du  ^4  août  i65o.  Il 
exerça  la  place  de  premier  médecin 
de  ce  prince  jusqu'en  1644»  époque 
011  il  demanda  sa  retraite ,  à  raison 
de  l'alfaiblissemenl  de  sa  santé  ;  et  il 
mourut  quelques  années  après,  dans 
un  âge  peu  avancé.  Tandis  qu'il  fai- 
sait ses  cours  à  Paris ,  Forget  com- 
posa un  ouvrage  intitulé  ,  Arlis  sig- 
natœ  designaia  fallacia ,  dans  le- 
quel il  réfute  solidement  le  système 
cle  Porta ,  qui  prétendait  qu'on  pou- 
vait deviner  les  propriétés  à^s  plantes 
par  leurs  caractères  extérieurs.  Il  pu- 
blia cet  ouvrage  à  Nanci,  1 633,  in-8**. , 
sur  les  instances  de  son  confrère 
Christophe  Bazot.  Il  a  laissé  manus- 
crits deux  autres  ouvrages  sur  les  Si- 
gnes des  métaux  et  ceux  des  ani- 
maux ;  et  enfin  les  Mémoires  de  la 
vie  de  Charles  IF^  que  Chifflct  ciie 
avec  é'oge  dans  son  Commentarius 
Lolhariensis  ,  et  que  Dom  Galmet 
a  consultés  pour  son  Histoire  de 
liOrraine.  W — s. 

FOUMAGE  (  Jacques  •  Charles- 
César  ),  né  à  Coupesartre(  près  de 
Lisieux  ) ,  le  iC  septembre  17491  ^^ 
ses  éludes  à  P.jris  avec  succès ,  et , 
après  avoir  achevé  son  cours  de  phi- 
losophie ,  se  voua  lui-même  à  l'en- 
.seignement,  et  devint,  en  1 779  ,  pro- 
fesseur de  troisième  à  Rouen.  Lors 
^e  forganisalion  des  écoles  centrales, 


FOR 

il  remplit  dans  cette  ville  la  chairs 
des  langues  anciennes ,  et  fut  chargé 
du  même  emploi  lors  de  l'organisation 
des  lycées.  Il  ne  se  contentait  pas 
de  professer  les  lettres  ;  il  les  cultivait, 
et  ses  Fables  surtout  l'ont  fait  con- 
naître du  public.  Il  est  mort  à  Rouen, 
le  1 1  septembre  1 B08.  On  a  de  lui  : 
1.  In  Licenliam  nostrœ  poëseos  ^ 
Carmen.  II.  Ignis.  111.  In  Pestem 
quœ  Bolhomago  incubuit.  Ces  trois 
poèmes,  couronnés  en  1778,  1779?' 
1780  par  l'académie  de  l'immaculée 
Conception  de  P\ouen  ,  se  trouvent 
dans  le  Recueil  de  pièces  de  cette 
académie.  IV.  Stances  sur  la  guerre 
présente  (  la  guerre  d'Amérique  ), 
couronnées  en  1780  par  la  même 
académie ,  et  i?nprimécs  dans  son 
Recueil.  V.  Discours  sur  la  réu- 
nion de  la  Normandie  à  la  cou- 
ronne de  France ,  sous  Philippe- 
Auguste  ^  couronné  en  1781  par  la 
même  académie ,  mais  imprimé  seu- 
lement par  extrait  dans  son  Recueil, 
YL  Fables  mises  en  vers,  1801, 
3  vol.  in-B".  :  quelques-unes  avaient 
déjà  paru  dans  plusieurs  recueils  , 
et  entre  autres  dans  V Ecole  amusante 
des  enfants,  traduite  du  hollandes  , 
par  T.  J.E.V.  Guilbert.  L'auteur  se 
proposait,  dans  une  secojide  édition 
qu'il  préparait ,  de  supprimer  plu- 
sieurs pièces.  Les  fables  de  Formage 
n'ont  rien  de  très  remarquable;  et, 
quoiqu'elles  lui  aient  fait  quelque  ré- 
putation ,  il  reste  confondu  dans  la 
foule  de  nos  nombreux  fabulistes  fran- 
çais. 11  avait  au  moins  commencé  un 
Traité  sur  Vintelligence  de  la  my- 
thologie. Il  a  laissé  en  manuscrit  une 
Traduction  desMétamorphoses  d' O- 
vide.  A.  B — T. 

FORMAN  (Simon),  astrologue 
anglais,  naquit  en  ij52  à  Guidham, 
près  de  Wiîton  en  Willshirc  ,  d'une 
bonne  famille^  car  son  père  et  son 


FOR 

aïeul  avaient  cte'  honore's  du  titre  de 
chevaliers.  Ses  biographes  nous  ap- 
prennent que  dès  l'âge  de  six  ans  il 
fut  fréquemment  tourraente  par  des 
songes  et  des  visions.  Entre  autres 
maîtres  auxquels  on  coufia  son  en- 
fance ,  il  en  eut  un  qui ,  pour  se 
re'chauffer  en  hiver,  portait  du  bois 
d'un  lieu  à  un  autre,  et  faisait  faire  la 
même  chose  à  son  élève.  Forman  per- 
dit son  père  en  1 565  :  sa  mère  ne 
donna  aucun  soin  à  son  éducation, 
et  lui  fit  garder  les  moutons ,  aider 
les  laboureurs  et  ramasser  du  bois.  Ce- 
pendant ,  à  l'âge  de  quatorze  ans ,  Il 
entra  en  apprentissage  chez  un  épicier- 
droguiste  de  Salisbury ,  et  apprit  à 
comiaîlre  les  objets  dont  son  maître 
faisait  commerce  :  il  chercha  à  aug- 
menter ses  connaissances  par  la  lec- 
ture, mais  on  lui  interdit  l'usage  des 
livres.  Son  avidité  pour  s'instruire 
était  si  grande,  que,  faute  d'autre 
moyen  ,  il  se  faisait  répéter  par  un 
jeune  homme  en  pension  dans  la  mai- 
son où  il  habitait ,  ce  que  celui-ci  ap- 
prenait à  l'école  de  Salisbury.  Une 
querelle  qu'il  eut  avec  la  femme  de 
son  maître,  le  força  à  demander  son 
congé.  Il  retourna  à  l'école  pendant 
quelque  temps;  m.is  sa  mère,  vraie 
marâtre,  refusa  de  pourvoir  à  son  en- 
tretien. Parvenu  à  l'âge  de  dix-huit 
ans ,  il  se  fit  maître  d'école,  et ,  au  bout 
de  six  mois  d'un  travail  assidu  ,  il 
amassa  4o  sbellings,  qui  lui  servirent 
à  aller  à  Oxford ,  où  il  entra  comme 
étudiant  pauvre  au  collège  de  la  Ma- 
delène.  Un  bachelier  es- lettres  se 
chargea  d'une  partie  de  son  entretien; 
mais  comme  il  se  servait  de  lui  pour 
beaucoup  de  travaux  domestiques  p^'n- 
dant  qu'il  se  divertissait  ,  Forman 
quitta  l'université  après  deux  ans  de 
séjou»'.  Jusqu'alors  »a  conduite  avait 
été  louable  ;,  puisque  tous  ics  efforts 
n'avaient  teudu  qu'à  yaiûcre  les  obs- 


F  0  R  2G.^ 

tades  que  lui  opposait  sa  mauvaise 
fortune;  mais  bientôt  il  se  montra 
sous  un  jour  bien  différent.  Il  paraît 
que  les  nombreuses  contraintes  qu'il 
avaitéprouvées  lui  iïispirèrenr  des  sen- 
timeut>  peu  favor  ibles  pour  rcspèce 
humaine,  cl  que,  loure  réflexion  faite, 
il  pensa  qu'il  n'y  avait  rien  de  mieux 
à  faire  qne  de  profiter  de  sa  crédulité. 

11  alla  en  Hollande  étudier  la  médecine 
et  l'a^tiologie ,  et  revint  exercer  ces 
d^ux  aits  à  Londres.  Les  médecins 
de  cette  ville  s'y  opposèrent  furte- 
ratnt  :  il  f<ît  condamné  quatie  fois  à 
(li:i>  amendes  et  emprisonné.  Alors  il 
étudia  à  Cambri'jge ,  s'y  fit  recevoir 
docteur ,  prir  une  permission  de  pra- 
tiquer la  médecine,  et  s'établit  à  Lam- 
belh  ,  près  de  Londres,  où  il  exerça 
ouverltment  les  d^pux  professions  de 
médecin  et  d'astrologue.  Un  de  ses 
biographes  raconte  qu'il  y  vivait  res- 
pecté de  tous  ses  voisins;  qu'il  met- 
tait bt;aucoup  de  sygaciié  tt  avait  du 
bonheur  dans  les  réponses  qvi'il  fai- 
sait aux  questions  qu'on  lui  adres- 
sait, et  dans  l<s  traitements  des  ma^ 
ladies,  et  qu'il  était  très  charitable  en- 
vers les  pauvres.  Mais  celle  charité 
n'était  pas  tout-à-fait  désintéressée  : 
car  les  témoignages  favorables  des 
pauvres,  ordinairement  ignorants  et 
crédules,  sont  très  ava'itagcux  aux 
charlatans.  Tout  le  monde  ne  fut 
probablement  pas  satisfait  de  For- 
man, puisqu'on  i6oi  une  plainte  fut; 
portée  contre  lui  devant  l'archevêque 
de  Canlorbery.  On  l'accusait  de  trom- 
per le  peuple.  Il  pir.nt  que  cette  af- 
faire n'eut  pas  de  suite  ;  sa  renommée 
n'en  souffrit  pas ,  cl  la  foule  des  dupes 
de  tous  les  rangs  ne  cessa  pas  de  se 
porter  chez  lui.  I!  mourut  subitement 
en  traversant  h  Tamise  en  b.teau,  le 

12  septembre  i6i  i;  et,  s'il  faut  tu 
croire  un  de  ses  historié). s,  il  avait 
prédit  qu'il  termi.uf  rail  sa  vie  ce  jour- 


270  FOR 

là.  Forman  a  écrit  ua  grand  nombre 
de  livres  sur  la  pierre  philosophale , 
)a  magie ,  l'astroûomie ,  l'histoire  ua- 
turelle  et  la  philosophie  de  la  nature  ; 
deux  Traite'5  sur  la  peste,  et  d'autres 
sur  la  religion.  Les  inanusciits  en 
avaient  été'  déposés  à  la  Bibliothèque 
Ashmobeiène;  il  existe  aussi  au  Mu- 
séum Britauaiquc  quelques -uus  de 
ses  manuscrits  sur  l'astrologie.  11  est 
douteux  que  rien  de  tout  cela  ait  été 
imprimé.  Forman  était,  pour  son 
temps,  CD  homme  très  instruit:  l'u- 
sage qu'il  fit  de  ses  connaissances 
prouve  nnç  grande  dupe,  ou  un  in- 
iame  imposleur.  E — s. 

FORMEY  (Jean-Henri-Samuel), 
né  à  Berlin,  le  3i  mai  171 1 ,  d'une 
famille  de  réfugiés  français  origmaire 
de  Vitry  en  Champagne,  se  destina  au 
ministère  de  l'Évangile,  et  fut ,  à  l'âge 
de  vingt  ans  ,  pasteur  à  Brandebourg. 
Dans  la  même  année  1731,  il  devint 
le  collègue  de  Fornerct ,  qu'il  rem- 
plaça. (  Foy.  FoRNERET.  )  En  1 737  , 
il  fut  nommé  professeur  d'éloquence 
au  collège  fraDç;»is  de  Berlin  ;  et  en 
1739,  il  obtint  la  chaire  de  philoso- 
phie, vacante  par  la  mort  de  Lacroze. 
Depuis  1 752 ,  il  se  trouva  en  liai- 
son avec  les  personnages  les  plus  dis- 
tingués de  Berlin.  En  1 733 ,  Beauso- 
bre  se  l'associa  pour  le  travail  de  la 
Bibliothèque  germanique  (  commen- 
cée en  1720  \  A  la  mort  de  Beauso- 
bre  ,  Formey  continua  cet  ouvrage 
avec  P.  E.  de  Mauclerc ,  qui  mourut 
lui  même  en  174^.  Formey  n'aban- 
donna pas  cette  entreprise,  qui  ne  cessa 
qu'au  25*.  volume  j  mais  seul  il  com- 
mença une  autre  collection  qu'il  inti- 
tula ,  Nouvelle  Bibliothèque  germa- 
nique,  el  qui  a  aussi  25  volumes. 
Dans  l'intervalle  de  ces  deux  collec- 
tions ,  il  donna  deux  volumes  d'un 
Journal  littéraire  de  l'Allemagne, 
auquel  a  coopéré  le  chapelain  du  roi, 


FOR 

Pérard.  Lors  de  sou  association  avec 
iieausobre,  il  avait  publié  séparément 
une  feuille  périodique  intitulée:  Mer- 
cure et  Minerve.  Frédéric ,  dès  le  se- 
cond jour  df  son  règne ,  avait  envoyé 
Jordan  chez  Formey,  pour  engager  ce 
dernier  à  publier  un  journal,  dont  le 
roi  fournirait  les  matériaux.  Ce  fut  ce  . 
qui  donna  naissance  au  Journal  de 
Berlin,  ou  Nouvelles  politiques  et 
littéraires,  in-fol.  Le  premier  numéro 
parut  le  9  juillet  1740.  Cependant, 
les  matériaux  que  le  rui  avait  promis, 
n'arrivaient  pas  exactement.   L'inser- 
tion d'une  pièce  de  circonstance  oc- 
casionna quelques  plaintes  du  dépar- 
tement  des    affaires  étrangères  ,   et 
Formey  en  prit  occasion  pour  aban- 
donner, le  7  janvier  1741 ,  la  rédac- 
tion du  journal  que  le  libraire  Hau- 
de    continua   jusqu'au    8    avril   sui- 
vant. A  la  fin   de  janvier   1744?  '^ 
assista  à  l'inauguration  de  l'académie 
des  sciences  et  belles-lettres  de  Ber- 
lin, dont  il  est  mort   le  doyen.  Ad- 
joint, en  1 746 ,  à  de  Jarriges  pour  le 
secrétariat  de  la  classe  de  philosophie, 
il  lui  succéda  eu  1748;  et  lorsque  les 
secrétariats  furent  réduits  à  un  seul , 
ce  fut  Formey  qui  fut  conservé  seul 
secrétaire  perpétuel.  Lors  du  séjour 
de  Voltaire  à  Berlin,  il  eut  avec  For- 
mey quelques  différends,   mais    qui 
n'eurent  pas  de  suite.  Forme  y ,  parta- 
geant son   temps  entre   les   devoirs 
du  ministère,  les  travaux  académi- 
ques  et    les  ocrupalions   littéraires, 
ne  négligeait  pas  sa  fortune.  Il  dé- 
diait ses  ouvrages  à  des  personnages 
puissants,  qui  lui  en  témoignaient  leur 
reconnaissance  :  on  prétend  que  par 
ce   moyen    il   s'était   fait    une  assez 
belle  fortune.  Il  est  certain  du  moins 
qu'il  avait  obtenu  des  protections  ef- 
ficaces pour  ses  enfants.  En  1778,  il 
fut  nommé  secrétaire  correspondant 
de  la  princesse  Henriette    Marie  d« 


FOR 

Prusse,  retirée  au  cliâleau  de  Coepe- 
nick.  Il  obtint  aussi  dans  le  même 
temps  une  place  au  graïid  directoire 
français,  et  le  litre  de  conseiller  prive'. 
En  1788,  il  devint  directeur  de  la 
classe  de  philosophie  de  racadémie 
de  Berlin  :  Tâge  ne  l'avait  prive  d'au- 
cune de  ses  faculte's ,  et  il  les  con- 
serva toutes  jusqu'à  sa  mort,  arrivée 
le  8  mars  1797.  Forraey  e'tait  fort 
laborieux ,  et  sa  carrière  a  été  très 
longue.  La  liste  de  ses  ouvrages  est 
immense  :  on  la  trouve  dans  Meusel , 
mais  incomplète.  11  suffira  de  citer  , 
outre  les  joornaiix  que  nous  avons 
indiques,  ceux  de  ses  ouvrages  qui  ont 
eu  quelque  succès, ou  ont  encore  quel- 
que intérêt  :  I.  Mémoires  pour  servir 
à  l'histoire  et  au  droit  public  de 
Pologne  f  contenant  ksPacta  cori' 
venta  <i'Auguste  III ,  La  Haye,  174'? 
in-8'.;  Francfort,  i754j  in  -8**. 
II.  Fie  de  M,  J.  Ph.  Baratier, 
Utrecht,  1741  ?  in-S^.j  Brunswick, 
1755,  in-8".  III.  La  belle  fFol- 
Jienne,  ou  Abrégé  de  la  philoso- 
phie Wolfienne,  La  Haye,  1 741 -55  , 
6  vol.  in-8°.;  1774»  ^  ^^1.  in- 12. 
Cet  ouvrage  eut  du  succès  ;  mais  on 
eut  bientôt  oublié  ,  lorsqu'il  eut  cessé 
de  s'en  servir  dans  ses  leçons  ,  celui 
qu'il  donna  sur  le  même  sujet,  sous  le 
titre  de ,  Elementa  philosophiœ  seu 
Medulla  Wolfiana,  i7ii6,in-8o.IV. 
Conseils  pour  former  une  bibliothè- 
que peu  nombreuse  mais  choisie ,, 
1746, in- 12;  réimp.en  1750,  1751, 

1755,  1756,  1775,  et  chaque  fois 
avec  des  corrections ,  soit  de  lui ,  soit 
des  éditeurs  :  c'est  ainsi  que  l'édition 
donnée  à  Paris  sous  le  titre  de  Berlin , 

1 756,  contient  de  grandes  différences 
d'avec  les  éditions  prussiennes ,  l'édi- 
teur nouveau  ayant  retranché  quel- 
ques ouvrages  finançais  imprimés  à 
l'étranger,  dont  Formey  conseille  la 
lecture,  çt  ayant  adiQÎs  en  revanche 


FOR  271 

des  ouvrages  imprimés  en  France,  et 
inconnus  à  Formey,  ou  dédaignés  par 
lui.   V.    Traité  des  Dieux  et  du 
monde ,  par  Sallusle  le  philosophe , 
traduit  du  grec ,  avec  des  réflexions 
philosophiques  et  critiques  y   1748, 
in-  18;   réimprimé  avec  le  n".  XV" 
ci-après;  et  séparément,  à  Paris,  1808, 
iii-8''.  VL  Epistola  ad  Em.  card, 
Quirinum,  1749^  in-4''.  VU.  Pen- 
sées raisonnables  opposées  aux  pen- 
sées philosophiques  ,  avec  un  Essai 
sur  le  livre  intitulé  y  Les  Mœurs  (de 
Toussaint),    1749?  in-8''.;    1756, 
in-S".    VIII.  Le   philosophe  chré^ 
tien,  Leyde,  i75o-56,  4  vol.  in-S"*. 
C'est  le  recueil  des  sermons  de  l'au- 
teur.   IX.  Discours  moraux  pour 
servir  de  suite  au  Philosophe  chré- 
tien, 1765,  2  vol.  in- 12.  A  cet  ou- 
vrage et  au  précédent  on  peut  join- 
dre le  Sermon  à  Voccasion  de  la 
mort  du  prince  de  Prusse,  1767  , 
in-8  '.  ;  les  Sermons  sur  divers  textes 
de  V Ecriture-Sainte,  1 774,  2  vol.  in- 
8"*.  ;  le  Discours  sur  le  Jubilé,  1 785, 
in-8".  X.  Mélanges  philosophiques  y 
1 754,  2  vol.  iu-8°.  Recueil  des  pièces 
de    l'auteur  ,    dont  quelques  -  unes 
avaient  été  imprimées  précédemment. 
XL  Catalogue  raisonné  de  la  li- 
brairie d'Etienne  de  Bourdeaux, 
Berlin  ,    *  754  -  55 ,   4  toi»-  in  -  8**. 
XII.  La  France  littéraire,  ou  Dic- 
tionnaire des  auteurs  français  vi- 
vants ,  corrigé  et  aiigmenté,  Berlin  , 
1757,  in-8".  Depuis  1755,  on  pu- 
bliait en  France  un  Almanach  des 
beaux-arts,  contenant  les  noms  et 
ouvrages  de  tous  les  auteurs  franc  aïs 
vivants,  auquel  on  donna,  en  1755, 
le  titre  qui  lui  est  resté  de  France, 
littéraire.  Cet  opuscule  ne  contenait 
que  les   auteurs  vivant  en   France. 
Formey  imagina  d'en  donner  une  édi- 
tion en  1 757  ;  mais  il  y  joignit  les  ré- 
fugiés, et  riûdicatiou  de  Uurs  ou- 


i'ji  FOÉ 

vrages imprimés ,  soit  en  Prusse,  soit 
cil    Hollande  :  partinilarité  qui   lait 
encore  rechercher  son    vohime,    où 
l'on  trouve    des  renseignements  qui 
ne    sont  dans   aucune    des   éditions 
de  la    France  littéraire    faites  en 
France.  XIll.  Eloges  des  académi- 
ciens de  Berlin,  et  de  divers  autres 
savants,    1757,   1  vol.  in-12.  Ces 
éloges  sont  au  nombre  de  quarante- 
six  ;  ils  sont  historiques ,  et  donnent 
des  détails  sur  les  personnages  aux- 
quels ils  sont  consacrés.  L'auteur  en 
a  composé  quelques  autres  depuis , 
savoiV  :  Eloges  de  MM.  les  maré- 
chaux Schwerin  et  de  Keith ,  et  de 
M.  de  Fiereck,  1760,  in- 8'.  Eloge 
de  Maupertuis ,  1760,  in-8".  Eloge 
de  M.  Eller,  1762,  in-8\  Eloges 
de  MM.  les  comtes  Podewils  et  de 
Goller,  et  de  MM.  Jacobi,  Sprœ- 
gel,  Becman  et  Humbert,    ^7^5, 
in-B".  Eloge  de  Mme,   Gotlsched , 
suivi  du  Triomphe  de  la  philosophie 
par  cette  dame,  i767,in-8°.  Elo^e 
de  M.  le  professeur  Meckel,  1774^ 
îu-8'.   Elo^e  de  M.  Uden ,  1785, 
in-8''.  Eloge  de  M.  Sack,  \  7{^6,  in- 8  '. 
Eloge  de  Beguelin,  dans  les  Mé- 
moires    de    l'académie    de    Berlin. 
XIV.  Abrégé  du  droit  de  la  nature 
et  des  gens ,  tiré  du  grand  ouvrage 
latin  de  M.  fVolf,  Am>terdam ,  1758, 
iîi-4^.;  1758,  3  vol.  in-i-î.  XV.  Le 
Philosophe  payen ,  ou  Pensées  de 
Pline ,  avec  un  commentaire  litté- 
raire et  moral ,  1 759 ,  5  vol.  in-i  2. 
On  trouve  à  la  suite  une  réimpression 
de  la  traduction  de  Salluste  le  philo- 
sophe, et  un    l'raité  anonyme  des 
sources  de  la  morale.    XVI.  Prin- 
cipes élémentaires  des  belles-lettres , 
i-jSB,    in  -  8".  ;    1 7(>5 ,    in-  12. 
XVI  ! .  Abrégé  de  Vhistoire  de  la  phi- 
losophie j  17G0,  in-8'.  XV 111.  L'es- 
prit de  Julie  (  ou  la  nouvelle  ffé- 
lyUe)j  17(3»,  in -S"'.  XiX.  Abrégé 


FOR 

de  r histoire  ecclésiastique  y  i']&l, 
2  vol.  in-i-i.  XX.  Anti  Eniife,  17(52, 
in-8'.;  1764,  in  8'.  XXl.  Emile 
chrétien  ,  consacré  à  l'utilité' publi- 
que ,  Berlin  (  Amsterdam  ) ,  1 764  , 
2  vol.  in-8'.  (0  Le  libraire  Neaulme 
ayant  donné ,  en  1 762 ,  à  Amsterdam, 
une  belle  édition  de  \* Emile  de  J.- J., 
avec  ces  mots  :  «  Suivant  la  copie  de 
»  Paris ,  avec  permission  tacite  pour 
»  le  libraire  ;»  les  états  de  Hollande  dé- 
sapprouvèrent cette  édition.  Neaulme 
fut  sur  le  point  d'être  condamné  à  une 
amende;  il  obtint  grâce,  à  condition 
de  donner  une  édition  purgée  :  ce  fut 
l'origine  de  VEmile  chrétien,  oîi,  entre 
autres  changements ,  la  confession  du 
vicaire  savoyard  est  remplacée  par  un 
morceau  où  la  doctrine  contraire  est 
exposée.  Ce  procédé  étrange,  de  tron- 
quer ainsi  un  auteur  de  son  vivant ,  at- 
tira à  Formey  une  sortie  de  MM.  Rey, 
dans  le  Journal  des  savants ,  et  des 
no?.es  que  Rousseau  mit  à  une-  édition 
d'Emile,faite  à  Deux-Ponts  XXlï.Z>i- 
versilés  historiques ,  traduites  du  grec 
d^Elien  ,  et  enrichies  de  remarques , 
1764,  in-S°.  XXl  H.  Discours  phi- 
losophiques de  Maxime  de  Tjr  ^ 
traduits  du  grec,  1764,  in-12  XXIV. 
Discours  sur  la  paix ,  Leyde ,  1 767, 
ouvrage  non  me  ntionné  par  Meusel , 
et  que  Formey  avait  composé ,  à 
l'occasion  du  prix  qu'en  176G  avait 
proposé  l'acadéfuie  de  la  Rochelle. 
(  F.  G.  H.  Gaillard.  )  XXV.  Fré^ 
déric  -  le  -  Grand ,  Foliaire ,  Jean- 
J.rcques,  d'Alembert,  1789,  in-8°. 
XXV I.  Souvenirs  d'un  citoyen,  1 789, 
2  vol.  petit  in-8'.;  seconde  édition, 
1797,  '2  vol.;  ouvrage  qui  contient 
des  détails  sur  plusieurs  de  ses  con- 
temporains, dont  quelques-uns  avaient 
déjà  p  ace  dans  ses  Eloges.  Formey 


(i^  \\  ne  fan»  pas  confondre  cet  ouvrage  avec 
VEmile  chrétien,  ou  de  l'Education,  par  M.C***, 
lie  Lcvcson,  l'arij ,  i7t)4i  *  ^•^'  '»-'»• 


FOR 

n'y  parlant  de  ces  personnages  qu*eli 
raison  ou  à  roccasion  des  relations 
qu'il  avait  eues  avec  eux,  y  donne 
cousëquemment  beaucoup  de  rensei- 
gnements sur  lui-même.  Outre  les 
journaux  dont  il  a  déjà  été  fait  men- 
tion ,  il  a  aussi  coopéré  à  la  Bibliothè- 
que centrale,  1760 -58,  îS  vol. 
in-8  .,  en  54  cahiers  ;  à  la  Bibliothè- 
que des  sciences  et  des  beaux-arts  , 
aux  Nouvelles  littéraires ,  au  Jour- 
nal encyclopédique.  Meusel  dit  qu'il  a 
travaillé  à  X Encyclopédie  d'Yverdun: 
Deniua  (  Prusse  littéraire  ,  supplé- 
ment ,  p.  1 07) ,  dit  que  c'est  à  l'édition 
de  Paris  ;  et  ce  qui  nous  autorise  à 
être  de  son  avis,  c'est  que  l'éditeur 
de  ses  Conseils  pour  former  une  bi- 
bliothèque en  1756  (  Foj,  ci-devant 
N".  IV  ),  qui  donne  la  liste  des  tra- 
vaux de  Formey  jusqu'à  celte  époque, 
dit  textuellement  :  a  11  a  fourni  un 
»  manuscrit  de  1800  pages,  conte- 
»  uant  un  grand  nombre  d'articles 
»  philosopliiques  qui  s'emploient  dans 
»  [^ Encyclopédie  y  à  fur  et  à  mesure 
»  de  l'impression.  »  On  a  déjà  eu  occa- 
sion de  parler  de  plusieurs  ouvrages 
dont  il  est  éditeur  ou  traducteui*  (  P^. 
Catherine  II ,  Cuemnitz  ,  Demachy, 
DucuAT  ,  FoRNERET  )  :  il  a  été  en  ou- 
tre éditeur  des  OEuvres  de  Fran- 
çois Villon ,  avec  les  remarques  de 
diverses  personnes ,  1 742 ,  i"  8°.  ; 
du  Traité  des  Tropes  de  Dumar- 
sais ,  Leipzig,  1737  ,  in-8°.  ;  de  \A- 
brégé  de  VHistoire  universelle  par 
Lacroze,  revu,  continué  et  enrichi 
de  quelques  notes  ^  Gotha,  1754, 
in  -  8".  ;  réimprimé  à  Amsterdam  , 
1761  ,  in-i'i;  Gotha,  1765,  in-8°.j 
^'eufchâtel ,  1776,  in  8".;  du  Jour- 
nal de  Pierre  -  le  -  Grand,  1775, 
dont  une  nouvelle  édition,  avec  des 
notes  d'un  officier  suédois ,  parut  en 
1774.  On  lui  a  attribué  injustement 
Antisans-Souci j  1761;  parce  qu'à 

XV. 


FOR  27 

la  suite  de  ce  titre  on  lit ,  ou  la  Fof^ 
lie  des  nouveaux  philosophes  natu- 
ralistes ,  déistes .  et  autres  impies , 
dépeinte  au  naturel ,  avec  des  ré- 
Jlexions  préliminaires ,  par  M.  F...,. 
On  avait  )nis  et  imprimé,  sous  le  titre 
de  Réjlexions  préliminaires ,  les  Pen- 
sées raisonnables ,  mentionnées  ci-dc* 
vanl  sous  le  N°.  VII;  et  en  les  énuméivmt 
les  dernières  ,  on  donnait  perfidement 
à  entendre  que  le  tout  était  de  Formey, 
ce  qui  eût  pu  lui  occasionner  des  dé- 
sagréments si  le  roi  de  Prusse  eût 
été  pris  dans  ce  piège.  Denina 
(  Prusse  littéraire,  II ,  5i  ,  55  ),  dit 
(  et  il  est  le  seul  ) ,  qu'il  est  auteur 
d'un  Christianisme  raisonnable,  «  ea 
»  plusieurs  volumes.»  JNous  ne  con- 
naissons sous  ce  titre  que  l'ouvrage  de 
Locke,  traduit  en  français  par  Coste, 
avant  la  naissance  de  Formey.  (  Voj, 
CosTE-  )  Le  Dictionnaire  universel 
historique ,  etc. ,  met  sur  le  compte  de 
Foimey  Y  Introduction  générale  à 
l'étude  des  sciences  et  belles-lettres  , 
imprimée,  il  est  vrai,  à  la  suite  de 
l'édition  de  175G,  des  Conseils  pour 
former  une  bibliothèque,  mais  qui 
s'y  trouve  sous  le  nom  de  la  Mar- 
tinière ,  son  véritable  auteur.  Le 
même  dictionnaire  donne  encore  k 
Formey  une  Traduction  française 
de  Vhistoire  des  protestants  ,  par 
Hansen  ,  VLi\\\iâ  ,  1 76-2.  Meusel  parle 
seulement,  vers  1756,  de  la  Traduc- 
tion d'un  Mémoire  concernant  la 
conduite  de  la  maison  d  Autriche , 
à  V égard  des  protestants,  in -4". 
A.  B— T. 
FORMÏ  (Samuel)^  chirurgien, 
né  à  Montpellier  ,  entra  au  service  du 
roi  contre  la  ligue ,  et  assista  au  siège 
de  Paris  en  1590.  A  la  paix,  il  re- 
tourna dans  sa  patrie,  où  il  jovùt  d'une 
assez  grande  réputation ,  qui  lui  mé- 
rita l'honneur  qu'on  lui  fit  d'associer 
ses  observations  à  celles  de  Rivière , 

18 


27  f  FOU 

célèbre  professeur  de  la  faculté'  de 
me'decine  de  Montpellier.  Formi  nous 
a  laisse  un  livre  sépare' ,  inlilulé  : 
Traité  chirurgical  des  landes , 
lacs  ,  emplâtres  ,  attelles  et  ban- 
dages  y  Montpellier,  i65i  ,  in  -  8°. 
Ot  ouvrage  contient  beaucoup  de  re- 
marques critiques  sur  la  chirurgie 
du  temps  ;  et  malgré  les  immenses 
progrès  que  l'art  a  faits  depuis  l'épo- 
que où  Formi  écrivait,  on  trouve 
encore  dans  son  livre  des  choses 
utiles  à  consulter.  F — r. 

FORMI  (Pierre),  né  à  Nîmes  au 
commencement  du  l 'j*^.  siècle ,  exerça 
la  médecine,  et  cultiva  en  même 
temps  l'éloquence,  la  poésie  et  les 
autres  branches  de  la  littérature.  Il 
accompagna  Gustave  Adolphe  dans 
le  voyage  que  ce  prince  fit  en  France 
en  ï(j3i  ,  et  refusa  de  le  suivre  eu 
Suède.  Les  ouvrages  qu'il  a  publiés 
eu  laissés  inédits  sont:  1.  De  VAdian- 
ton  ,  ou  Cheveu  de  Vénus  ^  conte- 
nant la  description  ,  les  ulilités  et 
les  diverses  préparations  galéni- 
ques  et  spag^riques  de  cette  plante , 
Montpellier,  i644>  ia-B".  Ce  trai- 
té a  joui  long  -  temps  de  l'estime 
des  médecins.  IL  VArt  de  bien 
former  le  discours  ,  enrichi  d^wie 
courte  et  claire  suite  d'exemples 
pour  V usage  familier  de  tous  ceux 
qui  désirent  lire  ,  entendre  ou 
imiter  Vartifice  et  les  ornements 
des  anciens  et  nouveaux  maîtres 
de  V éloquence,  manuscrit.  III.  Flo- 
rilegium  helicomum ,  sive  Musce 
latinœ  et  ^allicœ ^  ad  serenissi- 
mum  principem  Gustavum  Adol- 
phum  potentissimi  ac  invictissimi 
Suecorum  régis  hodiè  féliciter  re- 
gnantis  palruum  illustrissimum.  On 
voit  que  ce  recueil ,  qui  n'a  jamais 
<fté  publié,  fut  fait  soas  le  règne  de 
Charles  Gustave  de  Bavière,  suc- 
cfSieur  de  1a  reine  Christine.   IV. 


FOR 

Vita  Samuelis  Petit,  1673.  L'an • 
teur  était  le  gendre  de  ce  savant;  il 
offrit  l'hommage  de  cet  opuscule  à 
l'université  d'Oxford.  V.  Histoire  de 
l'homme^  et  de  ses  divers  états  na' 
turel,  moral  et  surnaturel,  dans 
laquelle  on  fait  voir  Vanatomie  de 
son  corps  et  de  toutes  les  parties  qui 
le  composent,  avec  la  description 
de  son  ame,  de  ses  facultés,  de  ses 
actions  et  de  son  innocence  pre- 
mière ;  des  malheurs  du  péché  et 
de  la  félicité  de  la  grâce.  Ce  livre 
devait  être  dédié  aux  magistrats  de 
Zurich  et  de  Berne,  comme  un  té- 
moignage de  la  reconnaissance  de 
l'auteur  pour  les  bienfaits  du  gou- 
veruemenl  de  ces  cantons  envers 
ses  ancêtres.  Ils  étaient  pioleslants; 
et  sans  doute  ils  s'y  étaient  réfugiés 
pendant  les  troubles  religieux  du  1 6". 
siècle.  Formi  mourut  à  Nîmes ,  le  5 
juillet  1679.  —  Formi  (Jacques), 
fils  du  précédent,  docteur  en  méde- 
cine comme  son  père,  naquit  à  Nîmes 
vers  le  milieu  du  17^  siècle.  Il  fut 
de  l'académie  de  cette  ville  ,  et  pu- 
blia des  notes  sur  divers  opuscules 
de  Maïmonides.  Il  paraît  qu'il  mou- 
rut, ou  qu'il  s'expatria  pour  cause  de 
religion,  en  1687.  ^-  ^-  ^* 

FORMOSE,  élu  pape  le  19  sep- 
tembre 891,  succéda  à  Etienne  V. 
Il  était  déjà  évêque  de  Porto ,  et  cette 
translatiou  d'un  siège  à  un  autre  fut 
un  des  griefs  articulés  coîilre  sa  mé- 
moire. Il  jouissait  déjà  d'une  grande 
réputation  de  science  et  de  vertu.  Il 
eu  avait  fait  preuve  en  Bulgarie ,  ou 
il  avait  été  envoyé  légat  par  le  pape 
Nicolas,  et  où  il  avait  opéré  beau- 
coup de  conversions.  Le  pape  Jean 
VIll  l'avait  depuis  déposé,  ainsi  que 
le  concile  de  Troyes  en  878  ;  mais  il 
avait  été  léhabilité  par  Martin  I". 
Devenu  pape,  Forraose  ne  se  démen- 
tit point.  Sa  conduite  dans  la  con^ 


FOR 

daranalion  de  Pliotius  et  de  ses  ad- 
heieuts  fut  pleine  de  douceur  et  de 
tolérance.  La  lettre  qu'il  écrivit  à  Sly- 
lien  à  ce  sujet  prouve  qu'il  était  in- 
dulgent pour  les  erreurs,  ze'ië  pour 
les  principes,  mais  sensible  au  re- 
pentir. Formose  ayant  appris  par  une 
lettre  de  l'archevêque  de  Reiras,  Foul- 
ques, le  couronnement  du  roi  de 
France  Charles-le-Simple,  écrivit  au 
roi  Eudes  pour  le  prier  de  ne  point 
attaquer  Charles  dans  sa  personne 
ni  dans  ses  biens,  et  de  lui  accorder 
«ne  trêve;  il  écrivit  aux  évêques  de 
Gaule  pour  les  exhorter  à  faire  les 
mêmes  instances  auprèsdu  roi  Eudes; 
enfin  à  Charles,  pour  lui  donner  des 
avis  convenables  à  sa  position.  Au 
mois  de  février  892  il  couronna  em- 
pereur Lambert ,  duc  de  Spolète  ;  et 
s'éiant  brouillé  avec  lui,  il  appela, 
pour  le  supplanter,  Arnoul ,  roi  de 
Germanie,  qu'il  couronna  de  même 
en  896.  Dans  le  serment  que  les  Ro- 
mains prêtèrent  à  ce  nouvel  empe- 
reur, il  eut  soin  de  faire  insérer  cette 
clause  :  a  sauf  la  foi  due  à  For- 
»  mose.  »  Ce  pape  mourut  le  4  avril 
896,  après  un  pontificat  de  quatre 
ans  et  demi.  Ou  fit  le  procès  à  son 
cadavre  {Fof.  Etienne  VI  j;  et  sa 
mémoire  fut  réhabilitée  au  concile  de 
Rome  de  898,  sous  le  pape  Jean  IX. 
Formose  eut  pour  successeur  immé- 
diat Boniface  YL  D — s. 

FORNARI  (Simon),  littérateur, 
né  à  Reggio  en  Galabre  au  commen- 
cement du  I G*',  siècle,  fit  ses  études 
à  l'université  de  Pise  avec  un  grand 
succès.  11  s'appliqua  ensuite  unique- 
ment à  la  culture  des  lettres  ;  et 
comme  son  frère  partageait  ses  goûts  , 
ils  travaillèrent  ensemble  à  éclaircir 
les  passages  de  YOrlando,  dont  le 
sens  divisait  alors  les  beaux -esprits 
de  l'Italie.  Un  accident  le  priva  de 
son  manuscrit  au  moment  où  il  al- 


FOR  !275 

lait  livrer  son  travail  à  l'impression  ; 
mais  il  ne  perdit  point  courage  ,  et 
après  de  nouveaux  efforts  il  fit  enfiu 
paraître  sa  Spositione  soprà  l'Or' 
lando  furiosQ  ,  Florence  ,  1 549  ^^ 
i55o,  2  vol.  in -8".  Ce  Commen- 
taire est  précédé  d'une  Vie  deTAriostc 
qu'on  a  réimprimée  dans  la  rare  édi* 
lion  de  YOiiandoj  Venise,  i566, 
in-4''.  Les  autres  circonstances  de  la« 
vie  de  Foruari  sont  peu  connues  ; 
quelques  biographes  prétendent  qu'il 
entra  dans  Tordre  des  Chartreux,  ep 
qu'il  mourut  vers  i56o  danS''^3e 
grands  sentiments  de  piété.  W — s. 

FORN  ARÏ  (  Marie-Victoire),  ins- 
titutrice des  Annonci;jdes célestes  ,  na- 
quit à  Gènes  en  i56'2,  d'ujîe  famille 
noble ,  et  montra  dès  son  enfance  une 
vocation  décidée  pour  la  vie  religieu- 
se; mais  ses  parents  la  destinant  à 
l'état  du  mariage,  elle  préféra  l'obéis- 
sance au  sacrifice.  Ils  lui  choisirent 
pour  époux  Jean  Strato,  noble  gé- 
nois, dont  elle  eut  six  enfLuils  qui  se 
consacrèrent  tous  à  Dieu ,  à  l'excep- 
tion d'un  seul  qui  mourut  en  bas  âge. 
Victoire  Fornari  perdit  son  époux 
après  huit  ans  de  mariage.  EHc  aurait 
mis  dès-lors  à  exécution  le  projet  de 
son  jeune  âge;  mais  l'éducation  de  ses 
enfants  ne  lui  permettait  pas  de  s'é* 
loigner  d'eux.  Cepcudant  elle  se  voua 
aussitôt  à  une  partie  des  obligations 
qu'elle  se  proposait  de  conUactcr;  elle 
fît  secrètement  le  vœu  de  chasteté ,  se 
promit  de  n'assister  à  aucune  as^em- 
iiléc  mondaine ,  et  retrancha  de  sa 
parure  l'or,  l'argent,  les  bijoux,  la 
soie,  tout  ce  qui  pouvait  la  faire  re^ 
marquer.  Ses  enfants  ayant  tous  pris 
un  e'tat,  elle  songea  à  se  donner  en- 
tièrement à  Dieu  en  entrant  dans  un 
ordre  religieux.  Le  P.  Zenon ,  jésuite, 
son  directeur,  s'occupait  alors  d'une 
nouvelle  association  consacrée  à  la 
Ste.-Vierge.  Il  trouva  Victoire  For- 
18.. 


2^6  FOR 

nari  disposée  à  le  seconder.  L'arche- 
vêque de  Gènes  consentit  à  l'crec- 
tion  d'un  monastère  ;  le  sénat  permit 
l'acquisition  d'un  terrain  pour  l'éta- 
blir ,  et  de  pieuses  dames  se  réunirent 
â  la  fondatrice.  Alors  le  P.  Zenon 
dressa  les  constitutions  du  nouvel 
institut.  Le  19  juin  1604,  ces  saintes 
filles  entrèrent  dans  leur  clôture; 
€t  l'année  suivante,  elles  prononcè- 
rent leurs  vœux.  C'est  dans  celte 
cérémonie  qne  Victoire  Fornari  joi- 
gnit à  son  nom  de  baptême  celui 
de  Marie,  patrone  de  l'association. 
Les  papes  Clément  VIII ,  Paul  V , 
Grégoire  XV  et  Urbain  VIII  ap- 
prouvèrent l'institut  sous  le  nom 
êi Annonciades  célestes  (i);  elles 
sont  vêtues  de  blanc,  avec  un  scapu- 
Jaire  et  un  manteau  b'eude-ciel  ; 
elles  s'occupent  particulièrement  de 
filer  pour  fournir  de  corporaux  et  de 
purificatoires  les  églises  pauvres  :  vi- 
vant elles-mêmes  dans  la  plus  grande 
pauvreté  et  dans  une  entière  sépara- 
tion du  monde  ,  elles  ne  peuvent  par- 
ler à  leurs  proches  parents  que  six 
fois  l'année.  La  mère  Marie- Victoire 
reconnue  supérieure  de  la  première 
maison  la  gouverna  avec  sagesse.  Elle 
mourut  en  odeur  de  sainteté  le  1 5 
décembre  1617.  Cet  ordre  s'étendit 
promptement;  le  deuxième  cou- 
vent fut  celui  de  Pontarlier ,  fondé 
en  1612  j  il  s'en  forma  bientôt  dans 
les  différentes  parties  de  l'Europe, 
et  jusqu'en  Danemark,  où  Ja  maré- 
chale de  Rantzau ,  qui  en  avait  em- 
brassé la  règle  ,  alla  fond  r  un  mo- 
nastère. La  Vie  de  la  mère  Fornari 
a  été  écrite  par  le  P.  Fab.  Ambr.  Spi- 
nola,  jésuite,  Gènes,  i64o,  in-4°. 


(i)  Annunciatae  cirleilitiie.  On  leur  donna  co 
nom,  «le  la  cnulfur  de  leur  manteau,  pour  le( 
distinguer  de*  Annonciadei  ou  reli[;ieusei  de  l'An- 
nonciation de  la  Sainte-Vierge  ,'  fondées  en  i5oo 
par  sainte  Jeanne  dt  V«l*u  ,   reiac  de  France. 


FOU 

Une  autre  Vie  de  la  même  fondatrice, 
écrite  en  italien  par  le  P.  Ferdinand 
Melzi,fut  traduite  en  français  parle 
P.  Ferd.  Guyon,  jésuite  de  Dole, 
Lyon ,  Larjot,  i63i ,  in-8\  L — y. 
FOBNER  (  Don  Pablo),  juris- 
consulte et  poète  espagnol ,  naquit  à 
Palma  (dans  l'île  de  Mallorca),  le  i5 
avril  i-ySo.  Etant  fort  jeune  encore, 
il  passa  à  l'université  de  Cervera  ,  ou 
il  étudia  les  lois,  et  reçut  le  grade  de 
docteur  dans  celle  de  Salamanque.  Il 
avait  beaucoup  de  goût  pour  la  poé- 
sie lyrique ,  et  ses  premières  compo- 
sitions annonçaient  du  talent.  Forner 
avait  fait  ses  études  avec  succès  ;  et 
cherchant  à  s'établir ,  il  vint  à  Madrid, 
oii ,  d'abord,  il  se  fit  connaître  plus 
comme  poète  que  comme  avocat.  Il 
donna  au  public  plusieurs  de  ses  poé* 
sics ,  qui  furent  très  bien  accueillies  , 
et  lui  procurèrent  la  connaissance  d'un 
Mécène ,  qui  se  chargea  de  son  avan- 
cement. Après  qu'il  eut  exercé  pendani 
trois  ans  la  profession  d'avocat,  son 
protecteur  lui  procura  la  place  dey/5- 
cal del  crimen  (procureur-général  du 
roi),  dans  laquelle  il  se  distingua  et 
par  son  éloquence  et  par  son  savoir. 
Il  ne  négligeait  pas ,  pour  cela ,  de  sa- 
crifier aux  Muses;  et,  en  179B,  il 
donna  une  comédie  intitulée,  El  Filch 
sofo enamorado{\e Philosophe  amou- 
reux ) ,  dont  voici ,  à  peu  près ,  le 
sujet.  Un  philosophe  vivait  entière- 
ment étranger  au  monde,  dans  sa 
paisible  retraite ,  oîi  il  ne  s'occupait 
qu'à  cultiver  son  esprit.  Un  de  ses  amis 
étant  devenu  amoureux  d'une  demoi- 
selle dont  le  père  ne  voulait  pas  con- 
sentir à  ce  mariage,  vient  solliciter  le 
philosophe,  afin  qu'il  s'unisse  à  lut 
pour  réduire  ce  père  à  la  raison.  Après 
s'être  bien  moqué  du  prétendu  pou- 
voir de  l'amour,  «tde  la  faiblesse  de  son 
ami ,  le  philosophe  cède  enfin  aux  ins- 
tances de  celui-ci,  quitte  son  cabinet, 


FOR 
pour  la  première  fois,  au  bout  de 
viiigt  années ,  et  se  laisse  pre'senter 
chez  la  jeune  personne  :  elle  est  aima- 
ble et  jolie ,  et  le  présomptueux  cé- 
libataire en  devient  épcrdument  amou- 
reux ;  et  comme  il  est  fort  riche ,  le 
père  de  la  demoiselle  est  très  dispose' 
à  le  prendre  pour  son  gendre  :  il 
en  fait  même  franchement  Taveu  au 
philosophe ,  qui ,  combattu  entre  ra- 
meur et  le  devoir,  reconnaît  alors 
toute  l'inutilité  de  sa  science.  Le  de- 
voir l'emporte  à  la  fin  ;  il  fait  à  l'ami- 
tié le  sacrifice  de  sa  passion ,  et  par- 
vient à  obtenir  du  père  l'union  des 
deux  amants.  Le  rôle  du  philosophe 
n'étant  pas  peint  avec  des  couleurs 
bien  sévères ,  lorsqu'on  le  voit  aux 
prises  avec  un  amour  auquel  il  ne 
s'attendait  pas  ,  il  en  résulte  des  scè- 
nes aj;sez  comiques  et  qui  font  bien 
ressortir  tout  le  ridicule  de  sa  folle 
vanité.  Le  plan  de  la  pièce  est  bien 
conçu,  le  style  pur,  la  versification 
facile,  élégante,  et  pleine  d'esprit; 
mais,  dans  la  marche  de  l'action  et 
l'enchaînement  des  scènes ,  on  remar- 
que souvent  que  l'.'uteur  n'avait  pas 
assez  l'usage  du  théâtre  :  aussi ,  c'est 
la  seule  pièce  qu'on  ait  de  lui.  Mal- 
gré ces  défauts,  elle  obtint  dix-huit  re- 
présentations ,  chose  peu  ordinaire  à 
Madrid ,  où  le  public  e«t  très  avide 
de  nouveautés.  Forner  mourut  le  20 
juin  1799,  un  an  après  la  représen- 
tation de  sa  pièce,  dans  le  moment 
où  il  venait  d'être  nommé  alcade  de 
corte  (  juge  du  roi  ).  Ses  ouvrages 
contenant  plusieurs  poésies  lyriques, 
plusieurs  odes  au  prince  de  la  Paix, 
et  sa  comédie,  ont  été  imprimés  par 
Saneha,  1799,  in-8°.  B — s. 

FORNEHET  (Philippe),  né  à 
Beaune  le  119  janvier  1666,  sortit  de 
France  pour  cause  de  religion  ,  fît  ses 
études  à  Francfort  sur  l'Oder,  et  les 
acheva  à' Lausanne.  Après  avoir  des- 


FOR  277 

servi  pendant  deux  ans  l'église  de 
Côpenick,  près  de  Berlin,  il  fut  appelé 
dans  cette  dernière  ville  en  qualité  de 
pasteur  de  l'église  française;  il  mou- 
rut le  26  février  1736.  Formey,  qui 
après  avoir  été  son  catéchumène  eu 
1720,  devint  son  collègue  en  1731 , 
et  fut  depuis  sou  successeur ,  se  ren- 
dit éditeur  des  Sermons  de  Fornerety 
Î758,  I  vol.  in-8**.  Ce  recueil  eut  peu 
de  succès  malgré  la  réputation  de  l'au- 
teur. Formey  raconte  que  Forneret 
n'apprenait  ses  sermons  qu'avec  une 
peine  extraordinaire,  et  en  y  em- 
ployant beaucoup  de  temps.  Il  lui  ar- 
riva, dans  sa  70^  année ,  de  demeu- 
rer court  en  chaire  ;  il  en  fil  les  ex- 
cuses les  plus  humbles  à  l'auditoire, 
et  revint  chez  lui  inconsolable.  I  aac 
de  Beausobre,  qui  apprit  à  quel  point 
cet  accident  l'avait  affecté,  vint  le 
voir;  et  après  lui  avoir  fait  sentir 
combien  à  son  âge ,  et  avec  sa  répu- 
tation ,  il  devait  être  peu  sensible  à 
cet  accident ,  il  ajouta  :  «  Si  cela  peut 
V  vous  tranquilliser,  je  m'offre  à  res- 
»  ter  court  dimanche  prochai  n.)>Beau- 
sobreavait  alors  77  ans.    A.  B— t. 

FORN  1ER  ou  FQU  KNIER  (  Jehan  ), 
poète  et  traducteur ,  né  à  Montaubau 
dans  le  i6\  siècle,  fut  envoyé  à  Tou- 
louse pour  faire  ses  études,  et  pren- 
dre ses  degrés  en  droit.  Il  négligea  les 
conseils  de  ses  parents,  et  se  livra  à 
son  goût  pour  la  poésie,  avec  une 
telle  ardeur,  qu'à  l'âge  de  vingt  ans 
il  avait  déjà  publié  deux  volumes  de 
vers.  Les  autres  particularités  de  la 
vie  de  Fornier  ne  sont  pas  connues  , 
et  l'on  ne  peut  fixer  l'époque  de  sa 
mort.  On  a  de  lui  :  I.  Epigrammes 
erotiques  (au  nombre  de  201  ),  Tou- 
louse, sans  date,  m-S".  II.  Chansons 
lyriques,  ibid.,  sans  date,  in -8". 
îll.  VUranie y  contenant  V horoscope 
de  Henri  II ,  en  dix-huit  sonnets  ; 
plus,  V  UranomacUe ,  ayec  de  hriè* 


278  FOR 

^'es  annotations  sur  les  phénomènes 
d'icelle,  Paris,  i555,  in-H".  IV.  Le 
premier  volume  de  Roland  furieux  y 
traduit  du  thuscan  en  rime  fran- 
cowe,  Paris,  i555,  in-4°. ,  et  An- 
vers ,  roême  année  ,  in-8".  Fornier 
n*a  traduit  que  les  quinze  premiers 
chants  de  ce  poème.  V.  Les  affec- 
tions d* amour  de  Parthénius  de  Ni- 
çée  ,  jointes  les  narrations  d'amour 
de  Plutarque ,  Paris ,  1 555 ,  iii-S".  ; 
!2^  éd.,  retouchée  par  le  traducteur, 
Lyon,  i555,  in-8^.;  Paris,  Cousue- 
lier,  1743,  in-S''.  Celte  traductio?i 
fait  encore  partie  de  la  Bibliothèque 
des  Romans  grecs  j  Paris,  1797.  Le 
nouvel  e'diteur  l'a  fait  précéder  d'un 
Mémoire  de  Mercier  de  St.-Léger, 
ou  ce  savant  bibliographe  indique 
les  difFérences  qu'il  a  remarquées 
entre  les  deux  éditions  pubUées  à 
Paris  et  à  Lyon  la  même  année. 
VL  Histoire  des  guerres  faites  en 
plusieurs  lieux  de  la  France  con- 
tre les  hérétiques ,  et  tout  ce  qui  est 
advenu  en  France  digne  de  mé- 
moire, depuis  Van  1200  jusquen 
i5ii,  Toulouse,  i56ï  ,  in-4°.  C'est 
une  traduction  de  la  chronique  con- 
nue sous  le  nom  de  Simon  de  Mont- 
fort,  et  que  Calel  attribue  h  Pierre  V, 
evêque  de  Lodève  j  mais  Rigoley  de 
Juvigny,  dans  ses  notes  sur  la  Biblio- 
thèque de  Duverdier,  prouve  que 
cette  chronique  n'est  point  l'ouvrage 
de  Pierre  de  Lodève ,  et  qu'on  ne  doit 
pas  l'attribuer  non  plus  à  Puy-Lau- 
rens ,  comme  l'a  fait  Foi'nier  :  ainsi , 
le  véritable  auteur  en  est  encore  in- 
connu. VIL  Histoire  de  Vaffliction 
de  la  ville  de  Montaubanjorsquelle 
fut  assaillie  par  plusieurs  fois ,  et 
long-temps  assiégée  des  chevaliers 
et  grands  de  France  en  i562.  C'est 
uu  poème  en  trois  livres.  Il  en  exis- 
tait une  copie  dans  la  bibHothèque  du 
inarquis  d'Aubais,  W— s. 


FOR 

FORSÏUS  (Sigefrid-Arow), 
théologien,  mathématicien  et  physi- 
cien, né  en  Suède  vers  la  fin  du 
16^.  siècle  ,  fut  d'abord  professeur 
d'astronomie  et  de  mathématiques  à 
Upsal,  et  ensuite  pasteur  à  Stock- 
holm et  en  Finlande.  H  fit  des  ob- 
servations sur  la  comète  de  1607,, 
rédigea  des  almanachs  pendant  une 
longue  suite  d'années  ,  et  composa 
une  Minérographie ,  la  première 
qu'oneutpubliéedansleNord.  En  mê- 
me temps  il  s'occupa  de  plusieurs  ou- 
vrages tbéologiques.  Il  jouissait  d'une 
grande  considération  dans  le  public , 
et  Gustave  Adolphe  faisait  beaucoup 
de  cas  de  ses  connaissances  ;  mais  il 
ternit  sa  gloire ,  et  s'exposa  à  l'ani- 
madversion  du  ç;ouvernement ,  en  se 
livrant  à  des  rêveries  astrologiques. 
Ayant  publié  des  prédictions  sur  l'an- 
née 1 6 1 9 ,  il  perdit  sa  place  cette  mê- 
me année.  Ce  revers  ne  le  corrigea 
point;  et  dans  sa  retraite  il  continua 
d'observer  les  astres,  pour  y  lire 
l'avenir.  Il  s'occupa  aussi  de  poésie, 
et  traduisit  en  vers  suédois  un  re- 
cueil de  distiques  latins,  intitulé: 
Spéculum  vitœ  humanœ.  Il  mourut 
en  1657.  C — AU. 

FORSKAL  (  Pierre  ),  naturaliste 
et  voyageur  remarquable  ,  naquit  en 
Suède  l'année  1706.  Il  fut  envoyé 
très  jeune  à  Gottingue  pour  y  faire 
ses  études.  Avant  de  quitter  celte 
ville,  il  y  publia  une  Dissertation  qui 
donna  une  idée  très  avantageuse  de 
son  savoir  et  de  sa  pénétration  :  elle 
avait  pour  litre,  Dubia  de  princi- 
piis  philosophiœ  recentioris ,  et  fut 
annoncée  avec  de  grands  éloges  dans 
le  Journal  de  Gottingue.  De  retour  en 
Suède, il  fit  imprimer,  l'an  lyÔQ,  eu 
suédois,  une  brochure  intitulée,  Pen- 
sées sur  la  liberté  civile ,  qui  déplut 
au  parti  alors  dominant.  Son  goût 
pour  les  sciences,  et  en   particulier 


FOU 

pour  l'histoire  naturelle,  lui  fît  re- 
chercher ramilie   de  Linné;   et  ce 
grand  naturaliste  ayant  apprécie  ses 
talents  le  recommanda  à  Frédéric  P*"., 
roi  de  Danemark,  qui  se  proposait 
d'envoyer  plusieurs  savants  en  Asie. 
Forskal  partit  pour  Copenhague   en 
1 76 1 ,  obtint  le  titre  de  professeur, 
et  fut  nommé  pour  être  du  voyage 
avec  Niébuhr,  von  Haven  et  Cramer. 
Versé   également  dans    les   langues 
orientales  et  dans  les  sciences  natu- 
relles, il  recueillit  bientôt  un  grand 
nombre  d'observations  importantes. 
Débarqué  à   Marseille,  il    visita  la 
plaine  maritime  connue  sous  le  nom 
de  ÏEstac,  assez  riche  en   plantes 
rares,  dont  il  nous  a  donné  la  Fiorc  ; 
il  fît  une  excursion  à  l'île  de  Malle , 
y  recueillit  quelques  plant^^s  dont  il 
a  laissé  la  liste.  Arrivé  en  Egypte ,  il 
remonta  le  Nil,  fut  pris  et  dépouillé 
par   les    Arabes ,  etc.  ;  mais   ayant 
été  attaqué  de  la  peste,  il   mourut 
à  Djérira  en   Arabie,  le    11    juillet 
1765.  Niébuhr  rassembla   ses    pa- 
piers ,  et  en  tira  les  ouvrages  sui- 
vants :    Descripliones    animalium, 
avium ,  amphibiorum ,  piscium  ,  in- 
sectorujTi,  vermiuni ,  quœ  in  itinere 
orienlali    ohservavit  P.    Forskal , 
Copenhague,  1776,  in-4".  ;  Flora 
JEgyptiaca  Arabica  ,  seu  descrip- 
liones plantanim ,  etc.,  ibid. ,  1775, 
in-4'.;   Icônes    rerum   naturalium 
quas  in  itinere  orient,  dep in gi  cura- 
yit^   ibid.,    1776,   in-4".  Ces   ou- 
vrages prouvent  que  ce  voyageur  avait 
su  observer  la  nature ,  et  qu'il  avait 
cherché  avant  tout  q  être  exact    et 
vrai.  Forskal  s'était    proposé   d'en- 
voyer à  Linné  divers  objets  d'his- 
toire naturelle ,  comme  nu  tribut  de 
sa  reconnaissance  ;  mais  il  ne  pur  lui 
faire  parvenir  qu'une  petite  branche 
dei'-.rbredu  baume  incluse  dans  une 
lettre.  L'immortel  professeur  dVpsal 


FOR  379 

a  consacré  à  la  mémoire  de  son  iîi- 
fortuné  disciple,  sous  le  nom  de 
Forskalea,  un  genre  de  plante  exo- 
tique de  la  famille  des  orties,  dont 
toutes  les  espèces  sont  remarquables 
par  les  poils  accrochants  et  tenaces 
qui  entourent  la  fleur.        C — à  u. 

FORSTER  (  Jean  ) ,  savant  grair»^ 
mairien  ,  né  à  Augsbourg  en  î495. 
Après  avoir  fait  ses  premières  études 
avec  succès,  il  fréquenla  l'école  de 
Méianchthon,  qui  lui  témoigna  dès- 
lors  une  estime  particulière.  Il  em- 
brassa les  principes  de   la   réforme 
avec  beaucoup  d'ardeur ,  et  fut  en- 
voyé par  Luther    à    Strasbourg    en 
i535,    pour  y  diriger  la    nouvelle 
église.  Il  fut  banni  de  celte  ville  en 
iSSg,  pour  avoir  soutenu  publique- 
ment dt'S  opinions  scandaleuses  sur 
la  doctrine  des  sacrements,  et  il  se 
retira  à  Wiltembcrg  ,  ou  il  remplit  la 
chaire  d'hébreu    pondant    plusieurs 
années  avec  une  grande  distinction. 
Son  zèle  pour  les  progrès  du  luthé- 
ranisme lui  fil  abandonner  son  em- 
ploi, et  il  parcourut  diiïerentes  par- 
tics  de  l'Allemagne  dans  le  dessein 
de  faire  des  prosélytes  à  la  nouvelle 
secte.  Sur  la  fin  de  sa  vie,  il  revint 
se  fixer  à  Witlemberg ,  où  il  mourut 
le  8  décembre  1 556.  On  a  de  lui  : 
Dictionarium  hebraïcum  novum  ex 
sacris  Bibliis  depromplum  ,   Baie, 
i552,  1557,  i564,in-fol.  Cet  ou- 
vrage est  estimé.  Socin  préférait  ce 
dictionnaire  à  celui  de  Pagnin ,  parce 
que  Forster  est  plus  exact  à  indiquer 
l'étymologie  et  les  diiTérenles  accep- 
tions des  mots.  Rich.  Simon  au  cou-*' 
traire  donne  là  préférence   au  dic^ 
tionnaire  de  Pagnin,  par  la  raison  que 
celui-ci  a  profité  des  livres  des  l'ab- 
bins,  tandis  que  Forster  n'a  pas  raêrau 
daigné   les   consulter.  -^    Forster 
(Jean),  poète,  est  auteur  d'un  ou- 
vrage en  allemand  .sur  la  guerre  de 


aSo  FOR 

Sui.'ilckalde.  —  Forster  (  Jean  ) ,  né 
le  20  décembre  i5yO,  à  Aurbach 
dans  \t  Palalinat,  professa  la  ihéolo- 
gie  à  Witlemberg,  et  fut  ensuite 
nommé  pastur  de  Téglise  d'Eislc- 
ben  ,  ou  il  mourut  le  17  novembre 
j6i3.  Ona  de  lui  :  I.  De  Ursis  et 
Samuele ,  Leipzig  ,  1 604  ,  in  ~  8'\ 
II.  De  interpr  etntione  ScripturU' 
rum,  Wiltembeig,  i(3o8,  in*- 4". 
311.  Theatrum  Chrislianœ  juven- 
lutis ,  quo  exhibentur  FI  ludi  sce- 
nici  sacri  et  quulem  ires  tragediœ 
itemque  comœdice,  ibid.,  1609,  in- 
8".  J  V.  Cemmeniurii  in  Exodiim  , 
^sàiam  et  Jeremiam  ,  ibid.,  1604  , 
in-4<>.  V.  Johanni  -  Fridericidos 
libri  V  ^  poème  épique  en  vers  à 
l'honneur  de  l'électtur  de  Saxe.  VI. 
Cerduriœ  seîeciissimorum  epigram- 
malum;  Prohlemata;  Thésaurus  ca- 
techeticus ,  etc. ,  et  quelques  autres 
«puscules  moins  imporîauls. — Fors- 
îTER  (Jean),  jurisconsulte,  vivant  a 
Padoue  au  commencement  du  1 7 '.  siè- 
cle, est  auteur  d'un  ouvrage  intitu- 
lé :  Processus  judicialis  cameralis. 
W— s. 
FORSTER  (Valentin),  jurisoou- 
5ulte  allemand,  né  à  Willcmberg  en 
i53o,  y  mourut  le  '27  octobre  1609, 
après  avoir  enseigné  le  droit  à  Mar- 
hourg  et  à  H  idelberg.  11  a  lai-ssé  plu- 
sieurs ouvrages ,  dout  on  se  conten- 
tera de  citer  les  principaux  :  I.  Histo- 
TÎa  juris  clvilis  Romani ,  libri  très  , 
Maïtne,  1607  ,  in -4°-;  Helmstad, 
j6io,  in-8  .j  Genève,  1619,  in-8". 
Dresselius,  ami  de  l'auteur,  parle  de 
celle  histoire  avec  estime  ;  mais  Ru- 
pert  y  relève  plusieurs  fautes  graves, 
et  avertit  les  lecteur^  d'accorder  peu 
de  confiance  à  cet  écrivain  ,  beaucoup 
trop  superficiel.  IL  De  successioni- 
bus  ah  intestatOy  Cologne,  i594, 
in  -  fol. ,  réimprimé  à  Maïence  en 
1607,    in-4''.    ll\.  In  histitutiones 


FOR 

juris,  Wiltemberg,  t6ii,  1  vol. 
in- 1  G.  IV.  De  interpretalione  juris  , 
ibid.,  iGi5,  in-8'.  V.  De  jurisdic- 
iione  Romand ,  Helmstad ,  1 6 1  o  , 
iu-8**.;  Wittemberg,  1625,  in -8°.,  , 
accompagné  d'une  Vie  de  l'.iuteur  ;  | 
VL  Interpres,  seu  de  interpretatione  * 
juris  ohservaliones  subcesivœ.  Ces 
deux  ouvrages  ont  été  insérés  dans  le 
Thésaurus  juris  romani,  d'Everard 
Othon,  tom.  IL  Kupert  dit  que  Fors- 
ter promettait  encore  Commentarium 
de  familiis  Romanis  y.  mais  que  cet 
ouvrage  n'a  pas  paru.  —  Forster 
(  Valentin-Guillaume),  fils  du  précé- 
dent, né  a  Marbourg  le  iS  août  1  5']^ , 
professa  le  droit,  avec  distinction, 
à  l'université  de  Wittemberg  ,  et  mou- 
rut le  25  octobre  1620.  0:i  a  de  lui  : 
I.  De  dominio,  1620,  in  8".  W.De 
pactis ,  Wittemberg,  1621,  in-8''. 
III.  Justinianeœ  disseriuiiones  ad 
inslituliones.  IV.  De  successionibus , 
Francfoit,  iG55,  in-8  .  11  fut  l'édi- 
teur de  quelques-uns  des  ouvrages  de 
son  père,  publia  en  latin  les  lois  de 
Solon  ,  avec  des  notes,  et  donna  une 
édition  des  OEuvres  de  J.  de  Coras. 
W— s. 
FORSTER  (Nathaniel),  théolo- 
gicn  et  philologue  anglais ,  naquit  en 
1717,3  Stadscorabe ,  dans  la  paroisse 
de  Plimsîock  en  Devonsbire,  011  son 
père  était  ministre.  11  occupa  succes- 
sivement dillérenls  emplois  dans  l'é- 
glise,  se  mai  ia  avec  une  femme  très 
riche,  au  mois  d'août  1 757  ,  et  mou- 
rut ie  20  octobre  suivant.  Il  avait  été 
reçu  membre  de  la  société  royale  en 
1755.  On  a  de  lui  :  1.  Réflexions  sur 
l'antiquité  du   gouvernement  ,  des 

arts  et  des  sciences  en  Egypte 

Oxford,  1743  (en  anglais),  l^- P}a' 
tonis  Dialogi  quinque,  recensiti  et 
notis  illustrati,  ibid.,  1745.  On  y 
trouve  un  texte  très  correct  des  dialo- 
gues suivants,  les  amours  d'Eulypbron, 


FOR 

r^poiogie  de  Sociale  ,  le  Criton  et  le 
Phedoii.  G«ntc  édition  est  préférée  à 
celles  de  175*2  et  de  1765.  III.  Ap- 
pend IX  Liviann  contiudns,  V\  Selcc- 
tas  codicam  MSS.  et  editionum 
antiquarum  lecliones  ,  prœcipuas 
variarum  einendationes ,  et  supple- 
vienta  lacunarum  in  Us  Titi  Livii 
qui  supersunt  libri>;  'i'\  J.  Freins- 
hemii  supplementoruin  libros  X ,  in 
locum  decadis  secundœ  Livianœ  de- 
perditœ ,  Oxford  y  i^^6.  Forster  fut 
aidé  par  un  de  ses  collègues  du  collège 
de  Christ,  dans  la  composition  de  cet 
ouvr.igequi  ne  porte  pas  de  nom  d'au- 
teur IV.  Sermon  prêché  devant  Vu- 
niifersîlé  d' Oxford  ,  le  5  novembre 
I  7.46  ,  pour  prouver  que  le  papisme 
tend  à  détruire  f évidence  du  cJiris- 
tlanisme ,  Oxford  ,  1 7  1 6.  V.  Disser- 
tation sur  le  récit  relatif  à  Jésus- 
Christ  ,  que  Von  attribue  à  Josèphe  , 
ou  Essai  pour  montrer  que  ce  cé- 
lèbre passage  peut,  à  texception 
de  quelques  altérations  peu  impor- 
tâmes ^  être  considéré  comme  au- 
tlientique  ,0\knd  ,  l'j^Q.  Celte  dis- 
sertation est  dictée  par  un  esprit  de 
critique  regardé  comme  très  ingé- 
nieux, même  par  Bryant,  qui,  en 
décidant  le  point  de  controverse ,  a 
défendu  le  passage  tel  qu'il  existe. 
L'opinion  de  Warburton  lui  était  en- 
core plus  favorable-;  car  ce  prélat, 
dans  son  Julien,  rend  témoignage  au 
savoir,  à  la  franchise  et  à  l'habileté 
de  Forster  ;  et  dans  une  lettre  à  cet 
auteur  ,  après  avoir  parlé  de  quelques 
observations  judicieuses  qu'il  avait 
faites  sur  son  Julien,  en  manusciit, 
il  ajoute  :  «  J'ai  souvent  désiré  qu'une 
»  main  capable  réunisse  tous  les  frag- 
»  raents  qui  nous  restent  de  Por- 
»  phyre ,  de  Celse ,  d'Hiéroclcs  et  de 
»  Julien,  et  nous  les  donne  avec  un 
î)  commentaire  raisonné,  critique  et 
»  tbéologique,  qui  soit  comme  uu  défi 


FOR  281 

»  à  l'infidélité.  Je  ne  connais  que 
»  vou  qui  ayez  le  talent  nécessaire 
»  pour  l'entreprendre.  L'auteur  de  la 
»  dissertation  sur  le  passage  de  Jo- 
»  scphe ,  que  je  regarde  comme  le 
»  meilleur  morceau  de  critique  du 
»  siècle,  brillerait  dans  une  telle  com- 
»  position. »  VL  Biblia hebraïca sine 
punctis ,  Oxford,  1 760 ,  a  vol.  in-4*^. 
E— s. 
FORSTER  (Frobenius),  savant 
prélat  catholique  allemand,  né  en 
1709  à  Kouigsfcld  en  Bavière,  en- 
tra, en  1728,  dans  l'ordre  de  S.  Be- 
noît, et  fit  profession  à  Ratisbonne 
dans  la  célèbre  abbaye  de  St.-Em- 
meran  :  il  y  enseigna  la  philosophie 
depuis  l'an  1735  jusqu'en  17447  où 
il  fut  appelé  pour  remplir  la  même 
chaire  à  l'université  de  Sallzbourg.  Il 
revint  trois  ans  après  à  St.-Emmeran  , 
pour  y  enseigner  l'interprétation  de 
l'Ecrit ure-Sainte,  y  fut  élu  prieur  ea 
1750,  et  piince-abbé  en  1762.  Il  se 
distingua  dans  celte  place  éminenle  par 
le  soin  qu'il  prit  pour  faire  fleurir  les 
bonnes  études ,  qu'il  cu'tiva  lui-même 
avec  succès  jusqu'à  sa  mort,  arrivée 
le  12  octobre  1791.  On  a  de  lui  six 
Dissertations  latines  sur  divers  sujets 
de  philosophie  et  de  théologie,  et  une 
dissertation  allemande  sur  le  concile 
tenu  en  1763  à  Aschein,  dans  la 
Haute- Bavière,  insérée  la  même  an- 
née dans  le  tome  1*"".  des  Mémoires 
de  l'académie  des  sciences  de  Bavière: 
mais  son  principal  titre  à  la  reconnais- 
sance des  gens  de  lettres  est  la  belle 
édition  d'Alcuin ,  qu'il  a  donnée  en 
1777,  sous  ce  titre  :  Beati  Flacci 
Albiniseu  Al^^j,,.  opéra...  de  nova 
collecta  ,  mim^  lacis  emendala  et 
opusculis  primùm  repertis  plurimùm 
aucta,  2  parties  en  4  vol.  in-folio.  Le 
savant  éditeur  a  profité  du  travail  de 
dom  Gatelinot ,  bénédictin,  qui  pré- 
parait depuis  long-temps  une  édiliou 


2S2  FOR 

de  cet  auteur  ecclésiastique;  il  y  a  joint 
soixante-onze  lettres  inédites  d'A|cuin, 
apportées  d'Angleterre  par  Bre'qiiigny. 
Ik"  nombreuses  recherches  qu'il  avait 
fait  faire  dans  toutes  les  bibliothèques 
d'Allemagne,  de  France,  d Italie,  et 
même  d'Espagne ,  lui  procurèrent 
ieaucoup  de  variantes,  de  corrections, 
et  dix  pièces  nouvelles ,  dont  une  des 
plus  curiejises  est  un  traite  du  calen- 
drier, De  cursu  et  saltu  lunœ  et  his- 
sexio.  On  y  voit  qu'Alcuin  partageait 
Fbeure  en  quarante  moments,  divises 
chacun  en  cinq  cent  soixante  ({uatre 
atomes  ;  il  la  partage  aussi  en  cinq 
points  ,  ou  en  soixante  ostenta ,  qui 
correspondent  à  nos  minutes.  Parmi 
les  autres  pièces  qui  paraissent  pour 
la  première  fuis  dans  cette  édition , 
Ton  remarque  encore  un  livre  de  Or- 
thographia, et  Libellus  adversits 
hœresin  Felicis  {  Urgcliensis)  adAb- 
hates  et  monachos  Goihiœ ,  orné 
d'une  préface  de  P.  Foggini,  qui  avait 
envoyé  ce  traité  à  l'abbé  de  Saint- 
Eraraeran,  d'après  un  manuscrit  du 
Vatican.  C.  M.  P. 

FORSTEU  (Jean-Curetifn),  pro- 
fesseur de  philosophie  à  l'imiversité  de 
Halle ,  né  dans  la  même  ville  le  1 4  dé- 
cembre fjoS,  y  exeiça  différents  em- 
plois administratifs  ,  y  fut  nommé,  en 
J791 ,  inspecteur  du  jardin  botanique 
cl  économique,  et  y  mourut  le  1 9  mars 
1 798.  Voici  ses  principaux  ou\  rages  : 
I.  Disputalio  de  deliriis  ,  Halle  , 
1759,  in  "4".  11.  Comparatio  dé- 
mons trationis  Cartesiipro  existenlid 
Dei  cum  illd  qud  Anselmus  canliia- 
riensis  usus  est, Berlin,  i77o,in-4°. 
111.  Caractère  des  t^wis  philosophes , 


Leibnitz,  Wolf 


garlen  ,  2' 


édition ,  Halle ,  1 765 ,  in-8  '. ,  en  alle- 
mand, ainsi  que  les  suivants:  IV.  In- 
iroduciion  à  la  politique  (  Staats- 
îehre  ),  d'après  les  principes  de  Mon- 
tesquieu, ib. ,  1  ^65,  iu-8".  y.  Essai 


FOR 

d*  introduction  à  V  économie  politique 
(Kameral-Polirey-und  Fiuanz  Wis- 
senschaft  ) ,  Berlin ,  1771,  in-8  '.  VI. 
Révision  des  principales  révolutions 
de  la  ville  de  Halle ,  dans  t espace 
d^un  siècle,  Halle,  1780,  in-8'.  VU. 
Courte  notice  sur  Wolf  gang  Rati* 
chius  ,  célèbre  professeur  du  siècle 
passé  (  mort  en  1 655  ) ,  avec  quelques 
pièces  originales  y  ibid.,  178'i,  in-8**. 
V  11  l.  Description  et  Histoire  des  sa- 
lines de  Halle,  ib.,  1795,  in-8"\,fig. 
IX.  Aperçu  de  Vhistoirc  de  luniver- 
site  de  Halle ,  pendant  le  premier 
siècle  de  sa  fondation ,  ibid.,  i  794, 
in-8".  Forster  a  rédigé  pendant  quelque 
temps  le  feuilleton  (  Intelligenz  blatt  ) 
de  la  Gazette  littéraire  de  Halle,  et  a 
été  l'éditeur  de  deux  ouvrages  pos- 
thumes d'Ant.-Théoph.  Baumgarten  : 
Sciagraphia  encjclopœdiœ  philoso- 
phicœ  ,  Halle ,  1 769,  in-8''. ,  et  Phi- 
losophia  generalis ,  ib.,  1 770 ,  in-S*. 
—  Un  autre  Jean-Chrétien  Forster  , 
théologien  protestant,  né  en  1764  à 
Auersiaedt  en  Thuringe,  inspecteur 
des  écoles  à  Naumbourg  en  1 787  , 
nommé  surintendant  ecclésiastique  à 
Weissenfels  en  1800,  mort  le  i5  dé- 
cembre de  la  même  année,  a  public 
en  allemand  des  sermons  et  quelques 
ouvrages  ascétiques,  à  l'usjge  des  lu- 
thériens. C.  M.  P. 

FORSTER  (  Jean  Reinhold  ),  cé- 
lèbre naturaliste  et  voyageur,  descen- 
dait d'une  famille  anglaise  qui  avait 
quitté  sa  patrie,  à  cause  des  troubles 
politiques  du  règne  de  Charles  l^^  U 
était  fils  du  bourgmestre  de  Dirs- 
chaw ,  dans  la  Prusse  polonaise ,  où 
il  naquit  le  'il  octobre  1729.  Il  étudia 
successivement  au  gymnase  de  Berlia 
cl  à  l'université  de  Halle  les  langues 
anciennes  et  modernes,  les  langues, 
orientales  et  la  théologie.  H  remplit 
ensuite  avec  distinction  les  fonctions 
de  prédicateur  à  Nasseuhuljen  ou  Nas-^ 


FOR 

Senhof ,  près  de  Dantzig ,  et  consacm 
ses  instants  de  loisir  à  acquérir  des 
connaissances  dans  la  philosophie,  la 
géographie  et  les  mathématiques.  Il 
s'était  marie'  :  son  revenu  modique  ne 
pouvait  suffire  à  l'entretien  d'une  fa- 
mille qui  prenait  de  l'accroissement  ; 
la  gêne  qu'il  éprouvait,  lui  fit  prêter 
roreille  aux   propositions  qu'on  lui 
adressa ,  d'aller  en  Russie  diriger  les 
nouvelles  colonies  de  Saratof.  Ce  poste 
lui  fut  peu  avantageux  ;  ses  projets  de 
s'établir  dans  ce  pays  échouèrent  :  il 
partit  pour  Londres  en  1 766 ,  muni 
de  bonnes  recommandations ,   mais 
assez  mal  pourvu  d'argent.  Peu  après 
son  arrivée  en  Angleterre,  il  reçut  du 
gouvernement  russe  une  gratification 
de  cent  guinées  ;  puis  il  augmenta  ce 
fonds  du  produit  de  la  traduction  des 
Voyages  de  Kalm  et  d'Osbcck ,  écrits 
en  suédois,  et  qu'il  mit  en  anglais. 
Vers  le  même  temps ,  lord  Baltimore 
lui  offrit  l'intendance  de  ses  vastes 
domaines    en  Amérique  ;  il  préféra 
l'emploi  de  maître  de  français ,  d'al- 
lemand et  d'histoire  naturelle  ,  dans 
l'école  de  Warringlon,  en  Lancashire, 
tenue  par  des  dissidents.  Tandis  qu'il 
remplissait  des  fonctions  si  peu  bril- 
lantes ,  Dalrymple  que  la  compagnie 
des  Indes  venait  de  nommer  gouver- 
neur de  Balambangan,  près  de  Bornéo  j 
lui  proposa  de  l'accompagner.  Ce  pro- 
jet ne  put  s'exécuter:  mais  il  semblait 
que  Forster  fût  prédestiné  à  des  courses 
lointaines;  car  on  le  choisit,  en  1772, 
pour  aller,  en  qualité  de  naturaliste, 
avec  le  capitaine  Gook  ,  dans  son  se- 
cond voyage  autour  du  monde.  Forster 
prit  avec  lui  son  fils,  alors  âgé  de  1 7 
ans.  Les  personnes  qui  s'intéressaient 
à  Forster,  l'avaient  chaudement  re- 
commandé comme  un  naturaliste  et 
un  philosophe  dont  les  observations 
sur  les  pays  que  l'on  découvrirait  ne 
pouvaient  manquer  d'çlre  de  la  plus 


FOR  îiB5 

haute  importance  pour  les  sciences; 
ils  n'avaient  à  cet  égard  rien  promis 
de  trop:  malheureusement  la  conduite 
de  Forster  durant  le  voyage  empêcha 
que  l'on  eût  pour  lui  la  considé»  ation. 
que  méritait  son  profond  savoir.  S'il 
en  faut  croire  le  témoignage  d'un  autre 
savant  embarqué  aussi  dans  cette  ex- 
pédition, Forster  se  montra  fier,  im- 
périeux, présomptueux:  il  ne  se  passa 
pas  une  semaine,  sans  qu'il  eût  une 
dispute  avec  quelqu'un  de  l'équipage; 
et  avant  que  l'on  fût  arrivé  à  la  Nou- 
velle-Zélande ,  il  s'était  querellé  avec 
tout  le  monde.  Ces  altercations  répé- 
tées produisirent  une  froideur  extrême 
entre  lui  et  les  officiers  de  la  Résolu- 
tion, et  l'exposèrent  même  à  des  af- 
fronts. Il  lui  était  assez  souvent  échappé 
de  s'écrier,  quand  il  se  figurait  qu'on 
lui  manquait  :  Je  le  dirai  au  Roi, 
Cette   expression  devint  proverbiale 
parmi  l'équipage;  et  quand  un  simple 
matelot  voulait  plaisanter  un  de  ses 
camarades,  il  répétait  d'un  ton  iro- 
nique :  Je  le  dirai  au  Roi.  La  dureté 
du  caractère  de  Forster  se  manifesta 
dans  ses  rapports  avec  les  naturels  des 
îles  du  grand  Océan;  deux  fois  Gook 
le  mit  aux  arrêts ,  pour  les  avoir  mal- 
traités sans  aucune  provocation.  Enfin 
sa  conduite  choqua  tellement  le  chef 
de  l'expédition,  que  celui-ci,  à  son 
retour  en  Angleterre ,  crut  devoir  s'en 
plaindre  au  comte  de  Sandwich ,  alors» 
premier  lord  de  l'amirauté.  Ses  torts 
avaient  peut-être  été  exagérés  ;  cepen- 
dant, Gook,  quoique  naturellement 
emporté ,  était  bon  ,  humain  et  franc. 
Au  reste  ,  quel  qu'en  ait  pu  être  le  mo- 
tif, Forster  fut  traité  très  sévèrement. 
Selon  son  rapport ,  il  avait  été  cou- 
venu  ,  avec  lord  Sandwich ,  qu'indc- 
•pendamment   des  travaux  relatifs  à 
l'histoire  naturelle ,  il  serait  charge 
d'écrire  la  relation  du  voyage  d'après 
ses  obscrvatious  et  celles  de  Gook,  et 


284  FOR 

que  ce  qui  appartenait  à  chacun  d'eux 
serait  indique'se'parëraent.  On  lui  com- 
muniqua en  conséquence  une  partie 
du  journal  de  Cook.  Il  écrivit  qnelqucs 
feuilles  de  relation  pour  essai  :  ce  tra- 
vail fut  inutile,  parce  que  Ton  décida 
que  chaque  journal  serait  imprimé  sé- 
parément. L'amirauté  arrêta  ensuite 
qu'une  somme  de  deux  mille  livres 
sterling,  pour  les  frais  de  gravures, 
serait  partagée  également  entre  Cook 
et  Forcer ,  et  assigna  à  chacun  sa  part 
dans  les  observations  à  publier.  Un 
second  essai  de  relation  que  Forster 
présenta  à  lord  Sandwich  ,  fut  mal 
accueilli.  Il  s'aperçut  alors  que  dans 
l'accord  passé  avec  lui ,  relativement 
au  travail  dont  il  devait  être  chargé, 
le  mot  relation  avait  été  omis  proba  - 
hlement  à  dessein ,  ce  qui  lui  otait  le 
droit  d'écrire  une  histoire  suivie  de 
l'expédition.  On  lui  insinua  même  po- 
sitivement que,  faute  de  se  conformer 
à  la  lettre  de  l'acte,  il  perdrait  sa  part 
à  la  somme  destinée  aux  planches.  H 
se  conforma  à  cette  injonction ,  et  n'é- 
crivit qu'un  corps  d'observations  sur 
l'ensemble  du  voyage.  Il  avait  fait  par- 
là  un  sacrifice  qui  dut  beaucoup  lui 
coûter,  mais  qui  fut  inutile.  Son  ou- 
vrage fut  rejeté,  et  on  lui  refusa  net- 
tement sa  part  dans  h  s  deux  mille 
livres  sterling.  Peut-être  le  vrai  motif 
de  cette  conduite ,  de  la  part  des  An- 
glais, venait-il  de  ce  qu'ils  voy.iieut 
avec  peine  qu'un  étranger  parlât  en 
son  nom  dans  le  récit  d'une  expédi- 
tion qu'ils  regardaient  comme  une  pro- 
priété nationale.  Forster  avait  rassem- 
blé dans  le  voyage  des  animaux  vivants 
et  d'autres  empaillés.  Il  envoya  au 
muséum  britannique  une  partie  de  ces 
derniers ,  et  l'autre  à  la  reine  :  S.  M. 
les  accueillit  très  gracieusement  ;  mais 
des  remercîments  furent  tout  ce  que 
Forster  reçut  pour  récompense.  Il 
s'était  procuré  à  grands  frais    des 


FOR 
dessins  de  plusieurs  objets  curieux  en 
histoire  naturelle;  il  les  destinait  au  roi: 
ce  prince  ne  voulut  pas  même  les 
voir.  Forster  ,  le  fils ,  se  plaignit  amè- 
rement, dans  une  lettre  adressée  au 
comte  de  Sandwich  ,  d'un  traitement 
si  cruel ,  qui  le  ruinait  entièrement  lui 
et  sa  famille.  Mais ,  loin  de  faire  at- 
tention à  ses  plaintes ,  on  découvrit  un 
nouveau  grief  contre  Forster  le  père. 
Son  fi!s  avait  publié  en  anglais  et  en 
allemand  une  relation  du  voyage  au- 
tour du  monde.  On  supposa  que  le  père 
avait  eu  beaucoup  de  part  à  cet  ouvrage; 
Wales,  astronome  de  l'expédition, 
lui  reprocha  hautement  d'en  être  le 
véritable  auteur.  Comme  Forster  avait 
contracté  l'engagement  de  ne  rien  pu- 
blier séparément  de  la  relation  oiTi- 
cielle,  il  encoututl'animadversion  du 
gou^  crnement ,  et  mécontenta  les  per- 
sonnes qui  s'intéressaioiit*  à  lui.  On 
l'accusa  aussi  d'avoir  inséré  dans  ce 
livre  des  réflexions  déplacées  sur  le 
gouvernement  anglais ,  et  des  faussetés 
sur  les  navigateurs  qui  avaient  dirigé 
l'expédition.  Toutes  ces  circonstances 
rendirent  son  séjour  à  Londres  si  dé- 
sagréable ,  qu'il  se  décida  à  quitter 
l'Angleterre  :  avant  de  pouvoir  exé- 
cuter cette  résolution  ,  il  éprouva  des 
embarras  pécuniaires  qui  le  firent  pri- 
ver de  sa  liberté.  Frédéric  II,  roi  de 
Prusse,  dont  il  avait  fixé  l'attention 
depuis  un  certain  temps ,  et  qui  lui 
avait  écrit,  lui  fournit,  en  1780,  les 
raovens  de  payer  ses  dettes ,  le  fit 
venir  à  Halle,  pour  y  professer  l'his- 
toire naturelle ,  et  lui  donna  l'inspec- 
tion du  jardin  de  botanique:  l'année 
suivante ,  Forster  obtint  le  degré  de 
docteur  en  médecine.  Malgré  le  zèle 
qu'il  apportait  à  tout  ce  qui  pouvait 
faire  fleurir  l'université  de  Halle,  il 
ne  gagna  pas  l'amitié  de  tous  ses  con- 
frères les  professeurs.  Des  détails  con- 
tenus dans  des  lettres  qu'il  écrivait  à 


FOR 

ferlin,  nuisirent  à  qiieîqyes-uns  :  ce 
ii*ëtail  pas  un  effet  de  méchanceté  de 
sa  part  ;  car ,  malgré  sou  caractère  vif, 
irritable  et  susceptible ,  il  était  franc , 
ouvert,  bon  et  géuéreux.  Il  y  avait 
d'ailleurs  en  lui  un  penchant  destructif 
de  tout  le  bonheur  qu'il  eût  dû  goûter 
dans  sa  situation  ;  un  goût  désordonné 
pour  le  jeu  épuisait  et  les  émolu- 
ments de  sa  place,  et  le  produit  de  ses 
compositions  littéraires.  Cependant  il 
compta ,  pour  les  plus  heureuses  de 
sa  vie,  les  dix-huit  années  de  son  sé- 
jour à  Halle.  La  mort  de  deux  de  ses 
fils  vint,  sur  la  fin  de  sa  carrière, 
agraver  les  maux  dont  il  commençait 
à  souffrir;  il  y  succomba  le  9  dé- 
cembre 1798.  Kiirt-Sprengel,  profes- 
seur à  Halle ,  prononça  son  éloge  dans 
lequel  il  flatte  peut-être  un  peu  son  ca- 
ractère moral  j  mais  il  ne  dit ,  sur  ses 
vastes  connaissances  en  histoire  géné- 
xale  ,  en  géographie  physique  et  mo- 
rale, en  histoire  naturelle,  rien  que 
de  juste  et  d'exact.  Le  talent  de  bien 
observer ,  que  Forster  avait  eu  l'occa- 
sion de  mettre  en  pratique  ,  se  joignait 
chez  lui  à  une  lecture  immense  :  il 
savait  profiter  avec  succès  de  ce  double 
avantage;  et  en  lisant  ce  qu'il  a  écrit, 
on  voit  qu'il  connaissait  une  infinité  de 
faits ,  dont  l'homme,  qui  ne  puise  son 
instruction  que  dans  les  livres  ,  ne 
peut  avoir  même  une  idée  incomplète. 
En  histoire  naturelle,  il  avait  de  la 
prédilection  pour  les  vues  grandes  et 
géuér.des  :  son  auteur  favori  était  Buf- 
fon ,  qu'il  citait  comme  un  modèle  de 
style.  Iljouissait  de  l'amitié  decc  grand 
homme.  Il  avaitcntrctcnu  aussi  une  cor- 
respondance suivie  avec  Linné, dont  il 
fait  ressortir  le  grand  talent  pour  bien 
décrire  les  productions  de  la  nature. 
Il  savait  dix-sept  langues  mortes  et 
vivantes,  et  entre  autres,  le  copte  et  le 
samaritain.  Il  avait  la  répartie  vive  et 
des  saillies  heureuses^  mais  il  ne  sa- 


F  0  R  285 

vaif  pas  toujours  les  réprimer,  ni  ca- 
cher sa  ftiçon  de  penser ,  ce  qui  lui  fit 
beaucoup  d'ennemis,  notamment  en 
Angleterre.  Il  avait  été,  en  1775, 
reçu  docteur  en  droit  à  Oxford;  il 
était  membre  de  la  Société  des  Anti- 
quaires et  de  la  Société  royale  de 
Londres ,  et  de  beaucoup  d'autres 
compagnies.  On  a  de  lui  en  anglais  : 
I.  Introduction  à  la  minéralogie  ^ 
Londres,  1768,  in-8^  IL  Cata- 
lo^ue  d'insectes  anglais ,  Warring- 
ton ,  1770,  in-8\  III.  Catalogue 
des  animaux  de  V Amérique  an- 
glaise,  avec  des  instructions  suc- 
cintes  pour  rassembler ,  conserver  et 
transporter  toutes  sortes  de  curiosi- 
tés naturelles,  ibid.  1770,  in-S**. 
IV.  IVovœ  species  insectorum ,  centu- 
rialj  Londr.,  1771  ,in-8°.  W.Flora 
Americœ  septentrionalis  (  or  a  Cata- 
logue ofthe  plants  ofnorth  America), 
ibid.,  177 1 ,  in-8^  VL  Epislolœ  ad 
J.  D.  Michaëlis,  hujus  Spicilegium 
geographiœ  exterœ  jam  confirman- 
tes jamcastigantes  y  Gottingen,  1 772, 
in-4°.  VIL  Characieres  generum 
plantarum ,  quas  in  itinere  ad  insu- 
las  Maris  australis  colîegerunt,  des^ 
cripserunt,  delinearunt ,  annis  1772- 
1775  ,  J.E.  Forster  et  G.  Forster  y 
Gottingue,  1776,  in-4".,  traduit  en 
allemand  par  J.  S.  Kerner ,  ib. ,  1 776 , 
in- 4°.  C'est  le  premier  ouvrage  qui  ait 
été  composé  sur  les  productions  de  la 
nature  dans  ces  contrées  lointaines; 
il  contient  soixante-quinze  nouveaux 
genres  de  plantes.  VIIL  Observations 
faites  dans  un  voyage  autour  du 
monde,  sur  la  géographie  physique  ^ 
l'histoire  naturelle  et  la  philosophie 
morale ,  Londres,  1778,  in-4°-,  en 
anglais;  traduit  en  allemand  par  son 
fils  ,  Berlin,  1783,  grand  in-S'».;  en 
hollandais,  Haarlem ,  1788,  grand 
in-S**.  ;  en  suédois  ,  par  fragments  in* 
sérés  dans  la  Bibliothèque  historique , 


286  FOR 

en  1 785  ;  en  français ,  par  Pîngeron , 
formant  le  5".  vol.  de  Tédit.  française , 
in-4*'. ,  du  2^.  voyage  de  Cook.  Quand 
on  lit  l.i  relation  de  ce  voyage,  donnée 
par  Cook ,  et  qui ,  suivant  l'expression 
d'un  homme  bien  fait  pour  l'appre'- 
cier ,  est  un  modèle  de  simplicité  et  de 
précision  (  Voy.  Cook.  ),  l'on  est  loin 
de  regretter  qu'un  autre  écrivain  ne 
lui  ait  pas  prêté  sa  plume,  pour  faire 
connaître  cette  mémorable  expédition. 
Mais,  d'un  autre  coté,  quand  on  a 
étudié  les  observations  de  Forster,  on 
se  félicite  de  ce  qu'il  s'est  décidé  à  les 
communiquer  au  public.  Ce  livre  con- 
tienl  le  résumé  du  voyage.  L'auteur  en- 
visage d'abord ,  sous  plusieurs  points 
de  vue  généraux ,  les  objets  qui  font 
la  mniière  de  ses  observations,  et  qui 
sont  relatifs  à  la  géographie  physique, 
à  l'histoii  e  naturelle,  et  au  tableau  mo- 
ral des  îles  qu'il  a  vues  dans  le  cours 
de  sa  longue  navigation.  Il  passe  en- 
suite aux  détails ,  et  traite  ce  vaste 
sujet  avec  un  art  que  l'on  ne  peut  as- 
sez admirer.  On  doit  le  louer  de  ne 
jamais  succomber  à  la  tentation  de 
bâiir  des  systèmes  ;  il  se  contente  de 
présenter  le  résultat  des  faits  qu'il  ex- 
pose. Ou  peut  lui  reprocher  d'avoir 
trop  flatté  le  portrait  des  habitants  de 
Taïti  ;  cette  faute  est  bien  excusable. 
Tout  ce  qui  concerne  la  géographie 
physique,  est  du  plus  haut  intérêt. 
Ce  que  dit  Forster,  par  induction  des 
choses  qu'il  a  vues ,  sur  les  produc- 
tions nouvelles  dont  il  est  probable 
que  la  Nouvelle-Hollande  enrichira  le 
domaine  de  l'histoire  naturelle,  décèle 
sa  profonde  sagacité.  Son  livre  est  un 
des  plus  riches  en  idées  grandes  et 
neuves;  il  abonde  en  instructions  so- 
lides. L'auteur  s'y  montre  éclairé,  et 
pénétré  d'une  reconnaissance  reli- 
gieuse pour  le. souverain  auteur  de 
toutes  choses.  Quels  qu'aient  pu  être 
les  démêles  de  Forster  avec  Cook ,  il 


FOR 
n'en  existe  pas  la  moindre  trace  datis 
cet  ouvrage  :  le  nom  de  l'immortel 
navigateur  n'y  est  cité  qu'avec  les  ex- 
pressions de  l'attachement  et  de  l'ad- 
miration. IX.  Zoologiœ  Indicœ  ra-  l 
rioris  Spicilegium ,  avec  une  traduc-  * 
îion  en  allemand,  Halle,  1781,  in-foL  ; 
Londres,  1  790,  in-4°-  ;  2".  édition  , 
augmentée,  Halle,  1 795,in-fol.  X.  Ta- 
bleau de  V Angleterre  pour  Vannée 
1 780 ,  continué  par  Véditeur  jusqu'à 
Vannée  \  783,  1 784  ,  in-S".  :  l'auteur 
le  traduisit  en  allemand ,  Dessau  , 
1  784 ,  in-8°.  ;  on  y  trouve  le  portrait 
des  principaux  personnages  de  l'An- 
gleterre ,  à  l'époque  de  la  guerre  d'A- 
mérique. Ce  livre  est  trop  satirique , 
et  trop  souvent  l'animosilé  guide  la 
plume  de  l'auteur.  XL  Becueilde  mé- 
moires sur  Véconomie  domestique 
et  la  technologie  ,  Halle  ,  1 784  , 
108".,  en  allemand,  ainsi  que  les 
suivants  :  XII.  Histoire  des  décou- 
vertes et  des  voyages  jaits  dans  le 
Nord,  Francfort  sur  roder,  1784, 
gr.  in-8°.  ;  trad.  en  anglais ,  Londres , 
1786,  iu-4*'.;  trad.  en  français  ,  d'a- 
])rcs  la  version  anglaise,  par  Brous- 
sonnet,  Paris,  i788,in-8°.La  manière 
dont  ce  sujet  est  traité,  prouve  les 
vastes  connaissances  de  l'auteur.  Il 
présente  un  résumé  exact  de  tous  les 
voyages  entrepris  dans  les  mers  arc- 
tiques. S'il  y  a  des  omissions  et  quel- 
ques erreurs  dans  ce  livre,  c'est  que 
les  documents  relatifs  aux  faits  ou- 
bliés ou  inexacts ,  n'étaient  pas  con- 
nus quand  Forster  écrivit.  On  voit, 
par  cette  production,  ce  qu'd  eût  pu 
îaire,  si  les  circonstances  fâcheuses 
dans  lesquelles  il  se  trouvait  trop  sou- 
vent, ne  l'eussent  forcé  à  s'occuper  de 
travaux  plus  faciles.  XII 1.  Projet 
pour  détruire  la  mendicité  y  notam- 
ment dans  la  ville  de  Halle  ^  Halle  , 
178(),  in-8'.  XIV.  Enchiridion  his- 
toriœ   jiaturali   inscrviens  ,   ibid.  y 


FOR 

1788,  grand  in -8".  XV.  Magasin 
des  voyages  les  plus  récents  ,  tra- 
duits de  diverses  langues,  et  enrichis 
de  remarques,  Halle,   1790-1798, 
ï 6  volumes  in-8\   XVï.  Observa- 
tions et  vérités  jointes  k  quelques 
principes  qui  ont  acquis  un  haut  de- 
gré de  vraisemblance^  ou  Matériaux 
pour  un  nouvel  essai  sur  la  théorie 
de  la  terre,  Leipzig,  1798,  in-8\; 
petit  ouvrage  bon  à  e'tudier  par  ceux 
qui  s'occupent  de  géologie.  XVII.  Plu- 
sieurs petits  ouvrages  sur  l'histoire 
naturelle,  d'autres  relatifs  à  la  géogra- 
phie, et  destines  à  être  donnés  en 
ëlrennes  aux  enfants.  XVIII.  Divers 
raorceaux  dans  les  journaux  littéraires 
anglais  et  allemands,  et  des  Mémoires 
dans  les  recueils  des  socie'tës  savantes 
dont  il  était  membre.  Tous  annoncent 
un  homme  profondément  instruit ,  et 
doué  d'une  grande  sagacité.  Ou  re- 
marque dans  le  nombre  de  ces  mé- 
moires sa  dissertation  de  Bysso  an- 
tiquorum,  imprimée  séparément,  Lon- 
dres, 1775,  in-80.  XIX.  Des  traduc- 
tions de  voyages  et  de  livres  sur  l'his- 
toire naturelle ,  l'économie  rurale ,  la 
géographie  ,  etc.  Il  y  ajoutait  toujours 
des  notes  et  des  suppléments,  qui  fai- 
saient preuve  de  ses  connaissances. 
Il  suffit  de  citer  la  Zoologia  indica , 
Halle,  1781,  1795,  iu-fol.  Il  com- 
posa aussi  les  préfaces  de  plusieurs 
ouvrages.  Il  eut  part  à  la  publication 
des  trois  premiers  volumes  de  l'ou- 
vrage allemand,  intitulé  :  Essais  sur 
la  géographie  morale  et  physique , 
Leipzig,  1781,1 783.  Mathias  Spren- 
gel,  professeur  à  Halle,  son  gendre 
et  sou  collaborateur ,  continua  seul  ce 
recueil.  Meusel  a ,  dans  son  Catalogue 
des  écrivains  décédés ,  donné  une  liste 
détaillée  des  productions  de  Forster. 
Une  baie  de  la  terre  de  Sandwich  porte 
son  nom.  Linné  fils  a  dédié  aux  deux 
Forster,  père  et  fils,  sous  le  nom  de 


FOR  287 

forstera  une  petite  plante  de  la  fa- 
mille des  caprifoliacées,  dont  la  seule 
espèce  connue  jusqu'à  ce  jour  croît 
sur  le  sommet  des  moutagnes  de  la 
Nouvelle-Zélande.  E-^s. 

F  OR  S  TE  a  (  Jean  -  George. 
Adam),  fils  du  précédent,  naquit  ea 
1754  à  Nassenhnbem,  près  de  Dant- 
zig.  A  l'âge  de  onze  ans  il  suivit  son 
père  en  Russie;  et  lorsqu'ils  revin- 
rent tous  deux  de  Saratof  à  St.  Pé- 
tersbourg ,  il  continua ,  à  l'ure  des 
écoles  de  cette  ville,  les  études  qu'il 
avait  commencées  sous  la  direction 
paternelle.  A  Londres  il  fut  d'abord 
commis  chez  un  marchand.  Ses  oc- 
cupations dans  le  comptoir  n'étaient 
pas  proportionnées  à  ses  forces  ;  il 
tomba  malade.  A  peine  guéri ,  il  re- 
nonça aux  occupations  mercantiles, 
alla  rejoindre  son  père  à  Warring- 
ton  ,  poursuivit  ses  éludes  avec  suc- 
cès ,  traduisit  divers  ouvrages  en  an- 
glais, et  donna  dans  une  école  voi- 
sine des  leçons  d'allemand  et  de  fran- 
çais. Son  père,  comme  on  l'a  vu  plus 
haut,  le  prit  avec  lui  da:is  son  voyage 
autour  du  Monde  avec  Cook,  de 
1772  à  1775.  Forster  quitta  Lon- 
dres en  1777  pour  Paris  ,  où  il  avait 
envie  de  se  fixer  :  il  ne  séjourna  pour- 
tant pas  très  long-temps  dans  celte 
ville;  il  alla  en  Hollande,  et  prit  la 
roule  de  Berlin.  11  traversait  Gassel 
lorsque  le  landgrave  de  Hesse  lui  of- 
frit une  chaire  de  professeur  d'his- 
toire naturelle,  qu'il  occupa  jusqu'au 
moment  où  en  1784  le  roi  de  Pologne 
lui  en  Ol  accepter  une  à  l'université 
deWilna,où  il  fut  promu  au  grade 
de  docteur  en  médecine.  Catherine  II , 
jalouse  de  toute  espèce  de  gloire, 
avait  voulu  en  1787  faire  exécuter 
une  expédition  autour  du  Monde  ,  et 
avait  nommé  Forsler  historiographe 
de  cette  entreprise.  La  guerre  avec  les 
Turks  fil  échouer  ce  noble  dessein  ^ 


aas 


FOR 


cl  Forsfer  ,  qui  ne  pouvait  rester  oi- 
sif, alla  en  Allemagne  ,  où  il  acquit 
une  nouvelle  icputation  par  la  pu- 
l)lication  de  plusieurs  Mémoires  sur 
rhisloire  naturelle  et  la  littdralure. 
L'électeur  de  Maïence  le  choisit  pour 
son  premier  bibliothécaire.  Il  rem- 
plissait cet  emploi  avec  distinction, 
qu'ind  les  Français  s'emparèrent  de 
Maïence  en  179'i.  Alors  Forsier, 
qui  avait  embrassé  avec  ardeur  les 
principes  de  la  révolution  française  , 
lut  choisi  par  les  Maïençais  formés 
en  convention  nationale,  pour  aller  à 
Paris  demander  leur  réunion  à  la 
république.  Il  était  encore  dans  la 
capitale  de  la  France  lorsque  les  Prus- 
siens reprirent  Maïence  ;  ce  qui  lui 
fit  perdre ,  et  tout  ce  qu'il  possédait , 
rt  ses  manuscrits,  qui  tombèrent  dans 
les  mains  du*  prince  de  Prusse.  Il 
éprouva  bientôt  de  nouveaux  cha- 
grins. Une  femme  qu'il  aimait  à  l'ado- 
ration lui  fut  infidèle.  Toutes  ces  con- 
trariétés lui  inspirèrent  la  res"lution 
de  quitter  l'Europe,  et  d'entreprendre 
un  voyage  à  l'indostan  et  au  Tibet.  Il 
commença  en  conséquence  l'élude  des 
langues  oricnta'es;  mais  sa  santé  était 
trop  altérée  par  les  secousses  qu'il 
avait  éprouvées:  il  mourut  à  Paris  le  r  1 
janvier  i  •j94-  On  a  de  lui  :  I.  Foyage 
autour  du  Monde  sur  le  vaisseau 
la  Résolution ,  commandé  par  le  ca- 
pitaine Cook,  dans  les  années  ij'j'2- 
i']']5  ,  Londres,  1777,  2  vol.  in- 
4". (en anglais.)  H  le  traduisit  en  al- 
lemand de  concert  avec  son  père,  et 
y  fil  diverses  additions,  Berlin,  1 779- 
1780,  2  vol.  in-4°.;  ibid.,  17B4, 
3  vol.  in-8".  Cette  seconde  édition 
fait  aussi  partie  de  différents  recueils 
de  voyages  publiés  en  allemand.  Il 
s'en  trouve  un  extrait  dans  les 
tomes  XXï  et  XXII  des  Relations  de 
voyages  les  meilleures  et  les  plus  ré- 
ceulcs.  On  en  a  inscié  des  passages 


FOR 

dans  la  traduction  française  du  se- 
cond voyage  de  Cook.  Eu  comparant 
celte  relation  avec  celle  de  Cook  ,  on 
voit  qu'elle  contient  quelques  obser- 
vations que  l'ou  chercherait  vaine- 
ment dans  la  narration  de  ce  célèbre 
navigateur  ,  mais  qui  ne  consistent 
la  plupart  qu'en  élans  de  sentimenta- 
lité et  en  éloges  de  vertus  dont  l'ha- 
bitude nous  est  étrangère  ,  et  dont 
le  fond  n'est  pas  toujours  bien  pur. 
Ces  déclamations  feraient  plus  d'im- 
pression sur  l^esprit  de  beaucoup  de 
lecteurs,  si  elles  ne  revenaient  pas  si 
souvent,  et  si  elles  n'étaient  pas  gé- 
néralement accompagnées  d'allusions 
amères  dirigées  contre  h  s  vices  des 
Européens,  et  même  des  compagnons 
de  voyage  de  l'auteur.  Ces  défauts  sont 
plus  fréquents  dans  le  P""".  volume 
que  dans  le  second ,  qui  est  meilleur 
à  tous  égards.  Forsier  peint  avec  des 
couleurs  plus  vives  que  Cook  les  as- 
pects gracieux  ou  horribles  des  con- 
trées lointaines.  Les  deux  relations 
ne  différent  d'ailleurs  que  dans  des 
détails  peu  importants,  et  s'accordent 
sur  tout  le  reste.  La  carte  de  Forster 
n'est  qu'une  copie  de  celle  de  Cook. 
11  ne  s'étend  pas  toujours  suffisam- 
ment sur  les  objets  d'histoire  natu- 
relle entièrement  neufe ,  et  tombe  dans 
l'excès  opposé  poiu'  ceux  qui  ne  sont 
pas  étrangers  à  l'Europe.  Les  sorties 
de  Forster  contre  ses  compagnons  de 
voyage  engigèrenl  M.  Wales,  astro- 
nome de  l'expédition  ,  à  répondre  par 
le  livre  intitulé  :  Remarques  sur  la 
relation  du  dernier  voyage  du  ca- 
pitaine Cook  autour  du  Monde 
par  Forster  (  Foy.  Wales  ).  Forster 
le  père  est  principalement  attaquédâns 
cet  écrit,  auquel  le  fils  répondit  par 
celui-ci  :  II.  Èéplique  aux  remarques 
de  M,  fVales  sur  la  relation  du 
dernier  voyage  de  Cook,  publiée 
par 'M,  Forsier j  Londres,   1778., 


FOR 
1  vol.  in-8".  Considérée  comme  e'crit 
polémique,  cette  réplique  fait  beau- 
coup d'honneur  à  Forster  ,  qui  élait 
alors  encore  très  jeune.  Il  y  prend 
à  son  tour  le  rôle  d'agresseur  :  ce- 
pendant il  se  justifie  sur-  plusieurs 
points,  proleste  que  son  père  n'a  eu 
aucune  part  à  la  composition  de  son 
ouvrage,  convient  de  plusieurs  er- 
reurs qu'il  a  commises  ,  revient  sur 
plusieurs  jugements  trop  sévères  ,  et 
avoue  des  contradictions  dans  son 
récit.  III.  Lettre  au  très  honorable 
comte  de  Sandwich,  Londres  ,  1 7  79, 
1  vol.  in-4".  IV.  Réponse  aux  au- 
teurs des  annonces  littéraires  de 
Goettingen ,  Goltingen  ,  177B,  i 
vol.  in-i)\,  en  allemand.  Il  y  parle 
avec  beaucoup  d'animosilé,  rend  ce- 
pendant hommage  sur  plusieurs  points 
à  la  critique  dont  il  se  plaint,  et  il 
avoue  quelques  inexactitudes  semées 
dans  sa  relation.  Mciners,  auteur  de 
l'article  auquel  l'écrivain  répond  ,  si- 
gna le  compte  qu'il  rendit  de  cette 
brochure,  et  protesta  que  Forster  pou- 
vait se  regarder  comme  le  maître  du 
champ  de  bataille,  car  on  le  lui  aban- 
donnait :  c'est  de  ce  journd  litté- 
raire que  tout  le  détail  relatif  à  la  re- 
lation de  Forster  a  été  tiré.  V.  J^ie 
du  docteur  Guillaume  Dodd,  ci- 
devant  prédicateur  de  la  cour  à 
Londres^  Berlin,  1779»  in  -  8°. 
VI.  Florulœ  insularum  anstralium 
Prodromus  ,  Gôttingen,  1786,  un 
vol.  in  -  8'.  VII.  Mélanges^  ou  Es- 
sais sur  la  géographie  morale  et  na- 
turelle, ïhistoire  naturelle  et  la 
philosophie  usuelle,  Leipzi'jj  et  Ber- 
lin, 1789-1797  ,  6  vol.  in-8°.,  en 
allemand.  Les  deux  derniers  volumes 
portent  aussi  le  titte  d'Ecrits  politi- 
ques de  J.  Forster,  et  ont  été  pu- 
bliés par  Huber  après  la  mort  de 
l'auteur.  VIII.  Tableaux  de  la  par- 
tie inférieure  du  RlUn,  duBrabant, 

XT. 


FOR  ûSo 

de  la  Flandre,  de  la  Hollande,  da 
V Angleterre j  de  la  France,  piis 
dans  les  mois  d'avril,  de  mai  et  de 
juin  1790,  Berlin  ,  1791-»  791  ,  5 
vol.  in-S".  Huber  fit  paraître  le  der- 
nier volume,  auquel  il  ajouta  une  noti- 
ce sur  l'auteur  :  ils  ont  été  traduits  en 
hollandais,  Harlem,  1792  -  1793, 
grand  in  -8'\j  et  en  français  stuis  ce 
titre  :  Voyage  philosophique  et  pit- 
toresque sur  les  rives  du  Rhin,  à 
Liège,  dans  la  Flandre,  le  Bra^ 
haut,  la  Hollande  ,  fait  en  1790, 
Paris,  I  795,  î  vol.  in -8'.  ;  et  Voyage 
philosophique  et  pittoresque  en  An- 
gleterre, suivi  d'un  Essai  sur  l'his- 
toire des  arts  dans  la  Grande-Bre- 
tagne ,Vavh ,  an  IV  (1796),  I  vol.  in- 
.8'.  fig.  Ce  livre  atteste  que  l'auteur  joi- 
gnait à  beaucoup  d'instruction  un  es- 
prit vif  et  origia;il.  On  regrette  qu'il  se 
soit  abandonné  trop  souvent  à  la  ma- 
nie de  faire  du  sentiment ,  et,  dans  la 
partie  qui  concerne  l'Angleterre,  à  des 
accès  de  mauvaise  humeur  contre  les 
liabitants  de  cette  île.  Au  reste  o?i  au- 
rait tort  de  juger  cet  ouvrage  sur  la 
traduction  française ,  d'après  laquelle 
on  pourrait  croire,  par  exemple,  que 
Forster,  en  parlant  des  basaltes  que 
l'on  trouve  sur  les  rives  du  Rhin , 
place  la  Transsylvanie  vers  les  bords 
de  ce  fleuve.  L'erreur  vient  de  ce  que 
le  nom  de  cette  province,  en  allemand 
Siebenhûrgen ,  ressemble  beaucoup  ii 
celui  de  Siehenbergen  ,  désignant 
les  sept  montagnes  situées  sur  la 
rive  droite  du  Rhin  à  la  vue  de  Co- 
logne. IX.  Souvenirs  de  l'année 
I  790  j  Tableaux  historiques  ,  avec 
figures  de  Ghodowiecki  et  autres  des- 
sinateurs célèbns,  B  rlin,  1  793,  un 
vol.  in- 8**.  X.  Plusieurs  Pamphlets 
politiques  relatifs  à  M^iïcnc;;  ,  et- 
d'autres  brochures  en  allemand.  XL 
Divers  Mémoires  et  Programmes  sur 
l'histoire   naturelle;  publiés  séparé- 

»9 


29»  FOR 

ment  ou  dans  des  recueils  de  sociéte's 
savantes.  XII.  Plusieurs  Morceaux 
dans  les  joiunaux  littéraires  anglais 
et  allemands.  XHI.  Magasin  de 
GoeUingen^  concernant  les  arts  et 
la  littérature^  journal  publie  en  alle- 
mand ,  en  société  avec  Lichtenberg , 
pendant  trois  ans,G6ttingen,  1780- 
1782.  XIV.  Un  grand  nombre  de 
Traductions  en  allemand  de  voyages 
et  de  divers  autres  ouvrages  écrits 
en  anglais  et  en  français.  Il  a  aidé 
son  père  dans  quelques-uns  de  ses 
nombreux  travaux.  Le  dictionnaire 
donné  par  Meuscl  contient  une  liste 
très  détaillée  de  tout  ce  que  Forsler  a 
publié:  il  eut  part  à  la  Collection  de 
voyages  publiée  par  Sprengel.  Son 
père ,  que  sa  conduite  durant  les  der- 
nières années  de  sa  vie ,  et  ensuite  sa 
mort,  navrèrent  de  douleur,  publia 
sur  ce  fils  si  regretté  une  Notice  in- 
sérée dans  les  Annales  de  la  philoso- 
pliie  de  Jacobi.  E — s. 

FOUSTER  (George  ) ,  voyageur, 
employé  civil  au  service  de  la  com- 
pagnie des  Indes  orientales ,  ne  nous 
est  connu  que  par  l'intéressante  re- 
lation de  son  audacieux  voyage ,  qui 
nous  a  procuré  des  renseignements 
positifs  sur  une  partie  de  l'Asie  à  peu 
près  inaccessible  aux  Européens.  Ce 
fut  en  l'jS'i  que  Forster,  alors  dans 
l'Inde,  conçut  (  sans  doute  à  la  solli- 
citation de  quelques-uns  des  chefs  de 
la  Compagnie)  le  projet  de  revenir 
en  Europe  par  le  nord  de  l'Inde  et  de 
la  Perse.  Il  prévoyait  bien  les  difficul- 
tés qu'il  aurait  à  surmonter,  les  périls 
et  les  fatigues  qui  l'attendaient;  mais 
la  nouveauté  de  l'entreprise  le  fortifia 
dans  sa  résolution,  et  il  partit  de  Cal- 
cutta le  20  mai  1-582.  Sa  propre 
sûreté  exigeait  qu'il  évitât  le  pays  des 
Seyks ,  c'est-à-dire  le  Lâhor  :  il  tra- 
versa donc  le  Gange  et  le  Djemnah 
diius  les  montagnes,  et  se  rendit  au 


FOR 

Kachmyr,  parla  route  de Djombo.  La 
curiosité  seule  le  détermina  vraisembla- 
blement à  visiter  cette  contrée  célèbre 
dans  les  annales  sacrées  des  Hindous, 
et  dans  l'histoire  des  moeurs  asiatiques 
et  européennes  ;  car  elle  ne  se  trouvait 
pas  sur  la  roule  que  devait  suivre  ce 
voyageur.  Il  traversa  ensuite  l'Indus, 
à  vmgt  milles  au-dessus  d'Attok ,  pour 
se  rendre  à  Kaboul,  capitale  du  pays 
de  Tymoùr-Châh ,  roi  duCandahâr, 
et  plus  généralement  connu  sous  le 
nom  de  pays  des  A'bdally.  11  avait  l'in- 
tention de  poursuivre  sa  route  au  tra- 
vers de  la  Bhoukharie  (  ou  Tran- 
soxiane  )  j  mais ,  ayant  réfléchi  sur 
les  dangers  de  toute  espèce  qui  l'at- 
tendaient, il  prit  le  chemin  ordi- 
naire des  caravanes  par  Candahâr. 
De  cette  ville  il  n'eut  qu'à  suivre 
une  ligne  droite  par  Herât  jusqu'à 
l'extrémité  méridionale  de  la  mer 
Caspienne,  en  traversant  le  Seïstân , 
leKhorâçân  et  le  Mâzandérân.On  voit 
que  G.  Forster  (  sans  que  l'on  pré- 
tende pousser  la  comparaison  ti'op 
loin  ) ,  a  suivi  en  grande  partie  la 
même  route  qu'Alexandre  poursui- 
vant Bessus.  Pour  se  rendre  de 
Aoude,  alors  la  dernière  station  des 
Anglais  dans  l'Inde,  jusqu'à  la  mer 
Caspienne ,  il  fut  à  peu  près  un 
an ,  et  parcourut  neuf  cents  lieues. 
Il  fallut,  pendant  tout  ce  temps , 
abandonner  sa  manière  de  vivre  ordi- 
naire, et  être  privé  des  aisances  donl 
jouissent  les  gens  de  la  dernière  classe 
du  peuple  en  Europe;  dormir  en  plein 
air,  exposé  à  la  pluie  et  à  la  neige  ;  se 
contenter  de  la  nourriture  et  de  la  cui- 
sine du  pays  011  il  se  trouvait.  Le 
voyage  était  de  trop  long  cours  pour 
permettre  de  se  charger  de  ce  qui 
pouvait  contribuer  à  eu  adoucir  les  fa- 
tigues :  un  pareil  bagage  n'aurait  servi 
qu'à  compromettre  la  sûreté  du  voya- 
geur européen,  déguisé  sous  le  costumû 


orientai ,  et  obligé  de  parcourir  une 
immense  étendue  de  pays  musulman , 
dont  les  habitants  haïssent  les  Infi- 
dèles ,  autant  par  fanatisme  que  par 
jalousie*  La  découverte  de  son  secret 
lui  aurait  immanquablement  coûté  la 
vie  ;  et  pour  le  garder,  il  fallait  conti- 
nuellement se  tenir  en  garde  contre 
ses  compagnons  de  voyage,  et  surtout 
être  bien  familier  avec  les  pratiques 
religieuses,  I<*s  usages  et  les  langues  des 
pays  qu'il  parcourait.  Nous  avouons, 
à  regret,  que  c'est  Je  seul  genre  de 
connaissances  que  possédât  G.  Fors- 
ter;  il  manquait  malheureusement  de 
celles  qui  auraient  pu  rendre  beau- 
coup plus  instructive  la  relation  de  son 
voyage,  au  reste  très  utile  et  très  in- 
téressante. H  paraît  cependant  avoir 
fait  une  étude  particulière  de  la  théo- 
logie indienne;  car  peu  de  temps  après 
son  retour  en  Angleterre,  il  publia 
une  brochure  in-8°.  qui  eut  un  grand 
succès,  intitulée  :  Sketches ,  etc.  ( Es- 
sais sur  la  mythologie  et  les  mœurs 
des  Hindous),  Londres,  1785.  II  a 
refondu  ensuite  cet  ouvrage  daus  les 
î2^.  et  3^  lettres  de  son  Voyage.  11  ne 
tarda  pas  à  retourner  dans  l'Inde;  car 
c'est  à  Calcutta  qu'il  publia  le  i*"".  vo- 
lume de  sa  relation,  en  1 790 ,  in-4"., 
sous  ce  titre  :  A  journeyfrom  Ben- 
gal  to  Englandj  etc.  Il  préparait  le 
second  volume;  mais  la  mort  l'empc- 
cha  de  le  publier.  Au  commencement 
de  l'avant-dernière  guerre  des  Anglais 
contre  Typoù  Sulthân ,  il  fut  envoyé 
en  ambassade  à  la  cour  des  Mahraltes 
orientaux,  à  Nagpour  dans  le  Bérâr  : 
il  mourut  peu  de  temps  après  être 
arrivé  dans  cette  ville  du  Dekehan  , 
en  1 792.  Il  n'y  a  donc  point  de  raison 
pour  douter  que  le  second  volume  n'ait 
été  rédigé  d'après  les  matériaux  trou- 
vés dans  ses  papiers.  C'est  l'opinion 
des  rédacteurs  du  Monthly  Review , 
^ue  nous  prenQDs  ici  pour  guides. 


fOR  291 

Quelle  main  a  recueilli  ces  papiers? 
Comment  ont-ils  passé  en  Angleterre? 
A  qui  la  dernière  rédaction  ^t  la  publi- 
cation en  ont-elles  été  confiées  ?  C'est 
ce  que  nous  ignorons  ;  et  il  est  fâcheux 
surtout  que  le  libraire  Faulder,  qui 
a  réimprimé  le  \^\  volume,  et  publié 
le  2^.  en  1 798 ,  a'ait  pas  confié  le  soin 
de  cette  édition  à  un  homme  de  lettres 
capable  de  corriger  soigneusement  les 
épreuves ,  et  de  donner  quelques  ren- 
seignements sur  l'autaur  et  sur  son 
ouvrage.  Cette  édition  ne  contient,  ni 
préface,  ni  même  avis  de  libraire;  de 
manière  que  l'on  ne  sait  à  qui  attribuer 
quelques  notes  qui  ne  portent  aucune 
signature.   Deux  notices   historiques 
sur  deux  nations  de  l'Inde  peu  con- 
nues, les  Seyks    et  les   Rohyllahs, 
terminent  le  1^,  volume  :  les  Seyks 
méritent  surtout  une  attention  toute 
particulière,  puisqu'ils  forment  à  la 
fois  une  secte  religieuse  composée  de 
brahmanisme   et  de  musulmanisme, 
et  une  nation  guerrière ,  établie  dans 
le  Pendjab ,  laquelle  peut  mettre  en 
campagne  plus  de  cent  mille  cavaliers. 
Nous  en  avons  dit  assez  pour  prou- 
ver que  l'ouvrage  deForster  est  aussi 
curieux  qu'instructif  sous   le  double 
point  de  vue  géographique  et  histo- 
rique :  il  n'est  donc  pas  étonnant  que 
les  Allemands  se  soient  empressés  de 
le  traduire.  Le  savant  professeur  de 
philosophie  de    l'académie  de  Gô!« 
tingue ,  M.  Meiners,  publia  la  traduc- 
tion du  premier  volume  à  Zurich,  en 
1 796,  d'après  l'édition  de  Calcutta ,  et 
celle  du  2'.  en  1800.  Une  traduction 
française  du  premier  volume  parut 
aussi  en  1796,  sans  nom  d'auteur; 
il  y  a  tout  lieu  de  croire  qu'elle  a  é'é 
faite  sur  l'édition  allemande.  Celte  ea-» 
treprise   n'ayant    pas  été    continuée 
quand  le  second  volume  parut  en  an- 
glais et  en  allemand,  l'auteur  de  cet 
article  se  détermina  d'autant  plus  va 

19.. 


2g2  F  Ô  K 

lontiers  h  traduire  Toiivrasie  en  entier, 
qu'un  gr.Hid  nombre  de  passages 
avaient  besoin  d'é*  laircissemenls  et 
de  reclifu  ations.  Outre  des  notes  qni 
forment  une  espèce  de  commentaire 
perpetu»'! ,  il  y  a  ajoute  une  Notice 
chronologique  des  Khans  de  Crimée^ 
depuis  DJengUNZ-Khân  jusqu'à  l'ex- 
tinction de  cet  empire  en  i  -^83  :  cette 
Notice  j  composée  d'après  les  anteurs 
arabes,  turks  et  persans,  et  d'après 
les  correspondances  diplomatiques  du 
ministère  des  relaMonS  extérieures  , 
remplit  une  lacune  assez  importante 
dans  l'histoire  de  l'Orient  ;elle  termine 
le  3'".  volume  de  cette  traduction ,  pu- 
bliée à  Paris  en  1802,  sous  le  tilre 
de  P'oyage  du  Bengale  à  Saint- 
Pétersbourg  ,  à  traders  les  provin- 
ces septentrionales  de  VInde,  le 
Kachmyr^  la  Perse,  sur  la  mer 
Caspienne,  etc.,  suivi  de  V histoire 
des  Rohyllahs  ,  et  de  celle  ries 
Sejks ,  par  feu  George  For  s  ter , 
traduit  de  Vans(lais ,  avec  des  addi- 
tions ,  etc. ,  3  vol.  in-8'\ ,  avec  deux 
cartes  géographiques ,  l'une  contenant 
l'itinéraire  de  Forster ,  l'aufrc  le  pays 
de  Kachmyr  ;  cette  dernière  carte 
fait  partie  des  addiùous  du  traducteur: 
l'original  qui  a  été dessinedaus l'Inde, 
se  trouve  dans  un  manuscrit  de  la 
bibliothèque  du  roi.  Elle  est  sur  une 
plus  grande  échelle,  et  contient  beau- 
coup plus  de  positions  que  celle  qui 
accompai^ne  la  relation  de  Bernier, 
le  premier  et  même  le  seul  voyageur 
qui,  av.int  Forster,  ait  visite  et  décHt 
le  Paradis  terrestre  de  VHindoustdn. 
L— s. 
FORSTNFR  (Chrtstopue),  ha- 
bile jurisconsulte,  né  dans  un  village 
du  VViirtembcrg  en  i  r)g8 ,  commença 
ses  éludes  à  Tubingiie,  et  se  rendit 
ensuite  à  Vienne,  ou  il  suivit  les  cours 
de  l'université  pendant  trois  années. 
Quelque  teinpi»  aprè»,  il  passa  eu 


FOR 

Italie,  dont  il  visita  les  principales 
villes,  recevant  partout  des  marques 
de  l'estime  qu'inspiraient  ses  talents. 
Pendant  son  séjour  à  Venise,  il  eut 
l'honneur  de  haranguer  Jean  Cor- 
naro ,  au  sujet  de  son  élection  ;  et  le 
nouveau  doge  ,  en  récompense  du 
plaisir  que  lui  avait  fait  éprouver  son 
discours ,  bu  accorda  la  décoration  de 
l'ordre  de  Saint-Marc.  Forstner  visita 
aussi  la  France;  mais  les  troubles  qui 
la  désolaient  à  celte  époque  ne  lui 
permirent  pas  d'y  trouver  les  mêmes 
agréments  qu'en  Italie.  De  retour  dans 
sa  patrie,  où  il  avait  été  précédé  par 
sa  réputation  ,  le  comte  de  Hohenlohe 
le  nomma  son  conseiller  intime,  et 
Forstner  assista  en  cette  qualité  à 
la  diète  de  Ratisbrmne.  Il  fut  ensuite 
nommé  par  le  duc  d"  Wiirtemberg, 
vice-chancelier,  et  enfin  chancelier 
du  comté  de  Montbéliard ,  place 
qu'il  remplit  d'une  manière  très-dis- 
tinguée jusqu'à  sa  mort,  arrivée  le 
28  décembre  1667.  Forstner,  dans 
sa  vieillesse ,  avait  demandé  la  per- 
mission de  se  retirer  de  la  cour; 
mais  il  ne  put  Jamais  l'obtenir  ,  parce 
qu'on  sentait  l'utilité  de  ses  con- 
seils. Ce  fut  surtout  durant  les  né- 
gociations'de  Munster,  qu'il  montra 
cette  prudence,  ce  discernement,  cette 
connaissance  des  différents  intérêts  des 
princes  de  l'Allemagne  qui  lui  ont  mé- 
rité la  réputation  d'un  habile  politi- 
que et  d'un  sage  administrateur.  Ou 
a  de  lui  :  I.  Hypomnemalum  poli- 
ticorum  centuria ,  Strasbourg,  1625 
et  i65o,  in- 12.  Il  n'avait  que  dix- 
neuf  ans  lorsqu'il  composa  cet  ou- 
vrage ;  atissi  Khfeker  lui  a  accordé 
une  place  dans  sa  Biblioth.  erU" 
ditorum  prœcocium.  11.  Epistola 
de  negotio  pacis  Osnahrngensis  , 
Mentbéliord,  \(\\(y;  2.  édil.  aug- 
mentée, ibid.  i656.  in- 12.  m.  De 
principatu  Tibeni,  IV.   NoUe  ad 


FOR 
libros  annalium  Taciti,  Francfort, 
i66'2,  in-12;  Lyon,  i6f)5,  in  1-2. 
Ces  notes,  dans  le  genre  de  celles 
d'Amelot  de  la  Houssaye,  ont  l'avan- 
tage d'être  plus  courtes;  mais  elles  ne 
sont  pas  toujours  rédigées  avec  assez 
d'ordre  ni  de  clarté'.  V.  Epistolaapo- 
logetica  ad  amicum  contra  secreti 
temeratores.  VI.  Epistola  de  mo- 
derno  imperii  slatu.Wl.Jvan  U'rich 
Murrer  lui  attribue  encore  Diseur- 
sus  de  nominihus  Arginidœis ,  im- 
primes à  la  suite  de  XArgenis  de 
liarclay.  Schelhorn  a  publié,  dans  le 
14^.  vol.  des  Amœnitaies  liltera- 
riœ  (p.  5oi  à  5~>5;,  deux  lettres 
inédites  de  Forstner  :  la  première , 
adressée  à  Math.  Bernegger,  contient 
des  détails  très  intéressants  sur  les 
guerres  qui  désolèrent,  en  i656  et 
1657  ,  le  comté  de  Montbéliard  et 
les  provinces  voisines.  Henri  Boeder 
a  publié  l'éloge  de  Forstner,  en  latin, 
dans  les  Mém.  philos.  DeVad.  Vlll, 
p.  498.  VV— s. 

FOUSYTH  (Guillaume),  jardi- 
nier distingué,  naquit  en  Ecosse  à 
Old-Mcldrura,  dans  le  comte  d'Abtr- 
déen ,  en  i  737.  Initié  de  bonn<  heure 
à  la  pratique  du  jardinage ,  occupa- 
tion favorite  de  sa  patrie,  il  vint  à 
Londres  en  i  763  ,  et  peu  après  de- 
vint disciple  du  célèbre  Miller  ,  jardi- 
nier du  jardin  des  apothicaires  à  Ghel- 
sea  ,  à  qui  il  succéda  en  1 77  1 .  Il  exer- 
ça cet  emploi  jusqu'en  17^4  que  le 
roi  le  nomma  surintendant  de  ses  jar- 
dins royaux  de  Kensington  et  de  St- 
Jamcs,  Il  mourut  le  25  juillet  1804. 
11  avait,  dès  1  7S6,  donné  une  atten- 
tion particulière  à  la  cuUurc  des  ar- 
bres forestiers  et  des  arbres  à  fruit , 
et  s'était  spécialement  occupé  de  dé- 
couvrir une  composition  qui  put  re- 
médier aux  maladies  et  aux  accidents 
auxquels  ces  végétaux  sont  sujets. 
^|)rç8  4es  essais  répétés  ;  il   réussit 


FOR  295 

à  en  préparer  une  qui  répondît  par- 
faitement à  ses  désirs.  Le  succès  de 
ses  expériences  fixa  les  regards  des 
commissaires  du  revenu  territorial  ;  et 
à  leur  recommandation,  un  comité 
des  deux  chambres  du  parlement  fut 
nommé  pour  f.iire  un  rapport  sur  le 
mérite  de  la  découverte  de  Forsyth.  L« 
résultat,  de  l'examen  convainquit  les 
commissaires  de  l'utilité  de  la  recette; 
et  en  conséquence  la  chambre  des 
communes  vota  une  adresse  au  roi , 
pour  le  supplier  d'accorder  une  ré- 
compense à  Forsyth  ,  pour  qu'il  fît 
connaître  au  public  le  secret  de  sa 
composition  j  ce  qui  eut  lieu,  On  a  de 
Forsyth,  en  an  Jais  :  I.  Observations 
sur  les  maladies  ,  les  défauts  et  les 
accidents  auxquels  les  arbres  à  fruit 
et  les  arbres  forestiers  sont  sujets , 
Londres ,  i  •^qi ,  i  vol.  m-8".  Il  ajouta 
à  cet  ouvrage  toute  sa  correspondance 
avec  les  commissaires  du  revenu, 
IL  Traité  de  la  culture  des  arbres 
fruitiers  Londres,  1802,  in-4°.; 
traduit  en  franc  us,  avec  des  notes, 
par  Pictet-Mallet ,  Genève  cl  Paris , 
i8o5,in-8  .Ce  livre,  qui  contient  le 
re'Milat  de  tous  ses  travaux,  a  été  jus- 
tement apprécié  [)ar  le  public ,  et  a  eu 
trois  éditioîis  en  peu  de  temps.  For- 
syth était  membre  de  la  société  des 
antiquaires,  de  la  société  linnéinne, 
et  d  autres  corps  savants.  Il  se  distin- 
guait par  son  caractère  obligeant  ;  et 
quoique  connu  pour  un  des  premiers 
de  sa  profi  ssion ,  il  avait  Ja  défiance 
et  la  modestie  compagnes  ordinaires 
du  mérite  réel  et  du  savoir.     E — s. 

FORT  (  Le  ).  roj,  Lefort. 

FORTE  ou  FORTIOC  Angp  ) exer- 
çait la  médecine  à  Venise  au  cnmmen- 
ceraent  du  seizième  siècle.  Il  était  fort 
entiché  d'astrologie,  cl  en  dissension 
ouverte  avec  le  collège  des  m©  decins 
de  cette  ville.  Il  se  donnait  lui  mêmo^ 
Içs  titres  de  médecin  lauréat  j^^'inn&s 


294  FOU 

tigaleur  de  la  nature ,  e  délia  sicura 
dottrina  del  medicare  primo  inven- 
tore.  C'est  plus  qu'il  n'en  faut  pour 
faire  apprécier  son  méiite.  On  a  de 
lui,  entre  autres  ouvrages:!.  Opéra 
nuova  ove  si  contengono  quatro  dia- 
loghi  ,Yenise ,  1 532  ,  in-8''.  II.  Dia- 
logo  nominato  Specchio  de  la  vita 
umana,  in  oui  si   ragiona  delVin- 

Jluenza  celesti  nelle  malade  correnti 
délia  squinancia  ,  délia  pontura^  e 
délie  febre ,  Venise,  i535,  in-S". 
m.  //  trattato  de  la  peste  dove  si 

fa  conoscere  l^essersuo,  etc.  Venise, 
1 556 ,  in-S".  IV.  De  mirabilibus  hu- 
jnanœ  vitœ  naturalia  fundamenta , 
Venise ,  1 543,  1 555  ,  in-8".  V.  Fe- 
ritatis  redivivœ  Militia,  Venise, 
i54j,  in-S*".  —  Forte  ou  Forti 
(  Léonard) ,  mathématicien  de  Rome , 
au  même  siècle,  a  publié  un  livre  assez 
rare ,  intitulé  De  re  militari  et  variis 
instrumentis  belliy  Venise,  i55i.Il 
est  écrit  en  vers  grecs  modernes , 
in-8\  fig.  Z. 

FORÏEBRACGIO  (  Nicolas  ), 
condottier  italien  au  quinzième  siècle, 
était  neveu  du  fameux  Braccio  di 
Montone.  Après  la  mort  de  ce  gé- 
nérai, il  commanda  long-temps  les 
troupes  que  Braccio  avait  formées, 
et  qui  conservaient  son  nom.  Forte- 
braccio  servit  les  Florcniins  en  i4^9 
conlre  Vollerre  et  contre  Lucques. 
Il  passa  ensuite  au.  service  du  pape 
Eugène  IV j  puis,  sur  quelque  mé- 
contentement ,  il  lui  déclara  la  guer- 
re, en  1455.  11  avait  déjà  conquis 
une  grande  partie  de  l'état  ecclésias- 
tique, lorsqu'il  fut  blessé  dans  une  ba- 
taille à  Capo  di  Monte,  en  i435.  Jl 
expira  peu  de  jours  après.  S.  S — 1. 
FOHTEGUERRIou  Fortiguerra, 
fan  ille  noble  et  ancienne  de  Pisloie, 
a  fourni  à  l'Eglise  et  à  la  littérature 
plusieurs  sujets  distingués.  Le  car- 
dinal Nicolas  Forteguerri  rendit, 


FOR 

dans  le  1 5^ siècle,  de  grands  service» 
aux  papes  Eugène  IV,  Nicolas  V, 
Pie  II  et  Paul  II.  Il  commanda  l'ar- 
mée du  Saint  Siège  avec  succès  : 
envoyé  à  Naples  en  qualité  de  légat, 
il  obtint  du  roi  Ferdinand  d'Auagon 
la  restitution  de  Bénévent  et  de  Ter- 
racine,  et  conclut  le  mariage  d'Antoine 
Piccolomini,  neveu  du  pape  Pie  II, 
avec  une  nièce  du  même  roi.  Généreux 
protecteur  des  lettres ,  il  employa  une 
prtie  de  ses  richesses  à  fonder  des 
collèges  et  d'autres  établissements 
d'instruction.  Il  mourut  à  Viterbe,  en 
147  3,  âgé  de  55  ans.  —  Scipion  For- 
teguerri ,  célèbre  érudit ,  plus  con- 
nu sous  le  nom  de  Carteromaco  , 
et  petit-neveu  du  cardinal,  naquit  à 
Pisloie  le  4  février  1 466.  Dominique 
son  père ,  très  versé  dans  les  ..fTaircs 
politiques  de  leur  patrie  ,  y  fut  trois 
fois  gonfalonier  :  cependant  il  n'était 
pas  riche  ,  et  n'aurait  pu  donner  une 
éducation  soignée  à  ses  trois  fils,  dont 
Scipion  était  le  second,  sans  la  gé- 
nérosité du  cardinal  son  oncle,  qui 
résigna  le  riche  bénéfice  de  Saint- 
Lazare  à  Spazzavento,  en  faveur  de 
cet  enfant.  Scipion  ,  après  avoir  reçu 
les  premiers  éléments  des  éludes  dans 
le  lycée  délia  Sapienza  de  Pisloie, 
qui  était  aussi  une  fondation  de  son 
grand  oncle,  se  rondil  à  Rome,  où  il 
fit  le  cours  enlier  deses  études;  il  s'ap- 
pliqua ensuite  plus  ])ariicuhèrement 
aux  lettres  grecques,  dans  lesquelles 
il  eut  pour  maître  pendant  quatre  ans 
le  savant  Ange  Politien  ;  il  alla  enfin 
puiser  dans  les  célèbres  universités  de 
Bologne  et  de  Padoue ,  ce  qui  pou- 
vait manquer  encore  à  son  érudition 
grecque  et  latine.  Il  était  à  Padouo 
vers  Tan  i494  >  lorsqii'Alde  iManuce 
établit  à  Venise  sa  nouvelle  académie , 
principalement  destinée  à  diriger  les 
éditions  des  auteurs  classiques  dans 
l'imprimerie  qu'il  avait  fondée.  (  A^o/, 


FOR 
Aide  MiNTJCE.)  Aide  qui  l'avait  connu 
à  Rome  dès  le  temps  de  ses  études , 
l'invita  à   se  joindre  à   lui  dans  ce 
projet.  Scipion  se  rendit  à  Venise,  et 
lut  choisi   pour  secrétaire  de  faca- 
déraie  Aldiiie.  Ce  fut  sans  doute  alors 
qu'il  prit,  selon  la  mode  du  temps, 
le  nom  de  Carteromaco,  qui  n*est 
que  la  traduction  grecque  de  celui  de 
Forleguerri.  Il    rédigea  eu  grec  les 
règlements  ou  constitutions  de  l'aca- 
démie :  ce  morceau   curieux  s'était 
perdu  j  le  savant  M.  Gaetano  Marini 
l'a  retrouvé  à  Rome  servant  à  doubler 
la    couverture   d'un   exemplaire    de 
VEtymologicum  magnum ,  de  la  bi- 
bliothèque   Barberini,   imprimé  par 
Aide  en  1499.  C'était  une  feuille  vo- 
lante de  format  in-fol.,  portant  la  date 
de  i5o2.  M.  Morelli  en  a  publié  ré- 
cemment une  traduction  latine  dans 
un   petit  volume  intitulé  :  ^Idi  PU 
Manutii  scripta  tria  longé  rarissima 
à  Jacoho  Morellio  denuo  édita  et  il- 
lustrala,  Bassano,Remoudini,  1806, 
in-8°.  ;  et  M.  le  professeur  Ciampi  en 
a  donné  plus  récemment  encore  une 
traduction  italienne  dans  ses  Memorie 
di  Scipione    Carteromaco ,  Pisç  , 
181 1,  in^".  La  part  que  prit  Cartero- 
maco aux  travaux  de  l'académie,  est 
attestée  par  les  avertissements  et  les 
préfaces   de  sa  composition  ,   qu'on 
trouve  dans  les  éditions  d'un  grand 
nombre  d'auteurs  grecs  qui  sortirent 
alors  des  presses  d'Aide;  tels  entre 
autres    que  YOrganum  d'Aristote  j 
i'  Onomasticon  de  Julius  Polluxj  Aris- 
tophane,  Nonnus,  St.  Grégoire   de 
Nazianze,  l'Anthologie,  la  Grammaire 
de  Lascaris,  etc.  Notre  bibliothèque 
du  Roi  possède,  sous  le  n°.  M.  XLV , 
un  manuscrit  qui  a  pour  titre  :  Neme- 
sitis  de  naturd  hominis ,  Phrynici 
Eclogce ,  Jristoleles  de  Firtutihus , 
Theophrasti  Characteres,  Scholia 
m  Platoms  Dialogos,  et  alia  ;  on  lit 


FOR  295 

ensuite  ces  mots  :  Is  codex  mamt 
Scipionis  Carteromachi  exaratus  est. 
C'est  sans  doute  une  de  ces  copies  que 
Scipion  et  les  autres  membres  de  cette 
laborieuse  et  docte  académie  faisaient 
pour  servir  aux  impressions  d'Aide, 
et  dans  lesquelles  ils  s'appliquaient  à 
corriger  les  fautes  aussi  nombreuses 
que  grossières  dont  étaient  remplis  les 
manuscrits  des  siècles  qui  précédèrent 
l'invention  de  l'imprimerie,  lorsque 
le  métier  de  copiste  était  abandonné  à 
des  mercenaires  ignorants,  et  quel- 
quefois même  à  des  femmes.  Carte- 
romaco reçut  une  distinction  bien  ho- 
norabledansune association  composée 
des  plus  savants  hellénistes  que  l'Ita- 
lie eut  alors,  quand  il  fat  choisi  pour 
professer  pubhquement  le  grec  au  nom 
de  l'académie.  Ce  fut  pour  l'ouverture 
de  ses  leçons,  qu'il  prononça  son  fa- 
meux discours,  De  laudibiis  Hier  a- 
ritm  grœcarum,  imprimé  par  Aide, 
Venise,  1 504,  deux  feuilles  in  -  S\ , 
réimprimé  aussitôt  par  Frobcn  et  par 
d'autres;  et,  ce   qui  prouve  encore 
plus  en  sa  faveur-  reproduit  par  Henri 
Estienne,  en  tête  de  son  Trésor  de  la, 
langue  grecque,  comme  le  plus  pro- 
pre à  exciter  l'ardeur  de  la  jeunesse 
pour  l'étude  de  cette  langue.  Il  passa 
environ  douze  ans  dans  ces  pénibles 
travaux  :  la  guerre  les  interrompit  en 
1 5o6;  la  république  de  Venise  se  vit 
près  de  sa  perte;  l'imprimerie  d'Aide 
îut  fermée,  et  son  académie  dissoute. 
Carteromaco  entra  au  service  du  car- 
dinal Galeotto  Franciotti  de  la  Rovère, 
neveu  du  pape  Jules  H,  et  vice-chan- 
cclicr  de  l'Égiisc  :  il  trouva  en  lui  uh 
Mécène  plutôt  qu'un  maître,  et  reprit, 
avec  le  même  zèle  lé  cours  de  ses  tra- 
vaux. Il  dédia  au  cardinal  la  traduc- 
tion latine  du  discours  d'Aristide  à  la 
louange  de  la  ville  de  Rome ,  la  prc 
mière  qui  ait  paru  de  ce  rhéteur.  Il 
était  encore  altaclic  au  cardiiial  Fian- 


^r,G  FOR 

c'oîfi,  lorsque ,  de  concert  avec  Marc 
Musuro  de  Be'névent,  Jean  Colta , 
do  Vérone,  et  Corneille  Bcnigno,  de 
Viteibc,  il  fa  paraître  à  Rome,  en 
1 5o7 ,  chez  le  libraire  Evan{:;elista 
Tosino,  la  Géop,rHpliie  de  Ptolémée, 
avec  des  corn  étions  et  des  éclaircisse- 
ments, et  avec  les  cartes  de  Biic- 
liinck  (i).  La  mort  impre'vue  du  car- 
dinal, arrivée  en  i5o8,  le  força  de 
chercher  un  autre  appui  :  il  crut  l'avoir 
trouve'  dans  le  cardinal  de  Pavie,  Fran- 
çois Alidosi;  mais  il  n'en  jouit  pas 
lonj^-leinps  :  ce  cardinal  était  allé  à 
Ravenne ,  pour  se  justifier  auprès  du 
pape  Jules  II  de  la  conduite  qu'il 
avait  tenue  à  Bologne,  où,  étant  avec 
le  litre  de  légat,  il  avait  cru  devoir  cé- 
der au  parti  des  Bentivoglio,  que  Jules 
en  avait  précédemment  chassés.  Le 
duc  d'Urbin, François  Marie  de  Mou- 
tefellro,  neveu  du  pape,  qui  avait 
contre  Alidosi  une  ancienne  haine, 
l'accusa  hautement  d'avoir  perdu  Bo- 
logne par  sa  faute ,  et  le  poignarda  de 
sa  main  en  plein  jour  le  24  mai  1 5 1 1 , 
lorsque  le  cardinal,  entouré  de  ses 
gardes,  marchait  pour  se  rendre  au 
dîner  du  pape,  où  il  était  invité.  Car- 
teroraaco ,  témoin  de  celte  horrible 
tragédie,  et  dégoûté  du  service  des 
grands,  prit  lesage  parti  de  retourner 
dans  sa  patrie  et  dans  le  sein  de  sa 
famille.  On  voit,  par  une  lettre  qu'un 
de  ses  amis,  Ange  Cospi,  lui  écrivit 
de  Bologne  vers  la  fin  de  cette  année , 
que  Carteromaco  s'occupait  à  Pistoie 


(i)  foy.  BvcmvcK,  Cornelio  de  Viterbe , 
Jean  Cotta  et  Mure  Muscko  de  Bénévent.  U 
existe  une  autre  édition  qui  ,  sur  le  frontispice, 
est  datée  aiino  Virginei  parlas  i5o8,  ainsi  que 
idaiis  raverlissement  contenu  au  revers  du  titre; 
mais  il  n'y  «  que  ce  seul  feuillet  qui  ail  été  vérita- 
blement réimprimô  ;  car  cette  prétendue  édition 
de  i5o8  est  absolument  la  même  que  celle  de 
i5o^.  Cependant  ,  !<  5  fréquentes  .lifférentes  que 
|V>n  trouve  dariS  les  divers  exemplaires  d'une  même 
édili')n  de  ces  prcniiircs  impressions  de  Ptolémée, 
feraient  croire  que  dès-lors  les  imprimeur*  gar- 
daient lc(  formes  et  faitaieot  des  tirages  sucée*, 
lifs.  W-K. 


FOR 

de  recherches  sur  \es  murs  d'Argos  ; 
et  que  Cospi ,  occupé  de  son  côté  des 
murs  cj'clopéens  ,\e  priait  de  lui  faire 
part  des  connaissances  qu'il  pouvait 
avoir  à  ce  .  sujet.  Cette  question  des 
constructions  cyclopéennes  a  repris 
entre  les  savants  un  intérêt  qui  doit 
nous  faire  regretter  que  la  réponse 
faite  sans  doute  par  Carteromaco  à 
son  ami  se  soit  perdue.  Un  autre  ami 
l'attira  de  nouveau  à  Rome;  ce  fut 
Ange   Colocci ,    évêque  de  Nocera, 
prélat  très  généreux  envers  les  gens 
de  lettres,  et  qui  était  lui-même  très 
lettré.  11  offrit  à  Carteromaco  une  hos- 
pitalité libre,  pour  laquelle  il  n'exi- 
gea pas  le  moindre  sacrifice  de  son 
temps.  On  doit ,  au  loisir  dont  il  jouit 
alors,  une  savante  dissertation  sur  un 
passage  de  Y  Histoire  des  animaux , 
d'Aristote,  qui  avait  précédemment 
donné  lieu  à  de  fréquentes  disputes 
dans  l'académie  d'Aide,  et  dont  Té- 
vêquc  de  Noccra,  mécontent  de  tout 
ce  qu'on  avait  écrit  à  ce  sujet,  desirait 
une  nouvelle  explication.  11  s'agissait 
de  la  rage,  maladie  qui ,  selon  ce  pas- 
sage d'Aristote ,  tue  les  chiens  et  les 
autres  animaux  qui  ont  été  mordus 
par  un  chienienragé,  excepté  l'homme, 
7r^y;v   àv^-pwTTou.    Ces  derniers  mots 
étant  contraires  à  l'expérience  com- 
mune, la  question  était  de  savoir  si  le 
philosophe  de  Stagyre  ava'U  commis 
une  erreur  aussi  grave,   ou  si  cetle 
leçon  était  vicieuse j  et  dans  ce  cas, 
quelle  autre  leçon  il  y  fallait  substituer. 
Le  célèbre  médecin  Leoniceno  avait 
proposé  de  lire  rzph  au  lieu  de  tt/v^v,  et 
d'entendre  que  le  chien  enragé  et  tous 
les  animaux  qu'il  a  mordus  meurent 
ayant  l'homme,  et  plus  promptement 
que  l'homme:  mais  les  grammairiens 
objectaient  que  la  préposition  tt^îv  ne 
gouverne  point  le  génitif;  ils  rejet- 
taient  donc  celte  correction,  et  toute 
la  faute  restait  sur  le  compte  d'Aris- 


FOR 

tote.  D^autrcs.  prétendaient  qu'il  fal- 
iait  distinguer  entre  la  rage  ).vTTa,  dont 
parle  Aristote,  et  la  manie  ptavt'a;  que 
cette  dernière  seule  est  mortelle  pour 
rhomnje ,  tandis  que  l'autre  l'est  pour 
les  chiens  et  pour  les  autres  animaux, 
mais  non  poin-  l'homme ,  et  qu'ainsi 
Aristote  ne  s'était  pas  trompé.  Gartc- 
romaco ,  après  avoir  examiné  toutes 
ces  opinions  et  les  avoir  réfutées  par 
des  passages  tirés  des  auteurs  p;recs , 
expose  la  sienne  :  il  pense  qu'Aristote 
parle  bien  de  la  rage,  mais  non  de 
l'hydrophobie ,    espèce  de    maladie 
qu'on  ne  connaissait  point  alors,  du 
moins  dans  les   pays    où  vivait  ce 
philosophe;  que  l'hydrophobie  causée 
2)ar  la   morsure    d'un    chien  hydro- 
phobcest  mortelle  pour  l'homme,  et 
que  la  rage  seule  ne  l'est  pas ,  tandis 
que  les  chiens  et  les  autres  animaux 
ineurent  et  de  l'hydrophobie  et  de  la 
rage.  Il  prouve ,  par  un  passage  de 
Plutarque,  au  B*".  livre  de  ses  Ques- 
tions de  table,  que  ni  Velepihantiasis 
ou  la  lèpre,  ni  l'hydrophobie,  n'é- 
taient connues  du  temps  même  d'As- 
clépiade,  qui  vivait  plus  de  200  ans 
après  Aristote.  Kicandre,  plus  ancien 
qu'Asclépiade ,  mais  postérieur  à  Aris- 
tote, parle,  dans  son  poème,  de  tons 
les  poisons  mortels   pour  l'homme, 
soit  qu'il  les  ait  pris  dans  des  bois- 
sons ou  dans  des  aliments,  soit  qu'ils 
aient  été  inoculés  par  la  .morsure  des 
animaux ,  et  ne  dit  rien  de  la  mor- 
sure du  cliien  hydrophobe';  preuve 
négative,  mais  très  forte ,  que  l'hydro- 
phobie était  inconnue  de  son  temps. 
De  celle  manière, conclutCarteroraaco, 
il  n'y  a  ni  faute  dans  le  texte  de  ce 
passage  d'Aristote ,  ni  erreur  dans  son 
opinion.  Cette  dissertation  avait  été 
entièrement  ignorée  jusqu'en    1809. 
M.  le  professeur  Ciampi ,  guidé  par  le 
savant  AUieri,  l'im  des  gardiens  de  la 
bibliothèque  du  Vatican ,  Ta  trouvée 


FOR  297 

alors  dans  celte  riche  bibliothèque, 
et  l'a  publiée  à  la  suite  de  ses  Me- 
moires,  dont  nous  avons  parle  plus 
haut.  Carteromaco,  maigre  ses  réso- 
lutions d'indépendance,  se  laissa  cn^ 
traîner,  vers  l'an  1  5 1 3,  à  la  cour  dii 
cardinal  Jean  de  Médicis,  qui  devint 
pape  quelques  mois  après  sous  le  nom 
de  Léon  X.  Léon  voulant  placer  au- 
près de  son  neveu  Jules ,  qu'il  avait 
fait  cardinal  et  archevêque  de  Flo- 
rence ,  un  homme  du  premier  ordre 
pour  le  savoir  et  pour  la  probité,  fît 
choix  de  Carteromaco ,  qui  suivit  à 
Florence  le  cardinal  Jules.  Ce  savant 
y  était  depuis  environ  deux  ans;  et 
sans  cire  devenu  plus  ambitieux ,  il 
pouvait    se    flatter  d'être  désormais 
mieux  traité  par  la  fortune  ,  lorsqu'il 
fut  attiqué  subitement  d'une  maladie 
dont  il  mourut  le  16  octobre  i5i5, 
dans  sa  So'^.  année.  Il  ne  reste  que 
peu  de  choses  des  travaux  d'un  hom- 
me si  savant  et  si  laborieux  :  la  cor- 
rection ,  l'cxplicalifin  et  la  publication 
des  anciensauteurs,  l'occupèrent  pres- 
que tout  entier;    c'étaient   alors  les 
plus  grands  services  qu'un  homme  de 
lettres  pût  rendre  au  monde  savant. 
Outre  son  Discours  à  la  louange  des 
lettres  grecques ,  sa  traduction  latine 
de  X Éloge  de  la  ville  de  Rome  par 
Aristide,   et  sa  Dissertation  sur  la 
ragCy  connue   et    imprimée    depuis 
peu,    on    n'a   de   lui    que  quelques 
préfaces  ou  épîtrcs  dédicatoires  qui 
accompagnent   les  éditions   d'auteurs 
anciens  qu'il  a  données  ,  et  des  vers 
grecs  et  latins  qui  précèdent  ou  sui- 
vent   ces  mêmes  éditions  ,    ou    qui 
furent  insérés  dans  quelques  recueils 
de  son  temps.  M.  Ciampi  a  recueijU, 
à  la  suite  de  ses  Mémoires ,  huit  de 
ces  pièces    de  vers    ou  épigrammes 
grecques,  à  peu  près  autant  de  lati- 
nes ,  parmi  lesquelles  il  s'en  trouve 
une  plus  étendue  et  qui  a  plus  do 


^0» 


FOR 


soixante-six  vers,  et  un  sonnet  ila~ 
lien  sur  la  mort  du  poêle  Scrafino 
d'Aquila  :  tous  ces  morceaux,  il  eu 
fiut  convenir,  sont  mcfdi ocres ,  et 
font  peu  regreUer  que  l'auteur  des 
Mémoires  n'ait  pu  exécuter  le  projet 
qu'il  avait  eu  d'abord ,  de  rassembler 
tout  ce  que  l'on  trouve  de  la  même 
main  dans  les  éditions  d'Aide,  et  dans 
d'autres  éditions  d'auteurs  classiques. 
—  Antoine  Forteguerri  ,  frère  aîné 
deScipion,  et  chanoine  de  la  cathé- 
drale de  Pistoie,  était  né  trois  ans 
avant  lui ,  et  lui  survécut  de  huit  ans. 
Il  était  poète  :  on  conserve  un  recueil 
de  ses  poésies  à  Pistoie  dans  la  biblio- 
thèque de  sa  famille.  Le  Giescimbeni 
et  le  Quadrio  en  ont  publié  quelques 
essais.  —  Il  y  eut  dans  l'âge  suivant 
un  Jean  Forteguerri  de  la  même 
famille,  qui  mourut  en  i582,  et  qui 
a  laissé  un  recueil  de  Nouvelles  ou  de 
contes  eu  prose ^  conservé  de  même  à 
Pistoie  dans  une  bibliothèque  parti- 
culière. G — É. 

FORTEGUERRI  ou  FORTI- 
GUERRA  (Nicolas),  de  h  même 
famille,  que  l'on  nomme  le  jeune  pour 
le  distinguer  de  l'ancien  ,  cardinal , 
nommé  Nicolas  comme  lui,  fut  un  per- 
sonnage grave  dans  l'Église ,  et  un 
poète  joyeux  sur  le  Paruasse.  11  na- 
quit à  Pistoie  en  1674*  Jacques  Forte- 
guerri, son  père,  qui  joignait  à  un 
esprit  cultivé  le  goût  des  arts  et  même 
le  talent  de  peindre ,  voulut  qu'il  re- 
çut sa  première  éducation  dans  la 
maison  paternelle;  le  jeune  homme 
y  montra  des  dispositions  rares ,  une 
mémoire  surprenante,  et  un  goût 
très  vif  pour  les  poètes.  Il  apprenait 
rapidement  des  j)0cmes  entiers;  il 
les  récitait  avec  beaucoup  de  grâce, 
et  avec  une  voix  douce  et  flexible , 
qui  avait  un  charme  particulier.  Il 
entrait  à  peine  dans  l'adolescence 
lorsqu'il  perdit  sou  pcre  :  il  se  reu- 


FOR 

dit  à  Pise  pour  étudier   la  jurispru- 
dence, (t   pour  achever   ses  autres 
éludes  sous   les  habiles  maîtres   qui 
professaient  alors    dans   celte   célè- 
bre université.  Il  ne  se  borna  donc~ 
pas  aux  leçons  de  droit  du  savant  Jo- 
seph Averani,  l'un  des  premiers  légis- 
tes de  son  temps  :  l'éloquent  Benoît 
Averani ,  frère  de  celui-ci,  Laurent  iiel» 
lini,  et  surtout  Alexandre  Marchetti, 
le  traducteur  de  Lucrèce ,  l'eurent  ])ar- 
rai  leurs  disciples  les  plus  assidus.  Re* 
çu  docteur  en  1695,  il  partit  pour 
Rome,  où  il  ne  tarda  pis  à  se  faire 
de  nombreux  et  puissants  amis.  La 
première  occasion  qu'il  eut  d'y  paraî- 
tre ,    fut   l'oraison    funèbre   d'Inno- 
cent Xn ,  qu'il  prononça ,  au  Vatican , 
aux  funérailles  de  ce  souverain  pon- 
tife. Peu  de  temps  après,  le  pape  Clé- 
ment XI  ayant  nommé  légat,  auprès 
de  Philippe  V,  Antoine -Félix  Zon- 
dari,  celui-ci  ne  crut  pouvoir  mieux 
faire  que  d'emmener  avec  lui  un  jeune 
homme  aussi  distingué  par  ses  con- 
naissances, ses  talents  et  ses  qualités 
aimables  que   Tétait  Forteguerri.  Ils 
s'embarquèrent  pour  l'Espagne  :  leur 
navigation  ne  fut  pas  heureuse;  une 
tempête  horrible  les  tint  pendant  trois 
jours  et  trois  nuits  entre  la  vie  et  la 
mort.  Après  avoir  été  jetés  sur  les  côtes 
barbaresques ,  où  ils  couraient  plus 
d'une  sorte  de  dangers ,  ils  abordèrent 
enfin  en  Sardaignc ,  et  y  furent  rete- 
nus plusieurs  jours  par  le  gros  temps, 
La  santé  de  Forteguerri  en  fut  consi- 
dérablement dérangée  :  un  séjour  de 
vingt  -  deux    mois    en    Espagne  ne 
l'ayant  pas  remise ,  il  prit  le  parti  de 
retourner  à  Rome ,  et  de  là  dans  sa 
patrie,  pour  se  rétablir.  H  y  recouvra 
proraptemcnt  la  santé ,  et  revint  de 
nouveau  à  Rome ,  où  il  fut  reçu  ,  logé, 
et  secondé  dans  ses  projets  d'avance- 
ment par  le  prélat  Charles-Augustin 
Fabroni,  avec  lequel  il  avait  prc'cc- 


FOR 
demment  contracte  ramifie  la  plus  inti- 
me ,  et  qui  devint  peu  de  temps  après 
cardinal.  Forlcguerri  obtint  bientôt  de 
Clément  XI  le  titre  de  son  ciraerier 
honoraire,  puis  un  ranonicat,  d'abord 
de  Ste.  Marie  majeure,    ensuite  de 
St.-Picrre  au  Vatican,  et  enfin  la  di- 
gnité de  prélat  rcffe'rendairede  l'une  et 
de  l'aiUre  cbancellcrie.  Innocent  XIII , 
et  plus  encore  Clément  XII,  y  ajou- 
tèrent d'autres   honneurs;  mais^  ses 
qualife's    personnelles ,    jointes    aux 
avantages  les  plus  brillant*  de  la  taille 
et  de  la  figure,  le  distinguaient  encore 
davantage.  Il  était  admis  et  recherché 
dans  tontes  les  sociétés  Httéraircs  de 
Rome,  et  principalement  dans  celle 
des  Arcades ,  où  il  reçut  le  nom  de 
Nidalmo  Tiseo.  Il  y  récitait  souvent, 
ou  de  ses  poésies ,  ou  des  morceaux 
de  prose ,  qui  recevaient  les  plus  vifs 
applaudissements ,  et  qui  se  font  re- 
marquer dans  les  recueils  de    cette 
société  célèbre.  L'automne  de  1715, 
qu'il  alla,  selon  sa  coutume,  passer 
à  la  campagne ,  lui  fournit  l'occision 
d'un  poème  de  plus  longue  haleine. 
Après  avoir  chassé  pendant  le  jour , 
il  recevait  le  soir  les  jeunes  gens  les 
plus  instruits  et  les  mieux  éievés  des 
environs.  Il  s'amusait  souvent  avec 
eux  à  bre  quelques  chants  du  Be;"ni , 
du  Puîci,  de  l'ArioslcIAm  d'eux  ad- 
mirait un  jour  l'art  avec  lequel  ces  poè- 
tes célèbres  avaient  su  vaincre  les  dif- 
ficultés   de  cette  forme    de  l'octave 
dans  laquelle  leurs  poèmes  sont  écrits; 
difficultés  d'autant  plus  grandes  qu'el- 
les se  font  moins  apercevoir ,  et  qu'ils 
savent  les  cacher    sous    l'apparence 
d'une  extrême  facilité.  Forlcguerri  ne 
voulut  trouver  à  cela  rien  d'admira- 
ble;   il    soutint  que    ces    difficultés 
étaient  imaginaires ,  qu'en  poésie  c'est 
le  naturel  qui  fait  presque  tout,   et 
que  ces  trois  poètes  «'étaient  donné 
beaucoup  moins  de  pejnes  qu'on  ne 


FOR  299 

pensait.  Pour  appuyer  son  opinion  ,  il 
prit  l'engagement  d'apporter  le  len- 
demain au  soir  le  premier  chant  d'un 
poème ,  fait  dans  un  genre  qui  tien- 
drait de  ceux  de  tous  les  trois.  Il  rem- 
plit avec  tant  de  succès  sa  promesse , 
qu'on  exigea  de  lui  qu'il  continuât  ce 
qu'il  avait  si  bien  commencé  :  telle  fut 
Torigine  du  charmant  poème  de  Ri- 
chardet,  que  l'auteur  acheva  ensuite 
en  peu  d'années ,  en  y  travaillant  à 
bâtons  rompus.,  et  dans  les  moments 
de  loisir  que  lui  laissaient  des  occup;  - 
tions  plus  graves  ;  il   est  en  trente 
chants,  et  l'action  fait  suite  à  celle  du 
Roland  furieux.  Ce  n'est  pas  seule- 
ment   Richardct  qu'on  y    retrouve, 
mais  Renaud,  Roland,  Ollivier^  As- 
tolfe,  et  presque  tous  les  autres  pa- 
ladins de  Charlt-magne ,  et  ce  vieil 
empereur  lui-même  assiégé  de  nou- 
veau dans  Paris  par  un  roi  de  la  Ca- 
frerie;  ce  sont  aussi  des  géants,  d'S 
fées  ,  des  magiciens  ,  des  monstres  , 
des  baleines  dont  les  entrailles  sont 
habitées ,  en  un  mot  tous  les  prodiges 
de  la  féerie.  L'auteur  s'est  ])ropo.sé 
d'imiter  les  trois  premiers  poètes  qui 
ont  mis  en  action  tous  ces  lessorts  ; 
en  effet .  il  emploie  souvent  les  tour- 
nures antiques  et  naïves  du  Puici,  le 
style  piquant,  libre    et  original   du 
Berni  :  quant  à  l'Arioste,  il  a  souvent 
sa  gaîté,  quelquefois  même  son  éié-      ^ 
gance  et  sa  grâce;  mais  la  haute  poé-      W 
sie,  la  force,  la  chaleur,  les  grandes 
et  riches  images  que  l'Homère  de  Fer- 
rare  a  répandues  dans  son  poème  dès 
que  son  sujet  l'a  exigé  ou  permis , 
mais  ce  mélange   du  plaisant  et  du 
sublime  qui  forme  un  caractère  uni- 
que et  inimitable ,  il  faut  bien  par- 
donner à  l'auteur  du  Richardet  de  ne 
l'avoir  pas  imité.  Son  ouvrage  n'en 
est  pas  moins  un  de  ceux  de  ce  genre 
dont  la  lecture  est  le  plus  amusante  , 
et  où  la  verve  poétique  se  fait  le  mieux 


3oo 


FOR 


sentir.  L'abondance,  la  gaîle,  la  fo- 
Jie    des    imaginations,    y  égalent  la 
facilite',   relégance  et   la   joyeuse  li- 
berté du    style.  Si  l'iuteur    y  plai- 
sante quelquefois  sur  des  objets  qui 
devraient   être    ëtr.  ngers  à  la    poé- 
sie badine,  et  qu'un  homme  de  son 
état  devait  suri»  ut   respecter ,    c'est 
qu'il  vonlut  se  livrer  sans  gêne  à  tout 
l'essor  de  sa  verve ,  dans  la  confi.jnce 
oii  il  était  que  cette  débauche  de  son 
-    esprit    ne  deviendrait  jamais    publi- 
que j  car  on  s'accordtf  à  reconnaître 
que  ses  mœurs  étaient  aussi  puresque 
sa  foi  :  mais  il  ne  put  se  défendre  de 
confier  ce  poème  à  quelques  amis ,  de 
leur  en  laisser  même  prendre  des  co- 
pies j  il  le  communiqua  enti  e  autres  au 
cardinal    Corneiîie  lienlivoglio ,   son 
ami,  son  protecteur,  et  poète  comme 
lui;  et  ce  fut  Gui  BentivogUo,  neveu 
du  cardinal,  qui  le  fit  imprimer,  quel- 
ques années  après  la  mort  de  son  on- 
cle et  celle  de  Forteguerri.  En  même 
temps  que  ce  dernier  composait  son 
Ricciardello ,  il  travaillait  à  une  élé- 
gante traduction  italienne  des  comé- 
dies de  Tércnce ,  en  vers  blancs  ou 
scioltiy  qui  ne  parut  non  plus  qu'a- 
près sa  mort.  Il  avait  traduit  de  même 
cinq  comédies  de  Plante  ;  mais ,  au 
grand  regret  de  ceux  qui  les  avaient 
lues  ,  et  qui  les  mettaient  de  pair  avec 
celles  deTérence,  sa  traduction  de  Vhn- 
«      te  s'est  peidue.  Il  avait  pour  ce  comi- 
que latin  une  prédilection  marquée  ;  il 
avait  composé  dans  le  style  de  Plante 
des  apologues  latins,  et  il  récitait  sou- 
vent de  mémoire  cl  le  plus  gaîment  du 
inonde,  des  scènes  entières  de  ses  co- 
médies. Ces   goûts  aimables   ne  lui 
avaient  point  nui  sous  les  pontificats 
de  Clément  XI  et  d'Innocent  XI M  : 
celui  de  Benoît  XIII  lui  fut  moins 
favorable;  ileut  beaucoup  à  souffrir 
de  l'humeur  difficile  et  de  l'inimitié 
personnelle  du  cardinal  Coscia  ^  qui 


FOR 

était  alors  tout  puissant;  mais  il  re- 
trouva toute  sa  faveur  auprès  de  Clé 
ment  XI I ,  qui  monta  en  i  ^So  sur  h 
trône  pontifical.  Ce  pape  aimait  h 
poésie,  et  Forlegucrii  ne  se  trouvait 
jamais  seul  auprès  de  lui  sans  réciter 
quelques  passages  de  son  poème,  aux- 
quels ce  bon  vieillard  prenait  un  ex- 
trême plaisir.  En  i  ■^55 ,  au  moment 
où,  ni  Forteguerri,  ni  personne  de  la 
cotir  de  Rome  ne  s'y  aïtendait.  Clé- 
mvnt  XII  le  nomma  au  secrétariat 
important  de  la  congrégation  de  dix 
cardin.'îux  qfii  a  reçu,  d  l'objet  de  son 
institution,  le  titie  de  propagandd 
fide.  On  s'attend  encon-  moins  à  voir 
un  homme  de  ce  caractère ,  et  si  bien 
traité  par  la  fortune,  mourir  de  cha- 
grin ;  c'est  pourtant  à  cette  cause 
qu'on  attribue  sa  mort.  Le  pape  lui 
diîstinait  un  nouveau  secrétariat  supé- 
rieur au  premier  (  i  )  ;  le  cardinal  Cor- 
sini  voulut  absolument  y  porter  un  de 
ses  favoris ,  homme  sans  mérite  :  For- 
teguerri, pour  ne  se  pas  faire  un  en- 
nemi du  cardinal,  cessa  de  suivre 
cette  affaire  auprès  du  pape.  Celui- 
ci  lui  en  sut  mauvais  gre,  et  traita 
même  de  refus  cet  acte  de  réserve 
politique.  Le  repentir  qu'on  eut  For- 
teguerri ,  fut  si  grand  qu'il  tomba 
malade;  les  forces  de  l'ame  et  du 
corps  l'abandonnèrent  en  Fnême  temps; 
une  humeur  qui  se  porta  violem- 
ment sur  ses  oreilles,  rentra  dans 
la  masse  du  sang,  et  après  environ 
cinq  mois  de  nuiladie,  il  mourut  le 
17  février  1735,  âgé  de  soixante-un 
ans.  Peu  de  temps  avant  sa  mort,  il 
fit  brûler  devant  lui  tous  ses  manus- 
crits encore  inédits;  ce  qui  a  fiit  per- 
dre plusieurs  ouvrages  commencés  , 
et  quelques-uns  même  auxquels  il  avait 
mis  la  dernière  main  ,  entre  autres  une 
comédie  en  vers ,  où  il  avait  peint  très 

(0  Celui  du  conteU  inume,  ou  S.  çonju/ta-^ 
t  ion  if. 


FOR 

plaisamment  les  caractères  et  les 
mœurs  de  certains  grands  person- 
nages avec  lesquels  i!  avait  familière- 
ment vécu.  On  sauva  pourtant  de  cet 
in»  endie  trois  chants  d'un  poème  épi- 
que, dont  le  héros  était  le  sultan 
Bij.i7.et.  Il  avait  voulu  donner  dans  ce 
poème  un  démenti  à  c  nx  qui  prétcn- 
I  daient  qu'il  était  né  pour  la  poésie 
gaie,  et  que  s'il  vouiait  traiter  un  sujet 
sérieux,  il  échouerait.  Il  soutint  fort 
bien  la  gageure  pendant  trois  chants  ; 
mais  arrivé  au  moment  où  Bcijazet , 
après  sa  défaite,  était  renfermé  dans 
une  cage  de  fer,  il  trouva  la  chose  si 
plaisante,  que  les  habitudes  de  son 
esprit  riprirent  le  dessus  ,  et  que  ne 
trouvant  plus  moyen  d'écrire  sérieu- 
sement, il  aima  mieux  renoncer  à  son 
entreprise.  Ces  trois  chants  n'ont  point 
été  imprimés.  On  a  rie  ce  poète  élé- 
gant: I.  Co  mine  die  di  Teren'io  tra- 
dotte  per  la  prima  volta  in  vern 
italiani  ,  Urbin ,  i  -^56,  in-8  '.,  et  con 
l'originale  a  fronte,  in-fol. ,  belle 
editi  »n ,  ornée  de  gravures,  (t  sur- 
tout d'une  copie  exacte  des  anciens 
masques  comiques  ,  d'après  le  pré- 
cieux manuscrit  du  Vatican.  IL  Ric- 
eiardetto  di  Niccolb  Carteromaco , 
Paris  (Venise),  a  spesedi Francesco 
Pilleri,  libfajo  Fcneziano  ^  «758, 
in-4".  et  in-B*".  Eu  tête  des  manus- 
crits de  ce  poème  facétieux ,  l'auteur 
avait  juç;é  plaisant  de  mettre  le  nom 
savant  de  Carleromaco,  rendu  célèbre 
dans  rérudilion  p:r  un  de  ses  an- 
cêtres. L'éditeur  ne  voulant  pas  nom- 
mer le  prélat  Forteguerri  par  ména- 
gement pour  l'Église,  adopta  ce  dégui- 
sement, et  de  plus  feignit  de  l'avoir 
fait  imprimer  à  Paris.  L'édition  in-4°. 
parut  la  première;  elle  est  fort  belle , 
enrichie  du  portrait  de  l'auteur,  et  de 
vignettes  gravées  en  tête  de  chacun 
des  trente  chants ,  représentant  la 
ptiucipale  action  que  ce  chant  rcH- 


FOR  ^oi 

ferme.  Le  débit  en  fut  si  rapide,  que 
la  seconde  édition  suivit  dès  la  même 
année;  elle  est  in-8'.,  et  n'a  aucun 
des  ornements  de  la  première.  Le  Ri- 
chardpt  a  été  traduit  ou  inïité  en  vers 
français  (  f^oy.  Dumouriez  et  Ni- 
VERNOis  ).  111.  In  Lode  délie  no- 
hili  arti  délia  piltnra  ,  délia  seul' 
titra  e  delV  architettura.  —  Ra- 
gionamento  allegorico  inlorno  ail* 
origine  délie  cose.  —  Discorso  paS" 
iorale  per  la  pericolosa  in  fer  mi  ta 
e  ricuperata  sainte  del  santisimo 
pontefice  Clémente  XL  —  Risposta 
informa  di  letterafannliare  ad  Al" 
fesibeo  Cario  (  Mario  Crescimbeni  ) 
custode  d^Arcadia;  quatre  moi ceaux 
insérés  daUs  le  2^.  vo'ume  des  Prose 
degli  ArCadi,  et  qui  prouvent  que 
Forteguerri  n'écrivait  pas  moins  bien, 
en  prose  qu'en  vers.  Il  y  faut  ajouter 
sa  lettre  à  Aci  Delpusiano  (  Eus- 
tachio  Manfredi  ) ,  qui  précède  soa 
poëme  de  Uichardet ,  et  qui  est  ua 
modèle  de  goût  et  de  bonne  plaisante- 
rie. IV.  Rime^  dans  le  i\  et  le  8".  vol. 
des  Rime  degli  Arcadi;  dans  le  re- 
cueil donné  par  le  Gobbi,  et  dans 
d'autres  recueils.  V.  Raccolta  di  rime 
piaçeifoli  di  Nicolb  Fortigu^irra,  etc. 
parte  /*.,  Gènes,  i-jôS.  Cette  prclfr 
mière  partie,  contenant  onze  épîtres 
familières,  n'a  pas  été  suivie  d'une 
seconde  :  elle  a  été  réimprimée  avec 
les  autres  Rime  de  l'auteur ,  Pescia  , 
1780,  in-8'.  G — É. 

FORTESCUE  (  Jean  )  ,  baronnet 
anglais  et  grand  chancelier  d'Angle- 
terre*, au  quinzième  siècle,  naquit  à 
WearGifford  d  ms  le  Devonshire  ,  eî 
fit  avec  succès  son  cours  d'études  dans 
l'université  d'Oxford.  Il  travailla  sur- 
tout à  se  rendre  hai)i;e  dans  la  con- 
naissance des  lois.  Il  fut ,  en  i43o, 
sous  Henri  VI ,  revêtu  de  la  charge 
d'avocat-général ,  et  fait,  en  i44ï? 
lord-chef  de  justice  du  bauc  du  roi, 


ooî  FOR 

Fidèle  à  ce  monarpie ,  11  deviiit ,  com- 
me tous  ceux  qui  lui  étaient  attaches, 
l'objet  des  perseculions  dans  la  rëvo- 
lulion  qui  le  renversa  du  Irone.  Le 
prcmierparlement  tenu  sous  Edouard 
iV,  déclara Fortescuc  atteint  du  cri- 
me de  lèse-m.ijesle.  Il  suivit  Henri  eu 
l'Ecosse.  Ce  prince  récompensa  ses  ser- 
vices et  sa  lidélité  en  le  nommant  iord- 
graudchancelier.  Obligé  de  fuir,  il 
passa  en  France ,  et  se  réfugia  en  Lor- 
raine. C'est  dans  le  loisir  de  ce  séjour, 
qu'il  composa  une  p  »i  tie  de  ses  ou- 
vrages. Henri  e'tant  remonté  sur  le 
troue,  en  »470i  Fortescue  retourna 
en  Angleterre.  Cet  état  de  choses  ne 
fut  pas  de  longue  durée.  Dès  l'annce 
suivante  le  parti  d'Edouard  prévalut; 
et  Henri,  renfermé  d»us  la  tour,  y 
fut  poignardé.  Fortescue  néanmoins 
n'eut  point  à  souffrir  de  celle  nouvelle 
révolution  ;  il  resta  en  Angletcire,  sans 
y  être  inquiété.  Il  avait  fait  Tacquisir 
lion  d'une  terre  à  Eberton,  dans  le 
comté  de  Gloccster.  11  s'y  était  retiré, 
et  y  mourut  à  l'âge  de  quatre-vingt-dix 
ans.  Fortescue  publia  sur  la  loi  natu« 
relie  et  les  lois  d'Angietcrro  plusieurs 
ouvrages  qui  sont  esiiraés.  Celui  qui 
l'a  rendu  le  plus  célèbre  a  pour  titre: 
ji§^e  laudibits  legum  Ansi^Uœ.  Il  ne 
fut  imi  rimé  que  sous  Henri  VIII.  Il 
a  éié  traduit  du  latin  en  anglais,  en 
1-^57.  La  traduction  est  accompagnée 
des  notes  de  Selden  et  d'un  grand 
nombre  de  remarques  sur  les  antiqui- 
tés ,  l'hi'sloire  et  les  lois  d'Angleterre. 
IVI.  Sayer,  avocat  distingue,  en  a  été 
l'éditeur,  et  l'a  fait  précéder  d'une 
préface,  où  il  a  donné  la  vie  de  l'auteur, 
des  détails  sur  sa  famille,  et  la  liste  de 
«es  ouvrages,  tant  imprimés  que  ma- 
nuscrits. L — y. 

FOR  II  ou  FORTIS  (  Raimond- 
Jean),  désigné  quelquefois  sous  les 
noms  de  Janfortius  et  de  Zanforti, 
iwquil  en  i()o3,  à  Vérone,  de  pa- 


FOR 

rèîBts  extrêmement  pauvres.  La  rare 
sagacité  qu'il  montra    dès  ses   plus 
jrunes  années  lui  fit  trouver  un  pro- 
lerteur  qui  se  chargea  de  son  éduca- 
tion. Il  commença  ses  éludes  dans  sa 
ville  uatale,  et  alla  les  continuer  à  Pa- 
doue.  Après  avoir  glorieusement  ter- 
miné sou  cours  de  philosophie  à  celle 
université  célèbre,  il  suivit  avec  la 
même  ardeur  et  le  même  succès  celui 
de  médecine.  Mais  à  peine  éiail-il  re- 
vêtu du  doctoral ,  que  la  mort  lui  en- 
leva son  Mécène  :  cette  perle  l'affligea , 
sans  le  décourager.  Ce  fut  à  Venise 
qu'il  exerça  d'abord  sa  profession.  Le 
sénat ,  chatmé  de  son  zèle ,  de  ses  ta- 
lents et  de  sa  modestie,  le  nomma  mé- 
decin-physicien d'Udine.  H  remplis- 
sait depuis  long-temps  ces  fonctions, 
quand  il  fut  choisi ,  en   i  GSg  ,  ptiifr 
occuper  la  première  ch.iire  de  méde- 
cine à   l'université  de  Padoue.  Il  se 
distingua  dans  cette  importante  car- 
rière par  une  éloquence  séduisante, 
et  par   l'art    si  précieux  de  joindre 
constamment  l'exemple  au  précepte. 
Tourmenté   par  les   souffrances  que 
traîne  ordinairement  la  vieillesse  après 
elle  ,  il  obtint,  en  1675  ,  une  retraite 
honorable;   mais  on  chercha   vaine- 
ment de  toutes  parts  un  homme  ca- 
pable de  le  remplacer  dignement.  Sen- 
sible à  l'eslime  qu'on  lui  témoignait,. 
Forti  accepta  l'emploi  de  professeur 
extraordinaire,  avec  la  liberté  démon- 
ter en  chaire  seulement  lorsqu'il  lui 
plairait.  Appelé,  l'année  suivante,  à 
Vienne  pour  donner  des  soins  à  l'em- 
pereur Léopold ,  il  juslifia  la  confiance 
du  monarque,  qui  le  combla  de  pré- 
sents ,  et  y  joignit  le  titre  de  conseiller- 
médecin  de  la  cour  impériale.  De  re- 
tour à  Padoue,  il  fut  ciéé  chevalier 
de  Saii»t-Marc.  Forti  méritait  ces  dis- 
tinctions ,  trop  souvent  prostituées  :  il 
n'eu  jouit  que  deux  ans,  et  mourut  Ip 
aG  février  1G78.  Ce  médecin  ne  pu- 


FOR 

blia  que  fort  tard  le  résultat  de  ses  mé- 
ditations et  de  sa  pratique:  1.  Consilia 
de  febribus  et  morbis  mulierum  fa- 
cile cognoscendis  et  curandis,  Pa- 
douc,  1668,  in-4'.;  ibid.,  i-joi ,  in- 
fo!. II.  Consultationum  et  responsio- 
num  medicinaîium  centuriœ  quatuor; 
le  premier  tome  parut  en  1 669 ,  in- 
fol. ,   à  Padoue ,  et   fut  réimprimé  à 
Genève  eu  1677;  le  second,  qui  ne 
vit  le  jour  que  trois  ans  après  la  mort 
de  l'iJuteur  ,  est  précédé  d'une  courte 
notice  biographique.  Bien  que  ces  ou- 
vrages soient  défigurés  par  la  doctrine 
galénique  et  la  poly pharmacie  arabe, 
ils   renlerment    pourtant   un    grand 
uorabre  d'observations  exactes.     C. 
FORTIN.  Foy\  Hoguette. 
FOlVnS  (  L'abbé  Jean-Baptiste  , 
dit  Alb^t),  littérateur  italien  ,  mort  " 
à  Bologne ,  le  2 1  octobre  1 8o3 ,  était 
né  à  Viccnce  en  \']l\Q.  Fils  d'une  mère 
aimable  et  spirituelle  ,  en  mémoire  de 
laquelle  le  célèbre  abbé  Cesarotti  éri- 
gea un  très  joli  monument  dans  son 
jardin  de  Sali^aggiano,  le  jeune  Fortis 
était  né  avec  un  esprit  brillant,  un 
jugement  solide;  mais  son  caractère  ar- 
dent et  son  imagination  capricieuse, 
ne  lui  permirent  jamais  de   s'appli- 
quer à  la  composition  d'un  ouvrage  de 
longue  haleine.  Il  promenait  en  quel- 
que sorte  son  talent  d'une  manière 
assez  rapide ,  quoique  profonde ,  sur 
divers  objets.  C'était  un  de  ces  agréa- 
bles savants   de   société,  prompts  à 
passer  aisément  d'un  sujet  à  l'autre  , 
et  dont  l'esprit  ne  peut  se  captiver  que 
quelques  instants  pour  faire  tout  au 
plus  des  dissertations  destinées  à  des 
.  académies  auxquelles  l'ambition  de  la 
gloire  littéraire  les  porte  à  se  faire  agré- 
ger. Avec  ce  caractère,  il  se  montra 
tour  à  tour  physicien  ,   naturaliste  , 
poète,  journaliste,   bibliographe,  et 
mêraeérudit.  Sa  manière  d'écrire  était 
facile  et  élégante.  Aimal}le  dans  la  $0- 


FOR  3oS 

ciétc,  il  parut  loyal,  sincère  et  d'un 
excellent  cœur  envers  ses  amis.  Ceux 
qui  ne  l'aimaient  point,  le  trouvaient 
impétueux  et  déplaisant.  Us  lui  savaient 
mauvais  gré  surtout  d'avoir  abandon- 
né l'ordre  de  saint  Augustin  où  il  était 
entré  dans  sa  jeunesse.  Ennemi  de 
tout  joug ,  il  avait  bientôt  demandé  à 
en  sortir.  Quand  il  eut  obtenu  d'en 
quitter  l'habit ,  il  s'était  mis  à  voyager  ; 
et  il  avait  acquis  dans  ses  voyages  une 
manière  hardie  de  penser  qui  le  (it 
appeler  par   plusieurs  de   ses  com- 
patriotes le  vojageur  philosophe.  On 
a  de  lui   les  ouvrages  suivants,  qui 
sont  peu  communs  même  en  Italie: 
I .  Saggio  d'osservazioni  sopra  l'isola 
di  Cherso  ed  Osero,  Venise,  1771 , 
in-4".  Ces  îles  passent  pour  être  les 
anciennes  Absyrtides.  On  joint  ce  vo- 
lume à  ceux  de  l'ouvrage  qui  suit:  II. 
Viaggio  in  Dalmazia ,  ibid. ,  1 774  ? 
2  vol.  in-4". ,  avec  des  figures  assez 
exactes  et  des  cartes  qui  le  sont  moins. 
On  convient  en  général  que  l'ima- 
gination de  l'auteur  l'a  entraîné  un 
peu   loin ,    et   qu'il   a   accordé  trop 
de  confiance  à  des  autorités  suspec- 
tes :    c'est    l'opinion   des  Dalmates , 
et  elle  est  appuyée  par  une   excel- 
lente dissertation   de  Jean  Lovrich, 
intitulée,  Osservazioni  sopra  diver- 
si  pezzi  àel  viaggio  in  Dalmazia  > 
Venise,  1776,  in-4".,  et  qui  est  moins 
commune  encore  que  l'ouvrage  cri- 
tiqué. Celte  réfutation  donna  lieu  à  une 
polémique  assez  longue  qui  finit  selon 
l'usage  par  devenir  fort  amère.  Un 
anonyme  a  publié  à  Venise ,  en  1 788, 
sous  ce  simple  titre ,  les  Morlaques, 
\\\\  extrait  curieux  du  F oy âge  en  Dal- 
matie.  Nous  ne  savons  si  c'est  l'écrit 
de  ce  nom  que  les  bibliographes  attri* 
buent  à  M""',  de  Wynue ,  comtesse  des 
Ursins  et  de  Rosenberg.  Quant  à  la 
traduction  française ,  imprimée  à  Ber- 
ne ^  en  1778,  2  vol.  iu-S".,  elle  ne 


3o4  FOR 

doit  probablemrnt  le  prix  dont  elle 
jouit  dans  le  commerce ,  qu'à  l'intérêt 
du  sujet;  car  elle  est  à  peine  lisible. 
Une  traduction  ans^Iaise ,  publiée  à 
Londres  en  1778,  in-4''.,  ornc'c  de  20 
planches,  est  enrichie  d'un  appendice 
et  d'autres  additions  considérables  qui 
n'avaient  p4S encore pani.  III.  f^ojage 
minéralogiqne  dans  la  Calabre  et 
la  P ouille,  ou  Lettres  au  comte  Tho- 
mas de  B asseoit ,  patricien  de  Ra- 
pise.  Ces  lettres,  écrites  originaire- 
ment en  italien,  ont  été  traduites  en 
allemand (  par  F.  Schu'z) ,  Weiniar, 
1 788 ,  in-8  '.  Elles  avaient  déjà  paru 
dans  la  même  langue  en  1786  et  1787  , 
dans  cinq  numéros  du  Mercure  alh- 
mand.  1 V.  Le  tome  XI  des  Opusco- 
li  sceltidi  Milano  renferme  une  dis- 
sertation de  l'abbé  Forlis  sous  le  titre 
de  Memoria  storico-fisica  sut  nitro- 
minérale ,  par  laquelle  il  voulut  se 
défendre  contre  quelques  savants  qui 
niaient  comme  impossible  la  décou- 
verte qu'il  prétendait  avoir  faite  d'une 
nitrièrenaturelleprèsdeîVIolfattadans 
le  royaume  de  Naples.  M.  Dominique 
Testa,  secrétaire  pontifical  des  lettres 
latines, ayant  attaqué  son  opinion  sur 
certains  poissons  fossiles,  notre  au- 
teur mit  au  jour  pour  sa  défense  une 
Leltera  su  i  pesci  fossili  del  monte 
Bolca.  Dans  le  voyage  à  peu  près 
forcé  qu'il  fit  en  France,  lorsqu'en 
1 7Q9  les  Austro-Russes  vinrent  chan- 
ger i'éiat  des  choses  établi  par  la  ré- 
volution que  Buonaparlc  avec  ses  ar- 
mées avait  faite  en  Italie,  Fortis  publia 
à  Paris  des  Mémoires  pour  servir  à 
Vhistoire  naturelle  et  principale- 
ment à  l'orj'clographie  de  r  Italie  y 
Paris,  i8o'2,!2  vol. in-8'.  Il  a  repro- 
duit dans  cet  ouvrage  beaucoup  de  ses 
dissertations,  ou  disséminées  dans  les 
mémoires  des  académies,  ou  publiées 
séparément,  et  qu'il  serait  très  long  et 
très  iuuiile  de  citer  cii  détail.  Augus- 


FOR 

tinCasollî,  professeur  de  philosophie 
au  collège  de  Trîîu ,  lui  attribue,  dans 
sa  Vie  de  Jean-Luc  Garagnin,  arche- 
vêque de  Spalafro,un  opuscule  intitulé, 
Dissertazioni  sopra  la  collura  del 
castagno ,  et  dédié  à  cet  estimable 
prélat,  l'un  des  hommes  qui  ont  con- 
tribué le  plus  puissamment  dans  sa 
patrie  à  la  restauration  des  sciences 
et  des  bonnes  lettres.  Il  serait  difficile 
d'énumérer  tous  les  opuscules  de  cet 
écrivain  dont  l'esprit  voltigeait  en  quel- 
que sorte  d'une  matière  à  l'autre  ,  en 
traitant  tous  les  sujet?  avec  une  égale 
facilité.  Les  Relazioni  deWaccade- 
mia  scientifica  di  Fadova ,  publiées 
au  commencement  de  ce  siècle ,  à  Pisc, 
dans  le  corps  des  ouvrages  de  l'abbé 
Cesarotti  ;  les  Memorie  délia  società 
italiana  délie  scienze,  et  les  actes  de 
plusieurs  académies  d'Europe  qui  s'as- 
socièrent l'abbé  Fortis  ,  cantiennent 
des  mémoires  de  sa  composition,  où 
l'on  voit  l'étendue  et  la  diversité  de  ses 
connaissances.  Son  talent  mobile  et 
variable  le  porta  à  écrire  aussi  des 
journaux,  en  commençant  par  tra- 
duire celui  de  physique  de  l'abbé  Ro- 
zier.  Il  continua  pendant  quelque 
temps  le  journal  de  Grisellini ,  qui 
traitait  principalement  d'agriculture , 
d'arts  et  de  commet  ce,  et  que  celui-ci 
avait  abandonné  après  son  1 3  .  vo- 
lume. Il  travailla  plus  long-temps 
pour  l'ouvrage  périodique  intitulé  Eu- 
ropa  letteraria^  que  publiait  à  Venise 
une  femme  très  instruite,  M'"  .  Cami- 
ner  Turra,  à  laquelle  son  cœur  s'é- 
tait attache,  et  qu'il  aida  beaucoup 
dans  ses  études.  Le  sentiment  qu'il 
avait  conçu  pour  elle ,  le  ramena  au 
goût  que  dans  sa  jeunesse  il  avait  par 
intervalles  montré  pour  la  poésie  : 
elle  le  rendit  poète;  mais  il  n'acquit 
jamais  un  grand  nom  sur  le  P.ii  n.»sse 
italien.  Après  la  victoire  de  Marengo, 
il  retourna  en  Itaïc,  et  y  lut  en  i8oi 


FOR 

Ïire'fet  de  la  rlclie  bibliothèque  <le  Bo- 
ogne ,  où  il  resta  juequ'à  la  fin  de  ses 
jours  en  cette  qualité.  Le  nouvel  ins- 
titut national  que  Buonaparte  avait 
fondé ,  l'eut  dès  son  origine  pour  un 
de  ses  membres,  et  crut  devoir  en 
faire  sou  secrétaire  perpétuel. 

G— NetN  — R. 
FORTUNAT  (Venakce),  en  latin 
Fenanlius  Honorius  Clementianiis 
Fortimaius  y  évéque  de  Poitiers  à  la 
fin  du  6".  siècle ,  écrivain  distingue' , 
était  né  près  de  Céneda ,  ville  du  Tré- 
visan.  Ni  lui  ni  ses  historiens  ne  nous 
apprenneut  rien  sur  sa  famille.  Quel- 
ques passages  de  ses  écrits  fout  pré- 
sumer qu'elle  ne  fut  point  sans  consi- 
dération. On  a  dit  qu'elle  était  origi- 
naire de  Poitiers  j  mais  aucune  preuve 
n'appuie  cette  conjecture.  H  fit  ses 
e'tudes  à  Ravenne,  où  alors  les  lettres 
florissaient.  Il  y  apprit  la  grammaire, 
la  rhétorique ,  la  poétique ,  et  un  peu 
de  jurisprudence.  11  y  cultiva  surtout 
l'éloquence,  et  s'exerça  à  la  versifica- 
tion, pour  laquelle  il  avait  un  goût  do- 
minant et  une  grande  facilité.  L'habi- 
leté qu'il  acquit  dans  ces  diverses 
facultés,  lui  a  fait  donner,  par  Hil- 
duiu ,  abbé  de  Saint-Denis,  le  titre 
de  Scholasticissimus.  Né  avec  du  gé- 
nie et  du  feu  dans  l'imaginafion ,  il  fut 
l'un  des  meilleurs  poètes  de  son  temps. 
On  ignore  ce  qui  lui  fit  quitter  l'Italie 
pour  la  France  ;  peut-être  fut-ce  les 
ravages  dont  la  première  était  alors 
devenue  le  théâtre  par  l'invasion  des 
barbares  ,  et  plus  probablement  un 
vœu  fut  à  St.-Martiu ,  pour  avoir  été 
guéri  d'un  mal  d'yeux,  après  se  les  êti  e 
frottés  de  l'huile  d'une  lampe  qui  brû- 
lait devant  l'image  du  saint,  peinte  sur 
les  murs  d'une  église  de  Ravenne. 
Quejle  qu'ait  été  la  cause  du  voyage 
de  Fortunat ,  il  fut  accompagné  de 
circonstances  flatteuses  pour  lui  :  par- 
tout on  accueillit  le  poète  avec  de 

XV. 


FOR  3o5 

grands  égards.  Princes  ,  évêques  , 
grands  seigneurs,  tout  ce  qu'il  y  avait 
d'hommes  de  distinclion ,  s'empres- 
sèrent de  lui  donner  des  témoignages 
d'estime.  Arrivé  en  France  sous  le 
règne  de  Sigebert,  roi  d'Austrasie, 
dont  il  fut  reçu  avec  bienveillacce , 
il  assista  à  ses  noces  avec  Brunehaut, 
composa  une  épithalame  pour  cotte 
cérémonie,  et  célébra  en  beaux  vers 
les  grâces  et  les  rares  qualités  de  la 
nouvelle  reine.  Ce  mariage  ayant  eu 
lieu  en  566 ,  c'est  à  ce  temps  qu'il 
faut  fixer  le  séjour  de  Fortunat  à  la 
cour  de  Sigebert.  On  prétend  qu'il 
donna  à  ce  roi  des  leçons  de  politique. 
L'année  suivante,  il  partit  pour  Tours, 
dans  le  dessein  d'accomplir  son  vœu. 
11  visita  io  tombeau  de  baiut-Marîin, 
vit  Saiul-Euphrone,  qui  était  alors 
évêque  de  Tours ,  et  se  lia  d'amitié 
avec  lui.  De  là  i\  alla  à  Poitiers,  sans 
qu'on  sache  quel  motif  l'y  conduisait. 
Sainte-Radegonde,  é[X)use  deCiutaire, 
retirée  avec  la  permission  de  ce  prince 
dans  celte  ville ,  y  habitait  un  monas- 
tère qu'elle  avait  fondé,  connu  depuis 
sous  le  nom  de  Sainte-Croix,  et  dont 
elle  avait  fait  Agnès,  sa  sœur,  abbcsse. 
Instruite  du  mérite  de  Fortunat,  et 
mêlant  elle-même  à  ses  exercices  de 
piété  la  culture  des  lettres,  elle  voulut 
le  voir ,  et  en  fut  assez  satisfaite  pour 
l'attacher  à  sa  personne,  d'abord  en 
qualité  de  secrétaire  et  d'intendant, 
et,  quand  il  fut  ordonné  pvêtre,  d'au- 
mônier et  de  chapelain.  Fortunat  con- 
tinua de  cultiver  les  lettres  près  de 
son  auguste  proteclrice.il  ajouta  même 
de  nouvelles  connaissances  à  celles 
qu'il  avait  déjà  acquises ,  en  e'tu- 
diant  la  philosophie  et  les  sciences 
ecclésiastiques,  et  passa  le  reste  de 
sa  vie  à  composer  des  vers  et  des 
livres ,  et  à  édifier  l'Eglise,  encore 
plus  par  ses  vertus  que  par  ses 
«crits.  11  fut  lié  avec  Grégoire  de  Tour  à 

20 


3o6 


FOR 


qui  avait  succédé  à  Euplironc,  et  avec 
les  plus  saints  évêques  de  son  temps , 
que  Radegonde  l'envoyait  visiter  de 
sa  part.  Lui-même  enfin  fut  élevé  sur 
le  siège  épiscopal  de  Poitiers,  où  il 
succéda  à  Tévêque  Platon ,  quoique 
plusieurs  lui  disputent  le  titre  d'évêque, 
fondés  sur  ce  que  Grégoire  de  Tours 
lie  lui  donne  que  celui  de  prêtre,  et 
que  lui-même  n'en  prend  point  d'au- 
tre dans  ses  écrits  :  mais ,  pour  que 
cette  difficulté  s'évanouisse,  il  suffit 
que  Fortunat  n'ait  été  élevé  à  l'épisco- 
pat  qu'après  la  mort  de  Grégoire  de 
Tours ,  et  quand  ses  ouvrages  avaient 
déjà  paru.  En  effet ,  Grégoire  de 
Tours  était  mort  en  SgS,  et,  suivant 
le  père  I^e  Cointe ,  Fortunat  ne  fut 
évêque  qu'en  Sgg.  Il  est  d'ailleurs 
impossible  de  récuser  le  témoignage  de 
Baudonivie,  religieuse  de  Ste.  -  Croix , 
sa  contemporaine,  et  celui  de  Paul, 
diacre  d'Aquilée,  qui  tous  deux  lui 
donnent  le  titre  d'évêque.  Fortunat 
survécut  peu  à  son  épiscopat.  On 
ignore  Ta  nuée  précise  de  sa  mort , 
qu'on  ne  peut  reculer  au-delà  des  pre- 
mières années  du  -j^.  siècle.  Que Iques- 
iins  la  fixent  vers  609.  L'église  de 
Poitiers  l'honore  comme  saint ,  et  en 
fait  l'office  le  i  /§  décembre.  On  trouve 
dans  les  œuvres  de  Fortunat:  L  Onze 
Livres  de  poésies ,  presque  toutes  en 
vers  élégiaques  :  ces  poèmes ,  dont 
plusieurs  sont  assez  courts ,  roulent 
sur  différents  sujets.  II.  Des  Hymnes 
adoptées  en  partie  par  l'Eglise  pour 
ses  offices.  C'est  de  Fortunat  qu'est  le 
Vexilla  régis,  composé  à  l'occasion 
du  morceau  de  la  vraie  Croix ,  en- 
voyé par  l'empereur  Justin  à  Sainte- 
Badegonde,  et  qui  donna  le  nom  à 
son  monastère.  On  a  aussi  attribué  à 
Fortunat ,  mais  à  tort ,  le  Pange  lin- 
giia  gloriosi  prœlium  ceriaminis , 
qui  est  de  Claudien  Mauiert.  IFI.  Des 
Êpilaphes  au  nombre  de  vingt-huit. 


FOR 

IV.  Des  Lettres  a  divers  évêques , 
dont  plusieurs  à  Grégoire  de  Tours. 

V.  De  petites  Pièces  de  vers  adres- 
sées, soit  à  la  reine  Radegonde ,  soit  à 
Agnès  sa  sœur,  en  leur  envoyant  des 
fleurs ,  des  fruits ,  ou  d'autres  baga- 
telles. On  ne  cite  ces  productions  lé- 
gères que  parce  que  la  malignité,  qui 
corrompt  tout,  a  pris  occasion  de  la 
douce  familiarité  que  permet  cette  es- 
pèce d'écrits ,  et  de  quelques  mots  éga- 
lement propres  à  exprimer  un  atta- 
chement innocent  et  un  sentiment 
plus  tendre,  pour  calomnier  un  com- 
merce dont  l'esprit  et  la  vertu  étaient 
le  seul  lien,  et  duquel  le  caractère 
seul  des  personnages  et  leur  intime 
liaison  avec  les  plus  saints  évêques 
du  temps,  devaient  suffire  pour  écar- 
ter tout  soupçon  (  I  ).  VI.  Quatre  /t- 
çres  de  la  Fie  de  Saint-Martin ,  en 
vers  héroïques,  composée  d'après  la 
prose  de  Sulpice-Sévère.  Vil.  Quel- 
ques Pièces  adressées  à  l'empereur 
Justin  sur  la  destruction  du  royaume  de 
Thuringe,  et  la  mort  d'Ermenfroi ,  on- 
cle deSle.-Radegonde.  Vlll.  Une  Ex- 
plication  de  l  Oraison  dominicale  ; 
elle  passe  pour  le  meilleur  ouvrage  de 
Fortunat  :  elle  est  insérée  dans  la  Bi- 
bliothèque des  Pères,  et  avec  l'explica- 
tion du  Symbole  par  le  même  dans 
les  Orthodoxographa.  On  voit  dans 
ces  explications ,  que  Fortunat  s'était 
pénétré  de  la  doctrine  de  Saint-Au- 
gustin sur  la  grâce.  IX.  Beaucoup 
de  Fies  des  Saints  ^  dont  la  meil- 
leure est  celle  de  Sainte-Radegonde, 
laquelle  n'est  pas  complète  toute- 
fois, puisque  la  religieuse  Baudo- 
nivie crut  devoir  y  ajouter.  Des 
éditions  des  œuvres  de  Fortunat  ont 
été  faites  à  Cagliari  en  i5']5j  i574 
et  i584;  à  Cologne  en  1600.  Toutes 

(1)  Fdrlunat  exprime  lui-même  U  nature  d«  cet  . 
«ttachemeut  dans  ce  vers  ,  à  Agnùt  : 

CeUsli  afftciu ,  n%n  erimin4  etrporù  uU», 


FOR 

.wnt  Incomplètes  et  plusieurs  fautives. 
Le  père  Ghiislophe  Brower,  jésuite 
allcniaml,  prit  beaucoup  de  soins  pour 
en  donner  une  bonne,  qu'il  publia  en 
1 6o5 ,  avec  des  notes ,  Fnide ,  in-4". , 
et  qui  reparut  à  Maïence  en  1617, 
avec  les   poèmes  de  Rhaban-Maur, 
dans  le  même  format  et  sous  ce  titre, 
Foiiunati  et  Rhabani  Manri  po'é- 
mala  cum  nous.  Quoique  moins  im- 
parfaites que  les  précédentes,  ces  édi- 
tions ne  sont  point  encore  sans  dél'int. 
Le  père  Labbe  en  avait  fait  espérer 
une  meilleure,  prête,  disait-on,  à  être 
mise  sous  presse.  On  ne  l'a  point  eue; 
c'est  sur  la  2^.  édition  de  Brower  que 
les  ouvrages  de  Fortunat  ont  été  insé- 
rés dans  le  S'',  volume  de  la  grande  Bi- 
bliothèque des  Pères ,  de  Lyon,  1 67  7. 
A  la  tête  de  l'édition  de  Brower  se 
trouve  la  vie  de  Fortunat.  —  Fortu- 
nat, évêque  en  Lombardie,  sans  qu'on 
sache  de  quel  siège,  a  été  confondu 
par  quelques  auteurs  avec  Venance 
Fortunat  ;  ce  qui  doit  d'autant  moins 
étonner  que  plusieurs  choses  leur  sont 
communes.  Tous  deux  étaient  Italiens, 
et  vinrent  s'établir  eu  France  ;   tous 
deux  furent  liés  avec  Saint-Germain 
de  Paris  :  mais  l'évêque  lombard  était 
né  à  Verceil  ;  et  quoiqu'il   fût  ha- 
bile dans  les  lettres,  on  ne  voit  point 
qu'il  fît  des  vers.  Sa  science  lui  avait 
fait  donner  le  nom  de  philosophe  des 
Lombards.  On  ignore  le  motif  qui 
l'attira  en  France.    Peut-être   fut-il 
chassé  par  les  barbares  qui  infestaient 
l'Italie..  Il  s'établit  dans  le  voisinage 
de  Chelles,  et  y  mourut  vers  l'an  569. 
il  est  auteur  d'une  Fie  de  Saint-Mar- 
cel ,   qu'il  composa  à  la  prière  de 
Saint-Germain  de  Paris.  On  lui  attri- 
bue aussi  une  Fie  de  Saint- ffilaire , 
en  deux  parties;  mais  de  bons  cri- 
tiques croient  que  la  première  seule- 
ment est  de  lui,  et  que  la  seconde  est 
de  Vcnaucc.  L — y. 


FOR  5o7 

FORTUNAT.  Foj'-.  Amalaire. 

FOUTUMIO  (Augustin),  camal- 
dule.  né  dans  h  xô".  siècle ,  à  Fiesole 
en  Toscane,  de  parents  originaires  de 
Florence,  était  en  bas-âge  lorsque  son. 
père  mourut.  Il  fut  placé  aux  frais  du 
grand-duc ,  au  collège  de  Pise ,  où  il 
fît  des  progrès  très  remarquables  dans 
les  langues  et  la  littérature  ancienne. 
Après   avoir   terminé  ses  études,  il 
entra  au  couvent  des  Saints-àngcs,  à 
Florence,  et  ne  tarda  pas  à  y  pro- 
noncer ses  vœux.   L'exercice  de  ses 
devoirs ,  l'enseignement  des  langues 
et  la  recherche  des  monuments  qui 
pouvaient  intéresser  son  ordre,  rem- 
pliront entièrement  la  vie  du  P.  For- 
tunio.  Il  mourut  à  Florence  vers  1 5g5, 
dans  un  âge  peu  avancé.  On  a  de  ce 
savant  religieux:  I.  ffistoria  Camal- 
dulensium,  Florence,  1'^''.  part.  i575; 
2  .  part.  1579,  in-4°.   Gui  Grandi 
rend  justice  à  l'érudition  de  l'auteur 
et  à  l'utilité  de  ses  recherches  qui  ont 
préservé  de  la  destruction  plusieurs 
pièces  importantes  ;   mais  il  lui  re- 
proche d'avoir  adopté,  sans  examen, 
des   traditions   suspectes,  et  d'avoir 
commis  un  grand  nombre  d'anachro- 
nismes.  Cette  histoire  des  Camaldules 
a  été  entièrement   effacée   par   celle 
qu'ont  publiée  les  pères  Miltarelli  et 
Costadoni  {Foy. ces  noms  ).  11.  ^po- 
logia  Auç^iistini  Florentini  pro  libris 
suis  historiarum  Camaldulensium  ^ 
ibid.,  1592, in- 12.  C'est  une  réponse 
au  P.  Luc,  ermite,  qui  avait  démontré 
la  fausseté  de  plusieurs  miracles  cités 
par  Fertunio  :  elle  ne  satisfit  personne. 
III.    Chronichetta  del  monte  San- 
Savino  di   Toscana  ,  ibid.,  1 583, 
in-4°.;  IV.  Liber  Carminum,  ibid., 
1591  ,  in-S".  Les  poésies  de  Fortunio 
roulent  uniquement  sur  des  sujets  de 
dévotion.  On  a  encore  de  lui  des  Opus- 
cules peu  intéressants  :  Fita  et  mira- 
cula  SS.  Justi  et  démentis }  Trans- 
20.. 


368  F  0  S 

îatio  reliquinrum  S.  Romualdi,  1 562, 
in-8".,  etc.  Il  tiadui  it  lui-même  ce 
dernier  ouvrage  en  italien  j  il  a  donne' 
aussi  une  traduction  italienne  de  la 
vie  de  Saint-Romuald  par  Pierre 
Damien.  W — s. 

FORZ  ATE  ou  FORZ  ATI  (Cl  AUDE), 
poète,  né  à  Padoue  dans  le  it)*".  siè- 
cle ,  est  auteur  de  quelques  ouvrages 
qui  obtinrent  un  succès  mérité  à  l'é- 
poque de  leur  publication.  Sa  tragédie 
intitulée  Recinda  fut  représentée  sur 
difterents  théâtres  d'Italie;  et  elle  a  eu 
plusieurs  éditions ,  dont  la  meilleure 
est  celle  de  Venise,  1609,  in- 12.  Le 
recueil  de  ses  Rime  ou  poésies  di- 
verses a  été  imprimé  à  Padoue  en 
i585 ,  in-i'2.  On  a  encore  de  Forzati 
un  volume  de  vers  dans  le  patois  pa- 
douan,  sous  le  titre  de  Scareggio 
tandarelloy  Padoue,  i583,  in-4'. 
W— s. 

FOSCAUÀRI  (Gilles),  en  latin 
Foscherarius y  célèbre  dominicain, 
d'une  des  plus  nobles  et  des  plus  an- 
ciennes maisons  de  Bologne ,  né  le 
^7  janvier  i5i2,  entra  fort  jeune 
dans  l'ordre  de  S.Dominique,  et  fit 
ses  vœux  dans  le  couvent  de  cette 
ville.  Après  y  avoir  achevé  ses  études, 
il  fut  chargé  par  ses  supérieurs  d'al- 
ler professer  dans  différentes  mai- 
sons de  l'ordre ,  et  il  prit  le  bonnet 
de  docteur.  Il  était  en  i544  inquisi- 
teur et  prieur  du  couvent  de  Bologne. 
La  charge  de  mattre  du  sacré  palais 
étant  alors  venue  à  vaquer ,  le  pape 
Paul  m  l'appela  près  de  lui,  et  la 
lui  donna  :  c'est  lui  qui,  vers  le^néme 
temps,  fut  chargé  de  l'examen  et 
de  la  censure  du  livre  des  Exer- 
cices  spirituels  de  S.  Ignace.  Son 
savoir,  ses  talents,  sa  régularité,  lui 
concilièrent  Testime  du  sacré  col- 
lège, et  le  rendirent  cher  au  pape. 
Jules  m,  qui  succéda  à  Paul ,  parta- 
gea c«s  soutimcBts  ;  et  voulut  lui  ei^ 


FOS 

donner  une  preuve  en  le  nommant  en 
1 55o  ,  malgré  sa  répugnance ,  à 
l'évêché  de  Modène.  Foscarari  eut  à 
peine  le  temps  de  paraître  dans  s.i 
ville  épiscopale  ;  un  bref  de  Jules 
l'obligea  de  se  rendre  en  diligence  au 
concile  de  Trente ,  suspendu  depuis  le 
mois  de  septembre  i547  >  ^^  ^®"*  ^* 
pape  avait  ordonné  la  continuation. 
Foscarari  assista  à  la  première  session 
tenue  sous  le  pontificat  de  Jules ,  la- 
quelle était  la  ii*".  du  concile;  et 
bientôt  son  zèle  pour  la  foi,  et  sa  science 
lui  firent  une  réputation  parmi  les 
Pères.  Des  bruits  de  guerre  en  1 55'2 
ayant  de  nouveau  fait  suspendre  le 
concile,  Foscarari  retourna  à  Mo- 
dène, où  le  soin  de  son  troupeau  l'oc- 
cupa tout  entier.  Une  disette  vint  af- 
fliger cette  ville.  11  vendit  tout  ce 
qu'il  avait,  jusqu'à  sa  crosse  et  son 
anneau  pastoral,  pour  soulager  les  pau- 
vres. Son  épiscopat  ne  lui  avait  rien 
fait  changer  à  la  manière  de  vivre  de 
son  couvent;  il  était  vêtu  des  mêmes 
étoffes,  n'avait  point  une  table  mieux 
servie  ,  ni  d'autres  domestiques  que 
ceux  dont  il  était  impossible  de  se  pas- 
ser. Les  revenus  de  son  cvêché  étaient 
employés  ou  en  aumônes,  ou  en  ré- 
parations et  embellissements  de  son 
église.  Ses  vertus  ne  le  mirent  point  à 
fabri  d'une  imputation  odieuse.  On 
rendit  sa  foi  suspccleau  pape  Paul  IV. 
Foscarari  fut  arrêté  avec  le  cardi:  al 
Jean  de  Moron  ,  et  tous  deux  furent 
conduits  au  château  St. -Ange  le  21 
janvier  i558.  Le  plus  léger  examen 
détruisit  l'accusation,  et  aucun  des 
dénonciateurs  n'osa  comparaître.  Pie 
IV  ayant  succédé  à  Paul,  fit  déclarer 
l'accusation  intentée  contre  Foscarari 
fausse  et  calomnieuse. Ce  prélat  retour- 
na à  Modène,  où  le  plus  honorable  ac- 
cueil le  dédommagea  de  la  persécu- 
tion qu'il  avait  essuyée.  Pie  IV  ayant 
Qrdouné  la  continuation  du  concile , 


FOS 

Foscarari  se  rendit  à  Trente  le  i5 
avril  i56i.  Dans  la  première  con- 
grégation tenue  le  i5  janvier  sui- 
vant ,  ayant  éle'  convenu  qu'aucun 
discours  ne  serait  prononce'  en  pu- 
blic que  préalablement  il  n'eût  été 
examiné  et  approuvé,  Cet  examen  fut 
confié  à  Foscarari;  il  fut  aussi  chargé 
de  dresser  l'état  des  matières  qui  se- 
raient traitées  dans  chaque  session, 
et  de  rédiger  les  canons  qui  y  seraient 
arrêtés.  Il  ouvrit  toujours  des  avis 
sages  et  modérés.  Il  ne  quitta  point 
le  concile  qu'il  ne  fut  terminé.  Les 
pères  ayant  laissé  au  pape  le  soin  d'en 
faire  dresser  un  catéchisme  ,  et  de 
pourvoir  à  la  reformation  du  bré- 
viaire et  du  missel  romains ,  Pie  IV 
nomma  ,  pour  l'exécution  de  ce  dé- 
cret, Foscarari,  avec  Léonard  Ma^ 
rini  et  Foreiro  ,  tous  trois  de  l'ordre 
de  S.  Dominique.  (  Foy.  Foreiro.) 
Foscarari  était  occupé  de  ce  travail  à 
Rome ,  lorsqu'il  mourut  le  ^3  décem- 
bre i564.  Il  fut  inhumé  dans  le  cou- 
vent de  la  Minerve,,  de  son  ordre.  Il 
est  auteur,  avec  ses  collègues  cités  ci- 
dessus  ,  du  Catéchisme  ad  Parochos, 
Borne,  1567,  in-fol.  On  lui  attribue 
wn  livre  intitulé:  Ordo  judiciarius 
inforo  ecclesiastico.  L — y. 

FOSCâRI  (François),  doge  de 
Venise  de  i4'i3  à  14^7.  François 
Foscari  fut  élu  doge  le  1 5  avril  14^5, 
à  la  mort  de  Thomas  Mocenigo,  Il 
n'avait  guère  plus  de  cinquante  ans,  et 
il  était  le  plus  jeune  de  tous  les  élec- 
teurs dont  i!  réunit  les  suffrages.  On 
redoutait  cependant  à  Venise  le  goût 
qu'un  lui  connaissait  pour  les  armes  ; 
et  Qw  effet,  comme  ses  ennomis  Pa- 
vaient annoncé,  il  engagea  les  Véni- 
tiens dans  une  longue  gnerre  avec  les 
ducs  de  Milan,  Philippe  Marie  Vis- 
conli,  l't  François  Sforza.  Mais  l'am- 
bition de  Fo-caii  fut  avmtageuse  pour 
lii  vépubli(iue,  t^dis  ^u'à  lui-même 


FOS  5o9 

elle  ne  procura  que  des  mortifications 
et  des  chagrins.  Il  perdit  successive- 
ment ses  trois  fils;  et  le  quatrième, 
Jacques  Foscari,  sur  qui  reposait  l'es- 
poir de  sa    maison,  fut  accusé,   au 
mois  de  février  1 44^»  d'avoir  reçu 
des  présents  de  plusieurs  princes  et 
de  plusieurs  capitaines,  sans  doute 
pour  qu'il  leur  rendît  son  père  favora- 
îile.  Jacques  Foscari  fut  arrêté  par 
ordre  du  conseil  des  dix;   et  après 
avoir  confessé  à  la  torture  les  charges 
portées  contre  lui,  il  fut  relégué  à 
NapolideRomanie,etensuiteàTrieste: 
on  le  menaça  de  la  peine  de  mort,  s'il 
s'écartait  du  lieu  qui  lui  était  assigné 
pour  demeure.  Cependant  Hermolao 
Donati ,  procurateur  de  Siint-Marc , 
ayant  été  assassiné  en  1 45o ,  on  soup- 
çonna Jacques  Foscari  d'avoir  armé 
l'assassin  :  pendant  plusieurs  jours  on 
soumit  à  la  plus  horrible  torture,  et 
Foscari,   et  l'homme  qu'on  croyait 
qu'il  avait  soudoyé;  mais  on  ne  put 
tirer  aucun  aveu  ni  de  l'un  ni  de  l'autre. 
Cependant  le  fils  du  doge,  à  la  suiîe 
de  ces  affreuses  douleurs ,  perdit  pen- 
dant quelque   temps   l'usage   de  sa 
raison.  Son  père  supplia  qu'on  lui  per- 
mît de  déposer  une  dignité  qui  sem- 
blait  si  funeste  à  toute  sa  famille; 
mais  le  conseil  des  dix  le  retint  forcé- 
ment sur  le  trône,  en  même  temps 
qu'il  retenait  son  fils  dans  les  fers. 
Celui-ci  fut  renvoyé  à  la  Canée ,  dans 
l'île  de  Candie,  avec  l'obligation  de  se 
présenter  chaque  jour  au  gouverneur 
de  la  ville.  En  vain  il  demandait  grâce 
au  farouche  conseil  des  dix  :  en  vain 
il  réclamait  contre  l'injustice  de  sa 
dernière  sentence,  qui  devenait  évi- 
dente depuis  que  le  véritable  assassin 
d'Hermolao  Donati  avait  confessé  son 
crime  au  lit  de  mort.  Le  désir  de  re- 
voir  son  père  et  sa  mère,  ariivés 
tous   deux  au  dernier  terme  de  1»^ 
viçillcsse  j  le  désir  de  revoir  unç  ^s^,•^ 


5io  FOS 

trie  dont  la  cruauté  ne  méritait  pas  un 
si  tendre  amour  ,  se  chanf;;èreut  chez 
lui  en  une  vraie  fureur.  ISe  pouvant 
retournera  Venise  pour  y  vivre  libre, 
il  voulut  du  moins  y  aller  chercher  un 
supplice.  Il  écrivit  au  duc  de  Milan 
pour  implorer  sa  protection  auprès  du 
sénat  j  et  sachant  bien  qu'une  telle  lettre 
lui  serait  imputée  comme  un  crime ,  il 
l'exposa  lui-même  dans  un  lieu  oii  il 
savait  qu'elle  serait  saisie  par  les  es- 
pions qui  l'entouraient.  En  effet,  au 
mois  de  juillet  i^Sô,  le  conseil  àcs 
dix  envoya  une  galère  pour  le  cher- 
cher. Introduit  devant  ses  juges,  il 
reconnut  aussitôt  sa  lettre ,  et  il  avoua 
le  motif  qui  la  lui  avait  fait  écrire. 
Le  tribunal,  sans  se  contenter  de  celle 
déclaration ,  lui  fit  donner  trente  tours 
d'estrapade  pour  tirer  de  lui  quelque 
autre  aveu;  cependant  il  permit  en- 
suite à  son  père,  à  sa  mère,  à  sa 
femme  et  à  ses  fils  d'aller  le  voir  dans 
sa  prison ,  après  quoi  il  le  renvoya  à 
la  Canée;  mais  à  peine  Foscari  fut-il 
débarqué  sur  celle  terre  d'exil ,  qii'il  y 
mourut  de  douleur.  Le  vieux  doge  , 
accablé  d'années  et  de  chagrins ,  s'é- 
tait efforcé  de  paraître  encore  ferme 
dans  la  prison  de  son  fils;  mais  après 
l'avoir  quitté,  il  s'évanouit.  Dès-lors  on 
ne  le  vit  jamais  recouvrer  ni  ia  force 
du  corps  ni  celle  de  Tame;  il  n'assista 
plus  à  aucun  des  conseils,  et  il  ne  put 
plus  remplir  aucune  des  fonctions  de 
sa  dignité.  11  était  alors  âgé  de  qualrc- 
•vingi  quatieans;  et  sa  mort  ne  pou- 
vait se  faire  long-temps  attendre  :  mais 
le  conseil  des  dix,  au  mois  d'octobre 
1457,  lit  demander  à  François  Fos- 
cari d'abdiquer.  Le  vit  ux  doge  répon- 
dit qu'il  se  soumettrait  .aux  ordres  de 
]a  seigneurie,  et  qu'il  ne  les  devance- 
rail  pas.  Alors  le  conseil  des  dix  lui 
donna  l'ordre  d'évacuer  en  trois  jours 
le  pilais,  et  de  renoncer  aux  orne- 
meuls  ducaux.  Foscari  obéit  ^iuis  mur- 


FOS 

raurer  ;  il  retourna  chez  lui  avec 
son  vieux  frère  Marc  Foscari ,  pro- 
curateur de  Saint-Marc.  Un  édit  du 
conseil  des  dix  menaça  de  traduire 
devant  les  inquisiteurs  d'état ,  qui- 
conque parlerait  de  celte  révolution. 
Pasqual  Malipicri  fut  élu  pour  succes- 
seur de  Foscari  :  mais  ce  dernier, 
entendant  les  cloches  qui  sonnaient  eu 
actions  de  grâces  pour  cette  élection 
nouvelle,  mourut  tout  à  coup  d'une 
veine  qui  se  rompit  dans  sa  poitrine , 
trois  jours  après  sadcposition.  S.  S — i. 
FOSCARÎNI  (  Paul-Antoine  ), 
mathématicien  ,  né  vers  i58o  ,  à 
Venise,  suivant  le  père  Jacob,  ou  dans 
le  royaume  de  Naples,  suivant  d'au- 
tres bibliographes ,  embrassa  la  vie 
religieuse  dans  l'ordre  des  carmes  de 
l'ancienne  observance ,  et  professa  la 
théologie  et  la  philosophie  à  Naples  et 
ensuite  à  Messine.  11  fut  nommé  en 
1608  recteur  de  la  province  de  Ca- 
labre  ,  et  continué  dans  celte  place 
pendant  plusieurs  années.  La  lecmre 
des  premiers  ouvriiges  de  Galilée  ren- 
dit le  père  Foscarini  partisan  déclaré 
du  système  de  Copernic;  et  il  publia , 
en  161 5,  une  lettre,  dans  laquelle 
il  examine  les  passages  de  la  Bibic 
qui  paraissent  en  opposition  avec 
le  principe  de  la  rotation  de  la  terre, 
et  les  explique  d'une  manière  aussi 
subtile  qu'ingénieuse.  Celte  lettre  fut 
le  signal  el  le  prétexte  de  la  première 
persécution  que  les  défenseurs  des 
anciennes  idées  firent  essuyer  à  Ga- 
lilée. {P^oj.  Gaulée.)  Elle  fut  déférée 
à  la  congrégation  de  [^ index,  qui 
prononça  la  suppression  des  para- 
graphes les  plus  remarquabh'S ,  el 
blâma  l'auteur  du  mauvais  usage  qu'il 
faisait  de  ses  talents.  On  croit  que  le 
chagrin  détermina  le  P.  Foscarini  à 
renoncer  à  l'étude;  on  peut  même 
présumer  que  cette  cai»se  avança  sa 
mort,  que  le  bibliothécaire  de  l'ordre 


FOS 

place  vers  Tanne'e  1616.  La  leltre 
qu'on  a  cile'c  est  intitulée  :  Lettera 
sopra  Vopinione  de  Pittagorici  e 
del  Copernico ,  délia  mohilità  délia 
terra  e  stahilità  del  sole,  e  ilnuo- 
i^o  Pittagorico  sistema  del  mondo  , 
Naples,  iGi5,  in-4".  Elle  a  ëte  tra- 
duite en  latin ,  et  réimprimée  à  Ley- 
de,  iG56,et  à  Lyon,  i64i,in-4"«7 
à  la  suite  des  Dialogi  Galilaei  Gali- 
laeL  Le  P.  Foscarini  a  laisse'  en  ma- 
nuscrit plusieurs  ouvrages,  parmi  les- 
quels on  indiquera  les  suivants  :  Ckfiti- 
pvndium  arlium  libcraliiim  ;  De  di- 
vinatione  artificiosd,  naluralietcos- 
mologicd;  De  oraculis  antiquis  deo- 
rum ,  genlilium  et  sybdlarum.  De 
cosmographid  tractatus.  On  a  en- 
core de  lui  des  Sermons  ,  des  Trai- 
tes de  théologie  et  des  livres  ascétiques 
en  latin ,  imprimés  à  Coscnza ,  1611, 
in-B".  W— s. 

FOSGARTNI  (Michel),  sénateur 
vénitien,  et  l'un  des  historiographes 
de  cette  république  ,  naquit  en  iè52. 
11  n'avait  que  dix-sfpt  ans  lorsqu'il 
perdit  son  père,  qui  laissait  plusieurs 
fiis  dont  Mit  hel  était  l'aîné*  il  perdit 
aussi  sa  mère  deux  ans  après,  el  resta 
ainsi  à  dix-neuf  ans  à  la  tête  de  sa 
maison.  Dès  h  fin  de  l'année  suivante, 
il  fut  un  des  jeunes  patriciens  élus  à 
la  boule  d'or  (1).  Foscarini  entra  lui- 
même  dans  les  charges  en  iôd^. 
Après  en  avoir  rempli  successivement 
plusieurs,  où  il  fit  voir  autant  d'équité 
que  de  talents  et  d'éloquence ,  il  fut 
nommé,  en  1662  ,  l'un  des  avogadors 

(i)  Le  4  décembre  de  chaque  année  ,  le  doge  en 
personne  ,  ou  en  son  absence  le  doyen  des  con- 
seUlers  ,  tirait  publiquement  au  sort  les  noms  de 
trente  jeunes  nobles  ,  âtjés  de  vingt-un  ans  ,  afin 
qu'ils  pussent,  avant  l'âge  fixé  par  les  lois,  qui 
était  celui  devinât-cinq  ans  accomplis,  conconrir 
par  leur  vote  dans  le  g'and  conseil,  à  l'élection 
«les  magistrats  et  des  employés  publics.  Cela  se 
faisait  avec  des  boules,  les  unes  blanches,  les 
autres  jaunes,  qu'on  appelait  boules  d'or.  Ceux 
dont  le  nom  sortait  de  lalistc  ea  même  temps  que 
l'on  tirait  une  des  boules  jaunes,  étaient,  comme 
•n  disait  a  Venise  ,  é(u$  à  la  boule  d'or. 


FOS  on 

de  la  république  (2).  En  i€64 ,  il  fut 
fait  gouverneur  de  l'île  et  de  la  ville 
de  Corfou  ,  avec  le  titre  de  provédi- 
teur  et  de  capitaine.  De  retour  à  Ve- 
nise quatre  ans  après ,  il  fut  graduel- 
lement -revêtu  des  dignités  les  plus 
honorables,  et  dont  l'exercice  exi- 
geait la  réunion  des  qualités  les  plus 
rares.  L'historiographe  Batlista  Nani 
étant  mort  en  1678,  le  conseil  des 
dix  jeta  les  yeux  sur  Foscarini,  pour 
continuer  à  sa  place  l'histoire  de  la 
république  de  Venise  ,  commencée 
par  le  cardinal  Bcmbo,  et  qu'après 
lui,  d'autres  historiens,  dont  Nani 
était  le  dernier ,  aussi  nommés  par  le 
même  conseil,  avaient  conduite  jus- 
qu'à la  fin  du  fameux  siège  de  Candie 
en  1 66g.  Au  milieu  des  graves  occu- 
pations que  lui  donnait  le  service  de 
la  république ,  il  ne  cessa  point  de 
s'occuper  de  la  tâche  importante  qu'on 
lui  avait  confiée;  il  avait  rédigé -j  livres 
de  son  histoire,  qui  s'étendent  jusqu'en 
1690  ,  lorsqu'il  fut  attaqué  d'un  mal 
subit ,  qui  l'emporta  en  moins  d'une 
heure,  le  5i  mai  1692.  Il  avait  été 
reçu ,  dès  sa  première  jeunesse ,  de 
l'académie  des  Incogniti.  Parmi  les 
différents  morceaux  qu'il  y  avait  lus  , 
sont  deux  Nouvelles,  imprimées  dans 
la  5^  partie  des  Novelle  amorose 
degli  accademici  fncogniti,  Venise, 
i65 1 ,  in-4°.  Il  n'avait  alors  que  dix- 
neuf  ans.  Deux  ans  après  (  i653  ), 
parut  à  Venise  l'ouvrage  latin  de-Ca- 
raraella,  divisé  en  deux  parties,  în- 
12  :  l'une  intitulée  Sacra  purpura  ^ 
contenant  les  éloges  des  cardinaux 
alors  vivants;  l'autre,  sous  le  titre  de 
Muséum  illustriorum  poëtarum  ^  gui 
ad  hœc  usque  tempora  Idtino  car* 
mine  scripserunt.  Cette  seconde  partie 
était  publiée  avec  des  noies  de  Michel 

(2)  Espèce  de  censeurs  ou  d'accusateurs  pu- 
blics, chargés  de  veiller  au  maintien  des  lois, 
comme  les  tribuns  l'étaient  à  Komc  de  veiller  *u 
maintiea  de  la  liberl^i 


5i3  FOS 

Foîicarini.  Chacun  des  poètes  latins 
l.'claitce'Iebic  <lans  l'ouvr.ige  que  par 
Il  II  distique  ;  Foscarini  avait  ajouté  à 
chaque  distique  une  courte  noie  sur 
]a  personne,  la  vie  cl  les  ouvrages  du 
poète.  Mais  c'est  à  son  Histoire  de 
f^enise  qu'il  doit  surtout  sa  rcnom- 
^  mée.  Son  frère,  Bastieu  Foscarini, 
la  fit  paraître  chez  Combi  et  Lanou  , 
à  Venise,  1696,  gr.  in-4''.  Les  mê- 
mes libraires  en  donnèrent  une  se- 
conde édition  ,  aîissi  in-4*'.  mais  plus 
petit,  en  1G69;  enfin  elle  a  été  réim- 
primée dans  la  Collection  des  histo- 
riens  de  Fenise ,  dont  elle  forme  le 
dixième  volume,  1712,  gr.  in-4''. 
L'auteur  n'eut  pas  le  temps  d'y  mettre 
la  dernière  main  :  aussi  n'cst-ellc  pas 
ccrite  avec  l'élégance  d'un  ouvrage 
fini  ;  et  même  quelques  endroits  ne 
paraissent  qu'ébauches;  mais  le  style 
en  est  généralement  grave,  noble,  et 
ï'on  pourrait  dire  sénatorial ,  sans  cn- 
flure  et  sans  trop  de  familiarité.  Elle 
occupe  dignement  sa  place  dans  cette 
longue  chaîne  historique ,  qui  est  re- 
vêtue d'une  grande  authenticité,  puis- 
qu'elle est  tirée  des  archives  mêmes 
du  sénat ,  et  rédigée  sous  ses  yeux  par 
des  sénateurs  de  son  choix,  mais  de 
laquelle  on  pourrait  dire  cependant, 
et  pour  ces  mêmes  raisons,  qu'elle 
est  plus  authentique  que  sincère. 
G— É. 
FOSCARINI  (Marc  ),  de  la  même 
famille  que  le  précédent,  fournit  une 
carrière  encore  plus  illustre  et  dans 
la  politique  et  dans  les  lettres.  Né  en 
1695 ,  il  se  distingua  dès  sa  jeunesse 
par  son  savoir ,  son  éloquence ,  la 
pureté  de  ses  mœurs  et  la  dignité  de 
sa  conduite.  ïl  entra  de  bonne  heure 
dans  les  charges;  et  après  avoir  par- 
couru les  degrés  qui  conduisaient  aux 
magistratures  suprêmes,  il  fut  nommé 
chevalier  et  procurateur  de  Sf.-Marc, 
^t  envoyé  en  ambassade  dans  plusieurs 


FOS 

cours  de  l'Europe ,  où  il  se  fit  admirer 
par  de  grands  talents ,  de  hautes  ver- 
tus ,  et  une  magnificence  presque  égale 
à  celle  des  ministres  des  plus  grands 
rois.  Avant  de  partir  pour  sa  pre- 
mière légation  ,  il  avait  été  choisi  par 
le  conseil  des  dix  pour  continuer  et 
terminer  l'histoire  de  Venise ,  en  la 
reprenant  où  Michel  Foscarini ,  et 
après  lui  le  sénateur  Garzoni ,  l'avaient 
conduite (  /^o^.  Garzoni).  L'éloigne- 
ment  où  il  fut  pendant  plusieurs  an- 
nées du  dépôt  des  archives  secrètes  , 
d'où  les  historiographes  de  la  répu- 
blique étaient  seuls  autorisés  à  tirer 
des  titres  et  des  documents ,  l'empêcha 
de  se  livrer  à  la  composition  de  cet 
ouvrage.  Pour  s'occuper  cependant 
d'un  objet  analogue  à  la  commission 
qu'il  avait  reçue ,  il  rassembla  les  ma- 
tériaux qu'il  avait  recueillis  depuis 
long-temps  sur  l'histoire  littéraire  de 
sa  patrie.  Il  avait  mis  à  contribution 
les  savantes  bibliothèques  de  Venise , 
et  il  en  possédait  lui-même  une  im- 
mense. Dès  qu'il  put  jouir  de  quelque 
re[)OS ,  il  commença  l'exécution  de  sou 
projet  :  il  divisa  son  travail  en  deux 
parties.  La  première  devait  embrasser 
les  sciences  les  plus  utiles  à  l'état  5  et 
la  seconde ,  celles  qui  en  font  l'orne- 
ment ,  mais  qui  n'en  constituent  pas 
l'essence.  Il  comptait  donc  traiter, 
dans  la  première  de  ces  deux  parties, 
du  droit  civil  et  du  droit  canonique , 
de  l'histoire  nationale  et  étrangère  , 
de  l'astronomie  et  de  la  navigation , 
de  la  géographie,  de  Tarchitecture 
nautique  et  militaire ,  de  l'hydrauli- 
que, et  enfin  de  l'éloquence  du  sénat 
et  du  barreau.  Le  premier  volume  de 
cette  partie,  qui  a  seul  paru,  ne  traite 
que  des  quatre  premières  sciences;  et 
quoique  le  titre  annonce  huit  livres, 
il  n'y  en  a  que  quatre.  Ce  volume  est 
intitulé  :  Délia  Letteratura  Vene- 
ziana  libri  oito  ^  vol.  I,  Padgue  ^ 


FOS 

1752 ,  grand  in-fol. ,  édition  très  belle 
et  très  soignée ,  comme  le  sont  toutes 
celles  qui  sortirent  des  presses  de  Co- 
mino  sous  la  direction  des  savants 
frères  Volpi.  Ce  sont  quatre  grandes 
dissertations  ou  discours  suivis,  dont 
le  texte  contient ,  dans  un  très  beî 
ordre ,  l'histoire  de  la  naissance  et 
des  progrès  de  ces  quatre  parties  des 
connaissances  liuraaiues  dans  la  re- 
publique de  Venise;  un  jugement 
fort  sain  sur  les  principaux  ouvrages 
de  droit  civil,  de  droit  ecclésiasti- 
que ,  d'histoire  ve'nilienne  et  d'histoire 
étrangère,  et  des  notices  succinctes 
sur  leurs  auteurs.  Les  recherches  par- 
ticulières ,  les  autorités,  les  citations  , 
les  discussions  et  tous  les  autres  dé- 
tails sont  rejeîés  dans  de  savantes 
notes,  qui  forment,  à  l'égard  de  ces 
quatre  sciences  ,  un  répertoire  très 
riche  et  très  abondant.  Aussi  le  P.  Jean 
des  Agostini ,  qui  fit  paraître  cette 
même  année  le  premier  volume  de 
ses  Scrittori  Feneziani ,  dit-il  à  Fos- 
carini,  dans  l'épîlre  dédicaloire  qu'il 
lui  adresse ,  qu'il  a  tiré  de  ce  beau 
volume  d'aniples  lumières  ;  qu'il  s'est 
empressé  d'en  profiter  pour  enrichir  le 
sien,  et  qu'il  compte  encore  par  la 
suite  y  trouver  de  grands  secours.  Le 
cardinal Querini  écrivit,  au  sujet  de  ce 
livre,  trois  savantes  lettres  italiennes 
adressées  à  son  neveu  le  sénateur  An- 
dré Querini,  qui  furent  traduites  eu 
italien  et  publiées  à  Venise  en  1755. 
Les  grandes  occupations  dont  Fosca- 
rini  se  trouva  toujours  chargé  ne  lui 
permirent  pas  de  donner  la  suite  de 
cet  important  ouvrage.  On  lui  confia 
la  direction  des  monuments  publics, 
celle  de  la  bibholhèque  de  St.-Marc 
et  de  l'université  ;  enfin  il  fut  élevé  le 
28  mai  1 762  à  la  suprême  dignité  de 
doge  :  mais  il  n'en  fut  revêtu  que  pen- 
dant dix  mois,  et  iF  mourut,  univer- 
sellement regretté,  le  3i  mars  1763, 


FOS 


3i3 


âgé  de  soixante-huit  ans.  Il  a  laissé 
deux  autres  productions  moins  consi- 
dérables ,  mais  écrites  avec  beaucoup 
de  justesse  ,  de  goût  et  de  clarté , 
qualités  qui  distinguent  aussi  sa  Let- 
teratura  Feneziana:  l'une  appartient 
à  l'art  oratoire,  et  est  intitulée  :  Trat- 
tato  delV  eloquenza  estempoianea 
utile  e  necessarla ,  dimosirata  agli 
stati  liberi  /  l'autre  est  histoi  ique  ,  et 
a  pour  titre ,  Arcane  memorie  ossia 
segreta  storia  del  regno  di  Carlo 
imperatore  seslo  di  queslo  nome. 
G — E. 
FOSCO,  en  latin  FUSCUS  (  Pla- 
cide ),  médecin  aussi  distingué  par  ses 
qualités  personnelles  que  par  ses  con- 
naissances, naquit  à  Montefiori ,  dans 
le  territoire  de  Rimini ,  vers  la  fin  de 
iSog.  Ayant  fait  de  son  art  et  des 
sciences  physiques  une  étude  pro- 
fonde, il  exerça  la  médecine  en  Sicile 
et  à  Malte.  11  possédait,  dans  un  de- 
gré éminent ,  la  science  du  prognos- 
tic;  et  pour  l'ordinaire,  l'événement 
justifiait  si  bien  ses  prédictions,  qu'il 
en  avait  reçu  le  surnom  de  prognostes 
(celui  qui  devine).  Le  pape  Pie  V  le  prit 
pour  son  médecin ,  et  le  mit  au  rang 
de  ses  familiers  les  plus  intimes. Fosco 
se  faisait  un  devoir  de  donner  gratui- 
tement ses  soins  aux  pauvres ,  et  il  vi- 
sitait de  prédilection  les  prisonniers 
de  l'inquisition  et  les  malades  des  hô- 
pitaux. Il  ne  cessa,  pendant  seize  ans, 
de  porter  à  ces  infortunés  les  remèdes 
et  les  secours  que  réclamait  leur  si- 
tuation. Il  mourut  le  i3  m§rs  1674. 
Il  est  auteur  d'un  ouvrage  qui  a  pour 
titre  :  De  usu  et  ahusu  astrologiœ  in 
arte  medicd,  autore  Placido  Fosco 
PU  F,  P.  M.  medico  et  intima f ami- 
liari.  Malgré  le  talent  de  l'auteur  et 
les  places  qu'il  a  occupées  ,  on  ignore- 
rait peut-être  encore  rexistcuce  de  son 
hvre,  si  Gaudencc  Robert,  savant 
religieux  de  l'ordre  "des  carmes ,  ne 


3i4  FOS 

l'avait ,  pour  ainsi  dire ,  revëlee  à  son 
ami,  Jean-Jacques  Manget,  auquel  il 
en  envoya  une  nutice.  —  Fosco  (  Lac- 
tance),  frère  puînc  du  précèdent, 
docteur  en  droit  canon  et  civil ,  cha- 
noine de  Riraini,  et  archiprêtre,  sa- 
vant dans  les  langues  grecque  et  latine, 
mourut  Ip  9  juin  1 550,  âge  de  47  ans. 
IVIoreri  rapporte  les  epilaphes  de  ces 
deux  frères ,  tirées  de  la  Bibliotiièque 
de  Manget.  L— -y. 

FOSSATI  (Jean  François),  re- 
ligieux béne'diclin  de  la  congrégation 
du  Mont-Olivel ,  né  à  Milan  vers  la 
fin  du  l6^  siècle,  se  fil  un  nom  pu- 
son  talent  pour  la  chaire,  et  fut  enfin 
tiré  de  son  cloître  pour  être  placé  sur 
le  siège  épiscopal  de  Torlone.  Il  ad- 
ministra son  diocèse  avec  sagesse,  et 
mourut  en  i653.  Le  P.  Fossati  était 
membi  e  de  Pacadémie  des  Animosi , 
sous  le  nom  de  XAssicurato.  On  con- 
naît de  ce  prélat  :  T.  Orazione  fu- 
nèbre nella  morte  delser,  CosimoU 
Medicij  gran  diica  di  Toscana , 
Sienne,  1620,  in-4".  II.  Discorso 
nclla  morie  délia  signora  D.  Fran- 
cesca  da  Cordova ,  moglie  del  duca 
di  Feria,  Milan,  iGiS ,  in-4**. 
III.  Memorie  istoriche  délie  guerre 
d^Ilalia  del  secolo  présente  dalV 
anno  1600,  Milan,  1640,  in-4°-; 
Bologne,  i64i  et  lô/iSjin-S"*.;  cette 
histoire  est  peu  estimée.         W — s. 

FOSSATI  (George),  architecte, 
graveur  et  imprimeur ,  né  à  Morco  , 
près  deLugano,  au  commencement 
du  1 8*.  siècle ,  s'est  acquis  une  répu- 
tation très  étendue  par  le  grand  nom- 
bre de  beaux  ouvrages  sortis  de  son 
burin.  A  une  connaissance  profonde 
des  arts  du  dessin ,  il  joignait  du  goût 
pour  les  lettres ,  et  possédait  les  lan- 
gues anciennes  et  modernes.  On  a  de 
Fossati:  I.  Raccolta  di  varie  favole 
delineate  ed  incise  in  rame ,  Venise, 
1744)^ vol.,  grand  in-4°.  Le  texte 


FÔS 

est  italien  et  français.  Les  gravures 
placées  en  têle  de  chaque  fable  for- 
ment le  principal  mérite  de  ce  recueil, 
très  recherché  des  curieux.  II.  Sloria 
delV  architeltura  nella  quale,  oltre 
le  vite  degli  architetti ,  si  esamina  le 
vicende,  i  progressif  la  decadenza,  il 
risorgimcTito  e  la  perfezione  delV 
arte,  Venise,  1747^  in-S".  Cg.  C'est 
une  traduction  des  Vies  des  architectes 
par  Fclibien.  Il  la  redonna  quelques 
années  après  sous  ce  titre  :  Fita  de- 
gli Architetti  del  signer  Felihien , 
tradotta  dalfrancese;  Venise ,  dalle 
stampedi  G.  Fossati,  1755,  in-8°., 
ornée  de  1 1  planches.  On  y  trouva 
aussi  la  Maison  de  Pline,  et  la  Dis- 
sertation sur  l'architecture  antique  et 
gcthique.(^.J.E.FELiBiEN.)lILUnc 
traduction  italienne  de  Mirza-Nadir, 
ou  Mémoires  du  marquis  de  Sandé^ 
gouverneur  de  Candahar ,  Venise , 
1755,  in- 12.  On  doit  à  Fossati, 
comme  graveur,  un  recueil  des  édi- 
fices de  Falladio ,  les  plans  de  Veuist , 
Bergame ,  Genève ,  et  une  carte  du  lac 
de  Lugano.  —  Fossati  (  David  An- 
toine )  ,  frère  du  précédent ,  né  à 
Morco,  en  1708,  a  laissé  des  pein- 
tures à  fresque  très-estimées  des  con- 
naisseurs. W — s. 

FOSSE.   F,  Hays  et  Lafosse. 

FOSSÉ  (  Pierre  Thomas  du  ) , 
connu  par  sa  piété  et  par  ses  écrits, 
né  à  Rouen  en  1  (i34  -,  e»t  pour  père 
Gentien  Thomas  jina\lTQ  des  comptes 
en  la  chambre  de  Normandie.  Sa  fa- 
mille, l'une  des  plus  considérables  de 
Rouen ,  était  originaire  de  Blois.  Son 
grand-père  avait  servi  utilement  Hen- 
ri m  et  Henri  IV  pendant  nos  trou- 
bles civils,  et  avait  fait  rentrer  plu- 
sieurs villes  sous  Tobéissauce  de  ces 
princes.  Pierre  fut  dès  son  enfance 
destiné  par  ses  pieux  parents  à  l'état 
ecclésiastique.  H  n'avait  que  sept  ans 
lorsqu'ils  lai  firent  donner  la  tonsure, 


F  0  s 

qu'il  reçut  en  même  temps  que  le 
sacrement  de  confirmation,  il  ne 
prit  jamais  les  ordres ,  et  ne  portnit 
pas  même  l'habit  de  clerc;  mais  il 
vécut  dans  le  célil)at,  quoique  de- 
venu fort  jeune  l'aînc  de  sa  famille. 
11  n'avait  que  neuf  ans  lorsqu'en  164  5 
il  fut  amené  à  Porl-Royal  des  Champs, 
avec  deux  frères  plus  âges  que  lui , 
pour  y  recevoir  une  ëducTtion  chre'- 
tienne,  et  y  être  instruit  dans  les 
lettres.  Pierre  du  Fossé  ne  quitta  point 
les  eVoîes  de  Port-Pioyal  tant  qu'elles 
subsistèrent ,  et  il  suivit  ceux  qui  les 
tenaient  dans  les  différenls  lie'ix  où  les 
circonstances  du  temps  les  obligeaient 
de  transférer  leur  école.  Il  demeura 
toute  sa  vie  attaché  à  ces  célèbres 
et  pieux  solitaires,  et  à  la  doctrine 
qu'ils  professaient.  Obligé  de  quitter 
Port-Koyal,  il  vint  à  Paris,  à  l'âge 
de  vingt-un  ans ,  et  logea  avec  le  Nain 
deXillemont,  unpeuplusjeunequclui, 
qui  déjà  s'occupait  d'histoire  ecclésias- 
tique ,  et  ramassait  des  matériaux 
pour  1rs  travaux  qui  l'ont  illustré.  Il 
s'élablit  entre  eux  une  amitié  étroite 
qui  dura  toute  leur  vie.  Us  avaient 
avec  eux  un  M.  Dusac  qui  savait  l'hé- 
breu. Du  Fossé  profila  de  l'occjksion 
qui  se  présentait  pour  apprendre 
cette  langue,  et  parvint  en  peu  de 
tc^ps  à  s'y  rendre  assez  habile 
pour  entendre  l'original  de  l'Ancien- 
Testament,  et  même  pour  commen- 
ter quelques  p>aumes.  Tillemont  et 
Du  Fossé  revoyaient  la  traduction 
de  Saint  -  Jean  Climaque  d'Arnauld 
d'Andilly,  avec  Ant.  Lemaître:  celui- 
ci  ,  ayant  su  que  la  bibliothèque  du 
chancelier  Seguier  contenait  plu- 
sieurs manuscrits  de  ce  père,  et  les 
commentaires  d'Elie  de  Crète  qui  pou- 
vaient en  éclaircir  les  endroits  obs- 
curs, chargea  Du  Fossé  de  les  exa- 
miner, et  d'en  extraire  ce  qui  pouvait 
être  utile  à  leur  travail.  Quelques  sc- 


FOS  0'3 

raaiues  lui  suffirent  pour  remplir  celte 
tâche.  Du  Fossé  ne  demeura  guère 
qu'un  au  avec  Tillemont.  Antoine  Le- 
maître, ayant  obtenu  la  permission  de 
retourner  à  Port-Royal  avec  un  ami , 
choisit  Du  Fossé  pour  son  compagnon. 
Us  y  vécurent  dans  la  plus  profonde 
retraite ,  jusqu'à  la  mort  du  premier  , 
arrivée  en  i658.  Lemaître  de  Sacy, 
frère  d'Antoine,  continua  de  diriger 
les  études  de  Du  Fossé,  et  lui  proposa 
de  travailler  avec  lui  à  la  vie  de  dora 
Barthelemi  des  Martyrs,  de  l'ordre 
de  Saint-Dominique, ^rchevêquc  de 
Braga.  Les  écrits  de  ce  prélat  étant 
en  espagnol ,  Du  Fossé  apprit  cette 
langue,  et,  bientôt  après,  la  langue  ita- 
lienne. Les  solitaires  de  Port-Royal 
étaient  alors  l'objet  d'une  vive  persé- 
cution. Du  Fossé  partagea  leur  sort; 
il  n'eut  plus  de  demeure  fixe.  Arrêté 
le  i3  mai  1666,  à  l'extrémité  du 
faubourg  Saint-Antoine,  où  il  était 
caché  avec  Sacy  et  Fontaine ,  ils  furent 
tous  les  trois  conduits  à  la  Bastille.  Il 
en  sortit  au  bout  de  six  mois ,  et  reçut 
ordre  de  se  retirer  dans  sa  terre  du 
Fossé,  en  Normandie.  Il  charma  l'en- 
nui de  cet  exiî  en  continuant  ses  tra- 
vaux ,  et  les  sanctifia  par  son  assiduité 
à  la  prière  et  par  des  œuvres  de  cha- 
rité. Il  prit  la  peine  d'étudier  un  peu 
de  médecine  pour  se  rendre  plus  utile 
à  ses  vassaux ,  et  il  voulut  bien  devenir 
l'arbitre  de  leurs  différends.  Lemaître 
de  S-icj  était  sorti  de  la  Bastille;  ils 
firent  ensemble  un  voyage  à  Angers , 
pour  y  voir  M.  Henri  Arnauld  qui  en 
était  évêque,  et  l'ancien  curé  de  Saint- 
Mcrry,  M.  Hillerin,  leur  ami,  qui  s'y 
trouvait  alors.  Les  ordres  qui  rete- 
naient Du  Fossé  en  Normandie  ayant 
été  levés ,  il  revint  à  Paris,  et  s'y  réu- 
nit de  nouveau  à'  Tillemont ,  qu'il 
quitta  ensuite  pour  aller  vivre  avec 
M"'^.  Du  Fossé,  sa  mère.  A  la  mort 
de  celte  dame,  il  comptait  se  reti/cr 


5î5  FOS 

et  se  livrer  entièrement  h  la  soli- 
tude. Son  4ibve  et  sa  belle  -  sœur, 
nièce  de  M.  de  Sacy,  lui  firent  tant 
d'instances,  lui  promettant  toute  li- 
berté pour  ses  éludes  et  ses  au- 
tres exercices,  qu'il  continua  de  de- 
meurer avec  eux.  Il  travaillait  à  la 
vie  des  Saints  sur  des  mémoires  que 
Tillemonl  lui  fournissait.  M.  de  Sacy 
était  mort  en  1684.  î^<'»rs  amis  com- 
muns exigèrent  de  Du  Fossé  qu'il  dis- 
continuât ce  travail  pour  achever  celui 
'  de  Sacy  sur  la  Bible ,  resté  incomplet. 
Il  fit  de  cette  occupation  celle  du  reste 
de  sa  vie,  parfageant  son  séjour  entre 
Paris  et  sa  terre  du  Fossé,  où  une 
disette  et  d'autres  calamités  lui  four- 
nirent de  fréquentes  occasions  d'exer- 
cer ses  soins  charitables.  Les  dernières 
années  de  sa  vie  se  passèrent  dans  les 
angoisses  d'une  maladie  longue  et 
cruelle,  qu'il  supporta  avec  une  rare 
patience.  Une  attaque  de  paralysie  qui 
se  porta  sur  la  gofge  et  sur  la  langue 
lui  ôta  l'usage  de  la  parole.  C'est  dans 
cette  situation  pénible  qu'il  composa 
ses  Mémoires,  souvent  interrompus 
par  l'état  de  sa  santé.  Il  mourut  le 
4  novembre  1698,  quelques  mois 
après  les  avoir  terminés.  Ses  écrits 
sont  pleins  d'onction;  sa  critique  est 
judicieuse,  son  style  pur  et  noble.  S'il 
tirait  quelque  profit  de  ses  ouvrages  , 
le  produit  en  était  entièrement  em- 
ployé en  bonnes  œuvres.  Jamais  per- 
sonne n'a  été  plus  détaché  des  choses 
du  monde.  M.  de  Porapone ,  son  ami 
et  son  allié,  qui  connaissait  ses  talents, 
/  voulut  vainement  l'employer  dans  ses 
ambassades.  Une  vie  cachée  et  pieuse 
était  l'élément  de  Du  Fossé;  il  n'en 
sortit  point.  Peu  d'hommes  ont  tenu 
une  conduite  plus  exemplaire,  et  eni- 
])loyé  leur  temps  d'une  manière  plus 
chrétienne.  La  seule  chose  que  la  cen- 
sure la  plus  sévère  puisse  lui  repro- 
cher, et  que  n'excuse  pas  l'exemple 


FOS 

d'hommes  célèbres  et  très  estimables 
d'ailleurs,  est  son  opposition  à  des 
décisions  auxquelles  il  devait  se  sou- 
mettre. Encore,  si  ce  toit  pouvait  êti'e 
diminué  par  la  bonne  foi ,  ne  peut- 
on,  en  lisant  ses  mémoires,  douter 
de  la  sienne.  On  a  de  lui  :  I.  Fie  de 
Dom  Barthelemi  des  Martyrs,  tirée 
de  son  histoire ,  écrite  par  cinq  au- 
teurs ,  dont  le  premier  est  Louis  de 
Grenade^Pans,  i663,  in-8^.;  1664, 
in-4".  Non  seulement  Du  Fossé  avait 
recueilli  les  matériaux  de  cette  Vie, 
donnée  par  M.  de  Sacy,  et  l'avait  tra- 
duite de  l'espagnol  ;  il  avait  encore  eu 
part  à  sa  composition ,  en  sorte  qu'on 
peut  la  lui  attribuer,  à  plus  juste  titre 
peut-être  qu'à  M.  de  Sacy.  U,  La  Fie 
de  Saint- Thomas ,  archevêque  de 
Cantorbery  et  martyr,  tirée  de 
quatre  auteurs  contemporains  qui 
Vont  écrite,  et.  des  historiens  dAn^ 
gleterre  qui  en  ont  parlé,  des  Lettres 
du  Saint  ^  de  celles  du  pape  Alexan^ 
dre  III y  et  de  plusieurs  person- 
nages du  même  temps ,  et  des  An- 
nales du  cardinal  Baronius ,  in-4**. 
et  in-i'2,  Paris,  1674,  sous  le  nom 
de  Beaulieu.  ITI.  Histoire  de  Ter- 
tullien  et  d'Origène,  qui  contient 
d'excellentes  apologies  de  la  foi  ^ 
contre  les  païens  et  les  hérétiques , 
avec  les  principales  circonstances 
de  Vhistoire  ecclésiastique  et  pro-i- 
fane  de  leur  temps  ^  sous  le  nom 
du  sieur  de  la  Motte,  Paris,  1O75, 
in-80.;  et  Lyon,  i6gi,  in-8".  IV. 
Fie  des  Saints  pour  tous  les  jours 
du  mois,  '1  vol,  in-4".,  i68j  et  1687. 
Du  Fossé  avait  entrepris  ce  grand 
ouvrage  ;  mais  il  le  qi(1tta  pour  conti- 
nuer, après  la  mort  de  M.  de  Sacy, 
son  travail  sur  la  Bible.  V.  Mémoire^ 
de  Louis  de  Ponlis ,  officier  des  ar- 
mées du  roi ,  contenant  plusijur^ 
circonstances  des  règnes  de  Ilenr 
ri  IF,  Lms  XIII  et  Louis  XIF^ 


FOS 

depuis  Van  1 5g6  jusqu'en  Van  1 65a, 
Paris,  1676,  '2  vol.  in-12.  Cet  ou- 
vrage est  curieux  et  plein  d'anecdotes 
recueillies  de  la  bouche  de  ce  pieux 
militaire,  retiré  à  Port-lîoyal  des 
Champs  ,  après  cinquante  ans  de  ser- 
vice. Peut-être  est-il  un  i>eu  diffus ,  et 
tous  les  faits,  ceux  surtout  qui  regar- 
dent le  cardinal  de  Richelieu,  dont  de 
Pontis  avait  à  se  plaindre ,  ne  méri- 
tent-ils pas  un  égal  degré  de  confi;jnce. 
\  ï.  Préface  du  poème  contenant  la 
tradition  de  VÉglise  sur  Veiicharis- 
tie ,  par  Louis  LemaÎLre  de  Sacf  ^ 
Paris,  1695,  in-ii.  Vîl.  Continua- 
tion de  la  grande  Bible  de  Sacj" , 
avec  le  sens  spirituel  et  liiiéral.  La 
partie  de  cet  ouvrage  qui  appartient  à 
Du  Fossé,  consiste  dans  le  Deutero- 
nome ,  Josué,  les  Juges ,  Ruth ,  les 
deux  derniers  Libres  des  Rois  ,  les 
Para/ipomènes  ,  Esdras  ,  Tohie , 
Judith^  Esther ,  Job,  les  Psaumes 
en  trois  volumes ,  Jérémie  ,  Raruch, 
Ezechiel,  Daniel,  Us  Machabées , 
les  quatre  Evangélistes ,  et  la  moitié 
des  Actes  des  apôtres ,  le  tout  iu-S". , 
Paris,  en  différentes  années.  Du  Fossé 
avait  composé  une  préftce  qui  conte- 
nait un  éloge  de  M.  de  Sacy,  laquelle 
fut  mise  à  la  tête  des  Nombres  ;  elle 
ne  se  trouve  que  dans  la  i^'^.  édition. 

VIII.  Les  petites  notes  de  la  Rible  de 
Sacy,  jusquaux    Paralipomènes. 

IX.  Mémoires  de  M.  Pierre  Tho- 
mas, écuyer,  seigneur  du  Fossé, 
contenant  V histoire  de  sa  vie  et  plu- 
sieurs particularités ,  Utreoht,  1709, 
in-i2.  Il  y  rend  un  compte  fidèle  de 
ce  qui  est  arrivé  aux  ecclésiastiques  , 
aux  solitaires  ,  aux  religieuses  et  aux 
amis  de  Port -Royal,  depuis  i645 
■jusqu'en  1698.  On  assure  que  la  fa- 
mille de  Thomas  du  Fossé  sub^ste 
encore  à  Rouen.  (  Foy.  le  Dit  t.  des 
Anonymes ,  IV,  igo.  )        L — y. 

f  dSSËU6E(FRA^çoISE  deMont- 


FOS  5r7 

MORENCY,  dite  la  belle).  Son  nom 
était  Montmorenci  Fosseux;  et  si  elle 
porte  le  nom  de  Fosseuse,  c'est  par 
l'usage  qui  a  quelque  temps  subsisté  à 
la  cour  et  à  la  ville  de  donner  aux 
noms  des  femmes  une  terminaison  fé- 
minine. Fille  de  Pierre  de  Montmo- 
renci,  premier  du  nom,  elle  naquit 
vers  l'année  1 564 ,  et  fut  placée  comme 
fille  d'honneur  près  de  la  reine  Mar- 
guerite, femme  de  Henri  îV,  alors 
roi  de  Navarre.  La  belle  Fosseuse 
était  l'ornement  de  la  petite  cour  de 
Nérac,  composée  de  ce  qu*il  y  avait  de 
plus  galant.  Marguerite  de  Valois, 
très  indulgente  pour  les  amours  de 
son  mari,  vit  d'abord  sans  peine  rat- 
tachement de  Henri  pour  M'*'",  de  Fos- 
seux. Celte  belle ,  naturellement  co- 
quette, inspira  une  .vive  passion  au 
duc  d'Alençon,  beau-frère  de  Henri  IV, 
ùl  fut  cause  de  la  brouillerie  du  duc 
avec  le  roi  de  Navarre.  La  multiplicité* 
d'intrigues  qui  occupaient  cette  petite 
cour  fit  naître  la  guerre  connue  sous  le 
ixom  de  guerre  des  amoureux.  Cctîe 
guerre  fut  terminée  en  1  58o  par  la 
conférence  de  Stix  en  Pcrigord.  Fos- 
seuse étant  devenue  grosse,  Henri 
ne  ncgligciiit  rien  pour  cacher  sa  gros- 
sesse; il  décida  même  la  reine  à  all«.T 
prendre  les  eaux  d'Aiguës,  et  à  em- 
mener sa  maîtresse  (  qu'il  appelait  sa 
fille  ),  avfc  peu  de  suite.  Cependait 
le  moment  fatal  arriva.  Ecoutons  la 
reine  Marguerite  rapporter  elle-même 
cet  événement:  a  Le  mal,  dit-e!le, 
»  prit  à  Fosseuse  au  point  du  jour.  Elle 
»  fit  avertir  mon  mari  :  nous  étions  cou- 
»  chés  en  une  même  chambre,  en  di- 
»  vers  lits,  comme  nous  avions  accou- 
»  tumé.  Il  se  trouva  fort  en  peine.  Cj-ai- 
»  gnant  d'un  coté  qu'elle  fût  décou- 
»  verte ,  et  de  l'autre  qu'elle  fût  mal 
»  secourue ,  il  ouvre  mon  rideau  et  me 
»  dit:  Ma  mie  ,  /e  vou<!  ai  celé  une 
»  chose  qu'il  faut  que  je  vous  avoue  ,* 


3i8 


FOS 


p/e  vous  prie  de  m'en  excuser» 
»  Obligez  -  moi  tant  que  de  vous 
»  le  fer  à  cette  heure  et  d'aller  se- 
D  courir  Fosseuse  qui  est  fort  mal. 
»  Je  m  assure  que  vous  ne  vou- 
»  drez ,  la  sentant  en  cet  état , 
»  vous  ressentir  de  ce  qui  s'est  passé. 
»  rous  savez  combien  je  taime.  Je 
»  vous  prie ,  obligez-moi  en  cela.  » 
ta  réponse  fut  aussi  favorable  que 
Henri  pouvait  l'espérer.  La  reine  se 
leva  ,  et  alla  voir  ^^^^  Fosseux,  qui 
accoucha  d'une  fille  raorle.  Un  amour 
qui  avait  dure  cinq  à  six  mois  n'ayant 
plus  de  charmes  pour  le  cœur  du  roi, 
Fosseusefut  abandonnée  pour  la  com- 
tesse de  la  Guiche,  en  1 582  ;  et  elle 
cpousa  dans  la  même  année  François 
de  Broc,  seigneur  de  St.-Mars  et  de 
Broc,  dont  elle  n'eut  point  d'cnfanls. 
La  suite  de  sa  vie  ne  pi  ésente  rien  de 
remarquable.  B — y. 

FOSTER  (Samuel)  ,  mathémali- 
cien  anglais ,  né  dans  les  premières 
années  du  i  -j^.  siècle  ou  les  dernières 
du  16".,  fut  élevé  à  l'université  de 
Cambridge ,  et  s'appliqua  de  bonne 
heure  à  l'étude  des  mathématiques, 
oij  il  obtint  de  son  temps  une  réputa- 
tion distinguée.  Nommé  en  i650  pro- 
fesseur d'astronomie  au  collège  de 
Gresbam  ,  il  quitta  cette  place  ,  on  ne 
sait  pour  quelle  raison ,  dix  mois 
nprès ,  et  la  reprit  eu  i64i.  Il  fut 
l'un  des  membres  de  l'association 
d'où  sortit  ensuite  la  société  royale 
de  Londres;  mais  il  mourut  en 
i652 ,  avant  la  formation  de  cette 
compagnie  savante.  On  a  de  lui  un  bon 
traité  de  gnoraonique  ^  iG38,  in-8\ , 
et  d'autres  ouvrages  publiés  après  sa 
mort,  sous  les  titres  suivants:  X.Pos- 
thtimaFosteri  ji65'î,\n-^''.  II. Quatre 
Traités  de  gnomonique  (1),  i654  , 


(1)  Dans  ses  divers 
eummeatés 
•ateurs.  Fosier 


en  Angleterre  par 
>sier  dtfiine  l'iog4 


igcs  sur  la  gnomonique, 
beaucunp  d'autres 
lieux  pro««d«  «les 


FOS 

in^".  III.  Xe  Secteur  perfectionné 
{the  Sector  altered),ib\d. .  16G1  , 
in-4''*  IV'  Mélanges  ou  Feilléesma-  , 
thématiques  (tant  en  latin  qu'en  an- 
glais ),  i65(),  info!.  On  remarque 
dans  ces  Mélanges  \*Epitome  d'Aris- 
tarquede  S^mos  de  magnitudine  so- 
lis  et  lunœ ,  et  la  traduction  latine 
des  Lemmata  d'Archimède,  faite 
par  Jean  Greaves  sur  un  manuscrit 
arabe,  revue  et  corrigée  par  Fostcr. 
(  Voyez  ArchimÈde.  )  11  avait  fait 
des  observations  d'éclipsés  ,  et  avait 
inventé  et  perfectionné  plusieurs  ins- 
truments d'astronomie  et  de  mathé- 
matiques. —  Deux  autres  savants  du 
nom  de  Foster  ont  également  écrit 
sur  des  objets  de  mathématiques. 
Guillaume  Foster  a  publié,  en  i633, 
in-4°.  la  traduction  anglaise  de  deux 
ouvrages  composés  m  latin  par  Ough- 
tred ,  géomètre  fameux  dans  son  temps 
et  dont  il  avait  été  le  disciple  ;  l'un  sur 
des  cercles  de  proportion  ,  espèce  de 
cadran  logarithmique;  l'autre  sur  un 
instrument  horizontal ,  servant  à  ré- 
soudre tous  les  problèmes  qui  exigent 
ordinairement l'usagedu  globe,et  à  tra- 
cer des  cadrans  sur  toutes  sortes  de 
plans. — Marc  Foster  publia  en  an- 
glais, en  1690,  une  Trigonométrie 
arithmétique,  dans  laquelleildonnele 
moyen  de  résoudre  tous  les  triangles 
recliligncs  par  l'arithmétique  simple  et 
sans  le  secours  des  tables.     X — s. 

FOSTER  (Jacques),  théologien 
angliis  de  la  classe  des  dissenters y 
était  fils  d'un  foulon  ;  il  naquit  à  Exe- 
ter  en  1697  '  ^^  reçut  son  instruction 
dans  cette  ville.  Il  fut  admis  à  prêcher 
en  17 18,  et  s'acquit  de  la  célébrité; 
mais  il  excita  contre  lui  la  clameur 


écheUet  gnomoniques .  Cette  méthode  ,  la  plus 
expéditive  et  la  plus  exacte  de  toutes  ,  est  très 
usitée  en  Angleterre  ;  elle  ^tait  presque  incon- 
nue en  hrauce  avant  la  publication  «le  YEncjclo- 
pèdic.  Quelques  auteurs  aitribiicnt  rinvcaliOB  de 
ves  échelles  a  Lduioud  Ganter. 


FOS 

populaire ,  en  adoptant  des  senti- 
ments  particuliers,  dans  une  con- 
troverse très  anime'e,  sur  la  doc- 
trine de  la  Trinité.  Oblige  de  quit- 
ter son  pays  natal ,  il  se  retira  à 
Melbourne ,  dans  le  comte'  de  Somer- 
set ,  dont  le  même  motif  l'ëloigna  aussi 
quelque  temps  après.  Il  dirigea  ensuite 
deux  congrégations  religieuses  à  Co- 
lesford  et  à  Wokcy.  Un  Essai  sur  les 
principes  fondamentaux ,  où  il  s'atta- 
chait à  démontrer  que  la  foi  en  la  Tri- 
nité n'est  pas  une  des  bases  du  chris- 
tianisme, essai  qu'il  fit  imprimer  en 
17*20,  avec  un  sermon  sur  la  résur- 
rection de  J.  C. ,  alarma  une  partie  de 
ses  auditeurs  ,  et  lui  attira  des  dégoûts 
qui  le  forcèrent  d'aller  chercher  un 
asile  ailleurs  :  il  trouva  cet  asile  à 
Trowbridge  dans  le  comté  de  Wilt; 
mais  n'y  voyant  point  dans  l'exercice 
de  son  état  des  moyens  d'existence  suf- 
fisants ,  il  eut  l'idée  de  le  quitter ,  et 
d'apprendre  le  métier  d'un  gantier , 
chez  qui  il  s'était  mis  en  pension. 
Au  bout  de  quelque  temps,  celui-ci, 
regrettant  de  voir  un  mérite  aussi  dis- 
tingué enseveli  dans  un  migasin  ,  lui 
procura  la  connaissance  d'un  riche 
particulier,  qui  le  garda  deux  ans  au- 
près de  lui  en  qualité  de  chapelain. 
Etant  allé  à  Londres ,  il  obtint  la 
permission  de  prêcher  devant  une 
congrégation  considérable.  L'éloquen- 
ce qu'il  déploya  dès  la  première  fois 
qu'il  parut  dans  la  chaire,  fit  une 
impression  très  profonde  sur  le  célèbre 
médecin  Méad  ,  qu'une  pluie  d'orage 
avait  porté  à  chercher  un  asile  daus 
le  temple.  Ce  médecin ,  que  ses  oc- 
cupations et  les  distractions  de  la 
société  avaient  en  quelque  sorte  en- 
levé à  (a  religion ,  se  sentit  édifié. 
Ayant  attendu  la  fin  du  sermon ,  il 
s'approcha  de  Fosler,  le  remercia 
tlu  bien  qu'il  avait  fait  à  son  ame , 
et   l'invita  à  le  veuir  voir.  Ils  de- 


FOS  5i9 

vinrent  amis  intimes ,  et  Méad  comp- 
tait cette  circonstance  comme  une  des 
plus  heureuses  de  sa  vie.  Cette  liaison 
fut  très  utile  à  Foster,  qui  en  1724 
devint  pasteur  de  la  congrégation  de 
Barbican  à  Londres,  oij  il  continua 
d'officier  pendant  vingt  années.  Sa 
Défense  de  Vutilité,  de  la  vérité  et 
de  l'excellence  de  la  révélation  chré' 
tienne ,  qu'il  publia ,  en  1  73f  ,  contre 
l'ouvragedeTindal,  Ze  Christianisme 
aussi  ancien  que  la  création ,  et  qui 
est  écrite  à  la  fois  avec  force  et  modé- 
ration ,  eut  beaucoup  de  succès  :  Tin- 
dal  lui-même  déclara  que  Foster  était 
de  tous  ses  antagonistes  le  seul  dont  iï 
redoutait  la  dialectique ,  mais  qu'il 
le  respectait  et  l'aimait  comme  un 
homme  sincère  et  de  bonne  foi.  Foster 
eut  ensuite  à  soutenir  une  autre  con- 
troverse avec  le  docteur  Henri  Steb- 
bing,  qui  y  répandit  un  peu  de  cetie 
virulence  et  de  celte  dureté  d'expres- 
sion que  lui  avaient  fajt  contracter 
ses  démêlés  avec  Warburton.  Eu 
1744?  Foster  fut  nommé  pasteur 
de  l'église  indépendante  de  Pinner's 
Hall.  A  la  suite  d'une  vive  contro- 
verse qui  s'était  élevée  au  sujet  du 
baptême,  Foster,  demeuré  convaincu 
de  la  nécessité  de  l'immersion,  se 
fît  baptiser  de  nouveau,  à  l'âge  de 
plus  de  4o  3tts.  La  réputation  dont 
il  jouissait  comme  prédicateur,  se 
soutint  jusqu'à  la  fin.  Il  commença  , 
dès  1 728,  à  prononcer  dans  le  quar- 
tier appelé  Old  Jewry,  chaque  se- 
maine, des  leçons  du  soir,  qui  eurent 
pendant  20  ans  une  vogue  extraor- 
dinaire. La  chaleur  de  son  ame  était 
secondée  par  une  élocution  douce 
à  la  fois  et  énergique,  et  par  uu 
geste  animé.  Son  indifférence  poui' 
l'argent  l'avait  empêché  de  songer 
à  se  ménager  quelques  ressources 
pour  la  vieillesse  :  ses  amis  y  sup- 
pléèrent en  ouvrant  des  souscriptions 


320  F  OS 

pourTimpressiondR  ses  Discours  sur 
1%  religion  naturelle  et  la  vie  SO' 
cials,  eii  2  vol. ,  i  ']^()-i'j5i.  Le  sai- 
sissement qu'il  éprouva  en  accompa- 
gnant à  l'échafaud  eu   174^  le  lord 
Kilmarnock  ,  paraît  avoir  porté  ua 
coup  funeste  à  sa  constitution.  L'u- 
niversité d'Aberdeen  lui  conféra  ,  en 
1748,  le  degré  de  docteur  en  théo- 
logie. Il  mourut  paralytique ,  le  5  no- 
vembre 1755.  11  n'était  ni  fanatique 
ni  superstitieux;  mais  on  a  peine  à 
lui  attribuer,  comme  l'a  fait  le  lord 
Bolingbroke  ,  cet  aphorisme  impie, 
que  IfL  où  le  mystère  commence  , 
la  religion  finit.  Outre  les  écrits  cités 
ci-dessiis,  on  a  de  lui  des  Traités  sur 
Vhérésie ,   des   Discours  funèbres  , 
et  quatre  volumes  in-8  '.  de  Sermons, 
traduits  en  partie  en  français  par  J. 
N.S.  Allamand,  Leyde,  1739,  in-8". 
X— s. 
FOSTER  (  Sir  MiCHAEL  ) ,  juris- 
consulte anglais ,  né  en  1 689 ,  à  Marl- 
borough,  dans  le  Wiltshire,  passa, 
de  l'université  d'Oxford,  au  collège 
du  Temple ,  et  exerça  la  profession 
d'avocat  à  Marlborough ,  puis  à  liris- 
tol,  dont  il  fut  choisi  Recorder  eu 
1755.  Il  publia,  dans  le   cours  de 
cette  année,  un  examen  de  l'exposé 
du  pouvoir  ecclésiastique,  présenté 
dans    le   Codex  juris   eccùsiastici 
jénglicani,  pamphlet  qui  lui  mérita  la 
reconnaissance  des  amis  de  la  liberté, 
comme  opposant  une  barrière  puis- 
sante aux  principes  dangereux  ren- 
fermés dans  le  livre  de  l'évêque  Gi- 
bson.  (  Voytz  Edmond  Gibson.  ) 
Il  eut  plusieurs  éditions,  et  occasionna 
une  vive  controverse.  Fosler  s'était 
fait  un  nom  dans  Texercice  de  sa  pro- 
fession j  et  en  1745,  il  fifl  élu  juge 
de  la  cour  du  banc  du  roi  et  créé  che- 
valier :  il  occupa  cette  place  jusqu'à  sa 
^mort,  avec  un  grand  caractère  d'inté- 
grité et  d'habileté.  En  176a,  il  publia 


FUS 

un  Rapport  sur  les  procédures  de  la 
commission  instituée  pour  le  juge- 
ment des  rebelles,  en  1 746,  dans  le 
comté  de  Surrey ,  et  sur  d'autres 
causes  de  la  couronne  ^  suivi  de 
Discours  sur  quelques  parties  du 
droit  de  la  couronne  (  crown  law  ), 
Cet  ouvrage  jouit  d'une  grande  estime 
en  Angleterre ,  et  a  mérité  à  son  au- 
teur les  éloges  du  célèbre  Blackstone. 
Il  a  été  réimprimé  en  1776,  et  de 
nouveau  à  Londres,  in-S".,  avec  des 
améliorations,  par  un  neveu  de  Pos- 
ter, Michel  Dodson.  Foster  mourut 
le  7  novembre  1763.  X — s. 

POSTER  (  Jean  ),  savant  philolo- 
gue anglais ,   naquit  à   Windsor  en 
1751  ,  et  fit  ses  premières  études  au 
collège  d'Eton ,  011  son  application  au 
travail  et  une  sobriété  rare  à  son  âge 
lui  méritèrent  l'intérêt  de  ses  supé- 
rieurs. Admis,  en  1 748 ,  à  l'université 
de  Cambridge ,  il  y  devint,  en  1 75o , 
associé  du  collège  du  Roij  et,  peu  de 
temps  après,     le  docteur  Edouard 
Barnard ,  célèbre   maître  de  l'école 
d'Eton,  l'appela  auprès  de  lui  pour 
eu  faire  l'un  de  ses  adjoints.  Ce  choix, 
vu  la  sévérité  qu'y  apportait  toujours 
cet  instituteur  célèbre ,  était  le  meil- 
leur témoignage  qu'on  piit  rendre  de 
la  capacité  de  Foster.  Le  docteur  Bar- 
nard ,  ayant  résigné  ses  fonctions  en 
1 7(35 ,  le  fit  choisir  pour  lui  succéder. 
Foster  avait  en  effet  toutes  les  qualités 
nécessaires  pour  occuper  cette  place, 
excepté  la  douceur  et  la  politesse  de 
manières ,  auxquelles  son  prédéces- 
seur avait  particulièrement  accoutume' 
tout  ce  qui  était  dans  sa  dépendance. 
Ses  emportements  avaient  déjà  influe 
d'une  manière  funeste  sur  sa  santé, 
lorsqu'il  pjit  le  sage  parti  d'offrir  de 
lui-même  sa  démission.  Le  roi  le  dé- 
dommagea de  ce  sacrifice,  en  lui  don- 
nant,  en   177*2,  un  canouicat  daniJ 
l'église  de  Windsor.  Sa  saaté  étant 


FOS 

alors  aile  lée  ;  il  alla,  pour  la  rétablir, 
preudie  les  eaux  de Spa ,  où  il  mourut 
au  mois  de  septembre  177 5.  On  n'a 
imprime'  de  lui  qu'un  ouvrage,  mais 
qui  suffit  pour  prouver  sou  érudition , 
sa  sagacité,  son  goût  et  sa  caudeur  : 
Essai  sur  la  nature  différente  de 
l'accent  et  de  la  quantité ,  avec  leur 
usage  et  leur  application  dans  la 
prononciation  des  langues  anglaise , 
latine  et  grecque  ;  contenant  un  pré- 
cis et  une  explication  des  tons  an- 
ciens, et  une  Défense  de  V accentua^ 
tion  moderne,  contre  les  objections 
d'.Isaac  P^ossius ,  Henninius  ,  Sar- 
pedonius ,  le  docteur  Gallr  et  au- 
tres auteurs  y  Cambridge,  1765,  in- 
8**.  (  en  augl.iis.  )  On  y  trouve  une 
version  latine  du  poème  adr  ssé  par 
Marc  Musuio  à  f.eon  X  (  f^oj,  Mu- 
suRo  ).  Ou  a  conserve  avec  soin  les 
manuscrit^  de  plusieurs  de  ses  exer- 
cices de  collège.  X  — s. 

F06TËK  \  Mistriss  Anne  Fme- 
liiNDE  ) ,  née  Mastermann ,  uaquit  en 
17471  3  Margale,  et  entra  dans  le 
monde  avec  tous  les  avantages  que 
donnent  la  beauté,  l'esprit  et  la  for- 
tune ;  mais  une  aventuie  d'amour 
qu'elle  eut  avant  sa  seizième  année, 
irrita  tellement  son  grand-père  contre 
elle  ,  qu'il  la  déshérita  entièrement. 
Elle  pirdit  par-là  5,ooo  livres  st«u*l. 
de  rentes  anuuf  lies.  Mariée  deux  fois, 
sou  second  mari  l'abandonna,  et  la 
laissa  dans  une  extrême  pauvreté, 
d'où  les  ressources  réunies  d'une  pe- 
tite école,  du  travail  de  l'aiguille,  et  de 
la  composition  de  quelques  ouvrages 
littéraires,  ne  purent  la  tirer.  Elle 
mourut  a  Margate,-le  24  mars  1 789 , 
âgée  de  4^  a^is.  On  cite ,  parmi  ses 
productions ,  un  roman  intitulé  :  La 
Fieille  fille  (ïhe  old  maid).  X — s. 
FUTHERBY,  navigateur  anglais, 
fut  envoyé,  en  1614,  avec  Baffm, 
pour  faire,  des  découvertes  dans  le 


FOT  5a  t 

Nord.  Après  avoir  éprouvé  de  grandes 
difficultés  ,  ils  s'avancèrent  jusqu'à  la 
points  du  Spitzbcrg  ,  nommée  Red- 
beach.  Elle  était  au  loin  ,  entourée  de 
glaces,  sur  lesquelles  ils  furent  obli- 
gés de  marcher  pour  arriver  à  la  cote, 
a  Notre  espoir  d'y  trouver  quelques 
»  portions  de  baleines, dit  Fotherby, 
»  fut  déçu;  mais,  en  revanche,  nous 
»  y  avons  vu  ce  que  nous  ne  comptions 
»  pas  voir,  une  immense  quantité  de 
»  glaces  qui ,  du  rivage  où  elle  était 
»  amoncelée,  s'étendait  dans  la  mer 
»  à  une  distance  où  la  vue  ne  pouvait 
»  atteindre,  v  Le  i*"".  août,  ils  parti- 
reiil   de  Fair  Hjvcn,   situé  vers   la 
pointe  nord  est  du  Spitzberg,  pour  es- 
sayer de  passer  au  nord,    puis    au 
nord-est  en  traversant  les  glaces  :  à 
peine  eurent-ils  fait  huit  lieuts ,  qu'ils 
en  rencontrèrent  qui  venûcnt  du  sud- 
est  et  du  nord -ouest.  L'eau  de  la  mer 
gela  de  l'épaisseur  de  quelques  lignes. 
Fotherby  se  trouvait  alors  au-delà  du 
80^.  degré  de  1  uitude  boréale.  Il  prit 
le  parti  de  retourner  en  Angleterre. 
L'année   suivante,   la  compagnie  de 
Russie  renvova  Fotherby  à  la  décou- 
verte d'un  passage  au  Nord;  mais  ce 
navigateur  ne  put,  à  cause  des  glaces , 
aller  plus  loin  que  dans  le  précédent 
voyage.  11  mirqua  sur  une  carte  tout 
ce  qui  avait  déjà  été  découvert   du 
Spitzberg  dans  l'espace  compris  entre 
le  7 1''.  et  le  80".  parallèles  nord ,  de- 
puis le  cap  Ha»  kluyt  jusqu'au  26^  de- 
gré dans  l'est.  L'espace  qui  n'était  pas 
occupé  par  la  terre ,  se  trouvait  obs- 
trué p.ir  les  glaces.  Le  récit  de  ces 
deux  tentatives  prouve  que,  nonobs- 
tant i'opinion  de  plusieurs  géographes 
et  naturalistes   renommés  ,  la   mer 
peut   geler  ,    puisque    six  semaines 
après  le  solstice  d'été,  sa  surface  était 
déjà  prise  :  eu  hiver,  elle  ne  doit  for- 
mer qu'une  masse  de  glaces.  De  nos 
jours,  le  voyage  du  capitaine  Phips  a 

21 


322 


FOT 


démontre  qiie  ,  si  4es  anciens  naviga- 
teurs n'avaient  pas  réussi  à  franchir 
robstacie  que  leur  opposaient  les 
glaces ,  c'est  qu'il  était  insurmonta- 
ble. ^  E—s. 

FOTHERGILL  (Jean),  célèbre 
médecin  anglais,  naquit  le  8  mars 
l'jis,  à  Carr-eud,  près  Biebemout, 
dans  le  comté  d'York.  Son  enfance 
fut  confiée  à  la  tendre  amitié  de  sou 
aïeul  maternel,  Thomas  Hough,  ri- 
che habitant  du  Cheshire,  qui  le  plaça 
dans  la  maison  d'éducation  de  Sed- 
berg ,  dirigée  par  les  quakers.  Ces  ha- 
biles instituteurs  ne  tardèrent  pas  à 
découvrir  chez  leur  jeune  pupille  le 
germe  des  plus  belles  quahtés  de  l'es- 
prit et  du  cœur.  Doué  d'une  sensibilité 
profonde ,  Fofher^ill  crut  avec  raison 
que  la  médecine  lui  fournirait  cons- 
tamment l'occasion  de  soulager  ses 
frères,  et  d'être  ulile  à  l'humanité. 
Agé  de  seize  ans,  il  étudia  d'abord , 
sous  les  auspices  de  l'excellent  phar- 
macien Bartlelt,  l'art,  trop  négligé 
par  les  médecins,  de  préparer  les 
remèdes.  Il  se  rendit  ensuite  à  la  cé- 
lèbre université  d'Edimbourg,  et  de- 
vint le  disciple  le  plus  assidu  et  le  plus 
chéri  du  savant  Alexandre  Monro.  La 
dissertation  qu'il  soutint  en  i  ^67 , 
pour  obtenir  le  doctorat ,  De  emeti- 
eorum  usu  in  variis  morhis  trac- 
tandis,  tient  un  rang  distingué  dans 
îe  Thésaurus  medicus  de  Guillaume 
Sraellie.  Persuadé  que  ce  titre  ne  lui 
donnait  pas  encore  le  droit  d'exercer 
îme  profession  dont  il  ne  possédait 
^uela  théorie,  il  suivit  pendant  plu- 
«ieurs  années  les  visites  des  médecins 
de  l'hôpital  Saint-Thomas,  à  Londres. 
En  1 740 ,  il  fit ,  avec  quelques  amis, 
en  Hollande,  en  France  et  en  Alle- 
magne ,  un  voyage ,  dont  il  traça  une 
cbauche  dans  une  lettre  latine  au  doc- 
teur Cuming ,  de  Dorchester.  De  re- 
tour dans  sa  patrie,  Fothergill  se  li- 


FOT 

rra  sans  relâche  à  la  pratique.  Pout 
ne  point  manquer  d'occupations,  dans 
une  ville  oij  il  était  peu  connu ,  il  con- 
sacra principalement  ses  soins  à  la 
classe  des  pauvres,  qui  ne  possé- 
daient point  encore  à  cette  époque  la 
précieuse  ressource  des  dispensaires. 
Ses  premiers  pas  furent  marqués  par 
des  succès;  et  bientôt  une  angine  gan- 
greneuse, qui  devint  épidéraique  cjji 
174^7  fournit  au  jeune  praticien  l'oc- 
casion de  montrer  dans  tout  son  éclat 
le  génie  observateur  dont  il  élail  doué. 
La  maladie,  traitée  généralement  par 
la  saignée,  les  purgatifs  et  les  débili-' 
tants,  faisait  d'horribles  ravages.  Fo- 
thergill  suivit  une  méthode  plus  ra- 
tionelle,  et  conséquemment  plus  heu-' 
reuse.  Les  vomitifs,  donnés  avec  mé*- 
nagement ,  une  petite  quantité  de  vin 
ajoutée  aux  boissons,  les  acides  miné- 
raux préférés  aux  végétaux,  et  lf« 
amers,  furent  les  moyens  qu'il  em- 
ploya ,  et  il  guérit  presque  tous  les  ma- 
lades confiés  à  ses  soins.  Dès-lors  sa 
réputation  fut  parfaitement  établie  : 
appelé  de  toutes  parts,  on  le  cherchait 
d'autant  plus,  qu'il  était  plus  difficile 
de  l'avoir.  Toutefois  ce  traitement  ju- 
dicieux, auquel  Fothergill  dut  tant  de 
gloire  et  de  fortune,  avait  été  indiqué 
par  les  médecins  italiens,  eC  pratiqué  à 
Londres  même  par  le  trop  modeste 
Lealherland,  qui  ne  voulut  pas  être 
nommé.  Les  plus  célèbres  académies! 
de  l'Angleterre,  la  société  royale ,  celle 
de  médecine,  celle  des  antiquaires, 
le  collège  des  médecins  de  Londres, 
et  celui  d'Edimbourg,  admirent  Fo- 
thergill dans  leur  sein  ;  toutes  ces  so- 
ciétés reçurent  de  lui  de  nombreux  et 
riches  tributs.  Passionné  pour  l'histoire 
naturelle  et  l'économie  rurale,  il  ache- 
ta, en  1762,  à  Uplon  eu  Essex,  un 
champ  très  vaste,  qu'il  convertit  eu 
un  jardin  magnifique,  dans  lequel  il 
réussit  à  acclimater  une  foule  de  plante* 


FOT 

ûrangères,  importantes  à  la  méde- 
cine et  aux  arts,  et  dont  Lcttsom  a 
publié  un  excellent  catalogue.  Chaque 
année,  il  distribuait,  dans  les  trois 
royaumes,  et  dans  les  colonies  an- 
glaises, un  grand  nombre  de  ces  utiles 
végétaux.  Il  récompensait  généreuse- 
ment les  personnes  qui  lui  procuraient 
des  objets  rares;  il  faisait  même  voya- 
ger des  naturalistes  à  ses  dépens.  Sort 
cabinet  zoologtque  et  minéralogique 
était,  au  rapport  de  Solander,  un  des 
plus  complets  de  l'Angleterre.  La 
santé  délicate  de  Folhergiil  ne  lui 
permettant  plus  de  supporter  les  t'ui- 
gpes  sans  cesse  renaissantes  d'une 
immense  pratique,  il  résolut,  en  i  ^65, 
de  suspendre  chaque  année  ses  occu- 
pations pendant  deux  mois,  et  de 
passer  ce  temps  à  Lee-hall,  près  du 
lieu  qui  avait  été  son  berceau.  Il  dut 
probablement  à  cette  mesure,  ainsi 
qu'aux  tendres  soins  de  ses  parents 
et  de  ses  amis,  l'avantage  de  pousser 
sa  carrière  jusqu'à  69  ans.  Il  mourut 
généralement  regretté  le  16  décembre 
1 780.  L'épitaphe  qu'on  mit  sur  son 
tombeau  est  d'une  simplicité  énergigue 
et  touchante  :  Ci-git  le  docteur  Fo- 
ihergill,  qui  dépensa  deux  cent  mille 
puînées  pour  le  soulagement  des 
malheureux.  Guillaume  Hird,  Gil- 
b-^rt  Thompson  j  Jean  Elliot,  Jean 
Coakîcy  Lcttsom,  céiébrèrcnt  les  ver- 
tus et  les  talents  de  leur  estimable 
compatriote;  mais  le  plus  bel  hom- 
mage qu'on  ait  offert  à  sa  mémoire, 
est  sans  contredit  le  brillant  éloge 
prononcé,  en  1  782 ,  par  Vicq-d'Azyr, 
au  sein  de  la  société  royale  de  méde- 
cine de  Paris.  Il  a  été  plusieurs  fois 
imprimé  sous  divers  formats,  et  certes 
il  méritait  cet  honneur.  Fothergill , 
dit  l'éloquent  secrétaire,  était  quaker 
sans  être  trembleur.  Ce  fut  lui  qui  lit 
au  roi  le  compliment  d'usage  lors  de 
sou  avéûement  au  trône.  Appelé  par 


FOT 


525 


des  personnes  de  la  plus  haute  qua- 
lité ,  et  ne  pouvant  otcr  son  chapeau 
ni  s'incliner  devant  ceux  qu'il  visitait, 
il  devait  souvent  être  accusé  de  man- 
quer aux  égards.  Il  y  suppléait  par 
une  grande  affabilité ,  qui  marquait 
assez  d'intérêt  pour  tenir  lieu  de  la 
révérence  ordinaire.  Il  s'approchait 
du  malade  avec  tant  d'empressement, 
qu'il  paraissait  avoir  seulement  oublié 
de  faire  le  salut.  Son  existence  toute 
entière  fut  signalée  par  des  traits  de 
bienfaisance,  dont  les  exemples  sont 
malheureusement  bien  rare?.  Il  fonda 
une  maison  d'éducation  gratuite  pour 
les  orphelins ,  et  fut  l'éditeur  des 
livres  destinés  à  leur  instruction. 
Kuight  et  le  capitaine  Carver  vécu- 
rent long-temps  de  ses  largesses.  II 
avait  acheté  un  terrain  pour  y  cultiver 
quelques  arbres  étrangers;  m»is  une 
pauvre  famille  qui  l'habitait,  vint  ré- 
clamer sa  pitié  :  Mes  vœux  sont  à  leur 
comble,  s'écria  Fothergill,  au  lieu  de 
végétaux  que  j'aurais  plantés ,  ce  sont 
des  hommes  que  je  nourrirai;  et  il 
renonça  dès-lors  à  ses  projets  de  cul- 
ture. Animé  de  la  plus  ardente  phi- 
lanlropie  ,  et  du  patriotisme  qui  en 
est  inséparable,  il  ne  cessa  de  faire 
des  efforts  prodigieux  pour  prévenir 
la  scission  des  Anglo-Américains,  et 
pour  l'abolition  du  commerce  des 
nègres.  Je  doute,  dit  à  ce  sujet  l'im- 
mortel Franklin ,  qu'il  ait  existé 
un  homme  plus  digne  que  Fother- 
gill de  l'estime  et  de  la  vénération 
universelles.  Il  s'agit  maintenant  de 
considérer,  de  juger  le  littérateur, 
l'écrivain.  C'était  dans  les  recueils  pé- 
riodiques surtout  que  Fothergill  aimait 
à  consigner  le  résultat  de  ses  médita- 
tions et  de  ses  travaux.  Les  premières 
observations  dont  il  enrichit  U'>  Tran* 
sactions  philosophiques  de  1744  et 
de  1745,  sont  curieuses.  Il  examine 
l'origine  de  l'ambre  gris ,  les  espècef^ 

31.. 


524  FOT 

variées  de  raanne,  la  rupture  du  dia- 
phragme, l'ëruplion  bruyante  du  gaz 
par  le  pénis.  Les  nombreux  mémoires 
qu'il  inséra  parmi  ceux  de  la  société' 
luédicalc  de  Londres ,  tiennent  un 
rang  fort  distingue'  dans  cette  collec- 
tion importante ,  et  peuvent  se  diviser 
en  plusieurs  classes.  La  plupart  ont 
pour  objet  la  thérapeutique  et  la  phar- 
macologie. I  ".  L'auteur  donne,  d'après 
Russel ,  la  description  de  la  plante  qui 
produit  la  scammonec  d'Alep,  et  rend 
compte  du  succès  avec  lequel  il  l'a 
cultivée  en  Angleterre.  '2".  Il  signale 
l'utilité  du  quinquina  joint  à  de  petites 
doses  de  mercure  doux  pour  guérir 
les  scrophules ,  et  l'efficacité  de  ce  sel 
métallique  contre  la  scialique ,  le  lom- 
bago et  les  vers.  3".  11  préconise  la 
vertu  anlicancéreuse  de  la  ciguë,  bien 
qu'il  n'ait  pas  guéri  un  seul  cancer 
par  l'usage  de  cette  plante,  à  laquelle 
les  médecins  français  ont  renoncé , 
après  avoir  été  un  moment  séduits 
par  les  promesses  fastueuses  du  doc- 
t(cur  autrichien  Stœrck.  4^*  H  expose 
l'histoire  botanique ,  chimique  et  mé- 
dicale de  la  vintérane  et  du  cachou  , 
sur  lesquels  on  ne  possédait  avant  lui 
que  des  renseignements  incomplets. 
Les  observations  de  Fothergill  rela- 
tives à  la  pathologie ,  à  la  médecine 
pratique  et  à  la  chirurgie,  présentent 
un  vif  intérêt  j  aussi  plusieurs  ont- 
elles  été  publiées  isolément ,  et  tra- 
duites en  diverses  langues.  5".  Sur  la 
coqueluche ,  guérie  par  l'émélique, 
à  très  faibles  doses ,  incorporé  dans 
une  terre  absorbante.  G'.  Sur  Vh/- 
àropisie^  et  sur  les  inconvénients  de 
trop  retarder  la  ponction.  7°.  Sur  les 
ulcères  chroniques  des  jambes,  I>a 
médication  proposée  réunit  tous  les 
avantages  :  il  faut  d'abord  calmer  l'in- 
flammation par  les  éraollieuts,  puis 
appliquer  un  linge  très  fin,  trempé 
dans  fcau  végéto-minérale ,   ensuite 


FOT 

une  plaque  mince  de  plomb,  soutenue 
par  un  baudage.  8^^.  Sur  la  phthisie. 
L'auteur  s'élève  avec  autant  de  force 
que  de  raison  contre  l'abus  des  subs- 
tances balsamiques  et  du  quinquina  , 
dont  l'eïnpioi  judicieux  est  parfaite- 
ment déterminé.  9"'.  Sur  le  rhuma- 
tisme fébrile  de  la  face.  10^.  Sur 
Vanc^^ine  de  poitrine  y  espèce  d'étouf- 
fcmcnt  spasmodique,  priucipaleraent 
causé  par  une  accumulation  de  graisse, 
1  i".  Description  du  mal  de  gorge 
accompagné  d'ulcères,  qui  a  régné 
en  Angleterre  ,  Londres  ,  1 748  » 
in-8\j  ibid.,  1751  ,  in-8\;  traduite 
en  français  par  de  la  Chapelle,  Paris, 
1749»  i"-i2.  Ce  mal  de  gorge  est 
précisément  l'angine  gangreneuse  épi- 
démique,  dont  1  heureux  traitement 
valut  à  Fothergill  tant  de  richesse  et 
de  icnommeV.  vi".  Remarques  sur 
l'hydrocéphale  interne  y  ou  liydro- 
pisie  des  ventricules  du  cerveau, 
traduites  en  français  par  M.  Bidault  de 
Villiers,  Paris,  1807,  in-8'.  Vicq- 
d'Azyr  regarde  ce  fragment  de  mono- 
graphie comme  un  des  tableaux  les 
plus  finis  que  l'on  ait  jamais  tracés 
en  médecine.  1 5".  Conseils  auxjem^ 
mes  de  quarante  à  quarante-cinq 
ans ,  ou  conduite  à  tenir  lors  de  la 
cessation  des  règles,  traduits  et  ex- 
traits des  observations  et  recherches 
de  la  société  médicale  de  Londres  , 
et  augmentés  de  notes,  par  Petit-Radel, 
Paris,  1800,  in- 1*2;  ibid.,  1812.  Il 
eu  existe  une  autre  traduction  fran- 
çaise, également  avec  des  notes,  par  M. 
Giraudy,  Paris,  i8o5,  iu-S".  On  doit 
à  Fothergill  plusieurs  écrits  intéres- 
sants d'hygiène  publique  :  il  a  peu- 
fectionné  l'art  de  rappeler  les  noyés 
à  la  vie,  prouvé  la  uécessiiédc  trans- 
porter les  sépultures  hors  des  villes , 
indiqué  les  moyens  de  rendre  les  in- 
cendies plus  rares.  Il  a  puissamment 
secondé  le  pUilantropc  Howard  daus 


FOT 

ses  généreux  desseins  peur  Tamelio- 
ration  du  sort  des  prisonniers.  I!  a 
payé  le  dernier  tribut  aux  mânes  de 
ses  deux  amis ,  Pierre  Collinson  et 
Alexandre  Russcl.  Tous  ses  écrits  out 
été  rassembles  après  sa  mort,  et  pu- 
blie's  en  anglais ,  d'abord  par  Elliot , 
Londres,  1781,  in-S".  ;  puis  par 
Leltsom ,  Londres,  l'yBS,  5  vol. 
in-S".  ;  ibid. ,  1784,  in-4"«î  en  alle- 
mand (  traduits  de  l'anglais  et  du  la* 
tin,  avec  des  notes),  Altenbourg , 
1  785  ,  2  vol.  in-8'.  Linné  fils  a  con- 
sacre au  docteur  Fothcrgill,  sous  le 
nom  de  Fother^ïlla  ,  un  genre  de 
plante,  composé  jusqu'à  pre'sent  d'une 
seule  espèce  :  c'est  un  joli  petit  ar- 
buste de  la  Caroline,  placé,  quoique 
hermaphrodite,  dans  la  famille  des 
julifères  ou  amentacés,  à  côté  de  l'aune, 
dont  ila  le  feui!laj:;e.  C. 

FO-THOU-TCHHÏNG,  célèbre  Sa- 
manéen ,  qui  contribua  puissamment 
à  1  étabhssement  de  la  religion  de 
Bouddha  à  la  Chine,  était  né  dans  la 
contrée  que  les  Chinois  nomment 
Thian  -  tchou ,  c'est  -  à  -  dire  ,  dans 
THindoustan,  et  sa  fimille  se  nom- 
mait Pe.  Il  s'était  livré  de  bonne 
heure  à  l'étude,  et  avait  fait  de  très 
grands  progrès  dans  les  sciences  oc- 
cultes. L'an  3 10,  il  vint  s'établir  à 
Lo-vang ,  à  présent  Ho-nan  ,  Tune 
des  capitales  delà  province  de  ce  nom. 
Cette  ville  était  alors  la  résidence 
des  rois  Tchao  antérieurs  ,  princes 
d'origine  Hioung  non ,  qui  régnèrent 
dans  le  nord  et  l'occident  de  la  Chine, 
depuis  l'an  3o8  jusqu'en  329.  Ce  fut 
à  la  cour  de  ces  princes  tai  tares  que 
Fo-thou-tchhing  fit  les  premiers  essais 
du  pouvoir  qu'il  prétendait  exercer 
sur  la  nature,  mais  qu'il  avait  en  effet 
sur  les  hommes  simples  et  peu  ins- 
truits. Il  débuta  par  assurer  qu'il  avait 
déjà  vf^'cu  plus  de  cent  années,  qu'il 
se  nourrissait  d'air,  et  qu'il  pouvait 


FOT  525 

passer  plusieurs  jours  sans  prendre 
d'autres  aliments.  Le  nom  chinois  qu'il 
avait  adopté,  significatif  comme  tous 
ceux  de  la  Chine,  et  probablement 
traduit  de  celui  qu'il  avait  porté  dans 
l'Inde,  voulait  dire  pureté  de  Boud- 
dha. Il  se  flattait  d'entretenir  un  cora-  . 
îiiorce  avec  les  esprits,  et  de  pouvoir, 
par  ses  enchantements,  tenir  à  sa 
disposition  les  bons  et  les  mauvais 
génies.  On  raconte  qu'il  avait  au  côté 
de  sa  robe  une  ouverture  qui,  pen- 
dant le  jour,  était  toujours  fermée 
avec  des  cordons  de  soie;  mais  la 
nuit ,  quand  il  se  mettait  à  l'étude,  il 
entr'ouvrait  sa  rObe  ,  et  il  jaillissait  de 
son  sein  une  lumière  qui  éclairait 
toute  sa  maison.  Les  jours  consacrés 
au  jeune  et  à  la  purification  ,  il  se 
rendait  au  bord  d'une  rivière  j  et  là  , 
tirant  par  cette  ouverture  son  cœur  et 
ses  entrailles ,  il  les  lavait  avec  soin  , 
pour  les  remettre  ensuite  à  leur  place. 
Jl  avait  un  talent  tout  particuher  pour 
expliquer  le  son  des  cloches ,  et  il  en 
tirait ,  pour  les  événements  heureux 
ou  malheureux  ,  des  pronostics  que  le 
succès  ne  démentit  jamais.  Chi-le  , 
prince  tartare,  qui  renversa  la  dynas- 
tie des  Tchao  antérieurs ,  et  leur  fit 
succéder  sa  famille ,  sous  le  nom  de 
Tchao  postérieurs ,  ayant  envoyé  ses 
troupes  à  Lo-yang ,  et  celte  ville  ayant 
été  pillée  et  ravagée ,  Fo-lhou-tchhing 
se  retira  dans  un  lieu  désert ,  pour  se 
livrer  en  paix  à  ses  exercices  de  piété, 
et  y  observer  sans  risques  les  évé- 
nements. 11  n'avait  pas  jugé  prudent 
de  se  présenter  à  Chi-le,  parce  que 
ce  nouveau  souverain  avait  été  d'abord 
fort  mal  disposé  à  l'égard  des  Cha-' 
men  ou  Samanéens.  Tous  ceux  qu'il: 
avait  rencontrés,  avaient  été  mis  à 
mort  ;  et  il  en  avait  ainsi  péri  un  très 
grand  nombre.  Néanmoins  Fo-thou- 
tchhing  crut  pouvoir  se  fier  au  g^éné-  / 
ralissime  des  armées  de  Chi-!e  ^  nommé 


326 


FOT 


Kouo-he-lio ,  qui  lui  donna  un  asile 
dans  sa  maison. Bientôt  l'influence  des 
avis  dont  le  Samanéen  payait  la  pro- 
tection du  général,  se  fit  remarquer 
au  dehors.  Il  prévoyait  avec  certitude 
quel  devait  être  le  succès  de  chaque 
combat,  et  faisait  prendre  d'avance  les 
dispositions  convenables.  Chi-le,  qui 
s'aperçut  de  ce  surcroît  de  prudence 
et  d'habileté ,  conçut  que'ques  soup- 
çons j  et  s'en  étant  éclairci,  il  apprit 
de  Kouo-he-lio,  qu'uu  Cha-men,  ins- 
truit dans  l'art  de  la  magie,  ou,  pour 
mieux  dire ,  un  esprit ,  était  venu  loger 
chez  lui ,  et  qu'il  n'avait  eu  qu'à  pro- 
fiter de  ses  leçons.  Le  prince  ordonna 
qu'on  fît  venir  devant  lui  le  Samanéen, 
pour  juger  par  lui-même  de  ses  con- 
naissances. Fo-thou-tchhing,  dont  la 
fortune  dépendait  de  cet  examen  ,  re- 
doubla d'attention  pour  en  sortir  à  son 
lionneur.  II  prit  un  vase  d'airain  plein 
d'eau ,  et  ayant  brillé  des  parfums  et 
prononcé  des  paroles  magiques,  on 
en  vit  sortir  un  lotos  bleu,  éclatant 
comme  le  jour.  Il  ne  s'en  tint  pas  à 
ce  prestige,  et  voulut  mériter ,  par  des 
services  réels,  la  faveur  qu'il  ambi- 
Wonnait.  Les  habitants  de  la  ville  de 
Vang-lheou,  au  nord  du  Hoang-ho, 
avaient  formé  le  projet  de  massacrer 
l'armée  de  Kouo-he-lio,  pendant  la 
nuit.  Il  en  avertit  ce  général ,  qui  dut 
la  conservation  de  ses  troupes  aux 
précautions  que  cet  avis  lui  fit  prendre. 
Chi-le  pourtant  voulut  encore  éprou- 
ver Fo-thou-tchhing  ;  mais  après  di- 
vers essais  ,  dont  celui-ci  sut  toujours 
se  tirer  avec  succès,  il  ne  mit  plus  de 
bornes  à  sa  confiance ,  et  ne  chercha 
qu'àtirerpartidcstalentsdecfthomme 
extraordinaire.  La  source  qui  fournis- 
sait de  Teau  aux  fossés  de  la  ville  de 
Siang-koue,  où  Chi-le  faisait  sa  rési- 
dence ,  vint  à  tarir  tout  à  coup.  Fo- 
ihou-tchhing  fut  prié  d'y  remédier.  Il 
se  rendit  donc  à  la  fontaine  située  à 


FOT 

une  demi  -lieue  au  N.  0.  de  la  ville. 
Il  y  fut  .suivi d'un  peuple  immense,  et 
surtout  d'une  foule  de  Tao-sse,  sorte 
de  sectaires  chinois,  éternels  rivaux 
des  Bouddhistes,  qui  eussent  été  char- 
més de  le  surprendre  en  défaut.  En 
présence  de  tout  le  monde,  Fo-thou- 
tclihing  se  fit  apporter  des  coussins , 
s'assit  au-dessus  de  la  fontaine ,  brûla 
des  parfums  de  la  Perse,  et  répéta 
plusieurs  longues  pnères.  Il  fit  ces  cé- 
rémonies pendant  trois  jours.  Au  bout 
de  ce  temps,  i'eau  commença  à  couler 
en  abondance ,  et  alla  rcniplir  les  fos- 
sés de  la  ville.  On  vit  aussi  sortir  de 
la  fontaine  un  petit  dragon ,  long  de 
cinq  à  six  pouces,  qui  se  laissa  aller 
au  fil  de  l'eau.  En  l'apercevant,  tous 
les  Tao-sse  prirent  la  fuite  précipitam- 
ment. Les  Siau-pi,  nation  de  Tartares 
orientaux,  étant  venus  avec  leur  chef 
Thouan-mo-po,  pour  attaquer  Chi-le, 
ce  prince  alla  consulter  Fo  -  thou- 
tchhing  ,  qui  lui  répondit  :  «  Le  son 
»  des  cloches  m'a  appris  que  demain  , 
V  à  l'heure  du  repas ,  Thouan-rao-po 
»  serait  pris.  »  Chi-le  monta  sur  \cs 
remparts;  mais,  ne  voyant  aucune 
troupe  entre  loi  et  l'armée  ennemie, 
il  craignit  d'avoir  été  trompé,  et  en- 
voya une  seconde  fois  consulter  le 
Samanéen.  a  Dans  ce  moment  même, 
»  dit  celui-ci,  les  ennemis  doivent 
»  être  prisonniers.  »  En  effet,  des 
soldats,  qui,  à  l'iusudeChi-le,  étaient 
en  embuscade  au  nord  de  la  ville ,  sor- 
tirent, et  cernèrent  toute  l'armée  des 
Sian-pi.  Lieou-yao ,  roi  des  Tchao 
antérieurs,  voulut  tenter  un  dernier 
effort  contre  Chi-le ,  et  marcha  à  sa 
rencontre  avec  tout  ce  qui  lui  restait 
de  troupes  fidèles.  Chi-le  eut  encore 
recours  à  son  oracle ,  qui  lui  répon- 
dit :  «  Le  son  des  cloches  remuées 
»  ensemble  a  exprimé  les  mots  sui- 
»  vanls  ,  qui  sont  des  mots  d'une 
»  langue  barbare  :  sieouicki ,  ti  li- 


FOT 

n  Jifing ,  pou-kou ,  khïu-tho-tang.  Le 
»  premier,  c'est  Tarmëe;  le  second 
»  signifie  5oram;  le  troisième  désigne 
»  le  trône  c'irangcr  de  Lieou-yao  ,  et 
»  le  quatrième  veut  dire  sera  pris. 
»  Cela  signifie  que  notre  armée  vain- 
»  cra  ,  et  prendra  Lieou-yao.  »  Il 
ordonna  ensuite  à  une  jeune  vierge  de 
se  purifier  pendant  sept  jours  ,  de 
prendre  après  ce  temps  du  fard  mêlé 
d.tns  de  l'huile  de  chanvre,  et  de  s'en 
oindre  le  corps.  Mais,  à  peine  eut- 
elle  pris  de  ce  fard  dans  sa  main , 
qu'elle  aperçut  une  grande  clarté,  et 
s'c'cria ,  tout  efFraye'e  ;  a  Je  vois  une 
»  multitude  innombrable  d'hommes 
»  et  de  chevaux,  et  je  distingue  parmi 
»  eux  un  homme  d'une  taille  élevée, 
»  avec  un  cordon  de  soie  e'carlate 
»  autour  du  bras.  »  Le  Samane'en 
dit  :  C'est  Lieou-yao  lui-même.  Chi-le, 
rassuré  par  les  promesses  de  Fo-thou- 
tchhing,  se  mit  à  la  tête  de  ses  troupes, 
attaqua  Lieou-yao ,  le  prit,  s'empara 
de  Lo-yang ,  et  mit  ainsi  fin  à  la  dy- 
nastie des  premiers  Tchao.  Fo-thou- 
tchhing,  revêtu  de  nouveaux  hon- 
neurs ,  continua  de  résider  à  sa  cour, 
et  de  reconnaître  ses  bienfaits  par 
d'importants  services.  11  y  avait  un 
général  de  Chi-le,  qui  était  de  la 
même  famille  tartare  que  ce  prince,  et 
qui  était  surnommé  Thsoung  :  ce  mot 
désigne  l'ail  en  chinois.  Chi-lhsoung 
était  sur  le  point  de  se  révolter.  Fo- 
thou-tchhing ,  qui  eut  connaissance  de 
ses  projets ,  en  avertit  Cbi-le  d'une 
manière  détournée.  «  Celle  année,  lui 
j>  dit-il ,  il  y  aura  dans  l'ail  des  vers 
V  qui  feront  mourir  ceux  qui  en  raan- 
î>  geront  :  il  faut  défendre  au  peuple 
»  l'usage  de  l'ail.  »  A  cette  défense  , 
Chi-thsoung  se  crut  découvert,  et  prit 
la  fuite.  Chi-le  avait  un  fils  qu'il  ai- 
mait tendrement  :  ce  jeune  homme  , 
nommé  Pin,  fut  attaqué  d'une  m.'»Ia- 
dic  crueye ,  et  succomba  en  peu  de 


FOT  ^'l^ 

jours.  On  étiit  sur  le  point  de  l'enseve- 
lir. Chi-le  fit  appeler  Fo  thou-tchhing, 
et  lui  dit,  en  versant  des  torrents  do 
larmes  :  «  J'ai  entendu  dire  qu'autre- 
»  fois  Phian-thsio  rendit  la  vie  au 
»  prince  héritier  de  Koue  ;  un  tel 
»  miracle  est -il  au-dessus  de  votre 
»  puissance?  »  Fo-lhou-tchhing  se  fil 
aussitôt  apporter  une  branche  d'ar- 
bousier, 1  imprégna  d'eau,  fit  des  asr 
persions,  et  tendit  la  main  à  Pin,  en 
lui  disant  :  Levez-vous.  Le  jeune  prince 
ressuscita  aussitôt,  et,  en  peu  de  jours» 
il  eut  entièrement  recouvré  la  santé. 
Un  semblable  prodige  ne  manqua  pas 
d'attirer  à  Fo-lhou-tchhing  une  foule 
de  disciples ,  au  nombre  desquels  se 
trouvaient  les  enfants  même  de  Chi-le. 
Mais  le  bonheur  dont  on  jouissait  à  la 
cour  de  ce  prince,  fut  bientôt  inter- 
rompu. Uu  jour,  par  le  temps  le  plus 
serein ,  l'iiir  étant  parfaitement  tran-* 
quille,  une  des  cloches  qui  étaient  sur 
la  tour  du  monastère  où  habitait  le 
Saraanéen  avec  ses  disciples,  vint  à 
sonner  tout  à  coup.  «  Ce  son,  dit  Fo- 
»  thou-tchhing  à  ceux  qui  l'eutou- 
»  raient,  annonce  que  le  royaume 
»  aura  cette  année  même  un  grand 
»  sujet  de  deuil.  »  En  effet,  Chi-le 
mourut  dans  le  courant  de  l'année,  et 
Khi-loung  s'empara  du  trône.  Il  trans- 
porta sa  cour  à  Ye,  et  y  fit  venir 
Fo-thou-tchhing,  qu'il  combla  de  plus 
d'honneurs  que  ne  lui  en  avait  jamais 
accordé  son  préttéccsseur.  C'est  à  ce 
règne  qu'on  peut  placer  l'époque  des 
véritables  progrès  de  la  religion  boud- 
dhique à  la  Chine,  progrès  que  les 'fau- 
sse et  les  lettrés  cherchèrent  en  vain' 
à  arrêter,  les  premiers  en  rivalisant 
avec  les  Bouddl^istes  de  prestiges  et 
d'impostures ,  et  les  antres  eu  ^sant 
des  représentations  conformes  à  la 
droite  raison  et  à  la  plus  saine  polili' 
que.  Les  peuples  coururent  en  foule 
aux  Bïonasl^res  d^  5^-4hou-tçhhing  , 


3i8  FOT 

beaur.onp  J  embrassèrent  la  vie  reli- 
giiuse  cl  contemplative;  et  le  nombre 
en  devint  si  grand, que  Khi-ioung  fut 
enfin  fo»'cë  (ie  prêter  l'oreille  aux  rc'- 
claraations  des  lettre's  ,  sur  un  objet 
qui  intéressait  si  puissamment  les 
mœurs  chinoises.  Cela  commença  à 
jeter  quelque  froideur  entre  Fo-thou- 
tchhing  et  lui.  Une  autre  chose  vint 
augmenter  co  mécontentement.  Le 
prince  Souï,  fils  d  Khi-ioung  ,  per- 
dit un  de  ses  cnf<ints  ,  malgré  la  pro- 
messe qu'un  habile  médecin  et  un 
Tao-sse,  qui  le  soignaient,  avaient 
faite  de  le  sauver.  Fo  -  thou  -  tchhnig 
avait  prédit  cet  événement  ;  mais  il 
ne  put  ou  ne  voulut  pas  employer  le 
talent  dont  il  avait  fait  preuve  pour  le 
fils  de  Chi-le;  et  depuis  lors,  Souï 
conçut  contre  lui  une  haine  violente, 
qui  obligea  ce  philosophe  à  se  tenir 
éloigné  de  la  cour.  On  fut  pourtant 
forcé  d'avoir  encore  recour^  à  lui, 
dans  une  sécheresse  extraordinaire 
qui  désola  le  royaume.  Les  cérémo- 
nies eu  usage  à  la  Chine ,  dans  ces 
circonstances,  i/ayant  produit  aucun 
effet ,  Fu  -  ihou  -  tchhing  fut  prié  de 
remédier  à  ce  fléau.  A  peine  eut  -  il 
commencé  ses  conjurations ,  qu'un 
dragon  blanc  ,  à  deux  têtes ,  des- 
cendit sur  l'autel;  et  le  jour  même 
une  pluie  abondante  vint  fertiliser 
plusieurs  centaines  de  lieues  de  pays. 
On  contiiiua  depuis  de  le  consulter 
dans  différentes  circonstances ,  pour 
expliquer  des  songes ,  tirer  des  pré- 
sages, et  donner  la  clef  de  ces  phéno- 
mènes naturels,  auxquels  les  Chinois 
ont  toujours  attaché  des  idées  supers- 
titieuses. Mais  enfin,  il  y  eut,  entre 
le  prince  et  lui ,  une  grande  brouille- 
rie,  au  sujet,  de  peintures  et  de  por- 
traits d'hommes  célèbres,  qu'on  avait 
ordonnés  pour  un  temp!e  nonvelle- 
raeni  construit.  Khi-loung  fut  si  mé- 
content de  la  maBicre  dont  les  pcin- 


FOT 

turcs  avaient  été  exécutées,  qu'il  ne 
voulut  plus  parler  à  Fo-thou-tchhing. 
Celui-ci  se  voyant  perdu  dans  l'esprit 
de  son  maître,  se  fit  creuser  un  tom- 
beau à  l'occident  de  la  ville  de  Ye,  et 
dit  à  ses  disciples  *:  «  L'année  meou- 
»  chin  du  cycle  (  55o  ) ,  il  doit  éclater 
»  beaucoup  de  troubles ,  et  l'année 
»  i-jeou  (  35i  ),  la  famille  Chi  sera 
»  totalement  détruite.  Ainsi  donc  , 
»  avant  de  voir  de  pareils  malheurs , 
»  je  vais  me  soumettre  aux  lois  de  la 
»  transmigration.  »  11  mourut  en  effet 
dans  le  monastère  de  Ye-koung.  L'his- 
torien chinois,  qui  m'a  fourni  les  dé- 
tails précédents  (i),  ne  marque  point 
l'année  de  sa  mort;  mais  il  paraît  cer- 
tain qu'elle  arriva  l'an  349.  Quelque 
temps  après ,  il  y  eut  un  Cha-men  qui 
vint  de  Young  îcheou  ,  dans  la  pro- 
vince de  Chen-si ,  pour  lui  rendre  des 
honneurs,  et  visiter  sa  tombe.  Khi- 
loung  ordonna  qu'on  ouvrît  la  sépul- 
ture ;  mais  on  n'y  trouva  qu'une  pierre 
à  la  place  du  corps  de  Fo- 1  hou-lch hin^. 
Khi-loung,  fusant  allusion  au  nom  de 
sa  famille,  C/»*, qui  signifie  ;?i<?rre,  dit: 
«  (vClte  pierre ,  c'est  moi.  Vous  pou- 
»  vez  au^si  ra'ensevelir;  car  je  ne  tar- 
»  derai  pas  à  mourir.  »  Effective- 
ment, il  tomba  malade,  et  mourut 
l'année  suivante.  Sa  mort  fut  le  signal 
de  grands  troubles  et  du  renverse- 
ment de  sa  famille,  conformément  à 
la  prédiction  de  Fo-thou-tchhing. 
Quelle  que  soif  Topinion  que  ie  vulgaire 
ait  pu  roneevoir  de  ce  dernier,  on  ne 
peut  se  refuser  à  voir  en  lui  un  homme 
exiraordinnire,  au  moins  par  le  ta- 
lent qu'il  eut,  au  milieu  de  ses  rivaux 
et  de  ses  ennemis,  de  mainler.ir  sa 
réputation  intacte  ,  et  de  savoir  choi- 
sir à  propos,  pour  les  presUges  dont 
il  soutenait  sa  doctrine  ,  les  temps , 
les  lieux  et  les  spectateurs.  La  philo- 

(  1)  JJiit.  de  la  tijnaslie  de*  Tiiiiy  ac  p.ulie. 
Biographie^  ch.  gS,  p    «3  eiiuiv. 


FOU 
Sophie  qu'il  professait,  nce  des  aii- 
liquns  écoles  de  l'Inde,  et  sœur  de 
celle  de  Pytba'^ore ,  ne  dédaignait  pas 
ces  moyens,  que  la  stricte  morale  dé- 
savoue ,  mais  que  la  politique  s'est 
toujours  permis  dans  les  contrées  et 
dans  les  siècles  oîr  ils  peuvent  être 
employés  avec  succès.  Cenx  qui  cou- 
naissent  les  importants  services  que 
la  secte  de  Bouddha  a  rendus  à  l'hu- 
manité,  en  contribuant  à  la  civilisa- 
tion desTartares,  et  consacrant  au  re- 
pos et  à  la  piix  plusieurs  des  régions 
de  h  Haute-Asie,  ne  sauraient  blâmer 
Fo-tlioutchhing  d'avoir  mis  en  usapçe, 
pour  sou  établissement,  des  0ioyens 
que  les  philosophes  les  plus  sévères 
de  l'antiquité  ont  souvent  appelés  à 
leur  secours,  avec  des  vues  moins 
nobles  ,  ou  d'après  un  pirin  moins 
bien  concerte.  On  remarquera  ,  au 
reste,  que  les  prodiges  opérés  par 
Fo-thou-tchhing  sont  rapportés,  par 
les  auteurs  contemporains  ,  comme 
étant  de  notoriété  publique,  et  ayant 
pour  te'moins  des  peuples  entiers. 
C'est  un  rapprochement  de  plus  à 
établir  entre  lui  et  Apollonius  de 
Tyane  ,  qui  passait ,  comme  notre 
Samauéen  ,  pour  savoir  prédire  l'a- 
venir ,  expliquer  les  présages ,  con- 
naître à  l'instant  les  événements  éloi- 
gnés ,  et  même  ressusciter  les  morts. 
A.  U— T. 
FOUBERT  (Jean  ),  bénédictin, 
né  à  Si.-Benoît-sur-Loire  en  j54o, 
élevé  par  les  soins  du  cardinal  Odct  de 
Châti  Ion,  mais  plus  constant  que  son 
protecteur,  eut  à  peine  prononcé  ses 
vœux  dans  l'abbaye  des  bénédictins 
de  sa  ville  natale,  qu'il  releva  Té- 
clal  de  sa  congrégation,  autant  par 
ses  talents  que  par  la  sagesse  de  son 
administration.  1!  mourut  le  i8  avril 
1619.  On  doita  Jeai:Foub(Tt:  l.  His- 
toire des  Lombards  ,  traduite  de 
Paul  Diacre,  précédée  d'une  préface 


FOU  5^9 

et  dé  la  vie  de  cet  aïiteur,  Paris, 
160 3.  II.  Supplément  à  l'Histoire 
des  Lombards  de  Paul  Diacre,  ti:é 
de  différents  auteurs,  depuis  l'élec- 
tion d'fli'debrani  jusqu'à  la  prise  de 
Paviepar  Charlemagne,  Paris,  i6o5, 
in-8  '.  Dom  Foubert  fut  un  des  pro- 
tecteurs du  célestin  Dubois,  à  qui 
nous  devons  le  recueil  ii.titulé  :  Èi- 
bliotheca  Floriacensis.         P — d. 

FOUCAULT  (Louis,  comte  de 
Daugnon  ,  maréchal  de),  d'une  fa- 
mille ancienne  ,  fut  d'abord  attaché 
au  cardinal  de  Riclielieu  en  qualité  de 
page  ;  il  entra  ensuite  dans  la  marine , 
se  distingua  dans  plusieurs  occasions, 
et  obtint,  en  récompense  de  ses  ser- 
vices ,  le  gouvernement  de  l'Aunis  et 
des  îles  de  Ré  et  d'Oléron.  Pendant 
les  troubles  de  la  fronde,  le  comte  de 
D  (ugnon  suivit  le  parti  du  prince  de 
Condé;  mais  on  parvint  à  l'en  de'ta- 
clier  en  1 653,  et,  pour  le  dédomma- 
ger de  la  perte  de  son  gouvernement, 
il  fut  fait  maréchal  de  France,  et  re- 
çut une  somme  considérable.  11  mou- 
rut en  1659,  à  l'âge  d'environ  qua- 
rante-trois ans.  W — s. 

FOUCAULT  (François),  prê- 
tre, né  à  Orléans  vers  1 590.  JNous  le 
citons  moins  pour  les  tiaités  mysti- 
ques qu'il  composa,  que  pour  les  im- 
menses services  qu'il  rendit  comme 
citoyen  et  comme  prêtre  aux  habi- 
tants d'Orléans,  lorsqu'cn  i6i6  une 
peste  cruelle  dépeupla  leur  ville.  Digne 
imitateur  de  Charles  Borromée  ,  il  en 
institua,  pour  le  chrgé  dé  sa  patrie,  la 
confrérie  qui  subsiste  encore.  Fran- 
çois Fouctult  mourut  en  1640.  On 
lui  doit  un  livre  de  prières  intitulé  ,  le 
Pain  cuit  sous  la  cendre  apporté  par 
un  an^e  au  prophète  Elle  pour  con- 
forter le  moribond ,  Orléans  ,  1 65 1 . 
Dans  une  seconde  édition  qui  en  fut 
faite  ,  on  substitua  au  titre ,  qui  parut 
trop   recherché ,   celui    de    Prières 


55o  FOD 

chrétiennes  pour  servir  de  prépU'^ 
ration  à  la  mort.  Ce  livre  est  par- 
ticulièrement utile  âux  victimes  des 
pialadies  contagieuses.  —  Il  ne  faut 
pas  confondre  cet  auteur  avec  Nicolas 
Foucault,  du  même  diocèse  et  de  la 
même  famille,  mort  le  1 8  avril  1692. 
Ses  Prônes  pour  tous  les  Dimanches 
de  Vannée,  publies  en  1696,  se  ven- 
dirent si  rapidement  que,  quelques 
années  après,  on  en  fit  une  seconde 
édition.  Ce  ne  fut  pas  le  seul  service 
que  Nicolas  Foucault  rendit  aux  mœurs 
de  son  pays  :  temps,  soins  et  fortune, 
il  sacrifia  généreusement  tout  pour 
rétablissement  du  Bon  -  Pasteur  ou 
des  Filles  pénitentes  sur  le  modèle 
de  celui  de  Paris.  Il  leur  assigna  une 
maison ,  pourvut  à  leur  entretien ,  et 
dans  cet  œuvre  de  miséricorde  trouva 
des  coopérateurs,  qui  suivirent  volon- 
tiers un  si  bel  exemple  sous'  l'in- 
fluence du  cardinal  de  Coislin,  alors 
ëvêque  d'Orléans.  Cet  établissement 
du  Bon  -  Pasteur  produisait  les  plus 
heureux  fruits  :  il  disparut  pendant 
les  orages  de  la  révolution.   P — d. 

FOUCAULT  (Nicolas-Joseph), 
ivé  à  Paris  le  8  janvier  i645,  était 
(ils  de  Foucault ,  secrétaire  du  conseil 
d'état,  que  Colbert  honorait  d'une 
cofifiauce  intime,  et  petit-fils,  par  sa 
mère,  de  ce  Metezeau,  qui  imagina  et 
construisit  la  fameuse  digue  de  la  Ro- 
chelle, en  i632.  Il  annonça  dès  l'en- 
fance un  esprit  vif  et  pénétrant.  Après 
avoir  fait  sa  philosophie  et  son  droit 
avec  un  grand  succès,  il  del3uta  au 
barreau  de  la  manière  la  plus  brillante. 
Jl  obtint,  étant  encore  fort  jeune,  la 
place  de  procureur-général  aux  re- 
quêtes de  l'hôtel;  mais  il  la  dut  moins 
à  la  faveur  qu'à  son  mérite  personnel. 
31  passa  ensuite  au  grand  conseil,  oîi  il 
remplit,  pendant  trois  ans,  les  fonc- 
tions d'avocat-géuéral  avec  une  telle 
distmction ,  que  le  roi  lui  accorda  la 


FOU 

charge  de'  maître  des  requêtes.  Nomm^ 
intendant  de  la  généralité  de  Monlau^ 
ban,  il  fut  bientôt  appelé  à  Pau  pour 
y  remplir  les  mêmes  fonctions  dans 
une  circonstance   difficile  :  c'était    à 
l'époque  de  la  révocation  de  l'édit  de 
Nantes  (i685).  Il  parvint,  par  sa  sa^ 
gesse,  à  calmer  les  esprits  très  agités 
dans  le  Béarn.  Les  états  de  la  pro^ 
vince  lui  en  témoignèrent  leur  recon- 
naissance ,  en  faisant  frapper  une  mé- 
daille en  son  honneur.  Le  Poitou  était 
en  proie  à  des  troubles.  Foucault,  en- 
voyé aussi  dans  cette  province  eu 
qualité  d'intendant,  y  rétablit  la  tran- 
quiilit%Il  obtint  le  même  succès  dans 
la  généralité  de  Caen.  Partout  où  il 
parut,  il  assura  l'ordre,  et  fit  respecter 
l'autorité  publique.  11  avait  un  talenl 
particulier  pour  saisir  le  caractère  des 
habitans  confiés  à  ses  soins  ,  et  le 
diriger  à  son  gré.  Un  des  plus  puis- 
sants moyens  qu'il  employait,  c'était 
de  se  conformer  aux  mœurs  et  aux 
usages  du  pays.  D'un  accès  facile  et 
d'une  humeur  égale,  affable  envers 
tout  le  monde ,  sévère  à  propos,  il  savait 
à  la  fois  se  faire  aimer  et  respecter. 
Doué  d'une  conception  heureuse,  et 
familier  avec  les  principes  de  l'admi- 
ciitration ,    il    en    aplanissait  ai;>é- 
ment  toutes  les  difficultés.  Sans  entrer 
dans  des  détails  minutieux ,  il  ne  né- 
gligeait aucune  partie  de  l'ensemble. 
Dans  les  différentes  généralités  où  il 
résida ,  il  s'attacha  à  faire  construire 
des  ponts ,  à  pratiquer  des  routes.  H 
fonda  des  hôpitaux,  des  écoles  et  des 
chaires  publiques.  Les  villes  de  Mon- 
tauban ,  de  Pau ,  de  Poitiers  et  de 
Caen ,  lui  doivent  plusieurs  établisse-' 
ments  de  ce  genre.  Il  obtint  en  1705 
la  formation  d'une  académie  royale 
de  belles-lettres  à  Caen.  Il  était  litté- 
rateur aussi  distingué  que  bon  admi- 
nistrateur. Dans  une  de  ses  tournée^ 
en  Qacrcy ,  il  docoyviil  à  l'abbaye  de 


FOU 

J^Ioissac  le  manuscrit  de  Mortibus 
persecutorum ,  attribué  à  Lactajice  , 
et  qui  n'était  connu  que  par  une  cita- 
tion de  Sainl^éiôrae.  Cet  ouvrage  a 
été  douné  au  public  par  Baiuze.  On 
doit  encore'!  à  Fu;i.:an!t  la  conserva- 
lion  Ju  Traité  de  Vori*^ine  de  la 
langue  française.  (  f\  Caseneuve.  ) 
Il  se  livrait  paiur^ulièremenî  à  l'étude 
des  antiquités ,  et  fît  faire  des  fouilles 
considérables  au  village  de  Vieux,  à 
deux  lieues  de  Cacn  ,  dans  l'ancienne 
ville  des  Fidocasses.  Lo  tome  \".  des 
Mémoires  de  l'académie  des  inscrip- 
tions et  belles-lettres  de  Paris ,  dont 
il  était  membre  honoraire,  renferme 
le  résultat  de  ses  observations.  Les 
recherches  qu'il  fit  en  ce  genre  à 
Alleaurae,  près  de  Valogne,  ont  été 
consignées  d^ns  les  mémoires  do  Cay- 
lus.  Louis  XIV,  voulant  récompenser 
Foucault  de  ses  longs  services,  l'ap- 
pela à  Paris  ,  et  le  nomma  conseiller 
d'état.  1!  devint  aussi  chef  du  conseil 
de  Madame.  Dans  {t?>  moments  de 
loisir  que  lui  laissaient  ses  occupa- 
tions nombreuses,  il  avait  écrit  l'his- 
toire de  l'abbé  de  Saint-Martin  ,  qui 
existait  à  Caen  à  l'époque  où  il  s'y 
trouvait.  Il  s'était  plu  à  retracer,  sous 
le  titre  àc  Sanmartiniana ,  les  traits 
les  plus  piquants  de  la  vie  de  cet 
homme  ridicule  par  son  extrême  va- 
nité, et  d'ailleurs  estimable  par  les 
institutions  utiles  qu'il  a  formées. 
{f^oy.  Saint  -  Martin.  )  Foucault 
n'eut  pas  le  temps  de  publier  ce  re- 
cueil :  il  mourut  le  17  février  1721  , 
âgé  de  soixante-dix-huit  ans.  L — r. 
FOUCHER  (Paul)  naquit  à  Tours 
le  4  avril  1704,  d'une  famille  oc- 
cupée au  commerce  de  la  soie.  Il  fit 
ses  études  chez  les  jésuites  de  celte 
ville,  et  les  fit  sans  aucun  succès.  Au 
bout  d'un  assez  long  temps,  il  prit 
du  goût  pour  la  poésie  française,  s'y 
livra  avec  passion;  et  bi^niot,  à  son 


FOU  55| 

apathie  primitive,  succéda  la  fureur 
poétique.  Pendant  ses  humanités,  il 
lut  la ^«frrtc//om>077i.ac^ie d'Homère; 
et,  voulant  marcher  sur  les  traces  du 
chantre  d'ïlium,  il  composa,  en  plu- 
sieurs chants,  mi  poème  du  Combat 
des  rats  et  des  chats.  Cependant  celte 
direction  de  son  esprit  était  loin  de 
répondrf^  aux  désirs  de  ses  parents , 
et  surtout  d'un  oncle,  chanoine  de 
la  cathédrale ,  qu'il  était  appelé  à 
remplacer.  Foncher  se  rendit  au^ 
voeux  de  sa  famille,  suspendit  sa  lyre , 
et  entra ,  en  1 7 1 8,  chez  les  oratoricns, 
pour  se  livrer  à  des  études  plus  sé- 
rieuses. La  mort  d'un  frère  le  rap- 
pela chez  luij  mais,  ne  pouvant  se 
résoudie  à  embrasser  la  profession  dq 
commerçant,  il  vint  à  Paris  faire  uu 
cours  de  théologie  en  Sorbonne,  et, 
pour  en  tirer  plus  de  fruit,  il  se  rendit 
les  langues  anciennes  familières.  Des 
revers  suspendirent  la  pension  que 
lui  payait  son  père  ;  il  fut  réduit  alors 
à  se  charger  de  l'éducation  des  enfants 
du  comte  de  Chatelux.  Cette  nouvelle 
condition  lui  procura  l'amitié  du  chan- 
celier d'Aguesseau ,  grand-père  de  ses 
élèves,  et  de  Caylus,  évêqued'Auxerre. 
Ce  dernier  voulait  se  l'attacher;  mais, 
la  duchesse  dl  la  Tremoillc  le  donna 
pour  instituteur  à  son  fils,  et  Foucher 
resta  toute  sa  vie  attaché  à  cette  illustre 
maison.  Admis  en  1755  dans  l'aca- 
démie des  inscriptions,  il  voulut  par- 
tager les  travaux  de  cette  compagnie, 
et  choisit  pour  objet  de  ses  recherches 
les  religions  anciennes.  Foucher  a 
laissé  sur  ces  matières  deux  grands 
ouvrages.  Le  premier,  sous  le  titre 
de  Traité  historique  de  la  reli- 
gion des  Perses,  est  composé  de 
douze  mémoires  et  d'un  supplé"» 
ment  ,  consignés  dans  les  tomes 
XXV,  XXVlï,  XXiX,  XXXI  et 
XXXIX  des  Mémoires  de  racadémie. 
Il  l'entreprit  pour  réfuter  l'opinion  de 


552  FOU 

Thomas  Hyde,  qui,  dans  son  lirrc 
de  Beligiojie  P  ers  arum  ,^réienà  que 
ce  peuple  connut  dans  le  principe,  et 
conserva  dans  tous  les  temps  la  reli- 
gion naturelle  et  le  culte  du  vrai  Dieu. 
Foucher  se  de'clare  pour  le  sentiment 
contraire.  11  passe  en  revue  les  trois 
époques  de  l'histoire  des  Perses,  la 
première  depuis  leur  établissement 
jusqu'au  règne  de  Darius ,  fils  d'Hys- 
taspe,  sous  lequel  vécut  Zoroastre; 
3a  seconde,  depuis  la  rëformation  faite 
par  ce  dernier  jusqu'à  la  conquête  de 
îa  Perse ,  et  à  la  proscription  du  ma- 
gisme  par  les  Sarrazins,  l'an  65 1  de 
notre  ère;  la  troisième,  jusqu'à  nos 
jours.  Foucher  examine  successive- 
ment le  sahàisme  des  Perses,  qu'il 
de'rive  de  l'hébreu  Tsebah,  et  qu'il 
interprète  par  adoration  de  Varmée 
céleste^  et  leur  dualisme  établi  par 
Manès.  Il  prouve  qu'ils  eurent  un 
culte  de  latrie  pour  le  soleil  et  pour  le 
feu  ;  il  range  à  peu  près  dans  la  même 
classe  les  deux  Zoroastres,  et  prend 
de  là  occasion  d'examiner  les  systèmes 
de  Pythagore,  de  Platon  et  des  guos- 
liques.  La  lecture  du  Zend-Avesta  , 
qu'Anquetil  du  Perron  n'avait  pas  en- 
<^ore  publie'  à  l'e'poque  où  parurent 
ses  mémoires ,  lui  fournit  depuis  ma- 
tière à  un  supplément,  dans  lequel  il 
se  crut  oblige  de  rétracter  ce  qu'il 
avait  dit  de  trop  avantageux  sur  Zo- 
roastre ,  d'après  le  témoignage  des 
philosophes  grecs.  Il  existe  une  tra- 
duction en  allemand  de  son  Traité , 
par  J.  F.  Kleuker,  Riga,  1781-85, 
!i  vol.  in-4**.  Le  Second  ouvrage  de 
Foucher,  intitulé.  Recherches  sur 
l'origine  et  la  nature  de  VHellé- 
nisme  y  ou  Religion  des  Grecs ,  est 
composé  de  neuf  mémoires  et  d'un 
supplément ,  imprimés  dans  les  tomes 
XXXI V,  XXXV,  XXXVI ,  XXXVIII 
ft  XXXIX  du  Recueil  de  l'académie. 
Ce  livre  est  entièrement  systématique. 


FOU 

Partisan  déclaré  de  l'intcrprclalion 
historique  des  fables ,  Foucher  les 
explique  par  l'hypothèse  des  ihéo- 
phanies,  c'est-à-dire  de  l'existence  ma- 
térielle et  humaine  des  dieux,  ou  de 
la  divinisation  des  héros.  Cette  hypo- 
thèse, qu'il  applique  également  aux 
Egyptiens,  aux  Phéniciens,  aux  Grecs, 
aux  Indiens ,  aux  Péruviens ,  aux 
Celtes,  ne  piouve  que  l'inutilité  de 
SCS  efforts  pour  défendre  un  système 
insoutenable.  On  a  encore  de  cet  aca- 
démicien :  Géométrie  métaphysique^ 
ou  Essai  dJ analyse  sur  les  éléniens 
de  l'étendue  bornée ,  1768,  in-8'. 
Ce  livre  ,  dans  lequel  il  combattait 
quelques  propositions  de  géométrie 
généralement  reçues,  fut  tour  à  tour 
attaqué  et  défendu  dans  le  Journal 
des  savants,  Aq  i  759 ,  et  fournit  ma- 
tière aux  plaisanteries  de  Clairault. 
Foticher  ne  fit  pas  difficulté  par  la 
suite  de  convenir ,  dans  la  société  de 
ses  amis ,  qu'il  était  parti  d'un  faux 
principe,  en  se  persuadant  que  le  cal- 
cul infinitésimal  supposait  l'existence 
réelle  d'éléments  physiques  infiniment 
petits.  11  a  laissé  en  manuscrit  des 
Entretiens  sur  la  religion ,  des  tra- 
ductions d'ouvrages  anglais  sur  la 
même  matière ,  et  une  Histoire  de  la 
maison  de  la  Tremoille.  Ce  dernier 
ouvrage  qui  lui  donna  occasion  d'é- 
ciaircir  quelques  points  de  l'histoire 
de  France  par  des  mémoires  qui  furent 
lus  â  l'académie,  était  à  la  veille  d'ê- 
tre mis  sous  presse,  lorsque  l'auteur 
mourut  d'une  attaque  d'apoplexie  le 
4  mai  1 778  :  son  éloge  par  Dupuy  se 
trouve  dans  le  tome  XLII  des  Mé- 
moires de  l'académie.  Foucher  étnit 
du  nombre,  assez  considérable,  comme 
chacun  le  sait,  des  gens  de  lettres  en 
butte  aux  sarcasmes  de  Voltaire.  — 
Foucher  (  Simon  ) ,  chanoine  de  Di- 
jon, né  dans  celle  ville  en  »644  » 
mort  à  Paris  en  1696 ,  fut  surnommé 


FOU 

Je  son  temps  le  restaurateur  de  la 
pliilosopbie  académique,  parce  qu'il 
s'efforça  de  faire  revivre  les  dogmes 
de  celle  philosophie,  dont  il  écrivit 
Thistoirc.  Jl  eut  de  fréquentes  disputes 
avec  le  père  Mallebranche,  et  publia 
pjnsieurs  ouvrages ,  aujourd'hui  en- 
tièrement oubliés ,  tels  que  :  I .  Critique 
du  la  Recherche  de  la  vérité,  Paris , 
1 G75 ,  in-i  2 ,  avec  une  Dissertation 
apologétique,  Paris,  i(i87,  1693, 
in- 12.  II.  Dialogue  entre  Empirias- 
tre  et  Philalète ,  sans  date  ni  indica- 
tion de  heu,  in -12.  Ce  livre  sur  la 
philosophie  de  Descartes ,  est  très  rare 
et  incomplet;  l'impression  ne  va  que 
jusqu'à  la  page  56o.  llï.  Lettre  sur 
la  morale  de  Confucius,  Amsterdam 
(1688),  in-i2,  et  avec  le  petit  volume 
du  Moraliste  chinois.  IV.  Traité  des 
hygromètres ,  Paris,  1686,  in-12. 
Les  travaux  des  physiciens  modernes 
ont  rendu  ce  Uvre  entièrement  inutile. 
D.  L. 
FOUCHEa  D'OPSON  VILLE 

( ),  né  en  1754,  mort  le 

i4  janvier  1802.  Il  existe,  sur  la  vie 
et  les  écrits  de  cet  auteur,  une  Notice 
par  M.  Garangeot ,  secrétaire  de  la  so- 
ciété d'agriculture  de  i^eine-et-Marne, 
Meaux,  an  XI,  in-8^.  de  douze  pages: 
nous  n'avons  pu  nous  la  procurer. 
Nous  dirons  seulement  que  Foucher 
€utra  au  service  en  1752,  qu'il  fît 
deux  fois  par  terre  le  voyige  de  France 
aux  Indes ,  et  qu'il  fut  chargé  de  mis- 
sions importantes  auprès  des  princes 
indiens.  On  a  de  cet  auteur  :  I.  Sup- 
plément au  Fojage  de  Sonnerai 
{  F.  Sonnerat),  Amsterdam  (Paris), 
1785,  in-8'.  de  trente-deux  pages, 
contenant  des  observations  critiques. 
II.  Lettre  d'un  voyageur  au  baron 
de  L.  sur  la  guerre  des  Turcs, 
Paris,  1788,  in-8'.  III.  Le  Fran- 
çais philantrope,  ou  Considérations 
patriotiques  relaùs^cs  à  une  ancienne 


FOU  53:> 

ci  nouvelle  aristocratie ,  Paris,  1 78g, 
iii-8'.  IV.  Eveil  du  patriotisme  sur 
la  révolution ,  Paris  ,  1 79 1  ,  in-8**. 
Sans  jamais  approuver  les  crimes  de 
la  révolution,  Foucher,  comme  tant 
d'autres ,  s'était  laissé  séduire  par  les 
promesses  des  novateurs.  V.  Baga- 
vadam ,  ou  Doctrine  divine  (  des  In- 
diens) sur  V Etre  suprême,  les  dieux, 
les  géants  et  les  hommes  ,  Paris , 
1788,  in-8''.;  traduction  faite  sur  une 
version  tamoule,  par  Mcridas  Poule, 
interprèle  de  Tancienne  compagnie 
des  Indes  ,  aux  frais  de  Foucher,  qui 
lui  payait  pour  cet  objet  60  francs  par 
mois,  jusqu'au  moment  oix  il  s'aperçut 
que  son  infîdèle  traducteur  avait  en- 
voyé en  France  une  copie  de  sa  ver- 
sion. C'est  sur  cette  copie,  adressée  en 
1769  au  ministre  Berlin,  que  De 
Guignes  lut,  en  1772,  à  l'acad.  des 
inscript.  (iWem.ZXXF///,  5i2), 
un  mémoire  dans  lequel  il  fait  voir 
que  ce  livre,  l'un  des  dix-huit  ^om- 
ranams,  ou  livres  sacrés  des  Indiens, 
et  dont  l'original  samscrit  passe  chez 
ce  peuple  pour  avoir  été  composé  par 
Yiassen  ,  fils  de  Brahma ,  environ 
5i  16  ans  avant  J.  C,  est  postérieur 
à  rétablissement  des  Grecs  dans  l'Inde 
et  aux  communications  des  Romains 
avec  les  Indiens  (i).  Quoique ,  de  son 
propre  aveu,  Foucher  n'entendît  pas 
les  langues  de  l'Inde,  il  pensa  que 
vingt  ans  de  séjour  dans  ce  pays  de-» 
vaient  lui  fournir  assez  de  moyens  de 
comparaison  et  de  redressement  pour 
retoucher  le  travail  de  son  interprète. 
VI.  Essais  philosophiques  sur  les 
mœurs  de  divers  animaux  étran-* 
gers ,  Paris ,  1 783 ,  in-8'.  Ce  curieux 
ouvrage,  extrait  du  Journal  des  Voya-' 
ges  de  l'auteur ,  embrasse  aussi  l'his- 

(i)  Anqaetil-Duperron  cvoVtle  Bagavadatm^nS' 
teneur  au  troisième  siècle  de  l'ère  chrotienne;  et 
De  Guignes,  après  avoir  pesé  se»  rais0nt ,  finit 
parle  croire  même  postérieur  au  mahumé lisn^e , 


534 


FOU 

toire  naturelle,  lesraœurs  elles  usages 
des  peuples  que  D'Opsonville  a  violés. 
11  traite  successivement  des  serpents , 
des  crocodiles ,  des  caméléons ,  et  des 
sauterelles  qui  servent  à  la  nourriture 
des  Juifs  et  des  Arabes,  ces  peuples 
les  classant  parmi  les  animaux  purs. 
Le  combat  des  hommes  avec  les  tigres, 
corps  à  corps ,  fixe  ensuite  son  atten- 
tion; et,  à  ce  sujet,  il  entretient  le 
lecteur  des  grandes  qualite's  de  Hider- 
Ali-Khân ,  avec  lequel  il  eut  de  fré- 
quentes relations.  Il  expose  ses  con- 
jectures sur  le  motif  de  la  vénération 
des  Indiens  pour  le  cheval ,  l'âne  et 
le  bœuf.  Le  lait ,  le  caillé ,  le  beurre , 
J'urine  et  la  bouse  de  vache ,  sont , 
suivant  eux ,  les  cinq  choses  les  plus 
utiles  à  l'homme.  Une  tempête  assez 
violente  que  Foucher  éprouva ,  lui 
donna  lieu  de  connaître  le  caractère 
indolent  et  pusillanime  de  ces  peuples 
qui,  accroupis,  les  bras  croisés,  at- 
tendaient en  silence  la  mort.  A  l'occa- 
sion du  chameau ,  si  bien  nommé  le 
navire  du  déseit,  il  nous  parle  de  ses 
propres  infortunes.  En  Arabie,  il  fut 
attaqué  de  la  peste,  obligé,  par  la 
violence  du  mal,  d'abandonner  la  ca- 
ravane qu'il  suivait,  et  jeté  sans  con- 
naissance au  milieu  du  désert,  par  un 
religieux  musulman  à  qui  on  l'avait 
confié.  Là ,  sans  autre  médecin  que 
la  nature,  sans  autre  secours  qu'un 
peu  d'eau ,  il  se  vit  en  peu  de  temps 
couvert  d'ulcères.  Exposé  le  jour  aux 
feux  ardents  du  soleil ,  traîné  la  nuit 
sous  un  coin  d'abri  par  des  femmes 
arabes  qui  eurent  pitié  de  lui,  il  languit 
ainsi  pendant  trois  semaines,  au  bout 
desquelles  il  parvint  à  se  faire  repor- 
ter à  Alep,  où,  dans  l'espace  d'un 
mois ,  ses  plaies  se  cicatrisèrent. 
Eclairé  par  sa  propre  expérience, 
D'Opsonville  présente,  sur  la  nature 
€t  sur  le  traitement  de  la  peste ,  des 
idées  saines ,  lumineuses ,  et  qui  mé- 


FOU 

ritent  d'être  propagées.  Dans  le  posé- 
scriplum  qui  termine  son  ouvrage  ^ 
il  en  annonce  un  autre,  beaucoup 
plus  étendu,  sur  l'Inde  et  ses  antiqui- 
tés; mais  de  ce  travail  intéressant  il 
n'a  publié  que  le  Ba^avadam ,  qui 
était  destiné  à  en  faire  partie.        Z. 

FOUCHIER  (  Bertrand),  peintre, 
né  à  Berg-op-  Zoom  le  i  o  février  1 6og. 
Son  père,  voyant  son  inclination  pour 
la  peinture,  le  plaça  chez  Van-Dyck, 
à  Anvers  ;  mais  les  nombreuses  occu- 
pations de  ce  grand  artiste  lui  faisaient 
négliger  ses  élèves.  Fouchier,  qui  avait 
appris  déjà  dans  son  école  à  bien 
peindre  le  portrait,  entra  dans  celle 
de  Jean  Billaert,  à  Utrccht.  Il  fit  en- 
suite le  voyage  de  Rome  ,  et  s'attacha 
de  préférence  à  la  manière  du  Tin- 
toret.  Le  pape  Urbain  VIII,  à  qui 
ses  talents  avaient  plu ,  lui  aurait 
assuré  une  existence  heureuse,  si  Fou- 
chier n'eût  pris  parti  dans  une  que- 
relle d'un  peintre,  son  compatriote  et 
son  ami ,  et  n'eût  été  obligé  de  quitter 
Rome.  Il  revint  dans  sa  ville  natale 
par  Florence,  Paris  et  Anvers,  chan- 
gea sa  manière,  et  imita  celle  de  Brau- 
wer  pour  plaire  aux  amateurs  ;  il 
peignit  long -temps  à  l'huile  et  sur 
verre  :  on  estimait  surtout  ses  tableaux 
de  conversation.  Ce  peintre,  dont  les 
ouvrages  sont  peu  connus  en  Fran- 
ce ,  mourut  à  Bcrg-op-Zoom  eu  1 674  > 
à  soixante-cinq  ans.  D — t^ 

FOUCHY  (Jean-Paul  Grane- 
JEAN  de),  secrétaire  perpétuel  de  l'a- 
cadémie des  sciences,  naquit  à  Paris, 
en  1707.  !!•  avait  reçu  de  la  nature 
d'heureuses  dispositions,  que  son  père, 
homme  d'esprit  et  savant  dans  plus 
d'un  genre,  cultivait  avec  le  plus  grand 
soin .  Son  goût  sembla  d'abord  le  porter 
vers  la  poésie,  mais  il  sut  y  résister; 
et  si ,  pendant  le  cours  d'une  longue 
vie,  il  laissa  passer  peu  d'années  sans, 
i:ompo5er  quelques  pièces  de  vers,  il' 


FOU 

feut  Tattentioa  de  ne  les  confier  qu'à 
des  amis  incapables  de  trahir  son  se- 
cret. La  musique  fut  aussi  pour  lui  un 
délassement  agréable.  Il  jouait  de  plu- 
sieurs instruments  assez  bien  pour  se 
faire  applaudir  dans  les   sociétés  les 
plus  brillantes;  mais  il  redoutait  trop 
le   bruit  pour   céder  aux  instances 
qu'on  pouvait  lui  faire;  et  les   per- 
sonnes qui  vivaient  dans  son  intimité' 
étaient  seules  admises  à  jouir  de  ses 
talents.  Après  la  mort  de  son  père, 
Fouchy  se  trouva  possesseur  d'une 
fortune  médiocre,  mais  plus  que  suf- 
fisante pour  un  homme  d'un  carac- 
tère aussi  raodéré.ll  acquit  une  charge 
d'auditeur  des  comptes,  et  parta^^ea 
dès-lors  sa  vie  entre  l'exercice  de  ses 
devoirs  et  la  culture  des  sciences.  Une 
société  composée  de  savants  et  d'ar- 
tistes, s'était,  dit  un  biographe,  for- 
mée  à  Paris;  elle  devait  s'occuper 
d'appliquer  aux  arts  et  aux  sciences 
les  principes  et  les  théories  scienti- 
fiques qui  peuvent  en  diriger  et  en 
perfectionner  la  pratique.  Fouchy  y 
fut  admis,  et  s'y  distingua  bientôt  par 
son  zèle  et  par  ses  travaux.  L'acadé- 
mie des  sciences  le  reçut  dans  son  sein, 
en  1751 ,  comme  astronome  ;  et  cha- 
que volume   publié  depuis  lors  par 
celte    compagnie    savante   renferme 
des  mémoires  dans  lesquels  il  rend 
compte  de  ses  observations  sur  les 
phénomènes  arrivés  pendant  l'année  : 
il  en  donna  aussi  deux  qui  ont  pour 
objet,  le  premier,  la  simplification 
des  méthodes  en  usage  pour  calculer 
les  révolutions  des  astres;  et  le  second, 
la  simplification  des  instruments  dont 
l'acquisition  ou  le  transport  pouvait 
être  un  obstacle  aux  travaux  de  ses 
confrères.  Mairau  ayant  donné,  en 
1  745  ?  sa  démission  de  secrétaire  per- 
pétuel de  l'académie,  Fouchy  fut  nom- 
mé à  sa  place.  C'était  pour  ainsi  dire 
,s.uccçdei'  àFontenelle;  et  la  répulaùon 


FOtr  â35 

des  éloges  de  celui-ci ,  genre  dans  le- 
quel il  n'avait  point  eu  de  modèle ,  et 
où  il  avait  mérité  d'en  servir ,  rendait 
très  difficile  la  tâche  de  son  continua- 
teur. Fouchy  avait  le  goût  trop  sûr 
pour  penser  à  imiter  servilement  Fon- 
tenelle  :  il  se  créa  une  manière  nou- 
velle ;  et  si  ses  éloges  n'offrent  pas  le 
même  intérêt  que  ceux  de  son  prédé- 
cesseur, on  ne  peut  nier  pourtant  que 
le  style  n'en  soit  très  convenable,  et 
qu'il  n'y  règne  un  ton  de  franchise  et 
de  bonne  foi  qui  lui  gagne  la  confiance 
de  tous  les  lecteurs.  Fouchy  remplit 
cette  place  pendant  trente  années  avec 
autant  de  zèle  que  de  succès  ;   mais 
enfin  l'âge  et  les  infirmités  lui  faisant 
éprouver  le  besoin  de  repos,  il  donn,^ 
sa  démission  (1).   Quelques  années 
après  sa  retraite,  dit  le  biographe  dc« 
jà  cité ,  Fouchy  éprouva  un  accident 
singulier.  Saisi  d'un  étourdisseraent  ^ 
il  fit  une  chute  ;  et  le  lendemain,  ayant 
repris  sa  connaissance  entière  ,  jouis- 
sant de  toute  sa  tête,  il  s'aperçut  que 
si  les  organes  de  la  voix  qui  avaient  été 
embarrassés  pendant  quelque  temps, 
étaient  devenus  libres ,  ils  avaient  cesse' 
d'obéir  à  sa  volonté;  que  lorsqu'il 
voulait  énoncer  un  mot,  sa  bouche  en 
prononçait  un  autre  :  en  sorte  que  , 
dans  le  moment  où  il  avait  des  idées 
nettes,  les  paroles  étaient  sans  suite. 
Lui-même  rendit  compte  de  cet  acci- 
dent dans  les  Mémoires  del'académie  : 
il  détailla  tous  les  symptômes,  toutes 
les  particularités  de  ce  phénomène , 
avec  une  simplicité,  un  calme,  une  in- 
différence même,  dignes  des  héros  du 
stoïcisme  antique;  et  l'on  voit  par  ces 
détails  qu'au  milieu  même  de  ces  symp- 
tômes si  effrayants  qui  le  menaçaient, 
pour  le  reste  de  sa  vie,  d'une  exis- 
tence pénible  et  humiliante ,  il  était 
plus  occupé  d'observer  ses  maux  que 

(i)  Ce  fui  Coadorcet  qui  Jui  luccéda. 


556 


FOU 


de  s'en  affli?;er.  Ce  trait  suffitseul  pour 
faire  apprécier  le  caractère  de  Fou- 
chy.  Ce  respectable  doyen  des  sa- 
vants français  mourut  à  Paris  le  1 5 
avril  I  788,  à  81  ans.  Outre  les  nom- 
breux mémoires  imprimés  dans  le  Ke- 
cuci!  de  l'académie  des  sciences  ,  et  la 
description  de  quelques  instruments 
de  son  invention  ,  insérée  dans  le  Re- 
cueil des  machines  de  l'académie, 
tora.  Y,  VI  et  Vil  (i) ,  ou  a  de  lui  un 
tome  premier  (  et  unique  )  des  Eloges 
des  membres  de  cette  compagnie  , 
Paris,  i-jOi  ,  in- 12.  Son  fils  se  pro- 
posait d'en  publier  la  suite;  mais  elle 
n'a  point  encore  paru.  On  s'est  prin- 
cipalement servi,  pour  la  rédaction 
de  cet  article,  de  celui  qui  est  inséré 
tlans  les  Siècles  littéraires  de  Deses- 
sarts.  W — s. 

FOUGERET  DE  MONUBOxN.  F. 

MONBRON. 

FOUGEROLLES  (François  de  ), 
médecin,  né  dans  le  Bourbonnais  vers 
1 56o  ,  fit  ses  études  à  l'université  de 
Montpellier ,  et  y  fut  reçu  docteur. 
11  voyagea  ensuite  en  Allemagne  et  en 
Italie  pendant  huit  années,  s'arrêtant 
dans  les  principales  villes  pour  visiter 
les  monuments  qu'elles  renfermaient, 
et  jouir  de  la  société  des  savants.  Pe 
retour  en  France,  il  s'établit  à  Lyon, 
et  y  commença  l'exercice  de  son  art 
avec  beaucoup  de  succès.  Il  mourut  à 
Grenoble  ,  après  avoir  obtenu  des 
lettres-patentes  pour  y  établir  un  col- 
lège de  médecine,  si  l'on  en  croit  le 
bibliothécaire  du  Dauphinéqui,  par 
erreur,  le  fait  naître  dans  cette  ville. 
Fougerolles  était  très  versé  dans  les 
langues  anciennes.  On  a  de  lui  :  I.  Le 
Théâtre  de  la  nature ,  traduit  du 
latin  (ie  Jean  Bodin,  Lyon,   1597, 

(i)  On  y  remarque  un  micromètre  universel,  un 
niveau  perfecliouoé,  mau  (urlout  un  moyen  Irifs 
iii{;énieu'x  et  ailmiroble  par  ton  étunnante  «impli- 
cite pour  exécuter,  lana  arbre  ni  regiiire ,  toutes 
cvrU*  de  vit  sur  le  (our. 


FOU 

in-S**.  Il  annonce  dans  la  préface,  qu'il 
a  entrepris  cette  traduction  pour  se 
remettre  à  l'usage  du  français,  qu'il 
avait  presque  entièrement  oublié  dans 
ses  "'^;yages.  II.  Les  Fies  des  phi- 
losophes de  V antiquité,  irad.  du  grec 
de  IJiogènt-Laerce,  ibid.,  i6o2,in-8". 
1  IL  JJe  Senum ajfectibus  prœcaven- 
dis  nomiullisqud  curandis  enarra- 
tio,  ibid. ,  1610,  in-/^".  IV.  Metho- 
dus  in  septem  aphorismorum  libros 
ah  Hippocrate  observata ,  omnibus 
tamen  retrb  sœculis inaudita ,  Paris, 
1612,  in-4".  Fougerolles  promettait 
une  Physique  en  français  ;  mais  on 
ignore  s'il  l'a  publiée.  W — s. 

FOU-HI ,  premier  empereur  de  la 
Chine.  On  n'est  pas  encore  parvenu 
à  déterminer  la  date  précise  de  la  fon- 
dation de  l'empire  chinois  j  mais  toute 
la  nation  et  ses  gens  de  lettres  s'accor- 
dent à  regarder  Fou-hi  comme  son 
fondateur.  Avant  lui ,  tout  n'est  que 
fables,  rêveries  mythologiques,  cal- 
culs  d'années  absurdes  et  extravagants. 
Avec  lui  commencent  les  temps  incer- 
tains de  l'histoire  chinoise,  temps  qui 
embrassent  son  règne,  celui  dcChin- 
nong,  sou  successeur,  et  les  soixante 
premières  années  du  lègne  de  Hoang- 
li,  troisième  empereur  r  /^q^.HoANG- 
Ti).  Suivant  les  Tables  clironolo^i- 
ques  publiées  par  l'ordre  de  l'empe- 
reur Kien  -  long ,  en  i  -^69 ,  la  6 1  ^ 
année  du  règne  de  Hoang-ti ,  époque 
capitale,  à  laquelle  s'attache  le  pre- 
mier anneau  du  cycle  chinois ,  corres- 
pond à  l'an  2637  avant  l'ère  chré- 
tienne ;  d'où  il  résulte  que  les  temps 
historiques  de  la  Chine  comprennent , 
jusqu'à  l'année  présente  18 iG,  un 
espace  de  44^^  *'*"•''•  Les  temps  incer- 
tains ,  d'après  le  calcul  le  plus  vrai- 
semblable adopté  par  les  plus  habiles 
écrivains  de  la  Chine  ,  embrassent 
5 1 6  années,  qui,  ajoutées  à  la  somme 
des  temps  hisloiiques,  nous  condui- 


FOtT 

feent  à  Tan  agSS  avAnt  noîrc  ère , 
première  année  du  règne  de  Fou-hi , 
fondateur  de  la  monarchie  chinoise. 
Ainsi,  Fou-hi  fut  le  contemporain  du 
patriarche  Heber,  de  Phaieg  ,  et  de 
Rehu  ,  trisaïeul  d'Abraham.  On  ne 
doit  pas  s'attendre  à  de  grands  de'tails  j 
quand  il  s'agit  d'un  personnage  de 
celte  haute  antiquité'  :  aussi  l'histoire 
de  son  règne  se  rcduit-elle  à  un  petit 
Dombrcde  faits.  On  ne  parle  point  de 
Sun  père  ;  on  dit  scuemcu  t  que  sa  mère 
s'appelait  Hoa-siu.  11  vit  le  jour  dans 
la  province  de  Clien-si,  àTching-ki  au- 
jourd'hui Tching-lcheou  ,  ville  du  se- 
cond ordre  dans  le  ressort  de  Cong- 
tchang-fou.  Les  Chinois  sont  partage's 
d'opinion  sur  l'âge  qu'avait'  Fou-hi 
lorsqu'il  prit  en  main  les  renés  du 
gouvernement.  Les  uns  pensent  qu'il 
ne  comptait  alors  que  sa  vingt-qua- 
trième année  ;  les  autres  pre'tendent 
qu'il  était  parvenu  à  sa  quatre-vingt- 
seizième  ,  âge  de  l'homme  mûr  à  l'é- 
poque oii  iî  vivait.  Avant  lui,  les 
deux,  sexes  étaient  confondus  sous  leà 
mêmes  vêtements  ;  il  leur  en  assigna 
de  particuliers,  qui  devaient  les  dis- 
tinguer. Les  hommes  et  les  femmes  ne 
connaissaient  que  de  vagues  amours. 
Leur  union  n'était  que  fortuite  et  pas- 
sagère; le  besoin  les  rapprochait,  et 
ils  se  quittaient  sans  regret.  Fou-hi  les 
àssujétit  à  la  loi  du  mariaçe ,  base  fou- 
damèàtale  de  la  vie  sociale.  Il  régla 
la  manière  de  le  contracter,  et  le  re- 
vêtit de  formes  qui  devaient  en  cons- 
tater la  validité.  Il  comiuecça  par  di- 
viser son  peuple  en  cent  portions  où 
familles,  à  chacune  desquelles  il  im- 
posa un  nom  particulier.  Il  ordonna 
ensuite  à  chaque  individu  mâle  de 
choisir  l'épouse  avec  laq;uelle  il  voulait 
vivre ,  établissant ,  comme  loi  esscn- 
iiclle ,  qu'ils  ne  pourraient  contracter 
d'alliance  qu'avec  celles  d'un  nom  dif- 
férent du  leur,  et  par  conséquent 


F  OÙ  5^7 

d'une  famille  différente.  Cet  usage  s'est 
perpétué  à  la  Chine ,  où  l'on  désigne 
encore  aujourd'hui  sous  la  dénomina- 
tion des  cent  noms  toutes  les  familles 
de  ce  vaste  empire,  quoique  leur  nom- 
bre s'élève  à  quatre  ou  cinq  cents  (i  ). 
Fou-hi,  voulant  reconnaître  et  décou- 
vrir le  pays  qu'il  habitait,  et  en  écarter 
les  animaux  malfaisants ,  fît  mettre  le 
feu  aux  broussailles  et  aux  bois.  11  s'a- 
perçut que  quelques-unes  des  terres  se 
résolvaient  en  fer.  Il  recueillit  une 
certaine  quantité  de  ce  métal ,  et  en 
arma  des  javelots,  dont  il  apprit  à 
faire  usagé  pour  la  chasse.  Fou-hi  in- 
venta encore  les  filets  pour  la  pêche , 
et  fit  connaître  à  son  peuple  la  ma- 
nière de  plier  à  la  domesticité  des  ani- 
maux utiles ,  et  d'élever  des  troupeaux. 
Cependant  le  nouveau  peuple  prenait 
des  accroissements  rapides;  de  nou- 
velles terres ,  des  habitations  plus 
vastes,  lui  devenaient  nécessaires.  Son 
chef  s'avança  vers  les  contrées  de 
Test,  et  découvrit  tout  le  pays  qui 
forme  aujourd'hui  les  provinces  de 
Chan-tong  ,  jusqu'à  la  mer  orientale. 
Il  y  appela  une  partie  de  ses  sujets  , 
et  lui-même  fix.a  sa  résidence  dans  un 
lieu  où  il  bâtit  une  ville,  qu'il  nomma 
Tchin-tou.  Cette  ville  subsiste  encore 
aujourd*hui  sous  le  nom  de  Tchin; 
tcheoù,  dans  le  Ho-nan.  Frappé 
de  la  magnificence  des  cieux,  de  la 
fécondité  de  la  terre  et  de  toutes  les 
merveilles  qu'étale  la  nature,  Fou-hi  re- 
connut sa  dépendance  de  l'Etre  tout» 
puissant  qui  en  est  l'auteur.  11  fut  le 
premier  qui  institua  les  sacrifices ,  et 
il  ordotina  qu'à  l'avenir  on  nourrirait 
avec  soin  un  certain  nombre  d'ani- 
maux choisis  pour  servir  de  victimes. 
Le  sage  législateur  n'ignorait  pas  que 
les  délassements  sont  nécessaires  à 


(i")  On  en  trouve  quatre  ceat  trente-huît  danslë 
Dictionnaire  chiaoi»  publié  p^r  M.   D«  Qfigael^ 

pag.  9';3  cl  ittir. 

21 


338  FOtJ 

l'homme  :  il  inventa  la  musique,  et 
construisit  deux  espèces  de  lyres  ou 
instruments  à  fordes,leÀ7net  le  Ché, 
le  premier  monte' lie  vingt-cinq  cordes, 
et  le  second  de  trente-six.  L'usage  <k 
ces  in>trunients  s'est  conserve,  et  ils 
font  encore  aujourd'hui  les  délices  des 
oreilles  chinoises.  L'e'criture n'existait 
pas  encore  ;  on  n'avait,  pour  y  sup- 
jilcfer,  que  le  secours  de  quelques  nœuds 
formes  sur  des  cordelettes,  moyens 
bien  imparfaits  pour  fixer  la  pensée, 
la  transmettre  et  la  répandre.  Fou-hi , 
qui  avait  à  instruire  son  peuple  sur  la 
religion  ,  la  morale,  l'ordre  physique 
de  la  nature  ,  jugea  ces  signes  insuffi- 
sants; il  inventa  les  huit  Koua.  Pour 
donner  plus  d'autorité  à  ses  institu- 
tions ,  comme  l'ont  fait  plusieurs  lé- 
gislateurs venus  long-temps  après  lui, 
il  les  accompagna  de  quelques  circons- 
lances  merveilleuses  :  il  supposa  que 
par  une  faveur  du  ciel ,  il  avait  vu 
sortir  du  milieu  des  eaux  d'un  fleuve 
un  cheval-dragon  et  une  tortue  ex- 
traordinaire, sur  le  dos  desquels  étaient 
tracées  des  lignes  mystérieuses ,  es- 
pèce de  caractères ,  qui  fixèrent  toute 
son  attention;  qu'il  les  étudia,  et  dé- 
couvrit enfin,  dans  leur  combinai- 
son ,  l'art  de  communiquer  les  pensées 
par  des  signes  qui  peuvent  les  repré- 
senter. Les  éléments  des  Koua  de 
Fou-hi  se  réduisent  à  deux  lignes  hori- 
zontales, l'une  entière,  Kautre  brisée, 
lien  forma  huit  trigrarames,  lesquels, 
combinés  dans  la  suite  par  six  au  lieu 
de  trois,  donnèrent  soixante  quatre 
combinaisons  différentes.  (  F'.Wen- 
•WANG  et  TcHÉou-KONG.  )  La  tradi- 
tion chinoise  représente  Fou-hi  comme 
un  observateur  assidu  des  phénomènes 
du  ciel.  Il  comprit  que  la  connaissance 
des  mouvements  célestes  pouvait  seule 
donner  la  juste  mesure  du  temps  ; 
mais  il  sentit  que  ces  théories  étaient 
çncorc  trop  au-dessus  dcriutelligence 


FOtJ 

bornée  de  ses  nombreux  sujets.  Il  se 
contenta  de  leur  donner  un  calendrier , 
pour  apprendre  à  distinguer  les  temps 
et  régler  leurs  travaux.  Quelques  his- 
toriens le  font  encore  l'auteur  du  cyclo 
chinois;  mais  d'autres,  en  plus  grand 
nombre ,  en  attribuent  l'invention  à 
Hoang-ti,  le  second  de  ses  succes- 
seurs. Fou-hi,  après  un  règne  de  cent 
quinze  ans,  mourut  à  Tchin-lou.  Il 
fut  enterré  au  midi  dé  cette  ville,  à 
trois  li  de  distance  de  ses  murailles  : 
on  y  montre  encore  aujourd'hui  son 
tornbeau ,  orné  de  cyprès  de  haute 
futaie,  et  environné  de  murs,  qu'on 
entretient  avec  le  plus  grand  soin. 
G— R. 
FOUILLOUX(Jacques DU  ), gen- 
tilhomme, né  au  seizième  siècle, dans 
cette  partie  du  Bas-Poitou  connue  sous 
le  nom  des  Gastine,  aux  environs  de 
Parthenay ,  partagea  ses  loisirs  entre 
la  poésie  et  la  chasse  ,  genre  d'exer- 
cice pour  lequel  il  avait  une  passion 
exlraordinairc.il  forma  un  recueil  de 
ses  observations  sur  les  habitudes  des 
animaux,  et  sur  la  manière  la  plus 
agréable  de  les  chasser  ;  il  le  publia 
sous  ce  litre  :  La  Fenerie,  contenant 
plusieurs  préceptes  et  des  remèdes 
pour  guérir  les  chiens  de  diverses 
maladies.  La  prenùère  édition  de 
cet  ouvrage  ^est  très  rare  ;  elle  fut 
imprimée  à  Poitiers ,  par  les  Marnefs, 
en  1 56o ,  in-fol.  Le  dçbit  en  fut  si 
prompt ,  que  les  mêmes  imprimeurs 
en  donnèrent  d'autres,  en  i56i  , 
i562,  et  eu  i56B,  in-4°.  H  en  pa- 
rut une  nonvelle  édition,  accompa- 
gnée de  V^rt  de  chasser,  ou  Ex- 
trait du  Miroir  de  Gaston  Phœbus, 
(  ^o^.Foix), Paris,  Galliot  Duprc, 
1575,  in-4". ,  et  on  l'a  insérée  depuis 
dans  presque  toutes  les  collections 
d'ouvrages  sur  la  chasse.  (  P^oj".  FaAN- 
ciÈRES.)  César  Parona  l'a  traduite  en 
italien,  Milan,  i6i5,  in-8\;  elle 


FOU 
rivait  dcjà  cte  en  allemand ,  Stras- 
bourg ,  1 590  ,  in-fol.  Les  préceptes  de 
Fouilloux,  dit  Lallemand,  ont  un  ca- 
ractère de  vérité' qui  doit  satisfaire  tout 
lecteur  attentif;  cependant  il  s'écarte 
quelquefois  de  son  but  principal,  et 
tombe  dans  des  digressions  hors  d'œu- 
vre.  Son  style  a  tous  les  défauts  du 
siècle;  mais  on  ne  peut  assez  le  louer 
d'avoir  préparé  de  riches  matériaux  à 
ceux  qui  ont  écrit  sur  le  même  sujet. 
JJuffon  et  Daubenton  n'ont  pas  dé- 
daigné de  s'appuyer  de  l'autorité  de 
Fouilloux  ;  et  c'est  une  preuve  sans 
réplique  de  l'exactitude  de  ses  obser- 
vations. A  la  suite  de  la  Fenerie,  on 
trouve  un  petit  poème  intitulé ,  1'^- 
dolescence  de  Jacques  du  Fouilloux: 
il  n'annonce  pas  un  grand  talent  pour 
la  poésie  ;  mais  on  doit  convenir  que 
le  style  en  est  d'une  simplicité  bien  re- 
marquable ,  à  une  époque  011  Ronsard 
était  regardé  comme  le  plus  parfait 
des  modèles.  —  Un  autre  Jacques 
Fouilloux,  licencié  de  Sorbonne,né 
à  la  Rochelle ,  et  mort  à  Paris  en 
i^SG,  à  soixante-six  ans  ,  eut  beau- 
coup de  part  à  plusieurs  écrits  de 
Port-Royal,  dirigés  contre  la  bulle 
Unigenitus ,  et  à  d'autres  produc- 
tions théologiques  qui  sont  aujour- 
d'hui oubliées.  W — s. 

FOULCHERouFoucHER  de  Char- 
tres ,  en  latin  Fulcherius  carnotensis , 
bistorien,  naquit  dans  le  1 1^.  siècle, 
au  diocèse  de  Chartres  ;  il  suivit  à  la 
conquête  de  la  Terre-Sainte  le  comte 
de  Blois,  son  seigneur,  et  s'attacha 
ensuite  à  Baudouin  ,  premier  roi  de 
Jérusalem,  qui  le  fit  son  chapelain. 
Il  joignait,  à  un  esprit  assez  cultivé 
pour  le  temps  où  il  vivait ,  toutes  les 
qualités  d'un  guerrier;  et  il  parut 
souvent  avec  honneur  dans  les  rangs 
des  croisés.  Il  a  écrit  l'histoire  cbrono- 
logique  des  événements  dont  il  avait 
été  le  témoin  ,  ou  qui  lui  avaient  été 


FOU  359 

rapportés  par  des  personnes  dignes 
de  confiance.  Elle  s'étend  de  iigS  à 
1227,  et  intéresse  surtout  en  ce  qui 
concerne  la  conquête  d'Edesse ,  à  la- 
quelle Foulcher  avait  eu  part  :  on  y 
trouve  des  dates  et  des  faits  cu- 
rieux, omis  par  les  auteurs  contem- 
porains ;  elle  est  intitulée  :  Gesta  pe^ 
regrinnntium  Francorum  cum  ar- 
mis  Bierusalem  pergentium  seu  His^ 
toriahierosoljmitana.  Cette  histoire 
a  été  insérée  par  Bongars  au  tom.  I^"". 
des  Gesta  Dei  per  Francos ,  et  par 
Duchesne  au  tome  IV  des  Franco- 
rum historiée  scriptores  coœtanei:  il 
faut  y  joindre  les  notes  de  Gaspar 
Barth  ,  insérées  au  tom.  III  des  Reli- 
quiœ  [manuscriptorum  omnis  œvi. 
L'abrégé  qui  en  a  été  fait  par  un  ano- 
nyme, sous  le  titre  de  Gesta  Fran- 
corum expugnantium  Hierusalem , 
est  imprimé  dans  le  recueil  de  Bon- 
gars ,  déjà  cité.  W — s. 

FOULGOIE,  en  latin  Fulcoius , 
le  poète  le  plus  fécond  et  l'un  des 
plus  célèbres  du  11*.  siècle ,  naquit 
à  Beauvais  vers  l'an  1020,  de  parents 
nobles,  mais  privés  des  biens  de  la 
fortune.  11  fit  ses  études  à  Reims,  oii 
il  eut  pour  maître  Hermand  ;  il  vint 
ensuite  à  Meaux,  dont  le  séjour  lui 
parut  si  agréable,  qu'il  résolut  de  s'y 
fixer.  Ayant  embrassé  l'état  ecclésiasti- 
que, il  fut  ordonné  sous-diacre;  mais  il 
ne  voulut  pas  recevoir  les  autres  or- 
dres, dans  la  crainte  d'être  privé  de 
la  liberté  dont  il  avait  besoin  pour  sa 
livrer  à  l'étude.  Il  visitait  souvent 
l'abbaye  de  la  Celle,  à  quatre  lieues 
de  Meaux;  l'aspect  charmant  de  ce 
lieu  lui  inspira  des  vers  qui  com- 
mencèrent sa  réputation  :  elle  s'éten- 
dit bientôt  dans  toute  la  France ,  et 
même  en  Italie,  comme  on  l'apprend 
parles  vers  qu'il  adressa  aux  papes 
Alexandre  II ,  Grégoire  VII ,  et  aux 
plus  illustres  prélats  de  la  cour  de 


â46  FOU 

Borne.  De  toutes  les  personnes  que 
Foulcoie  a  louées  dans  ses  vers ,  Ma- 
nassé,  archevêque  de  Reims,  fui  ce- 
lui qui  se  montra  le  plus  reconnais- 
sant ;  aussi  lui  resta -t -il  attaché, 
ttiême  après  sa  disgrâce.  Foulcoie 
ii*elait  pas  seulement  un  poète  dis- 
tingue pour  le  siècle  où  il  vivait  ;  il 
était  encore  un  très  habile  granmiai- 
rien,  et  passait  pour  versé  dans  la 
connaissance  des  lois.  11  mourut  à 
Meaux  vers  Tannée  io85;  et  la  plu- 
part des  auteurs  contemporains  dé- 
plorèrent sa  perte  dans  des  vers  qui 
ont  été  en  partie  conservés.  Les  poé- 
sies de  Foulcoie  sont  divisées  en  trois 
tomes  :  le  premier  est  intitulé  Utriim  ; 
]e  second  Neutrum ,  et  le  troisième 
Utrumque.  L*auteur  anonyme  d'une 
préface  qu'on  trouve  dans  l'exem- 
plaire de  la  Bibliothèque  du  roi ,  ex- 
plique ces  titres  singuliers  de  la  ma- 
nière suivante.  Le  premier  volume, 
dit-il,  est  intitulé  Utrum,  parce  que 
Foulcoie  y  a  réuni  les  pièces  de  peu 
d'étendue  par  lesquelles  il  préludait 
Il  des  compositions  plus  dignes  de 
son  génie  :  le  second ,  Neutrum ,  par 
la  raison  que  l'auteur  y  a  rassemblé 
des  ouvrages  plus  importants  que  dans 
le  premier,  et  cependant  très  infé- 
rieurs à  ceux  du  troisième  ;  ce  sont 
des  Vies  des  saints  du  diocèse  de 
Meaux  ,  des  Légendes  mises  en  vers  : 
enfin  le  troisième  a  pour  titre  Ulrum- 
^ae,  parce  que  Foulcoie  y  traite  de 
Tun  et  de  l'autre  Testament  dans  un 
long  poème,  ou  plutôt  dans  un  dialogue 
en  sept  livres  entre  l'esprit  etl'homme. 
La  versification  en  est  très  négligée  ; 
l'ignorance  ou  le  mépris  des  règles 
s'y  fait  voir  à  chaque  page,  et  on 
s'est  déjà  aperçu  que  l'auteur  était 
entièrement  dépourvu  de  goût.  Foul- 
coie annonçait  encore  un  poème  sur 
les  Avis  libéraux  ;  mais  s'il  l'a  exé- 
cuté, le  manuscrit  en  est  perdu.  Dom 


roû 

Mabillon ,  dom  Toussaint  Duplessis 
et  l'abbé  Lebeuf  ont  jiublié  de  pe- 
tites pièces  ou  des  fragments  de  Foul- 
coie. L'abbé  Lebeuf  a  inséré  une 
Notice  sm  ce  poète  daus  le  tome  lï 
du  recueil  de  ses  Dissertations  sut 
Vhistoiredc  la  ville  de  Paris.  W — s, 

FOULERESSE  (De  la),  gen- 
tilhomme français,  passa  on  Dane- 
mark vers  la  fin  du  17^  siècle,  sous 
le  règne  de  Christian  V.  11  fut  d'abord 
secrétaire  de  ce  prince  ,  et  ensuite  se- 
crétaire de  la  légation  danoise  à  Lon- 
dres. Il  séjourna  depuis  à  Hambourg 
cl  à  la  Haye.  On  a  de  lui  :  I.  Défense 
du  Danemark,  Cologne,  1696,  in- 
i'2.  Cet  ouvrage  avait  paru  à  Lon- 
dres en  anglais,  Tannée  1694,  sous 
le  titre  Denmark  vindicated.  Il  est 
dirigé  contre  Molesworth,  qui  avait 
publié  en  anglais  une  relation  peu 
avantageuse  sur  l'état  du  Danemark. 
IL  L'état  présent  des  différends  en- 
tre le  roi  de  Danemark  et  le  duc  de 
Holstein  ^  Amsterdam,  1697,  ^^' 
12.  111.  Lettre  sur  ce  qui  s'est 
passé  dans  V affaire  de  l'empoison- 
nement arrivé  à  la  cour  de  Dane- 
mark,  Cologne,  i(3g9,  in- 12.  De 
la  Fouleresse  a  été  nommé  par  er- 
reur, dans  quelques  ouvrages  étran- 
gers ,  Foulereck  et  Fouleresse.  Nous 
l'avons  fait  connaître  d'après  le  Dic- 
tionnaire des  savants  de  Dane- 
mark,  par  Worm,  en  danois.  C — av. 

FOULIS  (  Jacques),  en  latin  Fol- 
lisius,  né  à  Edimbourg,  a  laissé  des 
poésies  latines  intitulées  :  Jac.  Folli- 
siiy  Edinburgensis,  calamitosœ  pestis 
elegans  Descriptio  ;  —  Ad  Divam 
Margaretam  reginam,  sapphicum 
Carmen; — De  Mercatorum  felicitate 
Asclepiadeum ,  item  et  alia  quœdam 
carmina,  Paris,  chez  Gilles  Gour- 
raont,  sans  date  (de  i5i5  à  i52o), 
in-4"'  de  20  feuilles,  caractères  ronds. 
Ces  poésies  sont  aussi  peu  connue» 


FOU 

r[uc  leur  auteur ,  à  qui  George  Mac- 
kenzic  a  néglige  de  donner  un  article 
dans  ses  Lwes  and  characters  of 
the  writers  of  ihe  scotch  nation , 
3  vol.  in-fol.,  1708-1722.  La  peste 
que  décrit  le  premier  poème  (  il  rem- 
plit 21  pages  ),  ravagea  l'Ecosse  pen- 
dant la  jeunesse  de  l'auteur.  Il  en 
réchappa  seul  de  toute  sa  famille.  11 
est  probable  que  FouHs  publia  lui- 
même  ce  recueil  pendant  le  séjour 
qu'il  fit  à  Paris ,  avant  que  d'aller 
«tudier  en  droit  à  Orléans  :  il  l'a  dé- 
die à  Alexandre  Stevart  (  Sluart  ) , 
archevêque  de  Saint-André,  et  primat 
d'Ecosse,  fils  naturel  de  Jacques  TV. 
Ce  prélat  avait  eu  pour  gouverneur 
un  homme  d'un  mérite  distingué , 
Fabrice  Panlher,  à  qui  Fonlis  adresse 
aussi  une  de  ses  pièces.  (  Voy.  Mac- 
kenzie ,  t.  II,  p.  376.)  Il  n'y  a  rien 
de  Foulis  dans  l<s  Deliciœ  poéta- 
Tum  scotoriim.  Son  talent  poétique 
n'était  pas  au-dessus  du  médiocre. 
Un  manuscrit  in-folio  du  collège  des 
Ecossais  de  Paris ,  portant  les  noms 
de  tous  les  Ecossais  qui  y  ont  étudié 
depuis  sa  fondation  jusqu'au  commen- 
cement du  18^.  siècle,  ne  présente 
point  celui  de  Jacques  Foulis  ;  mais 
on  y  trouve  un  Guillaume  Foules, 
qui  habitait  ce  collège  en  i4ii  ,  et 
qui  y  fut  licencié  en  août  de  cette 
année.  —  Fouus  (  Henri  ) ,  eu  latin 
de  Foliis ,  théologien  anglican  ,  asso- 
cié du  collège  de  Lincoln  à  l'univer- 
sité d'Oxford,  mort  âgé  de  35  ans 
le  24  décembre  1G69,  a  publié  en 
latin  quelques  ouvrages  de  contro- 
verse peu  modérés ,  et  depuis  long- 
temps oubliés.  M — ON. 

FOULIS  (  Robert  et  André  ) , 
savants  cl  célèbres  imprimeurs  de 
Glascow,  ont  donné,  vers  le  milieu 
du  l8^  siècle,  des  éditions  de  divers 
auteurs  classiques,  qui,  pour  la  nel- 
Vsté  et  la  correclion,    ne  sont  pas 


FOU  34i 

moins  estimées  que  celles  de  Barbon 
et  de  Bodoni.  Robert,  comme  le  fa- 
ujeux  mécanicien  Arkwright ,  avait 
commencé  par  être  barbier.  Après 
divers  essais ,  il  entreprit  de  se  dis- 
tinguer dans  la  typographie ,  et  ne 
tarda  pas  à  s'y  faire  connaître  avan- 
tageusement, en  1743,  par  son  De- 
metrius  de  Phalères ,  in-8°.  Il  publia  , 
l'année  d'après,  son  fameux.  Horace, 
in- 1 2 ,  qui  passe  pour  être  sans  faute. 
H  en  avait  fait  afficher  les  épreuves 
dans  le  collège  de  Glascow,  en  pro- 
mettant une  récompense  déterminée 
pour  chaque  faute  qu'on  pourrait  y 
découvrir.  Ce  fut  alors  qu'il  s'associa 
son  frère  André;  et,  pendant  trente 
ans ,  ils  continuèrent  d'imprimer  cette 
suite  d'auteurs  classiques  ,  si  recher- 
chée des  amateurs ,  et  dans  laquelle 
nous  indiquerons  seulement  Homère 
grec  ,  1 756-58 ,  4  ^'ol-  in-fol.  ^  Thu« 
cvdide,  grec-latin,  1 759, 8  vol.  in-8^  ; 
Hérodote,  grec-latin,  1761,  9  vol* 
in-8°.;  Xènophou,  grec-latin,  1762- 
67,  12  vol.  in-8'.;  Cicéron,  1749, 
20  vol.  in  12  j  et  le  beau  Nouveau- 
Testament  grec  de  1760,  in-8'.  Le 
zèle  des  frères  Foulis  pour  faire  fleu- 
rir les  beaux-arts  dans  leur  patrie, 
causa  leur  ruine.  Ayant  voulu  fon- 
der en  Ecosse  une  espèce  d'aca- 
démie de  peinture  et  de  sculpture , 
ils  envoyèrent  à  grands  frais  des 
élèves  en  Italie,  et  firent  venir  de 
cette  terre  classique  des  arts  une  quan- 
tité de  copies  et  de  dessins  origi- 
naux. N'étant  pas  secondés,  ils  ne 
purent  suffire  à  la  dépense  qu'exigeait 
une  telle  entreprise.  André  mourut  en 
I  774 ,  et  Robert  se  vit  forcé  de  por- 
ter à  Londres  sa  collection,  dont 
le  catalogue  seul  formait  trois  vciu- 
mes.  Elle  fut  vendue  aux  enchères, 
en  1774?  et  les  frais  de  la  vente  fu- 
rent si  considérables,  que  le  produit 
net  se  monta ,  dit  Nichols ,  à  Vénonr^ 


54'î  F  0  U 

somme  de  quinze  shellings!!!  Il 
n'eut  rien  de  mieux  à  faire  que  de 
retourner  en  Ecosse ,  où  il  mourut  en 

1  -j^ô.  —  Un  FouLis,  descendant  de 
l'un  des  deux  frères,  a  continue  d'im- 
primer à  Glascow,  avec  distinction, 
jusqu'en  1806  :  sou  Virgile  de  1 778  , 

2  vol.  in-fol. ,  et  surtout  l'iEschyle  de 
1 795 ,  in-fol. ,  sont  très  beaux.      Z. 

FOULLON  (  Abel  ),  mécanicien  et 
poète ,  né ,  en  1  !>  1 3 ,  à  Loué ,  dans  le 
Maine ,  obtint  une  charge  de  valet- 
de-chambre  du  roi  Henri  II ,  et  fut 
ensuite  nommé  directeur  de  la  Mon- 
naie de  Paris.  Ayant  embrasse  la  re- 
ligion réformée,  il  se  retira  à  Orléans , 
où   les   Calvinistes    l'employèrent  à 
frapper  de  la  monnaie  au  coin  du  roi. 
11  mourut  en  cette  ville,  en  i565, 
non ,   dit  Lacroix  du  Maine  ,   sans 
soupçon  d'avoir  été  empoisonné  pour 
la  jalousie  de  ses  belles  inventions. 
Sa  devise  était  moyen  ou  trop.  On  a 
de  lui  :   T.  Les  Satyres  de  Perse, 
translatées  de  latin  en  rime  fran- 
Qoise ,  avec  arguments  en  rime  sur 
chaque  satyre ,   et  annotations  en 
marge  y   Paris,  i544»   in-4".  Cette 
traduction  n'a  d'autre  mérite  que  ce- 
lui d'être  la  première  qui  ait  paru 
dans  notre   langue.  II.  L'usage  de 
Vholomètre  ,   pour  savoir  mesurer 
toutes  choses  qui  sont  sous  réten- 
due de  Vœil ,  tant  en  longueur  et 
largeur   qu'en  hauteur  et  profon- 
dàé,  Paris,  Béguin,  i555  (i).  Cet 
ouvrage  a  été  traduit  en  latin  avec  des 
augmentations,  par  INicolas  Stoup, 
Baie,   1577,  in-folio î    on   en   con- 
naît aussi  une  traduction  italienne, 
Venise,  Ziletti  ,    i564,  in-4°.  Cet 
holomctre  est  une  espèce  de  plan- 
chette, garnie  de  deux  grandes  ali- 

(1)  La  date  de  i56^,  donnée  par  Duverdier , 
4^après  I^acroiv  du  Maioe  ,  est  s.ins  doute  une  er- 
reur typu:;rapLiqne.  L'cdition  de  i5j5  est  a  l:i  Bi- 
bliothèque du  roi,  ei  le  privilège  y  est  daté  du 
17  juin  i55i. 


FOU 

dades   et  de  plusieurs  autres  acces- 
soires ,  chargés  de  divisions  j  ce  qui 
formait  un  instrument  très  compli- 
qué ,    mais  qui  donnait  immédiate- 
ment, et  sans  calcul ,  le  résultat  des 
mesures.  U  a  eu  quelque  vogue  dans 
un  temps  où  l'invention  des  logarith- 
mes n'avait  pas  encore  mis  à  la  por- 
tée des  arpenteurs  les  calculs  trigo- 
nométriques.  Lacroix  du  Maine  dit 
que  Foullon  avait  laissé  en  manuscrit 
un  traité  de  machines ,  engins ,  mou- 
vements, fontes  métalhques,  etc.  (2); 
la  description  du  mouvement  perpé- 
tuel; la  traduction  de  Vitruve^  et  le 
poème  d'Ovide  in  Ibim.  Le  même  bi- 
bliothécaire ajoute  que   les  amis  de 
Foullon  ont  publié  sa  traduction  de 
Viiruve,  sans  lui  en  taire  honneur. 
Cependant  il  ne  répète  pas  cette  ac- 
cusation de  plagiat    à    l'article  Jeaii 
Martin,  que  Lacroix  du  Maine  devait 
avoir  en  vue ,  puisque  J.  Martin  est 
le  seul  qui  ait  fait  imprimer,  dans  le 
16".  siècle,  une  traduction  complète 
des  œuvrçs  de  Vitruvej   ou,  peut- 
être,  le  bibliothécaire   n'eutendait-il 
parler  que  de    ÏEpitome ,  ou   Ex- 
trait abrégé  des  dix  livres  de  Vi- 
truve ,    publié  par   Gardet   et   Bcr- 
tin ,  dont  la  seule  édition  connue  est 
de  Toulouse,  iSSg,  in-4".,  quoique 
Lacroix  du   Maine  en   cite   une  de 
i556  :  la  dédicace  est  en  effet  datée 
de  la  Gn  de  mars  i556.  Foullon  se 
plaignait  déjà  de  ce  plagiat ,  en  1 555 , 
dans  l'avis  au  lecteur  de  son  ffolo- 
mètre.  —  Foullon   (  Louis  ) ,  né  à 
Cambrai,  vers  la  fin  du  16*.  siècle, 
fut  attaché  de  bonne  heure  à  la  per- 
sonne de  Van-dcr-Burch ,  archevêque 
de  celte  ville ,  et  remplit  successivo- 


(a)  En  di^diantau  roi  loa  Holomètrc,  Foullon 
rappelle  quelques-unes  de  ses  invention*  méca- 
niques ,  M  comme  de  (aire  machines  et  moulins  sur 
»  citi^rnes  et  eaux  dormantes  ;  de  faire  mouvoir  et 
»  rouler  charriots  par  la  seule  pesanteur  de  leurs 
»  charge»,  etc.  » 


FOU 

ment  près  de  lui  les  fondions  d'au- 
mônier et  de  secrétaire.  Le  prélat ,  en 
reconnaissance   de  ses   services  ,   le 
nomma  à  l'un  des  canonicats  de  son 
église.  Foullon  a  publié  la  vie  de  son 
bienfaiteur,  en  latin,  sous  ce  titre  : 
Epitome  vitœ  et  virtutum  illustr.  et 
révérend,  dont.  Fr.  Van  der-Burch , 
arch.  et  ducis  Cameracejisis ,  Lille, 
16/47,  ^"■4°*  E''^  ^  ^^^  traduite  en 
français,  Mons ,  1712,  in-4''.  W — s. 
FOULLON  (Jean-Erard),  né  à 
Liège  en  1608,  mort  en  1668,  entra 
dans  la  compagnie  de  Jésus ,  cl  se  con- 
sacra au  ministère  de  la  prédication. 
Il  fut  successivement  recteur  du  collège 
de  Hny  et  de  celui  de  Tournai,  et  pé- 
rit dans  cette  dernière  ville,  victime  de 
son  zèle  à  soigner  des  pestiférés.  On  a 
de  lui,  outre  quelques  productions  as- 
cétiques :  L  Une  Histoire  abrégée  de 
Liège ,  en  latin,  Liège,  i655,  in-24. 
Cet  opuscule  préludait  à  un  ouvrage 
plus  étendu,  mais  qui  n'a  paru  que 
posthume,  sous  le  titre  de  Historia 
Leodiensis  ,  par  ordre  d'évéques  et  de 
princes,  depuis  l'origine  de  la  nation, 
jusqu'au  temps  de  Ferdinand  de  Ba- 
vière, 5  vol.  in -fol.,  Liège,  1755  , 
1 757  ;  le  troisième  volume  est  du  ba- 
ron de  Crassier,  et  de  Louvre,  éche- 
viu  de  Liège  et  conseiller -privé  du 
prince- évêque ,  éditeurs  des  deux  pre- 
miers. On  trouve  que  la  critique  èpu- 
ratoire  du  P.  Foullon  n'a  pas  encore 
été  assez  sévère.  IL  Findicice  eccle^ 
siœ  Tungrensis y  sous  le  nom  de  Ni- 
colas. Fisen  ,  Liège  ,   i654,  in  -  16  : 
c'est   une  controverse   sur  la  chaire 
épiscopalc  de  Tongies;  cet  opuscule 
polémique  est  dirigé  contre  le  P.  Heiis- 
chenius.  IIL  Un  Commentaire  histo- 
rique et  moral  (  eu  latin  )  sur  le  pre- 
mier livre  des  Macchabées  ^  1  vol. 
in-fol. ,  Liège  ,  1639  et  1 665.  G- com- 
mentaire laisse  trop  à  désirer  du  coté 
de  la  critique.  M^-on. 


FOU  345 

F  0  U  L  0  N  (  Guillaume  le  ) ,  en 
latin  Fullonius ,  humaniste  holl.indais 
du  1 6^  siècle ,  né  à  La  Haye ,  en  1 49^, 
s'appelait  vraisemblablement  de  son 
nom  hollandais,    de    Folder,    qu'à 
l'exemple  de  Pierre  le  Foulon ,  héré- 
tique du  5®.  siècle,  il  ;mra  grécisé  en 
celui  de  Gnapheus,  S'éfanl  consacre 
à  l'éducation ,  il   fut   nonmié  recteur 
du  gymnase  (  ou  collège  )  de  sa  ville 
natale.  Mais  il  goûta  de  bonne  heure 
les  principes  de  la   lèformation ,  et 
s'attira  beaucoup  de  désagréments  par 
son   zèle   et   sa   persévérance    à   les 
professer.  En  i5'25,  Jean  de  Bakker 
ou  Pistorius  ,  de  Woerden  ,  ancien 
curé  de  Jacobswoude  ,  qui  avait  abdi- 
qué sa  cure  et  s'était  marié,  ayant  été 
arrêté  et  conduit  en  prison  à  L;i  Haye, 
Foulon  se    mit  aussitôt  à  écrire  un 
plaidoyer  en   sa  faveur  ;  mais ,  trois 
jours  après,  il  fut  arrêté  lui- même  et 
jeté  dans  le  même  cachot.  L'alîàrc  eut 
des  suites  moins  fâcheuses  pour  lui 
que  pour  son  client.  Celui-ci  fut  étran- 
gle et  brûié  :  Foulon  s'en  vit  quitte 
pour  trois  mois  de  détention  ,  au  bout 
desquels  il  obtint  d'être  élargi,  en  don- 
nant caution    qu'il    ne    sortirait   pas 
de   La   Haye  pendant  deux  ans ,  et 
qu'il  se  représenterait  toutes  les  fois 
qu'il  en  serait  nquis.  On  sut,  quelque 
temps  après,  qu'il  était  auteur  d'un 
petit  ouvrage  composé  en  flamand  , 
pour  la  consolation  d'une  pauvre  veiive 
dont  le  fi!s  avait  quitté  le  froc  ,  et  était 
rentré  dans  le  monde.  Il  fut  arrêté  de- 
rechef ,  et  condamné  à  faire  pendant 
trois  mois  pénitence  dans  un  couvent, 
au  pain  et  à  la  bière.  Un  nouvel  orage 
ne  tarda  pas  à  le  menacer.  On  avait 
trouvé  chez  lui ,  en  carême  ,  une  sau- 
cisse qui  cuisait  dans  un  pot.  Il  était 
absent  depuis  plusieurs  jours;  et  celle 
friandise  avait  été  préparée  par  une 
femme  grosse,  à  qui  son  état  en  avait 
donné  euvic.  Aussitôt  grande  rumeur: 


344  FOU 

fieux  jours  se  passent  dans  les  débats 
les  plus  animés.  On  consulte  la  fa- 
culté de  médecine  sur  la  grande  ques- 
tion des  envies  des  femmes  grosses , 
çt  surtout  de  celles  qui  peuvent  avoir 
pour  objet  une  saucisse  en  carême .  Ou 
ignore  quel  fut  l'avis  de  la  faculté; 
mais  les  juges,  sans  avoir  égard  à  l'ab- 
sence de  Foulon  ,  prononcèrent  qu'il 
serait  pris,  mort  ou  vif,  partout  où 
l'on  pourrait  le  trouver,  et  livré  à  la 
justice.  Sa  mem  et  sa  sœur  furent  aussi 
jetées  en  prison ,  mais  bientôt  relâ- 
chées faute  de  preuves.  Foulon  prit 
le  parti  de  s'expatrier.  En  i536  il 
se  retira  en  Prusse,  oiî  Albert,  mar- 
grave de  Brandebourg ,  le  nomma  son 
conseiller  et  recteur  du  collège  d'El- 
bing.  Il  passa  au  collège  de  Kœnigs- 
berg  en  \5^i'y  là  il  eut  le  malheur  de 
se  brouiller  encore  avec  les  théolo- 
giens de  la  confession  d'Augsbourg, 
et  en  particulier  avec  Frédéric  Staphi- 
lus.  Ceux-ci  le  traitèrent  d'anabaptiste, 
d'enthousiaste  :  il  fut  suspendu  de  la 
communion,  destitué  de  son  emploi, 
abreuvé  de  toutes  sortes  de  dégoûts.  11 
se  décida  à  chercher  un  asile  ailleurs. 
Le  Polonais  Jean  de  Lasco  ^  avec  qui  il 
était  en  correspondance,  le  recom- 
manda à  la  comtesse  d'Ost-Frisc,  qui 
l'appela  auprès  d'elle  à  Embden ,  pour 
être  gouverneur  de  ses  fils.  Ayant 
achevé  leur  éducation  ,  il  resta  encore 
quelque  temps  attaché  au  service  de  la 
comtesse ,  qui  l'honorait  de  toute  sa 
confiance;  et  enfin  il  s'étabiil  à  Nor- 
den  ,  ville  assez  considérable  de  l'Ost- 
Frise,  dont  il  fut  nommé  bourg- 
mestre. Il  mourut  'le  29  septembre 
1 568.  On  a  de  lui  :  I.  Le  petit  Opus- 
cule en  flamand  mentionné  ci-dessus , 
sous  le  litre  de ,  Miroir  de  consola- 
tion pour  les  malades  et  les  affUf^és  ; 
Dialogue  entre  Théophile^  Tobie  et 
/^rtzar^j.Cet  écrit  lut  impriméeni  5*25, 
dl'iusu  de  l'auteur,  qui  le  revit  (;tlc 


FOU 

publia  lui-même  en  1557.  ^^*  Unec<h 
raédic  latine  sur  le  sujet  de  l'Enfant 
prodigue,  sous  le  titre  à'Jcolastus. 
II  l'écrivit  ffagiensibus  suis ,  en  1 559, 
et  la  dédia  à  Jean  Sartorius,  d'Ams- 
terdam ,  instituteur  non  moins  distin- 
gué que  lui,  et  qui  avait  été  implique 
avec  lui  dans  l'affaire  de  Pistorius.  Il 
témoigne,  dans  sa  dédicace,  combien 
il  est  étonné  de  voir  la  muse  comique 
négligée  au  point  qu'elle  l'est  :  il  veut 
se  lancer  dans  cette  carrière  ;  il  a  même 
songé  à  écrire  une  comédiographie  ^ 
mais  les  criailleries  des  dévols  le  re- 
tiennent. La  latinité  et  la  versification 
de  X Acolaslus  ^  imprimé  à  Dantzig 
en  i54o,à  Paris  en  1 548,  et  en  i554 
avec  les  longs  commentaires  de  Gabr. 
Dupréau  (  Prateolus  ) ,  ta  Anvers  en 
i56o,  in-8".,  méritent  des  éloges;  et 
il  faut  rendre  la  même  justice  aux 
autres  productions  latines  de  Foulon. 
III.  IljpocrisiSj  Bà!e,  i544)  ctHei- 
delberg,  161 5,  in-S".  C'est  une  tra- 
gi-comédie ,  ou  ce  qu'on  a  depuis  nom- 
mé un  drame.  L'auteur  a  eu,  le  pre- 
mier, le  mérite  de  s'emparer  d'uu  sujet 
si  supérieurement  traité,  plus  d'un 
siècle  après,  par  Molière,  dans  son 
Tartuffe.  IV.  Misoharharus ,  ou  l'En- 
nemi de  ce  que  dansées  derniers  temps 
on  a  appelé  l'oèjcttranasme;  le  choix 
du  sujet  fait  encore  honneur  à  Foulon. 
Qji  croit  que  cette  pièce  a  été  publiée 
à  Baie  mous  l'avons  inutilement  re- 
chercheV.  V.  Triumphus  eloquentiœ , 
en  vers  de  différents  mètres ,  cl  encore 
sous  une  forme  dramatique ,  Dantzig , 
1 54 1  ,  et  Cologne ,  i55i ,  in-4".  VI. 
Anlilogia  adi>ersùs  censuram  pro- 
fessorum  et  concionalorum  acade- 
viiœ  Reoiomonianœ  ,  1 55o ,  in  -  8". 
Vn.  Encomium  ci^itaiis  Embdanœ^ 
carminé  elegiaco  ,  Embden,  i557  , 
in-8".  VIII.JacquesRcvius a  imprime' 
à  licyde ,  en  1 659 ,  in  - 1 2 ,  V Histoire 
de  la  vie  et  du  martyre  de  Jean 


FOU 

Pislorias,  par  notre  auteur;  elleëlait 
demeurée  inédite.  Ce  petit  volume  con- 
lient,  entre  autres  ,  le  plaidoyer  que 
Foulon  avait  écrit  pour  la  défense  de 
Pislorius,  et  le  récit  dialogué  de  quatre 
conférences  qu'eut  celui-ci  avec  les  in- 
quisiteurs chargés  de  le  convertir ,  et 
qui  n'en  purent  venir  à  bout.  Le  ca- 
chot de  Pistorius  n'était  séparé  que 
par  une  cloison  de  bois  de  celui  de 
Foulon,  qui  apprit  ainsi  iromédiale- 
ment  de  lui-même  les  détails  qu'il  nous 
a  transmis.  IX.  Dans  la  collection  des 
Epistolœ  clarorum  virorum,  de  Si- 
mon-Abbes  Gabbema  (  Harlingen  , 
1669,  in-8'.),  on  lit  une  lettre  de  Ful- 
lonius  à  Jean  Alasco ,  datée  de  Kœnigs- 
berg,  i4  juillet  i544«  Enfin  Foulon 
passe  pour  avoir  publié,  de  concert 
avec  Corneille  Honius  et  Jea n  Rhoduis , 
la  version  flamande  ou  hollandaise  du 
Nouveau-  Testameni,  qui  parut  à  An- 
vers et  à  Amsterdam  en  i523,  in-8"., 
et  qui  n^est  qu'une  traduction  de  la 
version  allemande  de  Luther.  M — oiv. 

FOULOjN  ( ),  l'une  des 

premières  victimes  de  la  révolution 
de  France,  né  d'une  famille  bour- 
geoise, entra  dans  la  carrière  admi- 
nistrative sous  le  ministère  de  M.  de 
Choiseul.  11  fut  d'abord  simple  com- 
missaire des  guerres,  ensuite  inten- 
dant de  l'armée  pendant  la  guerre  de 
1756,  et  enfin  promu  au  grade  de 
conseiller  d'état  :  il  en  remplissait  les 
fonctions  lors  de  la  retraite  de  Nccker, 
je  12  juillet  1789,  et  reçut  ce  jour- 
là  le  portefeuille  de  contrôleur-général; 
mais  il  n'eut  pas  le  temps  d'entrer  en 
exercice:  la  révolution  dià  1 4  juillet 
îe  chassa  de  sa  place  avant  son  ins- 
tallation à  l'hôtel  du  contrôle  général , 
et  son  élévation  ne  fut  pour  lui  qu'un 
arrêt  de  mort.  Le  malheureux  Foulon 
passait  pour  avoir  beaucoup  de  con- 
naissances en  finances;  il  professait 
cependant  sur  celte  matière  une  opi- 


FOU  545 

nion  qui  n'annonçait  pas  des  vues 
aussi  profondes  que  celles  qu'on  lui 
supposait.  11  disait,  à  qui  voulait  l'en- 
tendre, que  la  banqueroute  était  le 
véritable  moyen  de  rétablir  le  crédit 
public  en  France  :  celte  singulière  opi- 
nion avait  effrayé  le  roi,  à  qui  l'on  avait 
souvent  proposé  M.  Foulon  pour  con- 
trôleur-général; elle  avait  amoncelé 
sur  la  tête  de  ce  financier ,  les  haines 
de  tous  les  créanciers  de  l'état ,  classe 
nombreuse  et  excessivement  irritée 
contre  l'ancien  gouvernement ,  parce 
qu'on  supposait  que  pour  se  tirer  d'em- 
barras ,  il  avait  intention  de  manquer 
à  ses  engagements  envers  elle.  Les 
révolutionnaires  qui  avaient  besoin  de 
l'appui  de  cette  classe  et  du  sacrifice 
de  quelques  victimes ,  pour  effrayer  et 
contenir  leurs  adversaires,  crurent  que 
celui  de  M .  Foulon  ne  pourrait  qu'être 
agréable  au  peuple,  qu'on  avait  rendu 
furieux  contre  lui.  On  avait  répandu 
dans  le  public  des  propos  vrais  ou 
faux  qu'on  lui  attribuait.  Le  blé  était 
alors  fort  cher  ;  on  ne  pouvait  même 
s'en  procurer  que  très  difficilement , 
et  l'on  assurait  que  M.  Foulon  avait 
dit  à  quelqu'un  qui  lui  parlait  de  la 
misère  du  peuple  et  des  violences 
auxquelles  il  se  livrait  :  Eh  bien  !  si 
cette  canaille  na  pas  de  pain ,  elle 
mangera  du  foin.  Sachant  quelles 
étaient  les  dispositions  du  public  à 
son  égard ,  il  sortit  de  Paris  aussitôt 
qu'il  vit  que  les  révolutionnaires  triom* 
phaient ,  et  alla  se  cacher  au  château 
deViry,  à  quelques  lieues  de  la  ca- 
pitale, croyant  y  échapper  aux  recher- 
ches de  la  haine  en  se  faisant  passer 
pour  mort.  Il  fit  prendre  le  deuil  à 
ses  domestiques,  et  joua  parfaitement 
le  rôle  de  mort  vivant;  mais  il  avait 
confié  son  secret  à  trop  de  personnes  : 
il  fut  trahi.  Des  paysans  que  l'on  avait 
instruits  de  In  conduite  qu'ils  avaient 
à  tenir  à  son  égard,  allèrent  le  cher- 


546  FOU 

cher  dans  sa  retraite ,  où  ils  le  trou- 
vèrent déguisé;  ils  se  saisirent  de  lui,  et 
ayant  attaché  une  poignée  d'orties ,  en 
forme  de  bouquet,  à  la  boutonnière 
de  son  habit ,  et  derrière  son  dos  une 
botte  de  foin ,  avec  un  écriteau  rap- 
pelant le  propos  qu'on  lui  attribuait , 
ils  le  livrèrent  en  cet  état  aux  émis- 
saires parisiens,  qui  lui  firent  souffrir 
mille  cruautés,  et  le  conduisirent  à 
rbôtel-de-ville.  Là  des  accusations  de 
toute  espèce  s'élevèrent  contre  lui. 
M.  de  Latayettc,  croyant  sans  doute 
prévenir  un  assassinat,  ordonna  qu'on 
le  conduisît  en  prison,  et  qu'on  lui 
fît  son  procès,  ainsi  qu'à  ses  nom- 
breux complices.  Cette  proposition 
fut  d'abord  applaudie  ;  et  le  proscrit , 
se  croyant  sauvé,  applaudit  lui-même  : 
cette  indiscrétion  décida  son  sort.  Les 
murmures,  les  huées  se  font  entendre  ; 
d'horribles  cris  partent  de  la  place  de 
Grève.  A  peine  a-t-il  paru  sur  l'esca- 
lier de  l'hôtel-de-ville ,  qu'on  entend 
ces  mots  :  Quon  nous  le  Uvre  ^  quon 
nous  le  Iwre  y  et  que  nous  en  faS' 
sions  justice.  La  populace  se  presse; 
mille  bras  sont  tendus  vers  lui,  le 
saisissent ,  le  traînent  sous  une  lan- 
terne, l'y  accrochent,  et  c'est  là  qu'il 
expire.  Quelques-uns  de  ses  bour- 
reaux lui  coupent  la  têîe,  mettent  un 
bâillon  et  une  poignée  de  foin  dans  sa 
bouche  inanimée ,  et  portent  cette 
effroyable  figure  au  Palais-Royal ,  tan- 
dis que  d'autres  traînent  son  cadavre 
dans  la  fange.  Ils  ne  se  contentent  pas 
de  ces  horreurs.  On  avait  arrêté  le 
même  jour ,  et  l'on  traînait  de  Com- 
juègne  à  Paris  INL  Bertier,  son  gen- 
dre, pour  lui  faire  subir  un  pareil 
sort.  (  Fojez  Bertier.)  Il  était  déjà 
arrivé  dans  la  rue  Saint -Denis;  on 
avait  bdissé  les  stores  de  sa  voiture , 
pour  que  1^  populace  pût  l'insulter 
plus  à  son  aise.  Il  était  dans  cette 
situation,   lorsque   l'allrcux  cortège 


FOtT 

vint  lui  présenter  la  tête  de  son  beau- 
père  ,  dont  on  ne  cessa  de  l'effrayer 
jusqu'au  moment  de  son  arrivée  sur 
la  place,  où  on  devait  le  traiter  d'une 
manière  non  moins  cruelle.  M.  Fou- 
lon fut  assassiné  le  11  juillet  1 789  ; 
il  pouvait  être  âgé  d'environ  soixante- 
douze  ans.  B — u. 

FOULQUES  F'. ,  surnommé  le 
Roux ^  comte  d'Anjou,  était  filsd'In- 
gelger  et  d'Alinde,  dame  de  Buzan- 
çois.  Sa  conduite ,  dans  des  temps 
malheureux,  fut  aussi  adroite  que  pru- 
dente. Tout  en  remplissant  ses  devoirs 
à  l'égard  de  son  souverain ,  il  se  mé- 
nagea pourtant  les  bonnes  grâces  de 
Hugues-le-Grand,  qui  le  maintint  dans 
la  possession  de  ses  domaines.  Il  mou- 
rut en  958 ,  et  fut  inhumé  dans  l'église 
de  Saint-Martin  de  Tours.  —  Foul- 
ques II ,  son  fils ,  surnommé  le  Bon, 
encouragea  le  défrichement  des  terres , 
favorisa  la  population ,  et  chercha  à 
fixer  près  de  lui ,  par  ses  bienfaits , 
les  hommes  les  plus  savants  de  son 
siècle.  Il  composa  lui-même  des  hym- 
nes en  l'honneur  de  S«int-Martia;  et 
les  jours  de  fêles ,  on  le  voyait  sou- 
vent chanter  au  chœur  avec  les  clercs, 
ce  qui  supposait  alors  une  instruction 
peu  commune.  Le  roi  Louis-d'Out re- 
nier le  raillait  un  jour  de  son  goût 
pour  les  \cXiVGS  :  Sachez  y  Sire,  lui 
dit  Foulques,  qu'un  prince  non  lettré 
est  un  âne  couronné.  U  mourut  a 
Tours  en  958,  et  fut  inhumé  dans 
le  tombeau  de  son  père.  —  Foul- 
ques III ,  dit  Nerra  ou  le  Noir, 
petit-fils  du  précédent,  fut  un  prince 
ambitieux  et  redouté  de  ses  voisins. 
Il  déclara  la  guerre  à  Conan  P^,  duc 
de  Bretagne,  le  défit  en  (192,  près 
de  Conquereux,  et  le  tua  de  sa  propre 
main.  Il  tourna  ensuite  ses  armes 
contre  Eudes  II ,  comte  de  Blois  ;  mais 
ce  ne  fut  pas  avec  le  même  succès  : 
après  avoir  été  battu  en  plusieurs 


FOU 

rencontres ,  il  fut  oblige  dMrapIorer 
la  faveur  du  roi  Robert  pour  se  main- 
tenir dans  ses  états.  Foulques ,  humi- 
lie par  les  revers ,  reconnut  ses  fautes; 
et  pour  les  reparer,  il  fonda  plusieurs 
abbayes ,   accrut    les   privilèges   de 
quelques  autres  ,  et  visita  trois  fois 
les  lieux  saints.  On  raconte  que,  dans 
xin.  de  ses  voyages  à  Jérusalem  ,  il  se 
fit  tramer  nu  sur  une  claie  ,  ayant  la 
corde  au  cou,  et  criant  :  Ayez  pitié. 
Seigneur,  du  traître  et  parjure  Foul- 
ques. Ce  prince  mourut  à  Metz,  en 
revenant  de  Je'rusalem ,   le  lo  juin 
io4o.  —  Foulques  IV,  dit  le  Be- 
chin,  petit-fils  du  pre'cédent  par  Er- 
mengarde,  sa  mère,  naquit  en  io45, 
à  Ghâteaulandon.  11  fut  armé  cheva- 
lier,  à  l'âge  de  dix-sept  ans,  par 
Geoffroi-Martcl ,   son  oncle ,   qui  le 
chargea    de    défendre    la  Saintonge 
contre  les  agressions  des  peuples  voi- 
sins. Son  oncle,  en  mourant,  parta- 
gea ses  états  entre  Foulques  et  Geof- 
froi-Ie-Barbu,   son   frère  aîné.  Foul- 
ques eut  pour  sa  part  l'Anjou  et  la 
Saintonge  :  mais  peu  satisfait  de  ce 
lot ,  il  déclara  la  guerre  à  son  frère  , 
le  vainquit,  et  le  fit  prisonnier;  puis, 
l'ayant  relâché  à  la  demande  du  pape 
Alexandre  II,  il  s'empara  une  seconde 
fois  de  sa  personne ,  sous  un  faux  pré- 
texte ,  et  l'enferma  au  château  de  Chi- 
non  où  celui-ci  termina  ses  jours. Foul- 
ques ajouta  à  ses  états  la  Touraine,  dont 
il  avait  dépouille  son  frère,  et  devint 
ainsi  un  prince  très  puissant.  Tandis 
qu'on  fermait  les  yeux  sur  un  acte  de 
violence  aussi  révoltant,  une  querelle 
qui  s'éleva  entre  ce  prince  et  Raoul , 
archevêque  de  Tours,  faillit  causer  sa 
perte.  Foulques,  frappé  d'excommu- 
nication, fut  obligé  de  comparaître  de- 
vant les  commissaires  nommés  par  le 
pape ,  et  de  leur  rendre  compte  de  sa 
conduite;  mais  ses  grandes  libéralités 
envers  les  moines  et  les  gens  d'église 


FOU  5i7 

lui  méritèrent  l'indulgencede  ses  juges, 
et  il  fut  déclaré  absous  de  tous  les 
reproches  qu'on  lui  faisait.  Foulques 
mourut  le  i4  avril  i  «og,  et  fut  en- 
terré à  Angers.  Il  avait  eu  trois  fem- 
mes :  il  répudia  les  deux  premières  ; 
et  Berlradede  Montfort,  la  troisième, 
le  quitta  pour  épouser  Philippe  P'. , 
roi  de  France.  Foulques  avait  écrit 
l'histoire  des  comtes  d'Anjou  ,  en  com- 
mençant par  GeolTroi  -  Grisgonelle  ; 
mais  on  n'a  plus  que  la  première  par- 
tie de  cet  ouvrage,  et  le  commence- 
ment de  la  seconde ,  dont  on  doit  vi- 
vement regretter  la  perte,  puisqu'elle 
contenait  la  vie  même  de  Foulques. 
Dom  d'Acheri  a  inséré  ce  qui  nous 
reste  de  cet  ouvrage  dans  le  tome  X 
de  son  Spicilége ,  sous  ce  titre  :  His- 
toriœ    Andegavensis  fragmenUnn. 
L'abbé  de  Marol les  l'a  traduit  en  fraU' 
çais,   et  publié  dans  ses   Histoires 
des  anciens   comtes  d'Anjou,  Pa- 
ris,  1681 ,  in-4".  —  Foulques  V  , 
fils  du  précédent  et  de  Bcrtrade ,  se 
ligua  d'abord  avec  ses  voisins  contre 
le   roi    Louis  -  le  -  Gros  ^  il  fit  deux 
voyages  dans  la  Palestine  avec  les 
croisés,  épousa  Mélisente,    fille   de 
Baudouin  II,  et  lui  succéda  en  ii5i 
sur  le  trône  de  Jérusalem.  Il  soutint 
vaillamment  les  efforts  des  Turks ,  et 
transmit  sa  couronne  intacte  à  ses  fils 
Baudouin  III  et  Amauri.  Il  mourut  à 
la  chasse,  en   114*2,  d'une  chute  de. 
cheval.  W — s. 

FOULQUES.  -Tq;'.  Clément  IV. 
FOULQUES,  en  latin  Fnko,  ar- 
chevêque de  Reims ,  à  la  fin  du  9*". 
siècle  ,  issu  d'une  ancienne  et  illustre 
maison ,  comptait ,  parmi  ses  plus 
proches  parents  ,  Gui  de  Spolète  ,  et 
Lambert,  son  fils  ,  qui  tous  deux  ont 
été  empereurs  d'occident.  Foulques 
fut  élevé  dans  l'église  de  Reims,  et, 
suivant  les  auteurs  de  l'Histoire  litté- 
raire de  la  France,  il  en  fut  chanoine. 


548  FOU 

Ceux  du  G  allia  christiana  le  font 
chanoine  de  Saint -Orner,  bënëfice 
que,  selon  eux ,  il  aurait  quitte  pour 
prendre  l'habit  monastique  dans  l'ab- 
baye de  Sainl-Bertin.  Mais,  s'il  ne 
fut  pas  religieux  dans  ce  monastère , 
il  est  certain  du  moins  qu'il  en  devint 
abbé  en  877.  Sa  naissance  ,  ses  qua- 
lités personnelles  ,  sa  réputation  d'é- 
loquence, de  sagesse  et  d'habileté 
dans  les  affaires ,  engagèrent  Charles- 
le-Chauve  à  l'appeler  à  sa  cour.  Il  est 
à  croire  qu'il  exerça  dans  le  palais  du 
prince  divers  grands  emplois  :  Pala- 
tinis  officiis  assuetus  ,  disent  de  lui 
les  historiens.  Hincmar,  archevêque 
de  Reims,  étant  mort  en  décembre 
8S2 ,  le  clergé  et  le  peuple  de  celte 
ville ,  de  concert  avec  les  évêques  de 
la  province,  élureut  Foulques  pour 
le  remplacer.  Immédiatement  après 
son  ordination,  eu  mars  885 ,  il  écri- 
vit au  pape  Marin ,  que  d'autres  ap- 
pellent Martin  II,  en  lui  envoyant  sa 
profession  de  foi ,  et  il  en  reçut  le 
pallium.  11  avait  eu  occasion  de  con- 
naître ce  pape  dans  le  voyage  qu'il 
avait  fait  à  Rome,  en  877,  à  la  suite 
de  l'empereur  Charles  -  le  -  Chauve , 
lorsque  ce  prince  alla  s'y  faire  cou- 
ronner empereur  d'occident.  Les  Nor- 
mands ravageaient  alors  la  France,  et 
y  commettaient  d'horribles  dégâts  Ils 
jiillaicnt  les  églises,  les  dévastaient, 
et  exerçaient  leurs  fureurs  sur  les  re- 
liques des  saints.  Un  des  premiers 
soins  du  pieux  archevêque  fut  de 
garantir  de  leurs  outrages  sacrilèges 
ces  précieuses  dépouilles.  Il  retira  du 
monastère  d'Orbais  le  corps  de  Saint- 
Remi,  et  deChalons-sur-M^rne  celui 
de  Saint-Gilbert,  et  les  fit  déposer  à 
Reims.  Son  église  avait  beaucoup  souf- 
fert ;  il  y  avait  à  réformer  et  à  rétablir: 
il  mit  incontinent  la  main  à  l'œuvre. 
|jes  études  ecclésiastiques  avaient  été 
négligées  dans  ces  temps  de  désor4re» 


FOU 

L*école  des  chanoines  et  celle  des 
jeunes  clercs  étaient  tombées  :  il  les 
releva  ,  et  ne  dédaignait  pas  de  don- 
ner lui-même  l'exemple  de  Tassiduitc 
aux  leçons  qu'on  y  faisait.  Pour  en 
assurer  encore  mieux  le  succès ,  il  fil 
venir,  de  Saint-Germain  d'Auxern 
et  de  Sainl-Amand,  deux  savants  re- 
ligieux ,  qu'il  mit  à  la  tête  de  ce; 
écoles.  Après  avoir  pris  ces  soins  ,  i 
s'occupa  de  celui  de  mettre  sa  ville 
et  les  provinces  de  sa  métropole,  ; 
l'abri  des  ravages  de  la  guerre  et  à 
roj)pressiondes  Normands.  Il  fit  cons 
truire  divers  châteaux  forts ,  et  entoura 
Reims  d'un  nouveau  mur.  Des  débrii 
de  l'ancien ,  il  fit  faire  les  réparation: 
dont  l'église  cathédiale  avait  besoin 
Ses  diocésains  ne  furent  pas  les  seul; 
qui  fixèrent  son  attention.il  étendit  s; 
charité  aux  étrangers  qui  avaient  re- 
cours à  lui,  offrant  à  tous  un  asile, e 
surtout  aux  prêtres  et  aux  moines  de 
venus  l'objet  de  la  persécution  des  bar 
bares.  Il  fit  aussi  restituer  à  son  églisi 
quelques  domaines  qui  lui  avaient  éi( 
enlevés,  et  lui  procura,  par  son  cié 
dit  et  par  la  faveur  des  grands  ,  uni 
augmentation  de  dotation.  Aimé  de: 
princes  ,  estimé  des  papes  ,  consulli 
par  les  uns  et  par  les  autres  ,  il  eu 
part  aux  plus  grandes  affaires  de  soi 
temps.  La  crainte  des  personnes  pui^ 
saules  n'arrêta  point  son  zèle,  quaiK 
il  crut  l'intérêt  de  l'Eglise  ou  ceUii  dei 
mœurs  compromis.  Il  écrivit  avei 
force  à  l'imjiëratrice  Richilde,  second( 
femme  de  Charles-lc  Chauve,  sur  I, 
conduite  de  laquelle,  après  la  mort  d( 
ce  prince ,  il  s'était  élevé  de  fâcheux 
bruits.  11  fallait  que  le  scandale  fû 
poussé  bien  loin ,  puisqu'il  se  cru 
oblige  de  menacer  des  censures 'ccclé 
siastiques  une  personne  aussi  conside'- 
rable.  11  ne  ménagea  pas  davanlag 
le  comte  Baudouin ,  avide  des  bien< 
de  l'Eglise,  persécuteur  de  ses  m 


FOU 

listres,  et  coupable  d'autres  excès; 
ît  vraiseroblabicmciit  les  reproches 
|u'il  lui  fit,  quoique  ternpe're's  par  la 
:barité  ,  ne  contribuèrent  pas  medio- 
nement  à  la  baine  du  comte  pour 
Foulques,  dont  les  suites  furent  si 
■imestes.  Ce  preiat  se  rendit  surtout 
•ecomraandable  par  sa  fidélité'  envers 
5on  prince ,  et  par  le  soin  qu'il  prit 
le  conserver  la  couronne  dans  la  ligne 
le  rhérédité.  Après  la  mort  de  C  irlo- 
nan ,  Charles,  depuis  surnommé  le 
Simple ,  fils  de  Louis  -  le  -  Bègue  , 
:ommc  Carloman,  mais  d'une  autre 
nère ,  était  appelé  au  trône.  Il  avait 
i  peine  sept  ans  j  et  le  royaume,  r»e- 
lacé  au-dehors  par  les  Normands, 
îéchiré  au-dedans  par  les  factions  , 
mrait  été  mal  défendu  par  des  mains 
li  faibles.  Le  seul  moyen  de  sauver 
'état ,  était  de  confier  les  rênes  du 
çonvernemcnt  à  Charles  dit  le  Gros, 
léjà  empereur,  et  oncle  du  prince 
nineur.  Foulques  en  donna  le  conseil , 
:t  le  fit  adopter  par  les  grands  du 
oyaume.  Mais,  à  la  mort  de  Charlcs- 
e-Gros,  Eudes,  fils  de  Robert-le-Fort, 
i'étant  fait  reconnaître  pour  roi ,  au 
préjudice  de  l'héritier  légitime,  le  fi- 
lèle  Foulques  fit  proclamer  le  jeune 
Charles  dans  un  concile  tenu  à  Reims 
;n  janvier  893,  et  le  couronna  so- 
ennellenient.  11  rendit  à  la  France 
m  service  encore  plus  essentiel ,  en 
îonciliant  les  deux  rivaux.  Charles 
levait  trop  à  F'oulques  pour  ne  pas 
ui  donner  des  marques  de  sa  re- 
:onnaissauce.  11  le  fit  chancelier  du 
'oyaume ,  le  nomma  à  l'abbaye  de  St.- 
Vlartin  de  Tours  ,*que  Foulques  pos- 
séda pendant  quelque  temps,  et  ensuite 
1  celle  de  St.-Vaast  d'Arras.  Cette  grâce 
ligrit  le  ressentiment  de  Baudouin, 
pli  souffrait  déjà  avec  peine  de  voir, 
îans  son  comté  de  Flandre,  entre  les 
nains  de  Foulques ,  la  riche  abbaye 
le  Saint -Berlin,  dont  il  convoitait 


FOU  54() 

les  revenus.  Dans  l'impossibililé  de 
résister  à  un  ennemi  si  violent,  Foul- 
ques échangea  avec  le  comte  Altmar , 
plus  en  état  de  résister  à  Baudouin , 
l'abbaye  de  Saint-Vaast  pour  celle  de 
Saint-Médard  de  Soissons,  dont  Alt- 
mar était  pourvu;  et  il  lui  céda  eu 
outre  le  château  d'Arras ,  qu'il  avait 
pris  à  Baudouin.  Ce  dernier,  outré 
de  dépit,  fit  tuer  l'archevêque  par 
Wincmar  ,  l'un  des  officiers  de  la 
cour,  le  17  juin  de  l'an  900.  Foul- 
ques avait  occupé  l'épiscopat  1 7  ans , 
trois  mois  et  quelques  jours,  comme 
le  marque  son  épitaphe  rapportée  par 
Flodoard.  Les  auteurs  du  GalUa, 
christiana  donnent  à  Foulques  le 
titre  de  saint ,  et  le  qualifient  dô 
martjry  parce  que  son  courage  ik 
défendre  les  biens  de  l'Église  coalre 
les  entreprises  de  Baudouin  ,  lut  lé 
motif  de  son  assassinat.  On  ne  voit 
point  qu'aucun  de  ces  deux  titres  lui 
ait  été  confirmé.  Si  Foulques  a  laissé 
d'autres  écrits  que  ses  lettres ,  ils  ne 
sont  point  parvenus  jusqu'à  nous,  et 
celles-ci  même  sont  perdues;  il  ne 
nous  en  reste  que  les  extraits  que 
nous  a  conservés  Flodoard ,  lequel 
en  avait  en  sa  possession  un  recueil 
de  plus  de  cinquante ,  adressées  aux 
papes ,  aux  empereurs  ,  aux  rois  de 
son  temps  ,  et  à  d'autres  personnages^, 
considérables.  Ces  lettres  méritent 
d'être  regrettées.  Le  peu  qu'on  ea 
connaît  laisse  apercevoir  qu'on  eu 
aurait  tiré  beaucoup  de  lumières 
pour  l'éclaircissement  de  différents^ 
points  de  l'histoire,  soit  ecclésiastique^ 
soit  civile,  de  ces  temps  d'obscurité. 
—  Foulques  ,  dit  le  Grand ,  abbé 
deCorbie,  en  1048,  assista,  l'anuée 
suivante,  au  concile  tenu  à  Reiras 
par  Léon  IX ,  dans  l'égUse  de  Sainl- 
Remi.  11  accompagna  ce  pape  à  son 
départ  de  France  pour  l'Italie,  afin 
de  «Qutcnir  près  de  lui  les  immunités 


55o  FOU 

et  privilèges  de  son  monastère ,  qu'on 
attaquait.  Il  eut,  dans  ce  voyage,  le 
mallieur  de  tomber  entre  les  mains 
d'une  troupe  de  voleurs,  qui  le  dé- 
pouillèrent. Léon  l'ordonna  prêtre , 
lui  accorda  la  confirmation  des  privi- 
lèges de  l'abbaye  de  Corbie ,  et  lui 
permit  l'usage  de  la  dalmalique  et  des 
sandales  dans  les  offices  solennels. 
Cet  abbé  soutint  avec  courage  les 
droits  de  son  abbaye  contre  Foul- 
ques ,  évêque  d'Amiens ,  et  Gui ,  suc- 
cesseur de  Foulques.  C'est  peut-être 
celte  fermeté  qui  lui  fit  donner,  par 
ses  religieux,  le  surnom  de  Grande 
uu  peu  trop  magnifique  et  pour  son 
état,  et  pour  ce  que  l'on  connaît  de  ses 
actions.  On  a  de  fui  :  I.  Un  Mémoire, 
qui  n'est  point  dénué  d'intérêt ,  sur 
Vhisioire  de  son  monastère.  Dom 
MabiHon  en  a  publié  une  partie  dans 
ses  Jlnnales  de  V ordre  de  St.- Benoît, 
livre  LXi.  11.  Un  écrit  pour  reven- 
diquer le  comté  de  Corbie,  qu'En- 
«iicrrand  de  Bovines  avait  usurpé  sur 
l'abbaye  :  il  n'a  point  été  imprimé.  Ce 
Foulques  mourut  en  décembre  logS. 
-^  Foulques  ,  prieur  de  Deuil ,  ordre 
de  St.-Benoît,  au  commencement  du 
12*".  siècle,  contemporain  et  ami  d'A- 
bailard ,  n'est  connu  que  par  la 
lettre  de  consolation  qu'il  lui  adressa, 
après  la  violence  exercée  sur  lui.  (  P^, 
Abailard.  )  Cette  lettre,  où  les  motifs 
de  consolation  sont  encore  plus  sin- 
guliers que  l'événement  qui  y  donnait 
occasion,  existe  et  se  trouve  parmi 
les  œuvres  d' Abailard.  —  Foulques 
DE  BÉNEVENT  ,  notaire  et  secrétaire 
du  sacré  Palais,  au  12^.  siècle,  sous 
Innocent  II,  se  concilia  l'estime  et 
les  bontés  de  ce  pape,  par  un  fidèle 
altacbement  à  son  parti ,  et  par  les 
services  qu'il  lui  rendit  pendant  les 
troubles  dont  son  pontificat  fut  agile. 
Foulques  est  auteur  d'une  Chronique 
depuis  l'an  1102  jusqu'à  l'an  n^i. 


FOU 

Il  y  décrit  avec  beaucoup  de  soin  ce- 
qui  se  passa  pendant  cet  espace  de 
temps,  principalement  ce  qui  a  rap- 
port à  Bénévent,  sa  patrie.  Antoine 
Caraccioli,  théatin  ,  a  publié  cet  ou- 
vrage à  Naples  en  1 6*26.  Le  style  en  est 
.peu  soigné ,  et  même  barbare  ;  mais  les 
faits  y  sont  rapportés  fidèlement ,  et 
avec  tant  d'art ,  qu'on  croit  moins  lire 
une  histoire  qu'être  présent  aux  choses 
qui  se  sont  passées.  Celle  chronique 
se  trouve  aussi  insérée  dans  la  Collec- 
tion des  anciens  historiens  de  la  Si" 
cile,  Francfort,   1579.        L — y. 

FOULQUES,  curédeNeuilly-sur- 
Marne ,  se  rendit  célèbre  au  12*.  siè- 
cle par  sa  piété,  son  éloquence, 
et  surtout  par  le  courage  avec  lequel 
il  reprochait  publiquement  aux  prin- 
ces mêmes  les  fautes  dont  ils  se  ren- 
daient coupables.  Quelques  auteurs 
contemporains  ont  représenté  Foul- 
ques comme  un  autre  Saint-Bernard  : 
mais,  s'il  est  vrai  qu'ils  aient  joui  un 
instant  de  la  même  renommée,  la  pos- 
térité plus  équitable  a  mis  entre  eux 
une  distance  infinie.  Le  nom  de  Foul- 
ques, et  le  bruit  des  S'iccès  qu'il  obte- 
nait en  France ,  étant  parvenus  jusqu'à 
Rome,  le  pape  l'autorisa  à  prêcher  une 
croisade  en  1 198  :  Foulques  s'acquitta 
de  celle  mission  avec  succès.  A  sa 
voix ,  un  grand  nombre  de  seigneurs 
prirent  les  armes  et  la  croix,  sous  les 
ordres  du  comte  de  Champagne.  Foul- 
ques ,  déjà  avancé  en  âge ,  revint  k 
Neuilly,  et  y  mourut  en  1201.  On 
voyait  son  tombeau ,  il  y  a  quelques 
années,  dans  l'église  de  ce  village. 
L'abbé  Lebeuf  en  a  donné  la  descrip- 
tion dans  Vffistoire  du  diocèse  de 
Paris,  t.  VI.  Ou  trouve  citée,  dans 
Moréri,  une  P^ie  de  Foulques  ca 
françois,  Paris,  1620.        W — s. 

FOULQUET  ou  FOLQUET,  évê- 
que  de  Toulouse,  né  à  Marseille  dans 
le  12'-.  siècle,  était  fils  d'un  riche 


FOU 

marcliancl  ge'uois,  qui  le  laissa  lieritier 
d'une  fortune  consiJerabJe.  11  avait 
montre  dès  son  enfance  un  goût  très 
vif  pour  les  plaisirs  ;  et  dès  qu'il  fut 
maître  de  son  patrimoine,  il  se  livra 
avec  ardeur  à  toutes  sortes  d'excès. 
Les  compagnons  ordinaires  de  ses  dé- 
bauches étaient  quelques-uns  de  ces 
poètes  connus  sous  le  nom  de  trouba- 
dours; il  apprit  d'eux  les  ele'ments  de 
leur  art,  et  le  cultiva  bientôt  avec  un  tel 
succès  que  sa  réputation  s'étendit  au 
loin.  Le  titre  de  poète  donnait  alors 
un  accès  facile  auprès  des  grands,  et 
Foulquet  profita  de  cet  avantage  pour 
paraître  à  la  cour  du  comte  de  Tou- 
louse. 11  revint  ensuite  à  Marseille, 
où  il  continua  de  mener  une  vie  qu'il 
trouvait  pleine  d'agrément.  La  beauté 
d'Azahiïs  ,  épouse  de  Barrai ,  vicomte 
de  Marseille,  lui  inspira  une  passion 
violente  ;  et  il  célébra  cette  dame  dans 
plusieurs  pièces  de  vers  qui  ont  été 
conservées.  Azalaïs  fut  peu  sensible  à 
l'amour  du  poète;  mais  elle  ne  put  le 
voir  sans  jalousie  porter  ses  hommages 
à  une  autre  dame  :  elle  l'accusa  publi- 
quement d'une  intrigue  criminelle, 
l'accabla  de  reproches,  et  lui  donna 
l'ordre  de  quitter  sa  cour.  Foulques 
chercha  un  asile  près  de  Guil- 
laume VIII,  seigneur  de  Montpel- 
lier; et  il  trouva  dans  Eudoxie,  épouse 
de  ce  prince ,  une  protectrice  qui  s'ef- 
força de  lui  faire  oublier  l'affront  qu'il 
venait  de  recevoir.  De  nouveaux 
malheurs  l'accablèrent  bientôt;  Aza- 
lais ,  dont  la  sévérité  n'avait  pu  le 
guérir  d'une  folle  passion,  mourut, 
€t  Eudoxie  la  suivit  de  près  au  tom- 
beau. Dans  un  accès  de  désespoir,  il 
prit  la  résolution  de  renoncer  au 
monde  ,  et,  après  avoir  décidé  sa 
femme  et  ses  deux  fils  à  embrasser  la 
vie  religieuse,  il  entra  lui-même  danà 
l'ordre  de  Cîteaux  vers  l'an  1200. 
Quelque  temps  après,  il  fut  nommé 


abbé  du  Terronel  ;  et  en  i  aoS ,  le 
chapitre  de  Toulouse  l'élut  évcque  de 
cette  ville,  à  la  place  de  Guillaume 
de  Rabastens ,  déposé  par  les  légats 
d'Innocent  111.  Foulquet  déploya  con- 
tre les  Albigeois  une  rigueur  qu'on 
n'aurait  pas  dû  attendre  d'un  homme 
dont  la  conduite  avait  été  si  long- 
temps plus  que  relâchée.  Il  servit  avec 
chaleur  la  cause  de  la  cour  de  Rome 
contre  son  propre  seigneur,  le  comte  de 
Toulouse  ;  il  fut  le  fondateur  de  cette 
Confrérie  blanche  à  laquelle  on  a 
reproché  tant  d'excès,  et  en  donna 
lui-même  le  signal  et  l'exemple.  Ayant 
été  obligé  de  sortir  de  Toulouse,  il 
revint  en  12 1 5  mettre  le  siège  devant 
cette  ville  ,  et  s'en  fit  ouvrir  les  portes 
par  ses  partisans.  Il  se  rendit  la  même 
année  à  Rome-,  assista  au  quatrième 
concile  de  Latran,  oii  il  soutint  la 
légitimité  des  droits  de  Simon  de 
Moiitfort  sur  les  biens  enlevés  aux 
Albigeois ,  l'en  fit  déclarer  le  posses- 
seur ,  et  reçut  pour  prix  de  cette  com- 
plaisance le  château  dtJrefeuil ,  avec 
vingt  villages  qui  en  dépendaient.  Foul- 
quet mourut  en  laSi ,  préconisé  par 
les  moines,  qui  lui  donnèrent  le  titre 
de  Bienheureux ,  et  emportant  les 
malédictions  de  ceux  qu'il  avait  acca- 
blés de  maux  durant  son  long  épisco- 
pat,  Pétrarque  a  fait  l'éloge  de  Foul- 
quet dans  son  Triomphe  d'amour  ;^ 
et  le  Dante  l'a  cité  honorablement  au 
•7®.  chant  de  son  Paradis.  On  con- 
serve, parmi  les  manuscrits  de  la  Bi- 
bliothèque du  roi ,  vingt  pièces  de 
Foulquet ,  dont  une  est  assez  étendue. 
Ce  recueil  est  précédé  d'une  vie  de 
Taulcur  par  un  anonyme.       W — s. 

FOUNTAINE  (  Sir  Andrew  ),  an- 
tiquaire anglais ,  né  vers  la  fin  du 
17".  siècle,  étudia  à  Oxford,  où  il 
publia  en  1705,  dans  le  Thésaurus 
du  docteur  Hickes,  son  maître,  un 
ouvrage  intitulé  :  Numismata  angles 


5  ji  FOU 

saxonica  et  angLo-danica ,  hreviter 
illustrata  ah  Andrcd  Fountaine.  Il 
fut  crée  chevalier  par  le  roi  Guil- 
laume; et  après  avoir  parcouru  l'Eu- 
rope pour  s'instruire,  il  revint  en  An- 
gleterre avec  une  superbe  collecliou  de 
tableaux,  statues,  médailles,  etc.  Il 
se  lia  d'une  droite  amitié'  avec  le  doc- 
teur Swift,  qui  a  parlé  de  lui  avec 
beaucoup  d'estime  dans  son  journal 
adressé  à  Stella.  Il  fut  vice-chambellan 
de  la  reine  Caroline ,  gouverneur  du 
prince  Guillaume ,  chevalier  du  Bain , 
et  nommé,  en  1 727 ,  conservateur  de 
la  Monnaie ,  place  qu'il  occupa  jusqu'à 
sa  mort,  arrivée  le  4  septembre  1 7 53. 
Il  était  regardé  comme  une  espèce 
d'oracle  en  matière  d'antiquités;  c'é- 
tait à  lui  que  s'adressaient  les  curieux 
pour  leurs  acquisitions  en  ce  genre,  et 
il  trouva  le  moyen  de  s'enrichir  en  en- 
richissant les  cabinets  des  autres.  Il 
savait  cependant  quelquefois  commu- 
niquer ses  connaissances  et  les  objets 
de  sa  collection  d'une  manière  très 
désintéressée;  et  c'est  une  justice  que 
lui  rend  le  P.  Montfaucon,  auquel  il 
fut  très  utile  pour  la  composition  de 
\ Antiquité  expliquée.  Les  gravures 
ingénieuses  du  Conte  du  tonneau, 
de  Svs^ift,  ont  été  exécutées  d'après  ses 
dessins.  X — s. 

FOUQUÉ  (Henri- Auguste,  ba- 
ron de  la  Motte),  naquit  eu  1G98, 
à  La  Haye ,  où  sou  père ,  d'une  des 
plus  anciennes  familles  de  Norman- 
die ,  s'était  réfugié  après  la  révocation 
de  l'édit  de  Nantes.  Henri- Auguste  fut, 
è  huit  ans,  page  du  duc  Léopold 
d'Anhalt.  Dès  1715  ,  il  marcha  avec 
ce  prince  dans  l'armée  prussienne 
contre  Charles  XII.  Devenu  lieutenant 
en  17 19,  capitaine  en  1725,  il  fut 
en  1725  décoré  par  Frédéric-Guil- 
laume I"".  de  l'ordre  de  la  Générosité. 
Le  prince  royal  (depuis  Frédéric  II  ) 
«Il  fit  son  ami.  h^  roi;  qui  favorisait 


FOU 

celle  liaison,  permit  même  à  Foiiqué 
d'aller  voir  Frédéric  II  dans  la  prisoit 
de  Custrin.  Quelques  désagréments 
décidèrent  Fouqué  à  quitter  le  service 
de  la  Prusse  en  1758.  11  passa  en 
Danemark,  où  on  le  créa  lieutenant- 
colonel.  Frédéric  II,  en  montant  sur 
le  trône,  rappela  son  ami,  le  décora 
de  l'ordre  du  mérite,  le  fil  colonel- 
commandeur  du  régiment  de  Camas, 
ensuite  généraf  d'infanterie.  Fouqué 
servit  son  prince  avec  gloire  dans 
toutes  les  guerres  qu'il  cul  à  soutenir. 
Il  commandait  un  corps  d'armée  à 
Landshut  en  1 7G0 ,  lorsqu'il  fut  en- 
touré par  des  forces  très  supérieures 
que  commandait  le  général  Laudon. 
Ne  voulant  pas  se  rendre ,  il  prit  la 
résolution  de  s'ouvrir  un  passage  j 
mais  sa  troupe,  écrasée  parle  nom- 
bre ,  fut  presque  exterminée  toute 
entière;  cl  lui-même,  après  avoir  eu 
tm  cheval  tué  sous  lui ,  fut  couvert  de 
blessures,  fait  prisonnier  et  transféré 
en  Croatie  :  la  cour  de  Vienne  ne  lui 
rendit  la  liberté  qu'à  la  paix,  en  1 763* 
L'impératrice  Marie-Thérèse  lui  offrit 
en  vain  du  service;  il  retourna  au- 
près de  Frédéric ,  qui  lui  donna  le  corn- 
mandement  de  Glatz.  Fouqué  avait  i 
depuis  1760  la  prévolé  de  Brande-  * 
bourg.  Il  demanda  à  s'y  retirer,  et  il  y 
mourut  le  1  mai  1774*  Lacorrespon-  . 
dance  de  Fouqué  avec  Frédcricle- 
Grand  a  été  imprimée  dans  le  tome 
V^,  des  œuvres  du  roi  de  Prusse,  (/^oj. 
Frédéric  II.)  A.B — t. 

FOUQUERET  ou  FOUQUERÉ 
(  Dom  Antoine-Michel  ) ,  bénédictin 
de  la  congrégation  de  Saint- Maur,  né 
àChâteauroux  en  Berri ,  l'an  1O40, 
prit  l'habit  de  Saint-Benoît  dans  l'ab- 
baye de  Saint-Augustin  de  Limoges , 
en  1657  ,  ayant  à  peine  seize  ans  ,  et 
y  fit  profession  le  5  octobre  de  l'an- 
née suivante.  Après  qu'il  eut  achevé 
ses  études  dans  la  coogrégalioii ,  se» 


Feu 

supérieurs  renvoyèrent   professer  la 
rhétorique  et  la  langue  grecque  aux 
jeunes  religieux ,  ses  confrères  ,  dans 
le  monastère  de  Mauriac,  Haute- Au- 
vergne. Pour  preuve  des  soins  de  leur 
maître,  et  du  succès  de  ses  leçons,  ils 
firent  au  prochain  chapitre  ge'iierai  de 
la  congrégation ,  rhoinmage  de  la  règle 
de  St.-Benoît^  qu'ils  avaient  traduite 
en  grec.  Dom  Fouqueret  fut  ensuite 
employé  dans  différentes  maisons  de 
sa  congrégation ,  et  y  remplit  les  fonc- 
tions de  supérieur.  Après  avoir  passé 
i5  ans  dans  ces  emplois,  il  demanda 
sa  retraite,  et  l'obtint.  En  iGgS,  il 
se  retira  à  l'abbaye  de  St.-Faron  de 
Meaux,  où  il  mourut  le  3  novembre 
1709,  âgé  de  soixante-neuf  ans.  Ou 
a  de  dom  Fouqueret  :  I.  Synodus 
Beïhleemitica  pro  reali  prœsentid , 
anno  1672  celebrata,  grœcè  et  lali- 
71^ ,  Paris ,  1 67  '2  in-8°.  Ce  sont  les  actes 
d'un  concile  tenu  en  1672,  à  Jérusa- 
lem,  sous   le    patriarche    Dosithée. 
Dora  Fouqueret  les  traduisit  en  grec  et 
en  latin.  A  la  fin  de  son  édition  se 
trouve  une  attestation  de  M.  le  mar- 
quis de    Noinlcl ,   ambassadeur   de 
France  à  la  Porte  olhomane  ,  par  la- 
quelle il  certifie  avoir  reçu  du  patriar- 
che lui-même,  l'original  de  ces  actes  : 
ils  sont  d'autant  plus  importants  qu'ils 
prouvent  la  conformité  de  la  croyance 
de  l'église   grecque   sur  la   présence 
réelle,   avec    le  dogme    catholique, 
conformité  niée  par  les  protestants. 
Cette  traduction  néanmoins    n'ayant 
pas  été  jugée  aussi  exacte  qu'on  l'au- 
rait souhaité ,  dom  Fouqueret  la  revit; 
et  s'étaut  aidé  des  conseils  du  célèbre  P. 
Combefis,  et  surtout  de  M.  Arnauld, 
elle  reparut,  par  ses  soins,  en  1678, 
aussi  correcte  et  aussi  parfaite  qu'on 
pouvait  la  désirer, souslctitrede5jrno- 
diis  Hierosolymilana ,  Paris,  in-8**. 
A  la  fin  de  cet  ouvrage ,  dom  Fouque- 
ret a  fait  imprimer  en  grec ,  avec  une 

XV. 


FOU  5j5 

ver<iion  laîine  de  sa  main ,  un  écrit  in- 
titulé :  Dionysii  patriarchœ  Cons- 
tantifwpolitani  super  cahinistarum 
erroribus  ,  ac  reali  imprimis  prœ^ 
sejitidf  responsio  ,  anno  1672  édita. 
Les  protestants ,  de  leur  côté,  publiè- 
rent ces  actes  en  français;  mais  ils  fu- 
rent victorieusement  réfutés.  (  F,  Ay- 
MON.)  II.  Celehris  historia  monothe- 
litariim,  Paris ,  1678,  in- 8°.,  sous  le 
nom  de  Jean-Baptiste  Tagnamini  ; 
cet  ouvrage  passe  pour  être  profond 
et  plein  d'érudition.  L  — y. 

FOUQUET  (  François  ) ,  vicomte 
de  Vaux,  d'une  ancienne  famille  de 
Normandie,   fut  nommé  successive- 
ment maître  des  requêtes  et  conseil- 
ler d'état  ordinaire,  et  s'acquit,  par 
son  intelligence  des  aifaires  et  sa  rare 
probité,  l'estime  de  Louis  Xlïl  et  du 
cardinal  de  Ivichelieu.  Il  avait  épousé 
Marie ,  fille  de  Gilles  de  Maupeou  ^ 
seigneur  d'Ableiges,  contrôleur-général 
des  finances  ;  et  il  eut  de  ce  mariage  , 
entre  autres   enfants,   Nicolas  Fou- 
quet,  surintendant  des  finances,  si 
célèbre  par  ses  disgrâces.  Madame 
Fouquet,  femme  d'un  éminente  piété 
et  d'une  charité  vraiment  chrétienne , 
après  la  mort  de  son  mari,  se  consacra 
entièrement  au  service  des  pauvres 
malades,  et  mourut  en  1681  ,  à  l'âge 
de  quatre-vingt  onze  ans. On  a  de  celte 
dame  respectable  un  Recueil  de  re- 
cettes choisies ,  expérimentées  et  ap- 
prouvées ,  Villefranche,  1 665 ,  in- 1 2. 
Cette  édition  est  très  recherchée  des 
curieux,  parce  qu'elle  est  l'originale: 
les   suivantes  contiennent  des  addi- 
tions plus  ou  moins  considérables. 
W—s. 
FOUQUET  (Nicolas),  surinten- 
dant des  finances  ,  naquit  à  Paris  ,  eu 
161 5.  Destiné  à  suivre  la  carrière  de 
la  magistrature  dans  les  emplois  les 
plus  brillants ,  il  reçut  une  éducation 
conforme  aux  vues  de  sa  famille ,  et 

23 


$%i  FOU 

se  fil  bientôt  connaître  d'une  manière 
favorable.  Il  fut  fait  maître  des  requêtes 
à  vingt  ans  ;  et  il  n'en  avait  que  trente- 
cinq  lorsqu'il  fut  pourvu  de  la  charge, 
alors  si  importante,  de  procureur- 
gene'ral  au  parlement  de  Paris.  Pen- 
dant les  troubles  du  royaume  ,  il  se 
de'voua  entièrement  aux  intérêts  de  la 
iriue  mère,  et  mérita  ainsi  la  protec- 
tion dont  cette  princessel'honora  cons- 
tamment. Le  désordre  des  finances , 
occasionné  par  dos  guerres  longues  et 
ruineuses  et  par  les  dilapidations  des 
courtisans,  faisait  désirer  d'en  voir 
confier  l'administration  à  des  mains 
habiles.  La  reine  mère  indiqua  Fou- 
quet ,  et  il  fut  nommé  surintendant , 
en  i652.  Il  fit  face  quelque  temps  à 
toutes  les  dépenses  par  son  seul  cré- 
dit. Il  engagea  ses  biens  et  ceux  de 
son  épouse ,  emprunta  sur  sa  signa- 
ture des  sommes  considérables  du 
cardinal  Mazarin  lui-même  ( i  ) ,  et  par- 
vmt  de  cette  manière  à  déguiser  la  pé- 
nurie du  trésor  royal. Mais  enfin,  le 
roi ,  étonné  de  voir  les  revenus  de  l'é- 
tat se  consommer  à  payer  des  intérêts , 
et  les  dettes  s'accroître,  chaque  année, 
dans  une  progression  effrayante,  vou- 
lut connaître  par  lui-même  la  cause 
de  ce  désordre.  Il  s'adressa,  pour  ob- 
tenir les  renseignements  qu'il  souhai- 
tait ,  à  Colbert ,  dont  Mazarin  lui  avait 
ranté  le  zèle  et  la  capacité.  Colbert 
joignait  à  des  talents  supérieurs  une 
grande  ambition  :  il  jugea  l'occasion  fa- 
vorable pour  perdre  le  surintendant, 
qu'il  aspirait  en  secret  à  remplacer  ;  et 
eft  éclairant  le  roi  sur  les  fautes  de 
i'admini>tration  deFouquet,  s'il  ne 
les  exagéra  pas,  il  s'abstint  du  moins 
de  donner  les  raisons  quipouvaientles 
rendre  excusables.  Dès  qu'on  put 
soupçonner  la  faveur  de  Colbert,  tous 

(i)  Le  roi ,  dit  V«luire,  demandait  cjnelquefoia 
Àf  l'arjjent  à  Fouquel,  qui  lui  rép«nd«it  :  u  Sire  , 
»  il  o'jr  a  rien  dan$  let  roffrei  Je  y.  M.  ',  OUÏ* 
»  M.  le  citfdvnAl  toks  en  prêtera.  » 


FOU 

les  courtisans  se  rangèrent  de  son 
côté:  on  ne  parla  plus  au  roi  que  des 
prodigalités  du  surintendant ,  et  oa 
lui  insinua  que  l'embarras  des  finan- 
ces n'était  causé  que  par  ses  dilapi- 
dations. Fouquet  avait  acquis  Impro- 
priété de  Belle-Jsie,  et  il  en  avait  aug- 
menté les  fortifications^  on  chercha 
à  lui  en  faire  un  crime,  et  à  persuader 
au  roi  que  son  projet  était  de  s'empa- 
rer de  la  Bretagne,,  et  de  s'en  déclarer 
le  souverain,  Fouquet ,  par  une  con- 
duite peu  réfléchie,  avait  donné  lieu 
aux  propos  de  ses  ennemis  :  il  avait  eu 
aussi  le  tort  de  faire  construire  dans 
la  terre  de  Vaux  ,  aujourd'hui  Villars , 
un  palais  qui  surpassait  en  beauté  St.- 
Germain  et  Fontainebleau,  les  deux 
seules  maisons  de  plaisance  habitées 
par  le  roi.  Le  palais  ,  dit  Voltaire  ,  et 
les  jardins,  lui  avaient  coûté  dix-huit 
millions ,  qui  en  valent  aujourd'hui  plus 
de  trente-cinq  (2).  Au  moment  où  sa 
disgrâce  était  prèsd'éclater ,  il  y  donna 
à  Louis  XIV  une  fête  qui  surpassa  par 
sa  magnificence  tout  ce  qu'on  avait  vu 
jusqu'alors.  On  y  représenta  ,  pour  la 
première  fois  (  1 7  août  1 66 1  ) ,  les  Fd^ 
cheux  de  Molière,  avec  un  prologue 
composé  par  Pelisson,  à  la  louange  du 
roi.  Mais  rien  ne  pouvait  apaiser  le  mo- 
narque irrité;  et  sans  les  prières  de  la 
reine  mère,  il  aurait  fait  arrêter  le  sur- 
intendant le  jour  même  de  la  fête.  Ce 
qui  avait  achevé,  dit-on,  d'allumer  la 
colère  de  Louis  XIV,  c'tst  qu'il  apprit 
que  Fouquet  avait  eu  des  vues  sur 
M^^^  de  la  Valière,  pour  qui  il  com- 
mençait à  sentir  une  vraie  passion. 
Le  roi  dissimula  son  ressentiment,  et 
affecta    de    parier  à    Fouquet   ave« 

(vl)  On  voyait  partouldans  cette  mai«OD  Ici  armes 
et  la  deviie  de  Fouquet  ;  c'est  no  écureuil  avec 
ce»  paroles  :  Qui»  non  aiccndam  ?  «  Où  ne  monte- 
»  rai'je  point?  »  Le  roi  le  le*  fil  expliquer.  L'am- 
bition de  celte  d«rvi««  ne  servit  pas  à  apaiser  l« 
monarque.  Le»  tourlisans  remarquèrent  que  Vé- 
curruil  était  peint  partout  poursuivi  par  une  cou- 
leuvre, qui  était  les  armes  de  Colbtrt-  ^YoLTAlK», 

Siid»  dt  L9UH  jcir.) 


FOU 

plus  de  coufiance  que  jamais.  Fouquet 
crul  avoir  triomphé  de  ses  ennemis, 
et  se  flatta  même  d'obtenir  la  place  de 
premier  ministre,  vacante  par  la  mort 
de  Mazarin.  Sa  qualité  de  procureur- 
général  le  rendant  justiciable  des  seules 
chambresassenib!é(  s,  on  l'engagea  à  se 
défaire  de  cette  charge ,  sous  le  prétexte 
que ,  tant  qu'il  la  conserverait ,  le  roi 
ne  pourrait  pas  lui  donner  le  cordon 
de  ses  ordres  ,  comme  Sa  Majesté 
en  avait  l'intention.  11  se  laissa  per- 
suader ,  et  vendit  cette  chars:,e  pour 
i,4oo,ooo  francs  qu'il  fit  porter  à  l'é- 
pargne. Quelques  jours  après,  le  roi 
partit  pour  Nantes  ,  afin  de  s'assurer 
de  Belle-Lîe,  s'il  était  nécessaire;  et 
Fouquet  l'y  suivit,  quoique  malade 
de  la  fièvre.  (  F,  Colbert,  tome  IX, 
page  211.)  Il  reçut  dans  la  route 
plusieurs  avertissements  des  trames 
qu'on  ourdissait  contre  lui;  mais  il  n'en 
voulut  rien  croire.  Le  lendemain  de 
son  arrivée ,  il  se  rendit  au  conseil  à 
sou  ordinaire,  eut  avec  le  roi  un  en- 
tretien de  deux  heures  ;  et  en  re- 
tournant chez  lui ,  le  5  septembre 
i66i,il  fut  arrêté  par  d'Artagnan, 
capitaine  des  mousquetaires,  qui  le 
conduisit  au  château  d'Angers,  d'oii 
il  fut  transféré  à  Amboise  ,  à  Vin- 
cenues ,  à  Muret ,  et  enfin  à  la  Bas- 
tille. Fouquet  soutint  sa  disgrâce  avec 
beaucoup  de  fermeté  :  il  ne  laissa 
échapper  aucune  plainte ,  et  ne  mon- 
tra nulle  répugnance  à  obéir  aux  or- 
dres du  roi.  Sa  mère  ,  en  apprenant 
cette  nouvelle,  se  jeta  à  genoux,  en 
s'écriaBt  :  C'est  à  présent,  mon  Dieu, 
que  j'espère  du  salut  de  mon  fils.  Ce- 
pendant les  scellés  furent  mis  sur  les 
papiers  de  Fouquet ,  et  des  commis- 
saires nommés  pour  les  examiner  et 
eu  dresser  l'inventaire.  Un  chiffon 
écrit ,  il  y  avait  plus  de  quinze  ans  , 
et  trouvé  avec  d'autres  papiers  desti- 
nes à  être  brûlés  comme  inutiles ,  servit 


FOU  355 

de  base  au  procès  que  Ton  commença 
à  instruire  contre  lui.  C'était  une  es- 
pèce de  mémoire  rédigé  par  Fouquet 
dans  le  temps  de  la  plus  haute  faveur 
de  Mazarin ,  et  dans  lequel  il  indiquait 
la  conduite  à  tenir  par  sa  femme  pour 
déjouer  quelques  projets  contre  sa  li- 
berté ou  sa  fortune.  On  voulut  voir,  ou 
on  vit  effectivement,  dans  ce  mémoire, 
un  plan  de  conspiration.  Une  com- 
mission composée  d'hommes  choisis 
dans  les  parlements  du  royaume  fut 
établie  pour  juger  Fouquet;  et  lecban- 
ceher  Seguier  ,  le  plus  implacable  de 
ses  ennemis,  voulut  lui-même  la  pré-* 
sidcr.  Fouquet  se  plaignit  de  l'incom- 
pétence de  ses  juges  ,  et  déclara  qu'il 
ne  reconnaîtrait  jamais  leur  autorité. 
Obligé,  m<dgré  ses  protestations,  de 
paraître  devant  eux ,  le  chancelier  l'in- 
vita à  prêter  le  serment  accoutumé. 
Je  ne  le  puis,  dit  Fouquet ,  et  j'en  ai 
déjà  donnéles  raisons.  Pendant  toute 
la  durée  des  interrogatoires,  il  parla 
presque  constamment  avec  calme  et 
modération.  Il  examinait  les  chefs 
d'accusation  ,  et  les  discutait  avec  une 
éloquence  douce  et  persuasive,  dont 
ses  juges  finirent  par  craindre  l'effet. 
Les  plus  acharnés  à  sa  perte  deman- 
dèrent qu'on  lui  enioignît  de  se  bor- 
ner à  répondre  aux  questions  qui  lui 
seraient  adressées  ;  mais  heureuse- 
ment leur  demande  n'eut  pas  de  suite. 
Un  jour,  après  qu'il  eut  cesséde  parler, 
Pussort ,  l'un  de  ses  juges  ,  et  oncle  de 
Colbert,  se  leva,  en  disant  :  Dieu 
merci ,  on  ne  se  plaiudr.i  pas  qu'on  ne 
l'ait  pas  laissé  parler  tout  son  saoul. 
Quand  on  lui  eut  donné  lecture  du  pro- 
jet trouvé  dans  ses  papiers  :  Monsieur, 
dit-il,  au  chancelier,  je  croii  que  vous 
ne  pouvez  tirer  autre  chose  de  ce  pa- 
pier que  TefTet  qu'il  vient  d  e  faire ,  qui 
est  de  me  donner  beaucoup  de  coii- 
fusiou.  Vous  ne  pouvez  pas  nier, lui 
répondit  le  chancelier,  que/ce  soit 

a3.. 


356  FOU 

im  crime  d'c'lat.  Je  confesse,  reprit 
Fouquel,  que  c'est  une  folie  et  une 
extravagance,  mais  non  pas mi  crime 
d'état.  Un  crime  d'étal,  c'est  quand  on 
est  dans  une  charge  principale,  qu'on 
a  le  secret  du  prince,  et  que  tout  d'un 
coup  on  se  met  du  côte  de  ses  enne- 
inis  ;  qu'on  engage  toute  sa  famille 
dans  les  mêmes  intérêts ,  qu'on  fait 
ouvrir  les  portes  des  villes  dont  on  est 
gouverneur  à  l'armc'e  des  ennemis ,  et 
qu'on  les  ferme  à  son  ve'ritablc  maî- 
tre; qu'on  porte  dans  le  parti  con- 
traire tous  les  secrets  de  l'elat:  voilà, 
Monsieur  ,  ce  qui  s'appelle  un  crime 
d'état.  Celte  réponse  était  d'autant  plus 
piquante ,  qu'elle  retraçait  la  conduite 
du  chancelier  durant  les  troubles  de  la 
fronde.  Fouquet  avait  conservé  d'il- 
lustres amis  dans  sa  disgrâce;  et  c'est 
la  preuve  qu'il  les  avait  mérités.  On 
doit  citer  le  premier,  ce  Pelisson,  qui 
partagea  sa  peine ,  et  qui  eut  le  courage 
de  publier  pour  sa  défense  trois  mé- 
moires qui  approchent ,  dit  Voltaire , 
de  l'éloquence  de  Cicéron.  (  Foy.  Pe- 
lisson.) M'"*,  de  Sévigné,  Gourville, 
M^^^.  de  Scudery,  Saint-Evrcmont 
parlèrent  aussi  et  agirent  en  sa  faveur; 
Hénaull  versa  tout  le  fiel  de  la  satire 
contre  le  persécuteur  de  Fouquel  ;  Lo- 
ret  perdit  sa  pension  pour  avoir  fait  son 
éloge  dans  le  Mercure  burlesque.  La- 
fontaine  plaignit  ses  malheurs  dans  une 
élégie  touchante,  et  chercha  à  adoucir 
la  sévérité  du  roi  par  de  beaux  vers 
(i).  La  chaleur  que  mirent  ses  amb 
à  le  défendre ,  et  la  pitié  qu'inspirePt 
loujours  degrandes  infortunes,  lui  sau- 
vèrent la  vie.  Après  trois  années  em- 

(i)  Nympbet  qui  lui  devez  vos  plut  charmaats 
appai. 
Si  U  loog  de  vos  bord*  Louit  porte  ses  pas , 
Tâcher  de  Tadoucir,  fléchissez  ton  courage  ; 
Il  aime  ses  sujets  ,  il  est  juste  ,  il  est  sage  ; 
Du  titr«  de  clément  rendez-le  ambitieux: 
CTestpai-là  que  les  rois  tout  semblables  aux  dieux. 
Du  magnsnime  Henri  qu'il  contemple  la  vie  ; 

Dti qu'il  pu»  te  yepger,  U  en  perdu  l'cnviç. 


FOU 

ployées  à  l'iuslruction  de  ce  procès  h 
jamais  célèbre,  Fouquet ,  sur  le  rap- 
port de  MM.  d'Ormesson  et  de  Ste.-llé-  i 
Icne,  fut  condamné  à  la  confiscation  J, 
de  ses  biens  et  au  bannissement.  Do 
vingt-deux  juges  qui  opinèrent,  neuf 
seulement  osèrent  conclure  à  la  mort. 
Si  l'on  réfléchit  que  presque  lous  les 
juges  de  Fouquet  étaient  ses  ennemis 
déclarés;  que  depuis  le  moment  de  sa 
disgrâce  Colbert  et  Letellier  n'avaient 
cessé  de  travaillera  sa  perte,  il  est  bien 
difficile  de  croire  qu'il  fût  coupable 
des  crimes  qu'on  lui  imputait.  La  des- 
tination de  l'écrit  dont  ses  adversaires 
se  prévalurent  tant ,  leur  ôtait  tout  pré- 
texte de  l'accuser  d'avoir  voulu  trou- 
bler le  royaume:  car,  s'il  avait ajûuld 
aux  fortifications  de  Belle-lslc,  ce  n'e'- 
tait  que  d'après  l'autorisation  expresse 
du  roi  ;  et  il  pensait  si  peu  à  s'en  faire 
une  retraite ,  que  lorsque  d'Artagnan 
le  conduisit  en  prison  ,  ayant  aperçu 
un  de  ses  domestiques,  il  l'appela,  et 
lui  dit  :  Que  le  roi  soit  obéi  à  Belle-lsle 
comme  moi-même.  Enfin ,  et  celte  rai- 
son paraît  sans  réplique,  s'il  eût  vrai- 
ment conspiré ,  il  aurait  eu  des  com- 
plices ;  et  jamais  on  n'en  a  cité  ut 
seul.  Le  roi  commua  l'arrêt  de  Fou- 
quet eu  une  prison  perpétuelle.  11  partit 
pour  la  citadelle  de  Pignerol  sous  une 
forte  escorte,  et  fut  traité  dans  la  route 
avec  une  grande  sévérité.  Dans  les 
premiers  moments  il  chercha  à  fléchir 
le  roi  par  l'aveu  de  ses  torts  et  l'ex- 
pression de  son  repentir  ;  mais  voyant 
que  toutes  ses  prières  seraient  inutiles , 
il  cessa  d'écrire,  et  se  résigna  à  soa 
sort  avec  une  constance  qui  a  été  ad- 
mirée même  de  ses  ennemis  :  ri  y  trou- 
va des  adoucissements  dans  les  se- 
cours de  la  religion  ,  et  mourut  dans 
de  grands  sentiments  de  piété ,  le  25 
mars  i68o,  à  l'âge  de  65  ans,  dont 
il  avait  passé  dix-neuf  en  prison.  Soa 
corps  fui  transporté  à  Paris  et  inhumé 


FOU 

âans  le  couvent  des  Filles-Sainte- 
Marie  de  la  rue  Saint-Antoine.  Fou- 
quet,  dit  son  historien,  avait  du  gé- 
Dic,  de  l'esprit,  des  talents,  de  !a 
grandeur  d'ame;  mais  il  portait  celte 
dernière  qualité  à  l'excès  ;  et  l'on  peut 
dire  que  s'il  se  fût  montre'  moins  libé- 
ral et  moins  ami  de  ceux  qu'il  aimait, 
il  eût  ete'  bien  plus  heureux.  Ces  der- 
niers mots  peignent  si  bien  son  ca- 
ractère, le  genre  de  torts  qu'il  a  pu 
avoir  ,  et  la  véritable  cause  de  tous  ses 
malheurs ,  qu*on  ne  doit  rien  y  ajouter. 
On  a  dit  que  Fouquct  était  sorti  de 
prison  peu  de  temps  avant  sa  mort  5 
mais  c'est  une  f.ible  qui  ne  mérite  nulle 
croyance. D'Auvigny  assure  qu'il  com- 
posa dans  sa  prison  divers  ouvrages 
(le  piété,  dont  quelques-uns  ont  été 
donnés  depuis  au  public,  tels  que  les 
Conseils  de  la  sagesse ,  ou  Recueil 
des  maximes  de  Salomon ,  Paris , 
i685,  2  vol.  iu-i2.  Il  laissa  de  son 
mariage  avec  Marie -Madelène  de 
Castille  -  Viliemareuil ,  sa  seconde 
femme ,  une  fille  mariée  à  Grussol 
d'Usez ,  marquis  de  Monsalez ,  et  trois 
fils ,  Henri-Nicolas  Fouquet ,  comte  de 
Vaux  j  Charles  -  Armand,  prêtre  de 
l'Oratoire ,  et  Louis ,  marquis  de  Belle- 
Isle.  On  peut  consulter,  pour  plus  de 
détails  :  I.  Fie  de  Nicolas  Fouquet, 
par  d'Auvigny,  tom.  V  des  Fies  des 
hommes  illustres  de  France.  II.  Re- 
cueil des  défenses  de  M.  Fouquet 
(en  Hollande)  i665  -  1668,  i5  vol. 
in-i2.  III.  Les  Lettres  de  M"^  de 
Sévigné  à  M.  de  Pomponne ,  tom. 
X  de  l'éd.  de  Paris ,  Bossange,  1802. 
M.  Modeste  Parojelli  a  publié:  Sur 
la  mort  du  surintendant  Fouquet, 
notices  recueillies  à  Pignerol,  Tu- 
rin, F.  Galletli,  1812,  in-4".  W— s. 

FOUQUET.  Fojez  Belle-Isle 
et  GisoRS. 

FOUQUET  (  Jean  François  ) ,  jé- 
snile  français,  et  missionnaire  à  ia 


FOU  357 

Chine,  arriva  dans  cet  empire  en 
1690.  Comme  tous  ses  confrères,  il 
fut  obligé  de  consacrer  les  premiers 
temps  de  son  séjour  à  l'étude  de  la 
langue  ;  et  il  paraît  qu'il  y  fit  d'assez 
grands  progrès.  Mais  un  zèle  excessif, 
joint  à  un  esprit  systématique ,  le  fit 
tomber  dans  un  piège  que  ne  surent 
pas  éviter  plusieurs  missionnaires  éga- 
lement instruits,  tels  que  Prémaie^ 
Cibot  et  quelques  autres  :  persuadés 
que  les  Chinois  devaient  avoir  con- 
servé beaucoup  de  traditions  des  pre- 
miers âges  du  monde,  ils  s'attachè- 
rent à  les  rechercher ,  et  s'en  préva- 
lurent auprès  de  leurs  néophytes ,  sur 
qui  l'autorité  du  Chou-king ,  ou  des 
livres  de  Confucius ,  avait  plus  de 
pouvoir  que  les  raisonnements  les  plus 
concluants  ,  ou  les  prédications  les 
plus  énergiques.  Bientôt  ils  en  vin- 
rent à  voir  des  prophéties  claires  dans 
certains  passages ,  qui ,  il  faut  en 
convenir ,  offrent  au  moins  de  sin- 
guliers rapprochements.  De  tous  ses 
confrères ,  le  P.  Fouquet  fut  peut-être 
celui  qui  se  laissa  le  plus  éblouir  par 
l'idée  de  retrouver  les  mystères  du 
christianisme  renfermés  dans  les  ca- 
ractères symboliques  des  Chinois  :  on 
peut  dire  qu'il  poussa  cet  engoueracHt 
jusqu'à  l'extravagance.  A  l'en  croire, 
les  king  n'offrent  qu'une  allégorie  per- 
pétuelle, 011  les  dogmes  de  notre  reli- 
gion sont  exposés  d'une  manière  quel- 
quefois aussi  claire  que  dans  les  monu- 
ments les  plus  respectables  de  la  foi. 
L'auteur  de  cet  article  possède  un  exem- 
plaire du  Chi-king,  ou  Livre  des  poé- 
sies^ auquel  Fouquet  avait  fait  ajouter 
des  interfoliations  :  il  y  a  consigné  des 
idées  de  ce  genre ,  dont  la  folie  dé- 
passe tout  ce  qu'on  peut  en  dire.  Si 
le  texte  indique  une  montagne  de  la 
Chine  ,  elle  lui  paraît  représenter  le 
Calvaire  j  les  éloges  donnés  à  TVen-^ 
Wang  ou  à  Tcheou-koung  doivent., 


558 


FOU 


suivant  lui ,  s'appliquer  au  Sauveur  ; 
ii  retrouve  dans  l\inaly.se  des  carac- 
tères ,  la  croix  et  les  instruments  de 
la  Passion  :  les  anciens  empereurs  de 
la  Chine  sont  les  patriarches  ;  et  la 
généalogie  de  ces  derniers  n'est  pas 
plus  clairement  e'noncëe  dans  la  Ge- 
nèse ,  qu'elle  ne  le  semblf^  à  Fouquet 
dans  le  CLou-king.  Ce  missionnaire 
revint  à  Rome  en  i  -jso  ;  et  les  succès 
qu'il  avait  eus  dans  sa  mission  lui  va- 
lurent le  titre  d'evéque  d'Eleuthéro- 
polis.  il  y  publia,  en  1729,  en  trois 
ieuiîles ,  sa  Tabula  chronologica  his- 
toriœ  Sinicœ,  sorte  de  tableau  dans  le 
goût  de  nos  tables  cbronographiques, 
où  les  noms  des  princes  et  l'indication 
des  événements  les  plus  frappants 
sont  placés  dans  des  colonnes  régu- 
lièrement espacées.  La  base  de  celle 
de  Fouquet  est  le  cycle  de  soixante 
années,  dont  l'usage  ,  à  la  Chine,  est 
à  peu  près  le  même  que  celui  du  siècle 
chei  nous.  Cette  table  n'est ,  à  pro- 
prement parler ,  qu'une  traduction  de 
«  elle  qui  avait  été  dressée  en  chinois, 
sur  le  même  plan ,  par  un  mandchou 
nommé  Nian,  d'une  famille  consi- 
dérable par  les  dignités  qu'elle  occu- 
pait, et  qui,  suivant  l'avertissement 
de  Fouquet ,  vivait  encore  en  1720. 
L'auteur  a  suivi  le  système  de  chro- 
nologie de  Sse-ma-wcn-kouDg.  Ce 
qu'il  y  a  de  plus  remarquable  dans  la 
table  de  Fouquet ,  c'est  une  explica- 
tion suffisante  ,  et  la  première  série 
qu'on  ait  donnée  en  Europe,  des  Nian- 
hao ,  ou  noms  d'années ,  si  nécessaires 
pouf  la  lecture  des  historiens  chinois , 
et  que  quelques  auteurs  ont  méconnus 
long-temps  après  l'impression  de  l'ou- 
▼rage  dont  il  s'agit.  Math.  Seulter  a 
donné,  en  1746,  à  Augsbourg ,  une 
réimpression ,  eu  2  feuilles  in-folio  , 
de  cette  table  chronologique.  On  a  de 
Fouquet  une  lettre  au  duc  de  la  Force, 
insérée  dans  les  Letir,   édif.  (  5*. 


FOU 

recueil.  )  Il  y  détaille  les  progrès  du 
christianisme  dans  la  province  du 
Kiang-sij  y  parle  de  la  manière  dont 
les  Chinois  forment  leurs  guerriers ,  et 
s'étend  beaucoup  sur  les  bonzes,  prin- 
cipaux adversaires  des  missionnaires. 
A.  R— T. 
FOUQUET  (Henri),  célèbre 
professeur  de  médecine  à  l'univer- 
sité de  Montpellier,  naquit  dans  cette 
viile  en  1727.  Elevé  au  collège  des 
jésuites ,  il  se  distingua  par  la  péné- 
tration de  son  esprit ,  et  manifesta  de 
bonne  heure  le  désir  d'étudier  la  mé- 
decine; mais  sou  père,  qui  le  desti- 
nait au  commerce ,  exigea  le  sacrifice 
de  son  goût  pour  les  sciences  Fou- 
quet, ne  pouvant  se  plier  aux  détails 
de  celte  profession  ,  embrassa  la 
finance  ,  qui  ne  lui  offrit  pas  plus 
d'attrait.  Il  suivit  ensuite  à  Paris,  en 
qualité  de  secrétaire,  un  homme  d'un 
haut  rang ,  et  devint  secrétaire  géné- 
ral de  l'intendance  du  Roussillon. Après 
plusieurs  années,  il  revint  à  Mont- 
pellier, où  il  sentit  se  réveiller  son 
goût  pour  la  médecine  ;  et  quoique 
âgé  de  plus  de  trente  ans,  il  com- 
mença à  se  livrer  à  l'étude  de  cette 
science.  Il  est  vrai  que  son  esprit  y 
était  bien  préparé;  il  l'avait  orné  de 
connaissances  étendues  pendant  son 
séjour  à  Paris ,  en  fréquentant  parti- 
culièrement les  bibliothèques  publi- 
ques ,  le  collège  de  France  et  le  jar- 
din du  roi.  En  1759  il  reçut  le  titre 
de  bachelier,  pour  lequel  il  soutint 
une  thèse  sur  la  nature ,  les  proprié- 
tés et  les  maladies  de  la  fibre.  H  alla 
se  fixer  à  Marseille  ,  ou  il  exerça  la 
médecine  avec  succès  pendant  quel- 
ques années.  Il  revint  à  Montpellier 
en  1 766 ,  disputer  une  chaire  que  la 
mort  de  Fizes  avait  laissée  vacante; 
et  il  fixa  sou  séjour  dans  sa  ville  na- 
tale. Fouquet  publia  bientôt  plusieurs 
ouvrages  qui  le  firent   avantageuse- 


FOU 

xnent  connaître.  Son  Essai  sur  le 
pouls  parut  en  1767.  La  doctrine  de 
Solauo  que  Bordeu  avait  appliquée 
aux  crises  des  maladies  reçut  une 
nouvelle  extension  par  les  tiavaux 
de  Fouquet;  il  signala  les  caractères 
du  pouls  de  chaque  organe ,  et  il  éta- 
blit sa  division  des  pouls  organiques  : 
quelques  me'decins  ont  pensé  que  ses 
distinctions  trop  multipliées  ne  sont 
point  confirmées  par  l'observation. 
Ce  fut  à  celte  époque  qu'il  obtint  la 
place  de  médecin  de  l'hôpital  mili- 
taire de  Montpellier.  Sollicité  par  de 
jeunes  médecins ,  il  fit  plusieurs  dis- 
sertations qui  furent  présentées  à  la 
faculté  de  médecine  ;  la  plus  re- 
marquable est  une  Dissertation  sur 
le  tissu  mu  queux  ^  elle  renferme  les 
détails  d'expériences  intéressantes  où 
l'on  avait  fait  l'injection  de  différents 
fluides  dans  le  tissu  cellulaire.  Les 
auteurs  de  l'Encyclopédie  le  char- 
gèrent de  la  rédaction  de  plusieurs  ar- 
ticles importants  :  il  leur  fournit  l'ar- 
ticle Sécrétions,  dont  il  expliquait  le 
mécanisme  par  l'application  des  lois 
de  la  vie  selon  la  théorie  de  Bordeu  j 
l'article  Sensibilité' ,  à  laquelle  il  rat- 
tachait l'irritabilité  hailérienne,  qu'il 
appelait  une  branche  égarée  de  la 
sensibilité,  et  l'article  Fésicatoire , 
dont  il  expliqua  le  mode  d'action  et 
indiqua  les  effets.  Fouquet  fit  con- 
naître en  France  par  une  bonne  tra- 
duction les  Mémoires  de  Lind  sur 
les  fièvres  et  la  contagion.  Il  tradui- 
sit aussi  l'ouvrage  de  Dimsdale  sur 
l'inoculation  de  la  petite  -  vérole  (  f. 
Dimsdale):  il  y  ajouta  un  Mémoire  qui 
contiibua  à  répandre  la  pratique  de 
l'inoculation  ;  c'est  sans  doute  une 
des  causes  qui  l'empêchèrent,  à  un 
âge  avancé,  de  se  déclarer  un  des 
premiers  partisans  de  la  vaccine. 
Lorsqu'on  lui  en  demandait  la  rai- 
spD ,  il  répondait  :  <\  C'est  une  jeune 


FOU  559 

»  personne ,  et  me  voilà  devenu  si 
»  vieux ,  que  ce  n'(  st  pas  la  peine  de 
M  faire  connaissance  avec  elle.  »  Fou- 
quet fut  membre  d'un  grand  nombre 
d'académies;  il  lut  à  celle  de  Mont- 
pellier un  Mémoire  sur  les  bains  de 
terre  appliqués  à  diverses  espèces  de 
phtisie,  de  scorbut  et  à  quelques 
autres  maladies  chroniques,  et  plu- 
sieurs Mémoires  sur  la  topographie 
de  Montpellier.  11  déposa  dans  les 
archives  de  la  société  de  médecine  de 
cette  ville  un  Mémoire  sur  ineffica- 
cité de  V extrait  de  ci^uë,  uni  à 
quelques  préparations  mercurielles , 
dans  les  affections  siphihtiques  an- 
ciennes. En  1776,  il  concourut  une 
deuxième  fois  pour  une  chaire  de 
professeur  de  la  faculté  de  Montpel- 
lier, et  il  fut  l'un  des  candidats  pré- 
sentés au  roi.  L'inclination  qu'il  avait 
pour  l'enseignement ,  le  porta  à  faire 
des  cours  particuliers.  En  1782  ,  le 
roi  le  chargea,  par  une  commission 
spéciale,  de  remplacer  Imbert  et  Bar- 
thez,  chanceliers  de  l'université,  que 
d'autres  places  retenaient  à  Paris  :  il 
enseigna  la  physiologie  pendant  trois 
ans.  La  mort  de  Sabatier  donna  lieu 
à  un  nouveau  concours.  Fouquet  , 
âgé  de  soixante-cinq  ans ,  se  présenta 
avec  une  grande  réputation.  Le  roi 
disposa  de  la  chaire  en  sa  faveur 
avant  la  fin  du  concours ,  et  l'uni- 
versité applaudit  au  choix  de  la  cour. 
11  fit  des  cours  de  séméiolique,  et  des 
cours  de  maladies  vénériennes  ,  dont 
il  fixait  l'origine  à  une  époque  bien 
antérieure  à  la  découverte  de  l'Amer 
rique.Quelques années  après,  lorsque 
les  écoles  de  médecine  furent  sou- 
mises à  une  nouvelle  organisation  , 
Fouquet  fut  appelé  à  professer  le 
premier  la  médecine  clinique  dans 
celle  de  Montpellier  ;  il  eut  la  gloire 
de  créer  et  de  perfectionner  aussitôt 
un  mode  d'enscigncmcct  déjà  adopté: 


36o 


FOU 


dnns  les  plus  célèbres  universités 
étrangères.  Il  publia  un  Discours  sur 
la  clinique ,  d^iis  lequel  il  a  trace  la 
marche  qu'il  avait  adoptée,  et  un  ta- 
bleau d'observations  recueillies  dans 
jses  leçons  pendant  le  laps  de  six  mois , 
il  l'exemple  de  Sydenham,  de  Eail- 
lou  et  de  Stoll.  Avant  d'arriver  au 
terme  de  sa  carrière,  Fouquet  fut 
nommé  médecin  des  salles  militaires 
f.iisant  partie  de  l'hospice  civil  de 
Montpellier  ,  membre  de  la  légion 
d'honneur  et  coriespondant  de  l'Ins- 
titut. Son  savoir  et  son  expérience 
le  faisaient  regarder  comme  l'oracle 
de  l'école  de  Montpellier  ,  lorsqu'il 
mourut  le  i  o  octobre  1 806.  Les  prin- 
cipaux ouvrages   de  Fouquet   sont  : 

I.  Une  Dissertation  De  fihrœ  nalu- 
rd^  viribus  et  morbis  in  corpore  ani- 
mali  ,  Montpellier  ,    i  -ySp  ,  in  -  4'^. 

II.  De  corpore  cribroso  Hippùcra- 
tis  ,  seu  de  textu  mucoso  Bordevii , 
ibid.  1774?  in  -  4"-  ^^ï-  Prœîectio- 
nés  medicœ  decem  in  Ludovicœo 
Monspeliensi ,  ibid.,  in-12,  1777; 
IV.  Essai  sur  le  pouls  considéré 
par  rapport  aux  affections  des 
principaux  organes,   in-8''. ,  ibid., 

1767.  V.  De  nonnulUs  morbis 
convulsivis  œsophagii ,  ibid.,  1778, 
in-4°.  VI.  Dissettatio  medica  de 
diabète f  ibid.,  1780,  in -4".  VU. 
Observations  sur  la  constitution  des 
six  premiers  mois  de  Van  F ,  1 798, 
in-é".  VIII.  Discours  sur  la  clini- 
que, ibid.,  i8o3,  in-4".  Deux  pro- 
lesseurs  de  la  faculté  de  médecine  de 
Montpellier, MM.  Dumas  et  Baumes, 
ont  payé  à  la  mémoire  de  leur  con- 
frère un  juste  tribut.  Les  deux  ou- 
vrages de  ces  professeurs  portent  le 
même  titre  :  Eloge  de  Henri  Fou- 
quet} tous  deux  sont  in-4".,  ^^  ont 
paru,  le  premier,  en  1807,  et  le 
.second,  eu  1808.  M.  le  baron  Des- 
genellcs  a  promis  au  public  un  Eloge 


FOU 

de  Fouquet,  qui  entrera  dans  la  suile 
qu'il  doit  donner  aux  Eloges  des 
académiciens  de  Montpellier ,  dont  il 
a  fait  paraître  en  18 11  la  première 
partie.  Fort  lié  avec  Fouquet ,  il  a  , 
sur  les  détails  de  sa  vie,  des  notes 
écrites  par  cet  illustre  médecin  lui- 
même.  11  possède  aussi  de  lui  un  por- 
trait qu'il  se  propose  de  faire  gra- 
ver, afin  de  transmettre  à  la  posté- 
rité les  traits  imposants  de  l'un  des 
hommes  qui  ont  le  plus  honoré  l'école 
de  Montpellier  dans  le  1 8^.  siècle. 

T— T. 

FOUQUIER-TAINVILLE  ou  DE 
TAIN  VILLE  (Antoine-Quentin), 
l'un  des  hommes  les  plus  horriblement 
fameux  que  la  révolution  de  France 
ait  fait  connaître,  était  fils  d'un  cultiva- 
teur au  village  d'Hérouclles ,  près  de 
Saint-Quentin,  011  il  naquit  en  1747' 
Après  avoir  terminé  ses  éludes,ilvintà 
Paris ,  suivit  le  barreau ,  et  acheta  une 
charge  de  procureur  au  Châtelet:  pro- 
fession très  lucrative,  dont  son  in- 
conduite l'empêcha  de  tirer  parti;  il  la 
vendit,  fil  des  dettes  qu'il  ne  paya 
pas ,  et  devint  un  de  ces  personnages 
errants  qui  traînent  dans  les  graiides 
villes  leur  fatigante  existence,  et  l'ali- 
mentent d'intrigues  et  des  plus  hon- 
teux trafics.  Il  faisait  alors  quelquefois 
des  vers  médiocres ,  que  l'on  trouve 
dans  les  journaux  du  temps  ^  et  ce 
qu'il  y  a  de  remarquable,  c'est  qu'il 
en  fil  à  la  louange  de  Louis  XVI ,  en 
1  781 ,  que  l'on  trouve  dans  les  notes 
du  poème  de  la  Pitié,  par  Delille. 
La  révolution  fut  une  source  abon- 
dante pour  tous  les  aventuriers  de 
cette  espèce  :  Fonquier-Tainville  de- 
vait l'embrasser  avec  toute  la  violence 
de  son  caractère.  Néanmoins,  dans 
les  premiers  temps,  il  ne  figura  que 
parmi  les  démagogues  subalternes. 
Jl  y  avait  encore  un  peu  de  décence  à 
celte  époque^  et  un  reste  de  prudence 


FOU 

tenait  a  l'écart  un  homme  tel  que 
Fouquier.  On  n'employait  encore  de 
telles  gens  que  comme  des  espèces 
de  boiirreaiix  ,  dans  les  expéditions 
qu'on  jugeait  nécessaires  pour  exci- 
ter la  populace  et  effrayer  ceux  dont 
on  redoutait  l'opposition.  Mais  après 
la  funeste  catastrophe  du  lo  août 
a  792 ,  aucune  considération  ,  aucun 
respect  humain ,  n'arrêta  les  chefs 
de  la  révolution.  Ceux  qui  avaient 
inondé  de  sang  le  palais  du  Roi ,  et 
dirigé  bientôt  après  les  massacres 
tlii  2  septembre,  étaient  les  maîtres  de 
l'état;  et  on  les  vit  clicrcher  partout 
des  brigands  pour  presser  l'exécution 
de  leurs  épouvantables  systèmes  : 
alors  les  villes  furent  des  coupe-gorges, 
et  les  forets  des  lieux  de  sûreté.  Le 
trib'jnal  révolutionnaire  de  Paris  ayant 
été  institué ,  Fouquicr-Tainville  fut 
choisi  pour  en  faire  partie,  mais  d'a- 
bord comme  simple  juré.  Né  cruel  et 
pervers,  il  sentit  que,  pour  faire  for- 
tune dans  la  carrière  du  crime,  il  fal- 
lait s'élever  sur-le-champ  au  dernier 
terme  de  l'atrocité.  On  a  remarqué  que 
jamais  un  de  ses  avis  ne  fut  pour  ab- 
soudre ;  son  opinion  était  toujours 
la  mort.  Le  gouvernement  révolution- 
naire, appelé  le  comité  de  salut  pu- 
blic,  dirigé  par  Robespierre,  voyant 
combien  un  pareil  homme  lui  serait 
utile  dans  une  place  où  il  pourrait 
donner  plus  de  développement  à  ses 
moyens,  le  désigna  pour  accusateur 
public  près  le  tribunal  qui ,  avant  qu'il 
en  fût  le  directeur,  n'assassinait  encore 
qu'avec  quelque  réserve  et  une  sorte 
de  timidité.  Dès  que  Fouquier  fut  ins- 
tallé, ce  tribunal  ne  fut  plus  qu'une 
Téritable  tuerie.  Les  principaux  révo- 
lutionnaires disaient  alors  publique- 
ment que  la  France  était  trop  peuplée 
pour  une  démocratie  fondée  sur  les 
principes  de  l'égalité,  qu'il  fallait  sup- 
primer le  tiers  au  moins  de  ses  habi- 


FOU  56f 

tants;  et  c'est  de  ce  travail  que  s'occu- 
paient Carrier  à  Nantes,  Co!lot-d'Her- 
bois  à  Lyon  ,  Fouquier  -  Tainville  à 
Paris ,  et  plusieurs  autres  préfendus 
représentants  du  peuple  dans  les  dif- 
férents départements.  Fouquier  était 
en  exercice  lorsque  la  reine  fut  traduite 
k  son  tribunal;  et  c'est  surtout  dans 
cette  circonstance  qu'il  donna  la  me- 
sure des  excès  dont  il  était  capable. 
Il  ramassa,  dans  son  acte  d'accusation 
contre  cette  vertueuse  princesse,  tous 
les  crimes,  toutes  les  horreurs  que 
l'histoire  reproche  aux  Brunchaut  et 
aux  Frédégonde  ;  il  y  joignit  les  infa- 
mies de  ces  femmes  impudiques  qui 
déshonorèrent  l'empire  romain,  l'en 
déclara  coupable,  et  lut  tout  cela  en  sa 
présence.  La  reine  l'entendit  avec 
calme  et  avec  la  plus  stoïque  fermeté: 
seulement,  lorsque,  dans  le  cours  des 
débals,  ou  lui  reprocha  des  actions 
qui  révoltaient  ses  sentiments  de 
mère ,  elle  frémit  ;  la  pâleur  couvrit 
son  visage,  et  l'infortunée  fit  entendre 
cette  interpellation  fameuse  dont  il 
sera  parlé  à  l'article  Marie-Antoi- 
nette. Après  avoir  reversé  sur  la 
reine  ce  torrent  d'infamies  ,  l'odieux 
accusateur  chercha  à  réunir  contre 
elle  tous  les  crimes  de  la  politique  : 
suivant  l'acle  d'accusation  ,  c'était 
cette  princesse  qui  avait  provoqué 
la  guerre  et  y  avait  déternnné  l'empe- 
reur Léopoldetson  neveu  François  11; 
qui  avait  fait  passer  à  ces  deux  mon,ir- 
ques  des  sommes  immenses;  enfui 
c'était  cette  princesse  qui  avait  provo- 
qué les  massacres  de  ses  plus  fidèles 
sujets  dans  la  journée  du  10  août. 
Tels  furent  les  principaux  griefs  que 
Fouquier  articula  pour  motiver  la 
condamnation  de  l'infortunée  Marie- 
Antoinette.  Après  avoir  terminé  celte 
œuvre  de  scélératesse,  il  commença  le 
procès  de  vingt-deux  députés,  connus 
sous  la  dénominalion  de  Brissolins 


5Ô2  FOU 

et  de  Girondins^  que  cette  assemblée 
avait  repoussés  de  sod  sein  et  venait 
de  lui  envoyer.  Fouquier  accusait  au 
nom  de  la  république ,  et  demandait 
qu^on  punît  comme  ayant  conspiré 
contie  elle  ,  précisément  ceux  qui 
avaient  imaginé  d'établir  en  France 
ce  système  de  gouvernement.  (  P^o^. 
Brissot,Guadet,  Gensonné,  Ver- 
GNiAUX.  )  La  faction  que  ces  députés 
avaient  formée,  était  la  seule  vérita- 
blement républicaine;  mais  comme  le 
rétablissement  de  la  royauté  était  l'é- 
■véneiQent  que  la  multitude  semblait 
redouter  davantage  depuis  qu'on  l'a- 
Tait  rendue  coupable  des  forfaits  qui 
avaient  renversé  le  trône ,  il  fallait , 
pour  avoir  son  appui,  faire  considé- 
rer comme  royalistes  tous  ceux  qu'on 
voulait  sacrifier.  Fouquier,  d'après  ce 
système,  devait  poursuivre  comme 
tels  les  Brissotins  et  les  Girondins  , 
quoique  la  plupart  d'entre  eux  eussent 
voté  la  mort  du  Roi  :  il  les  présenta 
comme  des  conspirateurs  avec  la 
cour ,  et  les  accusa  d'avoir,  de  concert 
avec  Louis  XVI,  fait  déclarer  la  guerre 
dans  cette  intention.  Ici  Fouquier- 
Tainville  agissait  d'après  les  instruc- 
tions de  Robespierre,  qui,  en  1792, 
fit  tous  ses  efforts  pour  empêcher  la 
guerre  que  les  Brissotins  provoquè- 
rent effectivement  contre  la  volonté 
du  Roi ,  qui  avait  les  larmes  aux  yeux 
lorsque  les  ministres  que  cette  faction 
lui  avait  fait  prendre,  le  forcèrent  d'en 
faire  la  proposition  à  l'assemblée. 
H  les  accusa  ensuite  d'avoir  voulu  éta- 
blir le  gouvernement  fédératif ,  tel 
qu'il  existe  en  Amérique.  Ce  fut  une 
conspiration  d'un  nouveau  genre  dont 
on  se  servit  pour  multiplier  les  assassi- 
nats dans  toutes  les  parties  de  la 
France.  Quand  on  n'était  pas  roya- 
liste on  était  fédéraliste  ;  et  dès  qu'on 
i'tait  poursuivi  par  quelque  homme 
puissant,  il  fallait  succomber ,  sous 


FOU 


^ 


Tune  ou  l'autre  couleur  ;  il  n*y  avait 
pas  moyen  d'échapper.  Les  vingt- 
deux  députés,  dont  plusieurs  avaient 
beaucoup  de  talents,  repoussèrent 
avec  la  plus  grande  énergie  les  impu- 
tations de  l'accusateur,  et  pulvérisè- 
rent ses  attaques;  on  vit  un  moment 
ce  magistrat -bourreau  et  ses  valets, 
incertains  et  tremblants  sur  leurs 
sièges  :  ils  demandèrent  à  la  Conven- 
tion ce  qu'ils  avaient  à  faire;  elle  leur 
ordonna ,  sur  la  motion  de  Billaud- 
Varennes,  de  juger  révolutionnaire- 
ment  les  accuse's,  c'est-à-dire  ,  de  les 
envoyer  à  la  mort  sans  autre  forme 
de  procès.  Muni  de  ce  décret,  Fou- 
quier-Tainville  leur  imposa  silence, 
et  ils  furent  envoyés  au  supplice.  C'est 
de  cette  époque  que  date  l'établisse- 
ment de  l'épouvantable  institution 
appelée  Gouvernement  révolution" 
naire  ;  alors  toute  la  France  fut  plus 
que  jamais  remplie  de  prisons  et  d'é- 
chafauds.  Cependant  on  continuait  en- 
core de  couvrir  ces  proscriptions  des 
formes  de  la  justice;  ce  qui  leur  donnait 
un  caractère  plus  atroce.  Fouquier- 
Tainville,  et  les  individus  qui  compo- 
saient son  tribunal,  voyant  qu'il  ne 
s'agissait  plus  de  juger,  mais  de  faire 
tuer,  s'affranchirent  de  toutes  les  for- 
mes qu'ils  avaient  observées  tant  biea 
que  mal  avant  le  procès  des  vingt- 
deux  députés;  et  le  prononcé  de  leurs 
arrêts  de  mort  ne  fut  plus  qu'une  dé- 
rision horrible.  On  lui  avait  envoyé 
un  pauvre  vieillard  qui  avait  eu  la 
langue  paralysée,  et  ne  pouvait  ré- 
pondre aux  questions  qu'il  lui  faisait; 
un  de  ses  voisins  lui  dit  que  c'était  uu 
défaut  de  langue  :  ce  n'est  pas  la  lan- 
gue qu'il  me  faut,  dit  Fouquier,  c'est 
la  tête.  Il  avait  à  faire  condamner  la 
duchesse  de  Maillé,  et  les  gend.times 
lui  avaient  amené  une  dame  Maillet, 
Dans  le  peu  de  questions  qu'il  lui  fit  ^ 
il  s'aperçut  de  Vcrrcur  :  «  Tu  u  es  j)a| 


FOU 

»  la  Maillé,  dit-il;  mais  autant  vaut 
»  que  tu  y  passes  aujourd'hui  que  de- 
»  main.  »  Jja  dame  de  Sainti -Ama- 
rante, et  sa  fille  ,  l'une  des  plus  belles 
femmes  do  Paris ,  l'avaient  étonne' 
par  la  noble  assurance  qu'elles  avaient 
montrée  sur  les  affreux  gradins  : 
«  Voyez  comme  elles  sont  effrontées, 
»  dit  l'accusateur  -  bourreau  j  il  faut 
»  que  j'aille  les  voir  monter  sur  l'é- 
•  chafaud,  pour  ra'assurer  si  elles 
»  conserveront  leur  caractère  jusqu'à 
»  la  fin,  dusse- je  me  passer  de  dîner.  » 
II  faisait  condamner  le  père  pour  le 
fils  (  Fo^.  LoizEROLLES  ),  l'imberbc 
de  dix-sept  ans  pour  le  vieillard  de 
soixante  ans  j  c'était  une  véritable 
boucherie  de  cbair  humaine.  Un  offi- 
cier corse ,  déjà  fort  âgé  ,  était  détenu 
au  Luxembourg  :  on  vint  le  demander 
de  la  part  de  Fouquier  ;  il  fit  la  sourde 
oreille  :  un  jeune  étourdi ,  qui  jouait 
à  la  balle  dans  la  cour,  et  avait  un 
nom  à  peu  près  semblable  ,  répondit; 
le  sbire  l'emmena ,  et  le  jeune  homme 
de  dix-sept  ans  fut  mis  à  mort  pour  le 
vieillard  de  soixante.  On  envoyait  à 
Fouquier-Tainville  des  listes  de  pros- 
cription auxquelles  lui-même  en  ajou- 
tait d'autres  ;  et  il  allait ,  avec  les  ju- 
ges et  les  principaux  jurés,  les  discu- 
ter chaque  semaine  chez  un  nommé 
Lecointre ,  député  à  la  Convention , 
où  il  y  avait  une  réunion  et  un  bon 
dîner  (  Foy.  Lecointre  de  Versail- 
les ).  Là  se  débitaient  inter  scjphos 
etpocula^  des  liorreurs  qui  font  fré- 
mir. Le  matin ,  tous  ces  bourreaux  se 
réunissaient,  avant  d'entrer  en  séance, 
dans  un  café  qui  touche  aux  prisons 
de  la  Conciergerie,  et  causaient,  en 
déjeûnant  gaîraent,  sur  le  nombre  et 
l'espèce  d'assassinats  qu'ils  allaient 
commettre.  «  J'ai  fait  gagner  celte 
»  semaine,  disait  Fouquier ,  tant  de 
»  millions  à  la  république  ;  la  semaine 
»  prochaine ,  je  lui  en  ferai  gagner 


FOU  565 

»  davantage  ;  je  déc  uloterai  encore  un 
»  plus  grand  nombre  de  riches.  »> 
En  sortant,  il  donnait  ses  ordres;  et 
une  quantité  de  charrettes  arrivaient 
dès  le  malin,  pour  conduire  au  sup- 
plice les  victimes  qu'on  devait  con- 
damner le  soir  :  leur  nombre  s'élevait 
ordinairement  chaque  jour  à  soixante 
ou  quatre-vingts.  Ses  actes  d'accusa- 
tion, imprimés  d'avance,  contenaient 
les  mêmes  griefs  pour  tous  :  il  n'j 
avait  plus  que  les  noms  des  condam- 
nés à  inscrire  dans  les  blancs  qu'on  y 
avait  laissés  ;  ce  qui  était  une  affaire 
des  commis  du  greffe.  Les  jurés  avaient 
d'avance  le  mot  :  ce  mot  était /é;m  de 
Jîle.  Fouquier-Tainville  le  pronon- 
çait ,  et  soixante  personnes  étaient 
condamnées  après  quelques  forraabtés 
qui  ne  demandaient  pas  deux  heures. 
L'événement  du  9  thermidor  an  11 
(  1']  juillet  1794  ),  qui  arrêta  la  prin- 
cipale cause  de  ces  meurtres ,  n'em- 
pêcha pas  Fouquier  de  continuer  son 
rôle  d'accusateur:  on  l'avertit  de  la 
révolution  qui  venait  de  s'opérer, 
et  de  l'arrestation  de  Robespierre, 
son  protecteur  :  «  Nul  changement 
»  pour  nous,  répondit-il;  il  faut  que 
»  la  justice  ait  son  cours.  »  Et  il 
fit  partir  pour  l'échafaud  quarante- 
deux  personnes,  dont  la  plupart  étaient 
des  bourgeois  de  Paris.  Apres  cette 
révolution ,  ce  fut  encore  lui  qui  fut 
chargé  de  faire  guillotiner  Robespierre 
et  tous  ceux  que  la  Convention  avait 
mis  hors  de  la  loi  ;  et  il  eut  l'audace  de 
se  présenter  à  la  barre ,  pour  féliciter 
celte  assemblée  sur  la  victoire  qu'elle 
venait  de  remporter.  Barère  se  pré- 
senta à  la  tribune,  au  nom  du  comité 
de  salut  public,  avec  le  projet  de  faire 
continuer  le  système  de  terreur  qui 
épouvantait  l'Europe,  et  il  proposa 
Fouquier  pour  accusateur  public  près 
le  nouveau  tribunal  révolutionnaire 
qu'il  s'agissait  de  former  j    mais  il 


564  FOU 

éprouva  une  vive  opposition.  Le  dé- 
pute' Frcron  (  Foy.  FRKnoN  )  attaqua 
Fouquicr,  rappela  ses  crimes,  et  ter- 
mina son  discours  par  ces  mots  épou- 
vantables :  «  Jederaaudeque  Fouquier 
»  aille  cuver  dans  les  enfers  tout  le 
»  sang  dont  il  s'est  enivre.  »  Lesagc 
(  d'Eure  -  et  -  Loir  )  l'accusa  ,  le  20 
ïnars,  d'avoir  envoyé  à  la  mort,  sans 
Jugement,  quarante-deux  prisonniers 
du  Luxembourg.  Il  fut  enfin  'arrê- 
te, mais  ne  fut  mis  en  jugement 
que  le  mois  d'avril  suivant;  et  un 
décret  ordonna  la  permanence  du 
tribunal  jusqu'au  jugement  dëfinilif. 
Ce  monstre  montra  une  audace  im- 
perturbable, et  se  défendit,  soit  en 
niant  ses  crimes,  soit  en  disant  qu'il 
ne  les  avait  commis  que  par  les  ordres 
du  comité  de  salut  public.  Il  feif^nit 
de  dormir  pendant  le  résume  de  l'ac- 
cusateur j  c'était  le  tableau  des  pkis 
horribles  forfaits  :  l'assurance  de  ses 
regards  farouches  inspirait  encore 
l'effroi  ;  tant  était  profonde  l'impres- 
sion que  son  nom  avait  faite  sur  tous 
les  esprits.  Il  fut  condamné  à  mort  le 
7  mai  1795,  et  était  âgé  de  quaranle- 
liuit  ans.  La  populace,  qui  lui  avait 
servi  d'appui ,  le  chargeait  de  malé- 
dictions :  a  Tu  n'as  pas  la  parole ,  » 
lui  disait-on,  par  allusion  à  ce  qu'il 
disait  lui-même  aux  malheureux  qui 
voulaient  se  justifier  :  «  Va ,  canaille, 
»  répliquait-il ,  chercher  tes  trois  onces 
»  de  pain  à  ta  section,  (i)  »  Une  dou- 
zaine de  ses  complices  furent  envoyés 
à  la  mort  avec  lui  ;  il  fut  exécuté  le 
dernier,  et  sembla,  pour  la  première 
fois , éprouver  quelques  remords;  on 
le  vit  pâlir  et  frissonner  dans  le  der- 
nier moment  de  sa  vie.  Il  avait  donné 
sa  justification  ou  défense  sous  ce  ti- 
tre :  Mémoire  pour  A.  Q.  Fouquier, 


(1^  A  cette  époque,  on  pouvait  à  ppine  avoir 
eeite  qnantitt^  de  pain  par  perionac  à  Tari»  i  en- 
core éUit-il  dâteilabie. 


FOU 

ex- accusateur  public  près  le  tribunal 
révolutionnaire  établi  à  Paris  ,  et 
rendu  volontairement  à  la  Concier- 
gerie le  jour  du  décret  qui  ordonne 
son  arrestation,  in-4°.  de  10  pages. 
Le  décret  qui  le  mettait  en  accusation 
est  du  14  thermidor  an  11  (  I*^  août 
1794).  B — u. 

FOUQUIEHES(jACQUEs),pcintrc 
de  paysages ,  élève  de  Josse  Montper, 
et  de  3.  Breughel,  dit  Breughel  de 
Felours  ,  s'était  fait  connaître  de 
bonne  heure  par  des  essais  dignes 
d'éloges  :  il  se  perfectionna  dans  le 
coloris  ,  en  travaillant  chez  ïiubens  , 
qui  l'employa  plus  d'une  fois  à  ter- 
miner les  fonds  de  ses  tableaux.  Louis 
XIII  l'appela  en  France  en  1621  , 
et  le  chargea  de  peindre  les  vues  des 
principales  villes  du  royaume;  mais, 
au  lieu  de  répondre  comme  il  le  devait 
à  ce  Icmcignage  d'estime ,  Fouquières 
ne  voyagea  que  pour  son  plaisir.  A 
peine  rapporta-t-il  de  ses  tournées 
une  douzaine  de  dessins  lavés  au 
bistre.  Ce  fut  en  vain  que ,  pour  ra- 
nimer son  zèle ,  le  roi  lui  donna  des 
lettres  de  noblesse;  rien  ne  put  lui 
rendre  le  goût  du  travail.  Après  avoir 
fait  à  la  hâte  un  petit  nombre  de  ta- 
bleaux pour  MM.  de  la  Vrillière  et 
d'Emery,  il  s'abandonna  entièrement 
à  la  paresse  ,  et  finit  par  mourii^ 
pauvre  et  méprisé  (chez  un  peintre,' 
nommé  Sylvain ,  qui  demeurait  fau- 
bourg St. -Jacques  j.  Son  anoblisse- 
ment lui  avait  inspiré  un  si  sot  or- 
gueil, que,  dans  la  crainte  de  déroger, 
il  ne  maniait  jamais  le  pinceau  sans 
avoir  l'épéc  au  côté.  Aussi  le  Poussin , 
qui  avait  eu  personnellement  à  se 
plaindre  de  ses  airs  de  grandeur,  ne 
l'appelait  -  il  que  le  baron  de  Fou- 
quières. Il  est  à  regretter  que  la  con- 
duite irrégulière,  et  la  vanité  ridicule 
de  Fouquières ,  l'aient  empêché  de 
produire,  dans  les  dciuicis  temps, 


FOU 

r<nis  les  beaux  ouvrages  qu'on  poqvait 
attendre  de  lui.  Il  avait  une  facilité 
rare  ;  sa  manière  tenait  un  peu  de 
celle  du  Titien.  Quelques  artistes  ont 
prétendu  qu'il  peignait  d'un  ton  trop 
vert,  et  qu'il  bornait  trop  ses  points 
de  vue.  Celte  critique  peut  être  fon- 
dée: mais  ceux-là  même  qui  l'adop- 
tent, reconnaissent,  avec  tous  les  pein- 
tres, qu'il  réussissait  singulièrement 
dans  l'imitation  exacte  de  la  nature  ; 
qu'il  excellait  dans  ce  que  les  hommes 
de  l'art  appellent  la  touche  des  arbres 
ou  le  feidller ;  et  qu'enfin,  le  dessin 
de  ses  figures  était  aussi  vrai  que  spi- 
rituel. Ou  a  beaucoup  gravé  d'après 
ce  maître,  et  il  a  lui-même  gravé  à 
l'eau-forte  un  bon  nombre  de  ses  pay- 
sages, Fouquières,  né  à  Anvers  en 
ijBo,  ne  mourut  point  en   1621  , 
comme  le  disent  plusieurs  écrivains. 
Il  est  reconnu  (i)  que  ses  démê!és 
avec  le  Poussin,  dont  il  était  jaloux, 
eurent  lieu  à  l'époque  où  ce  dernier 
venait  d'être  nommé  premier  peintre 
ordinaire  du  roi 5  or,  cette  nomina- 
tion du  Poussin  date  du   ao  mars 
1641.  Ce  fut,  d'ailleurs,  comme  on 
l'a  vu  plus  haut,  dans  le  cours  de 
l'année   1621  ,  que   Fouquières  fut 
appelé  à  Paris  ;  et  ses  ouvrages  faits 
au  Louvre    sont    une  preuve    qu'il 
vivait  encore  long-temps  après.  D'Ar- 
geriville,  les  auteurs  du  grand  Dic- 
tionnaire historique,  l'abbé  Ladvocat, 
D.  Pernetti ,  l'abbé  de  Fontenay,  et 
Ixiaucoup  d'autres  biographes,   pia- 
eent  ,   sans  hésiter  ,  la  mort  de  ce 
peintrç  en  lôSg;  nous  avons  plu- 
sieurs  raisons   de  croire,    en  efïèt, 
que  cette  date  est  exacte.  Fouquières 
avait  voyagé  en  Allemagne  et  en  Italie. 
Il  fit  un  grand  nombre  d'ouvrages 
pour  l'électeur  palatin,   qui  le  paya 
toujours  magnifiquement,  mais  sans 

(1)  Voyez  D.  FjSlibien,   Entretiens   tur  Ut  OU' 
■  «5e/  et  Içf  vies  des  ptu%trçf._ 


FOU  3G.^ 

jamais  pouvoir  renricliir.  C'était,  dit- 
on,  chez  Fouquières,  que  Philippe  de 
Champagne  avait  appris  les  principes 
de  l'art  de  peindre.  F.  P — t. 

FOUR.  (  Foj-ez  Dufour  et  Lon- 

GUERÙE  ). 

FOURCADE  (  Pascal-Thomas  ), 
né  à  Pau  en  1 769 ,  montra  dès  sa 
plus  tendre  enfance  une  imagination 
ardente ,  une  conception  facile  et  une 
mémoire  prodigieuse.  A  peine  cut-iî 
achevé  ses  études ,  qu'il  vint  à  Paris, 
La  révolution  commençait  aloi^s;  *ii 
s'enflamma  pour  elle ,  et  l'on  vit  plus 
d'une  fois  un  jeune  homme  de  vingt 
ans  haranguer  le  peuple  des  fau- 
bourgs ,  et  marcher  à  sa  tête.  Nommé 
en  1 795  consul  de  France  à  Saint- 
Jean-d'Acre ,  il  n'y  était  pas  encore 
rendu,  qu'il  reçut  une  autre  destina- 
tion ,  celle  de  la  Canée.  Il  y  arriva 
en  I  796,  et  ne  tarda  pas  à  adresser 
au  département  des  relations  exté-» 
rieures  divers  mémoires  ,  tant  sur 
l'île  de  Candie ,  en  général ,  que  sur 
celle  de  Cérigo  ,  qui  n'en  est  pas 
éloignée ,  et  que  la  mythologie  a  tant 
embellie  sous  le  nom  de  Cythère. 
Pendant  la  guerre  que  la  France  eut 
avec  la  Turquie ,  à  Tépoque  de  l'in- 
vasion de  l'Egypte  ,  il  fut  jeté  dans 
les  prisons  de  la  Canée,  et  indigne- 
ment traité  ,  puis  enfin  transféré  dans 
celles  de  Constanlinople,  où  son  sort 
parut  s'adoucir  j  car  il  s'y  trouva  au 
milieu  de  ses  compatriotes,  prison- 
niers comme  lui.  La  paix  faite ,  il 
revint  en  France;  et,  comme  un  ar- 
ticle de  notre  traité  avec  la  Porte 
stipulait  la  libre  navigation  du  pavillou 
français  dans  la  mer  Noire  ,  on  créa  , 
en  1802,  sur  les  côtes  asiatiques  de 
cette  mer,  trois  consulats  (  Sinope  , 
Héraclée  et  Trébizonde  ).  Fourcade 
fut  nommé  à  celui  de  Sinope.  Dans 
les  loisirs  quç  lui  laissait  sa  place,  lors 
de  la  reprise  des  bostifités  avec  l'Angle- 


36G  FOU 

terre,  il  fit  plusieurs  excursions  dans 
les  environs  de  sa  résidence.  Il  vi- 
sita toute  celte  partie  de  l'Analolie 
qui  repond  à  l'ancienne  Bithynie ,  à 
la  Paphlagonie  et  au  Pont  pole'mo- 
niaque  ,  contrées  dont  Tournefort  et 
Bcaucliamp  n'avaient  vu  et  décrit 
que  les  côtes.  Une  des  plus  intéres- 
santes de  ces  excursions  est  celle  qui 
le  conduisit  à  Tasch-Kouprou  ,  sur 
les  ruines  de  l'ancienne  Pompeïopolis, 
capitale  de  la  Paphlagonie  sous  les 
Romains.  Aucun  géographe  n'en  avait 
déterminé  avec  exactitude  la  position  ; 
d'Anville  lui-même  l'avait  placée,  dans 
ses  cartes  ,  à  20  lieues  trop  au  sud. 
La  table  de  Peutinger,  seule,  indiquait 
avec  justesse  la  situation  de  cette  ville, 
à  moitié  chemin  à-peu-près  de  Sinope 
et  de  Gangra;  et  c'est  bien  là  qu'est 
située  Tasch  Kouprou.  Mais  ces  tables 
ne  faisant  pas  autorité ,  l'emplacement 
de  Pompeïopolis  restait  indéterminé; 
et  nous  devons  à  une  inscription  dé- 
couverte par  Fourcade ,  à  Tasch-Kou- 
prou ,  de  connaître  la  véritable  posi- 
tion de  Pompeïopolis.  Le  giand  Mi- 
ihridafe  avait  d'abord  nommé  cette 
ville  Eupatoria,  du  nom  d'ETITA- 
TflP,  bojio  pâtre  natus ,  qu'il  por- 
tait avec  orgueil  ;  mais  la  fortune  de 
Pompée  fit  changer  ce  nom  d'£a- 
paioria  en  celui  de  Pompeïopolis, 
qu'elle  a  conservé  jusqu'à  l'époque 
désastreuse  de  l'envahissement  de 
ces  belles  contrées  par  les  Olho- 
mans,  qui  partout  ont  imposé  des 
noms  nouveaux  aux  lieux  même 
les  plus  célèbres  de  l'antiquité.  Le 
mémoire  que  Fourcade ,  à  son  retour 
de  Sinope  (i),  lut  à  la  i*^".  et  à  la 


(i)Son  •éjour  à  Sinope  fut  marqué  par  un  fâ- 
clieux  événement.  Assailli  à  quatre  pas  de  1»  mai- 
son contulâire  par  une  troupe  de  gen«  de  mer  qui 
débarquaient,  il  fut  laissé  comme  mort  «ur  la 
place.  Depuis  lors  il  ne  fit  (ilus  que  lanpiir.  Obli;;é 
.  de  quitter  Sinope  pour  prendre  les  eaux  de  Iladen 
en  Autriche  ,  il  toucha  à  la  Crimée  ,  descendit  à 
CaÛ«i  7  ftt  quel^t  léiMiriCt  vérifia  c|uc  cette 


FOU 

5«,  classe  de  l'Institut,  sur  celte  dé- 
couverte ,  y  excita  un  vif  intérêt.  Il 
a  été  inséré  dans  le  i4^.  volume  des 
Annales  des  Voyages ,  par  M.  Malle- 
Brun.  A  ce  mémoire  était  jointe  une 
carte  manuscrite  de  la  Paphlagonie, 
que  notre  voyageur  avait  dressée  lui- 
même  ,  et  qui  n'a  pas  encore  été  gra- 
vée. Quoiqu'il  soit  aisé  de  s'aperce- 
voir que  le  travail  de  cette  carte  est 
celui  d'une  personne  qui  n'a  jamais 
fait  une  étude  pratique  de  l'arpentage, 
cependant  la  géographie  profitera  des 
mesures  de  dislance  relative  qui  ont 
été  calculées,  la  montre  et  la  boussole 
à  la  mainj  elles  serviront  à  rectifier 
plusieurs  points  importants,  et  sur- 
tout le  cours  de  l'Amnias,  jusqu'ici 
mal  indiqué,  et  qui,  au  lieu  d'aller 
se  jeter  à  la  mer,  ainsi  que  le  croyait 
d'Anville ,  va  mêler  ses  eaux  à  celles 
de  l'Halys  ,  apiès  un  cours  de  4© 
lieues.  Trois  autres  mémoires  sur  l'as- 
pect physique  de  la  Paphlagonie,  sur 
Castambol  et  sur  les  antiquités  de  Si- 
nope, lus  également  à  l'Institut,  dé- 
terminèrent, en  1811  ,  celte  société 
savante  à  recevoir  Fourcade  au  nom- 
bre de  ses  correspondants.  L'aunée 
suivante,  il  fut  nommé  au  consulat 
général  de  Salonique.  En  y  arrivant 
au  mois  d'avril  181 3  ,  le  consul 
mandait  à  M.  Barbie  du  Bocage,  qu'il 
avait  trouvé  des  ruines  à  Novi- Ba- 
zar, à  Uscup ,  à  Oulchiterna ,  à  Sterae , 
et  à  Démir-Gapou,  près  de  l'Axius; 
mais  cette  partie  de  son  voyage  est 
restée  dans  ses  papiers.  Les  nom- 
breuses occupations  qui  l'assaillirent 
dans  ce  nouveau  poste ,  et  auxquelles 
son  activité  parut  d'abord  sufîire,  nt 
tardèrent  pas  à  miner  une  constitu- 

ville  était  réellement  située  sur  remplacement  d# 
l'ancienne  Tfaéodosir  ;  de  là  il  le  transporta  «nr 
le»  ruines  de  Panlicapée,  et  recneillit  sur  cette 
ancienne  capitale  du  Bosphore  «-immérirn  beaa- 
coup  de  notes  qui  ont  été  dernièrement  inséréM 
dans  la  traducli»n^lranvai»e  du  Vojas*  ^^  Clark» 
êu.  KiMsic. 


FOIT 
tîon  déjà  très  ajffaiblie  par  l'étude  et 
les  voyages.  Victime  de  son  zèle  qui 
lui  fit  braver  Tinsalubrite'  du  climat , 
il  mourut  d'une  dyssenterie,  le  ii 
septembre  i8i5.  Fourcade  avait 
beaucoup  d'esprit  naturel  ;  il  connais- 
sait les  langues  anciennes,  les  anli- 
quite's  ,  l'histoire ,  la  géographie  ,  la 
botanique  et  la  mine'ralogie  :  mais 
son  imagination  fougueuse  donnait 
à  ses  descriptions  une  teinte  pres- 
que romanesque,  qui  empêchait  d'y 
avoir  une  entière  confiance.  Il  s'oc- 
cupait aussi  de  poésie,  cl  il  a  fait, 
en  différentes  circonstances,  des  pièces 
de  vers,  qui  prouvaient  autant  de  fa- 
•ilite'  que  d'esprit.  A — R. 

FOURCROl  (BoNAVENTURE  de), 
avocat  au  parlement  de  Paris  ,  né  à 
Noyon  ,  mort  à  Paris  eu  1692,  fut 
très  considéré  de  son  temps.  11  n'était 
}>as  bon  poète;  aussi  Boileau  disait-il 
dans  un  distique  qu'il  n'a  pas  livré  à 
Fimpression  : 

Qtii  ne  liait  point  te«  vers,  ridicule  Maiiroi, 
Pourrait  bien  pour  <u  peine  aimer  ceux  de  tourcroi, 

Fourcroi  avait  des  poumons  redou- 
tables. Il  disputait  un  jour  contre  Mo- 
lière en  présence  de  Boileau,  qui  s'é- 
cria :  Qu'est-ce  que  la  raison  avec 
un  filet  de  voix  contre  une  gueule 
comme  celle-là?  On  a  de  Fourcroi  ; 
ï.  Sonnets ( au  nombre  dei^)à  M.  le 
prince  deConti  yVàris,  i65i,  in-4°. 
il.  Les  Sentiments  du  jeune  Pline 
sur  la  Poésie,  Paris,  1660,  in- 12. 
III.  Les  OEuvres  de  Barthelemi  Au- 
zanet^  avec  lequel  il  avait  travaillé 
long-temps  aux  arrêtés  de  M.  le  prési- 
dent Lamoignon.  L'éloge  d'Auzanet, 
qui  est  à  la  tête  de  ce  livre,  est  de 
Fourcroi.  IV.  Trois  discours ,  dans  les 
Recueils  de  l'académie  française.  V. 
De  V origine  du  droit ,  des  magistrats 
et  des  jurisconsultes  ;  les  lois  des 
douze  Tables;  de  la  signijication  des 
mots,   et  Içs   titres  des  cinquante 


FOU  567 

liifres  du  Digeste,  nouvelle  traduc- 
tion ,  a^^ec  notes ,  1 674 ,  in  -  ï  2-  H  €>t 
dit  dans  le  Carpentariana({ni\3iécnt 
pour  la  défense  des  droits  du  roij 
mais, ajoute  Charpentier,  «  je  ne  fais 
»  pas  grand  cas  de  son  ouvrage;  il  est 
»  trop  gros  ;  et  apparemment  il  en 
»  avait  été  bien  payé.  »  La  préface  des 
Questions  de  droit ,  par  Bretonnier  , 
contient  l'éloge  de  Fourcroi.  A.B. — ^t, 
FOURCROY  (Antoine-François 
de),  célèbre  chimiste ,  naquit  à  Paris, 
le  1 5  juin  i-jSS.  11  appartenait  àb 
même  famille  que  Bonaven^are  de 
Fourcroy  ;  mais  la  branche  'dont  îl 
descendait  était  pauvre.  Son  père, 
pharmacien  de  la  maison  du  duc  d'Or- 
léans, perdit  sa  charge,  et  le  droit 
d'exercer  son  état  à  Paris  ,  en  vetta 
de  certains  arrangements  que  deman- 
da la  corporation  des  apothicaires  ;  dt 
cet  événement  mit  sa  famille  dans  un 
état  très  voisin  du  besoin.  Le  jeune 
Fourcroy  serait  peut-être  tombé  dans 
le  désespoir,  si  Vicq-d'Azyr,  qui  con- 
naissait son  père ,  n'eiit  éié  frappe  de 
ses  dispositions,  eX  ne  l'eût  encouragé 
et  souteuu;  mais  la  protection  de  Vicq- 
d'Azyr  pensa  elle-même  lui  faire  un 
grand  tort  dans  une  circonstance  im- 
portante. Fourcroy  concourait  pour 
une  des  licences  gratuites  fondées  par 
le  docteur  Diest  à  la  faculté  de  méde- 
cine ,  en  faveur  de  l'étudiant  pauvre 
qui  les  mériterait  le  mieux.  L'aniiuo- 
sité  que  la  faculté  avait  conçue  contre 
Vicq-d'Azyr,  parce  qti'il  était  secré- 
taire de  la  société  royale  de  médecine 
qu'elle  regardait  comme  une  compa- 
gnie rivale ,  fit  repousser  Fourcroy  ; 
et  ce  jeune  homme  se  serait  vu  hors 
d'état  de  payer  les  frais  de  sa  récep- 
tion, et  d'obtenir  son  diplôme  de  mé- 
decin ,  si  la  société  royale  n'eût  fait 
une  collecte  en  sa  faveur  :  le  même 
esprit  de  parti  l'empêcha  d'être  admis 
sur  la  liste  des  docteurs  régents,  et 


^ 


56B  FOU 

d'acquérir  ainsi  le  droit  d'enseigner 
dans  les  écoles  de  la  faculté  j  mais  il 
trouva  bientôt  d'autres  occasions  de 
faire  preuve  de  talents.  Bucquct,  le 
professeur  de  chimie  alors  le  plus  cé- 
lèbre de  la  capitale  ,  en. fil  son  élève 
favori  ;  il  permit  quelquefois  qu'il  le 
remplaçât,  et  lui  prêta  même  un  Am- 
phithéâtre pour  faire  des  cours  particu- 
liers. L'éloquence  du  jeune  Fourcroy 
lui  procura  une  réputation  si  prompte 
et  si  générale ,  qu'à  la  mort  de  Mac- 
quer  arrivée  en  i  -^84,  BufiTonle  nom- 
ma à  laiftliaire  de  chimie  du  jardin  du 
roi.  Il  y'a  enseigné  pendant  plus  de 
vingt-cinq  ans  avec  un  talent  inimi- 
table ,  et  un  concours  d'auditeurs  pro- 
digieux. La  facilité,  l'éîégance  de  son 
langage,  son  abondance,  sa  chaleur, 
sa  clarté,  la  beauté  de  sa  voix  ,  la  vi- 
vacité de  sa  physionomie,  enchan- 
taient les  hommes  les  plus  étrangers 
à  la  chimie,  et  ont  infiniment  contri- 
bué à  en  répandre  le  goût,  non  seu- 
lemenlen  France,  mais  dans  toutes  les 
parties  du  monde  ;  car  des  élèves  de 
tous  les  pays  affluaient  dans  son  am- 
phithéâtre. Ce  qui  ajoutait  encore  à 
l'intérêt  de  ses  leçons,  c'est  le  soin 
qu'il  prenait  de  se  tenir  constamment 
au  courant  d'une  science  qui  était  alors 
à  l'une  de  ses  époques  les  plus  brillan- 
tes, et  où  les  découvertes  se  succédaient 
chaque  jour.  On  peut  prendre  une  idée 
des  améliorations  qu'il  faisait  à  ses 
cours  dans  les  différents  résumés  qu'il 
en  a  publiés.  Le  premier ,  intitulé , 
Leçons  d'histoire  naturelle  et  de 
chimie,  parut  en  1781,  en  2  vol. 
ia-8^.  11  en  donna  uneédilion  en  4  vol. 
en  1789,  une  de  5  en  1791J  mais 
l'ouvrage  s'étendant  toujours,  il  crut 
pouvoir  le  publier  sous  le  nouveau 
litre  de  Système  des  connaissances 
chimiques  y  et  de  leur  application 
aux  phénomènes  de  la  nature  et  de 
Uart,  en  G  vol.  in^"*?  ou  1 1  vol.  iu-S". 


FOU 

1801.  L'on  peut  regarder  ce  dernier 
livre  comme  la  tachygraphie  presque 
littérale  des  cours  de  Foiaxroy ,  tels 
qu'il  les  faisait  peu  de  temps  avant  sa 
mort;  et  c'est  aussi  le  tableau  détaillé  et 
à  peu  près  complet  de  ce  que  l'on  savait 
en  chimie  à  l'époqjne  où  il  parut.  Sa 
Philosophie  chimique  est  un  abrégé 
de  la  même  doctrine.  Les  faits  fonda- 
mentaux sur  lesquels  reposait  alors 
la  chimie ,  y  sont  rendus  en  style  apho- 
ristique,  propre  à  servir  de  guide 
aux  professeurs  ,  et  à  soutenir  la  mé- 
moire des  élèves.  Cet  ouvrage ,  impri- 
mé en  français,  en  1792,  «795, 
et  1806,  a  été  traduit  dans  presque 
toutes  les  langues ,  et  même  en  grec 
moderne  :  mais  les  sciences  naturelles 
font  aujourd'hui  des  progrès  si  rapi- 
des ,  que  les  traités  généraux  qui  les 
exposent  vieillissent  en  peu  d'années  , 
quelque  succès  qu'ils  aient  eu  à  leur 
apparition  ;  et  ceux  de  Fourcroy  n'ont 
pasécha|)péà  ce  sort  général.  Outre 
ceux  dont  nous  venons  de  parler  ,  il 
en  a  encore  donné  deux,  à  peu  près 
de  même  nature,  pour  les  écoles  vété- 
rinaires ,  et  pour  la  bibliothèque  des 
Dames;  et  il  a  inséré  beaucoup  d'ar- 
ticles de  chimie  dans  l'Encyclopédie 
méthodique  et  dans  le  Dictionnaire 
des  sciences  naturelles.  Mais  il  ne  se 
borna  point  à  servir  la  chimie  par  des 
cours,  ou  des  ouvrages  simplement  di- 
dactiques ;  et  il  ne  se  montra  pas  moins 
expérimentateur  infatigable  ,  qu'élo- 
quent professeur  ou  écrivain  fécond. 
Les  Annales  de  chimie  et  d'autres  jour- 
naux ,  ainsi  que  les  recueils  de  diverses 
sociétés  savantes ,  contiennent  plus  de 
cent  cinquante  mémoires  de  sa  com- 
position ,  roulant  tous  sur  des  expé- 
riences ou  des  vues  qui  lui  sont  pro- 
pres, et  qui  ,  s^ns  montrer  précisément 
l'originalité  ou  la  rigueur  des  Mémoires 
deCavcndish ,  ni  l'heureuse  sagacité  de 
ceux  de  La  voiler,  ont  cepcndanlfoui- 


FOU 

ni  à  la  science  beaucoup  d'accroisse- 
ments utiles.  On  peut  meltieau  nombre 
de  ses  travaux  les  plus  iiuportauts  la 
découverte  de  plusieurs  composes  qui 
détonnent  par  la  simple  percussion  ; 
celle  de  divers  procédés  propres  à  per- 
fectionner l'analyse  des  eaux  miné- 
rales, dont  il  a  donné  un  essai  remar- 
quable dans  son  Analyse  de  Veau 
sulfureuse  (VEnghieUy  un  vol.  in-S"., 
i''88;  celle  d'un  moyen  économique 
de  séparer  le  cuivre  de  l'étaira  :  il  a  f.àt 
aussi  de  longues  recherches  sur  les 
combinaisons  salines,  et  nommément 
sur  les  sels  triples  ammoniacaux.  Il  a 
encore  beaucoup  perfectionné  les  ana- 
lyses végétales,  et  a  surtout  donné  à 
la  partie  de  la  chimie  qui  concerne  les 
substances  animales  une  impulsion 
toute  nouvelle.  Ayant  été  chargé  de 
veiller  avec  Thouret  à  l'exhumation 
du  cimetière  des  Innocents  ,  il  obser- 
va que  plusieurs  cadavres,  au  lieu  de 
se  corrompre  et  de  se  dissoudre,  s'é- 
taient changés  en  une  sorte  de  subs- 
tance grasse ,  analogue  à  celle  qu'on 
nomme  blanc  de  baleine.  On  lui  doit 
la  découverte  que  les  calculs  de  la  vessie 
humaine  ne  sont  pas  tous  de  la  même 
nature,  et  qu'il  s'en  trouve,  dans  le 
nombre,  que  leur  composition  chi- 
mique permet  de  croiie  dissolubles. 
Le  défad  des  autres  faits  particuliers 
dont  il  a  enrichi  la  science ,  serait 
beaucoup  trop  long  pour  un  livre 
tel  que  celui-ci.  Les  autres  ouvrages 
de  Fourcroy  sont  :  L  Essai  sur  les 
maladies  des  artisans ,tvAd.  du  latin 
de  Bamazzini,  avec  notes  et  additions, 
1777,  in- 12.  n.  Une  édition  de  r£ra- 
tomologia  Parisiensis  de  Geoffroy, 
1787,  '1  vol.  in- 12.  m.  \,'Art  de 
connaître  et  d'employer  les  médi- 
caments dans  les  maladies  qui  atta- 
quent le  corps  humain ,  i  780 , 1  vol. 
iu-B".  IV.  Essai  sur  le  pJdo  gis  tique 
et  les  acides^  1788,  in-8'.  V.  La 

XV. 


FOU  5G9 

Médecine  éclairée  par  les  sciences 
physiques ,  «791  ,  4  vol.  in-8\  VL 
Procédés  pour  extraire  la  soude  du 
sel  marin  ,  179^,  in-4°.  .VIT.  Ta- 
hleaux  synoptiques  de  chimie^  1 800, 
i8o5,  in- fol.  atlanliq.  Vil.  Il  a  con- 
couru avec  I.avoisier ,  Beilholet  et 
Guy ton-Mor veau  ,  à  la  Méthode  de 
nomenclature  chimique  y  1  787,  in-S". 
Jusqu'à  la  révolution  ,  Fourcroy  s'é- 
tait borné  à  son  état  de  chimiste  et 
de  médecin  ;  mais  il  avait  eu  peu  de 
succès  dans  la  pratique.  Repoussé 
long-temps  ,  non  sans  injustice  ,  des 
principaux  corps  savants  ,  par  suite 
des  premières  querelles  qu'il  avait 
essuyées ,  sa  fortune  était  restée  fort 
au-tlessons  de  son  mérite ,  on  sorte 
qu'il  avait  conçu  de  l'aigreur  contre 
l'ordre  établi  :  aussi  se  hvra-t-il  avec 
chaleur  aux  espérances  que  firent 
naître  les  premiers  symptômes  de  celte 
grande  convulsion  politique.  Son  ta- 
lent pour  la  parole  lui  donna  du  suc- 
cès dans  les  assemblées  populaires  ;  et 
il  fut  nommé,  en  1792,  député  sup- 
pléant de  Paris  à  la  Convention  natio- 
nale. Le  hasard  voidut  qu'il  devînt  le 
successeur  du  trop  fameux  Marat. 
Ainsi ,  il  u'enli  a  dans  cette  assemblée 
qu'après  qu'elle  eut  consommé  le  plus 
grand  de  ses  ciimes.  Les  circons- 
tances, cl  le  parti  dans  lequel  il  se 
trouvait ,  engage  ,  lui  firent  prendre 
quelquefois  le  langage  grossier  des 
démagogues;  ce  qui  donna  iicu  de  lui 
supposer  une  part  active  à  quelques- 
uns  des  excès  de  cette  déplorable 
époque:  m;iis  il  est  aisé  de  voir,  dans 
les  journaux  du  temps,  qu'd  ne  traita 
jamais  à  la  ti  ibune  que  des  questions 
d'administiation  intérieure, et  surtout 
d'instruction  publique  ;  il  chercha  à 
préserver  de  la  destruction  les  établis- 
sements utiles  ,  et  à  rétablir  ceux  qui 
avaientétédétruits:  il  fit  mêmeappder 
près  du  comité  de  salut  public,  sous  pré- 


570  FOU 

texte  de  perfectionner  différents  procé- 
dés des  arts  nécessaires  pour  la  guerre, 
plusieurs  savants  qui ,  sans  celte  atten- 
tion ,  auraient  probablement  couru  les 
mêmes  dangers  que  tout  ce  que  la 
France  possédait  alors  d'illustre  :  mais 
il  ne  put  ou  n'osa  comprendre  Lavoi- 
sier  dans  sa  liste  ;  et  ce  grand  homme 
qui  appartenait  à  la  compagnie  des 
fermiers-généraux,  ne  fut  point  distin- 
gué de  ses  collègues  lors  de  l'assassinat 
juridique  qu'en  fit  le  tribunal  révolu- 
tionnaire. Quelques  envieux  accusè- 
îent  Fourcroy  de  n'avoir  pas  été 
étranger  à  ce  malheur  d'un  chimiste 
plus  célèbre  que  lui  ;  et  celte  odieuse 
imputation  empoisonna  le  reste  de  sa 
vie.  Nous  pouvons  assurer,  à  sa  dé- 
charge ,  que  nons  avons  fait  les  re- 
cherches les  plus  sérieuses  ,  sans  en 
avoir  pu  découvrir  la  moindre  preuve. 
Après  la  séparation  de  la  Convention , 
Fourcroy  fit  partie  du  conseil  des  an- 
ciens ,  d'où  il  sortit  par  le  sort  en 
1 798.  L'année  suivante ,  presque 
aussitôt  après  le  18  brumaire,  le  1**^. 
consul  l'appela  au  conseil  d'état ,  sec- 
lion  de  l'intérieur ,  où  il  est  resté  jus- 
qu'à sa  mort.  Il  y  fut  principalement 
employé  à  la  rédaction  des  règlements 
et  des  projets  de  loi  relatifs  à  l'ins- 
truction publique;  il  fut  même  nommé 
en  1801  à  la  direction  générale  de 
cette  partie  de  l'administratipn ,  sous 
l'autorité  du  ministre  de  l'intérieur. 
Les  travaux  administratifs  de  Four- 
croy ont  eu,  comme  ses  travaux  scien- 
tifiques, uue  très  grande  activité  pour 
caracière  principal  j  et  il  a  f«it  tout  ce 
que  l'on  peut  faire  avec  cette  qualité. 
On  doit  à  ses  soins  l'érection  des  trois 
écoles  de  médecine  de  Paris,  de  Mont- 
pellier et  de  Strasbourg;  celle  de 
douze  écoles  de  droit,  et  de  près  de 
trente  lyce'cs,  aujourd'hui  appelés 
collèges  royaux ,  tous  placés  dans  de 
grandes  villes.  Il  a  fait  relever  ou  éla- 


FOU 

blir  plus  de  trois  cents  collèges  com- 
munaux dans  les  villes  inférieures. 
Les  règlements  de  toutes  ces  écoles 
venaient  de  lui  ;  il  avait  à  leur  procu- 
rer, d'une  manière  ou  d'une  autre,  des 
revenus  suffisants;  il  préparait  les 
nominations  des  chefs  et  des  profes- 
seurs, et  jusqu'à  celles  des  boursiers. 
Ses  vues  en  ce  genre  eurent  de  la 
grandeur:  l'état,  selon  lui,  devait  l'ins- 
truction au  peuple  ;  et  s'il  eût  été  se- 
condé ,  il  n'aurait  rien  négligé  pour 
fonder  l'éducation  publique  de  ma- 
nière à  la  rendre  indépendante  de  l'é- 
tat des  finances  et  de  la  faveur  mo- 
mentanée du  gouvernement.  Mais  trop 
restreint  dans  ses  premières  études  ^ 
il  n'eut  peut-être  pas  des  idées  assez 
élevées  sur  ce  que  l'instruction  peut 
et  doit  être;  et  trop  gêné  par  les  pré- 
ventions de  son  maître  et  par  ses 
propres  relations  révolutionnaires  ,  il 
ne  put  pas  toujours  mettre  dans  ses 
choix  cette  rigueur  nécessaire  pour 
leur  concilier  la  confiance  publique. 
Il  fut  chargé  de  préparer  les  décrets 
sur  l'établissement  de  l'université  ;  et 
ce  travail  fut  pour  lui  la  source  de 
beaucoup  de  chagrins.  Après  l'avoir 
recommencé  vingt-trois  fois  avant  d'a- 
gréer au  chef  du  gouvernement,  il  se 
vit  frustré  de  l'est^oir  qu'il  avait  con- 
çu de  devenir  le  chef  de  ce  grand 
corps,  et  obligé  d'abandonner  la  di- 
rection de  l'instruction  publique, 
après  cinq  ans  d'exercice.  Quelque 
temps  après  ce  premier  désagrément, 
il  en  eut  un  second  qui  l'affecta  beau- 
coup aussi.  Des  dotations  ayant  été' 
données  à  presque  tous  les  conseillers 
d'élal,  il  ne  fut  point  compris  dans 
cette  distribution.  Il  avait  la  faiblesse 
d'attaclier  à  la  faveur  plus  de  prix 
que  ne  doit  y  en  mettre  un  savant  et 
même  un  véritable  homme  d'état.  La 
certitude  de  sa  disgrâce  acheva  ce  que 
les  inquiétudes  précédentes,  jointes  à 


FOU 
5CS  grands  travaux  ,  avaient  cora- 
ijieucë  ;  et  il  fut  frappe  d'iipoj)lexie 
le  16  décembre  1809,  à  l'âge  de  54 
nus ,  lorsque  tout  seinbLiil  encore  an- 
noncer en  lui  de  la  vigueur  et  de  lon- 
gues années.  C'est  en  l'honneur  de 
Fourcroy  que  Ventenat  a  donne  le 
nom  de  Furcrœa  à  VAgai^e  vivipara^ 
belle  plan  le  de  la  famille  des  liliacees , 
qui  se  trouve  dans  l'Amérique  espa- 
gnole. M.  Palissot  de  Beauvois  a  fait 
imprimer  un  Eloge  historique  de 
M.  Fourcroy  (1810)  in-4°.  L'éloge 
du  même  personnage  par  M.  Cuvier_, 
prononce  à  l'institut,  se  trouve  dans  les 
Mémoires  de  cette  compagnie  savante, 
et  encore  dans  le  Magasin  encycl. , 
1812,  tome  ir ,  page  l 'e.  C — v — r. 
FOURCROY  DE  R,iMECOUHT 
(  Charles-Rene  ) ,  ingénieur  ,  naquit 
à  Paris  le  19  janvier  17  1 5.  Destiné  à 
exercer  la  profession  de  son  père ,  avo- 
cat au  parlement ,  toutes  ses  études 
furent  dirigées  vers  ce  but  :  mais  un 
penchant  irrésistible  l'entraînait  vers 
les  sciences  ;  et  il  s*y  livrait  en  se- 
cret avec  une  telle  application  qu'il 
parvint  à  acquérir  en  peu  de  temps 
les  connaissinces  exigées  alors  pour 
entrer  dans  le  génie.  Après  un  exa- 
n\,en  très  brillant,  il  fut  admis  dans 
ce  corps  en  1755.  11  fit  toutes  les 
campagnes  de  la  guerre  de  1741  sous 
les  ordres  du  maréchal  d'Asfeid  ,  en 
fit  encore  trois  en  Allemagne  pendant 
la  guerre  de  sept  ans,  commanda  en 
1761  le  corps  des  ingénieurs  des 
côtes  de  Jiretague ,  et  se  trouva  en 
17G4  au  siège  d'Alméida  en  Portu- 
gal. La  paix  lui  ayant  permis  de  re- 
prendre les  études  du  cabinet ,  il  s'ap- 
pliqua avec  une  nouvelle  ardeur  à 
perfectionner  ses  connaissances  ;  et  il 
en  avait  dans  plus  d'un  genre.  Il  em- 
ployait quatoize  heures  par  jour  à 
faire  des  expériences ,  ou  à  en  dé- 
crire les  résultats.  Sa  modestie  Tem- 


FOU  371 

pécKait  de  publier  sous  son  nom  les 
fruits  de  son  travail  ;  mais  il  ne  put 
échapper  à  la  célébrité  qu'il  semblait 
craindre,  et  l'académie  des  sciences 
le  récompensa  des  services  qu'il  leur 
avait  rendus ,  par  une  place  d'associé 
libre.  D'autres  travaux  également  re- 
marquables par  la  sagesse  et  par  l'éten- 
due des  vues  lui  avaient  mérité  le 
grade  de  maréchal-de-camp.  11  fut 
employé  successivement  à  Calais  ,  en 
Roussillon,  en  Corse,  etc.  jusqu'à  ce 
que  le  comte  de  St. -Germain  ayant 
manifesté  en  1776  le  désir  d'attacher 
au  ministère  de  Ja  guerre  un  officier 
supérieur  du  génie  ,  Fourcroy  ab- 
sent fut  désigné  au  ministre,  par  tous 
ses  camarades ,  comme  le  plus  dignç 
de  remplir  cette  place  importante. 
En  la  quittant,  il  fut  nommé  direc- 
teur-général du  génie  :  il  mourut  à 
Paris  le  12  janvier  1791.  On  a  de 
lui  :  I.  VArt  du  tuilier- hriquetier  et 
celui  du  chaufournier  dans  le  Re- 
cueil des  Descriptions  publiées  par 
l'académie  des  sciences.  L'auteur , 
dans  ce  dernier  ouvrage  ,  donne 
de  grands  détails  sur  les  différentes 
espèces  de  pierres  propres  à  être 
converties  en  chaux,  et  il  indique  la 
Lorraine  comme  la  province  de  France 
qui  en  fournit  les  carrières  les  plus 
abondantes.  11.  Mémoire  sur  la 
fortification  perpendiculaire ,  Paris , 
1786,  in  -  4".  Il  a.  donné  cet  ou- 
vrage comme  le  résultat  de  ses  con- 
férences avec  plusieurs  oiÔciers  du 
génie.  111.  Plan  de  communication 
entre  V Escaut ,  la  Sambre,  l'Oise, 
la  Meuse ,  la  Moselle  et  le  Rhin  , 
pour  réunir  toutes  les  parties  in- 
térieures de  la  France.  IV.  Des 
Mémoires  dans  le  recueil  de  l'aca- 
démie des  sciences.  Ce  n'est  point 
à  ce  petit  nombre  d'ouvrages  que  se 
bornent  les  travaux  de  Fourcroy.  Les 
obsci'vatjpn^  microscopiques  (  Foj\ 

24.. 


Dcsessarts,  Siècles  litt.  de  la  Fran- 
ce )  ,  insérées  dans  le  Traité  du 
cceur,  (le  Sénac,  lui  appartiennent 
presque  entièrement.  Le  Traité  des 
•pêches  de  Duhamel  renferme  un 
grand  noralue  de  remarques  et  de 
descriptions,  que  son  séjour  sur  les 
cotes  l'avait  rais  à  portée  de  faire. 
Plusieurs  de  ses  expériences  et  de 
ses  observations  sur  les  bois  se  re- 
trouvent dans  les  ouvrages  de  Dn- 
bamel  :  enfin  il  q  enrichi  d'un  grand 
nombre  de  faits  et  de  réflexions  l'ou- 
vrace  de  Lalande5Mr  Zes  Marées. 
W— s. 

FOURCROY  DE  GUILLER- 
VILLE  (Jean*Louis  de),  frère  du 
précédent ,  naquit  à  Paris  en  1717, 
et  entra  dans  la  compagnie  des  ca- 
dets gentilshommes  à  Rochefort.  11 
partit  pour  St.  -  Domingue  avec  le 
grade  d*officier  d'artillerie,  et  de- 
meura vingt  ans  dans  cette  colonie. 
Pc  retour  en  France,  il  quitta  le  ser- 
Tice,  et  acheta  une  charge  de  con- 
seiller au  bailliage  de  Clermont- sur- 
Oise, La  révolution  le  priva  de  cet 
emploi  ;  mais  il  fut  nommé  juge  au 
tribunal  qui- remplaça  le  bailliage  ,  et 
mourut  à  Clermont  en  1 799.  On  a 
de  lui  :  L  Lettres  sur  Véducation 
physique  des  enfants  du  premier 
dge,  Paris,  1770,  in-8'\  Cet  ou- 
vrage est  le  résultat  des  observations 
îailcs  par  l'auteur  tant  à  St.- Domin- 
gue qu'en  France.  IL  Les  Enfants 
élevés  dans  V ordre  de  la  nature, 
ou  Abrégé  de  l'histoire  naturelle 
des  enfants  du  premier  dge  ,  à 
Vusage  des  pères  et  mères  de  fa- 
mille, Paris,  1774,  in- 12;  nou- 
velle édition,  1785,  in-  l'i.  Cet  ou- 
vrage estimable  a  été  traduit  en  alle- 
mand par  K.  F.  Cramer,  Lubeck, 
1781 ,  *?.  vol.  in-8°.  W-*-s. 

FOURIER  (Pierre),  réformateur 
dtis  chanoines  réguliers  de  Lorraine , 


FOU 

et  instituteur  des  religieuses  de  la  con- 
grégation du  même  ordre  ,  naquit  à 
Mirecourt,  le  i5  novembre  1 565, de 
parents  honnêtes  ,  mais  peu  avanta- 
gés des  biens  de  la  fortune.  Il  fil  ses 
éludes  à  Pont-à-Mousson ,  et  eut  pour 
maîtres  le  père  Bauni  et  le  fameux 
père  Sirmond.  Ses  progrès  furent 
remarqués  ,  surtout  dans  la  langue 
grecque  qu'il  se  rendit  extrêmement 
familière;  mais  ce  quile  distingua  plus 
encore  parmi  ses  condisciples,  ce  fut 
une  piété  rare  et  une  vie  exemplaire. 
Après  avoir  achevé  sa  philosophie , 
âgé  alors  de  20  ans,  et  résolu  d'entrer 
eu  religion,  il  se  présenta  chez  les 
chanoines  réguliers  de  l'abbaye  de 
Chaumousey  (  près  d'Epinal  ),  diocèse 
de  Toul ,  y  fut  reçu  en  1 585,  et ,  l'an- 
née suivante,  y  prononça  ses  vœux; 
après  quoi  il  retourna  à  Pont-à-Mous- 
son  pour  y  faire  sa  théologie.  Lorsque 
son  cours  d'études  fut  fini  et  qu'il  eut 
pris  les  ordres,  Fourier  revint  à  Chau- 
mousey ,  où  il  se  livra  tout  entier  à  ses 
exercices  de  piété,  et  s'asservit  scru- 
puleusement aux  devoirs  de  sa  règle. 
L'abbaye  de  Chaumousey  était  tombée 
dans  le  relâchement.  La  conduite  de 
Fourier  contrastait  trop  avec  celle  de 
ses  confrères  pour  clie  vue  de  b(yv 
œil  :  elle  lui  attira  des  mortifications 
qu'il  souffrit  patiemment,  et  qui  bien- 
tôt dégénérèrent*  eu  persécution.  Il 
avait  atteint  l'âge  de  trente  ans  lorsque 
ses  parents  songèrent  à  l'en  délivrer; 
ils  lui  firent  offrir  le  choix  entre  trois 
cures.  11  préféra  celle  de  MataincourI, 
parce  qu'elle  était  la  plus  pauvre  ,  et 
qu'il  y  av^it  plus  de  travail.  Le  dé- 
sordre s'y  était  introduit.  Ses  exhor- 
tations, et  suitout  son  exemple,  en 
eurent  bientôt  failli  paroisse  là  mieux 
réglée  et  la  plus  édifiante  du  diocèse. 
Il  ne  se  borna  point  à  ses  fonctions  de 
cuié.  Persuadé  que  des  mœurs  chré- 
tiennes ne  peuvent  être  que  le  produit 


FOU 

d'instructions  données  dès  Tenfance  , 
non  seulement  il  prit  chez  lui  des  en- 
fants qu'il  instruisait,  mais  il  songea 
à  former  une  association  dont  le  but 
lut  de  tenir  des  écoles  pour  les  jeunes 
filles.  Quelques  personnes  pieuses 
qu'il  dirigeait  ,  entrèrent  dans  ses 
vues ,  et  il  put  en  réunir  assez  pour 
former  une  première  maison.  Ayant 
communiqué  son  plan  à  l'évêque  de 
Toul,  et  au  cardinal  de  Lorraine,  légat 
du  St.-Siége  dans  les  trois  évêchés , 
ces  prélats  l'approuvèrent.  La  nouvelle 
congrégation  fut  établie  :  Paul  V  la 
confirma  par  des  bulles  ;  et  ces  utiles 
religieuses  ^e  répandirent  non  seule- 
ment en  Lorraine,  mais  en  France,  et 
jusqu'en  Amérique.  On  travaillait  en 
Lorraine  à  la  réforme  des  monastères. 
Déjà  la  plupart  de  ceux  de  St.-lieuoît 
s'étaient  réunis  en  une  congrégation  oîi 
refleurissait  la  règle  ,  et  qui  devait 
donner  à  l'érudition  des  hommes  cé- 
lèbres. L'ordre  des  chanoines  réguliers 
n'avait  pas  moins  besoin  d'une  apaélio- 
ration.  Dès  iSfjS ,  le  cardinal  de  Lor- 
raine avait  tenté  d'y  introduire  la  ré- 
forme, mais  sans  succès.  En  161  \ , 
Grégoire  XV,  par  des  lettres  du  10 
juillet ,  confia  le  soin  de  celle  œuvre  à 
Jean  de  Pori^elet ,  évêque  de  Toul.  Ce 
prélat  crut  ue  pouvoir  mieux  faire  que 
de  s'associer  Pierre  Fourier ,  qu'il  fi^, 
investir  de  l'auturiNation  nécessaire. 
C'est  avec  quatre  chanoines  réguUers 
et  deux  ecclésiastiques  pleins  de  zèle  , 
que  Fourier  commença  cette  grande 
entreprise,  et  qu'il  alla  dans  l'abbaye  de 
Sainte-Marie  de  Ponî-à-Mousson,  or- 
dre de  Prémontré  ,  jeter  les  premiers 
fondcraenls  de  sa  congrégation  ,  sous 
Je  nom  de  Notre-Sauvcur.  Après  s'y 
être  préparés  par  trois  mois  d'exer- 
cices spirituels  ,  tous  y  prirent  l'habit 
du  nouvel  institut,  le  2  février  i6-23  : 
peu  de  temps  après ,  ils  se  rendirent 
g  l'djibaye  ci^  Sir Rçwi  de  i^unçvillç  j 


FOU  57  J 

préparée  à  cet  effet ,  où  ils  firent  leur 
noviciat;  et  le  u5  mars  1624,  ils  pro- 
noncèrent leurs  vœux,  suivant  les  sta^ 
tuts  de  la  réforme,  entre  les  mains  du 
prieur.  Un  bref  d'Ui  bain  VIII,  du 
20  novembre,  approuva  cette  insti- 
tution ,  dont  l'enseignement  était  un 
des  devoirs  ,  et  qui  fut  ensuite  con- 
firmée par  des  bulles.  En  moins  de 
quatre  ans  ,  huit  ou  neuf  maisons  s'y 
réunirent.  Le  premier  chapitre  général 
se  tint  en  1629;  et  le  père  Is'icolas 
Guinet ,  religieux  rempli  de  vertus  , 
quoi([ue  très  jeune  ,  fut  élu  général, 
Fourier  avait  différé  ses  vœux  ,  de 
crainte  que  le  choix  ne  tombât  sur 
lui;  mais  Guinet  étant  mort  trois  ans 
après,  de  la  peste  qu'il  avait  gagnée  en 
confessant  une  personne  qui  en  était 
attaquée ,  Fourier  fut  élu  d'une  voix 
unanime,  le  20 août  i633,  et  obligé, 
malgré  sa  résistance  ^  d'accepter  cette 
dignité,  Elle  ne  lui  fit  rien  changer 
dans  sa  manière  de  vivre  :  toujours 
aussi  pauvre ,  aussi  bumble,  aussi  dé- 
taché des  choses  du  monde,  il  ne  s'oc- 
cupa que  des  moyens  d'affermir  sa 
nouvelle  congrégation,  et  de  la  rendre 
utile.  Le  roi  de  Fiance  s'étant  empare 
de  la  Lorraine  ,  en  1 63\  ,  ei  le  pays 
se  trouvant  couvert  de  troupes,  Fou- 
rier fut  obligé  d'aller ,  avec  les  siens, 
chercher  un  asile  à  Gray,  en  Franche- 
Comté,  pour  y  rester  jusqu'à  U  paix. 
Il  y  tomba  malade  et  y  mourut  le  9  no- 
vembre 1640,  âgé  de  75  ans.  Le  car- 
dinal de  Bérulle  disait  de  lui ,  quU 
ny  avait  aucune  vertu  dont  il  n^eût 
été  le  modèle.  Son  corps  fut  trans- 
porté à  Mataincourt,  où  il  devint  l'objet 
de  la  vénération  publique.  Pierre  Fou« 
rier  a  été  béatifié  par  des  bulles  du 
29  janvier  i65o.  li  est  auteur  des  Sta- 
tuts  des  deux  congrégations  qu'il  a  ins- 
tituées. \\  avait  commencé  un  traité 
des  devoirs  des  ecclésiastiques  chargés 
4il  çpin  des  paroisses ,  spus.  le  tjtrç  4ç 


074  FOU 

Pratique  des  Curés;  mais  il  ne  rache- 
va  point.  Ses  confrères  ont  recueilli 
ses  Lettres  j  qui  pourraient  former 
trois  volumes  in-fol.  Elles  n*oiit  point 
été  imprimées  ;  mais  sa  vie  a  été  publiée 
par  J.  Bedel,  Paris,  1 645,  in-8°.,  i  (366, 
in-i2,  souvent  réimprimée;  traduite 
en  latin  ,  Augsbourg ,  i658 ,  in-8**.  ; 
retouchée  (  Foj'.  Bouette  de  Ble- 
MUR);par  leP.  Friaut,Nanci,  1746, 
in-12;  en  latin ,  sous  le  titre  d'Imago 
boni  parochi ,  seu  acta  parochialia 
Pétri  Forreriij  Nanci,  1 731,  in-8^., 
etc.  L'histoire  de  l'établissement  de  sa 
congrégation  a  été  écrite  par  le  P. 
D'Origny,  jésuite,  Nanci,  1719,  in- 
J2,  et  plus  au  long  sous  le  titre  de 
Conduite  de  la  Providence ,  etc. ,  par 
•X.  G.  Bernard,  Toul ,  J73'2,  2  vol. 
in -4^-  L — Y. 

FOURMONT  (Etienne),  l'un  des 
plus  laborieux  érudits  du  commence- 
ment du  1 8".  siècle ,  naquit  en  i683, 
à  Herbelay ,  près  Saint-Denis  :  son 
père  exerçait  ,  dans  ce  village ,  les 
fonctions  réunies  de  chirurgien  et  de 
procureur-fiscal.  Le  curé  du  lieu  fut 
le  premier  instituteur  de  cet  homme 
dont  les  vastes  connaissances  devaient 
faire  un  jour  l'étonnement  du  monde 
savant.  Devenu  bientôt  orphelin  de 
père  et  de  mère,  il  fut  accueilli  à  Paris 
par  un  oncle,  bon  humaniste,  qui  l'en- 
voya au  collège  Mazarin.  f^e  jeune 
Fourmont  s'y  distingua  bientôt  par 
son  assiduité ,  les  qualités  de  son  cœur, 
(Bt  surtout  par  une  prodigieuse  mé- 
moire; faculté  précieuse  quand  l'exer- 
cice en  est  dirigé  de  bonne  heure  vers 
des  objets  utiles.  11  n'avait  que  '25  ans 
quand  il  publi»  ses  Racines  de  la 
langue  latine  mises  en  vers  français , 
Paris,  1706,  in-i'2.  (  Fox*  Suère- 
DuPLAN.)Ce  premier  ouvrage  eut  tout 
le  succès  que  l'auteur  pouvait  se  pro- 
mettre d'un  livre  de  ce  genre.  Après 
avoir  fait  sa  rhétorique,  il  entra  au 


FOU 

séninaire  où  i!  prit  le  degré  de  maîtrc- 
cs-arts.  L'étude  de  la  théologie  -vint 
ensuite  l'occuper;  et  ce  fut  elle  qui 
commença  à  tourner  son  attention  sur 
les  langues  orientales.  La  littérature 
p;recque  était  pourtant  encore  l'objet 
favori  de  ses  travaux  :  après  avoir 
Consacré  les  heures  du  jour  aux  diffé- 
rents exercices  de  la  communauté  au 
milieu  de  laquelle  il  habitait ,  il  déro- 
bait au  sommeil  le  temps  nécessaire 
pour  la  lecture  d'flomère,  de  Sopho- 
cle et  d'Anacréon.  Cette  irrégularité 
d'un  genre  nouveau  ne  semblait  pas 
devoir  jamais  être  contagieuse  :  elle  at- 
tira néanmoins  à  Fourmont  l'animad- 
version  du  supérieur,  qui ,  après  avoir 
vainement  essayé  d'arrêter  ce  zèle  im- 
modéré pour  l'étude ,  se  vit  forcé  de 
le  punir  en  excluant  le  jeune  savantdc 
la  maison  qu'il  régissait.  Celui-ci  se 
retira  alors  au  collège  de  Montaigu  , 
où  il  occupa  une  chambre  qui  avait 
été  celle  d'Erasme;  circonstance  qui 
contribua  peut-être  à  hâter  ses  succès  1 
en  excitant  son  émulation.  11  fut  bien-  * 
tôt  rejoint,  dans  cette  retraite,  par 
l'abbé  Sevin  ,  son  compagnon  d'étu- 
des ,  sorti  du  séminaire  par  les  mêmes 
motifs;  et  tous  deux  travaillèrent  a  une 
traduction  d'Anacréon,  accompagnée 
de  notes  destinées  à  rétablir  le  texte 
dans  les  endroits  où  ils  le  supposaient 
corrompu.  Poursuivant  en  même 
temps  ses  études  hébraïques,  Four- 
mont traduisit  le  commentaire  du  ra- 
bin  Aben-Esra  sur  VEcclésiaste.  11 
annonça  la  publication  de  cette  tra- 
duction et  dequelquesautresdu  même 
genre  dans  le  Journal  de  Trévoux  de 
1 7 1 0  ;  mais  ce  projet  paraît  être  resté 
sans  exécution.  Peu  de  temps  après , 
Fourmont  passa  au  collège  de  Navarre, 
puis  à  celui  d'Harcourt,  dont  le  pro- 
viseur, M.  Louvancy,  lui  confia  l'en- 
seignement des  boursiers.  Il  fut  aussi 
chargé  de  veiller  à  l'cducâtion  des  en- 


FOU 

fants  du  duc  d'Antin  :  les  soins  qu'il 
leur  prodigua,  furent  la  source  de  la 
bienveillance  que  ce  seigneur  lui  porta 
toujours,  et  qui  tourna  ,  par  la  suite  , 
au  profit  de  la  littérature  chinoise. 
Tandis  qu'il  consacrait  ainsi  une  partie 
de  son  temps  à  transmettre  aux  autres 
les  connaissances  qu'il  avait  déjà  ac- 
quises ,  Fourmonl  ,  toujours  avide 
d'apprendre,  s'appliquait  à  l'étude  du 
droit ,  et  se  fit  recevoir  avocat  ;  Fréret 
ajoutemême  qu'il  étudia  aussi  en  mé- 
decine. Mais  revenant  bientôt  à  une 
carrière  qui  lui  convenait  mieux  ,  il 
fut  associé  par  l'abbé  Bignon  à  quel- 
ques autres  savants  que  ce  célèbre  bi- 
bliothécaire faisait  travailler  à  des  ex- 
traits, pour  en  composer  un  ouvrage 
dans  le  goût  de  la  Bibliothèque  de 
Hiotius.  Un  incident  heureux  pour  les 
lettres  vint  arracher  Fourmont  à  ce 
travail  aride.  Un  jeune  lettré,  nommé 
Hoamge  ou  Hoangji,  avait  étéamené 
de  la  Chine  en  France  ,  par  l'évêque 
de  Rosalie.  Ou  voulut  profiter  de  cette 
circonstance  pour  rendre  enfin  l'étude 
du  chinois  accessible  aux  savants 
d'Europe  •  et  Fourmont  fut  chargé  de 
diriger  ce  Chinois  dans  la  rédaction 
des  ouvrages  qu'on  lui  demandait, 
c'est-à-dire,  d'un  dictionnaire  et  d'une 
grammaire.  Depuis  ce  moment,  il  ne 
cessa  plus  guère  de  s'occuper  d'une 
langue  que  le  défaut  absolu  d'ouvrages 
élémentaires  avait  rendue  jusqu'alors 
la  plus  difficile  de  toutes  les  langues 
orientales.  Deux  ans  après  (  en  1 7 1 3  ) , 
BaudelotdeDairval ,  de  l'académie  des 
belles-lettres,  se  trouvant  avoir  le 
droit ,  conformément  aux  usages  aca- 
démiques de  ce  temps-là,  de  se  choisir 
un  élèi^e,  jeta  les  yeux  sur  Fourmont 
à  son  insu  ;  et  l'académie,  en  applau- 
dissant à  son  choix,  voulut  même  que 
le  récipiendaire  fût  exempté  du  céré- 
monial. En  1 7 1 5 ,  la  chaire  d'arabe  du 
collège  Royal,  étant  venue  à  vaquer 


FOU  073 

par  la  mort  de  Galland ,  Fourmont  fut 
nommé  pour  la  remplir;  et  cette dis- 
tmction  bien  méritée  lui  en  valut  une 
autre  :  l'académie  ne  jugea  pas  qu'un 
professeur  royal  de  ce  mérite  pût  con- 
venablement rester  au  nombre  des 
élèves  ;  elle  le  fit  passer  avant  son  rang 
dans  la  classe  des  associés.  L'année 
suivante  Hoamge  mourut  et  laissa  pour 
tout  secours ,  à  son  collaborateur  , 
quelques  essais  de  traductions,  et  de 
petits  vocabulaires  fort  imparfaits.  Un 
si  médiocre  héritage  eût  découragétout 
autre  que  Fourmont  :  son  zèle  ne  fit 
que  redoubler.  Une  gratification  que 
le  duc  d'Orléans  ,  régent ,  attacha  à 
la  continuation  des  travaux  sur  le  chi- 
nois ,  fit  un  devoir  au  savant  acadé- 
micien ,  de  ce  qui  était  déjà  pour  lui 
un  plaisir.  11  crut  donc  pouvoir  entre- 
prendre seul ,  et  à  Paris ,  «n  ouvrage 
qui  avait  paru  téméraire  aux  plus  ha- 
biles missionnaires,  au  milieu  des  se- 
cours littéraires  de  laChinej  et  la  suite 
fit  voir  qu'il  n'avait  pas  trop  présumé 
de  ses  forces,  quoiqu'il  n'ait  peut-cire 
pas  assez  mesuré  l'étendue  de  ses  pro- 
jets sur  la  durée  de  la  yie  humaine. 
Dès  1 7 1 9 ,  il  fit  connaître ,  et  cela  pour 
la  première  fois  eu  Europe,  les  214 
caractères  élémentaires  que,  d'après 
lui,  on  a  nommés  clefs,  parce  que, 
dans  le  système  le  plus  généralement 
répandu  à  la  Chine ,  ils  forment  la  base 
de  l'écriture,  et  tiennent,  sous  ce  rap- 
port ,  heu  des  lettres  dans  les  langues 
alphabétiques.  Il  s'occupa  ensuite  de 
la  composition  d'une  grammaire  et  de 
cinq  dictionnaires  (ij  ,  qui  devaient 
former  dix-septvolumes  in-folio.  Pour 
l'impression  de  ces  ouvrages,  il  faisait 
graver,  aux  frais  du  roi,  plus  de  cent 
mille  types,  revoyait  les  calques,  ran- 
geait les  bois  et  en  corrigeait  les  épreu- 


(t^  Voyei  le  Plan  d'un  Dictionnaire  chinoif^ 
publié  par  rauteur  de  cet  article,  farte,  i8i4, 
in-S"». ,  png.  17  et  18. 


37<3  FOU 

vos.  Tout  cela  supposait  sans  dôule 
une  connaissance  assiz  approfondie  de 
la  langue  chinoise  ,  ou  du  moins  du 
inëoanisme  de  son  ccrituic.  Cepen- 
dant quelques  personnes,  prévenues 
de  l'idée  que  les  di(Ticultés  du  chinois 
étaient  insurmontables  ,  juî^ëient  dé- 
favorablement de  travaux  qu'elles  ne 
connaissaient  pas  ,  et  se  refusèrent 
même  à  un  examen  queFourmont  ne 
cessait  de  réclamer.  Cette  injustice 
l'affligea  sensiblemenJ:  ,  et  l'eloigna 
même,  pour  un  temps,  de  ce  genre 
tl'études  auquel  il  avait  déjà  rendu  et 
pouvait  rendre  encore  de  si  grands 
services.  Il  dut  trouver  quelque  dé- 
dommagement dans  une  distinction 
flatteuse  dont  il  fut  l'objet  vers  cette 
cpoque.  Le  czar  Pierre  envoya  à  l'a- 
cadémie un  rouleau  d'éciilure  que 
quelques  soldats  russes  avaient  trouvé 
dans  un  tombeau  tartare^el  l'acadé- 
mie s'adressa  à  Fourmont  comme  au 
seul  savant  qui  pût  faire  connaître  le 
contenu  de  ce  rouleau.  A  la  première 
vue  ,  il  y  reconnut  les  caractères  et  la 
langue  du  ïibet;mais  il  n'avait  pour 
tout  secours  qu'un  petit  dictionnaire 
latin-tibetain  fort  abrégé.  Réduit  à  ce 
moyen  insuffisant,  il  s'efforça  de  tra- 
duire le  rouleau ,  en  se  faisant  aider 
de  son  frère,  Michel  Fourmont  ;  et 
celle  traduction  fut  insérée  par  Bayer 
dans  la  préface  dt-  son  Muséum  sini- 
cutn.  Quelques  savants  allemands  ont 
accusé  Fourmont  d'erreurs  graves  à 
ce  sujet  ;  M.  Langlès  a  entrepris  sa 
justification  ,  et  y  a  réussi  en  partie, 
jNéanmoius  il  est  vrai  de  dire  que  la 
traduction  de  Fonrm«nt  ne  saurait 
cire  exai te,  puisque  la  lecture  seule 
offre  des  mots  mal  coupés,  dos  mé- 
prises de  lettres ,  tt  qu'une  grande 
partie  des  mots  du  morceau  en  ques- 
tion ne  se  irouvcnt  pas  dans  le  seul 
vocabulaire  qu*il  ait  eu  entre  les  maius. 
UicD  4u  reste  n'est  plus  insignifiant 


FOU 

qiic  les  éloges  donnés  à  FourmODt, 
ainsi  que  les  critiques  hasardées  sur 
son  interprétation  du  rouleau  ,  par  le 
P.  Gior^i,  qui  ne  connaissait  pas 
même  l'aljjhabet  tibétain  ,  et  ne  pou- 
vait conséquemmentêtre  ju^ed»*  l'exac- 
tituded'unctraduction.M.deKIaproth 
a  fait  davantage  pour  l'honneur  du 
savant  Français,  en  se  bornant  à  prou- 
ver que  le  travail  de  Fourmont ,  tel 
qu'il  était,  lui  appartenait  en  propre, 
et  que  l'iui perfection  qu'on  y  observait 
tenait  uniijuement  à  l'insufiisance  des 
moyens  dont  il  avait  fait  usage.  Eu 
1 728,  la  grammaire  chinoise  était  ache- 
vée; l'auteur  l'avait  d'abord  écrite  en 
français ,  et  y  avait  réuni  tous  les  docu- 
ments nécessaires  pour  apprendre  le 
chinois, depuis  les  éléments  de  l'écri- 
ture jusqu'aux  règles  de  la  syntaxe.  Il 
eût  voulu  la  publier  dès-lors  :  mais 
les  caractères  dont  il  avait  entrepris  la 
gravure  n'étaient  pas  encore  terminés  ; 
et  malgré  la  bonne  volonté  que  le  duc 
d!Antin  et  l'abbé  Bignon  témoignaient 
toujours  à  Fourmont ,  beaucoup  de 
gens  s'opposaient  encore  à  la  publica- 
tion de  son  ouvrage,  sous  prétexte 
qu'on  ne  pouvait  juger  du  mérite 
d'une  grammaire  chinoise  en  France, 
où  personne  ne  savait  le  chinois.  Ces 
personnes  pensaient  qu'avant  d'en 
commencer  l'impression,  il  fallait  en- 
voyer le  manuscrit  aux  missionnaires 
de  la  Chine  ,  on  bien  à  Rome,  pour  le 
faire  examiner  par  le  P.  Fouquet.  Sur 
ces  entrefaites,  le  P.  Prémare,  qui 
était  depuis  long-temps  en  correspon- 
dance avec  Fourmont ,  lui  adressa  sa 
Nolitia  Ihiguœ  sinicœ ,  qu'il  avait 
composée  à  la  Chine,  en  même  temps 
que  son  docte  ami  itidigeait  la  sienne 
en  Europe.  Cet  envoi ,  annoncé  plu- 
sieurs mois  d'avance  à  Fourmont,  le 
força  à  prendre  quelques  précautions 
pour  ne  pas  perdre  tout  le  mérite  de 
sou  travail.  Il  déposa  à  la  bibliolhcque 


FOU 

du  roi  son  manuscrit,  bien  et  dû- 
ment paraphé  par  l'abbé  Bignon  ;  et 
quand  la  Nolilia  du  savant  jésuite 
fut  arrivée,  il  fit  uue  comparaison 
détaillée  des  deux  ouvrages ,  et  s'ef- 
força d'établir  la  supériorité  du  sien. 
Sans  partager,  sous  ce  rapport,  Topi- 
iiion  de  Fouruiont,  nous  croyons 
qu'il  n'a  rien  emprunté  de  l'ouvrage 
du  P.  Prémare ,  et  qu'il  est ,  à  cet 
égard,  à  l'abri  du  reproche  de  pla- 
giat. Ce  furent  apparemment  les  bruits 
désavantageux  auxquels  il  se  trou- 
vait exposé,  qui  l'éloignèrent  encore 
une  fois  de  la  littérature  chinoise ,  et 
portèrent  son  attention  vers  d'autres 
matières.  En  effet ,  il  publia  ,  à  cette 
époque ,  ses  Réflexions  critiques  sur 
les  histoires  des  anciens  peuples 
(  Paris,  1755,  2  vol.  in-4'*.  ),  ou- 
vrage rempli  d'érudition,  mais  dé- 
pourvu de  critique  et  de  méthode  ,  et 
dans  lequel  les  étymologies  les  plus 
hasardées  servent  de  base  à  des  sys- 
tèmes aussi  incertains  qu'ils  sont  pré- 
sentés avec  confiance  par  leur  auteur. 
L'auteur  prend  pour  base  le  fragment 
de  Sanchoniatlion,  conservé  par  Eu- 
sèbe;  il  le  commente,  et  en  rapproche 
les  détails  des  traditions  grecques  et 
des  généalogies  des  livres  saints.  Il  y 
démontre,  à  sa  manière >  que Chronos 
(  dontles  anciens  ont  fait  Saturne  )  n'est 
autre  qu'Abraham.  Passant  ensuite  à 
l'examen  des  questions  sur  la  chrono- 
logie des  anciens  peuples ,  il  cherche 
à  accorder  entre  eux  les  canons  des 
rois  d'Egypte,  d'Assyrie,  les  patriar- 
ches, et  jusqu'aux  empereurs  de  la 
Chine ,  dont  le  second  volume  offre 
une  bonne  liste,  en  caractères  origi- 
naux. Peut-être  serait-il  permis  de  dire 
que  cette  hsie  seule  donne  quelque  mé- 
rite à  cet  ouvrage ,  dont  la  lecture  n'offre 
aucun  résultat  satisfaisant.  Kevenant 
bientôt  à  ses  éludes  chéries,  Fourmont 
«e  décida ,  en  1 757 ,  à  détacher  dt;  soy 


FOU  577 

travail  la  partie  de  sa  grammaire  qui 
traitait  de  la  lectine,  et  à  la  publier 
en  latin  ,  sous  le  titre  de  Meditationes 
sinicœ  {'\\\-Îq\.),  On  peut  reprocher  à 
ce  livriî  une  assez  grande  obscurité  de 
style,  jointe  à  beaucoup  de  désordre 
dans  l'exposition  des  faits  ;  mais  ce 
n'en  est  pas  moins  l'un  des  meilleurs 
ouvrages  qui  aient  été  composés  en 
Europe  sur  la  littérature  chinoise. 
L'année  suivante,  un  jésuite  nommé 
Guigne,  qui  revenais  delà  Chine,  fut 
chargé,  par  le  duc  d'Antin,  d'exami- 
ner la  grammaire  chinoise.  On  voit , 
par  l'examen  qui  est  reste'  manuscrit, 
que  Guigne  avait  apportée  ce  travail 
beaucoup  de  préventions  défavorables; 
mais  que  ces  préventions,  se  dissipant 
à  mesure  qu'il  avançait  dans  la  lec- 
ture de  l'ouvrage,  ne  lui  laissèrent, 
en  le  terminant ,  qu'inie  grande  admi- 
ration pour  son  auteur.  11  ne  bissa 
pourtant  pas  d'y  remarquer  nu  très 
grand  nombre  d'nicorrections ,  qui 
eussent  été  autant  de  taches  dans  la 
Qrammatica  sinica ,  si  Fourmont  ne 
se  fût  hâté  de  les  faire  disparaître. 
Enfin,  en  1742,  parut  ce  dernier 
ouvrage ,  fruit  de  plus  de  vingt  années 
d'un  travail  assidu.  On  a  reproché  à 
Fourmont  d'avoir  Uni  usage  d'une 
méthode  peu  appropriée  au  génie  sim- 
ple de  la  langue  chinoise  ;  mais  on  eût 
dû  faire  attention  qu'il  ne  s'était  pas 
proposé  d'y  donner  les  règles  du  style 
des  livres  ,  mais  de  la  langue  manda- 
rinique  ou  parlée.  Sous  ce  rapport,  la 
Grammatica  sinica  peut  être  un  su- 
jet d'étonuement  :  il  est  impossible  que 
Fourmont  ait  deviné  les  règles  qu'il  en- 
seigne jet  il  doit  avoir  puisé  une  foule  de 
documents  importants  dans  des  sour- 
ces qui  ne  nous  sont  pas  connues  (i). 


(1)  La  publication  du  livre  du  P.  Varo,  inti- 
tulé ,  Arte  de  la  lengita  maritlarina ,  et  dont 
la  première  édition,  imprimera  Canton  en  i7o3, 
est  extrêmement  rare  en  Europe  ,  fera  voir  quelle 
«»l  la  source  où  r  ourmout  d  pi  jncipalcmeut  pu  sj» 


3:8  FOU 

Le  catalogue  des  livres  cLinoîs  de  la 
bibliothèque  du  roi ,  qui  avait  déjà  été 
public  dans  le  T^".  volume  du  Cata- 
lopis  cod.  mss.  reg. ,  mais  sans  ca- 
ractères chinois ,  est  réimprimé  à  la 
suite  de  la  Grammatica ,  et  offre  les 
titres  des  livres  en  chinois.  C'est  en- 
core un  travail  estimable ,  malgré  ses 
imperfections  ;  et  il  est  à  regretter  qu'd 
n'ait  pas  été  continué  pour  les  nouvel- 
les acquisitions  que  cette  bibliothèque 
a  faites  en  livres  chinois  et  mandchous. 
Les  anciennes,  consistant  en  plus  de 
200  volumes  indiens,  et  près  de  4ooo 
volumes  chinois,  sont  dues  aux  rela- 
tions que  Fourmont  entretint  toujours 
avec  les  plus  habiles  missionnaires  des 
Indes  et  de  la  Chine.  Fourmont  ne 
survécut  pas  long-temps  à  la  publica- 
tion de  sa  grammaire.  Dès  1740»  il 
avait  eu  une  première  attaque  d'apo- 
plexie, qui  se  renouvela  trois  ans 
après.  Il  mourut  le  18  décembre 
174^»  ^g^  seulement  de  soixante- 
deux  ans.  Il  ne  laissa  point  d'enfants 
de  deux  mariages  qu'il  avaitconlractés. 
Fourmont  avait  été  agrégé  à  la  société 
royale  de  Londres  en  1758,  et,  en 
1745,  à  l'académie  de  Berlin.  On  ne 
peut  lui  contester  d'avoir  eu  une  im- 
mense érudition  ,  fondée  sur  la  con- 
naissance solide  de  presque  toutes  les 
langues  de  l'Asie  et  de  l'Europe.  Mais 
à  en  juger  par  ceux  de  ses  ouvrages  où 
il  se  fait  le  mieux  connaître ,  il  n'eut  ni 
celle  aménité  qui  fait  aimer  le  savoir, 
ni  cette  modestie  qui  en  relève  le  prix. 
La  nature  lui  avait  refusérimagination, 
les  grâces  de  l'esprrt,  peut-être  même 
la  facilité  pour  apprendre.  Mais  il  sut 
lutter  contre  elle  ;  et  ne  pouvant  être 
qu'érudit,  il  le  fut  à  un  degré  qui, 
pour  être  moins  brillant  que  le  génie , 
n'est  ni  moins  rare,  ni  moins  estima - 


pour  In  composiliosdetonouvrflgc.  M.  de  Klaprolh 
prépare  une  traduction  françaite  dt  cette  encel* 
1  enie  Grammuire. 


FOU 

ble.  Outre  lesouvrages  dont  nous  avons 
parlé  dans  le  courant  de  cet  article  , 
on  a  de  lui  quinze  Mémoires  dans  la 
Collection  de  l'académie  des  inscrip- 
tions (1),  oii  son  éloge  a  été  prononcé 
par  Fréret.  Il  nons  a  laissé  un  cata- 
logue complet  de  tous  ses  ouvrages 
(  Amsterd. ,  1751,  in-8".  )  Dans  trois 
lettres  qu'il  a  mises  à  la  tête,  sous  des 
noms  empruntés,  il  se  donne  à  lui- 
même  de  magnifiques  éloges  ,  se  fait 
des  objections ,  et  y  répond  avec  une 
bonhomie  et  une  naïveté  vraiment 
singulières.  Il  y  présente  ,  au  reste, 
une  liste  de  cent  vingt-deux  ouvra- 
ges (î);  liste  prodigieuse,  si  l'on  ne 
savait  que  Fourmont,  se  fiant  à  sa 
mémoire ,  comptait  comme  ouvrages 
terminés,  ceux  qu'il  avait  ébuich es  , 
ou  dont  il  avait  seulement  tracé  la 
première  page.  On  trouve  celle  liste 
réduite  à  une  plus  juste  mesure ,  dans 
un  Catalogue  placé  à  la  suite  de  la 
Vie  de  M.  Fourmont  l'aîné ,  par  de 
Guignes  etDeshautcsrayes ,  ses  élèves , 
inséré  à  la  tête  des  Réflexions  sur 
l origine  des  anciens  peuples  (  Paris, 
in  4"- ,  2  vol.  ),  dans  les  exemplaires 
qui  portent  la  date  de  1747.  (  ^of, 
Deshautesrayes.)  a.  U— t.. 

FOURMONT  (  Michel ) ,  frèredu 
précédent ,  né  à  Herbelay ,  le  28  sep- 
tembre 1 690  ,  perdit  son  père  à  trois 
mois ,  sa  mère  à  cinq  ans ,  et  fut  re- 
cueilli par  un  parent  qui  ne  put  lui 


(1)  Les  Mémoires  de  racadémie  d«.t  bellef' 
lellres  conlieiment  plusieurs  Diisertations  de 
Kourmonl  relatives  à  la  poésie  des  Jlébreux,  et  à 
l'antiquité  des  points-voyelles  dans  l'écriture  hé- 
braïque. L'auteur  fait  remonter  la  Mussore  au  mi- 
lieu du  troisième  siècle,  et  croit  même  que  le» 
Septante  n'ont  pu  faire  leur  traduction  que  sur  ua 
exemplaire  ponctué  ;  mais  trop  préoccupé  de» 
préjugés  qu'il  avait  puisés  dans  la  Lecture  de»  r«- 
bins  ,  il  n'a  point  suffisamment  approfondi  ces 
questions,  et  il  est  loin  d'avoir  satisfait  aux  objec- 
tion» des  adversaires  de»  »jsl«rnje»  qu'il  "^"i» 
adoptés.  i»-  »"  S-T. 

{7.)  On  voit  par  ce  «inguiier  Catalogue,  que  Four- 
mont avait  mi»  en  vers  français  le»  racines  hé- 
braïque» ;^Numéro»3«>el4o'),  le.  racine»  arabe» 
(53,  54,  55),  et  môœe  le»  «lef»  cLjaoj»e»(a4 
et  116). 


FOU 

donner  que  les  preiuicrs  elemenls  de 
réLhiCHtiou  vulgaire.  Le  délant  absoiu 
de  foi  tune  l'obligea  de  se  placer  chez 
un  de  ses  oncles  qui  était  procureur- 
fiscal.  Il  y  fit  la  connaissauce  de  Bret , 
frère  du  premier  président  du  parle- 
ment de  Provence ,  qui  tourna  son  es- 
;prit  h  la  dévotion  ,  et  lui  persuada 
assf  z  indiscrètementd'aller  s'ensevelir 
en  Anjou  dans  l'hermitage  des  Gar- 
dettes.  (  Foj".  Granet.  )  Fourmont 
eut  la  constance  de  demeurer  huit  ans 
au  milieu  d'eux  :  enfin  les  aftaires  de 
leur  maison  l'ayant  appelé  à  Paris ,  il 
s'arrangea  avec  ses  sœurs  pour  sa  lé- 
gitime ,  et  reçut  en  paiement  de  son 
frère,  pour  sa  part,  des  leçons  de  latin 
et  de  grec.  Son  application,  sa  téna- 
cité, surmontèrent  en  peu  de  temps 
tous  les  obstacles.  Il  se  permettait  à 
peine  quelques  heures  de  sommeil  ;  et 
non  content  de  ce  que  lui  enseignait 
son  frère,  ilparvmt  à  son  insu  à  pos- 
séder le  syriaque  et  l'hébreu.  Le  ha- 
sard divulgua  son  secret.  On  discutait 
devant  les  deux  frères  un  passage  hé- 
breu fort  obscur;  le  plus  jeune  dit 
étourdiment  qu'il  n'y  voyait  aucune 
difficulté.  Etienne,  surpris,  lui  met 
entre  les  mains  le  livre,  pensant  le 
confondre;  mais,  à  son  plus  grand 
étonnement ,  Michel  exphque  le  pas- 
sage de  la  manière  la  plus  satisfaisante. 
A  cette  époque  il  prit  l'habit  ecclésias- 
tique, se  logea  au  collège  d'Harcourt, 
et  eut  à  son  tour  des  écoliers.  Sa  répu- 
tation s'étant  étendue,  le  roi  de  S;)rdai- 
gne  lui  fit  proposer  une  place  de  pro- 
fesseur à  Turin.  Michel  la  refusa  pour 
ne  pas  quitter  sa  patrie;  et  en  i  720, 
il  obtint  \a  chaire  de  syriaque  au  col- 
lège royal.  11  joignit  aux  leçons  de  cette 
langue  celles  de  l'éthiopien,  que  per- 
sonne encore  n'avait  enseigné  publi- 
quement. Peu  de  ten-ps  après ,  Bignon 
l'attacha  comme  interprète  à  la  biblio- 
thèque du  roi;  et  le  gouvernement 


FOU  579 

l'adjoignit  à  son  frère  dans  ses  travaux 
sur  la  langue  chinoise.  11  aida  ce  der- 
nier à  déchiffrer  le  manuscrit  thibe- 
tain  dont  il  a  été  parlé  dans  l'article 
précédent.  L'académie  des  insci^ptions 
lui  ouvrit  ses  portes  en  1724;  et 
quatre  ans  après ,  Louis  XV ,  ^ui 
voulait  envoyer  des  savants  en  OiAt 
pour  y  recueillir  des  manuscrits,  fit 
choix  de  lui  et  de  l'abbé  Sevin.  Trois 
bénédictins ,  entre  autres  dom  V'in- 
cent  îhuillier,  s'étaient  offerts;  mais 
on  leur  préféra  les  deux  académiciens. 
L'abbé  Fourmont  se  rendit  à  Gons- 
tanlinople ,  et  de  là  parcourut  la  Grèce 
et  l'Archipel.  Son  voyage  avait  un 
double  but,  d'acheter  des  manus- 
crits (  1  ) ,  et  de  recueillir  des  inscrip- 
tions. Sa  moisson  fut  abondante  ;  il 
trouva  dans  Athènes  une  liste  des 
tribus,  des  prytanes,  des  archontes 
et  des  bourgades  de  l'Attique;  une 
ordonnance  des  archontes  sur  le  prix 
des  denrées,  sur  les  étoffes  et  les  me- 
sures ;  un  décret  des  amphictyons , 
rendu  sous  l'archontat  d'Hippodamas , 
et  relatif  à  un  traité  de  paix  par  le- 
queMes  principales  cités  de  la  Grèce 
s'oblige*iicnt  à  retirer  leurs  garnisons 
des  villes  sous  leur  protection:  ce  dé- 
cret ,  cité  par  Diodore ,  était  le  pre- 
mier exemple  connu  d'un  acte  des  am- 
phictyons non  relatif  à  la  religion. 
Fourmont  visita  l'Attique,  la  Laconie, 
la  Messénie  ,  tout  le  Péloponnèse.  11 
découvrit  le  texte  de  plusieurs  traités 
d'alliance ,  un  nécrologe  des  prêtresses 
d'Amycles,  une  fiste  des  magistrats  de 
Sparte ,  les  inscriptions  sépulcrales 
d'Agésilas  et  de  Lysandre.  Il  recueillit 
enfin  plus  de  douze  cents  inscriptions 
échappées  à  Spon ,  et  à  Wheler ,  dont 
plusieurs  en  boustrophedon.  Un  ordre 
de  la  cour  de  France  mit  fin  à  ses  re- 

(1)  On  trouve  dans  les  archives  de  la  biblio- 
tTiètjue  du  roi  le  catalogue  assez  nombrenx  des 
xaaimscrits  achetés  [>ar  lui  dans  le  Levant. 


5So  FOU 

cherches;  il  fut  rappelé  en  1752.  De 
retour  à  Paris,  il  voulut  s'occuper  de 
publier  sou  recueil  ;  mais  divers  obs- 
tacles l'en  trapêchèrent.  Il  entreprit 
aîdrs  de  traduire  du  sabécn  un  ma- 
nuscrit connu  sous  le  titre  de  Lwre 
d'Adam  ,  dans  lequel  ii  avait  cru  re- 
tii^iver  la  doctrine  des  cluëliens  de 
saint  Jean  ,  et  même  des  discours  de 
ce  précurseur  du  Messie.  Ce  dernier 
projet  n'eut  pas  plus  de  succès   que 
l'autre;  et  Fourraont  mourut  subite- 
ment dans  son  lit ,  le  5  février  174^, 
d'une    attaque  d'apoplexie.    Il   était 
prieur  de  Notre-Dame  d'Orca ,  dans 
les  Pyrénées ,  et  membre  de  l'acadé- 
mie de  Cortone.    Ses  connaissances 
réelles  n'ont  pu  le  mettre  à  l'abri  des 
plus  sérieuses  inculpations  :  on  a  sus- 
pecté sa  bonne  foi  dans  ses  recherches 
sur  l'antiquité;  on  l'a  hautement  qua- 
lifié de  faussaire  :  et  du  moins  ii  pa- 
raît constant  que  les  inscriptions  d'un 
intérêt  majeur  qu'il  avait  emphatique- 
ment annoncées  ne  se  sont  point  trou- 
Tées  dans  ses  portefeuilles ,   aujour- 
d'hui déposés  à  la  bibliothèque  royale, 
et  dont  le  contenu  n'a  jamais  été  rendu 
public.  Un  reproche  plus  juste  et  non 
moins  grave  est  celui  d'avoir  détruit 
sans  nécessité  un  grand  nombre  de  mo- 
numents antiques,  vandalisme  qu'on 
ne  saurait  attribuer  qu'à  l'espiit  d'in- 
tolérance  religieuse  qu'il  avait  pris 
parmi  les   solitaires  d'Anjou.  On  ne 
peut  Ure  sans  indignation  ses  lettres 
à  Frérct,  et  au  comte  de  Maurepas;  il 
s'y  vante  d'avoir  ravage  cinq  villes  de 
la  Grèce,   d'avoir  détruit  jusqu'à  la 
pierre  fondamentale  du   temple  d'A- 

1)ollon  Araycléen  ;  et  le  récit  de  cette 
>arbarie  est  même  exagéré  comme  ce- 
lui de  ses  découvertes.  On  a  de  Four- 
mont  ,  dans  le  recueil  de  l'académie 
des  inscriptions  (tom.  VII,  Histoire), 
la  Relation  de  son  voyage ,  \* His- 
toire (l'une  re'i^oluUon   arrivée  en 


FOU 

Perse  au  sixième  siècle;  et  dans  les 
Mémoires ,   une    Dissertation  pour 
"prouver  quil  n'y  a  jamais  eu  qu'un 
Mercure^  et  une  semblable  sur  fré- 
mis. Ces  sortes  de  discussions  ne  sont , 
à  bien  dire,  que  des  disputes  de  mots. 
Sans  doute  il  est  possible  de  réduire 
à  deux  types  principaux  la  plupart 
des   divinités    de  l'Egypte  ,    de    la 
Grèce ,  de  tous  les  peuples  du  monde  : 
mais  leur  polythéisme  a    néanmoins 
pour  but  les  raodificvitions  réelles  et 
nombreuses  de  ces  types  que  fourni- 
rent à  l'imagination  de  l'homme  leurs 
diverses  qualités ,   leurs  divers  em- 
plois ,  les  aspects  variés  sous  lesquels 
on  peut  les  considérer  ;  et  le  mémoire 
de   Larcher,  quoique  nullement  ex- 
plicatif, a  suffisamment  prouvé  com- 
bien ces  modifications  ont  été  nom- 
breuses dans  le  seul  type  de  Venus. 
Au  tome  V ,  on  trouve   un  traité  de 
Y  Origine  et  ancienneté  des  Ethio- 
piens en  Afrique  ;  au  tome  IX  ,  des 
Remarques  sur  une  inscription  grec- 
que ;  au  tome  XIV,  une  Explication 
delà  fable  d'Orion.  Fourmont  par- 
tageait les  opinions  de  son  frère  sur 
la  mythologie.  11  rapporte  cette  fable 
à  l'histoire  sainte  ,  et  veut  prouver 
que  les  Grecs  l'avaient  empruntée  des 
Phéniciens.    Au  tome  XV  sont  des 
Remarques    sur   trois   inscriptions 
grecques.  On  en  trouve  d'autres  sur 
une    inscription  phénicienne  ,  dans 
les  Mémoires  de  l'académie  de  Cor- 
tone. D.  L. 

FOURMONT  (  Claude  -  Louis) , 
appelé  le  gros  Fourmont ,  pour  le 
distinguer  des  précédents ,  dont  il 
était  neveu  ,  naquit  à  Cormeilles ,  en 
1713  ;  il  s'appliqua  spécialement  à 
l'étude  des  langues  orientales,  et  sui- 
vit Michel  dans  sou  voyage  au  Le- 
vant. De  retour  à  Paris ,  il  fut  atta- 
ché comme  interprèle  à  la  biblio- 
thcfjuc  du  rgirÇu  i74^>  Liroivcaml. 


FOU 

oyant  ëlé  nommé  consul  au  Caire, 
Fourraont  obtint  la  permission  de  le 
sjiivre.  11  séjourna  quatre  ans  en 
Egypte,  et  consigna  le  fruit  de  ses 
observations  dans  l'ouvrage  inlitiilé  : 
Description  historique  et  géogra- 
phique des  plaines  d' f/éliopolis  et  de 
Memphis  ,  Paris ,  i  -^  5 5 ,  in- 1  2 ,  a vrc 
cartes  el  figures  ;  l'approbation  est  du 
I  ï  septembre  i  -jSS.  Ce  livre  est  ins- 
tructif et  curieux.  On  y  trouve  une 
description  satisfaisante  du  vieux  et 
du  nouveau  Caire ,  des  détails  circons- 
tanciés sur  les  Pyramides  ,  sur  le  Me- 
kias  ou  Kilomètre,  avec  la  figure  de 
ce  monument.  Fourmont  y  prouve, 
avec  la  dernière  évidence,  que  Mauof 
est  le  lieu  sur  lequ  l  fut  bâtie  la  cé- 
lèbre Memphis.  Revenu  en  France, 
Foiirmont  fut  chargé  de  l'examen  des 
papiers  de  son  oncle  :  mais  il  n'a  tout 
au  plus  rédigé  que  le  Fojage  de 
VArgolide  ;  et  rien  de  tout  cela  n'a 
été  imprimé.  Fourraont  est  mort  le  4 
juin  i-jSo.  D.  L. 

FOURNEAUX  (  Richard  de  )  , 
abbé  de  Préaux  ,  çn  Normandie,  mort 
le  3o  janvier  i  i3i  ,  avait  composé 
des  Commentaires  latins  sur  plu- 
sieurs parties  de  l'ancien  Testament, 
savoir  :  I.  Sur  la  Genèse,  résultat, 
suivant  l'auteur,  de  28  années  de 
travail.  II.  Sur  VExode,  17  livres. 
III.  Sur  le  Lévitique ,  i  7  livres.  IV. 
Sur  les  Nombres.  V.  Sur  les  Para- 
loles  de  Salomon.  VI.  Sur  le  Deu- 
téronome.  VU.  Sur  VEcclésiaste , 
8  livres.  VI 11.  Sur  le  Cantique  des 
Cantiques.  IX.  Sur  les  Ju^es.  X. 
Sur  Josué.  XI.  Sur  Ruth.  XII.  Sur 
la  Sagesse,  commentaire  qui  pour- 
rait bien  être  le  même  que  le  com- 
Kientaire  sur  les  Paraboles.  Xllî. 
Sur  les  quatre  grands  Prophètes  :  ce 
dernier  ouvrage  a  été  attribué  à  mi 
moine  de  l'abbaye  de  Troarn. 

D—B—S. 


FOU  58t 

FOURNIER  (  HuMBERT  ),  d'une 
ancienne  famille  de  Lyon ,  fut  l'un 
des  fondateurs   et  des  membres  les 
plus  distingués  de  la  société  littéraire 
établie  en  cette  vilie,  vers  la  fin  du 
i5*=.  siècle.  C'est  à  lui  qu'on  doit  les 
seuls  détails  qu'on  ait  sur  cette  réu- 
nion ,  connue  sous  le  nom  d'acadé- 
mie de  Fourvière ,  parce  que  c'est 
dans  une  maison  de  cQffluarlitr  qu'elle 
tenait  ses  séances.  Ils  sont  consignés 
dans  une  lettre  datée  de  i5o6,   et 
adressée   à    Symphorien  Cliampier , 
auquel  Fournicr  ,    son    ami  ,    rend 
compte  des  études  des  académiciens , 
de  leurs  conférences,  et  même  de  leurs 
divertissements.  Le  P.Colonia  a  insère' 
des  passages  de  cette  h  tfre  dans  son 
Histoire  lilléraire  de  Lyon. —  Four- 
nie î  (André  le),  médecin  du  i6^ 
siècle,  est  auteur  d'un  ouvrage  inti- 
tulé :  La  Décoration  d'humaine  na^ 
ture ,  et  Ornement  des  Dames ,  où 
est  montré  la  manière  et  receptes 
pour  faire  savons ,  pommades ,  pou- 
dres et  eaux  délicieuses  jVaù^,  1  r>5t> 
i55i  ,in  8°.;  Lyon,  sans  date,  in-8'.; 
ibid.j  i58'2,  in-isi.  Cet  ouvrage  est 
divisé  en  trois  livres.  —  Fournier 
(  Barthelemi  ) ,  avocat  à  Lyon ,  mo»  t 
en  cette  ville  vers  la  fin  du  1 6".  siècle, 
a  traduit  en  partie  ,  et  en  partie  imité, 
les    Vers  dorés  de  Pfthagoras  et 
Phocjlides  ,   Lyon  ,    1577,  ^""S* 
—  FouRNiER  (  Marcellin  ) ,  jésuite  , 
né  à  Tournon ,  a  composé  \^ Histoire 
générale  des  Alpes  maritimes  ou 
cottiennes  ,  et  particulièrement  de 
leur  métropolitaine  Embrun ,  in-fol. 
Le  manuscrit  de  cet  ouvrage  était  con- 
servé à  la  bibliothèque  des  jésuites  de 
Lyon.  C'est  par  erreur  que  Gui-Aliard 
a  dit  qu'd  avait  été  imprimé  en  1660 , 
et  que  l'auteur  était  d'Embrun. 

W—s. 
FOURNIER,  en  latin  Fornerius, 
nom  que  plusieurs  docteurs  régeuls 


382  FOU 

de  Tuniversile  d'Orléms  ont  Succes- 
sivement illustre  pnr  des  talents  et 
des  vertus.  —  Guillaume  Fournier 
fut  le  premier  qui  se  fit  connaître  par. 
ilivers  ouvrages  de  droit,  entre  au- 
tres par  son  Commentaire  sur  le  litre 
de  Ferhorum  signifie alione ,  impri- 
mé en  i584'  —  Henri  Fournier, 
son  second  fils ,  né  en  1 565 ,  et  mort 
en  lôi-y,  parciinrut  honorablement, 
rorame  professeur  de  droit  français , 
la  même  carrière  que  son  père.  Sni- 
\ant  l'usage  du  siècle,  il  avait  adopté 
pour  devise  dùm  spiro ,  spero.  On 
îui  doit  :  I.  Coutumes  des  duché ^ 
bailliage  et  prévôté  d' Orléans ,  sui- 
vies de  trois  cliarles  anciennes  ;  deux 
éditions,  Orléans,  1609  et  171 1. 
11.  Les  Coutumes  anciennes  de  Lor- 
ris  ,  des  bailliages  et  prévôtés  de 
MoniargiSj  St.-Fargeau ,  pays  de 
la  Puysaie ,  Chdtillon-sur-Loing^  et 
autres  lieux ^  avec  des  notes  ;  Orléans , 
160g,  in- 12.  III.  Coutumes  géné- 
rales du  pays  et  comté  de  Blois  , 
1 629.  —  Mais.,  de  tous  les  enfants  de 
Guillaume  ,  nul  ne  fut  plus  connu 
que  Raoul  Fournier,  sieur  du  Ron- 
deau ,  né  le  i4  septembre  i562. 
Héritier  des  manuscrits  de  son  père , 
il  les  enrichit  de  notes  aussi  savantes 
que  précieuses ,  avant  de  les  donner 
au  public.  Ses  rivaux  contemporains 
cjurent  le  déconcerter,  en  lui  don- 
nant le  titre  d'auteur  héréditaire; 
Raoul  ne  leur  répondit  que  par  des 
succès  personnels  ,  en  publiant  di- 
vers trailés  qui  servirent  à  prouver 
que  la  morale,  l'histoire  et  la  phy- 
sique étaient  également  du  ressort  du 
jeune  savant.  Quel  que  fût  le  sujet 
qu'il  entreprît  de  traiter ,  toujours  il 
sut  éviter  ce  reproche  de  gravité  pé- 
danlesque  ,  que  trop  souvent  méri- 
taient les  écrivains  de  son  siècle.  Il 
fut  un  des  premiers  Français  qui  ten- 
tèient  de  développer  toutes  les  ri- 


FOU 

chesscs  de  la  langue  dans  les  sujets 
abslr.iils  ,  en  prouvant  que  le  fonds 
acquérait  plus  d'intérêt  par  la  clarté 
de  l'expression.  Ausone  avait  ,  en 
profanant  les  vers  du  chaste  Virgile , 
abusé  d'un  jeu  d'esprit,  connu  sous 
le  nom  de  centons.  Raoul  Fournier 
voulut  le  sanctifier ,  en  se  servant  des 
vers  d'Ovide  pour  chanter  les  mer- 
veilles de  la  religion,  dans  un  assez 
long  poème  latin  ,  connu  sous  le 
titre  de  Cento  christianus.  Toujours 
prompt  à  donner  la  leçon  et  l'exemple , 
Raoul  n'avait  pas  atUndu  que  le  car- 
dinal de  Richelieu  établît  dans  Paris 
le  corps  littéraire ,  depuis  si  connu 
comme  académie  française.  Dès  l'année 
16 1 2,  il  s'était  formé  dans  Orléans  une 
réunion  de  plusieurs  amis  des  sciences 
et  des  arts,  pour  en  comjx)ser  une 
compagnie,  qui  avait  ses  règlements  , 
ses  assemblées,  ses  séances  publiques, 
et  qui  nous  a  laisse  un  volume  de  ses 
mémoires  ,  parmi  lesquels  on  dis- 
tingue avantageusement  les  disserta- 
tions de  Raoul  Fournier.  Ses  discours 
prouvent  qu'il  avait  puisé  aux  sources 
de  la  véritable  sagesse,  en  traitant 
différents  points  de  morale  sociale.  On 
distingue  particulièrement  ceux  sur 
l'ignorance  ,  sur  l'ombre  et  sur  l'ori- 
gine de  l'arae.  Quoique  laïc ,  il  donnait 
aux  orateurs  chrétiens  de  sa  ville  d'as- 
sez bonnes  leçons.  ï/ouvrage  publié 
sous  le  titre  du  Prédicateur,  leur  en- 
seigne moins  l'art  de  débiter  des  ser- 
mons, que  celui  de  les  composer  pour 
la  plus  grande  utilité  de  l'église  chré- 
tienne. I/éditeur  de  ses  écrits  con- 
vient qu'ils  sont  encore  plus  recher- 
chés des  étrangers  que  des  Français. 
Devenu  riche  par  une  sage  écono- 
mie de  ses  biens  de  famille,  Raoul 
Fournier  ajouta  à  ses  pieuses  libéra- 
lités celle  de  contribuer  efficacement 
à  la  fondation  d'une  maison  dans  Or- 
léans ,  pour  servir  de  retraite  aux] 


FOU 
pères  de  rOraloirc.  Il  mourut  à  Or- 
léans, le  20  septembre  1627,  pleure' 
de  ses  amis,  et  regretté  de  tous  les 
gens  de  bien.  Parmi  les  contempo- 
rains dont  il  obtint  les  suffrages ,  nous 
nous  contenterons  de  citer  Barlhius , 
qui  lui  donne  le  titre  d'eruditissimus. 
Raoul  Fournier  nous  a  laissé  :  I.  Re- 
rum  quotidianarum  libri  1res  prio- 
res ,  Paris,  1600.  IL  Libri  très 
posteriores ,  Paris,  i6o5.  Ces  deux 
ouvrages  offrent ,  sur  plusieurs  pas- 
sages difficiles  du  droit,  tant  civil 
que  canonique  ,  des  éclaircissements, 
non  moins  distingués  par  la  sagacité 
du  jurisconsulte ,  que  par  le  goût  de 
l'homme  de  lettres.  III.  Méditations 
chrétiennes}  elles  sont  au  nombre  de 
six,  Paris,  161 5.  IV.  De  la  conso- 
lation et  des  remèdes  contre  l  ad- 
versité ^  dédié  à  Jeanne  de  Roche- 
chouart ,  dame  de  Montpipeau.  V. 
Conférences  académiques ,  recueil- 
lins  par  Nicolas  de  Heere ,  doyen 
de  Saint-^ignan  d'Orléans.  Nous 
avons  parlé  de  l'origine  de  ces  con- 
féreflces  littéraires  ;  il  nous  reste  à 
dire  que  des  treize  discours  dont  ce 
recueil  est  composé,^  l'on  en  compte 
huit  de  Raoul  Fournier.  Il  fit  impri- 
mer à  part  le  discours  académique 
de  ['Origine  de  Vame.  VI.  La  Phi- 
losophie chrétienne ,  divisée  en  deux 
livres,  Paris,  1620.  VII.  Le  Pré- 
dicateur, Paris,  1622.  VIII.  Cento 
christianuSj  poème  de  600  vers,  que 
l'auteur  dédia  au  célèbre  Mathieu 
Mole,  premier  président  du  parle- 
ment de  Paris.  L'ouvrage  ne  fut  pu- 
blié, par  un  de  ses  neveux,  qu'après 
la  mort  de  l'auteur.  L'édition  que  nous 
possédons  est  de  i644»  l^*  Les  der- 
nières pensées  de  Raoul  Fournier  ^ 
distribuées  en  quinze  méditations ,  et 
les  Pensées  dUine  ame  saintement 
affectionnée  envers  Dieu ,  ne  furent 
paiement  imprimées  qu'après  la  mort 


FOU  385 

de  Tauleur.  La  Métrie  a  calomnié  ce 
pieux  écrivain,  dans  son  Abrégé  des 
Systèmes.  Il  prétend  que  Raoul  Four- 
nier, dans  les  discours  sur  l'origine 
de  l'ame ,  professe  ouvertement  le 
matérialisme  ,  et  que  sa  doctrine  a 
reçu  l'approbation  de  plusieurs  théo- 
logiens de  son  siècle.  Le  fait  est 
de  toute  fausseté ,  pour  la  doctrine , 
comme  pour  l'approbation.      P — d. 

FOURNIER  (  George  ),  jésuite  , 
néàCaenen  iSqd,  était  fils  de  Claude 
Fournier,  professeur  en  droit  à  l'uni- 
versité de  cette  ville.  Son  père  aurait 
désiré  qu'il  s'appliquât  à  l'étude  de  la 
jurisprudence  ;  mais  ne  voulant  pas 
contraindre  son  inclination,  il  lui 
permit,  quoique  avec  peine,  d'entrer 
dans  la  compagnie  de  Jésus.  Après 
avoir  prononcé  ses  vœux,  le  jeune 
Fournier  fut  envoyé  à  Tournai,  où  il 
professa  les  humanités  pendant  cinq 
ans,  et  les  mathématiques  pendant 
sept  autres  années.  Les  succès  qu'il 
obtint  dans  cette  science  furent  assez 
remarquables  pour  fixer  l'attention 
de  ses  supérieurs  ,  qui  le  destinèrent 
dès-lors  à  faire  des  voyages  de  long 
cours.  Il  fut  attaché  à  la  marine  royale 
en  qualité  d'aumônier,  et  eut  ainsi 
l'occasion  de  visiter  les  points  les  plus 
intéressants  des  cotes  de  l'Asie:  il  pro- 
fita aussi  de  son  séjour  sur  la  mer 
pour  perfectionner  ses  connaissances 
en  hydrographie.  De  retour  de  sq^ 
voyages,  il  se  retira  à  la  Flèche,  où 
il  mourut  le  i5  avril  i652,  âgé  seu- 
lement de  57  ans.  On  a  de  lui  :  I. 
Commentaires  géographiques ,  Pa- 
ris, \Qf^i^'m-\iA\.\JHydrographiey 
contenant  la  théorie  et  la  pratique 
de  toutes  les  parties  de  la  naviga- 
tion, Paris,  1645,  in-fol.,-  nouvelle 
édition,  augmentée  d'une  Instruction 
aux  pilotes  qui  navigent  autour  de 
V Ecosse,  ibid. ,  1667,  in-fol.  C'est 
le  plus  important  des  ouvrages  de 


384  FOU 

l'auteur;  et,  malgré  sa  diffusion ,  il  a 
pendant  long  -  temps  été  consulte 
comme  l'un  des  plus  complets  sur 
cette  matière.  111.  Euctidis  sex  prio- 
res  elemeniorinn  geometricorum  Li- 
bri  demonslrati ,  ibid. ,  i644  »  '»-  »  '^' 
IV.  Geographica  orhis  notitia  per 
liitora  maris  et  ripas  fliiviorum^  ibid., 
1  t)4B ,  in- 1 6  ;  cette  édition  ne  contient 
que  la  première  partie  de  l'ouvrage  : 
celle  de  Francfort,  i668,  in- 12,  est 
J'cdition  complète  d'un  livre  estima- 
ble ,  mais  effacé  par  ceux  qui  ont  été 
publiés  depuis  sur  le  même  objet.  V. 
Traité  des  fortifications ,  ou  Archi- 
tecture militaire,  Paris,  1649,  in- 
j  2  ;  tiaduit  en  flamand  ,  Amsterdam, 
iG67,in-i2.  VI.  Asiœ  nova  des- 
criptio  y  in  qud  prœter  provinciarum 
situs  etpopuîorum  mores  ,  mira  de- 
teguntur  et  hactenùs  inedita ,  Paris  , 
i(i56,  in-foi.  Cet  ouvrage  contient 
bien  des  particularités  curieuses  :  l'é- 
diteur est  désigné  au  frontispice  par 
les  initiales  L.  M.  S.,  que  l'on  n'a 
point  encore  expbquées.  Le  P.  Four- 
iiier  a  publié quelq'jcs  autres  opuscules 
2>eu  intéressants,etil  a  laissé  en  manus- 
crit différents  Traités  de  mathémati- 
ques que  l'on  conservait  à  la  biblio- 
tliuquc  des  jésuites  de  la  Flèche. 

W—s. 
FOURMIER  (Denis),  chirur- 
gien de  Paris  ,  naquit  à  Lagny  , 
en  Bric  ,  au  commencement  du  dix- 
septième  siècle ,  et  mourut  le  25  no- 
vembre i683.  Il  avait  un  talent  tout 
particulier  pour  cette  partie  de  la  chi- 
rurgie qui  consiste  à  ajouter  des  mem- 
bres artificiels  ,  pour  suppléer  aux 
membres  naturels  :  c'est  ce  qu'en  chi- 
rurgie l'on  nomme  prothèse.  Fournier 
a  perfectionné  beaucoupd'instruments 
de  chirurgie  j  U  en  a  inventé  plusieurs. 
Voici  la  liste  de  ses  ouvrages  :  I. 
Traité  de  la  gangrène,  et  particu- 
lièrement de  ce  qui  survient  en  la 


FOU 

peste,  Paris,  1670,  in- 12.  II.  VOE- 
conomie  chirurgicale  pour  le  r' ha- 
billement des  os  du  corps  humain^ 
contenant  Vostéologie ,  la  nosostéo' 
logieet  Vapocatastostéologie ,  Paris, 
1671,  in-4.  III.  L" OEconomie  chi- 
rurgicale pour  le  rétablissement  des 
parties  molles  du  corps  humain , 
avec  un  petit  traité  de  Mjologie , 
ibid.,  16'j  \  ^[n-^".\Y .  L^Accouclteur 
méthodique,  qui  enseigne  la  ma-^ 
nière  d'opérer  tous  dans  les  accou- 
chements naturels  e!  artificiels  ,  tôt  y 
sûrement  et  sans  douleur ,  ibid.  , 
1675,  in- 12,  fig.  V.  Explication 
des  bandages  tant  en  général  qu'en 
particulier,  Paris,  1^)78,  in-4". 
On  trouve,  dans  ce  traité,  les  fij^ures 
gravées  de  tous  les  bandages  qiâ 
étaient  connus  au  temps  de  Fournier. 
Quelques  écrifsde  ce  chirurgien  peu- 
vent encore  être  lus  avec  ïiuit  par 
les  personnes  qui  s'occupent  de  la 
prollièse;  le  reste  de  ses  oeuvres  ne 
présente  aujourd'hui  d'autre  utilité  que 
pour  attester  les  progrès  que  la  science 
a  faits  depuis  un  siècle.  F  —  r, 

FOUR]NIER(  Pierre-Simon  ) ,  gra- 
veur et  fondeur  de  caractères  ,  naquit 
à  Paris  le  1 5  septembre  1  7 1 2  ;  il  était 
le  troisième  fils  de  Jean-Claude  Four- 
nier, qui  conduisit  pendant  trente  ans 
l'imprimerie  de  la  veuve  de  Guillaume 
Lcbé  ,  troisième  du  nom.  Le  fils  aîné 
de  Jean-Claude  acquit  ensuite  cette  im- 
primerie (  c'est  de  lui  que  descendent 
mesdemoiselles  Fournier,  qui  ont  un 
atelier  de  fonderie  ).  Le  second  frère 
alla  s'étabhr  imprimeur  à  Auxcrre, 
où  sa  postérité  subsiste  encore  aujour- 
d'hui. Pierre  Simon,  mis  d'abord  ea 
apprentissage  chez  J.  B.  G.  Colson  , 
pour  y  apprendre  le  dessin,  travailla 
ensuite  pendant  quelque  tempschij 
son  frère  aîné,  et  se  fil  connaître  par. 
d'assez  bonnes  vignettes  eu  bois.  Mai^ 
il  abâudouua  peu  après  ce  genre  d 


FOU 

fravall,  et  se  mit  à  graver,  sur  acier, 
de  grosses  et  moycuues  lettres  de 
fonte,  et  les  premiers  corps  de  carac- 
tères :  le  nombre  de  ceuxq  l'il  a  gravés 
est  très  cousidcrable ,  et  nous  ne 
croyons  point  qu'aucun  autre  graveur 
en  ait  fait  autant  que  lui.  Ce  n'est  pas, 
au  reste,  parles  seules  productions 
de  son  poinçon  que  P.  S.  Fournicr  s'est 
rendu  célèbre  j  il  a  douné  sur  son  art 
quelques  écrits  remirquablcs.  Livré 
tout  entier  à  ses  occupations  et  à  ses 
recherches ,  il  a  s  ccombé  aux  fati- 
gues que  lui  causait  son  application 
au  travail  :  il  est  mort  le  8  octobre 
1 768.  11  avait  fait  paraître  ,  dès 
i']'^'] ,  sa  Table  des  proportions 
quil  faut  observer  entre  les  carac- 
tères, 011  il  détermine  leurs  hauteurs 
et  fixe  leurs  rapports.  11  a  donné 
depuis  :  I.  Modèles  des  caractères  de 
Vimprimerie ,  avec  un  abrégé  histo- 
rique des  principaux  graveurs  fran- 
çais ,  174-^7  in-4'.  n.  Épreuves  de 
deux  petits  caractères  nouvellement 
gravés  et  exécutés  dans  toutes  les 
parties  typographiques^  i  767,  in- 18. 
111.  Dissertation  sur  l'origine  et  les 
profères  de  l'art  de  graver  en  bois , 
1758,  petit  in-8'.  L'art  de  graver  en 
bois  est  antéisieur  à  Gutîemberg ,  qui 
inventa  seulement,  dit  Fournier,les 
caractères  mobiles  en  bois  j  m  lis  il  ne 
voit  pas  là  l'invention  de  l'imprimerie. 
Il  pense  que  ce  qui  constitue  l'art 
typographique,  c'est  l'emploi  non  seu- 
lement de  caractères,  mais  de  carac- 
tères de  métal  fondus  dans  les  moules: 
dès-lors  c'est  Schoeffer  qui ,  aux  yeux 
de  Fournier,  est  le  véritable  inven- 
teur derimprimerie.  IV^.  De  l'origine 
et  des  productions  de  l'imprimerie 
primitive  en  taille  de  bois ,  1 769  , 
in-8\  Suite  de  l'ouvrage  précédent. 
V.  Observations  sur  un  ouvrage  (  de 
Schœpflin)  intitulé  :  Vindiciœ  typo- 
graphicœy  1760,  in-8'.  En  réponsç 

XV. 


FOU 


385 


à  cet  écrit,  Fr.  Ch.  Baer  publia  une 
Lettre  sur V origine  de  l'imprimerie, 
serinant  de  réponse  aux  Observations^ 
etc.  ^  l'j^i  ,  in-8'.  VI.  Remarques 
faites  sur  un  ouvrage  intitulé  :  Let- 
tre sur  ïorigine  de  l'imprimerie  ^ 
1761,  in-S".  C'est,  comme  on  le  voit 
par  le  titre,  une  réplique  à  Baer.  Y II. 
Lettre  a  Fréron ,  1 763  ,  in-8**.  Ces 
cinq  derniers  ouvrages  de  Fournier 
sont  réunis  souvent  en  un  seul  volume 
sous  le  titre  généial  de  Traités  his- 
toriques et  critiques  sur  Vorigine  de 
Vimprimerie.  Vlil.  Manutl  typo- 
graphique ,  utile  aux  gens  de  let- 
tres,  et  à  ceux  qui  exercent  les 
différentes  parties  de  l'art  de  l'im- 
primerie,  1764,  2  vol.  petit  in-8\ 
L'ouvrage  devait  en  avoir  quatre,  qui 
auraient  été  consacrés ,  le  premier  ,  à 
ce  qui  regarde  la  gravure  et  la  fonte 
des  caractères;  le  deuxième,  à  l'im- 
primerie proprement  dite  ;  le  troi- 
sième ,  aux  typographes  célèbres;  le 
quatrième,  à  donner  des  modèles  des 
différents  caractères.  Le  premier  et  le 
quatrième  ont  seuls  été  publiés.  La 
typographie  se  composant  de  trois 
parties,  1°.  la  gravure  des  poinçons; 
'2°.  la  fonte;  3".  la  composition  et  l'im- 
pression ,  et  l'ouvrage  n'ayant  pas  été 
achevé,  il  ne  répond  pas  à  sou  litre: 
c'est  simplement  le  manuel  du  graveur 
et  du  fondeur,  mais  un  manuel  clair  et 
complet ,  dont  l'utilité  ne  peut  être  trop 
appréciée.  Ce  qu'il  dit  de  l'emploi  des 
caractères  qui  constitue  la  composition 
et  l'impression  ,  n'est  que  peu  de 
chose;  et  ce  n'est  que  passagèrement 
qu'il  en  parle.  Tel  qu'il  est ,  cet  ou- 
vrage est  justement  estimé;  l'auteur  se 
montre  partout  praticien  habile  et 
instruit.  Le  second  dies  volumes  pu- 
bliés présente  la  série  la  plus  complète 
d'alphabets  fondus  (  au  nombre  de 
101),  pour  les  langues  mortes  ou  vi- 
vanies,  européennes  ou  orientales. 
a5 


i 


586  FOU 

IX.  Traité  historique  et  critique  sur 
Vorigine  et  les  progrès  des  carac- 
tères de  fonte  pour  V impression  de 
la  musique ,  avec  des  épreuves  de 
nouveaux  caractères  de  musique, 
I  -^65,  in-4°.  de  5o  pag.  Les  ess<îis  de 
musique  imprimée  de  Fournier ,  quoi- 
que beaux  et  nets,  ont  élc  surpassés 
(  P^.  Breitkopf  et  Gando  ).  P.  Hautin 
avait ,  eu  1 525  ,  fait  les  premiers 
poinçons  de  musique  (  F.  Hautii*  ). 
Pierre- Simon  Fournier  a  laissé  deux 
fils  vivants  aujourd'hui  (  nov.  1 8i5  ), 
savoir:  Antoine, et  Simon-Pierre, père 
de  Charles ,  propriétaire  actuel  de  la 
fonderie  de  son  grand-père.  C'est  à  une 
autre  famille  qu'appartient  F.  I.  Four- 
nier, auteur  du  Dictionnaire  portatif 
de  bibliographie  y  i8o5j  in-8'.j  se- 
conde édition  ,  1 809 ,  in-8°.  A.  B — t. 
FOURNIER  (Charles),  né  à 
Saint-Domingue,  et,  pour  delà,  sur- 
nommé V Américain,  fut  un  de  ces 
inisérahlcs  qui,  sur  la  fin  du  i8*.siè-« 
cle,  désolèrent  la  France  par  leurs 
forfaits.  Envoyé  en  France  peu  de 
temps  avant  la  révolution,  il  était 
dans  les  prisons  à  cette  époque ,  et 
sur  le  point  d'être  jugé  pour  les  crimes 
dont  il  s'était  rendu  coupable.  Les  pri- 
sons s'ouvrirent  aux  cris  de  vive  la 
liberté  !  et  les  révolutionnaires  firent 
de  Fournier  un  aboyeur  de  place ,  et 
ensuite  un  membre  du  club  des  Cor- 
deliers.  (  F'oj.  Danton.  )  Lorsqu'a- 
prcs  le  voyage  de  Varennes,  il  fut 
question  de  mettre  Louis  XVI  en  ju- 
gement, ce  club  organisa  l'insurrec- 
tioa  dite  du  Champ -de -Mars.  Cette 
insurrection  commença,  dans  la  ma- 
tinée du  1 7  juillet  I  791 ,  par  l'assas- 
sinat de  deux  malheureux  qui,  pour 
faire  un  mauvais  déjeûner  à  l'abri  du 
soleil ,  s'étaient  placés  sous  un  tertre 
qu'on  appelait  autel  de  la  patrie  :  ils 
furent  pendus  à  une  lanterne  à  l'en- 
trée du  Gros-Caillou  j  on  leur  coupa 


FOU 
la  lêle,  dont  on  fît  un  trophée,  porrr 
le  porter  à  Paris.  M.  de  La  Fayette, 
commandant  delà  garde  nationale  pa- 
risienne, se  rendit  au  Champ -de- 
Mars  avec  un  faible  détachement  pour 
faire  cesser  le  désordre;  mais  il  ne  put 
y  parvenir.  Fournier  lui  lâcha  de  très 
près  un  coup  de  pistolet  qui  ne  l'attei- 
gnit pas  :  les  gardes  nationaux  le  sai- 
sirent; il  fut  ensuite  relâché.  L'assem- 
blée nationale  ordonna  de  l'arrêter;  il 
prit  la  fuite  :  mais  bientôt  l'amnistie  le 
rendit  à  ses  complices,  et  il  recom- 
mença avec  eux  le  cours  de  ses  brigan- 
dages. 11  commandait,  dans  la  journée 
an  10  août ,  une  compagnie  de  Mar- 
seillais, et  il  fut  un  de  ceux  qui  contri- 
buèrent le  plus  an^  succès  de  cet  épou- 
vantable attentat.  Repoussé  plusieurs 
fois ,  il  revint  plusieurs  fois  à  la  charge; 
et  la  demeure  des  rois  de  France  ne 
fut  plus  que  le  théâtre  du  plus  affreux 
carnage.  Presque  tous  ceux  qu'on  y 
trouva,  périrent  :  des  gens  de  cuisine 
furent  précipités  dans  le  feu,  et  beau- 
coup de  femmes  inhumainement  assas- 
sinées. Mais  on  doit  dire  ici  que  Four- 
nier s'empressa  de  les  secourir,  et  qu'il 
parvint  à  en  sauver  plusieurs  :  tant  il 
est  vrai  que,  même  chez  les  plus 
grands  scélérats,  l'humanité  ne  perd 
jamais  entièrement  ses  droits;  et  celte 
réflexion  est  applicable  à  tous  ceux 
que  la  révolution  de  France  a  fait 
connaître.  Fournier  fut  ensuite  chargé 
d'aller  chercher  à  Orléans ,  et  de  con- 
duire à  Versailles ,  les  prisonniers  ac- 
cusés de  haute-trahison.  Il  les  fit  tous 
massacrer  dans  cette  dernière  ville , 
le  9  septembre  1792.  Le  12  mars 
1795,  il  ftit  accusé  par  Bourdon  de 
rOise  d'avoir  présidé  aux  massacres 
de  septembre;  et  l'on  ordonna  son  ar- 
restation ,  qui  ne  fut  point  exécutée, 
quoique  Marat  lui-même  l'eût  dénoncé, 
et  ce  qui  est  très  bizarre,  comme 
ayant  tiré  un  coup  de  pistolet  à  M.  de 


FOU 

La  Fayette.  Fournicr  avait  ete  uu  des 
compagnons  de  Jourdau,  dit  Coupe- 
télé ,  lors  de  la  re'volution  aviguon- 
naise,  et  il  avait  participe  à  ses  for- 
faits. Il  fut  condamné  à  la  déporta- 
tion, lorsque  Buonaparte  s'empara 
du  gouvernement;  puis  seulement  mis 
eu  surveUlance,  et  enfin  ,  lors  de  l'é- 
Ténemenl  du  3  nivôse  au  ix  (2.4  dé- 
cembre 1800),  conduit  aux  îles  Sé- 
chelles ,  où  il  est  mort  en  i8o3  ,  dans 


peu 


avance. 


B 


FOURMER  (  Pierre-Nicolas  ) , 
ingénieur, archilccte-voyer  de  Mantes, 
membre  de  la  société  des  sciences, 
lettres  et  arts  de  la  même  ville  ,  et 
correspondant  de  l'académie  celtique, 
naquit  à  Paris  en  i']^']'  Son  père  tra- 
■vaillait  dans  les  finances,  et  le  desti- 
nait à  suivre  la  même  carrière.  Il  le 
mit  au  collège  du  Plessis ,  où  il  se  dis- 
tingua d'abord  par  d'heureuses  dispo- 
sitions :  mais  une  jeunesse  fougueuse 
l'empêcha  d'y  terminer  ses  études  j  et 
ses  parents  le  confinèrent  dans  un 
couvent.  Il  n'en  sortit  que  pour  passer 
successivemrnt,  et  en  peu  de  temps, 
dans  le  régiment  de  colonel-général  et 
dans  celui  de  la  Rochefoucauld ,  qu'il 
ne  tarda  pas  àqnitler  pour  entrer  dans 
l'arlillerie  royale  de  la  marine.  Il  servit 
treize  ans  dans  ce  dernier  corps.  En 
i-jBd,  la  paix  rendant  inutiles  ses 
travaux  milit  nres ,  il  se  retira  à  Nan- 
tes ,  où  il  fut  chargé  de  l'administra- 
tion du  grand  théâtre.  En  i  •jSg  ,  il  se 
joignit  aux  Nantais  qui  se  rendirent  à 
Rennes,  pour  favoriser  ce  premier 
élan  de  la  liberté  ,  qui  avait  alors 
quelque  chose  de  séduisant,  et  qui  ne 
tarda  pas  à  se  montrer  sous  les  traits 
de  la  licence ,  et  bienlôi  après  sous 
ceux  de  Tanarchie.  Après  le  i4  juil- 
let, il  se  forma  dans  toutes  les  vdles 
des  compagnies  armées  qui  précédè- 
rent la  formation  des  gardes  nationales, 
Fournier  servit  à  Nantes  comme  capi- 


FOU  587 

tainc  d'une  de  ces  compagnies.  Eu 
novembre  1 792 ,  il  fut  élu  chef  de 
bataillon,  et  nomme  ingénieur  de  la 
garde  nationale.  Après  avoir  renversé 
le  trône  et  s'être  souillée  d'un  exécrable 
régicide,  la  Convention  trouva  une 
autorité  rivale  dans  la  fameuse  com- 
mune de  Paris;  alors  plusieurs  dépar- 
tements du  midi  et  de  l'ouest  envoyè- 
rent dans  la  capitale  des  forces  dépar- 
tementales ,  sous  prétexte  de  protéger 
les  soi-disant  représentants  du  peu- 
ple contre  la  commune,  les  sections  et 
les  jacobins ,  mais  avec  la  mission 
secrète  de  veiller ,  s'il  élnit  possible , 
au  salut  de  la  liberté  publique.  Four- 
nier fut  nommé  commissaire  civil  de 
la  force  départementale  de  la  Loire- 
Inférieure.  Son  détachement  fut  ca- 
serne ,  avec  celui  du  Finistère ,  rue  de 
rOursine  ;  mais  la  Convention ,  crai- 
gnant des  auxiliaires  qu'elle  n'avait 
pas  demandés ,  et  qui  pouvaient  deve- 
nir ses  ennemis,  se  hâta  de  rendre ,  le 
5  mars,  un  décret  qui  les  renvoyait 
tous  dans  leurs  foyers.  En  passant  à 
Orléans  (  le  i5  mars),  Fournier  et 
son  détachement  furent  requis  [iar  La 
Planche  et  Collot-d'Herbois  pour  pro- 
téger Léonard  Bourdon,  dont  les  jours 
n'étaient  pas  men.icés.  La  guerre  de 
la  Vendée  venait  d'éclater  :  Fournier 
et  ses  soldats  furent  misen  réquisition 
pour  aller  combattre  leurs  frères.  Il  se 
distingua  dans  cette  affreuse  guerre;  il 
perdit  trente-cinq  hommes,  eut  quatre- 
vingt-dix  blessés  dans  divers  combats, 
et  rentra  enfin  à  N  .ntes  avec  les  dé- 
bris de  son  détachement.  Lorsque  cette 
ville,  dont  il  traça  et  dirigea  les  forti- 
fications, fut  assiégée, le  5o  juin  i  -yga, 
par  les  armées  combinées  de  l'Anjou 
et  du  Poitou,  Fournier,  alors  com- 
mandant d'arrondissement,  défendit 
le  quartier  de  Gigau  avec  deux  batail- 
lons de  la  garde  nation  *  e  nantaise  et 
uu  bataillon  de  paysans  de  la  Gucr- 

25.. 


388  FOU 

che.  Le  gouvernement  re'volulionnaire 
ayant  ëtë  organisé  à  la  suite  deséve'ne- 
inents  du  3i  mai ,  Fournier  fut  com- 
pris au  nombre  des  cent  trente-deux 
Nantais  que  Carrier  envoyait  à  ia 
mort  sur  la  route  de  P^ris  :  ils  durent 
à  l'humanité  du  brave  Boussard,  chef 
de  Tescorte  quon  leur  avait  donnée, 
de  n'être  point  fusillés  près  d'An- 
cenis  (  i  ) ,  et  à  la  fermeté  du  général 
Danican ,  qui  résista  courageusement 
à  Francastel ,  de  n'être  point  noyés 
dans  la  Loire,  auprès  d'Angers.  L'au- 
teur de  cet  article  était  du  nombre  de 
ces  victimes  dévouées  à  la  mort ,  qui , 
échappées  à  tant  de  dangers  ,  arrivè- 
ïent  à  Paris,  languirent  un  an  dans  les 
fers,  virent  périr  dans  les  cachots  le 
tiers  de  leurs  compagnons  d'infortune, 
furent  jugées  par  le  tribunal  révolu- 
tionnaire ,  deux  mois  après  le  ç)  ther- 
midor, et  acquittées  à  l'unanimité. 
Fournier  publia ,  pendant  sa  détcn^ 
tion ,  deux  mémoires  fortement  em- 
preints de  l'esprit  du  temps,  parce 
qu'à  une  époque  où  les  bourreaux 
mettaient  leur  gloire  à  se  demander 
ce  quils  avaient  fait  pour  mériter 
d'être  pendus ,  il  était  bien  difficile 
aux  victimes  qui  se  trouvaient  incli- 
nées sous  la  hache  révolutionnaire  , 
de  ne  pas  affecter  des  principes  anar- 
chiques  qui  ne  furent  jamais  les  leurs, 
de  ne  pas  même  se  vanter  d'avoir  com- 
mis desexcès  dontelles  ne  furent  jamais 
coupables.  Fournier  fut  défendu  de- 
vant le  tribunal  révolutionnaire  par 
l'acteur  Bcaulicu ,  qui  était  devenu  son 
ami  ;  et  ce  qui  étonna  tout  l'auditoire, 
en  l'attendrissant  jusqu'aux  larmes,  ce 


(i)  Le  comité  révolutionnaire  avait  prit  un  ar- 
rêté porUnlque  li  i'uu  dei  cent  trente-deux  N«n> 
tais  t'échappait  sur  la  route ,  tout  le*  aulret  «e- 
raient  fiutUét  à  TintUnt;  il  avait  en  même  temps 
promit  ia  liberté  «  un  horloger,  qui  devait  t'éva- 
der  tur  la  route  d'Ancenis.  Celui-ci  «'évada  avec 
un  bonnet  rouge  tur  la  lé>e  ,  qu'il  avait  toujoura 
porte.  Le  brave  Bouttard  refusa  d'exécuter  l'ar- 
Tk\é  ,  et  fut  mil  vu  pritou  à  Âogeri. 


FOU 

fut  d'entendre  un  homme,  naturelle- 
ment plaisant  et  facétieux,  trouver, 
dans  son  cœur  et  dans  une  amilié 
héroïque  ,  les  mouvements  de  la  plus 
sublime  éloquence.  Fournier  revint  à 
Nantes  ,  où,  jusqu'à  sa  mort,  il  n'a 
cessé  de  jouir  de  l'estime  publique. 
Quelque  temps  avant  son  arrestation , 
il  avait  été  nommé  architecte-voyer  j  et 
c'est  de  celte  époque  que  commence  , 
en  quelque  sorte,  sa  vie  littéraire.  Eu 
faisant  creuser  dans  la  ville  pour  cons- 
truire des  aqueducs,  il  trouva  plusieurs 
médailles  anciennes.  Cette  découverte 
enflamma  son  imagination  ;  il  fit  faire 
des  fouilles  dans  plusieurs  endroits, 
et  fut  assez  heureux  pour  découvrir 
des  tombeaux  antiques ,  des  pièces  de 
monnaie  du  commencement  de  notre 
monarchie,et  des  monuments  romains 
de  différents  âges.  Il  a  composé,  sur 
tous  ces  objets,  des  Dissertations  et 
des  Mémoires  qu'il  a  lus  à  la  société 
des  sciences ,  lettres  et  arts  de  Nantes , 
et  dont  quelques-uns  ont  été  imprimés 
séparément.  L'auleur  les  a  réunis  en 
un  j:orps  d'ouvrage,  sous  le  titre 
d^  Antiquités  de  Nantes.  Ce  manuscrit 
précieux  ,  accompagné  d'un  grand 
nombre  de  dessins  ,  est  déposé  à  la 
bibliothèque  publique.  Fournier  a 
aussi  tracé  un  plan  de  la  ville  de 
Nantes,  telle  qu'elle  était  sous  le  règne 
de  Henri  I IL  11  y  a  joint  une  savante^ 
dissertation.  Ses  connaissances  dans  \ 
les  antiquités  l'avaient  fait  nommcri! 
archiviste  de  la  commune  de  Nantes  , 
et  conservateur  de  ses  monuments.  Il 
mourut  le  20  seplcmb.  1810,  regretté 
de  tous  les  habitants  d'une  ville  dont 
les  monuments  ont  faitpendautquinze 
années  l'objet  constant  de  ses  études  et 
de  ses  travaux.  Simple  dans  ses  mœurs 
ef  dans  ses  habitudes, presque  négligé 
dans  son  extérieur,  actif  dans  ses 
recherches,  aimant  à  se  rendre  utile, 
et   n'ayant  jamais   refuse  roccasioit 


FOU 

d'obliger ,  original  et  distrait ,  tel 
était  Fournier.  Il  a  enrichi  le  mi- 
nistère de  la  marine  de  tous  les  ma- 
miscrils  de  Dupavillon,  et  il  a  dirige 
pendant  quinze  ans  tontes  les  fêtes 
publiques  de  Nantes.  N'ayant  point 
eu  d'enfants ,  il  avait  ëlevë  et  comme 
adopté  plusieurs  indigents  ;  il  avait 
armé  et  équipé  plusieurs  soldats  à  ses 
frais:  il  n'avait  point  de  fortune,  et 
son  désintéressement  était  extrême. 
Fournier  a  tracé  les  principales  cir- 
constances de  &a  vie  dans  cette  épita- 
phe,  qu'il  se  fît  lui-même  peu  de  temps 
avant  sa  mort: 

Légiste  et  financier, 
£t  moine,  et  cavalier, 
Arlilleur  ,  fantassin, 
Ingénieur,  marin. 
Architecte  ,  officier , 
Commandant,  prisonnier ^ 
Vétéran  ,  citoyen , 
Académicien  ; 
De  Nantes  antiquaire, 
Voyer,  pensionnaire; 
Sans  fortune  et  sans  bien  ; 
Maintenant  moins  que  rien. 

V— VE. 

FOURNIVAL  (Richard  de),  Fur- 
xùval  ou  Foumivaux ,  l'un  des  ro- 
manciers les  plus  célèbres  du  i5*. 
siècle,  était  fils  de  Roger  de  Fourni- 
vaux,  médecin  du  roi  S.  Louis;  il 
obtint ,  par  la  protection  de  ce  prince , 
un  canonicat  de  l'église  d'Amiens ,  et 
la  place  de  chancelier  du  chapitre,  en 
i24o.G'élait,  ditFauchet,  un  homme 
de  savoir; il  a  laissé  en  manuscrit  plu- 
sieurs ouvrages,  parmi  lesquels  on  cite  : 

I.  Li  Commantz  ,  ou  Commande' 
ments  d'amour,  en  prose.  On  y  trouve 
une  chanson  assez  agréable,  d'une 
vieille  dame  qui  se  vante  d'avoir  vu 
pleurer  à  ses  pieds  le  vaillant  des 
braves  lequel  mérita  ,  sous  Philippe- 
Auguste  ,  le  glorieux  surnom  ^Achil- 
le de  la  France  :  mais ,  malgré  ces 
indications, ou  n'a  pas  encore  décou- 
vert le  chevalier  dont  il  est  question. 

II.  Puissance  d'amour.  111.  Bes- 
ia  ire  d' amour.  Vàus  ces  deux  écrits, 


FOU  589 

également  en  prose,  Fournival  traite 
d'amour,  dit  Fauchet,  par  raisons  et 
démonstrations  naturelles  et  exemples 
pris  des  bêtes.  Les  auteurs  du  Diction- 
naire universel  annoncent  que  le  BeS' 
tiaire  d^ amour  a  été  imprimé  dans  le 
1 6^.  siècle ,  Paris ,  Jean  Trepperel ,  in- 
4°.  goth.  Mais  si  cette  édition  n'est  pas 
imaginaire,  elle  est  du  moins  très  rare, 
puisqu'aucun  bibliographe  n'en  fait 
raention.l  V.  Ahladane  ou  Abladène; 
c'est ,  dit  le  P.  Daire,  un  roman  plein 
de  fictions  peu  vraisemblables  sur  l'ori- 
gine d'Amiens  :  il  paraît  avoir  été  com- 
posé, ou  traduit  du  latin,  en  i25o; 
et  l'^fD  ne  doit  pas  regretter  qu'il  n'ait 
pas  été  publié.  V.  La  Panthère  d'a- 
mours. Ces  diflférents  ouvrages  sont 
conservés  à  la  bibliothèque  du  roi.  — - 
Simon  Fournival  ,  commis  au  se- 
crétariat des  trésoriers  de  France,  a 
publié  le  Recueil  des  titres  concer- 
nant les  fondions ,  rangs ^  dignités^ 
séances  et  privilèges  des  charges  de 
présidents  ,  trésoriers  de  France , 
généraux  des  finances ,  et  grands 
voyers  des  généralités  du  royaume, 
Paris,  i655,  in-foI.Cerecueil,  dont 
l'auteur  promettait  un  second  volume, 
a  été  long-temps  recherché,  parce  que 
c'est  le  plus  complet  qu'on  ait  sur  cette 
matière.  Jean-Léon  du  Bourgneuf, 
trésorier  à  Orléans ,  a  publié  un  ou- 
vrage qui  y  fait  suite ,  sous  ce  titre  : 
Mémoire  sur  les  privilèges  et  fonc- 
tions d«s  trésoriers  de  France ,  Or- 
léans, 1 745,  2  vol.  in-4°.     W— s. 

FOURQUEVAUX  (  Raimond  de 
JkccARiE  DE  Pavie,  bai  OU  de)  né 
à  Toulouse ,  eh  1  Sog  ,  descendait 
d'une  ancienne  famille  du  Milanez , 
établie  en  France  du  temps  de  Char- 
les VIL  11  fit  ses  premières  armes 
en  Italie ,  sous  les  ordres  de  Lautrec, 
et  continua  à  servir  dans  les  guerres 
de  la  Savoie  et  du  Piémont.  Il  accom- 
pagna en  Ecosse,  en  i548,  la  rcino 


Sgo  FOU 

Louise  de  Lorraine ,  racre  de  Marie 
Stuait,  et  reçut  ensuite  différentes 
missions  également  honorables  et  im- 
portantes. Il  commandait  un  corps 
d'infanterie  à  la  bataille  de  Marciano 
en  i554,  et  il  y  fut  blessé  et  fait  pri- 
sonnier. Des  soldats  échappés  à  cette 
défaite  répandirent  en  France  le  bruit 
de  sa  mort;  et  sa  femme,  à  cette  fu- 
neste nouvelle,  mourut  de  douleur. 
Nommé  gouverneur  de  Narbonne  en 
1557,  il  y  maintint  la  tranquillité, 
en  expulsant  de  la  ville  toutes  les  per- 
sonnes suspectes.  Pour  parv^^nir  à  ce 
but,  il  fil  annoncer  que  deux  cheva- 
liers e.sp;(gnols  dev^iient  se  batu^  en 
champ  clos  et  à  outrance  ,  dans  un 
terrain  hors  de  la  ville;  et  lorsque 
tout  le  peuple ,  excité  par  la  curiosité, 
fut  sorti  pour  assister  à  ce  speclacle , 
il  ferma  les  portes,  et  ne  laissa  ren- 
trer que  les  habitants  paisibles.  Il 
contribua  à  empêcher  les  protestants 
de  s'emparer  de  Toulouse ,  défît  au 
village  de  Lattes ,  près  de  Montpel- 
lier, leur  armée  rommandée  par  Des- 
Adrets ,  ^t  rendit  encore  à  l'état  d'au- 
tres services.  Il  fut  envoyé  ambassa- 
deur en  Espagne  eu  1 565  ,  et  mourut 
à  Narbonne  en  i574'  C'est  Fourque- 
vaux  qui  est  l'auteur  de  ^Instruction 
sur  la  guerre ,  ou  Traité  de  la  dis- 
cipline militaire ,  atti  ibué ,  par  er- 
reur à  Guill.  du  Bellay,  Paris ,  Vas- 
cosan  ,  i555,  in-4''.  et  in-8'.  Les 
Mémoires  de  son  ambassade  en  Es- 
pagne, ses  Dépêches  et  ses  Lettres 
sont  conservés  à  la  bibliothèque  du 
roi.  W— s. 

FOURQUEVAUX  (François  Pa- 
viE,  baron  de),  fils  du  précédent, 
naquit  vers  i56i  ,  au  château  de  son 
père ,  près  de  Toulouse,  11  eut  dans 
sa  jeunesse  la  passion  des  voyages; 
et  il  parcourut  non  seulement  les  dif- 
rents  pays  de  l'Eurone ,  mais  encore 
une  grande  partie  de  l'Asie  et  les 


FOU 

cotes  de  l'Afrique.  Il  avait  fait  nn  re- 
cueil de  ses  observations  sur  les 
mœurs  ,  les  coutumes ,  les  usages  des 
peuples  qu'il  avait  visités:  mais  ce  re- 
cueil ,  qui  pouvait  contenir  des  faits 
intéressants ,  n'a  point  été  public  ;  et 
l'on  ignore  s'il  existe  encore  en  ma- 
nuscrit. Fourquevaux  était  destiné , 
par  sa  naissance  ,  à  remplir  des  em- 
plois à  la  cour;  il  fut  nommé  successi- 
vement gentilhomme  ordinaire  de  la 
chambre ,  surintendant  de  Henri  IV, 
alors  roi  de  Navarre ,  et  chevalier 
d'honneur  de  la  reine  Marguerite.  Il 
épousa  ,  en  iSgi  ,  Marguerite  de 
Chaumeil,  dont  il  eut  plusieurs  en- 
fants, et  mourut  le  0  mars  161 1 ,  à 
l'âge  d'environ  cinquante  ans.  C'est  à 
François  Fourquevaux  que  le  poète 
satirique  Régnier  a  adressé  une  épî- 
tre;  et  c'est  peut-être  une  des  raisons 
qui  lui  ont  fait  attribuer  V Espadon , 
recueil  de  satires  qu'on  sait  être  de 
Claude  d'Esternod  (  F.  Esternod  )  : 
mais  il  est  l'auteur  des  Vies  de  plu- 
sieurs grands  capitaines  français , 
Paris,  1645,  in-4*'.  ;  elles  sont  au 
nombre  de  quatorze ,  parmi  les- 
quelles on  doit  remarquer  celle  de 
Raimond  de  Fourquevaux  ,  sou  père. 
Il  y  a  de  l'exaclitude  dans  les  faits  j 
mais  le  style  en  est  peu  agréable. 
W— s. 
FOURQUEVAUX  (  Jean  -  Bap- 
tiste-Raimond  Pavie  de  ),  petit- 
fils  du  précédent,  naquit  à  Toulouse 
en  1695.  H  fit  ses  études  sous  la  di- 
rection des  Pères  de  la  doctrine  chré- 
tienne; ef,  après  les  avoir  terminées, 
il  obtint  une  lieutenancc  au  régiment 
du  Roi  infanterie.  Au  milieu  de  la  vie 
dissipée  des  garnisons,  il  cultivait  la 
poésie  ,  non  sans  quelque  succès , 
puisqu'il  remporta  en  1-^14  le  prix 
de  l'élégie  à  l'académie  des  jeux  flo- 
raux. Sa  mère,  femme  d'une  grande 
piclé,  l'avait  vu  avec  peine  entrer 


FOU 

i^aiis  la  carrière  des  armes,  par  la 
crainte  qu'il  n'y  trouvât  Jes  obstacles 
à  son  salut.  Cédant  à  ses  instances  ,  il 
donna  sa  démission,  et  se  retira,  en 
1717,  dans  la  communauté  de  Saint- 
Hilaire  de  Paris ,  où  il  se  consacra  à 
l'exercice  de  toutes  les  vertus  chré- 
tiennes. Il  prit  néanmoins  une  part  ac- 
tive aux  querelles  qui  divisèrent  l'église 
de  France  au  18  .  siècle,  publia  des 
écrits  qui  le  Jetèrent  dans  des  contro- 
verses peu  agréables ,  et  mourut  au 
château  de  Fourquevaux,  le  2  août 
1768.  On  a  de  lui  :  I.  Lettres  d'un 
Prieur  au  sujet  de  la  nouvelle  ré- 
futation du  livre  des  Belles  pour 
V intelligence  des  saintes  Ecritures^ 
Paris  ,  17*27,  in-i2.  lï.  Nouvelles 
Lettres  sur  le  même  sujet  y  1729, 
in- 12.  m.  Traité  de  la  confiance 
chrétienne,  1728,  réimprimé  en 
1751.  IV.  Catéchisme  historique 
et  dogmatique  ,  1 729 ,  2  vol.  in-i  2  ; 
souvent  réimprimé  avec  des  addi- 
tions. La  meilleure  édition  de  cet  ou- 
vrage est  celle  de  Paris,  1766  ,  avec 
les  Suites ,  5  vol.  in-12.  Ou  trouve 
VEloge  de  l'abbé  Fourquevaux  dans 
les  Nouvelles  ecclésiastiques  du  7 
lévrier  1769.  W — s. 

FOWLElx  (  Jean  ) ,  imprimeur 
anglais  du  16''.  siècle,  natif  de  Bris- 
tol ,  fut  reçu  en  1 555  associé  du  col- 
lège neuf  d'Oxford.  Environ  quatre 
ans  après ,  il  quitta  l'Angleterre  ,  et 
vint  exercer  la  professi(m  d'impri- 
meur à  Anvers  et  à  Louvain  ,  ou  il 
devint  le  principal  imprimeur  du 
parti  catholique.  Wood  compare  son 
mérite  à  celui  des  Estienne  :  il  paraît 
du  moins  que  Fowler  avait  beaucoup 
d'érudilion  et  quelque  critique.  On  a  de 
lui ,  entre  autres  ouvrages  :  I.  Un 
abrégé  de  la  Somme  théologique  de 
S.  Thomas  d'Aquin.  11.  Additiones 
in  chronica  Genebrardi.  Wï.Pseau- 
ticr  à  l'usage  des  catholiques,  IV. 


FOW  39  r 

Des  Epigra rames  et  autres  poésies.  Il 
mourut  à  JSewmark ,  en  Allemagne , 
en  1678.  X—s. 

FOWLER  (Christophe),  ecclé- 
siastique anglais,  né  à  Marlborough , 
dans  le  comté  de  Wilt,  en  161 1 ,  ab- 
jura la  religion  anglicane  à  l'époque 
de  la  guerre  civile  en  \6^\ ,  adopta  le 
covenant ,  et  se  fit  remarquer  par  sa 
manière  étrange  de  prêcher  ,  et  par 
la  violence  et  l'absurdité  c!e  ses  dé- 
clamations. Après  avoir  promené  et 
propagé  son  fanatisme  de  ville  en 
ville ,  il  obtint  le  vicariat  de  Sainte- 
Marie  de  Readiug,  et  fut  adjoint  aux 
commissaires  chargés ,  dans  le  comté 
de  Berts ,  de  la  destitution  des  mi- 
nistres opposés  au  parti  dominant.. 
11  perdit  ses  l>éuéfîces  après  la  res- 
tauration ,  n'en  continua  pas  moins 
lie  prêcher  „  et  mourut  presque  fou 
en  1676.  On  a  de  lui  quelques  écrits; 
nous  ne  citerons  que  le  titre  de  l'un 
d'eux  f  qui  pourra  donner  une  idée 
du  ton  dont  ils  sont  écrits  :  Dœm . 
nium  meridianum  :  Satan  à  midi  ; 
ou  Blasphèmes  anti-chrétiens ,  dia- 
lolismes  contraires  aux  Ecritures  ; 
signalés  par  la  lumière  de  la  vé- 
rité,  et  punis  par  la  main  de  la 
justice;  relation  impartiale  des  pro- 
cédés des  commissaires  du  comté 
de  Berks ,  contre  Jean  Pordage , 
ex-recteur  de  Bradfield,  i655,  ea 
anglais.  X — s. 

FOWLER  (  Edouard  ) ,  évêque 
anglican  ,  naquit  en  i632  ,  dans  le 
comté  de  Glocester ,  à  Westerleigh  , 
où  son  père  était  ministre.  Il  étudia 
à  Oxford  et  à  Cambridge,  et  devint 
en  1 656  chapelain  de  la  comtesse  de 
Kent.  Elevé  dans  la  religion  presby- 
térienne, il  hésita  d'abord  à  embras- 
ser les  principes  de  conformité;  mais 
enfin  il  s'y  détermina,  et  obtint  plu- 
sieurs bénéfices.  Zélé  défenseur  du 
protestantisme  sous  le  règne  de  Jac- 


393  F  0  W 

ques  I**'.,  il  se  trouva  expose  aux  per- 
sécutions du  parti  qui  gagnait  alors 
faveur;  mais  la  révolution  étant  arri- 
vée, il  fut  l'omraé  en  1691  évêque 
de  Glof ester ,  et  mourut  à  Glielsea  , 
en  17  i4'  %6  <3c  quatre-vingt-deux 
ans.  C'était  un  homme  d'un  esprit 
éf'.uré  et  d'opinions  très  modérées, 
s'appliquant  à  considérer  dans  la  reli- 
gion surtout  le  côté  moral.  Ou  a  de  lui, 
entre  autres  écrits  :  1.  Exposé  exact 
et  Défense  des  principes  et  de  la 
conduite  de  certains  théologiens  mo- 
dérés de  r Eglise  anglicane,  dési- 
gnés à  tort  sous  la  dénomination 
injurieuse  de  latitudinaires  ,  etc. , 
Londres,  1670,  in-8°.  il.  Le  Sut 
du  Christianisme,  Londres,  1671, 
1^76,  in -8°.  :  ouvrage  tendant  à 
prouver  que  le  perfectionnement  mo- 
ral de  l'homme  est  le  but  du  chris- 
tianisme. IlL  Libertas  evangelica, 
ou  Discours  sur  la  liberté  chré- 
tienne, Londres  ,  1680  ,  in-8'.,  ser- 
vant de  suite  au  But  du  Christia- 
nisme. X — s. 

FOWLER  (  Thomas  ) ,  né  le  22 
janvier  17  6,  à  York,  fut  destiné 
d'abora  à  la  pharmacie.  Il  exerçait , 
depuis  quinze  ans,  cette  profession 
dans  sa  ville  natale,  lorsqu'en  1774? 
il  abandonna  son  officine,  pour  se  li 
vrer  à  la  médecine  proprement  dite, 
qu'il  alla  étudiera  l'université  d'Edim- 
bourg. En  1 778 ,  il  soutint  sa  disser- 
tation inaugurale  ,  Sur  le  traitement 
de  la  Variole  ,  principalement  à 
l'aide  du  mercure.  Revêtu  du  doc- 
torat ,  il  s'établit  à  Staffurd  ,  dont 
l'hôpital  fut  confié  à  ses  soins,  et  011 
il  se  distingua  par  une  pratique  aussi 
heureuse  qu'étendue.  Il  retourna  ,  en 
1 791 ,  à  York,  et  y  reçut  les  encoura- 
gements les  plus  flatteurs.  Mais  un 
asthme  convulsif,  extrêmement  grave, 
qui,  pendant  deux  années,  le  toiir- 
loçnîa  cruellement,  interrompit  ses 


FOW 

travaux  littéraires  et  cliniques.  Goér, 
par    les  S(uls  efforts  de    la  nature, 
d'une  maladie  contre  laquelle  avaient 
échoué  toutes  les  ressources  de  l'art , 
Fowler  reprit  avec  une  ardeur  nou- 
velle ses  occupations  chéries;  et,  en 
1 796  ,  il  fut  choisi,  par  acclamation , 
médecin  de  rhosjjce  des  aliénés  qua- 
kers ,  établi  près  d'York  ,  sous  le  nom 
de  la  Retraite.  W  remplit,  avec  un 
rare  talent,  ces  fonctions  honorables 
et  délicates ,  jusqu'à  sa  mort ,  arrivée 
le  11  juillet  1801.  Les  sociétés  médi- 
cales de  Londres,  Edimboui  g  et  Bris- 
tol ,  avaient  admis  Fowler  dans  leur 
sein;  et  il  méritait  ces  distinctions, 
surtout  par  le  zèle  infatigable  dont  il 
était  animé.  On  trouva  dans  ses  ma- 
nuscrits,  sinon  l'histoire  complète, 
au  moins  l'esquisse  de  six  mille  ob- 
servations. C'est  dans  celte  espèce  de 
trésor  qu'il  avait  puisé  les  matériaux 
de  ses  ouvrages  :  1.  Résultais  obtenus 
de  l'emploi  du  tabac,  notumment 
dans  les  hjdropisies  et  les  dysen- 
teries ^   Londres,    1785,  in-8.  IL 
Résultats  obtenus    de  l'emploi  de 
V arsenic  dans  diverses  maladies, 
et  surtout  dans  les  fièvre<i  intermit- 
tentes, Londies,  1  786  ,  in-8°.  IIL 
Résultats    obtenus    de  la   saignée , 
des  sudorifiques  et  des  vésicatdres , 
poJir  la  guérison  du   rhumatisme 
aigu  et  chronique,  Londres,  «795, 
in  8".  De  ces  trois  opuscules,  écrits 
en  anglais,  le  dernier  est  sans  con- 
tredit le  plus  important,  le  plus  judi- 
cieux.   L'auteur   trace  les  caractères 
essentiels  et  la  meilleure  méthode  cu- 
rative   d'une    maladie   extrêmement 
commune  et  opiniâtre.  Les  observa- 
tions sur  les  propriétés  médicinales 
du  tabac  n'ont  pas  droit  siux  mêmes 
éloges  ;  on  ne  peut  se  défendre ,  en 
les  lisant ,  d'une  sorte  de  défiance  ;  et 
celles  sur  les  vertus  de  l'arsenic  font 
éprouver  un  sentiment  bien  plus  pé- 


FOW 

nible  encore.  Ce  nVst  point  Fowler 
qui  a  introduit  ce  poison  dans  la  ma- 
tière médicale;  mais  il  Ta  tiré  deTou- 
bli  dans  lequel  il  était  heureusement 
tombé  :  il  lui  a  prodigué  des  éloges 
outrés;  enfin  il  a  puissamment  contri- 
bué à  rendre  populaire  l'usage  de  ce 
métal  meurtrier,  qui,  sous  le  titre 
séduisant  de  Gouttes  fébrifuges  de 
Fowler,  fait  chaque  jour  de  nom- 
breuses victimes.  C. 

FOX  (  Richard  ) ,  évéque  anglais , 
naquit  vers  1466,  à  Ropeslcy,  dans 
le  Lincolnshire.  11  suivait  ses  études 
avec  succès  à  Oxford ,  quand  la  peste 
qui  vint  ravager  cette  ville,  l'obligea 
de  la  quitter  pour  aller  les  continuer  à 
Cambridge.  11  étudia  ensuite  la  théo- 
logie et  le  droit  canon,  et  prit  le  bon- 
net de  docteur  à  l'université  de  Paris; 
ce  qui  fut  l'origine  de  sa  fortune.  Il 
eut  l'occasion  de  connaître,  dans  la 
capitale  de  la  France ,  Mortou ,  évêque 
d'Ely ,  que  Richard  III  avait  forcé  de 
s'expatrier;  et  ce  prélat  le  recom- 
manda au  comte  de  Richmond ,  qui 
fut  depuis  roi  sous  le  nom  de  Henri 
YII,  et  qui  s'occupait  alors  des 
moyens  d'effectuer  un  débarquement 
en  Angleterre.  Fox  se  dévoua  entière- 
ment à  la  cause  de  Henri ,  qui  conçut 
nne  opinion  si  avantageuse  de  ses  ta- 
lents et  de  sa  fidélité,  qu'il  lui  laissa 
le  soin  de  suivre  avec  la  France  une 
négociation  relative  à  des  secours 
d'hommes  et  d'argent.  Fox  réussit  au 
gré  des  désirs  de  Henri  ;  et  ce  prince, 
parvenu  au  trône  en  i485,  Icfit  en- 
trer dans  le  conseil  privé,  et  lui  con- 
féra de  riches  bénéfices  :  deux  ans 
après,  il  l'éleva  au  siège  épiscopal 
d'Exeter,  le  nomma  garde  du  sceau 
privé,  enfin  il  le  fit  principal  secrétaire 
d'état.  Le  roi  employa  fréquemment 
Fox  pour  les  affaires  les  plus  impor- 
tantes, soit  au  dedans  du  royaume, 
soiiau  dehors,  l'envoya  en  ambassade 


FOX  593 

en  Ecosse ,  en  France  et  dans  les 
Pays-Bas  :  enfin  il  le  transféra  au  siège 
de  Bath  et  Wells,  puis  à  celui  de 
Durham.  Ce  fut  alors  que  ce  prélat 
eut  une  nouvelle  occasion  de  faire 
preuve  de  sa  loyauté.  Le  roi  d'Ecosse 
menr^çait  le  château  de  Noiham;  Fox 
le  fit  fortifier,  le  garnit  de  troupes  ,  et 
le  défendit  en  personne  jusqu'à  ce  que 
Thomas  Howard ,  comte  de  Surrey  , 
vînt  le  dégager,  et  força  les  Ecossais 
à  se  retirer.  L'évêque  signa  la  trêve 
de  sept  ans,  conclue  entre  les  deux 
royaumes  en  1 497,  et ,  bientôt  après, 
négocia  le  mariage  de  Jacques  IV  avec 
Marguerite,  fille  aînée  de  Henri  VU. 
En  i5oo,  l'université  de  Cambridge 
l'élut  chancelier,  et  le  roi  le  nomma 
évcquc  de  Winchester.  Il  accompagna 
Henri  VIII  dans  son  expédition  en 
France  en  i5i3,  assista  à  la  prise  de 
Térouane ,  et ,  de  concert  a  vec  Thomas 
Grey  ,  marquis  de  Dorset ,  il  conclut 
avec  l'empereur  Ma*ximilien  un  traité 
contre  la  France  ;  il  fut  ensuite  témoin 
dans  les  traités  de  paix  et  d'amitié  faits 
avec  cette  puissance.  Le  dernier  auquel 
il  prit  part,  fut  signé  en  i5i4  :  Fox 
cessa  dès- lors  d'être  employé  dans  les 
affaires  publiques.  Durant  le  règne  de 
Henri  VII,  il  avait  joui  de  la  faveur 
et  de  la  confiance  illimitée  dece  prince, 
et  pris  une  part  très-active  aux  affaires. 
Henri  Vil  le  iwmma  un  de  ses  exé- 
cuteurs testamentaires ,  et  le  recom- 
manda fortement  à  son  fils,  dont, 
suivant  quelques  auteurs  ,  il  avait  été 
parrain ,  et  que ,  suivant  d'autres ,  il 
avait  baptisé.  Malgré  tous  ces  titres 
aux  bonnes  grâces  de  Henri  Vlll ,  ce 
prélat  n'eut  point  de  crédit  auprès  du 
nouveau  roi,  qui  pourtant  lui  con- 
serva sa  place  au  conseil  privé.  Le 
comte  de  Surrey ,  qui  avait  été  rival 
de  Fox  sous  Henri  VU  ,  sut  mieux 
que  lui  se  prêter  aux  passions  impé- 
tueuses de  son  souverain ,  et  il  fut 


394  FOX 

long-temps  son  favori.  EnGn  Thomas 
Wolsey,  que  Fox  avait  pince  auprès 
de  Henri  pour  balancer  l'ascendant  de 
Siirrey,  ne  tarda  pas  à  les  éclipser 
tous  deux.  Fox  cependant  restait  en- 
core à  la  cour  :  mais  les  nombreuses 
mortifications  qu'il  y  essuya  ,  l'enga- 
gèrent, en  i5i5,  à  quitter  un  séjour 
où  il  avait  joui  de  tant  de  faveur,  et 
qui  était  devenu  pour  lui  si  affligeant. 
Retiré  dans  son  évêché  de  Winches- 
ter ,  il  s'y  dévoua  uniquement  à  l'exer- 
cice des  fonctions  épiscopalcs ,  et  à  la 
pratique  des  actes  de  charité  et  de  mu- 
nificence :  mais  il  n'avait  pas  eu  be- 
soin de  son  éloigncment  de  la  cour 
pour  faire  un  si  noble  emploi  de  son 
temps.  Dès  i5i5,  il  acheta  à  Oxford 
plusieurs  terrains  sur  lesquels  il  n'eut 
d'abord  le  projet  que  de  faire  élever 
un  collège  destiné  à  Tentretien  d'un 
certain  nombre  de  moines  et  d'écoliers 
séculiers,  envoyés  là  comme  à  un  sé- 
minaire par  un  pfieuré  de  son  diocèse. 
Déjà  les  bâtiments  étaient  très  avan- 
cés ,  quand  Hugues  Oldham  ,  évêque 
d'Exeter  ,  lui  suggéra  l'idée  de  donner 
à  son  plan  une  utilité  plus  réelle  et 
plus  durable.  On  prétend  que  ce  pré- 
lat dit  à  Fox  :  a  Eh  quoi  I  bâtir  des 
»  édifices  et  fonder  de  gras  bénéfices 
»  pour  une  compagnie  de  moines  dont 
»  nous  vivrons  peut-être  assez  pour 
»  voir  la  chute?  Non,  nonjil  estbien 
»  [Jus  convenable  de  pourvoira  l'ac- 
»  croisscmcnt  des  études  et  au  bicn- 
»  être  de  ceux  qui,  par  leur  instruc- 
»  lion  ,  se  rendront  utiles  à  l'Eglise 
»  et  à  l'Etat.  »  Ces  raisons  png.igèrent 
Fox  à  suivre  l'exemple  des  personnes 
qui  y  par  leurs  fondations ,  avaient  si 
amplement  contribué  à  étendre  la  ré- 
putation de  l'université  d'Oxford.  Il 
obtint,  en  i5i6,  des  lettres-patentes 
de  Henri  Vlll ,  et  fonda  le  collège 
connu  sous  le  nom  de  Corpus  Chrisli^ 
dont  la  réputation  l'emporta  bicotùtsur 


FOX 

celle  des  antres,  parce  qu'il  s'y  trouvait 
une  chaire  pour  le  grec  et  une  pour  le 
latin.  Cette  disposition  obtint  les  éloges 
et  l'admiration  d'Erasme  et  de  plu- 
sieurs savants,  qui  faisaient  tons  leurs 
efforts  pour  introduire  dans  les  écoles 
la  connaissance  des  auteurs  classiques , 
comme  une  branche  essentielle  des 
études  académiques.  Fox  invita  des 
hommes  d'un  mérite  reconnu  à  venir 
s'établir  dans  ce  nouveau  collège.  Le 
cours  de  langue  latine  ne  fut  p^s  res- 
treint aux  étudiants  du  collège  j  il  fut 
ouvert  à  tous  ceux  qui  se  trouvaient  à 
Oxford.  Cette  manière  grande  et  gé- 
néreuse de  départir  l'instruction  était 
nouvelle  j  le  professeur  reçut  l'injonc- 
tion expresse  d'expulser  la  barbarie 
hors  du  nouveau  collège  :  Barhariem 
è  nosiro  aîveariopro  virili  si  quandb 
pullulet ,  extirpet  et  ejiciat.  Le  pro- 
fesseur du  grec  eut  ordre  d'expliquer 
les  meilleurs  auteurs  classiques  en  cette 
langue  ;  et  ceux  que  Fox  désigna ,  an- 
noncent qu'il  jugeait  sainement.  Mais 
tel  était  l'esprit  du  siècle ,  que  ce  pré- 
lat, pour  ffiire  passer  les  leçons  de 
grec,  que  des  hommes  ombrageux  re- 
gardaient comme  une  innovation  dan- 
gereuse ,  fut  obligé  d'alléguer  l'auto- 
rité des  saints  canons,  qui  avaient  or- 
donné que  l'on  enseignât  la  langue 
grecque  d«ns  les  écoles  publiques. 
Malgré  cette  déclaration ,  les  préven- 
tions contre  le  grec  étaient  si  invété- 
rées, que  l'université  fut  troublée  sé- 
rieusement par  les  champions  de  l'en- 
seignement scholaslique.  Les  conseils 
^t  l'exemple  d'Erasme,  qui  résidait 
alors  au  collège  de  Sainte  -  Marie  à 
Oxford,  parvinrent  à  rétabhr  la  paix; 
et  graduellenK.nt  l'univerhilé  fixa  sou 
attention  sur  l'élude  des  langues  qui 
mettaient  en  état  de  lire  les  saintes 
Écritures  dans  l'original.  Fox  laissa 
.  dans  les  divers  diocèses  qu'il  gou- 
verna, et  nolaïament  à  Winchester, 


FOX 

des  preuves  de  sa  munificence.  Il 
parut,  pour  laderiiière  fois,  au  par- 
lement, en  i525.  Depuis  cinq  ans, 
il  était  privé  de  la  vue.  Wolsey  s'ef- 
forçait un  jour  de  lui  persuader  de 
résigner  son  évéché  en  sa  faveur, 
moyennant  une  forte  pension  :  «  Quoi- 
»  qu'a  raison  de  ma  cécité,  répartit 
»  -Fox,  je  sois  incapable  de  distinguer 
»  le  blanc  d'avec  le  noir,  je  puis 
»  néanmoins  discerner  le  vrai  d'avec 
»  le  faux;  et  je  vois  très  bien  sans 
»  yeux,  chez  un  certain  homme,  la 
»  méchanceté  que  je  n'avais  pas  vue 
»  auparavant.  Cardinal,  l'ambition  ne 
»  devrait  pas  vous  aveugler  au  point 
«  de  vous  empêcher  de  prévoir  votre 
»  propre  fin .  Ne  vous  embarrassez  pas 
»  de  l'évêché  de  Winchester  ;  occu- 
y>  pez-vous  des  affaires  du  roi.  »  Fox 
consacra  ses  derniers  jours  à  la  prière 
et  à  la  méditation ,  et  mourut  le  1 4 
décembre  i  5^8,  emporlautles regrets 
universels.  On  a  de  lui  une  Traduction 
anglaise  de  la  Règle  de  Saint-Benoît  y 
imprimée  en  i5i6  pour  l'usage  de 
sou  diocèse ,  et  une  Lettre  adressée 
au  cardinal  Wolsey  ,  qui  avait  le  des- 
sein de  faire  une  visite  des  églises 
pour  la  réforme  du  clergé.   E  — s. 

FOX  (Edouard)  naquit,  dans  les 
dernières  années  du  1 5".  siècle ,  à 
Dursley ,  dans  le  comté  de  Glocester. 
Il  étudia  à  Cambridge.  Son  goût  le  por- 
tant vers  la  politique  ,  il  fut  recom- 
mandé au  cardinal  Wolsey  ,  qui  se 
l'attacha.  Il  fut  nommé  aumônier  du 
roi ,  et,  en  i528  ,  envoyé  à  Rome 
avec  Gardiner  ,  alors  secrétaire  de 
Wolsey  ,  pour  solliciter  du  pape  Clé- 
ment VII  de  nouvelles  bulles ,  qui  au- 
torisassent le  divorce  de  Henri  VIII  et 
de  Catherine  :  les  premières ,  signées 
pendant  que  ce  pape  était  retenu  en 
captivité  par  l'empereur,  avaient  été 
regardées  comme  peu  valables.  Ayant 
pblcuu  ces  bulles ,  dont  le  pape  eut 


FOX  395 

soin  ensuite  de  détruire  l'effet,  Fox 
retourna  en  Angleterre,  devint  un  des 
premiers  conseils  du  roi  dans  l'affaire 
du  divorce,  et  lui  fit  connaître  Cran- 
mer.  (  Foy.  Cranmer.  )  Nommé  en 
i535  ,  évêque  d'Hereford,  il  fut  en- 
voyé ,  cette  même  année  ,  aux  pro- 
testants de  Smalcalde  ,  pour  les  sol- 
liciter de  se  réunir  à  l'église  d' An- 
gleterre ;  mais  ce  fut  inutilement.  Il 
revint  à  Londres  en  1 556  ,  et  y  mou* 
rut  en  i558.  Il  avait  été  aussi  envoyé 
en  France.  C'était,  à  ce  qu'il  paraît, 
un  homme  d'un  caractère  actif,  dé- 
terminé, mais  prudent.  Zélé  partisan 
de  la  réformation ,  il  la  seconda  en 
Angleterre  de  tous  ses  moyens  ,  mais 
de  manière  à  ne  point  s'exposer  à  la 
persécution.  Il  avait  coutume  de  dire  : 
«  Une  paix  honorable  est  la  seule  qui 
puisse  durer  ;  une  paix  déshonorante 
ne  tiendra  qu'aussi  long-temps  qu'on 
n'aura  pas  le  pouvoir  de  la  rompre  : 
le  seul  moyen  de  maintenir  la  paix 
est  donc  d'être  toujours  prêt  pour  la 
guerre.  »  On  a  de  lui  un  ouvrage  inti- 
tulé :  De  verd  differentia  regice 
potestatis  et  ecclesiasticœ ,  et  quce 
sit  ipsa  Veritas  et  virtus  utriusque , 
Londres,  i534  ^t  i538.  Cet  ouvrage 
a  été  traduit  en  anglais  par  Henri  lord 
Stnffurd.  X— s. 

FOX  (Jean)  naquit  en  iSiy,  à 
Boston ,  dans  le  comté  de  Lincoln.  Il 
étudia  à  Oxford ,  et  y  manifesta  son 
penchant  pour  la  théologie,  d'une  ma- 
nière conforme  au  goût  du  siècle,  par 
des  comédies  latines  sur  l'ancien  et 
le  nouveau  Testament.  Il  en  reste  en- 
core une ,  De  Christo  triumphanle , 
imprimée  à  Londres  en  i55i,  et  à 
Baie  en  iSSô^n-S".;  traduite  de- 
puis en  anglais,  par  Uichard  Day, 
Londres,  1679  et  i6o3,  iu-S".,  et 
en  français  {Foy.  Bienvenu).  L'o- 
riginal fut  réimprimé  en  1672.  Ce 
même  goût  pour  la  théologie  se  ma- 


3<j6  /  FOX 
iiifesla  bientôt  d'une  manière  plus 
sérieuse  et  plus  dangereuse  pour  lui, 
en  l'entraînant  dans  les  opinions  de 
Luther;  ce  qu'il  chercha  si  peu  à  dis- 
simuler, qu'accuse'  d'bcrésie  il  fut 
chassé  de  son  collège  en  1 545,  bien 
heureux ,  l'assura-t  on,  d'en  être  quitte 
à  si  bon  marché.  Ce  n'était  cependant 
pas  tout.  F6x  avait  perdu  son  père 
de  bonne  heure;  sa  mère  s'était  re- 
mariée :  son  beau-père  profita  de  la 
circonstance  pour  retenir  son  héri- 
tage, qu'il  pensait  bien  que  Fox  n'ose- 
rait réclamer.  Celni-ei  réduit  à  la  plus 
grande  misère ,  eut  le  bonheur  d'en- 
trer en  qualité  de  précepteur  chez  sir 
Thomas  Lucy.  Cette  éducation  finie , 
il  se  rendit  à  Londres,  et  s'y  trouva 
de  nouveau  dans  une  détresse  d'au- 
tant plus  fâcheuse  qu'il  s'était  marié. 
Enfin  un  jour,  dit-on,  qu'il  priait 
dans  l'église  de  Saint- Paul,  presque 
exténué  par  la  faim  ,  un  homme 
qu'il  ne  connaissait  pas  s'approcha 
de  lui,  lui  remit  entre  les  mains  une 
somme;  d'argent ,  en  lui  disant  de  se 
soutenir  et  de  soigner  sa  santé ,  parce 
qu'il  était  au  moment  de  se  trouver 
plus  heureux.  En  effet ,  trois  jours 
après ,  il  fut  choisi  par  la  duchesse  de 
llichmond  pour  faire  l'éducation  de 
ses  petits  -  neveux  ,  les  enfants  du 
comte  de  Surrey,  alors  à  la  Tour  de 
Londres  avec  son  père,  le  duc  de 
Norfolk  :  mais  il  ne  put  jamais  re- 
trouver celui  qui  lui  avait  prédit 
cette  bonne  fortune  et  donné  les 
moyens  de  l'attendre.  Cette  histoire 
se  sent  beaucoup  de  l'imagination  que 
Fox  a  portée  dans  son  Martyrologe  ; 
mais  du  moins  est-jl  certain  qu'il  de- 
vint précepteur  des  petits-neveux  de 
la  duchesse  de  Richraond.  L'un  de 
SCS  élèves ,  devenu  duc  de  Norfolk  par 
la  raort  de  son  père  et  de  son  grand- 
pcre,  le  prit  en  grande  affeclioii;  il  ne 
put  cependant  le  sauver  des  persécu- 


FOX 

lions  de l'évêqueGardiner,  qui  le  for- 
cèrent de  chercher  un  refuge  à  Baie ,  où 
il  subsista  en  corrigeant  des  épreuves. 
Après  la  mort  de  la  reine  Marie,  il 
revint  en  Angleterre ,  où  il  retrouva 
un  protecteur  dans  son  ancien  élève, 
qui  le  garda  cljrz  lui  tant  qu'il  vécut , 
et  qui  y  à  sa  mort ,  lui  laissa  une  pen- 
sion. 11  paraît  que  Fox  avait  pris  hs 
ordres,  et  s'était  fait  connaître  même 
avant  son  exil  par  des  sermons  en  fa- 
veur de  la  réformalion.  Elisabeth  le 
traitait  avec  bonté  ;  le  secrétaire  d'état 
Cecil  le  protégeait,  et  obtint  pour 
lui,  en  i565,  dans  l'église  de  Saiis- 
bury,  une  prébende  que  Fox  hé- 
sita à  accepter,  étant  dans  les  prin- 
cipes des  non-conf(Jrmistes ,  quoique 
très  modéré;  ce  qui  fut  cause  qu'il  ne 
profita  pas  de  la  faveur  qu'aurait  pu 
obtenir  un  des  premiers  apôtres  de  la 
réformation.  11  mourut  en  1 5^7,  âgé 
de  soixante-dix  ans.  Le  phis  célèbre 
de  ses  ouvrages  est  celui  qu'il  a  intitulé 
Actes  et  monuments  de  l'Eglise  , 
et  qui  est  généralement  connu  sous  le 
titre  de  Martyrologe,  contenant  l'his- 
toire des  troubles  attribués  à  l'Eglise 
romaine  depuis  le  lo''.  siècle  ,  et 
particulièrement  en  Angleterre  et  en 
Ecosse  ;  publié  à  Londres  en  1 565  ,* 
in-fol. ,  augmenté  ensuiie  et  imprime 
pour  la  quatrième  fois  en  i583,  2 
vol.  in-fol. ,  et  en  i6ùi  en  5  vol., 
et  ]iour  la  neuvième  en  1 684  j  5  vol. 
in-fol.,  avec  fig.  11  y  raconte  particu- 
lièrement et  en  détail  l'histoire  des 
martyrs  de  la  religion  prolestante, 
et  avec  des  circonstances  merveil- 
leuses qui  lui  ont  fait  donner  par  les 
catholiques  le  nom  de  la  Légende 
dorée  de  Fox.  Us  lui  reprochent 
aussi  l'emportement  et  la  grossièreté  ; 
ils  l'accusent  d'avoir  souvent  altéré  la 
vérité  pour  augmenter  le  nombre  des 
martyrs  de  sa  communion,  tellement 
que,  dans  la  première  édition,  on  trou- 
I 


FOX 

vaît,  au  nombre  de  ceux  qui  ravaierit 
soulenue  au  prix  de  leur  vie,  des  per- 
sonnes encore  vivantes,  et  qui  re- 
clamèrent contre  l'honneur  qu'on  leur 
faisait.  Ces  reproches  très  bien  fon- 
de's  n'empêchèrent  pas  le  Martyro^ 
loge  de  Fox  d'obtenir  un  prodigieux 
succès  en  Angleterre,  où  il  est  encore 
célèbre.  Les  autres  écrits  de  Fox,  très 
nombreux,  sont  tous  des  ouvrages  de 
théologie,  et  principalement  de  con- 
troverse. On  a  conservé  de  lui  quel- 
ques lettres  ,  qui  font  le  plus  grand 
honneur  à  son  caractère  cl  à  son  hu- 
manité. 11  laissa  deux  fils,  dont  l'un  , 
Samuel  Fox,  a  écrit  la  vie  de  son 
père ,  imprimée  en  tête  des  ^ctes  et 
et  monuments  de  l'Église.     X — s. 

FOX  -(Luc) ,  navigateur  anglais, 
parcourut ,  dès  sa  jeunesse ,  toutes 
les  mers  fréquentées  par  ses  com- 
patriotes ,  et  tourna  ses  pensées  vers 
la  découverte  d'un  passage  au  nord- 
ouest  de  l'Amérique.  En  1 606  il  avait 
dû  s'embarquer  avecle  capitaine  Jean 
Knight,  qui  avait  beaucoup  de  répu- 
t'ilion  pour  sa  connaissance  profonde 
des  mers  du  Nord;  ce  projet  ne  put 
s'accoraphr:  cependant  Fox  recueillit 
tout  ce  qui  concernait  les  voyages 
ejitrepris  au  nord-ouest  ;  il  conférait 
fréquemment  avec  Baffin,  Pricket  et 
d'autres  marins  qui  avaient  fait  cette 
navigation ,  ainsi  qu'avec  les  mathéma- 
ticiens et  les  géographes  les  p!us  ha- 
biles  ,  et  entre  autres  avec  le  cheva- 
lier Henri  Briggs ,  qui  a  écrit  sur  la 
question  du  passage  tant  cherché. 
(  P^oj.  Henri  Briggs.)  La  mort  de  ce 
dernier  retarda  l'expédition  que  Fox 
venait  de  faire  adopter.  Enfin ,  des 
hommes  puissanfs,  qui  s'intéressaient 
au  succès  de  ses  projets  ,  lui  firent 
obtenir  du  roi  un  bâtiment  et  tout  ce 
qui  était  nécessaire  au  voyage.  Il  fut 
présenté  à  Charles  V'.,  qui  lui  donna 
une  carte  où  étaient  notées  toutes  les 


FOX  597 

découvertes  faites  jusqu'alors  ,  et  lui 
remit  ses  instructions,  ainsi  qu'une 
lettre  pour  l'empereur  du  Japon ,  dans 
le  cas  où  le  passage  serait  découvert 
et  franchi.  Le  5  mai  1 65 1 ,  Fox  ap- 
pareilla de  Deptford.  11  entra,  le  2S4 
juin  ,  au  milieu  des  glaces  ,  dans  le 
détroit  de  Hudson  j  et  après  s'être  ap- 
proché de  la  côte  appelée  par  Bulton 
Cary's-Swan's-Nest  ,il  porta  au  nord- 
ouest,  et  vit,  le  27  juillet,  par  64  deg. 
1  miu.  de  latitude laoréale, le  Ne  ultra 
de  Button ,  terre  à  laquelle  il  donna  le 
nom  de  sir  Thomas  lloe's  Welcome  , 
qui  lui  resta.  Le  temps  était  beau ,  la 
mer  libre  de  glaces  ;  la  terre  n'était 
plus  couverte  de  neiges  j  la  côte  pa- 
raissait fort  saine  et  découpée  par  dif- 
férentes ouvertures.  Fox  se  diiigea  au 
sud,  et  vit  plusieurs  îles  auxquelles  il 
donna  des  noms.  Il  dit ,  dans  son  jour- 
nal ,  que  plus  il  s'éloignait  du  Wel- 
come ,  moins  la  marée  montait  ,  et 
qu'elle  finissait  par  devenir  insensible. 
Le  9  août,  il  entra  dans  la  rivière  de 
Nelson,  et,  en  la  remontant,  il  trouva 
renversée  la  croix  que  Button  avait 
élevée  sur  ses  bords:  il  la  rétablit,  et 
y  attacha  une  inscription  gravée  sur 
une  plaque  de  plomb.  Les  vents  con- 
traires l'empêchèrent  d'avancer  •  alors 
il  alla  à  l'est,  et  rencontra ,  le  29  août , 
le  capitaine  James ,  qui  était  parti  à 
peu  près  en  même  temps  que  lui  pour 
le  même  objet.  11  explora  ensuite  la 
partie  méridionale  de  la  baie  de  Hud- 
son  ,  jusqu'au  cap  Henriette-Marie. 
Ainsi  il  la  parcourut  dans  une  étendue 
de  près  de  neuf  degrés  en  latitude. 
Comme  il  avait  l'espérance  de  trouver 
un  passage  dans  cttte  partie  delà  baie, 
il  fît  voile  au  nord-est ,  vers  l'île  de 
Nottingham;  et  après  avoir  reconnu 
différentes  pointes  de  terre,  il  vit,  le 
20  septembre,  un  peu  au-delà  du 
cercle  polaire  ,  un  promontoire  qu'il 
nomma  Lord  -  fVeitons  •  Portland , 


%S  FOX 

parce  qu'il  a ,  eu  effet^  quelque  ressem- 
blance avec  la  pointe  de  Portiand , 
en  Angleterre.  Au  nord  de  ce  cap,  la 
terre  courait  au  sud-est.  11  l'appela 
Fox'sl'arthest  :  celte  île  est  nommée , 
sur  quelques  cartes  ,  James  Island  ; 
mais  une  partie  de  la  cote  du  de'troit 
de  Davis,  vis-à-vis  l'île  Disco,  dans 
le  Groenland ,  portant  le  même  nom , 
il  conviendrait ,  pour  éviter  la  confu- 
sion ,  de  conserver  le  nom  de  Fox  à 
l'île  dont  ce  navigateur  a  découvert  la 
pointe  la  plus  septentrionale,  et  dont 
un  cap  au  sud-ouest  reçut  de  lui  le 
'^nom  de  cap  Charles.  Depuis  quelque 
temps  Fox  vovëiit  plusieurs  de  ses  gens 
tomber  malades.  Les  gelées  devenaient 
plus  fréquentes  et  gênaient  la  manœu- 
vre. Il  quitta  ces  parages  vers  la  fin  de 
septembre,  et  arriva  aux  Dunes  le 
21  octobre,  sans  avoir  perdu  un  seul 
homme ,  ni  éprouvé  le  moindre  dom- 
mage. La  relation  de  son  voyage,  écrite 
en  anglais ,  est  intitulée  :  Le  Nord* 
Ouest  de  Fox  ^  ou  Fox  de  retour  du 
Nord-Ouest,  Londres,  i635,  in-4°., 
avec  une  carte.  Elle  prouve  que  l'au- 
teur était  un  homme  fort  instruit  et  un 
très  habile  marin.  On  y  trouve ,  en 
effet ,  des  observations  précieuses  sur 
les  glaces  ,  les  marées ,  les  courants  , 
Its  variations  de  la  boussole  et  les  au- 
rores boréales ,  qui  toutes  appartien- 
nent plutôt  à  la  physique  générale  qu'à 
la  navigation.  Il  établit,  dans  la  pré- 
face et  dans  la  conclusion  de  sou  ou- 
vrage ,  que  les  hautes  marées  qu'il 
avait  rencontrées  au  Welcome  ,  ne 
pouvaient  absolument  pas  venir  par  le 
détroit  de  Hudson  ,  mais  devaient  y 
éire aratenées  par  un  Océan  occidental; 
et  il  affirme  l'existence  du  passage  que 
l'on  trouvera  le  long  de  la  côte  du 
Welcome  ,  parce  que  c'est  le  point  où 
les  marées  sont  les  plus  hautes  et  qu'il 
y  a  des  baleines  :  il  ajoute  que  l'on  y 
découvrira  un  passage  large  et  ouvert, 


FOX 

situé  sous  un  climat  tempéré.  Tl  fond*» 
cette  assertion  sur  sa  propre  expé- 
rience ,  ayant  observé  que  plus  il  était 
monté  vers  le  nord,  dans  la  baie  de 
Hudson,  plus  il  avait  trouvé  le  temps 
chaud  et  la  mer  dégagée  de  glaces.  Les 
voyages  entrepris  postérieurement  , 
n'ont  pas  confirmé  les  suppositions  de 
Fox  ;  mais  il  n'en  a  pas  moins  le  mé- 
rite d'avoir  fait  le  premier  connaître 
avec  précision  une  partie  des  parages 
qu'il  a  parcourus  :  la  justesse  de  ses 
indications  a  été  prouvée  ,  puisque  les 
noms  qu'il  a  donnés  se  trouvent  encore 
sur  les  cartes  J  il  y  a  conservé  ceux 
qui  avaient  été  donnés  par  les  navi- 
gateurs précédents.  Sa  relation  est  pré- 
cédée d'une  introduction  dans  laquelle 
il  se  plaint  de  ce  que  l'on  n'a  pas  suivi 
la  découverte  avec  assez  de  persévé- 
rance. Il  donne  l'histoire  de  tous  les 
voyages  faits  avant  le  sien  ,  depuis  les 
temps  les  plus  reculés  ;  il  porte ,  sur  les 
découvertes  faites  dans  chaque  expé- 
dition, un  jugement  qu'il  accompagne 
de  remarques,  et  il  essaie  de  fixer  les 
latitudes  auxquelles  se  sont  élevés  les 
navigateurs,  quaud  ceux-ci  ont  négligé 
de  les  déterminer.  E — s. 

FOX  (George),  fondateur  de  la 
secte  des  quakers,  naquit  eu  1624, 
à  Drayton ,  village  du  Leiceslershire , 
eu  Angleterre.  Son  père,  presbytérien 
zélé,  était  tisserand.  Le  jeune  Fox 
montra ,  dès  ses  premières  années , 
une  gravité  peu  commune,  et  un 
grand  éioignemcnt  pour  tous  les  diver- 
tissements de  son  âge.  Il  cherchait  la 
solitude;  et  quand  il  parlait,  c'était 
avec  un  ton  et  des  gestes  lamentables. 
Ses  parens,  qui  n'étaient  pas  riches  , 
se  bornèrent  à  lui  faire  apprendre  à 
lire  et  un  peu  à  écrire  ;  mais  ils  lui 
inspirèrent  de  bonne  heure  des  senti- 
ments de  piété  et  de  vertu.  Fox  fut 
d'abord  placé  chez  un  marchand  de 
laine  et  de  bétail,  ,qui  l'envoyait  gar- 


<àor  ses  troupeaux  dans  les  bois.  Cette 
vie  solitaire  détermina  son  penchant 
à  la  contemplalion.  On  le  mit  ensuite 
en  apprentissage  chez  un  cordonnier 
à  Notlingham;  celte  profession  ,  exi- 
geant encore  moins  de  mouvement 
que  celle  de  tisserand,  augmenta  son 
penchant  à  la  méditation.  Il  employait 
tout  le  temps  que  ses  occupations  lui 
laissaient,  à  la  lecture  de  l'Ecriture- 
Sainte qu'il parvintàsavoir  presqu'en- 
tièrement  par  cœur  :  sa  conduite  était 
en  tous  points  irréprochable.  Quand 
il  eut  atteint  sa  dix-neuvième  année  , 
il  se  sentit  plus  porté  aux  contempla- 
tions spirituelles  qu'à  l'cxeicice  d'une 
profession  mécanique.  Affligé  de  la 
corruption  générale,  il  résolut  de  faire 
tous  ses  efforts  pour  ramener  les  hom- 
mes à  la  vertu.  Ce  fut  alors  qu'il  eut 
une  vision  dans  laquelle  il  crut  enten- 
dre la  voLx  de  Dieu,  qui  lui  ordonnait 
de  consacrer  sa  vie  aux  devoirs  de  la 
rehgion.  Aussitôt  il  quitte  son  maître, 
se  revêt  d'un  habillement  de  cuir,  et, 
pour  se  détacher  entièrement  des  cho- 
ses de  ce  monde ,  il  rompt  toute  rela- 
tion avec  sa  famille ,  et  se  met  à  courir 
le  pays  ,  ne  restant  jamais  long-temps 
dans  le  même  lieu ,  de  crainte  que 
l'habitude  ne  lui  fît  contracter  de  nou- 
velles liaisons  qui  eussent  pu  nuire  à 
la  sublimité  de  sa  vocation.  Il  allait 
quelquefois  écouter  les  prédications 
des  ministres  de  la  religion  ;  mais  il 
en  revenait  presque  toujours  peu  sa- 
tisfait ,  et  alors  il  allait  s'enfoncer  dans 
les  forêts,  passait  des  journées  entières 
dans  le  creux  d'un  arbre,  lisant  sans 
cesse  la  Bible.  Parvenu  à  un  degré  de 
perfection  qui  lui  rendait  inutile  la 
lecture  de  tout  autre  livre ,  il  fît 
bientôt  des  progrès  rapides  vers  un 
état  spirituel  encore  plus  élevé ,  et  il 
commença  alors  à  avoir  moins  de  res- 
pect pour  la  sainte  Écriture.  Croyant 
trouver  en  lui  ces  inspirations  qui 


FOX  Sqc) 

avaient  guidé  les  prophètes  et  les  apô- 
tres j  persuadé  que  cette  lumière  inté- 
rieure devait  faire  disparaître  toute 
obscurité  spirituelle,  il  crut  entendre 
une  voix  qui  lui  criait  :  «  Il  y  a  qucl- 
»  qu'un ,  c'est  Jésus  -  Christ  dans 
»  sa  simplicité  ,  qui  peut  te  parler 
»  comme  il  te  convient.  »  Depuis 
trois  ans ,  son  imagination  travaillait. 
Regardant  alors  sa  vocation  comme 
décidée,  Fox  parut  en  public.  Il 
prêcha  d'abord  à  Manchester  en 
1048,*  et  ne  tarda  pas  à  trouver  des 
prosélytes  :  car  ,  à  cette  époque ,  tou- 
tes les  têtes  étaient  préoccupées  de 
systèmes  de  religion  j  et  plus  ceux- 
ci  s'éloignaient  des  règles  ordinaires , 
plus  ils  trouvaient  un  accueil  favora- 
ble. Le  nouvel  apôtre,  docile  aux  ins- 
pirations qu'd  croyait  avoir  reçues 
d'en  haut ,  et  qui  lui  prescrivaient  de 
ramener  la  religion  à  sa  simplicité  pri- 
mitive, rejeta  tout  ce  qui  tenait  au 
culte  extérieur  :  il  dit  que  Dieu  n'ha- 
bitait pas  dans  les  temples  bâtis  par 
la  main  des  hommes;  que  l'institution 
du  ministère  était  toute  mondaine, 
puisque  le  Sauveur  du  monde  et  les 
apôtres  n'avaient  pas  étudié,  et  n'a- 
vaient pas  reçu  les  ordres;  qu'en  con- 
séquence chacun  devait  suivre  l'inspi- 
ration de  l'Esprit  saint  pour  connaître 
SCS  devoirs.  Les  premiers  disciples  de 
Fox  étant  pour  la  plupart  des  hommes 
de  peu  d'éducation,  l'excès  de  leur 
zèle  les  porta  à  quelques  désordres. 
Ne  voulant  pas  être  bornés  à  prêcher 
dans  les  rues  et  sur  les  places ,  ils  en  • 
traient  dans  les  temples,  et  interrom- 
paient le  service  divin  :  Fox  lui-même, 
malgré  sa  douceur  habituelle,  s'élant 
rendu  coupable ,  à  Nottingham ,  d'une 
incartade  de  ce  genre,  fut  mené  de- 
vant le  magistrat ,  auquel  il  répondit 
qu'il  avait  agi  par  l'ordre  du  Saint- 
Esprit.  Il  fut  cependant  niis  en  prison; 
mais  son  enthousiasme  et  sa  résigna- 


4oo  FOX 

^  lion  produisirent  un  tel  effet  sur  un 
grand  nombre  d'habitants,  et  même 
sur  le  magistrat,  que  ses  persécuteurs 
eux-mêmes  devinrent  ses  disciples,  et 
qu'il  recouvra  sa  liberté.  C'est  de  cette 
persécution  ,  éprouvée  par  Fox  en 
1649  î  que  les  quakers  datent  la  nais- 
sance de  leur  église.  Cet  événement 
leur  inspira  une  nouvelle  confiance. 
Cependant  ce  fut  vers  le  même  temps 
que  Fox  pensa  être  assommé  par  la 
populace,  parce  qu'il  avait  prêciiécon- 
tre  l'ivrognerie  et  les  vices  les  plus 
communs.  D'un  autre  côté ,  comme  il 
s'élevait  contre  le  paiement  des  dîmes 
et  contre  les  procès,  il  attira  sur  lui 
et  ses  sectateurs  la  haine  de  deux 
classes  d'hommes  qui  ont  une  grande 
influence  dans  la  société,  les  ecclé- 
siastiques et  les  hommes  de  loi.  Fox 
prêchait  aussi  contre  la  guerre;  mais 
ce  genre  de  prédication  lui  fut  moins 
nuisible.  11  annonça  un  jour  que  le 
Seigneur  lui  avait  défeudu  d'oler  son 
chapeau  à  qui  que  ce  fût,  par  forme  de 
politesse,  et  lui  avait  commandé  de 
tutoyer  tous  ceux  auxquels  il  pariait , 
de  ne  plier  le  genou  devant  aucune 
puissance  de  la  terre  ,  et  de  ne  jamais 
prêter  de  serment.  Toutes  ces  singu- 
larités attirèrent  de  mauvais  traite- 
ments à  Fox  et  à  sa  secte  :  traîné  de- 
vant un  juge ,  il  parut  son  bonnet  de 
cuir  sur  la  tête;  un  sergent  lui  donna 
lui  soufflet ,  Fox  tendit  l'autre  joue. 
Sur  son  refus  de  prêter  serment ,  et 
pour  son  manque  de  respect  envers 
le  juge,  il  fut  envoyé  à  l'hôpital  des 
fous  pour  y  être  fustigé.  Il  loua  Dieu , 
remercia  ceux  qui  lui  infligeaient  le 
châtiment,  et  se  mit  a  les  piêcher. 
Une  patience  si  extraordinaii  e  lui  ga- 
gnait sans  cesse  de  nouveaux  prosé- 
lytes. Comme,  pour  se  préparer  à  rece- 
voir l'inspiration  du  Saint-Esprit, 
ces  prosélytes  soumtttaienthur  esprit 
à  uns  couicnlion  pénible  ,  et  qu'il  en 


FOX 

résultait  souvent  une  violente  agitation 
et  même  des  tremblements  chez  ceux 
qui  avaient  le  genre  nerveux  délicat , 
on  leur  donna  le  nom  de  quakers  ou 
tremhleurs.  On  a  donné  d'autres  cau- 
ses à  cette  dénomination  ;  mais  celle- 
là  est  la  plus  vraisemblable.  Quoiqu'à 
cette  époque  on  tolérai  tous  les  nova- 
teurs, cette  secte  fut  persécutée  à  cause 
du  trouble  qu'elle  occasionna  dans 
les  églises.  Uencoutré  dans  une  de  ses 
courses  par  un  détachement  de  sol- 
dats ,  Fox  leur  fit  des  réponses  si 
bizarres,  qu'il  fut  envoyé  prisonnier 
à  Londres.  Cromwell  eut  la  curiosité 
de  le  voir;  et,  après  un  court  entre- 
tien, il  le  renvoya,  en  exigeant  sa 
promesse  de  vivre  paisiblement  avec 
ses  sectateurs.  Enhardi  par  un  tel  ac- 
cueil. Fox  se  livra,  au  milieu  de  Lon- 
dres, aux  travaux  de  son  ministère; 
et  il  eut  recours  à  la  presse,  pour  faire 
connaître  ses  principes ,  cl  pour  ré- 
pondre aux  ouvrages  que  l'on  avait 
publiés  contre  lui.  Les  voyages  qu'il 
fit  ensuite  en  différents  lieux,  l'expo* 
sèrent  encore  plus  d'une  fois  à  des 
emprisonnements ,  et  il  fut  souvent 
obligé  d'avoir  recours  au  Protecteur. 
Un  jour  il  lui  écrivit  pour  qu'il  adou- 
cît les  maux  de  ses  amis  :  apprenant 
ensuite  qu'il  allait  prendre  le  titre  île 
roi,  il  lui  demanda  audience,  et  lui 
fit  des  représentations  très  libres  con- 
tre cette  résolution,  qui  devait,  di- 
sait-il ,  entraîner  la  honte  et  la  ruine 
de  sa  postérité.  Fox  adressa  ensuite  à 
tous  les  souverains  un  écrit  dans  le- 
quel il  annonçait  un  jeûue  public  or- 
donné en  Angleterre  au  suj(  t  des  per- 
sécutions que  les  protestants  éprou- 
vaient dans  les  pays  étrangers  ;  et  il 
profita  de  cette  occasion  pour  s'élever 
avec  force  contre  l'espiit  de  persécu- 
tion. Le  nombre  des  quakers  s'était 
accru  au  point  que  hur  chef  con- 
voqua, en   i(35b,à  Bedford,   une 


FOX 

assemblée  générale,  qui  dura  trois 
jours,  pendant  lesquels  on  s'occupa 
des  affaiies  de  l'église  et  de  la  disci- 
pline. Après  le  retablisscnicnt  de  Char- 
les II ,  les  persécutions  continuèrent 
contre  les  quakers  ;  mais  Fox  ne  cessa 
de  faire  des  courses  d'une  extrémité' 
du  royaume  à  l'autre,  et  même  en  Ir- 
lamle ,  pour  y  fortifier  ses  frères  :  sa 
désobéissance  aux  lois  qui  défendaient 
de  tenir  des  assemblées  religieuses, 
et  qui  ordonnaient  de  prêter  ser- 
ment au  souverain,  lui  attira  de  nou- 
veaux désagréments.  En  1666,  les 
persécutions  s'apaisèrent  pour  un 
temps.  Déjà  des  hommes  d'une  cer- 
taine consi'lération  avaient  embrassé 
la  doctrine  de  Fox.  (  Foy,  Barclay.) 
Ils  s'occupèrent  de  concert  a  rédiger 
un  corps  de  doctrine  :  des  assemblées 
mensuelles  et  annuelles  furent  éta- 
blies; et  l'on  y  avisa  aux  mesures  que 
les  circonstances  indiquèrent.  Fox 
épousa  ,  en  1669,  la  veuve  d'un  juge, 
l'un  de  ses  plus  anciens  prosélytes. 
Deux  ans  après,  il  passa  en  Amérique 
pour  y  propager  sa  doctrine,  qui  déjà 
y  était  répandue.  Il  parcourut  une 
grande  partie  des  colonies  anglaises^ 
et  l'on  ajoute  même  que  par  le  moyen 
d'un  interprète  il  prêcha  les  sauvages  : 
mais  l'on  ne  dit  pas  quel  fut  le  succès 
de  ses  prédications.  Peu  de  temps 
après  son  retour  en  Anp;leîerre(i673), 
il  fut  mis  en  prison  à  Worcestcr ,  pour 
avoir  convoqué,  de  toutes  les  parties 
du  royaume,  une  assemblée  dont  le 
but  était,  disait-on ,  de  répandre  la  ter- 
reur parmi  les  sujets  de  Sa  Majesté. 
Dès  qu'il  eut  été  acquitté  de  cette  ac- 
cusation, il  partit  pour  la  Hollande. 
Lorsqu'il  revint  de  ce  pays ,  on  lui 
intenta  un  procès  au  sujet  du  refus 
de  payer  la  dîme ,  et  il  fut  condamné. 
Il  retourna,  en  1684,  en  Hollande, 
où  ses  partisans  se  multipliaient  j  puis 
i\  envoya  sa  bcllc-filie  et  d'âutres  fem- 

XV. 


I^OX  4oi 

mes  qui  professaient  sa  doctrine ,  à 
Elisabeth,  princesse  Palatine,  pour 
conférer  avec  elle  sur  divers  points 
concernant  la  religion.  Il  écrivit  même 
à  cette  princesse  pour  lui  recomman- 
der la  pureté  de  moeurs,  une  vie  mo- 
deste et  1  ecueillie ,  le  mépris  des  gran- 
deurs humaines ,  et  l'exhorter  à  con- 
sacrer ses  jours  à  la  piété.  Elisabeth 
répondit  à  la  lettre  de  Fox  ;  ce  qui  donna 
lieu  à  ses  disciples,  Barclay  et  Penu  , 
d'aller  rendre  une  visite  à  la  princesse 
pour  la  fortifier  dans  la  foi.  Fox  fît 
ensuite  à  pied  le  Voyage  de  Hambourg 
et  du  Holsteîn ,  pour  voir  ses  partisans 
et  pour  gagner  à  sa  cause  les  menno- 
nitcs,  les  labadistes  et  d'autres  sec- 
taires qui  manquaient  d'un  point»dô 
réunion.  Il  poussa  même  ses  courses 
jusqu'à  Dant^ig ,  afin  d'y  rendre  ser- 
vice aux  mennonites  ;  et  il  écrivit,  en 
leur  faveur,  au  roi  de  Pologne ,  une 
lettre  qui  produisit,  pour  un  temps, 
l'effet  désiré.  Les  fréquents  voyages 
et  les  fatigues  de  tout  genre  avaient 
tellement  altéré  la  santé  de  Fox  ,  qu'il 
fut  enfin  obligé  de  renoncer  aux  péni- 
bles travaux  qui  jusqu'alors  av;»ient  si 
peu  coûté  h  son  zèle.  L'avéneraent  de 
Jacques  II  au  troue  d'Angleterre  fut 
un  événement  heureux  pour  les  qua- 
kers :  car  ce  prince  commença  sou 
règne  par  suspendre  l'exécution  de 
toutes  les  lois  pénales  pour  fait  de  re- 
ligion *  et  lorsque  Guillaume  111  eut  été 
proclamé  roi ,  il  imita  en  ce  point  l,i 
conduite  de  sou  prédécesseur.  Ainsi 
Fox,  avant  de  mourir,  eut  la  saîis-^ 
faction  de  voir  sa  secte  jouir  d'une 
sécurité  qui  lui  avait  été  refusée  si 
long-temps.  Quoiqu'il  vécût  dans  la 
retraite  ,  il  ne  cessa  de  prêcher  que 
peu  de  jours  avant  sa  mort,  qui  ar- 
riva le  iG  janvier  1690.  Fox  était  un 
homme  sans  instruction  j  mais  il  avait 
à  un  degré  éminent  le  talent  de  per- 
suader ,,  puisqu  étant  né   dans  un^e 

î6 


4.02  FOX 

drtsse  inférieure   de   la    société,    et 
li*ayaiit  reçu  que  les  élc'mcnts  de  Tc- 
ducâtiou  la  plus  simple,  il  parvint  à 
faire  goûter  sa  doctrine  à  des  hommes 
d'un  rang  très  élevé.  Ce  fut  sans  doute 
à  de  tels  sectaires  que  la  société  des 
quakers  dut  l'avantage  de  survivre  à 
tant  d'autres  sectes  qui,  fondées  par 
des  enthousiastes,  ne  tardèrent  pas  à 
disparaître  après  la  mort  de  leurs  au- 
teurs :  le  quakérisme,  au  contraire, 
"  acquit  chaque  jour  de  nouvelles  forces; 
et  les  lois  finirent  par  le  tolérer , 
et  même  par  le  protéger.  Sous  le  rè- 
gne de  Guillaume  et  de  Marie,  un 
acte  du  parlement  statua  qu'en  justice 
l'affirmatioii   d'un    quaker    tiendrait 
liei^du  serment;  et,  sous  George  II  , 
le  mode  du  paiement  des  dîmes  fut 
mitigé  en  leur  faveur.  A  la  mort  de 
Fox ,  les  quakers  ,  très  nombreux  en 
Angleterre,   ne    l'étaient   pas  moins 
dans  lel  possessions  anglaises  de  l'A- 
mérique septentrionale  :  Fox.  avait 
jeté  les  fondements  de  la  société;  Bar- 
clay et  Penn  la  consolidèrent.  Ce  der- 
nier parle  de  Fox  comme  d'un  homme 
doué  d'un  entendement  admirable, 
4'ua  talent  particulier  pour  expliquer 
rBcriture-Sainte  de  la  manière  la  plus 
claiie  et  la  plus  consolante.  U  dit  qu'il 
excellait  surtout  dans  la  prière;  car, 
lorsqu'il  était  en  oraison  ,  il  paraissait 
si  pénétré  de  l'.iraour  et  de  la  crainte 
de  Dieu ,  que  l'on  ne  pouvait  le  voir 
sans   édification.   Il  ajoute  que  rien 
u*égalait  la  pureté  et  l'innocence  de  sa 
\ie  :  l'ardeur  de  son  zèle  et  son  infati- 
gable activité  élaif  nt  telles ,  qu'il  dor- 
mait et  mangeait  très  peu,  quoiqu'il 
fût  d'une  haute  taille  et  très  gros.  Les 
c'crits  de  Fox  ont  été  réunis  en  5  vol. 
in-fol.;  le  premier  contient  son  jour- 
nal ;  le  sccund,  sa  corrf'spondauce;  le 
troisième ,  ce  qu'il  a  écrit  sur  sa  doc- 
trine. Quelques  personnes  ont  )»ré- 
tCRdu  qu'il  a'itait  pas  réeliemeot  l'au- 


FOX 

tour  de  ces  différents  ouvrages  ;  ses 
sectateurs  soutiennent ,  au  contraire , 
que  tout  ce  que  ce  recueil  renferme 
de  plus  admirable,  est  réellement  dcf 
leur  patriarche.  L'on  a  beaucoup  écrit 
sur  les  quakers.  Sewcl  a  publié,  en 
anghis,  une  Histoire  des  Quakers. 
Gérard  Crusius  fit  paraître  ,  en  latin , 
une  Histoire  du  Quakérisme ,  Ams- 
terdam, iOqj,  in-8".;  l'année  sui- 
vante, elle  fut  réimprimée  dans  celte 
ville ,  puis  traduite  en  allemand  ,  à 
Berlin.  Un  médecin  allemand,  nommé 
Tobie   Kolhaus,    qui  était  quaker, 
écrivit,  sous  le  nom  de  Philalèlhes  , 
une  réponse  à  cet  ouvrage,  intitulée  : 
Dducidationes  quœdam  valdè  ne' 
cessarix  in  Ger.  Crusii  Historiam 
quakeranam ,   Amsterdam,    1696, 
in -8**.;  il  y  critique  moins  les  faits  en 
eux-mêmes ,  que  la  manière  dont  Cru- 
sius les  a  exposés.  On  a  aussi  en  fran- 
çais :  Histoire  abrégée  de  l'origine  et 
delaformaiion  de  la  société  dite  des 
Quakers  y  où  sont  exposés  claire- 
ment leur  principe  fondamental , 
leur  doctrine ,  leur  culte  ,  leur  mi- 
nistère et  leur  discipline  ;  précédée 
d'une  instruction  où  il  est  traité ,  en 
peu  de  mots  ,  des  dispensations  an- 
térieures de  Dieu  aux  hommes  ,  par 
G.  Penn  ;  traduite  de  l'anglais  par 
E.  P.  Bridet ,  Londres  ,  1 790  ,  in- 1 6. 
Enûn  il  a  paru  un  Précis  de  l'his- 
toire ,  de  la  doctrine  et  de  la  société 
des  amis  dite  des  Quakers ,  Paris , 
181 5,  in-8\  L'auteur  de  ce  dernier 
ouvrage  fait  mention  d'un   Tableau 
du  Quakérisme,  en  5   vol.  iu^". , 
probablement   écrit  en  an5;lais.    On 
trouve,  dans  le  Voyage  de  Brissot 
en  /imérique,  des  détails  intéressants 
sur  les  quakers  des  Etats-Unis. 

E— s. 
FOX  (  Charles- Jacques  ),   l'un 
des  orateurs  et  des  hommes  d'état  les 
plus  célèbres  de  l'Angleterre ,  était  le 


FOX 

troisième  fils  de  Henri  Fox ,  premier 
lord  HoIIand ,  que  ses  talents  élevèrent 
à  la  place  de  secrétaire-d'état  au  dépar- 
tement de  la  guerre,  sous  le  règne  de 
George  I  î ,  et  qui  fut  long-temps ,  dans 
la  chambre  des  communes  ,  l'antago- 
niste de  William  Pitt,  depuis  comte  de 
Cliatam.  Ainsi  la  rivalité  des  pères 
avait  précédé  celle  qui  devait  s'établir 
entre  leurs  fils.  Fox  naquit  le  i^  janvier 
1  ^4^.  Son  père,  qui  reconnut  de  bon- 
ne heure  ses  heureuses  dispositions  , 
mit  tous  ses  soins  à  les  cultiver.  Dès 
l'âge  le  plus  tendre,  il  ne  le  traita  pas 
en  enfant;  et  il  l'accoutuma  à  juger  de 
tout  par  lui-même,  laissant  même  tous 
ses  penchants  se  développer  sans  con- 
trainte. Heureusement  cette  excessive 
indulgence  neputétoufferdans  le  jeune 
Fox  toutes  ses  bonnes  qualités.  11  n'a- 
vait que  quatorze  ans ,  qimud  son  père 
le  mena  à  Spa ,  où  il  lui  donnait  tous  les 
jours  cinq  guinées  pour  les  risquer  au 
jeu.  C'en  fut  assez  pour  faire  naître 
dans  l'ame  de  Fox  une  passion  à  la- 
quelle, dans  la  suite,  il  sacrifia  sou- 
vent ses  plus  grands  intérêts.  Elevé 
au  collège  d'Eton ,  il  y  montra  une 
grande  aptitude  pour  tous  les  genres 
d'instruction,  une  ardeur  très  vive 
pour  tous  les  genres  de  divertissement, 
et  un  désir  excessif  de  se  faire  remar- 
quer. H  a  prouvé  ensuite  que,  malgré 
son  penchant  à  la  dissipation  ,  il  avait 
assez  bien  profilé  des  leçons  de  ses 
maîtres ,  puisque  les  savants  les  plus 
distingués  ont  toujours  admiré  son  éru- 
dition. Ses  voyages  sur  le  continent 
lui  donnèrent  un  goût  si  extraordi- 
naire pour  la  parure,  qu'on  le  cita  long- 
temps pour  la  recherche  de  ses  habits. 
Ceux  qui  l'ont  connu  plus  tard ,  ont  eu 
de  la  peine  à  se  figurer  que  l'homme 
dont  la  mise  était  si  simple  et  même  si 
négligée,  eût  autrefois  donné  le  ton 
aux  élégants  de  la  capitale.  Impatient 
de  le  voir  paraître  sur  la  scène  pohti- 


F  0  X  4o3 

que,  son  père  le  fit  élire,  en  17G8, 
membre  de  la  chambre  des  comnumeà 
pour  représenter  le  bourg  de  Mid- 
îiurst  en  Susscx.  Fox  n'avait  pas  en- 
core l'âgé  de  vingt  ans,  exigé  par  les 
lois  j  mais  le  comité  d'enquête  ne  fit 
pas  attention  à  cette  circonstance.  Sou 
discours  de  début  ne  fut  pas  propre  à 
lui  concilier  cette  popularité  qu'il  a 
tant  recherchée  par  la  suite.  Le  sujet 
de  la  discussion  était  la  pétition  de 
Wilkes  ,  qui,  de  la  prison  du  Banc  du 
roi ,  où  on  le  tenait  renfermé  ,  récla- 
mait sa  place  au  parlement  comme 
représentant  légal  du  Middlcsex.  Les 
avis  de  tous  les  légistes  étaient  en  sa 
faveur  :  Fox  lutta  contre  le  torrent,  et 
ne  fut  applaudi  que  du  ministère  et  de 
ses  partisans.  Cependant  le  public  im- 
partial discerna  ,  dans  cet  essai  pour 
défendre  une  telle  cause ,  le  talent  qui 
pouvait  en  faire  triompher  une  meil- 
leure. L'auteur  des  Lettres  de  Junius^ 
qui,  à  cette  époque,  attaquait  tous  les 
partisans  du  ministère,  encensa  le* 
talents  naissants  de  Fox.  Lord  North, 
chancelier  de  Téchiquier ,  récompensa 
ses  efforts  ,  en  le  nommant  payeur  de 
la  caisse  des  veuves  et  des  oipbehns, 
et  successivement  l'un  des  loids  de 
l'amirauté ,  puis  de  la  trésorerie.  Quoi- 
que Fox  ne  cessât  pas  jusqu'en  1 77^, 
de  voter  avec  les  ministres,  on  remar- 
qua ,  dans  plusieurs  occasions ,  que 
son  caractère  franc  et  ouvert  ne  lui 
permit  pas  toujours' de  sacrifier  son. 
opinion.  Enfin  il  se  ha  tout  à  coup 
avec  des  membres  de  l'opposition  , 
notamment  avec  Burke,  auparavant 
son  antagoniste  ,  et  que  depuis  i(  ap- 
pela le  plus  beau  génie  de  la  Grande- 
Bretagne,  pendant  le  18*.  siècle.  L« 
ministre  fit  à  Fox  des  remontrances, 
qui  furent  mal  reçues.  La  moi  t  de  son 
père,  arrivée  à  cette  époque  (1774)7 
semblait  favoir  rendu  toul-à-fait  in- 
dépendant, relativement  à  ses  Haisous 

26.. 


4o4  FOX 

politiques.  Dans  la  disciissiou  du  bill 
pour  exempter  du  serment  du  ie^f  une 
certaine  classe  de  citoyens ,  il  annonça, 
pour  la  première  fois,  cet  esprit  de 
tolérance  religieuse  auquel  il  a  depuis 
toujours  e'te'  fidèle.  S'il  oubliait  qu'il 
e'tait  lord  de  la  trésorerie  en  parlant 
d'une  manière   contraire  au  vœu  de 
radrainistration,.le  ministre  ne  l'ou- 
blia pas.  Sa  destitution  lui  fut  annon- 
cée par  un  billet,  signé  North,  qu'on 
lui  remit  au  milieu  d'une  discussion, 
dans  la  chambre  même.  Il  cacha  l'émo- 
tion que  lui  causait  un  coup  si  sensible, 
et  traita  de  lâcheté  cette  démarche  du 
ministre,  qui  eût  pu  lui  répondre  que 
sa  conduite  était  inconséquente  ,  puis- 
(|u*il    opinait  différemment  de   ceux 
dont  il  recevait  des  émoluments.  Fox 
chercha  dans  la  dissipation  une  dis- 
traction à  son  chagrin  :  les  excès  aux- 
quels il  se  livra,  eurent  bientôt  con- 
sumé tout  son  patrimoine.  Mais  il  ne 
perdit  pas  de  vue  la  carrière  politique  j 
et  ce  n'est  réellement  que  de  cette  épo- 
que qu'il  acquit  de  la  célébrité.  Devenu 
l'un  des  champions  de  l'opposition , 
les  sarcasmes  plurent  incessamment 
«ur  sa  tête  :  il  n'y  répondit  qu'en  fai- 
sant cause  commune  avec  Burke  et 
les  plus  célèbres   orateurs  du   parti 
whig,  et  surtout  en  défendant  le  droit 
re'claraé  par  les  colonies  américaines 
de  se  taxer  elles-mêmes.  Lord  Cliatara 
«tait  mort  eu  soutenant  la  même  cause. 
Fox  annonça  torts  les  revers  qui  sur- 
Tinrent  :   a  Alexandre-Ie-Grand ,  di- 
»  sait-il ,  n'a  pas  conquis  autant  de 
»  pays  que   lord  North  aura  eu  le 
»  talent  d'en  perdre  dans  une  seule 
»  campagne.  »  Après  cette  mémorable 
session,  Fox  fit  eu  France  un  voyage, 
dont  le  but  cnché  était  de  connaître 
les  véritables  dispositions  du  cabinet 
de  Versailles,  relativement  aux  insur- 
gés américains.  Il  trouva  que  ces  dis- 
positions e'taieut  hostiles  envers  I'Aq- 


FOX 

gfeterre;  et  cette  découverte  ne  fit 
qu'ajouter  à  son  esprit  d'opposition. 
Tant  que  dura  la  guerre  d'Amérique, 
il  ne  cessa  pas  de  se  montrer  contraire 
à  toutes  les  mesures  qui  tendaient  à 
soumettre  ce  pays  par  la  force  des 
armes.  Sa  conduite  lui  ramena  les  es- 
prits que  ses  discours  en  faveur  du 
ministère  lui  avaient  auparavant  alié- 
nés; et  après  un  duel  que  lui  attira 
une  violente  sortie  contre  les  déser- 
teurs de  l'opposition  ,  la  passion  du 
public  ne  connut  plus  de  bornes  :  il 
avait  été  légèrement  blessé  ;  une  foule 
nombreuse  se  fit  écrire  chez  lui,  pour 
lui  exprimer  toute  la  part  que  Ton 
prenait  à  son  rétablissement.  Il  profita 
ensuite   si  habilement  de  toutes  les 
occasions  pour  accroître  cette  popula- 
rité ,  que  lors  de  l'élection  générale  d« 
I  -jSo ,  il  fut  nommé  représentant  de 
Westminster,  en  dépit  des  obstacles 
que  lui  suscitèrent  le  crédit  d'une  fa- 
mille  puissante  et   l'influence  de  la 
cour.  Ce  fut  à  cette  époque  qu'on  l'ap- 
pela l'homme  du   peuple,  titre  qu'il 
mérita  par  la  manière  adroite  dont  il 
sut  enlever  tous  les  suffrages.  Cepen- 
dant l'opposition  devint  si  formidable 
dans  la  chambre  des  communes,  que 
les  ministres  crurent  devoir  céder  à 
leurs  adversaires.  Une  nouvelle  admi- 
nistration se  forma  sous  les  auspices 
du  marquis  de  Kockingham;  et  Fox 
fut  nommé  secrétaire  d'état  des  affaires 
éirangères  (  février  1 782  ).  Il  était 
alors  le  chef  des   whigs  ;  ce  parti 
l'avait  élevé  au    timon   des  afïàires. 
L'administration  dont  il  faisait  partie 
•fil  pendant  sa  courte  durée  quelques 
opérations    qui  furent    agréables  au 
peuple.   Par  un  acte  du  parlement, 
tout  fournisseur  du  gouvernement  fut 
privé   du   droit   de    siéger  dans  la 
chambre  des  communes;  les  préposés 
des  douanes  et  de  l'accise  perdirent  la 
faculté  de  TOler  dans  les  élcciions  : 


FOX 

une  politique  plus  généreuse  fut  adop- 
tée envers  l'Irlande.  Mais  dès  le  mois 
de  juillet,  la  mort  subite  du  marquis  de 
Roekingham  causa  la  chute  des  minis- 
tres. Le  roi,  qui  pendant  Texistence  de 
ce  ministère,  s'était  regardé  comme  en 
tutelle ,  éloigna  des  hommes  qui  ne 
s'étaient  rapproches  que  pour  lui  faire 
supporter  des  contrariétés.  Redevenu 
simple  particulier,  Fox  fut  alarmé  de 
la  faiblesse  de  son  parti,  qui  fut  alors 
abandonné  par  plusieurs  hommes  de 
talent,  entre   autres  par  le   célèbre 
Pitt,  bien  jeune  alors ,  et  par  M.  Gren- 
ville ,  aujourd'hui   l'homme    le  plus 
distingué  de   la  chambre  des  pairs. 
L'envie  de  rentrer  en  place  conduisit 
Fox  à  des  négociations  avec  lord  North 
pour  se  réunir  et  attaquer  le  ministère. 
La  réputation  de  droiture  defox  souf- 
frit unéchccquand  on  le  vit  se  joindre 
à  l'homme  dont  il  avait  si  violemment 
censuré  la  conduite.  La  nouvelle  coa- 
lition fit  passer  un  vole  de  censure 
contre  le  ministère,  qui  se  débattit 
avec  un  grand  courage,  mais  qui  finit 
par  succomber.  Pitt  avait,  pour  la  pre- 
mière fois,  fait  partie  de  ce  ministère. 
Fox  ,  de  nouveau  secrétaire  d'élat  , 
annonça  solennellementqu'il  renonçait 
à  toute  €."^pèce  de  dissipation;   mais 
le  naturel  l'emporta  bientôt,  et  six 
mois  après    il  avait  déjà  repris  ses 
anciennes  habitudes.  Les  traites   de 
paix  définitifs  furent  conclus  par  ce 
ministère,  en  1783,  avec  toutes  les 
puissances  que  l'Angleterre  avait  eu  à 
combattre  :  les  préliminaires  avaient 
été  l'ouvrage  de  lord  Shelburne;  et 
quoique  North  et  Fox  les  eussent  hau- 
tement désapprouvés,  comme  mem- 
bres de  l'opposition ,  il  n'y  fut  absolu- 
ment rien    changé.  Cette  opposition 
entre  les  discours  et  les   faits  nuisit 
beaucoup  à  Fox  et  à  son  parti  dans 
l'opinion  publique.  On  leur  reprocha 
àe  n'être  guidés  que  par  l'ambition. 


FOX  4o5 

Ils  avaient  la  majorité  dans  la  chambre 
des  communes;  mais  la  voix  générale 
était  contre  eux.  Enfin  le  fameux  bill 
de  l'Inde  devint  l'écueil  contre  lequel 
ils  échouèrent.  Ce  bi!l  tendait  à  mettre 
la  nomination  à  tous  les  emplois  dans 
la  main  du  ministère,  et  à  l'investir 
d'une    autorité    sans     bornes    da^is 
l'Inde.  On  a  prétendu   que  c'était-là 
son  véritable  objet,  que  l'on  colorait 
du  prétexte  spécieux  de  priver  la  com- 
pagnie des  Indes  de  sa  charte,  pour  la  . 
punir  de  ses  malversations ,  et  pré- 
venir  sa   banqueroute.  Le  discours 
que  Fox  prononça  en  cette  occasion, 
passe  pour  son  chef-d'œirvre ,  et  pour 
un  modèle  d'éloquence  et  de  saine 
logique.  Le  bill ,  puissamment  appuyé 
dans  la  chambre  des  communes,  y 
passa  malgré  les  attaques  de  Pitt  et  de 
Dundas,  et  les  réclamations  de  la  com- 
pagnie des  Indes.  A  cette  nouvelle,  le 
roi ,  effrayé  des  succès  de  ses  minis- 
tres, porta  ,  sur  tous  leurs  actes,   un 
œil  attentif  et  même  jaloux.  Il  réussit 
à  faire  rejeter  le  bill  par  la  chambre 
haute;  il  renvoya  le  ministèie,  et,  pour 
que  celui  qui  lui  succédait  n'eût  pas  à 
lutter  contre  la  majorité  que  le  pre- 
mier s'était  assurée,  il  convoqua  UQ 
nouveau  parlement.  Fox  avait  tant 
perdu  de  sa  popularité,  qu'il  eut  beau- 
coup  de  peine  à  réunir  les  voix  des 
électeurs  de  Westminster.  On  prétend 
même  qu'il  n'eût  pas  été  élu   sans  les 
sollicitations  de  quelques  dames  aussi 
distinguées  par  leur  rang  que  par  leur 
beaulxî.  Ces   dames  parcoururent  la 
ville  pour  lui  obtenir  des  voix.  (  f^oj\ 
Devonshire.  )    L'animosité  était  si 
grande  contre  lui ,  que  l'on  contesta 
la  légalité  des  votes  en  sa  faveur,  et 
que  la  vérification  amenée  par  celte 
réclamation  ,   entraîna  les  nobles  de 
son    parti   dans    des   frais   ruineux. 
Fox  ne  tarda  pas  à  recouvrer  la  faveur 
populaire  par  son  opposition  aux  taxes 


4o6  FOX 

demandées  p.ir  le  ministère.  Des  ques- 
tions politiques  du  plus  haut  intérêt 
furent  agile'es  successivement  durant 
Jes  sessions  du  parlement  de  1784. 
Fox  luttait  contre  le  ministre,  à  la  tête 
d'une  opposition  puissante.  Janiais  la 
chambre  des  communes  n'avait  vu 
siéger  à  la  fois  ,  dans  son  sein,  autant 
d'hommes  éloquents.  Un  événement 
inattendu  donna  encore  plus  de  déve- 
loppement à  ces  grands  talents.  Le  roi 
fut  atteint,  vers  la  fin  d'octobre  i-j  88, 
d'une  maladie  qui  ne  lui  permit  plus 
de  tenir  les  rênes  du  gouvernement. 
Fox  voyageait  alors  au  fond  de  l'Italie  : 
à  cette  nouvelle,  il  franchit,  en  neuf 
jours,  l'espace  de  5oo  lieues  qui  sé- 
pare Bologne  de  Londres,  et  rc- 
pirut  à  la  chambre  des  communes. 
Dans  les  débats  qui  s'élevèrent  sur  la 
manière  de  pourvoir  à  la  régence,  Fox 
et  son  parti  semblèrent  avoir  changé 
de  système.  II  pensa  que  l'héritier  pré- 
somptif de  la  couronne,  se  trouvant 
majeur  ,  était  régent  de  droit;  et  que 
toute  mesure  tendant  à  infirmer  cette 
prérogative ,  était  une  usurpation.  Les 
ministres  soutenaient ,  au  contraire , 
que  le  prince  de  Galles ,  malgré  ses 
droits  à  la  couronne,  après  la  mort 
du  roi ,  n'en  avait  aucun  à  la  ré- 
gence. Les  débats  devinrent  très  vifs 
lorsque  l'on  vint  à  discuter  sur  la 
manière  de  suppléer  à  la  sanction 
royale.  On  n'était  pas  encore  d'accord 
sur  la  question  de  savoir  si  la  régence 
serait  illimitée,  lorsque  la  nouvelle  du 
rélab'issement  de  la  sauté  du  roi  vint 
renverser  les  espérances  de  Fox,  qui 
voyait  déjà  les  portes  du  ministère 
ouvertes  devant  lui  par  un  prince  dont 
il  avait  soutenu  les  droits  avec  beau- 
coup de  chaleur.  Après  celte  lutte,  qui 
enleva  à  Fox  quelques-uns  de  ses  ad- 
mirateurs, parce  qu'il  avait  attenté  à  la 
pureté  des  principes  constitutionnels, 
â^^llji  J^eodre  les  eaux  de  Batb^  49At 


FOX 

une  maladie  grave  lui  avait  rendu 
l'usage  nécessaire.  A  son  retour,  il 
combattit  encore  le  ministère;  et  il 
parvint  quelquefois  à  lui  faire  changer 
de  marche.  Il  s'opposa  surtout ,  avec 
beaucoup  de  force  ,  en  1  ^go  ,  à  des 
démonstrations  d'hostilités  contre  l'Es- 
pagne et  la  Russie.  L'impératrice  Ca- 
therine II,  qui  avait  été  effrayée  des 
dangers  auxquels  sa  puissance  navale 
allait  être  exposée,  fut  si  contente  du 
discours  de  Fox, qu'elle  lui  demanda 
la  permission  de  faire  sculpter  son 
buste  en  marbre  blanc,  afin  de  le  pla- 
cer entre  ceuxdeCicéron  et  de  Déraos- 
thène.  Lorsque  la  révolution  française 
éclata  ,  Fox  en  prit  la  défense  au 
parlement;  et  cette  opinion  lui  fit 
perdre  plusieurs  de  ses  anciens  amis , 
et  notamment  Burke,  qui  eut  avec 
lui  une  vive  alt(  rcalion.  (  f^oy.  Bur- 
ke. )  Rien  ,  dans  la  vie  politique  de 
Fox,  ne  lui  fui  aussi  sensible  que 
cette  rupture  avec  un  ami  qu'il  révéïa 
toujours  avec  une  sorte  d'iloldtrie.  H 
ne  répondit  à  son  attaque  que  par  des 
larmes  et  des  prières;  mais  Buike  re- 
poussa toujours,  avec  emportement, 
toute  proposition  de  réconciliation 
avec  lui.  Fox  seconda  la  motion  de 
M.  Wilberforce  pour  l'abolition  de 
la  traite  des  nègres;  il  demanda  en- 
suite une  réforme  parlementaire,  qui 
fut  rejetée  ;  et  lors  du  procès  de  Louis 
XVI,  il  proposa  au  parlement  de  s'en- 
tremettre en  faveur  de  ce  monarque 
infortuné.  Les  efforts  qu'd  fit  ,  en 
1793,  pour  s'opposer  àla  déclaration 
de  guerre  contre  la  France ,  furent  mal 
vus  de  la  chambre  entière.  Des  bruits 
scandaleux  menaçaient  sa  popularité 
au-dthors;  le  jeu  et  les  paris  aux 
courses  de  chevaux  avaient  mis  ses  af- 
faires dans  l'état  le  plus  déplorable. 
Ce  fut  dans  ces  tristes  circonstances 
qu'il  écrivit  ï Appel  aux  citoyens  de 
ffestmimUr f  brochure  qui  offre  la 


FOX 

ii(îèlc  image  de  cette  ame  forte  aux 
prises  avec  le  malheur  sous  toutes  ses 
formes.  Dès    le   commencement  de 
1794,  Fox  saisit  l'occasion  de  se  dé- 
clarer contre  l'opinion  des  ministres 
qu'aucune  paix  ne  pouvait  se  faire  avec 
la  France,  tant  que  le  système  qui  re'- 
gnait  dans  ce  pays  continuerait  à  y 
prévaloir;  et  l'année  suivante,  ses  ad- 
versaires lui  donnèrent  gain  de  cause, 
en  faisant  annoncer ,  par  le  roi ,  qu'il 
était  prêt  à  recevoir  les  propositions 
de  paix  qu'il  plairait  au  Directoire  de 
lui  offrir.  Dans  les  années  qui  suivi- 
rent ,  Fox  combattit  avec  véhémence 
les  mesures  que  prenait  le  ministre  pour 
assurer  le  repos  de  l'Angleterre  ;  et 
voyant  ses  efforts  inutiles,  il  n'assista 
plus  que  très  rarement  aux  séances. 
6es  partisans  en  murmurèrent  ;  et  ils 
allèrent  jusqu'à  dire  qu'il  devait  plu- 
tôt laisser  son  siège  vacant  que  de  le 
retenir  pour  ne  pas  l'occuper.  Il  fut 
alors  un  peu  plus  assidu  ,  et  ne  né- 
gligea pas  une  occasion  de  cultiver 
celle  popularité,   qui ,   depuis  long- 
temps ,  le  dédommageait  de  la  priva- 
tion du  pouvoir.  Il  s'abandonna  donc 
alors  plus  que  jamais  à  l'enthousiasme 
que  la  populace  lui  témoignait.  Le  jour 
de  l'anniversaire  de  sa  naissance  ,  une 
réunion  immense  de  whigs  se  rendit 
à  une  taverne  pour  le  fêter.  I^a  foule 
fut  si  nombreuse  qu'il  arriva  beaucoup 
d'accidents.  On  tint,  dans  celle  assem- 
blée, des  discours  dont  le  gouverne- 
un  nt  fut  très  mécontent  ;  Fox  porta 
lui  mêmeun  toast  à  sa majestélv ^ivii- 
pie  souverain. Le  roi,  à  celte  nouvelle, 
raya  de  sa  main  le  nom  de  Fox  de 
la  liste  des  conseillers  privés.  Cet  ora- 
teur se  retira  alors  à  la  campagne;  et 
il  s'occupait  de  son   histoire  de  la, 
chute  des  Sluarls,  lorsque  des  ouver- 
tures de  paix ,  faites  par  te^ -gouver- 
nement (le   France ,  le  ramenèrent 
^aps  Tarçne  politique  en  î8oq.  11  fut 


FOX  407 

d'avis  qu'on  devait  accepter  sans  ba- 
lancer ces  propositions  ;  il  rappcb  ce 
qu'il  avait  dit  quelques  années  aupa- 
ravant ,    et  prédit  une  seconde  fois 
que  Ton  traiterait   avec   le   gt)uver- 
nement  français.  Sa  prophétie  s'ac- 
complit également  ;  mais  Pilt ,  honteux 
de  revenir  sur  ses  pas,  avait  quitté  le 
timon  des  affaires,  quand  les  prélimi- 
naires de  la  paix  furent  signés  en  1 801 . 
Fox  approuva  le  traité  d'Amiens  ,  et 
partit  Tannée  suivante  pour  Paris.  Il 
fut  très  bien  accueilli  dans  celle  capi- 
tale; et  le  premier  consul  Buonaparte 
lui  adressa  les  discours  les  plus  liât- 
leurs  ,  sans  réussir  à  lui  inspirer  une 
haute  idée  de  sa  personne.  Fox  pro- 
fila de  la  permission  qui  lui  fut  don- 
née de  puiser,  dans  les  archives  du 
gouvernement  ,   les   renseignements 
dont  il  avait  besoin  pour  le  règne  des 
monarques    anglais    dont  il  écrivait 
l'histoire.  A  peine  eut-il  quitté  la  France 
que  la  guerre  éclata  de  nouveau.  Une 
forte  opposition  se  réunit  contre  les 
ministres.  Fox  se  vit  momentanément 
à  la  tête  des  mécontents  du  parti  de 
Pitt  ;  et  l'on  crut  que  ce  dernier  avait 
arrangé,  avçcson  ancien  antagoniste, 
le  plan  d'une  administration  sous  les 
auspices  de  lord  Grenville.  Ce  plan 
échoua  ,  dit-on,  parce  que  le  roi  ne 
voulut  pasentendie  parler  de  Fox  pour 
Tadmetlre  dans  le  conseil.  A  la  mort 
de  Pitt,  en  1 806  ,  Fox  rendit  un  hom- 
mage éclatant  à  rinlégriléetau  désin- 
téressement de  son  rival  :  mais  il  com- 
battit la  proposition  de  lui  décerner  des 
honneurs  funèbres;  séparant  en  lui  lesv 
vertus  de  l'homme  privé  âo^  fautes  de 
l'homme  d'état.  Cet  événement  le  rap- 
pela sur  un  théaîrc  où  il  avait  cons- 
tamment regretté  de  ne  plus  figurer. 
Pendant  le  peu  de  temps  qu'il  occupa 
4e  ministère  des  affaires  étrangères,  il 
propos»  à  la  chambre  des  communes^ 
de  déclarer  la  guerre  à  la  Prusse ,  qu^ 


4o8  FOX 

avait  envahi  l'ëlectorat  de  Hanovre  , 
le  plus  ancien  patrimoine  de  la  maison 
rognante;  et,  en  d'autres  occasions  , 
Ton  crut  apercevoir  que  la  conduite 
de  Fox,  secrétaire  d'état,  était  diamé- 
tralement opposée  aux  principes  qu'il 
avait  manifestes  lorsqu'il  cherchait  à 
capter  la   faveur   populaire.   Cepen- 
dant, fidèle  à  son  système  de  faire 
la  paix  avec    la   Franc/;,  il  entama 
à  Paris  une  négociation ,  qui  sembla 
d'abord   promettre  une   issue  favo- 
rable :  elle  échoua  au  moment  où , 
succombant  à  une  hydfopisie  qui  le 
tourmentait  depuis  quelques  mois  ,  il 
expira  le  1 5  septembre  1 806.  Sa  pa- 
trie lui  rendit  des  honneurs  extraor- 
dinaires, et  l'Europe  entière  lui  donna 
des  regrets  ;  car  elle  espérait  de  lui  le 
terme  de  ses  malheurs.   «  L'on  est 
»  encore  trop  près  du  temps  où  Fox 
»a  vécu,  dit  un  de  ses  biographes 
»  anglais,  pour  pouvoir  apprécier  son 
»  mérite  comme  homme  d'état,  C'est 
»  moins  par  les  sentiments  qu'il  ma- 
»  nifesta  comme  chef  de  l'opposition  , 
»,quç, d'après  la  conduite  qu'il  tint 
»  dans  le  ministère,  qu'il  convient  de 

V  le  juger.   On  reconnut  en  lui  des 

V  vues  grandes  ,  de  l'énergie,  une 
})  prodigieuse  facihté  pour  le  travail, 
w  et  une  extrême  promptitude  à  saisir 
»  et  à  combiner  tous  les  objets  qui  lui 
•»  étaient  présentés.    Les  Anglais  lui 

V  ont  reproché  d'avoir  .toujours  mon- 
î>  tré  plus  de  penchant  à  faire  la  paix 

V  avec  les  ennemis  de  leur  pays ,  que 

V  ne  le  comportaient  l'honneur  et  l'in- 

V  térct  de  leur  patrie.  »  Au  reste,  s'il 
peut  y  avoir  quelques  dissentiments 
sur  la  conduite  de  Fox  homme  d'état, 
il  n*y  a  qu'une  voix  pour  faire  l'éloge 
de  l'orateur.  Lorsqu'il  prenait  part  à 
une  discussion ,  l'on  ne  pouv.iil  assez 
admirer  l'art  avec  lequel  il  savait  ana- 
lyser ks  arguments  les  plus  comp'i- 
«jués,  cl  resQudic  les  questions  ic§ 


FOX 

plus   subtiles  rt  les   plus  embatras- 
sanles.  Véhément  par  caractère ,  logi' 
cien  par  essence,  il  s'étudiait  moins  à 
embellir  ses  discours  par  l'agréjuent 
d'unedictiou  élégante,  qu'à  leur  donner 
de  la  clarté  et  delà  force.  La  vigueur  de 
ses  raisonnements  produisait  sur  ses 
auditeurs  l'effet  de  la  foudre.  On  peut 
dire  que  lorsqu'il  ne  pouvait  convain- 
cre ,  il  électrisail ,  et  que ,  lors  même 
que  l'on  ne  partageait  pas  son  avis , 
il  était  impossible  de  ne  pas  admirer 
les  traits  éclatants  dont  brillaient  ses 
discours.   On  les  a  réunis  en  corps 
d'ouvrage  ,  sous  ce  titre  :  Discours 
du  très  honorable  C.  J.  Fox ,  j)ro- 
noncés  dans  la  chambre  des  com- 
munes,  depuis  son  entrée  au  par- 
lement   en  1768  jusqu'en    1806, 
auxquels  on  a  joint  une  introduc- 
tion ,  des  mémoires ,  etc. ,  IjOndrcs, 
iBi/i,  6  vol.  in-8 \  La  seule  com- 
position  littéraire    que  Fox  ait  pu- 
bliée ,  est  sa  Lettre  aux  électeurs  de 
Westminster.  Elle  ressemble  plutôt 
à  une    harangue   politique    qu'à   un 
écrit  rédigé  dans  la  solitude  cl  le  si- 
lence. Cette  lettre  parut   au-dessous 
de  la  réputation   que  Fox  avait  ac- 
quise comme  orateur  :  on  la  trouva 
diffuse  et  dénuée  d'élégance.  Il  passa 
les  dix  dernières  années  de  sa  vie  à 
réunir  les  matériaux  d'un  livre  que  la 
mort    l'empêcha   de  terminer  ;    c'est 
ï Histoire  des  deux  derniers  rois  de 
la   maison    de   Stuart  ,    suivie   de 
pièces    originales   et  justificatives^, 
Londres  ,   1808  ,  in  -  4',;  traJ.  en 
français,  avec  une  notice  sur  la  vie 
de  l'auteur,   Paris,    i8f^9,    2  vol. 
iiirB".  (  i  )  Cet  ouvrage  offre  le  déve- 
loppement d'une  grande  idée,  suivi  de 

fi)  Celte  traduction   est  curieuse    par  les  »up- 

grrssions  et  les  mulilations  <|ue  la  censure  om- 
ra^cusK.dc  Buonaparte  a  f.iit  subira  r.>rij;inal, 
et  ijn  il  paraît  avoir  lui-même  indiquées.  On  irouye 
des  échantillons  de  ces  alt<^r.il  <>ns  dans  V.iiiiiual 
registeide  ib.M).  {Aicowit  ofbookl,  pj^;    giijj 


FOX 

la  manière  la  plus  régulière,  et  exposé 
avec  un  enchaînement  de  preuves  qui 
se  prêtent  un  appui  mutuel.   Fox  a 
voulu  faire  le  panégyrique  de  la  ré- 
volution de  1688  ,  et  il  a  ,  en  quelque 
sorte ,  dépassé  le  but  ;  car  il  prouve 
si  complètement  tout  ce  qu'il  avance, 
qu'il  semble  quelquefois  plutôt  rem- 
plir le  rôle  d'avocat    que    celui  de 
narrateur.  Si  ce  livre  n'est  pas  aussi 
purement  écrit  qu'un  rliéteur  pour- 
rait le  désirer  ,   il  est  difficile  d'en 
trouver   un    plus   fortement  pensé  , 
plus  rempli  d'arguments  positifs,  plus 
digue ,  en  un  mot ,  d'un  homme  d'ét.it 
et  d'un  profond  observateur.  Cet  ou- 
vrage fut  attaqué  par  M.  Rose,  mais 
victorieusement  défendu  par  Samuel 
Heywood  dans  un  vol.  in -4".  publié 
en  181 1.  Fox  était  doué  d'un  esprit 
très    vif;   on  l'a  souvent  cité    pour 
SCS  réparties  piquantes.  On  ne  peut 
douter  que  l'habitude  qu'il  avait  con- 
tractée de  bonne  heure  ,  de  penser 
et  de  parler  librement ,  n'ait  beau- 
coup contribué  h  lui  donner  cette  fa- 
cilité et  celte  promptitude  à  s'expri- 
mer ,    qui  caractérisaient  son  talent 
oratoire.  Peu  d'hommes  avaient  l'es- 
prit aussi  cultivé.  Le  peu  de  vers  la- 
tins qu'il  a  laissés,  montre  combien 
il  était  versé  dans  cette  langue.  Le  grec 
ne  lui  était  pas  moins  familier.  Ses 
auteurs   de  prédilection  ,  dans  celte 
langue  ,  étaient  Homère  ,    Longin  , 
Thucydide,  et  Démoslhène,  dont  son 
talent  le. rapprochait  si  fort.  Quand  on 
réfléchit  qu'à  tous  ces  dons  il  joignait 
l'imagination  la  plus  active  et  la  plus 
brillante,  et  un  caractère  franc,  géné- 
reux et  bon,  l'on  regrette  que  des  ta- 
lents aussi  éminents  et  des  qualités  aussi 
précieuses  aient  été  obscurcis  par  les 
habitudes  de  la  vie  privée  les  plus 
condamnables.  L'excessive  indulgence 
de  son  père  avait  fait  croître  dans  son 
9me  le  germe  des  écarts  auxqu  I5  il 


FOX  409 

s'abandonna  pendant  la  plus  grande 
partie  de  sa  vie,  et  qui  nuisirent  tant 
à  sa  réputation,  à  ses  intérêts  et  à 
ceux  de  son  parti.  Il  parut  toujours 
mépriser  l'opinion  publique ,  et  ne 
prit  jamais  la  peine   de  cacher   ses 
vices  ni  ses  faiblesses.  Il  avait  dissipé 
son  patrimoine  du  vivant  même  de 
son  père  ,   qui    paya    plusieurs  fois 
ses  dettes,  et,  en  mourant,  lui  laissa 
une  somme  et  des  domaines  considé- 
rables ,   avec   un   emploi    d'un   très 
gros  revenu  en  Irlande.  Les  prodiga- 
lités de  Fox  vinrent  à  bout  de  tout 
dévOà'-er;  et  lorsqu'il  perdit  sa  place  à 
la  trésorerie  ,  il  ne  lui  resta  plus  ,  pour 
subsister,  d'.uitre  ressource  que  le  jeu. 
11  y  passait  toutes  les  nuits  j  et  on  le 
voyait    alternativement    aller    de    la 
chambre  des  communes  au  jeu ,    et 
du  jeu  à  la  chambre  des  communes. 
Lorsqu'il   occupait    des   places   dans 
l'administration  ,  les  commis  de  ses 
bureaux    étaient  souvent  obligés  de 
l'aller  chercher  dans  les  maisons  de 
jeu  ;  et  là ,   tenant   les  caries  d'une 
main  ,  et  la  plume  de  l'autre  ,  il  don- 
nait les  signatures  qu'on  lui  deman- 
dait. Au  reste,  les  pertes  qu'il  fit  au 
jeu  n'ôtèrenl  jamais  rien  à  sa  présence 
d'esprit ,  et  il  plaisantait  le  premier 
sur  ses  revers  de  fortune.  Le  jeu  et 
les  courses  de  chevaux  avaient  telle- 
ment dérangé  sa  fortune,  que  tous 
les  whigs ,  même  ceux  qui  l'avaient, 
abandonné,  se  réunirent,  en  179^, 
pour  lui  assurer  un  revenu  de  3,ooo 
livres  sterling.  Lorsque,  peu  de  temps 
après,  il  se  fut  condamné  à  la  retraite, 
sa  manière  de  vivre,   réglée  et  uni- 
forme ,    contrasta  entièrement   avec 
celle  qui  lui  avait  été  si  long-temps 
habiiuellc ,  et  qiû  ,  indépendamment 
de  la   perle  de  la  considération  pu- 
blique ,  l'avait  exposé  aux  déclama- 
tions des  écrivains  du  parti  opposé. 
Piusiours^  fois  on  lui  imputa  des  çna- 


4io  FOX 

nœuvrcs  auxquelles  il  était  entière- 
ment étranger.  Dans  le  procès  d'Has- 
fings  ,  il  fut  un  des  commissaires 
cliargés  de  le  poursuivre  devant  la 
cliarabre  baulr;  et  cette  fonction  l'u- 
J)ligeait  à  paraître  en  habit  habille; 
ce  qui  fît  dire  à  une  jeune  femme 
qu'elle  ne  voulait  assister  aux.  se'ances 
du  procès  que  pour  voir  Fox  avec 
dos  manchettes.  Cet  orateur  était  d'une 
taille  moyenne  :  en  avançant  en  âge, 
il  grossit  beaucoup.  Ses  yeux  très  vifs 
étaient  ombrages  par  des  sourcils  noirs 
très  épais  ;  il  avait  le  nez  aquilin  et 
le  visage  large.  Une  barbe  iM)ire  bien 
fournie,  et  souvent  fort  longue  ,  lui 
couvrait  le  menton.  Ainsi  l'on  voit  que 
son  portrait  offrait  aux  faiseurs  de 
caricatures  une  grande  facilité  pour 
attraper  sa  ressemblance  ,  surtout  eu 
opposition  avec  son  rival ,  le  ministre 
ritt,  qui  était  maigre  et  avait  la  taille 
mince  et  élancée.  Le  nom  de  Fox ,  qui , 
en  anglais  ,  signifie  renard ,  prêtait 
aussi  beaucoup  aux  allusions.  Les  des- 
sins le  représentaient  eu  entier  sous  la 
forme  ou  simplement  avec  la  tête  de 
cet  animal.  Durant  les  élections  par- 
lementaires, ou  dans  les  processions 
qui  les  suivaient ,  les  whigs  portaient 
à  leurs  chapeaux  des  queues  de  re- 
nard ,  et  l'on  promenait  en  cérémonie 
]  lusieurs  de  ces  animaux  empai  lés  , 
t't  placés  au  bout  de  longues  perches. 
D'un  autre  coté,  les  ennemis  de  Fox 
))roûtaient  de  la  signification  de  son 
nom  ,  et  de  celle  dn  nom  de  Pitt ,  qui , 
a  une  légère  différence  d'orthographe 
près ,  veut  dire  une  fosse  ^  ponr  adres- 
ser au  premier  des  choses  peu  flat- 
teuses. Lorsque  le  prince  de  Galles  par- 
vint à  la  régence,  il  fît  placer  dans  la 
salle  du  conseil  le  buste  de  Fox ,  qu'il 
avait  constamment  honoré  de  5on  ami- 
t,ié.  Ot  orateur  a  eu  en  Angleterre 
])lusieurs  biographes.  11  avait  paru 
dès  1785,  Londres,  ia-8". ,    uuc 


FOX 

Histoire  de  la  vie  politique  et  des 
services  publics ,  comme  orateur 
et  homme  d'état,  de  C.  J.  Fox,  etc. 
B.  C.  Walpole  publia  en  1806,  Lon- 
dres ,  in- 1 2  ,  Recotlecûons  of  the 
life  y  elc,  c'est-à-dire,  Souvenirs  de 
la  vie  d^  Ch.  J.  Fox  ;  cet  ouvrage 
est  orné  d'un  portrait  de  Fox  en 
buste,  et  d'une  charmante  gravure  où 
il  est  représenté,  tel  «ju'on  le  vit  dans 
sa  jeunesse,  se  promenant  dans  le 
parc  Saint-James  ,  en  habit  français 
brodé,  avec  un  petit  chapeau  en  soie 
sous  le  bras ,  des  souliers  à  talons 
rouges,  et  tenant  à  la  main  un  énorme 
bouquet.  H.  Fell  donna,  en  1808, ua 
Mémoire  sur  la  vie  publique  de  Fox, 
I  vol.  in  -  4  '.  »  p'^'"  d'intérêt ,  mais 
oij  son  enthousiisme  pour  son  héros 
l'a  rendu  injuste  à  l'égard  de  ses  an- 
tagonistes. Des  articles  nécrologiques 
qui  parurent ,  au  moment  de  la  mort 
de  Fox  ,  soit  dans  les  journaux  ,  les 
ouvrages  périodiques,  soit  dans  d'au- 
tres ouvrages  anglais,  on  a  forme  un 
recueil  qui  a  été  publié  en  1 809 , 
Londres,  2  vol.  in-8". ,  sous  le  titre 
suivanf  :  Caractères  de  feu  Ch.  J. 
Fox ,  choisis  et  en,  partie  écrits  par 
Philopatris  Farvicensis  :  cette  indi- 
cation pseudonyme  cachait ,  à  ce  qu'on 
prétend,  le  nom  du  docteur  Parr, 
ami  de  Fox ,  et  qui  fut  regardé,  après 
la  mort  du  docteur  Johnson  ,  comme 
le  premier  littér  »teur  vivant  de  l'An- 
gleterre. Ce  choix  est  en  général  très 
bien  fait  :  le  a',  volume  est  totalement 
rempli  p.jr  des  notes  instructives  et 
intéressantes.  Enfin  ila  p-^ru  en  181 1, 
Londres,  in-8'.,  des  Mémoires  sur 
les  dernières  années  de  Ch.  J.  Fox, 
par  Jean-Bernard  Trotter,  secrétaire 
particuMcr  de  Fox.  Ces  Mémoires , 
écrits ,  comme  les  précédents  ,  avec 
toute  la  partialité  do  l'amitié,  nous  ont 
paru  très  précieux ,  non  seulement 
par  les  détails  qu'on  y  trouve  s^r  l^ 


FOX 

sujet  du  livre,  mais  aussi  par  des  fii- 
gements  sur  nombre  de  personnages 
fuueux,  français  et  étrangers,  particu- 
lièrement à  la  cour  du  premier  con- 
sul de  France,  il  a  paru,  ii  y  a  quel- 
ques mois  (  1 8 1 5  ) ,  en  un  vol.  in  8  '. , 
une  Correspondance  de  Ch.  James 
Fox  aue$  feu  Gilbert  Wakefield, 
de  Vannée  i  796  à  1801  ,  principa- 
lement sur  des  sujets  de  littérature 
classi<fue.  On  a  aussi,  Vie  politique , 
littéraire  et  privée  de  C.  J.  Fox,  trad. 
en  français,  Paris,  1808,  un  vol. 
in-8'\  Lord  Hoiland  a  foit  précéder 
Touvrage  historique  de  son  oncle , 
dont  il  est  l'éditeur,  d'une  excellente 
notice  sur  sa  vie.  E — s. 

FOX  (Charles  ),  peintre  et  écri- 
vain anglais  ,  naquit  à  Falmouth  eu 
1749.  Après  avoir  partagé  sa  jeu- 
nesse entre  l'étude  du  dessin  et  les 
études  littéraires  ,  il  s'établit  libraire 
dans  son  pays  natal;  mais  un  incendie 
ayant  consumé  presque  tout  ce  qu'il 
possédait,  il  fut  obligé  de  chercher 
des  moyens  de  subsister  dans  l'exer- 
cice de  ses  talents.  Il  se  livra  de  pré- 
férence à  la  peinture.  Il  avait  un  frère 
patron  d'un  bâtiment  marchand ,  qui 
l'emmena  avec  lui  dans  un  de  ses 
voyàgcsdans  la  mer  Baltique.  Fox  par- 
courut seul  et  toujours  à  pied  la  Suède, 
la  Norvège ,  et  une  partie  de  la  Russie, 
s'arrêfanl  pour  retracer  avec  son 
crayon  les  sites  sauvages  et  romanti- 
ques qui  se  présentaient  à  sa  vue;  il 
perfectionna  ainsi  le  talent  qu'il  avait 
pour  le  genre  du  paysage.  A  son  retour 
en  Angleterre,  il  donna  des  preuves 
de  ce  talent  dans  pluMcurs  tableaux 
estimés,  et  il  exerça  en  même  temps  le 
genre  plus  lucratif  du  portrait.  Avec 
un  goût  prononcé  poiu-  le  caractère  et 
les  ouvrages  des  Orientaux  ,  et  plus 
particulièrement  des  Persans  ,  il  ac- 
quit une  connaissance  fort  étendue  de 
leur  langue  et  de  leur  liltcrature ,  et 


FOX  ^^^ 

forma  une  collection  nombreuse  de 
manuscrits  orientaux.  Ce  genre  d'é- 
tude avait  naturellement  donné  à  ses 
pensées  et  à  son  style  une  couleur 
orientale.  En  1 797  ,  il  donna  au  pu- 
blic, comme  siuiple  traduction,  un 
volume  intitulé  :  Série  de  poèmes  , 
contenant  les  plaintes ,  les  consola- 
tions et  les  plaisirs  d  Achmet  Arde- 
belli,  exilé  Persan  ,  avec  des  ?iotes 
historiques  et  explicatives,  in-8''.  On 
a  eu  lieu  de  supposer  qu'Ardebelli 
était  purement  un  être  fictif,  et  que 
ses  plaintes  et  ses  consolations  étaient 
entièrement  des  efifusions  de  la  muse 
de  Fox.  L'imposture  a  même  paru  peu 
adroite,  ea  ce  que  le  costume  oriental 
y  est  mal  observé,  et  surtout  en  ce 
qu'on  y  retrouve  des  pensées  et  des 
passages  empruntés  à  des  poètes  an- 
glais. Cependant  l'ouvrage  fut  favora- 
blement accueilli ,  parce  qu'on  y  re- 
marquait de  la  force  dans  les  pensées , 
de  la  douceur  dans  les  senJiments, 
une  grande  richesse  d'images ,  et  de 
l'harmonie  dans  la  versification  ;  les  no- 
tes d'ailleurs  eu  sont  instructives.  Vers 
i8o5,  il  prépara ,  pour  l'impression, 
deux  volumes  de  poésies ,  qu'il  don- 
nait également  comme  traduites  du 
persan  ;  mais  cet  ouvrage ,  non  plus 
que  beaucoup  d'autres  qu'il  avait  com- 
posés, ne  fut  pas  imprimé  ,  par  i'elïct 
de  son  dégoût  pour  les  relations  avec 
les  libraires.  Les  détails  qui  accompa- 
gnent la  publication  d'un  livre,  lui 
paraissaient  comme  des  glaçons  qui 
arrêtent  la  verve  du  poète.  Il  avait 
rédigé  une  relation  de  ses  voyages , 
qu'il  s'est  borné  à  lire  à  ses  amis  ;  et 
c'est  peut-être  celui  de  ses  écrits  qu'on 
doit  le  plus  regretter.  C'était  un  hom- 
me d'un  camclcrc  doux  et  bienfaisant, 
et  qui  se  plaisait  surtout  à  encourager 
les  jeunes  littérateurs.  Il  est  mort  à 
Bath  en  1809.  X — s. 

FOX  MORZÏLLO  (Sebastien), 


4ii  FOY 

Ï1C  «  Se  ville,  vers  1 5^8 ,  a  e'id  rais  par 
r>ailkl  au  nombre  des  enfants  célè- 
bres, sans  doute  parce  qu'il  n'avait 
que  dix-neuf  ans  quand  il  publia  un 
commentaire  sur  les  Topiques  de  Gi- 
cëron.  Occupé  constamment  des  ques- 
tions les  plus  difficiles  de  l'ancienne 
philosophie ,  il  commenta  à  vingt- 
cinq  ans  le  Timée  et  le  PhéJon  de  Pla- 
ton ;  et  deux  ans  après  ,  en  i554  ,  il 
fit  paraître  à  Louvain  un  traité  en 
cinq  livres  sur  l'analogie  des  senti- 
ments de  Platon  et  d'Aristole.  Boivin 
dit  que  «  c'est  peut-être  ce  qu'il  y  a 
»  de  plus  solide  et  de  mieux  écrit  sur 
»  cette  matière.  »  Celte  opinion  n'est 
pas  celle  de  tous  les  critiques  ;  et  il  en 
est  qui  ont  jugé  l'ouvrage  de  Morzilîo 
avec  moins  de  faveur.  Boivin,  qui  pa- 
raît avoir  étudié  avec  soin  l'histoire 
des  querelles  des  platoniciens  vt  des 
péripatéticiens ,  mérite  peut-être  plus 
de  confiance.  Au  reste ,  il  avoue  lui- 
niême  que  Morzilîo  n'avait  pas  traité 
ce  sujet  dans  toute  son  étendue.  Cet 
ouvrage  est  dédié  à  Philippe  II.  Le 
souverain  ,  pour  honorer  les  talents 
du  jeune  philosophe  ,  le  nomma  pré- 
cepteur de  son  fils,  l'infant  don  Car- 
los. Morzilîo  périt  malheureusement 
dans  un  naufrage,  en  allant  prendre 
possession  de  cette  charge.  Les  bio- 
graphes ont  placé  sa  mort  en  l'année 
1 56o.  Il  n'avait  alors  que  trente-deux 
ans.  B — ss. 

FOY  (  Louis -Etienne  de  ) ,  prêtre 
du  diocèse  de  Bourges ,  et  chanoine  de 
Meaux,  né  à  Angles ,  choisit  pour  ob- 
jet de  ses  études  la  diplomatie  et  tout 
ce  qui  a  rapport  au  droit  public.  Il 
mourut ,  à  ce  qu'on  croit ,  à  Paris ,  en 
1778.  Des  informations  prises  à 
Meaux,  sans  succès,  n'ont  servi  qu'à 
prouver  qu'il  n'y  était  rien  reste  de 
tradifionnel  à  son  égard.  On  a  de  lui  : 
1.  Unt  traduction  du  latin  des  Let- 
tres du  baron  de  Buibeck,  ambaS' 


FOZ 

sadeur  de  Ferdinand  II près  de  So- 
liman, avec  des  notes ,  1748,  5  vol. 
in- 12.  {F.  BuSBECK.)  C'est  un  ouvrage 
curieux.  II.  Traité  des  deux  puis- 
sances ,  ou  Maximes  sur  l'abus  , 
Paris,  1752  ,  in-8'.  lll.  Prospectus 
d'une  description  historique,  géo- 
graphique et  diplomatique  de  la 
France,  1757,  in-4'\  IV.  Notice 
des  diplômes ,  des  chartes  et  des 
actes  relatifs  à  l'histoire  de  France  , 
Paris,  1765,  in-fol.,  tom.  P'.  Cet 
important  ouvrage  avait  été  commencé 
par  Secousse.  Sainte  -  Palaye  s'était 
chargé  de  le  continuer;  mais,  trop  dis- 
trait par  son  glossaire,  il  ne  put  s'y 
livrer.  L'abbé  de  Foy  ,  qui  en  fut 
chargé  après  lui,  donna  plus  d'exten- 
sion à  son  plan  ,  ajoutant  au  titre  de 
chaque  pièce  l'analyse  de  ce  qu'elle 
contient ,  et  la  discussion  critique  de 
son  authenticité,  lorsqu'elle  a  été 
contestée.  Los  chartes  y  sont  rangées 
par  ordre  chronologique  depuis  l'an 
25  de  J.C.  jusqu'au  règne  de  Charles- 
le-Chauve,  en  841,  où  se  termine  ce 
premier  volume ,  suivi  de  quatre  tables 
qui  facilitent  les  recherches ,  et  indi- 
quent les  collections  où  se  trouvent  en 
entier  les  pièces  dont  on  donne  l'ana- 
lyse. Il  n'y  a  pas  d'apparence  que  ce 
travail  soit  continué,  «l'ouvrage,  dit 
»  Fontctte,  n'ayant  pas  été  exécuté 
»  comme  il  convenait.»  Dans  le  titre, 
l'auteur  est  qualifié  d'abbé  de  Saiut- 
Marlin-de-Sécz  et  de  la  Garde- Dieu. 
L-   Y. 

FOY-VAILLANT.  V.  Vaillant. 

FOZIO  (JosEPu),  en  latin  Fotius^ 
jésuite,  né  à  Reggio,  dans  la  Caiabrc, 
en  1606  ,  après  avoir  tenniué  ses 
études  ,  fut  admis  au  collège  de  la 
société  à  Rome ,  et  y  professa  succes- 
sivement la  rhétorique  ,  la  philoso- 
phie et  la  théologie,  pendant  plusieurs 
années.  11  se  livra  ensuite  à  la  pré- 
dicaliou  ,  cl  parut  dans  les  principales 


FRA 
chaires  de  Rome ,  mais  sans  rien  ajou- 
ter à  sa  re'pulation.  Il  fut  nomme,  sur 
la  fin  de  sa  vie,  vice- recteur  de  la 
maison  professe,  et  mourut,  dans 
Texercice  de  cet  emploi,  vers  1676. 
On  a  du  P.  Fozio  :  Informatio  pro 
ven.  servo  Dei  Ignatio  Azehedo  et 
sociis  in  odiumjidei  interjectis  ab 
hœreticis ,  Rome,  i664,  in-4°'  Ha, 
en  outre  ,  traduit  en  italien  la  Fie  de 
S.  François  de  Sales ,  par  le  cardinal 
Franciotli  (i  ),  Rome,  1662  ,  in-8°  ; 
X Histoire  sainte ^  du  P.  Nicol.  Talon, 
Bologne,  1649,  in-12;  et  plusieurs 
autres  ouvrages,  la  plupart  ascétiques, 
dont  on  trouvera  la  liste  dans  la  Bi' 
hliothèque  du  P.  Sotwel.      W — s. 

FRAGANTIA^US  (  Antoine),  mé- 
decin d'une  grande  érudition  ,  naquit 
à  Vicence,  à  la  fin  du  i5*.  ou  vers  le 
commencement  du  i6^  siècle.  Il  fut 
d'abord  professeur  à  la  faculté  de  Bolo- 
gne ;  puis ,  en  1 563 ,  à  celle  de  Padoue  : 
il  remplit  dans  cette  dernière  la  chaire 
de  clinique  ,  avec  un  éclat  qui  mit  le 
sceau  à  sa  réputation  et  fonda  la  gloire 
de  cette  université.  Fracantianus  fut 
un  des  premiers  savants  qui  s'appli- 
quèrent à  l'étude  désaffections  syphi- 
litiques apportées  en  Europe,  à  la  fin 
du  i5*.  siècle,  par  les  compagnons  de 
Christophe  Colomb.  Cet  habile  prati- 
cien n'eut  pourtant  pas  le  mérite  de 
trouver  l'antidote  qui  était  l'objet  des 
recherches  de  tous  les  médecins  éclai- 
rés de  ce  temps.  Au  contraire ,  il  parta- 
gea d'abord  les  erreurs  de  Fallope,  de 
Fernel  et  de  plusieurs  autres  célèbres 
coMtemporains,  au  sujet  des  frictions 
mercurielles,  introduiles  dans  le  trai- 
tement de  la  syphilis,  par  l'immortel 
Béreuger  de  Carpi;  Fracantianus  s'é- 
leva fortement  contre  ce  moyen  pré- 
cieux :  mais  lorsque  l'expérience  lui 
eut  démontré  Tiusuffisance  des  autres 

(1)   Marc-Antoine  Franciotti ,   évéque  de  Luc- 
t^Ki  ,  r«it.cju-dmai  ca  i(>34  >  mort  en  itkiJ. 


FRA  4i3 

procédés  contre  un  mal  funeste  dont 
les  progrès ,  toujours  croissants  ,  me- 
naçaient les  générations  futures  ,    il 
reconnut  l'injustice  de  ses  préventions, 
en  fit  l'aveu  formel, et  adopta  l'emploi 
des  frictions  mercurielles ,  comme  le 
moyen  le  plus  efficace  pour  la  guérisoii 
radicale  de  cette  maladie.  Fracantianus 
mourut  à  Padoue  en  i  SGg.  Nous  avons 
de  lui  :  I.  De  morbo  gallico  liber, 
Padoue  ,  1 564  ,  in-4''.  Ce  livre  a  eu 
diverses  éditions.  Malgré  les  déclama- 
tions de  l'auteur  contre  l'usage  dos  fric- 
tions mercurielles  ,   son  ouvrage  est 
d'une  lecture  souvent  instructive,  et 
contient  des  faits  intéressants.  II.  Con- 
silia  medica  ,  Francfort,  in-folio. 
III.  Lectionçs  practicœ ,  Ùlm,  in-S". 
Ou  a  joint  à  ce  livre  les  Conseils  de 
médecine  de  G.  J.  Velschius.      F — a, 
FRACASSATI  ou  FRAGASSATO 
(Charles),  médecin  italien  du  1 7 e. siè- 
cle, exerça  et  professa  successivement  à 
Bologne  et  à  Pise.  Bien  que  ses  écrits 
soient  peu  nombreux,  et  composés 
seulement  de  quelques  feuillets ,  ils 
méritent  cependant  d'être  signalés, 
parce  qu'on  y  trouve  des  descriptions 
exactes,   et  même  parfois  des  idées 
neuves  :   I.  Prœlectio    medica    in 
aphorismos  Hippocratis ,  Bologne, 
1 659,in-4°.  II.  Dissertatio  episloUca, 
responsoria  de  cerebro.  lïl.  Exer- 
citatio  episloUca  de  lin^ud,  ad  Jo- 
hannem  Alphonsum  Borellium.  Ces 
deux  lettres,    dont   la  première  esl 
adressée   à  Malpighi,  sont  insérées 
parmi  celles  de  ce  professeur  illustre, 
collègue  et  ami  de  l'auteur,  Bologne, 
i665  ,  in-i2  ,    ainsi  que  dans  T« 
tome  second  de  la  Bibliolheca  ana- 
tomica  de  Leclerc  et  Manget,  Ge- 
nève,   1699,   in-fol.   Fracassât!  est 
surtout  rccommandable  par  les  injec- 
tions diversement  colorées  qu'il  a  pra- 
tiquées dans  les  canaux  les  plus  dé- 
lies. Il  combat  le  svstème  de  WiUis 


4i4  FRA 

sur  la  diffërcnce  des  fonctions  dépar- 
ties aux  nerfs  du  cervenu  et  à  ceux  du 
cervelet;  il  prétend  avoir  découvert  le 
cina!  de  la  vessie  natatoire  des  pois- 
sons; il  donne  des  de'tails  sur  la  struc- 
ture de  la  langue  du  vean  et  du  cîiien  ; 
î!  décrit  les  papilles  qui  revêtent  cet 
organe  musculeux,  et  dont  la  langue 
des  poissons  est,  selon  lui,  dépour- 
vue. Fracassât!  a  publié  en  outre  Té- 
loge  funèbre  de  B^rthelenii  Massario, 
dont  il  avait  été  le  disciple.  C. 

FRACASTOK  (Jérôme),  l'un  des 
plus  savants  hommes  de  son  temps, 
naquit  à  Vérone,  en  ^^S'5,  d'une 
famille  noble  et  ancienne.  Lorsqu'd 
vint  au  monde ,  ses  lèvres  étaient  for- 
tement collées  ,  excepté  dans  leur  mi- 
lieu ,  où  l'on  apercevait  une  petiîc 
ouverture;  il  f^liut  qu'un  chirurgien 
employât  l'instrument  trancliant  pour 
détruire  cette  adhérence.  Fr^casfor 
était  en  très  bas  âge,  lorsqu'un  jour 
sa  mère,  qui  le  portail  dans  les  bras 
pendant  un  violent  orage,  fut  écrasée 
d'un  coup  de  foudre ,  sans  que  l'enfant 
en  fût  incomnjodé.  Il  répondit  parfai- 
tement à  la  brillante  éducation  que 
lui  donna  son  père.  Envoyé  à  Padoue, 
le  jeune  Fracastor  se  livra  à  l'étude 
avec  une  grande  ardeur,  spéciale- 
ment à  celle  dos  sciences  mathémati- 
ques. Après  avoir  donné  plusieurs  an- 
nées à  la  philosophie  sous  le  célèbre 
Pomponace,il  se  sentit  entraîné  vers 
la  médecine,  où  il  fit,  en  peu  de 
temps,  des  progrès  qui  étonnèrent 
ses  maîtres  et  ses  condisciples.  A  l'âge 
de  dix-neuf  ans,  il  était  professeur  de 
logique  à  Padoue  :  mais  les  malheurs 
de  la  guerre  ayant  interrompu  les 
exercices  de  l'enseignement  dans  cette 
Tille ,  Fracastor  se  préparait  à  retour- 
ner dans  sa  patrie ,  où  son  père  ve- 
nait de  mourir ,  lorsque  le  général  des 
troupes  vénitiennes,  Alviano, homme 
Uhcral  et  proleclcur  des  belles  lettre», 


FRÀ 
Hii  fit  donner ,  à  des  conditions  Irèi 
honorables,  une  place  de  professeur 
dans  l'université  nouvellement  fondée 
à  Pordenone ,  ville  du  Frioul.  Là  , 
Fracastor  put  se  hvrer  pendant  quel- 
que temps  à  son  goût  pour  la  poésie  j 
et  bientôt  la  publication  de  son  poème 
de  Sjrphilitide  étendit  sa  réputation 
dans  toute  l'Italie.  Alviano  ayant  été 
fait  prisonnier  par  les  Français  vain- 
queurs à  Gbieradadda ,  Fracastor  ne 
rentra  dans  sa  patrie  qu'après  qu'elle 
eutété  dévastée  par  toutes  leshorreurs 
de  \a  guerre.  Rendu  dès-lors  à  une 
vie  plus  tranquille,  il  se  retira  dans 
une  maison  de  campagne  auprès  de 
Vérone;  il  y  donnait  des  consulta- 
tions aux  malades  tant  étrangers  qu'in- 
digènes qui  affluaient  chez  lui ,  et  il 
s'occupait  en  même  temps  de  la  com- 
position de  ses  ouvrages.  Devenu  ar- 
chiâlredu  pape  Paul  llï,  il  ne  sortit 
de  sa  retraite  que  pour  aller  àïrente, 
en  qualité  de  premier  médecin  du  fa- 
meux concile  qui  s'y  tenait.  On  rap- 
porte même  que  ce  fut  lui  qui  contri- 
bua à  faire  transférer  à  Bologne   le 
siège  de  cette  assemblée ,  en  avertis- 
sant les  pères  qui  la  composaient  du 
danger  de  contracter  la  maladie  con- 
tagieuse qui  régnait  alors  (en  i547  ) 
dans   la  viKe  de  Trente.  Fracastor 
charmait  ses  loisirs  par  la  lecture  des 
anciens  :  Plutaïque  et  Polybe  étaient 
ses  auteurs  favoris.  La  musique  avait 
aussi  pour  lui  beaucoup  d'attrait  ;  et 
c'est  avec  cet  art  agréable  qu'il  se  dé- 
lassait de  se%  études  mathématiques. 
Il  parlait  très  peu,  et  méditait  beau- 
coup; aussi  p-issait-il  pour  un  homme 
triste  et  austère.  Cependant ,  lorsqu'il 
se  trouvait  dans  la  société  de  ses  amis , 
son  front  se  déridait,  sa  conversation 
s'animait,  devenait  pleine  de  gaîté, 
et  était    semée  de  railleries  fines  et 
piquantes.  Fracastor  mourut  le  8  août 
i555,  à  l'âge  de  soixante-onze  ans. 


On  rapporte   que  Tapoplexic  fatale 
dont  il  se  sentit  frappe  lui  ;jyaut  oté 
l'usage  de  la  parole  ,  il  fit  signe  qu'on 
lui  appliquât  tout  de  suite  des  ven- 
touses sur  la  tête;  mais  que  son  in- 
tention n'ayant  point  été  comprise  par 
ses    domestiques,  il  expira   en  peu 
d'heures.  Ses  dépouilles  mortelles  fu- 
rent transportées  à  Vérone,  el  inhu- 
mées dans  l'église  de  Sainte- Euphé- 
mie.  Presque  tous  les  poêles  du  temps 
jelèrent  des  fleurs  sur  sa  tombe.  Son 
ami ,   J.  B.  Ramusio,    qui  devait  à 
Fracastor  l'idée  et  une  partie  des  ma- 
tériaux de   son  utile   Collection  de 
Voyages  maritimes ,  lui  fit  élever ,  à 
Padoue,  une  statue  de  bronze.  Deux 
ans  après,  les  habitants  de  Vérone, 
à   l'exemple  de  leurs  ancêtres ,   qui 
avaient  érige  une  stalue  de  marbre  à 
Catulle  et  à  Pline  pour  honorer  leur 
mémoire,  consacrèrent  un  semblable 
monument  public  à  celle  d'un  compa- 
triote qui  avait  excellé  tout  à  la  fuis 
dans  la  philosophie  ,  l'astronomie,  la 
médecine  et  la  poésie.  Fracastor  était 
en  correspondance  avec  la  plupart  des 
hommes  illustres  de  son  temps.  Jules- 
César  Scaliijjer  avait  une  telle  admi- 
ration pour  le  talent  poétique  de  Fra- 
castor, qu'il  composa,  en  son  hon- 
neur, un  poème  iulitulé,  Arœ  Fra- 
castoreœ.  Voici  les  productions  de  ce 
savant  médecin  :  I.  Sjphilidis,  sive 
morbi gallicilibri treSj  Vérone,  1 55o, 
in-4''.;  Paris,  i53i  et  i559,  in-B°. 
etin-i6;  Baie,  i556,in-8".;  Lyon, 
l547,  in-i2;  Anvers,  1 56*2  et  i6i  i, 
in-8'.;  Londres ,  i  720,  in-4".;  ^74^, 
in-8'.;  Padoue,  1744»  in  8<^.;  tra- 
duit  en  français,  avec  des  notes ,  par 
Macquer  et  Lacombe ,  Paris,    1 753, 
in-i'2;  en  italien,  par  Ant.Tirabosco, 
Vérone,  1769,    in-4''.;   P^r   Pierre 
Belli,  Naples,  1751  ,  iu-B*".;  et  enfin, 
par  Sébastien  de  gli  Aiitoui,  Bolo- 
gne,   1758,  iû^""- C'est  surtout  cet 


FRA  4i5 

ouvrage  qui  a  rendu  immortel  le  nom 
de  Fracastor  :  il  le  dédia  à  Pierre 
Benibo,  son  ami  particuHer ,  alors  se- 
crétaire du  pape  Léon  X ,  et  depuis 
cardinal.  Dans  ce  poème,  composé 
sur  un  fléau  qui  menaçait  de  détruire 
le  genre  humain  dans  sa  source,  Fra- 
castor rej'tte  l'opinion  commune, 
qui  fait  venir  la  syphilis  de  l'Améri- 
que :ii  prétend  que  cette  maladie  n'est 
point  nouvelle;  qu'elle  a  régné  dans 
1(S  siècles  de  l'antiquité;  qu'elle  pro- 
vient de  la  corruption  de  l'atmosphèro, 
d'où  naissent  mille  autres  pestes  fa- 
tales aux  animaux  et  aux  végétaux 
comme  aux  hommes;  et  qu'enfin  elle 
a  été  propagée  en  It.ilie  par  la  guerre 
des  Français.  Il  recommande  de  la 
combattre  avec  le  mercure  ,%dont  il 
célèbre  la  précieuse  découverte  par 
une  fiction  pleine  de  charmes  :  il  ré- 
pand le  même  intérêt  sur  la  conquête 
du  gaïac ,  el  sur  les  propriétés  salu- 
taires de  ce  végétal.  C'est  au  jeune  et 
malheureux  héi  os  de  l'épisode  qui  lui 
sert  pour  consacrer  celte  seconde  dé- 
couverte, qu'il  donne  le  nom  de  Sy- 
philis ;  et  ce  nom  lui  a  fourni  le  litre 
du  poème  entier,  titre  qui  est  deveuji 
par  suite  la  dénomination  de  la  maladie 
dont  l'iiimable  Syphilis  est  guéri  (1). 
On  s'apeiçoit  que  Fracastor  était  pro- 
fondément nourri  de  la  lecture  des  an- 
ciens poètes,  et  qu'il  les  a  souvent  imités 
avec  un  goût  exquis  :  aussi  plusieurs 
critiques  ont-ils  comparé  la  Syphilis 
aux  Géorgiqucs  do  Virgile,  pour  la 
richesse  delà  versification ,  la  noblesse 
des  pensées  ,  l'élégance  du  style ,  la 
vivacité  des  images.  Sannazar, contem- 
porain de  Fracastor,  après  avoir  lu  ce 
poème ,  le  mettait  au-dessus  du  siea 

(i)  Le  mal  décrit  dana  ce  poème  e«t  affreux, 
mais  n'a  rien  de  honteur. ,  parca  qu'il  ne  suppose 
aucune  immoralité  ,  aucun  usage  liccn -ieux  de» 
plaisirs  de  l'amour,  ni  même  -u<  ur. ?  influence  d# 
ces  plaisirs.  Vénus  est  à  peine  noTimée  dans  1« 
poème.  Ce  n'est  pas  de  son  courrou  ;  qpj  Syphili» 
e»t  TÎctimc,  nais  du  courfcus  4' Apollon. 


4i6  FRA 

propre  ,  De  partu  Fir^inis ,  auquel 
il  avait  travailic  pmdaiil  vingt  ans. 
Ce  qui  choque  dans  l'ouvrage  de  San- 
nazar,  c'est  une  raoustrueuse  asso- 
ciation des  augustes  mystères  de  la  foi 
chreîienne  avec  les  fables  du  paga- 
nisme :  on  n'observe  rien  de  sembla- 
ble diDS  le  poème  de  Fracaslor,  qui 
a  eu  le  bon  esprit  de  ne  mettre  en 
scène  que  des  personnages  de  la  fabu- 
leuse antiquité.  Haller  ,  ordinairement 
si  exact  et  si  judicieux,  semble  n'avoir 
pas  lu,  ou  avoir  juge  sur  parole  cette 
production    du    médecin    véronais , 
lorsqu'il  lui  prête  un  style  lâche  et 
des  fautes  de  quantité;  lorsqu'il  ac- 
cuse l'auteur  d'avoir  plus  souvent  co- 
pié qu'imité  les  anciens;  et,  enfin, 
îorsqu'iyui  fait  le  reproche  qu'a  si 
justeraciu    encouru  Sannazar,    mais 
dont  nous  avons  en  vain  cherché  le 
motif  dans  la  lecture  attentive  du  texte 
latin  de  Fracastor  :  nouvelle  preuve 
du  danger  de  s'en  rapporter  aveuglé- 
ment au  jugement  des  autorités  même 
les  plus  imposantes.  II.  De  vini  tem- 
peralurd ,  Venise ,  1 554  •>  in-4°«  t)ans 
cet  opuscule  ,  reiatif  aux  propriétés 
du  vin,  Fracastor  disseile  subtilement 
et  assez  longuement,   sur  les  quatre 
quahtés   élémentaires,    le  chaud,   le 
froid ,  le  sec  et  l'humide  :  on  croirait 
lire  un  chapitre  de  Galien,  qui  traite- 
rait le  même  sujet.  IIÏ.  flomoceritri- 
coriim ,  sive  de  stellis  liber  unus  ; 
De  caiisis  criticoruni  dierum  libel- 
las j  Venise,    i555,  i"-4"';    ï538, 
in-é".  Cet  ouvrage,  dédié  à  Paul  III, 
se  com[)Ose  de  deux  parties  bien  dis- 
tinctes :  la  première  ,  purement  astro- 
nomique, a  pour  objet  d'expliquer  Je 
système  planétaire,  par  des  cercles 
ou  mouvement!)  homocentriques,  subs- 
titués aux  cxceu niques  et  aux  épicy- 
cles.  Fracastor  crut,  par  ce  moyen, 
jeter  un  nouveau  jour  sur  toute  l'as- 
tronomie  :  mais  sa  méthode  ne  pou- 


FRÂ 
vaît  réussir ,   parce    qu'il   était   dé- 
pourvu d'observations,   j)Our  l'exac- 
titude desquelles  on  n'avait  point  en- 
core inventé  les  instruments  néces- 
saires :  il  avait  pourtant  entrevu  le 
télescope,  en  imaginant  de  placer  i'nn 
sur  l'au'TC  deux  verres   à  lunettes, 
pour  observer  le  cours  des  astres.  La 
seconde  partie  est  relative  aux  jours 
critiques  dans  les  maladies.  Quoiqu'il 
rejette  l'influence  de  la  lune  sur  la  déter- 
mination de  ces  jours  ,  sa  doctrine  se 
ressent  des  préjugés  et  des  subtilités 
scholastiques  de  l'époque  oii  il  vivait. 
IV.   De   sympalldd   et   antipathid 
rerum  liber  unus  ;  De  contagioni- 
bus  et  contagiosis  morbis  ,  et  eorum 
curaiioiie,  libri  1res  ^  Venise,  i546, 
in-4°.;  lyon,  i55o,  i554,in-i6et 
in-S".  De  ces  deux  ouvrages  publiés 
ensemble,  et  dédiés  au  cardinal  Alex. 
Farnèse,  l'un  traite  de  la  sympathie 
des  éléments ,    de  l'attraction  et  de  la 
répulsion  réciproques  des  corps  ,  sui- 
vant que  les   principes  qui  entrent 
dans  leur  composition  sont  analogues 
ou  contraires  ;  il  traite,  en  outre,  des 
sympathies  et  des  antipathies  de  l'arae 
et  des  sens  ,  lesquelles  ont  pour  pro- 
duit la  joie,  la  tristesse,  la  crainte, 
le  délire,  l'admiration,  la  colère,  le 
ris ,  la  pudeur ,  etc.  :  l'autre  concerne 
les  maladies  contagieuses  ,  et  spécia- 
lement la  variole  ,  la  peste,  la  suette, 
la  fièvre  pétécliiale,  la  rage,  le  mal 
vénérien  ,  et  diverses  affections  de  la 
peau.  Fracastor  n'admet  point  les  pro- 
priétés occultes  comme  cause  des  con- 
tagions qui  se  font  à  distance;  il  attri- 
bue ces  dernières  à  l'action  d'eflîuves 
invisibles,  qui  se  portent  d'un  corps 
sur  un  autre.  Il  est  le  premier  qui  ait 
parlé  de  la  phthisie  devenue  conta- 
gieuse pnr  l'usage    des    objets    qui 
avaient  appartenu   aux  malades  :  il 
croit  que  c'est  surtout  a  près  les  grandes 
inondations  el  les  tavages  occasion- 


FRA 

r\is  par  des  nuëcs  de  sauterelles ,  que 
les  contagions  se  développent;  il  pa- 
raît, du  reste,  confondre  celles-ci  avec 
les  épidémies.  Outre  son  poème  de  la 
Syphilis^  Fracastor  en  avait  composé 
iHi ,    intitulé    Joseph ,   que  la   mort 
Tempêclia  de  terminer ,  et  dont  on  ne 
possède  que  les  deux  premiers  livres  : 
il  y  chante  les  vertus  et  les  hauts  faits 
du  fils  de  Jacob.  Noms  avons  encore 
de  Fracastor  un  livre  de  Poésies  la- 
tines ,  sur  divers  sujets ,  adressées  à 
plusieurs  personnages  distingués  de 
son   temps.   Toutes  ces  productions 
poétiques  ont  été  réunies  et  imprimées 
à  Padoue,  en  1728,  in-8''.  Les  œu- 
vres complètes  de  Fracastor  parurent 
pour  la  première  fois  ensemble  sous 
ce  titre  :  Hieronymi  Fracastorii  Ve- 
ronensis   opéra  omnia  ,    in   uniim 
proxitnèpost illiits  ?nortem  collecta; 
accesseriint  Andreœ  Naugerii  pa- 
tricii  Feneti  orationes  duœ,  carmina- 
quenonnulla.  V^enetiis  apudjuntas, 
i555,  in-4°.  Dnis  ce  recueil  se  trou- 
vent comprises,  outre  les  pièces  déjà 
indiquées,  les  trois  suivantes  qui  pa- 
raissaient pour  la  première  fois  :  Nau- 
gerius  ,  swe  de  poëticd  dialogus  ; 
Turrius,  sive  de  intellectione  dia- 
logus ,  libri  II.  C'est  pour  témoigner 
son  estime  à  ses  amis  André  Nuva- 
gero  et  les  trois  frères  Turriani ,  que 
Fracastor  intitula  ainsi  ces  dialogues  : 
Fracastorius  ,  sive  de  anima  dialo- 
gus ;  ouvrage  commencé  pendant  la 
vieillesse  de  l'auteur,  et  qu'il  ne  put 
achever.  Ce  recueil  fut  réimprimé, 
Venise,  1574,  i584,in-4°.;  Lyon, 
iSgi  ,    1  vol.  in-8".;   Montpellier, 
1622,  idem;  Genève,  1621,  1O57  , 
1671  ,  in-8'.  Le  joli  poème  intitulé, 
Alcon  sive  de  cura  canum  venati- 
corum ,  que  de  bons  critiques  regar- 
dent comme  peu  inférieur  à  la  Syphilis , 
n'a  été  réuni  aux  autres  ouvrages  de 
Fracastor  que  dans  les  éditions  de  ses 

XV. 


FRA  417 

œuvres  postérieures  au  16^.  siècle  (t); 
mais  on  le  trouve  déjà  dans  le  tora.  H 
des    Carmina  illustrium  poëtarum 
italorum  (  par  Math.  Toscano,  «376, 
in- 1(1),  et  Bigault  l'a  inséré  dans  les 
Rei  accipitrariœ  scriptores ,  Paris , 
1612,  in-4".  Les  poésies  de  Fracas- 
tor ont  été  souvent  recueillies  avec 
celles  des  plus  élégants  poètes  latins 
du  i6\  siècle,  Cotta,  Bonfadio,  Fu- 
ma no  ,  le  comte  d'Arco  ;  et  les  deux 
plus  belles  éditions   sont   celles   de 
Padoue  ,   Gomino ,   données  par  les 
frères  Voipi ,  1 7 1 8 ,  in-8  '. ,  et  1 769 , 
in  4'*  Cette  dernière  contient,  outre 
plusieurs   augmentations    remarqua- 
bles ,  une  nouvelle  traduction  de  la 
Syphilis  en  vers  italiens ,  par  Vincent 
Benini  de  Cologne  ;  elle  est  non  seu- 
lement préférable  à  toutes  K-s  précé- 
dentes, mais  comparée,  par  !<  s  meil- 
leurs critique-^  .    lUX   traductions  en 
vers  les  plus  estimé  s,  telles  que  celles 
du  Caro,  du  Marchetti,  et  du  Bcnti- 
voglio.  Ou  en  a  tiré  à  part  uu  cer- 
tain nombre  d'exempl  lires   in -4".  , 
qui  sont  devenus  extiêm^ment  rares. 
Fracastor  s'était   aussi   beaucoup  li- 
vré à  la  recherche  des  propriétés  des 
substances  médicanieuleuses  :  c'est  à 
lui   que  l'on  doit  le    diascordium, 
composition  encore  utile,  et  fréquem- 
ment employée  de  nos  jours.  Fréd. 
Otto  Menken   a  écrit,  en  latin,  un 
Commentaire  sur  la  vie  et  les  ou- 
vrages de  FraCiStor ,  Leipzig ,  1731, 
in-4"-  G — ÉelR — D — N. 

FRAGHET  (  Gérard  de  ),  en  latin 
de  FrachetOy  dominicain,  né  à  Cha- 
luz  près  de  Limoges  ,  au  commen- 
cement du  '1  5  .  siècle,  mérita  d'être 
choisi  par  Humbert, supérieur-général 


(t)  Il  paraît  qae  ce  petit  poème  n'a  jamais  été 
imprimé  séparément;  l'édition  de  Genève,  1637  , 
in-S".  .  que  cite  Simler  ,  dins  son  Epilome  de 
Gesner  ,  comprend  tous  les  ouv,<tji<^s  <le  Frac^istor. 
Lallemant  rend  un  compte  fort  détaillé  de  V^iU 
ton  dau»  U  Bibliath.  det  TAéreiUicogr, 

27 


4i8  FRA 

de  l'ordre ,  pour  en  lëdiger  rhisloire 
sur  les  mate'riaux  qui  lui  seraient 
fournis.  Gérard  présenta  son  travail  au 
chapitre  tenu  à  Montpellier  en  1260, 
et  eut  la  satisfaction  de  le  voir  a  pprouve' 
de  tous  ses  confrères.  Cette  histoire  , 
après  être  demeurée  ensevelie ,  pen- 
dant près  de  quatre  siècles  ,  dans  la 
poussière  des  bibliothèques  ,  a  enfin 
élé  publiée  avec  quelques  additions  , 
sous  ce  titre  :  Vitœ  fratrum  ordinis 
vrœdicatorum .,  Douai ,  1 6 1 9  ,jBt  Va- 
lence en  Espagne,  1657,  in-4°.  On  at- 
tribue au  même  religieux  le  Chronicon 
Zemoincum,  ainsi  nommé,  soit  parce 
que  Tauteur  était  limousin ,  soit  parce 
que  les  affaires  de  cette  province  y  sont 
traitées  avec  plus  d'étendue  que  les 
autres.  Il  en  existe  des  manuscrits  en 
France  et  an  Italie  ;  mais  la  plupart 
diffèrent  par  quelques  endroits.  C'est 
«ne  compilation  des  chroniques  d'Eu- 
sèbe,  de  S.  Jérôme ,  de  Bède,  d'Adon, 
de  Sigebert  ;  mais  elle  est  inféresr 
santé  par  les  détails  qu'on  y  trouve 
sur  les  événements  arrivés  en  France 
â  l'époque  où  l'auteur  écrivait.  Dom 
JBouqueten  a  inséré  des  extraits  dans 
son  Recueil  des  Historiens  de  Fran- 
ce. Gérard  mourut  le  5  octobre  1271, 
au  couvent  de  son  ordre,  à  Limoges; 
il  en  était  prieur  ,  et  il  l'avait  éfé  des 
couvents  de  Marseille  et  de  Mont- 
pellier. W — s. 

FRACHETTA  (Jérôme),  publicisle 
italien,  né  à  Rovigo,  vers  i56o,  fut 
d'abord  attaché  au  cardinal  d'Esté,  en 
qualité  de  secrétaire.  Ce  prélat  le  fit 
admettre  à  l'académie  des  Incitatif 
qu'il  venait  de  fonder  dans  le  but  de 
ranimer  l'élude  desanciens  j  mais  cette 
société  ayant  cessé  d'exister  à  la  mort 
de  son  illustre  protecteur  ,  Frachelta 
abandonna  la  littérature,  et  tourna 
toutes  ses  vues  vers  la  politique.  H  se 
fit  connaître  avautageusementdel'am- 
hâssadeur  d'Espagne  à  Rome,  qui  le 


FRA 

chargea  de  plusieurs  commissions  dé- 
licates,dont  il  s'acquitta  avec  beaucoup 
de  succès.  Son  zèle  ne  fut  pas  toujours 
accompagné  d'assez  de  prudence;  car 
il  se  fit  de  puissants  ennemis,  et,  pour 
se  soustraire  à  leur  ressentiment ,  il 
fut  obligé  de  s'enfuir  à  Naples  ,  où  il 
continua  de  recevoir  une  pension  de 
l'Espagne.  H  mourut  en  celte  ville  , 
vers  1620,  après  avoir  publié  les  ou- 
vrages suivants  :  I.  Dialogo  delfuror 
poëtico  ,  Padoue  ,  1 58i ,  in-4°.  Cest 
une  imitation  du  discours  de  François 
Patrice  :  Diversilà  de  furori  poëtici, 
II.  Spozitione  soprà  una  canzone 
di  Guido  Cavalca?iti,\emsej  1 585, 
in-4"«  Ilï«  Breye  spozitione  ditutta 
V opéra  di  Lucrezio ,  nella  quale  si 
disamina  la  dottrina  di  Epicuro  * 
si  mostra  in  che  sia  conforme  col 
vero  e  conglinsegnamefiti  di  Aris- 
totele  ,  e  in  che  différente ^  Venise, 
1 589  ,  in-4**.  Ce  n'est  pas  ,  comme 
l'ont  dit  plusieurs  dictionnaires  ,  une 
traduction  du  poème  de  Lucrèce;  c'en 
est  nue  paraphrase,  avec  des  éclaircis- 
sements sur  les  passages  qui  présen- 
tent quelque  obscurité.  Les  notes  de 
Frachelta  sont  estimées.  ^V.  Deux 
Discours  en  italien,  adressés  àSigis- 
moud  Battori ,  prince  de  Transsilva- 
nie,  l'un  le  3o  septembre,  l'autre  le 
25  novembre  i595.  V.  Il  principe, 
Venise,  1 699,  in-8\  VI.  Videa  del 
libro  di  governi  di  stato  e  di  guerra^ 
ibid. ,  1 592 ,  in-8''.  C'e^t  le  plan  et 
l'idée  générale  de  l'ouvrage  suivant*: 
\ IL  Seminaîio  del  libro  di  governi 
di  stato  e  diguerra^  ibid.,  161 5, 
1 625  ,  in-fol.  ;  1647,  in-4"'î  G^"P*» 
1648  ,  in-4"»  On  a  réimprimé  le 
Prince  a  la  suite  des  deux  dernières 
cdiûons.WW.  Dellaragione  di  stato , 
Urbin  ,  i623,  in'4".  C'est  le  principal 
ouvrage  de  Frachelta.  Siruvius  dit 
qu'il  y  montre  une  grande  force  d'es- 
prit et  beaucoup  de  jugement  :  il  a  élé 


f  ti-aduit  en  allemand ,  Francfort,  i G8 r , 
in-8°.  On  a  encore  de  Frachetta  une 
traduction,  en  italien,  des  Commen- 
taires de  François  Vcrdergo ,  louchant 
son  administration  de  la  province  de 
Frise,  Naples ,  1 6o5 ,  in-8".  W— s. 
FR A-DIAVOLO,  ou  Frère  Diable, 
célèbre  chef  des  insurge's  calabrois ,  ne 
à  Itri ,  de  parents  pauvres.  Michel 
Pozza ,  c'e'tait  son  nom,  apprit  d'abord 
le  métier  de  fabricant  de  bas ,  et  ne 
tarda  pas  à  se  livrer  aux  crimes  qui 
l'ont  rendu  depuis  si  célèbre.  Réuni  à 
une  troupe  de  brigands  répandue  dans 
les  Calabres,  il  devint  bientôt  lenr 
chef,  et  fut  long-temps  la  terreur  des 
voyageurs  et  l'effroi  des  villageois.  Des 
mesures  de  rigueur  furent  prises  con- 
tre lui  par  l'ancien  gouvernement  na- 
politain, et  sa  tête  fut  mise  à  prix.  En 
1 799  ,  lorsque  le  cardinal  Ruffo  fit 
évacuer  le  royaume  de  Naples  aux 
Français,  il  employa  tout  ce  qui  se 
présenta  pour  servir  sa  cause  ;  et  Fra- 
Diavolo,  qui  n'avait  pas  été  des  der- 
niers à  manifester  son  dévouement, 
reçut ,  avec  le  pardon  du  passé ,  un 
brevet  de  colonel ,  ou  de  chef  de  masse. 
Depuis  lors  il  sembla  devenir  un  autre 
homme ,  s'occupa  exclusivement  à 
former  sa  troupe,  et  fit  la  campagne 
de  Rome  avec  l'armée  napolitaine.  Sa 
haine  pour  les  Français  le  porta  à 
commettre  des  actes  de  cruauté  qui 
rappelèrent  son  ancien  état.  Les  habi- 
tants de  Frascati  surtout  eurent  à  se 
plaindre  de  sa  conduite.  Il  obtint  peu 
après  une  pension  de  36oo  ducats,  et 
une  ferme  provenant  des  chartreux 
de  Saint-Martin.  Après  la  conquête  dé- 
finitive du  royaume  de  Naples  par 
Buouaparte ,  et  l'avènement  au  trône 
de  Joseph  ,  Fra-Diavolo  fut  chargé  de 
réunir  le  reste  de  ses  camarade^ ,  et 
se  retira  à  Gaëte.  Le  prince  de  Hesse- 
Philipsthal,qui  en  était  gouverneur, 
l'en  fitdbasscr,  comme  fauteur  de 


FRA  419 

désordres  commis  dans  la  ville.  Il  se 
rendit  de  nouveau  en  Calabre  j  mais 
détesté  par  les  autres  chefs  de  masse, 
il  fut  obligé  d'en  sortir ,  et  se  rendit  à 
Palerme,  où  il  eut  bientôt  connaissance 
du  plan  de  soulèvement  organisé  par 
le  Commodore  Sydney  Smith ,  sous 
les  auspices  de  la  reine.  11  partit  avec 
cet  Anglais ,  rassembla  quelques-uns 
de  ses  soldats  vers  le  Cilento  ,  passa 
dans  l'île  deCapri,  et  de  là  dans  toutes 
celles  qui  l'environnent,  et  y  fomenta 
l'esprit  d'insurrection  qui  y  existait 
déjà.  Après  avoir  recruté  sa  troupe 
de  tout  ce  qu'il  trouva  d'hommes  pro- 
pres à  un  coup  de  main,  il  débarqua  à 
Sperlonga,  et  marqua  sa  route  par  des 
incendies,  des  vols  et  des  assassinats  ;  il 
ouvrit  aussi  les  prisons  aux  criminels , 
et  employa  enfin  tous  les  moyens  pos- 
sibles pour  résister  aux  Français,  qui 
s*avançaient  afin  de  !e  combattre.  Atta- 
qué par  eux  bientôt  après ,  il  se  dé- 
fendit comme  un  lion ,  échappa  d'abord 
aux  poursuites  de  ses  ennemis  ,  et  fut 
enfin  arrêté  à  Saint-Severin  ,  par  la 
trahison  'd'un  paysan  chez  lequel  il 
s'était  réfugié,  et  conduit  à  Naples  le 
6  novembre  1806.  S'il  faut  en  croire 
les  journaux  français,  il  montra  beau- 
coup depusillanimitépcndant  la  courte 
instruction  de  son  procès,  et  se  livra 
à  des  reproches  contre  la  princesse  et 
l'oflicier  anglais,  qu'il  accusait  d'avoir 
causé  sa  perte.  Mis  en  jugement  le 

10  novembre  devant  le  tribunal  ex- 
traordmaire  institué  pour  juger  les 
rebelles ,  il  y  fut  défendu  par  un  ha- 
bile avocat ,  qu'il  avait  choisi  lui- 
même  ,  et  n'eu  fut  pas  moins  con- 
damné, tout  d'une  voix,  à  être  pendu. 

11  fut  exécuté  à  deux  heures  sur  la 
place  du  marché  >  en  présence  d'une 
foule  immense.  Z. 

FRAGONARD( Nicolas),  peintre 
d'histoire  ,  mort  à  Paris  le  22  août 
1806,  âgé  de  74  ans,  quitta  fort 


.;.. 


4ao  FRA 

jeune  le  notaire  chez  lequel  son  père 
l'avait  place',  pour  suiyrc  les  écoles 
de  dessin.  Parvenu  par  son  travail  à  la 
réputation  d'homme  distingué ,  il  ai- 
mait  à  raconter  comment  il   s'élait 
formé  de  lui-même,  et  rapportait 
assez  plaisamment ,  dans  le  cours  de 
sa  narration  ,  que  la  nature ,  en  le 
poussant  à  la  vie,  lui  avait  dit  avec 
malice  :    Tire -toi  d'affaire  comme 
tu  pourras.  En  effet ,  il  mit  à  profit 
la  leçon.  Elève  de  François  Boucher, 
Fragonard  adopta  les  pi  incipi  s  de  son 
maîlre;  mais  guidé  encore  plus  par 
ses  dispositions  naturelles  que  par  les 
leçons  du  peintre,  il  se  forma  néan- 
moins un  genre  à  lui.  Gomme  Bou- 
cher, il  mil  trop  d'affectation  dans  la 
disiril'Ution  de  ses  groupes  ,61  dans 
l'expression  des  figures  qu'il  repré- 
sentait j  mais  ses  compositions  sont 
mieux  raisonnées ,  plus  nobles  et  plus 
poétiques.    Fragonard    remporta    le 
grand   prix  de  peinture  ,    et  partit 
pour  Rome.  La  superbe  Italie,  où 
résidaient  les  chefs-d'œuvre  de  l'anti- 
quité ,  ainsi  que  les  plus  belles  pein- 
tures des  temps  modernes,  loin  d'aug- 
menter en  lui  le  goût  du  travail,  et 
de  lui  inspirer  le  désir  de  rectifier  son 
talent ,  produisit  l'effet  contraire  ;  car 
il  convenait  qu'à  son  arrivée  à  Rome, 
les  peintures  de  nos  maîtres  les  plus 
célèbres  lui  avaient  paru  tristes,  mo- 
notones ,  et  qu'elles  l'avaient  entière- 
ment découragé.  L'énergie  de  Michel- 
Ange  m'effrayait ,  disait-il;  j'éprouvais 
un  senlimeut  que  je  ne  pouvais  rendre; 
cil  voyant  les  beautés  de  Raphaël,  j'étais 
emu  jusqu'aux  larmes,  et  le  crayon 
me  tombait  des  mains;  enfin ,  je  restai 
quelques  mois  dans  un  étal  d'indo- 
lence que  je  n'étais  pas  le  maître  de  sur- 
monter, lorsque  je  m'attachai  à  l'étude 
des  peintres  qui  me  donnaient  l'espé- 
rance de  rivaliser  un  jour  avec  eux  : 
c'est  ainsi  que  Ba roche  ,   Piètre  de 


FRA 

Cortone,  Solimène  et  Tiépolo  fixèrent 
mon  attention.  A  son  relour  de  Rome, 
Fragonard  entreprit  pour  sa  réception 
à  l'académie ,  un  tableau  représentant 
Corésus  et  Callirhoé.  Dans  cette  heu- 
reuse disposition ,  l'artiste  veut  se  sur- 
passer :  il  s'enferme  dans  son  atelier, 
où ,  profondément  pénétré  de  cette 
idée,  il  exécute  un  tableau  dans  k- 
quel  on  admirait  une  belle  ordon- 
nance ,  et  des  effets  de  lumière ,  non 
seulement  piqudots,  mais  encore  di- 
rigés avec  adresse.  L'ouvrage  eut  un 
grand  succès ,  et  fut  agréé  avec  dis- 
tinction par  les  académiciens.  Il  peignit 
de  suite  la  Fisiiailon  de  la  Vierge, 
pour  le  duc  de  Gramont.  Cependant, 
Fragonard  s'aperçut  bientôt  de  la  fai- 
blesse de  ses  études;  il  smtit  com- 
bien il  lui  serait  difilcile  d'occuper  la 
première  place,  s'il  consacrait  unique- 
ment ses  pinceaux  à  la  représentation 
des  grands  sujets  d'histoire  :  il  s'a- 
donna au  genre  erotique ,  dans  lequel 
il  réussit  parfaitement.  Sacrifiant  ainsi 
la  gloire  au  plaisir  et  au  badinage , 
Fragonard  fut  un  peintre  à  la  mode. 
Ses  petits  tableaux  et  ses  dessins 
lavés  au  bistre ,  si  remarquables  par 
des  pensées  neuves  et  ingénieuses  , 
étaient  enlevés  dès  qu'ils  voyaient  le 
jour.  Les  amateurs  se  disputaient  à 
l'envi  ces  productions  frivoles;  et  on 
les  voyait  continuellement,  dans  l'ate- 
lier du  peintre,  le  presser  de  dessiner 
devant  eux  des  scènes  qui  charmaient 
tout  le  monde.  Ce  fut  dans  le  temps 
de  cette  grande  vogue,  qu'il  fit  pa- 
raître son  tableau  de  la  Fontaine 
d'amour  ;  celui  du  Sacrifice  de  la. 
rose  ,  et  du  Serment  d'amour.  Il 
peignit ,  pour  le  marquis  de  Vcrri , 
un  tableau  dans  la  manière  de  Rem- 
brandt, représentant  V Adoration  des 
Bergers;  et  comme  l'amateur  lui  en 
demandait  un  second  pour  servir  de 
pendant  au  premier,  l'artiste,  croyant 


FRA 
faire  preuve  de  ge'nic,  par  un  contraste 
bizirre,  lui  fit  un  tableau  libre  et  rem- 
pli de  passion,  connu  sous  le  nom  de 
Verrou.  On  ne  peut  se  dissimuler  que 
les  compositions  liceucieusesde ce  pein- 
tre n'aient  souvent  effarouche  la  vertu 
et  alarmé  la  pudeur.  Sous  ce  rapport 
on  dira  :  Fragonard  est  coupable,  et 
l'on  ne  saurait  approuver,  même  en 
admirant  le  peintre  ,  le  génie  dont  le 
résultat  allume  des  passions  dange- 
reuses, et  tend  à  la  corruption  des 
mœurs.  Les  épigramraes  d'un  peintre 
valent  quelquefois  celles  d'un  poète. 
En  1773,   Fragonard  fut  charge'  de 
peindre  le  salon  de  M^^".  Guimard  : 
«lie  fut  représentée  en  Terpsicliore, 
avec  tous  les  attributs  qui  pouvaient  la 
caractériser  de  la  manière  la  plus  sé- 
dwisante.  On  raconte  que  les  tableaux 
n'étaient  pas  encore  terminés  ,  lors- 
qu'on ne  sait  pourquoi  elle  se  brouilla 
avec  son  peintre,  et  en  choisit  un 
autre.  Fragonard,  curieux  de  savoir 
ce  que  devenait  l'ouvrage  entre  les 
mains  de  son  successeur,  trouva  le 
moyen ,  quelque  temps  après ,  de  s'in- 
troduire dans  la  maison.  Apercevant 
dans  un  coin  une  palette  et  des  cou- 
leurs ^  il  imagine  sur-le-champ  le 
moyen  de  se  venger.  En  quatre  coups 
de  pinceau  ,  il  efface  le  sourire  des 
lèvres  de  Terpsichore  ,  et  leur  donne 
l'expression  de  la  colère  et  de  la  fu- 
reur, sans  rico  ôler  d'ailleurs  au  por- 
trait, de  sa  ressemblance,  quoiqu'il 
eût  également  touché  aux  yeux.  Gela 
fait,   il  se  sauve  au  plus  vite;  et  le 
înalhcur  veut  que  ÎVr^*.  Guimard  ar- 
rive  elle  -  même  quelques  moments 
après  avec  plusieurs  de  ses  amis ,  qui 
venaient  juger  les  talents  du  peintre. 
Quelle  n'est  pas  son  indignation  ,  en 
se  voyant  défigurée  à  ce  point  î  mais 
plus  sa  colère  éclate  ,  plus  la  carica- 
ture  devient   ressemblante.   Ce    qui 
caractérise  principalement  les  ouvra- 


FRA  421 

ges  ■  de  Fragonard  ,  c'est  une  sorte 
de  magie  et  de  féerie.  Il  touchait  tour 
à  tour  ses  pinceaux  ,  sans  oser  en 
prendre  un  d'une  main  assurée  :  ses 
peintures  se  ressentent  de  celte  indé- 
cision. Son  style  est  agréable,  sans 
être  déterminé;  son  dessin  est  gra- 
cieux, sans  être  arrêté.  Sa  couleur 
est  factice  et  sans  vigueur;  elle  res- 
semble à  une  vapeur  aérienne  qui 
aurait  emprunté  des  reflets  de  l'arc-en- 
ciel.  La  nature  avait  doué  Fragonard 
de  toutes  les  qualités  propres  à  for- 
mer un  homme  habile  ;  mais  ,  d'une 
part ,  entraîné  par  l'influence  vi- 
cieuse de  l'école  dans  laquelle  il  avait 
étudié,  et  de  l'autre,  se  livrant  tout 
entier  au  goût  frivole  de  son  siècle, 
il  a  entièrement  négligé  les  plus  belles 
parties  de  l'art,  qu'il  aurait  pu  traiter 
avec  avantage  ,  s'il  avait  voulu  s'y 
livrer.  C'est  ainsi  que  Fragonard  mar- 
chait à  la  fortune  sur  «m  chemin  semé 
de  roses ,  lorsque  la  révolution  vint 
le  surprendre  dans  sa  course.  Il  per- 
dit la  majeure  partie  de  la  richesse 
qu'il  avait  amassée,  pour  ainsi  dire, 
en  badinant  avec  ses  crayons  et  ses 
pinceaux  :  il  ne  peignit  plus ,  et  mou- 
rut malheureux.  L — 1« — R. 

FRAGOSO  (Jean),  médecin  es- 
pagnol du  16°.  siècle,  naquit  à  To- 
lède ,  et  remplit  auprès  de  Philippe  II 
les  fonctions  de  médecin  et  de  chi- 
rurgien. Nous  n'avons  point  d'autres 
renseignements  biographiques  sur  cet 
archiâtre;  mais  nous  possédons  plu- 
sieurs ouvrages  qui  attestent  son  ta- 
lent ,  et  surtout  son  zèle  :  I.  Ques- 
tions chirurgicales  destinées  à  ex- 
pliquer les  préceptes  les  plus  impor- 
tants de  la  chirurgie ,  Madrid,  1  S^o, 
in-4°.  (  en  espagnol.  )  II.  Chirurgie 
universelle  ;  Traité  des  évacuations  ; 
Antidotaire j  Madrid,  i58i ,  in-fol.; 
Alcala  de  Henarès  ,  1 60 1  ,  in  -  fol. 
(en  espagnol);  traduit  eu  italien  par 


422  FRA 

Ballhnzar  Gasso ,  Palerme,  lôSg, 
info).  Ce  livre  renferme  diverses  ob- 
servations curieuses  ;  et  la  doctrine 
en  est  assez  pure.  L'auteur  de'terinine 
avec  exactitude  l'heureux  emploi  du 
feu  ou  cautère  actuel  dans  plusieurs 
affections  graves  ;  il  juge  sainement 
les  plaies  d'armes  à  feu,  et  ne  Ips 
croit  pas  vénéneuses.  lïl.  Discours 
sur  les  aromates ,  les  arbres ,  les 
fruits  et  les  autres  drogues  simples 
quon  retire  des  Indes  orientales ,  et 
qui  servent  en  médecine ,  Madrid, 
1572,  in-8°.  (en  espagnol);  traduit 
en  latiu ,  avec  des  notes ,  par  Israël 
Spach  ,  Strasbourg,  1601  ,  in-8'. 
Haller  observe  judicieusement  que 
Fragoso  a  puisé  les  matériaux  de  celte 
])harmacologie  orientale  dans  les  œu- 
vres de  Monardès ,  Garcias  de  Horta 
et  Charles  de  l'Ecluse.  IV.  De  suc- 
cedaneis  medicamentis  liber  ;  cum 
animadversionibu<  in  quamplurima 
medicamenUi  composila  quorum  est 
usus  in  hispanicis  ofjicinis ,  Man- 
toue,  1675,  in-8'.j  Madrid,  i585, 
in-4''.  Les  botanistes  Kuiz  et  Pavon, 
jaloux  d'immortaliser  leurs  compa- 
triotes ,  et  ne  trouvant  pas  dans  leur 
pays  autant  de  naturahstes  célèbres 
qu'ils  rencontraient  de  plantes  nou- 
velles dans  leurs  voyages ,  ont  dû  pro- 
clamer beaucoup  de  noms  médiocre- 
ment connus.  Le  gcnic^nig^o^a,  qu'ils 
ont  dédié  à  Jean  Fragoso  ,  est  une 
ombellifére  composée  de  six  espèces, 
qui  toutes  appartiennent  au  JNouveau- 
Monde  C. 

FRAGUIER  (Claude-François), 
issu  de  parents  nobles  ,  naquit  à 
Paris,  le  28  août  1666. 11  fit  ses  étu- 
des chez  les  jésuites ,  sous  les  PP. 
Rapin,  Jouvency,  la  Rue  ,  Commire; 
et  la  fréquentation  de  ces  hommes  il- 
lustres le  détermina  ,  en  i685,  à  en- 
trer dans  leur  société.  Après  son  no- 
viciat, il  fut  envoyé  à  Oaen  pour  y 


FRA 

professer  les  belles-lettres.  Il  s'y  lia 
d'une  étroite  amitié  avec  Huet  et  Se- 
grais ,  et  donna  tous  ses  loisirs  à  l'é- 
tude des  grands  maîtres  grecs  et  fa- 
tins.  De  retour  à  Paris ,  il  lui  fallait 
faire  un  cours  de  théologie  ;  mais ,  re- 
buté par  l'aridité  de  cette  science,  il 
quitta  les  jésuites ,  et  se  mit  à  travailler 
au  Journal  des  savants.  Bientôt ,  en- 
traîné par  le  ch.urac  qu'il  trouvait  à 
la  lecture  de  Pialon ,  il  entreprit  une 
traduction  latine  des  œuvres  de  ce  phi- 
losophe. Mais  son  zèle ,  ou  plutôt  son 
imprudence ,  lui  coûta  cher.  On  était 
en  été.  Fraguier  travaillait  la  nuit ,  à 
moitié  habillé ,  devant  une  fenêtre 
ouverte.  Dès  la  troisième  nuit  il  se 
sentit  frappé,  et  devint  tellement  per- 
clus ,  que  son  cou  fut  courbé ,  sa  tête 
penchée  sur  une  épaule;  infirmité  qu'il 
conserva  toute  sa  vie.  Il  fut  donc  obli- 
gé d'abandonner  son  travail.  Fraguier 
mourut  d'apoplexie  le  3i  mai  1728, 
âgé  de  soixante-un  ans.  Si»  candeur, 
son  désintéressement,  sa  droiture,  lui 
firent  des  amis  de  tous  ceux  qui  le 
connurent.  11  remplaça  Vaillant  à 
l'académie  des  inscriptions  eu  i7o5; 
et ,  trois  ans  après ,  l'académie  fran- 
çaise lui  ouvrit  ses  portes.  Il  fut  aussi 
censeur  royal.  L'érudition  u'altcia 
point  en  lui  le  goût  de  la  saine  litté- 
rature ;  il  est  du  petit  nombre  des 
savants  dont  les  écrits  attachent  le  lec- 
teur. La  délicatesse  de  ses  vers  la- 
tins, l'urbanité  de  ses  dissertations 
académiques,  pourront  long-temps  ser- 
vir de  règle  à  ceux  qui ,  tout  en  se  li- 
vrant à  des  recherches  arides  et  péni- 
bles ,  ne  s'en  croient  pas  moins  obli- 
gés de  cultiver  en  même  temps  le  plus 
beau ,  le  plus  utile  des  talents  ,  celui 
de  bien  penser  et  de  bien  dire.  Tel , 
depuis  Fraguier ,  nous  avons  vu 
l'élégant  auteur  des  Voyages  £A- 
nacharsis»  On  a  de  Fraguier  :  1.  DiS" 
cours  de  réception  à  l'académie  fran- 


FRA 

^aîse,  clu  i".  mars  1708,  în-4''.  ÏI. 
Éloge  de  Roger  de  Piles,  à  la  tête  de 
ses  Fies  des  Peintres ,  Paris,  1715, 
in-i  2.  III.  Mopsiis,  seu  schola  Pla- 
tonica  de  hominis  perj'ectione,  Paris, 
1721 ,  in-1'2;  c'est  uu  poème  élégia- 
que ,  d'tnviron  700  vers ,  sur  la  mo- 
rale païenne ,  plein  de  grâce ,  d'har- 
monie, et  d'une  onction  persuasive  que 
l'on  ne  rencontre  pas  toujours  dans  les 
écrits  même  de  Platon.  IV.  Des  Dis- 
sertations dans  les  Mémoires  de  l'a- 
cadémie des  inscriptions  ;  savoir  :  (au 
tome  II  )  sur  le  caractère  de  Pindare-, 
sur  la  Cjropédie  de  Xénophon;  sur 
y  usage  que  Platon  a  fait  des  poètes; 
sur  VEglogue,  sur  la  manière  dont 
Firgile  a  imité  Homère  ;  sur  un  pas- 
sage de  Ciceron ,  où  il  est  parlé  du 
tombeau  d' Archimède  ;  sur  ï ancien- 
neté des  symboles  et  des  devises  , 
prouvée  par  V autorité  d" Eschyle  et 
d'Euripide  ;  sur  ï ironie  de  Sacrale; 
sur  sou  démon  familier;    sur  ses 
mœurs ,  relativement  à  l'accusation 
de  pédérastie.  (  Au  tome  iv  ) ,  Be- 
cherches  sur  la  vie  de  Roscius  le 
comédien;  sur  les  imprécations  des 
pères  contre  les  enfants.   (  Tome  v 
de  l'Histoire  ) ,  Discussion  d'un  pas- 
sage de  Pindare  ;  Mémoire  sur  la 
vie    Orphique.  (  Tome  v   des  Mé- 
moires ) ,   Qu'il  ne  peut  jr  avoir  de 
poème  en  prose.  Cette  assertion  ,  in- 
contestable quant  aux   langues   an- 
ciennes,  n'est  pas  aussi  susceptible 
de  démonstration   par  rapport  aux 
lançjues  modernes.  (  Tome  vi  ) ,  sur 
V Elégie  grecque  et  latine;  sur  la 
Galerie  de  Ferrés.  V.  L'abbéd'Olivtt 
a  recuciiii  les  Poésies  latines  de  Fra- 
guier  ^  et  les  a  publiées  avec  celles  de 
lluet,  Paris,  17*29,  in-12:  il  y  a  joint 
ît's  trois  Dissertations  précitées  sur 
Soorale.  Il  a  reproduit  les  mcmespo<^- 
sies,  Pa-vis,    i7r>8,  in-ia,dans   le 
H'eu<-il  4iitiiulé  :  P-c'èt^ium  ex  aaa- 

XV, 


FRA  423 

demîd  gallicdqui  latine  aut  grœcè 
scripseriint  carmina.  Le  Santolius 
pœnitens,  que  l'on  attribue  à  Fraguier, 
est  ai]  Rolliu.  On  a  deux  Éloges  de  Fra- 
guier:  l'un  par  de  Boze,  au  tome  vit 
des  Mémoires  de  l'académie  des 
inscriptions  ;  l'autre  par  d'0:ivet,€U 
tête  du  recueil  mdiqué  ci-dessus.  On 
peut  aussi  consulter  les  Mémoires  d« 
Nicerou,  tome  xviii.  D.  L. 

FRAICHOT (Casimir),  bénédictin, 
né,  vers  1640,  à  Morteau,  petite  ville 
de  Franche-Comté,  fit  profession  de 
la  vie  religieuse ,  en  1 665 ,  à  l'abbaye 
Saint  Vincent  de  Besançon.  Lors  de 
la  conquête  de  cette  province  par  les 
Français,  il  passa  en  Italie,  où  il 
trouva  un  asile  dans  les  couvents  de 
son  ordre.  La  paix  lui  ayaut  permis  de 
rentrer  dans  sa  patrie,  il  se  retira  à 
l'abbaye  de  Luxeuil,  et  y  mourut  le  a 
octobre  1720,  dans  un  âge  avance'; 
Il  avait  laissé  des  Mémoires  de  sa  vie, 
que  l'on  conservait  à  la  bibliothèque 
deFaverney.  La  dispersion  de  ce  dé- 
pôt littéraire,  détruit  pendant  la  révo- 
lution ,  n'a  pas  permis  de  vérifier  si , 
à  l'exemple  à' kvmt\\\m{Bibliotheca 
Casinensis),  suivi  par  D.  Cal  met,  dans 
sa  Bibl.  de  Lorraine,  on  doit  lui  attri- 
buer les  ouvrages  publiés  en  Italie  et 
en  Hollande  sous  le  nom  de  Casimir 
Freschot,  et  desquels  M.  Barbier  « 
donné  une  notice  intéressante  dans  le 
Magasin  encjcl.  de  déc.  181 5.  Ce 
qui  semble  autoriser  ce  douie,  c'est 
que  la  famille  Fraichot ,  encore  exis- 
tante en  Franche-Comté,  a  toujours 
écrit  son  nom  de  cette  manière.  (  F, 
Freschot.  )  W — s. 

FRAIN  (Sebastien),  avocat  au  par- 
lement de  Bretagne,  ué  à  Rennes  dans 
la  dernière  moitié  du  l'ô"'.  siècle,  exer- 
ça penda'nit  quarante  ans  sa  profession 
avec  la  plus  grande  distinction.  Sui- 
vant un  usage  assez  suivi 'par  les  bons 
avocats  de  sou  temps,  et  qui  pomu-ait, 


ii^  FRA 

eu  faisant  ee  travail  aVcc  soin ,  pro- 
duire les  résultats  les  plus  avantageux, 
il  ue  manquait  jamais  au  retour  de 
l'audieuce,  de  noter  les  arrêts  remar- 
quables auxquels  il  avait  assisté;  il 
joignait  des  notes  et  des  recherches  à 
ceux  de  ces  arrêts  ou  qui  avaient  été 
rendus  sur  sa  plaidoirie,  ou  qui,  à 
raison  de  leur  importance ,  méritaient 
une  attention  particulière.  C'est  à  un 
travail  de  ce  genre  que  nous  devons 
les  ouvrages  de  Heurys,  de  Louet , 
d'Augéard,  etc.  Le  rrciieil  de  Frain  ne 
fut  cependant  pas  publié  de  son  vivant; 
mais  à  sa  mort ,  arrivée  en  1 645  ,  ses 
héritiers  s'empressèrent  de  le  faire  pa- 
raître sous  le  titre  di  Arrêts  du  parle- 
ment de  Bretagne,  pris  des  Mé- 
moires de  feu  M,  Sébastien  Frain, 
Rennes,  j646  ,  iu-4°.  Cette  première 
édition  fut  bientôt  suivie  d'une  se- 
conde ;  mais ,  dans  l'une  et  l'autre , 
on  inséra  plusieurs  arrêts  qui  n'avaient 
pas  été  recueillis  par  Frain.  Ces  mêmes 
arrêts  furent  également  imprimés  à  la 
suite  d'une  édition  du  texte  de  la  Cou- 
tume de  Bretagne,  à  Rennes,  en 
1674.  Cette  supercherie  engagea  Hé- 
vin ,  célèbre  avocat  au  parlement  de 
Rennes  ,  à  préparer  une  troisième 
édition  du  Recueil  de  Frain  :  il  en  re- 
trancha tout  ce  qui  n'était  pas  sorti  de 
sa  plume,  et  y  ajouta  des  dissertations 
nouvelles  sur  toutes  les  matières  trai- 
tées par  Frain.  Cette  édition  parut  à 
Rennes  en  i684  ?  et  forme  1  volumes 
in-4".  C'est  la  seule  qui  soit  aujour- 
d'hui recherchée.  Le  travail  d'Hévin 
n'a  pas  peu  contribué  à  son  succès: 
ses  dissertations  en  sont  un  des  prin- 
cipaux mérites  ;  on  y  remarque  sur- 
tout, à  la  fin  du2^  volume,  une  his- 
toire du  droit  romain  dans  les  Gaules, 
rcmpire  des  recherches  les  plus  savan- 
tes, et  des  vues  les  plus  profondes  sur 
la  Téritable  origine  du  droit  français. 
P— If— T,^ 


FRA 

FRAIN  (Jean  ) ,  écuyer,  seignenr 
du  Tremblai  et  de  la  Martinièrc,  néà 
Angers  en  164 1 ,  mourut  le  24  aoiit 
1724.  Il  était  fils  d'un  échevin ,  et  il 
fut,  en  1666,  conseiller  au  présidial 
de  sa  patrie  ;  mais  des  difficultés  sur- 
venues entre  lui  et  ses  confrères  Fo^ 
bligèrent  à  se  démettre  de  sa  charge. 
Il  se  livra  alors  tout  entier  à  la  litté- 
rature, sans  néanmoins  sortir  jamais 
de  la  classe  des  écrivains  les  plus  mé- 
diocres. Fiain  avait  beaucoup  lu,  mais 
mal  digéré  ses  lectures;  il  était  d'ail- 
leurs très  entêté  de  ses  opinions,  et, 
sur  la  fin  de  ses  jours,  il  devint  tout- 
àfait  misantropc.  Il  avait  été  l'un  des 
trente  premiers  membres  de  l'acadé- 
mie d'Angers,  établie  en  i685.  On 
a  de  lui  :  I.  Traité  de  la  vocation 
chrétienne  des  enfants,  Paris,  i685. 
II.  Conversations  morales  sur  les 
jeux  et  les  divertissements ,  Paris  , 
i685.  IIL  Nouveaux  essais  de  mo- 
rale, Paris  ,  i6yi  :  ouvrage  estimé 
de  Mabil'on.  IV.  Essai  sur  Vidée 
d'un  parfait  magistrat,  Paris,  1 70 1 . 
V.  Lettre  sur  le  Parrhasiana  de 
Leclerc,  insérée  dans  le  Journal  de 
Trévoux  de  1 702.  VI.  Traité  des 
langues,  Paris,  i7o3;  Amsterdam, 
1709,  in- 13  :  livre  utile,  quoique 
peu  profond.  VII.  Lettre  aux  jour- 
nalistes de  Trévoux ,  sur  le  Traité 
du  jeu,  par  Barheyrac  (  Journal  de 
Trévoux  ,  avril ,  1710);  Réponse  à 
la  lettre  de  Barbejrac  (Mémoires 
de  Trévoux ,  juillet ,  1 7 1 3).  L'auteur 
combat  la  trop  grande  condescen- 
dance de  Birbeyrac  pour  les  joueurs. 
VIII.  Discours  sur  l'origine  delà 
poésie ,  sur  son  âge ,  sur  le  bon 
goik.elc.y  Paris,  1713,  in- 12  :  ou- 
vrage dont  le  style  ne  répoud  point 
au  sujet.  IX.  Lettre  sur  la  phantas- 
matologie  ,  1715.  X.  Critique  de 
V Histoire  du  concile  de  Trente  de 
fra  Paoloi  des  Lettres  et  Mémoires 


FRA 

de  Fargas,  Rouen,  1719,  in -4**.  : 
critique  tutile.  L'auteur  n'était  pas  de 
force  à  discuter  de  tels  ouvrages.  XI. 
Traité  de  la  conscience  ,  Paris  , 
1724,  in- 12.  Ce  livre  ne  parut  qu'a- 
près la  mort  de  FYaiu ,  et  très  mutilé; 
i'imprer>sion  en  avait  été  commence'e 
vingt  ans  auparavant.  C'est  propre- 
ment un  traité  de  controverse.      Z. 

FBAMBOISIÈRE  (Nicolas- 
Abraham  de  la),  docteur  en  roéde- 
cine,  naquit  à  Guise  dans  le  16  .siè- 
cle. Il  était  le  fils  d'un  habile  prati- 
cien ,  qui  exerçait  la  médecine  et  la 
chirurgie,  et  qui  passait  pour  un  hom- 
me fort  érudit.  Son  fils  lui  dut  les  pre- 
mières leçons  de  son  art  ,et  il  ne  s'en 
éloigna  que  pouraller  prendre  les  de- 
grés à  l'université.  Framboisière  exer- 
ça la  médecine  à  Paris.  S'étant  dis- 
tingué par  plusieurs  écrits,  il  devint 
professeur  au  collège  royal ,  et  fut 
nommé  médecin  de  Louis  XIIL  On 
ignore  l'époque  précise  de  la  mort  de 
ce  médecin,  qui  vivait  vers  le  milieu 
du  17".  siècle.  Tous  les  ouvrages  de 
Framboisière  publiés  à  diverses  épo- 
ques ,  tant  sur  la  médecine  que  sur  la 
chirurgie,  ont  été  réunis  en  un  gros 
volume  infol.,  Lyon  ,  iG6().  On  y 
remarque  la  Description  de  la  fon- 
taine minérale  {du  Mont  d'or) ,  de- 
puis peu  découverte  au  territoire  de 
Reims  ,  qui  se  trouve  séparément 
in-8<».,  Paris,  1606.  F— -r. 

FRAMERY  (Nicolas -Etienne), 
né  à  Rouen  le  ^5  mars  1  745  ,  fut 
un  écrivain  médiocre ,  mais  doué  de 
connaissances  variées  et  assez  éten- 
dues. 1 1  a  cultivé  la  musique ,  la  poésie , 
l'art  dramatique ,  et  ne  s'est  distin- 
gué dans  aucun  genre.  La  musique 
était  ce  qu'il  savait  le  mieux  ;  il  en 
connaissait  parfaitement  la  théorie  et 
es  différent-,  systèmes.  La  plus  grande 
obligation  qu'on  lui  ait ,  est  d'avoir 
parodié  passablement  quelques  opé- 


FRA  4^5 

ras  bouffons  italiens,  pour  nous  faire 
entendre  la  charmante  musique  de 
Sacchiui.  A  dix- huit  ans  ,  il  présenta 
aux  Italiens  une  pièce  intitulée,  la 
nouvelle  Eve  ^  Aawi  Va  police  défen- 
dit la  repiéscntalion.  Il  donna  depuis 
Nanette  et  Lucas  ,  musique  du  che- 
valier d'Herbain;  le  Nicaise  de  Vadé 
retouché  à  sa  manière;  la  Colonie  y 
VOljmpiade,  ï Infante  de  Zamo- 
ra  (1)  ;  V Indienne ,  musique  de  Ci- 
folclli  ;  la  Tourterelle^  la  Sorcière 
par  hasard ,  dont  il  avait  fait  la 
musique  ,  et  quelques  antres  pièces 
de  même  valeur.  Un  concours  fut 
])roposé  pour  les  drames  lyriques. 
Il  remporta  le  prix  par  un  opéra  de 
MédéCy  que  la  mort  empêcha  Sac- 
chini  de  mettre  en  musique.  Outre 
ces  faibles  compositions ,  on  a  de 
Framery  :  I.  Réponse  de  Falcour  à 
Zeila,  1764,  in -8'.  II.  Les  trois 
Contes  nationaux,  1 760 ,  in  -  1 2 ,  2 
vol.  IIL  Le  Passé,  le  Présent, 
V  Avenir  ,  contes,  1766,  in- 12. 
IV.  Mémoires  du  marquis  de  St.- 
Forlaix ,  1 770 ,  in  12,4.  vol. ,  mal 
à  propos  attribués  à  M™^.  Brooke 
dans  l'article  de  cette  Biographie  qui 
lui  est  consacré,  tom.  VI ,  p.  25.  V. 
La,  Pureté  de  Vame ,  ode  couron- 
née à  Rouen  ,  1770.  VI.  Mémoire 
sur  le  conservatoire  de  musique , 
177,5.  VII.  Le  Musicien  pratique  , 
tr.id.  de  l'italien  d'Azopardi ,  1 786 , 
in-8\ ,  2  vol.  Vlll.  De V Organisation 
des  Spectacles  de  Paris,  1 79 1  ,in-8**. 
IX.  Avis  aux  poètes  lyriques,  ou  de 
la  nécessité  du  rhjthme  et  de  la  cé- 
sure dans  les  hymnes  ,  etc.  ,  1  796, 
hi-ïi''.X.  Discours  couronné  par  l'Ins- 
titut sur  cette  question  :  Analyser 
les  rapports  gui  existent  entre  la 
musique  et  la  déclumation ,  et  déier- 


(i)  C'est  du  Diable  amoureux,  «le  Cazotte  ,  que 
Framery  a  tiré  le  sujst  de  cette  Infante  de  Za~ 
mo/a.  (f'oj-.  Cazotïs.) 


^i6  FRA 

miner  les  moyens  d'appliquer  la 
déclamation  à  la  musique  sans  nuire 
à  la  mélodie ,  1802,  in  -  8".  Cette 
question,  dont  la  solution  n'appar- 
tient qu'au  rausicieîi  philosophe ,  et 
doit  être  appuyée  par  l'exemple ,  sera 
long-temps  encore  à  re'soudre  quant 
à  la  partie  théorique  (  Vhy.  Gluck). 
XI.  Notice  sur  Joseph  Haydn , 
1810,  in -8".  XII.  Framery  mit  à 
fin  avec  Panckoucke  une  Traduc- 
tion littérale  en  prose  de  la  Jérusa- 
lem délivrée  y  Paris,  1785,  5  vol. 
in- 18,  et  une  du  Eoland  furieux , 
publiée ,  comme  la  précédente ,  en 
regard  du  texte,  Paris,  1 787,  1  o  vol. 
in- 12.  Ces  traductions  peuvent  être 
fidèles;  mais  on  y  chercherait  vaine- 
ment le  génie  et  le  coloris  du  Tasse 
et  de  l'Arioste.  XIII.  11  a  rédigé  le 
Journal  de  musique  en  1770  et 
J771,  a  travaillé  au  Mercure  de 
France ,  et  a  rédigé,  de  concert  avec 
M.  Ginguené,  la  V^.  partie  du  tom.P''. 
du  Dictionnaire  de  musique  de  VEn' 
cyclopédie  méthodique.  Celte  1  '  *=.  par- 
tie parut  en  1791;  il  a  fait  insérer 
dans  le  Moniteur  n*».  112  de  1807  , 
une  Lettre  sur  la  Médee  de  Glower. 
Il  fut  pendant  long-temps  l'agent  des 
auteurs  dramatiques,  et  mourut  le  26 
novembre  181  o.  X.  G. 

FRANC  (  Martin  LE  )  (i),  poète 
français,  naquit  vers  le  commence- 
ment du  I5^  siècle,  à  Aumalc,  selon 
Claude  Fauchet,  ou  plutôt  à  Arras, 
suivant  Jean  Lemaire,  dont  l'opinion 
paraît  la  plus  probable.  On  ignore  les 
particularités  de  sa  première  jeunesse  ; 
mais  on  peut  conjecturer  qu'il  eut  de 
grands  succès  dans  ses  éludes,  et  que 
ce  fut  aux  talents  qu'il  annonçait  qu'il 
dut  son  élévation.  Il  embrassa  l'état 


(i)  Lamonnojrc  ,  dam  «et  nolef  iur  la  Biblio- 
thèqae  de  Lacroix  du  Maine,  prouve  trètbien  que 
cet  auteur  le  nommait  Le  Franc  ;  mtt'ii  c^tat  pour 
•  e  conformer  à  l'ufage  éubliijuoa  a  placé  ici  cet 
«riielc. 


FRA 

ecclésiastique, fut  pourvu  de  plusieurs 
bénéfices,  et  en  employa  les  revenus 
à  satisfaire  son  goût  pour  les  voyages. 
C'est  sans  aucune  preuve  que  les  hi- 
bliolhccaires  belges  ont  fait  Le  Franc 
chaooine  et  prévôt  de  l'abbaye  de 
Leuze,  dans  le  Hainaut  ;  mais  on  est 
certain  qu'il  eut  les  mêmes  dignités  au 
chapitre  de  Lausanne  ;  et  la  ressem- 
blance des  noms  de  ces  deux  villes  , 
en  latin,  paraît  être  la  cause  d'une 
erreur  qui  s'est  perpétuée  jusqu'ici 
dans  presque  tous  les  dictionnaires. 
Le  Franc  parcourut  l'Italie  vers  1 45G  ; 
et  à  son  retour  il  se  présenta  à  la  cour 
d'Ame  VIII,  duc  de  Savoie,  qui  le 
retint  pour  son  secrétaire.  Ame  ayant 
été  élu  pape  par  le  concile  de 
Baie,  en  1439  (  f^ojy,  Savoie,  Ame 
Vllï  ),  Le  Franc  suivit  sa  fortune, 
et  fut  fait  protouotaire  apostolique  , 
place  qu'il  exerça  avec  lanl  de  capacité 
et  de  délicatesse  ,  qu'il  la  conserva 
sous  Nicolas  V.Le  Franc  avait  suivi  le 
nouveau  pape  à  Rome;  et  on  conjec- 
ture ,  avec  quelque  vraisemblauce, 
qu'il  mourut  en  cette  ville  vers  1460. 
Le  célèbre  François  Philelphe  était  lié 
avec  Le  Franc  d'une  amilié  particu- 
lière. On  a  de  lui  les  deux  ouvrages 
suivants:  \.  Le  Champion  des  da- 
mes ,  in-fol.  golh.  fig.,  édition  impri- 
mée sur  deux  colonnes ,  cl  sortie  des 
presses  d'Ant.  Vérard ,  de  1490  à 
i5oo  ;  Paris  ,  Galliot  Dupré,  i55o, 
pet.  in-80.,  jolie  édit.,  exécutée  en 
lettres  rondes.  Ce  poème  eu  vers  de 
huit  syllabes,  est  divisé  en  cinq  livres  : 
le  quatrième  est  uniquement  consacré 
à  l'éloge  des  princesses  de  la  maison 
de  Savoie  ;  dans  les  autres ,  Le  Franc 
combat  les  reproches  que  les  auteurs 
du  Roman  de  la  Rose  et  de  Matheu- 
lus  contre  le  mariage ,  avaient  adres- 
sés aux  femmes  ,  et  cherche  à  prouver 
qu'elles  réunissent  toutes  les  perfec- 
tions. Mais  les  arguments  qu'il  prête 


FRA 

h  Maîebouche ,  l'nn  de  ses  person- 
nages, sont  quelquefois  si  prcssanis, 
qu'on  ne  peut  s'empêcher  de  trouver 
les  réponses  assez  faibles.  L'abbë 
Gonjet  a  donne  «ne  analyse  de  ce 
poème  dans  sa  Uiblioth.  française , 
tome  IX.  11.  L'estrif  de  fortune  et 
de  vertu  desquels  est  souveraine- 
ment dèmonstré  le  povre  et  faible 
estât  de  fortune  contre»  Vopinion 
commune  ,  Paris  ,  i5o5  (  édition 
citée  par  Prosper  Marchand  )  ;  ibid. , 
i5i9,  in-4°.  g<'th.  rare.  Cet  ouvrage 
en  prose ,  mêle'  de  vers  ,  est  divisé 
en  trois  livres.  C'est  un  dialogue  en- 
tre la  fortune,  la  vertu  ,  et  la  raison , 
qui  fait  l'office  déjuge,  et  donne  gain 
de  cause  à  la  vertu ,  ainsi  qu'on  doit 
s'y  attendre.  On  ne  le  Ht  pas  avec 
plaisir ,  dit  Goujet;  il  y  a  peu  d'ordre, 
beaucoup  de  rcpélitions,  des  raison- 
nements peu  concluants,  et  une  pro- 
lixité très  fatigante.  Bayle, en  donnant 
une  place  à  Le  Franc  dans  son  Dic- 
tionnaire, paraît  avoir  moins  eu  pour 
but  de  f  lire  connaître  cet  auteur  que 
de  rapporter  un  assez  long  passage  du 
Champion  des  dames ,  relatif  à  la 
papesse  Jeanne.  Si  l'on  ne  savait  com- 
bien l'esprit  de  critique  était  étranger 
au  iS**,  siècle,  on  pourrait  s'étonner 
que  Martin  Le  Franc,  protonotaire  et 
secrétaire  de  deux  papes ,  ne  mette 
pas  seulement  en  doute  l'existence  de 
ce  personnage  romanesque,  {foy,  Be- 
noît IH.  )  W— s. 

FRANC-FLOUE.  Foy.  Floris. 

FRANC  (J.Lle).  Foy.  Pompi- 

GNAN. 

FRANCE  (Marie  de),  auteur  d'un 
recueil  de  fables  dont  il  reste  plusieurs 
manuscrits,  florissait  vers  le  milieu 
du  1 5".  siècle.  Ce  surnom  de  France 
indique  seulement  son  pays  ;  elle  l'a 
pris ,  dit-elle ,  afin  d'empêcher  qu'on 
ne  lui  ravît  la  gloire  de  ses  ouvrages. 
Plus  modestes,  les  auteurs  de  ce  temps 


FRA 


417 


prenaient  seulement  pour  surnom  ce- 
lui de  la  ville  ou  du  village  qui  les  avait 
vus  naître.  Marie,  qui  donna  à  soie 
recueil  le  nom  à'  Ysopet,  c'est-à-dire, 
Petit-Esope, nous  apprend qu'Adenès 
(  auteur  de  quelques  romans  de  che- 
valerie )  avait  déjà  traduit  Esope  du 
grec  en  latin. Quelques-unes  desfables 
rimées  par  Marie  paraissent  imitées 
de  Phèdre;  et  il  y  a  lieu   de  croire 
qu'elle   avait    eu   connaissance  d'un 
manuscrit  du  fabuliste  latin,  autre  que 
celui  qui  a  été  découvert  à  la  fin  du 
I6^  siècle,  dans  la  bibliothèque  de 
St.-Remi  de  Reims  (  Voy,  Phèdre  ). 
Le  fond  de  quelques  fables  de  Marie 
ne  se  trouvant  ni  dans  Esope,  ni  dans 
Phèdre,  on  est  d'autant  plus  porté  à 
penser  qu'elles  sont  de  son  invention, 
que  ,  parmi  celles  qu'elle  a  imitées  de 
ces  deux  fabulistes ,  il  y  en  a  qui  ont 
éprouvé  des  cLangcments  qui  annon- 
cent de  l'imagination  et  du  goût.  Le- 
grand  d'Aussi,    dans  ses    Fabliaux 
ou  Contes  du  iti*".  et  du  1 5^.  siècle  , 
a  traduit  en  français  moderne   et  eu 
prose  celles   des   fables  de  Marie  de 
France  qui  ont  quelque  originalité.  Il 
nous  a  donné  aussi  le  Purgatoire  de 
Saint- Patrice,  espèce  de  conte  dé- 
vot, qu'elle  annonce  avoir  tiré  d'un 
autre  livre ,  et  qui  avait  été  fait  sur  une 
caverne  d'Irlande  ,  célèbre    par  les 
fables  grossières  que  la  crédulité  et  la 
superstition  débitaient.  Marie ,  dont  le 
style,  suivant  Legrand,est  simple, 
clair,  et  même  élégant  pour  son  temps, 
est  le  seul  auteur  qui  ait  publié  des 
fables  en  langue  vulgaire  dans  ce  siècle  : 
elle  avait  d'ailleurs  d'excellents  prin- 
cipes, et  déclare  que  celui  qui  a  reçu 
du  ciel  le  talent   de  la  poésie,  doit 
l'employer  à  rendre  les  hommes  meil- 
leurs. M.  Delarue  a  donné  une  notice 
étendue  sur  Marie  de  France ,  dans 
X Archœologia ,  tora.  XII;  et  l'on  en 
trouve  une  autre  ,  moins  de'tailléc  , 


4i8  F  R  A 

dans  le  Petit  magasin  des  dames  ^ 

5^  année  (1806).  P—x. 

FRANCESCA  (PiETRo  della), 
peintre  italien,  naquit  vers  la  fm  du 
I5^  siècle,  à  Borgo  diSan-Sepolcro, 
petite  ville  de  Toscane,  il  n'eut  pas  le 
bonheur  de  voir  son  père;  etsaraère  , 
i:estée  veuve  ,  refusa ,  quoique  jeune 
encore,  de  contracter  un  nouveau  ma- 
riage, pour  se  livrer  entièrement  à  son 
éducation.  Ce  fut  par  reconnaissance 
pour  les  bontés  de  sa  mère ,  qu'il  vou- 
lut continuer  de  porter  le  nom  de 
Pielro  della  Francesca ,  c'est-à-dire, 
Pierre,  fils  de  Françoise,  qu'on  lui 
avait  donne  dans  son  enfance.  Il  mon- 
tra d'abord  un  goût  très  vif  pour  les 
mathématiques  ,  et  ,  avant  l'âge  de 
quinze  ans,  il  avait  fait,  dans  cette 
science,  des  progrès  extraordinaires. 
Jl  étudia  ensuite  les  principes  de  l'art 
du  dessin  avec  autant  d'application  que 
de  succès.  Le  duc  d'Urbin  l'employa  à 
décorer  son  palais,  et  lui  fît  faire  plu- 
sieurs portraits,  dont  Vasari  regrette 
la  perte,  occasionnée  par  les  guerres 
qui  désolèrent  l'Italie.  Francesca  se 
rendit  ensuite  à  Pesaro,  puis  à  An- 
cone,  oii  le  duc  de  Ferrare  le  chargea 
de  plusieurs  grandes  compositions; 
mais  elles  ont  été  détruites  lors  des 
changements  faits  dans  la  distribution 
intérieure  du  palais,  dcsorte  qu'à  l'épo- 
que ou  écrivait  Vasari ,  il  ne  restait 
plus  de  cet  artiste ,  à  Ancone,  qu'une 
chapelle  de  St.-Auj^ustin  ;  encore  était- 
«'lle  gâtée  par  l'humidité.  Le  pape 
Nicolas  V  invita  Francesca  à  venir  à 
Home ,  et  lui  fit  exécuter ,  dans  le  Va- 
tican, dos  fresques,  qui  ont  été  rem- 
placées depuis  par  celles  de  Raphaël. 
De  retour  dans  sa  patrie  après  une 
absence  de  plusieurs  années  ,  il  y  fît 
plusieurs  tableaux  ,  parmi  lesquels  on 
file  le  retable  du  couvent  des  Augus- 
tins,  et  une  résurrection  du  Christ, 
qui  passe  pour  le  meilleur  de  tous  ses 


FRA 

ouvrages.  On  en  voit  quelques  autres 
du  même  artiste  à  Arczzo,  et  dans 
d'autres  villes  d'Italie;  mais  on  se 
contentei  a  d'indiquer  celui  qui  repré- 
sente le  songe  de  Constantin,  a  qui 
un  ange  pré>ente  la  croix;  ce  tableau 
qu'on  voit  encore  à  Arezzo ,  est  très 
estimé  pour  la  justesse  des  raccourcis 
et  pour  les  effets  de  lumière,  que* 
Francesca  entendait  mieux  que  tous» 
ses  contemporains.  Ce  grand  peintre^ 
perdit  la  vue  par  un  accident ,  à  l'âgef 
de  soixante  ans  ;  et  forcé  de  renoncer 
à  l'exercice  de  son  art ,  il  reprit  l'étude 
des  mathématiques  ,  qu'il  n'avait  ja- 
mais abandonnée  entièrement ,  et  il 
composa  plusieurs  traites  de  géomé- 
trie et  àç perspective,  que  l'on  conser- 
vait en  manuscrit  à  Borgo ,  d'où  iU 
ont  passé  dans  la  bibliothèque  du 
Vatican.  Vasat  i  accuse  Frà  Luca  Pac- 
cioli ,  disciple  de  Francesca  (  Voy» 
Pacciou  ) ,  de  s'être  approprié  le 
traité  de  son  maître  sur  la  perspec- 
tive ;  mais  Tiiaboschi  ne  croit  pai 
qu'on  doive  ajouter  foi  à  cette  accu-» 
sation,que  Vasari,  d'ailleurs,  n'ap- 
puie d'aucune  preuve.  Outre  Paccioîi , 
Francesca  a  encore  eu  pour  élèves 
Tolentino  ,  Pietro  da  Castel  della 
Pieve,  et  Luca  Signorelli,  de  Cortone  , 
le  plus  célèbre  de  tous.  On  ignore  la 
date  de  la  mort  de  Francesca:  l'abbd 
de  Fontenai  la  place  à  l'année  i445  ? 
mais  c'est  évidemment  une  erreur. 
Cet  artiste,  comme  on  l'a  vu,etcomm« 
Fontenai  en  convient  lui-même,  a  été 
employé  aux  travaux  du  Vaticm 
par  Nicolas  V,  qui  n'a  été  élu  pape 
qu'en  1 447  =  ^'  continua  d'exercer  son 
art  plusieurs  années  après  avoirquitté 
Rome;  et  en  supposant  qu'il  ail  pu 
exécuter  dans  l'espace  de  dix  ans  , 
tous  les  tableaux  cités  par  Vasari,  ce  ne 
serait  qu'en  14^7  qu'il  aurait  perdu  la 
vue.  1 1  avait  alors  soixante  ans ,  et  il  en 
a  vécu  quatre-vingt-six  ;  c'est  doue 


FRA 

vers  i4S3  qu'il  faut  p!accr  sa  mort. 
Son  couvoi  fut  honore  de  la  présence 
des  citoyens  les  plus  rccoinniandables, 
et  il  fut  inhumé  dans  l'église  de  Uorgo 
diSan-Sepolcro ,  qui  porte  aujourd'hui 
le  titre  de  cathédrale.  W— s. 

FRANCESCHINI  (  Marc -Antoi- 
ne ),  peintre,  naquit  à  Bologne  en 
1648  ;  il  quitta  l'école  de  J.  B.  Galli 
pour  passer  dans  celle  de  Charles 
Cigriani ,  dont  il  fut  l'ami  et  le  com- 
pagnon fidèle.  Ce  dernier  voulut  même 
l'attacher  à  s.^  famille,  et  lui  fit  épouser 
une  de  ses  cousines,  sœur  du  Quaini. 
Beaucoup  de  tableaux  de  Frances- 
chini ,  surtout  ceux  qu'il  fit  étant  en- 
core jeune ,  paraissent  de  la  main  de 
Charles.  Au  goût ,  à  la  recherche ,  à  la 
précision  de  son  maître,  il  joignait 
une  facilité  et  une  fraîcheur  de  coloris 
qui  lui  donnèrent  bientôt  de  la  répu- 
tation. Quand  il  devait  composer  une 
fresque  ,  il  avait  coutume  de  peindre 
son  sujet  sur  une  toile  qu'il  attachait , 
pour  mieux  juger  de  l'effet ,  à  la  place 
même  où  devait  être  la  fresque.  Il  a 
peint  de  cette  manière  la  voûte  et  la 
coupole  de  l'église  du  Corpus  Dominiy 
la  tribune  de  Saint- Barihélemi  à 
Bologne;  et  à  Gènes  ,  la  grande  voûte 
delà  salle  du  conseil  public:  ce  der- 
nier ouvrage  est  de  l'an  1702.  En 
1714,  Franceschini  fit  un  second 
voyage  à  Gènes,  pour  peindre  la 
voûte  de  l'église  des  pères  Philippins. 
Ou  voit,  dans  le  palais  Spinola  de  la 
même  ville,  un  tableau  de  ce  maître, 
représentant  Rebecca  qui  reçoit  les 
présents  d'Abraham.  Ce  tableau  est 
très  remarquable,  parce  que  Frances- 
chini avait  quatre-vingts  ans  quand  il 
l'a  commencé  :  il  paraît  plutôt  l'ou- 
vrage d'un  jeune  homme  plein  d'en- 
thousiasme, que  celui  d'un  vieillard.  Il 
mourut  en  1 7'^9 ,  âgé  de  quatre  vingt- 
un  ans.  11  avait  été  créé,  par  le  pape, 
chevalier  de  l'ordre  de  l'éperon  d'or. 


Plusieurs  princes  firent  de  vains  ef- 
forts pour  l'attacher  à  leur  personne. 
Luc  Giordano  ne  fut  appelé  à  Madrid 
que  sur  le  refus  de  Franceschini,  qu'on 
n'avait  pu  déterminer  à  accepter  les 
offres  de  la  cour  d'Espagne.  Les  élèves 
de  ce  maître  sont  le  chanoine  Jacques 
Franceschini ,  son  fils ,  qu'il  conduisit 
avec  lui  à  Gènes,  Jacques  Boni,  An- 
toine Rossi ,  Jérôme  Gatti ,  Joseph 
Podretti  ,  Hyacinthe  Garofolini  ,  et 
Gaétan  Frattini.  Jacques  Franceschini 
quitta  de  bonne  heure  l'étude  de  la 
peinture  pour  se  livrer  à  la  littérature 
et  à  la  théologie.  A — d, 

FRANCESQUITO,  peintre  espa- 
gnol, un  des  meilleurs  élèves  du 
célèbre  Giordano ,  naquit  à  Vallado- 
lid  l'an  1681. 11  avait  de  si  heureuses 
dispositions  pour  la  peinture,  et  il 
imita  si  bien  son  maître,  soit  dans  la 
fiicililé  de  l'invention  et  de  la  compo- 
sition, soit  dans  le  coloris  ,  que  celui- 
ci  dit  un  jour ,  en  voyant  un  premier 
ouvrage  de  ce  jeune  artiste  :  «  Fran- 
»  cesquito  est  né  avec  un  talent  bien 
»  supérieur  au  mien  ;  il  égalera  bieu- 
»  tôt  les  meilleurs  peintres  d'Italie.  » 
Il  l'emmena  avec  lui  en  1702  à  Na- 
ples,  011  Francesquito  fît  admirer  ses 
talents  et  laissa  plusieurs  tableaux.  On 
voit  une  Assomption  très  estimée  de 
ce  peintre  dans  l'église  de  Sainte-Claire 
de  la  même  ville.  De  retour  en  Es- 
pagne, il  fut  attaqué  en  chemin  d'une 
fièvre  contagieuse,  dont  il  mourut  en 
peu  de  jours,  en  1706,  un  an  après 
la  mort  de  son  maître  :  il  n'avait  alors 
que  vingt-quatre  ans.  Sa  perte  enleva 
toutes  les  espérances  qu'on  pouvait 
avoir  sur  ses  talents  ;  et  elle  fut  d'au- 
tant plus  sensible  en  Espagne,  que 
ce  pays  n'avait  alors  aucun  peintre 
d'un  mérite  aussi  distingué.     B — s. 

FRANCHE  VILLE  ou  FRANGA- 
VILLA  (  Pierre  ) ,  sculpteur  ,  né  à 
Cambrai  eu  i548  ,   reçut  une  très 


45o  FRA 

bonne  éducalion  de  ses  parents  ,  qui 
étaient  dans  l'aisance  ,  et  qui  desi- 
raient lui  faire  parcourir  la  carrière 
des  lettres.  Mais  son  goût  pour  les 
arts  ,  et  particulièrement  pour  la 
sculpture  ,  lui  ayant  fait  braver  les 
sollicitations  et  même  les  menaces 
de  son  père,  il  quitta  la  maison  pater- 
nelle pour  aller  étudier  en  Italie  les 
chefs-d'œuvre  des  grands  maîtres ,  et 
se  livrer  sans  réserve  à  son  goût  do- 
minant. S'étant  placé  hous  la  direction 
du  célèbre  Jean  de  Boulogne ,  ses  pro- 
grès furent  rapides.  Profitant  néan- 
moins des  diverses  connaissances  qu'il 
avait  acquises  pour  en  acquérir  encore 
de  nouvelles ,  la  peinture,  l'anatomie , 
les  mathématiques ,  la  science  de  l'in- 
génieur ,  lui  devinrent  familières. 
Ayant  été  rappelé  en  France  par 
Henri  lY,  sur  la  réputation  qu'il 
avait  déjà  obtenue  en  Italie  ,  il  partit 
de  Florence  avec  Bordoni  son  élève  , 
et  arriva  à  Paris ,  où  il  exécuta  des 
ouvrages  fort  estimés  ,  entre  autres, 
un  groupe  représenlant  le  Temps 
qui  enlève  la  Férité ,  attribué  faus- 
sement ,  par  quelques  biographes,  à 
un  autre  Francheville,  aussi  natif  de 
Cambrai ,  et  qui  a  exécuté  différents 
ouvrages  d'après  les  modèles  de  Gi- 
rardon.  Ce  groupe ,  qu'on  a  vu  long- 
temps dans  le  jardin  des  Tuileries ,  a 
été  transporté  depuis  au  châleau  de 
Pontchartrain  ,  Louis  XIV  eu  ayant 
fait  présent  au  chancelier  de  ce  nom. 
Les  quatre  figures  qui  ornaient  1<^  pié- 
destal de  la  statue  de  Henri-le  Grand, 
placée  sur  le  Pont-Neuf  ,  et  qui  ont 
échappé  à  la  faulx  révolutionnaire, 
sont  aussi  de  cet  artiste,  ainsi  que 
les  bas-rtliefe  et  autres  accessoires. 
Francheville  avait  été  nommé  sculp- 
teur du  roi  Louis  XUl:  c'est  en  celte 
qualité  qu'il  assista  à  l'inauguration 
de  celte  statue,  en  161 4  ,  comme  le 
constate  l'une  des  inscriptious  de  ce 


FRA 

monument.  On  ignore  Tépoque  pré- 
cise de  sa  mort.  P—  e. 

FRANCHEVILLE  (  Joseph  m 
Fresne  de  )  naquit  en  1  "j 04  ,  à  Dour- 
lens,  d'uue  ancienne  famille  du  Hai- 
naut.  Il  fit  SOS  études  à  Paris ,  sous  le 
célèbre  P.  Porée  ;  et ,  dès  l'âge  de 
quinze  ans,  il  fit  imprimer  une  élégie 
laline  sur  la  mort  d'un  de  ^es  protec- 
teurs :  Illustrissimi  dornini  Lud. 
Lorel  Tumulus  ,  Amiens ,  1 7 19 ,  in- 
4°.  Il  fut  d'abord  destiné  à  l'état  ec- 
clésiastique :  des  circonstances  parti- 
culières engagèrent  ensuite  sa  famille 
à  le  faire  entrer  dans  la  carrière  des 
finances.  Ayant  le  goût  des  recherches 
historiques  ,  Francheville  entreprit 
un  grand  ouvrage ,  qu'il  annonça  par 
un  prospectus,  sous  le  titre  di  Histoire 
générale  et  particulière  des  finances. 
Cet  ouvrage  devait  avoir  40  volumes 
in-4*'.;  naais  il  n'en  parut  que  3,  qui 
furent  imprimés  de  1^58  à  1740;  le 
5*".  vol.  se  trouve  aussi  séparément 
sous  le  titre  à' Histoire  de  la  Compa- 
gnie des  Indes.  L'auteur  rencontra 
des  difficultés  auxquelles  il  ne  s'était 
pas  attendu,  et  renonça  à  une  entre- 
prise qu'il  ne  pouvait  exécuter  selon 
son  plan  :  d'autres  travaux  l'occupè- 
rent, et  il  passade  l'histoire  au  roman. 
Il  choisit  cependant  son  sujet  dans 
l'histoire;  et  il  pubha,  en  1740, 
Les  premières  Expéditioîis  de  Char- 
lemagne ,  pendant  sa  jeunesse  et 
avant  son  règne,  composées  par 
Angilhert,  Amsterdam  (  Paris  ) , 
1 74 1 ,  in-8*'.,  qu'il  dédia  à  Frédéric  II, 
qui  venait  de  monter  sur  le  trône  de 
Prusse.  Ce  prince  l'ayant  appelé  à 
Berhn,  Francheville  entreprit  le  voya- 
ge; mais  il  s'..rrêt«  quelque  temps  à 
Francfort-sur-le-Mein,  pour  être  té- 
moin du  couronneuicnt  de  Terape- 
reur  Charles  VII.  C'est  alors  qu'il 
mit  au  jour  une  B dation  curieuse 
de  plusieurs  paj^s  nouyellement  dé- 


FRA 

coiiverls ,  1 74  *  >  ^"^  ■  ^"^  >  ^'  *î"^^" 
qucs  autres  opuscules  encore  moins 
connus.  On  lui  attribue  la  feuille 
pe'riodique  qui  parut  alors  sous  le 
titre  à' Espion  turc,  et  qui  était 
écrite  d'un  ton  satirique.  Le  roi  de 
Prusse  s'en  offensa,  et  prit  des  pré- 
ventions contre  Franchevilie.  Jordan, 
favori  du  roi,  parvint  cqîendant  à 
Ten  faire  revenir,  et  Franchevilie  se 
rendit  à  Berlin ,  où  il  passa  le  reste  de 
ses  jours.  Il  eut  d'abord  un  traitement 
comme  homme  de  lettres;  et  ensuite, 
au  renouvellement  de  l'acadcmic  de 
Uerliu ,  il  fut  attaché  à  cette  société 
savante.  Jordan  lui  donna  l'idée  de 
traduire  la  Consolation  philosophique 
deBoèce;  la  traduction  qu'il  en  fit  pa- 
rut, en  1744?  en  2  vol.  in- 112,  à  Ber- 
lin, sous  la  rubrique  de  La  Haye.  Cette 
version ,  qui  a  été  éclipsée  par  celle 
de  l'abbé  Colesse ,  est  accompagnée  de 
notes  et  d'une  Vie  de  l'auteur;  elle  fut 
publiée  sous  le  nom  d'un  frère  ma- 
çon. Le  roi  de  Prusse  ayant  voulu  in- 
troduire dans  ses  états  la  culture  du 
ver  à  soie,  Franchevilie  fut  chargé  de 
surveiller  celte  branche  d'industrie;  il 
en  prit  occasion  de  composer  un  poè- 
me ,  qui  parut  en  i  ^54,  ini2 ,  à  Ber- 
lin, sous  le  titre  de  Bombyx,  ou  le 
ver  à  soisj  poème  en  six  livres  y  avec 
des  observations  sur  le  mûrier,  sur  le 
ver  et  sur  la  soie.  Ce  poème,  quoi- 
que peu  connu  en  France ,  n'est  pas 
sans  mérite ,  et  on  y  lit  surtout  avec 
intérêt  l'épisode  de  Pyrame  et 
Thisbé,  En  1750,  Franchevilie  avait 
commencé  une  Gazette  politique, 
qu'il  continua  pendant  quelque  temps. 
Depuis  l'année  1764  jusqu'à  celle  de 
sa  mort ,  il  publia  la  Gazette  littéraire 
de  Berlin  f  011  plusieurs  hommes  de 
lettres  de  cette  ville  ont  fait  insérer 
des  articles  intéressants.  On  trouve 
aussi  de  lui  quelques  morceaux  dans 
le  Mercure  de  France  ;  et  il  a  eu  pari 


FRA  43i 

à  r  Observateur  hollandais ,  journal 
dont  il  a  paru  cent  numéros,  Leu- 
warde  ,  in-8\  ,  1 7 45  et  suiv.  Il  était 
en  même  temps  un  des  membres  les 
plus  laborieux  de  l'académie  ,  dont  il 
a  enrichi  les  Mémoires  de  plusieurs 
morceaux  très  savants  sur  l'histoire , 
la  géographie,  les  antiquités,  et  sur 
l'économie  rurale.  Nous  indiquerons 
seulement  les  suivants  :  Surles  Voya' 
ges  à  Tarschisch  et  Ophir  (  il  croît 
que  le  Tarschisch  ou  Tharsis  de  1^ 
Bible  est  Tarse  en  Cilicie)  ;  Sur  V  Ori- 
gine juive  des  Nègres  ;  Que  l'ambre 
gris  vient  des  abeilles  ;  Que  Clovis 
/<"■  .fut  fils  légitime  de  Basine  ;  Que 
les  blasons  sont  imités  des  Lunulac 
des  BomainSy  etc.  Ce  fut  sous  soa 
nom  que  parut  la  première  édition  du 
Siècle  de  Louis  XI F  de  Voltaire, 
avec  qui  il  fut  long-temps  en  relation, 
Franchevilie  était  un  savantconsommé 
et  en  même  temps  un  bon  littérateur; 
il  avait  la  passion  de  l'étude,  et  pas- 
sait la  plus  grande  partie  de  la  journée 
au  milieu  de  ses  livres.  Sa  conversa- 
tion était  intéressante  par  les  souve- 
nirs qu'il  avait  conservés  de  ses  rela- 
tions avec  plusieurs  hommes  remar- 
quables de  France  ,  en  particuher 
avec  Crébillon  le  père  et  dom  Mont- 
faucon.  Ses  confrères  à  l'académie  de 
Berlin  chérissaient  sa  douceur,  sa 
modestie,  sa  candeur,  et  faisaient  un 
grand  cas  de  ses  lumières.  Franche- 
ville  mourut  le  9  mai  1781.  Formey 
a  fait  son  éloge ,  qu'on  trouve  dans 
les  Mémoires  de  l'académie  de  Ber-- 
lin,  pour  l'année  1782.  —  Franghe- 
ViLLE  (  L'abbé  de  ) ,  chanoine  d'Op- 
peln,  et  fils  du  précédent,  a  tra- 
duit de  l'italien,  de  Gualdo  Priorato, 
Y  Histoire  des  dernières  campagnes 
et  négociations  de  Gustave-Adol- 
phe, en  Allemagne,  Berlin,  1772, 
in-4^  C — AU. 

FRANCFIÏ  (  Joseph  ) ,  sculpteur 


43i  F  R  A 

italien,  raort  le  ii  février  1806,  à 
Milan  ,  où  il  était  professcur-émerite 
de  dessin  et  de  scirplure  dans  l'aca- 
déinie  des  beaux,- arts  au  C'>liei:;e  de 
J5rertf,  avait  pris  naissance,  eu  i  -^So, 
à  Carrare.  11  alla  ,  dans  sa  jeunesse, 
étudier  cet  art  à  Rome ,  où  il  fit  l)ien- 
lôt  connaître  que  la  nature  l'avait 
formé  pour  exercer  avec  honneur  la 
profession  des  Phidias  et  des  Pr  ixi- 
tèles.  Les  ouvrages  qu'il  y  fit,  lui  pro- 
curèrent une  telle  réputation  ,  qu'on 
voulut  le  posséder  à  Milan;  et,  en 
i-j-jô,  il  y  vint  pour  être  professeur 
en  cette  partie  dans  l'académie  que 
BOUS  avons  nommée ,  où  il  forma 
d'excellents  élèves.  Ce  fut  lui  qui 
sculpta  les  deux  belles  Sy rênes  en 
marbre  qu*on  voit  adossées  contre  la 
fontaine  à  jet -d'eau  de  la  plus  régu- 
lière place  de  Milan,  appelée  Piazza 
délia  fontana ,  ou  Piazza  del  Tor 
gliamento.  Ces  deux  excellentes  figu- 
res, et  quelques-uns  des  ouvrages 
précédents  de  Franchi,  montrèrent 
qu'il  s'était  approprié  le  bon  goût  des 
grands  maîtres  de  l'antiquité,  dont  il 
imitait  assez  bien  la  manière.  H  obtint 
plusieurs  couronnes  en  divers  con- 
cours de  sculpture.  Parmi  ses  disci- 
ples ,  on  vit  les  fils  de  l'archiduc  Fer- 
dinand, alors  gouverneur  du  iMilanez. 
Le  troisième  d'entre  eux,  l'archiduc 
Maximilien ,  contribua  lui-même  à  il- 
lustrer les  talents  de  son  maître  ,  par 
les  progrès  qu'il  fit  à  son' école.  Fran- 
chi, zélé  pour  la  propagation  de  son 
art,  ne  se  bornait  pas  à  l'enseigner 
dans  sa  classe  ,  il  eu  donnait  encore 
des  leçons  dans  sa  chambre;  et  il 
continua  ce  double  exercice  pendant 
trente  ans,  c'est-à-dire  jusqu'à  sa  mort. 
Quoiqu'il  ne  fût  pas  très  versé  dans 
les  sciences,  il  faisait  rechercher  sa 
société  par  les  gens  instruits,  tant  à 
cause  de  son  aménité ,  que  par  le  goût 
exquis  avec  lequel  il  parlait  des  beaux- 


FRA 

arts.  Les  grands  raccueillaient  avec 
autant  de  bienveillance  que  d'estime; 
mais  il  ne  se  prévalut  de  cet  avantage 
qu'en  faveur  de  ses  amis ,  et  surtout 
des  hommes  de  mérite  qui  se  trou- 
vaient oubliés  :  exempt  d'ambition , 
et  généreux  à  leur  égard,  il  n'a  laissé 
que  très  peu  de  fortune,  malgré  les 
sommes  considérables  que  lui  avaient 
protMU'ées  ses  ouvrages,  et  l'extrême 
sobriété  d^  sa  manière  de  vivre.  L'au- 
teur de  l'épitaphc  très  honorable  que 
l'on  voit  gravée  près  de  sa  tombe , 
dans  un  des  cimetières  de  Milan  . 
n'avait  besoin,  pour  la  composer ,  que 
d'exprimer  les  sentiments  du  public 
sur  cet  excellent  artiste.       G— n. 

FRANCHIÈRES.   P^o^ez   Fran- 
ciÈres. 

franghimont  de  FRANKEN- 

FELD(NicoLAs),  médecin  allemand 
du  l'j".  siècle,  seigneur  de  Nemischel, 
Nalschowilz  et  Kuiowitz  ,  comte  pa- 
latin impérial ,  archiâtre  et  conseiller 
des  empereurs  Ferdinand  11 1  et  Léo- 
pokl  1'^,,  physicien  juré  du  royaume 
de  Bohême,  professa,  pendant  qua- 
rante-trois ans,  la  médecine  à  l'uni- 
versité de  Prague,  et  mourut  le  25 
février  1684,  laissaul  quelques  ou- 
vrages qui  ne  justifient  point  les  titres 
brillants  dont  il  fut  décoré  :  L  IVexus 
galeno  -  hippocraticus  de  passione 
hypocondriacd ^  Prague,  lô-jS,  in- 
4  .  II.  Lithotomiamedica  y  seu  trac- 
talus  lithontripticus  de  calculo  re~ 
miin  etvescue^  IVague,  i683,  in-8**. 
Lecom|>iiateur  decette  rapsodie  insi- 
gnifi  aite  attribue  au  bois  néphrétique, 
et  même  au  verre  pilé,  la  faculté  de 
dissoudre  la  pierre  dans  la  vessie.  On 
trouve  en  outre  dans  ce  pitoyable  écrit 
plusieurs  traits  d'«me  créduhté  tellc- 
meut  absurde,  que  la  plume  se  refuse 
à  les  retracer.  Mais  Franchimont  était 
riche  ;  il  était  revêtu  d'emplois  émi- 
nents;  il  était  l'ami  du  prince:  aussi 


FRA 
lies  courtisans  lui  assignèrent-ils  une 
place  distinguée  parmi  les  plus  grands 
hommes  du  siècle;  et  sa  mort  fut  dé- 
plorée comme  une  calamité  publique , 
par  le  professeur  JiMO-François  Lœw  : 
Anatomia  prolomedici  ^  seu  oratio 
funehris'm  Nicolaum  Franchimon- 
tium,  Prague,  i684,in-4°-       ^'^• 

FiUNCHINI  (François),  poète 
latin ,  ne  en  1 495  à  Coscnza  dans  la 
Calabre  citërieure,  suivit  d'abord  la 
carrière  des  armes  avec  assez  de  dis- 
lincliou.  Il  faisait  partie  de  l'expédi- 
tion que  Charles-Quint  conduisit  en 
Afrique  en  1 554  •  ^^  vaisseau  qu'il 
montait,  battu  par  une  violente  tem- 
pête, ayant  etc  jeté  contre  la  côte,  oii  il 
se  brisa,  ce  ne  fut  qu'en  affrontant 
de  nouveaux  dangers  que  Franchini 
parvint  avec  ses  compagnons  à  re- 
joindre l'armée  de  l'empereur.  Fati- 
gue de  la  vie  errante  qu'il  avait  me- 
née jusqu'alors ,  il  se  démit  de  ses 
emplois  militaires,  et  embrassa  l'état 
ecclésiastique.  Le  talent  qu'il  annon- 
çait pour  la  poésie,  lui  fit  bientôt  d'il- 
lustres protecteurs  à  la  cour  de  Rome. 
Le  pape  Paul  III  le  nomma  à  l'évê- 
ché  de  Massa  ,  auquel  il  renonça  peu 
de  temps  après  pour  celui  de  Popu- 
lonia.  Il  mourut  à  Rome  en  i554,  à 
l'âge  de  cinquante-neuf  ans ,  et  fut 
inhumé  dans  l'église  de  la  Trinité- 
du-Mont,  où  l'on  voit  son  épitaphe. 
De  Thou  dit  que  Franchini  avait  com- 
posé quelques  Dialogues  qui  ne  le 
cédaient  pas  à  ceux  de  Lucien  j  mais 
il  est  le  seul  qui  ait  parlé  de  cet  ou- 
vrage, inconnu  à  tous  les  bibliogra- 
phes. Franchini  a  publié  lui-même 
le  Recueil  de  ses  poésies  ,  quelques 
mois  avant  sa  mort,  Rome,  i554? 
in  8'.  Ce  volume  contient  un  poème 
intitulé  Marina,  oii  il  traite  de  l'ori- 
gine de  la  manne  de  Calabre ,  et  de 
ses  qualités  ;  uii  livre  auquel  il  a 
donné  le  hUc  d' Heroës ,  parce  qu'il 

XV. 


FRA  455 

contient  les  éloges  de  plusieurs  hom- 
mes célèbres,  entre  lesquels,  par  une 
singularité  remarquable  ,  il  a  placé 
celui  de  son  cheval  Liparo;  un  livre 
d'élégies  et  cinq  d'épigrammes.  Son 
style,  formé  sur  celui  des  bons  mo- 
dèles, a  delà  grâce  et  de  la  facilité; 
on  trouve  de  la  douceur  dans  ses  élé- 
gies: ses  épigramraes  ne  manquent 
pas  d'agrément  j  mais  dans  le  nom- 
bre il  y  en  a  plusieurs  de  trop  vives, 
et  d'autres  trop  licencieuses;  aussi  ce 
volume  a-til  été  mis  à  l'index.  Les 
Poésies  (le  Franchini  ont  été  réim- 
primées à  Baie,  1 558 ,  in  -  8".  Celte 
édition  est  moins  belle  et  moins  rare 
que  la  première.  On  trouve  les  meil- 
leures pièces  de  Franchini  dans  les 
Carmina  illustrium  poëtarum  Ita~ 
lorum  de  ïoscano,  et  dans  les  Deli-^ 
ciœ  poëtarum  Italorum  deJcanGru- 
ter.  W— s. 

FRANCHINI  (Jean),  cordelier, 
né  à  Modène  le  28  décembre  1 633 , 
fut  reçu  docteur  en  théologie  à  Fer- 
mo  en  1 66 1 ,  et  professa  cette  science 
pendant  plusieurs  années  ;  il  se  livrait 
en  même  temps  à  la  prédication  ,  et  il 
parut  dans  les  premières  chaires  de 
l'Italie  avec  un  grand  succès.  Le  duc 
de  Modène  lui  accorda  le  titre  de 
son  théologien  :  il  avait  déjà  celui 
d'historiographe  de  l'ordre  de  S.  Fran- 
çois; et,  dit  Tiraboschi,  si  ce  labo- 
rieux écrivain  eût  réuni  à  son  acti- 
vité pour  les  recherches,  plus  de  dis- 
cernement et  un  style  plus  pur ,  il  au- 
rait mérité  une  place  distinguée  parmi 
les  historiens  de  son  ordre  et  de  sa 
patrie.  Il  mourut  à  Modène  le  4  avril 
1695,  à  l'âge  de  soixante-deux  ans. 
On  a  de  lui  :  L  Status  reli^ionis 
Franciscanœ  minorum  conventua- 
lium  j,  Rome,  «682,  in  -  4".  IL 
De  anliquitate  Franciscand  con- 
ventualibus  adjudicandd ,  Ronci- 
glioue^  j685,  in -4°.  IH-  Biblio- 
28 


4M 


FRA 


sophid  e  memorle  letterarie  di  Scrit- 
toi  i  FrancescardconvenlualiclChnn- 
no  scritto  dopo  Vanno  1 585  ,  Mo- 
dène,  1695,  in-4"*)  rare,  n'ayant 
ëlé  tire  qu'à  4oo  exemplaires.  Le 
P.  Fra»!chini  a  en  outre  fourni  plu- 
sieurs articles  au  Journal  de  Mo- 
dem (du  P.  Bacchiiii),  dans  lequel 
il  s'était  chargé  de  ranaly>c  des  ou- 
vrages de  théologie;  et  il  a  laissé  des 
manuscrits  intéressnnts ,  entre  au- 
tres ,  une  Vie  de  Sixte  V  ^  avec  des 
Remarques  critiques  sur  la  vie  de 
ce  pontife,  par  Gregorio  Leti,  et 
des  Notes  concernant  les  écrivains  de 
Modène,  dont  Tiraboschi  a  profité 
pour  la  rédaction  de  sa  Biblioteca 
Modenese.  W — s. 

FRâNGIA  (François  Raibolini, 
dit  le),  peintre ,  naquit  à  Bologne. 
J^a  date  de  sa  naissance  n'a  été  rap- 
portée par  aucun  auteur.  Jl  est  seule- 
ment certain  qu*il  travaillait  déjà  un 
peu  avant  1 490 ,  cl  que  dans  sa  jeu- 
nesse il  était  orfèvre  et  graveur.  On  a 
de  lui  des  médailles  et  des  monnaies 
dont  le  style  est  élégant  et  soigné.  Sou 
premier  tableau  ,  qu'il  fit  en  i49o 
pour  la  chapelle  Benlivoglio  à  Saint- 
Jacques  de  Bologne ,  est  signé,  Fran- 
ciscus  Francia  aurifex.  L'artiste 
semblait  alors  vouloir  dire  que  sa 
profession  véritable  était  l'orfèvre- 
rie, et  non  la  peinture.  Peu  à  peu 
son  génie  se  développa  :  on  distingue 
«a  première  et  sa  seconde  manière. 
Son  style  tient  un  juste  milieu  entre 
celui  du  Périigin  et  celui  de  Jean 
Bellin.  Raphaël  le  compare  à  ces  deux 
maîtres  (c'était  alors  un  compliment 
flatteur  ) ,  et  aux  meilleurs  peintres  du 
temps,  dans  une  lettre  qu'il  a  écrite 
en  i5o8,  et  qui  est  rapportée  par 
Walvasia.  11  loue  particulièrement  les 
Madones  de  Francia ,  et  dit  qu'il 
n'en  voit  d'aucun  autre  aitiste  qui 
soient  plus  belles  ^  mieux  faites  et 


FRA 

plus  dévotes.  En  effet ,  les  produc- 
tions de  François  présentent  le  choix 
et  le  ton  de  couleur  du  Pérugin  ,  et 
se  rapprochent  de  la  manière  du  iJel- 
lin  pour  les  contours,  les  plis  et  les 
drajteries.  Dans  les  têtes,  Francia  n'a 
pas  la  douceur  et  la  grâce  du  premier  ; 
mais  il  a  plus  de  dignité  et  même  de 
variété  que  le  second.  Il  les  égdie  dans 
l'élude  des  p  lysages  ;  mais  il  reste 
au-dessous  d'eux  dans  les  vues  d'ar- 
chitecture. Gavazzoni ,  trompé  par  Té- 
loge  de  Raphaël  que  nous  venons  de 
citer,  prétend  que  ce  grand  homme 
apprit  du  Francia  sa  belle  manière 
qu'il  siibstitua  à  celle  du  Pérugin. 
Cavazzoni  oublie  qu'à  St.- Sévère  de 
Pérouse ,  Raphaël  a  montré  dans  ses 
prenii(  rs  ouvrages  une  touche  déjà 
plus  ferme  que  celle  des  plus  belles 
compositions  du  Pérugin  et  du  Fran- 
cia. C'est  plutôt  sur  l'exemple  à^Frà 
Bartolomeo  délia  Porta  et  de  Mi- 
chel Ange  que  Raphaël  a  pu  chercher 
à  se  corriger.  Quoi  qu'il  en  soit ,  Ra- 
phaël aimait  et  estimait  Francia  :  il 
entretenait  a';ec  lui  une  correspon- 
dance; et  quand  il  envoya  à  Bologne 
son  tableau  de  Ste.  Cécile ,  il  le  pria 
d'y  faire  des  corrections,  s'il  y  trou- 
vait des  défauts.  Modestie  admirable 
chez  l'Apelle  moderne!  Vasari  dit  que 
Francia  mourut  de  jalousie  a  près  avoir 
vu  la  Ste.  Cécile.  Malvasia  le  réfute  , 
et  prouve  qu'il  vécut  encore  plusieurs 
années.  Ce  dernier  ajoute  cependant 
que  Francia  ,  quoique  déjà  vieux  , 
changea  de  manière  ,  sans  doute  pour 
imiter  Raphaël.  Ce  fut  à  cette  époque 
qu'il  peignit  et  exposa  dans  une  cham- 
bre de  l'hôtel  des  Monnaies ,  ce  S.  Sé- 
bastien si  fameux,  qui  servit  long- 
temps de  modèle  à  l'école  de  Bolo- 
gne, et  dont  on  copiait  les  propor- 
tions ,  comme  les  anciens  copiaient 
la  statue  de  Polyclcte,  reprc.sentant 
un  garde  des  rois  de  Perse ,  qu'où  ap- 


FRA 

pelait  la  Règle ,  et  comme  îes  mo- 
dernes font  des  études  de  V Apollon 
et  de  Y  Antinous.  Le  Musée  du  Lou- 
vre xic  possède  qu'un  tableau  de  Fran- 
çois Francia  :  il  représente  Joseph 
d'Arimathie ,  S.  Jean  et  les  trois 
Maries  j  qui  pleurent  Jésus  descendu 
de  la  croix,  et  posé  sur  les  genoux 
de  sa  mère.  Francia  mourut  le  7  avril 
1 553.  —  Jules  Francia  ,  son  cou- 
sin ,  qui  florissait  en  1 5t)0  ,  s'appli- 
qua peu  à  la  peinture.  H  mourut  en 
i54o  ,  et  fut  inhumé  à  St.-François, 
â  Bologne.  — Jacques  Francia,  fils 
de  François,  mourut  en  i557,  et  fut 
également  enterré  dans  la  même  égli- 
se. Jacques  imita  tellement  le  style  de 
son  père  ,  qu'on  ne  dislingue  pas  l'un 
de  l'autre,  si  l'on  examine  IcMirs  ou- 
vrages avec  peu  d'attention.  Jusqu'ici 
on  avait  attribué  à  François  un  beau 
S.  George  qui  est  à  iiolognej  mais 
on  y  a  découvert  récemment  cette  si- 
gnature :  /.  Francia  ,  1 5'26.  Quel- 
ques -  unes  de  ses  Madones  ont  été 
gravées   par  Augustin  Carrache.  — 
Jean-Baptiste  Francia,  fils  de  Jac- 
ques, mort  en  1 576 ,  a  laissé  à  Sainl- 
Roch  de  Bologne  un  tableau  très  mé- 
diocre. A — D. 
FRANCIÈRE.  T.Choiseul. 
FRâNCIÈRES  (  Jean  de  ),  Fran- 
chières  ou  Franquières ,  chevalier  de 
Rhodes  ou  de  St. -Jean  de  Jérusalem, 
vivait  à  la  cour  de  Louis  XI ,  et  y 
jouissait  de  la  réputation  d'un  homme 
instruit ,  puisque  Naudé  le  cite  pour 
prouver  qu'avant  le  règne  de  Fran- 
çois I*^  la  noblesse  cultivait  déjà  les 
sciences.  Comme  il  porte  le  nom  d'un 
village  de  l'Ile-de-France ,   on  peut 
conjecturer  qu'il  y  était  né ,  ou  du 
moins  qu'il  en  possédait  le  fief  j  il 
était  en  outre  commandeur  de  Choisy 
et  grand-prieur  d'Aquitaine.  On  ignore 
les  autres  détails  de  sa  vie.  Francières 
est  auteur  d'un  ouvrage  intitulé  :  La 


FRA  455 

Fauconnerie  recueillie  des  livres  des 
trois  maistres  (  Malopin  ,  Michelin  et 
Aymé  Cassian  )  ;  ensemble  le  dédut 
des  chiens  de  chasse.  Lallemand  (^i- 
bliolhèque  des  auteurs  qui  ont  traite 
de  la  chasse  )  en  cite  une  édition  de 
Paris,  Pierre  Sergent,  in-4".  gothi- 
que, qu'il  croit  de  i5i  i ,  et  qui  est 
extrêmement  rare.    La  Fauconnerie 
de  Francières  a  été  réimprimée  avec 
celle  de  Guillaume  Tardif  ;  plus , 
la    Follerie   d'Artelouche   d'Ala- 
gona ,  Poitiers,  1567,  in-4°.,  fig., 
rare;  et  à  la  suite  de  la  Vénerie  de 
du  Fouilloux,  Paris,  i585,   i6oa, 
1607,  ïGj8,  1624  et  i6'28,  in-4^. 
Cet  ouvrage  ,  dit  Lallemand  ,  a  eu 
bien  de  la  réputation  :  il  annonce  en 
effet  beaucoup  d'expérience ,  de  lec- 
ture et  de  réflexions.  Sou  principal 
mérite  ne  peut  guère  consister  au- 
jourd'hui qu'à  nous  rappeler  h  s  usa- 
ges et  la  naïveté  du  temps  oii  il  a  été 
composé.  Le  Traité  des  chiens  de 
chasse  roule  «  sur  leur  nourriture , 
»  leur   éducation  ,  les  remèdes  qui 
»  leur  sont  convenables,  et  sur  leur 
»  génération.  Il  n'est  chose  au  monde 
»  plus  ridicule  et  plus  bizarre  que  le 
»  chapitre  qui  enseigne  l'art  de  les 
»  mettre  en  chaleur.  »         W — s. 
FRANCIOTTI.  F.Fozio. 
FRANCIS  (Philippe),  littérateur 
du  18^.  siècle,  fils  d'un  ecclésiastique 
irlandais,  et  élevé  lui-même  pour 
l'église,  se  fit  connaître  avantageuse- 
ment par  une  traduction  complète,  eu 
vers  anglais,  des  œuvres  d'Horace, 
accompagnée  de  notes,  et  qui  fut  pu- 
bliée en  1743.  Elle  obtint  un  succès 
mérité,  vu  la  difficulté  de  l'exécution  , 
et  eut  plusieurs  éditions  consécutives  ; 
la    7''.  parut  en  1765.  M.  Edouard 
Dubois ,    auteur  de    traductions   eu 
vers  de  Sapho,  a  donné,  en  1807, 
une  édition  nouvelle  de  l'Hurace  de 
Francis,  avec  le  texte  original,  les 

28.. 


456  FRA 

notes  du  traducteur,  et  des  notes  ad- 
ditionnelles, 4  vol.  in- 1 '2.  Francis  fît 
paraître,  en  1755 et  1755,  une  tra.- 
duclion  de  Dcraosthènes  ,  en  2  vol. 
in-4*'.  On  cite  aussi  de  lui  deux  tra- 
gédies ,  Eugénie  (  1 73*2)  et  Constan- 
tin (1754),  qui  n'eurent  pas  beau- 
coup de  succès.  Quelques  écrits  poli- 
tiques, qui  lui  furent  commandés  par 
le  ministère,  lui  valurent  des  gratifi- 
cations pécuniaires  assez  considéra- 
bles, et  la  cure  de  Barrow,  dans  le 
comté  de  Suffolk  ,  avec  la  place  de 
chapelain  de  Thôpilal  de  Chelsea.  Un 
écrivain  anglais  lui  a  attribué ,  con- 
jointement avec  son  fils  ,  les  célèbres'^ 
lettres  de  Junius;  mais  cette  suppo- 
sition a  dû  paraître  bien  absurde  à 
ceux  qui  ont  pu  comparer  le  style 
énergique  et  éloquent  de  ces  lettres 
avec  la  prose  faible  et  sans  couleur 
de  Francis.  Philippe  Francis  était  un 
liomrae  d'un  caractère  jovial ,  mais  un 
peu  adonné  à  l'ivrognerie.  11  mourut 
à  Bath,  le  5  mars  1775,  laissant  uu 
fils,   sir  Philippe  Francis,  qui  a  eu 
quelque  part  à  ses  travaux  littéraires  , 
et  qui  a  été  depuis  membre  du  con- 
seil suprême  du  Bengale.      X — s. 

FRAlSCIvS  (Anne)  ,  Anglaise  dis- 
tinguée par  un  esprit  cultivé  et  même 
par  une  érudition  peu  enviée  par  les 
personnes  de  son  sexe.  Elle  a  publié 
quelques  ouvrages  de  poésie,  d'un  ton 

Î>assionné,  où  l'on  trouve  des  vers 
leureux  et  énergiques,  mais  beau- 
coup d'inégalité,  et  un  style  pres- 
que constamment  métaphorique,  dont 
sa  prose  n'était  pas  exempte  non  plus; 
défaut  que  lui  avait  fait  peut  -  être 
contracter  la  lecture  des  écrivains 
hébreux  dont  elle  avait  fait  une  étu- 
de particulière.  Voici  les  titres  des 
ouvrages  de  miss  Francis  :  I.  Tra- 
duction en  vers  du  Cantique  de 
Salomon,  d'après  l'original  hébreu, 
avec  uu  Discours  préliminaire ,  et 


FRA 

des  notes  historiques ,  critiques  et  ex- 
plicatives^  in-4^  ,  1781. 11.  Les  Fu- 
nérailles  de   Démétrius  Poliorce- 
tes ,   poème  ,   in  -  4*^. ,    1 785.    111. 
Charlotte  à  TVerther^  épître  en  vers, 
in-4". ,   17B7.  \N .  Poésies  mêlées  j 
in-S".,  1790.  Elle  épousa  depuis  un 
ecclésiastique,   nommé  Bransby,   et 
mourut  le  7  novembre  1800.  X  — s. 
FRANGISCI  (  Jean  ) ,  médecin ,  né 
en  1 532 ,  à  Ripen  ou  Rybe  ,  dans  le 
Jutland  septentrional, cultiva  la  poésie 
latine  avec  succès.  11  voyagea  dans 
sa  jeunesse,  parcourut  les  principaux 
états  de  l'Europe,  et  s'arrêta  en  France, 
où  il  se  lia  d'amitié  avec  les  personnes 
qui   partageaient  son  goût  pour  les 
lettres.  De  retour  dans  sa  patrie  ,  il 
publia  quelques  pièces  de  vers  ,  qui 
lui  méritcrent  le  laurier  poétique,  et 
l'estime  de  Melanchthon ,  de  Tycho- 
Brahé  ,  de  Pierre  Lotichius  et  de  plu- 
sieurs autres  hommes  célèbres.  La  ré- 
putation qu'il  s'était  faite  comme  poète, 
ne  fut  pas ,  ainsi  que  cela  n'est  arrivé 
que  trop  souvent ,  un  obstacle  à  sa 
fortune.  Il  pratiquait  la  médecine  avec 
autant  de  talent  que  de  bonheur  ,  et  il 
fut  nommé  professeur  de  cette  science 
à  l'université  de  Copenhague  en  i  56r. 
Il  mourut  en  cette  ville,  le  4  juillet 
1 584  )  3  l'âge  de  52  ans.  On  cite  de 
lui  :  1.  De  oculoriimfahricd  et  colo- 
rihus  Carmen ,  Wittemberg  ,  i  S5t) , 
in-8".  11.  Iter  Francicum  elegis  des- 
criptum  ,  cum  ejusdem  epigramma- 
tibus yTuhm^en,  i55q  :c'est  un  voya- 
ge en  Franconie;  on  l'a  réimprimé  dans 
VHodœporicus    sive    itinera   totius 
ferè  orbis,  par  Nicol.  Reusner.  Frau* 
cisci  a,  en  outre,  traduit  en  latin  plu- 
sieurs   Traités  d'Hippocrate   et  de 
Galien.  •     W — s. 

FRàISGISCI( Erasme), savant  lit- 
térateur, iiéàLubccken  1627,  était 
fils  de  François  Fix,  conseiller  intime 
du  duc  de  Brunswick;  mais  les  revers 


FRA 
de  fortune  qui  l'accablèrent  ne  lui  per- 
mettant pas  de  porter,  avec  honneur, 
le  nom  de  sa  famille,  il  prit ,  par  res- 
pect pour  la  mémoire  de  son  père, 
qu'il  ava't  perdu  de  bonne  heure  , 
celui  de  Francisci,  le  seul  sous  lequel 
il  soit  connu  maintenant.  Francisci  fit 
^es  premières  e'tudes  avec  beaucoup 
de  succès  ,    et  s'appliqua  ensuite  à 
l'histoire  et  à  la  jurisprudence,  deux 
sciences  dans  lesquelles  ses  progrès 
furent  très  remarquables.  Un  de  ses 
oncles  ,  homme  distingue'  pour  son 
savoir  et  sa  pie'le,  se  chargea  de  com- 
pléter son  éducation  en  lui  faisant  vi- 
siter les  pays  étrangers;  son  oncle  mou- 
rut dans  le  voyage.  Francisci  continua 
à  parcourir  seul  l'Allemagne  et  la  Hol- 
lande, d'où  il  revint  au  bout  de  quel- 
ques années  ,   l'esprit  orné  de  nou- 
velles connaissances.  Il  se  maria  peu 
de  temps  après;  et  ayant  voulu  faire 
rendre  compte  à  ses  tuteurs  ^l'admi- 
nislralion  de  ses  biens ,  il  se  trouva 
que  son  riche  patrimoine  avait  été  en- 
tièrement dissipé  :1a  dot  de  son  épouse 
était  entre  les  mains  de  créanciers  de 
mauvaise  foi  ou  insolvables;  de  sorte 
qu'après  avoir  joui  de  toutes  les  dou- 
ceuis  que  donne  une  grande  fortune, 
il  se  voyait  exposé  à  toutes  les  horreurs 
de  la  misère.  Accablé  de  chagrin  ,  il 
partit  avec  sa  famille  pour  Nuremberg, 
où  il  fut  accueilli  par  le  sénateur  Dop- 
pelraayer ,  qui  s'empressa  de  ft)urnir 
à  tous  ses  besoins  avec  une  rare  géné- 
rosité. Francisci,  ne  voulant  pas  abu- 
ser des  bontés  de  son   bienfaiteur, 
chercha  de  suite  à  tirer  parti  de  ses 
connaissances  en  littérature  :  il  entra 
dans    une  imprimerie    comme  cor- 
recteur; et  réduisant   ses    dépenses 
au  strict  nécessaire,  il  parvint  à  sou- 
tenir sa  famille  du  produit  de  sou  tra- 
vail. Il  s'accoutuma  si  bien  à  cet  état 
de  médiocrité,  qu'il  ne  voulut  pas  en 
changer ,  et  qu'il  refusa  constamment 


FRA  457 

les  emplois  brillants  qu'on  lui  offrit 
dans  la  suite.  11  accepta  cependant,  en 
1688  ,   la   charge    de   conseiller  du 
comte  d'Hohenlohe,  mais  avec  l'autc- 
risation  de  continuera  habiter  Nurem- 
berg. Un  accident  qui  lui  fracassa  les 
deux  jambes  ,  lui  rendait  d'ailleurs  le 
déplacement  assez  difficile.  La  vie  de 
cet  homme  si  modeste  et  si  désintéressé 
fut  très-laborieuse  mais  tranquille  ;  et 
il  mourut  dans  de  grands  sentiments 
de  piété  ,  le  12  décembre  1 694.  Son 
oraison  funèbre  fut  prononcée  par 
Jean  Conrad  Feuerlin  ;  elle  a  été  im- 
primée en  lôg-; ,  in-fol.,  dans  un  re- 
cueil de  pièces  du  même  genre.  Jean 
Conrad  Zeltncr  lui  a  consacré  un  ar- 
ticle très  étendu  dans  son  Theatrum 
viror.  eruditor.quitfpographiis  lau- 
dabilem   operam  prœstiterunt.  On 
trouvera  ,  à  la  suite  de  ces  deux  pièces , 
la  liste  des  nombreux  ouvrages  de 
Fraiîcisci  :  les  uns  ,  et  c'est  le  plus 
grand  nombre,  roulent  sur  des  ma- 
tières théologiques  ,  aujourd'hui  fort 
peu  intéressantes,   et  les  autres  sur 
différents  points  d'histoire;  mais  tous 
sont  écrits  en  allemand,  et  par  consé- 
quent ne  sont  guère  connus  hors  des 
pays  où  l'on  parle  cette  langue.  Nous 
indiquerons  seulement  :  I.  Le  Par- 
terre (  Lust  und  staats  Gartcn  )  des 
Indes  orientales  et  occidentales  , 
et  de  la  Chine  ;  publié  sous  le  nom 
de  Chrétien  Minsicht.    II.  La  Guir- 
lande (liluraenpusch)  de  Guinée  et 
d'Amérique.  \\\.Le  Florus  polonais 
(  PohUilscher  Florus).  IV.  Théâtre 
(Schaubiihne)  de  curiosités  de  toute 
espèce,  en  trois  parties.  La  première 
partie  passe  pourson  meilleurouvragc. 
V.  Fies  et  exploits  des  plus  Illustres 
voyageurs.  C'est  une  histoire  des  dé- 
couvertes de  nouveaux  pays  ,  tant  par 
terre  que  parmer.  Vf. /?e/afio/i  delà, 
magie  des  Ijapons.  I!  fut  aussi  l'édi- 
teur de  la  Description  historique  et 


458  F^  A 

topograpJùque  du  duché  de  Carniole 
(  en  allemand),  I.aybacli,  1689,  4  vol. 
in-fol.  Les  figures  en  sont  exactes  ,  et 
cet  ouvrage  est  estime',  W — s. 

FRANCIUS  '^Pierre  Fransz,  plus 
connu  sous  le  nom  de  ),  ne  à  Amster- 
dam le  19  août  1645,   est  compte  à 
Lon  droit  pa  mi  les  modernes  qui  ont 
cultive,  avec  le  plus  de  succès,  l'élo- 
quence et  la  poe'sie  latines  :  il  ne  ne'- 
gngea  point  pour  cela,  comme  tant 
d'autres,  sa  langue  maternelle j  mais, 
à   Tt  xemple  des  Hoogstratcn  ,    des 
Broekbuizen  ,  il  s'y   appliqua  aussi 
avec  soin ,  et  il  a  e'ië  inscrit ,  par  l'his- 
torien delà  poésie  hollandai.se,  M. de 
Yries  ,  au  nombre  de  ceux  qui  ont 
bien  me'rile  d'elle.  (  T.  I ,  pag.  '28 1 .) 
Francius  fil   ses  hurannite's  dans  sa 
ville  natale,  sous  un  excellent  maître  , 
Adrien  Junius,    dont  il  s'est    plu  à 
ce'lébrer    les    leçons ,     les    conseils 
et   l'exemple  ,    dans    son    discours 
pro  Eloquentid ,  imprimé  parmi  ses 
Œuvres  posthumes  ,  p.  67.  Junius, 
qui  avait  reconnu  la  trempe  de  son  es- 
prit, lui  recommanda  en  particulier, 
l'étude  et  l'imitation  d'Ovide.  Francius 
passa  ensuite  à  l'université  de  Leyde  , 
oii  il  s'attacha    successivement   aux 
Grouovius,  père  et  fils  (Jean-Frédé- 
ric et  J  cques  ),  l'un  et  l'autre  guides 
etmodèles  parfaits.  Après  avoir  fini  ses 
éludes  académiques ,  Francius  voyagea 
en  Angleterre ,  en  France ,  en  Italie ,  et 
fut  honorablement  accueilli  partout; 
il  se  lia  plus  p  irticulicrement  à  Paris 
avec  le  P.  Rapin;  il  fut  créé  docteur 
en  droit  à  Angers.  Enfin ,  de  retour  en 
Hollande,  il  fut  nommé,  en  iQ']^, 
professeur  d'élo(|UPnce  et  d'histoire, 
et  de  p'us ,  deux  ans  après  ,  de  langue 
grecque,  à  Amsterdam.  L'université  de- 
Leyde  tenta  inutilement  de  l'enlever  à 
sa  ville  natale ,  où  il  est  mort  le  jour 
anniversaire  de  sa  naissance ,  en  1 7 o3. 
On  a  de  lui  :  L  Foëmata,  Ainsterd.^ 


FRA 
1672,  in- 1  a,  et  1 696, in-B".!!  suffit 
de  dire ,  pour  sou  éloge ,  qu'il  fait 
honneur  à  l'école  hollandaise  ,  si  re- 
marquable en  ce  genre.  IL  Orationesy 
Arast.,  1692  et  1704,  in-8°.  (i) 
\\\.  Spécimen  eloquenliœ  exterioris 
primum  ,  ibiJ  ,  1697  *^^  ^7^^» 
in-8'.  IV.  Spécimen  eloquenliœ  eX' 
terioris  alterum  ,  ibid. ,  1699.  C^^' 
un  double  cours  de  déclamation  ;  le 
premier,  sur  la  harangue  de  Cicéron, 
pro  Orchid;  le  second,  sur  celle  pro 
Marcello.  Francius  aimait  ces  exer- 
cices oratoires  ,  auxquels  l'avaient 
formé  Junius ,  son  premier  maître  , 
et  un  acteur  du  théâtre  hollandais , 
no'nmé  Adam  Karelsen.  Francius  a 
célébré  le  talent  extraordinaire  de  ce 
dernier  ,  dans  son  discours  déjà  cite' 
pro  Eloqnentid^  p.  58  et  suiv.  Fran- 
cius ,  ainsi  que  son  maître  Ka- 
relsen, à  l'exemple  de  Démostbènes, 
plaçait  iis  disciples  devant  un  miroir, 
et  leur  faisait  remarquer  le  mouve- 
ment des  yeux  ,  de  la  bouche  ,  de  la 
main  ,  du  corps  entier;  sur  quoi  il  a 
été  raillé  à  tort  par  Mcnckenius,  dans 
sa  Charlatanerie  des  savants.  Un  des 
discours  de  Francius,inj  primé  d'à  bord 
à  part ,  en  169G,  et  ensuite  dans  le 
recueil  de  ses  orationes  ,  et  intitulé  , 
De  ratione  declamandi ,  a  été  tra- 
duit en  hollandais  sous  le  titre  de 
Traité  de  laprononciation  et  du  geste 
de  l'orateur.  V.  Il  a  traduit  dans  cette 
langue  ,  de  main  de  maître  ,  <  t  ac- 
compagné dénotes  {'Homélie  deSt.- 
Grégoire  de  Nazianze  sur  la  cha' 
rite  envers  le  prochain,  Amst. ,  1 699, 
in-i*i.  VI.  Pour  l'honneur  de  Fran- 


(l^  Ottdans  un  de  rr«  discours  ,  prononcé  m 
novembre  1691  ,  que,  prenant  parti  ilans  la  que- 
reUe  de»  .  nrico*  ei  des  uodernes ,  il  traite  IVr- 
raiilt  «ans  méa.'gement.  Ce  dernier,  dans  une 
lettre  à  Ménage  ,  insérée  à  la  fin  du  tome  II  de  son 
ParnUèie  ties  anciens  et  det  modernef,  mppnrte 
textuellemeut  le»  injures  dont  l'^ceablail  le  pro- 
fesseur liolUndai»,  et  met  dan»  sa  réponse  autant 
d'aménité  que  »oa  adveriairc  ca  «TMl  mi»  pea 
<iaof*a  critique. 


FPxA 
cius  et  de  son  adversaire  Jacques  Peri- 
zonius,  déguise' sous  le  nom  de C.  Va- 
lerius  Accinclus,  i!  faudrait  passer  sous 
silence  une  querelle  assez  peu  litleraire 
qui  éciata  entre  eux  ,  en  1696  ,  et  qui 
a  (ionné  lieu  à  quelques  pamphlets. 
Vil.  Le  libraire  Henri  Welslein  a 
pubiie  à  Amsterdam ,  en  1 7  06,  in-S"., 
et  accompagne  d'une  notice  biogra- 
phique ,  P.  Francii  opéra  poslhu- 
ma  (  discours  et  poésies  ) ,  quitus 
accédant  illustrium  erudilorum  ad 
eumdem  epistolce.  VI  II.  6es  poe'sies 
hollandaises  n*ont  pas  ëte'  recueillies; 
elles  ne  se  trouvent  qu'isolées  ete'par- 
ses.  IX.  Conjecturœ  in  Musei  poëma 
dellerone  et  Leandro.Jeau  Schrader 
les  a  publiées  dans  son  édition  de 
Musée  ,  Leeuwardc  ,  174^1  in-S". 
Fraucius  les  avait  écrites  à  la  marge 
d'un  exemplaire  de  l'édition  de  ce 
poème  pnr  David  Whilford  ,  Lon- 
dres ,  1659. 11  professiit  sur  Musée 
une  opinion  particulière.  Ce  poète  lui 
semblait  pouvoir  être  le  même  que 
Nonuus.  f^oj'.  la  préface  de  Schrader, 
p.  i5. 11  avait  chargé  de  pareilles  notes 
marginales  ses  exemplaires  de  Lucrèce, 
de  Qiiinte-Curce  ,  des  Harangues  de 
Démosthènes,  etc.  P.  iîurman  cite  très 
fréquemment  des  conjectures  de  Fran- 
cius  dans  ses  notes  sur  l'Antholodc 
felme.  M— ON. 

FRANCK  (JÉRÔME,  François  et 
Ambroise),  peintres  flamands,  nés 
à  Héi  entais  ,  dans  le  i6".  siècle  , 
étaient  fils  de  Nicolas  Franck,  que 
l'on  croit  avoir  été  peintre.  Ils  étu- 
dièrent leur  art  sous  Franc  Flore , 
et  tous  trois  se  distit)guèrent  par  leur 
talent.  —  Jérôme  ,  appelé  en  France, 
])eignait  avec  succès  le  portrait  et 
l'histoire  :  il  fit  à  P.iris  plusieurs  ou- 
vrages estimés  ,  entre  autres  ,  uti  ta- 
bleau de  la  Nativité  y  daté  de  i585  , 
qu'on  voyait  au  grand  autel  des  Cor- 
delicrs.  Henri  lïl  le  nomma  son  çrc- 


FRÂ  459 

mier  peintre  de  portraits.  Nonobstant 
celte  faveur  ,  il  quitta  Paris  ,  passa 
quelque  temps  eu   Italie  ,   et  revint 
s'établir  à  Anvers,  où  ,  succédant  à 
la  réputation  de  Franc-Flore ,  que  la 
mort  venait  d'enlever,  il  vit  se  réu- 
nir à  lui  tous  les  élèves  de  ce  peintre 
célèbre.  La  manière  de  Jérôme  Franck, 
se  rapproche  de  celle  de  son  maître  : 
on  préfère  ses  grands  tableaux  à  ses 
petits,  pour  le  mérite  de  la  compc.  "  • 
tion  et  de  l'exécution;  les  sujets  en  sont 
presque  tous  tirés  de  l'Ecriture  sainte 
et  de  l'Histoire  romaine.    On   cite, 
comme  un  de  ses  meilleurs  ouvrages, 
le  tableau  de  St.  Gomer,  placé  dans 
une  chapelle  de  Notre-Dame  d'Anvers, 
—  François  Franck  ,  dit  le  Fieux ,  a 
mérité  aussi  d'être  rangé  parmi  les 
bons  artistes  de  son  temps  :  on  peut 
en  juger  par  son  tableau  de  Jésus- 
Christ  au  milieu  des  docteurs,  qui 
se  voit  à  Notre-Dame  d'Anvers ,  et 
qui  passe  pour  son  chef-d'œuvre.  Ses 
ouvrages  les  plus  estimés  existent  eu 
Flandre  et  dans  les  galeries  de  Dresde 
et  devienne.  Les  particularités  de  sa 
vie  sont  peu  connues;  il  fut  reçu  dans 
la  communauté  des  peintres  d'Anvers, 
en   i56i.  Ou  le  croit  père  de  Frai;-^ 
çois  Franck,   dit  le  Jeune,   et   de 
Sébastien  Franck.  Il  parvint  à  une 
extrême  vieillesse;  mais  l'époque  de 
sa  mort  est  incertaine,  -w  Ambroise, 
le  plus  jeune  des  Franck ,  s'acquit  une 
plus  grande  réputation  que  ses  frères 
dans  le  genre  de  l'histoire.  Plusieurs 
grands  ouvrages  placés  à  Notre-Dame 
d'Anvers ,  et  surtout  le  Martyre  de 
St.  Crépin  et  de  St.  Crépinien ,  con- 
firment celte  supériorité.  — ^  Sébastien 
Franck  ,  fils  de  François ,   dit  le^ 
Fieux  y  né  vers  1570,  fut  élève  de 
Van-Ort,  et  peignit  avec  succès  le 
paysage  et  les  batailles.  Une  bonne 
couleur,   une  touche  légère,  funt  le^ 
mçi,ilc  piincipal  de  sç$  ouvrages  ^  d 


4io  F  R  A 

rendait  fort  bien  les  chevaux,  el  dis- 
posait agiëablemcnt  ses  figures.  On 
voit  dans  les  galeries  de  Munich  et  de 
Vienne  quelques  tableaux  qui   font 
honneur  à  ce  maître.  11  vécut  long- 
temps à  Anvers,  et  il  passe  pour  avoir 
eu  deux  fils  ,  l'un,  Gabriel  Franck.  , 
qui   fut  directeur  de   l'académie  de 
cette  ville  en  i634j  et  l'autre,  Jean- 
Baptiste  Franck,  qui  suivit  les  traces 
de  son  père,  mais  e'tudia  en  même 
temps  la  manière  de  Rubens  et  de 
Van-Dyck  ,  et  varia  le  gejirc  de  ses 
productions    :    les    plus  recherchées 
étaient  ses   représentations  de  cabi- 
nets, ou  galeries  ornées  de  peintures. 
On  y   admirait  le  goût   et  l'adresse 
avec  lesquels  il  rendait  tous  les  maî- 
tres qu'il  avait  voulu  imiter.  —  Fran- 
çois Franck  ,   dit  le  Jeune  ,   frère 
de  Sébastien ,   naquit   à  Anvers   en 
1 58o  :  élève  de  son  père ,  et  imita- 
teur de  sa  manière  ,    il  le  surpassa 
en  peu  de  temps.  Il  voyagea  d'abord 
en  Allemagne,  puis  en  Italie,  et  s'ar- 
rêta principalement  à  Venise,    pour 
y  étudier  les  grands  printres  de  ce 
pays ,   dont   le  coloris  le  séduisait. 
Les  fêtes  du  carnaval  fixèrent  son  at- 
tention ,  et  occupèrent  son  pinceau  , 
de  préférence  à  d'autres  sujets  plus 
relevés  j  mais  il  sut  rendre,  avec  une 
finesse  el  une  vérité  surprenantes,  les 
scènes  variées  de  ce  genre.  De  retour 
dans  sa  patrie,  il  se  livra  tout  entier 
à  l'histoire,  qu'il  traita  le  plus  sou- 
vent eu  petit,   d'une  manière  vive, 
facile  et  ingénieuse  :  on  lui  reproche 
seulement  un  peu  de  désordre  dans 
ses  compositions  ;  mais  ce  défiut  est 
racheté'  par  le  mérite  de  sa  couleur, 
et  par  la  délicatesse  de  sa  touche.  Son 
tableau  pour  la  chajiclle  des  Qualrc- 
Couronnés  à  Notre-Dame  d'Anvers, 
dont  le  sujet  est  tiré  des  Actes  dis 
Apôtres,  lui  fit  une  grande  réputation. 
Il  travailla  beaucoup ,  fut  admis  dans 


FRA 

la  communauté  des  peintres  d'Anvers 
en  !6o5,  et  mourut  dans  cette  ville  en 
1642.  Le  musée  du  Louvre  possédait 
trois  de  ses  tableaux ,  représentant , 
le  premier ,  la  Fortune  dispensant 
les  biens  et  les  maux  ;  le  deuxième, 
le  Christ  entre  les  larrons  ;  le  troi- 
sième, la  Fiers^e,  St.  Joseph  et  le 
Sauveur  du  monde ,  dans  un  médail- 
lon ovale,  entouré  de  fleurs  peintes 
par  Daniel  Scghcrs  ,  dit  le  Jésuite 
d'Anvers.  —  Constantin  Franck  , 
issu  de  la  famille  des  précédents ,  et 
né  à  Anvers  en  16G0,  fut  peintre 
de  batailles  :  il  dessinait  bien  la  fi- 
gure, et  surtout  lesclievaux;  mais 
il  manquait  de  chaleur,  et  tombait 
dans  la  sécheresse.  Cependant  on  loue 
sans  restriction  un  tableau  de  ce 
])eintre  ,  représentant  le  Siège  de 
Namur,  par  Guillaume  ill,  roi  d'An- 
gleterre. Cet  ouvrage ,  plein  de  vé- 
rité, d'une  touche  libre  et  vigoureuse, 
aurait  assuré  ia  gloire  de  son  auteur  , 
s'il  avait  fait  briller  le  même  talent 
dans  ses  autres  productions  :  m.iis, 
s'étant  marié  richement,  il  négligea 
la  peinture  ,  et  en  fut  puni  ;  car  il 
mourut  pauvre.  Il  avait  été  directeur 
de  l'académie  d'Anvers  en  iGqS.  — 
On  compte  encore  parmi  les  peintres 
un  Franck  ,  appelé  Laurent  ,  qui 
fut  le  maître  el  le  beau-père  de  Fran- 
cisque Mile.  On  le  dit  natif  d'Anvers, 
d'où  i!  vint  s'établir  à  Paris.  La  con- 
formité du  nom  ,  du  genre  et  de  la 
manière  de  la  plupart  de  ces  maîtres, 
fait  souvent  confondre  leurs  ouvrages , 
qui  sont  en  général  moins  recherches 
qu'autrefois,  malgré  leur  mérite  réel  : 
on  s'accorde  à  donner  la  préférence 
à  ceux  de  Franck  le  jeute ,  que  les 
connaisseurs  regardent  comme  le 
plus  habile  de  cette  famille  d'artistes. 
V— T. 

FRANCK  DE  FRANCKENBFRG 
(Bkrna^),  né  à  Inspruck,  moino 


FRA 
béiiëdiclin ,  fut  d'abord  bibliothécaire 
de  St.-Gail,  et  devint,  en  1743, 
prince-abbc  de  Disentis ,  dans  le  pays 
des  Grisons.  11  est  mort  en  1^65  ,  à 
rage  de  70  ans.  Il  a  dressé  le  cata- 
logue de  la  bibliothèque  de  St.-Gall , 
qui  n'a  pas  été  imprimé.  11  a  publié  : 
1.  Une  savante  Dissertation  (  Disser- 
talio  critico-historica  de  Notkero 
Labeone ,  tertio  autore  theotiscœ  Pa- 
raphraseos  Psalterii  ) ,  qui  se  trouve 
dans  le  Recueil  de  Schiller  ,  Thésau- 
rus antiquitatum  teutonicarum.  (  F. 
JN'OTKER.  )  11.  Une  Lettre  italienne  au 
cardinal  Quirini ,  sur  l'avalanche  qui 
a  détruit  le  village  de  Rueras  dans 
les  Grisons  ,  datée  du  20  mars  1 7/19? 
12  pag.  in-fol.  Quelques  lexicogra- 
phes ,  entre  autres ,  Haller  et  Adelung, 
trompés  par  le  double  nom,  ont  fait 
deux  personnages  de  Franck  et  de 
Franckenberc\.  M — n — d. 

FRANCK  ou  FRâNKE  (  Jean- 
MicuEL  ),  bibliothécaire  du  comte 
de  Bunau  (  P'.  Bunau  ),  et  ensuite  de 
la  bibliothèque  électorale  de  Dresde  , 
né  en  1717  à  Ebersbach  ,  près  de 
Grossenhayn ,  en  haute  Saxe  ,  mort 
le  ig  juin  1775  ,  a  rédigé  le  Catalo- 
gus  Bibliothecœ  Bunavianœ  ,  Leip- 
zig ,   1750-56,   3  tomes  en    7  vol. 


1-./;°. 


ouvrage  précieux  qui  ma 


Iheu- 


rcusement  n'est  pas  fini.  Le  tom.  I' ^  , 
divisé  en  trois  volumes ,  comprend 
les  livres  saints,  les  auteurs  grecs, 
les  auteurs  latins  anciens,  les  auteurs 
judaïques  et  raahomélans  ,  les  poly- 
graplies  en  latin,  italien,  espagnol, 
français,  allemand,  anglais;  l'histoire 
littéraire  en  général ,  et  en  particulier 
l'histoire  des  sciences  et  arts ,  l'his- 
toire dés  bibliothèques  et  les  catalo- 
gues ,  l'histoire  des  écoles  ,  acadé- 
mies ,  sociétés  littéraires  ;  l'histoire 
particulière  des  savants  (  partie  à  la- 
quelle renvoie  si  fréquemment  l'O/io- 
masticon  de  Sixius  );  les  mélanges 


FRA  44t 

littéraires  ,  les  méthodes  des  études  ; 
les  grammairiens  et  philologues,  les 
épistolaires  ,  les  rhéteurs  et  orateurs, 
les  poètes  :  à  la  fin  du  troisième  vo- 
lume est  une  table  des  auteurs,  une 
des  anonymes  et  une  des  matières. 
I*e  tome  II  est  consacré  à  l'histoire 
en  général  ,  la  cosmographie  ,  la 
géographie,  la  généalogie  ,  l'art  hé- 
raldique, la  chronologie,  les  auleuiJS 
d'histoire  universelle;  l'histoire  an- 
cienne ,  grecque  ,  romaine  et  byzan- 
tine ;  les  antiquités  et  la  numisma- 
tique :  une  table  triple  termine  aussi 
ce  volume.  Le  IIP.  tome,  divisé  en 
trois  volumes ,  est  consacré  à  l'his- 
toire ecclésiastique,  et  à  tout  ce  q^ui 
s'y  rapporte,  tel  que  les  pères,  les 
conciles ,  les  hérésies  ,  etc.  ;  le  tout 
terminé  par  une  triple  t;)bTe.  Les  titres 
des  ouvrages  sont  fidèlement  trans- 
crits dans  ce  Catalogue.  Le  rédacteur  a 
eu  l'attention  de  rappoiii-r,  non  seule- 
ment les  dates ,  le  format  et  le  nombre 
des  volumes,  mais  encore  Irs  noms 
des  villes  et  des  libraires  :  sous  ces 
rapports,  c'est  un  guide  sûr.  A  chaque 
auteur,  à  chaque  article ,  Franck  ne 
s'est  pas  contenté  d'indiquer  les  édi- 
tions complètes;  il  donne  aussi  les 
éditions  des  parties  détachées  ,  les 
traductions  ,  dissertations  ,  critiques  , 
défenses  auxquelles  chaque  ouvrage 
a  donné  naissance  :  ce  travail  ne  se 
borne  p^s  aux  pièces  de  ce  genre 
imprimées  séparément  ;  il  s'étend  à 
celles  qui  se  trouvent  dans  les  jour- 
naux et  collections  que  possédait  la 
bibliothèque  Bunau.  Le  tome  IV  de- 
vait contenir  les  historiens  d'Italie  et 
d'Allemagne  ;  les  tomes  V  et  VI ,  ceux 
d'Espagne,  de  France,  d'Angleterre 
et  des  autres  pays  :  les  tomes  suivants 
eussent  été  consacrés  aux  philosophes, 
aux  théologiens,  aux  jurisconsultes, 
aux  médecins.  Franck  avait  publié , 
dès   174B,   un  Spécimen  Catalogi 


442  F  R  A 

libliothecœ  Bunavianœ  ,  Leipzig  , 
in-4"',  et  avait  donné,  vers  la  même 
époque ,  une  Dissertation  en  alle- 
mand ,  sur  la  nécessité  de  perfection- 
ner la  géo£;rapliie.  A.  B — t. 

FRA^CK  (  Simon  ),  prêtre,  et 
poète  latin,  naquit  à  Jeraeppe,  village 
près  de  Liège,  en  i''j\\  ^ci  ïii  ses 
études  avec  distinction  dans  celte  ville. 
Après  qu'il  eut  achevé  ses  cours  de 
philosophie  et  de  théologie ,  il  entra 
dans  l'état  ecclésiastique,  et  prit  les 
ordres.  Il  cultivait  avec  succès  la  poé- 
sie latine,  pour  laquelle  la  nature  lui 
avait  donné  d'heureuses  dispositions 
et  du  talent.  Parmi  les  pièces  sorties 
de  sa  p!ume,  on  cite  avec  éloge:  1.  Un 
Poème  épique  sur  rétablissement 
de  la  religion  chrétienne  au  Japon , 
ou  se  font  remarquer,  dit-on,  des  épi- 
.sodes  intéressants  et  bien  amenés,  de 
belles  images,  des  comparaison»  heu- 
reuses, et  de  très  beaux  vers.  11.  Une 
ode  In  impios  sœculi  nostri  scriptores. 
Ces  deux  pièces  ont  été  insérées  dans 
le  recueil  iutilulé ,  Musœ  Leodienses, 
Liège,  1761  et  1762,  1  vol.  in  12. 
Le  poème  épique  sur  rétablissement 
du  christianisme  au  Japon  a  aussi  été 
imprimé  à  la  suite  de  la  Fie  de 
St.  François  Xavier  ^  par  le  père 
Bouhours ,  édition  de  Liège,  i-jB'i. 
Franck,  ecclésiastique  plein  de  piété 
et  d'amour  pour  les  devoirs  de  son 
état,  ne  bornait  pas  ses  occupations 
nu  culte  des  muses.  Son  zèle  lui  faisait 
remplir,  avec  la  plus  louable  ardeur, 
les  fonctions  du  saint  ministère.  Il 
s'était  principalement  dévoué  à  celles 
qui  ont  pour  objet  la  visite  des  ma- 
lades ,  (  l  les  soins  spirituels  à  leur 
lendre.  Il  fut  victime  de  sa  charité  à 
la  fleur  de  son  âge,  et  mourut  en 
i-y-ji,  ayant  à  peine  trente-un  ans, 
<^\jnc  maladie  contagieuse  qu'il  gagna 
en  portant  à  des  personnes  qui  eu 
fiaient  attaquées,  les  secours  de  TE- 


FRA 

glise.  —  Franck  ou  Francq  (  Dom. 
Placide  ),  bénédictin  de  l'abbaye  de 
Gastcrn ,  s'est  fait  connaîtie  par  ses 
prédications ,  et  par  la  publication  , 
en  1 726  et  1 727  ,  de  deux  vol.  in-foL 
de  Sermons  sur  tous  les  dimanches 
et  toutes  les  fêtes  de  Vannée ,  recueil 
que  l'on  peut  regarder  comme  une 
espèce  de  Bibliothèque  des  prédica- 
teurs. L — y. 

FRANCK.  Foy.  Franke. 

FRANCKE  (  Salomon  ,,  poète  alle- 
mand, et  habile  antiquaire,  né  à  Wei- 
mar,  en  1659,  était  secrétaire  du 
consistoire  supérieur  dans  sa  pallie; 
il  remplit  avec  distinction  la  place  de 
conservateur  des  antiques  du  duc  de 
Wcimar ,  et  publia  le  catalogue  des 
médailles  les  plus  rares  de  son  cabinet, 
sous  le  litre  suivant  :  Nummo-phy^ 
lacii  Filhelmo'Emestini  quod  t'ina- 
riœ  ful^ety  rariores  bracteati  numi' 
quejftguris  œneis  expressif  breviterque 
explicali ,  Weimar,  1723,  in-fol.  Il 
avait  publié  en  allemand  :  I.Deux  re- 
cueils de  poésies  ,  Amsterdam  ,  1 697, 
in-4°'  >  et  lena,  1 7 1 1  .  in-8 '.  1  ï.  Sous 
le  nom  deCléander ,  le  Secrétaire  de 
cabinet,  ou  Introduction  au  stjle  de 
la  chancellerie ,  5  part,  iu-8  '.,  lena, 
1  7 1  o  ;  S*",  édit.  1726.111.  Une  tra- 
duction de  Phèdre,  ibid.,  i7i6,in-8'*. 
—  Francke  (  Je  tn-Christophe  ),  ju- 
risconsulte allemand,  né  vers  la  fin  du 
1 7*'.  siècle,  s'est  acquis  une  réputation 
très  étendue  par  son  érudition  ,  son 
esprit  de  critique ,  et  le  zèle  avec  lequel 
il  a  concouru  à  accroître  le  goût  des 
bonnes  éludes  dans  sa  patrie.  On  con- 
naît de  iui  les  ouvrages  suivants  :  I. 
Bibliothèque  mélangée  (en  allemand). 
Franc  kc  tut  le  principal  coilaboraieur 
de  ce  journal ,  auquel  coopérèrent  plu- 
sieurs savants  très  estimables  ;  il  en  a 
paru  vingt-une  livraisons  ,  formant 
douze  tomes  in-S*». ,  Halle,  1718  et 
ann.suiy.II.  Bibliotheca  académie^ 


FRA 

^ud  disputationes ,  orationes  et  pro- 
grammata,  hoc  anno  vel  primùm 
édita  ,  vel  récusa  ,  recensentur , 
Halle,  1 7 1 8 ,  in-4''.,  douze  livrai^Olls. 
C'est  un  recueil  des  pièces  lues  dans  les 
diffeieutes  universités  d'Allemagne,  et 
qui,  à  raison  de  leur  peu  d'étendue  , 
étaient  exposées  à  être  perdues.  111. 
Bibliotheca  novissima  ohservationum 
ac  recens ionum ,  Halle,  i728,in-4'*. 
Il  n'a  clé  publié  qu'onze  livraisons  de 
cejournal,  qu'il  rédigeait  en  société  avec 
J.  Goitlb.  Heincccius,  J.  H.Schuîze,  et 
J.  H.  Kromaier.  IV.  Fitœ  tripnrtitce 
jurisconsultorum  veteriim  à  Bern. 
jRulilio ,  Joh,  Bertrando  et   Guill. 

^    Grotioconscriptœ, li:i\\e^ 1 7 i8,in-4". 
Celte  édition,  due  aux  soins  de  Francke, 
est  la  première  où  ces  trois  historiens 
soient  réunis  :  elle  a  sur  les  autres 
l'avantage    d'une   meilleure    division 
dau«  les  matières  ;  et  elle  est  en  outre 
enrichie  d'une  savante  préface,  et  de 
tables   très  amples  qui  en    rendent 
l'usage  commode.    V.    Institutiones 
juris  cambialis,  ïjcipzig,  1721,  in-8  '.  ; 
Francfort,  l'jSi ,  1  vol.  in-8". ,  ou- 
vrage très  estimé.  11  est  l'éditeur  de 
l'excellente  édition  de   Sigonius  De 
antiquo  jure  popuLi  Bomani ,  publiée 
à  Lfi|!zigetà  Halle,  1718,  deuxtom. 
iu-H".,  avec  une  dissertation  fort  cu- 
rieuse et  fort  estimée  de  Thomasius , 
De  usu  vario  studii   antiqidtaium 
in  primis  in  studio  jurisprudentiœ. 
W— s. 
FRANCKE.  Foy,  Franke. 
FRAINCKENAU.  Foy.  Frank. 
FR  ANCKENBERG  (Abraham  Dt) , 
gentilhomme  allemand  ,  né  à   Lud- 

.  wigsdorf ,  dans  la  principauté  d'Oels, 
en  Silésie,  en  iSgS,  s'infttua  des 
principes  de  Paraceise ,  et  refusa  tous 
les  emplois  qui  lui  furent  offerts  par 
son  souverain,  afin  de  se  livrer  entiè- 
rement à  sa  passion  pour  les  sciences 
occultes.  H  passa  la  plus  grande  partie 


FRA 


445 


wigsdorf,  uniquenient  occupé  d'ixpc- 
riences  alchi^miques ,  et  y  mourut  eu 
i(i5i  ,  à  l'âge  de  cinquante-neuf  ans. 
H  a  laissé  plusieurs  ouvrages  écrits  les 
uns  en  latin  ,  les  autres  en  allemand^ 
mais  tous  si  peu  intelligibles  ,  qu'on 
ne  doit  pas  être  surpris  qu'ils  soient 
tombés  dans  l'oubli.  On  se  bornera  à 
citer 'les  suivants:  I.  Fita  veterum 
sapientum.  11.  Nosce  te  îpsurn.  111. 
Notce  mysticœ  et  mnemonicœ  ad 
B échinas  olam ,  sive  examen  mundi 
Babhini  Jedaia  Happennini ,  anno 
christi  jubilaRO  îyoi^aevœ.  vulgaris  i65o, 
iG73,in-8'. ,  rare.  IV.  Baphaël  ou 
art  z- en  gel,  Amsterdam ,  1676,  iu-4". 
C'est  l'explication  des  passages  de  la 
Genèse  relatifs  aux  anges.  V.  Une 
Fie  de  Jacob  Bochm,  impiimée  à  la 
tcte  du  recueil  des  œuvres  de  ce  mys- 
tique allemand ,  dont  Fr-mckonberg 
était  un  des  plus  zé!és  disciples.  Vl. 
Gemma  m,agica,  Amsterdam  ,  in-8". 
Sur  le  titre  de  la  plupart  de  ses  écrits 
il  prend  le  nom  de  Franciscus  Mon- 
tanus.  W— s. 

FRANCKENBERG  .Bernard  de). 
Foy.  Franck. 

FRAISCKENSTEIN  (  Valentin 
Franck  de),  historien  allemand ,  con- 
seiller intime  et  comte  de  la  nation 
saxonne  en  ïranssylvanie,  né  à  Her- 
manstadt,  en  164^,  et  mort  le  017 
septembre  1 697  ,  ne  nous  est  guère 
connu  que  par  l'ouvrage  suivant  :  Bre^ 
viculus  originum  nationum  et  prœci- 
puè  saxonicœ  in  Transylvanid,  cum 
nonnuUis  aliis  ohservationibus  ad 
ejusdem  jura  spectantibus ,  è  ruderi- 
bus  priwilegiorum  et  hiitoriarum 
desumptis  ,  Hermansladt  ,  1696, 
in-i'2j  traduit  en  allemand  la  même 
année,  par  J,  Friderici ,  et  plusieurs 
fois  réimprimé  à  Colmar,  à  Helmstadt 
et  à  Danfzig.  Cet  ouvrage  ne  manque 
pas  d'érudition  J  mais  on  lui  reproche 


4-^ 


H  F  U  A 

trop  (le  concision ,  et  trop  de  vague 
dans  les  citations.  L'auteur  fiit   re- 
monter au  règne  de  Geysa   II  l'éta- 
blissement de  ia  nation  des  Saxons  en 
Transsylvanie.  Il  avait  fait  ses  études 
à  Aildorf,  où  l'on  a  imprimé ,  en  1666, 
sa  dissertation  académique  De  œqui- 
tate.  Czwittinger  lui  attribue  aussi  un 
ouvrage  de  pyrotechnie.  —  Franc- 
KENSTEiN  (Michel-Adam  Franck  de), 
autre  historien  ,  peut-être  de  la  même 
famille  que  le  précédent,  naquit  en 
1657 ,  à  Prague,  où  son  père  exerçait 
une  charge  de  magistrature.  Entré  à 
treize  ans  dans  l'ordre  des  jésuites ,  il 
en  sortit  ensuite,  se  maria,  s'adonna 
aux  lettres,  a  la  poésie,  et  surtout  à 
l'histoire  de  sa  patrie,  et  à  la  généalo- 
gie des  principales  familles  de  Bohème. 
Il  passait  dans  son  temps  pour  le  meil- 
leur latiniste  de  Prague,  tant  en  vers 
qu'en  prose;  et  l'on  mettait  fréquem- 
ment sa  plume  à  contribution  pour  les 
fêtes  publiques  et  les  discours  d'appa- 
rat. Il  mourut  dans  cette  ville  en  mars 
1728.  Il  est  auteur  de  plusieurs  ou- 
vrages ,  parmi  lesquels  ou  distingue 
les  suivants:  1.  Syntagma  hislorico- 
genealogicum  de  ortu    alqiie  pro- 
gressa domûs  comitum  atque  haro- 
num     fVoracziczkiorum  ,  Prague  , 
1708,  in-fol.  Les  auteurs  des  Acia 
eruditorum  en  louent  le  plan  et  l'exac- 
titude, et  vantent  beaucoup  l'érudition 
de  l'auteur.  II.  Sphinx  in  familiam 
baronis  de  fViinschwitz.  Il  a  aussi 
été  l'éditeur  des  Epistolœ  maihema- 
ticœ  du  P.  Augustin  de  Sainte-Marie, 
qu'il  a  enrichies  de  notes.     W — s. 

FRANCKENSTEIN  (  Chrétien- 
Frédéric),  né  à  Leipzig  en  1621  , 
fut  professeur  d'histoire  à  l'université 
de  cette  ville,  et  y  mourut  en  1679. 
11  s'était  acquis  une  réputation  très 
étendue  en  Allemagne ,  par  son  sa- 
voir. On  connaît  de  lui  :  1.  Ey.sptç  ma- 
cidarum  solarium  ,  Leipzig,  i(54ï  , 


FRA 

in^".  n.  Disputatio  de  novo  anno^ 
ibid.,  1673,  in-4°.  III.  De  œrario 
populi  romani,  imprimé  séparément, 
et  inséré  ensuite  par  Graevius   dans 
ses   Dissertationes    historico  philo- 
logicœ.  On  lui  doit  encore  une  bonne 
édition    de    l'histoire    de    Benjamin 
Priolo  :  Ab  excessu  Ludovici  XIII 
ad  sanciionem  pacis ,  Leipzig,  1669, 
in-80.  ;   1686,  in-8'.    L'édition    de 
Leipzig,  dit  Bayle ,  est  préférable  à 
toutes  les  autres  :  on  y  trouve  quelques 
lettres  que  l'auteur  avait  supprimées 
dans  l'édition  de  Charleville,  et  de  fort 
bonnes   tables   alphabétiques  ;  outre 
cela ,  des  notes  bien  instructives  et  bien 
curieuses.  L'édition  que  Bayle  donne 
ici  pour  être  de   Charleville,   porte 
effectiveraent  au  frontispice  le  nom  de 
Carolopolis  ;  mais  ou   sait  qu'elle  a 
é'.o  imprimée  à  Paris    par   Frédéric 
Léonard.  —  Francrenstein(  Chris- 
tian-Godefroi  ) ,  fils  du    précédent, 
jurisconsulte  et  avocat  au  consistoire, 
né  en  1661  ,  mort  à  Leipzig  sa  pa- 
trie, le  26  août  1  7  1  7  ,  a  laissé  quel- 
ques ouvrages  peu  connus  hors   de 
l'Allemagne  ,  et  dont  aucun  ne  porte 
son  nom.  On  cite  ,  outre  autres  ,  une 
Continuation   de   r Introduction    à 
l'histoire  de  Puffendorf;  une  vie  de 
la  reine  Christine  de  Suède  { traduite 
du  français  )  ;  et  une  histoire  des  i6\ 
et   17".  siècles,  publiée  à  Giesscn , 
contre  son  intention,  par  Emmanuel 
Webcr,  sous  le  nom  de  Lévin  d'Am- 
beer.  Ce  ne  sont  que  des  compilations 
très  médiocres.  W — s. 

FRANXKENSTEIN  (  Jacques-Au- 
guste), fils  de  Christian-Godefroi, 
naquit  à  Leipzig  ,  le  27  décembre 
1689.  Après  avoir  fait  ses  premières 
études  sous  la  direction  de  son  père  , 
il  suivit  les  cours  d'humanités  et  de 
philosophie  au  gymnase  de  St. -Nico- 
las, et  s'appliqua  ensuite  à  la  juris- 
piudeuce.  H  lut  reçu  maîlre-cs-arts 


FRA 

CD  1 7 1 5 ,  lut  à  racademie ,  en  1 7 1 5 , 
deux  dissertations,  De  titulofraier- 
nitatis  ,  et  ouvrit  chez  lui  une  école  de 
droit  public,  qui  fut  très  hëquentée  : 
il  prit  le  doctot  at  à  Erfurt ,  en  1 7 1 9  , 
et  y  soutint  publiquement  une  thèse 
De  usu  alhinagii  in  Germanid  f  que 
les  juges  du  concours  trouvèrent  ex- 
cellente. Deux  ans  après,  on  lui  offrit 
la  chaire  de  droit  public  dans  sa  pa- 
irie ;  et  il  en  prit  possession  le  i  o  sep- 
tembre  1721,  par  un  discours   De 
legationum  jure  duhio.  Le  duc  d*An- 
halt  l'ayant  nommé    son  conseiller- 
aulique,  il  se  rendit  près  de  ce  prince  ; 
mais  la  vie  de  la  cour  ne  pouvant  s'ac- 


commoder à  ses  goûts  ,  il  sollicita 
permission  de  revenir  à  Leipzig ,  où  il 
se  consacra   entièrement  à  l'instruc- 
tion de  la  jeunesse.  Le  duc  de  Saxe  lui 
accorda  ,  en  1 732,  une  pension ,  dont 
il  ne  jouit  pas  long-temps,  étant  mort 
le  10  mai  i753,  à  l'âge  de  quarante- 
sept  ans.  Outre  les  dissertations  déjà 
citées ,  on  en  a  de  lui  plusieurs  :  De 
dolo  in  bellis  licilo  ,  Leipzig  ,  1 72 1 , 
in-4°.;  De  collatione  bonorum  ;  De 
juribus  Judœorum  singularibus  in 
Germanid;  De  thesaïuis  ;  De  prœ- 
rogativis     domûs  Austriacœ  ;   De 
prosopolipsid  ;  De  rigore  pœnarum 
militarium  per  œquitatem  iemperan- 
do  ;  Defeudo  inpecwiid  constituto; 
De  locatione  jurisdictionis.  Parmi 
ses  autres  ouvrages,  on  distingue  :  L 
Theatrum    historicum   Britanniœ  , 
Lusitaniœ  et  Helvetiœ  ^  Halberstadt , 
1723,  1724,    1725,5   vol.   in-8'. 
11.  Notœ  ad  Benzonis  vitam  Hen- 
rici  IF  imperatoris ,  insérées  dans 
les  Scriptor.  reruin   suevicarum  de 
Mencken.  111.   Prœfationes  et  noti- 
iiœ  statuum   ad   Gundlingii  Colle- 
gium  politices.  1 V.  Medilaliones  de 
titulo  magni  sigilUferi  in  Thuringid, 
dans  le  Die  Fermitsch.  Biblioteck , 
XXI  part.  Franckenstcin  a  en  outre 


FRA  445 

continué  le  journal  de  jurisprudence 
(  Enunciala  Juris  )  de  Putoneus ,  et 
en  a  publié  la  suite,  du^*".  au  i4^.  vo- 
lume; il  a  été  aussi,  pendant  seize 
ans,  l'un  des  rédacteurs  des  A cta 
eruditorum.  Son  éloge  a  été  imprimé 
dans  le  Supplément  de  ce  journal, 
tome  pf.  W — s, 

FRAISCKLIN  (Thomas),  littéra- 
teur anglais,  né  à  Londres  vers  1  720, 
était  fils  d'un  imprimeur  de  cette  ville, 
M.  Pulleney,  depuis  lord  Bath  ,  in- 
téressé dans  un  papier  anti-ministé- 
riel intitulé  V  Artisan  (  the  Graftmau  ), 
que  publiait  le  père  de  Fraucklin ,  l'en- 
gagea à  faire  étudier  son  fils,  promet- 


tant de  fournir  à  son  entretien;  ce 
qu'il  oublia  cependant  ensuite.  Thomas 
Fraucklin  fut  envoyé  à  l'université  de 
Cambridge,  où  il  prit  les  ordres;  il  pu- 
blia quelques    traductions  d'auteurs 
classiques ,  et  fut  nommé  professeur 
de  langue  grecque  en  1 750.  A  la  suite 
d'une  traduction  de  Sophocle  ,    en 
a  vol.  in-4°. ,  qu'il  donna  au  public 
en  1759,   se  trouvait  une  disserta- 
tion sur  la  tragédie  ancienne,  oùMur- 
phy  était  cité  d'une  manière  injurieuse. 
Celui-ci  en  exprima  son  ressentiment 
dans  une  épître  en  vers  adressée  à 
Samuel  Johnson ,  et  dont  l'effet  fut  tel 
que  son  antagoniste  crut  devoir  deman- 
der justice  aux  tribunaux;  ce  qui  jeta 
beaucoup  de  ridicule  sur  Fraucklin , 
qui  s'était  fait  d'ailleurs  de  nombreux 
ennemis  par  son  caractère  difficile. 
Churchill  dit  de  lui,  dans  la  Rosciade, 
qui ,  à  la  vérité  ,  n'est  qu'une  satire, 
«  qu'il  dépérissait  d'envie  de  tous  les 
»  succès  qui  n'étaient  pas  les  siens.»  Il 
fit  cependant  sa  paix  avec  Murphy.  Il 
traduisit  trois  tragédies  de  Voltaire  , 
Or  este,  Electre  et  le  Duc  de  FoiXy 
sons  le  titre  de  Matilde ,   et  les  fit 
représenter,  mais  sans  faire  mention 
de  l'auteur  original.  11  avait  également 
traduit  le  Comte  de  ^^rw^c/ideLa- 


445  FRA 

harpe  ,  qu'il  Cl  jouer,  avec  beaucoup 
de  succès ,  à  Driiry  lane ,  et  comme  sou 
propre  ouvrage.  Ses  autres  produc- 
tions sont  la  traduction  des  Epitres 
de  Phnlaris ,  in  8".,  1749»  cc4le 
du  Traité  de  Gicéron  sur  la  nature 
dus  Dieux  ,  avec  des  notes  philoso- 
phiques, et  des  recherches  sur  fastro- 
nomie  et  l'anatomie des  anciens,  im- 
primée pour  la  deuxième  fois  in-»8  '. , 
en  1775,*  la  Traduction,  poème, 
1755;  un  volume  de  Sermons  esti- 
més sur  les  Devoirs  relatifs;  Lettre 
à  un  évéque  sur  les  prédications 
(  leclureship  ) ,  1 768  ,  morceau  oîi 
brille  éminemment  ce  que  les  Anglais 
appellent  l'humour  ;  le  Contrat  , 
farce  jouée  eu  177^,  mais  sans  suc- 
cès; la  traduction  des  ouvrages  de 
Lucien ^1  vo!.in-4°M  1780.  Son  nom 
a  été  attaché,  avec  celui  de  Smollett,  à 
une  traduction  des  OEuvres  de  Vol- 
taire ,  à  laquelle  on  suppose  qu'ils 
n'eurent  que  très  peu  de  part.  Il  avait 
été  nommé,  en  1758,  ministre  de 
Ware  et  de  Thunbridge,  dans  le  comté 
de  Hertford, chapelain  du  roi  en  1 767, 
et  en  1 7  76  ministre  de  Brasted,  dans 
le  comté  de  Surrey.  Il  mourut  à  I.on- 
dres  le  i5  mars  1784*  On  publia , 
l'année  suivante,  deux  autres  volumes 
de  sermons  de  sa  composition.  X — s. 

FRANCKLIN.  ^07.  Franklin. 

FRANCO,  de  Liège.  Fof,  Fran- 

K.ON. 

FRANCO  (Battista),  dit  Semolei, 
peintre,  maître  du  Baroccio,  naquit 
à  Venise,  eu  1498.  H  avait  étudié  à 
Rome ,  et  passait  pour  un  dt  s  imi- 
tateurs les  plus  passionnés  de  Michil- 
Ange.  Il  exagéra  d'abord  le  style  de 
ce  grand  maître ,  et  il  parut  pesant  et 
désordonné;  mais, à  Urbin,  àOsimo, 
où  il  travailla  en  i547,  ^  Bologne  et 
à  Venise  ,  il  se  montra  plus  sage  dans 
ses  imitations,  et  acquit  un  coloris 
plus  fort  que  celui  des  artistes  qui 


FRA 

suivaient  l'e'cole  florentine.  En  i55(î, 
on  lui  confia  la  peinture  de  quelques 
fresques  de  la  bibliothèque  de  St.-Marc 
à  Venise  ;  il  y  représenta  la  fable  d'Ac- 
téou.  On  sait  qu'il  mourut  en  1 56 1 .  Il 
est  regardé  comme  un  des  premiers 
artistes  du  troisième  ordre.  Il  a  grave* 
un  gr.ind  nombre  de  sujets  pieux 
d'après  Kaphaèl  ;  une  Bacchanale 
d'après  Jules  Romain,  et  le  Déluge 
d'après  Caravage.  Ses  estampes  sont 
marquées  dés  initiales  B.  F.  V.  A — d. 
FRANCO  (Nicolas),  savant  litté- 
rateur, poète  satirique  et  licencieux, 
naquit  à  Bénévent ,  vers  1 5 1 5  ,  ou 
plutôt  vers  i5o5  (i).  Après  avoir 
probablement  fait  ses  premières  étu- 
des sous  son  père,  qui  était  maître 
d'école,  il  en  fit  de  plus  fortes,  soit 
à  Bénévent  même,  soit  à  Naples,  et 
se  rendit  très  savant  dans  les  langues 
grecque  et  latine.  11  donna  de  bonne 
heure,  à  Naples,  des  preuves  de  sou 
penchant  à  la  satire;  il  y  attaqua  des 
auteurs  et  des  poètes  alors  en  crédit, 
et  se  fit  tant  d'ennemis ,  qu'il  fut 
obligé  de  quitter  celte  ville  en  i53(3, 
et  de  se  réfugier  à  Venise  ,  auprès  de 
son  digue  ami,  le  trop  fameux  Pierre 
Arétin.  Celui-ci  était  fort  ignorant,  et 
travaillait,  pour  vivre,  à  des  ouvrages 
qui  exigeaient  de  l'érudition.  (  Voyez 
Pierre  Arétin.)  Franco  en  eut  pour 
lui,  et  se  vanta,  dans  la  suite,  d'être 
l'auteur  de  plusieurs  livres  qui  avaient 
paru  sous  le  nom  de  l'Arétin.  L'Arétia 


(1)  Cette  incertitude  tur  l'époque  de  «a  oaif 
•ance  vient  de  la  date  d'un  de  tes  ouvrages  (  le 
di;)loguc  deUe  Beltezte  ]  ,  inipriiué  à  Casai  eu 
ii4>-  ^"  y  '>'  ''>*'  ^•'*  ^"  portrait  dr  l'auteur  :  jKt . 
an.  XXy II  :  ce  qui  suppose  qu'il  «Hait  né  en 
i5i.'>.  Mais  parmi  ses  lettres,  imprimées  en  i53g, 
il  y  en  a  plusieurs  adressées  an  loi  François  1er., 
au  duc  et  a  la  Hucbcsse  d'Urbiii  ,  et  a  d'autre* 
grands  persunna(;es  ,  sous  la  date  de  i53l.  Or,  sM 
n'avait  «"u  que  vingt^sr-pt  ans  en  i54»  ,  il  n'en  au- 
rait eu  guère  plut  de  quinze  en  i53i  ;  et  il  n'est 
pas  croyable  qu'a  cet  â^e  il  pût  entretenir  de  telles 
corie»p»n<iaoc«rs.  Il  paraU  donc  qu'il  y  •  erreur 
dans  la  date  du  portrait;  qu'il  taut  lire  yKl.  aiin. 
JCXXVII,  au  lieu  àtXXVII,  «tqu'tinsi  Franc» 
él^it  né  vers  iôo5. 


FRA 

le  nia  conslararaent;  mais,  comme  le 
dit  très  justeminit  Tiiaboschi ,  entre 
deux  hommes  de  cette  espèce  ,  dont 
Fun  donne  uu  démenti  à  l'antre ,  il  est 
trop  difficile  de  choisir.  Cette  amitié 
ne  pouvait  durer  long-temps.  L'Aré- 
tin  publia,  en  i557,  le  i*"".  volume 
de  ses  Lettres,  qui  eut  un  très  grand 
succès.  Franco  en  fut  jaloux;  il  pu- 
blia les  siennes,  en  iSSq,  dans  le 
méaie  format  que  celles  de  l'Arëtin  ;  leur 
amitié' était  déjà  refroidie  :  la  dernière 
lettre  de  ce  volume,  adressée  à  VEn- 
vie ,  parut  à  l'Arétin  le  lui  être  à  Ini- 
même;  il  éclata  contre  Franco,  qu'il 
diffama  dans  des  lettres  rendues  pu- 
bliques, et  qui  lui  répondit  sur  le 
même  ton.  Après  cet  éclat ,  Franco  , 
ne  se  croyant  plus  en  sûreté  à  Venise, 
en  parfit  pour  venir  en  France;  mais 
il  s'arrêta  en  Piémont,  et  séjourna 
quelque  temps  à  Casai,  où  il  publia, 
sous  la  date  de  Turin  ,  1 54i ,  ces  in- 
fâmes sonnets  contre  l'Arétin ,  aux- 
quels il  donna  le  nom  de  Prlapée.  11 
y  fut  cependant  protégé  par  le  gou- 
verneur de  cette  province ,  et  reçu 
membre  de  l'académie  des  Arsp- 
naules^  qui  avait  alors  beaucoup  de 
célébrité.  Il  se  rendit  ensuite  à  Man- 
toue;  et,  quoiqu'on  y  eût  imprimé 
quelques-unes  de  ses  poésies  man- 
timesy  composées  pour  l'académie  des 
Argonautes,  il  fut  réduit,  par  la  mi- 
sère, à  tenir  une  école  d'enfants.  A 
Rome ,  où  il  se  transporta  sous  le  pon- 
tificat de  Paul  IV,  il  osa  faire  impri- 
mer un  commentaire  latin  surlaPrm- 
pée  attribuée  à  Virgile  :  il  l'avait  fait 
long-temps  auparavant,  puisqu'il  en 
parlait  en  1 54 1 ,  dans  une  épître  à  son 
imprimeur,  qui  accompagne  sa  Priapée 
italienne ,  comme  d'un  ouvrage  fini  et 
prêt  à  paraître.  Le  savant  La  Monnoie 
s'est  donc  trompé  en  disant,  dans  ses 
Ilotes  sur  Biillet,  tome  iV,  édit.  de 
J722,  page  385,  que  Franco  s'était 


FRA  4,^7 

avise',  e'tant  déjà  vieux,  de  commen- 
ter les  Priapées.  L'édition  de  ce  corn* 
mcntaire  ,  et  même  le  manuscrit  , 
furent  >nisis  et  jetés  au  feu  par  ordre 
de  Paul  IV;  et,  sans  la  moit  de  ce  pon- 
tife, l'autf  ur  n'eût  pas  échappé  à  des 
peines  plus  graves.  Sous  le  pontificat 
de  Pie  IV,  Franco,  soutenu,  dit-on, 
par  la  puissante  protection  du  cardi- 
nal Morone ,  continua  d'exercer  la 
licence  de  sa  plume,  surtout  contre  la 
mémoire  de  Paul  IV.  Pic  V,  qui  a  été 
mis  au  rang  des  saints,  eut  moins  dft 
patience  :  il  fit  mettre  Franco  en  pri- 
son; et,  pour  mettre  enfin  un  terme 
à  tant  d'audace,  il  le  fit  pendre  publi- 
quement en  1569.  On  donne  comme 
un  des  motifs  de  cette  punition  ,  que 
Franco ,  loin  d'être  rendu  sage  par  sa 
captivité  ,  inscrivit  sur  des  latrines 
que  Pie  V  avait  fait  bâtir,  ce  distique 
latin  : 

Papa  Piusqulntus  ventres  miseratiis  onustOf  , 
Uocce  cacatorium  (i)  nobile  fecit  opus. 

Mais  il  vaut  mieux  voir  dans  ce  sup- 
plice, ordonné  par  un  si  saint  pontife, 
«ne  vengeance  trop  sévère  des  mœurs 
publiques,  que  l'effet  d'un  ressenti- 
ment particulier.  Quoi  qu'il  en  soit , 
les  ouvrages  connus  de  cet  autour  se 
réduisent  aux  neuf  articles  suivants  : 
ï.  Tempio  d'Amore ,  Venise,  1 55G,. 
in- 4".  C'est  un  petit  poème  en  53  oc- 
taves, déàiéalla  Signora  Argentina 
Rangona ,  suivi  de  deux  Canzoni  et 
de  sept  Madrigali  du  même  auteur. 
IL  //  Pelrarchista  ,  nel  quale  si 
scuoprono  nuoi^i  secreti  sopra  il  Pe- 
Irarcha ,  e  si  danno  a  leggere  mnlte 

(i)  Ménage  ,  en  citant  ce  à\t\\({\ie  {Menagiana, 
ton».  I[,  pay.  358),  se  moqur-  avec  raison  de  la 
faute  de  quantité  que  Tauieur  a  commise  en  fai- 
sant brève  1,-i  troiiième  syllabe  du  mot  Cacato- 
rium ,  qui  est  longue  ;  en  effet ,  c'est  b  seconde  qui 
est  longue  dans  ce  vers.  Cette  faute  est  venue  de 
l'habitude  défectueuse  qu'ont  les  Italiens  de  pro- 
noncer le  latin  à  l'italienne  ,  de  placer  l'accent 
dans  un  mot  latin  sur  la  même  sylljbe  où  il  se 
place  dan»  le  mot  italien  corresj  ondant ,  et  d« 
faire  longues  ,  en  lisant  les  vers  lat:n«,  tout. s  ic» 
tjlUbes  où  lu  mettent  cet  aceot. 


44B  F  R  A 

lettere  che  il  medesirno  Petrarcha 
in  lingua  Toscana  scrisse  a  diverse 
persone  ,  Venise,  Giolito  ,  i53(j, 
i54i  et  i543,  in-8\  Ce  dialogue, 
entre  deux  mterlocuteurs  que  l'auleur 
appelle  Coccio  et  Smuio ,  coiilient  des 
choses  qui  pourraient  paraître  cu- 
rieuses ,  si  elles  av.iienl  quelque  au- 
thenlicitc,  telles  surtout  que  des  let- 
tres italiennes  de  Pétrarque  à  Ma- 
donna  Lauruf  mais,  outre  le  peu  de 
eonfiance  qu'inspire  un  tel  éditeur  , 
il  écrivit  lui-même  à  François  Alunno , 
en  lui  envoyant  son  Fetrarchista  : 
tt  Quoique  tout  ce  que  j'y  ai  mis  soit 
»  un  songe,  vous  le  regarderez  comme 
»  une  vision  à  cause  de  votre  amitié 
»  pour  moi.  »  Ce  dialogue  fut  réim- 
primé dans  le  siècle  suivant,  avec  un 
autre  du  même  genre  et  sur  le  même 
sujet ,  sous  ce  litre  commun  :  Li  due 
Pctrarchisti ,  dialoghi  di  Nlccolb 
Franco  e  dlErcole  Giovannini,  ne' 
quali  con  vaga  disposizione  si  scuo- 
prono  bellissime  fantasie  sopra  il 
Petrarcha,  Venise,  Barezzi,  1623, 
in-S".  III.  Le  Pistole  volgari  di  Nic- 
colo  Franco ,  Venise ,  1 558 ,  1 54 1 , 
in-8'.  IV.  Dialogo  dove  si  ragiona 
délie  Bellezze,  Casai,  1 54i  ;  Venise, 
1 542.V.  Dialoghi  piacevoU , Y  emse  y 
Giolito,  1542,  in-8".;  i554  ,  i559, 
in- 1  a.  (r.  G.  CnAPUis.)  VI.  Z-aPn'rt- 
pert,  Turin  (Casai),  i54i,  m-8^  ; 
15^6,  idem;  réimprimée  deux  ans 
après  ayec  les  Rime  dirigées  comme 
la  Priapea,  et  avec  la  même  indé- 
cence et  la  même  fureur,  contre  l'Arc- 
tin  ,  sous  ce  titre  :  Délie  rime  di 
M.  Niccolh  Franco  contro  Pietro 
Aretino  e  délia  Priapea  del  mede- 
sirno ,  lerza  edizione  ,  colla  giimla 

di  molli  sonetli  nuovi,  etc Con 

grazia  e  privilégia  Pasquillico  , 
1 548 ,  in-8  '.  Les  Rime  contiennent 
•xSi  sonnets  contre  l'Arétin,  dans  un 
style  dont  l'Arclin  lui  même  aurait 


FRA 

eu  peine  à  égaler  la  virulence  et  l'obs- 
céniléj  suit  un  Capilolo  ou  chapitre 
satirique  ,  iulilulé  :  //  Testamento 
del  deUcato.  La  Priapea  vient  en-  i 
suite,  et  comprend  les  175  sonnets  1 
contre  l'Aréiin ,  qui  avaient  déjà  été 
imprimés  deux  ibis.  Ces  trois  éditions 
sont  devenues  presque  également  rares. 
Molini  a  fait  réimprimer  la  Priapea 
avec  le  Fendemmialore  du  ïansillo,  à 
Paris,  I  790 ,  sous  celte  fausse  date  :  A 
Pe-King,  régnante  Kien- Long,  nel 
XV 111  secolo,  in-8".  L'avis  de  l'édi- 
teur, mis  en  icte  de  ce  volume,  est 
de  l'abbé  de  St.-Léger  (1).  VII.  La 
Philena  ,  istoria  amorosa ,  Mau- 
toue ,  Ruflinelli,  i547,  iu-8".  Cette 
Histoire  amoureuse  est  prodigieuse- 
ment ennuyeuse  ;  c'est  un  roman  en 
12  livres,  et  un  volume  de  468  feuil- 
lets, ou  906  pages  ,  dont  il  est  abso- 
lument impossible  d'achever  la  lec- 
ture. VIll.  Dialoghi  maritimi  del 
Rottazzo ,  ed  alcune  Rime  maritime 
di  M.  Niccolb  Franco  ,  Mantoue  , 
RuffinelU,  1547,  in-8".  IX.  On  avait 
toujours  ignoré  que  Franco  eût  tra- 
duit l'Iliade  d'Homère,  en  vers  ita- 
liens et  en  octaves.  On  retrouva,  vers 
1 7 1 1 ,  cette  traduction ,  écrite  de  la 
main  même  de  l'aïUeur;  et  ce  manus- 
crit passa  dans  la  bibliothèque  parti- 
culière du  pape.  C'est  ce  que  nous 
apprend  un  paragraphe  du  Giornalc. 
de'  Letlerati  d'italia  ,  t.  V  l ,  in- 1  n , 
Venise,  17  1 1 ,  pag.  55i.  Depuis  un 
siècle  que  cette  traduction  est  placée 
dans  la  bibliothèque  pontificale  ,  il  ne 
paraît  pas  que  personne  s'en  soit  oc- 


(l^  A  la  fin  d'un  exemplaire  que  je  possède  de 
)a  bibliothèque  de  Haym  ,  qui  appartenait  a  l'abbé 
de  St,-L«!};er,  et  qui  est  «hargc  de  ses  note»,  te 
trouve  une  notice  sur  les  Rime  et  la  Priapea  de 
Franco  ,  tirée  en  nlus  grande  partie  de  la  Biblio- 
thèque Iraiiçaise  oe  Tabbe  Gonjct;  une  note  de  la 
main  de  St.-Léger,  écrite  au  bas  d'une  del  pa};pi 
où  il  est  quettiou  de  la  Priapea  ,  est  ainsi  conçrif  : 
M  Molini  Ta  fait  réimprimer  à  Faris  en  1790,  i  te. 
>>  C'est  moi  qui,  a  la  prière  de  ce  libraire  ,  ai  lait 
a  VAs'ii  de  l'êdilciir,  b.  L.  » 


FRA 

cupe,  et  qu'on  ait  eu  la  curiosité'  de 
savoir  ce  que  ce  pouvait  être  que  l'au- 
teur de  l'Iliade  traduit  par  l'auteur  de 
la  Priapea.  G  —  É. 

FRANCO  (Pierre),  célèbre  chi- 
rurgien pour  l'opération  de  la  taille  et 
renseignement  de  l'anatomie,  naquit 
à  Turriers  ,près  de  Sisterou ,  en  Pro- 
vence, dans  le  iQ^.  siècle.  11  passade 
bonne  heure  en  Suisse,  où  il  enseigna 
l'anatomie  successivement  à  Fribourg 
et  à  Lausanne.  11  avait  précédemment 
exercé  la  chirurgie  dans  la  ville  de 
Ikrne,  pour  laquelle  il  fit  plusieurs  pré- 
parations anatomiques.  Franco  passe 
pour  avoir,  le  premier ,  pratiqué  l'opé- 
ration de  la  taille ,  par  le  procédé  du 
haut  appareil  {F.  Govillard).  U  est 
du  moins  le  premier  écrivain  qui  en  ait 
lait  mention.  Il  se  rendit  célèbre  dans 
toute  l'Europe ,  par  une  opération  de  ce 
genre  faite  à  Lausanne,  en  i56o,  sur 
un  enfant  qui  avait  dans  la  vessie  un 
calcul  qui ,  vu  sa  grosseur ,  n'avait  pu 
être  extrait  par  les  procédés  usités. 
L'opération  pratiquée  par  Franco  , 
éclaira  un  point  de  médecine  fort  im- 
portant :  elle  [)rouva  que  i<  s  plaies  de 
la  vessie,  faites  à  la  partie  supérieure 
de  ce  viscère  ,  ne  sont  pas  essentielle- 
ment mortelles  ,  ainsi  que  l'avait  cru 
Hippocrate  ,  puisque  l'enfant  calcu- 
leux  y  de  Lausanne,  avait  été  guéri. 
Laméthode  du  haut  appareil,  quoique 
généralement  abandonnée  par  les  chi- 
rurgiens modernes,  qui  trouvent  moins 
d'inconvénient  au  procédé  par  l'appa- 
reil latéral ,  n'en  est  pas  moins  une 
découverte  fort  utile ,  parce  qu'il  est 
des  cas  où  il  est  avantageux  d'y  avoir 
recours.  L'époque  de  la  moi  tde  Franco 
n'est  indiquée  par  aucun  biographe. 
Voici  le  titre  des  ouvrages  qu'il  a  pu- 
bliés :  L  Traité  contenant  une  des 
parties  principales  de  chiruroie,  la* 
quelle  les  chirurgiens  herniaires 
tiJtercent,  Lyon,  i55G,  ia-8'.  Cet 


FRA  449 

ouvrage  a  singulièrement  vieilli  et  n'est 
nullement  au  niveau  de  nos  connais- 
sances actuelles.  IL  Traité  des  her- 
nies f  contenant  une  ample  déclara'' 
tion  de  toutes  leurs  espèces  ^  et  au^ 
très  excellentes  parties  de  la  chirur" 
gie  ;  à  sai>oir  de  la  pierre}  des  cata-t 
r actes  des  jeux  et  autres  maladies  , 
avecleurs causes  j  signes,  accidents, 
anatomies  des  parties  affectées  ,  et 
leur  entière  guérison,  Lyon  ,  1 56i , 
in-B**.  Ce  livre  contient  de  bonnes  des- 
criptions; il  est  surtout  intéressant  paF 
la  manière  dont  l'auteur  fait  voir  le^ 
dangers  et  les  inconvénients  qui  peu- 
vent résulier  de  l'opération  de  iataillç 
par  le  haut  appareil  dont  il  était  l'in- 
veuleur.  Cette  impartialité  atfesle  le; 
lumières  et  le  bon  esprit  de  Franco. 
F— R. 
FRANCO  (François),  méd  cin, 
naquit  à  Xativa  ,  dans  le  royaume  d^ 
Valence,  en  Espagne,  au  commen-»- 
cernent  du  lô*".  siècle,  il  était  profes- 
seur <à  l'université  d'Alcala  ,  et  il  quit* 
ta  cette  place  pour  aller  occuper  ,  çft 
Portugal  ,  celle  de  médecin  du  roi 
Jean  11! .  Ce  prince  étant  mort  en  1 557, 
Franco,  qui  avait  le  goût  des  voyages, 
s'y  hvra  pendant  plosieurs  années, 
jusqu'à  ce  qu'enfin  il  fut  appelé  à  sç 
fixer  à  Séville,  en  qualité  de  profes- 
seur de  la  première  chaire  de  mé- 
decine de  l'université  qui  florissait 
dans  cette  capitale  de  l'Andalousie. 
Ce  fut  alors  que  Franco  publia  les 
deux  seuls  ouvrages  qui  nous  soient 
restés  de  lui,  et  qui  ont  pour  titre  : 
I.  Libro  de  enfermedades  contagio- 
sas  y  de  la  preservacion  de  ellas  ; 
c'est-à-dire,  Traité  des  maladies  con- 
tagieuses et  di's  moyens  de  s'en  pré- 
server. H.  De  lanieve  y  del  usa  de 
ella  ;  c'est-à-dire ,  de  la  neige  et  de 
son  usage.  Les  deux  traités  forment 
un  vol.  in-4'\,  Séville,  1569.  Le  pre- 
mier renferme  des  choses  importante» 
39 


45o  FRA 

sous  le  rapport  de  la  pratique,  elde'cèle 
un  homme  fort  savant  pour  son  temps: 
le  second  contient  des  préceptes  uti- 
les, qui  trouvent  une  application  plus 
spe'ciale  dans  le  climat  du  midi  de  l'Es- 
pagne. On  ignore  l'époque  précise  de 
la  mort  de  Fr.  Franco.  F— r. 

FRANCO  (  Antonio  ) ,  jésuite  por- 
tugais, naquit  à  Montalrao  (province 
de  l'Alentejo),  l'an  1662.  II  entra 
dans  la  compagnie  de  Jésus  à  l'âge  de 
quinze  ans,  et  mérita  bientôt  Testime 
de  ses  supérieurs  par  son  application 
et  ses  progrès  dans  les  lettres  divines 
et  humaines.  Franco  remplit  avec 
bonneur  les  charges  les  plus  impor- 
tantes de  son  ordre;  mais  ce  qui  le 
rendit  plus  recommandable ,  ce  fut 
d'avoir  été  le  premier  qui ,  par  des 
recherches  exactes  et  iijborieuses  ,  fit 
connaître  les  sujets  les  plus  distingués 
parmi  les  jésuites  portugais ,  soit 
dans  les  sciences ,  soit  dan?  les  mis- 
sions. Après  avoir  mené  une  vie  aussi 
exemplaire  que  studieuse,  le  P.  Franco 
mourut  à  Evora  ,  le  5  mars  i  -jSa.  H 
a  laissé  plusieurs  ouvrages  en  portu- 
gais et  en  latin ,  dont  les  plus  remar- 
quables sont  :  I.  Annus  gloriosus  so- 
cielatis  Jésus  in  Lusitanid,  complec- 
tens  sacras  memorias  illiislrium  vU 
roriim  qui  virlulihus  ,  sudoribus , 
sanguine  ,fidem ,  Lusilaniam  et  so- 
cietatem  Jésus  in  Asid,  Africâ  , 
America  et  Europdfelicissimè  exor- 
ndrunt,  Vienne,  1720,  in-4".  II. 
Synopsis  annalium  societatis  Jésus 
in  Lusitanid  ab  anno  i54o  usque 
adannum  1725,  Augsbourg,  1726, 
in-folio.  111.  Imagem  do  primeiro 
seculo  da  companhia  de  Jésus  em 
Portugal ,  'j.  lom.  in-fol.  IV.  Ima- 
gem  do  segundo  seculo  ,  1  tom.  Cet 
ouvrage  est  inédit ,  et  comprend ,  par 
ordre  chronologique,  les  cvcnemcuts 
tes  plus  mémorables  des  premiers  cent 
cinquante  ans  de  la  province  du  Por- 


FRA 

tugal.  On  connaît  encore  de  ce  labo- 
rieux et  savant  religieux  ,  une  S;}n~ 
taxe  abrégée,  en  portug.iis  ,  et  un« 
traduction  ,  eu  la  même  langue  ,  de 
Ylndiculus  universalis  du  P.Pomey, 
B— s. 
FRANCO-BARRETO  (Jeai^), 
poète  portugais  ,  prit  naissance  dans 
la  ville  de  Lisbonne,  l'an  1606.  11 
étudia  les  lettres  humaines ,  sous  \sl 
direction  du  célèbre  François  Mace- 
do,  qui  lui  communiqua  son  goût  et 
son  talent  pour  la  poésie.  Né  d'une 
famille  distinguée  et  vouée  au  service 
des  armes,  il  fil  partie  de  l'expédition 
maritime  envoyée  en  1 646  au  Brésil , 
par  !e  roi  de  Portugal ,  pour  délivrer 
Bahia  de  l'oppression  des  Hollandais. 
Au  retour  de  cette  expédition ,  il  quitta 
la  carrière  militaire,  pour  se  livrer  à 
l'étude  ',  il  prit  le  bonnet  de  docteur  en 
droit  à  l'université  de  Coïrabre,  et 
fut  nommé  instituteur  des  enfants  de 
dom  François  de  Mello,  grand-veneur 
du  roi  Jean  IV,  auquel  Franco  eut 
l'honneur  d'être  présenté  parce  même 
seigneur,  qui  découvrant  dans  son 
protégé  des  talents  pour  la  politique, 
le  choisit  pour  sou  secrétaire,  dans 
l'ambassade  extraordinaire  dont  il 
fut  chargé  près  du  roi  très  chrétien. 
Franco  remplit  cet  emploi  avec  dis- 
tinction; mais  il  avait  aussi  peu  d'incli- 
nation pour  la  cour  que  pour  les  armes. 
De  retour  dans  sa  patrie,  et  devenu 
veuf,  il  embrassa  l'état  ecclésiastique, 
et  fut  nommé  vicaire  de  Barrerio  ,  en 
1648.  Il  mourut  le  5o  mai  1664. 
Franco  a  laissé  une  grande  quantité 
d'ouvrages  en  prose  et  en  vers,  soit 
imprimés,  soit  manuscrits,  dont  les 
principaux  sont  :  I.  Cfparisso,  fabula 
mitJiologica,  en  octaves,  Lisb.  j63 1. 
Ce  fut  le  premier  ouvrage  011  il  don- 
na les  plus  grandes  espérances  de  son 
talent  pour  la  poésie, et  qui  lui  attira 
les  éloges  de  tous  les  Ultérateurs  con- 


FRA 

temporains.  II.  Relaçaon  deviagem, 
ou  Relation  du  voyage  que  firent 
en  164  r ,  en  France,  dom  François 
de  Mello ,  et  le  docteur  Coelho  de 
Caravalho  ,  en  qualité  d'ambassa- 
deurs ^  etc.,  Li^b.  1642,  in-4''.  HI. 
Eneida  portugueza ,  I  parte,  Lis- 
bonne, 1664,  iu-i2j  1'',  part.  ibid. 
J670.  Cette  traduction,  eu  octaves, 
a  le  double  mérite  de  uc  pas  s'écarter 
du  sens  littéral  du  texte ,  et  d'en  con- 
server toute  la  force  et  la  vigueur. 
Franco  était  pénétré  du  poète  qu'il 
traduisait  :  ainsi ,  sa  traduction  n'est 
pas  au-dessous  de  celles  de  Pope  et 
à^Annihal  Caro,  et  peut  le  disputer 
aux  quatre  premiers  .livres ,  si  heu- 
reusement rendus  dans  la  langue  es- 
pagnole ,  par  don  Thomas  de  Yriartc. 
Franco  avait,  de  plus  ,  à  surmonter  la 
difficulté  de  la  rime;  ce  qui  rend  en- 
core plus  recommandable  son  ouvrage. 
On  pourrait,  cependant,  lui  repro- 
cher d'être ,  parfois ,  un  peu  diffus , 
et  d'être  un  peu  trop  prodigue  d'épi- 
thètes.  IV.  Ortographia  da  lejigua 
portugueza,  Lisbonne,  1670,  in-4''. 
La  plupart  des  manuscrits  de  Franco, 

{)rêts  à  être  imprimés,  étaient  dans  la 
«bliothèque  du  cardinal  de  Sousa, 
d'oîi  ils  ont  passé  à  sou  héritier,  le 
duc  de  Foens.  Parmi  ceux-ci,  l'on  y 
trouvait  :  i  °.  Bibliotheca  portugueza, 
ouvrage  qui  a  fourni  beaucoup  de  lu- 
mières à  Barbosa,  pour  compiler  sa 
Bibliotheca  lusitana  ;  2".  Historia 
dos  cardeaes  portuguezes  ;  5".  Odas 
de  Iloracio  en  verso  portugues , 
10-4".;  4°-  Relation  du  voyage  de  l'ar- 
mée portugaise  à  Bahia,  en  1642, 
in  -  4".  ;  5".  Batrachomyomachia , 
imitée  de  celle  d'Homère ,  en  112  oc- 
taves ,  écrite  en  1657. 6\  Genealogia 
à^s  dioses  gentilicos ,  qui  est  un  ou- 
vrage plein  d'érudition;  7**.  Rimas 
varias.  Franco  était  très  profond  dans 
les  langues  latine  et  grecque^  il  possé- 


FRA 


45 1 


dait  ritalien ,  le  français  et  Tespagnol , 
et  il  écrivait  avec  une  égale  îacilité , 
en  prose  et  en  vers.  Son  style  est ,  en 
général,  mâle,  vif,  élégant,  et  d'une 
pureté  extrême.  En  lui  pardonnant, 
dans  ses  poésies,  un  certain  abus  des 
tropes  et  des  figures,  il  peut  être  pla- 
cé parmi  les  bons  poètes  portugais 
de  son  temps.  B — s. 

FRANCOEUR( François)  ,  surin- 
tendant de  la  musique  du  roi,  naquit 
à  Paris  le  11  septembre  1698,  et 
mourut  le  6  août  1787.  Dès  sa  jeu- 
nesse, il  se  lia  d'uue  étroite  amitié 
avec  François  Rebel ,  chevalier  de 
l'ordre  de  Saint>Michel ,  et  qui  fut , 
comme  lui ,  surintendant  de  la  mu- 
sique du  roi  (  i).  Francœur  entra ,  ea 
1710,3  l'orchestre  de  l'Opéra ,  et  fut 
nommé,  en  1 736,  conjointement  avec 
Rebel,  inspecteur  de  ce  théâtre, dont 
ou  leur  confia,  en  1 757  ,  la  direction, 
qu'ils  gardèrent  pendant  dix  ans.  A 
l'âge  de  quatre-vingts  ans,  Francœur 
eut  le  courage  de  supporter  l'opération 
de  la  pierre ,  dont  il  se  tira  très  heu- 
reusement. Il  n'a  jamais  rien  produit 
qu'eu  société  avec  Rebel ,  sans  que 
Ton  puisse  distinguer  ce  qui  appar- 
tient à  l'un  d'eux.  Ou  a  de  ces  deux 
amis  les  opéras  de  Pjrame  et  Thisbé 
(1726);  Tarsis  et  Zélie  (1728)  ;  la 
Félicité,  ballet  (i-jiS);  Scander- 
bergX  1 7  3  5  )  ;  Z«  Paio; ,  ballet  (  1 7  58}  j 
les  Augustales  (1744);  Zélindor 
(1745);  /5/7iène(i748};  les  Génies 
tutélaires  (1751  );  le  Prince  de 
JVoisi  (  1 760);  deux  divertissements , 
intitulés ,  le  Retour  du  roi ,  pour  les 
années  1744  et  1745,  et  le  Trophée, 
prologue  en  mémoire  de  la  bataille^ 
de  Fonteuoy  (1745).  —  Francoeur 

(i)  François  Rebel ,  fils  de  J«an  Ferry  ,  VaH  des 
vingt-quatre  violons  de  la  chambre  ,  était  né  le 
19  juin  i-oi ,  et  mourut  le  7  novembre  ijrS.  Soa 
union  avec  Francœur  datait  de  leur  tendre  jeu- 
nesse ;  on  ne  les  appelait  pas  autrement  que  les 
pelitf  violonr.  Outre  les  ouvrages  précités,  op.  « 
(le  lui  UQ  2'c£)6um.ei  un  Ve proj'undii, 

29't 


452  F  R  A 

(  Louis- Josepîi  ),  neveu  au  pre'ce'dent , 
naquit  à  Paris  le  8  octobre  i-jSS,  et 

mourut  en Il  fut  élevé  par  son 

oncle ,  qui  le  plaça  dans  l'orchestre 
de  rOpcra ,  en  1752.  Quinze  ans 
après  ,  il  devint  maître  de  musique  de 
cet  orchestre  j  et  c'est  de  l'époque  de 
sa  direction  que  datent  l'ensemble  et 
l'exécution  parfaite  qui  rendent  ce 
corps  de  musiciens  un  des  plus  re- 
commandables  de  l'Europe.  On  doit 
à  Louis  un  livre  intitulé:  Diapason 
de  tous  les  instruments  à  vent , 
Paris,  1772,  et  l'acte  d'opéra ,  inti- 
tulé, Ismène  et  Lindor  (1776}.  En 
1 770,  il  avait  retouché  celui  à^Ajax. 
Déjà  avancé  en  âge ,  Francœur  ren- 
contra un  jour  une  femme  peu  jolie  , 
dont  la  jupe  s'accjocha  en  descendant 
de  voilure.  Frappé  de  la  beauté  de  sa 
jambe ,  il  en  devint  épris ,  et  eu  moins 
de  quinze  jours  il  fut  son  époux.  On 
peut  consulter  sur  celte  famille  esti- 
mable, [^ Essai  sur  la  musique ,  de  la 
Borde.  D.  L. 

FRANÇOIS  D'ASSISE  (S.),  ins- 
tituteur de  l'ordre  de  sou  nom,  et 
ainsi  appelé  parce  qu'il  naquit  à  As- 
sise, ville  d'Ombrie,  en  1182,  eut 
pour  père  Pierre  Bernardon,  mar- 
chand assez  riche,  dont  le  principal 
commerce  se  faisait  avec  la  France.  Il 
reçut  au  baptême  le  nom  de  Jean,  et 
dut  sa  première  éducation  à  des  ecclé- 
siastiques qui  rélevèrent  dans  des 
sentiments  de  piété,  et  lui  donnèrent 
quelque  teinture  des  lettres.  Dès  qu'il 
fut  en  âge,  son  père  l'employa  dans 
son  commerce ,  et  lui  fit  apprendre 
le  français  ,  langue  nécessaire  à  ses 
correspondances.  Le  jeune  Bernardon 
y  fil  de  si  rapides  progrès,  la  parla 
avec  tant  de  facilité,  qu'on  ne  l'appe- 
lait que  le  François ,  nom  qui  lui 
resta.  Son  père  fut  moins  content  de 
lui  dans  la  direction  de  ses  affaires 
commerciales.  François  ne  mettait  au- 


FRA 

cun  prix  à  l'argent,  aimait  la  dépense, 
et  même,  dans  les  premiers  temps, 
le  plaisir.  Cela  s'accordait  mal  avec  les 
goûts  de  Bernardon  père,  uniquement 
occupé  du  gain  et  des  profits  de  son 
trafic.  Mais  Dieu  avait  sur  François 
d'autres  vues  :  il  lui  avait  imprimé 
dans  l'ame  un  grand  détachement  des 
choses  que  le  monde  estime,  et  une 
tendre  compassion  pour  les  pauvres. 
François  leur  donnait  libéralement; 
il  prit  même  la  résolution  de  n'en  re- 
fuser aucun.  Ce  feu  de  la  charité  pré- 
parait sa  conversion  :  des  visions  et 
un  songe  mystérieux ,  si  l'on  en  croit 
ses  historiens ,  la  commencèrent  ;  il 
résolut  d'être  tout  à  Dieu  et  de  se  vain- 
cre soi-même.  Il  trouva  bientôt  l'oc- 
casion d'une  épreuve.  Comme  il  par- 
courait à  cheval  la  campagne,  il  aper- 
çut un  pauvre  lépreux ,  dont  l'aspect 
lui  causa  un  extrême  dégoût;  non 
content  de  lui  faire  l'aumône ,  il  des- 
cendit de  cheval  et  le  baisa  afFectueu- 
sement.  Dès-lors  il  fréquenta  les  hô- 
pitaux de  lépreux  ;  il  faisait  leur  lit, 
pansait  leurs  plaies ,  nettoyait  leurs 
ulcères  et  leur  parlait  de  Dieu.  La  dé- 
votion le  porta  à  faire  le  voyage  de 
Rome ,  pour  y  visiter  le  tombeau  des 
saints  Apôtres.  En  sortant  de  l'église , 
il  vit  une  foule  de  pauvres  ;  il  se  mêla 
parmi  eux,  et,  pour  leur  ressembler 
davantage,  il  changea  d'habits  avec 
celui  qui  lui  parut  le  plus  nécessi- 
teux ;  il  se  retira  ensuite  dans  une  ca- 
verne ,  où  il  passa  un  mois  dans  le 
jeûne  et  la  prière.  Etant  retourné  à 
Assise  ,  il  y  trouva  son  père  irrité 
d'une  conduite  si  extraordinaire  ;  il 
en  éprouva  de  cruels  traitements ,  au 
point  d'être  lié  et  enfermé  comme  un 
insensé.  Bernardon  le  cita  même  de- 
vant l'évêque.  François  y  comparut  ; 
et,  avant  que  son  père  l'accusât,  il 
déclara  qu'd  renonçait  à  tout  héritage 
paternel ,  rendit  ce  qu'i]  avait  d'argent, 


FRA 

cljusqu'à  ses  liabils  dont  il  se  dépouilla. 
Le  prélat  vit  que  François  portait  un 
cilice ,  et  s'étonna  de  tant  de  ferveur 
dans  un  jeune  homme  ;  il  ordonna 
qu'on  apportât  de  quoi  le  vêtir.  Fran- 
çois ne  voulut  accepter  que  le  vieux 
manteau  d'un  paysan  qui  servait  Të- 
vêque  :  il  se  retira  dans  les  bois,  ré- 
solu de  ne  vivre  que  d'aumônes.  Ceci 
se  passait  en  1206,  et  il  avait  alors 
vingt-quatre  ans.  Sa  dévotion  le  por- 
tait à  réparer  les  églises  et  les  cha- 
pelles qui  tombaient  en  ruine  ;  il  quê- 
tait pour  subvenir  à  cette  dépense,  et 
partageait  lui-même  le  travail  com- 
me manœuvre.  Il  avait  déjà  rétabli  les 
églises  de  St.-Damien  et  de  St.-Pierre, 
situées  hors  de  la  ville  d'Assise ,  il  ré- 
solut de  relever  une  ancienne  chapelle, 
dédiée  à  Ste.  Marie-des-x4nges,  et  nom- 
mée la  Portioncule ,  parce  qu'elle 
avait  été  bâtie  sur  une  portion  de  ter- 
rain appartenant  à  des  bénédictins. 
Elle  était  abandonnée  et  tellement  dé- 
labrée, qu'elle  ne  servait  plus  que  de 
retraite  à  des  pâtres  et  à  leurs  trou- 
peaux contre  les  injures  du  temps. 
François  la  remit  en  état,  et  se  forma 
une  cabane  à  côté.  La  Portioncule  est 
restée  fameuse  dans  les  annales  des 
franciscains.  Un  jour  qu'il  y  entendait 
une  messe  des  apôtres,  il  fut  frappé 
de  ces  paroles  de  l'Evangile  :  «  N'ayez 
»  ni  or,  ni  argent,  ni  monnaie  dans 
»  votre  bourse  ;  ne  portez  en  voyage 
»  ni  sac ,  ni  deux  tuniques  ,  ni  chaus- 
»  sure,  ni  bâton.  »  Gomme  s'il  eût 
entendu  un  ordre  du  ciel ,  François 
jeta  sa  bourse  avec  mépris,  quitta  sa 
besace,  ses  souliers,  son  bâton,  se 
contentant  pour  habit  d'une  tunique 
d'étoffe  grossière ,  et ,  pour  ceinture , 
d'une  corde,  d'où  est  venu  aux  reli- 
gieux de  son  ordre  le  nom  de  corde- 
Hcrs.  Cette  vie  si  pénible ,  si  péni- 
tente, trouva  des  imitatenrs.Trois  dis- 
ciples j  dont  l'hisloire  a  con.scrvé  ks 


noms ,  vinrent  se  mettre  sous  la  di- 
rection de  François.  L'un  ,  nommé 
]krnard  de  Quintavalle,  était  un  bour- 
geois d'Assise ,  riche,  et  estimé  pour 
sa  sagesse;  le  second,  un  chanoine 
nommé  Pierre  de  Catane  j  Gilles ,  aussi 
d'Assise ,  homme  simple  et  sans  let- 
tres ,  mais  pieux  et  fervent ,  était  le 
troisième.  Ils  vendirent  leurs  biens , 
les  distribuèrent  aux  pauvres ,  et  se 
vêtirent  comme  François  :  ils  priaient, 
jeûnaient  et  se  répandaient  dans  le  pays 
pour  prêcher.  D'autres  se  réunirent  à 
eux;  et  peu  de  temps  s'était  écoulé,  que 
déjà  ils  étaient  cent  vingt-sept.  Fran- 
çois alors  leur  composa  une  règle  : 
c'était  l'observation  des  conseils  évan- 
géliques.  11  y  défendait  à  ses  disciples 
d'avoir  rien  en  propre ,  et  ne  voulait 
pas  qu'ils  rougissent  de  mendier.  11 
les  assujétissait  au  travail ,  mais  sans 
recevoir  de  salaire ,  à  moins  que  ce  ne 
fût  quelque  nourriture  :  leur  occupa- 
tion devait  être  la  prédication  ,  et  la 
conversion  des  pécheurs  et  des  infi- 
dèles. Par  humilité,  il  donna  à  son 
ordre  le  nom  de  Frères  Mineurs, 
Après  avoir  dressé  cette  règle  ,  Fran- 
çois partit  pour  Rome,  dans  le  des- 
sein de  la  présenter  à  Innocent  III. 
Le  pape,  d'abord,  ne  voulut  point 
l'écouler;  mais  l'évêque  de  Sabine 
ayant  fait  observer  à  Innocent  que 
cette  règle  n'étant  que  la  pratique  de 
la  perfection  chrétienne^  la  rejetCE 
serait  rejeter  l'Evangile ,  il  l'approuva , 
et  fit  François  diacre,  afin  de  lui  don- 
ner plus  d'autorité  :  il  le  constitua 
aussi  supérieur-général  du  nouvel  ins- 
titut. Les  frères  mineurs  avaient  donc 
une  règle;  mais  ils  n'avaient  point 
de  local  pour  s'établir.  Les  bénédic- 
tins, à  qui  appartenait  la  Portion- 
cule, la  cédèrent  à  François,  et  elle 
devint  le  berceau  de  l'ordre.  Bientôt 
les  novices  y  affluèrent;  chaque  pré- 
dication de  François  en  attirail  ua 


454 


FRA 


grand  nombre  :  les  femmes  même  as- 
pirèrent à  embrasser  cette  vie  péni- 
tente. Uu  carême  que  François  prê- 
chait à  Assise ,  en  1212,  alluma  dans 
le  cœur  de  plusieurs  d'entre  elles  le 
désir  de  se  consacrer  à  Dieu  sous  une 
institution  si  sainte.  Claire ,  apparte- 
nant à  une  famille  distinguée ,  et  plu- 
sieurs autres  dames ,  sollicitèrent  cette 
faveur.  François  se  prêta  à  leur  pieux 
dessein ,  les  établit  dans  l'église  de 
St.-Damien ,  qu'il  avait  réparée ,  et 
en  forma  l'ordre  des  Clarisses ,  ou 
pauvres  d.imes.  Chaque  jour  la  famille 
de  Fraijçois  prenait  de  nouveaux  ac- 
croissements ;  des  maisons  se  for- 
maient non  seulement  en  Italie ,  mais 
en  France,  en  Espagne,  en  Angle- 
terre, etc.  :  des  frères  étaient  envoyés 
en  mission  jusque  dans  les  pays  les 
plus  lointains  ;  plusieurs  y  trouvaient 
la  couronne  du  martyre.  François  lui- 
même  s'embarqua  pour  la  Syrie  j  mais 
une  tempête  le  rejeta  sur  les  côtes  de  la 
Dalmatie.  Il  essaya ,  en  1 2 1 4  ?  de  pas- 
ser à  Maroc  5  une  maladie  le  retint 
en  Espagne.  Il  revint  à  Ste.-Marie- 
des-Anges ,  et  se  trouva  à  Rome  en 
121 5,  dans  le  temps  du  concile  de 
Latran.  Le  pape  voulut  bien  y  décla- 
rer ,  en  présence  des  pères ,  qu'il 
avait  approuve  la  règle  des  frères 
mineurs ,  et  leur  donna  pour  protec- 
teur le  cardinal  Hugoliu.  Ce  fut  alors 
que  François  songea  à  tenir  un  cha- 
pitre général  :  il  l'indiqua  pour  la 
Pentecôte  de  l'an  12 19,  à  Ste.-Marie- 
des-Anges.  Le  cardinal  Hugolin,  et 
S.  Dominique,  ;ivec  qui  François  s'é- 
tait hé  pendant  son  voyage  de  Rome, 
y  assistèrent.  Plus  de  cinq  mille  frères 
s'y  rendirent;  on  fut  obligé  de  les 
loger  en  plein  champ,  et  l'assemblée 
prit  le  nom  de  ch.ipilre  des  nattes, 
parce  qu'on  s'en  servit  pour  leur 
former  des  cabanes.  François  présida 
l'assemblée  :  il  s'y  présenta  au  moins 


FRA 

cinq  cents  novices.  Il  y  recommanda 
la  pauvreté,  sa  vertu  favorite  et  le 
fondement  de  son  institution  j  il  dé- 
fendit de  solliciter  ni  exemptions  ni 
privilèges  ;  il  voulut  que  ses  frères 
fussent  soumis  aux  supérieurs  ecclé- 
siastiques, ne  prêchassent  pas  sans 
leur  permission  ,  et  ne  se  regardassent 
que  comme  des  auxiliaires  pour  sup- 
pléer ,  dans  le  besoin  ,  les  propres 
pasteurs ,  et  non  pour  agir  hors  de 
leur  dépendance.  Il  termina  le  cha- 
pitre en  envoyant  ses  frères  prêcher 
dans  tous  les  pays  du  monde ,  à  l'exem- 
ple des  premiers  disciples ,  et  en  leur  | 
partageant  l'univers  comme  se  l'é-  s 
taient  partagé  les  apôtres.  Il  réserva 
pour  lui  et  pour  douze  compagnons  la 
Syrie  et  l'Egypte.  Tous  partirent  pour 
leur  destination  :  François,  de  son  côté, 
s'apprêta  à  remplir  la  lâche  qu'il  avait 
choisie.  Après  avoir  pourvu  au  gouver- 
nement de  l'ordre,  en  nommant  pour 
son  vicaire  le  frère  Elie,  l'un  de  ses 
premiers  disciples,  il  se  mit  en  route 
et  débarqua  à  St.-Jean-d*Âcre,  d'oi» 
il  distribua  ses  compagnons  dans  les 
endroits  où  il  les  crut  le  plus  néces- 
saires. Pour  lui,  il  se  rendit  à  Da- 
miefte,au  camp  des  croisés.  Il  eut  la 
douleur  de  voir  leur  armée  défaite.  Il 
n'en  poursuivit  pas  moins  son  projet  : 
malgré  le  danger  ,  il  osa  se  rendre 
près  du  Soudan  Melcdin ,  et  lui  prê- 
cher la  foi.  Dieu  fléchit  le  cœur  de  ce 
piiucc  :  il  écouta  paisiblement  le  mis- 
sionnaire ,  mais  ne  fut  point  persua- 
dé. Alors ,  pour  preuve  de  l'excel- 
lence et  de  la  vérité  de  la  religion 
chrétienne,  François  lui  offre  d'entrer 
avec  un  des  imans ,  ou  prêtres  de  Ma- 
homet ,  dans  un  bûcher  ardent,  parce 
qu'au  moyen  de  celte  épreuve,  dit-il, 
on  verra  lequel  des  deux  cultes  Dieu 
favorisera.  Meledin  répondit  qu'il  ne 
croyait  pas  qu'aucun  des  siens  voulût 
en  courir  les  risques.  Promettez- moi, 


FRA 

répondit  François ,  d'embrasser  la  re- 
ligion du  Christ,  vous  et  votre  peuple, 
si  j'en  sors  sain  et  sauf,  et  j'y  entrerai 
seul.  Le  sondan  ne  le  voulut  point  : 
mais  une  foi  si  vive  le  touclia.  Priez 
pour  moi ,  dit-il  h  François  ,  afin  que 
Dieu  rn'eclaire;  et  il  le  renvoya  hono- 
rablement. François  revint  en  ïlalie, 
après  avoir  visite  les  saints  lieux.  De 
retour  à  Ste.-Maric  des- Anges ,  il  vé- 
rifia ce  dont  il  avait  déjà  élé  informé 
en  Palestine;  que,  par  la  négligence 
et  peut-être  par  le  mauvais  exemple 
du  frère  Elie ,  des  nouveautés  et  le 
relâchement  s'étaient  introduits  dans 
les  monastères.  Il  le  destitua  ,  et  mit 
à  sa  place  Pierre  de  Catane:  lui-même 
renonça  au  généralat.  On  remarque 
néanmoins  que,  de  son  vivant, aucun 
de  ceux  qui  occupèrent  la  première 
place  ne  prit  d'autre  titre  que  celui  de 
vicaire.  Soit  que  Pierre  de  Gatane  mou- 
rût peu  de  temps  après,  soit  qu'il  eût 
donné  sa  démission  ,  Elie  fut  rétabli 
par  François.  Ce  ftit  vers  ce  temps", 
c'est-à-dire  ,  en  l'iii  ,  qu'il  institua 
le  (icrs-ordre.  Cette  association  ,  sous 
une  règle  qui  lui  est  appropriée,  re- 
çoit les  personnes  séculières  des  deux 
sexes  ,  engagées  ou  non  dans  les  liens 
du  mariage;  elles  s'obligent  à  prati- 
quer, sous  la  direction  d'un  supérieur, 
les  maximes  du  christianisme  et  quel- 
ques observances  religieuses  compa- 
tibles avec  la  condition  de  chacune 
d'eli'S.  Il  est  incroyable  combien  cette 
institution  fut  féconde  :  des  grands,  des 
évêqnes  ,  des  personnes  de  toutes  les 
classes, s'em|)rt'ssèrent  de  l'embrasser. 
Depuis  peu  François  avait  envoyé  des 
missionnaires  en  Allemagne  :  ils  n'y 
avaient  pas  réussi;  mais  tel  était  le 
zèle  de  ces  religieux,  qu'aucune  diffi- 
culté, aucun  danger,  ne  les  rebutaient. 
Cinq  venaient  d'être  martyrisés  à  Ma- 
roc :  sept  autres ,  à  la  tête  desquels 
était  Daniel ,  vicaire  de  Calabre ,  de- 


FRA  455 

mandèrent  à  les  remplacer ,  et  ils  re- 
çurent la  même  couronne  chez  les 
Maures.  Jusqu'alors  l'institut  des  frè- 
res mineurs  n'avait  été  muni  que 
d'une  approbation  verbale;  et  quoique 
Innocent  111  eût  déclaré  dans  le  con- 
cile de  Latran  qu'il  l'avait  approuvé, 
il  n'avait  donné  aucune  bulle. La  bon- 
té avec  laquelle  Honorius  III  avait  ac- 
cordé une  indulgence  singulière  pour 
l'église  de  la  Portioncule  ,  fit  penser 
à  François  qu'il  pourrait  obtenir  du 
pape  une  confirmation  plus  authenti- 
que; mais  auparavant  il  voulut  re- 
touclier  sa  règle  :  de  vingt-trois  chapi- 
tres qu'elle  avait ,  il  la  réduisit  à  douze  ; 
il  y  laissa  dans  toute  leur  rigueur  les 
staluis  sur  la  pauvreté;  il  renouvela 
l'obligation  de  travailler  à  la  conver- 
sion cîes  infidèles  et  des  pécheurs,  mi- 
tigca  en  faveur  des  études,  nécessaires 
à  ceux  qui  vaquaient  à  la  prédicalion  , 
ce  qu'il  avait  précédemment  ordonné 
sur  le  travail  des  mains.  Ayant  ainsi 
corrigé  sa  règle ,  il  la  présenta  à  Ho- 
norius ,  qui  l'approuva  par  une  bulle 
du  29  novembre  12*23.  François  avait 
composé  pour  Claire  et  ses  filles  une 
règle,  qui  fut  confirmée  par  Innocent 
IV.  Vers  l'Assomption  de  l'année 
1224,  il  se  relira  au  mont  Alverne, 
dans  les  Apennins  ,  oij ,  onze  ans 
auparavant ,  le  comte  Orlando  avait 
fait  bâtir  un  couvent  de  l'ordre.  Il 
choisit  l'endroit  le  plus  retiré,  et  s'y 
fit  dresser  une  petite  cellule.  C'est  là 
que,  la  veille  de  l'Exaltation  de  la 
Sainte-Croix,  après  s'être  livrS  aux 
austérités  d'un  jeûne  rigoureux  et  à 
une  longue  contemplation ,  il  eut  la 
fameuse  apparition  d;uîs  laquelle  il 
reçut  l'impression  des  saints  stigma- 
tes. «  Il  vit{i),  dit  S.  Bonavcntnre, 
»  descendre  du  ciel  un  séraphin  ayant 

(0  An  lieu  de  il  vil,  Baillet  dit ,  il  crut  voir^ 
et  semble  insinuer  des  doutes  sur  la  /éalité  des 
stij;mates  corporels.  Il  convient  cependant  que 
S.  Bouavcnturc ,  auteur  pre»fiue  conlemporaia  v* 


45H  FRA 

»  six  ailes  de  feu,  et  brillant  de  Iii- 
»  inière...;  entre  les  ailes  paraissait  la 
»  figure  d'un  horame  crucifie'.  A  la 
»  suite  de  cette  vision,  les  mains  et 
»  les  pieds  du  saint  se  trouvèrent 
»  percés  de  clous  <lans  le  milieu  ;  les 
»  têtes  des  clous  étaient  au-dedans 
»  des  mains  et  au-dessus  des  pieds, 
»  les  pointes  se  laissant  voir  à  l'cn- 
»  drpit  opposé...  Au  côté  droit ,  ajoute 
T*  S.  JBonavcnture,  se  voyait  une  plaie 
*  rouge  ,  comme  s'il  eût  été  percé 
^  d'une  lance  ;  et  quelqnefiis  il  en 
»  sortait  du  san^  qui  mouillait  ses  vê- 
»  temenis.  Dans  cet  état  ,  François 
»  (nommé  depuis  le  Séraphique ^  à 
»  cause  de  cette  vision)  descendit  de 
»  la  moniaçjne ,  portant  sur  lui  l'image 
»  du  crucifiement.»  Après  avoir  pas- 
sé quarante  jours  sur  le  mont  Al- 
venie,  François  i-evint  à  Ste.-Maric- 
dcs-Aîîges.  Il  vécut  encore  deux  ans, 
mais  dans  des  souffrances  continuelles, 
^u*il  supporta  avec  une  patience  ad- 
mirable ,  ou  plutôt  dans  lesquelles  il 
Se  complaisait.  Pendant  l'année  I225 
la  maladie  empira  :  ses  frères  exigè- 
rent qu'il  vît  un  médecin  j  il  s'y  prêta 
avec  douceur  et  simplicité.  Sentant 
qu'il  allait  mourir,  il  dicta  son  testa- 
ment :  on  donne  ce  nom  à  un  écrit  où 
il  recommande  à  ses  religieux  d'ho- 
norer les  pasteurs  et  les  prêtres,  d'ai- 
mer la  règle,  la  charité,  la  pauvreté 
et  le  travail.  A  sa  dernière  heure ,  il 

«ni  les  stigmates  très  réels;  se  Tétant,  tlit-ll,  airi'i 
perniadé  ,  sur  le  serinent  de  plusieurs  témoins  qui 
ÀTsient  touché  les  plaies;  sur  le  térooignHge  -Je 
^elques  c.'irdinaux,  et  prineipalement  sur  la  pa- 
role du  pape  Alexandre  IV,  à  qui  il  avait  ouï  dire 
«n  chaire  qu'il  avait  vu  les  stigmates.  A  ces  auto- 
rités on  peut  joindre  celles  de  Grégoire  IX,  qui  a 
donné  nne  IjuIIc  ,  dans  laquelle  il  atteste  la  vérité 
de  ces  plaies,  et  de  Benoit  XI,  qui  a  institué  une 
fête  en  leur  honneur.  I  e  P.  Chalippe  ,  récollet, 
irt  l'un  des  historiens  de  S  François,  a  donné,  a  la 
•uite  de  la  Vie  de  ce  s.iiiit  (Paris,  1736,  a  vol. 
in-12),  une  histoire  pariirulière  des  stigmates; 
il  examine  le  récit  de  B.iillet,  et  y  oppose  celui 
de  S  Boraventure.  On  peut  voir  dans  cette  his- 
toire les  iiombreuses  preuves  rapportées  en  Ta- 
peur de  la  réalité  de  la  TÏtiou  et  de  TcMstence  de* 
atigmates  corporcli. 


FRA 

se  fit  mettre  sur  la  terre  nue,  couvert 
d'un  mérhant  habit  ;  et,  après  avoir 
donné  la  bénédiction  à  ses  disciples,  « 
il  expira  h.'  4  octobre,  jour  où  on  ce-  i 
lèbre  sa  fête  :  c'était  en  1226.  Il  fut, 
suivant  son  vœu  ,  inhumé  sur  une 
montagne,   hors  et  à  proximité  des 
murs  d'Assise;  celte  montagne,  de- 
puis, au  lieu  du  nom  de  Colle  d'In- 
ferno    qu'elle    portait  ,    fut    appelée 
Colle  del  Paradiso.   Dans  la  suite 
on  a  bâti  sur  ce  local   un  couvent 
et  une  éçj'ise  où  son  corps  fut  tr.ins- 
porté.  Grésfoire  IX  mit  François  au 
rang  des  saints  :  la  cérémonie  de  sa 
caKOnisation  se  fit  le  dimanche  16 
juillet  1228.  Outre  les  règles  dont  il 
est  l'auteur,  ou  a  de  lui  :  I.  Sermones 
brèves.  II.    Collationes  monasticœ. 
m.    Testamentum  fratrum    niino- 
rum.    IV.   Caniica   spiritualia.  V. 
^dmonitiones.    VI.  Epistolœ.  VII. 
Benedictiones ,  etc.  Une  partie  a  été 
imprimée  dans   la  Bibliothèque  des 
pères,  éditions  de  Paris  et  de  Cologne. 
Le  père  Luc  Wadding ,  cordelier  ir- 
landais et  historien  de  son  ordre  ,  a 
recueilli  les  œuvres  de  S.  François, 
et  les  a  fait  imprimer  avec  des  notes, 
Anvers,    1623,  in  4°«  :  elles  furent 
réimprimées  à  Paris,  164»  ,  in-ful., 
par  les  soins  du  père  de  Lahaye,  reli- 
gieux du  grand  couvent  de  l'Obser- 
vance. L'ordre  de  St.-François  a  ren- 
du dcminenls  services  à  l'Eglise,  et  a 
produit  uu  grand  nombre  de  person- 
nages illustres  par  leur  sainteté  et  par 
leur  science.  On  y  compte  cinq  papes , 
y  compris  Clément  XI V,  et  qu.ir.iutc- 
cinq  cardinaux.  Après  la  mort  du  saint 
fondateur,  l'ordre  s'est  divisé  en  plu- 
sieurs familles,  sous  la  juridiction  de 
différents  supérieurs  généiaiix.  Les 
principales  sont  :  les   conventuels  ; 
les  ohsen>antins  ;  les  récollels ,  ré- 
forme qui  prit  naissance  en  Espagne 
eu    i5ooj  les  capucins,  autre    ré- 


FRA 

forme  en  i52  \;  \es pénitents  du  tiers- 
ordre,  ou  picpus  y  etc.  Toutes  ces 
branches  ont  des  couvents  de  filles 
de  leur  institution.  L — y. 

FBANÇOIS  DE  BORGIA  (Saint), 
grand  d'Espagne ,  duc  de  Gandie ,  et 
troisième  général  des  jésuites,  naquit 
à  Gandie ,  ville  du  royaume  de  Va- 
lence, en  1 5  lo,  d'une  maison  illustre. 
Il  avait  pour  père  Jean  de  Borgia  ,  duc 
deGcindie.  Sa  famille  avait  donne  dans 
Calixtelllun  grand  pape  à  TEglise;  et, 
du  côté  maternel ,  il  descendait  de  Fer- 
dinand V.  Jeanne  d'Araj;on  sa  mère 
eut  un  grand  soin  de  l'élever  dans 
la  piété;  et,  aussitôt  que  son  âj;e  le 
permit ,  elle  le  confia  à  des  maîtres 
qui  lui  apprirent  les  premiers  élé- 
ments des  sciences.  Il  n'avait  pas  dix 
ans  quand  elle  mourut ,  et  n'en  avait 
que  douze,  lorsque  le  duc  son  père, 
obligé  de  quitter  Gandie  à  cause  des 
troubles  qui  s'étaient  élevés  en  Es- 
pagne ,  le  mena  à  Sarragosse,  et  le 
remit  entre  les  mains  de  don  Jean 
d'Aragon ,  son  oncle  maternel ,  qtù  en 
était  archevêque.  Ce  prélat  se  chargea 
de  faire  continuer  sous  ses  yeux  l'édu- 
cation de  son  neveu ,  et  y  mit  beau- 
coup de  soin.  François  fit  de  rapides 
progrès  dans  les  lettres  humaines , 
réussit  complètement  dans  les  exer- 
cices convenables  à  sa  naissance,  et , 
ce  qui  est  plus  rare ,  ne  négligea  rien 
des  pratiques  pieuses  dont  il  avait  pris 
l'habitude.  A  quinze  ans  ,  son  père  l'at- 
tacha ,  en  qualité  d'enfant  d'honneur, 
à  l'infante  Catherine,  sœur  de  Charles- 
Quint.  Mais,  au  départ  de  cette  prin- 
cesse qui  épousa  le  roi  de  Portn^i^al  en 
1  5*26,  le  duc,  qui  avait  sur  son  fi's  des 
vues  plus  étendues ,  le  retint  en  Espa- 
gne, et  le  renvoya  auprès  de  son  oncle 
pour  le  mettre  à  portée  de  perfection- 
ner ce  qu'il  avait  déjà  acquis  de  connais- 
sances. Un  sentiment  intérieur  po«  tait 
I**  jeune  don  Français  vers  la  vie  mo- 


F  R  A  4^7 

nasliqire.  Pour  le  détourner  de  cette 
idée  qui  ne  s'accordait  pas  avec  leurs 
projets,  ses  parents  l'envoyèrent  ca 
1 528  à  la  cour  de  Charles-Quint.  Quoi- 
que don  François  n'eût  alors  que  18 
ans,  il  fit  éclater  de  si  belles  qualités, 
mit  dans  ?,di  conduite  tant  de  sagesse, 
de  prudence  et  de  modestie,  et  sut  si 
bien  allier  ses  devoirs  de  courtisan 
avec  ce  qu'il  devait  à  Dieu ,  que  l'em- 
pereur prit  pour  lui  une  haute  estime, 
et  que  l'impératrice  Isabelle  pattagca 
ces  sentiments.  Cette  princesse ,  femme 
d'un  rare  mérite,  voulut  bien  lui  don- 
ner un  témoignage  signalé  de  sa  con- 
sidération, en  lui  faisant  épouser  Eléo- 
Kore  de  Castro  ,  fille  d'une  haute 
naissance,  qu'elle  aimait  et  qu'elle  avait 
amenée  de  Portugal,  k  cette  fiveur 
l'empereur  en  joignit  d'autres  ;  il  fit 
don  François  grand  écuyer  de  l'im- 
pératrice, et  le  créa  marquis  de  Lom- 
bay.  Ces  grandeurs  humaines  ne  cor- 
rompirent point  son  cœur;  il  avait 
appris  à  les  apprécier.  Des  maladies 
qui  lui  survinrent ,  la  mort  de  dona 
Maria  Henriqucz,  son  aïeule,  celle  de 
don  Garcilasso  de  la  Vega,  célèbre 
poète  espagnol ,  son  ami ,  tué,  à  la  fleur 
de  son  âge  et  inopinément,  dans  une 
expédition  en  Provence  ,  achevèrent 
de  le  convaincre  de  l'instabilité  des 
choses  humaines  :  mais  ce  qui  y  con- 
tribua plus  encore,  ce  fut  le  spectacle 
qu'il  lui  fallut  avoir  sous  les  yeux  aux 
funérailles  de  l'impératrice  Isabelle  , 
morte  pendant  la  tenue  des  états  de 
Castilleen  1  oSg.Don  François,  comaie 
son  grand  écuyer,  et  la  marquise  son 
épouse,  furent  chargés  de  garder  le 
corps  de  cette  princesse,  et  de  le  con- 
duire à  Grenade ,  lieu  de  la  sépulture. 
L'usage  et  le  cérémonial  voulaient 
qu'au  moment  de  l'inhumalioii  l'on 
ouvrît  It*  cercueil ,  et  que  ceux  qui 
présentaient  le  corps  après  l'avoir  de- 
couvert  et  reconnu,  jurassent  que  c«- 


458  FPvA 

tait  celui  de  la  personne  royale  dont 
on  leur  avait  confie  la  garde.  L'affreux 
aspect,  l'etal  de  corruption  et  de  pour- 
riture d'un  visage  qui  naguère  brillait 
de  charmes  et  de  majesté,  maintenant 
si  méconnaissable,  firent  sur  l'esprit  de 
don  François  une  vive  impression ,  et 
peignirent  à  ses  yeux,  eu  traits  ineffa- 
çables ,  le  néant  de  notre  nature.  Il 
jura  que  c'était  le  corps  d'Isabelle  ; 
mais  il  jura  en  même  temps  de  renon- 
cer au  service  de  tout  autre  maître 
que  de  celui  qui  est  éternel ,  et  qui 
n'est  susceptible  d'aucun  changement. 
Il  fil  dès-lors  le  vœu  d'entrer  en  reli- 
gion s'il  venait  à  perdre  sa  femme  : 
mais ,  avant  de  pouvoir  accomplir  ce 
pieux  dessein,  il  avait  de  nouvelles 
laveurs  à  recevoir  de  la  fortune.  L'em- 
pereur le  nomma  vice-roi  de  la  Cata- 
logue et  chevalier  de  St.- Jacques.  Don 
François  fit,  dans  son  nouveau  poste, 
tout  le  bien  qu'il  y  put  faire.  Il  y  édifia 
par  ses  bons  exemples ,  purgea  le 
pays  de  brigands  qui  l'infestaient ,  fit 
rendre  la  justice  avec  plus  de  soin , 
surveilla  les  écoles  publiques, en  forma 
de  nouvelles ,  et  ne  négligea  rien  de 
ce  qui  pouvait  contribuer  à  faire  fleu- 
rir la  religion  et  les  mœurs.  C'est  pen- 
dant qu'il  était  à  Barcelonne,  en  qua- 
lité de  vice-roi ,  qu'il  eut  occasion  de 
connaître  le  père  Araos,  l'un  des  pre- 
miers profés  de  la  compagnie  de  Jésus, 
qui  vint  y  prêcher.  Il  entra  en  cor- 
respondance avec  St.-Ignace,  dont  les 
lettres  ne  firent  que  le  confirmer  dans 
la  bonne  opinion  qu'il  avait  conçue  de 
ce  nouvel  ordre.  Son  père  étant 
mort  vers  ce  temps ,  il  lui  succéda 
dans  le  titre  de  duc  de  Gandic.  Il 
demanda  alors  sa  i  ctraite  à  l'empe- 
reur, qui  voulut  bien  la  lui  accorder  , 
mais  à  condition  qu'il  viendrait  à  la 
cour.  Ce  prince  destinait  à  don  Fran- 
çois la  charge  de  grand-maître  de  la 
maison  de  l'infante  Marie  de  Portugal , 


FRA 

qui  devait  épouser  Philippe  son  fils, 
et  à  la  duchesse  Eléonore  celle  de 
dame  d'honneur.  L'infante  étant  morte 
avant  que  le  mariage  pût  se  faire,  ces' 
projets  s'évanouirent;  et  don  Fran- 
çois ,  redevenu  libre,  retourna  à  Can- 
die en  1545.  L'estime  qu'il  avait  prise 
pour  l'institut  des  jésuites,  le  déter- 
mina à  fonder  pour  eux ,  dans  cette 
ville ,  chef-lieu  de  son  duché,  un  col- 
lège qui  eut  dans  la  suite  le  titre  d'uni- 
versité ;  et  ce  fut  le  premier  où  ils 
enseignèrent.  Sur  ces  entrefaites,  la 
duchesse  sa  femme  vint  à  mourir,  lui 
laissant  huit  enfants.  Il  ressentit  vive- 
ment cette  perte ,  qui  le  décida  à  ac- 
complir son  vœu  ;  et  s'étant  détermine 
pour  l'ordre  des  jésuites ,  il  en  écrivit 
à  St.-Ignace ,  dont  il  obtint  l'aveu.  Il 
n'avait  encore  que  trente-six  ans.  Il 
se  mit  à  régler  ses  affiires,  pourvut 
à  l'établissement  de  ses  enfants ,  et 
s'occupa  en  même  temps  d'études  ana- 
logues à  l'état  qu'il  allait  embrasser. 
Ces  diverses  occupations  paraissant 
devoir  le  retenir  plus  qu'il  ne  le  de- 
sirait, St.-Ignace  obtint  du  pape  deux 
brefs  qui  permettaient  à  don  François 
de  rester  dans  le  monde  quatre  ans 
après  sa  profession  :  par-là  tout  obs- 
tacle se  trouva  levé,  et  il  prononça  ses 
vœdx.  Il  n'attendit  pas  le  terme  fixé 
par  le  papej  il  partit  pour  Korae  ea 
i55o.  Jules  III,  qui  occupait  alors 
le  Saint-Siège,  l'accueillit  avec  tant 
de  bienveillance  et  lui  montra  tant 
d'estime,  que,  dans  la  crainte  qu'il 
ne  fût  fait  cardinal ,  Borgia  retourna 
précipitamment  en  Espagne,  et  se  re- 
tira dans  un  ermitage  près  de  la  petite 
ville  d'Onale  en  Biscaye.  Il  y  reçut  la 
prêtrise,  et  se  livra  à  la  prédication. 
Un  ordre  de  vSt.-Ignace  l'appela  sur 
un  plus  grand  théâtre  :  le  saint  lui 
prescrivait  d'aller  porter  la  parole  de 
Dieu  dans  les  principales  villes  d'Fs- 
pagne  et  de  Portugal.  Le  père  Frau- 


FRA 

çois  obéit,  et  laissa  partout  d'heureux 
fruit«î  de  son  zèle.  Il  visita  aussi  les 
divers  ëtabiisseinents  de  ces  provinces 
en  qualité  de  vicaire-général.  Saint- 
Ignace  étant  mort  en  i556,  le  pcre 
François  ,  sous  différents  prétextes  , 
s'abstint  d'aller  à  Rome  pour  l'élec- 
tion d'un  général.  Il  craignait  égale- 
ment et  celte  place  qui  le  mettait  à  la 
tête  de  la  compagnie  ,  et  le  cardinalat 
et  les  autres  dignités  ecclésiastiques 
dont  l'amitié  des  papes ,  la  haute  idée 
qu'ils  avaient  de  son  mérite,  le  désir 
même  de  Charles-Quint,  tendaient  à  ie 
faire  revêtir  :  mais  il  ne  put  se  refuser 
à  l'ordre  que  lui  donna  ce  prince , 
retiré  alors  dans  le  monastère  de  Sl.- 
Just ,  après  s'être  demis  de  ses  royau- 
mes et  do  l'empire,  de  venir  le  trouver. 
L'empereur  le  consulta  sur  différentes 
affaires ,  et  lui  donna  diverses  com- 
missions. On  lui  avait  inspiré  des  pré- 
ventions contre  les  jésuites,  et  il  au- 
rait désiré  que  Borgia  entrât  dans  un 
autre  ordre  ;  il  lui  proposa  même  celui 
de  St.- Jérôme.  Le  père  François  fut 
assez  heureux  pour  détruire  ces  fâ- 
cheuses impressions.  Charles-Quint 
mourut  quelque  temps  après,  et  le 
nomma  l'un  de  ses  exécuteurs  testa- 
mentaires. Le  père  François  crut  de- 
voir aux  bontés  dont  l'avait  comblé 
ce  prince  ,  de  prononcer  son  oraison 
funèbre.  Cependant  le  père  Lainez 
avait  été  élu  général  'de  la  société ,  et 
presque  aussitôt  le  pape  l'avait  nommé 
pour  accompagner  ie  cardinal  de  Fer- 
rare  dans  sa  légation  en  France  (  Foy. 
Febrare).  D'un  autre  côté,  le  père 
Salraeron,  son  vicaire,  partait  pour  le 
concile  dcTrente.  Le  père  François  fut 
obligé  de  le  suppléer.  A  la  mort  du  père 
Lainez  en  1 565 ,  il  fut  élu  troisième  gé- 
néral malgré  sa  répugnance.  Sous  son 
gouvernement  la  compagnie  de  Jésus 
prit  de  nouveaux  accroissements»  Il 
ionda  un  noviciat  à  Rome ,  multiplia  et 


FRA 


45c) 


régla  les  missions,  perfectionna  la  mé- 
thode de  la  prédication  et  de  l'enseigne- 
ment, maintint  les  constitutions,  sup- 
pléa par  de  bous  règlements  à  ce  qui 
leur  manquait ,  et  acheva  de  fonder  ce 
système  d'administration  qui  donna  à 
l'Eglise  tant  d'utiles  ministres  ,  tandis 
qu'il  contribuait  aux  progrès  des  scien- 
ces et  à  la  gloire  des  lettres.  C'était  beau- 
coup de  travaux  pour  une  santé  déjà 
usée.  Pie  V  néanmoins  exigea  du  père 
François  un  nouveau  sacrifice  ;  il 
voulut  qu'il  accompagnât  le  cardinal 
Alexandrin,  son  neveu,  dans  sa  léga- 
tion en  France ,  en  Espagne  et  en  Por- 
tugal, dontl'objetétaitde  solliciterprès 
des  princes  chrétiens  des  secours  pour 
s'opposer  aux  progrès  des  Turks.  A 
son  retour,  Borgia  tomba  malade  à 
Ferrare,  et  fut  obligé  de  prendre  une 
litière  pour  continuer  sa  route.  Pie  V 
étant  mort  vers  ce  temps ,  il  fut  ques- 
tion d'élever  Borgia  sur  le  trône  ponti- 
fical j  et  il  paraît  qu'on  ne  renonça  à 
cette  idée  qu'à  cause  de  l'état  presque 
désespéré  où  il  se  trouvait.  On  élut  le 
cardinal  Hugues  Buoncompagno,  qui 
prit  le  nom  de  Grégoire  XI IL  Le  père 
François  était  arrive  à  Rome  ,  et  ne 
fit  plus  qu'y  languir.  Il  y  expira  en 
iSis,  la  nuit  du  5o  septembre  au 
i*"".  octobre.  On  l'enterra  dans  l'église 
de  la  maison  professe  à  côté  de  Saint- 
Ignace  et  du  père  Lainez.  En  1617 
son  corps  fut  exhumé,  et  le  cardinal 
duc  de  Lcrrae,  son  petit -fils,  premier 
ministre  de  Philippe  lïl ,  roi  d'Es- 
pagne ,  le  fit  transporter  dans  l'église 
des  jcsuitrs  de  Madrid ,  où  dès-!ors 
il  devint  l'objet  de  la  vénération  des 
fidèles.  En  \6if\  François  de  Borgia 
fut  mis  par  Urbain  VJII  au  rang 
des  bienheureux  :  il  fut  canonisé  en 
1 67 1  sous  le  pontificat  de  Clément  IX  j 
et  Innocent  XI ,  en  i685,  fixa  sa  fcte 
au  1 0  octobre.  St.-François  de  Bor- 
gia a  écrit,  en  espagnol,  un  grand 


46o  F  R  A 

nombre  d'ouvrages  ascétiques,  dont 
ou  peut  voir  le  détail  dans  la  Biblio- 
theca  scriptoriim  societaiis  Jesu. 
Tous  ces  ouvrages  ont  été  traduits  en 
latin  par  Je  P.  Alphonse  Deza  ,  jé- 
suite. Son  traité  de  l'ait  de  prêcher 
l'avait  déjà  été  sous  ce  litre  ,  De  ra- 
iione  concionandi,  seu  de  prœdica- 
tione  ei^angelicd  libellas  ^  avec  une 
Vie  de  l'auteur.  Le  P.  Verjus  ,  jésuite, 
a  donné  une  autre  Vie  de  saint  Fran- 
çois de  Uorgia,  1  vol.  in-4'\,  Paris, 
1672.  Il  a  beaucoup  profité  du  tra- 
vail du  P.  Ribadcneira,  qui  avait  été 
pendant  neuf  ans  confesseur  du  saint, 
et  qui  en  avait  donné  une  en  espagnol , 
dont  Betencourt  a  publié  une  traduc- 
tion française.  L — y. 

FRANÇOIS  DE  PAULE  (Saint), 
instituteur  de  l'ordre  des  Minimes, 
fut  ainsi  appelé  du  nom  d'une  ville  de 
Crilabre ,  où  il  prit  naissance  le  27 
mai  i4i6  (i).  Si  l'on  en  croyait  l'au- 
teur de  la  Chronique  de  cet  ordre ,  il 
serait  issu  d'une  illustre  famille,  dont 
des  revers  auraient  renversé  la  for- 
tune :  Parentes  afflictce  per  tempus 
foriunœ ,  à  nohili  tamen  stirpe  ori' 
çinem  duxisse  perhibentur.  Le  senti- 
iiicnt  commun  est  qu'd  est  né  dans 
une  condition  ordinaire,  et  de  parents 
bien  plus  recommandables  par  leur 
piété  que  par  leur  naissance.  Son 
père  se  nommait  Jacques  MHrlolilie 
ou  Martorelle ,  et  sa  mcre  Vienne  de 
Fuscaldo.  Ils  avaient  vécu  plusieurs 
années  dans  l'état  du  mariage ,  sans 
avoir  eu  d'enfants.  Ils  s'adressèrent 
à  Dieu  par  l'intercession  de  St.  Fran- 
çois d'Assise,  et  ayant  obtenu  un  fils, 
ils  le  regardèrent  comme  un  présent 
du  ciel.  Ils  le  vouèrent  au  saint  qu'ils 
avaient  invoque,  et  lui  en  donnèrent 


(i)  Voyez  \&Diftertatîo  chronologica  de  sen- 
ttntid  communi  anni  uatalit  tt  txtntit  sancti 
t'rancifci  de  Paula.  adverxhs  Daniel  Pavebtoch^ 
par  le  P,  de  Giry  ,  Paris,  1G80,  iu-8«'. 


FRA 

le  nom  :  les  inclinations  de  l'eufant 
secondèrent  merveilleusement  leurs 
vertueuses  intentions.  Dès  ses  plus 
tendres  années  ,  il  montra  le  goût  de 
la  retraite  ,  de  l'oraison  ,  et  d'une  vie 
pénitente.  Pour  acquitter  leur  vœu  , 
ses  paix?nts  le  conduisirent,  à  l'âge 
de  douze  ans ,  dans  le  couvent  des 
cordeliers  de  St.  Marc.  Il  y  passa 
une  année ,  vêtu  de  l'habit  de  l'ordre 
de  8t.  François ,  et  édifiant  les  reli- 
gieux et  le  pubhc  par  sa  piété  et  ses 
bons  exemples.  Dès-lors  il  renonça 
à  l'usage  du  linge  et  de  la  viande  ,  et 
il  men;iit  une  vie  aussi  mortifiée  que 
les  plus  fervents  religieux.  Ses  parents 
étant  venus  le  retirer,  il  leur  témoigna 
le  désir  de  faire  quelques  voyages  de 
dévotion,  et  surtout  d'aller  à  Assise 
prier  St.  François  ,  et  visiter  la  cha- 
pelle de  Ste.-Marie-des-Angcs.  Ils  l'y 
conduisirent;  il  alla  ensuite  avec  eux  à 
Rome,  au  tombeau  des  saints  Apôtres. 
Il  repassa  par  Spolette ,  et  visita  le 
Mont-Cassin.  La  sainte  vie  des  reli- 
gieux de  ce  monastère  affermit  la  ré- 
solution qu'il  avait  déjà  prise  de  se 
retirer  dans  la  solitude.  De  retour  à 
Paule  ,  et  ayant  à  peine  quatorze  ans , 
il  renonça  à  ce  qui  pouv;iit  lui  revenir 
de  son  héritage,  et  alla  habiter  un  lieu 
écarté,  sur  un  fonds  qui  appartenait  à 
sa  famille.  Mais  trop  souvent  distrait 
par  les  visites  des  curieux  qu'attirait 
le  voisinage  de  la  ville ,  il  chercha  sur 
le  bord  de  la  mer  une  retraite  plus 
secrète.  Il  la  trouva  près  d'un  ro- 
cher, dans  lequel  il  se  creusa  une 
grotte;  et  là  ,  il  put  se  livrer  à  toute 
sa  ferveur.  Il  couchait  sur  la  roche 
nue ,  et  ne  vivait  que  d'herbes  qu'il 
allait  cueillir  lui-même,  ou  de  quel- 
ques aliments  grossiers  qu'il  recevait 
de  \à  charité  des  fidèles.  Il  n'avait  pas 
encore  vingt  ans  ,  lorsque  plusieurs 
personnes ,  touchées  d'une  vertu  si 
extraordinaire,  vinrent  le  prier  de  les 


FRA 

|>rcndre sous  sa  diieclion .  Il  ne  crut  pas 
devoir  s'opposer  à  leur  pieux  dessein  : 
ces  pénitents  construisirent  à  colé  de 
k  grotte  quelques  cellules ,  et  un  petit 
oratoire,  où  un  prêtre  du  voisinage  ve- 
nait leur  dire  la  messe.  Mais  le  nombre 
des  solitaires  et  pénitents  s'étaut  beau- 
coup augmenté,  François  obtint  de 
Tarchevêque  de  Cosence  la  permis- 
sion de  se  construire  un  monastère  et 
une  église.  Leur  conduite  était  si  édi- 
fiante, et  ils  jouissaient  d'une  si  haute 
réputation  de  sainteté,  que  tout  le 
voisinage  s'empressa  de  contribuer  à 
ces  constructions  ,  et  que  des  dames , 
non  contentes  d'y  concourir  de  leurs 
moyens ,  voulurent  mettre  la  main  à 
l'œuvre.  Les  bâtiments  furent  bientôt 
finis ,  et  se  trouvèrent,  en  i^'56 ,  en 
état  de  recevoir  une  nombreuse  com- 
munauté. C'est  de  celte  époque  qu'il 
faut  dater  la  fondation  du  nouvel 
ordre  ,  établi  d'abord  sous  le  titre 
à! Ermites  de  St.  François.  Le  pieux 
fondateur  fit  de  ïhumiliîé  la  base  de 
l'institution ,  et  lui  donna  la  charité 
pour  devise.  Aux  trois  vœux  com- 
muns à  toutes  les  institutions  reli- 
gieuses qui  professent  les  couseiis 
cvangéliques  ,  il  en  ajouta  un  qua- 
trième, celui  de  la  vie  quadragési- 
inale  pendant  toute  l'année;  c'est-à- 
dire,  de  l'abstinence,  hors  le  cas  de 
maladie,  non  seulement  de  viande, 
mais  encore  d'œufs  et  de  toute  sorte 
de  laitage.  Lui-même  s'était  soumis 
à  plus  de  rigueur  encore.  11  dormait 
sur  la  dure,  ne  prenait  d'aliments 
qu'après  \e  soleil  couché,  s'abstenait 
de  poisson ,  se  contentait  souvent  de 
pain  et  d'eau ,  et  quelquefois  ne  man- 
geait que  de  deux  jours  l'un.  L'ex- 
trême sévérité  de  l'institution  n'em- 
pêchait pas  ses  établissements  de  se 
multiplier.  Deux  couvents  fondés , 
l'un  à  Paterno,  l'autre  à  Spezano, 
furent  comme  le  prélude  de  Tagrau- 


FRA  46i 

dissement  de  l'ordre  ;  et  bientôt  il 
compta  un  grand  nombre  de  maisons, 
non  seulement  en  Calabre,  mais  dans 
le  royaume  de  Naples  et  en  Sicile  ,  où 
François  fit  un  voyage.  Les  merveilles 
qu'on  racontait  de  lui,  les  miracles 
et  les  prédictions  qu'on  lui  attribuait^ 
excitèrent  l'attention  de  Paul  IL  Ce 
pape  envoya  en  1 4^9  on  de  ses  caraé- 
riers  sur  les  lieux  ,  pour  vérifier  les 
faits.  Le  camérier  vit  d'abord  l'arche- 
vêque de  Cosence,  qui  lui  confirma 
que  François  était  un  homme  extraor- 
dinaire ,  lequel  Dieu  semblait  avoir 
suscité  pour  manifester  sa  puissance. 
Il  se  rendit  ensuite  au  monastère ,  cl 
s'assura  par  ses  yeux  qu'il  n'y  avait 
rien  d'exagéré  dans  le  récit  qu'on  avait 
fait  au  pape.  Ce  ne  fut  néanmoins 
qu'après  la  mort  de  Paul ,  que  Sixte  IV 
approuva  les  statuts  du  nouvel  ordre, 
par  une  bulle  du  'i5  mai  1474?  et 
en  nomma  François  supérieur-géné- 
ral. Il  lui  permit  en  même  temps  d'é- 
tablir autant  de  colonies  qu'il  en  trou- 
verait l'occasion ,  et  confirma  l'exemp- 
tion que  l'archevêque  de  Cosence  avait 
accordée  aux  maisons  situées  dans  son 
diocèse.  Dans  la  suite,  ces  mêmes 
statuts  ,  avec  quelques  changements  , 
furent  confirmés  par  des  bulles  d'In- 
nocent VIII  ,  d'Alexandre  VI  et  de 
Jules  II.  Alexandre  VI  changea  le 
nom  iXErmites  de  St.  François  en 
celui  de  Minimes  ,  qui  ki  parut  plus 
propre  à  caractériser  l'humilité'  dont 
ces  religieux  faisaient  profession.  Le 
bruit  des  guérisons  miraculeuses 
qu'on  attribuait  à  François  de  Paule, 
parvint  jusqu'en  France.  Louis  XI, 
alors  attaqué  d'une  maladie  dange- 
reuse, imagina  qu'il  pourrait  recou- 
vrer la  santé  par  son  intercession.  Il 
fit  prier  le  saint  homme  (i)  de  venir 
le  trouver,  lui  promettant  de  grands 

(i)  Cest  ainsi  qu'il  «st  nomUQ  d&n$  1««  compC** 
de  la  malsoa  du  roi. 


462  FRA 

avantages  pour  lui  et  pour  son  ordre. 
François  ne  jugea  pas  à  propos  de  se 
rendre  à  un  désir  qui  lui  paraissait 
bien  plus  dicté  par  l'amour  de  la  vie 
que  par  le  soin  du  salut.  Louis  eut 
recours  à  la  médiation  du  roi  de 
Naples,  qui  n'eut  pas  plus  de  succès  ; 
mais  s'étant  adressé  au  pape  Sixte  IV, 
et  ce  pontife  ayant  fait  expédier  deux 
brefs ,  par  lesquels  il  invitait  François 
à  satisfaire  le  roi  de  France ,  le  ser- 
viteur de  Dieu  crut  devoir  ne  point 
désobéir  au  chef  de  l'Eglise.  11  partit, 
accompagné  de  son  neveu  André  d'A- 
lesso  {'i)  et  de  plusieurs  de  ses  reli- 
gieux. Sa  renommée  qui  le  précédait , 
lui  valut  en  route  des  honneurs  ex- 
traordinaires. En  passant  à  Naples , 
«  il  fut,  dit  Commines,  visité  du  roi 
»  et  de  ses  enfants  j  à  Rome ,  de  tous 
»  les  cardinaux ,  et  eut  audience  du 
î>  pape,  trois  fois  seul  à  seul,  et  fut 
y>  assis  auprès  de  lui  en  belle  chaire, 
»  l'espace  de  trois  ou  quatre  heures  à 
»  chacune  fois  j  de  là  vint  vers  le  roi , 
î)  honoré  comme  s'il  eût  été  le  pape.  » 
En  effet ,  ce  prince  ,  extrêmement 
attaché  à  la  vie ,  l'attendait  avec  im- 
patience. Il  l'envoya  recevoir  à  Am- 
boise  par  le  dauphin  ,  son  fils ,  et  les 
plus  grands  seigneurs  de  sa  cour. 
François  étant  arrivé  au  Plessis-lès- 
Tours,  où  était  le  roi ,  ce  prince  se 
jeta  à  ses  pieds,  le  priant  de  vouloir 
bien  alongef  le  terme  de  ses  jours. 
a  Le  pieux  solitaire,  continue  Com- 
»  mines ,  répondit  ce  que  sage  homme 

(».')  C'est  par  André  d'Âlesso  que  plusieurs  fa- 
inilles  Iran^ aises  d'un  rang  distingué  se  font  hon- 
neur d'appartenir  ,  en  ijualilé  de  parents,  à  S. 
François  de  Paule  André  était  fils  d'Antoine  d'A- 
lesso  ,  gentilhomme  calabrois,  qui  avait  épousé 
Brigide  ,  »œur  du  saint.  Venu  en  France  avec  son 
oncle ,  il  y  fut,  en  considération  de  celui-ci ,  re- 
vêtu par  nos  rois  de  plusieurs  grandes  char.^es  ,  et 
il  s'y  maria.  Par  ses  fils  et  ses  fille»,  qui  se  ma- 
rièrent aussi,  se  trouvent  établies  différentes  re- 
1.1  lions  de  parenté  avec  les  luaijons  d'Alesso,  de 
Cbaillou  ,  d'Laubonne,  d'Ormesson,  de  Lozcau , 
et  quelques  autres ,  célèbre*  dans  la  haute  magis- 
trature. 


FRA 

»  devait  répondre,  et  refusa  demagni- 
»  fiqucs  présents  que  le  roi  lui  eu- 
»  voyait.  »  Mais  s'il  ne  put  prolonger 
la  vie  du  monarque ,  du  moins  il  l'jid.T 
à  bien  mourir.  Le  saint  homme  ne  fut 
pas  en  moindre  crédit  à  la  cour  de 
Charles  Vlll  et  de  Louis  XI I ,  qu'il 
ne  l'avait  été  à  celle  de  Louis  XL 
Ces  princes  le  retinrent  en  France,  lui 
et  ses  religieux.  Charles  VI II  le  con- 
sultait dans  les  affaires  h  s  plus  im- 
portantes ;  il  voulut  qu'il  tînt  son  ùis 
sur  les  fonts  de  baptême.  Il  lui  fit 
construire  un  monastère  dans  le  parc 
du  Piessis-lès-Tours,  un  autre  à  Ain- 
boise,  et  le  combla  d'honneurs  et  de 
témoignages  de  vénération.  D'autres 
princes  donnèrent  aux  Minimes  des 
marques  éclatantes  de  leur  protection ^ 
Anne  de  Bretagne  disposa  eu  leur  fa- 
veur de  son  château  de  Nigeon,  à 
Ghaillot,  pour  eu  faire  un  couven». 
L'empereur  et  le  roi  d'Espagne  vou- 
lurent aussi  avoir  de  ces  religieux  :  les 
Minimes  portèrentdanscedernier  pays 
le  nom  de  Frères  de  la  Victoire^  en 
mémoire  de  la  prise  de  Malaga  sur  les 
Maures,  que  François  de  Paule  avait 
prédite.  A  Paris ,  on  les.appelait  Bons- 
Hommes  ,  soit  parce  que  les  cour- 
tisans   traitaient    François    de    bou 
homme,  soit  parce  que  les  Minimes 
ayant  succédé,  à  Viiiceunes,  à  des 
Grammontains  connus  sous  celte  dé- 
nomination, ce  nom  leur  sera  resté. 
Quoi  qu'il  en  puisse  être  ,  François 
eut  de  son  viv.^nt  la  consolation  de 
voir  son  ordre   répandu  par  toute 
l'Europe.  Les  austérités  ne  l'empê- 
chèrent pas  de  prolonger  sa  carrière 
jusqu'à  une  extrême  vieillesse.  11  avait 
près  de  92  ans,  lorsque,  le  28  mars 
1 507 ,   il  tomba  malade  au  Plessis- 
lès-Tours.  Il  mourut  le  2  avril  sui- 
vant ,  jour  du  Vendredi-Saint.   Ou 
travailla  presque  aussitôt  à  sa  canoni- 
sation :  elle  li'cut  lieu  cependant  que 


FRA 

sons  le  pontificat  de  Le'on  X ,  environ 
douze  ans  après.  L'Église  célèbre  sa 
fête  le  1  avril.  En  1662,  les  Hugue- 
nots ,  portant  le  ravage  dans  le  voi- 
sinage de  Tours,  exhumèrent  le  corps 
du  saint,  et,  après  mille  outrages ,  le 
brûlèrent  avec  le  bois  d'un  grand  cru- 
cifix. On  prétend  qu'une  partie  des 
ossements  fut  retirée  du  bûcher,  et 
qu'ils  furent  partagés  entre  diverses 
églises  qui  les  exposaient  à  la  véné- 
ration des  fidèles.  Les  Minimes  ont 
des  couvents  de  filles. On  en  comptait 
deux  en  France,  l'un  à  Abbeville,  l'au- 
tre à  Soissons.  [/histoire  de  cet  ordre 
a  été  écrite  d'abord  en  français  (  P^oj^. 
DoNi  d'Attichi),  et  plus  en  détail,  en 
latin,  parle  P.  Lanoup  :  Chronicon 
générale  ordinis  Minimorum,  Paris , 
1 655 ,  in-fol.  Le  P.  Marguerit  a  donné 
aussi  en  latin  la  Chronologie  des  pro- 
vinces et  couvents  de  l'ordre,  Aix, 
1682,  in-8°.  Parmi  les  nombreuses 
Vies  de  St.  François  de  Panle,  dont 
on  peut  voir  le  détail  dans  Fontette, 
nous  indiquerons  seulement  celle  qu'a 
donnée  le  P.  Hilarion  de  Coste  ,  en 
i655.  (/^.  Coste.)  Le  père  A.  Dondc, 
minime ,  a  publié  Les  figures  et  l'a- 
Irégé  de  la  vie,  de  la  mort  et  des 
miracles  de  St.  François  de  Paule , 
Paris,  1671  ,  in-fol.,  orné  de  24 
planches ,  dont  la  plupart  contien- 
nent chacune  4  tableaux  en  médail- 
lon. A  la  suite  de  cet  ouvrage ,  on 
trouve  ordinairement  les  Portraits 
de  quelques  Minimes ,  a{>ec  leur 
éloge,  en  17  planches.       L — y. 

FRANÇOIS  (Saint-).  Tôt. Régis, 
Sales  et  Xavier. 

FRANÇOIS  (  [".)  Etienne,  empe- 
reur d'Allemagne.  H  était  fils  de  Léo- 
pold- Joseph-Charles  ,  duc  de  Lor- 
raine, et  d'Ehsabeth  Charlotte  d'Or- 
léans. Né  en  1708,  il  avait  été  élevé 
dès  l'âge  de  douze  ans  «  la  cour  de 
.Vienne ,  sous  les  yeux  de  l'empereur 


FRA 


465 


Charles  VI ,  qui  dès-lors  le  regar- 
dant comme  son  gendre  et  son  succes- 
seurà  l'empire.  Ayant  succédé  en  1  729 
à  son  père ,  il  se  rendit  en  Lorraine,  et 
prilpossession  de  ses  états.  Après  avoir 
passé  quelque  temps  en  France  où  il 
était  venu  prêter  hommage  à  Louis 
XV  pour  le  duché  de  Bar,  il  visita 
l'Angleterre,  la  Hollande  et  plusieurs 
cours  d'Allemagne.  Les  événements 
qui  survinrent  bientôt ,  produisirent 
un  changement  remarquable  dans  la 
fortune  de  François-Etienne  et  dans 
celle  de  sa  maison.  Auguste  II ,  roi 
de  Pologne,  étant  mort  en  1 735 ,  Sta- 
nislas Ijeczinscki  fut  élu  pour  le  rem- 
placer p<ir  le  parti  qui  lui  était  fidèle , 
et  qu'appuyait  la  France  ;  mais  il 
eut  pour  concurrent  Auguste  III  de 
Saxe  ,  que  soutenaient  les  partisans 
de  son  père,  et  que  demandaient  la 
Russie  et  l'Autriche.  La  guerre  éclata , 
et  Stanislas  ne  put  se  maintenir.  La 
France  voulait  cependant  lui  assurer 
un  sort  qui  le  dédommageât  de  ce 
revers.  Elle  proposa  un  arrangement 
auquel  la  cour  de  Vienne  consentit. 
Il  fut  convenu,  en  1755,  que  Fran- 
çuis-Etienne ,  destiné  à  épouser  Ma- 
rie-Thérèse ,  fille  aînée  de  Char- 
les VI,  céderait  à  Stanislas  les  du- 
chés de  Lorraine  et  de  Bar  ,  et  ob- 
tiendrait en  échange  le  grand  duché' 
de  Toscane  à  l'extinction  des  grands 
ducs.  A  la  mort  de  Stanislas ,  les  du- 
chés de  Lorraine  et  de  Bar  devaient 
échoir  à  la  France,  qui  s'engageait 
à  payer  5  milHons  et  demi  de  livres 
par  an  au  duc  jusqu'au  moment  où  il 
parviendrait  à  régner  en  Toscane.  Ce 
moment  n'était  pas  éloigné.  Jean  Gas- 
ton, dernier  rejeton  mâle  des  Médi- 
cis,  mourut  en  1757  5  et  .François- 
Etienne  prit  possession  des  états  de 
Toscane,  où  il  se  fit  aimer  par  la  dou- 
ceur de  son  administration.  Ayant 
épousé  Marie-Thérèse  ,  il  devint  par 


464 


FRA 


ce  mariage  la  tige  de  la  nouTcîle  mai- 
son d'Autriche,  nommée  Autriche' 
Lorraine.  L'tnipcreur  Charles    VI 
c'iant  mort  en  i  "{^o,  l'électeur  de  Ba- 
vièr(î,  appnyé  par  la  France   et   la 
Prusee,  lui  succéda  sous  le  nom  de 
Charlf  s  VII 5  mais  ce  prince  éprouva 
de  grands  revers,  et  succomba  sous 
le  poids  des  chagrins  :  il  mourut  en 
1745.  Marie-Thérèse,  qui  dans  ce 
même  temps  coml)attait  pour   con- 
server  les  états  héréditaires    de   sa 
maison  ,  en  vertu  de  la  pragmatique- 
sanction  de  Charles  VI,  n'était  pas 
moins  jalouse  d'assurer  le  trône  im- 
périal à  son  époux.  Elle  triompha  des 
obstacles  que  lui  opposaient  ses  en- 
Dcmis;  et  François-Elienne  fut  pro- 
clamé empereur  d'Allemagne  sous  le 
nom  de  François  P^,  le  1 5 septembre 
1^45.  11  venait  de  prendre  le  com- 
mandement en  chef  de  l'armée  d'Au- 
triche ,  et  il  avait  établi  son  quartier- 
général  à  Heidelberg.  Etant  parti  de 
cette  ville,  il  fil  son  entrée  à  Franc- 
fort, où  il  fut  couronné  le  4  octo- 
bre. Cependant  la  guerre  continuait; 
et  ce  ne  fut  qu'en  1748  que  la  paix 
d'Aix-la-Chapelle  assura  à  Marie-Thé- 
rèse la  possession  de  la  plus  grande 
partie  de  ses  e'iats  héré*iitaires.  Les 
talents  de  cette  princesse  la  mettaient 
en  état  de  gouverner  elle-même  ;  elle 
associa  cependant  son  époux  auxsoins 
de  l'administration  ;  et  il  y  eut  tou- 
jours entre  François  et  la  fille   de 
Charles  VI  le  plus  grand  accord  pour 
faire    fleurir    la    monanhie    .mtri- 
chienne,  et  pour  maintenir  l'influence 
de  leur  maison  dans  l'empire  germa- 
nique. Peu  après  la  guerre  de  sept 
ans,  en  i';64,  Joseph,  fils  aîné  de 
François  et  de  Marie-Thérèse  ,   fut 
proclamé  par  la  diète  roi  des  Ro- 
mains. En  1 763  l'empereur  avait  as- 
suré à  son  second  fils ,  Pierre-Léo- 
pold,  la  succession  du  grand-duch» 


FRA 

de  Toscane;  et  en  17G5  Joseph  ra- 
tifia ce  pacte  de  famille  par  une  re- 
noncicition  formelle  à  ses  droits   au 
grand-duché.  La  même  année,  Fran- 
çois mourut   à  Inspruck,   dans    sa 
cinquante-septième   année.    11    laissa 
la  réputation  d'un  prince  sage ,  éclairé 
et  bienfaisant.  L'industrie,  le  com- 
•  merce,  les  lettres  et  les  arts,  lui  furent 
redevables  de  plusieurs  institutions 
qui  ont  contribué  à  les  faire  fleurir. 
11  introduisit  dans  le  département  des 
mines  les  plus  utiles    réformes.  En 
i';45  il  fonda  à  Pistoie  une  académie 
des  bfllcs-lcttrcs;  eten  1755  la  vilk 
d'Augsbourg  obtint  par  ses  soins  une 
académie   des,  beaux  -  arts.  Quoique 
François  eût  l'ame  noble    et  géné- 
reuse, il  aimait  l'argent  ;  et  les  opéra- 
tions financières  qui  pouvaient  lui  en 
procurer  avaient  pour  lui  un  attrait 
inéiistible.  Il  iifftrma  pendant  quel- 
que temps,  en  compagnie  avec  le  comte 
de  Bolza  et  le   banquier   Schimmel- 
mann ,  les  douanes  de  Saxe  ;  et  l'on 
prétend  qu'au  commencement  de  la 
guerre  de  sept   ans,  il  entreprit  do 
fournir  l'armée  prussienne  de  four- 
rages et  de  farine.  Quoiqu'il  fût  sou- 
vent venu  au  secours  des  caisses  au- 
trichiennes, i(  laissa  en  mourant  un 
trésor  de  157  millions  de  florins.  Il 
naquit  du  mariage  de  François  et  de 
Marie-Thérèse  cinq  princes  et  onze 
princesses:  nous  indiquerons  Joseph, 
empereur  sous  le  nom  de  Joseph  11  j 
Pierre-Léopold,  d'abord   grand-duc 
de  Toscane,  ensuite  empereur  sous 
le  nom  de  Leopold  I".  j  Ferdinand  , 
appelé  par  son  mariage  avec  Marie- 
Béatrix  à  la  succession  de  Modènc  ; 
Maximilien,  grand -maître  de  Tordre 
Teutonique,  archevêque  de  Cologne 
et  évêque  de  Munster;  Marie-Chris- 
tine ,   mariée    au    prince  Albert   de 
Saxe  ,  gouvernante  des  Pays-Bas ,  et 
apacag«e  avec  ses  d^sceudctiits  de  la 


principauté  de  Teschen  ;  Marie-Amé- 
lie, mariée  .iii  duc  de  Parme;  Marie- 
Caroline,  mariée  au  roi  de  Naplc^j 
Marie-AntoineUe,mariéeà  Louis  XVI, 
roi  de  France ,  et  qui  a  partage  les 
malheurs  de  ce  monarque.   C — au. 

FHAINÇOIS  I".,  roi  de  France,  na- 
quit à  Cognac,  le  12  septembre  i494- 
Il  descendait ,  ainsi  que  Louis  XI 1 ,  de 
Ch;irles-Ie-Sage,  par  Louis  I^^. ,  duc 
d'Orléans.  L'assassinat  de  ce  dernier 
prince,  victime  de  la  jalousie  et  de  la 
cruauté  de  Jean  duc  de  Bourgogne,  fut 
le  signal  des  malheurs  dont  sa  famille 
devait  être   si  lojig  temps    accablée. 
Charles  ,  son  fils  aîiié ,  <  t  Jean,  com.te 
d'Angoulême  ,    son    troisième    fils, 
après  avoir  inutilement  cherché  tous 
les  moyens  légitimes  de  venger  leur 
père,  appelèrent  les  Anglais  en  Fran- 
ce, se  repentirent  de  ce  traité,  le  rom- 
pirent avec   une   générosité   impru- 
dente ;  et  l'un  fut  leur  prisonnier  pen- 
dant vingt-cinq  ans,  l'autre  pendant 
trente.  (  f^oy.  Charles  d'Orléans  , 
tome    VllI  ,   page    \l\Q.)  Le  comte 
d'Angoulême  ,  aùul  de  François  I^. , 
ne  connut  point  le  bonheur  au  sortir 
de  sa  longue  captivité.  Sa  rançon  lui 
avait  coûté  la  plus  grande  partie  de 
ses  domaines  :  mais  il  se  vengea  des  An- 
gl  lis  en  contribuant,  par  ses  exploits , 
à  leur  enlever  la  Guienne.  Il  vécut 
ensuite  dans  la  retraite, et  se  montra, 
en  s'éloignant  des  intrigues  de  la  cour, 
un  digne  petit-fils  de  Charles-le-Sage. 
Son  fils  Charles,  comte  d'Angoulême , 
passa  presque  toute  sa  vie  à  se  dé- 
fendre des  ombrages  que  Louis  XI 
avait  conçus.  Il  épousa ,  par  les  or- 
dres de  ce  monarque,  Louise,  fille 
de  Philippe,  duc  de  iiavoie.  De  ce 
mariage  naquit  François  V^.  Sa  mère 
prit  de  lui  îes   soins   les  plus  ten- 
dres. Le  jeune  ptince  n'avait  quedeux 
ans  lorsqu'il  perdit  son  père  :  mais 
bientôt  il  en  retrouva  un  dans  le  bon 

XV. 


FRA  4G5 

Louis  XII,  qui  monta  sur  îe  trône  en 
149B.  Ce  monarque  confia  son  éduca- 
tion à  Gouffier-BoissijFun  des  esprits 
les  plus  éclairés  et  l'un  des  plus  nobles 
chevaliers  de  ce  temps.  Jamais  insti- 
tuteur n'eut  plus    à  s'applaudir   des 
brillantes  qualités   de  son  élève.  Lé 
jeune  François  portait  autant  d'ardeur 
dans  les  études  les  plus  sérieuses , 
qu'il  en  mettait  dans  tous  les  exer- 
cices  auxquels   se  bornait  alors  l'é- 
ducation des  gentils-hommes.  Sa  phy- 
sionomie gagnait  les  cœurs.  L'amour 
de  la  gloire  éclatait  dans  ses  regards. 
Il  réparait    avec  une  grâce  inexpri- 
mable les  fautes  où  pouvait  l'entraî- 
ner la  vivacité  de  son  âge  et  de  son 
caractère.  Les  jeunes  nobles ,  qu'il  sur- 
passait tous  par  la  majesté  de  sa  taille, 
et  sur  lesquels  il  remportait  des  vic- 
toires continuelles  dans  les  touinois , 
le  chérissaient  comme  leur  frère,  et 
s'attachaient  à  lui  comme  à  leur  mo- 
dèle. Deux  fils  que  Louis  XI  ï  avait 
eus  d'Anne  de  Bretagne,  sa  seconde 
femme  ,    étaient  raort«  au  berceau  • 
mais  il   lui  restait  deux  fiilcs,   mes-: 
daraet  Claude  et   Renée.  Il  maria   la 
première  à  son  jeune  parent,  et  nom- 
ma   ce    prince  duc   de   Valois.   Les 
victoires   de    (iaston   de    Fnix    éle- 
vaient alors  la  France  au  plus    haut 
degré    de   gloire.    Le    jeune    Fran- 
çois voyait  dans  ce  héros  son  guide, 
son  ami  :  il  s'apprêtait  à  voler  sur  ses 
pas  en  Italie,  lorsque  le  coup  fatal  qui 
emporta  Gaston  de  Foix  au  sortir  de 
la  victoire  de  Ravenne ,  mit  un  terme 
aux  courtes  prospérités  de  Louis  XII. 
Ce  monarque ,  après  s'être  engagédans 
une  ligue  imprudente ,  vit  se  former 
contre  lui  la  coalition  la  plus  déloyale. 
Etourdi  du  nombre  de  ses  ennemis, 
de  la  fureur  de  leurs  attaques ,  il  se 
confia  dans  l'amour  de  son  peuple  et 
dans  l'ardeur  de  ses  jeunes  héros.  Ce 
fut  au  du«  de  Valois  qu'il  remit  le 
3© 


40Ô  F  R  A 

soin  de  défendre  la  Navarre.  Dans  des 
Giiconstauccs  si  difficiles  ,  tout  pres- 
crivait la  prudence  aux  généraux  de 
Louis  XII.  Le  duc  de  Valois  dompta 
l'impétuosité  de  son  caractère ,  pour 
servir  les  véritables  intérêts  de  sa 
patrie.  S'il  ne  put  reprendre  la  Na- 
varre ,  déjà  conquise  par  les  armes  du 
duc  d'Albe,  il  parvint  à  empêcher  les 
Espagnols  de  franchir  les  Pyrénées. 
L'année  suivante,  Louis  XII,  dont  le 
règne  venait  d'être  humilié  par  la  fa- 
tale journée  du  i3  avril  i5i5,  dite 
des  éperons ,  employa  le  duc  de 
Valoi^s  à  prévenir  les  suites  de  cet 
échec  :  ce  prince  conçut  des  projets 
hardis  pour  secourir  Tournai;  mais 
sa  mission  était  de  couvrir  la  Picardie. 
Pour  la  seconde  fois  ,  il  se  fit  Tcffort 
d'écouter  la  prudence.  Il  ne  secourut 
pas  Tournai  ;  mais  la  Picardie  fut  sau- 
vée. Henri  VIII ,  qui  avait  de  la  géné- 
rosité par  accès,  offrit  la  paix  à  la 
France.  Sa  défection  rompit  la  ligue. 
Louis  XIÏ,  veuf  d'Anne  de  Bretagne, 
contracta  un  5".  mariage  avec  la  jeune 
cl  aimable  sœur  d'Henri  VIII.  Le  duc 
de  Valois  fut  chargé  daller  rojpvoir 
Marie  d'Angleterre;  et  quoiqu'une  telle 
union  pût  renverser  ses  espérances  , 
il  reçut  cette  princesse  avec  la  plus 
aimable  galanterie.  (  Vo^\  Duprat.  ) 
Uu  mariage  qui  rendait  la  paix  à  la 
France,  lui  devint  bientôt  fatal  ;  car 
il  lui  coûta  le  meilleur  roi  qui  se  fût 
encore  occupé  de  son  bonheur. 
Louis  XII  écouta  trop  sa  passion 
pour  une  reine  que  la  politique  lui 
avait  feit  épouser,  mais  dont  les  char- 
mes lui  firent  oublier  et  son  âge  et  ses 
infirmités.  Le  i  '  ' .  janvier  1 5 1 5  ,  con- 
sumé de  langueur  ,  d  manda  le  duc  de 
Valois,  et  lui  tendit  ses  bras  exténués  ; 
«  Je  me  meurs ,  lui  dit-il  ;  je  vous  re- 
»  commande  nos  sujets.  »  Il  expira 
quelques  heures  après.  La  luance  fut, 
pcc^daïit  plusieurs  jours,  comme  une 


FRA 

famille  consternée  de  la  perle  d'un 
père.  Ce  qui  rendait  encore  celte 
douleur  plus  glorieuse  pour  la  mé- 
moire de  Louis  XlI  ,  c'est  que 
son  successeur  était  aimé.  Seulement 
on  craignait  que  François  I^"^.  ne 
s  écartât  de  la  stricte  économie  à  la- 
quelle Xtàpère  du  peuple àwah  été  fidèle 
soit  au  milieu  de  ses  conquêtes  ,  soit 
au  milieu  de  ses  revers.  X.e  roi  défunt 
avait  lui-même  témoigné  cette  crainte. 
On  sait  qu'il  disait  à  ses  sages  minis- 
tres :  a  Nous  travaillons  en  vain  ;  ce 
î)  gros  garçon  gâtera  tout.  »  Cepen- 
dant François  l^^.  ne  changea  rien  à 
l'ordre  établi.  Après  une  guerre  mal- 
heureuse,le  trésor  royal  était  exempt 
de  dettes ,  et  c'était  toute  sa  richesse. 
Les  puissances  voisines ,  qui  se  prépa- 
raient à  intimider  ou  à  opprimer  un 
roi  de  vingt -un  ans,  ne  s'aperçurent 
"pas  de  l'accroissement  de  ses  ar- 
mées ,  parce  qu'elles  ne  le  virent 
point  créer  d'impôts.  Le  roi  d'Es- 
pagne Ferdinand-le  Catholique,  cas- 
sé par  l'âge,  mais  trop  fier  du  suc- 
cès de  ses  fourberies  pour  n'y  paj 
persévérer ,  excitait  le  faible  et  turbu- 
lent Maximilien  ,  empereur  d'Alle- 
magne, à  une  nouvelle  guerre  contre 
la  France.  Mais  les  ennemis  les  plus 
dangereux  des  Français  étaient  alors 
les  Suisses  ,  qu'enorgueillissaient  la 
victoire  de  Novare  et  le  traité  de 
Dijon  :  ils  se  considéraient  comme  les 
arbitres  de  tous  les  étals  auxquels 
ils  fournissaient  des  armées.  Quoi- 
qu'ils n'eussent  point  encore  montré  le 
désir  des  conquêtes,  l'amour  de  la 
gloire  devenait  chez  eux  une  passion 
farouche.  L'histoire  n'avait  encore  à 
leur  reprocher  qu'une  seule  perfidie. 
Une  de  leurs  armées  avait  indigne- 
ment Uvré  le  duc  de  Milan  ,  Ludovic 
Sforce  ,  qui  s'était  commis  à  leur  fui  : 
mais  les  Suisses  brûlaient  d'effacer  le 
souvenir  de  celte  lâcheté  de  quelque»- 


uns  de  leurs  coiupalriotes.  îls  avaïent 
jure  de  conservera  Maximilien  Sforce 
un  ducbc'  que  la  France  ne  cessait  de 
re'claracr  les  armes  à  la  main  ,  et  que 
rAulriche  couvrait  d'une  protection 
suspecte.  Ces  guerriers  avaient  alors 
pour  le  Saint-Siège  une  soumission 
sans  bornes.  Zwingle  n'avait  pas  en- 
core paru.  Le  cardinal  de  Sion,  dan- 
gereux prélat,  qui  servait  Rome  avec 
un  zèle  fanatique,  e'iait  le  seul  oracle 
qui  fût  alors  écoute  de  ces  hommes 
simples  et  fiers.  François  V'.  avait 
fait  presser  le  pape  Lëou  X  de  le  se- 
conder dans  son  projet  d'invasion  dû 
Milanez.  Il  avait  envoyé  vers  ce  pon- 
tife Guillaume  Budé ,  le  plus  illustre 
des  savants  français.  Ce  négociateur 
ne  fut  point  heureux.  Léon  X  le  trom- 
pa ,  et  préféra  l'alliance  de  l'empereur 
d'Allemagne  à  celle  du  roi  de  France. 
Mais  les  républiques  de  Venise  et  de 
Gènes  se  déclarèrent  pour  ce  dernier. 
François  l".  se  hâla  d'envoyer  dans 
l'Italie  une  armée  dont  l'Europe  sup- 
posait à  peine  l'existence.  Le  conné- 
table de  Bourbon  la  commandait.  Les 
maréchaux  de  Trivulce  et  de  Lapa- 
lice,  Lautrec  ,  Ghabanes  ,  La  Tre- 
mouille,  Navarre,  et  Bayard,  le  plus 
modeste  et  le  plus  parfait  des  cheva- 
liers, rivalisaient  d'ardeur  avec  Mont- 
morcnci,  Créqui,  Bonnivet ,  Cossé  et 
Claude  de  Guise  ,  qui ,  jeunes  encore  , 
regardaient  leur  gloire  comme  assurée 
sous  un  roi  belliqueux.  L'alliance  con- 
tractée avec  la  république  de  Gènes  , 
et  des  intelligences  méuagées  avec  le 
duc  de  Savoie,  cncle  de  François  l*^., 
offraient  de  grandes  facilités  pour  le 
passage  des  Alpes;  mais  les  Suisses 
s'étaient  emparés  de  la  crête  de  ces 
montagnes.  On  réussit  pourtant  à 
forcer  les  passages  (i}.  Prosper  Co- 


(i)  Quelques  historiens,  cités  par  Bayle  ,  ont 
écrit  que  ce  fut  en  cette  occasion  que  les  Français 
percèrent  dam  le  r«c  le  passage  du  Moot-Vis» 


lontia  rassemblait  ses  troupes  dans 
Villefranche.  Bayard  ,  Chabanes  , 
Montmorenci,  d'Aubigné,  conçoivent 
le  projet  de  l'y  surprendre.  A  la  tête 
d'une  poignée  de  soldats,  ils  passent 
le  P6,  se  pré.-entent  devant  la  ville  à 
midi,  enlèvent  successivement  lousies 
postes,  et  prennent  le  général  comme 
il  allait  se  mettre  à  table.  Cet  exploit 
est  suivi  de  la  conquête  d'une  partie  du 
Milanez.  Le  roi,  qui  apprend  à  Lyoa 
les  rapides  succès  de  son  avant- 
garde  ,  craint  que  ses  lieutenants  ne 
lui  enlèvent  toute  la'  gloire  de  cette 
conquête  ;  il  fait  diligence ,  et  passe 
facilement  les  Alpes  avec  son  corps 
d'armée.  Les  Suisses,  qui  restaient 
seuls  pour  la  défense  du  Milanez, 
semblent  découragés  en  voyant  tou- 
jours croître  l'ardeur  et  les  forces  des 
Français  ;  ils  offrent  de  traiter.  Fran- 
çois V.  fait  sans  hésiter  le  sacrifice  de 
sa  gloire  au  bonheur  de  ses  sujets, 
Lautrec  a  signé  un  traité  avec  les 
Suisses  :  mais  le  cardinal  de  Sion  est 
venu  ranimer  la  fureur  de  ses  compa- 
triotes. Il  leur  persuade  que  tout  est 
légitime,  puisqu'ils  combattent  pour 
les  intérêts  du  Saint-Siège  j  il  remplit 
toutes  les  âmes  de  sa  haine  contre  les 
Français.  Les  Suisses  sont  prêts  à 
soutenir  par  des  prodiges  do  bravoure 
la  trahison  la  plus  odieuse  (  i5  et  i4 
septembre  i5i5  ).  Ils  voient  l'armée 
française,  qui,  rangée  dans  la  plaine 
de  Marignan  ,  garde  négligemment  ses 
postes  j  ils  espèrent  lui  enlever  toute 
son  artillerie:  leur  nombre,  leur  con- 
tenance, étonnent  le  roi  •  il  demande 
ses  armes.  Les  Suisses  continuent  de 
s'avancer,  et  Tarniée  française  s'in- 
quiète. Le  connétable  de  Bourbon  a 


pour  pénétrer  en  Itali?.  Mais  il  paraît  que  celt« 
excavation  ,  connue  sous  le  nom  de  Tron  du  J^iso  ^ 
ou  2'raversette ,  lutcreuséeen  1480  par  Louis  1er., 
dixième  marquis  de  Saluées.  M.  Ladoucette  en  a 
donné  la  description  etThit^oire  dans  \t  Magoiin 
e/ujelop.  de  juin  i8n. 

3o.. 


4m  F  R  A 

fait  couvrir  son  artillerie  par  des  com- 
pagnies de  Jansqueticts.  Ceux-ci  re- 
culent au  premier  clioc  :  c'est  \e  roi 
Jui-même   qui  vient  les  rallier  avec 
deux  cents  hommes  d'armes;  il  perce 
un  bataillon  fort  de  quatre  raille  hom- 
mes; il  court  à  travers  leurs  rangs, 
qui  se  sont  rompus  :  il  les  force  à 
baisser  leurs  piques,  elà  crier  France, 
La  victoire  est  couiplcte  sur  ce  point  ; 
mais  ce  n'est  pas  le  seul  combat  qui 
se    livre  dans  celle  plaine:  les  difle- 
rentes  masses   de  l'infanterie   suisse 
soutiennent  avec  vigueur  le  choc  de 
nos  gendarmes,  de  nos  lansquenets, 
de  nos  bandes  noires.  Jamais  ils  ne 
sont  plus  terribles  que  lorsqu'ils  ont 
feint  d'ouvrir  leurs  rangs  ;  ils  savent 
bientôt  les  reformer,  et  alors  malheur 
à  ceux  qui  se  trouvent  enferme's  dans 
cette  forêt  de  piques.  L'approche  de 
Ja  nuit,  les  tourbillons  épais  de  pous- 
sière ajoutent  au  désordre  de  la  bataille, 
sans  en  ralentir  la  fureur.  Les  Suisses, 
comme  les  Français,  portaient l'ëchar- 
pe  blanche.  Le  roi  tombe  sur  un  corps 
de  six  mille  Suisses,  qu'il  a  pris  pour 
un    corps  de   lansquenets  français  : 
averti  du  danger,  il  fait  éteindre  le 
seul  flambeau  qui  le  guide.  Le  conné- 
table de   Bourbon  ,  par  un  prompt 
secours  ,  sauve  un  monarque  auquel  il 
devait  être  si  fatal.  Ce  nouveau  corps 
de  Suisses  est  forcé  de  reculer  :  Fran- 
çois P^  se  porte  alors  vers  son  artil- 
lerie, pour  laquelle  il  conçoit  beau- 
coup d'inquiétude;   mais   Bayard  et 
Louis  de  la  Trémouille  n'avaient  point 
quitté  ce  poste  :  toute  l'artillerie  était 
sauvée.  Enfui  les  feux  s'éteignent  par 
degré:  ce  n'est  point  la  nuit,  c'est 
l'extrême  lassitude  qui  a  interrompu 
le  combat.  Le  roi  dort  sur  l'affût  d'un 
canon.  On  vit  au  point   du  jour  un 
spectacle  étrange  :  comme  tous  les 
corps  suisses  et  français  étaient  con- 
fondus ,  les  deux  armées ,  après  une 


FRA 

trcrc  tacite,  viennent  reprendre  leurs 
rangs^  On  se  bat  avec  autant  de  fu- 
reur que  la  veille;  mais  il  faut  passer 
sur  des  monceaux  de  morts  pour  se 
joindre.  Bayard,  dans  la   mêlée ,  est 
emporté  par  un  cheval  fougueux  au 
travers  des  bataillons  suisses  :  il  com- 
bat, il  renverse  tout  ce  qui  s'oppose 
à  son  passage ,  saute  de  cheval ,  gagne 
une  vigne,  qui  lui  sert  de  retranche- 
ment ,  et  joint  à  pied  une  compagnie 
française  qui  marche  à  son  secours. 
Le  comte   de  Guise,  en  ralliant  les 
bander    noires  ,    reçut  vingt  -  deux 
blessures.  Enfin ,  après  cinq  heures 
de   combat ,  le    roi ,   le  connétable 
de  Bourbon ,    le  maréchal    de  Tri- 
vulce  ,  et  Montmorenci,  forcèrent  les 
Suisses  â  la  retraite  :  ceux-ci  la  condui- 
saient avec  ordre ,  lorsque  ,  le  troi- 
sième jour,  Alviano  ,  à    la   tête  de 
l'armée  vénitienne,  vint  tomber  sur 
leurs  derrières.  Le  roi  fit  tout  ce  qu'il 
put  pour  sauver  des  guerriers  égarés 
parleur  fanatisme.  A  force  de  généro- 
sité ,  il  contraignit  les  Suisses  de  de- 
venir ses  amis.  Depuis  lors  les  rois  de 
France  n'ont  jamais  eu  d'alliés  plus  fi- 
dèles. La  lettre  dans  laquelle  le  roi  ren- 
ditcompte  à  sa  mère  deL  bataille  de  Ma- 
rignan,  peut  être  considérée  comme  un 
des  monuments  de  notre  langue.  Dans 
celte  description  franche  ^   modeste, 
rapide  et  brillante ,  règne  une  fleur  de 
délicatesse  dont  nos  guerriers ,  et  sur- 
tout nos  rois, offraient  seuls  le  modèle 
à  l'Europe.  Le  roi  y  récompense  tous 
SCS  nobles  compagnons  par  des  mots 
du  cœur.    Lorsque,  le   soir  de    la 
troisième  journée,  Bayard  revint  au 
camp  ,   François  I".  se  jeta  dans  ses 
bras  ,  puis  mit   un   genou  en  terre, 
et  voulut  recevoir  de  lui  l'ordre  de  la 
chevilerie.   Le   Milanez  lut  conquis. 
Léon  X  fut  forcé  de  traiter  avec  le  roi 
de  France.  L'empereur  Maximiiicu  fit 
de  vains  efforts,  l'année  suivante,  pour 


FRA 

reconquérir  le  Milancz.  Le  coniie'table 
de  iJourbon  le  força  de  lever  ignomi- 
nieusement  le  siège  de  Milan.  Peu 
sûr  des  dispositions  de  son  armée  , 
Maximilien  l'abandonna.  Le  chagrin 
abrégea  ses  jours  (en  1 5 1  o  ).  L'empire 
devint  vacant.  Deux  principaux  com- 
pétiteurs se  pre'sentèrent.  C'étaient  les 
deux  rois  qui  devaient  signakr ,  pen- 
dant trente  ans,  leur  rivalité  ,  Charles- 
Quint  et  François  P*".  Charles  ,  déjà 
maître  des  Pays-Bas,  avait  été  ap- 
pelé  au  trône  de  l'Espagne  par  la 
mort  et  le  testament  de  Ferdiuand-le- 
Calholique.  Jaloux  de  la  gloire  du  roi 
de  France,  il  feignait  d'en  être  le  plus 
sincère  admirateur.  Il  lui  écrivait , 
non  comme  un  frère  à  son  frère,  selon 
l'étiquette  des  rois ,  mais  comme  un 
fils  à  son  père.  Quand  il  se  déclara  son 
compétiieur  pour  l'empire ,  ce  ftit  avec 
îes  formes  hypocrites  d'une  déférence 
filiale.  François  I*''^.  lui  répondit  avec 
une  délicatesse  et  une  franchise  qui 
étaient  dans  son  ame  :  a  Regardons- 
>»  nous  comme  deux  amis  qui  poursui- 
»  veut  les  faveurs  d'une  même  maî- 
»  tresse  ;  et  que  chacun  de  nous  pro- 
»  mette  de  respecter  les  droits  du  plus 
»  heureux.  »  Ce  fut  un  malheur  pour 
François  P'.,  dans  cette  lutte,  d'avoir 
acquis  assez  de  gloire  pour  faire  crain- 
dre son  ambition.  D'un  autre  coté ,  la 
vaste  puissance  de  Charles  effrayait 
les  électeurs.  Us  déférèrent  lacouroune 
à  Frédéric,  électeur  de  Saxe.  L'Eu- 
rope avait  donné  à  ce  prince  le  beau 
surnom  de  sage.   11  parut  le  justifier 
en  refusant  l'empire  ;  mais  sa  modé- 
ration fut  une  imprudence.il  crut  voir 
un  prince  pacifique  et  réservé  dans 
le  jeune  Charles ,  et  décida  les  suffra- 
ges de  la  diète  en  sa  faveur.  11  ne  pré- 
voyait pas  combien  le  nouvel  empe- 
reur se  montrerait  ennemi  de  l'indé- 
pendance de  l'Empire.  Quelque  scnsi- 
l>le  que  fût  F'rançois  i^",  au  çhiigriu 


FRA  4G9 

de  n'avoir  point  obtenu  un  titre  qui 
eût  un  peu  rappelé  la  puissance  de 
Charlemagne ,    il    avait ,  pour    s'en 
distraire  ,  trois  ressources  qui  le  sui- 
vaient toujours  ;  l'amotlr  ,   les  plai^ 
sirs  et  les  lettres.    Henri  VIII,  qui 
avait    aussi    brigué    l'empire  ,    vint 
irriter ,  par  son  ressentiment ,  le  dé  - 
pit  de  François  l".  Les  deux  rois  se 
virent  auprès  de  Guines  ;  et  leur  en- 
trevue fut  accompagnée  de  tant  de 
magnificence  ,  qu'elle   fut  désignée 
sous  le  nom  du  camp  du  Drap  d'or. 
François  I".  y  fit  briller  une  gaîté  qui 
ressemblait  à  l'étourderie.  Il  vint  un 
jour  surprendre  Henri  VÏÏI  au  lit  , 
comme  pour  le  faire  son  prisonnier. 
Le  roi  d'Angleterre  prit  gaîment  cette 
plaisanterie,  et  se  rendit  de  bonne 
grâce.  11  lui  présenta  en  même  temps 
un  collier  précieux  :  a  Portez-le aujour- 
»  d'hui ,  ajouta-t-il ,  pour  l'amonr  de 
»  votre  prisonnier.  î)  Le  roi  le  prit,  et 
lui  donna  un  bracelet  qui  valait  le 
double.  Comme  Henri  Vllï  voulait  se 
lever  :  «  Mon  frère,  lui  dit  François 
»  P^.  ,  vous  n'aurez   point  aujour- 
»  d'hui  d'autre  valet-de-chambre  que 
»  moi.  »  Mille  autres  jeux  remplirent 
cette  entrevue.  Mais  une  guerre  sé- 
rieuse se  préparait.  Cliarles-Quint  fair 
sait  attaquer  le  duc  de  Bouillon  pour 
engager  des  hostilités  contre  la  France, 
Ce  ful-là  le  prétexte  et  le  commen- 
cement de  la  guerre  de  i52i,  qui 
changea  la  fortune  de  François  P*".  Ce- 
peudant  le  début  de  cette  guerre  fut 
heureux  pour  la    France.    Les    im- 
périaux   assiégeaient   Mézières    avec 
55,000  hommes;  et  cette  ville,  mal 
fortifiée,  mal  pourvue  de  vivres  et  de 
munitions ,  allait  leur  ouvrir  la  Cham- 
pagne :  mais  elle  avait  pour  gouver- 
neur le  chevalier  sans  peur  et  sans 
reproche.  Tout  ce  que  fit  Bayard  pour 
la  défense  de  Mézières  doit  être  iu  dans 
la  vie  de  ce  héros.  Le  salut  de  tcit? 


470  FRA 

ville  fut  celui  de  ia  France.  Mais  les 
Français ,  lannce  suivante , expièrent, 
en  Italie,  les  fautes  d'une  adrainislra- 
tion  vicieuse  et  plus  dure  qu'on  ne 
devait  Taltendre  des  lieutenants  de 
François  T'".  L'histoire  n'a  pu  encore 
bien  cclaircir  ce  qui  contribua  le  plus 
à  la  perte  du  Milanez,  ou  des  exces- 
sives rigueurs  de  Lautrec ,  gouverneur 
de  cette  province  ,  ou  de  la  coupable 
prodigalité  de  la  mère  du  roi ,  qui  dis- 
sipa des  fonds  réservés  pour  Tarraée 
d'Italie.  Ce  monarque  fut  aveugle  sur 
les  torts  de  l'un  et  de  l'autre.  Il  aimait 
la  comtesse  de  Cliâteaubriant ,  sœur 
de  fjautrec  :  mais  sa  tendresse  pour 
sa  mère  l'entraîna  dans  de  bien  plus 
grandes  fautes.  Si  Lautrec  perdit  le 
Milanez  ,  ce  ne  fut  qu'après  dos  com- 
bats obstinés.  Il  accusa  la  duchesse 
d'Angoulême.  Cel'ie-ci  eut  la  lâche 
cruauté  de  faire  tomber  sur  un  habile 
et  intègre  surintendant  des  finances , 
la  peine  de  ses  propres  concussions  : 
elle  accusa  Semblançai  du  retard  ap- 
porté à  l'envoi  d'une  somme  de 
4  00,000  écus  qui  aurait  sauvé  la  con- 
quête du  roi.  François  P^ ,  trompé  par 
sa  mère,  fît  juger  Semblançai  par  une 
commission  ;  et  ce  règne  si  doux  fut 
souillé  par  le  supplice  d'un  ministre 
intègre,  d'un  vieillard  vertueux.  Fran- 
çois I^^^.  fut  bientôt  engagé  dans  une 
faute  plus  funeste ,  par  son  excessive 
déférence  pour  sa  mère.  La  duchesse 
d'Angoulême  aimait  le  connétable  de 
Bourbon  avec  un  empoi  tement  que 
son  âge  rend  iit  ridicule.  Ce  prince , 
enorgueilli  delà  victoire  de  Marignan , 
cessa  d'encourager  une  passion  qu'il 
.avait  d'abord  jugée  utile  à  sa  fortune. 
La  duchesSe  d'Angoulême  se  vengea 
de  ses  mépris ,  en  lui  faisant  ôler,  dans 
deux  campagnes,  le  commandement 
de  l'armée.  Elle  ne  voulait  que  l'éprou- 
ver par  cette  persécution  sourde.  Il 
s'irrita ,  et  répondit  par  la  haine  à  un 


FRA 

dépit  tracassier.  Il  devint  veuf:  la  du- 
chesse d'Angoulême  ,  abjurant  sa  feinte 
inimitié  ,  lui  fit  offrir  sa  main.  Fran- 
çois l".  sollicita  le  connétable  de  con- 
sentir à  cette  union.  Ce  dernier  ,  que 
le  roi  avait  trop  justement  nommé  le 
prince  mal- endurant,  mêla  l'expres- 
sion du  mépris  à  son  refus.  La  duchesse 
d'Angoulême  se  livra  tonte  à  la  ven- 
geance. Après  avoir  fait  perdre  au 
connétable  la  confiance  du  roi ,  elle 
l'attaqua  dans  sa  foi  tune  par  un  procès 
injuste,  intimida  on  suborna  les  juges, 
et  le  fît  dépouiller  d'une  grande  partie 
de  ses  domaines.  Charles-Quint  mit  à 
profit  le  ressentiment  du  connétable. 
Bourbon  devint ,  en  un  instant,  l'en- 
nemi de  sa  patrie  et  de  son  roi.  Fran- 
çois P^  ,  instruit  des  intelligences 
qu'entretenait  Bourbon  avec  Charles- 
Quint  ,  refusa  d'y  croire.  Un  guerrier 
renommé  jusque-là  par  sa  franchise 
recourut  à  ce  que  le  mensonge  a  de 
plus  vil ,  pour  se  mettre  à  l'abri  de 
tout  ombrage.  Bourbon  (en  iS'iS), 
après  avoir  en  vain  cherché  à  soulever 
plusieurs  provinces,  fut  réduit  à  pren- 
die  la  fuite,  et  abandonna  dix-neuf  de 
ses  complices  à  la  colère  du  roi.  On  ins- 
truisit leur  procès  et  celui  de  leur  chef. 
Un  seul  d'entre  eux  ,  Saint-Vallier , 
fut  condamné  à  mort  :  mais  ,  comme  il 
allait  poser  sa  tête  sur  le  billot ,  on 
entendit  crier  grâce,  et  le  peuple  ad- 
mira la  clémence  du  roi.  S.iint-Vallicr 
était  le  père  de  la  célèbre  Diane  de 
Poitiers,  déjà  mariée  au  sénéchal  de 
Noimandie.  Il  est  faux  de  dire  qu'elle 
acheta  la  grâce  de  son  père,  en  se  li- 
vrant auxdcsirsdu  roi.  François  I*'^, 
dans  ses  amours ,  oubliait  les  devoirs 
de  iVpoux ,  mais  non  l'honneur  dn 
chcvalur.  Déjà  Bourbon  commandait 
en  Italie  les  armées  impériales;  et  le 
roi  ne  lui  opposait  que  le  plus  pré- 
somptueux de  ses  favoris  ,  l'amiral 
Bonnivet.  Kavard  était  sous  les  01  dres 


F  II  A 

d'un  gênerai  qui  aurait  dû  se  présenter 
comme  son  modeste  élève.  Bonnivet , 
soit  par  imprudence,  soit  par  perfidie, 
n'envoya  point  à  Bavard  les  secours 
que  celui-ci  réclamait.  Le  chevalier, 
malgré  toute  sa  vigilance,  fut  attaqué 
de  nuit  au  village  de  Bcbec.  11  y  perdit 
une  partie  de  sa  petite  troupe;  et 
quoiqu'il  eût  sauvé  le  reste  avec  autant 
d'intelligence  que  d'intrépidité,  il  crut 
avoir  essuyé  le  premier  affront  de  sa 
vie.  11  voulait  demander  raison  àrarai- 
1  al ,  et  déjà  il  lui  avait  envoyé  un  défi  : 
mais  quand  il  voit  de  quel  désastre 
l'armée  française  est  menacée  par  les 
mauvaises  dispositions  du  général ,  il 
ne  songe  plus  qu'au  salut  de  l'armée. 
On  battait  en  retraite.  Les  Français  , 
arrivés  sur  les  bords  de  la  Sesia  ,  sont 
attaqués  par  les  impériaux.  Bonnivet 
croit  qu'il  suffit  de  sa  bravoure  pour 
réparer  ses  fautes.  Dès  le  commen- 
cement de  l'action ,  il  est  grièvement 
blesse.  C'est  Bayard  qu'il  fait  appeler; 
il  lui  confie  le  sort  de  l'armée  :  «  Il  est 
»  bien  tard  ,  lui  répondit  le  généreux 
»  chevalier  ;  mais  n'importe  :  mon 
»  a  me  est  à  Dieu  et  rtia  vie  à  l'état.  Je 
»  sauverai  l'armée  aux  dépens  de 
»  mes  jours.»  11  s'élance,  rétablit  le 
combat  :  bientôt  il  est  atteint  d'un 
coup  mortel.  Mais  ne  nous  laissons 
pas  trop  entraîner  à  l'intérêt  de  cet 
admirable  épisode  du  règne  de  Fran- 
çois P'.  ;  et  laissons  nos  lecteurs  se 
rappeler  et  redire  la  réponse  de  Bayard 
mourant  au  connétable  armé  contre 
son  roi.  {Voy.  Bayard.)  Bourbon 
n'oublia  que  trop  tôt  l'impression  qu'a- 
vaient produite  sur  son  ame  les  nobles 
reproches  du  plus  digne  chevalier.  Les 
Français  avaient  encore  une  fois  aban- 
donné l'Italie.  Bourbon  se  précipite 
avec  fureur  sur  la  Provence,  en  comp- 
tant sur  des  rebellions  que  ses  intri- 
gues avaient  déjà  ménagées  ;  mais  nul 
Français  ne  vient  se  joindre  au  trans- 


FRÂ  4:i 

fuge.  La  facilité  avec  laquelle  il  avait 
soumis  les  villes  d'Aix  et  de  Toulon , 
lui  faisait  espérer  d'entrer  sans  peine 
dans  Marseille.  Les  habitants  lui  op- 
posent une  résistance  que  soulient 
leur  indignation.  Les  dames  surtout 
se  montrent  d'une  activité  infatigable 
pour  le  salut  de  la  ville;  une  tranchée , 
ouvrage  de  leur  main  ,  fut  nommée  la 
tranchée  des  dames.  Le  roi  arrivait 
au  secours  de  Marseille  :  Bourbon 
est  obligé  d'en  lever  le  siège.  Fran- 
çois P'".  crut  voir  dans  ce  succès  un 
retour  de  la  fortune  :  il  passe  les  Alpes , 
rentre  dans  le  Milanez.  Déjà  il  est  aux 
portes  de  la  capitale.  Milan  ,  qui  était 
en  proie  au  fléau  de  la  peste  ,  ne  l'ar- 
rête que  peu  de  jours.  Qu'il  soumette 
encore  Pavie  et  Lodi ,  il  sera  enfin 
assuré  d'une  conquête  à  laquelle  il 
croit  follement  son  honneur  engagé  :  il 
marche  vers  la  première  de  ces  villes; 
il  l'assiège  :  mais  Antoine  de  Lève  y 
commande.  Son  habile  et  longue  ré- 
sistance a  laissé ,  au  connétable  de 
Bourbon ,  le  temps  de  réparer  les 
pertes  de  son  armée,  et  de  recevoir  de 
puissants  secours.  Le  connétable  arri- 
ve; il  va  fondre  sur  l'armée  française. 
Les  vieuxgénéraux  conjurent  le  roi  d'a- 
bandonner le  siège  de  Pavie  Mais  Bon- 
nivet et  Montmorenci  flattent  son  ar* 
deur  guerrière.  On  s'est  déterminé  au 
parti  imprudentde marcher  au-devant 
de  l'armée  impériale.  Dès  la  nuit,  la 
bataille  s'engage.  Au  point  du  jour,  il 
y  a  déjà  tant  de  désordre  dans  les 
rangs  de  l'armée  française ,  que  le  roi 
ne  voit  plus  de  salut  que  dans  un 
coup  de  désespoir  (  7.4  février  1 525  ). 
Il  se  place  au  corps  de  bataille ,  ap- 
pelle sur  lui  les  regards  de  tous  les 
siens  et  de  tous  les  ennemis  ,  par 
un  casque  orné  de  longs  panaches. 
Rien  ne  peut  le  retirer  du  fort  de  la 
mêlée.  Il  tue  de  sa  main  plusieurs  com- 
battants, et  met  en  fuite  les  Italiens 


47'i  FRA 

qui  lui  sont  opposés.  Mais  à  quoi  lient 
la  cli.incc  des  combats!   La   foiiîe  de 
lîCios  qui  entourent  le  roi ,  se  voit  ar- 
rêle'e  dans  ses  progrès  par  une  troupe 
irrëgulière  et  pei»  nombreuse  ,  qui  ne 
sait  que  s'avancer ,  fuir  ,  revenir  à 
la  charge  et  fuir  encore.  C'étaient  des 
arquebusiers  basques  ,  tireurs  adroits, 
qui  visiuent  à  la  tête  et  au  cœur  des 
olïi'ùers  les  plus  distingués ,   et  les 
atteignaient  presque  toujours.  Chaque 
Lalle  enlève  au  roi  l'un  des  appui-,  de 
son  trône.  On  se  presse  au-devant  de 
lui,  à  mesure  que  le  péril  redouble. 
Le  duc  d'Aieiiçon  seul  oublie  son  roi 
et  l'honneur.  Chargé  du  commande- 
ment de  l'aile  gauche  de  l'armée ,  il 
la  fait  replier  précipitamment.  Bour- 
bon s'avance  avec  un  corps  de  ré- 
serve ,  pour  envelopper  le  roi  :  deux 
lieros  ,  La  Tremouille  et  le  mareVhal 
de   Foix  sont  frappés  à  mort.  Les 
rangs  s'éclaircissent;  la  puissante  gen- 
darmerie des  Franc  lis  est  ro»npue  en 
six  endroits.  Bi)nnivet ,  à  qui  l'ai  mée 
toute  entière  reproche  son  désastre, 
veut  du  moins  mourir  avant  son  roi , 
3'il  ne  peut  plus  le  sauver.  Il  s'avance 
en  tendant  la  gorge  à  toutes  les  épées , 
à  toutes  les  piques,  et  meurt  percé  de 
plusieurs  coups.  Le  roi,  lui  seul,  paraît 
9voir  conserve'  la  force  de  comb  ittre 
et  de  terrasser  des  ennemis.  Il  venait 
d'en  faire  tomber  six  sous  ses  coups , 
lorsque  son  cheval ,  atteint  d'une  b  ille, 
le  renverse.  Déjà  il  avait  reçu  deux 
blessures.  Il  combat  encore  à  pied  : 
mille  voix  lui  crient  de  se  rendre.  Il 
voit  venir  à  lui  Pompéran ,  le  seul 
gentilhomme  qui  eût  saivi  le  conné- 
table de  Bourbon  dans  sa  fuite.  Ce 
transfuge   se  jette  à  ses  pieds ,  et  le 
conjure  de  se  rendre  au  duc  d?  Bour- 
bon. Le  roi,  à  ce  nom  ,  sent  ranimer 
toute  sa  fureur ,  et  proteste  qu'il  mourra 
plurôt  que  de  se  rendre  à  un  traître.  Il 
§cma  ndc  Launoy  et  |^|  rcmtit  sou  éf  ée. 


FRA 

Lannoy  la  reçut  à  genoux,  et  lui  donna 
la  sienne.  Au  sortir  de  cette  baiaiile, 
François  ^^  écrivit  à  sa  mère  une 
lettre  non  moins  admirable  que  celle 
où  il  avait  raconlé  la  victoiie  de  Mari- 
gnan  ;  e!le  ne  contenait  que  ces  mots: 
Madame,  tout  est  perdu ,  fors  l'hou' 
neur.  Lannoy  ,  vice-roi  de  Naples  , 
montra  beaucoup  d'égard  pour  son 
auguste  prisonnier;  Charles-Quint  n'i- 
mita point  la  générosité  de  son  lieu- 
tenant :  ii  fit  iransportcr  le  roi  à  Ma- 
drid ,  et  le  fit  surveiller  avec  rigueur 
dans   un   appartement  incommode  ; 
eiifiu  il  ne  lui  montra  plus  d'autre 
perspective  que  celle  de  se  dépouiller 
et  de  s'avilir  ,  ou  de  finir  ses  jours 
dans  la  captivité.  Voici  à  quel  prix 
il  mettait  la  rançon  du  roi  :  la  ces- 
sion de  la  Bourgogne  ,  la  renoncia- 
tion à  toute  suzeraineté  sur  la  Flaf»- 
dre  ,  et,  pour  comble  d'ignominie  ,  la 
réintégration  du  parjure  connétable 
dans  ses  biens  et  dans  son  rang.  Fran- 
çois l''"'.  rejeta  ces  propositions  avec 
fierté.   Charle»  -  Quint  le   tourmenta 
dans  sa  prison  par  de  nouveaux  rafi- 
nements  de  cruauté.  Le  malheureux 
roi  parut  près   de  succomber  à  ses 
chagrins.  Consumé  de  langueur  ,  il  se 
refusait  à  toute  diversion.  Charlescrai- 
gnit  de  peidrela  rançon  qu'il  convoi- 
tait. L'inléiêt  le  fit  recourir  à  de  tar- 
dives apparences  d'humanité.  Il  visita 
enfin   François  L  ^  dans  sa  prison. 
Celui-ci,  en  le  voyant  mirer,  s'écria 
douloureusement:  «  Ven<z- vous  voir 
»  mourir  votre  prisonnier?  »  — a  Je 
»  viens  ,  lui  repondit  Charles  ,  pour 
»  aider  mon  frère  et  mon  ami  à  re- 
»  couvrer  la  liberté.  »  M.iis  il  soutint 
mal,  dans  la  suite  de  la  conférence, 
ce  ton  de  générosité.  Henrcusemi'nl 
Taimable  Marguerite, fluihe>se  d'Alen- 
çon  ,    et  depuis   reine  de   Navarre  , 
s'était  rendue  à  Madrid  pour  consoler 
son  frère.  Elle  obtint  d'entier  dans 


FRA 

sa  prison ,  et  le  sauva  de  son  deses- 
poir. On  croit  qu'elle  habitua  leïoi 
à    une   idée   qui    lui    avait    d'abord 
inspire'  le  comble  de  l'horreur,  celle 
de  faire ,  comme  prisonnier  ,  des  pro- 
messes qu'il  ne  tiendrait  pas  comme 
xoi.  La  France  avait  craint ,  un  mo- 
ment ,  de  voir  renaître  tous  les  dé- 
sastres qui  suivirent  la  captivité  du 
roi  Jean  ^  mais  le  peuple  fut  sauvé  de 
l'anarchie  par  son  amour  pour  un  roi 
malheureux.  La   duchesse  d'Angou- 
Jeme  ,  régente  du  royaume,  tint  les 
ïêncs  du  gouvernement  avec  adresse 
et  fermeté.  Guif»e  et  Monlmorenci  la 
secondèrent  par  leur  courage.  Les  par- 
lements ,  quoique  François  V^.   eût 
réprimé  leur  orgueil  ^  montrèrent  une 
honorable  fidélité.  On  apprit  en  Fran- 
ce ,  avec  un  inexprimable  mélange 
de  joie   et   de  douleur  ,  que  Fran- 
çois F"",  avait  recouvré  la  liberté  en 
souscrivant^  par  le  traité  de  Madrid, 
aux  dures  conditions  imposées   par 
son    vainqueur.    11   ne    céda   point 
cette  fois  à  sa  loyauté.   La  manière 
dont  il  s'écria ,  a  Je  suis  encore  roi  !  » 
lorsqu'il  mit  le  pied  sur  le  territoire 
de  France,  annonça  qu'il  se  croyait 
dégagé  d'un  serinent  imposé  par  un 
cruel  abus  de  la  victoire.  Si  ce  fut  un 
pirjnre,  tous  les  Français  furent  ses 
complices.  Bientôt  le   calme  renaît, 
l'alégressc  éclate,  l'ordre  est  rétabli 
dans  les  finances.  On  veut  racheter,  à 
prix  d'or,  les  deux  enfants  du  roi,  qu'il 
a  été  obligé  de  laisser  en  otage  ;  les 
nobles  et  les  bourgeois  se  cotisent. 
Dfjà  deux  millions  sont  offerts  :  on 
s'aime,  on  ne  respire  plus  que  guerre 
et  que  vengeanco.  Le  malheur  a  crée' 
au-dehors  de  nouveaux  amis  à  Fran- 
çofs  I^*".  Le  nombre  en  est  surtout 
augmenté  par  Ips  craintes  qu'inspirent 
les  projets  ambitieux  deCh  iiIes-Quint. 
Henri  VI 11  a  déjà  fait  éclater  sa  ja- 
busie  contre  l'empereur.  Presque  tous 


FRA  475 

les  étals  d'Italie  ont  formé  une  ligue 
tardive,  pour  assurer  ou  recouvrer 
leur   indépendance.   On   voit  entrer 
dans  cette  ligue  le  jeune  Sforce,  héri- 
tier du  duché  de  Milan,  dont  Charles- 
Quint  vainqueur  a  bientôt  méconnu 
les  droits.  Léon  X  avait  terminé  son 
règne  brillant,  mais  agité;  un  autre 
Médicis,  Clément  VII  ,  occupait  le 
trône  pontifical.  Pressé  par  les  armes 
de  l'empereur ,  outragé  p.ir  des  de- 
mandes impérieuses  ,  il  cède  à  sa  co- 
lère ,  et  compte  sur  ses  nouveaux  al- 
liés ,  les  rois  de  France  et  d'Angle- 
terre :  mais  c'est  sur  lui  que  va  tom- 
ber l'orage.  Des  cardinaux  et  des  prin- 
ces ,  ses  sujets  et  ses  voi>,ins ,  n'ont 
flatte  ses  projets  que  pour  les  dénon- 
cer à  Charles-Quint.  Clément  VII  se 
trouble,  négocie;  mais  il  voit  arriver 
contre  lui  la  plus  vile  et  la  plus  épou- 
vantable armée  de  l'Europe  :  c'étaient 
des  brigands  sortis  depuis  plusieurs 
années  de  l'Allemagne;  vieux  merce- 
naires ,  sans  patrie  et  sans  religion. 
Les  nouveautés  religieuses  qui  déjà, de- 
puis dix  ans,  déchiraient  rÀllemagne, 
avaient  laissé  duis  le  cœur  de  ces  sol- 
dats une  profonde  horreur  pour  le 
pape.  Le  connétable  de  Bourbon  esta 
leur  tête,  et  ne  ressemble  que  trop 
à  ces  cruels  aventuriers.  Depuis  plu- 
sieurs jours,  ils  lui  demandaient  leur 
solde  avec  des  cris  séditieux;  il  les 
mène,  pour  les  apaiser ,  au  siège  de 
Rome.  Il  monte  à  l'assaut ,  le  6  mai 
i527  ,  est  tué  sur  la  brèche;  mais  ses 
soldats  poursuivent  une  victoire  facile- 
Rome  est  emportée,  inondée  de  sang, 
et  sacc.igée.  L'Europe  voit  avec  hor- 
reur des  cruautés  qui  ég  dent  celles  des 
plus   barbares  conquérants  de  l'em- 
pire romain.  Le  pape  est  prisonnier  : 
Charles-Quint  abuse  encore  une  fois 
de  sa  fortune.  Ses  respects  hypocrites 
pour  le  saint  pontife,  qu'il  tient  dans 
les  fers ,  excitent  une  indignation  gé- 


47  i  FRA 

iierale  :  mais  on  le  redoute.  Laulrec  a 
reparu  en  Italie;  et,  celte  fois,  les 
Français  y  sont  accueiliis  en  libéra- 
teurs. André  Doria  lui  prête  tout  l'ap- 
pui de  la  république  de  Gènes  sa 
patrie,  de  ses  talents  et  de  son  grand 
caractère.  Le  Milauez  est  reconquis  ; 
le  pape  a  recouvré  sa  liberlc.  Lelléau 
de  la  peste  a  vengé  la  chrétienté  des 
trente  mille  brigands  qui  ont  saccagé 
la  capitale.  Lautrecn'a  plus  àsubjiiguer 
que  le  royaume  de  Naples:  il  marche 
de  succès  en  succès.  Naples  est  assié- 
gée ;  mais  la  peste  a  passé  d'un  camp 
clans  un  autre  :  ce  sont  les  Français 
qui  en  sont  atteints.  Lautrec  a  l'im- 
prudence de  se  brouiller  avec  André 
Doria.  Gènes,  par  les  conseils  de  ce 
dernier ,  donne  l'exemple  de  la  défec- 
tion à  d'autres  états  d'Italie.  Lautrec 
meurt  ;  et  l'armée  française  est  pres- 
que entièrement  anéantie,  sans  avoir 
été  vaincue.  La  guerre  continue ,  mais 
plus  languissamment.  François  P'.  et 
Charles-Quint  qui  s'élaienl  bravés  par 
de  grossières  invectives,  et  par  des 
cartels  auxquels  ni  l'un  ni  l'autre  ne 
Toulait  donner  de  suites  sérieuses  , 
ont  scnli  le  besoin  de  traiter  de  la 
paix  :  elle  se  conclut  dans  la  ville  de 
Cambrai,  au  commencement  de  l'an- 
née 1 5'ig.  Les  deux  enfants  du  roi 
furent  rachetés  pour  la  spmrae  de 
1 ,200,000  écus.  François  P"".  renonça 
a  ses  prétentions  sur  le  Mi'.anez,  et  il 
épousa  Fléonore,  sœurde  l'empereur. 
Le  bruit  des  armes  cessa  pour  quel- 
que temps  en  Europe.  François  I*^. 
se  donna  tout  entier  à  un  projet  que 
les  guerres  n'avaient  pas  tout-à-fait 
interrompu,  celui  de  faire  fleurir  l'in- 
dustrie, le  commerce  et  les  lettres.  Le 
connétable  de  Montmorenci  rétablis- 
sait un  ordre  sévère  dans  les  finances. 
Les  fètcs  données  par  François  1""., 
plus  élégantes  que  somptueuses,  of- 
fraient les  plus  brillautes  images  de  la 


FRA 
chevalerie.  Ses  loisirs  étaient  stu- 
dieux. Les  heures  de  ses  repas  n'étaient 
pas  perdues  pour  de  savants  entre- 
tiens. Sa  curiosité  presque  universelle 
lui  donnait  une  instruction  extrême- 
ment variée.  Il  achetait  des  tableaux 
précieux,  les  proposait  en  modèle 
aux  artistes  français  ,  faisait  venir  à 
grands  frais  des  manuscrils  de  l'Italie 
et  de  la  Grèce  ,  consultait  sans  cesse 
Budé,  Lascaris,  entretenait  un  aima- 
ble commerce  de  lettres  avec  Érasme 
et  cherchait  à  l'attirer  en  France,  visi- 
tait dans  leurs  ateliers  le  Primatice , 
Léonard  de  Vinci,  excitait  l'émulation 
des  statuaires  français,  qui  déjà  pro- 
duisaient des  chefs-d'œuvre.  Le  pre- 
mier ,  il  fit  cultiver  en  France  la 
physique ,  la  botanique  et  différentes 
autres  parties  de  l'histoire  naturelle. 
11  s'égayait  avec  Clément  Marot,  et 
quelquefois  imitait  la  grâce  naïve  et  pi- 
quante de  ses  poésies;  il  s'amusait  des 
bouffonneries  satiriques  du  curé  de 
Meudon,  et  lui  pardonnait  beaucoup 
de  cynisme  mêlé  avec  quelques  véri- 
tés hardies.  11  commerçait  le  Louvre, 
et  bâtissait  les  châteaux  de  Fontaine- 
bleau, de  Chambord  ,  et  celui  de  Ma- 
drid, nom  qui  annonce  combien  p(u 
ce  monarque  craignait  le  souvenir  de 
ses  adversités.  Ses  soins  les  plus  ac- 
tifs se  dirigeaient  vers  l'éducation.  Ce 
fut  par  lui  que  fleurit  pour  la  ])remièrc 
fois,  en  France,  l'étude  de  la  langue 
grecque.  Il  fonda  le  Collège  -  Royal. 
Sa  sœur,  la  reine  de  Navarre,  aupa« 
ravant  duchesse  d'Alençon,  et  les 
frères  Du  Jiellay,  signalés  par  leurs 
connaissances  littéraires  autant  que 
par  leur  amour  pour  le  roi ,  lui  for- 
maient un  conseil  de  littérature,  au- 
quel étaient  souvent  admis  de  sa^es 
jurisconsultes,  de  savants  médeciiis 
et  même  d'habiles  imprimeurs.  Il  n'y 
avait  point  en  Europe  de  cour  plus 
gaie  que  celle  où  on  &c  hvrait  à  ces 


FRA 

docte?  travaux.  Le  roi,  toujours  La- 
bile  à  maintenir  la  dignité  au  milieu 
des  plaisirs,  encourageait  les  plus 
gais  passetemps ,  et,  comme  sa  sœur , 
fournissait  le  modèle  des  bons  contes 
f  t  des  bons  mots.  François  P^ ,  pen- 
dant sa  prison  de  Madrid ,  avait  perdu 
la  comtesse  de  Cliâteaubriant,  l'objet 
de  ses  plus  tendres  amours.  L'opinion 
dequeiques  historiens  est  qu'elle  mou' 
rut  victime  de  la  jalousie  féroce  de 
.son  mari.  Le  roi  la  regretta  vive- 
ment. Anne  de  Pisseleu,  qu'il  nomma 
duchesse  d'Et.tmpes,  succéda  au  crédit 
de  la  duchesse  de  Châteaubriant,  mais 
sans  lui  inspirer  un  amour  aussi  pas- 
sionné. Ses  intrigues  et  son  avidité 
l'en  rendaient  peu  digne.  Jamais  il  ne 
fit  un  reproche  à  sa  mère ,  qui  avait 
causé  tous  les  malheurs  de  son  règne  : 
il  donna  les  regrets  les  plus  sincères 
à  sa  mort.  La  politique  un  peu  ver- 
satile de  Frat  cois  1".  lui  avait  fait 
rechercher  l'alliance  des  Médicis  , 
dont  il  avait  eu  souvent  à  se  plaindre  : 
il  avait  marié  Ht  nri ,  son  second  fils, 
à  Catherinede  Médicis,  nièce  du  pape 
Clément  VIL  Jamais  aucun  mariage, 
si  l'on  exceple  celui  d^lsabeau  de  Ba- 
vière, ne  fut  plus  fatal  à  la  France; 
mais  ce  ne  fut  ni  vSons  ce  règne  ,  ci 
sous  le  suivant ,  que  Catherine  de  Mé- 
dicis fil  connaître  les  inconséquences  , 
les  odieux  rafineraents  et  les  crimes  de 
sa  politique.  Heureux  ce  monarque,  si 
lien  n'avait  pu  le  distraire  des  travaux 
pacifiques,  qui  lui  firent  obtenir  le 
surnom  de  père  des  belles  -  lettres. 
Mais  Charles-Quint  annonçait  une 
grande  expédition  en  Afrique  :  Fran- 
çois I".  ne  put  résister  au  désir  de 
profiter  de  l'absence  de  son  heureux 
rival,  pour  renouveler  ses  préten- 
tions sur  le  Milancz.  François  Slorce 
y  avait  été  rétabli  par  le  traité  de 
Cambrai;  il  avait  fait  décapiter,  sous 
prétexte  de  meurtre,  uu  agent  de  la 


FRA  4;5 

France.  François  F*",  ressentit  vive- 
ment cet  attentat.  Le  duc  de  S  «voie 
voulut  arrêter  l'invasion  des  Fran- 
çais ;  sa  résistance  lui  coûta  la  perte 
de  la  plus  grande  partie  de  ses  états. 
François  Sforce,  en  voyant  les  Fran- 
çais déjà  maîtres  du  Piémont ,  est 
frappé  de  terreur  et  meurt  subitement. 
Tout  semble  réussir  à  François  1"^; 
mais  Charles-Quint  est  déjà  revenu 
vainqueur  de  son  expédition  d'Afri- 
que. Toute  l'Eiuope  retentit  de  sa 
gloire  :  l'Italie  tremblante  se  range  de 
nouveau  sous  ses  lois.  Fier  du  succès 
de  ses  armes ,  il  veut  se  montrer  en 
conquérant;  et  c'est  la  Fiance  qu'il 
menace.  Cinquante  mille  hommes  en- 
trent, sous  sa  conduite,  dans  la  Pro- 
vence (en  i556)  :  le  connétable  Anne 
de  Montmorenci  est  chargé  de  repous- 
ser cette  invasion.  L'extrême  danger 
le  fait  recourir  à  un  remède  extrême. 
Il  sait  que  Charîes-Quint  a  mal  assuré 
ses  approvisionnemens,  avant  d'entrer 
dans  une  province  qui  fournit  à  peine 
au  tiers  de  sa  propre  subsistance. 
Montmorenci,  le  plus  sévère  de  tous 
les  guerriers  et  de  tous  les  Français , 
n'hésite  pas  à  sacrifier  une  province 
au  salut  de  la  France  :  châteaux,  fer- 
mes et  moulins ,  il  livre  tout  aux 
flammes,  se  retranche  avec  mille  pré- 
cautions derrière  ce  pays  dévasté, 
pousse  des  partis ,  enlève  des  convois, 
surprend  des  postes.  L'armée  de 
Charles-Quint  est  livrée  à  toutes  les 
horreurs  de  la  famine  ;  il  lève  le  siège 
de  Marseille,  parce  qu'il  ne  lui  reste 
plus  assrz  de  combattants  pour  le 
continuer,  et  repasse  les  Alpes,  plus 
poursuivi  encore  par  la  faim  que  par 
les  Français.  François  F"",  respirait; 
mais  la  fortune  lui  réservait  un  nou- 
veau malheur  ,  et  jamais  aucun  évé- 
nement de  sa  vie  ne  porta  plus  de 
trouble  dans  son  ame.  Cet  événement 
fiit  la  mort  du  dauphin  François , 


in6  FRA 

Jeune  prince  qui  paraissait  destiné  à 
retracer  le  caractère  magnanime  et  à 
éviter  les  fautes  de  son  père.  On  crut 
qu'il  avait  ële'  empoisonné  par  Mon- 
tecuculli  son  échanson  :  cet  Italien  fut 
arrêté.  La  violence  des  tortures  lui 
arracha  des  déclarations  qui,  suivant 
le  témoignage  des  meilleurs  historiens, 
ne  peuvent  être  regardées  comme  des 
preuves  manifestes  de  son  crime. 
François  V'. ,  entraîné  par  sa  dou- 
leur et  par  la  clameur  populaire ,  le 
fit  périr  du  supplice  des  régicides. 
C'était  Charles  -  Quint  qu'il  accusait 
d'avoir  fait  empoisonner  son  fils  :  et 
pourtant,  sur  la  médiation  du  pape, 
ces  deux  rivaux  acharnés  se  virent  à 
Aigues-mortes,et  signèrent  une  trêve 
de  dix  ans.  Leurs  combats  se  renou- 
velèrent bientôt  ;  mais  leur  inimitié 
n'eut  plus  le  même  caractère  d'empor- 
tement. L'année  d'après  (en  idSq), 
l'Europe  apprit  avec  étonnement, 
mais  avec  une  sorte  d'admiration , 
que  Charies-Quint  venait  se  commet- 
tre à  la  foi  d'un  monarque  auquel  il 
reprochait,  depuis  tant  d'années,  une 
perfidie.  La  révolte  des  Gantois  appe- 
lait sa  présence  dans  les  Pays-Bas  :  la 
mer  ne  lui  fournissait  pas  une  route 
assez  sûre;  l'Allemagne  lui  en  offrait 
une  trop  lungue.Charles-Quint  montra 
combien  au  fond  du  cœur  il  estimait 
son  rival ,  en  lui  demandant  le  pas- 
sage â  travers  la  France.  Et  com- 
ment n'eût-il  pas  cru  à  la  loyauté 
d'un  monarque  assez  fi.lèle  h  la  cause 
des  rois  pour  avoir  rejeté  les  offres 
des  Gantois  rebelles  ,  quand  elles 
pouvaient  établir  sa  domination  dans 
les  provinces  les  plus  riches  et  les 
plus  industrieuses  de  l'Europe  ?  Ce 
n'était  point  manquer  à  la  généro- 
sité ,  que  de  réclamer  auprès  de  l'em- 
pereur quelque  prix  d'un  refus  aussi 
noble  et  d'un  service  aussi  important. 
Fliinçoi5  1",  reyint  à  l'iuvesuiure  du 


FRA 

Milanez,  auquel  il  attachait,  avec  nne 
aveugle  opiniâtreté,  la  gloire  de  son 
règne.  Charles-Quint  la  promit  ;  mais 
il  songeait  au  traité  de  Madrid  violé 
par  François  P"".  D'après  l'avis  du 
maréchal  de  Montmorenci ,  il  n'y  eut 
point  de  convention  écrite.  Dans  les 
fêtes  que  reçut  Charles-Quint  en  Fran- 
ce, il  se  piqtia  d'égaler  son  rival  en  po- 
litesse ,  en  heureuses  réparties.  Quel- 
ques pensées  inquiètes  altéraient  par 
fois  sa  gaîté  étudiée.  La  duchesse 
d'Étampes  passait  pour  animer  le  roi 
contre  lui.  Un  diamant  qu'il  laissa 
tomber  à  propos  ,  et  qu'il  offrit  avec 
grâce ,  calma  cette  favorite.  Maître  de 
continuer  son  voyage ,  il  tomba  comme 
la  foudre  sur  la  ville  de  Gaud,  la  sou- 
mit, et  la  punit  avec  une  effrayante 
sévérité.  Il  était  vainqueur  :  plus  de 
Milanez.  Le  connétable  expia  par  une 
disgrâce  un  conseil  mal  justifié  par 
Tévéuement.  La  guerre  se  rallume. 
Depuis  la  bataille  de  Pavie,  Fran- 
çois V".  ne  commandait  plus  ses  ar- 
mées; c'était  un  sacrifice  qu'il  faisait 
aux  justes  alarmes  de  ses  sujets.  Ce- 
pendant ,  comme  Charles-Quint  assié- 
geait Landrecies,  le  roi  crut  devoir 
secourir  en  personne  ce  boulevard  de 
la  Picardie.  Cette  expédition  fit  beau- 
coup d'honneur  à  son  habileté  mili- 
taue.  Landrecies  fut  délivrée  (  1 544)» 
L'année  suivante  fut  encore  plus  heur 
reuse  pour  les  armes  des  Français.  Ils 
remportèrent,  en  Piémont ,  sous  la  con- 
duite d'un  Bourbon ,  le  comte  d'En- 
ghien  ,  la  victoire  de  Cerizoles ,  bril- 
lante réparation  de  la  bataille  de  Pavie. 
Les  impériaux  y  perdirent  1 0,000  pri- 
sonniers, tous  leurs  canons,  tous  leurs 
drapeaux,  tous  leurs  bagages.  Ther- 
mes, ïavanes  et  Montluc,  eurent  une 
grande  part  à  ce  succès  ,  dont  le  ré- 
sultat fut  la  conquête  d'une  partie  du 
Piémont.  Mais  tandis  que  la  cour  de 
fraucç  $ç  iiymi  à  la  plus  vivc.alor 


FRA 
presse  ,   Henri  VIIT  envahissait  la 
Picardie,  et  Charles-Quint  la  Champa- 
gne. La  ville  de  Boulogne,  soit  parla 
trahison ,  soit  par  l'ineptie  de  son  com- 
mandant (  Coucy  de  Vervins),  fut  in- 
dignement  surprise.  Saint-Dizicr  en 
Champagne  arrêta ,  pendant  six  se- 
maines, l'empereur,  qui  avait  donné 
rendez- vous   aux  Anglais  ,  sous   les 
murs  de  Paris.  St.-Dizier  piis,  la  capi- 
tale fut  frappée  de  terreur.  Les  cou- 
reurs de  l'arme'e  impe'riale  arrivaient 
déjà  jusqu'à  Meaux.   Les   bourgeois 
fuyaient  en  de'sordre.  François  1*"".  ar- 
rêta ce  honteux  tumulte  j  il  ranima ,  par 
sa  gaîte' ,  la  confiance  et  le  courage , 
€t  combinant  ses  manœuvres  avec  le 
dauphin  ffenri ,   et  Claude,  duc  de 
Guise,    il  réduisit  Charles- Quint  à 
craindre ,  dans  la  Champagne ,  le  dé- 
sastre qu'il  avait  éprouvé  en  Provence. 
Nouvelle  paix ,  signée  à  Crespi  ,  en 
Laonois  ,  le  18  septembre  i544'  Le 
Milanez  élait  enfin  promis  au  duc  d'Or- 
léans, second  fils  du  roi.  Pour  gage 
de  cette  promesse  ,  le  roi  conservait 
une  partie  de  ses  conquêtes  en  Piémont. 
Ce  règne  n'offre  plus  d'événements 
guerriers.  François  P"". ,  quoiqu'ilj  se 
fût  privé  des  secours  d'un  administra- 
teur sévère  ,  le  connétable  de  Mont- 
morenci, réussit  à  rétablir  les  finances, 
et  fut  secondé  par  ses  deux  princi- 
paux ministres,  l'amiral  Chabot  et  le 
cardinal  de  Tournon.  Mais  la  paix  in- 
térieure de   la  France  était ,   depuis 
long-temps  ,  troublée  par  les  réfor- 
mes religieuses  de  Luther  et  de  Calvin. 
Nous  ne  nous  engagerons  point  ici 
dans  des  détails  qui  tiennent  à  la  vie 
de  ces  deux  chefs  de  secte.  François 
l*"". ,  roi  paternel  mais  assez  absolu , 
ami  des  lettres  et  de  la  chevalerie , 
craignait  des  nouveautés  religieuses 
qui  pouvaient  changer  le  caractère  et 
les  lois  de  la  nation  ;  mais  les  genres 
de  répression  qu'il  avait  à  opposer  à 


FRA  477 

des  erreurs  de  conscience ,  effrayaient 
son  ame  et  révoltaient  sa  justice.  Les 
parlements   sévissaient  avec  rigueur 
contre  les  nouveaux  hérétiques ,   et 
leur  appliquaient  les    lois  terribles  , 
les  lois  de  sang  rendues   contre  les 
Albigeois.  François  P^  chercha  long- 
temps à  modérer  ces  extrêmes  rigueur>. 
La  reine  de  Navarre  surtout  sollici- 
tait sa  clémence  envers  des  hommes 
dont  elle  partageait  les  opinions.  Fran- 
çois P*".  conçut  un  moment  le  projet 
de  faire  venir  en  France  le  plus  savant 
et  le  plus  modéré  des  réformateurs, 
Mélanchthon  ;  mais  cette  négociation 
échoua.  Dès-lors  le  roi  toléra ,  eu  quel- 
que sorte,  les  persécutions  religieuses, 
et  borna  sa  clémence  à  commuer  àes 
peines.  Il  dut  metiré  au  nombre  des 
plus  grands  malheurs   de  son  rcgrte 
les  cruautés  exercées  dans  les  années 
i545  et  1546,  contre  les  Vaudois» 
C'étaient  de  malheureux  paysans  du 
Dauphiné,  restes  obscurs  d'une  secte 
née  plusieurs  siècles  auparavant  dans 
le  rayonnais ,  et  dont  les  dogmes  of- 
fraient beaucoup  d'analogie  avec  les 
réformes   de   Luther   et    de  Calvin. 
D'Oppède,  premier  président  du  par- 
lement d«  Provence ,  eraplo^'a,  contre 
de  paisibles  cultivateurs ,  tout  ce  que 
la  cruauté ,  le  fanatisme  et  la  perfidie 
ont  de  plus  atroce.  Il  se  mit  à  la  tête 
de  quelques  régiments  que  le  roi  vou- 
lait faire  marcher  en  Italie,  brûla  les 
chaumières  et  les  fermes ,  poursuivit 
de  retraite  en  retraite  des  hommes  dé- 
sarmés ,  suppUants ,   exténués  par  la 
faim  ,  permit  le  viol  de  leurs  femmes , 
de  leurs  filles,  inventa  les  plus  horri- 
bles supphces ,  dévasta ,  par  le  fer  et 
la  flamme,  les  villes  de  Cabrières  et  de 
Meriudol ,  et  extermina  enfin  ce  qui 
restait  de  Vaudois.  François  P*".  eut 
horreur  de  tant  de  cruautés.  Le  car- 
dinal de  Tournon  l'empêcha  de  céder 
à  la  plus  juste  indignation.  Le  roi 


4:3  FRA 

craignit  (et  cest  un  grand  reproclie 
à  sa  mémoire  )  de  favoriser  le  triom- 
phe de  rberësie  en  satisfaisant  à  la 
justice  et  à  riuunanité.  Cependant  il 
n'y  eut  jamais  une  ame  qui  trouva  plus 
de  délices  dan?^  la  clémence.  Mille  actes 
de  son  règne  en  font  foi  ;  jamais  il  ne 
déploya  mieux  cette  grande  qualité  de 
son  ame  que  dans  la  révolte  de  la  Sain- 
Jtouge.  Cette  rébellion  avait  été  occa- 
sionnée par  un  cdit  qui  augmentait  les 
rigueurs  de  la  gabelle.  Des  cruautés 
avaient  été  commises,  par  des  pay- 
sans, envers  les  agents  chargés  de  la 
perception  de  cet  impôt.  La  ville  de 
La  Rochelle  avait  donné  le  signal  de  la 
révolte.  La  force  de  ses  remparts  et 
de  sa  position  lui  permettait  de  sou- 
tenir un  long  siège  :  cependant  elle  se 
soumit  ,  des  qu'elle  vit  devant  ses 
murs  un  roi  chéri  et  respecté  de  tous 
ses  sujets. Quand  il  entra  dans  la  ville, 
tout  craignait  sa  vengeance  ;  mais  dès 
qu'il  voulut  parler  aux  rebelles  ,  le 
mot  de  mes  amis  lui  échappa  bientôt. 
Puis  il  ajouta  ces  mots  :  a  Je  ne  ferai 
))  jamais  volontairement  à  mes  sujets 
»  ce  que  l'empereur  a  fait  aux  Gantois 
»  pour  moindre  offense  que  la  vôtre. 
»  Il  en  a  maintenant  les  mains  san- 
y»  glanleb  ;  et  je  les  ai ,  la  merci  à  Dieu , 
»  sans  aucune  teinture  du  sang  démon 
»  peuple.  J'accepte  votre  repentir  ; 
»  sonnez  vos  cloches,  tirez  votre  artil- 
»  lerîe,  etfailesfeux  de  joie  en  rendant 
»  grâce  à  Dieu.  »  La  santé  de  Fran- 
çois l*"".  était  altérée  depuis  près  de 
dix  ans.  Son  état  d'infirmité  était  le 
résultat  d'une  intrigue  galante  où  l'a- 
vait entraîné  la  fougue  de  ses  sens. 
Il  avait  toujours  aimé  les  plaisirs  fur- 
tifs,  et  les  avait  recherchés  quelque- 
fois aux  dépens  de  la  dignité  de  son 
rang.  11  aima  une  bourgeoise,  que  l'on 
nommait  la  belle  Féronnière.  On  ne 
sait  que  trop  à  quel  infâme  moyeu  le 
mari  eut  recours  pour  exercer  sa  ?en- 


FRA 

geaucc  cnverssa  femraeet  envers  le  roi. 
La  belle  Féronnière  mourut  ;  et  le  roi 
ne  reçut  des  soins  des  médecins  qu'une 
guérison  imparfaite.  Mézcrai  dit  que, 
depuis  cette  époque,  il  y  eut  un  chan- 
gement sensible  dans  son  caractère  : 
sa  gaîté  ne  fut  plus  la  mêmcj  mais  sa 
bonté  ne  se  r.dcntit  pas.  Il  revint  aux 
maximes  de  Louis  Xïl ,  et ,  toujours 
libéral,  fut  un  sage  économe  de  la 
fortune  de  ses  sujets.  Il  paya  toutes 
ses  dettes  et  dégagea  ses  domaines;  il 
était  parvenu  à  économiser  quatre  cent 
mille  écus  et  le  quart  du  revenu  del'an- 
née,  quand  il  fut  atteint  d'une  maladie 
mortelle.  Il  réunit ,  dans  ses  derniers 
moments ,  la  constance  du  sage  et  du 
chrétien  à  la  dignité  du  roi.  1  i  mourut  au 
château  de  Kambouilîet,  le  dernier  jour 
de  mars  1 54  ; ,  âgé  de  cinquante-deux 
ans,  après  en  avoir  régné  trente-deux. 
François  I'"''.,  né  dans  le  siècle  le  plus 
fertile  en  grands  hommes  ,  ne  fut  in- 
férieur à  aucun  de  ses  contemporains. 
Il  fut  à  la  fois  l'émule  de  Léon  X , 
celui  de  Bayard ,  et  le  digne  rival  de 
Charles-Quint.  Il  prépara,  soit  par 
les  grandes  qualités  de  son  ame,  soit 
par  l'utile  splendeur  de  ses  monu- 
ments ,  les  deux  plus  beaux  règnes  de 
la  France,  celui  de  Henri  IV  et  celui 
de  Louis  XIV.  De  sa  première  f'mrae 
(  F.  Claude  de  France,  VI II ,  6i6  ), 
François  1'.  avait  eu  plusieurs  enfants 
(  /^.  Henri  II  );  il  n'en  eut  point  de  sa 
deuxième  femme  {F.  ElÉonore  d'Au- 
triche, XIII ,  10  ).  On  conserve  à  I^ 
bibliothèque  du  Hoi  plusieurs  recueils 
manuscrits  de  Poésies  et  de  Lettres  de 
François  l".  L'abbé  Lenglet  en  a  tiré 
une  Lpitre  (en  vers)  traitant  de  son 
parlement  de  France  et  de  sa  prise 
devant  Pavie ,  et  l'a  publiée  à  la  fin 
de  {'Histoire  justifiée  conti^e  les  ro* 
mans,  Amsterdam  (Rouen),  i735^ 
in- 12.  L'Histoire  de  ce  prince  a  été 
éciile  par  Varillas,  Paris,   i685 , 


FRA 

2  vol.  in-4°«  y  cl  beaucoup  mieux  par 
Gaillard ,  Paris  ,  i  ']6'd ,  8  vol.  in- 1 2. 
On  a  publié,  en  1707,  V Histoire  et 
Parallèle  de  Charles- Quint  et  de 
François  P'' . ,  tiré  d'un  manuscrit 
de  la  bibliothèque  du  Fatican ,  par 
M.  (  Polisson  ),  Paris,  in-12.  Enfin 
M^^*'.  de  Lussan  a  donne  les  Anec- 
dotes de  lor  cour  de  François  P'' . , 
Londres  (Paris),  1748,  3  vol.  in- 
12.  (  roj.  DupRAT  et  Viser.  ) 

L LE. 

FUÂNÇOIS  II ,  roi  de  France,  fds 
de  Henri  II  et  de  Catherine  de  Mëdi- 
cis ,  naquit  à  Fontainebleau ,  le  1 9  jan- 
vier i544)  sous  le  règne  de  Fran- 
çois I'''".  son  aïeul.  Il  épousa,  en  1  558, 
Marie  Siuart,  reine  d'Ecosse  et  nièce 
des  Guises,  dont  le  crédit  était  déjà 
puissant  et  l'ambition  redoutable.  Ce 
mariage,  projeté  depuis  dix  ans  ,  fut 
célébré  avec  magnificence;  les  ambas- 
sadeurs d'Ecosse,  au  nom  des  états, 
déférèrent  la  couronne  à  l'époux  de 
leur  rt-ine,  qui  prit  le  litre  de  Uoi-Dau- 
phin.  François  II  monta  sur  le  trône 
le  10  juillet  1559.  ^^  ^^^'^  ^^o^s  ^^"S 
sa  seizième  année  ;  et  par  conséquent 
il  avait  atteint  l'âge  fixé  pour  la  ma- 
jorité des  rois  de  France  :  mais  une 
saiilé  chancelante  ,  un  caractère  ti- 
mide ,  un  esprit  lent  et  peu  cultivé,  le 
rendaient  peu  propre  à  gouverner  le 
royaume,  inenacéd'un  prochain  ébran- 
lement. Le  trésor  était  obéré;  le  cal- 
vinisme, vainement  combattu  par  les 
rigueurs  du  dernier  règne,  étendait 
de  jour  en  jour  ses  conquêtes,  et 
comptait  parmi  la  noblesse  d'illustres 
prosélytes.  Aux  sectateurs  de  la  nou- 
velle doctrine,  naturellement  oppo- 
sés à  la  cour,  se  joignaient  des  person- 
nages d'un  grand  nom  qui  avaient  oc- 
cupé les  charges  les  plus  importantes 
sous  François  P"".  et  sous  Henri  II, 
et  qui  supportaient  impalierarncnt  la 
domination  des  Guises.  Les  deux  aînés 


FRA  4;9 

de  cette  famille  avaient  en  main  toute 
la  puissance  :  François  duc  de  Guise 
régnait  sur  l'armée;  et  le  cardinal  do 
Lorraine  disposait  des  finances  et  des 
affaires  de  l'église.  Les  princes  du  sang, 
Antoine  de  Bourbon ,  roi  de  Navarre, 
et  son  fière  le  prince  de  Gondé,  ne 
voyaient  pas  sans  une  profonde  jalou- 
sie un  trône  qu'ils  regardaient  comme 
lenr  héritage,  occupé  par  d'ambi- 
tieux étrangers,  sous  le  nom  d'un  roi 
sans  force  et  sans  expérience.  Githe- 
rine  de  Médicis  ne  cherchait  qu'à  en- 
tretenir les  divisions.  La  jeune  reine , 
maîtresse  du  cœur  de  son  époux,  était 
elle-même  gouvernée  par  les  Guises 
ses  oncles  ;  et  le  roi  semblait  voué  à 
une  tutelle  éternelle.  Il  fut  sacré  à 
Reims  par  le  cardinal  de  Lorraine 
(21  septembre  i559):  cette  solennité 
fut  une  nouvelle  occasion  de  triom- 
phe pour  les  Guises;  ils  déterminè- 
rent le  roi  à  céder  au  duc  de  Lorraine 
leur  neveu ,  la  souveraineté  du  duché 
de  Bar.  On  murmurait  ;  on  voyait 
avec  scandale  le  cardinal  de  Lorraine 
accumuler  les  bénéfices ,  et  jouir  avec 
faste  d'une  fortune  immense  qu'oa 
supposait  être  le  fruit  de  ses  malversa- 
tions. Des  écrits  anonymes ,  dans  les- 
quels on  accusait  les  Guises  d'nsurpcr 
la  puissance  royale,  entretenaient  le 
mécontentement  public,  et  irritaient 
la  cour  :  ces  écrits  étaient  attribués  aux 
protestants;  et  les  persécutions  reli- 
gieuses redoublaient  d'activité.  Il  fut 
établi,  dans  chaque  parlement,  une 
chambre  ardente ,  ainsi  nommée 
parce  qu'elle  condamnait  au  feu  les 
hérétiques.  Cependant  la  santé  du  roi 
se  raffermissait;  il  fut  délivré  d'une 
fièvre  lente  qui  depuis  long-temps  le 
réduisait  à  un  état  de  langueur.  Ou 
s'attendait  à  le  voir  bientôt  saisir  les 
rênes  de  l'état  et  s'affranchir  de  l'a - 
cendant  des  Guises  ;  mais  cet  effort, 
qui  eût, exigé  toute  l'énergie  d'une  vo- 


48o  FRA 

Ion  te  puissante,  ne  pouvait  être  tenté 
par  l'indolent  François  II.  Une  passion 
unique  consumail  le  peu  de  chaleur 
qu'avait  son  ame  ;  c'e'lait  son  amour 
pour  Marie-Sluart ,  la  plus  belle  et  la 
plus  aimable   princesse  de  l'Europe. 
Les  exercices  de  la  chasse,  quelques 
voyages  dans  les  maisons  royales ,  oc- 
cupait nt  les  instants  qu'il  ne  pass  àt 
point  auprès  de  la  jeune  reine.  Tout 
concourait  à  l'éloigner  des  affaires,  et 
à  consolider  entre  les  mains  des  Gui- 
ses une  autorité  qui  rappelait  trop  le 
règne  des  maires  du  palais.  On  vil  le 
cardinal  de  Lorraine  en  abuser  avec 
«ne  insolence  brutale.  La  cour  était  à 
Fontainebleau  :  un  grand  nombre  de 
gentilshommes  et  de  gens  de  guerre  y 
venaient  de  toutes  les  provinces  sol- 
liciter des  grâces  et  des  récompenses. 
Pour  se  délivrer  de  leurimportunité, 
le  cardmal  de  Lorraine  fit  dresser  une 
potence  aux  environs  du  château,  et 
publier  à   son  de  trompe  un  édit  du 
roi,  par  lequel  il  était  enjoint  à  tous 
ceux  qui  se  trouvai,  nt  à  Fontainebleau 
pour  présenter  des  demandes ,  d'en 
sortir  dans  les  vingt-quatre  heures  sous 
peine  d'être  pendus.  Une  insulte  aussi 
atroce  révolta  la  nation,  et  fut  la  prin- 
cipale cause  de  la  conjuration  d'Am- 
boise.  L'histoire  laisse   douter  quels 
furent  les  auteurs  de  cette  levée  d'ar- 
mes, prélude  des  guerres  civiles  qui 
ensanglantèrent   la    France  sous  les 
derniers   Valois.  Une  trame  dont  les 
fils  aboutissaient  à  presque  tous  les 
points  du  royaume  etcornspondaient 
avec  rAiiglctcrrc ,  la  Suisse  et  l'Alle- 
magne, fut  ourdie  avec  le  plus  grand 
ravsicre.  La  cour  recevait  des   avis 
alarmants,  mais  vagues  et  incirtains. 
On  savait  que  des  assemblées  secrètes 
se  tenaient  à  Vendôme  chez  le  roi  de 
PJavarre,  et  à  la  Ferté  sous  Jouarre 
chez  le  prince  de  Coudé;  mais  on  était 
loin  de  soupçonner  rinmiinence  dupé- 


FRA 

rll.  La  conspiration  était  près  dVcr*»- 
ter,  lorsqu'elle  fut  découverte.  Un 
avocat  protestant,  nommé  Aveiielle, 
se  fit  introduire  auprès  du  cardinal  de 
Lorraine,  et  l'avertit  d'un  complot 
formé  pour  surprendre  la  cour  qui  se 
trouvait  à  Blois  ,  ville  ouverte  et  mal 
gardée.  On  voulait  surtout  s'emparer 
des  Guises;  six  cents  conjurés  étaient 
en  marche;  une  p.»rtie  des  provinces 
devait  prendre  les  armes  le  même 
jour.  Quel  était  le  chef  de  c«'ttc  entre- 
prise ?  Un  gentilhomme  périgourdin 
nommé  Bm  de  la  Henaudie  ,  qui  lui- 
même  avait  confié  à  Avenelle  le  secret 
de  la  conspiration  :  mais  le  nom  des 
priucipauxconjurés,  hurs  forces,  leur 
nombre ,  leurs  moyens  d'exécution , 
étaient  encore  autant  de  mystères.  Le 
cardinal  ,  épouvanié  de  celle  confi- 
dence, s'efforçait  de  ne  pas  y  croire  : 
François  11  lui  demandait  conseil,  et 
ne  voyait  dans  ses  yeux  que  trouble  et 
qu'irrésolution.  Les  deux  reines  étaient! 
tremblantes.  Le  seul  duc  de  Guise f 
montrait  du  calme  et  de  l'intrépidité: 
sa  prévoyance,  son  activité,  au  défaut 
de  renseignements  positifs,  lui  sug- 
gèrent de  salutaires  mesures.  Il  con- 
seille ou  plutôt  il  ordonne  au  roi  et  aux 
deux  reines,  de  quitter  Blois,  etde  se 
rendre  au  château  d'Amboise  ,  où  il 
sera  plus  facile  de  se  défendre:  il  arme 
tout  ce  qu'il  peut  réunir  de  soldats, 
de  gentilshommes,  de  domesfiques,  et 
se  repose  du  resle  sur  sa  valeur.  La 
cour  attendait  l'événement  sans  sa- 
voir de  quel  côté  venait  l'orage.  On  sa 
perdait  en  conjectures.  Les  soupçons 
se  portaient  prinripaleujent  sur  les 
Ghâtillons  qui  professaient  ouverte- 
tement  le  calvinisme,  sur  le  roi  de 
Navarre,  et  plus  encore  sur  le  prince 
de  Coudé  dont  ou  connaissait  le  mé- 
conteuleminl  et  l'humeur  inrhulenle. 
L'amiral  de  Coligni  fut  mandé:  il  dé- 
clara, en  présçuce  de  la  reiuc-mcre 


çt  du  cLanceîier  Olivier,  que  la  ty- 
rannie des  princes  lorrains  et  les 
violences  exercées  contre  les  protes- 
tants avaient  seules  armé  les  sujets  du 
roi  ;  qu'il  fallait  éloigner  les  Guises  et 
adoucir  la  rigueur  des  lois  contre  les 
religionnaires.  Le  roi  fut  ébranle'. 
«  Qu'ai-je  donc  fait  à  mou  peuple  , 
»  dit-il  aux  Guises,  pour  qu'il  attente 
î>  à  mes  jours  !  Je  veux  entendre  ses 
»  doléances  et  y  f.tire  droit.  J'entends 
»  dire  partout  qu'on  n'en  veut  qu'à 
»  vous  :  ne  saurai-je  donc  pas  qui 
»  de  vous  ou  de  moi  est  l'objet 
»  de  la  haine  publique  ?  »  Le  chan- 
celier Olivier  proposa  des  moyens 
de  douceur  ;  la  reine-mère  se  ran- 
gea de  son  avis.  Le  roi  publia ,  en 
faveur  des  calvinistes,  un  édit  d'am- 
tiistie ,  dont  furent  exceptés  les  prédi- 
cants  et  les  auteurs  de  la  conjuration. 
Cependant  la  Renaudic  marchait  sur 
Araboise,  et  devait  l'attaquer  le  16 
mars  i56o.  Un  des  conjurés,  Li- 
gnières,  trahit  ses  ^compagnons,  et 
Jivra  leur  plan  à  la  cour.  Alors  le  duc 
de  Guise  fut  certain  de  la  victoire  :  il 
envoya  des  ordres  dans  toutes  les 
provinces  pour  arrêter  les  insurrec- 
tions partielles.  La  Renaudie  périt 
dans  le  combat,  de  la  main  de  son  pa- 
rent ,  le  baron  de  Pardaillan.  Un  autre 
chef,  Casteinau,  qui  occupait  le  châ* 
teau  de  Noisai,  fut  forcé  de  capituler. 
Les  prisonniers  périrent  dans  les  sup- 
plices: les  uns  étaient  précipités  dans 
Fa  Loire,  les  autres  pendus  aux  murs 
mêmes  du  château.  Le  plaisir  de  se 
Tenger  poussa  les  Guises  jusqu'à  l'ou^ 
bli  de  toute  bienséance  :ils  firent  exé- 
cuter les  chefs  sous  les  fenêtres  du  roi  ; 
les  reines  et  les  dames  de  leur  cour 
assistèrent  a  cet  affreux  spectacle. 
Enfin  on  cessa  de  faire  des  prison- 
niers 5  et  au  mépris  d'une  amnistie , 
on  égorgeait  ou  l'on  pendait  aux  arbres 
tout  ce  qu'on  pouvait  saisir  de  rebelles 

XV. 


FËA 


48! 


armés  ou  de  fuyards.  Condé  manquait 
encore  à  la  vengeance  dos  Guises* 
Ce  prince  avait  reçu  l'ordre  de  se  ren- 
dre au  château  d'Amboise;  chargé  du 
commandement  d'un  corps  de  troupes 
royales,  il  s'était  vu  forcé  de  com- 
battre des  hommes  armés  pour  sa 
cause.  Les  Guises  le  signalaient  au  rot 
comme  le  chef  des  rebelles ,  comme 
un  ambitieux  qui  en  voulait  à  sa  cou- 
ronne et  à  sa  vie  :  cette  prévention 
l'emportait  sur  le  bon  naturel  de 
François  II,  et  excitait  en  lui  une 
haine  violente  contre  son  parent.  Mais 
il  n'existait ,  contre  le  prince  de  Condé, 
d'autres  indices  que  des  dépositions 
vagues ,  arrachées  par  les  tortures  à 
quelques-uns  des  conjurés.  II  demanda 
au  roi  à  se  justifier  publiquement  en 
présence  de  la  reine-mère,  des  princes 
de  Lorraine,  des  ambassadeurs  et  des 
princes  étrangers.  La  faction  des  Guises 
le  vit  avec  joie  se  soumettre  à  une 
épreuve  dont  elle  ne  croyait  pas  qu'il 
put  sortir  victorieux  ;  mais  il  évita 
l'écueil  d'une  justification  difficile.  11 
s'avança  au  milieu  de  l'assemblée,  et 
dit,  d'une  voix  fière  :  «  Quiconque 
»  ose  m'accuser  d'avoir  conspiré  con- 
»  tre  le  roi ,  si  ce  n'est  le  roi  lui-même , 
«  ou  l'un  des  princes  ses  frères ,  en 
»  a  faussement  et  malheureusement 
»  menti.  Qu'il  se  présente,  et  mettant 
V  à  part  ma  qualité  de  prince  du  sang, 
»  je  suis  prêt  à  le  combattre.  »  L'as- 
semblée, étonnée  de  cette  apologie 
chevaleresque  ,  regardait  le  duc  de 
Guise,  à  qui  s'adressait  le  défi.  Il  se 
leva,  et  pria  le  prince  de  l'accepter 
pour  second  s'il  avait  un  combat  â 
soutenir.  Aucune  voix  ne  s'éleva  dans 
l'assemblée,  qui  ne  savait  que  penser 
d'une  telle  générosité  ou  d'une  telle 
pohtique.  «  Sire,  dit  Condé,  après  un 
»  moment  de  silence,  puisqu'il  n'existe 
»  contre  moi  ni  accusateurs,  ni  preu- 
»  ves,  ni  indices,  je  vous  supplie  d« 
5i 


482  F  R  A 

»  me  tenir  pour  un  sujet  fidèle.  » 
Le  roi  restait  interdit  :  le  cardinal  de 
Lorraine  lui  fît  un  signe  ;  il  rompit 
l'assemblée.  Peu  de  temps  après  , 
Condë  fut  mis  eu  liberté.  Le  roi  parut 
persuadé  de  son  innocence.  L'édit  de 
Roraorantin  suivit  de  près  la  victoire 
remportée  sur  les  protestants.  La  con- 
naissance du  crime  de  l'hérésie  fut , 
par  cet  édit ,  retirée  aux  parlements , 
et  altribuée'exclusivemen  t  aux  évêques. 
Au  mois  d'août  de  la  même  année , 
je  roi ,  d'après  le  conseil  de  sa  mère , 
convoqua  une  assemblée  de  notables  , 
pour  prendre  leurs  avis  sur  les  moyens 
de  prévenir  les  troubles  dont  la  reli- 
gion était  la  cause  ou  le  prétexte.  Cette 
assemblée  dura  quatre  jours  :  Coligni 
parla  en  faveur  des  protestants,  et 
demanda  bautcmcnt  l'expulsion  des 
Guises.  Il  fut  décidé  que  les  états- 
généraux  seraient  convoqués ,  et  se 
tiendraient  à  Orléans.  Les  Bourbons 
De  s'étaient  pas  trouvés  à  l'assemblée 
de  Fontainebleau.  Le  prince  de  Condé 
s'était  retiré  auprès  de  son  frère,  dans 
leBéarn.  De  son  asile,  il  soulevait  les 
provinces ,  par  le  moyen  de  ses  agents. 
Le  roi  mit  sur  pied  des  troupes  nom- 
breuses, et  augmenta  sa  garde,  à  la- 
quelle il  joignit  des  Italiens.  Il  lit  son 
entrée  dans  Orléans  avec  un  appareil 
formidable,  qui  prouvait  avec  quel  soin 
les  Guises  entretenaient  ses  alarmes. 
Les  Bourbons  reçurent  l'ordre  de  se 
rendre  aux  états  d'Orléans  :  on  les  as- 
sura qu'il  n'y  avait  aucun  danger  pour 
leur  liberté  ni  pour  leur  vie  ;  ils  obéi- 
rent sur  la  foi  de  la  promesse  royale , 
et  ils  furent  arrêtés.  Une  commission 
nommée  pour  juger  le  prince  do  Condé 
le  condamna  à  mort;  Eléonore  de 
Roje,  épouse  de  ce  prince,  était  venue 
se  jeter  aux  genoux  du  roi  pour  im- 
plorer la  grâce  de  son  seigneur  mari: 
«  Non  ,  répondit  François  II ,  je  ne 
»  ferai  jamais  grâce  à  uu  parent  qui 


FRA 

»  a  voulu  m'oter  la  éouronne  et  la  vie.  » 
L'historien  de  Thou  rapporte,  mais 
avec  l'expression  du  doute,  que  le  due 
de  Guise,  dans  le  temps  où  il  pour- 
suivait le  prince  de  Condé,  voulut 
faire  assassiner  Antoine  de  Bourbon 
par  le  roi  de  France  lui-même  ;  que 
François  II ,  près  d'exécuter  ce  crime , 
en  eut  horreur  et  ne  put  s'y  résou- 
dre; et  que  le  duc  de  Guise,  indi- 
gné de  cette  faiblesse,  s'écria  :  O! 
le  roi  lâche  et  poltron  !  Ce  fait , 
que  de  Thou  a  puisé  dans  un  écrit 
publié  sous  le  nom  de  Jeanne  d'Albret , 
reine  de  Navarre,  ne  porte  aucun  ca- 
ractère d'authenticité.  Les  Guises  at- 
tendaient avec  impatience  le  supplice 
du  prince  de  Condé.  L'exécution  de- 
vait avoir  lieu  le  16  novembre  :  le  roi , 
pour  n'en  pas  être  témoin ,  éllît  sorti 
de  la  ville ,  lorsqu'il  fut  tout  à  coup 
saisi  d'un  mal  violent,  causé  par  un 
abcès  qui  s'était  formé  derrière  To- 
reille.  Les  médecins  désespérèrent  de 
sa  vie.  Il  expira  le  5  décembre  i56o, 
âgé  de  dix-sept  ans,  dix  mois  et  un 
jour  ,  après  un  règne  de  dix-sepl 
mois  et  vingt  jours.  Il  n'eut  point  d'en- 
fants de  la  reine,  et  il  laissa  le  trône  à 
l'aîné  de  ses  frères.  Sa  mort  sauva  le 
prince  de  Condé.  Elle  fut  attribuée  au 
poison  par  des  bruits  populaires ,  si 
communs  dans  les  temps  de  trouble; 
mais  la  mauvaise  santé  de  ce  monar- 
que dispense  d'ajouter  foi  à  de  telles 
accusations.  Lorsqu'il  eut  fermé  les 
yeux,  l'agitation  fut  si  grande  à  la 
cour,  que  ni  sa  mère,  ni  ses  oncles, 
ni  aucun  prince  de  sa  famille  ne  son- 
gèrent à  lui  rendre  les  derniers  de- 
voirs; et  le  corps  du  roi  de  France  fut 
porté  à  Saint-Denis,  accompagné  seu- 
lement de  deux  gentibhommes ,  qui 
avaknt  été  ses  gouverneurs ,  et  de 
l'évêque  de  Senlis,  qui  était  aveugle. 
On  trouva  sur  le  cercueil  du  roi  celte 
inscription  :  Tannegui  du  Chdtel  où 


FRA 

es 'Ut?  Tannegui  du  Cliâtel  avait  été 
un  des  plus  fidèles  serviteurs  de  Char- 
les Vil.  11  vivait  loin  de  la  cour  lors- 
qu'il apprit  la  mort  du  roij  à  cette 
nouvelle,  il  sortit  de  son  exil  pour 
rendre  à  son  maître  les  honneurs  fu- 
nèbres ,  et  lui  faire ,  à  ses  frais  ,  des 
obsèques  magnifiques.  Citer  un  tel 
nom,  c'était  faire  une  satire  sanglante 
de  la  conduite  des  Guises.  François  H 
fut  en  quelque  sorte  étranger  à  son 
règne  ;  l'histoire  ne  peut  ni  lui  repro- 
cher les  malheurs  produits  par  les 
dissensions  des  grands,  ni  le  louer 
pour  quelques  sages  e'dits,  ouvrages 
des  chanceliers  Olivier  et  L'hôpital. 
V Histoire  de  François  II ,  par  Va- 
riilas ,  est  peu  estime'e ,  quoiqu'elle  ait 
eu  plusieurs  éditions.  Le  président  Hé- 
nault  a  donné  une  tragédie  en  cinq 
actes  et  en  prose ,  intitulée ,  François 
II j  roi  de  France,  174B,  în-8°.; 
celte  pièce  est  intéressante,  dit  Fon- 
tctte,  et  l'on  devrait  ainsi  représenter 
les  différentes  époques  de  l'histoire  de 
France.  L — le. 

FRANÇOIS,  duc  d'Alençon.  Foy. 
Anjou  . 

FRANÇOIS  de  France.  Foj\  En- 

GHIEN,  MoNTPENSIERCtSAINT-POL. 

FRANÇOIS  V'. ,  fort  impropre- 
ment dit  le  Bien- Aimé,  duc  de  Bre- 
tagne ,  comte  de  Richemont  et  de 
Montfort ,  naquit  à  Vannes  le  1 1  mai 
i4i4'  ï^  6^^^t  fi^s  ^^  J^^"  ^  y  auquel 
il  succéda  en  i44'^«  Trois  ans  après, 
il  fit  son  hommage  à  Charles  Vil ,  dans 
la  ville  de  Ghinon ,  comme  homme-lige 
du  roi.  Il  se  présenta,  disent  les  his- 
toriens, l'épée  ceinte  ;  ce  qui  était 
contre  l'usage.  Sur  l'observation  du 
chancelier  qu'il  devait  être  discinct  : 
«  Non  faict ,  dit  le  roi ,  il  est  comme 
»  il  doibt;  je  vouldrois  avoir  plusieurs 
»  subjects  comme  lui.  »  Eu  144^» 
François  se  brouilla  avec  son  frère 
Gilles ,  qu'il  avait  précédemmeut  en- 


FRA  483 

voyé  en  Angleterre.  Des  gens  mal- 
intentionnés cherchèrent  à  perdre  dans 
son  esprit  ce  jeune  prince.  Il  le  fît 
arrêter ,  au  nom  du  roi ,  comme 
accusé  d'avoir  tenté  d'introduire  lest 
Anglais  dans  la  Bretagne  ,  et  le  fît 
transférer  en  prison.  Non  content  de 
cet  acte  de  sévérité ,  il  ordonna  qu'on 
instruisît  son  procès.  On  imputait 
aussi  à  Gilles  le  crime  de  viol.  Ce- 
pendant une  loi  formelle  arrêtait  U 
vengeance  de  François ,  en  interdi- 
sant au  frère  aîné  de  poursuivre  cri- 
minellement son  cadet.  Irrité  de  cet 
obstacle,  François  veut  attenter  aux 
jours  de  son  frère.  Il  le  fait  empoi- 
sonner par  Olivier  de  Méel ,  un  de 
ses  conseillers ,  et  ne  peut  réussir  à 
lui  arracher  la  vie.  Sur  ces  entrefaites , 
les  amis  de  Gilles  intercèdent  en  sa 
faveur  auprès  de  Ciharles  VII;  et  ce 
monarque  s'abaisse  jusqu'à  prier  le 
duc  de  rendre  à  son  frère  la  liberté. 
A  cette  époque ,  les  Anglais  attaquè- 
rent la  Bretagne,  et  prirent  la  ville 
de  Fougères.  Charles  ,  après  avoir 
écrit  au  roi  d'Angleterre ,  se  décide  à 
lui  faire  la  guerre  :  elle  fut  heureuse; 
il  reprit  successivement  toutes  les 
places  de  la  Normandie  ;  et  l'on  sait 
que  cette  province  fut  pour  toujours 
réunie  à  la  France  en  i45o. François, 
de  son  côté,  recouvra  Fougères,  après 
un  siège  de  deux  mois.  Ses  succès, 
cependant ,  n'avaient  point  apaisé  sa 
rage.  Son  malheureux  frère  languis- 
sait au  fond  d'un  cachot,  presque 
privé  de  nourriture.  Une  femme  géné- 


reuse lui  procura  du 


pam 


corde- 


lier  l'entendit  en  confession.  Vains  se- 
cours !  l'infortuné  périt  en  i45o, 
étouffé  entre  deux  matelas  par  les  sa- 
tellites de  François  :  ce  dernier  était 
alors  en  Normandie.  La  nouvelle  de 
cet  assassinat  soulève  contre  lui  toute 
l'Europe.  En  même  temps ,  il  ren- 
contre le  cordelier  qui  avait  assisté 
3i,. 


484  FRA 

Gilles ,  et  qui  le  cite  au  tribunal  de 
Dieu.  Le  misérable  est  frappé  de  ter- 
reur ;  il  n'a  que  le  temps  de  désigner 
pour  son  successeur  son  frère  Pierre, 
et  il  expire  le  19  juillet  de  la  même 
année.  Ainsi  périt  un  prince  qui  avait 
reçu  de  la  nature  quelques  qualités, 
mais  que  la  mort  de  son  frère  a  cou- 
vert à  jamais  d'infamie.  Il  était  brave  , 
libéral ,  mais  trop  facile  à  se  laisser 
prévenir.  Il  avait  institué  Tordre  de 
i'Espi  ou  de  l'Hermine,  et  bâti  la 
chartreuse  de  Nantes.  D.  L. 

FRANÇOIS  II,  dernier  duc  de  Bre^ 
tagne,  était  petit-fils  de  Jean  IV  et  fils 
de  Marguerite  d'Orléans,  comtesse  de 
Vertus.  Il  fit  son  entrée  à  Rennes  le  5 
février  1 459 ,  et  se  rendit  ensuite  à 
Montbazon ,  où  il  prêta  foi  et  hom- 
mage à  Charles  VU.  Louis  XI,  étant 
monté  sur  le  trône ,  trouva  ce  grand 
vassal  de  la  couronne  trop  puissant  5 
et  commençant  alors  le  cours  de  cette 
politique  où  tout  fut,  pendant  son 
règne ,  artifice  et  déloyauté ,  il  fit  un 
voyage  en  Bretagne  ,  sous  prétexte 
d'accomplir  le  vœu  d'un  pèlerinage  à 
Saint-Sauveur  de  Redon  ,  mais  en  ef- 
fet dans  le  dessein  de  connaître  par 
lui-même  les  forces  militaires  de  ce 
duché.  Les  ayant  trouvées  très  faibles , 
dans  l'état  d'une  profonde  paix  ,  il 
Sfi  hâta  de  lever  une  armée  ;  et ,  dès 
qu'il  la  vit  prête  à  entrer  eu  campa- 
gne, il  demanda  impérieusement  à 
François  II  de  cesser  de  s'intituler 
duc  de  Bi  etague  par  la  grâce  de  Dieu  ; 
de  renoncer  à  lever  des  impôts  et  à 
battre  monnaie  ,  prérogatives  qu'il 
prétendait  lui  appartenir  exclusive- 
ment comme  roi  de  France  :  il  exi- 
geait, enfin,  que  les  évêques  de  Bre- 
tagne relevassent  désormais  de  sa  cou- 
ronne, et  ne  dépendissent  que  de 
lui.  Le  duc  répondit  au  monarque, 
qu'il  ne  pouvait  rien  décider  sans  le 
couscutement  des  états,  et  demanda 


FRA 

trois  mois  pour  Tobtcnir.  Ce  terme 
expiré,  il  sollicita  un  nouveau  délai 
de  même  durée,  promettant  d'aller 
ensuite  lui-même  porter  sa  réponse 
au  roi.  Mais  François  ne  cherchait 
qu'à  gagner  du  temps,  et  à  se  mettre 
en  état  de  défendre  ses  droits  les  ar- 
mes à  la  main.  Il  y  avait  alors  en 
France  un  grand  nombre  de  mécon- 
tents. Le  duc  fit  sonder  leurs  dispo- 
sitions; et  le  comte  de  Charolais ,  fils 
du  duc  de  Bourgogne ,  le  duc  de  Bcrri, 
frère  du  roi,  le  duc  de  Bourbon,  le  com- 
te de  Dunois,  et  la  plupart  des  grands 
du  royaume,  firent  avec  François  la 
fomeuse  ligue  du  bien  public.  Jean 
d'Anjou,  duc  de  Calabre,  fils  du  roi 
René,  se  réunit  aux  princes,  et  leur 
amena  les  premiers  Suisses  qui  aient 
paru  dans  nos  armées.  Paris  fut  me- 
nacé; Louis  perdit  la  bataille  de  Mont- 
Ihéri,  et  demanda  la  paix,  qui  fut 
signée  à  Gonflans  (  sous  Charenton) 
en  i465.  Le  duc  de  Berri  avait  ob- 
tenu ,  pour  l'ajouter  à  son  apanage , 
le  duché  de  Normandie ,  que  Louis  ne 
tarda  pas  à  lui  reprendre.  Le  prince 
dépouillé,  homme  faible  et  sans  ta- 
lents, j)lus  propre  à  embarrasser  ses 
amis  qu'à  les  aider,  se  réfugia  en  Bre- 
tagne. François  envoya  des  ambassa- 
deurs à  Louis ,  pour  lui  demander  de 
remettre  le  duc  de  Berri  en  possession 
de  la  province  dont  il  était  chassé  ; 
mais  celte  proposition  fut  mal  ac- 
cueillie. Alors  le  duc  de  Bretagne  entra 
on  Normandie,  s'empara  de  Gaen,  de 
Baïeux,  d'Avranches;  et  la  guerre 
fut  résolue  contre  lui,  aux  états  de 
Tours,  en  avril  1468.  L'armée  royale 
vint  assiéger  Ancenis  ,  et  !ie  put  s'en 
rendre  maître.  L'i»rtilierie  commen- 
çait alors  à  paraître  en  Bretagne,  et 
le  duc  en  avait  garni  ses  places^ fortes. 
Cependant  Louis  XI  avait  envoyé  à  ce 
prince,  en  1470,  le  collier  de  Tordre 
de  St.-Michel,  qu'il  avait  créé  Tannée 


FRA 

précédente  ;  mais  le  duc  refusa  le 
collier,  trouvant  que  les  statuts  lui 
imposaient  des  obligations  trop  éten- 
dues, entre  autres,  celle  de  ne  pouvoir 
contracter  aucune  alliance  avec  d'au- 
tres souverains,  sans  en  avoir  obtenu 
le  consentement  du  chef  de  l'ordre. 
Louis  XI  comprit  bien  les  motifs  de 
ce  refus ,  et  la  guerre  continua  ;  mais 
Ancenis  résistant  toujours  aux  faibles 
troupes  du  monarque ,  il  offrit  la  paix , 
qui  ne  devait  être  qu'une  courte  trêve  : 
elle  fut  signée  le  lo  septembre  i/i'j'i; 
et  l'année  suivante ,  Louis  XI  entra 
en  Bretagne  à  la  tête  de  5o  mille 
hommes.  II  prit  Ancenis  et  quelques 
autres  places  :  mais  tandis  que  Fran- 
çois s'avançait  pour  arrêter  le  pro- 
grès de  ses  armes ,  Charlcs-le-Téme- 
raire  pénétrait  en  France  avec  ses 
Jiourguignons.  Louis  se  hâta  de  con- 
clure avec  ces  deux  princes  une  trêve, 
qui,  deux  fois  prolongée,  se  termina 
par  le  traité  de  paix  signé  dans  l'ab- 
baye de  la  Victoire,  près  de  Senlis, 
le  g  octobre  i^']5.  Le  duc  de  Bour- 
gogne obtint  du  monarque  80,000  liv. 
de  pension  ;  et  le  duc  de  Bretagne  fut 
établi  lieutenant-général  de  Louis  XI  : 
titre  sans  honneur  ,  et  dont  le  duc  ne 
fit  jamais  usage.  Charles-  le-Téméraire 
ayant  été  tué  devant  JNancy  ,  le  5  jan- 
vier 14777  François  craignit  les  en- 
treprises lie  Louis  XI ,  et  dut  cher- 
cher de  nouveaux  alliés  :  mais,  imi- 
tant les  perfidies  pohriques  du  roi,  il 
traita  avec  Edouard,  roi  d'Angleterre, 
en  même  temps  que  ses  ambassadeurs 
se  rendaient  à  la  cour  de  France  pour 
assurer  le  monarque  de  sa  fidélité. 
Les  lettres  du  duc  furent  interreptées 
par  les  émissaires  du  roi ,  qui  les 
montra  aux  ambassadeurs.  Les  soup- 
çons de  François,  qui  se  vit  trahi, 
tombèrent  d'abord  sur  Landais  ,  son 
secrétaire  et  son  favori  (  Foj^.  Lan- 
dais )  j  mais  le  coupable  fut  décou- 


FRA  485 

vert  :  c'était  un  nommé  Gourmcl , 
qui  écrivait  sous  Landais.  Les  lettres 
du  duc  étaient  par  lui  remises  à  un 
émissaire  du  roi,  qui  les  contrefai- 
sait, envoyait  les  originaux  à  son 
maître,  et  les  copies  au  roi  d'An- 
gleterre. Louis  XI  était  aussi  parvenu 
à  se  rendre  maître  ,  par  le  même 
moyen  ,  de  la  correspondance  d'E- 
douard. Gourmel,  enfermé  dans  un 
sac,  fut  secrètement  jeté  dans  la  meF 
par  ordre  du  duc  de  Bretagne,  qui, 
craignant  le  ressentiment  de  Louis , 
conclut,  en  147^7  un  traité  d'alliance 
avec  l'Angleterre,  et  promit  de  don- 
ner en  mariage,  au  prince  de  Galres  , 
sa  fille  Anne ,  héritière  de  ses  états. 
Edouard  étant  mort  en  1482,  le  duc 
se  trouva  réduit  à  ses  propres  forces. 
Il  créa  un  corps  de  milice  de  1  o  mille 
hoîumcs  ,  que  l'on  appela  le  bon 
corps;  il  fortifia  ses  places  ,  et  en  aug- 
menta les  garnisons  :  ces  mesures 
étaient  commandées  par  une  sage  po- 
litique. Louis  XI  allait  reprendre  ses 
projets  contre  la  Bretagne  ,  lorsqu'il 
mourut,  le  5o  août  i483.  Charles 
VIÏI ,  son  successeur ,  ne  fut  pas  plu- 
tôt monté  sur  le  trône ,  que  les  grands 
du  royaume  se  réunirent  pour  ôter  la 
régence  à  sa  sœur  la  dame  de  Beau- 
jeu.  Le  duc  d'Orléans,  premier  prince 
du  sang,  le  duc  d'Alençon  ,  le  prince 
d'Orange,  les  comtes  de  Dunois  et  de 
Comminges,  et  plusieurs  autres  sei- 
gneurs ,  se  retirèrent  à  la  cour  de 
Bretagne  ,  qui ,  depuis  long-temps , 
servait  de  retraite  à  tous  les  mécon- 
tents. La  duchesse- régente  leva  des 
troupes,  et  la  guerre  s'alluma.  Sur  ces 
entrefaites  ,  François  assembla  ses 
états  à  Bennes ,  l'an  i4B5 ,  et  fît  as- 
surer à  sa  fille  la  succession  de  son 
duché.  Les  seigneurs ,  le  clergé  et  le 
peuple  jurèrent  dans  toutes  les  com- 
munes ,  sur  la  croix  et  sur  des  reli- 
ques ,  de  reconnaître,  pour  leur  priu- 


486  FRA 

cesse  et  dame  souveraine ,  Anne  (îe 
Bretagne,  et  sa  postérité.  Cependant 
l'année  française  ,  commandée  par  le 
duc  de  laTremoille,  que  Guichardin  ap- 
pelle le  plus  grand  capitaine  du  mondé, 
s'empara  de  plusieurs  places  fortifiées. 
Gilles  de  Bourbon ,  comte  de  Mont- 
pensier,  lieutenant  de  Charles  VIII, 
se  présenta  devant  Nantes ,  le  20  juin 
1487.  Le  duc,  qui  craignait  l'issue 
de  ce  siège,  quitta  le  cbâteau,  se  re- 
lira au  centre  de  la  ville ,  et  fit  le 
singulier  vœu  de  présenter  à  Notre- 
Dame  de  l'Annonciade  de  Florence  , 
la  figure  en  cire  de  la  seconde  cité  de 
ses  états ,  si  elle  ne  devenait  point  la 
conquête  de  l'ennemi.  Le  siège  fut  le- 
vé; mais,  le  28  juillet  de  Tannée  sui- 
vante, la  Tremoille  gagna  la  fameuse 
halaillc  de  5aint- Aubin.  Les  Bretons 
perdirent,  dans  cette  journée,  envi- 
ron six  mille  hommes  ;  et  le  duc 
d'Orléans  y  fut  fait  prisonnier.  Fran- 
çois II  ne  survécut  pas  long-temps 
à  ce  revers  :  il  mourut  à  Couëron , 
le  8  ou  le  9  septembre  1488.  Son 
corps,  porté  à  Nantes,  fut  enterré 
dans  l'église  des  Carmes ,  où  on  lui 
éleva,  en  lôo^,  un  superbe  mauso- 
lée ,  ouvrage  de  Michel  Colom ,  habile 
sculpteur,  né  dans  le  diocèse  de  Saint- 
Pol  -  de  -  Léon.  Ce  monument,  décrit 
et  gravé  dans  les  Histoires  de  Bretagne 
de  D.  Lobincau  et  de  D.  Morice,  a  été 
transféré,  depuis  la  révolution,  dans 
l'église  cathédrale  de  Nantes  :  il  ren- 
fermait les  corps  de  François  II  , 
de  ses  deux  femmes,  Marguerite  de 
Bretagne  et  Marguerite  de  Foix,  et 
le  cœur  de  la  reine  Anne.  François  II , 
dernier  duc  de  la  branche  royale  de 
Dreux,  était  doux,  affable,  coura- 
geux ,  ami  de  la  justice.  Il  fut  aimé  de 
ses  peuples;  et  il  eût  été  peut-être  le 
prince  le  plus  accompli  de  son  temps, 
s'il  n'eût  laissé  prendre  trop  d'ascen- 
dant aux  femmes  qui  savaient  lui 


FRA 
plaire ,  et  aux  indignes  favoris  qui  le 
goiivern.iient.  Il  avait  créé,  le  1  sep- 
tembre 1485,  un  parlement  général 
et  sédentaire.  D'Argentré  en  rapporte 
les  lettres  d'érection  ;  mais  les  guerres 
qui  survinrent,  empêchèrent  l'exécu- 
tion de  ce  projet.  Sous  son  règne, 
les  gentilshommes  bretons  ne  savaient 
ni  lire,  ni  écrire  :  toute  autre  science 
que  celle  de  la  guerre  leur  était  in- 
connue; et  François  II  lui-même  se 
servait  d'une  estampille ,  pour  s'épar- 
gner la  difficulté  ou  la  peine  de  si- 
gner son  nom.  V — ve. 

FRANÇOIS  ,  grand-duc  de  Tos- 
cane. 7>'qx.  MÉDicis. 

FRANÇOIS  (  Gérard  ) ,  médecin 
de  Henri  IV,néà  Etampes,  dans  le 
I6^  siècle,  a  laissé  deux  ouvrages  en 
vers ,  qui  ne  donnent  pas  une  idée 
bien  avantageuse  de  sou  talent  pour  la 
poésie  :  I.  Les  trois  premiers  livres 
de  la  santé,  Paris,  1 585  ,  in- 16.  On 
ne  peut  nier  ,  dit  l'abbé  Goujet,  qu'il 
n'y  ait  dans  ce  poème  beaucoup  de 
préceptes  utiles  ;  mais  ils  sont  fort 
mal  exprimés.  II.  De  la  maladie  du 
^rand  corps  de  la  France,  des  cau- 
ses et  première  origine  de  son  mal , 
et  des  remèdes  pour  le  recouvrement 
de  sa  5flnfe,  Paris  ,  iSgS,  in-8<*. 
C'est,  dit  le  même  critique ,  l'ouvrage 
d'un  bon  citoyen  ;  mais  il  Fa  rendu 
fort  désagréable  à  lire,  en  le  remplis- 
sant de  termes  de  médecine  et  de 
noms  de  plantes  que  la  plus  grande 
partie  de  ses  lecteurs  n'était  pas  en 
état  d'entendre.  W — s. 

FRANÇOIS  (  DoM  Claude  et  dom 
Philippe),  deux  bénédictins  de  la 
congrégation  de  St.-Vannes,  que  nous 
réunissons  en  un  même  article,  à  cause 
d'étroits  rapports  qui  existent  entre 
eux,  et  de  l'impossibilité  de  ne  point 
tomber  dans  des  redites  en  les  sépa- 
rant. Dom  Claude  naquit  à  Paris  vers 
i559,  et  fit  profession  dans    l'ab- 


FRA 

baye  de  Saint-Vannes  en  iSSg.  Il 
fut  un  des  premiers  religieux  de  la 
réforme  de  ce  nom ,  et  un  de  ceux 
qui  contribuèrent  le  plus  à  son  éta- 
blissement. Envoyé'  au  mont  Cassin  , 
pour  voir  et  étudier  les  pratiques  de 
cette  congrégation  ,  sur  laquelle  celle 
de  Saint  -  Vannes  voulait  se  mode- 
ler ,  il  en  rapporta  les  règlements  , 
et  ramena  avec  lui  dom  Laurent-Luc 
Alberti,  que  Paul  V  crut  propre  à 
faciliter  l'organisation  de  la  congréga- 
tion naissante.  Dom  Claude,  alors  pré- 
sident de  cette  congrégation  dont  il 
avait  rédigé  les  constitutions,  obtint  de 
Louis  XIII,  ou  plutôt  de  la  régente 
sa  mère,  en  1610,  un  décret  qui  per- 
mettait aux  supérieurs  de  la  congréga- 
tion de  St.-Vannes  d'envoyer  des  reli- 
gieux réformés  dans  toutes  les  maisons 
de  l'ordre  de  St.- Benoît,  qui   vou- 
draient les  recevoir.  C'est  ainsi  que  la 
réforme  s'étendit  insensiblement  :  elle 
ne    fut    néanmoins  légalement  éta- 
blie qu'en  161 2.  Vers  i625  ou  26  il 
s'éleva  un  différend  sur  un  article  des 
constitutions  pau  lequel  il  était  statué 
que  toute  supériorité  vaquerait  après 
le  terme  de  cinq  ans ,  sans  que  le  su- 
périeur pût  être  continué.  11  parut  à 
dom  Claude  que  l'exécution  rigoureuse 
de  ce  statut  n'était  pas  sans  inconvé- 
nient. Cet  avis  ne  fut  point  partagé 
par  d'autres  supérieurs,  attachés  à  la 
lettre  des  constitutions  ,    et  notam- 
laent  par  dom  Philippe  François.  Il  en 
résulta  ,  de  la  part  des  deux  adver- 
saires, beaucoup  d'écrits  pour  l'un  et 
l'autre  sentiment.   Gomme  il  arrive 
dans  de   pareilles  disputes  ,  chacun 
demeura  dans  la  même  opinion;  et 
cette  question ,  tant  débattue ,  ne  fut 
décidée   qu'eu    i63o,    par  un  bref 
du   pape ,  qui  permit  de   continuer 
les  supérieurs  au-delà  des  cinq  ans , 
lorsqu'il    y  aurait  utilité  ou  néces- 
sité évidente  :  encore  Içs  parties  ne 


FRA  4B7 

se  soumirent -elles  à  cette  décision 
qu'en  i635.  Au  reste,  dom  Claude 
rendit  d'émineuts  services  à  sa  con^ 
gréga'tion.  Il  en  poursuivit  avec  cou- 
rage l'érection  à  travers   mille  em- 
pêchements, fut  douze  fois  président 
de  la  congrégation  ,  sut  en  remplir  les 
places   avec  dignité,  et  mourut  dans 
l'abbaye  de  St.-Mihiel  ,    le  10  août 
i652.  —  François  (Dom  Philippe  ) 
était  né  à  Lunéville ,  en  iS^g.  Son 
nom  était  Philippe  Collard;  et  son 
père,  versé  dans  le  droit  et  dans  la  lan- 
gue grecque ,  était  conseiller  du  duc  de 
Lorraine.  Le  jeune  Philippe  entra  ,  à 
l'âge  de  dix  ans ,  dans   l'abbaye  de 
Senones,  sous  l'abbé  Lignarius,  son 
parent ,  qui  voulait  en  faire  son  coad- 
juleur,  et  qui,  dans  ce  dessein,  lui 
donna  dès-lors  l'habit  de  St.-Benoît. 
Il  avait  commencé  avec  succès    ses 
éludes  à  Lunéville.  L'abbé  de  Senones 
l'envoya  les  continuer  à  l'université 
de  Pont-à-Mousson  :  le  jeune  religieux 
y  fit  de  grands  progrès  ^  et  se  rendit 
surtout  la  langue  grecque  extrêmement 
familière;  il  la  parlait  et  l'écrivait  avec 
tant  de   facilité,  qu'il    ne  se  servait 
d'aucune  autre,  dans    sa  correspon- 
dance  avec  son   père.    Après   avoir 
achevé  sa  philosophie  et  sa  théologie  , 
il  retourna  à  Senones  :  la  réforme  n'y 
était  point  encore  établie  ;  impatient  de 
l'embrasser ,  il  quitta  secrètement  ce 
monastère,  et  se  rendit  à  St.-Vannes 
en  i6o5:il  y  entra  au  noviciat,  fit 
profession  de  la  réforme  le  2 1  janvier 
1 6o4  -,  et  bientôt  après  reçut  l'ordre 
de  prêtrise.  Le  cardinal  de  Lorraine 
ayant  introduit  la  réforme  dans  son 
abbaye  de  St.»Mihiel ,  envoya  dom 
Philippe  y  professer  la  philosophie  et 
la  théologie.  L'année  suivante ,  ce  der- 
nier fut  rappelé  à  St.-Vannes,  et  mis  à 
la  tête  du  noviciat.  En  1 609,  on  le  nom- 
ma visiteur  :  il  en  exerça  les  fonctions 
pendant  un  grand  nombre  d'années* 


483. 


FRA 


En  1615, il  était  prieur  de  Tabbaye 
de  St.-Airy  de  Verdun,  lien  devint 
abbe'.  En  1 622 ,  il  fui  élu  président 
de  la  cougre'gation.  Les  historiens  de 
Tordre  de  St.-Benoît  louent  son  zèle 
pour  la  propagation  de  la  réforme,  sa 
piéle,el  la  profonde  étude  qu'il  avait 
faite  de  la  vie  spirilueile,  objet  princi- 
pal de  ses  écrits.  Ou  a  sa  vie,  com- 
posée par  Cathtriae  de  Bléraur ,  et 
imprimée  dans  le  2^  volume  des 
Hommes  illustres  de  Vordre  de  St.- 
Benoîl.  Il  mourut  à  S'.-Airy ,  le  2"^ 
mars  1637,  après  avoir  fait  rebâtir  à 
neuf  l'église  de  ce  monastère,  et  l'avoir 
enrichie  de  beaucoup  de  choses  pré- 
cieuses. Outre  les  ouvrages  com- 
posés au  sujet  de  son  différeud 
avec  dom  Claude,  dom  Philippe  en  a 
laissé  plusieurs  autres  dans  le  genre 
ascétique  :  I.  Trésor  de  perfection 
tiré  des  épîtres  et  évangiles  qui  se 
lisent  à  la  messe  pendant  Vannée , 
Paris,  161 5,  4  vol.  in- 12.  II.  La 
guide  spirituelle  pour  les  novices  , 
Paris,  1616,  in-i2.  III.  Zd  noviciat 
des  bénédictins ,  avec  un  traité  de  la 
mort  précieuse  des  bénédictins, 
iu-i2.  IV.  Renouvellement  spirituel 
nécessaire  aux  bénédictins.  V.  La 
règle  de  St.-Benoît  traduite  avec  des 
considérations j  Paris,  1^1 3  et  1620. 
VI.  L'occupation  journalière  des 
vrais  religieux.  VII.  Enseignement 
tiré  de  la  règle.  VII  [.  Courle  expli- 
cation de  ce  qui  se  dit  dans  V office 
divin ,  contenant  le  sens  littéral  et 
mystique  de  chaque  psaume  avec 
des  affections»  IX.  Les  exercices 
des  novices.  Ces  ouvrages  ont  été  tra- 
duits en  latin,  et  imprimés  plusieurs 
fuis.  Ils  étaient  en  usage  pour  les  no- 
vices dans  presque  toutes  les  maisons 
de  St.-Benoît.  L— y. 

FRANÇOIS  (  Jean  ),  jésuite,  né 
en  i582,  à  St.-Claude,  en  Franchc- 
Coinle,  fut  adïnis  (laps  la^ocicié  k, 


FRA 

l'âge  de  vingt-trois  ans.  H  professa  la 
philosophie  et  les  mathématiques  dans 
différeuls  collèges,  et  fut  ensuite  nom- 
mé recteur  des  études.  Il  se  retira  sur  1 
la  un  de  sa  vie ,  dans  la  maison  de  « 
son  ordre,  à  Rennes,  et  y  mourut  le 
20  janvier  1G68,  dans  de  grands 
sentiments  de  piété.  Il  avait  eu  pour 
disciple  l'illustre  Descartes;  et  ce 
grand  philosophe  conserva  ,  toute  sa 
vie  ,  le  plus  tendre  attachement  pour 
son  ancien  maître.  Ou  a  de  lui  :  1.  La 
Science  de  la  géographie ,  Rennes, 
i652,  in-B*.  II.  La  Science  des  eauxy 
qui  explique  leur  formation  f  com- 
munication ,  mouvements  et  mes- 
langes  y  etc.  y  ibid.,  i655,in-4''.  Le 
style  en  est  peu  agréable;  mais  on  y 
trouve  des  faits  curieux ,  et  appuyés 
sur  des  expériences  alors  nouvelles. 
III.  L'art  des  fontaines  ,  cest-à- 
dire  de  trouver,  éprouver ,  assem- 
bler, mesurer,  distribuer  et  con- 
duire les  sources  dans  les  lieux  pu- 
blics et  particuliers  ;  d'en  rendre  la 
conduite  perpétuelle  ,  etc. ,  ibid. 
i665 ,  in-^**.  C'est  u^^e  partie  de  l'ou- 
vrage précédent ,  que  i  auteur  fit  im- 
primer séparément,  avec  quelques 
additions.  IV.  L'arithmétique ,  ou 
Vart  de  compter  toutes  sortes  de 
nombres  avec  la  plume  et  les  jetons, 
ibid.,  1655,  1661;  Paris,  1 655, 
1 659 ,  in-4".  V.  L'Art  et  la  manière 
dd  mesurer  toutes  sortes  de  surfaces 
tant  dé  loin  que  de  près.  Cet  ouvrage 
qui  tiit  suite  à  l'Arithmétique,  s'y 
trouve  ordinairement  réuni.  VI.  Les 
Eléments  des  sciences  et  des  arts 
mathématiques ,  pour  servir  d'intro- 
duction à  la  cosmographie  et  à  la 
géographie  y  Rennes,  i655,  in-4''. 
VU.  La  Chronologie  y  divisée  en 
quatre  parties,  ibid. ,  i655  ,  iu-4"«  Il 
y  traite  de  la  division  du  temps,  et 
des  différents  instruments  qui  servent 
4  sa  mesure  ;  des  cadrans  solaiies  , 


FRA 

méridiens,  horloges,  etc.  VIII.  Traité 
dçs  influences  célestes,  ibid. ,  1660, 
io-4**.  Il  y  combat  les  principes  de 
l'astrologie  judiciaire,  science  qui  avait 
alors  de  nombreux  partisans.  IX.  La 
jauge  au  pied  du  roi,  Paris ,  1690  , 
in- 12.  W — s. 

FRANÇOIS  (Jean-Charles)  ,  gra- 
veur ordinaire  des  dessins  du  cabinet 
de  Louis  XV  et  du  roi  Stanislas ,  né 
à  Nanci,  le  4  mai  1 7 1 7,  d'une  famille 
distinguée  dans  le  commerce,  apprit  à 
dessiner  par  «oût,  à  l'insu  même  de 
ses  parents.  Cet  artiste,  dénué  de 
conseils  et  de  maîtres  dans  une  pro- 
vince éloignée  de  la  capitale,  devina , 
en  quelque  sorte,  et  les  principes  et 
les  procédés  de  son  art.  Sans  le  se- 
cours des  instruments  propres  à  la 
gravure ,  il  y  suppléa  par  son  génie  ; 
et  c'est  peut-être  ce  qui  le  conduisit  à  la 
découverte  de  la  gravure  en  manière 
de  crayon  :  découverte  qui  a  rendu  un 
si  grand  service  aux  arts  ,  surtout 
dans  les  provinces ,  où  les  élèves  n'a- 
vaient pour  étudier  que  de  très  mau- 
vaises copies ,  ou  de  plus  mauvais  ori- 
ginaux. François  ,  encore  très  jeune, 
se  mit  à  graver  les  armes  sur  la  vais- 
selle ,  afin  d'assurer  d'abord  sa  sub- 
sistance, et  de  ne  la  devoir  qu'à  lui- 
même.  Il  exécuta  aussi  plusieurs  vi- 
gnettes sur  bois ,  pour  les  billets  de 
mariage  et  ceux  d'enterrement.  A  l'âge 
de  seize  ans ,  il  quitta  sa  patrie  ,  se 
rendit  à  Dijon ,  et  de  là  à  Lyon ,  dans 
l'espoir  d'y  rencontrer  quelque  occa- 
sion de  se  livrer  à  la  gravure  en  taille 
douce  :  il  demeura  sept  ans  dans  cette 
ville ,  où  il  exécuta  un  livre  de  prin- 
cipes à  dessiner,  qui  offrit  au  public  les 
premiers  essais  de  sa  découverte,  et 
lui  mérita  les  applaudissements  des 
connaisseurs.  Si  le  public  était  satis- 
fait, François  ne  l'était  pas;  l'imita- 
tion n'était  pas  encore  complète  :  le 
dpsir  de  mieux  faire  lui  fit  entreprc^- 


FRA  48.) 

dre  le  voyage  de  Paris ,  où  il  espérait 
pouvoir  s'aider  des  lumières  des  ar- 
tistes célèbres  que  celte  ville  renferme 
dans  son  sein.  Enfin,  son  ardeur  et 
ses  travaux   furent  couronnés  d'un 
plein  succès  :  il  vint  à  bout ,  en  1 757, 
de  produire  une  illusion  parfaite;  et 
quelqu'un  qui  n'aurait  point  été  pré- 
venu, n'aurait  pu  distinguer  sa  gra- 
vure d'un  dessin  au  crayon.  L'acadé- 
mie de  peinture,  à  laquelle  il  fit  hom- 
mage de  sa  découverte ,  le  présenta  à 
M.  de  Marigny,  alors  directeur  des 
arts,  qui  lui  obtint  du  roi  une  pension  de 
600  francs.  François  ne  s'en  tint  pas 
là  :  animé  par  cette  faveur ,  il  voulut 
pousser  plus  loin  sa  découverte,  et 
vint  à  bout  de  rendre  sur  des  papiers 
de  couleur,  au  moyen  de  plusieurs 
planches  repérées  sur  la  même  feuilîe, 
des  dessins  à  plusieurs  crayons.  Il  fit 
aussi  plusieurs  essais  pour  imiter  le 
lavis ,  qui  lui  réussirent  assez  bien. 
Tant  de  succès  étaient  bien  faits  sans 
doute  pour   éveiller  l'envie.   Bientôt 
Magny,  Demarteau,  marchèrent  sur 
ses  traces  ;  ce  dernier  même  le  sur- 
passa :  mais,  non  contents  de  l'imiter, 
ils  prétendirent  s'approprier  sa  dé- 
couverte. François  ,  fort  sensible ,  et 
très  retiré  dans  son  cabinet,  étranger 
à  l'intrigue,  s'affligea  vivement  de  tou- 
tes ces  persécutions  ;  sa  santé  même 
s'en  altéra  considérablement  :  les  cha- 
grins et  l'inquiétude  empoisonnèrent  le 
reste  de  ses  jours  ;  enfin  il  y  succomba  le 
i\  mars  1769.  Ses  ouvrages  les  plus 
estimés  sont,  un  corps-de-garde,  d'a- 
près Vanîoo;  une  Vierge,  d'après  Vien  ; 
une   marche   de  cavalerie  ,   d'après 
Parrocel  ;  et  un  dessin  au  lavis,  d'après 
Boucher.  On  remarque  de  lui  un  por- 
trait du  docteur  Quesnay,  célèbre  éco- 
nomiste, dans  lequel  il  a  employé  tous 
les  genres  de  gravure  avec  beaucoup 
d'intelligence.  On  a  de  lui  aussi  une 
suite  de  portraits  des  philosophes  mo- 


4oo  F  R  A 

dernes ,  pour  rouvraf];e  de  Savcrien , 
dans  le  premier  Tolume  duquel  on 
trouve  une  lettre  de  François  sur  les 
procédés  de  son  art.  P — e. 

FRANÇOIS  (  Dom  Jean),  béné- 
dictin de  la  congrégation  de  Saint- 
Vaunes ,  écrivain  laborieux  ,  savant 
estimé,  et  zélé  prédicateur,  naquit  à 
Acremont ,  village  du  duché  et  dans 
le  voisinage  de  Bouillon ,  le  26  janvier 
1722.  Son  inclination  le  portant  à 
embrasser  l'état  religieux ,  il  entra  à 
l'abbaye  de  Beaulieu  en  Argon  ne,  à 
l'âge  de  dix-sept  ans,  et  y  prononça 
ses  vœux  en  1740.  Après  qu'il  eut 
achevé  ses  cours  dans  la  congréga- 
tion ,  il  fut  chargé  d'y  enseigner  la 
théologie.  A  cette  occupation  il  joignit 
l'étude  de  l'histoire,  pour  laquelle  il  se 
sentait  un  goût  particulier,  et  il  réso- 
lut de  se  vouer  à  celte  branche  de  lit- 
térature. Mais  il  regarda  la  critique 
comme  le  premier  devoir  de  l'histo- 
rien; et  dans  les  ouvrages  qu'il  com- 
posa ou  projeta,  il  l'exerça  avec  au- 
tant de  sagacité  que  d'impartialité. 
Ceux  que  nous  avons  de  lui,  ajou- 
tent à  la  gloire  littéraire  de  sa  docte 
congrégation.  Plusieurs  académies 
s'empressèrent  de  l'admettre  dans  leur 
sein,  notamment  celle  de  Metz,  011 
dom  Jean  fit  longtemps  sa  résidence, 
et  celle  de  Châlons-sur-Marne ,  ou 
il  habita  aussi.  Dom  Jean  occupa 
plusieurs  emplois  supérieurs  dans  sa 
congrégation.  Il  fut  prieur  de  l'ab- 
baye de  Sl.-Arnould  et  de  St.-Clé- 
ment  dans  la  ville  de  Metz  :  il  enri- 
chit la  bibliothèque  de  cette  dernière 
abbaye  de  plus  de  cinq  mille  volumes 
de  choix.  L*étude  qu'il  faisait  des  char- 
tes lui  fit  découvrir  que  deux  prieu- 
rés ,  celui  des  Sept.Moines,  Septem 
monachorum ,  et  cehii  de  Vaux-les- 
Moines  ,  appartenaient  à  l'ordre  de 
St.-Benoît ,  sur  lequel  ils  avaient  été 
vsurpés  par  des  chapitres  séculiers  : 


FRA 

il  les  lui  fit  restituer.  Il  vit  dissou- 
dre les  ordres  religieux,  et  fut  obli- 
gé de  quitter  un  état  qu'il  aimait  et 
qu'il  honorait ,  de  renoncer  à  des 
travaux  utiles ,  aux  goûts  de  toute  sa 
vie.  Il  survécut  peu  à  cet  événement  : 
retiré  dans  le  petit  village  d'Acre- 
mont,sa  patrie,  il  y  mourut  le  22  avril 
1791  ,  dans  sa  70^.  année.  On  a 
de  ce  savant  religieux  :  I.  Histoire  de 
Metz  (avec  dom  ïabouillot),  Metz, 
1769,  et  années  suivantes,  4  ^ol» 
in- 4°.,  avec  les  preuves.  L'auteur  y 
considère  Metz  antique;  Metz,  ca- 
■pitale  d' Austrasie ;  Metz,  ville  im- 
périale ;  Metz ,  capitale  de  province. 
11.  Dictionnaire  roman  ,  wallon  , 
celtique  et  tudesque^  pour  servir  à 
Vintelligence  des  anciennes  loix  et 
contrats,  Bouillon,  1777,  in-4**. IH. 
Bibliothèque  générale  des  écrivains 
de  V ordre  de  St.-Benoît ,  patriarche 
des  moines  d'Occident,  contenant 
une  notice  exacte  des  ouvrages  de 
tout  genre  composés  par  les  reli- 
gieux  des  diverses  branches  ^  filia- 
tions et  reformes,  Bouillon,  1777, 
4  vol.  in-4*'.  Dom  Jean  François  se 
proposait  de  donner  un  Becucil  d'an- 
ciennes  chartes  ,  2  vol.  in-fol. ,  sous 
le  titre  de  Chartes  austrasiennes ,  et 
un  Fouillé  du  diocèse  de  Metz.  11  tra- 
vaillait à  V Histoire  de  Chdlons-sur- 
Mame,k  peu  près  sur  le  même  plan 
qu'il  avait  adopté  pour  celle  de  Melz, 
Enfin,  il  devait  mettre  incessamment 
sous  presse  un  Code  monastique^  à 
l'usage  des  supérieurs  de  tous  les  or- 
dres. L — Y. 

FRANÇOIS  DE  DOMFRONT  (  Le 
Père  ),  capucin,  né  dans  le  17''.  siè- 
cle. C'est  à  tort  que  cet  auteur  est  ap- 
pelé François  de  Anfront  dans  la 
Bibliotheca  scriptorum  ordinis  ca- 
pucinorum  du  père  Denis  de  Gènes 
(  1 69 1 ,  in-fol.  ) ,  pag,  1 1 2  ;  et  ensuite , 
pag.  1 76 ,  Jean  de  Front  Ce  rcii- 


FRA 

gieux  est  auteur  d'un  ouvrage  inti- 
tule :  Scientia  principis  christianis- 
simi,  1  vol.  in-4".  D — b — s. 

FRANÇOIS  (Laurent),  piêlro, 
ne  le  2  novembre  1(398  ,  à  Arinthod, 
bourg  de  Franche-Comte',  entra  d'a- 
bord dans  la  congrégation  de  St.- 
Lazare.  Il  en  sortit  quelques  auîiëes 
après,  à  raison  de  la  faiblesse  de  sa 
santë ,  et  se  fixa  à  Paris ,  où  il  (it  quel- 
ques éducations  particulières.  Il  se 
consacra  ensuite  à  la  défense  de  la  re- 
ligion ,  et  publia  successivement  plu- 
sieurs ouvrages  dont  sa  modestie  l'em- 
pêcha de  se  déclarer  l'auteur.  Ce  sa- 
vant et  laborieux  ecclésiastique  mou- 
rut à  Paris ,  le  ^4  février  1 782 ,  dans 
un  âge  très  avancé.  On  a  de  iui  :  I. 
Lettre  sur  le  pouvoir  des  démons , 
in-4°.^  citée  dans  la  France  littéraire 
d'Hébrail.  II.  Preuves  de  la  religion 
de  Jésus-Christ,  contre  les  spino- 
sistes  et  les  déistes,  Paris,  1751, 
4  vol.  in-i  2.  III.  Défense  de  la  reli- 
gion chrétienne,  ibid.,  1755,  2  vol. 
in- 12  :  c'est  une  suite  de  l'ouvrage 
précédent-  l'un  et  l'autre  sont  re- 
marquables par  la  méthode  rigou- 
reuse que  l'auteur  a  suivie  dans  l'ex- 
position des  faits,  et  dans  la  discussion 
des  preuves  qui  en  établissent  la  vé- 
rité; le  style  n'en  est  pas  élégant, 
mais  il  ne  manque  ni  de  chaleur ,  ni 
de  clarté.  IV.  Examen  du  Catéchis- 
me de  l'honnête  homme,  ou  Dia- 
logue entre  un  caloyer  et  un  homme 
de  bien,  ibid. ,  1764,  in-ï2.  V.  Ré- 
ponse aux  difficultés  proposées  con- 
tre la  religion  chrétienne,  par  J.-J. 
Rousseau,  dans  Z'Emilc  et  le  Con- 
trat social ,  ibid. ,  1765  ,  in-i  2.  Y[. 
Examen  des  faits  qui  servent  de 
fondement  à  la  religion  chrétienne  ; 
précédé  d'un  court  Traité  contre 
les  athées,  les  matérialistes  et  les 
fatalistes ,  ibid. ,  1 767  ,  3  vol.  in-i 2  : 
ouvrage  écrit  avec  beaucoup  de  soli- 


FRA  49t 

dit*.  VU.  Observations  sur  la  Philo- 
sophie de  l'histoire  et  sur  le  Dic- 
tionnaire philosophique  ,  avec  des 
réponses  à  plusieurs  difficultés,  ibid. , 
1 770,  2  vol.  iu-8".  Il  a  laissé  en  ma- 
nuscrit la  Réfutation  du  Système  de 
la  nature,  et  du  Livre  des  trois  im- 
posteurs. C'est  par  erreur  qu'on  lui 
a  attribué  la  Géographie  connue  sous 
le  nom  de  M^^''.  Crozat ,  à  qui  elle 
est  dédiée  ,  Pari«  ,  1 729,  in- 1 2.  Cette 
Géographie,  qui  a  été  souvent  réim- 
primée ,  est  de  N.  le  François,  ami  de 
Delisle,  écrivain  sur  lequel  on  n'a  pu 
se  procurer  d'autres  renseignements. 
W— s. 
FRANÇOISE  (  Ste.  ) ,  darae  ro- 
maine, institutrice  de  la  congrégation 
des  Oblates,  auxquelles  Baillet  donne 
aussi  le  nom  de  Collatines  (il ,  peut 
être  proposée  aux  personnes  de  son 
sexe  comme  un  admirable  modèle , 
dans  quelque  état  qu'elles  se  trouvent, 
soit  de  virginité,  soit  de  mariage, 
de  viduité,  dévie  religieuse,  de  bonne 
ou  de  mauvnise  fortune;  car,  ayant 
passé  par  toutes  ces  situations ,  elle  y 
a  toujours  fait  ce  qu'il  y  avait  de 
mieux  à  faire.  Née  à  Rome ,  en  1 584  7 
de  Paul  Buxo  oudeBuxis,  et  d'Isa- 
belle ou  Jaqueline  Rofredeschi ,  d'une 
famille  ancienne  et  illustre  en  Itahe, 
elle  eut  en  naissant  des  inclinations 
vertueuses  ;  ces  inclinations  se  déve- 
loppèrent et  se  perfectionnèrent  par 
une  éducation  chrétienne.  Aimant  la 
retraite,  les  lectures  pieuses  et  l'oraison, 
elle  fuyait  les  amusements  du  monde, 
jeûnait  et  mortifiait  son  corps.  A  l'âge 
de  onze  ans ,  Françoise  sollicita  ses 
parents  pour  qu'ils  lui  permissentd'eu' 


(i)  Baillet  fait  entendre  que  ce  nom  de  Colla- 
t/Vier  leur  vient  du  quartier  de  Rome  où  elles  sont 
établies.  Le  P.  Hélyot ,  qui  paraît  avoir  pris  de» 
renseij;nements  sur  les  lieux,  prétend  qne  ce  nom 
de  Collatines  est  inccunu  aux  Ublates  ,  encore  éta- 
blies aujourd'hui  dans  la  première  maison  qu'elle» 
ont  occupée,  rue  des  Cordiers  ,  au  pied  du  Capilolç 
et  an  quartier  (JampitellI. 


492  F  R  A 

trer  dans  un  monastère  ;  mais  ils  la 
destinaient  à  l'ëtat  du  mariage.  Elle 
soumit  sa  volonté'  à  la  leur,  et  crut 
obéir  à  Dieu  eu  leur  obéissant.  Ils  lui 
donnèrent  pour  ëpoux  Laurent  Pon- 
zani ,  jeune  homme  riche ,  d'une  nais- 
sance distinguée ,  et ,  ce  qui  valait 
mieux  ,  d'une  sagesse  rare  à  son  âge. 
Quoique  mariée  contre  son  gré ,  Fran- 
çoise s'attacha  à  remplir ,  avec  la  plus 
scrupuleuse  exactitude,  ses  obliga- 
tions d'épouse.  En  conservant ,  avec 
la  permission  de  son  mari ,  le  même 
esprit  de  retraite,  le  même  éloigne- 
ment  pour  le  jçu,  les  spectacles  ,  les 
festins,  elle  veilla  avec  soin  sur  sa 
maison  ,  régla  son  domestique ,  évita 
tout  ce  qui  pouvait  déplaire  à  son 
mari,  alla  au-devant  de  tous  ses  désirs, 
épouse  toujours  tendre  et  toujours 
soumise.  Eile  exigeait  de  ses  gens 
qu'ils  remplissent  les  devoirs  de  la  re- 
ligion, et  leur  en  montrait  l'exeojple. 
Vêtue  simplement,  ne  portant  que 
des  étoffes  de  laine ,  elle  employait  au 
soulagement  des  pauvres  ce  qu'elle 
retranchait  de  sa  parure.  Lorsqu'elle 
fut  des  enfants ,  elle  fit  de  leur  édu- 
cation son  occupation  principale,  et 
veilla  de  bonne  beiirc  à  ks  former  à 
la  religion.  En  14» 5,  sa  vertu  fut 
éprouvée  par  l'adversité.  Dans  les 
troubles  qui  s'élevèrent  en  Italie  lors 
du  schisme  de  Jean  XXIII  et  de  l'in- 
vasion de  Ladislas  ,  roi  de  Naples ,  le 
mari  de  Françoise  et  Paulucci  ^  son 
beau-frère,  furent  bannis,  et  leurs 
biens  conGsqués.  Françoise  supporta 
ce  malheur  avec  courage.  Après  l'ab- 
dication de  Jean  XXII 1  ,  les  deux 
frères  revinrent,  et  furent  réintégrés 
dans  leurs  biens.  Il  y  avait  à  Rome 
une  confrérie  qui  portait  le  nom 
d'OblatSy  et  qui  était  sous  la  direc- 
tion des  Pères  olivetains.  On  n'y  con- 
tractait d'autre  engagement  que  celui 
de  pratiquer  les  devoirs  de  chrclieu, 


FRA 

cl  on  y  recevait  des  hommes  et  des 
femmes,  sans  qu'ils  changeassent  de 
condition.  Françoise  s'y  était  agrégée. 
Elle  pensa  qu'une  telle  association 
pouvait  se  perfectionner  ;  et  son  mari 
lui  ayant  permis  de  disposer,  pour  de 
bonnes  œuvres ,  d'une  partie  des  biens 
qui  leur  avaient  été  rendus,  elle  réso- 
lut d'établir  une  congrégation  de  filles 
et  de  femmes  veuves,  sous  le  nom 
à'OblateSy  lesquelles  vivraient  en 
commun  sous  l'obéissance  d'une  su- 
périeure. Ayant  trouvé  plusieurs  per- 
sonnes de  sou  sexe  disposées  à  em- 
brasser ce  genre  de  vie ,  elle  les  réunit 
le  25  mars  i453,  dans  une  maison 
qu'on  appelle  encore  Torrg  de  Spec- 
chi,  qu'on  parvint  à  agrandir,  en  y 
joignant  quelques  bàtiracnls  voisins  , 
lorsque  le  nombre  des  oblates  aug- 
menta. La  fondatrice  leur  donna  la 
règle  de  Saint-Benoît;  et  Eugène  IV, 
après  avoir  entendu  le  rapport  de 
l'archevêque  de  Cosenza  sur  cet  éta- 
blissement, le  confirma  par  unebuPc 
du  mois  de  juillet  de  la  même  année. 
Les  oblates  ne  font  point  de  vœux. 
Après  une  année  de  noviciat,  elles 
sont  admises  à  l'oblation,  et  promet- 
tent seulement  obéissance  à  la  supé- 
rieure, suivant  la  coutume  :  elles  peu- 
vent rentrer  dans  le  siècle  et  s'y  ma- 
rier. Françoise,  ayant  perdu  son  mari 
en  1436,  mit  ordre  à  ses  affaires,  se 
présenta  à  la  communauté,  et  demanda 
d'y  être  reçue.  On  la  supplia  d'en 
accepter  le  titre  de  supérienre  :  elle  re- 
fusa long-temps,  et  loin  de  vouloir  y 
dominer ,  elle  y  recherrhait  les  offices 
les  plus  bas.  Il  fallut  enfin  céder  aux 
vœux  de  ses  filles.  Elle  fut  pour  elles, 
pendant  le  reste  de  sa  vie,  un  modèle 
de  to'îtes  les  vertus.  Françoise  mou- 
rut, le  9  mars  de  l'année  i44<>»  ^R^ 
de  cinquante-six  ans.  Le  pape  Paul  V 
la  canonisa  en  1 608.  Les  franciscains 
la  réclament  comme  leur  appartenant, 


FRA 

parce  qu*ils  prétendent  qu'avant  de 
fonderies  oblales,  elie  ëlail  de  leur 
tiers  -  ordre.  Sa  congrégation  ne  s'é;- 
tendit  point;  ellen*a,  suivant  le  père 
He'lyot,  que  la  maison  de  Rome,  où 
se  trouvent  environ  cinquante  dames 
de  chœur ,  et  trente-quatre  converses. 
Sa  Vie,  e'crite  en  italien  par  Fr.  Penia, 
a  e'té  traduite  en  français  par  Michel 
d'Eme,  Douai,  j6o8,  in-12,  et  par 
Charles  Lambert ,  Rouen  ,  1 609 , 
in-8°.  L— Y. 

FRANÇOISE,  duchesse  de  Breta- 
gne, fille  de  Louis  d'Amboise,  vicomte 
deThouars,  et  de  Marie  de  Rieux, 
naquit  l'an  14^7.  Elle  fut,  dès  son 
enfance,  pi  omise  à  Pierre,  comte  de 
Guingamp  ,  second  fils  de  Jean  V, 
dit  le  Sa§e,  Awc  de  Bretagne,  et  ame- 
née ,  à  l'âge  de  quatre  ans  ,  à  la  cour 
du  duc  ,  où  on  la  remit  entre  les  mains 
de  Jeanne  de  France  ,  fiile  de  Char- 
les YI ,  épouse  de  Jean,  et  princesse 
d'une  haute  vertu.  Lorsqu'elle  eut  sept 
ans ,  on  célébra  la  cérémonie  de  ses 
fiançailles  ;  elle  était  déjà  un  modèle 
de  sagesse  et  de  piété,  et  l'exemple  de 
la  cour.  En  1 44^  ?  étant  âgée  de  quinze 
ans ,  elle  épousa  le  comte  Pierre ,  qui , 
religieux  lui-même ,  et  touché  de  l'in- 
nocence de  sa  jeune  épouse,  respecta 
le  désir  qu'elle  avait  de  la  conserver. 
Les  commencements  de  ce  mariage 
furent  heureux;  mais  des  malveillants 
ayant  jeté  des  soupçons  dans  l'esprit 
du  comte,  il  traita  indignement  Fran- 
çoise, et  s'oublia  jusqu'au  point  de  la 
frapper.  Vaincu  cependant  par  sa  dou- 
ceur et  par  sa  patience ,  il  revint  à  lui , 
sentit  tout  le  prix  du  trésor  qu'il  pos- 
sédait, et  pria  son  épouse  de  lui  par- 
donner ses  injustices.  Pénétré  de  plus 
en  plus,  chaque  jour,  d'admiration 
pour  lés  rares  qualités  de  sa  femme , 
il  continua  de  vivre  avec  elle  comme 
avec  une  sœur;  et  tous  deux  se  pro- 
mirent que  si  Tua  venait  à  mourir , 


FRA  495 

l'autre  ne  se  remarierait  pas,  mais 
entrerait  en  religion.  Le  duc  Jean  étant 
mort  en  1 44^»  François,  son  fils  aîné , 
lui  succéda  :  mais  s'étant  élevé,  entre  lui 
et  Gilles,  le  plus  jeune  de  ses  frères,  un 
diftérend  occasionné  par  le  faux  soup- 
çon d'un  prétendu  traité  fait  par  ce- 
lui-ci avecle  roi  d'Angleterre,  François 
fît  mettre  Gilles  en  prison ,  où  -,  quatre 
ans  après ,  celui-ci  périt  d'une  mort  vio- 
lente ,  quoique  Françoise  eût  fait  tout 
son  possible  pour  réconcilier  les  deux 
frères;  et  François  mourut  lui-même 
au  bout  de  trois  mois.  (  Foy.  Fran- 
çois P*". ,  duc  de  Bretagne.  )  Pierre 
succéda  au  duché.  Lui  et  Françoise 
furent  couronnés  en  i45o;  ils  régnè- 
rent ensemble  sept  ans  :  Françoise 
employait  tout  ce  qu'elle  avait  de  ri- 
chesses et  de  crédit  à  faire  de  bonnes 
œuyres ,  et  vivait  au  milieu  de  la  cour 
avec  autant  de  régularité  que  si  elle 
eût  été  dans  un  monastère.  Le  duc 
Pierre  mourut  en  14^7,  après  avoir 
déclaré ,  avec  serment ,  qu'il  laissait 
Françoise  aussi  pure  qu'il  l'avait  re- 
çue. Lorsque  la  duchesse  lui  eut  rendu 
les  derniers  devoirs,  elle  songea  à  se 
retirer  du  monde  :  mais  elle  était  ré- 
servée à  une  nouvelle  épreuve.  Artur, 
oncle  de  Pierre ,  et  qui  lui  succéda , 
prince  que  l'histoire  néanmoins  nous 
donne  pour  religieux  et  aftui  de  la 
justice,  dépouilla  Françoise  de  ses 
biens ,  s'empara  de  ses  revenus ,  lui 
enleva  jusqu'à  ses  pierreries ,  et,  ce 
qui  lui  fut  plus  sensible ,  lui  ota  sus 
domestiques  les  plus  afïidés.  Elle  souf- 
frit tout  cela  avec  patience.  Cette  per- 
sécution ne  finit  qu'avec  la  vie  d'Ar- 
tur.  François  II,  son  successeur, 
rendit  à  la  duchesse  tout  ce  qu'on  lui 
avait  pris ,  et  lui  laissa  la  liberté  de 
suivre  le  genre  de  vie  qu'elle  jugerait 
à  propos.  Elle  fit ,  des  biens  qui  lui 
étaient  restitués,  le  plus  pieux  usage  , 
soulagea  les  pauvres ,  fit  construir* 


494  FRA 

des  hôpitaux ,  les  dota  ,  et  fonda  des 
monastères.  Sou  projet  e'tait  de  se  re- 
tirer dans  un  couvent  de  Sainte-Claire; 
mais  la  faiblesse  de  sa  santé'  ne  lui 
permettait  point  d'embrasser  un  genre 
de  vie  aussi  rigoureux.  Ayant  eu  oc- 
casion de  voir  le  père  Jean  Soreth, 
général  des  carmes,  elle  prit  la  réso- 
lution ,  par  son  conseil ,  de  se  faire 
carmélite,  et  le  pria  de  lui  envoyer  de 
Liège  des  religieuses  de  son  ordre , 
pour  qui  elle  voulait  faire  bâtir  un 
monastère.  Il  lui  restait  un  nouveau 
combat  à  soutenir.  Le  duc  de  Savoie , 
charmé  de  sa  vertu,  souhaitait  ardem- 
ment de  Tavoir  pour  épouse.  Le  père 
de  la  duchesse,  toute  sa  famille,  desi- 
raient ce  mariage  :  Louis  XI  le  vou- 
lait. On  employa  prières ,  menaces  , 
ruses  ;  rien  n'ébranla  Françoise  dans 
la  résolution  qu'elle  avait  prise.  Api'ès 
l'avoir  beaucoup  tourmentée,  on  fut 
obligé  de  la  laisser  libre.  Les  reli- 
gieuses qu'elle  avait  demandées  étant 
arrivées  à  Vannes  en  1 465 ,  elle  les 
plaça  dans  le  monastère  des  Trois- 
Maries,  et  vint  elle-même  y  prendre 
l'habit  le  25  mars  i^S'j.  Elle  voulut 
occuper  la  dernière  place  parmi  les 
novices,  défendit  que  désormais  on 
lui  donnât  le  titre  de  princesse,  ou 
même  àe fondatrice ,  ne  voulant  plus 
d'autre  nom  que  celui  de  sœur  Fran- 
çoise et  de  sentante  du  Sauveur.  Elle 
choisit ,  pour  sa  part ,  les  services  le^ 
plus  vils  de  la  maison  ,  et  se  dévoua 
au  soin  des  malades.  Son  année  de 
noviciat  étant  révolue,  elle  demanda 
à  être  admise  à  la  profession  ;  mais 
elle  voulut  n'être  reçue  qu'en  qualité 
de  sœur  converse  :  jamais  religieuse 
ne  fut  plus  fervente ,  plus  humble , 
plus  assidue  à  ses  devoirs.  Devenue, 
en  1475  ,  prieure  malgré  elle,  jamais 
supérieure  ne  fut  plus  exemplaire.  Un 
autre  couvent  lui  ayant  été  donné  près 
de  Nantes ,  elle  alla  s'y  établir  avec 


FRA 

neuf corapagues  qu'elle  tira  du  premier 
monastère,  et  y  mourut  le  4  novem- 
bre i485,  victime  des  soins  qu'elle 
avait  rendus  à  une  des  sœurs  attaquée 
d'une  maladie  contagieuse.  Ses  vertus 
lui  valurent  l'honneur  de  la  béatifica- 
tion; et  André  du  Saussay  fait  men- 
tion d'elle  dans  son  Martjrologium 
gallicanum,  au  1  novembre.  L'abbc 
Barrin  a  écrit  la  Vie  de  cette  pieuse 
princesse,  Bruxelles  (Rennes),  1704, 
in- 12.  L — Y. 

FRANCOWITZ  (Mathia^  Flach), 
fameux  théologien  protestant,  né  le 
3  mars  iSii  ,  se  faisait  appeler 
Flaccus  Illrricus ,  parce  qu'il  était 
d'Albona  dans  l'Istrie  ,  partie  de 
l'ancienne  Illyrie.  Après  avoir  fait 
ses  études  à  Venise  ,  il  forma  le  pro- 
jet d'entrer  dans  un  monastère,  afin 
de  s'y  livrer  plus  commodément  à 
son  goût  pour  l'étude  ;  mais  il  en  fut 
détourné  par  un  oncle  maternel, 
provincial  des  cordeliers,  qui  pen- 
sait à  embrasser  la  réforme  de  Lu- 
ther, et  qui  conseilla  à  son  neveu  de 
s'en  aller  en  Allemagne,  où  les  nou- 
velles opinions  faisaient  alors  des 
progrès  rapides.  Illyricus  en  reçut 
les  premiers  principes  à  Baie  chez 
Grynaeus ,  et  s'y  fortifia  entièrement 
à  Wittembergsous  Luther  et  Mélanch- 
thon ,  qui  lui  procurèrent  une  chaire 
dans  l'université.  Son  zèle  impétueux 
contre  X intérim,  son  déchaînement 
contre  Mélanchthon ,  dont  les  prin- 
cipes modérés  lui  déplaisaient ,vrobli- 
gèrent  de  se  retirer  à  Magdebourg , 
afin  d'être  plus  libre  de  déclamer  à 
son  aise  contre  l'Eglise  romaine.  C'est 
dans  cette  ville  qu'il  commença  l'His- 
toire ecclésiastique  connue  sous  le  ti- 
tre de  Centuries  de  Magdebourg  ^ 
dont  il  est  le  principal  auteur.  Appelé 
à  léna  en  i557  ,  il  fut  contraint  d'en 
sortir  cinq  ans  après,  à  cause  d'une 
dispute  sur  la  nature  du  péché ,  qu'il 


FRA 

soutenait  avoir  corrompu  la  subs- 
tance même  de  l'ame ,  erreur  qui  le 
fit  accuser  de  manichéisme  à  Stras- 
bourg (  yoy.  Jacques  André,  t.  II, 
pag.  1 26  ).  Il  mourut  à  Francfort  le 
II  mars  1575.  Illyricus  e'tait  donc' 
de  grands  talents,  surtout  pour  la 
critique,  d'un  esprit  vaste,  d'un  sa- 
voir profond.  Quoique  ses  ouvrages 
soient  trop  diffus,  et  qu'ils  renferment 
des  opinions  singulières ,  on  y  trouve 
cependant  des  choses  fort  utiles;  mais 
son  caractère  impe'tueux ,  turbulent , 
querelleur,  opiniâtre,  gâtait  ses  bonnes 
qualite's  ,  et  causa  beaucoup  de  trou- 
bles et  de  de'sordres  dans  son  parti  : 
aussi  n'en  fut  -  il  pas  regretté.  Sa 
maxime  politique  était  qu'il  fallait  te- 
nir les  princes  en  respect  par  la 
crainte  des  séditions.  Mous  ne  mar- 
querons ici  que  ceux  de  ses  ouvrages 
qui  nous  offrent  quelque  circonstance 
importante  à  connaître  :  !.  Caialo- 
gus  teslium  veritatis ,  Baie,  i556, 
10-4".;  Strasbourg,  1062,  in -fol.; 
Francfort,  1666,  in-4°. ,  1672.  Ces 
deux  dernières  éditions  sont  les  plus 
estimées.  On  ne  fait  point  cas  de 
celles  de  Lyon,  1597,  de  Genève, 
i(io8 ,  parce  que  Goulard  y  a  fait  de 
grands  changements  ,  sans  distinguer 
ce  qui  est  de  lui  ou  de  l'auteur.  Illy- 
ricus parcourut  les  bibliothèques  d'Al  - 
lemagne  pour  composer  cet  ouvrage  ; 
le  mal,  c'est  qu'il  applique  à  l'Eglise 
romaine  ce  qui  n'a  été  dit  que  contre 
quelques-uns  de  ses  membres ,  et 
contre  les  abus  qui  régnaient  dans 
les  temps  d'ignorance  {Voy.  Eisen- 
grein).  IÏ.  Missa  Latuia  qiiœ  olim 
ante  Romanam  in  usu  fuit,  Stras- 
bourg ,  1557  ,  in  -  S\  Cette  liturgie, 
conforme  aux  anciens  missels  ro- 
mains -  f^allicans ,  auxquels  on  avait 
fait  quelques  additions  après  le  temps 
de  Chariemagnc ,  contient  de  belles 
prières.  Les  protestants  la  publièrent 


FRA  49^ 

d'abord  comme  contraire  à  la  croyance 
et  à  la  pratique  des  catholiques  : 
mais  s'étant  aperçus,  d'après  un  plus 
mûr  examen ,  qu'elle  n'était  point  fa- 
vorable au  nouvel  Evangile,  parce 
qu'elle  autorisait  fortement  plusieurs 
dogmes  catholiques ,  tels  que  la  pré- 
sence réelle  et  la  confession  auricu- 
laire, ils  en  supprimèrent  tous  les 
exemplaires  qu'ils  en  purent  trouver; 
ce  qui  l'a  rendue  extrêmement  rare , 
du  moins  cette  édition ,  car  elle  a  été 
réimprimée  dans  les  x\nnales  du  P.  Le 
Cointe  et  dans  les  Livres  liturgiques 
du  cardinal  Bona.  lll.  Centuriœ  Mag' 
deburgenses ,  Magdcbourg,  les  trois 
premières  ea  iSSg  ,  réimprimées 
avec  des  corrections  et  des  additions 
en  i562;  les  autres,  les  années  sui- 
vantes ,  jusqu'en  1574  que  parut  la 
treizième  et  dernière  ,  qui  se  termine 
à  l'an  i5oo.  L'édition  la  plus  répan- 
due de  cette  Histoire  ecclésiastique 
est  de  Baie,  i634  ,  3  vol.  in -fol.; 
mais  ou  reproche  à  Lucius,  l'édi- 
teur, d'avoir  retranché  les  préfaces, 
et  d'y  avoir  introduit  des  changements 
en  faveur  du  calvinisme.  C'est  le  pre- 
mier grand  ouvrage  de  ce  genre.  Il 
y  a  bien  des  fautes  ;  mais  celles  qui 
ne  partent  pas  des  préjugés  de  reli- 
gion sont  bien  pardonnables.  IV.  De 
manducatione  corporis  Chrvsti  , 
i554,  in-8'.  ;  De  esseniid  imaginis 
Dei  et  diaholi ,  justitiœ  ac  injusti- 
tiœ  originalis ,  Bàïc  y  iSiOg,  in-S''.  ; 
De  occasionibiis  vitandi  errorem 
in  essentid  justiticB  originalis ,  Baie , 
1 569 ,  in-8^.  ;  De  peccato  originali , 
i568,  in-8''.;  Defensio  doctrince de 
originali  justitid  et  injuslitidj  1570, 
in-B**.  ;  De  non  scmtando  gêner atio - 
nisfdii  Dei  modo,  1 56o,  in-8°.;  -^yoo- 
logia  contra  Theod.  Bezœ  cai^illa- 
tiones,  i566,  in-8\  H  faut  y  join- 
dre une  brochure  de  huit  feuillets , 
intitulée  :    Repetitiones    apologiœ , 


4gfî  F  R  A 

tic,  Ic'na,  i56i,  in -8".;  Scripta 
ijuœdam  papce  et  monarcharum  de 
conciUo  iridentino  ,  Baie,  in -8". 
Tous  ces  ouvrages  sont  recherches, 
rares  et  curieux.  V.  De  sectis  doc- 
trifiiSj  religionis  pontificiorum ,  Baie , 
1 565,  in^**.  ;  lyotœ  de  fais  d  papis- 
îanimreligioTie,  Magdebourg,  i549, 
in-8".  (jcs  deux  écrits  se  trouvent  dif- 
ficilement. VI.  Contra  papatum  Ro- 
maniim,  i5^b,  in- ii\  Cet  ouvrage 
extrêmement  rare,  l'un  des  plus  vio- 
lents qui  aient  paru  contre  la  cour  de 
Rome,  a  une  préface  qui  commence 
ainsi  :  Satanacissimus  papa  ,  etc. 
Il  a  été  traduit  en  français  sous  ce 
litre  :  Contre  la  principauté  de  Vévé- 
que  de  Rome,  Lyon,  i564,  in-8^, 
rare.  VII.  Antilogia  papœ  ^  Baie, 
1 555  ,in-8''.,  rare  et  très  satirique. 
VIÏI.  Prœjatio  adErasmum  lU'mco' 
i>ium  de  Firgine  venetd  G.  Postelli, 
ïéna,  i556,  rare,  curieux,  singu- 
lier. IX.  Historia  certaminum  de 
primatu  papœ ,  Baie ,  1 554 ,  in-8''. , 
Tua  des  plus  rares  de  cet  auteur.  X.  De 
corruptoEcclesiœ  statu,  Baie ,  i557, 
in  -  8  '. ,  rare,  recherché  :  c*est  un  re- 
cueil des  pièces  (eu  vers)  les  plus  viru- 
lentes contre  les  papes  ;  la  préface  est 
piquante  par  sa  singularité.  XI.  Syl- 
vula  carminum  de  religione,  i553, 
in -8°.,  i6  pag.,  rare.  XII.  Sj'ba 
carminum  in  nostri  œvi  corrupte- 
las ,  i553,  in-8".,  rare,  curieux, 
recherché  j  Flaccus  n'en  est  que  l'édi- 
teur. XIII.  Carmina  vetusta  quœ 
déplorant  inscitiam  Evangelii ,  cum 
prœjatione  Flacci  Illyrici ,  Wit- 
temberg,  ï548,  in -8°.,  pièce  satiri- 
que, beaucoup  plus  rare  que  les  pré- 
cédentes. XIV.  De  translatione  im- 
per ii  Romani ,  etc.,  Bâlc,  1 566 ,  in- 
8". ,  Francfort,  i6ii,  in-4".,  où  il 
établit  que  la  translation  de  l'empire 
romain  aux  Allemands  n'a  pas  été 
faite  par  les  papes ,  et  que  le  peuple 


FRA 

doit  influer  dans  l'élection  dds  été- 
ques.  XV.  Cliwis  Scripturœ  sacrœ , 
dont  les  plus  amples  éditions  sont  de 
léna,  1674?  et  Leipzig,  1695,  in- 
fol.  Oq  y  trouve  quelquefois  de  bonnes 
règles  ;  mais  il  en  fait  souvent  de 
fausses  applications.  XVÏ.  Glossa 
compendiaria  in  N.  T. ,  Bâle^  1 570  ; 
Francfort,  1659,  in-fol.;  rempli  des 
idées  des  protestants  comme  le  pré- 
cédent, dont  il  est  la  suite.  Illyricus 
â  le  premier  tiré  de  la  poussière  des 
bibliothèques ,  et  publié  ^Histoire  de 
Sulpice  Sévère,  et  le  livre  de  Julius 
Firmicus  Maternus  de  errore  pro- 
fanarum  religionum.  Il  a  aussi  donné 
une  édition  de  Grégoire  de  Tours, 
J.  Bjlth.  Ritter  a  publié  à  Francfort 
en  i7'25,  in-4''.,  une  Notice  sur  la 
vie  et  les  ouvrages  de  Flaccus  Illy- 
ricus,elil  en  a  paru  deux  ans  après 
une  nouvelle  édition  fort  augmentée. 

T--D. 

FRANCQUAERT  (  Jacques  )  ^ 
peintre  d'histoire  et  architecte.  Les 
années  de  sa  naissance  et  de  sa  mort 
sont  ignorées.  On  sait  seulement  qu'il 
naquit  à  Bruxelles  vers  le  milieu  du 
16".  siècle;  et  quelques  personnes 
croient  qu'il  fut  élève  de  Rubens.  (  On 
voyait  souvent  dans  les  écoles  de 
Flandre  des  élèves  plus  âgés  que 
leurs  maîtres  ;  Francquaërt  pouvait 
être  de  ce  nombre.  )  Cet  artiste  fit 
de  brillantes  éludes.  Il  avait  tant  de 
dispositions  pour  les  sciences  qu'il 
lui  a  suffi  de  ses  heures  de  récréation 
pour  apprendre  en  très  peu  de  temp» 
les  mathématiques  et  l'architecture. 
Il  voyagea  ensuite  en  Italie ,  et  so 
fixa  quelque  temps  à  Rome  ,  oij, 
non  content  de  se  perfectionner  dans 
les  arts  qu'il  avait  déjà  professés,  il 
cultiva  avec  succès  la  poésie.  De  re- 
tour dans  sa  ville  natale ,  il  fut  nommé 
peintre  et  architecte  de  Tarchiduc  Al- 
bert, et  il  jouit  jusqu'à  sa  mort  de  la 


FRA 

plus  grande  considcratiou.  Ses  ou- 
vraces  sont  peu  connus  en  France. 
F.  P~T. 
FRANGIPANE ,  maison  puissante 
de  Home,  prticulièrement  dans  les 
1I^    et    I2^  siècles.  Cette  maison 
avait   pris  son    nom    d'une    distri- 
bution de  pain  qu'elle  avait  faite   à 
Rome  da|i  un  temps  de  disette.  Elle 
tint  le  premier  rang  parmi  la    no- 
blesse romaine  jusqu'au  temps  où  les 
Çolonna  et  les  Orsini  s'élevèrent  au- 
dessus  de  tous  leurs  concitoyens.  La 
rivalité  enire  les  Frangipani  et  les 
Pietro  Leoni  a  cause'  plusieurs  guerres 
civiles  dans  Rome,  et  plusieurs  schis- 
mes dans  l'Eglise.  Cenzio  Frangipane 
ayant  embrasse'  la  cause  de  Henri  V 
contre  les  papes,  fit  élire  en  1118 
l'antipape  Burdino ,  qui  prit  le  nom 
de  Grégoire  VIll.  Douze  ans   plus 
tard ,  la  maison  Frangipane  se  déclara 
pour  Innocent  II  j  mais  les  Pietro 
Leoni  firent   élire    l'antipape    Ana- 
clet  II,  En  1268  ,  Conradin  fut  ar- 
rêté dans  sa  fuite  ,  et  livré  à  Cbarles 
d'Anjou  par  Jacques  Frangipane,  sei- 
gneur d'Astura.  11  y  a  aussi  une  mai- 
son Frangipani  en  Hongrie ,  qui  pré- 
tend descendre  de  celle    de   Komej 
mais  son  nom  paraît  être  esclavon , 
Franc  Pani  signifiant  dans  cette  lan- 
gue le  seigneur  Franc.       S.  S — i. 

FPxANGlPAlSE  (CoRNELio),  de 
l'illustre  et  ancienne  maison  de  Gis- 
tello  dans  le  Frioul ,  naquit  au  com- 
menccmeijt  du  16®.  siècle.  Après 
avoir  terminé  ses  études  d'une  ma- 
nière brillante,  il  fréquenta  le  bar- 
reau à  Venise  ,  et  ne  tarda  pas  à 
fixer  sur  lui  l'attention  publique  par 
ses  talents  oratoires.  Il  fut  chargé  plu- 
sieurs fois  de  complimenter  les  nou- 
veaux doges  au  sujet  de  leur  élec- 
tion, et  porta  la  parole  dans  d'autres 
occasions  d'éclat.  11  fit ,  en  i558,  le 
voyage  de  Vienne,  pour  défendre  un 

XV. 


FRA  497 

certain  Mathias  Hower  accusé  d'ho- 
micide ,  et  prononça  à  ce  sujet  devant 
l'empereur  un  discours  qui  sauva  sou 
client.  Frangipane  faisait  de  la  poésie 
son  délassement;  et  l'on  trouve  de 
lui ,  dans  les  recueils  du  temps ,  quel- 
ques pièces  de  vers  assez  agréables.  Il 
mourut  en  1 58 1 .  Outre  ies  discours 
qu'on  vient  de  citer,  ou  connaît    de 
lui  :  ï.  Une  Traduction  en  italien  des 
Oraisons  de  Cicéron  pour  Marcel- 
lus ,  Ligarius  et  Dejotarus  ;  elles  sont 
imprimées  dans  le  recueil  des  Di^ 
verse  orationi  par  Fr.  Sansovino  , 
Venise,  i56i,  i562  et  i56g,  in- 
4".,  et  dans  la  Raccolta   d'alcune 
orationi  d'uomini  illustré ,  Çâdoue  ^ 
169a,  in- 12.  La  traduction  de  J'orai- 
son  pour  Ligarius  a  été  réimprimée 
seule  dans  la  Raccolta  di  prose  c 
poésie  al  uso   délie  régie  Scuole  , 
Turin,    i744>   in-8\  II.  Hélice, 
rime  e  ver  si  di  vari   compositori 
friulani  soprà  la  fontana  Hélice^ 
Venise,  i5t)6,  in -4°.  Ge  rare  vo-» 
lume  contient  la  description  en  prose 
d'une  magnifique  fontaine  que  Fran- 
gipine  avait  fait  construire  dans  son 
délicieux  jardin  de  Tarcento  ,  et  les 
vers  italiens  ou  latins  par  lesquels  ses 
compatriotes  l'avaient  célébrée  à  l'en- 
vi.  —  Claudio  Cornelio  Frangipane  , 
fils  du  précédent ,  naquit  à  Venise  ea 
1 555,  fit  ses  éludes  à  Bologne,   et 
fréquenta  ensuite  les  cours  de  l'uni- 
versité de  Padoue.  Après  avoir  pris 
ses  degrés  en  droit,  il  visita  les  prin- 
cipales villes  de  France,  d'Espagne, 
d'Allemagne  et  d'Italie ,  et  revint  à 
Venise ,  oii  on  lui  offrit  une  chaire  de 
droit  civil.  Il  la  remplit  pendant  plu- 
sieurs années  avec  un  grand  succès , 
et  fut  ensuite  nommé  maître  des  re- 
quêtes près  du  conseil  d'étal  :  il  ren- 
dit daus  cette  place  des  services  im- 
portants à  la  république ,  et  mourut 
en  i65o,  à  l'âge  de  qualre-vingt-dix- 

32 


498  F  M 

sept  ans.  On  connaît  de  lui  :  T.  Al- 
legatione  over  consiglio  in  jure  per 
la  viltoria  navale  contra  Fede- 
rico /,  imp,  e  alto  di  Alessan- 
dro  tJI,  proposta  da  Cirillo  Me- 
ûhele  (masque  de  Paul  Sarpi)  ,  per 
il  dominio  délia  repiib.  di  F'enetia 
sopra  il  ^o  golfo  contra  alcune 
scritlure  de'  Napolitani,  1616,  in- 
4*". ,  réimprime'  plusieurs  fois  se'parë- 
ment,  et  inséré  dans  le  6^  volume 
àes  œuvres  de  Sarpi,  édit.  de  Ve- 
nise, 1677,  in-i2.  lî.  Del  parlar 
senatorio ,  Venise ,  1 6 19 ,  in-^"»  HI. 
Stilographiœ  in  principatum  Fene- 
tiarum  Joannis  Cornelii  ;  sive  de 
Numd  Pompilio  insculpto  in  co- 
lumnd  ante  portam  decumanam 
palaliiy  pro  religionis  studio,  de- 
claratio,  ibid,,  1625,  in-4**.  On  lui 
attribue  encore  une  Dissertation  De 
adventu  Alexandri  III  Fenetias  ; 
un  Traité  de  l'Anfiour  en  italien , 
€t  quelques  Opuscules  moins  impor- 
tants. W — s. 

FRANGIPANI  ou  FRANGEPANI 
(François-Christophe,  comte  de  ) 
a  joué  un  rôle  dans  les  troubles  de 
Hongrie.  Les  privilèges  de  ce  pays 
ayant  été  peu  respectés  par  l'empereur 
lic'opold  I^*". ,  le  mécontentement  na- 
tional se  manifesta  ;  et ,  vers  l'année 
i665,  il  se  forma  une  conspiration 
dont  le  palatin  Vesselengi  donna  le 
plan.  Frangipani  entra  dans  celte  cons- 
piration, ainsi  que  son  beau-frère 
Pierre  Serin  ou  Zrini,  François  Na- 
dasli  ou  Nadasd ,  et  plusieurs  autres 
seigneurs  du  royaume  de  Hongrie. 
La  cour  de  Vienne  en  fut  instruite  par 
ses  agents ,  et  prit  des  mesures  pour 
déjouer  les  projets  des  conspira- 
teurs :  elle  parvint  à  se  procurer  des 
pièces  convaincantes,  lorsque,  quelque 
temps  après,  le  palatin  Vesselengi  eut 
fini  ses  jours.  Frangipani,  Nadasti  et 
2rini  furent  arrêiéi  et  condamnés  à 


Fl\A 

périr  sur  Técliafaud.  Frangipani  cul  le 
poing  droit  coupé  et  la  tête  tranchée; 
ses  biens  furent  confisqués  au  profit  d« 
l'empareuf  ,  et  sa  famille  dégradée  de 
noblesse.  L'exécution  eut  lien  publi- 
quement à  Neustadt ,  le  3o  avril  1671. 
Les  délations,  les  emprisonnements, 
les  confiscations  ,  continuèrent  après 
la  punition  des  conspirate^|s ,  avec 
une  dureté  et  un  acharnement  qui 
soulevèrent  de  nouveau  la  nation  ,  et 
amenèrent  une  nouvelle  conspiration, 
celle  du  oorate  de  Tekely  ou  TœUœly. 
(  roy,  Tekely.  )  G  —au. 

FRANK  (SÉBASTIEN  ),  visionnaire 
du  1 6^  siècle ,  sur  la  vie  duquel  on  a 
peu  de  données  positives ,  quoiqu'il 
ait  dans  son  temps  excité  l'attention 
du  public;  mais  comme  il  errait  sans 
cesse  d'un  lieu  à  un  autre ,  il  n'est  pas 
surprenant  que  l'on  n'ait  pu  saisir  les 
particularités  qui  le  concernent.  Sui- 
vant son  propre  témoignage ,  il  na- 
quit à  Donawerth ,  en  Bavière,  pro- 
bablement dans  les  dernières  années 
du  1 5%  siècle.  On  ne  sait  pas  quelle 
fut  la  condition  de  ses  parents  :  mais 
tout  fait  présumer  que  leur  état  était 
obscur  ;  et  comme  ses  ouvrages  dé- 
cèlent une  grande  ignorance  des  lan- 
gues savantes  ,  on  doit  supposer  qu'il 
n'avait  pas  suivi  un  cours  d'études 
régulier  ,  et  qu'il  n'avait  ni  été  promu 
aux  ordres  sacrés,  ni  exercé  le  minis- 
tère sacerdotal ,  ainsi  que  l'ont  avance 
quelques  auteurs.  Sans  doute  il  était 
doué  d'une  certaine  facilité;  c'est  ce 
que  prouvent  ses  nombreux  ouvrages  : 
mais  dépourvu  de  connaissances  fon- 
damentales, et  guidé  seulement  par 
un  vif  désir  de  chercher  dans  \ts 
livres  les  lumières  qui  lui  étaient  né- 
cessaires, il  paraît  que  ses  lectures 
furent  laites  sans  choix  ;  car  il  n'eu 
résulta  qu'un  mélange  confus  d'idées 
bizarres.  Il  commença  à  se  faire  con- 
naître eu  i528 ,  par  la  traduction  du 


FRA 
livre  d'AIlliammer,  mlilnlé  Diaîlag': 
(  F'ojy,  Althammer)j  il  vivait  alors 
à  I^uremberg  ou  dans  les  environs. 
Il  en  fut  ch|^sé,  en  1 53i  ,  avec  d'au- 
tres visionnaires  de  son  espèce ,  pour 
avoir  publié  sou  ouvrage  de  la 
Science  du  bien  et  du  mal.  On  y 
trouve  la  plupart  des  rêveries  qu'il 
reproduisit  par  la  suite.  La  phule 
d'Adam  n'est,  selon  lui,  qu'une  allé- 
gorie, et  l'arbre,  que  la  personne, 
la  volonté,  la  science,  la  vie  d'Adam  : 
Adam  doit  n'en  pas  manger,  ji'en pas 
faire  usage  ^  et  rester  entièrement 
soumis  à  Dieu.  Il  doit  ne  rien  savoir, 
De  rien  faire,  ne  pas  parler;  car  Dieu 
sait,  agit  et  parle  en  lui,  afin  que 
Dieu  exerce ,  sans  obstacle ,  sa  puis- 
sance entière  en  sa  personne.  Frank 
déclame  contre  toute  espèce  de  con- 
naissance ,  et  même  contre  l'usage  de 
la  raison  ,  auquel  il  attribue  la  chute 
d'Adam.  Il  demeura  ensuite  à  Stras- 
bourg ,  puis  à  Ulm ,  oîi  était  alors 
Schwenkfeid,  avec  qui  il  avait,  depuis 
plusieurs  années ,  formé  une  liaison 
étroite.  Frank  obtint  à  Ulm  le  droit  de 
bourgeoisie.  La  protection  dont  il 
jouissait  dans  cette  ville  lui  inspira  la 
hardiesse  d'y  faire  paraître,  en  i555, 
ses  Paradoxes  ,  ouvrage  dans  lequel 
il  développe  encore  plus  ouvertement 
ses  idées  bizarres;  ce  qui  lui  attira 
des  réponses  très  vives  de  la  part  de 
Luther  et  de  Mélanchthon ,  et ,  sans 
la  protection  de  quelques  amis,  l'eût 
fait  chasser  d'Ulm  à  l'mstant  même  : 
il  n'en  fut  expulsé  qu'en  1 539  î  ^^  7 
l'année  suivante,  ses  erreurs  furent 
formellement  condamnées  à  l'assem- 
blée de  Smalkalde.  Ou  est  tenté  de 
croire  que  cet  enthousiaste  n'avait 
d'autre  moyen  d'existenCfc  que  la  com- 
position de  ses  livres  :  au  moins  sa 
plume  fut-elle  très  féconde  jusqu'en 
1 545  ,  époque  vers  laquelle  on  assure 
qu'il  mourut.  Un  écrivain  allemand  a, 


FRA  49§ 

dans  ces  derniers  lemps,  parlé  de 
Frank  comme  d'un  homme  à  qui  la 
langue  allemande  et  la  philosophie 
avaient  de  grandes  obligations  ;  mais 
ce  jugement  n'est  nullement  fondé. 
Frank  a  dans  ses  écrits  autant  blessé 
les  lois  de  la  grammaire  que  celles  du 
bon  sens  et  de  l'exactitude.  Bayle  le 
qualifie  d'anabaptiste  :  on  ne  peut 
pourtant  pas  dire  qu'il  ait  partagé  les 
principes  de  cette  secte,  quoiqu'il 
ait  pu  adopter  quelques-unes  de  ses 
rêveries.  C'était  un  visionnaire  du 
genre  le  plus  matériel  ;  iî  a  mis  en 
avant  l'ancien  f.ystème  des  émanations  : 
«  L'ame  humaine ,  dit-il ,  n'est  que 
l'imagination  et  le  sentiment  ;  il  la  re- 
garde comme  faisant  immédiatement 
partie  de  l'essence  divine;  il  l'appelle 
l'esprit  intérieur ,  la  parole  intérieure, 
le  Christ  dans  nous,  lui  soumet  lé 
jugement  delà  raison  ,  et  rejette  toute 
connaissance  comme  inutile  et  nuisi- 
ble. Dieu  est  essentiellement  et  réelle* 
ment  présent  dans  tous  les  objets,  soit 
animés ,  soit  inanimés ,  qui  se  trou- 
vent dans  l'univers  ;  de  sorte  que  tout 
est  habité  et  vivifié  par  l'ame  univer- 
selle. »  Cette  opinion,  renouvelée  des 
anciens ,  fit  ,  vingt  ans  plus  tard , 
traîner  Servet  au  bûcher.  Frank  ne 
regarde  le  Sauveur  du  monde  que 
comme  un  homme  d'une  piété  émi- 
nente  et  extraordinaire.  On  a  de  ce 
visionnaire  :  L  La  traduction  aile- 
mande  du  Diallage  d^Althammer, 
1528,  in-8''. ,  sans  désignation  de 
lieu  d'impression.  II.  Supplique  des 
nécessiteux  d'Angleterre ,  adressée 
au  roi ,  (  Nuremberg  )  1 529 ,  in-4'*. 
Suivant  le  témoignage  de  Frank,  ce 
morceau  est  aussi  traduit  du  latin. 
IIL  Chronique  et  Tableau  de  la 
Turquie ,  où  il  est  traité  des  opi- 
nions, de  V origine,  des  guerres,  de 
la  religion ,  des  lois ,  des  mœurs, 
du  gouvermimni  des  Turcs ,  ete., 
3a.. 


5oo 


FRA 


Augsbourg,  i55o,  in-4''.  Il  J  avait 
eu  une  première  édition  de  ce  livre , 
qui    li'e'^t    qu'une     traduclion.     IV. 
L'Eloge  de  la  Folie ,  par  Erasme  ; 
Le  Traité  de  la  Vanité  des  sciences, 
et  l'Eloge  de  VAne  ,  par  Agrippa , 
traduits  en  allemand  ;  De  l'Arbre 
de  la  science  du  bien  et  du  mal , 
dont  Adam  a  mangé  la  mort ,    et 
dont   encore  aujourd'hui  tous  les 
hommes  la    mangent;  Encomium 
(Eloge  de  la  parole  de  Dieu)  \  iii-4°'» 
sans  désignation  de  lieu  ni  d'année.  Il 
paraît  cependant  que  ce  livre  fut  im- 
primé en  i55o  ;  il  fut  publié  de  nou- 
'veau  en  1696,  i  vol.  in-i  2.  Le  Traité 
de  V Arbre  de  la  science  du  bien 
et  du  mal  a  été  réimprimé  seul  , 
Francfort,  i6i9,in-4°-;  Lunebourg, 
1692,   in-i2.    Après    la    mort   de 
Frank,  un  anonyme  en  fit  paraître 
une  traduction  latine ,  sous  ce  litre  : 
De  Arbore  scientiœ  boni  et  jnali, 
ex  qud  Adamus  mortem  comedit, 
etc.,  Mulhansen  en  Alsace,    i56i  , 
in-S".  Le  traducteur  a  transformé  le 
nom  de  Tauteuren  cQ\\Àà! Augustinus 
Eleutherius ,  probablement  afin  que 
l'on  regardât  cette  production  comme 
nouvelle.  V.  Chronique  ,  Annales  et 
Histoire  de  la  Bible,   Strasbourg, 
i55i ,  in-fol.;  (Ulm),  i556;  ibid., 
1 538  ;  nouvelle  édition ,  augmentée 
par  Frank  lui-même  jusqu'en  1 545 , 
ibid,,  i543j  augmentée  par  Calonius 
Chornneir ,  ou  peut-être  par  Nicolas 
Hœninger  ,  ifciU ,  i585,  in-fol.  Cet 
ouvrage  est  composé  de  trois  parties  : 
savoir,  une  Chronique  de  V Ancien- 
Testament;  une  Histoire  des  Empe- 
reurs ou  Histoire  mondaine  du  iVoa- 
veau-TestamSit ;  et  une  Chronique 
des  Papes  et  des  transactions  reli- 
gieuses ,  ou  Histoire  de  l'Eglise  et  des 
'  hérésies   du  Nouveau  -  Testament, 
L'impression  de  ce  livre  avait  élé  per- 
mise, sur  l'assurance  de  l'auteur  qu'il 


FRA 
ne  s'y  trouvait  rien  de  contraire  !i 
l'orthodoxie  :  mais  quand  on  vit  qu'il 
regardait  toutes  les  religions,  les  sec- 
tes et  les  opinions  cominp  également 
bonnes  ,  pourvu  que  chacun  suivît  la 
parole  ou  le  Christ  en  soi-même,  il 
fut  traduit  devant  l'autorité,  et  chassé 
de  Strasbourg.  Cet  ouvrage  historique 
est  ce  qu'il  a  fait  de  plus  supportable; 
ce  qu'il  dit  des  anabaptistes  a  quelque 
intérêt;  le  reste  n'est  qu'une  misé- 
rable compilation  qui  décèle  son  igno- 
rance :  «il  n'est  pas  même  exact  pour 
les  faits  qui  se  sont  passés  de  son 
temps,  VI.  Avis  et  conseil  touchant 
le  vice  affreux  de  l'ivrognerie  ,  sans 
désignation  de  lieu,  i55i,  iu-4".; 
Strasbourg ,  1 559,  in  4''.  ;  Leipzig  , 
1691 ,  in-4**.  Il  parut  à  Kemplen,  en 
1610,  I  vol.  in-b».,  et  à  Francfort, 
en  1691,  in-12,  sous  le  nom  de 
Frank ,  un  Avis  sur  l'horrible  ivro- 
gnerie y  qui  n'est  probablernentqu'une 
réimpression  de  ce  traité.  VIL  Para- 
dox a ,  ou  deux  cent  quatre-vingts 
Discours  miraculeux ,  tirés  de  l'E- 
critureSainte ,  Ulm,  i535,  in-4".; 
réimprimé  plusieurs  fois  sans  dési- 
gnation de  lieu.  C'est  un  recueil  de 
divers  passages  de  l'Ecriture ,  qui  ont 
l'air  de  se  coiitredirej  ce  qui,  sans 
doute,  a  été  fait  à  dessein  par  l'au- 
teur, pour  élever  le  sens  des  Ecritures 
aux  dépens  de  la  lettre.  VIII.  Cos- 
mographie ,  miroir  et  tableau  de 
tout  le  Globe  ,  Tubingen,  i554 ,  iu- 
fol.;  ibid.y  i542 ,  in-fol.  ;  réimprimé 
avec  l'ouvrage  de  Schmidt  sur  le  même 
sujet,  Francfort ,  1 567,  in-fol,  ;  tra- 
duit en  hollandais,  Bolswaert,  1649* 
in-fol.  Ce  livre  est ,  comme  le  titre 
l'indique,  une  espèce  de  géographie, 
qui  n'eut  pas  le  succès  de  la  Cosmo- 
graphie de  Munster.  IX.  Témoi- 
gnage de  V Ecriture  sur  les  bons  et 
les  mauvais  Anges,  vers  i555, 
iiî-8'.    X.    Gennaniœ   Chronicon, 


FRA 

qui  traite  de  Torigine,  du  nom,  des 
faits  de  tous  les  peuples  de  TAlle- 
magiie,  i558,  in-fol.  XI.  Explica- 
tion littérale  et  approfondie  du 
64*.  Psaume,  i  ;)59,  in-4".  X[l.  Le 
Manuel  guerrier  de  la  paix ,  ou 
Guerre  de  la  paix ,  pour  faire  la 
guerre  à  toutes  les  agitations^  sédi- 
tions et  extravagances  f  i  ôSg,  in  4"*; 
Francfort,  i555,  in  -  8 '.  L'autf ur 
&'est  caché  sous  le  nom  de  Frédéric 
Wernstreyt  ;  c'est  un  recueil  de  pas- 
sages contre  la  guerre,  extraits  d'E- 
rasme et  de  Corneille  Agrippa ,  et 
augmentés  de  remarques  de  l'éditeur. 
XIII.  L'Arche  dorée  ,  dans  la- 
quelle la  substance  et  les  meilleures 
maximes  de  V Ecriture-Sainte ,  des 
anciens  docteurs  et  pères  de  l'E- 
glise, sont  ajustées ,  disposées  et  in-  0, 
corporées,  Aug>bourg,  1 55g,  in-fol.  ; 
Berne,  i557  ;  ihid. ,  1669:  autre 
compilation  indigeste,  de  même  que 
Tarlicle  suivant  ;  ce  qui  donne  lieu  de 
présumer  que  le  pauvre  Frank  était 
au  bout  de  son  rôle ,  et  avait  recours, 
pour  vivre,  à  la  composition  de  tous 
ces  fatras.  XIV.  Le  Livre  des  sept 
sceaux^  que  personne  ne  peut  ni 
bien  ouvrir,  ni  bien  comprendre  ,  ni 
bien  lire ,  si  ce  n'est  Vas^neau ,  et 
ceux  qui  sont  marqués  du  signe  de 
l'agneau ,  et  qui  lui  appartiennent , 
iSûQ,  in-fol.:  ce  n'est  pas,  comme 
on  pourrait  le  croire  d'après  le  titre  , 
une  explication  de  V  Apocalypse.  XV. 
Proverbes  et  adages  allemands , 
avec  une  explication ,  Francfort , 
i54i,  2Vol.  in-8<^.;  Zurich,  i547, 
in -8".  Comme  dans  ce  livre  l'auteur 
tourne  les  femmes  en  ridicule,  Jean 
Freder,  ministre  à  Hambourg,  écrivit 
contre  lui  un  dialogue  sur  le  mariage; 
et  Luther  enrichit  cette  producùon 
d'une  préface ,  dans  laquelle  il  dit  à 
Frank  de  grosses  injures.  On  attribue 
encore  à  ce  visionnaire  d'autres  ou- 


FRA  Soi 

yrages  dont  il  esl  inutile  de  rapporter 
les  titres.  E — s. 

FRANK  (  Christian  ) ,  visionnaire 
d*un  autre  genre,  né  à  Gardenlegen> 
dans  la  moyenne  marche  de  Biande- 
bourg ,  vers  1 554 ,  se  fit  connaître  par 
ses  fréquents  changements  de  «rligions, 
ce  qui  lui  a  valu  Tépilhète  de  Gi- 
rouette:  forcé  pour  des  larcins  d'aban- 
donner encore  1res  jeune  sa  patrie , 
011  il  avait  été  élevé  dans  le  luthéra- 
nisme, il  alla  se  faire  catholique, 
en  1569,  dans  un  autre  lieu  de 
l'Allemagne,  puis  fut  envoyé  au  col- 
lège des  jésuites  ,  à  liome.  Il  raconte 
qu'il  s'adonna  à  l'étude  avec  tant 
d'ardeur  ,  et  pratiqua  de  si  grandes 
austérités,  que  sa  sanfé  en  fut  fré- 
quemment altérée.  Il  fut  admis  dans 
la  Société  ;  et  la  même  cause  lui  fit 
encore  courir  risque  de  la  vie,  de 
sorte  que  le  médecin  conseilla  de 
l'envoyer  au  collège  de  Naples,  où 
la  règle  était  moins  austère.  Frank 
fut  dans  les  commencements  si  con- 
tent de  sa  position  ,  qu'il  s'imaginait 
déjà  être  dans  le  ciel;  mais  au  bout 
de  deux  ans  il  conçut  des  doutes, 
non  seulement  sur  son  ordre ,  mais 
aussi  sur  l'ensemble  de  la  religion 
romaine,  surtout  quand  il  eut  lu  dans 
les  lettres  des  missions  du  Japon  , 
que  les  habitants  de  ce  pays ,  quoique 
païens  ,  se  mortifient  souvent  plus 
que  les  chrétiens ,  ce  qui  leur  cause 
des  extases.  Tout  ce  qu'il  fit  pour 
étouffer  la  pensée  que  les  pratiques 
rigoureuses  ordonnées  parle  christia- 
nisme étaient  l'ouvrage  des  hommes, 
fut  inutile.  Enfin,  il  quitta  l'Italie, 
revint  en  Allemagne,  et,  malgré 
les  doutes  qui  le  tourmentaient , 
montra  toute  la  ferveur  et  le  zèle 
d'un  jésuite,  en  écrivant  contre  les  pro- 
testants de  son  pays.  Vers  iS^ô,  il 
devint  professeur  au  collège  de  Vienne, 
où  il  connut  un  de  ses  confrères  , 


5o2  F  R  A 

Srofesseur  de  tbëologie  ,  qui,  agitd 
es  mêmes  doutes  ,  les  lui  com- 
muniqua ,  et  peu  de  jours  après  dis- 
parut de  la  maison  et  se  fit  protes- 
tant. Frank  demanda  au  provincial 
la  permission  de  sortir  de  la  So- 
ciété ;  on  la  lui  refusa  :  il  fut  sur- 
Teillc'  ;  mais ,  prétextant  le  besoin 
d'aller  dans  une  ville  de  Moravie 
pour  y  réparer  sa  santé  délabrée  , 
il  s'échappa  en  chemin ,  après  dix 
ans  de  séjour  chez  les  jésuites,  et  gagna 
sa  ville  natale.  Comme  elle  n'offrait 
pas  un  théâtre  assez  vaste  à  sesjalents, 
il  obtnt  quelques  secours  des  ma- 
gistrats, et  alla  chercher  fortune  dans 
un  endroit  plus  brillant  j  mais- son 
orgueil  insupportable  et  son  goût  ex- 
cessif pour  la  dispute  le  firent  mal 
accueillir  à  Leipzig ,  où  il  revint  au 
luthéranisme,  et  dans  plusieurs  villes 
protestantes  de  l'Allemagne  et  de  la 
Suisse.  Il  se  présenta  au  concours 
pour  une  chaire  de  philosophie ,  à 
Altorf  j  mais  il  ne  se  fit  remarquer  que 
par  sa  vanité  et  les  injures  grossières 
qu'ildobitaitcontreles  hommes  les  plus 
célèbres  de  l'antiquité  et  de  son  temps. 
A  sa  troisième  leçon  ,  les  étudiants  le 
huèrent.  Il  ne  fut  pas  plus  heureux 
à  Nuremberg.  Fatigué  d'avoir  par- 
couru en  vain  presque  toute  l'Alle- 
magne et  de  n'avoir  pu  vivre  avec 
aucun  des  adhérens  des  trois  reli- 
gions de  ce  pays ,  il  rentra  chez 
les  jésuites  de  Vienne;  mais  il  ne 
resta  pas  long-temps  avec  eux  :  il  erra 
en  Allemagne,  en  Pologne,  en  Hon- 
grie, et  finit  par  se  faire  socinien ,  en 
Transsylvanie ,  où  il  devint  profes- 
seur de  philosophie  à  Clausenbourg. 
Il  retourna  en  Pologne ,  fut  recteur 
de  l'école  de  Chmiehiick  ,  eut  un  col- 
loquepublicavecFausteSocin(i580, 
et  se  fit  chasser  pour  les  opinions 
que  contenait  un  de  ses  ouvrages.  La 
aim  le  contraignit  ;  pour  la  troisième 


FRA 

fois,  de  revenir  au  catholicisme,  e« 
iSgo,  à  Prague.  Il  mourut  proba- 
blement'dans  cette  croyance;  car, 
passé  l'année  i  ^qS  ,  Ton  n'entend 
plus  parler  de  lui.  Il  a  beaucoup  écrit: 
ses  ouvrag(s  sont  rares,  parce  que 
la  plupart  ne  consistent  qu'en  quel- 
ques feuilles,  et  ne  sont  que  d'un 
intérêt  passager.  Voici  le  titre  des 
principaux:  1.  Colloquium  jesui- 
iiciim  toti  orbi  christiano  et  iirbi 
potissimiim  Cc^areœ  Fiennensi  ad 
rectè  cognoscendam ,  haclenus  non 
satis  perspectam ,  jesuitarum  reli- 
gionem  ,  utilissimum  ;  habitum  à 
S.  Theolo^iœ  doctore  et  professore 
Paulo  Florenio  curn  Christiano 
Franken  philosophice  professore  , 
Leipzig,  i579,  in-8\;  ibid.,  i58o. 
# L'auteur  se  plaint,  dans  la  dédicace  de 
cette  seconde  édition,  adressée  à  Jésus- 
Christ,  de  ce  que  les  jésuites,  ses 
ennemis ,  ont  supprimé  presque  tons 
les  exemplaires  de  la  première;  ce 
qui  est  difficile  à  concevoir ,  puis- 
qu'elle avait  paru  dans  un  pays  tout 
protestant.  C'est  pour  éviter  uu 
inconvénient  semblable  ,  qu'il  dédie 
cette  seconde  édition  au  Sauveur 
et  au  Seigneur  du  monde  ;  il  l'a 
augmentée  d'un  opuscule  intitule  : 
Sex  paradoxa  de  besiialissimd 
idolatrid  quant  in  adoralione  panis 
et  vini  rénovât  socielas  Jesu^  sub 
divino  cognomento  latitans  secunda 
bestia.  Ce  tifre  peut  faire  juger  du 
caractère  emporté  de  l'auteur  :  tout 
cela  a  été  réimprimé  plusieurs  fois 
daus  des  recueils  de  pièces  dirigét-s 
contre  les  jésuites.  II.  Epistola  in 
qud  déplorât  suum  h  societate  Jesu 
et  ecclesid  catholicd  discessum,  ejuS' 
quefîdem  ac  religionem  à  se  temerè 
oppugnaiam ,  Vif'nne  ,  1 58 1  ,  in-4''; 
Wurzbourg,  i583,  in-4".  Dans  cet 
opuscule,  que  les  jésuites  firent  im- 
primer ,  notre  homme  chante  la  pa^ 


FRA 

linodie.  III.  Prœcipuaritm  enume- 
ratio    causarum  y    cur  christiania 
rùm  in  multis  religionis  doctrinis 
sint  mobiles  et  varii ,  in  Trinitatis 
tamen  dogmate  relinendo  siintcons- 
tanlissimi  ;  sans  date ,  ni  désignation 
de   lieu    d'impression.    11    composa 
vraisemblablemcjit  cet  ouvrage  après 
avoir  embrasse'   la  secte    des   Soci- 
niens  ;  et  il  écrivit  ensuite  ])lusieurs 
traites  contre  la  Trinité,  qui  le  firent, 
comme  on  l'a  vu  plus  haut,  expulser 
de  Pologne.  IV.  Doliiim  Diogenia- 
num    strepitu  suo  collaborans  dy- 
nastis  christianis  hélium  in  Turcos 
paranlihiis ,  Prague ,  1 094,  in-4''.  Ce 
traite ,  dans  lequel  il  propose  toutes 
sortes  de  moyens  pour  faire  la  guerre 
aux  Turcs  ,  fut  compose'  pour  gagner 
les    bonnes    grâces  de   la   cour  de 
Vienne.  V.  Tjpus  yeritatis  conscien- 
tiarum,  Prague,  1  S^y^n-^^'.W.  Ana- 
lysis  rixœ  christiance  quœ  imperium 
turbat  et  diminiiit  romanum  ,  Pra- 
gue,  1395,  in-4''.  Il  we  connaît  pas 
de  meilleur  moyen  pour  amener  les 
dissidents  à  Te'gîise  romaine,  que  celui 
du   glaive;    proposition    digne  d'un 
li^mme  qui,  en  quinzeans,  avait  cm- 
brasse'alternativemcnt  toutes  les  sectes 
dire'tiennes.  Adelung  lui  a  consacré 
un  assez  long  article  ,  dans  le  tom.  Il 
de  son  Histoire  de  la  folie  humaine. 
E— s. 
FRANK  (  Jean-George),  pasteur 
lutbe'rien,  surintendant  à  Hohnstedt, 
dans  la  principauté'  de  Calenberg,  né 
en  i-joS  dans  le  duché  de  Bade,  mort 
îe  20  janvier  1 7845  s'est  fait  connaître 
par  quelques  dissertations  théoiog^i- 
ques  insérées  dans  le  recueil  pério- 
dique de  INienbourg,  par  une  Théo- 
logie poétique  pour  les  enfants,  Got- 
tingen,  174^,  in-S"*. ,  mais  surtout 
par  les  ouvrages  suivants  :  I.  Prœlu- 
sio  chronologiœfundamentalis,  qud 
omnes  ami  ad  soUs  et  lunœ  cursum 


FRA  5o5 

aecuratè  describi ,  et  nouihnia  à 
primordio  rnundi  ad  nostra  usque 
tempora  et  ampliàs  ope  epactarum 
designari  possunt  ;  in  Cyclo  jobC" 
leo  biblico  detectœ,  et  ad  chronolo- 
giam  tam  sacram  quàm  profanam 
applicatœ ,  ibid. ,  1774,  in-4°.  D'au- 
tres savants  avaient  déjà  cherché  dans 
la  Bible  des  cycles  astronomiques  plus 
exacts  que  ceux  dont  les  chronolo- 
gistes  font  usage.  Le  cycle  de  Daniel, 
dont  on  trouve  l'explication  et  le  dé- 
tail dans  les  Mémoires  posthumes  de  ^ 
Chéseaux ,  paraît  être  la  découverte  la 
plus  curieuse  qui  ait  été  faite  en  ce 
genre  (r).  II.  Novum  systema  chro' 
nologiœfundamentalis ,  quâ  omnes 
anni  ad  solis  et  lunœ  cursum  accU' 
rate  describi ,  et  novilunia  à  primor- 
dio mundi  ad  nostra  usque  tempora 
ope  epactarum  designari  possunt  y 
in  Cjclo  biblico  detectœ,  etc., ibid,, 
1778,  in-fol.  C'est  un  dévelop|)ement 
de  l'ouvrage  précédent.  lU.  Fonde^ 
ment  astronomique  de  Vhisloire  sa^ 
crée  de  la  Bible,  et  de  celle  des 
anciens  peuples  ,  Dessau  ^  1 783  , 
in-B''.  (  en  allemand.  )  C'est  un  extrait 
de  l'ouvrage  précédent ,  augmenté  de 
quelques  propositions  astronomiques. 
C.  M.  P. 

FRANK.  Fojr.  Franck. 

FRANK,  FRANCK  ou  FRANCKE 
(Jean),  médecin  allemand,  exerça, 
d'une  manière  distinguée,  sa  profes- 
sion à  Ulm,  où  il  mourut  octogénafre 
vers  i7a8;'il  se  livra  avec  une  sorte 
de  prédilection  à  la  pharmacologie, 
et  la  plupart  de  ses  ouvrages  ont  pour 

(i)  Le  cycle  de  lo^o  an»,  qne  Chéseanx  nomme 
cycle  de' Daniel ,  répond  exactement  à  is,863 
mois  lunaires,  et  à  3-g,852  jour».  En  effet,  com- 
paré avec  les  dernières  tables  de  M.  Delambre,  ce 
calcul  n'exi{;er«ll  dans  se»  élément»  qa'une  aug- 
meiitalion  de  trois  tierces  à  la  longueur  «îe  l'année, 
et  de  quatorze  quartes  à  celle  du  mois.lanaire, 
pour  être  d^une  exactitude  rigoureuse  ;  précisioa 
qui  étonne  Fimagination  ,  et  dont  aucun  cycl« 
connu  n'ajiprocïie  à  beaucoup  près.  (  Voyez  la  Bi- 
blioLhèqiK  britann. , n".  38o ,  5G.  Ct  A. ,  t.  XLVUI, 
pag.  169-175.) 


5o4  FRA 

objet  «tle  branche  importante  de 
l'art  de  guérir  :  I.  Poljchresta  herha 
veronica ,  ad  botanices ,  philosophiœ 
et  medicinœ  cynosuram  elaborata , 
Uim,  1690,  in-i  2, fig.;  réimprimée, 
avec  de  nombreuses  additions ,  sous 
ce  titre  :  Feronica  theezans  ,  id  est 
collatio  veronicœ  europeœ  cum  thed 
Chinensium  ,  Schwabach  ,  1 695  , 
În-i2,  fig.  ;  Leipzig  et  Cobourg , 
1700,  in-i2,  fig.;  traduite  eu  fran- 
çais, Paris,  1704, in- 12,  fig.;  Reims, 
1707,  iu-i2,  fig.,  etc.  L'auteur  fiit 
im  éloge  exagéré  de  la  véronique,  à  la- 
quelle il  rapporte,  sinon  comme  iden- 
tique ,  du  moins  comme  très  analogue, 
Valyssumâc  Dioscoride.  IF.  TrifoUi 
Jibrini  historia,  selectis  ob<:er^atio- 
iiibus  et  perspiciiis  exempUs  illus- 
trata,  Francfort,  1701  ,  in-8'.  Parmi 
les  maladies  exirêmement  graves ,  ou 
tout-à-fait  incurables,  contre  les- 
quelles Frank  prétend  avoir  constaté 
îes  vertus  de  la  taényanlhe  ,  il  suffit 
de  citer  l'hydropisie  ,  l'asthme  et  la 
phtisie.  La  fatale  propriété  antaphro- 
disiaque  dont  il  accuse  cette  plante, 
n'est  pas  mieux  prouvée.  IIL  Herba 
alléluia  ,  botanicè  considerala  ,  ex 
veterwn  ac  recentioriim  decretis  , 
Ulm,  1709,  in-i2,  fig.  Dans  la  lon- 
gue énuniération  des  vertus  de  cette 
plante  ,  il  compte  celle  de  guérir 
de  la  rage.  On  peut  regarder  comme 
le  complément  de  ce  traité ,  celui 
qui  est  intitulé  :  De  verd  antiquo- 
Tum  acetoselîd  ,  ejusderaque  vir- 
tute  contra  febres  malignas ,  pe- 
techialeSy  et  peslem  ipsam  ,  Augs- 
bourg ,  1 7 1 7  ,  in- 1 2.  IV.  Spicilegium 
de  euphrasidherbdf  medicind  polj- 
chrestd,  veroque  oculorum  soîa- 
mine ,  Francfort  et  Leipzig  ,  1 7 1 7  , 
in-H".  V.  Eloge  de  la  cuscute ,  Ulm , 
1718,  in  8".  (  en  allemand.  )  VL 
Thappuach  jentschalmi ,  seu  mo- 
mordivœ  descriptio  mcdico-chirur^ 


FRA 

pcO'pharmaceutica ,  Ulm,  1720, 
in-8'. ,  fig.  A  cet  opuscule  sur  la 
pomme  de  mcrveilie  est  joint  celui 
de  Jean-J.icques  Kleinknecht ,  sur  le 
scoîdium ,  augmenté  par  l'éditeur. 
VIL  Traclalus  sins^ularis  de  urticd 
urente ,  de  qud  Grvuci  et  Latini 
pauca  y  paucissima  j4rahes  cons- 
cripsenint ,  Dillmgcn  ,  1 723 ,  in-8''. 
On  est  surpris  de  voir  l'auleur  faire 
un  vaste  étalage  d'érudition,  et  ce- 
pendant oublier  la  monographie  de 
Drechsler,  qui,  sous  un  moindre  vo- 
lume ,  est  plus  riche  de  faits  intéres- 
sants et  d'observations  exactes.  VIII. 
CastoroÏQgia  j,  Augsbomg  ,  i6o5  , 
in-8'.  Le  traité  de  Castor,  composé 
originairement  par  Jean  Marins  Mayer, 
et  que  Frank  augmenta  beaucoup,  a 
été  traduit  en  français  par  Eidous, 
qui  y  a  joint^e  nouvelles  obser- 
vations ,  Paris,  174^»  iu-12.  Frank 
a  publié,  en  outre,  une  dissertation 
allemande  sur  le  grand  héliotrope  du 
Pérou  ;  et  il  a  inséré,  dans  les  Ephé- 
mérides  des  curieux  de  la  nature  y 
divers  mémoires,  dont  quelques-uns 
attestent  une  crédulité  puérile,  et  dont 
aucun  ne  mérite  les  honneurs  de  la 
citation.  C. 

FRANK  ou  FRANCK  DEI  FR ANC- 
KENAU  (  George) ,  célèbre  médecin 
allemand,  naquit  le  5  mai  i645,  h 
Naumbourg  en  Misnie.  Après  avoir 
fait  d'excellentes  études  dans  cette 
ville  ,  ainsi  qu'à  Mersebourg  ,  il  se 
rendit  à  l'université  de  léna  ,  où  il 
reçut  les  encouragements  les  plus  flat- 
teurs ,  et  les  témoignages  les  plus  ho- 
norables d'estime  et  d'admiration.  11 
n'avait  pas  encore  atteint  sa  ving- 
tième année,  lorsque  le  comte  palatin, 
Christophe-Philippe  Richter  ,  le  cou- 
ronna poète.  Le  jeune  Frank  méritait 
ce  titre  par  de  très  bons  vers  alle- 
mands ,  latins  ,  grecs  et  hébreux. 
Toutefois,  ambitionnant  une  gloire  , 


FRA 

sinon  pîns  brillante,  du  moins  plus 
solide  ,  il  embrassa  l'ëtude  de  la  me'- 
dccine.  Les  progrès  qu'il  fit  dans 
cette  nouvelle  carrière  furent  tellemcrit 
rapides  ,  que  bientôt  ses  maîtres  le 
jugèrent  capable  d'enseigner  l'anato- 
raie ,  la  botanique  et  la  chimie.  L'uni- 
versilc  de  Strasbourg  jouissait  d'une 
grande  renommée  ;  Frank  voulut  y 
aller  achever  ^on  éducation  médicale. 
Il  soutint  sa  première  thèse  sur  la 
colique,  en  i665.  L'année  suivante, 
il  disserta  sur  la  pleurésie  ,  et  fut 
solennellement  promu  au  doctorat. 
Charles-Louis  ,  électeur  Palatin ,  lui 
confia  la  chaire  vacante  à  l'université 
de  Heidelberg  ,  par  la  mort  de  Jean- 
Gaspard  Faus,  en  167  r,  et  le  nomma 
ensuite  son  médecin.  Chassé  par  les 
horreurs  de  la  guerre  ,  dont  le  Pala- 
tinat  devint  le  sanglant  théâtre, Frank 
se  réfugia  d'abord  à  Francforl-sur-le- 
Mein.  Attiré  par  l'électeur  Jean-George 
1 II,  à  Wilteraberg,  comblé  de  faveurs 
et  de  bienfaits  par  Jean-George  IV, 
et  par  son  successeur  Frédéric-Augus- 
te ,  Frank  se  laissa  pourtant  séduire 
par  les  offres  de  Christian  V ,  roi 
de  Danemark.  A  l'exemple  de  plu- 
sieurs savants  dont  la  conduite  est 
quelquefois  en  opposition  manifeste 
avec  leurs  écrits  philosophiques,  il 
abandonna  sa  patrie  pour  aller  cher- 
cher sous  un  ciel  étranger  de  l'or 
et  des  dignités.  Ses  espérances  ne 
furent  point  trompées  j  son  ambition 
fut  satisfaite.  Accueilli  de  la  manière 
Ja  plus  distinguée  parla  famille  royale, 
il  fut  nomme  médecin  en  chef  de  l'hô- 
pital des  orphelins  ,  arohiâtre  du  roi 
et  de  la  reine  ,  conseiller  aulique  et 
membre  du  conseil  supérieur  de  jus- 
tice. Frédéric  IV  confirma  dans  ces 
emplois  éminents  le  docteur  Frank  , 
qui  en  jouit  jusqu'à  sa  mort ,  arrivée 
le  16  juin  1704.  Il  avait  été  anobli 
en  1692  ,  et  créé  comte  palatin  en 


FRA  5o5 

1695  ,  sous  le  nom  de  Franckenau  , 
par  l'empereur  Léopold.  L'académie 
impériale  des  curieux  de  la  nature , 
celle  des  Ricovraii  de  Padoue ,  cl  la 
lociété  royale  de  Londres ,  rayaient 
admis  dans  leur  sein.  Frank  justifia 
tous  ces  honneuis ,  non  par  de  grands 
ouvrages,  mais  par  des  connaissances 
extrêmement  variées,  et  par  des  écrits 
pleins  de  recherches  curieuses  :  I. 
Lexicon  vegetahilium  usualium  ,  in 
qno  plantarum  quarum  usus  usque 
innoluit ,  nomen  cum  synonymis  la" 
tinis  j  grcEcis ,  germanicis  ,  et  inler' 
dàm  arahicis  ,  temperamentum  , 
vires  ne  usus  ge?ieralis  et  specialis  , 
atque  prœparata  ex  optimis  quitus- 
que  aucloribus ,  in  usum  medicince , 
pharmacopœœ  ac  chirurgice  studio- 
sorum ,  hreviter  sed  perspicuè  pro" 
ponuntur y  Strasbourg,  i672,in-i2. 
Flatté  du  succès  qu'obtint  ce  manuel 
de  botanique,  l'auteur  le  perfectionna, 
et  le  fit  réimprimer  sous  le  titre  de 
Flora  francica  y  Heidelberg,  i685  , 
in- 12.  La  troisième  édition  parut  à 
Leipzig  en  1698;  une  autre  à  Stras- 
bourg en  1705,  etc.  Christophe 
Hellwig  en  donna ,  en  1 7  »  4  ?  ""^  tra- 
duction allemande,  qui  fut  revue  et 
aujçraentée  en  17 16,  par  Jean-Godc- 
froi  Thilo.  Cette  version  a  été  sou- 
vent réimprimée  ,  avec  des  supplé- 
ments si  copieux  chaque  fois,  que  la 
cinquième  édition ,  de  1 755 ,  renferme 
dix  mille  articles  de  plus  que  la  qua- 
trième de  1756.  IL  Institutionum 
medicarum  Synopsis  :  adnectuniur 
methodus  discendi  medicinam,  et 
delineatio  communis  dosium  medi^ 
camentorum  ,  Heidelberg,  1672, 
in- 12.  C'est  le  texte  des  leçons  de 
l'auteur.  III.  Tractatus  philologico- 
medicus  de  cornutis  ,  in  quo  varia 
curiosa  delibantur  ex  theologorum , 
jiiris consul torum ,  medicorum  ,  phi^ 
losophorum ,  poliliGorum  atque  phi- 


Soô  F  R  A 

lologorum  monumentis  ,  Heidelberg, 
1678  ,  in-4°.  IV.  Parva  hihlioiheca 
Mootomica  ,  ibid. ,  1680  ,  iu-4**'  V. 
Depnlingenesidy  sive  resuscitatione 
artificiali  pîantarum  ,  hominum  et 
animalium  è  suis  cineribus  ,  liber 
singuîarisy  jam  révisas,  emenda- 
tus ,  neûnon  eommentario ,  et  va- 
riorum  suisque  experimentis  quàm- 
plurimis  illustratus  à  Johanne 
Christiano  Nehring,  Halle,  17 17, 
în-Zj".  La  palingënësie ,  proprement 
dite,  est  une  chimère.  Les  arguments 
accumule's  par  l'auteur  pour  en  dé- 
montrer l'existence ,  sont  quelquefois 
inge'uieux,  mais  toujours  frivoles,  et 
ses  expériences  défectueuses.  Les  com- 
mentaires de  Te'diteur  sont  d'une  pro- 
lixité pebutanle,  et  généralement  plus 
©bscurs  que  le  texte.  Parmi  les  opus- 
cules très  nombreux  du  savant  pro- 
fesseur ,  il  faut  mettre  au  premier  rang 
ceux  qu'il  a  publiés  ou  fait  souteuir 
par  divers  candidats  ,  sous  le  nom 
très  impropre  de  Satires,  et  que  son 
fils  a  recueillis,  en  leur  conservant  le 
même  titre.  VI.  Satyrœ  medicœ  m~ 
ginti,  quihus  accedunt  dissertationes 
sex ,  varii  simulque  rarioris  argU" 
menti ,  Leipzig,  1 72a ,  in-S".  Ce  livre 
est  réellement  un  recueil  de  vingt- 
sept  dissertations,  dont  plusieurs  sont 
très  importantes,  et  dont  aucune  n'est 
absolument  dépourvue  d'intérêt.  Dans 
la  cinquième,  l'auteur  examine  com- 
parativement les  testicules  des  hom- 
mes et  les  ovaires  des  femmes.  La 
septième  est  une  des  plus  piquantes  : 
il  s'agit  d'hommes  et  d'animaux  qui 
ont  vécu  plus  ou  moins  long-temps, 
privés  des  organes  regardés  comme 
essentiels  à  la  vie ,  tels  que  le  foie , 
ïa  rate,  les  reins,  la  vessie,  la  ma- 
trice ,  Testomac ,  les  poumons  ,  le 
cerveau  ,  le  cœur.  Rien  de  plus  com- 
mun que  de  voir  des  individus  qui , 
considérés  moralement ,  n'ont  ni  cœur, 


FRA 

ni  cervelle.  Il  n'en  est  pas  de  mêmt 
au  physique  ,  et  les  exemples  entassés 
par  Frank  sont  loin  de  porter  le  ca- 
chet de  l'authenticité.    La  douzième 
thèse  est  destinée  à  démontrer  les  in- 
convénients et  les  dangers  bien  réels 
des  corsets  baleinés.  La  seizième  trailt 
du   verre  et  des  hyalophages.    La 
vingt-unième,  composée  par  ordre  dç 
l'électeur  Palatin  ,  esl  Consacrée  à  U 
description  et  au  traitement  des  hé- 
morroïdes. Le  sujet  de  la  vingt-troir 
sième  est  cette  branche  de  la  chirur- 
gie qui  a  immortalisé  le  nom  de  Ta- 
liacoi ,  et  qui  consiste  à  replacer  les 
nezi ,  les  oreilles ,  et  diverses  autres 
parties  entièrement  séparées  dii  corps, 
ou  à  en  fabriquer  de  nouvelles.  L© 
titre  de  la  vingt-cinquième  dissertation 
suffit  pour  en  donner  une  idée  exacte  : 
De  lupannribus ,  ex  principiis  mC" 
dicis  eadem  improbans.  La  vingt» 
sixième  expose  le  tableau  effrayant 
des  maladies  qui  tourmentent  les  gens 
de  lettres;  elle  porte  cette  épigraphe, 
merveilleusement   assortie  :    Quam 
vellem  nés  cire  liieras  !  Enfin  le  livre 
est  terminé  par  une  excellente  esquisse 
des  découvertes  en  anatomie  :  Bona 
nova  anatomica.    Quelques  autres 
thèses  isolées  sont  remarquables,  tan- 
tôt par  le  choix  de  la  matière ,  lantQt 
par  l'élégance  du  style.  yW.De  mé- 
dias philologis  ,  1691.  Il  était  sans 
doute  difl&cile  de  mieux  joindre  l'exem- 
ple au    précepte.    VIII.  De  morbo 
Quinti  Ennii  po'étœ ,  sive  podagrâ  ex 
vino.  Cette  dissertation   inaugurale, 
soutenue  en  1694 ,  par  J-  J-  Chiiden, 
est  pleine  et  mcme  trop  surchargée 
d'érudition.  IX.  De  nakir  arabum  , 
seu  Jlatu  ambulativo ,  1684.  X.  De 
^0Lii\iif7[L0i  seu  arenatione^  iGgS.  Les 
observations  et  mémoires  insérés  par 
Frank  dans  les  Ephémérides  des  cu- 
rieux de  la  nature  ,  sont  exccssive- 
menMnuitJplies  j  il  suffira  de  signaler 


FRA 

les  principaux  :  i°.  Z)<5  (fuaiuôr fûsd- 
bus  uno  partu  exclusis.  i".  De  am- 
hljopid  ex  fehre  malîgnd,  5".  De 
scrophulis  in  fœlu  ex  imaginatione 
matris;  est-il  besoin  de  faire  observer 
l'invraisemblance  de  la  cause  imagi- 
née par  l'auteur  ?  4''«  -^^  ^i^o  mens- 
truo  :  l'on  a  vu  chez  quelques  hommes 
un  e'couleraent  sanguin  qui  se  renou- 
velait chaque  mois  avec  les  mêmes 
symptômes  que  les  règles  des  femmes. 
5".  De  variolarum  reliquiis  :  quand 
on  réfléchit  qu'une  piqûre  légère  ,  et 
toujours  innocente  ,  détruit  sûrement 
le  germe  d'une  maladie  épouvantable, 
on  ne  saurait  trop  apprécier  le  bien- 
fait de  la  vaccine.  6".  De  mercurio 
vm)  è  vivo  hominis  corpore  éma- 
nante. Frank  a  enrichi  de  préfaces 
ou  de  notes  les  Questions  médico- 
légales  de  Paul  Zacchia  ;  la  Médecine 
magnétique  de  Guillaume  Maxwell  j 
la  Dendrologie  d'Ovide  Monlalbano; 
les  OEuvres  de  Michel  Ettrauller  et 
de  Chrétien  Lange ,  etc.  Enfin  ,  il  a 
laissé  une  quantité  considérable  de 
manuscrits  ,  dont  il  est  surprenant 
que  son  fils  n'ait  pas  fait  jouir  le  pu- 
blic. Les  plus  importants  sont  des 
recueils  d'observations  et  de  consul- 
tations ,  et  surtout  une  Biographie 
générale  des  médecins ,  en  3  vol. 
V  Eloge  funèbre  de  George  Frnnk , 
par  Mullenius,  a  été  inséré  dans  les 
Memoriœ  theologorum  de  Henri  Pip- 
ping  ;  Godefroi  Thomasius,  sous  le 
pseudonyme  de  Vindicianus  ,  en  a 
publié  un  second  ,  également  fasti- 
dieux par  des  détails  superflus,  et  par 
les  louanges  emphatiques  et  intempes- 
tives des  princes  au  service  desquels 
Frank  avait  été  attaché.  C. 

FRANK  DE  FRANCKENAU 
(  George  Frédéric  ) ,  fils  dii  précé- 
dent ,  parcourut ,  avec  moins  d'éclat , 
la  même  carrière  que  son  père.  Il 
étudia  la  médecine ,  d'abord  à  l'uiiî- 


FRA  5o7 

Ter  site  d'Altdorf ,  où  il  disserta  ,  ea 
1690,  Sur  le  péricarde;  puis  à  celle 
de  léna ,  où  il  obtint  le  doctorat  en 
1692.  Nommé  professeur  extraordi- 
naire à  l'université  de  Wittemberg  , 
il  fut  bientôt  appelé  à  celle  de  Copen- 
hague, en  qualité  de  professeur  ordi- 
naire ,  et  remplit  honorablement  ces 
fondions  jusqu'à  sa  mort,  survenue 
eu  i'^5qi.  Ses  ouvrages  ,  peu  nom- 
breux ,  annoncent  des  connaissances 
exactes  dans  les  diverses  branches  de 
l'art  de  guérir  :  L  Onychologia  eu- 
riosa ,  seu  de  unguihus  tractatio 
phjsico-medica ,  lena,  1695,  in-4''. 
Bien  que  les  immenses  progrès  de 
l'analomie,  de  la  physiologie  et  de  la 
chimie ,  aient  considérablement  di- 
minué l'intérêt  de  cet  opuscule ,  il  est 
loin  cependant  d'avoir  perdu  tout  sozi 
mérite.  On  doit  regarder  comme  un 
supplément  nécessaire  la  dissertation 
De  unguihus  monstrosis  et  cornuum 
producthne  in  pueîld  Lalandicd, 
Copenhague,  1716,  in-4**.  IL  ^/îfl5- 
tomosis  relecta ,  seu  disputatio  phf- 
siologica  ,  muUias  vasorum  oscula- 
tiones,  secreliônes  animales  etmerrf 
hranarum  usum  cstendens ,  ibid. , 
1704,  in-4''.  ni.  Diapedesis  resti^ 
iuta ,  ibid. ,  1716,  in-4".  ^V.  Dis- 
quisitio  epistolaris  de  succi  nutritii 
transita  per  nervos  ,  ejusque  in  cor- 
pore  huniano  effectibus  ,  Leipzig  , 
1696,  in-1'2.  Dans  ces  trois  disser- 
tations, l'auteur  examine  les  points 
les  plus  importants  et  les  plus  obs- 
curs de  la  science  physiologique  ;  ii 
cherche  à  répandre  quelque  lumière 
sur  les  principales  fonctions  de  Téco- 
nomie  animale  ,  telles  que  la  circula- 
tion ,  la  digestion  ,  la  nutrition  du  ■ 
foetus  et  de  l'adulte  ;  il  s'attache  sur- 
tout à  dévoiler  le  mécanisme  des  sé- 
crétions :  mais  dans  une  matière  aussi 
abstruse  ,  et  couverte  encore  aujour- 
d'hui d'épaisses  ténèbres  ^  Frank  re'us- 


5o8 


FRA 


sit  uiiciix  à  combattre  les  liypollièses 
de  seç  adversaires  qu'à  établir  soîide- 
nient  la  sienne.  On  trouve  plusieurs 
observations  de  ce  professeur  dans 
les  Ephémerides  publiées  par  l'aca- 
demie  des  curieux  de  la  nature  ,  dont 
il  était  membre  sous  le  nom  de  Phi- 
larète  :  i  ".  Histoire  dHun  délire  fré- 
nétique, attribué  à  V action  des  se- 
mences de  pomme  épineuse  {Datura 
stramonium  ,  L.  )  ;  2**.  Section  ana- 
tomique  du  cadavre  d'un  homme  qui 
n  avait  qu'un  seul  rein.  G. 

FRA^KE  (Jean)  ,  hébraïsant  alle- 
mand, naquit  en  i65o  à  Scblicht, 
dans  le  Meiklenbourg  :  après  avoir 
fait  ses  études  à  Leipzig,  il  revint  en 
lôn^  <l^ns  sa  patrie,  se  livra  à  la 
carrière  de  renseignement,  et  fit  l'édu- 
cation de  jeunes  seigneurs.  En  1686, 
il  devint  pasteur  de  Tranlow  et  de 
Sassen  en  Poraéranie  ,  passa  en  la 
même  qualité  à  Baggendorf  en  1 689 , 
et  se  démit  de  son  emploi  en  1^02. 
31  mourut  à  Ncubrandcnbourg ,  le 
17  avril  1725.  Jôcher  nous  a  con- 
-servé ,  dans  son  Dictionnaire,  la 
liste  des  ouvrages  de  Frankc.  Voici 
les  plus  remarquables  à  notre  avis  : 
I.  Lux  tenehrosa  sive  schedium  de 
accentuationis  hehrœce  imperfec- 
tione.  il.  Diacritica  sacra.  IW.Me- 
Tnoriale symbolicum.  IV.  Deux  Trai- 
tés (  en  allemand  )  sur  la  théologie 
mystique  dans  la  langue  allemande. 
V.  Dis  s.  de  Pelecano.  VI.  Historia 
Ruthœ  juxta  accenius  hehrœos  ex- 
pUcala.  VII.  Commentarius  acroa- 
maticus  in  Jonam.  VI II.  Idem  m 
psalmos  Davidis,  IX.  Prophetia 
uimosi  ,  Nahum  ,  Hahacuci ,  So- 
phonicBj  Ohadiœ ,  Haggœi ,  Mala- 
ehiœ  ,  juxta  accenUis  resoluta  et 
expUcata.  X.  Mi/^isterium  accen- 
tuum  hebrœorum  mnnstratum  clar. 
S.  Scripturœ  dictis.  XI.  Sciagraphia 
logiees  antiquo-novœ ,  etc.     J — pr. 


FRA 

FRÂISKE  (  Auguste- Hermàw  ), 
pbilantrope  célèbre  par  la  fondation  de 
la  maison  des  Orphelins  à  Halle ,  na- 
quit à  Lubeck,  en  i663.  Ses  parents, 
d'une  famille  distinguée ,  lui  don- 
nèrent d'abord  des  instituteurs  parti- 
culiers ,  et  l'envoyèrent  ensuite  dans  le 
gymnase  de  Gotha.  Les  progrès  ra- 
pides qu'il  fit  dans  les  études  lui  don- 
nèrent accès  à  l'université  dès  l'âge  de 
quatorze  ans,  malgré  l'usage  établi  à 
cette  époque.  Il  fut  admis,  en  i<i79, 
dans  celle  d'Erfurt,  et  obtint,  dans  la 
même  année ,  une  bourse  à  celle  de 
Kiel ,  où  il  cultiva  principalement 
la  métaphysique,  la  philosophie  mo- 
rale, et  Id  théologie,  sans  négliger 
l'étude  d(  s  sciences  naturelles.  Apres 
s'être  adonné  aux  langues  orientales 
à  KicI  et  à  Hambourg  ,  sous  Esdras 
Edzardi,  il  apprit  le  français,  l'an- 
glais et  l'italien.  Ayant  obtenu,  en 
i685,  le  degré  de  raaître-ès-arts ,  il 
ouvrit  des  cours ,  entre  autres  celui  de 
Philobiblique.  Lai  nouveauté  de  sa 
doctrine  excita  d'abord  la  curiosité,  et 
lui  attira  un  grand  nombre  d'audi- 
teurs ;  mais  son  mysticisme  exalté  ne 
larda  pas  à  exciter  contre  lui  la  per- 
sécution. Il  était  un  des  plus  zélés 
disciples  de  Spener,  regardé  comme 
le  fondateur  de  la  secte  qu'on  appelle 
en  Allemagne  des  Piétistes  (  F.  Spe- 
ner ).  Obligé  de  se  réfugier  à  Leipzig , 
Franke  y  reprit  ses  cours,  et  fut,  peu 
de  temps  après,  nommé  diacre  d'une 
église  à  Eri'url.  Gomme  il  continuait 
d'y  dogmatiser  et  de  prêcher  contre 
la  doctrine  établie,  le  magistrat  d'Er- 
furt reçut  ordre  de  l'électeur  de  des- 
tituer Franke  ,  et  de  le  bannir  de  h 
ville.  Non  seulement  l'arrêt  de  sa  pros- 
cription fut  exécuté,  en  1^190;  mais 
les  étudiants  et  les  bourgeois  ayant 
supplié  les  magistrats  de  retenir  dans 
leurs  murs  un  homme  qui  avait  mon- 
tré beaucoup  de  zclc  poifi:  l'enseigne- 


FRA 

ment ,  plusieurs  d'entre  eux  furent 
condamne's  à  la  prison.  Franke  trouva 
cependant  des  hommes  et  même  des 
souverains    qui    furent   indignés  de 
cette  persécution .  La  cour  électorale  de 
Brandebourg  lui  avait  fait  dire,  le  jour 
même  où  on  lui  signifia  l'arrêt  de  son 
bannissement,  qu'elle  le  prenait  sous 
sa  protection  :  aussi  refusa- t-il ,  en  fa- 
veur de  celte  cour ,  les  offres  qui  lui 
furent  faites  par  plusieiu's  souverains 
de  rAlleraague.  Il  se  rendit" à  Halle 
en  1692  ,  et   contribua   à  l'organi- 
sation de  l'université  qui  venait  d'être 
fondée  dans  cette  ville.  De  concert 
avec  Spener,  il  réforma  surtout  les 
études  théologiques  ,  qu'il  débarrassa  ^ 
de  tout   ce  qui  lui   paraissait  tenir' 
encore  à  la  barbarie  scolastiqne.  La 
piété  et  le  zèle  de  Franke  le  firent 
nommer  à  la  cure  de  Glaucha  ,  ville 
située  près  de  Halle  :  c'est  là  qu'il 
fonda  les  établissements  d'humanité 
qui  rendent  sa  mémoire  vénérable  à 
tous  les  vrais  philanlropes.  La  cor- 
ruption des  mœurs ,  la  fainéantise,  ré- 
gnaient dans  ce  lieu ,  lorsque  Franke 
y  arriva.  Une  foule  de  mendiants  oisifs 
et  dépravés  assiégeaient  chaque  jour 
la  porte  des  riches.  En  soi^Jageant  leur 
misère  par  des  aumônes ,  le  nouveau 
curé  profitait  de  toutes  les  occasions 
qui  se  présentaient  pour  les  instruire, 
persuadé  que  l'ignorance  est  la  seule 
mère  de  tous  les  vices.  11  donnait  aux 
enfants  ce  qui  leur  était  nécessaire 
pour  assister  à  l'école.  Ses  propres 
moyens  étant  insuffisants,  il  fiî  placer 
un  tronc  dans  sa  chambre,  avec  cette 
inscription  :  «  Si  quelqu'un,  possé- 
»  dant  les  biens  de  ce  monde ,  voit 
»  son  frère  mourir  de  faim  et  ki 
»  ferme  son  cœur ,  comment  peut-il 
»  être  aimé  de  Dieu  ?  »  Ayant  trouvé 
un  jour  sept  florins  dans  ce  tronc,  et 
voyant  que  les  aumônes  qu'il  avait 
distribuées  jusqu'à  ce  moment  ne  dé- 


FRA  G09 

truisaient  ni  la  fainéantise  ni  l'igno- 
rance, il  forma  le  projet  de  fonder, 
avec  une  somme  aussi  modique ,  un« 
école  en  faveur  des  pauvres.  11  acheta 
des  hvres  pour  les  enfants,  et  il  char- 
gea un  pauvre  étudiant  de  leur  donner 
des  leçons  dans  une  salle  de  sa  maison 
qu'il  avait  consacrée  à  cet  usage.  H 
y  plaça  un  tronc ,  avec  celte  inscrip- 
tion :  «  Pour  l'instruction  des  enfants 
»  pauvres ,  et  pour  l'achat  des  livres 
»  et  autres  choses  nécessaires.  »  Afin 
d'augmenter  le  nombre  de  ses  élèves, 
il  leur  donnait  une  petite  aumône  trois 
fois  par  semaine  ;  telle  fut  l'origine 
d'une  institution  utile  qui  bientôt  re- 
çut ,  par  les  secours  des  particuliers 
et  par  ceux  du  gouvernement ,  un 
grand  développement ,  et  fut  divisée 
en  deux  établissements,  l'un  désigné 
sous  le  nom  de  Maisondes  orphelins, 
et  l'autre  sous  celui  de  Pedagogiumm 
Franke  donna   d'abord  l'instruction 
aux  pauvres  et  aux  orphelins  dans 
des   maisons  particulières  j,  mais  le 
nombre  de  ses  élèves  augmentant  de 
jour  en  jour ,  et  l'utilité  de  ses  tra- 
vaux lui  ayant  acquis  l'estime  et  la 
confiance  publiques ,  il  crut  qu'il  était 
temps  de  poser  la  première  pierre  du 
vaste  bâtiment  qui  fut  commencé  en 
1698  et  terminé  l'année  suivante.  C'est 
dans  ce  local  que  fut  établie  l'impri- 
merie de  son  ami  Canstcin ,  qui  avait 
imaginé  une  espèce    de  stéréolypie 
(  Foy.  Cawstein  ) ,  afin  de  pouvoir 
donner  au  peuple,  à  très  bon  marché, 
des^xcmplairesdela  Bible:  on  en  con- 
serva ,  à  cet  effet ,  les  formes,  dont  on 
tirait  des  épreuves  au  besoin  (ij.  On 


(i^  Ces  Bibles  aUemaudcs ,  de  la  version  de  Lu- 
ther ,  pouvant  se  donner  au  plus  bas  prix,  «e  sont 
répandues  dans  toute  l'Allemagne.  Ou  a  compté 
que  dans  un  intervalle  de  qu'<tre-ving*«  ans  (d« 
1716  à  «795)  ,  ou  en  a  tiré  1,670,333  «xemplaires 
de  divers  formats,  y  compris  un  petit  nombre  de 
traductions  en  bohémien,  sang  compter  S63,fi90 
exemplaires  du  Nouveau-Testament  ^  un  grand 
nombre  de  Psautiers,  etc. ,  et  io5, 000 volumes  de 
C.inll<^u«s  à  i'uiaye  dçt  soldats.  C.  B.  Mi«h«cli« , 


to  FRA 

imprima  aussi  de  bons  ouvrages  élé- 
mentaires ,  et  d'autres  écrits ,  qui  for- 
mèrent un  fonds  de  librairie  et  de  nou- 
velles ressoun  es  pour  l'établissement. 
Une  bibliothèque  de  plus  de  vingt 
mille  volumes ,  un  cabinet  d'arts  et 
d'histoire  naturelle,  enrichirent ,  peu 
de  temps  après ,  cette  maison  d'édu- 
cation; on  y  institua  même  un  gynécée, 
qui  devait  être  pour  les  filles  ce  que 
le  pedagogium  était  pour  les  garçons. 
Un  jardiB  de  botanique,  une  phar- 
macie ,  différents  ateliers  pour  la  pra- 
tique des  arts  mécaniques ,  furent 
successivement  fondés  dans  l'établis- 
sement, par  l'active  générosité  d'un 
homme  qui  s'était  dévoué  au  bieu  de 
ses  semblables.  Ce  philantrope  éclairé 
savait  que  l'auinone  sans  travail  en- 
gendre la  fainéantise,  et  que  le  tra- 
vail sans  instruction  forme  des  bêtes 
brutes ,  qui  peuvent  facilement  deve- 
venir  des  bêtes  féroces.  Franke  insti- 
tua et  soutint  cet  établissement  par  son 
courage ,  par  sa  persévérance ,  et  avec 
le  secours  de  quelques  particuliers 
qui  firent  des  donations  en  argent  et 
«n  biens-fonds.  Une  fondation  si  re- 
marquable ne  pouvait  échapper  à  l'at- 
lenlion  du  gouvernement.  L'institu- 
tion de  Glaucha  fut  soumise  à  l'exa- 
men et  à  la  censure  de  la  régence 
de  Magdebourg  :  les  commissaires, 
ne  pouvant  rien  alléguer  contre  un 
instituteur  qui  s'était  concilié  la  bien- 
veillance et  l'estime  générales ,  le 
dédommagèrent  par  quelques  éloges 
stériles ,  et  le  gouvernement  nf  lui 
accorda  aucun  secours.  Ce  bel  éta- 
blissement fut  cependant  complété 
dans  l'espace  de  dix  années;  l'on 
se  contenta  d'y  apporter ,  par  la  suite, 


4ans  sa  TcrtioD  latine  de  la  Bible  (ZuUichau  , 
a^/ji,  in-A".  ),  a  niivi  page  pour  page  l'édition 
«te  UaUe  de  la  Bible  allcmaade,  pour  facilifsr  ie< 
xacUerchei  de  ceux  qui  ont  cette  derniàre  «oui  le* 
jeux,  ou  •(Ut  ont  la  mtnvut  locait  du  paai^gc 
4»a\  tti  9A\  bcfvia. 


FRA 

quelques  améliorations  :  telles  furent, 
par  exemple ,  une  école  normale 
pour  les  personnes  qui  voulaient  se 
consacrer  à  l'éducation;  une  table 
pour  les  étudiants  qui  n'avaient  pas  le 
moyen  de  pourvoir  à  leur  subsis- 
tance, etc.  Franke,  sans  cesse  occupe 
de  ses  utiles  travaux,  parvint  à  l'âge 
de  soixante-trois  ans  avec  une  sanle 
robuste,  et  ayant  sous  les  yeux  le 
spectacle  du  bien  qu'il  avait  fait,  et, 
dans  le  cœur,  la  certitude  consolante 
d'avoir  pris  toutes  les  mesures  néces- 
saires pour  en  garantir  la  durée.  L« 
rédacteur  de  cet  article  a  eu  le  bon- 
heur de  visiter,  il  y  a  peu  d'années , 
celte  institution,  qui  a  subi  peu  de 
changements,  et  qui  remplit  encore  le 
but  philantropique  que  s'était  proposé 
son  fondateur.  Après  avoir  passé  une 
vie  dont  chaque  jour  fut  marqué  par 
des  actes  de  vertu  et  de  bienfaisance, 
et  dont  la  sérénité  ne  fut  troublée  que 
par  les  nuages  de  l'envie,  Franke  de- 
vint sujet  à  des  infirmités  douloureu- 
ses, qui,  d'abord,  ne  furent  que  pas- 
sagères ;  mais  bientôt  elles  prirent  un 
caractère  plus  violent,  et  il  y  succomba 
le  8  juin  T727.  11  a  publié  des  ou- 
vrages oîi  Lk)n  trouvera  des  notions  in- 
téressantes sur  les  principes  d'éduca- 
tion qu'il  avait  adoptés  A.  De  l'Edu- 
cation de  la  jeunesse ,  et  des  moyens 
de  la  diriger  vers  une  piété  solide 
et  un  christianisme  raisonnable.  II. 
Règlement  et  Méthode  d'enseigne^ 
ment  pour  le  Pedagogium.  III. 
Preuves  évidentes  de  la  protection 
de  la  Providence  dans  les  établis- 
sements de  la  Maison  des  OrphelinSy 
à  Glaucha ,  près  Halle  ,  1  «^09 ,  par 
Franke.  Ces  Ouvrages  sont  écrits  en 
langue  allemande.  IV.  Un  grand  nom- 
bre d'Ecrits  théologiqiics,  4  volumes 
de  Sermons,  une  édition  du  Nouveau- 
Testament  grec;  des  Dissertations 
de  philologie  orientale ,  de  pro^xis 


FRA 

Hehrœorum;  de  grammaiicd  JTe- 
brœonim;  un  Traité  du  respect  hu- 
main j  traduit  en  cinglais,  en  1706, 
par  A.  G.  Bohm;  un  Catéchisme  in- 
titulé: Grund-Regeln  Jesu-Christi , 
traduit  en  suédois  en  1 7  06 ,  et  qui  est 
aussi  traduit  en  français ,  etc.  Le  re- 
cueil de  ses  Discours  et  Oraisons  fu- 
nèbres a  été  publié  à  Halle,  1727, 
in-fol.  —  Son  fils,  Gotthelf-Auguste 
Franke,  qui  lui  succéda  dans  la  di- 
wclion  de  la  maison  des  Orphelins , 
fut  professeur  de  théologie  et  inspec- 
teur du  cercle  de  la  Saale,  et  mourut 
le  2  septembre  1769,  après  avoir  pu- 
blié quelques  Sermons  et  autres  écrits 
théologiques ,  la  plupart  en  allemand , 
sans  compter  les  Préfaces  qu'il  a 
jointes  à  divers  ouvrages  dont  il  s'est 
rendu  éditeur.  11  a  aussi  mis  au  jour 
(en  allemand)  les  Relations  des  mission- 
Baires  (  luthériens)  aux  Indes-Orien- 
tales ,  depuis  le  N°.  19  jusqu'au 
N°.  1 07  ;  cette  collection  forme  9  gros 
vol.  in-4''.  C'est  à  ce  docteur  Franke 
qu'arriva  la  désagréable  aventure  rap- 
portée par  Biisching  dans  son  Carac- 
tère de  Frédéric  II:  une  troupe  de  co- 
médiens étant  venue  s'établir  à  Halle, 
«t  causant  beaucoup  de  désordres  par- 
mi les  étudiants ,  l'université  de  cette 
ville  en  porta  au  diiectoire-général  des 
plaintes  réitérées ,  qui  furent  soumises 
au  roi  en  1745»,  avec  prière  de  faire 
éloigner  cette  troupe.  Frédéric,  ne 
voyant  dans  cette  requête  qu'une  op- 
position à  l'introduction  des  idées  li- 
bérales, apostillala  supplique  en  ces 
termes  :  «  C'est  cette  racaille  de  ca- 
»  gots  ecclésiastiques  qui  en  est  la 
»  cause  :  je  veux  qu'on  joue  ,  et  que 

»  M.  Franke  y  assiste et  les  comé- 

»  diens  m'enverront  une  attestation 
»  qui  prouve  qu'il  y  ait  assisté.  » 
On  eut  beau  représenter  au  roi  que 
Franke  n'avait  pas  plus  contribué  à 
la  requête  que  les  autres  professeurs^ 


FRA  5ii 

la  plainte  venant  du  corps  entier  de 
l'université  :  Frédéric  insista;  et  tout 
ce  qu'ompul  obtenir  fut  que  la  néces- 
sité de  se  montrer  à  la  comédie  fût 
commuée  en  une  amende  de  vingt 
écus  au  profit  de  la  caisse  des  pauvres. 
Le  professeur  s*empressa  de  la  payer; 
et  le  monarqye  ayant,  long-temps 
après  ,  reconnu  son  injustice ,  voulut 
l'en  dédommager  en  le  nommant  (  en 
176Ô  )  conseiller  au  consistoire  de 
Magdebourg ,  sans  que  Franke  eût 
recheJmé  cette  faveur.        L  — lE. 

FRANKE  (  Henri -Théophile  ) , 
laborieux  écrivain  et  jurisconsulte 
saxon,  né  en  i/oS ,  à  Teichwitz, 
près  de  Weyda ,  dans  le  Yoigtland  , 
professeur  extraordinaire  de  droit 
germanique  à  l'université  de  Leipzig 
depuis  174B,  y  obtint,  en  1762, 
la  chaire  de  morale  et  de  politique,  et 
mourut  le  i4septemb.  1781.  Meusel 
donne  le  détail  de  vingt-cinq  ouvrages 
ou  dissertations  de  cet  érudit ,  et  de 
dix-sept  autres  dont  il  ne  fut  qu'éditeur 
et  commentateur.  Voici  ses  principaux 
ouvrages  :  L  Triscamerarius  S.  /?»  /. 
è  diplomatibus  restitutus ,  Leipzig, 
1756 ,  in-4*'»  IL  Defatis  ,  methodo, 
fine  et  objecto  juris  puhlici  S.  R.  L 
celeberrimorum  aliquot  scriptorum 
Collectio  ;  prœmissa  est  notiiia  ube- 
rior  variorum  juris  publici  syste- 
malumyihid.f  1 739, in-4°.  111. Pro- 
f^ramma  sistens  singularia  quœdam 
historicolitteraria ,  ibidem,  1768, 
10-4*^.  Parmi  les  ouvrages  dont  il  ne 
fut  qu'éditeur,  nous  indiquerons  la 
Bibliotheca  realis  juridica ,  dont  il 
a  douné  la  4^«  édition,  1757  ,  2  voK 
^n-fol.  (  Foy.  Lipenius);  et  la  No- 
titia  auctorum  juridicorum,  dont  il 
a  fait  le  5".  supplément,  Leipzig, 
1 758 ,  in.8^  (  F,  George  Beyer).— 
Daniel  Franke  ,  probablement  de  la 
même  famille ,  né  à  Weyda  le  17  jan- 
vier 1(541 ,  y  mourut  le  7  août  172^, 


5iî> 


FRA 


après  y  avoir  exercé  les  fonctions  du 
ministère  évangéliqiie.  Il  avait  com- 
mencé d'écrire  l'histoire  de  c^  ville, 
sur  l'invitation  du  duc  deZeilz,  qui 
l'avait  nommé  son  bibliothécaire.  Il  a 
publié  quelques  Sermons,  et  une  Dis- 
sertation intitulée  :  Dlsquisilio  de 
papistarum  indicibusjibrorum  pro- 
hibitorum  et  expurgandorum  ;  c'est 
ui-e  thèse  qu'il  avait  soutenue  à  Leip- 
zig en  166G,  sous  la  présidence  de 
Thomasius,  et  qui  reparut  en  1684, 
in-4''. —  David  Franke,  pa|feur  et 
recteur  de  Técole  de  Sternberg,  en 
Mecklcnbouig,mortle  2 1  juillet  1 756, 
a  donné  en  allemand,  sous  le  titre 
diAlt  und  Neues  Mecklenburg ,  ea 
dix-neuf  parties  in-4''. ,  publiées  suc- 
cessivement à  Gustrow ,  de  1  755  à 
1^58,  nne  Histoire  complète  du 
Mccklcnb'ourg  et  des  diverses  nations 
slaves  qui  l'ont  habité,  jusqu'à  nos 
jours,  avccfig.  et  piècesjustifieatives  : 
il  avait  déjà  donné,  ausSen  allemand, 
un  fragment  de  Fffistoire  ecclésiasti- 
que de  Sternberg,  Rostock  ,  1721  , 
iu-8°.  G.  M.  P. 

FRANKENAU.  Fojr,  Frank. 

FRA]NKE1NIUS(Jean),  professeur 
de  médecine  à  Upsal,  naquit  en  iSgoj 
il  fil  ses  études  en  Allemagne,  et 
s'appliqua  avec  soin  à  l'anatomie ,  à 
la  botanique,  à  la  physique.  Ce  fut 
lui  qui  fit  connaître  en  Suède  la  dis- 
section auatomique,  et  qui  écrivit  le 
premier  dans  ce  pays  sur  le^  sciences 
naturelles.  On  a  de  lui  :  I.  Signa- 
tur,  etc.,  ou  Description  des  plantes, 
en  allemand,  Rostock,  1618.  U. 
Spéculum  botanicum ,  Upsal ,  1 658. 
lil.  Colloquium  cum  dus  montanis^ 
Thotœret ,  etc.,  en  suédoh,  Upsal, 
j  ()5 1 .  Le  savoir  de  l'auteur  ne  i'em^ 
pécha  pas  de  payer,  dans  ces  divers 
ouvrages  ,  un  tribut  aux  préjugés  de 
son  siècle  :  il  parle  des  vertus  mysté- 
rieuses d'une  plante  qu'il  regardait 


FRA 

comme  un  remède  universel  ;  de  l'in- 
fluence des  astres  sur  les*"  maladies  ; 
de  la  transmutation  merveilleuse  des  . 
métaux,  et  de  plusieurs  autres  objets  | 
pareils.  Fraukenius  mourut  à  Upsal 
en  166 1.  G — AU. 

FRANKLIN  (  Benjamin  ) ,  l'un  des 
hommes  qui  ont  le  plus  contribué  aux 
progrès  de  la  civilisation  en  Amérique , 
naquit  à  Boston  dans  la  Nouvelle- An- 
gleterre en  1 706 ,  d'une  famille  pauvre 
et  nombreuse,  mais  industrieuse  et 
honnête.  Son  père,  ses  frères  étaient 
de  simples  artisans,  et  lui-même  sem- 
blait ne  devoir  jamais  être  autre  chose  : 
cependant  l'ardeur  qu'il  montra  dès 
sa  première  enfance  pour  lire  et  pour 
apprendre,  donna  à  son  père  l'eAvie 
d'en  faire  un  ecclésiastique,  et  comme 
il  le  dit^  lui-même,  le  chapelain  de 
la  famille.  En  conséquence,  pour  l'y 
préparer,  on  l'envoya  d'abord  à  l'âge 
de  huit  ans  dans  une  petite  école  ; 
mais,  un  an  après,  son  père  trou- 
vant cette  éducatioû  trop  chère,  et 
considérant  d'ailleurs  que  les  éduca- 
tions de  collèges  ne  font  jamais  de 
bons  ouvriers ,  il  le  retira  de  cette 
école  et  le  mit  dans  une  autre  où 
l'on  apprenait  seulement  à  écrire  et 
â  compter.  Franklin  acquit  ainsi  en 
peu  de  temps  une  belle  écriture ,  mais 
ne  réussit  point  du  tout  au  calcul.  Ce 
fut  là,  dans  son  éducation,  tout  ce 
qu'il  dut  à  d'autres  qu*à  lui-mêtne.  A 
dix  ans ,  son  père  le  reprit  pour  l'ai- 
der dans  sou  métier  qui  était  de  fabri- 
quer des  chandelles.  L'enfant  ne  put 
se  plaire  à  ce  travail.  Son  imagination 
déjà  active  lui  donnait  un  goAt  très 
vif  pour  la  vie  de  mer  ;  et  le  lieu  le 
favorisant ,  il  apprit  de  bonne  heure 
tout  seul  à  nager ,  et  à  conduire  une 
barque  :  deux  talents  qui  plus  tard 
furent  presque  pour  lui  une  ressource. 
Son  père,  qui  n'approuvait  point  ce 
désir  (}«  voyager,  chercha  à  le  fixer  y 


FRA 

et  essaya  s'il  ne  pourrait  pas  en  faire 
un  coutelier;  mais  cela  ne  réussit  pas 
mieux,  et  il  fut  encore  oblige'  de  le 
rappeirrà  la  maison.  Le  premier  goût 
du  jeune  Franklin  pour  la  lecture  était 
devenu  une  passion  véritable.  Les 
voyages  surtout  et  l'histoire  le  char- 
maient. Du  peu  d'argent  qu'il  avait 
reçu  en  bien  du  temps  ,  il  avait  acheté 
quelques  livres.  II  avait  lu  avidement 
toute  la  petite  bibliothèque  de  sou 
père,  qui  par  malheur  ne  contenait 
presque  que  des  livres  de  contro- 
verse. II  y  trouva  pourtant  deux 
ouvrages  qui  duren( ,  comme  il  nous 
l'apprend  lui-même ,  avoir  une  grande 
influence  sur  sa  destinée  :  l'un  e'tait 
les  ries  de  Plularque  ;  l'autre  Y  Essai 
sur  les  Projets ,  par  De  Foë ,  l'auteur 
de  Robinson  Crusoé.  Cet  essai,  peu 
connu  en  France,  traite  de  tous  les 
projets  d'utilité'  géne'rale  applicables 
aux  sociële's  modernes.  Il  a  pour  but 
le  perfectionnement  du  commerce , 
l'emploi  qu'on  peut  faire  des  pauvres, 
l'indication  des  moyens  les  plus  pro- 
pres à  augmenter  les  richesses  pu- 
bliques. On  conçoit  combien  un  pareil 
ouvrage ,  plein  d'inventions  toujours 
tourne'es  vers  la  pratique,  dut  pro- 
duire d'effet  sur  le  jeune  Franklin,  et 
comment  il  put  lui  inspirer  ce  goût 
des  applications  utiles  qu'il  conserva 
et  développa  si  bien  pendant  tout  le 
reste  de  sa  vie.  Son  aoîour  irrésisti- 
ble pour  les  livres  décida  enfin  son 
père  à  en  faire  un  imprimeur,  quoi- 
qu'il eût  déjà  un  autre  fils  dans  cette 
profession.  Benjamin  fut,  à  l'âge  de 
1 2  ans,  mis  en  apprentissage  chexson 
frère  James  Franklin  ,  sous  la  condi- 
tion d'y  travailler  comme  simple  ou- 
vrier jusqu'à  vingt-un  ans ,  sans  re- 
cevoir de  Images  que  la  dernière  année. 
Le  jeune  Franklin  devint  bientôt  fort 
liabile  dans  celte  besogne  :  il  eut  alors 
la  fliculté  de  se  procurer  de  meilleurs 

XV. 


FRA  5i5 

livres.  Les   rapports  qu'il  avait  né- 
cessairement avec  les  commis  des  li- 
braires  le  mettaient   en    et  t   d'em- 
prunter de  temps  en  temps  un   vo- 
lume, qu'il  avait  grand  soin  de  ren- 
dre ponctuellement,  et  sans  être  gâté. 
Un  marchand  instruit  qui  fréquentait 
l'imprimerie,  et  oui  avait  une  biblio- 
thèque as^iez  nombreuse,  le  remarqua, 
l'invita  à  venir  le  voir,  et  lui  prêta  des 
livres.  Alors  il  lui  vint  un  goût  déme- 
suré pour  la  poésie,  et  il  composa  plu- 
sieurs petites  pièces  de  vers.  Son  frère, 
qui  espérait  bien  y  trouver  son  compte, 
l'engagea  à  composer  quelques  balla- 
des populaires  :  Franklin  en  fit  deux 
sur  des  aventures  de   marins  :  elles 
étaient  détestables,  et,  comme  il  le  dit 
lui-même,  de  vraies  chansons  d'a- 
veugle. Son  frère,  après  les  lui  avoir 
fait  imprimer,  l'envoya  les  vendre  par 
la  ville.  L'une  d'elles  eut  un  succès 
prodigieux,  ce  dont  il  fut  fort  flatté: 
mais  son  père,  qui  était  un  homme 
éclairé  au-dessus  de  sa  profession ,  ra- 
baissa son  orgueil  en  lui  faisant  sentir 
tout  le  ridicule  de  celte  pièce  ;  et  il  le 
sauva  ainsi  du  malheur  d'être  toute  sa 
vie   un  mauvais  poète,  c'est-à-dire, 
la  plus  inutile   créature  qui  soit  au 
monde.  Ce  bon  père  lui  rendit  encore 
un  autre  service.  Franklin  avait  un 
ami  nommé  Collins,  qui,  comme  lui, 
était  passionné  pour  la  lecture  et  l'ar- 
gumentation. Ils  avaient  engagé  par 
écrit  une  grande  controverse  sur  l'é- 
ducation des  femmes.  Le  jeune  impri- 
meur l'emportait  pour   la  raison  et 
l'orthographe,  son  adversaire  par IV- 
légance  des  tournures  et  le  choix  de& 
expressions.  Le  père  de  Franklin  lui  fit 
remarquer  ses  défauts  et  les  avantages 
de  son  rival.  Le  fils  sentit  la  justesse  de 
ces  remarques,  et  se  promit  de  faire 
tous  ses  efforts  pour  acquérir  ce  qui 
lui  manquait.  Dans  ce  temps-là  un  vo- 
lume du  Spectateur  lui  tomba  entre 

33 


6i4*  FRA 

ies  mains.  Jamais  il  n'avait  rien  vu  de 
pareil j  il  le  lut  et  le  relut  encore:  il 
en  fut  enchante,  trouva  le  style  excel- 
lent ,  et  re'soUit  de  travailler  de  tout 
jon  pouvoir  à  l'imiter.  Pour  cela  il  en 
choisissait  de  temps  en  temps  quelque 
morceau  dont  il  ftiisail  mi  court  ex- 
trait, indiquant  seulement  le  sens  de 
chaque  période  :  puis  il  le  mettait  de 
côté  sans  le  regarder  davantage  ;  et 
après  quelques  jours,  il  s'exerçait  à 
le  recomposer.  Ixtcouraut  ensuite  à 
l'original ,  il  voyait  ses  fautes  et  se  cor- 
rigeait. Il  traduisit  aussi  plusieurs  de 
ces  morceaux,  de  prose  en  vers,  puis 
de  vers  en  prose,  potir  voir  ce 
qu'ils  auraient,  éprouvé  d'altération 
dans  ces  transformations  successives. 
D'autres  fois  il  mêlait  tons  ses  extraits 
el  cherchait  ensuite  à  les  rétablir 
dans  le  meilleur  ordre.  Il  en  viht  ainsi 
à  retrouver  avec  assez  de  bonheur  la 
Série  des  idées  et  jusqu'à  l'expression 
ttlême  de  l'auteur  auglais.  Ce  fut -là 
ce  qui  lui  donna  depuis  la  facilité  d'en 
reproduire  si  souvent  les  grâces  pi- 
quantes dans  une  inanité  de  petites 


pièces 


où  la   meilleure   morale   se 


trouve  présentée  sous  les  formes  de 
la  plus  fine  plaisanterie.  H  employait 
à  ces  études  les  seuls  moments  qu'il 
eut  de  libres,  c'est-à-dire,  les  ma- 
tins avant  k  travail  commencé,  le 
soir  après  qu'il  était  fini.  Parmi  la 
multitude  de  livres  qu'il  parcourait , 
il  lui  en  tomba  un  qui  recommandait 
h  diète  végétale  comme  le  plus  sûr 
moyen  de  maintenir  le  corps  sain  et 
l'esprit  dispos.  Aussitôt  le  voilà  qui 
s'échaufife  pour  cette  manière  de  vivre. 
31  se  met  au  fa?l  des  procédés  de  l'au- 
teur pour  faire  ttiire  le  pins  économi- 
quement possible  des  pommes  de 
terre  et  du  riz.  Puis ,  quand  il  fut  en 
J)0^scssion  de  tes  découvertes,  il  pro- 
posa à  son  frère  James  de  se  nourrir 
lui-même  à  sou  propre  compte  avec 


FRA 

la  moitié  de  l'argent  que  James  em- 
ployait pour  cela.  On  conçoit  que  la 
proposition  fut  acceptée.  Franklin 
observa  rigoureusement  les  princi- 
pes de  la  vie  frugale,  dînant  plus 
d'une  fois  avec  du  pain,  des  rai- 
sins secs  et  un  verre  d'eau  ;  mais 
cela  lui  donna  le  moyen  d'économiser 
pour  acheter  plus  de  livres.  H  finit 
pourtant  par  renoncer  à  son  régime  py- 
thagorique.  Ayant  trouvé  un  jour  un 
petit  poisson  dans  l'estomac  d'un  au- 
tre, ohl  ohî  dit-il,  puisque  vous  vous 
mangez  bien  entre  vous,  je  ne  vois 
pas  pourifaoi  nous  nous  passerions  de 
vous  manger;  ce  qui  prouve,  ajoute- 
t-il ,  que  l'homme  est  justcmrnt  ajipc'é 
animal  raisonnable,  puisqu'il  trouve 
si  aisément  des  raisons  pour  justifiée 
tout  ce  qu'il  désire.  Vers  celle  cpoquf  , 
il  se  remit  à  étudier  l'arithmétique;  il 
apprit  assez  de  calcul  et  de  géométrie 
pour  lire  des  ouvrages  de  navigation, 
cela,  comme  tout  le  reste,  seul  el  sans 
maître.  Il  lut  aussi  l'Essai  sur  Ven^ 
tendement humain àc.  Locke,  et  \^Art 
de  penser  de  Port-Royal.  Mais  chaque 
faculté  nouvelle  qui  se  développait 
dans  cette  tête  neuve,  devenait  presque 
toujours,  an  premier  moment,  une 
source  d'exagération  ou  d'erreur,  faute 
d'un  guide  pour  en  diriger  les  applica- 
tions. Ainsi,  Franklin  devenu  méta- 
physicien, se  fil  aussitôt  sceptique  avec 
Shaftesbury  et  Coltins.  Pour  mieux 
défendre  ses  nouveaux  principes ,  il 
adopta  par  prédilection  la  méthode 
socratique  ;  et  il  y  devint  si  Àdroif  à 
préparer  des  inductions  imprévues  par 
des  questions  en  apparence  indiffe- 
renles,  qu'il  réussit  à  obtenir  sou 
vent  des  triomphes  que  la  raison 
était  loin  d'approuver.  ïl  renonça 
depuis  à  ce  que  celte  méthode  jelie 
de  ruse  el  d'inquiétude  dans  la  dis- 
pute, pour  n'en  garder  que  les  for- 
ines  de  doute  et  d'incertitude;  et  au 


FRA 
lieu  (l'une  arme   [)Oiu*  combciltre,  il 
n'en  fit  plus  qu'un  attrait  pour  pei- 
suader.  Si  nous  sommes  entres  dans 
tous  les  détails  de  celte  éducation  que 
Franklin  se  fit  ainsi  h  lui-même,  c'est 
d'abord  parce  qu'un    résultat  pareil 
prouve  mieux  que  nous  ne  saurions 
le  dire  la  force  d'esprit  et  de  carac- 
tère de  celui  qui  en  €st  capable  ;  et 
ensuite ,  parce  que  le  mode  de  dé- 
veloppement d'un  tel  homme  est  un 
phénomène  moral    très  digne  d'être 
remarqué.  Le  premier  essai  qu'il  fit  de 
son  savoir  n''cst  pas  moins   original. 
Son  frère ,  dont  il  était ,  comme  nous 
l'avons  dit,  un  des  ouvriers,  entre- 
prit de  publier  une  nouvelle  gazette: 
il  n'y  en  avait  jusqu'alors  qu'une  seule 
pour  foute  l'Amérique.  La  rédaction 
de  celte  feuille  attirait  à  l'imprimerie 
un    certain    nombre    de   gens    ins- 
truits.    Franklin    prenait    beaucou|) 
d'attention  à  leurs  discours  ,  aux  juge- 
ments qu'ils  portaient  des  divers  arli» 
des ,  aux  éloges  qu'ils  faisaient  de  ceux 
qui  leur  semblaient  les  meilleurs.  Il 
voulut  essayer  ce  qu'il  pourrait  faire 
dans  ce  genre;  mais,  craignant  les 
moqueries  de  sou  frère,  il  le  fit  en 
secret,  et  glissa  le  soir  sous  la  porte  de 
l'imprimerie  ses  petites  productions. 
IjC  frère  les  goûta ,  les  imprima  :  elles 
reçurent  l'approbation  générale;  on 
ne  les  attribuait  qu'aux  plus  habiles  : 
en  un  mot,  le  jeune  Franklin  savoura 
tout  à   son  aise  le    délicieux  plaisir 
de  s'entendre  louer  sans  être  connu. 
Alors  il  se  déclara  ;  et  tout  le  mon- 
de ,  excepté   son  frère ,  commença 
à  lui  témoigner  plus  d'égards.  Quel- 
que temps  après,  un  article  de  po- 
litique inséré  dans  la  gazette  déplut; 
et  l'on  fit  défense  à  James  Franklin 
d'en  continuer  la    publication.  Pour 
éluder  cette  défense,    il  fit  paraître 
sa  feuille  sous  le  nom  de  son  jeune 
frère,  auquel  il  eut  l'air  de  la  céder; 


FRA  515 

et  afin  de  donner  à  cet  arrangemen 
rappareuce  de  la  réalité,  il  lui  rendit 
son  engagement  d'apprenti ,  eu  lui  fai- 
sant toutefois  signer  une  contre-lettre. 
Mais  quelque  temps  après  ,  de  nou- 
veaux débats  s'étant  élevés  entre  les 
deux  frères ,  Benjamin  réclama  sa  li- 
berté ;  et,  comme  il  l'avait  pensé ,  Ja- 
mes n'osa  pas  faire  valoir  publique- 
ment la  conire-letlre.  Cette  action  blâ- 
mable ,  c'est  Franklin  lui-même  qui 
nous  la  raconte  dans  ses  mémoires;  et 
s'd   en  cherche  quelque  excuse,  ce 
n'est  que  dans  les  mauvais  traitements 
que  son  frère  lui  faisait  subir.  Celui-ci 
le  discrédita  tellement  parmi  les  im- 
primeurs de  Boston,  que  Franklin  ne 
put  point  y  trouver  d'ouvrage  :  d'ail- 
leurs, l'affaire  de  U   gazette    l'avait 
rendu  suspect  au  gouvernement;  et 
enfin  ,  comme  il  nous  l'apprend  en- 
core,   ses    propos  indiscrets  sur  la 
religion  commençaient  à  le  faire  voir 
de  très  mauvais  œil  :  c'était,  dit-il, 
une  grande  erreur  de  ma  vie.  Pour 
se  soustraire  à  tout  cela,  il   résolut 
de  changer  de  lieu  ;  et  sans  rien  dire 
à  personne,  à    la  faveur  d'un  bon 
vent,  il  se  trouva  en  trois  jours  à 
New-York, éloigné  de  ti  ois  cents  milles 
de  la  maison  paternelle ,  à  dix-sept  ; 
ans ,  sans  connaître  un  seul  individu 
dans  le  pays  ,  et  presque  sans  un  sou 
dans  sa  poche.  Arrivé  là  ,  il  ne  trou- 
va point  de  travail;  il  poussa  har- 
diment jusqu'à  Philadelphie,  où  il  y 
avait  alors  deux  imprimeurs.  Le  pre- 
mier le    refusa;  le  second ,   nommé 
Keimer,  lui  promit  de  l'employer;  et  eu 
attendant  il  lui  fit  ranger  les  casses  de 
son  imprimerie.  Bientôt  en  effet  il  Ivi 
donna  dn  travail.  Franklin  gagna  quel- 
que argent;  et  grâces  à  sa  frugalité,  il 
vivait  heureux.  Sir  Williams  Keith, 
gouverneur  delà  province,  le  vit  par 
hasard,  lui  fit  toutes  sortes  d'amitiés, 
lui  offrit  la  direction  d'une  imprimerie 

55„ 


5i6  FRA 

qu'il  voulait  établir  pour  son  propre 
comple,  et  lui  proposa  d'en  aller 
chercher  les  raale'riaux  en  Angleterre. 
Franklin  accepta  la  proposition;  et 
après  un  court  voyage  à  Ijostou  pour 
prendre  congé  de  ses  parents,  il  re- 
vint à  Philadelphie,  s'embarqua  par 
les  soins  du  gouverneur,  avec  des 
lerlres  de  recommandation  à  bord. 
Arrivé  à  Londres,  il  se  trouva  que 
ces  lettres  n'avaient  aucun  rapport 
avec  Franklin.  11  se  vit  donc  encore 
une  fois  au  milieu  d'un  monde  nou- 
veau ,  sans  crédit,  sans  connaissan- 
ces et  avec  foit  peu  d'argent.  Ce 
peu  qu'il  avait,  il  fut  obligé  de  le 
partager  avec  un  ami ,  nommé  Ralph , 
mauvais  poète,  dont  Pope  a  fait  jus- 
tice par  un  vei-s  de  la  Dunciade ,  et 
qui  était  venu  eu  Europe  avec  Fran- 
khn,  dans  le  magniGque  espoir  d*y 
faire  fortune  par  ses  vers.  Enfin ,  pour 
comble  de  malheur,  un  autre  préten- 
du ami  lui  avait  emprunté  en  Améri- 
que trente-six  livres  sterling  qu  il  avait 
reçues  en  dépôt ,  et  n'avait  jamais  de- 
puis songé  à  les  lui  rendre  ;  de  sorte 
que  le  pauvre  Franklin  était  sans  cesse 
dans  la  frayeur  qu'on  ne  vînt  le  som- 
mer de  restituer.  Ainsi  sans  ressources 
pour  le  présent ,  et  avec  peu  d'espoir 
pour  l'avenir,  il  alla  selon  sa  coutume 
*e  présenter  à  un  imprimeur;  il  en 
trouva  un ,  nommé  Palmer  ,  qui  lui 
doona  de  l'ouvrage.  Peu  de  temps 
après,  ayant  eu  à  imprimer  la  seconde 
édition  du  traité  de  Wollaston  sur  la 
religion  naturelle,  ses  anciennes  idées 
de  scepticisme  lui  revinrent,  et  il  les 
exprima  dans  une  dissertation  sur  la 
liberté  et  la  nécessité,  le  plaisir  et 
la  peine.  Cela  lui  attira  les  compli- 
ments de  quelques  personnes,  même 
ceux  de  Palmée  ;  mais  il  s'aper- 
çut que  si  celui-ci  avait  acquis  une 
meilleure  idée  de  ses  talents,  il  en  avait 
pris  une  très  mauvaise  de  ses  prin- 


FRA 

cipes  et  de  sa  doctrine,  qu'il  abhorraif. 
Ralph  qui  les  partageait,  lui  en  fit  en 
ce  moment  une  application  assez  dure, 
en  refusant  de  le  rembourser.  Il  fut 
donc  contraint  de  chercher  un  autre 
imprimeur,  et  de  recommencer  en- 
core sa  petite  fortune;  mais  celte  fois 
il  sentit  le  besoin  de  diriger  sa  con- 
duite morale  par  des  principes  plus 
sévères.  Non  seulement  il  se  réforma , 
mais  il  entreprit  de  rendre  le  même 
service  à  ses  camarades  d'atelier;  il 
les  ramena  à  la  sobriété,  à  l'écono- 
mie ,  à  l'ordre ,  par  son  exemple  et 
ses  discours.  Ce  succès  lui  attira  une 
sorte  de  réputation,  et,  ce  qui  valait 
mieux,  une  véritable  estime.  On  lui  fit 
diverses  propositions  pour  qu'il  restât 
en  Angleterre,  et,  entre  autres  projets 
qu'il  avait  en  tête,  il  songea  un  mo- 
ment à  y  étabhr  une  école  publique 
de  natation,  car  déjà  ses  idées  se 
tournaient  vers  les  projets  d'utilité 
générale:  mais  le  désir  de  revoir 
sa  patrie  l'emporta  ;  il  résolut  de  con* 
sacrer  toutes  ses  économies  à  se  faire 
une  petite  pacotille,  pour  y  rentrer 
d'une  manière  honorable;  et  dès  qu'il 
eut  formé  ce  dessein,  il  ne  s'accorda 
plus  d'autre  plaisir  que  d'acheter  quel- 
ques livres ,  et  d'aller  de  temps  en 
temps  au  spectacle.  Enfin  il  revint  à 
Philadelphie.  Un  ancien  sentiment  l'y 
rappelait:  avant  de  quitter  cette  ville, 
il  avait  élé  presque  engagé  avec  une 
jeune  personne  nommée  miss  Read , 
qu'il  aimait  beauœup  alors  ;  mais  pen- 
dant son  séjour  en  Angleterre,  il 
l'avait  un  peu  oubliée,  et  même  il 
avait  tout-à-fail  cessé  de  lui  écrire. 
A  son  retour,  il  la  trouva  mariée. 
C'est  dans  cette  circonstance  que  ré- 
fléchissant sur  sa  propre  conduite  en- 
vers cette  jeune  personne,  sur  celle 
de  Ralph,  de  l'ami  au  dépôt,  et  de 
quelques  autres  qui  professaient  le* 
mêmes  principes ,  il  en  vint  à  com- 


FRA 

prendre  que  si  ces  principes  étaient 
Trais ,  ce  qui  pouvait  bien  ne  pas  être , 
du  moins  à  coup  sûr,  ils  ne  condui- 
saient point  au  bonheur ,  et  ne  pou- 
vaient être  utiles  à  la  société.  Dès  cet 
instant,  il  adopta  d'autres  sentiments, 
et  sentit  tout  ce  qu'une  religion  douce 
et  raisonnable  donne  de  sûrct(^au  com- 
jnerce  de  la  vie.  Après  avoir  cherche 
vainement  de  l'occupation  dans  un 
comptoir,  il  rentra  chez  rimprinaeiir 
Keimer,  où  il  avait  déjà  travaillé  avant 
sou  départ  pour  l'Europe;  mais  ce  fut  à 
des  conditions  bien  plus  avantageuses. 
Néanmoins  il  le  quitta  bientôt  après, 
«n  de  ses  camarades,  nommé  Mere- 
dith ,  lui  ayant  proposé  d'établir  une 
imprimerie  pour  leur  propre  comp- 
te. Franklin  apporta  dans  cette  as- 
sociation l'industrie  et  l'activité,  l'au- 
tre l'argent  et  la  paresse.  Ce  fut 
alors  qu'encouragé  par  le  sentiment 
de  la  propriété,  il  entreprit  le  gen- 
re de  vie  le  plus  sage ,  le  plus  labo- 
rieux, dont  un  homme  vertueux  soit 
capable.  Il  faut  l'entendre  lui-même 
raconter  la  peine  qu'il  prit  pour  ga- 
gner l'estime  publique,  travaillant  le 
matin  avant  le  jour,  et  le  soir  bien 
avant  dans  la  nuit ,  s'imposant  une 
tâche,  et  ne  se  couchant  jamais  qu'elle 
ne  fût  achevée.  C'est  proprement  ici 
que  commence  son  existence  publi- 
que :  mais  si  la  dernière  partie  de 
sa  vie  fut  plus  remarquée  que  la  pre- 
mière ,  celle-ci  est  bien  au  moins 
aussi  instructive  ;  car,  parmi  les  hom- 
mes qui  se  sont  élevés  par  des  moyens 
légitimes ,  il  n'y  en  a  point  peut-être 
dont  la  vie  offre  une  si  grande  distan- 
ce entre  le  commencement  et  la  fin.  A 
cette  époque,  les  délassements  mêmes 
de  Franklin  avaient  des  résultats 
utiles.  Il  forma  une  réunion  de  per- 
sonnes instruites,  qui  s'assemblaient 
une  fois  par  semaine,  pour  traiter 
ensemble  des  questions  de  morale, 


FRA  5r7 

de  politique  ou  de  physique.  Chacun 
des  membres  était  en  outre  obligé  de 
lire  tous  les  mois  un  essai  de  sa  com- 
position; ce  fut  pendant  long-temps 
la  meilleure  école  de  politique  de  toute 
cette  province.  La  société  cherchait 
naturellement  à  procurer  du  travail 
aux  deux  jeunes  imprimeurs.  Fran- 
klin acheta  le  privilège  d'un  papier- 
nouvelle  jusqu'alors  obscur;  il  le  vi- 
vifia par  des  articles  pleins  de  sens  et 
de  finesse,  par  une  discussion  ferme 
et  lumineuse  des  intérêts  qui  sépa- 
raient alors  les  colons  et  le  gouverne- 
ment :  ce  succès  augmenta  sa  répu- 
tation et  ses  ressources.  Son  associe , 
peu  propre  à  l'état  d'imprimeur,  entra 
en  arrangement  avec  lui,  et  le  laissa 
seul  propriétaire  de  l'établissement. 
La  fortune  et  l'existence  de  Frank'in 
prirent  alors  un  accroissement  rapide. 
Pour  combîe  de  bonheur ,  miss  Read 
e'iait  redevenue  libre  ;  il  l'épousa  en 
1750.  Tout  était  à  faire  en  Amérique 
pour  les  établissements  publics;  il  s'ef- 
força d'en  jeter  les  bases.  Sentant  com- 
bien les  Hvreslui  avaient  été  utiles,  il 
forma ,  sous  le  titre  de  Librarj-Com- 
parif,  une  association  de  lecture,  dans 
laquelle,  pour  une  faible  rétribution, 
l'on  était  admis  à  jouir  en  commun 
d'une  bibliothèque  nombreuse.  Il  ob- 
tint bientôt  un  grand  nombre  de  dons 
volontaires  pour  cet  établissement, 
auquel  il  fit  lui  -  même  des  présents 
considérables  ;  et  il  eut  le.  plaisir  de 
le  voir  bientôt  imité  dans  plusieurs 
autres  provinces.  Sentant  la  nécessile" 
de  rendre  populaires  les  principes 
d'honnêteté  et  de  morale ,  il  com- 
mença à  publier  ,  en  1 732  ,  l'^/i 
manach  du  bonhomme  Richard , 
où  les  plus  sages  conseils  et  les  vérités 
les  plus  graves  sont  présentés  avec  une 
originalité  d'expression  et  une  tour- 
nure proverbiale  qui  les  rendent  facile* 
à  saisir  et  impossibles  à  oublier.  11  ci^ 


5i8  FRA 

rassembla  depuis  les  principaux  traits 
dans  un  petit  écrit  intitulé:  The  waf  to 
ivealth  (  le  chemin  de  la  fortune  )  ; 
c  est  le  meilleur  traité  d'économie  pu- 
blique et  particulière  que  l'on  puisse 
lire.  VAlmanach  du  bonhomme  Ri- 
chard fut  si  recherché  qu'on  en  vendit 
plus  de  dix  mille  dans  une  année;  suc- 
cès prodigieux,  si  l'on  considère  l'état 
du  pays  et  sa  population.  En  1736, 
Franklin  fut  nommé  député  à  rassem- 
blée générale  de  la  Peusylvanie;  et 
l'année  suivante  il  obtint  l'emploi  lu- 
cratif de  directeur  des  postes  de  Phi- 
ladelphie. Cette  ville  lui  dut  alors  la 
création  d'un  corps  de  pompiers ,  et 
quelque  temps  après  une  compagnie 
d'assurances  contre  les  incendies.  Tou- 
tes ses  actions  semblaient  tendre  à  réa- 
liser la  maxime ,  vis  unita  fortîor.  En 
1  ^44?  l'Angleterre  étant  en  guerre  avec 
îa  France  ,  les  Indiens  menacèrent  le 
territoire  de  la  province  de  Pensyl- 
vanie ,  et  y  firent  des  incursions  dan- 
gereuses. Le  gouvernement,  en  oppo- 
sition avec  les  citoyens ,  ne  pouvait 
organiser  aucune  mesure  de  défense 
générale.  Franklin  proposa  une  asso- 
ciation de  défense  volontaire ,  et  dix 
mille  personnes  s'inscrivirent  pour 
marcher.  On  voulut  lui  déférer  le  com- 
mandement de  ce  corps;  il  s'excusa  de 
l'accepter.  Ses  idées  étaient  alors  tour- 
nées vers  un  autre  objet.  La  société 
de  lecture  de  Philadelphie  avait  reçu 
d'Angleterre  le  détail  des  nouvelles 
expériences  sur  l'électricité,  qui  fai- 
saient alors  l'étonnement  des  physi- 
ciens d'Europe.  On  avait  eûvoyé  des 
tubes  de  verre  et  les  autres  instru- 
ments nécessaires ,  avec  d^s  rensei- 
gnements sur  la  manière  de  s'en  servir. 
La  société  chargea  Franklin  de  répé- 
ter ces  observations;  et  non  seule- 
ment il  les  répéta ,  mais  il  fit  un  grand 
nombre  d'atiires  découvertes.  Il  re- 
connut par  une  discussioo  très  ingé- 


FR 

nicuse,  et  démontra,  par  des  expé- 
riences certaines,  la  distribution  de 
l'électricité  sur  les  deux  surfaces,  in- 
térieure et  extérieure,  des  bouteilles 
de  Leyde.  Il  montra  la  cause  qui  eu 
déterminait  l'accumulation;  et  quoique 
les  termes  de  plus  et  de  moins  dont 
il  fit  usage  pour  représenter  l'état  des 
deux  surfaces  ne  soient  au  fond  que 
l'expression  delà  découverte  de  Dufay 
sur  l'existence  des  deux  électricités 
vitrée  et  résineuse,  il  a  pu  de  son 
côté  être  conduit  aux  mêmes  consé- 
quences sans  avoir  connu  la  décou- 
verte du  physicien  français,  ou  même 
sans  avoir  senti  ce  qu'elle  avait  d'ap- 
plicable à  sa  doctrine.  Il  reconnut 
aussi  le  premier  le  pouvoir  que  les 
pointes  possèdent  de  déterminer  len- 
tement et  à  dislance  l'écoulement  de 
l'électricité;  et  tout  de  suite,  comme 
son  génie  le  portait  aux  applications , 
il  conçut  le  projet  de  faire  descendre 
ainsi  sur  la  terre  l'électricité  des  nua- 
ges, si  toutefois  les  éclairs  et  la  foudre 
étaient  des  elîéts  de  l'électricité.  Un 
simple  jeu  d'enfant  lui  servit  à  ré- 
soudre ce  hardi  problème.  Il  éleva 
un  cerf-volant  par  un  temj)s  d'orage, 
suspendit  une  clef  au  bas  de  la  corde, 
et  essaya  d'en  tirer  des  étincelles.  D'a- 
bord ses  tentatives  furent  inutiles  ;  en- 
fin une  petite  pluie  étant  survenue  , 
mouilla  la  corde,  lui  donna  ainsi  ua 
faible  degré  dq  conductibilité,  et ,  à  la 
grande  joie  de  Franklin ,  le  phéno- 
mène eut  lieu  comme  il  l'avait  espéré  : 
si  la  corde  eût  été  plus  humide  ou  le 
nuage  plus  intense,  il  aurait  été  tué,  et 
sa  découverte  périssait  probablement, 
avec  lui.  Tout  autre  aurait  pu  s'arrêter 
là;  mais  l'utile  Franklin  saisit  le  parti 
qu'on  pouvait  tirer  de  celte  découverte 
pour  préserver  les  édifices  de  la  fou- 
dre. Nous  lui  devons  ainsi  les  paraton- 
nerres, qui  furent  en  peu  de  lem()s 
adoptés  dans  toute  l'AmcfiquCj  qui 


F  R  A 

\e  sont  aujourd'hui  dans  toute  l'Eu- 
1  ope.  Ces  belles  recherches  n'absor- 
l>aicnt  pas  tellement  les  loisirs  de 
Franklin  qu'il  perdît  de  vue  ie  per- 
fectionnement de  l'eJat  de  ses  com- 
patriotes ;  il  voulait  surtout  leur 
donner  le  sentiment  de  leur  force  , 
et  il  sentait  bien  que,  poiir  cela,  le 
premier  pas  à  faire  était  de  les  e'claircr. 
Les  sociétés  littéraires  avaient  ce  but 5 
mais  elles  ne  suffisaient  pas.  Les  écoles 
étaient  pauvres,  peu  fréquentées,  et 
mal  dirigées.  Franklin  composa  un 
pian  d'instruction  publique,  appro- 
prié à  l'état  présent  du  pays,  et  il 
proposa  une  souscription  pour  le  réa- 
liser :  elle  fut  aussitôt  remplie  au  delà 
de  ce  qu'il  espérait.  On  enseigna  dans 
le  nouvel  établissement,  le  latin,  le 
grec  et  les  mathématiques.  Franklin 
ne  le  soutint  pas  seulement  de  son 
crédit  et  de  sa  fortune;  il  y  donna 
son  teujps,  ses  soins,  et  prépara 
les  développements  que  cet  établisse- 
ment devait  acquérir  par  la  suite. 
C'est  aujourd'hui  le  collège  de  Phi- 
ladelphie. Outre  le  génie  qui  in- 
vente ,  Franklin  possédait  encore  le 
bon  esprit  qui  fait  adopter  les  idées 
miles  que  les  autres  ont  imaginées, 
et  il  y  joignait  le  talent  de  les  mettre 
en  vogue.  Ainsi  un  homme  peu  connu 
avait  songé  à  former  un  hôpital  pour 
les  malades,  et  un  établissement  pour 
les  pauvres.  Franklin  embrassa  le 
projet,  le  proposa  par  souscription, 
et  il  fut  réalisé.  11  obtint  ensuite  de 
l'assemblée  provinciale  qu'on  y  con- 
sacrât une  somme  annuelle.  Ces  en- 
treprises d'utilité  publique  ne  le  dé- 
tournaient point  de  ses  devoirs  parti- 
culiers. Il  s'acquitta  si  bien  de  son 
emploi  de  directeur  des  postes  de 
Pensylvanie ,  que  le  gouvernemenlt 
le  nomma,  en  1755,  à  la  place 
beaucoup  plus  importante  de  direc- 
teur -  général.   Patriote   zélé ,    mais 


FRA  519 

sage ,  il  ne  négligeait  aucune  des 
occasions  qui  pouvaient  assurer  les 
droits  politiques  et  conslitulionnelsi 
de  ses  concitoyens.  Les  ravages  que 
les  partis  indiens  avaient  commis, 
et  commettaient  encore  tous  les  jours 
sur  les  vastes  frontières  des  colo- 
nies américaines ,  avaient  fait  dési- 
rer un  plan  d'union  qui  facilitât  les 
mesures  de  défense  générale.  Des 
commissaires  furent  nommés  à  cet 
effet  ;  et  Franklin  se  trouva  du  nom- 
bre. Il  vit  dans  pelte  circonstance 
l'occasion  favorable  d'obtenir  pour  les 
colonies  l'avantage  d'une  existence  po- 
litique reconnue  et  stable,  au  lieu  des 
dioits  équivoques  et  toujours  contes- 
tés dont  elles  avaient  joui  jusqu'alors. 
Dans  ces  intentions,  il  rédigea  le  pro- 
jet appelé  depuis  Albany-Plan^  du 
nom  de  l'endroit  où  les  conférences 
avaient  eu  lieu.  Il  demandait  que  les 
colonies  fussent  régies  par  un  gouver- 
nement central,  administré  par  un 
président  à  la  nomination  du  roi ,  d'a- 
près les  délibérations  d'une  assemblée 
représentative  dont  les  membres  se- 
raient choisis  en  proportion  delà  quo- 
tité d'impôts  payés  par  chaque  pro- 
vince. Ce  plan  fut  adopté  par  les  com- 
missaires; une  copie  en  fut  transmise 
au  roi ,  et  une  à  chaque  assemblée  pro- 
vinciale. Il  eut  la  singulière  destinée 
d'êlre  désapprouvé,  comme  trop  roya- 
liste par  les  assemblées,  et  comme 
trop  populaire  par  le  calDinet.  Peut- 
être  s'il  avait  été  adopté,  aurait  il 
maintenu,  pour  long-temps  encore, 
des  nœuds  que  depuis,  tout  tendit  à 
rompre.  Cependant  la  continuation  de 
la  guerre  avec  la  France  ayant  obligé 
les  colonies  à  des  dépenses  extraor- 
dinaires, la  répartition  des  charges 
nécessaires  pour  y  faire  face,  excita 
un  grand  procès  public  entre  les  res- 
tes de  la  famille  Penn ,  qui  préten- 
daient, aux  termes  de  la  charte  de 


520  FRA 

propriété,  devoir  être  exempts  de 
toute  taxe,  et  les  colons  qui  voulaient 
que  les  taxes  fussent  réparties  égale- 
ment. Ces  derniers  résolurent  d'en 
appeler  à  la  mère-patrie ,  et  Franklin 
fut  chargé  d'aller  plaider  leur  cause. 
C'était  en  1757.  Arrivé  à  Londres,  il 
commença  par  essayer  de  faire  en- 
tendre aux  propriétaires  la  nécessilé 
de  se  soumettre  aux  taxes  communes  : 
mais,  n'ayant  pu  en  venir  à  bout,  il 
présenta  sa  pétition;  et  après  bien 
des  peines  il  obtint  la  sanction  du 
bill,  à  condition  qu'il  engagerait  sa 
parole  que  la  répartition  se  ferait  équi- 
lablement  entre  tous  les  imposés.  Sa 
seule  parole  parut  donc  valoir  autant 
qu'un  engage?neut  de  ses  concitoyens. 
Cette  affaire  terminée,  il  resta  encore 
en  Angleterre  comme  agent  de  l'état 
de  Pensylvanie  ;  et  bientôt  son  inté- 
grité et  les  connaissances  étendues 
qu'il  avait  des  localités,  lui  firent  don- 
ner les  mêmes  pouvoirs  par  les  états 
de  Massacliussels,  de  Géorgie  et  du 
Maryland.  Ce  séjour  lui  donna  l'occa- 
sion de  se  livrer  à  son  goût  pour  les 
sciences.  Il  fréquenta  les  liommes  les 
plus  instruits ,  fut  reçu  membre  de  la 
société  royale  de  Londres  et  de  di- 
verses autres  académies  européennes. 
II  entra  en  correspondance  avec  les 
savants  les  plus  distingués.  Les  lettres 
qu'il  leur  écrivit,  offrent  le  mélange 
piquant  d'un  esprit  cultivé,  et  d'une 
imagination  vive  et  neuve  comme  le 
pays  d'où  il  sortait.  Dans  l'été  de  1 762, 
il  retourna  en  Amérique ,  et  reçut  les 
remercîments  publics  des  états  qu'il 
avait  représentés.  Il  prit  place  dans 
l'assemblée  de  Philadelphie ,  où  il 
avait  toujours  été  réélu  pendant  son 
absence;  et  il<:ontinua  de  s'y  montrer 
le  zélé  défenseur  des  droits  consti- 
tutionnels des  colons ,  ce  qui  lui  ac- 
quit une  grande  popularité  :  mais 
çiç  flouveaux  débats  s'étaiit  encore 


FRA 

élevés,  en  1764,  avec  les  proprie'- 
taircs ,  il  fut  une  seconde  fois  dé- 
puté à  Londres,  comme  agent  de  la 
province  de  Pensylvanie.  Jamais  l'u- 
nion des  colonies  avec  la  métropole 
n'avait  été  plus  forte  et  plus  sincère 
qu'à  celte  époq'je.  La  paix  qui  venait 
d'être  conclue  avec  la  France,  ren- 
dant la  sécurité  à  leur  immense  agri- 
culture, rouvrait  pour  elles  des  sour- 
ces intarissables  de  prospérité  ;  et 
la  part  glorieuse  que  les  Américains 
avaient  prise  à  la  guerre,  les  relevant 
à  leurs  propres  yeux,  leur  faisait  en- 
core porter  plus  haut  les  avanta- 
ges qu'ils  avaient  concouru  à  obtenir. 
Dans  leur  enthousiasme ,  ils  ne  con- 
sidéraient point  tout  ce  que  les  règle- 
ments de  l'administration  mettaient 
d'entraves  à  leur  commerce  extérieur, 
en  faveur  de  la  métropole  :  les  mœurs , 
les  usages  ,  les  modes  mêmes  des  An- 
glais étaient  l'objet  de  leur  admira- 
tion, et  ils  payaient  chèrement  les 
moindres  bagatelles  qui  venaient  de 
ce  pays  favorisé  ;  en  un  mot ,  ils 
étaient  Anglais  de  cœur ,  et  fiers  de 
l'être  d'origine.  Ce  furent-là  les  senti- 
ments qu'une  suite  de  mesures  vexa- 
toires  ,  humiliantes  ,  et  par-dessus 
tout  injustes,  parvint  à  changer  en 
éloignement  et  en  haine.  Le  mal  com- 
mença sous  le  ministère  de  George 
Grenville ,  en  1 764.  Les  frais  de  la 
dernière  guerre  avec  la  France  avaient 
porté  la  dette  de  l'Angleterre  à  une 
hauteur  si  effrayante,  et  si  dispro- 
portionnée à  sa  population,  qu'on  ne 
savait  comment  inventer  des  taxes 
suffisantes  pour  y  faire  face.  Dans  cet 
embarras ,  le  ministère  crut  qu'il  pour- 
rait rejeter  sur  les  Américains  une 
partie  du  fardeau  qui  accablait  la  cul- 
ture et  les  manufactures  de  l.i  métro- 
pole; et  il  fut  tVautant  plus  porté  .ît 
prendre  ce  parti,  que  les  colonies 
n'ayant  point  de  représeutanls  dans 


FRA 

le  parlement  vVA ngle terre ,  on  pou- 
vait étouffer  plus  aisément  leur  oppo- 
sition ,  si  elles  en  manifestaient.  En 
conséquence,  pour  essayer  ce  systè- 
me ,  le  ministère  fit  passer  un  biïl  qui 
assujélissait  toutes  les  transactions 
dans  les  colonies  à  un  droit  de  tim- 
bre ,  dont  le  produit  présume,  ne  de- 
vant être  que  de  160,000  liv.  ster- 
ling, semblait  trop  faible  pour  leur 
donner  aucune  alarme.  Mais  l'inten- 
tion qui  avait  dicté  celte  mesure  n'é- 
cliappa  point  à  la  sagacité  des  co- 
lons :  ils  réclamèrent  avec  une  éner- 
gie proportionnée  au  danger  qu'ils 
prévoyaient,  lis  nièrent  qu'un  par- 
lement où  ils  n'étaient  pas  représen- 
tés, pût  légalement  établir  sur  eux 
des  impôts  :  ils  ne  refusaient  point 
de  prendre  part  aiix  charges  com- 
munes; mais  ils  demandaient  que,  se- 
lon les  anciens  usages,  on  leur  en  fît 
la  proposition  par  un  écrit  signé  du 
secrétaire  d'état ,  et  qu'on  leur  laissât 
le  soin  de  les  répartir  entre  eux ,  par 
les  actes  de  leurs  assemblées  provin- 
ciales Ces  justes  remontrances  ayant 
été  écartées  par  le  ministère,  dont 
elles  dérangeaient  complètement  les 
projets,  il  s'établit  spontanément  en 
Auiénque  une  sorte  de  ligue  géné- 
rale, dont  l'histoire  n'offre  aupara- 
vant aucun  exemple  ;  ligue  purement 
défensive  et  résistante ,  qui  se  bor- 
nait à  cesser  absolument  tout  usage 
des  marchandises  anglaises  et  toute 
action  judiciaire,  jusqu'à  ce  que  l'acte 
vexatoire  du  timbre  eût  été  rapporté, 
et  le  droit  des  colons  reconnu.  On 
c'tablit  entre  toutes  les  provinces  des 
comités  de  correspondance ,  chargés 
de  veiller  à  ce  grand  intérêt  national 
pendant  la  vacance  des  assemblées 
provinciales.  Enfin ,  des  députés  de 
plusieurs  comtés  se  réunirent  en  un 
congrès  général,  et  protestèrent  hau- 
tement contre  la  violation  de  leurs 


FRA  521 

constitutions.  Tout  cela  ne  se  passa 
point  sans  beaucoup  de  mouvements 
tumultueux  :  heureusement  des  cir- 
constances imprévues  ayant  renversé 
le  ministère,  l'acte  du  timbre  put  être 
de  nouveau  attaqué  avec  plus  de  suc- 
cès. Franklin,  comme  agent  des  co- 
lonies, se  trouvait  alors  à  Londres; 
il  fut  appelé  à  la  barre  de  la  chambre 
des  communes ,  pour  donner  des  ren- 
seignements sur  l'état  des  choses  dans 
ce  pays  :  il  le  fit  avec  une  netteté, 
une  justesse  d'esprit  et  une  fermeté 
qui  produisirent  une  impression  pro- 
fonde. Commerce ,  administration  , 
finances ,  intérêts  politiques ,  on  le 
trouva  prêt  sur  tout  ;  et  la  simpli- 
cité épigrammatiquc  avec  laquelle  il 
osait  dire  les  vérités  les  plus  sévères , 
rendait  leur  force  irrésistible.  L'acte 
du  timbre  fut  révoqué  ,  et  devait 
l'être,  après  de  tels  renseignements, 
La  nouvelle  de  cette  décision  causa 
des  transports  de  joie  en  Amérique. 
L'assemblée  de  la  Virginie  décréta 
qu'il  serait  élevé  une  statue  au  roi , 
pour  lui  en  témoigner  sa  réconnais- 
sance :  mais  dans  quelques  autres  pro- 
vinces le  retour  ne  fut  pas  aussi  sin- 
cère, tant  il  est  difficile  d'apaiser  les 
flots  des  agitations  populaires  ,  quand 
ils  ont  été  une  fois  soulevés. D'ailleurs , 
le  ministère  anglais  avait  renoncé  à 
l'acte  du  timbre  par  convenance  plu- 
tôt que  par  principe  :  il  soutenait  tou- 
jours que  le  parlement  avait  le  droit 
d'établir  des  taxes  sur  les  colonies , 
quoiqu'il  ne  le  mît  pas  actuellement 
à  exécution.  Or,  c'était  précisément 
ce  principe  qui  alarmait  les  Améri- 
cains ,  à  cause  des  vexations  ulté- 
rieures dont  il  les  menaçait.  11  eût 
été  politique  de  ménager  ces  disposi- 
tions :  mais  le  besoin  d'argent,  et 
peut-être  aussi  l'orgueil  anglais  offensé, 
parlèrent  plus  hautquela  prudence;  et 
le  chancelier  Townshend  fit  décréter 


5  il  FUA 

de  nouveaux  droits  sur  rimporlafion 
dutbé^  du  papier, des  couleurs.  Les 
sommes  que  ces  impôts  devaienl  pro- 
duire e'taient  affectées  au  paiement  des 
gouverneurs,  des  juges ,  et  des  autres 
employés  de  l'administration,    qui, 
jusqu'alors  ayant  tenu  leur  traitement 
des  assemblées  provinciales ,  avaient 
au  moins  ce  motif  pour  les  convoquer 
et  les  ménager.  Alors  les  Américains 
ne  doutèrent   plus   du  projet  qu'on 
axah  formé  de  leur  ôter  leur  liberté, 
pour  les  soumettre  au  ministère.  La 
prohibition  des  marchandises  anglai- 
ses fut  de  nouveau  concertée  ;  l'oppo- 
sition, qui  n'avait  pas  encore  été  géné- 
rafe,  le  devint.  On  essaya  de  calmer 
les  esprits,  en  révoquant  lés  nouveaux 
droits  ,  excepté  celui  du  thé  :  cette 
restriction  ne  fit  que  changer  les  soup- 
çons en  certitude;  et  le  peuple  jeta  le 
thé  à  la  mer.  On  recourut  aux  mesures 
de  rigueur;   la  résistance  en  devint 
plus  opiniâtre  :  le  port   de  Boston 
fermé,  la  constitution  changée,   les 
magistrats  révoqués,  et  d'autres  nom- 
més par  la  couronne,  tout  cela  parut 
autant  de  présages  du  sort  qu'on  pré- 
parait aux  colonies;  enfin  l'arrivée  du 
gcne'ral  Gage  à  Boston ,  avec  un  corps 
de  troupes ,  et  leur  attitude  hostile , 
achevèrent  d'enflrtmraer  les  esprits, 
et  l'opposition  devint  révolte.  La  con- 
duite  de  Franklin ,    pendant    cette 
grande  crise,    est  très  remarquable, 
parce  qu'il  montra   constamment  le 
caractère  d'un  zélé  patriote  et  d'un 
véritable  ami  de  la  paix  :   il  servit 
habilement  les  colonies  par  ses  liai- 
sons ,  par  son  influence  personnelle , 
et  par  les  avis  importants  qu'il  leur 
donna; il  servit  aussi,  tant  qu'il  put, 
Ja  Grande-Bretagne,  en  disant  aux 
ministres  toutes  les  vérités  qui  pou- 
vaient les  éclairer.  On  trouverait  la 
preuve  de  cette  dernière  assertion  dans 
la  corrcspondaDce  qu'il  eut  alors  ayec 


FRA 

les  principaux  hommes  d'état  d'An- 
gleterre ;  correspondance  qu'il  avait 
rassemblée  dans  un  corps  d'ouvrage, 
et  accompagnée  d'un  grand   nombre 
de  remarques  fines  et  profondes  sur 
le  caractère  politique  et  moral  des 
personnages  avec    lesquels    il    avait 
tr-'iité.  Cet  écrit   précieux  doit   sans 
doute  être  resté  entre  les  mains  du 
petit-fils    de    l'auteur,  M.    Temple 
Franklin,  auquel  il  appartenait;  mais 
dos  personi  es  à  qui  il  fut  long-temps 
confié  ainsi  que  plusieurs  autres  pa- 
piers relatifs  aux  négociations  de  ce 
temps ,    assurent   qu'on  y  reconnaît 
partout  les    intentions  d'un  homme 
sincèrement  ami  de  l'union ,  qui  pré- 
voit,  mais  qui  redoute  une  rupture 
définitive,  et  qui,  pour  la  prévenir, 
cherche  tous  les  appuis ,  emploie  tous 
les  moyens  compatibles  avec  la  droi- 
ture de  son  caractère  et  les  intérêts 
de  ses  commettants.  Nous  appuierons 
encore   ce   témoignage    d'une   lettre 
écrite  par  Franklin  à  un  Ecossais  , 
nommé  Strahan  ,  qui  avait  été  chargé 
parle  gouvernement  anglais  (en  i  -jOg) 
de  lui  demander  quels  seraient   les 
moyens  les  plus  sûrs  pour  rétablir  la 
bonne  intelligence  entre  la  Grande- 
Bretagne  et  les  colonies (  i).  «  Sachant, 
»  lui  dit  Strahan ,  que  vous  avez  une 
»  parfaite  connaissance  du  sujet ,  et 
»  pleinement  convaincu,  comme  je  le 
»  suis ,  de  votre  fidèle  attachement  à 
»  sa  Majesté,  ainsi  que  du  désir  sincère 
»  qui  vous  anime  pour  le  bien  de  tous 
»  ses  sujets  également  et  sans  dislinc- 
»  tion,  je  vous  prie  de m'cnvoyer,  aux 
»  questions  suivantes,  une  réponse  à 
»  votre^manière,  c'est-à-dire,  claire, 
»  courte  et  franche.  »   Franklin  ré- 
pond «  que  le  vrai  moyen  et  l'unique 

(i)  L'auteur  de  cet  article  a  vu  une  copie  de 
cette  U'ilre  écrite  de  la  main  du  respectable  duc 
de  La  Rochefoucauld,  qui  probablement  la  icnaiç 
de  Franklin  même ,  are*  lequel  il  était  perioonel-' 
l«mcnt  lie. 


FRA 

pour  tout  concilier  ,  c'est  de  faire 
justice  ,  en  retirant  les  troupes ,  et 
rendant  aux  colonies  les  droits  cons- 
titutionnels qu'on  leur  a  injustement 
cnleve's.  »  Puis  il  ajoute  :  a  Après  avoir 
»  répondu  à  vos  questions  sur  les 
y>  conséquences  qui  pourront,  à  mon 
»  avi^s ,  résulter  de  telles  ou  telles  rae- 

V  sures  ,  je  vais  maintenant  aller  un 

V  peu  plus  loin,  et  vous  dire  quelles 
»  sont ,  d'après  les  apparences,  mes 
»  craintes  sur  ce  qui  doit  réellement 
»  arriver.  »  Alors  il  lui  prédit  les  effets 
que  produira  le  système  de  rigueur 
adopté  par  les  ministres  ;  et  il  en  mon- 
tre, pour  résultat  inévitable,  le  soulè- 
vement des  colonies ,  et  leur  séparation 
de  la  métropole,  exactement  comme 
tout  cela  est  arrivé  :  de  sorte  que,  tant 
de  sa  part  que  de  celle  de  l'opposition , 
qui  ne  cessait  de  répéter  les  mêmes 
choses ,  les  prophéties  n'ont  pas  man- 
qué aux  ministres.  Un  des  événements 
les  plus  influents  de  cette  époque , 
fut  l'envoi  que  Franklin  fit  à  l'assem- 
blée pcnsylvanienne'',  en  i  'j'j5  ,  de 
plusieurs  lettres  originales ,  adressées 
au  gouvernement  anglais  par  le  gou- 
verneur-général Hutchinson  et  le  lieu- 
tenant-général Olivier.  Dans  ces  let- 
tres ,  où  les  Américains  étaient  traités 
avec  le  plus  grand  mépris ,  on  expli- 
quait ce  qu'on  pouvait  attendre  d'eux , 
ce  qu'on  en  pouvait  craindre,  et 
quelles  mesures  de  ligueur  il  fallait 
employer  pour  les  réduire.  La  publi- 
cation de  tels  projets  excita  ,  en  Amé- 
rique ,  une  iodigualion  universelle,  et 
ne  contribua  pas  peu  à  détruire  toute 
idée  de  réconciliation.  Franklin  en 
ressentit  le  contre-coup  en  Angleterre. 
Le  gouvernement  lui  fit  intenter  un 
procès  scandaleux  sur  la  manière  dont 
ces  lettres  lui  étaient  parvenues  ;  et , 
pendant  les  débats  auxquels  il  était 
présent,  on  ne  lui  épargna,  ni  les 
menaces,  ni  les  plus  grossières  invec- 


FRA 


525 


tives.  A  tout  cela ,  le  philosophe  ne 
répondait,  dit- on,  que  par  un  simple 
geste  de  la  main ,  comme  pour  ren- 
voyer loin  de  lui  chaque  injure  qui 
lui  était  adressée.  Peu  de  temps  après, 
on  lui  ota  son  emploi  de  directeur- 
général  des  postes  de  l'Amériqur. 
Franklin  ,  voyant  que  tous  ses  ef- 
forts pour  rétablir  l'harmonie  étaient 
désormais  absolument  inutiles ,  re- 
tourna soutenir  l'orage  avec  ses  com- 
patriotes. Il  arriva  en  Amérique  , 
dans  les  premiers  mois  de  i  -j'y 5  ,  la 
guerre  étant  déjà  dans  toute  sa  force. 
Le  lendemain  de  son  arrivée ,  il  fut 
élu  député  de  la  Pensylvanie  au  con- 
grès général ,  et  prit  une  grande  part 
aux  opérations  fermes  et  courageuses 
de  cette  assemblée.  L'année  suivante, 
il  fut  envoyé  en  Canada ,  pour  essayer 
d'en  attirer  les  habitants  dans  la  ligue 
commune  :  mais  la  différence  des  opi- 
nions religieuses,  que  les  Anglais 
avaient  respectées  ,  et  plus  encore , 
peut  être,  le  revers  éprouvé  devant 
Québec  par  les  armes  américaines, 
firent  échouer  celte  entreprise.  A 
celte  époque ,  quoique  la  guerre  fût 
commencée  de  fait,  la  séparation  des 
colonies  n'était  pas  encore  absolument 
inévitable.  Le  congrès,  dans  ses  actes, 
n'avait  pas  cessé  de  reconnaître  le  roi 
d'Angleterre  ;  il  ne  demandait  que  de 
pr?rtager,  avec  les  aulres  Anglais,  les 
droits  civils  et  constitutionnels:  mais 
un  peuple  ne  peut  pas  se  tenir  long- 
temps dans  un  état  mixte  de  soumis- 
sion et  de  guerre.  Les  idées  républi- 
caines faisaient  tous  les  jours  plus  de 
progrès  :  elles  étaient  favori^iécs  par 
l'espoir  éloigné,  mais  séduisant ,  d'uu 
commerce  libre  avec  tous  les  peuples 
du  monde;  enfin,  elles  éclatèrent  de 
toutes  parts ,  lorsqu'on  sut  que  les  co- 
lonies étaient  déclarées  en  révolte  ou- 
verte, et  que,  pour  frapper  le  coup 
qui  devait   les  réduire,  la  Grande- 


524  FRA 

Bretagne  se  préparait  à  employer,  à 
ia  fois,  des  troupes  e'trangères,  le 
soulèvement  des  esclaves,  et  la  hache 
et  le  scalpel  des  féroces  Indiens.  Dès- 
lors  les  Américains  comprirent  qu'il 
n  y  avait  plus  pour  eux  de  salut  que 
dans  la  victoire ,  ni  de  moyens  d'é- 
chapper à  l'esclavage,  qu'une  indé- 
pendance absolue.  L'indépendance  fut 
donc  proclamée  le  2  juillet  1776;  et 
l'inconcevable  persévérance  du  rainis» 
1ère  anglais  dans  ses  mesures  barbares 
et  impoliliques  réduisit  ainsi  l'Aœé 
rique  à  la  nécessité  d'être  libre.  Fran- 
klin concourut  piùssamment  à  celle 
détermination  honorable  :  il  s'employa 
plus  énerdquemcnt  encore  pour  la 
soutenir.  Le  temps  était ,  en  effet, 
venu  où  il  ne  fallait  plus  regarder  en 
arrière ,  ni  espérer  une  véritable  ré- 
conciliation. La  nouvelle  expédition 
des  troupes  anglaises  et  clrangères 
était  arrivée  dans  la  rivière  Hudson  , 
sous  les  ordres  du  général  Howe.  La 
première  action  qui  allait  s'engager , 
semblait  devoir  décider  du  sort  des 
colonies  :  elle  leur  fut  défavorable; 
leur  armée  y  éprouva  un  grand  re- 
vers. Le  généra!  anglais ,  profitant  de 
Finflucnce  morale  de  cet  événement , 
annonça  une  amnistie  pour  toutes  les 
personnes  qui  se  soumettraient  à  la 
cause  royale  dans  le  délai  de  soixante 
jours.  Il  invita  même  le  congrès  à  lui 
envoyer  des  commissaires  pour  trai- 
ter avec  lui ,  comme  simples  particu- 
liers, du  rétablissement  de  la  paix. 
Un  refus  eût  été  peu  convenable  au 
caractère  de  modération  et  de  justice 
que  le  congrès  avait  déployé  jus- 
qu'alors. Il  envoya  donc  trois  commis- 
saires ;  Franklin  fut  du  nombre.  Mais 
comme  d'un  coté  on  ne  parla  que  de 
pardon  et  de  soumission,  de  l'autre 
que  de  droits  et  d'indépenda  nce,  les  né- 
gociations furent  bientôt  rompues. 
Cependant  le  sort  des  armes  continua 


FRA  ^ 

d'élre  défavorable  aux  Américains; 
New-York  fut  pris  ;  les  deux  Jersey  fu- 
rent envahies ,  Philadelphie  menacée; 
et  sans  les  incroyables  efforts  de  Wa- 
shington ,  dont  l'armée  se  trouvait 
réduite  au  plus  à  quatre  mille  hom- 
mes, la  cause  de  l'indépendance  était 
perdue  pour  jamais.  Dans  cet  extrême 
péril,  le  congrès  conserva  la  persévé- 
rance la  plus  courageuse  :  il  renouvela» 
hautement  sa  déclaration  d'indépen- 
dance; mais  eu  même  temps  il  sentit 
que  ,  pour  soutenir  la  lutte  aussi  im- 
prévue que  terrible  où  i!  était  engagé, 
il  fallait  qu'il  se  fît  des  alliés  parmi  les 
grandes  puissances  de  l'Europe,  et  il 
se  jeta  dans  les  bras  de  la  France, 
Franklin  partit  donc  vers  la  fin  de 
1776,  pour  suivre  les  ncgociatious 
déjà  entamées  par  Silas  Deane.  S^ 
célébrité  personnelle,  comme  le  re- 
marque judicieusement  Condorcet  , 
était  le  seul  titre  que  les  Américaine 
pussent  trouver  pour  suppléer  auy 
dignités  ordinaires  des  ambassadeurs 
d'Europe.  Les  découvertes  qui  lui 
avaient  valu,  en  1772,  le  litre  émi- 
nent  d'associé  étranger  de  l'académie 
des  sciences ,  l'avaient  mis  en  relation 
avec  les  membres  les  plus  distingués 
de  cette  compagnie.  L'un  d'eux,  M.  !e 
duc  de  la  Rochefoucauld ,  qui  l'avait 
connu  à  Londres  en  1769,  avait  con- 
servé avec  lui  une  correspondance 
qu'une  rare  communauté  de  senti- 
ments nobles  et  vertueux  avait  reudue 
très  intime.  Franklin  se  trouva  ainsi 
naturellement  introduit  dès  son  arrivée 
parmi  les  personnes  qui  tenaient  le 
premier  rang  dans  la  société  de  la 
capilale ,  et  cela  à  une  époque  où  l'es- 
prit de  société  était  tout  en  France. 
Il  s'y  présenta,  non  comme  un  zéla- 
teur ardent  de  nouveautés  ,  mais 
comme  un  sage  ami  de  la  liberté,  dans 
un  temps  où  le  mot  de  liberté,  que  ne 
souillaient  point  encore  d'odieux  sou- 


FRA 

vcnirs,  faisait  tressaillir  toutes  les 
anies.  On  remarqua,  on  admira  bien- 
tôt sa  reserve,  sa  patiente  fermeté, 
sa  modeValion ,  cl  la  reunion  bien  rare 
d*un  jugement  solide  joint  à  un  esprit 
délicat  et  ingénieux.  On  aima  sa  noble 
figure,  que  de  beaux  cheveux  blancs 
rendaient  encore  plus  vénérable,  et 
jusqu'à  cet  air  d'etrangete',  qui  ne  nuit 
point  en  France.  Conformant  ses  ma- 
nières extérieures  à  la  fortune  pré- 
sente de  sa  patrie,  il  était,  à  son  arrivée, 
grave  et  réservé  ,  comme  un  homme 
que  de  chers  intérêts  et  de  grands  pé- 
rils occupent;  parlant  peu^  dans  les 
commencements  ,  moins  encore  à  l'é- 
poque où  la  cour  de  Versailles  hési- 
tait à  se  déclarer,  mais  donnant  à  ce 
peu  qu'il  disait  une  tournure  fine  et 
profonde,  qui  ne  pouvait  manquer  de 
faire  fortune.  Tout  l'art  de  sa  politique 
consista  à  se  former  ainsi  une  grande 
considération  personnelle  qu'il  pût  faire 
rejaillir  sur  sa  patrie;  et  au  lieu  que, 
dans  les  cas  ordinaires,  l'ambassade 
soutient  l'ambassadeur ,  lui  soutenait 
l'ambassade.  Le  succès  fut  tel  qu'il 
l'avait  espéré.  Bientôt  l'enthousiasme 
fut  au  comble;  le  départ  de  M.  de  la 
Fayette,  qui  en  fut  l'effet,  le  rendit 
plus  vif  encore  et  plus  général.  Enfin 
la  cour,  poussée  pour  ainsi  dire  irrésis- 
tiblement parla  force  alors  toute  puis- 
sante de  l'opinion  publique,  conclut, 
en  1778,  le  traité  d'alliance  avec  les 
États-Unis ,  reconnus  comme  puis- 
sance indépendante.  La  même  recon- 
naissance fut  faite  bientôt  par  la  Suède 
et  la  Prusse,  qui  signèrent  des  traités 
d'amitié  et  de  commerce  entre  les 
mains  du  négociateur.  Ayant  atteint 
ce  but,  et  assuré  ainsi  l'œuvre  su- 
prême de  l'indépendance  de  sa  patrie, 
Franklin  resta  encore  plusieurs  an- 
nées en  France  comme  ministre  plé- 
nipotentiaire. H  passa  ce  temps,  non 
à  Paris,   mais  à  Passy,  dans  une 


FRA  5^5 

agréable  retraite,  dont  il  ne  sortait 
que  pour  remplir  les  devoirs  de  sa 
place,  ou  pour  jouir  avec  délices  du 
commerce  des  sciences  et  des  dou- 
ceurs de  l'amitié.  Ce  fut  là  qu'il  com- 
posa ses  essais  les  plus  ingénieux  dans 
le  genre  du  Spectateur.  L'académie  des 
sciences,  dont  il  suivait  les  séances 
avec  une  grande  exactitude,  le  nom- 
ma un  de  ses  commissaires  pour  exa- 
miner les  expériences,  disons  mieux, 
les  prestiges  de  Mesmer.  Franklin  n'y 
vit  que  ce  qu'il  devait  y  voir,  des  effets 
physiques  produits  par  l'influence 
combinée  des  sens  et  de  l'imagination. 
11  avait  vivement  souhaité ,  dans  sa 
jeunesse,  d'être  présenté  au  grand 
Newton;  mais  il  n'avait  pas  eu  ce 
bonheur.  Il  fut  plus  heureux  dans  sa 
vieillesse  ;  car  il  eut  le  plaisir  de  voir 
Voltaire  à  l'académie  des  sciences.  Le 
patriarche  de  la  liberté  présenta  à 
celui  des  lettres  son  petit-fils,  le  priant 
de  lui  donner  sa  bénédiction.  Voltaiie 
posa  ses  mains  sur  la  tête  de  l'enfant, 
et  s'écria  :  God  and  liberty  !  Dieu  et 
la  liberté!  voilà,  ajouta-t-il,  la  devise 
qui  convient  au  petit-fils  de  Franklin. 
Les  deux  grands  hommes ,  en  se  quit- 
tant, s'embrassèrent  les  larmes  aux 
yeux.  Mais  le  repos  de  Franklin  fut 
bientôt  troublé  par  une  infirmité  dou- 
loureuse qui  lui  fit  tourner  ses  re- 
gards vers  sa  chère  patrie.  Il  voulus 
aller  lui  faire  ses  derniers  adieux;  et 
il  partit,  en  1786,  accompagné  da 
M,  Le  Veillaro,  qui,  pendant  son 
séjour  à  Passy ,  lui  avait  prodigué 
tous  les  soins  d'une  tendresse  filiale. 
Son  arrivée  fut  un  véritable  triomphe. 
Toute  la  population  de  Philadelphie 
et  des  environs ,  à  une  grande  distan- 
ce, était  accourue  pour  le  voir,  et  bé- 
nir celui  que  tous  regardaient  comme 
le  libérateur  de  leur  patrie.  Jamais  on 
n'avait  vu  en  Amérique  tant  d'hom- 
mes réunis.  H  reprit  sa  place  àl'assem- 


5-2G  FRA 

blce  (le  la  provihcc ,  dont  il  fut  deux 
fois  élu  président.  Mais  en  1 788 ,  son 
âge  et  ses  infirmités  le  firent  se  retirer 
entièrement  des  affaires.  Son  dernier 
acte  public  fut  un  discoui*s  pour  enga- 
ger ses  collègues  à  faire  le  sacrifice  des 
opinions    individuelles   que   chacun 
d'eux  pouvait  avoir  sur  les  défauts 
de  la  nouvelle  constitution,  afin  de 
lui  imprimer,  aux  yeux  de  leurs  con- 
citoyens ,    l'aulorité   résultant    d'un 
consentement  unanime.  Franklin  of- 
frait lui-même  l'exemple  de  ce  sacri- 
fice. Jusqu'alors  il  avait  regardé  l'u- 
nité  du   corps  législal/f  comme  un 
principe  fondamental  de  la  liberté  : 
mais  on  avait  été  obligé  de  renoncer  à 
cette  simplicité  idéale,  dans  la  consti- 
tution nouvelle,  pour  donner  au  gou- 
vernement plus  de  stabilité  et  de  vi- 
gueur. Franklin  céda  au  vœu  général , 
quoiqu'il  ne  fut  pas  sans  inquiétude 
sur  les  résultats.  11  écrivait  à  ce  sujet 
au  duc  de  la  Rochefoucauld  :  «  Nous 
»  faisons  des  expériences  en  politique; 
î)  nous  en  retirerons  sans  doute  un 
»  jour  de  grands  avantages  :  mais  il 
»  me  semble  que  nous  risquons  beau- 
n  coup  par  cette  manière  de  les  ac- 
»  quérir.  »   Franklin   n'a  pas    assez 
vécu  pour  voir  le  succès  de  ce  qu'il  ap- 
pelait alors  une  expérience  :  mais  on 
peut  s'étonner  que  ses  amis,  en  France, 
n'en  aient  pas  profité  pour  abandon- 
ner de  même  une  théorie  que,  plus 
sage ,  il  avait  su  sacrifier  à  la  néces- 
sité. L'invitation  qu'il  adressa  alors 
à  ses  collègues  est  courte  et  simple  : 
c'est  une  conversation  familière,  plu- 
tôt qu'un  discours  étudié.  Telle  était , 
en  général,  la  manière  de  Franklin, 
dans  les  assemblées  publiques  :  il  ne 
discourait  point;  il  raisonnait  :  il  ne 
recherchait  point  de  grands  mouvc- 
mentsoratoires;maisunmotvifctbien 
placé,  un  trait  qui  frappait  juste,  com- 
posaient toute  sa  rhéloriquc.  Ses  répar- 


FRA 

lies  étaient  souvent  piquantes,  et  Icît- 
jours  originales  :  chargé  de  demander 
au  ministère  anglais  l'abolition  de  l'in- 
sultant usage  d'envoyer  aux  colonies 
américaines  les  malfaiteurs  d'Europe, 
le  ministre  lui  alléguait  la  nécessité  d'en 
purger  l'Angleterre  :  «Que  diriez-vous 
•»  donc,  répondit-il,  si,  parla  même 
»  raison,  nous  envoyions  chez  vous 
»  nos  serpents  à  sonnettes?»  Uneautrc 
fois ,  il  voulait  faire  comprendre  aux 
ministres  l'impossibilité  absolue   oiV 
étaient  les  Américains  d'admettre  les 
taxes  intérieures  ,  telles  que  le  droit 
sur  le  thé  et  l'acte  du  timbre.  «  Figu-f 
»  rez-vous,  disait-il,     que    c'est    U 
»  même  chose  que  si  vous  placiez  un 
«  homme,  avec  un  fer  rouge  ,  sur  le 
»  pont  de  Westminster,  avec  l'ordre 
»   à  tout  Américain  de  se  laisser  cn- 
»  forcer  ce  fer  rouge  dans  le  corps, 
»  s'il  veut  passer  sur  le  pont.  »  Il 
était  resté  en  France  assez  de  temps 
pour  être  témoin  de  la  découverte  des 
ballons;  et  quelqu'un,  peu  frappé  de 
cette  invention  étonnante,  ayant  dit, 
devant  lui  :«  A  quoi  bon  les  ballons?  » 
—  a  A  quoi  bon ,  demanda  Frau- 
»  kiin  ,  l'enfant  qui  vient  de  naître?  » 
Pendant  le  reste  du  temps  qu'il  vé- 
cut loin  des   affaires    publiques ,    il 
trouva  encore  assez  de  force  pour  tra- 
vailler à  fonder  plusieurs  institutions 
utiles ,  telles  que  la  société  de  Pliila- 
delphie  ,  pour  le  soulagement  des  pri- 
sonniers, et  la  société  de  Pensylvani'e, 
pour  l'abolition  du  commerce  des  es- 
claves. Il  présenta,  au  nom  de  cette 
dernière,  un  mémoire  au  congres  des 
Etats-Unis, en  l'invitant  à  employer, 
pour  la  cessation  de  la  traite,  tous  les 
moyens  que  lui  donnait  la  constitu- 
tion. Pendant  les  débals  auxquels  ce 
mémoire  donna  lieu ,  Frankluj  publia 
un   petit   écrit  ,    signé  Historiens , 
dans  lequel  il  parodie  plaisamment  ses 
adversaires,  en  rapportant  un  pré- 


FRA 

Icndii  discours  prononcé  en  faveur  de 
la  piraterie  et  de  l'esclavage,  par  un 
membre  du  divan  d'Alger.  Toutes  les 
raisons   alléguées  par  les   défenseurs 
de  la  traite  ,  y  sont  fidèlement  appli- 
quées à  justifier  la  vente  et  l'esclavage 
des  chrëliens.  li continuait  aussi,  dans 
sa  retraite,  à  s'intéresser  aux  affaires 
de  France  et  aux  amis  qu'il  y  avait 
laissés,  principalement  au  respectable 
duc  de  la   Rochefoucauld,  auquel  il 
avait  voué  le  plus  fidèle  attachement. 
«  Vous  avez  raison ,  écrivait-il  à  ce 
»  dernier  en   1788  ,  vous  avez  rai- 
i>  son  de  penser  que  les  affaires  de 
»  France    m'intéressent    :   j'aime   la 
»  France ,  et  j'ai  mdle  raisons  de  l'ai- 
»  mer.  Son  bonheur  me  touche  com- 
»  me  ferait  celui  de  ma  mèi  e  même... 
»  Je   viens   de  terminer   ma  prési- 
»  deuce;  et,  m'élaut  promis  de  ne 
))  plus  rentrer  dans  les  affaires  publi- 
«  ques,  j'espère,  pendant  le  peu  de 
»  vie  qui  me  reste,  jouir  du  loisir  que 
»  j'ai  toujours  souhaité.  J'ai  déjà  com- 
»  mencé  à  en  faire  usage  pour  com- 
»  pléter  cette  histoir:  particulière  de 
»  ma  vie,  dont  vous  me  parlez.  Je  l'ai 
»  maintenant  conduite  jusqu'à  ma  cin- 
»  quantième  année;  ce  qui  reste,  com- 
«  prendra  des  objets  plus  importants: 
»  mais  il  me  semble  que  ce  qui  est 
)>  fait  sera  d'une  utilité  plus  générale 
»  pour  les  jeunes  lecteurs,   comme 
»  montrant,  par  des  exemples  éner- 
»  giques ,  les  effets  d'une  prudente  ou 
»  imprudente  conduite  sur  le  com- 
«  me ncement  d'une  vie  laborieuse.  » 
Ces  Mémoires  ont  été  publiés  depuis; 
et  nous  y  avons  puisé  les   particula- 
rités qne  nous  avons  données  sur  les 
premières  éptques  de  sa  rie  :  ils  sont 
écrits  de  la  manière  la  plus  attachante, 
pleins  de  simplicité,  de  franchise.  Eu 
les  lisant ,  on  conçoit  tout  ce  que  peu- 
vent  le  travail  et  la  persévérance  : 
l'ame  s'y  échauffe  de  l'amour  du  bien 


FRA  527 

public ,  et  ce  récit  fidèle  est  encore 
un  service  rendu  à  l'humanité.  Ils  ue 
vont  que  jusqu'en  1757;  mais  ils  ont 
été  continués  par  un  ami  de  Franklin, 
le  docteur  Stuber,  de  Philadelphie. 
On  les  a  réunis  en  un  petit  volume, 
avec  les  divers  morceaux  publiés  par 
Franklin  ,  dans  le  genre  du  Specta^ 
leur.  Le   tout  ensemble  forme   un 
cours  de  morale  pratique  aussi  solide, 
et  plus  appropriée  à  nos  usages,  (\iic 
les  leçons  de  tous  les  philosophes  de 
l'antiquité.  Au  milieu  de  ces  douces  et 
utiles  occupations ,  Franklin  atleudit,^ 
avec  résignation  ,  la  fin  de  sa  carrière  : 
enfin  il  fut  attaqué  de  la  fièvre  et  d'un 
abcès  dans  la  poitrine  ,  qui  terminè- 
rent sa  vie ,  le  1 7  avril  1 790  ,  à  Tàge 
de  quatre-vingt-quatre  ans.  Depuis  plu- 
sieurs années,  il  était  cruellement  tour-î 
mente  de  la  goutte  et  de  la  pierre  :  celle 
maladie  le  retint  même  au  lit  pendant 
les   douze  derniers  mois.   On  était 
obligé  de  lui  donner  de  fortes  doses 
d'opium  pour  calmer  ses  douleurs; 
et  dans  les  courts  intervalles  oh  elles 
devenaient  moins  vives ,  il  s'amusait 
soit  à  lire ,  soit  à  converser  avec  une 
douce  gaîté ,  soit  enfin  à  diriger  quel- 
que entreprise  d'utilité  publique.    Il 
exprimait  souvent  sa  reconnaissance 
pour  l'Etre  suprême  qui ,  d'une  posi- 
tion humble  et  obscure  ,  Tavail  con- 
duit à  l'opulence  et  à  un  rang  à  clevc 
parmi  les  hommes.  Heureux  en  tout 
par  le  sort  autant  que  par  son  caractère, 
il  conserva  cinquante  ans  la  feramequ'il 
aimait,  et  il  fut  accompagné  au  tom- 
beau par  l'estime  et  l'admiration  géné- 
rale de  ses  compatriotes.  Son  testa- 
ment se  trouva,  comme  sa  vie,  rempli 
d'intentions  généreuses   et  patrioti- 
ques. Il  y  fondait  plusieurs  institutions 
utiles,  et  ajoutait  à  celles  qu'il  avait 
déjà  créées.  Il  le  terminait  par  cette 
phrase  :  a  Je  lègue  à  mon  ami,  l'ami 
du  genre  humain,  le  général  Washing- 


5^8 


FRA 


ton,  le  bâton  de  pommier  sauvage  avec 
lequel  j'ai  coutume  de  me  promener. 
Si  ce  bâton  était  un  sceptre,  il  lui 
conviendrait  de  même.  »  Quel  éloge  î 
et  quelle  réunion  admirable  que  celle 
de  deux  hommes  pareils ,  tous  deux 
modèles  accomplis  d'une  vertu  par- 
faite ,  du  désintéressement ,  de  l'hon- 
neur, et  de  tous  les  sentiments  hono- 
rables, dans  un  pays  à  peine  civilisé! 
Plusieurs  années  avant  sa  mort, 
Franklin  avait  composé,  pour  lui- 
même,  l'épitaphe  suivante,  qui  mon- 
tre à  la  fois  la  tournure  singulière  de 
son  esprit  et  le  fond  de  son  cœur  : 

Ici  repose  , 

Livré  aux  vers, 

Le  corps  de  Benjamin  Franklin,  imprimenr  ; 

Comme  la  couverture  d'un  vieux  livre , 

Dont  les  feudiets  sont  arrachés, 

Et  la  donne  et  le  titre  effacés. 

Mais  pour  cela  l'ouvrage  ne  sera  pas  perdu  ; 

Car  il  reparaîtra  j 

comme  il  le  croyait, 

Qans  une  nouvelle  et  meilleure  édition  , 

Kevue  et  corrigée 

Par 

L'auteur. 

Lorsquelamortdc  Franklin  fut  connue 
dans  toute  l'Amérique ,  ce  fut  un  regret 
et  une  coasternslion  générale.  Le  con- 
grès et  la  population  entière  de  Phila- 
delphie rendirent  les  plus  grands  hon- 
neurs à  sa  mémoire.  EoiFraucc,  à  la 
nouvelle  de  cet  événement,  l'assem- 
blée nationale  ordonna  un  deuil  pu- 
blic :  ainsi  le  nouveau  et  l'ancien 
monde  s'accordèrent  pour  pleurer  un 
sage ,  dont  les  vertus  et  le  génie 
avaient  honoré  l'humanité.  Les  OEu- 
vrcs  de  Franklin  ont  été  réunies  en 
3  vol.  in-S**.,  Londres  ,  1806,  en 
anglais.  L'édition  fratiçaise  la  plus 
ample  pour  la  partie  physique,  est 
celle  qui  a  été  publiée  par  Barbeu  du 
Bourg,  Paris,  1773,  ^2  vol.  in-4".; 
la  traduction  est  de  M.  Lécuy.  La 
plupart  des  pièces  qui  forment  cette 
collection ,  avaient  déjà  paru  dans  les 


FRA 

recueils  de  diverses  académies,  et  prin- 
cipalement dans  les  Trojisaclions 
philosophiques,  où  l'on  avait  inséré, 


dès 


17:)] 


sa  Lettre  concernant  les 


effets  de  la  foudre,  et  en  175^2, 
son  Analogie  du  tonnerre  avec  té' 
lectricité,  traduites  du  français  par 
James  Parsons.  Ces  belles  expériences 
électriques ,  étant  une  fois  publiées , 
furent  à  l'envi  répétées  par  tous  les 
physiciens;  et  NolLct  fit  paraître,  en 
1 753  et  1 760,  ses  Lettres  sur  VéleC' 
tricité  dans  lesquelles  on  soutient  le 
principe  des  efluences  et  affluences 
simultanées  contre  la  doctrine  de 
M,  Franklin,  Paris,  2  vol.  in- 12. 
Parmi  les  autres  mémoires  de  Franklin 
qui  ornent  les  Transactions  philoso- 
phiques^ nous  indiquerons  seulement 
celui  qu'il  donna,  en  1774?  sur  la 
manière  de  calmer  la  violence  des 
flots,  en  répandant  de  l'huile  sur  la 
surface  de  la  mer(i).Sa  Cheminée  de 
Pensylvanie ,  dont  il  publia  la  des- 
cription et  les  avantages  en  17B7,  et 
qui  est  décrite  tome XI  de  la  Collection 
académique,  a  quelque  temps  été  à  la 
mode,  sous  le  nom  de  Cheminée  à  la 
Franklin,  et  a  reçu  depuis  de  nou- 
veaux perfectionnements,  surtout  par 
Dcsarnod,  en  1789.  Franklin  a  été 
avec  Robinet,  Court  de  Gebelin  fds, 
etc.,  rédacteur  d'un  ouvrage  pério- 
dique, publié  à  Anvers  en  1776  et 
années  suivantes,  sous  le  titre  di  Af- 
faires de  l'Angleterre  et  de  VAmé' 
rique.  Les  Mémoires  de  sa  vie  pri' 
yée  écrits  par  lui-même  et  adressés 
à  son  fds  y  ont  été  traduits  en  français, 
Paris,  1791,  in-8°.;  en  allemand, 
par  Rurger  ,  Berlin ,  1 79a ,  in-S". 
L'édition  française  est,  suivie  de  la 

(i)  Les  AngUis,  qui  ont  dû  juger  avec  grande 
rigueur  lf(  titres  de  Fraoklin  a  1^  poslériûi ,  oni 
retrouvé  la  substance  de  cette  découverte  dans  le 
troisième  livre  de  VHitloira  ecclétiatliqne  de 
Bcde.  (On  peut  voir  cette  matière  iraiiée  avec  le 
plu»  grand  détail  dan»  les  Fphémérider  grogra- 
ffhi<juesde  uov.  et  déc.  1798,  «imar»  i7ys)  ) 


FRA 

Science  du  bonhomme  Richard,  qui 
avait  déjà  clé  traduite  par  M.  Quêtant, 
Paris,  1778,  in- 1*2,  et  dont  M.  Gin- 
guenë  donna  une  meilleure  e'dition  en 
l'jgi,  prëce'iiée  d'un  abrège  de  la 
Fie  de  Franklin,  et  suivie  de  son 
Interrogatoire  devant  la  chambre  des 
communes,  Paris,  an  11,  in-ri,  avec 
celte  e'pigraphe  attribuée  à  Turgot  : 

Eripuit  ccelo  falmen  sceptrumque  tyrannis. 

L'édition  la  plus  r^hcrcliëe  de  la 
Science  du  honhomme  Richard  est 
celle  de  Dijon,  Causse,  1793,  in-8'. 
anglais  et  français.  Castcra  a  donne' 
la  meilleure  traduction  de  la  Fie  de 
Benjamin  Franklin ,  écrite  par  lui- 
même,  suivie  de  ses  œuvres  morales, 
politiques  et  littéraires  ,  dont  la  plus 
grande  partie  n  avait  pas  encore  été 
publiée,  Paris ,  an  vi  (  i  798  ),  1  vol. 
in-8^. ,  avec  le  portrait  de  i'aulcur. 
VEloge  de  Franklin{^Av  Condor- 
cet  ) ,  lu  à  la  séance  publique  de  l'a- 
cadémie des  sciences,  a  été  inséré 
dans  ses  Mémoires,  et  publié  à  Pa- 
ris, 1791  ,  in-8'.  Un  Eloge  civique 
de  B.  Franklin  fut  prononcé  le  21 
juillet  1790,  par  labbé  Fauchet , 
dans  la  rotonde  ,  au  nom  de  la  com- 
mune de  Paris  (  Foj,  Fauchet  ;. 
B— T. 
FR  iNKON  ou  Francon,  nom  com- 
mun à  plusieurs  personn.tges  confon- 
dus par  quelques  biographes.  Fran- 
con, nommé  évêque  de  f.iégeen  856  , 
prélat  d'une  haute  naissance,  avait 
clé  élève  de  l'école  du  palais  de  Char- 
]es-le-Chauve  (i),  et  fit  passer  dans 
celle  de  son  église  les  sciences  qu'il  y 
avait  vu  enseigner.  Il  étaii  philosophe, 

(1)  Cette  école  du  palais,  appelée  aussi  école 
palatine  .  avait  éié  fondée  par  Charlcma>;nr:. 
Charles-le-Ctntuve  y  attirait  les  plus  habiles  maî- 
tres. «  La  cour,  dit  uq  écrivain  ,  était  comme  une 
palestre  et  un  lieu  d'exercice  pour  toutes  les  par- 
ties de  la  science  ;  aussi  toute  la  noblesse  et  tous 
les  grands  du  royaume  y  envoyaient-ils  leurs  en- 
fants pour  s'y  former  aux  sciences  divines  et  hu- 
■aaiae*.  » 

XV. 


FRA  529 

rhéteur,  poète,  habile  dans  la  musi- 
que, et  très  ver.sé  dans  la  littérature 
sacrée  et  profane.  Doué  d'un  génie 
vif  et  de  l'heureux  talent  do  la  parole, 
à  la  tête  lui-même  de  î'écoie  qu'il  avait 
ou  établie  ou  perfectionnée ,  il  y  fotina 
des  disciples  dignes  de  lui,  et  des 
hommes  célèbres.  De  ce  nombre  fut 
Etienne  ,  qui  lui  succéda  dans  l'épis- 
copat ,  et  qui  a  laissé  beaucoup  d'où* 
vrages.  Ce  même  Francon  p;u't,^gea 
avec  d'autres  évêques  le  tort  d'avoir 
autorisé,  dans  une  assenii;léelenueà 
Aix-la-Chapelle,  le  renvoi  de  Teute- 
berge ,  épouse  du  roi  Lolha  re,  et  fa- 
vorisé la  passion  du  roi  pour  Valdra- 
de ,  que  ce  prince  épousa  au  préjudice 
de  sa  femme  légitime.  Prélat  guerrier, 
Frankon  s'opposa  avec  coura^^e  à  l'in- 
vasion des  Normands  en  891 ,  et  les 
combat  tit  plusieurs  fois  avec  succès.  De 
belles  et  louables  actions  ,  une  grande 
part  dans  les  affaires  de  l'Élat  et  de 
l'Église,  Tont  fait  regarder  comme 
l'un  des  personnages  célèbres  de  son 
temps  ,  quoique  sa  conduite  n'ait  pas 
été  en  tout  irrépréhensible.  Il  mourut 
eu 905,  ou,  suivantMabillon,en90T. 
Il  paraît  qu'il  avait  composé  plusieurs 
ouvraf;;es;  mais,  de  ceux  qu'on  lui  a 
attribués ,  les  uns  apparlirnnent  à  un 
autre  Francon  (2)  ,  et  les  autres  à 
Etienne  son  successeur. — Franron, 
scolastique  ou  écoiâlre  de  Liège  ,  flo- 
rissait  en  1 066;  il  avait  fait  ses  éludes 
dans  l'école  de  l'église  de  cette  ville, 
sous  le  célèbre  Adelraan ,  savant  reli- 
gieux de  l'abbaye  de  Stavelo ,  et  il  y 
enseigna  après  lui.  Devenu  écolâtre, 


(a)  Les  auteurs  de  YHistoire  littéraire  de 
France  Jisentque  Trilbème  ,  dans  son  Traité  D* 
virir  illnstiibus  Germaniai  ^  attribue  à  Francon, 
évèque  de  Li<^e,  le  Traité  de  la  quadrature  du 
cercle  ,  et  celui  du  comput  ecclésiastique.  Dans  ce 
cas,  rrilbème  se  contredit ,  ou  s'est  corrigé  ,  s'il 
u'a  écrit  son  livre  De  taiptoribns  eccletiatticit 
qn'après  celui  De  viris  illasiribus  Germanix;  car 
dans  le  premier,  paj^e  i4(i  **"  trouve  les  deux 
Traités  cités  ci-dessus,  au  nombre  des  ouvrage* 
de  FrankoQ  i'écolâtre. 


34 


r>5o  FRA 

il  soutint  l'honneur  de  celle  dignilc 
par  rintegritë  de  ses  mœurs  et  [)ar 
uu  grand  fonds  d'érudition  et  de  sa- 
voir :  il  était  philosophe,  raalliémati- 
cien,  aslronorae  ,  et  musicien  très 
distingue;  mais  l'étude  des  lettres  hu- 
maines et  le  goût  des  arts  ne  l'avaient 
point  détourné  des  saintes  Écritures , 
dans  lesquelles  on  dit  qu'il  était  fort 
instruit.  Il  a  laissé  :  I.  Un  Livre  sur 
la  quadrature  du  cercle  ;  il  fut  aidé 
dans  ce  travail  par  Fctlclialin  ,  savant 
moine  de  Saint-Laurent  de  Liège,  et  il 
dédia  son  ouvrage  à  Hermann ,  arche- 
vêque de  Cologne.  11.  Traité  du 
comput  ecclésiastique ,  pour  trouver 
le  jour  de  Pâques.  IW.  Traité  sur 
les  jours  des  Quatre  -Temps  (avec 
le  même  Falchalin  ).  IV.  Quelques 
Ecrits  sur  la  musique  et  le  plain- 
chant.  V.  D'autres  Écrits  sur  la 
sphère-  VL  Un  Ouvrage  sur  le  bois 
de  la  vraie  Croix.  On  ignore  en 
quelle  année  il  mourut.  —  Fran- 
KON  ,  deuxième  abbé  d'Afflighera , 
ordre  de  Saint-Benoît ,  dans  le  Bra- 
dant, autrefois  du  diocèse  de  Cam- 
brai ,  maintenant  de  celui  de  Ma- 
lines,  y  succéda,  en  i  109,  à  Ful- 
gcncc,  premier  abbé;  il  avait  étudié 
sous  lui  avec  succès  les  lettres  divines 
tt  humaines  :  il  était  grand  théologien, 
€t  il  écrivait  avec  une  égale  facilité  en 

Erose  et  en  vers.  Trithcme  et  Sige- 
ert  en  parlent  comme  d'un  homme 
éloquent,  plein  de  connaissances  , 
estimé  des  princes ,  des  évêques  et 
des  personnages  les  plus  illustres  de 
son  temps;  il  était  surtout  fort  con- 
sidéré de  Henri  1".,  roi  d'Angleterre. 
Sou  goût  pour  les  lettres  lui  fit  enri- 
chir de  beaucoup  de  livres  la  biblio- 
thèque de  son  abbaye.On  a  de  lui:  I.  Un 
Traité  de  la  grâce,  en  douze  livres 
(en  latin), Anvers,  1 5G5  ;  cl  Fribourg, 
162,0,  in- 12.  Il  le  commença,  étant 
encore  simple  religieux ,  par  ordre  de 


FRA 

Fiilgence,  son  prédécesseur,  dont  il 
fait  l'éloge  à  la  fin,  ne  l'ayant  terminé 
qu'après  lui  avoir  succédé.  Dans  le 
x".  livre,  se  trouve  une  preuve 
de  sa  croyance  sur  la  présence  réelle 
du  corps  et  du  sang  de  Jésus-Christ, 
sous  les  divines  espèces,  au  sacrement 
de  l'autel.  II.  Une  pièce ,  en  cinquante 
vers  latins,  intitulée  :  De  statu  fu- 
turœ  gloriœ  ;  Fabricius  l'a  insérée 
dans  sa  Bihlioth.  med.  et  inf.  lati- 
nit.  III.  Des  Lettres  à  diverses  per- 
sonnes, lY.  Des  Sermons  sur  la  sainte 
Vierge,  et  divers  autres  écrits.  Il 
existait ,  chez  les  chanoines  réguliers 
deTongres,  uu  Traité  Decursu  vitœ 
spiritualiSj  avec  le  nom  de  Fran- 
conis  monachi,  que  Valère- André 
présume  devoir  être  Frankon  d'Af- 
flighem.  L  — y. 

FHANQUAERT.  Ployez  Franc- 

QUAERT. 

FRANQUE  (  LuciLE  Mes- 
sage ot,  dame  ) ,  née  à  Lons-le- 
Saulnier,  en  1780,  avait  reçu  de  la 
nature  une  organisation  délicate  ,  don 
funeste  et  précieux  ,  qui  fait  à  la  fois 
le  tourment  et  le  bonheur  de  ceux 
qui  le  possèdent.  Elle  annonça ,  dès 
l'âge  le  plus  tendre ,  des  dispositions 
également  lieureuses  pour  la  poésie 
et  pour  la  peinture ,  et  vint  à  Paris 
les  cultiver  dans  la  société  des  artistes 
les  plus  célèbres.  Quelques  tableaux 
non  moins  remarquables  par  la  vi- 
gueur du  dessin,  par  l'expression  des 
figures,  que  par  le  choix  des  sujets  , 
pris  tous  dans  un  monde  et  dans  une 
nature  intermédiaires  ,  lui  méritèrent 
les  éloges  et  les  encouragements  de 
ses  maîtres.  A  dix-huit  ans,  elle  de- 
vint l'épouse  de  M.  Pierre  Franque , 
peintre  d'histoire ,  connu  avantageu- 
sement ;  son  mariage  n'apporta  au-  4 
cun  changement  au  genrede  vie  qu'elle  * 
avait  adopté.  Partagée  entre  la  lecHue 
des  poètes  et  l'élude  de  la  peinture^ 


FRA 
elle  sentit  chaque  jour  s'accroîlrc  son 
eloignenient  pour  la  société.  Une  ma- 
ladie de  cousomplioi) ,  triste  fruit  de 
sou  excessive  sensibilité' ,  ne  tarda 
pas  à  se  de'velopper  en  elle  ;  et,  après 
avoir  langui  quelque  temps ,  elle 
mourut  dans  la  retraite  à  Chaillot, 
eu  1802  ,  à  l'âge  de  vingt-deux  ans. 
Elle  a  laissé  quelques  ouvrages  ma- 
nuscrits ,  parmi  lesquels  ou  cite  des 
fragments  d'un  Essai  sur  les  har- 
monies de  la  mélancolie  et  des  arts , 
et  un  poème  intitule,  Le  tombeau 
d'Eléonore.  M.  Nodier  a  insëié  un 
Eioge  de  Lucile  Franque,  dans  ses 
Essais  d'un  jeune  Barde,   W  — s. 

FRANS  ( ),  peintre,  naquit 

à  Malines  ,  en  iSùg  ou  i54o  :  son 
maître  est  inconnu.  Il  peignit  des  su- 
jets tires  de  l'Ecriture;  il  lit,  pour  l'e- 
plise  de  Notre-Dame  de  Malines,  une 
Fuite  en  Egypte  ^  et  pour  celle  de 
Notre-Dame  du  couvent  d'Hanswyck, 
près  cette  ville ,  V Annonciation  et  la 
f^isitation  ,  tous  tableaux  de  gran- 
deur naturelle.  Son  coloris  et  son  des- 
sin étaient  bons  ,  dit  Descamps,  et  il 
peignait  avec  intelligence  ses  fonds  de 
paysage.  Des  éloges  donnés  avec  une 
telle  circonspection  par  un  bon  con- 
naisseur ,  prouvent  que  Frans  fut  du 
très  grand  nombre  des  artistes  qui  ne 
se  sont  pas  élevés  au-dessus  delà  mé- 
diocrité :  l'année  de  sa  mort  est  in- 
connue. D  — T. 

FKANSZ  (Pierre).  F.  Francius. 

FRANÏZ  (Wolfgang  ),  docteur 
en  théologie  ,  naquit  en  1 564  >  ^ 
Plauen,  dans  la  Haute-Saxe,  de  pa- 
rents luthériens  ,  et  fit  ses  éludes  à 
Francfort  sur  l'Oder;  il  fréquenta- 
ensuite  les  cours  de  l'université  de 
Wittemberg  ,  pendant  quelques  an- 
nées ,  et  prit  ses  degrés  en  théologie  : 
nommé  professeur  d'histoire ,  à  la 
même  école,  en  iSgS,  il  se  démit 
de  cet  emploi,  trois  ans  après,  pour  la 


FRA  55i 

place  de  surintendant  des  églises  de 
Keiusperg.  De  retour  à  Wittemberg , 
en  iGo5  ,  il  y  fut  nommé  à  la  chaire 
do  théologie ,  et  mourut  dans  cette 
ville,  eu  1628,  d'npoplexic,  ma- 
ladie dont  il  avait  éprouvé  les  pre- 
mières atteintes  huit  ans  aupara- 
vant, il  a  publié  un  grand  nombre 
d'ouvrages  théologiques  ,  dont  la 
plupart  n'offrent  aujourd'hui  que 
peu  d'intérêt.  On  en  tiouv<ra  les 
titres  dans  les  Vitœ  virorum  eriiditor» 
de  Melch.  Adam,  et  dans  le  Diction^ 
naire  de  Moiéri;  on  se  contentera 
d'en  indiquer  ici  l^s  principaux  : 
I.  De  reliquiis  ecclè{siœ  sanctorum 
Witembcrgce  ,  Wittef^berg  ,  1 6 1 7  , 
in-4''.  II.  Schola  sacrf/iciorum  pa^ 
triarchalium  sacra,, hoc  est  assertio 
satisfactionis  à  D.  N.  J.  C.  pro 
peccatis  totius'  mundi  prœstitœ  ,  in 
sacrijiciorum  veterum  tjpisfunda- 
tcB  ;  et  recentibus  Ariaids  seu  Pho- 
tinianis  opposita.  Cet  ouvrage  a  eu 
plusieurs  éditions  :  la  meilleure  et  la 
plus  récente  est  celle  de  Wittemberg  , 
1654,  in-4°.  lil.  Tractntus  thèo- 
Jogicus  de  interpretationeS.S.  Scrip' 
turarum  maxime  légitima ,  duabus 
constans  regulis  à  Luthero  ad  pa- 
patûs  romani  destructionem  in  ver- 
sione  bibliorum  germanicd  usita^ 
tis.  Il  eut  un  grand  succès  en  Allema- 
gne ;  l'édition  de  Wittemberg,  1708, 
in-4''. ,  est  au  moins  la  quatrième. 
IV.  Animalium  historia  sacra, 
Wittemberg,  1612,  in -8";  5^'«^ 
édition,  Amsterdam,  i658,  in-12, 
recherchée  pour  la  beauté  de  l'im- 
pression et  la  commodité  du  format; 
avec  la  continuation  de  Jean  Cypria- 
nus,  Dresde,  1687;  Leipzig,  1^88, 
1  vol.  in-8'.  :  la  meilleure  et  la  plus 
complète  de  toutes  les  éditions  de  cet 
ouvrage  est  celle  de  Francfort,  1 7 1 2 , 
5  tomes  en  4  vol.  in-4".  I^  est  divisé 
çïi  qualie  parties,  qui  traitent  des 

54.. 


532  FRA 

quadrupèdes  ,  des  oiseaux ,  des  pois- 
sons ,  des  serpents  et  des  insectes. 
L'auteur,  après  avoir  donne'  une  courte 
description  de  l'aniuial  qui  fait  !e  sujet 
du  chapitre,  rapporte  tous  les  passades 
de  l'Écriture  qui  y  ont  trait,  et  les  ex- 
plique par  un  commentaire  d'une  éru- 
dition aussi  agréable  que  vai  iée.  Le  suc- 
cès de  cet  ouvrage  fut  extraordinaire  ; 
il  s'en  est  fait  près  de  vingt  éditions, 
tant  en  Allemagne  qu'en  Hollande  ,  et 
il  a  été  traduit  en  anglais ,  Londres , 
1674,  in-8\  W  — s. 

FRANTZKE  (George),  célèbre 
jurisconsulte  allemand,  naquit  en  Silé- 
sie,  en  1694.  Après  avoir  professé 
quelque  temps  le  droit  en  Allemagne , 
il  vint  momentanément  à  Strasbourg , 
où  il  publia  même  quelques  écrits.  De 
retour  dans  sa  patrie,  il  devint  suc- 
cessivement conseiller  de  la  petite  prin- 
cipauté de  Schwartzbourg-Rudolstadt , 
puis  chancelier  à  la  cour  de  justice 
de  Golha,  où  il  mourut  au  commen- 
cement de  iôSg.  Les  ouvrages  de 
Frantzke  sont  peu  nombreux ,  mais 
jouissent  eu  Allemagne  d'une  réputa- 
tion méritée;  on  remarque  parmi  eux  : 
I.  Doctrlna  de  laudemiis  ,  léna  , 
1628,  in-4".et  nouvelle  édition,  1664. 
IL  Commentariiis  ad  priores  XXI 
îibros  Digestorum  ,  Strasbourg  , 
1644  y  "1-4*'*»  ouvrage  fort  estimé, 
qui  malheureusement  n'est  pas  ter- 
miné ,  mais  dans  lequel  la  matière  des 
évictions  surtout  est  traitée  d'une  ma- 
nière supérieure.  IIL  Resohitionum 
libri  ires  ;  le  meilleur  des  ouvrages 
de  Frantzke,  et  celui  dans  lequel  il 
développe  le  plus  de  justesse  d'espiit , 
et  l'érudition  la  plus  saine.  Chacun 
des  trois,  livres  qui  le  composent  a 
été  publié  séparément,  savoir:  le  1". 
à  léoa,  en  i654,  in-4°M  il  fut  bien- 
tôt après  suivi  du  3''.,  qui  parut  à  Go- 
tha, i655,  in-4'';  le  -i".  ne  fut  pu- 
blic qu'avec  la  seconde  cdiliou  du 


FHA 

i".  à  léua,  i656,  in-4''.  H  ^  paru, 
eu  1721,  à  Cologne,  une  réimpres- 
sion iu-4''.  des  deux  premiers  livres 
seulement.  IV.  Commentarius  ad 
Institutay  Strasbourg,  i658,  in-4". 
J,  H.  Acker  a  publié  une  vie  de  Frantzke 
sous  le  titre  :  Plta  el  fata  Georgii 
Frantzkii,  Leipzig,   1714?  in-S**. 

P_K_T. 

FRANZ  (Jean-Michel  ) ,  profes- 
seur de  géographie  à  Gôttingen  ,  na- 
quit, en  1700  ,  à  OEhringen  en  Saxe. 
Son  père  ,  qui  était  chapelier,  voulait 
lui  faire  embrasser  une  profession 
mécanique;  mais  grâce  à  la  protection 
des  personnes  qui  s'intéressèrent  au 
jeune  Franz,  il  put,  malgré  de  nom- 
breux obstacles,  suivre  son  penchant 
pour  l'étude.  Il  fit,  à  l'université  de 
Halle ,  la  connaissance  de  J.  C.  Ho- 
mann  ,  qui,  en  1730,  l'appela  à  Nu- 
remberg pour  tenir  la  correspon- 
dance de  sa  maison  de  commerce, 
connue  dans  toute  l'Europe  par  les 
caries  de  géographie  dont  elle  avait 
le  fonds.  Franz  avait  successivement 
suivi  les  cours  de  médecine  et  de  ju- 
ri.^prudence ,  dont  il  n'avait  pas  pu 
tirer  parti  pour  améhorcr  sa  fortune. 
11  profita  de  sa  nouvelle  position  pour 
s'occuper  de  la  géographie  qui  lui  fat 
plus  avantageuse.  Homann  ,  accablé 
d'infirmités,  mourut  bientôt,  et  laissa 
par  son  testament  la  propriété  de  sou 
fonds  à  Franz  et  à  J.  G.  Ebei-^pcrger, 
qui  continuèrent  la  maison  de  commer- 
ce, sous  le  nom  des  héritiers  Homann. 
Franz  accrut  encore  l'activité  et  la  ré- 
putation de  cette  maison,  en  mettant 
tous  ses  efforts  à  ne  pas  copier  des 
caries  déjà  publiées,  et  à  ne  faire  pa- 
raître que  des  cartes  dressées  d'après 
des  documents  nouveaux  et  des  des- 
sins orij^iuaux.  Son  zèle  fut  réco;tt- 
pensé;  car  on  rendit  justice  à  toutes 
celles  qui  parurent  de  1730  à  1755  , 
^tquifureut  assez  géuéialcment  re- 


FRA 
comiues  pour  être  fidèles  et  exactes. 
Il  fut  appelé,  eu  1754,  ^  Gôttiii- 
geu ,  pour  y  remplir  une  place  de  pro- 
fesseur. De  concert  avec  Busching  et 
d'autres  savants ,  il  fonda  la  société 
cosmographique  qui  a  fleuri  dans  la 
même  ville.  Il  rail  par  malheur  peu 
de  régularité  dans  sa  conduite  ;  ce  qui, 
sur  Ja  fîu  de  sa  carrière,  lui  attira 
beaucoup  de  désagréments.  Il  avait 
reçu  des  souscriptions  pour  de  nou- 
veaux globes  célestes  et  terrestres  ;  il 
ne  put  pas  remplir  ses  engagements , 
et  reçutdcs  reproches  mérites.  H  mou- 
rut le  1 1  septembre  i-jôi.  On  a  de 
lui,  en  allemand  :  I.  Proposition  de 
Homann  ,  pour  les  améliorations 
nécessaires  à  la  géographie  y  et  pour 
la  fondation,  en  ce  cas ,  d'une  nou- 
t^elle  académie  près  de  leur  maison 
de  corn mercc,  N u remberg ,  «757, 
in-fol.  II.  Mémoires  et  recueils  cos- 
mographiaues  pour  l'année  1748, 
destinés  à  V accroissement  de  la 
géographie ,  et  réunis  par  les  mem- 
bres de  la  société  cosmographique. 
Vienne,  1 750  ,  grand  in-4°.  avec  fîg. 
m.  Traité  sur  les  limites  du  monde 
connu  et  inconnu ,  pour  servir  d*in- 
traduction  sommaire  à  une  géogra- 
phie comparée ,  Nuremberg,  1 76a  , 
iu-4°.  carte.  Cet  ouvrage,  qui  n'est  pas 
achevé ,  ne  parut  qu'après  la  mort  de 
l'auteur.  E — s. 

FRANZ  (  Joseph  ) ,  jésuite ,  puis 
prêtre  séculier,  professa  la  physique 
expérimentale  à  l'académie  de  Vienne, 
et  fit  un  voyage  à  Gonstantinople , 
avec  le  comte  d'Uhlefeld.  Lorsque 
l'impératrice  Marie  -  Thérèse  fonda 
à  Vienne,  en  1754,  l'académie  des 
langues  orientales^  elle  choisit  le  P. 
Franz  pour  la  diriger  ;  et  il  dut  ce 
choix  à  la  pureté  de  ses  mœurs ,  et 
à  la  vaste  étendue  de  ses  connaissan- 
ces dans  les  sciences  et  dans  les  idio- 
mes de  l'Orient  :  mais  le  mauvais  état 


FRA  555 

de  sa  santé  ne  lui  permit  pas  de 
conserver  long -temps  cet  emploi. 
Franz  était  né  à  Lintz,  en  1703, 
«t  il  mourut  le  i5  avril  1776.0a 
lui  ào\\.:\.Dissertatio  dénatura  elec- 
tri ,  Vienne  ,  1751  ,  in -4".  II.  /<?« 
de  cartes  géographique ,  ibid.,  1 759. 
On  lui  attribue  le  petit  drame  suivant  ; 
Godefroi  de  Bouillon»  représenté 
par  les  élèves  des  académies  des 
langues  orientales ,  devant  leurs 
augustes  fondateurs ,  /<?  1 8  décem- 
bre 1757,  Vienne,  1761  ,  in-8''. 
Les  interlocuteurs  s'y  expriment  en 
français  et  en  turk.  On  lui  doit  encore 
diverses  traductions  faites  du  tuik, 
pour  l'usage  ,  de  la  nouvelle  académie. 
—  Frawz  (  Louis-Lothaire-Nolker  )  , 
hcbraisant  allemand,  né  en  1 7 10,  mort 
à  Ellwang,  le  5  septemb.  1 7B0,  habita 
Augsbourg  etHelmstadt,  oii  il  devint 
docteur  en  droit.  On  doit  à  ce  sa- 
vant quelques  dissertations  philolo- 
giques touchant  le  texte  sacre,  et 
dont  on  trouve  la  nomenclature  dans 
le  Lexique  biographique  de  Meusef, 
Voici  sçs  plus  importants  ouvrages:  I. 
Diatriba  de  fideicommissis  ,  flelms- 
tadt ,  1754,  in-4".  II.  Philologie^ 
commentatio  in  legem  mosdicam  de 
feris  mundiSj  DeuteroTi.,  14,  5.  III. 
Meletema  philologicum  in  exoti- 
cosj'ructus  in  manecht  avoda  Sara  , 
cap.  I ,  memorato s ,  ihiàcm  ,  1734. 
ÏV.  Ephemerides  philologicce  in 
legendis  et  ponderandis  œvi  remoti 
Codd.  Grœcis,  Ebr.  Chald.  Syr, 
Rabb.  Talmud  ,  et  Arabicis  »  quœ 
elegantiora  ac  solidiora  studia 
in  Acad.  Julid  annis  1 7  32 ,  1735, 
1 734 ,  versavit ,  ibid.  1 734.  J — n. 

FRANZ(Jean-George-Frederig}, 
savant  médecin  allemand ,  né  à  Leip- 
zig en  1737,  montra  de  bonne  heure 
un  zèle  infatigable  pour  l'étude  et  une 
grande  sagacité.  Après  avoir  termine* 
de  la  manière  la  plus  disting^uée  sou 


554  FRA 

cours  d'linmai)ités  et  sa  ptiîosopliie , 
il  obtint,  en  1 76 1 ,  le  grade  de  maître 
ès-arls,  et  déploya  un  rare  talent  dans 
sa  thèse  ,  De  polfgamid  ex  princi- 
piis  sacrœ  rationis  illicitd.  Le  jeune 
philosophe  publia,  la  même  année, 
un  Commentaire  latin,  aussi  forte- 
ment pensé  que  purement  écrit,  sur 
le  célibat  ecclésiastique.  Cet  opus- 
cule fut  aussitôt  mis  à  Vindex  par  le 
gouvernement  autrichien  ;  il  partagea 
Je  sort  de  plusieurs  productions  bril- 
lantes et  hardies,  et  fut  brûle  à 
Rome  par  la  main  du  bourreau.  La 
liltëratureet  la  théologie  n'absorbaient 
pas  tous  les  moments  de  Franz  ;  il 
consacrait  à  la  médecine  une  porliou 
de  ses  veilles  j  il  la  cultiva  même  avec 
prédilection  ,  mil  au  jour  plusieurs 
ouvrages  sur  les  diverses  branches  de 
l'art  de  guérir,  et  résolut  d'en  faire  sa 
profession.  Docteur  en  1778  ,  il  fut 
nommé  ,  en  1781 ,  professeur  extra- 
ordinaire de  médecine  à  i'universiié 
de  Leipzig  ,  où  il  mourut  le  1 4  avril 
1 789.  Dans  tous  ses  ouvrages  ,  dont 
la  plupart  sont  anonymes  ou  pseudo- 
nymes, on  reconnaît  le  moraliste  phi- 
losophe, le  philologue  instruit,  le  com- 
])ilateur  éclairé  ,  l'analyste  judicieux  , 
le  traducteur  fidèle.  I.  De  morhis  li- 
teratorum  epidemicis  ,  eorumque 
rectd sanandorum ratione ,  Leipzig, 
i767,in-4°.;  dissertation  curieuse, 
sous  le  nom  de  F.  A.  Philiater.  II. 
Tableau  moral  de  Leipzig ,  par  le 
baron  de  Ehrenhausen  ,  Eleuthero- 
polis  (  Leipzig  ) ,  1 16S ,  six  cahiers  , 
in-S°.  (en  allcraana.  )  111.  Histoire 
commerciale  de  la  ville  de  Leipzig  ^ 
ibid.,  177'i,  in-8'.  (en  allemand.) 
IV.  De  Lipsid  parturienlibus  ac 
puer  péris  nostris  temporibus  minus 
lethiferd  ,  Dissertalio  ,  Leipzig  , 
1 785  ,  in-4".  V.  Le  médecin  des  ec- 
clésiastiques, Leipzig,  1769,  in-8".; 
jbid. ,  1770.   VI.  Le  médecin  des 


FRA 

voyageurs  i  Langens.ilza  ,  1774» 
iu-8".  VIL  Sur  les  inconvénients  et 
les  dangers  des  lits  de  plume ,  Leip- 
zig, 177'^  ,  in-8\  L'auteur  blâme 
surtout,  avec  raison  ,  la  coutume  bi- 
zarre et  insalubre  qu'ont  les  Allemands 
de  s'enseveHr,  en  quelque  sorte,  entre 
deuximmenseslitsdeplumc.VIll.iSar 
la  vie  et  le  caractère  de  Gellert ,  ib. , 

1772,  in-8''.  IX.  Mémoire  sur  Vé- 
ducation  physique  des  enfants,  ibid., 

1773,  in-8".  X.  Lettres  sur  divers 
sujets  de  médecine ,  Langensalza  , 
1775-76,  5  vol.  in-8".  (  ces  six  ar- 
ticles sont  en  allemand.  )  XI.  Disser- 
tatio  de  asparago  ex  scriptis  medi- 
corum  veterum  ,  Leipzig,  1778, 
in-4°-  XIÏ.  Archœologia  ariisobste- 
triciœ  et  puerperii  y  ibid.,  1784, 
m-8\  Franz  a  composé  une  foule 
d'autres  opuscules ,  ])armi  lesquels  on 
dislingue  ceux  qui  traitent  de  l'in- 
fluence de  la  musique  sur  la  santé  ; 
de  l'agrément ,  des  avantages  et  de 
l'utilité  des  belles-lettres  j  du  premier 
jour  de  l'an ,  et  des  élrennes  ;  del'in- 
sufTisance  de  la  philosophie  pour  pré- 
venir et  corriger  les  mauvaises  mœurs. 
Il  a  traduit  plusieurs  ouvrages  deTis- 
sol ,  tels  que  la  Défense  de  Vinocu- 
lation ,  et  le  Traité  de  Vépilepsie  ; 
il  a  surchargé  la  littérature  allemande 
d'une  faible  production  de  Goulin  :  Le 
médecin  des  dames  y  etc.  La  plupart 
de  ses  travaux  de  critique  et  d'érudi- 
tion méritent  d'être  signalés  :  i".  Il  a 
complété  et  enrichi  d'un  Glossaire 
l'opuscule  grec  de  Xénocrate  sur  les 
aliments  tirés  des  animaux  aquati- 
ques :  TTSpt  mç  a;ro  svvopwv  t/îo^/;?; 
avec  la  traduction  latine  de  Jean-Bap- 
tiste Rasario  ,  et  les  Scholies  de  Con- 
rad Gtsner ,  Leipzig,  1775,  in-8". 
2".  Il  a  publié  réunis  les  Vocabu- 
laires hippocratiques ,  très  incom- 
plets ,  et  pourtant  utiles  ,  de  Erotien, 
Galien  et  Hérodote,  ibid.  y  1777, 


FRA 

în-S".  5°.  11  a  donne  une  e'dition  de 
VHisioire  naturelle  ,  dé  Pline,  cum 
inlerpretatione  et  notis  inicgris  Jo- 
hannis  Harduini ,  itemque  cum  corn- 
meniariis  et  aànotationihus  Her- 
molai  Barhari ,  et  variorum ,  ibid. , 
1777-1791  ,  10  vol.  !n-8°.  4"- 11  3 
rcj)rodml  deux  excellents  recueils  sur 
le  lait  :  l'un  ,  Conradi  Gesner ,  Li- 
hellus  de  lacté  et  operihus  lactariis 
p/iilolorricus  pariter  ac  medicus , 
ibid.  ,  1777,  in-H".  ;  l'autre,  F.  J. 
Foltelen ,  De  lacté  humano ,  ejusqua 
cum  asinijw  et  ovillo  comparatione  ; 
accedunt,  Henrici  Doorschodt  ,De 
lacté}  et  J.  G.  Grisel ^  De  cura 
lactis  in  arthritide ,  ibid.,  1779, 
in-8".  Enfin  ,  après  la  mort  deLcskc, 
en  1786,  la  rédaction  des  Commen- 
tarii  de  rébus  in  scientid  naturali 
et  medicind  gestis ,  fut  confiée  au 
savant  et  laborieux  Franz.  C. 

FRA-Px\OLO.  Fojr.  Sarpi. 

FRASSEN  (  Claude  ),  savant 
cordelier  observanlin  ,  ne  dans  le 
voisina;;e  de  Péronnc,  en  Picardie, 
l'an  iG'io,  entra  au  couvent  des 
cordeiicrs  de  cette  ville ,  à  l'âge  d'en- 
viron seize  ans,  et  y  fit  ses  vœux.  Ses 
Ksupe'ricurs  lui  ayant  trouve  des  dis- 
positions pour  l'étude,  et  du  goût 
pour  l'application ,  l'envoyèrent  à  Pa- 
ris taire  ses  cours  de  philosophie  et 
de  théologie  :  il  y  reçut  le  bonnet 
de  docteur,  en  1O62,  et  professa 
dans  le  grand  couvent,  dont  il  de- 
vint gardien.  C'est  dans  ce  poste  que 
son  mérite  et  d'heureuses  circonstan- 
ces le  firent  connaître  de  Louis  XlV , 
et  de  la  reine  Marie  -  The'rèse  :  il 
mit  à  profit  les  bontés  de  l'un  et  de 
l'autre,  pour  l'embellissement  et  la 
décoration  de  son  église.  Dans  cette 
même  qualité, en  1682,  il  dut  se  rendre 
à  Tolède  ,  pour  assister  à  un  chapitre 
général  de  l'ordre  qui  devait  s'y  as- 
sembler. Il  y  fut  élu  définitcnr  géné- 


FRA  535 

rai;  et  cette  dignité  l'obligea,  en  1688, 
à  fiire  le  voyage  de  Rome,  pour  y 
assister  à  un  autre  chapitre  général  : 
il  y  eut  occasion  de  soutenir  les 
intérêts  de  la  nation  française  ,  au 
sujet  de  quelques  questions  qui  y 
furent  agitées ,  et  où  ils  pouvaient 
être  compromis.  Le  roi  n'ignora  pas 
la  manière  dont  le  P.  Frassen  s'était 
comporté  dans  ces  deux  chapitres;  il 
lui  en  témoigna  son  contentement, 
et  l'employa  dans  diflférentes  affaires 
difficiles  que  le  P.  Frassen  termina  à  la 
satisfaction  du  monarque.  La  réputa- 
tion de  prudence  et  de  sagesse  dont  il 
jouissait ,  lui  avait  valu  la  même  con- 
fiance de  plusieurs  personnages  d'un 
haut  rang,  ainsi  que  de  quelques  ordres 
religieux ,  et  même  du  parlement,  qui 
recourait  quelquefois  à  ses  lumiè- 
res. Tant  d'occupations  ne  détour- 
naient le  P.  Frassen,  ni  des  devoirs 
de  son  état,  ni  de  lélude  j  il  trouvait 
danssongoûtpourlarotraite,du  temps 
pour  tout  :  il  sortait  rarement,  et,  à 
l'excejnion  des  deuii.  voyages  qu'il  fit 
pour  assister  aux  chapitres  généraux, 
et  d'un  troisième  ,  pour  la  visite  d'une 
province,  en  qualité  de  commissaire 
général ,  il  ne  s'absenta  jamais  de 
son  couvent.  Il  mourut  à  Paris ,  au 
couvent  de  l'observance,  le  0.6  fé- 
vrier Ï71 1 ,  dans  sa  quatre-vingt-on- 
zième année.  Nous  avons  de  lui  :  I. 
Conduite  spirituelle  pour  une  per- 
sonne qui  veut  vivre  saintement.,  Pa- 
ris, 1667,  in-i2.  II.  Lettres  de  St. 
Paulin,  traduites  en  français  avec 
des  remarques,  Paris,  1705,  in-8". 
Il  ï.  Un  Cours  de  philosophie,  publié 
d'abord  in -4".,  imprimé  ensuite  à 
Paris,  1668,  2  vol.  in-4'';  ouvrage 
qui  pouvait  être  bon  pour  le  temps  , 
mais  qu'on  ne  lirait  pas  aujourd'hui. 
IV.  Un  Cours  de  théologie  ^  Paris  , 
1672  ,  4  vol.  iu-foî.,  plus  estime  que 
la  Philosophie  ;  l'auteur  en  avait  pré- 


536  F  R  A 

pare  une  i^^^.  édition ,  à  laquelle  il 
avait  ajoute'  un  5™''.  volume,  et  qui 
c'tait  prête  à  cire  imprime'e ,  lorsqu'il 
mourut.  Elle  fut  publiée  à  Venise,  en 
1^44?  sous  ce  titre  :  Scotus  acade- 
micus  seu  iiniversa  doctoris  suhtilis 
iheologica  dogmata,  l'î  vol  in-4"- 
Frassen  s*y  montre  théologien  pro- 
fond. On  lui  reproche  d'y  manquer 
de  précision  ,  et  de  se  traîner  un  peu 
trop  sur  les  traces  des  scolasliques, 
ses  prédécesseurs.  V.  Disquisitiones 
libîicœ ,  1682  et  171 1,  deux  vo- 
lumes in-4''. ,  Lucques,  17O4,  2  vol. 
in-fol.  Ces  disquisitwjis^  ou  Recher- 
ches sur  la  Bible,  sont  de  deux  sortes  : 
les  unes,  contenues  dans  le  premier 
volume,  ont  pour  objet,  la  Bible  en 
général;  Frassen  y  traite  de  son  anti- 
quité ,  des  principales  éditions  qu'on 
en  a  faites,  des  livres  canoniques,  etc.; 
il  y  concilie  les  contradictions  apparen- 
tes du  texte  sacré:  les  autres  disquisi- 
lions  cnncernent  le  pentatcuque,  et 
forment  le  deuxième  volume.  Person- 
ne ne  conteste  à  cet  ouvrage  beau- 
coup d'érudition  j  mais  on  ne  s'accor- 
de pas  de  même  sur  son  mérite ,  à  l'e'- 
gard  de  la  méthode  et  de  la  précision. 
On  Ta  même  accusé  d'avoir  _,  non 
seulement  puisé  dans  la  Démonstra- 
tion éwangelicjue  j  du  savant  Huet, 
mais  encore  d'avoir,  pour  déguiser 
sou  larcin,  critiqué,  d'une  manière 
peu  décente,  l'illustre  prélat.  Selon 
dom  Calmet,  «  l'ouvrage  du  P.  Fras- 
»  sen  est  curieux,  utile,  méthodique; 
»  le  style  en  est  clair  et  assez  pur.  » 
Le  P.  Noël  Alexandre  combattit  Fras- 
sen dans  une  Dissertation  ecclésias- 
tique ,  Paris ,  1 68:2 ,  i  n-  8**.     L — y. 

FRATTA  (  Jean  ) ,  poète ,  né  à 
Vérone,  dans  le  16".  siècle,  d'une 
famille  noble,  cultiva  les  lettres  avec 
assez  de  succès  pour  mériter  les 
encouragements  du  Tasse  ;  cependant 
il  ne  paraît  pas  avoir  joui,  durant 


FRA 

sa  vie ,  de  la  réputation  qu'il  méri- 
tait. Son  principal  ouvrage  est  un 
poème  intitulé  :  La  Maltéide^  Venise, 
1396,  iu-4".  Le  jugement  avanta- 
geux que  le  Tasse  en  porta  ,  devrait 
le  faire  rechercher  des  amateurs  de 
la  poésie  italienne  ;  et  il  est  remar- 
quable qu'on  n'ait  pas  encore  songé 
à  en  donner  une  nouvelle  édition. 
Les  autres  ouvrages  de  Fralfa  sont  : 
1.  Des  Eglogues  (en  italien  ),  Vérone , 
\'j'-<6.\\.  Nigelle  pastorale  ,  j582.  1 
m.  Délia  dedicatione  de*  libri ,  | 
Dialoghi  y  con  la  correzione  delV 
ahuso  in  questa  materia  introdotlo , 
Venise,  i  Sgo  ,in-4'\  IV.  Des  Poésies 
éparsGs  dans  différents  recueils.  Fnfin 
on  lui  attribue  une  traduction  de  \^0E- 
dipe  de  Sophocle  ,  et  une  comédie, 
intitulée,//  Tdsoro , restées  en  manus- 
crit. W — s. 

FUAUENDORFFER  (PmuppE), 
né  à  Kœnip;swiescn ,  dans  la  Haute- 
Autriche  ,  fut  appelé  à  Briinn ,  en 
qualité  de  médecin  provincial  ,  et 
mourut  dans  cette  capitale  de  la  Mo- 
ravie, en  1702.  Ses  ouvrages  sont 
en  petit  nombre,  et  ne  renferment 
rien  de  neuf.  On  peut  cependant  les 
consulter  avec  fruit,  parce  que  les 
matériaux  sont  généralement  puisés 
aux  bonnes  sources  :  L  Opuscidum 
de  morbis  nudierum  ,  Nuremberg  , 
1696,  iu-12.  II.  Spolia  liippocra- 
tica^  seu  textus  et  sententiœ  ex  li- 
hris  aphorismorum ,  prœnolioman , 
prœdiclionum ,  de  judicaiionibus , 
CQacisprœnotionibuSyetcapitisvulne- 
ribus  Hippocratis  collectœ,  Briinn, 
1699,  iu-12.  Cette  espèce  de  manuel 
alphabétique  offre  une  esquisse  de  la 
doctrine  d'Hippocrate ,  accompagnée 
de  courtes  rélloxions.  III.  Tabula 
smaragdina  medico  - pharmaceuti- 
ça  y  Nuremberg ,  1 669 ,  in-i  2.  L'au- 
teur a  également  suivi  l'alphabet  dans 
ce  formulaire  ,  qui  contient  plus  de 


FRA 

huit  cents  recellcs,  mises  au  jour  pour 
la  première  fois  :  l'édition  donnée  en 
j  7  1 5,  par  Jean-Abraham  Mercklein , 
est  enrichie  de  nombreuses  additions. 
IV.  Oniscographia  curiosa  ,  seu 
tractatus  de  asellis ,  vulgb  mille- 
pedibus  ,  liriinn  ,  1 700  ',  in-i  2^.  Cette 
histoire  naturelle  et  médicale  des  clo- 
portes e.>t  re'dige'e  suivant  la  me'thode 
adoptée  par  l'académie  des  curieux 
de  la  nature ,  dont  Fiauendorffer  était 
membre ,  sous  le  nom  de  Herodicus. 
Ce  n  est  pas  le  seul  tribut  qu'il  ait 
payé  à  cette  société  célèbre  :  il  a  insé- 
ré dans  ses  Ephémérides  une  grande 
quantité  d'articles,  dont  il  importe 
de  noter  les  principaux,  en  commen- 
çant par  celui  qui  a  pour  objet  la  gé- 
nération des  cloportes,  et  se  ratta- 
che conséquerament  à  l'oniscographic. 
Parmi  les  autres,  se  distinguent  sur- 
tout la  description  et  la  cure,  par  la 
diète  lactée,  de  cette  singulière  fla- 
tuosité  ambulante,  ou  affection  tym- 
panitique  ,  appelée  naklr  par  les 
Arabes  ;  l'observation  d'une  femme 
devenue  mère  plusieurs  fois,  bien 
qu'elle  n'eût  jamais  été  réglée;  enfin  , 
celle  d'une  jeune  fîile  dont  l'œil  pré- 
sentait une  conformation  très  inso- 
lite :  la  pupille  avait  précisément  la 
ligure  d'au  cœur ,  et  la  vision  ne  s'en 
exerçait  pas  moins  dans  toute  son 
intégrité,  C. 

Fa AUËNLOB  (Henri  ),  nom  sous 
lequel  est  connu  un  Meistersauger 
(  Fof.  FoLcz  )  du  1 4".  siècle.  On  ne 
sait  d'autres  détails  sur  sa  personne, 
sinon  qu'il  a  exercé  son  art  à  Maïcn- 
ce,  et  y  est  mort  en  1 517. Quelques- 
uns  en  font  un  docteur  en  théologie  j 
d'autres  un  chanoine.  11  s'attacha  prin- 
cipalement à  chanter  les  vertus  des 
femmes  ;  ce  qui  le  fit  appeler  Fraueiv 
lob,  c'est-à-di^e,  panégyriste  des  da- 
mes ,  mot  qui ,  dans  la  langue  du 
siècle,  s'écrivait  vrowenlob,  et  dgpt 


55: 


F  R  A 

Dreux  Duradicr,  dans  ses  Récréa- 
tions historiques ,  vol.  I,  pag.  129,  a 
fait  Henri  de  Prouvinloup.  Albert  de 
Strasbourg,  en  parlant,  sous  l'année 
1 5 1 7 ,  de  la  mort  de  ce  poète ,  dit  qu'il 
fut  inhumé  à  Maïence  »  la  veille  de  la 
St.-André,dans  le  parvis  de  la  grande 
église,  près  les  degrés;  que  son  corps 
fut  {)orté  par  les  dames,  depuis  sa 
maison  ,  jusqu'au  lieu  de  sa  sépul- 
ture ; .  qu'elles  y  répandirent  beau- 
coup de  pleurs ,  et  versèrent  sur 
sa  tombe  une  si  grande  quantité  de 
vin,  que  le  parvis  en  fut  inondé.  Par- 
mi les  ouvrages  de  Henri,  on  cite 
surtout  un  poème  en  l'honneur  de  la 
Vierge.  Quelques-uns  de  ses  vers  sont 
imprimés  dans  la  collection  de  Ma- 
ncsse,  qui  a  paru  à  Zurich;  mais  la 
plupart  sont  inédits  :  on  les  trouve 
manuscrits  dans  un  recueil  qui  ap- 
partenait anciennement  à  la  tribu  des 
cordonniers  de  Colraar ,  et  dans  un 
autre  qui  est  à  la  bibliothèque  du  Va- 
tican, il  inventa  plusieurs  rhythmes. 
S— L. 
FRAXÏNIS  ou  DESFRENES( Ni- 
colas), plus  commimémeut  nomme 
Deleuze ,  théologien  de  Louvain, 
ciianoine  de  St.-Pierre  de  cette  ville , 
visiteur  des  livres  en  l'université ,  a 
été  oublié  par  Fr.  Swert,  par  Valère 
André,  par  Foppens,  et  n'a  point  place 
dans  l'ouvrage  de  Paquot  :  il  vivait 
au  16^.  siècle.  D.  Calmet  lui  attribue 
une  traduction  de  la  Bible.  C'est  une 
erreur,  et  en  voici  la  source  ;  ce  fut  lui 
que  les  docteurs  de  Louvain  chargè- 
rent de  la  révision  de  la  Bible,  par 
J.  le  Febvre  d'Etaples ,  édition  connue 
sous  le  nom  des  docteurs  de  Lou- 
vain. (Voy.  Febvre  d'Etaples).  Il 
a  laissé  quelques  autres  ouvrages  : 
I.  La  Pérégrination  spirituelle  vers 
la  Terre- Sainte ,  comme  en  Jéru- 
salem, en  Bethléem  ,  etc.,  compo- 
sée en  langue  t  h;}  ci  se,  par  F  as- 


558  F  R  E 

cha ,  et  translatée ,  Louvaiii ,  1 566 , 
in-4°.  ;  réirapriraëe  sous  ce  titre  :  Les 
Pérégrinations ,  etc. ,  composées  en 
langue  toscane,  par  Pascka,  1576, 
inS".  M.  Boucher-Laricliarderie  a  ad- 
mis dans  sa  Bibliothèque  des  Foya- 
ges  cet  ouvrage,  qui  est  un  livre  as- 
cétique ;  et  c'est  parmi  les  livres  asce'- 
tiques,  en  effet,  qu'il  figure  dans  le 
Catalogue  de  la  Bibliothèque  du 
roi  y  D.,  5979.  II.  Les  Heures  de 
N.  D.  réformées ,  corrigées  ,  et , 
par  le  commandement  de  Pie^  pape 
cinquième  du  nom  ^publiées ,  etc.;  le 
tout  translaté  du  latin  enfrancois , 
j  577,  in-8  .  Guillaume  Gazet  dit  qu'il 
a  donne'  une  traduction  française  de 
Yffortulus  animœ,  et  qu'il  a  travaillé 
à  la  version  des  Heures  latines- 
françoises ,  qui  sont  peut-être  celles 
que  nous  avons  citées.      A.  B — t. 

FRÉARD  DU  CA8TEL  (  Raoul- 
Adrien  ) ,  né  à  Baïeux  ,  d'iuie  fa- 
mille noble  ,  mort  le  16  mars  1766, 
des  suites  d'une  paralysie,  est  auteur 
des  Eléments  d'Euclide ,  réduits  à 
l'essentiel  de  ses  principes  ,  1740, 
in- 12.  Le  Dictionnaire  universel, 
Desessirts  (  Siècles  littéraires  ) ,  et 
Beziers  {Histoire  de  Baïeux ^  9,9.1  ) 
lui  attribuent  V Ecole  du  jardinier 
fleuriste ,  1 764 ,  in- 1 2  :  ouvrage  q\\\ 
n'est  mentionne  ni  dans  la  France  lit- 
téraire, ni  dans  la  Bibliographie  agro- 
nomique. —  Marc-Antoine  Fueard 
DU  Castel  ,  frère  de  Raoul-Adrien  , 
archidiacre  des  Vcz,  puis  chanoine 
de  Baieux,  mort  en  1771,  avait 
passé  pour  un  des  plus  habiles  prédi- 
cateurs de  son  temps.  A.B — t. 
FRÉARD.  /^.Chambrai. 
FRÉCULFE,  nommé  aussi  JRa- 
dulfe  dans  les  Catalogues  des  évê- 
ques  de  Lisieux,  naquit  vers  la  fin  du 
8*.  siècle.  Il  fut,  en  825 ,  envoyé  à 
Rome'  avec  Adegaire  ,  pour  obtenir 
du  pape  Eugène  II  la  permission  de 


FRE 

soumettre  à  l'examen  d'hommes  ins- 
truits la  fimeuse  question  du  ren- 
versement des  images  que,  dès  81 4  > 
Léon  IV,  empereur  d'Orient,  avait 
fait  briser  dans  les   églises   de   ses 
états  j  question  très  importante ,  même 
sous  le  rapport  des  arts,  puisque,  si 
elle  eût  été  résolue  par  l'affirmative, 
la  renaissance  de  la  peinture  et  de  la 
sculpture  n'eût  pas  eu  lieu  en  Italie, 
quelques  siècles  après.  Au  retour  de 
ces  envoyés ,  une  assemblée  d'évcques 
fut  convoquée,  à  ce  sujet,  à  Paris ,  le 
1  *•■.  novembre  826.  O^  fut  vers  le  même 
, temps  que  Frérulfe  parvint  à  l'évêché 
de  Lisieux,  qu'il  occupa  jusqu'à   sa 
mort, arrivée  vers  85o.  11  assista,  en 
837,  au  concile  de  Quierzi,  lieu  alors 
fameux  sur  les  bords  de  l'Oise ,  et  dans 
lequel  résidèrent  quelques-uns  de  nos 
rois  de  la  seconde  dynastie.  A  cette 
époque,  Louis-le-Dcbonnnire,  récem- 
ment rétabli ,  connaissant  le  dévoue- 
ment de  Fréculfe  à  ses  intérêts  et  h 
ceux  de  l'impératrice  Judith  ,  lui  con- 
fîi  la  garde  d'Ebbon  ,  archevêque  de 
Reims ,  qui ,  abusant  du  pouvoir  ex- 
cessif qu'usurpait  alors  le  clergé,  avait 
osé  dégrader  et  soumettre  à  la  péni- 
tence le  fils  de  Gharleuingne.  Quoi 
qu'en  dise   Bcllarmin  ,  d'après  Tri- 
thème  ,  il  est  fort  douteux  que  Fré- 
culfe ait  été  moine.  Très   actif,  et 
fort  instruit  pour  son  temps  ,  il  eut , 
perdant   vingt  années  ,  une  grande 
part  aux  affaires  ecclésiastiques  de  la 
province  de  Normandie.  Ce  fut  à  sa 
prière,  que  Raban-Maur,  abbé  de 
Fulde,  écrivit,  vers  85o,  ses  Com- 
mentaires sur  le  Penlateuque,  qui  fu- 
rent depuis  imprimés  à  Cologne ,  en 
1627.  Il  avait  lui-même  composé  plu- 
sieurs ouvrages,  dont  le  plus  impor- 
tant est  parvenu  jusqu'à  nous;  il  est 
intitulé  :  Freculphi ,  episcopi  Lexo- 
viensis,  Chronicorum  lihri  duo.  Eli- 
sachar,  précepteur  de  Fréculfe,  lui 


FRE 

«îonna  l'idée  de  cet  ouvrage  ,  en  ren- 
gageant à  réunir  tous  les  traits  inté- 
ressants qui  se  trouvent  dans  les  his- 
toriens grecs,  latins  et  hébreux  ,  pour 
lui  servir  à  ëclaircir  l'histoire  des  pre- 
miers âges  du  monde,  jusqu'à  l'ère 
vulgaire.  L'impératrice  Judith  lui  con- 
seilla de  continuer  cette  chronique 
jusqu'à  la  chute  de  l'empire  romain. 
II  suivit  ce  conseil  :  son  histoire  finit 
vers  Tannée  600.  Comme  l'auteur 
adopta  pour  l'histoire  hébraïque  la 
version  des  Sojilante ,  il  diffère  quel- 
quefois dans  les  dales,  et  même  sur 
plusieurs  laits,  des  écrivains  qui  de- 
puis ont  traité  les  mêmes  matières,  et 
surtout  de  la  Vulgate,  qui ,  par  exem- 
ple, fixe  à  l'an  i656  le  déluge,  que 
Fréoulfe  place  en  ii/^i.  On  a  vu  à 
la  Bibliothèque  du  roi,  parmi  les  ma- 
nuscrits provenant  du  Vatican  (  Bibl. 
de  Chrisiine  ,  n^.  3o2i  ),  un  manuscrit 
(in-fol.,  sur  vélin,  de  1 56  pages) 
des  Chroniques  de  Frécuife ,  lequel 
est  du  temps  de  l'auteur,  et,  comme 
tous  les  autres ,  ainsi  que  les  impri- 
més ,  offre  une  lacune  à  la  fin  du 
premier  livre  et  au  commencement 
du  second.  L'ouvrage  fut  imprimé  en 
1559,  in-fol.,  à  Cologne;  en  1597  , 
in-l'ol.,  à  Heidelberg;  et  in-8**.,  à 
Paris  ,  chez  Comelin.  Il  a  aussi  été 
inséré  dans  la  Bibliothèque  des 
Pères.  D — b — s. 

FRÉDEG AIIŒ,  surnommé  le  Scho- 
lastique  y  titre  par  lequel  on  dési- 
gnait les  personnes  instruites ,  floris- 
sait  dans  le  7*.  siècle.  On  conjecture 
qu'il  était  né  en  Bourgogne ,  parce , 
qu'il  s'attache  surtout ,  dans  sa  Chro- 
nique, à  rapporter  les  événements 
arrivés  dans  ce  royaume,  f^es  détails 
de  sa  vie  sont  entièrement  inconnus  ; 
mais  on  a  des  raisons  de  croire  qu'il 
vivait  encore  en  (358.  La  Chronique 
de  Frédegairc  est  divisée  en  5  livres. 
Les  trois  premiers  ne    sont  qu'une 


FRE  53o 

compilation  faite  d'après  les  Chroni- 
ques de  Jules  Africain ,  Eusèbe ,  S.  Jé- 
rôme etidace,  et  finissent  à  la  mort 
de  Bélisaire  en  56 1.  Henri  Canisius 
les  a  insérés  dans  ses  Antiquœ  lec- 
tioneSy  sous  ce  titre  :  Collectio  his- 
torico-chronographicct  ex  Idalio  et 
aliis.  Le  quatrième  est  un  abrégé  de 
l'histoire  de  S.  Grégoire  de  Tours ,  et 
se  termine  à  la  mort  de  Chilpéric  ,  en 
584.  Le  cinquième  renferme  la  con- 
tinuation de  cette  histoire  jusqu'cà  l'an- 
née 641.  Quatre  écrivains  anonyme» 
ont  fait  des  additions  à  la  Chronique 
de  Frédegairc  ,  et  l'ont  poussée  ,  do 
cette  manière  ,  jusqu'à  l'année  768. 
Ce  cinquième  livre  est  très  important. 
Adrien  de  Valois  avoue  qu'il  en  a 
tiré  de  grands  secours  ;  et  c'est ,  en 
effet ,  le  seul  morceau  historique  où 
se  trouvent  rapportés  avec  quelque 
étendue  les  règnes  de  Ciotairell ,  Da- 
gobcrt  P*^.  et  Clovis  le  jeune.  Il  a  été 
imprimé,  en  forme  à^ appendice  aux 
œuvres  de  S.  Grégoire  de  Tours  , 
Baie,  i56B  et  1610,  in- 8".,  sous 
ce  titre  :  Fredegarii  scholastici  chro^ 
nicon  quod  ille,jubente  Childebrando 
comité,  Pipini  régis  patruo,  scripsit; 
et  Tabbé  de  Marolles  Ta  traduit  en 
français.  Le  4'''  et  le  5^  livre  se  re- 
trouvent dans  les  Scriplores  rerum 
francicarum  ,  par  Freher  ;  dans  les 
Scriptores  coœtanci ,  tom.  P*". ,  par 
Duchesne  )  dans  l'édition  des  OÈu- 
vres  de  S.  Grégoire  de  Tours ,  par 
Ruinart,  et  dans  le  tome  II  du  Re- 
cueil des  historiens  de  France ,  par 
dom  Bouquet.  On  peut  consulter  pour 
plus  de  détails  sur  cet  ouvrage,  la 
Dissertation  d'Adrien  de  Valois ,  de 
Fredegario  ejusque  operibus  ,  au 
tome  II  de  son  Histoire  de  France  ; 
la  Préface  de  dom  Huinart  sur  les 
œuvres  de  S.  Giégoire  de  Tours  ; 
Y  Histoire  littéraire  de  France ,  par 
dora  Rivet;  tome  lil,  et  surtout  l'^- 


5io  FRE 

polog^ie  de  Vhisloire  de  Frédegaire , 
.par  i'abbede  Verlot,  dans  le  I'"".  vol. 
des  Mémoires  de  Vacadémie  des 
inscriptions.  W — s. 

FtiÉDEGISE  ou  FRIDUGISE , 
écrivain  du  9"^.  siècle ,  était  disciple 
d'Alcuiu  ,  qui  l'amena  avec  lui  d'An- 
gleterre en  France,  au  commencement 
du  règne  de  Charlemagnc.  Il  ne  tarda 
pas  à  se  faire  une  réputation  assez 
étendue  j  et  comme  le  savoir  condui- 
sait alors  aux  emplois  ,  il  lui  fut  aisé 
d'en  obtenir  un  à  la  cour.  L'abbé  de 
Longcliamps  a  fait  de  Fiédegise  un 
intrigant  sans  talent  et  sans  délica- 
tesse, négligeant  ses  devoiis,  et  cher- 
chant par  tous  les  moyens  à  éloigner 
ceux  dont  il  pouvait  redouter  la  supé- 
riorité. Mais  on  voit  d'un  autre  côté 
qu'Aicuin  lui  fut  toujours  très  atta- 
ché^ il  n'en  parle  que  dans  les  termes 
les  plus  flatteurs;  il  se  plaît  à  lui 
donner  le  titre  de  son  très  cher  Jils  ; 
et  l'on  doit  convenir  que  le  témoignage 
d'un  homme  aussi  respectable  est  une 
grande  preuve  en  faveur  de  Frédegise. 
Cependant  on  ne  peut  pas  dissimuler 
que  celui-ci  n'ait  eu  quelques  torts,  et 
il  faut  peut-être  lui  reprocher  d'avoir 
contribué  par  son  exemple  à  intro- 
duire le  relâchement  dans  les  monas- 
tères dont  il  était  le  chef.  Il  avait  suc- 
fcdé  à  Alcuin  dans  la  place  d'abbé  de 
S.  Martin  de  Tours.  Il  eut  ensuite 
Tabbaye  de  Sithieu  ou  St.-Berlin  ,  à 
laquelle  il  réunit  celle  de  Cormeri.  Il 
est  nommé  le  premier  des  quatre  abbés 
qui  souscrivirent ,  en  81 1  ,  avec  plu- 
sieurs évêques ,  le  testament  de  Char- 
lemagnc. Louis -le -Débonnaire  le  fit 
«son  chancelier,  et  Frédegise  conserva 
cet  emploi  important  jusqu'à  sa  mort, 
arrivée  en  834.  On  croit  que  Fréde- 
gise avait  composé  plusieurs  ouvrages 
qui  sont  entièrement  perdus  ;  mais 
on  doit  peu  les  regretter ,  si  l'on  juge 
de  leur  mérite  par  ceux  qu'on  a  con- 


FUE 

serves  ou  dont  il  reste  des  fragments. 
Ce  sont  :  I.  Epistola  de  nihilo  et  te- 
nehris  j  insérée  dans  le  Y"",  vol.  des 
Miscellanea  de  Baluze.  Il  essaie  d'y 
prouver  que  le  néant  est  quelque  chose 
de  réel ,  puisque ,  suivant  les  Ecri- 
tures ,  Dieu  en  a  formé  le  monde  que 
nous  voyons  ;  et  que  les  ténèbres  sont 
une  substance  corporelle.  On  dit  qu'il 
montre ,  dans  celte  lettre ,  un  esprit 
subtil  et  orné  ;  que  le  style  en  est  clair, 
pur,  et  même  coulant,  malgré  les 
épines  de  la  philosophie  :  mais  il  lui 
était  difficile  de  faire  un  plus  mauvais 
usage  de  son  talent.  II.  Des  Poésies 
imprimées  avec  celles  d'Alcuin  ,  et 
dont  on  n'a  pas  pu  les  distinguer  ; 
mais  la  description  du  monastère  de 
Cormeri  passe  pour  être  certaine- 
ment de  Frédegise.  III.  La  Réfuta- 
tion des  sentiments  erronés  d'Ago- 
hard  ,  évéque  de  Lyon.  On  ne  con- 
naît de  cet  ouvrage  que  les  passages 
qu'Agobard  en  a  insérés  dans  sa  ré- 
ponse ,  et  qui  suffisent  pour  prouver 
que  Frédegise  n'était  pas  exempt  lui- 
même  d'erreurs  condamnables.  On 
peut  consulter  à  ce  sujet  l'ouvrage 
d'Agobard  ,  ou  X extrait  qui  en  a  été 
inséré  dans  le  tome  IV  de  VIJistoire 
littéraire  de  France,  par  dora  Rivet. 
W— s. 
FRÉDÉGONDE,  reine  de  France , 
non  moins  célèbre  par  ses  crimes  que 
par  ses  succès,  naquit  à  Montdidier, 
en  545 ,  de  parents  obscurs,  dont  on 
ne  connaît  ni  l'origine,  ni  l'état,  ni 
mêmelenom.Parses  talents  autantquc 
par  sa  beauté,  elle  s'éleva  successive- 
ment jusqu'au  tronc,  qu'elle  occupa 
avec  gloire  pendant  quinze  ans,  après 
avoir  effrayé  la  terre,  pendant  vingt  au- 
tres années,  par  ses  forfaits.  Elle  entra 
au  service  d'Audoucrre,  première  fem- 
me de  Chilpéric,  roi  de  Soissons,  et 
devin t  «a  confidente  et  bientôt  sa  rivale. 
Chiîpcric,  qu'on  a  nomme  le  JYéron 


FRË 

de  la  France  f  et  qui  fut  réellement  le 
bourreau  de  sa  faiiiille  et  le  tyran  de 
ses  sujets,  remarqua  la  beauJe  de  Fre'- 
dëgonde,  se  laissa  subjuguer  par  ses 
artifices,  et  ne  dut  peut-être  qu'à  ses 
faiblesses  pour  elle,  la  perversité  de 
vSon  caractère  et  l'infamie  de  sa  répu- 
tation. Celle-ci,  devenue  maîtresse, 
aspira  au  titre  d'épouse,  et,  pour  y 
parvenir,  se  servit  d'un  stratagème 
qui  mérite  detre  connu,  parce  qu'il 
peint  les  mœurs  de  ces  temps  bar- 
bares. Tandis  que  Ghilpéric  était  oc- 
cupé à  faire  la  guerre  aux  Saxons ,  la 
reine  Audouene  accoucha  d'une  fille, 
qu'on  différa  de  baptiser  jusqu'au 
retour  du  roi:  alors,  tout  étant  prêt 
pour  la  cérémonie,  la  marraine,  ga- 
gnée par  Frédégonde,  ne  parut  pas, 
et  ne  put  être  trouvée  ,  quelques 
recherches  qu'on  en  fit;  la  reine,  qui 
était  présente,  et  qui  s'impatientait  de 
ces  retards,  ne  put  s'empêcher  d'en 
montrer  du  chagrin  :  Qui  vous  em- 
pêche,  lui  dit  l'adroite  confidente, 
de  tenir  vous-même  votre  enfant  sur 
les  fonts  de  baptême  ?  aucune  loi  ne 
s'x  oppose.  La  reine  tomba  dans  le 
piège  qu'on  lui  tendait  :  elle  consentit 
à  être  la  marraine  de  sa  fille  ;  elle 
ignorait  que,  d'après  les  lois  de  l'Eglise, 
les  parrains  et  marraines  d'un  enfant 
contractaient,  avec  ses  père  et  mère , 
unealHance  spirituelle  qui  interdisait 
toutes  les  autres.  Frédégonde,  plus 
instruite,  alla  trouver  le  roi,  et  lui 
dit,  en  riant,  qu'il  n'avait  plus  de 
femme,  par  la  raison  que  nous  venons 
de  dire.  Ghilpéric,  aussi  superstitieux 
que  libertin  ,  se  consola  aisément  d'un 
accident  qui  lui  rendait  sa  liberté.  Il 
exila  l'évêque  qui  avait  baptisé  sa 
fille  ,  et  força  sa  malheureuse  femme 
d'entrer  dans  un  couvent  et  d'y  pro- 
noncer des  vœux  éternels.  Cependant 
Frédégonde  manqua  cette  fois  son 
but.  Elle  obtint  bien  les  honneurs  de 


F  RE  5ir 

reine,  mais  non  le  titre  d'épouse,  par 
une  circonstance  imprévue.  Sigebcrt, 
roi  d'Austrasie  et  frère  de  Chilpéric  , 
avait  toutes  les  vertus  qui  manquaient 
à  son  frère ,  et  venait  d'épouser  Bru- 
nehaut ,  fille  d'Athanagilde ,  roi  d'Es- 
pagne ,  la  princesse  la  plus  accomplie 
de  ces  temps-là.  A  cette  occasion,  ses 
peuples  se  livrèrent  à  la  plus  grande 
joie.  Ceux  du  royaume  de  Soissons 
s'affligeaient,  au  contraire  ,  de  voir 
leur  roi  enchaîné  dans  les  liens  d'une 
indigue  courtisane.  Il  entendit  leurs 
plaintes ,  et  résolut  de  les  faire  cesser, 
en  faisant  demander  en  mariage  la 
princesse  Galsuinde,  sœur  aînée  de 
Brunehaut.  Ce  ne  fut  pas  sans  peine 
qu'il  l'obtint,  parce  qu'à  la  cour  d'Es- 
pagne on  connaissait  son  caractère 
volage.  La  nouvelle  reine  reçut  à 
Rouen  les  premiers  hommages  de  sou 
mari  ,  le  serment  de  ses  sujets ,  et ,  de 
la  part  de  Frédégonde ,  l'assurance 
d'un  éternel  attachement.  Mais  elle 
ne  tarda  pas  à  s'apercevoir  qu'elle 
avait  dans  cette  femme  une  rivale  et 
une  ennemie.  Elle  s'en  plaignit  d'abord 
à  son  mari  qui  se  moqua  de  ses  plain- 
tes ,  puis  dans  une  assemblée  des 
états  ,  qui  obligèrent  le  roi  à  éloigner 
Frédégonde.  Mais,  dès  le  lendemain, 
la  reine  infortunée  fut  trouvée  raorle 
dans  son  lit.  Brunehaut,  sa  sœur, 
accusa  hautement  Chilpéric  et  Frédé- 
gonde de  ce  lâche  assassinat,  et  en- 
gagea Sigcbert ,  son  mari ,  à  en  tirer 
vengeance.  La  guerre  fut  déclarée 
entre  les  deux  frères  ,  et  poussée  avec 
une  extrême  vigueur.  Chilpéric  fut 
battu  et  assiégé  dans  la  ville  de  Tour- 
nai. Il  était  perdu  sans  ressource, 
lorsque  Frédégonde  ,  qui  était  deve- 
nue enfin  sa  femme ,  fit  venir  deux 
scélérats ,  nafifs  de  Thérouane  ,  et , 
leur  remettant  à  chacun  un  poignard 
empoisonné  ,  leur  dit  :  Voilà  le  seul 
moyen  de  sauver  voire  roi,  votre 


542  FRE 

reine  et  vous  •mêmes,  dont  la  fortune 
est  attachée  à  la  mienne.  Trois  jours 
nprès  ,  Sigebert  fut  assassiné.  Fréde- 
p;ondc  profita  du  trouble  où  celle  mort 
jeta  l'armée  des  assiéj;eants  pour  les 
attaquer ,  les  combattit  avec  succès  , 
les  j)Oursuivit  jusque  dans  Paris ,  où 
elle  s'empara  de  Brunehaut  et  de  ses  fil- 
les ;  elle  fit  renfermer  celles-ci  dans  un 
couvent ,  et  conduire  la  reine  à  Rouen, 
où  elle  la  fit  garder  à  vue,  n'osant 
pas  la  faire  mourir  de  peur  d'exciter 
une  sédition  dans  la  ville.  Chilpcric 
avait  eu  de  sa  première  femme  trois 
enfants,  dont  le  dernier,  nommé  Méro- 
vée,  donnait  les  plus  belles  espérances. 
Frédégonde  eu  fut  jalouse ,  tant  parce 
qu'ils  éloignaient  les  siens  du  Irone, 
que  parce  qu'ils  n'avaient  pas  pour 
elle  les  égards  qu'elle  exigeait.  Elle 
les  fit  périr  successivement.  Peu  de 
temps  après  la  mort  de  Méiovée  , 
Cliilpcric  lui-même  tomba  sous  les 
coups  d'un  assassin  ,  qui  se  sauva  à  la 
faveur  des  ténèbres.  On  n'a  jamais 
connu  bien  exactement  le  véritable 
auteur  de  cet  attentat.  Frédegaire,  qui 
semble  n'avoir  écrit  que  pour  flétrir 
la  réputation  de  Brunehaut,  ne  craint 
pas  de  l'en  accuser  :  mais  Grégoire  de 
Tours  n'en  dit  pas  un  mot;  et  l'au- 
teur du  livre  intitulé ,  Gesta  regum 
francorum,  en  accuse  au  contraire 
Frédégonde ,  et  voici  comme  il  ra- 
conte le  fait  :  «  Chilpéric ,  prêt  à  partir 
»  pour  lâchasse,  monta  dans  la  cham- 
»bre  de  sa  femme  par  un  escalier  dé- 
»  robe.  Celle-ci  crul  que  c'était  Landri, 
«avec  lequel  elle  vivait  dans  une  trop 
>» grande  familiarité.  Un  mot,  qui  lui 
»  échappa,  découvrit  toute  l'intrigue 
»  à  l'homme  du  monde  à  qui  il  était  le 
»  plus  important  de  la  tenir  cachée.  Le 
»  roi  sortit  bnisquement  et  d'un  air 
»  rêveur.  Frédégonde  instruisit  son 
y>  amant  de  cette  fatale  aventure;  et  le 
»  scélérat;,  pour  éviter  sa  perle,  osa 


FRE 

»  faire  assassiner  son  maître.  »  Qnoi- 
queChilpéric  fût  universellement  haï  , 
sa  mort  violente  n'en  excita  pas( 
moins  l'indignation  des  rois  de  Bour- 
gogne et  d'Auslrasie,  qui  résolurent 
de  la  venger.  Childebert  II,  roi 
d'Austrasie,  qui  accusait  avec  rai- 
son Frédégonde  de  la  mort  de  son 
père,  fut  le  premier  sous  les  armes, 
et  attaqua  brusquement  cette  femme 
coupable  de  tant  de  crimes,  qui  fut 
abandonnée  de  tout  le  monde,  et 
ne  trouva  moyen  de  se  soustraire 
au  ressentiment  de  son  ennemi  qu'en 
se  réfugiant  dans  l'église  de  Paris, 
d'où  elle  écrivit  à  Contran,  roi  de 
Bourgogne  ,  une  lettre  touchante  , 
pour  le  supplier  de  la  prendre,  elle 
et  son  fils,  sous  sa  puissante  protec- 
tion ,  contre  les  violences  de  Childe- 
bert II.  Le  faible  Contran  se  laissa 
gagner  ,  prit  ,  en  effet ,  Frédégonde 
et  son  fils  sous  sa  protection ,  obli- 
gea le  roi  d'Austrasie  à  s'éloigner , 
et  nomma  Frédégonde  régente  du 
royaume.  C'était  anciennement ,  com- 
me aujourd'hui  ,  le  privilège  des 
reines-mères.  C'est  ainsi  que  Bru- 
nehaut, sous  Childebert  II;  Batilde, 
sous  Clotaire  III  ;  Nautilde  ,  sous 
Clovis  II,  Ahx  de  Champagne,  sous 
Philippe-Auguste  ;  Blanche  de  Cas- 
tille  ,  sous  S.  Louis  ;  Louise  de  Sa- 
voie ,  sous  François  I*^*".  ;  Catherine 
de  Médicis,  sous  Charles  IX;  Anne 
d'Autriche,  sous  Louis  XIV,  gou- 
vernèrent l'état  avec  une  autorité 
absolue  ,  pendant  la  minorité  ,  ou  en 
l'absence  des  rois  leurs  fils.  Revêtue 
de  toute  la  puissance  royale  ,  Fré- 
dégonde gouverna  ses  peuples  avec 
sagesse  ,  et  continua  de  combattre 
ses  ennemis  avec  les  armes  de  la 
perfidie.  Elle  ne  pardonnait  point 
au  roi  d'Austrasie  de  l'avoir  réduite 
à  chercher  un  asile  dans  une  église: 
elle  chargea  deux  clercs  de  le  poi- 


FRE 

gnarder,  et  leur  promit  pour  recora- 
penses  les  premières  dignités  de  l'ë- 
glise.  Les  misérables  lurent  décou- 
verts, et  coupés  par  morceaux.  Con- 
tran, lui-même,  le  libérateur  de  Fré* 
dégonde,  le  père  ,  le  tuteur  ,  le  pro- 
tecteur de  son  fils,  ne  fut  point  à  l'abri 
de  ses  attentats.  Un  jour  qu'il  entrait 
dans  sa  chapelle  pour  entendre  mati- 
nes, il  surprit  et  désarma  un  assassin 
qu'elle  avait  envoyé  pour  le  tuer.  Une 
autre  fois  _,  lorsqu'il  allait  commu- 
nier ,  un  homme  l'aborde  ;  mais  , 
soit  remords  ,  soit  frayeur  ,  il  laisse 
échapper  son  poignard  :  ou  l'arrêie , 
on  l'interroge  ,  et  il  avoue  qu'il  est 
envoyé  par  Frédégonde.  Tant  de  cri- 
mes lassèrent  les  rois  de  Bourgogne  et 
d'Auslrasie.  Ils  s'unirent  contre  un 
monstre  qui  paraissait  acharné  à  leur 
perte;  mais  ils  furent  battus  complè- 
tement par  ce  monstre  ,  qui  semblait 
destiné  a  effrayer  l'univers  par  ses  for- 
faits ,  et  à  l'éblouir  par  ses  succès. 
Frédégonde  était  arrivée  au  plus  haut 
point  de  prospérité.  Une  couronne 
obtenue  par  l'éclat  de  ses  charmes, 
conservée  par  la  force  de  son  génie  ; 
un  mari  rétabli  par  son  moyen  sur  un 
troue  que  ses  perfidies  lui  avaient  fait 
perdre  ;  une  minorité  conduite  avec 
tout  l'art  de  la  politique  la  plus  con- 
sommée j  une  régence  illustrée  par 
deux  grandes  victoires  j  un  nouveau 
royaume  conquis  et  assuré  au  roi  son 
fils  ,  tout  publiait  la  gloire  de  celle  ha- 
bile princesse.  On  oubliait  presque 
qu'elle  avait  immolé  à  son  ambition  ou 
à  sa  sûreté  un  grand  roi,  son  mari , 
deux  vertueuses  reines,  trois  fils  de 
roi ,  des  prélals,  des  généraux ,  et  une 
infinité  d'autres  victimes  moins  illus- 
tres. Ce  fut  ce  moment  de  triomphe 
que  le  ciel  choisit  pour  l'enlever  de  ce 
monde  et  terminer  sa  carrière ,  com- 
me s'il  eût  apprébeudé  que  le  brillant 
éclat  de  tant  de  succès  ue  diminuât 


FRE  545 

l'horreur  qu'on  devait  à  tant  de  for- 
faits. Frédégonde  mourut  de  mort  na- 
turelle ,  en  597 ,  âgée  de  55  ans ,  et  fut 
enterrée  dans  l'éghse  de  Saint-Ger- 
main-des-Prés.  a  II  y  a ,  dans  le  chœur 
»  de  cette  église,  dit  le  P.  Daniel,  un 
»  tombeau  sur  lequel  on  voit  la  figure 
»  pinte  d'une  reine ,  en  mosaïque.  On 
»  prétend  que  c'est  la  figure  deFrédé- 
*gonde  ,  et  l'inscription  le  dit.  Il  y  a 
»  beaucoup  d'apparence  que  cette  fi- 
»gure  est  originale  ,  et  que  ce  n'est 
»  point  un  ouvrage  fait  plusieurs  siè- 
»clcs  après  la  mort  de  la^princessc 
»  qu'elle  représente,  comme  le  sont  les 
»  tombeaux  de  Childebert  et  de  Chil- 
«péric,  qu'on  voit  dans  la  même 
•»  église.  »  M.  Lenoir  croit  que  cette 
mosaïque  en  émaux ,  transportée  vers 
la  fin  du  18^.  siècle ,  avec  le  tombeau 
de  Frédégonde ,  au  Musée  des  mo- 
numents français ,  est  de  l'an  600  . 
mais  que  l'inscription  Fredesundia 
résina ,  uxor  Chilperici  régis  ,  est 
d'une  date  pius  récente.  Dreux- Dura* 
dier ,  dans  ses  Mémoires  historiques 
des  reines  et  régentes  de  France  ,  a 
entrepris  de  réhabiliter  la  mémoire 
de  Frédégonde  en  la  présentant  comme 
une  héroïne  dont  le  caractère  ^w6/imff 
offre  seulemeut  quelques  taches.  Ces 
paradoxes  ont  été  victorieusement  ré- 
futés par  Gaillard ,  dans  le  Journal 
des  savants ,  de  janvier  i  ^65 ,  p.  1 5 
et  suiv.  G—s. 

FRÉDÉRIC  F'.,  surnommé ^^r- 
herousse  (i),  22^  empereur  d'Aile- 
marine,  né  l'an  1 1 21  ,  était  fils  de  Fré- 
déric, duc  de  Souabe.  Il  annonça,  des 
sa  jeunesse ,  des  inclinations  guer- 
rières ,  et  accompagna  en  1 1 47  ,  à  la 
Terre-Sainte,  l'empereur  Conrad  III, 
son  oncle,  que  les  exhortations  de 
saint  Bernard  avaient  déterminé  à  se 


(i)  On  le  nomma  Barberonsse,  par  raison  de  se* 
beaux  chsvcuï  dures.   l^GoUut.,  Mém.  de  Kow- 


544  TRE 

croiser  contre  les  Sarrasins.  Les 
Guelfes  en  Italie,  et  le  duc  de  Saxe 
(  Henri  le  Lion  ) ,  en  Allemagne  , 
profitèrent  de  l'absence  de  Conratl 
pour  affaiblir  son  pouvoir;  et ,  en  mou- 
rant, celui-ci  vit  avec  rcfijret  l'empire 
échapper  à  son  fils.  Frédéric,  que  de 
belles  actions  et  de  grandes  qualités 
rendaient  déjà  recoramandable,  fut 
c!u  empereur  dix-sept  jours  après  la 
mort  de  Conrad ,  et  couronné  à  Aix- 
la-GIiapelle,  le  9  mars  1 13'2.  11  apaisa 
d'abord  les  troubles  qui  agitaient  l'Ai- 
lemagne,  accorda  au  duc  de  Saxe 
l'investiture  de  la  Bavière  dont  il  s'é- 
tait emparé,  et ,  s'établissant  arbitre 
entre  Suenon  et  Canut,  qui  se  dispu- 
taient le  Danemark,  obligea  Canut  à 
abandonner  ses  prétentions  à  son  ri- 
val, qui,  par  reconnaissance,  se  dé- 
clara vassal  de  l'Empire.  Après  avoir 
affermi  son  autorité  en  Allemagne ,  il 
passa  en  Italie  à  la  tête  d'une  armée , 
soumit  les  villes  qui  avaient  proclamé 
leur  indépendance,  et  se  fit  couron- 
ner roi  de  Lombardie.  Jl  députa  en- 
suite vers  Adrien  IV,  pour  le  prier 
de  le  couronner  empereur  h  Rome.  Le 
pape  ne  voulut  y  consentir  qu'autant 
que  Frédéric  ferait  serment  de  suivre  le 
cérémonial  établi.  D'après  ce  cérémo- 
nial ,  l'empereur  devait  se  prosterner 
devant  le  pape,  lui  baiser  les  pieds, 
lui  tenir  l'étrier ,  et  conduire  la  ba- 
quenée  blanche  du  Saint-Père,  par  la 
bride ,  l'espace  de  neuf  pas  romains. 
Frédéric  trouva  l'usage  humiliant ,  et 
refusa  de  s'y  soumettre.  Le  pape  se 
renferma  dans  la  forteresse  de  Città  di 
Castello.  On  négocia  comme  s'il  avait 
été  question  de  la  chose  la  plus  impor- 
tante ,  et  Frédéric  finit  par  promettre 
tout  ce  qu'on  lui  demandait  (2),  Le 

(a^  Comme  on  lui  fil  obscrvpr  qu'il  »e  trompait 
dVtrier  ,  on  assure  qu'il  dit  qu'il  n'avait  point  ap- 
pris le  métier  de  palefrenier  ;  répoufc  aa«fi  spi- 
rit«eUc  que  piquante. 


FRË 

pape  ,  qui  croyait  alors  disposer  des 
royaumes  de  la  terre,  n'était  pas  maî- 
tre dans  Rome.  Cette  viile  était  gou- 
vernée par  une  espèce  de  sénat,  image 
bien  imparfaite  de  celui  qui,  jadis, 
avait  dicté  des  lois  au  monde.  Les  sé- 
nateurs eurent  la  prétention  de  dicter 
aussi  des  conditions  à  Frédéric;  mais 
il  les  renvoya,  en  leur  disant  ces  pro- 
pres mots  :  a  Rome  n'est  plus  ce 
»  qu'elle  a  été.  Charlemagne  et  Olhon 
»  vous  ont  conquis  parla  valeur;  je 
»  suis  votre  maître  par  une  possession 
»  légitime.  »  11  fut  sacré,  le  18  juin 
1 1 55  ,  dans  l'église  de  Saint-Pierre  : 
mais  son  inauguration  ne  put  avoir 
lieu  que  hors  des  murs,  et  le  peuple 
furieux  se  porta  à  des  excès  qu'il 
fillut  réprimer.  C'étaient,  comme  ou 
voit ,  de  toutes  parts,  des  prétentions 
bien  «extra  ordinaires  et  bien  mal  fon- 
dées. Frédéric  ,  de  retour  en  Allema- 
gne ,  travailla  à  affermir  sa  puissance 
en  faisant  détruire  les  châleaiix  de 
plusieurs  seigneurs  ,  et  en  citant  à 
une  diète  le  comte  palatin  ,  pour  des 
malversations.  Le  comte  futccndamné; 
mais  on  lui  fit  remise  de  la  peine  (5): 
l'empereur  voulait  seulement  faire  re- 
connaître son  autorité.  H  répudia ,  en 
1 153,  Adélaïde  de  Vohbourg,  sous 
prétexte  de  parenté,  et  épousa  trois  ans 
après,  Béatrix,  fille  unique  de  Renaud 
III,  comte  de  Bourgogne.  Par  ce  ma- 
riage, il  faisait  revivre  ses  droits  sur 
l'ancien  royaume  d'Arles.  Le  pape  ne 
fut  point  consulté  au  sujet  d'un  divorce 
que  conseillait  la  politique,  et  cepen- 
dant on  ne  voit  pas  qu'il  s'en  soit 
plaint.  Frédéric  vint  avec  sa  nouvelle 
épouse  visiter  son  royaume ,  et  il  s'ar- 
rêta à  Besançon ,  où  il  donna  un 
tournoi  auquel  assistèrent  un  grand 


(3)  Celle  peine  (que  l'on  nommait  le  htrmetcar) 
étnit  bien  ridicule;  elle  consistait,  suivant  une 
ancienne  lui  de  Souabe ,  à  porter  un  cbien  ntr  (c> 
«paulfs  ,  ua  miUe  d'AUeua(^ae. 


FRÉ 

hombre  de  clievaliers.  Tandis  qu'il  se 
livrait  aux  plaisirs,  le  cjrdinil  Ro- 
land, légat  du  pape,  lui  rerail  une 
lettre ,  conçue  en  des  termes  si  peu 
ménagés,  qu'il  ne  put  contenir  sa  co- 
lère. L'empire  j  était  désigné  par  le 
mot  heneficium,  qui  signifiait  alors 
un  fiefdépendant  du  Saint-Siège.  Fré- 
déric savait  que  le  pape  l'avait  déjà 
désigné  comme  son  fendataire;  il  fit 
demander  des  explications  au  légat, 
qui  osa  répondre  :  a  Eh  !  de  qui  ticnt- 
»  il  donc  l'empire  ,  s'il  ne  le  tient  pas 
»  du  pape  ?  »  Le  comte  palatin  vou- 
lait tuer  le  légat  ;  mais  Frédéric  se 
contenta  de  le  renvoyer  à  Rome ,  et 
il  partit  presque  aussitôt  pour  l'Ita- 
lie (  1 1 58  ) ,  afin  d'exiger  le  serment 
de  fidélité  des  différentes  villes  :  pré- 
caution inutile.  Les  Italiens  ne  se 
croyaient  pas  engagés  par  des  serments 
que  la  violence  leur  avait  arrachés  ;  et 
le  départ  de  l'empereur  était  toujours 
pour  eux  le  signal  de  nouveaux  sou- 
lèvements. Il  aurait  fallu  pouvoir  con- 
tenir à  la  fois  et  l'Allemagne  et  l'Ita- 
lie :  mais  rien  alors  n'était  plus  diffi- 
cile y  et  ce  principe  ,  qu'on  paraît 
avoir  adopté  sans  restriction,  de  juger 
de  ce  qui  a  été  par  ce  qui  est ,  ne 
peut  qu'être  la  source  de  faux  juge- 
ments. Tandis  que  Frédéric  assié- 
geait Milan ,  toujours  humiliée  et 
toujours  prête  à  se  relever  de  ses  rui- 
nes, des  troubles  éclatent  en  Bohème, 
et  les  Polonais  lui  déclarent  la  guerre: 
son  intrépide  activité  suffit  à  tout.  La 
Bohème  est  pacifiée,  et  la  Pologne 
vaincue  est  érigée  en  royaume  tribu- 
taire. La  rapidité  de  ses  triomphes 
lui  garantit  la  tranquillité  de  l'Allema- 
gne ,  et  il  revole  en  Italie  pour  y  affer- 
mir sa  puissance.  Leis  Milanais  avaient 
encore  essaye  de  s'y  soustraire  :  Fré- 
déric déclare  leurs  biens  confisqués  et 
leurs  personnes  esclaves  :  «  Arrêt, 
dit  Voltaire,  qui  ressemble  plutôt  à 

XV. 


FRE  545; 

un  ordre  d'Attila  qu'à  l'cdit  d'un  em- 
pereur chrétien.  »  La  ville  de  Crème  j 
qui  avait  pris  le  parti  de  Milan,  est 
pilléf.  Quelques  jurisconsultes  et  des 
théologiens ,  réunis  à  Bologne  par 
Frédéric,  décident  que  l'empire  du 
monde  lui  appai tient,  et  que  l'opi- 
nion contraire  est  une  hérésie.  Jamais 
prince  ambitieux  n'avait  trouvé  de 
plus  lâches  complaisants  :  il  se  dispo- 
sait à  poursuivre  son  projet  de  réduire 
l'Italie  sous  son  obéissance ,  lorsqu'A- 
drien  meurt.  L'élection  d'un  nouveau 
pape  divise  les  cardinaux  j  le  plus 
grand  nombre  élit  Roland,  ennemi 
déclaré  de  Frédéric ,  et  si  connu  de- 
puis sous  le  nom  d'Alexandre  III  : 
les  autres  choisissent  Victor  II.  L'em- 
pereur convoque  à  Pavie  un  concile 
qui  valide  l'élection  de  Victor  :  mais 
Alexandre,  retirédansAgnani,  excom- 
munie Frédéric ,  et  délie  les  sujets  de 
ce  prince  du  serment  de  fidélité;  c'était 
trop  sans  doute  :  mais  on  doit  remar- 
quer à  la  louange  d'Alexandre,  qu'il 
ne  prononça  point  la  déposition  de 
Frédéric ,  et  qu'il  n'essaya  point  de  lui 
donner  un  successeur  ',  sage  exemple 
que  les  papes  n'ont  pas  toujours 
suivi.  Les  Mdanais  jugent  l'occasion 
favorable  pour  recouvrer  leur  liberté; 
ils  attaquent  l'armée  impériale  près  de 
Lodi ,  et  remportent  sur  elle  une  vic- 
toire éclatante  :  mais  Frédéric  fait 
avancer  de  nouvelles  troupes ,  et  cerne 
cette  malheureuse  ville  dont  la  famine 
lui  ouvre  bientôt  les  portes.  Les  mu* 
railles  en  sont  rasées ,  les  édifices  pu- 
blics (  à  l'exception  de  quelques  égli- 
ses )  détruits ,  et  on  sème  du  sel  sur 
leurs  ruines  :  Gènes  épouvantée  en- 
voie des  députés  à  l'empereur  ;  Bolo- 
gne qui  veut  résister,  est  prise  et  dé- 
mantelée :  toutes  les  villes  d'Italie  sont 
soumises.  Alexandre  III  cherche  un 
asile  près  du  roi  de  France  ;  et  Fré- 
dcfic ,  qui  craint  de  lui  laisser  cet 
35 


546 


FRÈ 


appui,  convoque  une  assemblée  à 
Saint-Jean-de-Lone,  pour  prononcer 
une  seconde  fois  entre  Alexandre  et 
Victor.  Le  roi  de  France  n'assista 
pointa  celte  assemble'e,  qui  se  sépara 
sans  avoir  pris  de  décision.  Cepen- 
dant de  nouveaux  troubles  e'clalent  eu 
Italie  :  Rome  et  Venise  forment  une 
alliance  contre  Frédéric.  Dans  le 
même  temps  Victor  meurt.  L'empe- 
reur fait  sacrer  un  autre  pape,  qui 
prend  le  nom  de  Pascal;  il  établit  des 
camps  sur  différents  points ,  triple 
partout  les  impôts,  et  retourne  en  Al- 
lemagne :  il  assemble  une  diète  à 
Wurlzbourg  (  ii65),  dans  laquelle 
il  demaùde  aux  princes  et  aux  évêqiies 
de  s'engager  par  serment  à  ne  jamais 
reconnaître  Alexandre  pour  chef  de 
l'Eglise  j  cet  acte  tyranuiqne  ne  fait 
qu'accroître  le  nombre  de  ses  enne- 
mis. La  ligue  de  Bome  et  de  Venise 
subsistait  toujours  ;  d'autres  villes  y 
prennent  part  :  bientôt  foute  l'Italie 
est  en  armes.  Les  Allemands ,  quoique 
très  inférieurs  en  nombre,  obtiennent 
des  succès.  Alexandre  est  encore  obligé 
de  fuir  de  Rome  ,  et  Frédéric  y  entre 
en  vainqueur  :  mais  une  maladie  con- 
tagieuse se  met  dans  son  armée  j  il 
songe  un  peu  tard  à  la  retraite,  et  ce 
n'est  qu'avec  peine  qu'il  parvient  à 
repasser  les  Alpes.  Des  guerres  si 
longues  et  si  meurtrières  avaient 
e'puisé  ses  ressources;  il  entre  en  né* 
gociation  :  mais  le  pape  rejette  les  con- 
ditions qu'il  lui  propose.  L'empereur 
se  décide  alors  à  assembler  une  diète  à 
Worms  (  1 1  "jQi  ),  pour  y  exposer  ses 
besoins  et  demander  des  secours  ;  et 
taudis  qu'il  court  apaiser  de  nouveaux 
troubles  dans  la  Bohème,  il  envoie 
en  l'alie  un  corps  de  troupes,  com- 
mandé par  Christian,  archevêque  de 
Maïence.  Deux  ans  s'écoulent  sans 
aucune  entreprise  remarquable  de  part 
«i  d'autre  :  çuâu,  en  1 175,  Frédéric 


FtlÈ 
vient  mettre  le  siège  devant  Alexan- 
drie ,  ville  que  son  nom  lui  rendait 
odieuse  (i);  mais  il  est  repoussé  avec 
perte.  Les  Saxons,  qui  l'avaient  suivi 
malgré  eux,  l'abandonnent;  sa  cava- 
lerie est  entièrement  détruite  par  les 
Milanais,  le  29  mat  1 176  ,  à  la  ba- 
taille de  Corne.  Cette  journée,  dont 
les  Milanais  conservèrent  la  mémoire 
par  une  fêle  perpétuelle  ,  causa  la 
ruine  de  la  puissance  des  <  mpereurs 
en  Italie.  Frédéric, réfugié d.ms  Pavie, 
se  vit  forcé  de  dépuler  vers  Alexan- 
dre ,  pour  le  prier  de  fixer  lui-même 
les  conditions  de  la  p.iix.  Le  pontife 
n'abusa  point  de  la  situation  où  l'empe- 
reur se  trouvait  réduit  :  leur  réconci- 
liation fut  sincère.  Alexandre  exigea 
de  l'empereur  les  marques  de  soumis- 
sion qu'il  avait  données  à  Adrien  IV, 
et  le  cérémonial  de  leur  entrevue  fut 
le  même.  L'Italie  venait  d'échapper 
pour  jamais  au  pouvoir  de  Frédéric  : 
mais  l'ambition  du  duc  de  Saxe  trou- 
blait l'Allemagne ,  et  ce  prince  guer- 
rier n'était  pas  facile  à  réduire.  Après 
deux  ans  d'une  guerre  dont  les  succès 
furent  incertains,  Henri-le-Lion  fut 
mis  au  ban  de  l'Empire,  comme  per- 
turbateur du  repos  public ,  et  ses  étals 
furent  partagés  entre  le  marquis  de 
Brandebourg  et  Ollion  de  Wiltelbach. 
(  f^.  Henri-le-Lion.)  Frédéric  put  seu- 
lement alors  s'occuper  d'améliorer  le 
sort  de  ses  peuples;  il  abolit  plusieurs 
coutumes  barbares ,  encouragea  le 
commerce  par  l'affranchissement  des 
villes  marchandes ,  et  chercha  à  faire 
flairir  les  sciences  et  les  lettres  p^r 
les  privilèges  qu'il  accorda  à  ceux  qui 
fréquentaient  les  écoles.  Un  congrès 
s'assembla  ,  par  ses  ordres ,  à  Cons- 
tance; et  le  '25  juin  1 185,  les  com- 
mis.saircs  de  l'empereur  et  les  députés 
de    la    Lombardie    signèrent    entre 

(  I     Ou  sait  qu'Alexandrie  ,    surnommpe    de  /4 

FnHh ,  doit  «9u  orisiuQ  au  pape  Aitiwidre  Mi, 


FRE 
eux  un  traite  que  les  Italiens  ont 
long-temps  regarde  comme  le  fonde- 
ment de  leur  droit  public,  et  qui  se 
trouve  à  la  fin  du  Corps  du  droit  civil, 
sous  ce  titre  :  De  pace  Constantiœ. 
Cependant  les  succès  de  Saladin  don- 
naient de  justes  alarmes.  Une  troi- 
sième croisade  fut  prêche'e  dans  toute 
TEurope  ;  et  Frédéric  partit ,  en  1 1 89, 
avec  son  fils  le  duc  de  Souabe,  à  la 
tête  d'une  armée  de  plus  de  cent  mille 
hommes.  L'empereur  grec ,  Isaac 
Lange,  refusa  de  lui  donner  passage 
par  ses  états ,  et  il  fut  oblige'  de  se 
frayer  une  route,  à  main  armée  ,  au 
travers  de  la  Tlirace  :  il  gagna  deux 
îsatailles  sur  le  Soudan  d'iconium , 
s'empara  de  sa  capitale,  francLit  le 
jnonl  Taurus ,  et  mourut  le  10  juin 
1190,  pour  s'êlre  baigné  dans  le 
Cydnus,  imprudence  qui  avait  déjà 
failli  de  coûter  la  vie  au  grand  Alexan- 
dre (i  )  :  mais  Alexandre  était  jeune  , 
et  Frédéric  avait  près  de  soixante-dix 
ans.  Son  fils  fit  transporter  ses  osse- 
ments à  Tyr  ,  où  Gui ,  roi  de  Jérusa- 
lem, les  fit  déposer  dans  un  tombeau 
de  marbre.  Ainsi  finit  un  des  plus 
grands  princes  qui  aient  occupé  le 
trône  d'Allemagne  :  il  eut  de  l'ambition 
sans  doute  j  mais  il  était  excusable , 
puisqu'd  n'avait  pour  but  que  de  ren- 
dre à  l'empire  son  ancienne  splen- 
deur ;  il  était  brave,  actif,  vigilant , 
ferme  dans  l'adversité;  il  avait  de 
l'instruction  plus  qu'aucun  souverain 
de  son  temps,  et  il  l'employa,  autant 
qu'il  put,  à  rendre  plus  douce  la  con- 
dition de  ses  sujets.  Il  rendit  hérédi- 
taires les  grandes  charges  de  la  cou- 
ronne, que  ses  prédécesseurs  faisaient 
exercer  selon  leur  bon  pbisir  ;  et  on 
lui  dut  l'usage,  suivi  depuis  en  Italie, 


(i)  Quelques  historiens  disent  que  Frédéric  se 
noya  dans  la  rivière  de  Salef ,  que  des  géographes 
croient  n'être  pas  précisément  la  même  que  le 
,Cydaus  ^  oit  Alexaudre  p«asa  Uiaiur  U  vie. 


FRE  547 

de  ne  placer  jamais  un  juge  dans  I0 
lieu  de  sa  naissance.  On  a  de  ce  prince 
àesLeltres  imprimées  dans  !es  Scrip* 
tores  rerumgeini.de¥vQ\icr,tom.V''., 
et  dans  Duchcne ,  tom.  IV.  H  eut  de 
son  mariage  avec  Béalrix,  Henri  Vf, 
qui  lui  succéda  ;  Frédéric,  duc  de 
Souabe ,  qui  mourut  de  la  peste  au 
siège  de  Ptolémaïs ,  peu  de  mois  après 
la  mort  de  sou  père  ;  Conrad  ,  duc  de 
Souabe  par  la  mort  de  son  frère; 
Philippe,  duc  de  Toscane,  puis  em- 
pereur j  et  deux  filles.  Ou  peut  con- 
sulter surce  prince  :  l.La  Chroniqn& 
d'Othon  de  Freisingen,  avec  les  ad" 
ditions  d^  Oihon  de  Saint- Blcùse, 
II.  Historia  Friderici  imperatoris 
magîii,  hujus  nominis  primi ,  ducis 
Suevorum  et  parentelœ  suce  ,  in-fo!., 
que  PI.  Braun  croit  avoir  été  imprime' 
au  monastère  de  Saint- Udalricd'Augs* 
bourg,  de  i^']5  à  147^.  III.  Gun- 
tlier ,  Ligitrinus ,  sive  de  rébus  gestis 
Friderici  /,  libri  X,  Heidelberg, 
181 2,  in-8".  M.  Dumgé,  éditeur  de 
cet  ancien  poème,  y  a  joint  dts  com- 
mentaires et  un  Mémoire  sur  l'empe- 
reur Frédéric  l"^.  et  sur  son  règne. 
IV.  Burcliard,  Epistola  de  victcrid 
et  triumpho  Friderici  i,  et  cladts 
Mediolanensium,  V.  H.  de  Bunau, 
Vie  de  Frédéric  Barherousse,  eu 
latin,  Leipzig,  1722 ,  in-4'.  VI.  Les 
Recueils  de  Freher ,  de  Kulpis  et 
les  diffcreutes  Histoires  d'Allemagne. 
W— s. 
FRÉDÉRIC  ÎI  ,  26^  empereur 
d'Allemagne,  était  petit-fils  de  Barbe- 
rousse.  li  naquit  le  26  décembre  1 194» 
à  lesi  ,  dans  la  marche  d'Ancone,  et 
fut  élevé  dans  le  royaume  de  Naples  , 
qu'Henri  VI ,  son  père  ,  avait  réuni  à 
l'empire  par  son  mariage  avec  Cons- 
tance :  ce  fut  la  première  cause  de 
la  préférence  qu'il  accorda  toujours 
aux  Italiens  sur  les  Allemands.  La 
1  précaution  qu'avait  prise  son  père  de 
55.. 


548  FRE 

le  faire  reconnaître  roi  des  Romains, 
semblait  devoir  lui  assurer  la  posses- 
sion paisible  du  trône  :  mais  le  prin- 
cipe si  sage  de  la  successibilile 
n'était  reconnu  alors  nulle  part  qu'en 
France  ;  et  la  mort  d'un  souverain , 
ouvrant  la  porte  à  toutes  les  ambi- 
tions ,  devenait  le  signal  de  tous  les 
désordres.  Tandis  qu'une  partie  des 
électeurs  nommait  Frédéric  II  dans 
Arnheim,  l'autre  partie  proclama  em- 
pereur, dans  Cologne,  le  duc  Ber- 
thold  ,  et  d'après  le  refus  prudent  de 
celui-ci ,  Othon  de  Brunswick.  Phi- 
lippe ,  duc  de  Souabe ,  oncle  et  tuteur 
de  Frédéric ,  se  fait ,  de  son  coté , 
élire  dans  Erfurt.  Les  droits  d'un 
prince  enfant  sont  oubliés  ou  mé- 
connus ,  et  l'Europe  se  partage  entre 
Othon  et  Philippe.  Philippe  meurt 
assassiné,  en  1208,  laissant  Othon 
seul  maître  de  l'empire,  A  peine 
t3lhon  est-il  couronné  dans  Rome , 
qu'au  mépris  des  serments  les  plus 
solennels  ,  il  veut  s'emparer  de  la 
Fouille ,  et  enlever  à  Frédéric  la  der- 
nière part  de  son  héritage.  La  perfi- 
die d'Othou  indigne  le  pape ,  qui  l'ex- 
commuuie,  etelle  révolte  les  seigneurs 
Allemands ,  qui  conservaient  un  reste 
d'attachement  pour  la  maison  de 
Souabe.  11  est  obligé  de  repasser  les 
Alpes  en  toute  hâte.  F«édé)ic  ,  alors 
âgé  de  17  ^ns  (12 12),  le  poursuit  à 
la  tête  de  quelques  troupes  que  lui 
avait  fournies  le  pape,  s'empare  de 
l'Alsace,  force  le  duc  de  Lorraine  à  se 
déclarer  pour  lui ,  et  se  fait  couronner 
empereur  à  Aix-la-Chapelle.  Othon, 
soutenu  par  l'ADgletetre,  remporte 
quelques  avantages  sur  Frédéric , 
qu'appuyait  la  France.  Mais  enfin , 
en  1 2 1 3  ,  la  bataille  de  Bouvines  où 
Othon  fut  vaincu  (  Voyez  Philippe- 
Auguste  et  Othon  IV  ) ,  décida  cette 
grande  querelle  eu  faveur  de  Frédé- 
ric, qui  fut  rec(^Dûu  empereur  par 


FRE 

toute  l'Allemagne.  Il  chercha  d'abord 
à  s'assurer  Tamitié  des  Danois ,  voi- 
sins alors  fort  dangereux  ,  et  il  leur 
céda,  par  un  traité,  les  pays  qu'ils 
avaient  envahis  pendant  les  derniers 
troubles.  11  renouvela  ensuite ,  en 
1 2 1 5  ,  la  cérémonie  de  son  couron- 
nement à  Aix-la-Chapelle,  et  accepta 
toutes  les  conditions  que  le  pape  lui 
imposa  pour  le  sacrer  à  Rome.  Olhoa 
vivait  encore  ,  et  Frédéric  pouvait 
craindre  que  ses  partisans  ne  son- 
geassent à  le  replacer  sur  un  trône 
dont  la  force  seule  l'avait  fait  descen- 
dre. Les  ménagements  qu'il  montrait 
pour  le  pape ,  n'étaient  donc  que  l'effet 
de  la  prudence;  et  il  ne  renonçait  pas 
au  projet  formé  par  Barberousse  de 
soumettre  l'Italie  ,  et  d'affranchir  sa 
couronne  de  toute  domination  étran- 
gère. Innocent  III ,  qui  soupçonnait 
peut-être  les  desseins  de  Frédéric, 
lait  prêcher  une  nouvelle  croisade  ; 
mais  l'empereur  se  contente  d'envoyer 
des  troupes  en  Asie ,  et  demeure  tran^> 
quille  en  Allemagne.  Après  la  morlj 
d'Othon  (  1 2 18),  il  convoque  à  Franc-, 
fort  une  diète,  où  il  fait  élire  ,  roi  des 
Romains ,  son  fils  Henri.  Il  éprouva 
quelque  difficulté  de  la  part  des  évê- 
ques  :  on  le  présume,  du  moins,  pac 
les  concessions  qu'il  fit  au  clergé  dans 
cette  même  assemblée.  Il  voulait  aussi- 
se  rendre  favorable  le  pape  ,  dont  it 
avait  toujours  besoin.  Il  part  cnfia 
pour  l'Italie  en  1220.  Les  habilant& 
de  Milan  lui  refusent  le  passage  dans 
leur  ville  ;  il  dévore  cet  affront.  U 
arrive  à  Rome,  où  il  est  sacré,  après 
avoir  juré  de  maintenir  la  doualioa 
laite  au  Saint-Siège  par  la  comtesse 
Mathilde  (  Voy.  Mathilde  ) ,  et  de 
se  rendre  en  personne  à  la  Terre-» 
Sainte.  Il  part  ensuite  pourNaples, 
où  il  fixe  son  séjour ,  et  dont  il  fait  la 
capitale  du  royaume.  H  agrandit  cette 
ville,  y  fait  consliuirc  de  uonveau^i 


F  RE 
palais ,  et  y  fonde  une  université'  pour 
1  enseignement  des  lois.  Fre'dc'ric  pa- 
raît avoir  eu  le  dessein  de  transporter 
le  sie'gt  de  l'empire  dans  l'Italie,  après 
Tavoir  soumise.   C'était  peut-être  le 
moyen  de  faire  cesser  les  guerres  qui 
désolaient  ce   beau    pays  depuis  si 
long-temps  :  mais  il  fiilait  rabaisser 
l'autorité  des  papes ,  et  contenir  des 
villes  jalouses  de  leur  liberté;  et  Fré- 
déric ne  put  y  parvenir.  Son  séjour  à 
Naples  inquiétait  Honorius  III.  Ce 
pape  lui  avait  fait  épouser  lolande,  fille 
de  Jean  de  Brienne  ,  et  héritière  du 
royaume  de  Jérusalem ,  dans  Tespé- 
rance  qu'il  chercherait  à  se  mettre  en 
possession  de  la  dot  de  sa  femme. 
Comme  l'empereur  ne  prend  aucune 
mesure  à  cet  égard ,  le  pape  le  presse 
d'accomplir  son  serment  d'aller  com- 
battre les  Sarrasins;  mais  Frédéric  ob- 
jecte la  trêve  faite  avec  eux  par  les  chré- 
tiens ,  et  reste  en  Italie  sans  encourir 
l'excommunication.    H  convoque ,   à 
Crémone,  une  diète,  oir  les  seigneurs 
italiens  et  allemands  sont  invites.  Les 
principales  villes  devaient  y  envoyer 
des  députés  ;  mais  le  pape  les  en  dé- 
tourne ,  et  l'empereur  irrité  de  celte 
désobéissance ,  les  met  au   ban   de 
l'empire.  Le  pape  devient  arbitre  entre 
les  villes  et  l'empereur;  et  sa  décision 
à  laquelle  Frédéric  avait  souscrit  d'a- 
vance ,  l'oblige  d'oublier  son  ressen- 
timent et  d'ajourner  ses  projets.  Gré- 
goire IX ,  successeur  d'Honorius,  veut 
enfin   débarrasser  l'Italie  d'un  hôte 
aussi  dangereux  :  il  le  somme  d'ac- 
complir sa  promesse  d'aller  à  la  croi- 
sade; et  voyant  qu'il  diflfère  encore , 
il  l'excommunie  deux  fois  dans  la  se- 
maine sainte.    Frédéric   équipe   une 
flotte  ,  et  s'embarque  à  Brindisi.  Dès 
qu'il  est  parti ,  le  pape  se  ligue  avec  les 
Mil-mais  pour  lui  enlever  le  royaume 
de  Naples.  Le  duc  de  Spolète,  lieute- 
nant de  Frédéric ,  entre  dans  la  mar- 


FRE  549 

che  d'Anc6ne(i2!3t9).  Le  pape,  irrité 
de  ce  que  Frédéric  n'avait  point  fait 
lever  sou  excommunication  avant  sou 
départ ,  défend  au  patriarche  de  Jé- 
rusalem de  le  reconnaître  comme  em- 
pereur. Frédéric  dévore  encore  ce  nou- 
vel outrage  ;  il  traite  avec  le  Soudan 
Mélédiu  pour  la  cession  de  Jérusalem 
et  des  pays  adjacents,  aux  chrétiens, 
entre  dans  cette  ville  avec  une  escorte, 
place  lui-même  la  couronne  sur  sa 
tête  ,  aucun  prélat  n'ayant  voulu  faire 
cette  cérémonie ,  et  se  hâte  de  revenir 
en  Italie.   Il  rencontra,  devant  Ca- 
poue,  Jean  de  Brienne,  son  beau- 
père  ,  à  la  tête  de  l'armée  du  pape , 
remporta  sur  lui  une  victoire  com- 
plète ,  et  fit ,  avec  le  pape ,  en  1 25o , 
une  paix ,  dont  la  première  condition 
fut  qu'il  serait  relevé  de  son  excom- 
municaiion  :  toutes  les  autres  clauses 
furent  à  l'avantage  de  la  cour  de  Rome. 
Cette  paix  avait  fait  cesser  l'effusiôu 
du  sang;  mais  les  Guelfes  et  les  Gibe- 
lins n'en  restaient  pas  moins  armés  et 
en  présence.  L'Allemagne  venait  de  se 
soulever  contre  Frédéric  ;  et   c'était 
Henri ,  son  fils,  qui  commandait  le& 
révoltés.  Frédéric ,  après  une  absence 
de  quinze  années ,  retourna  en  Alle- 
magne ,  vainquit  les  rebelles,  et  som- 
ma son  fils  de  se  rendre  à  la  diète  de 
Maïencc, oùil  le  fitdéposeret  coudam-^ 
ner  à  une  prison  perpétuelle.  Il  char- 
geaensuite  quelques-uns  de  ses  grands 
vassaux  de  faire  la   guerre  au  duc" 
d'Autriche  ,  qui  persistait  dans  sa  ré- 
volte ,  et  il  repassa  en  Italie  en  1 256. 
L'année  suivante ,  il  fut  obligé  de  re- 
venir en  Allemagne  pour  terminer  la 
guerre  d'Autriche  qu'entretenaient  les 
Hongrois  ;  il  prit  Vienne  ,  fit  recon- 
naître ,   roi  des  Romains ,   son    fils 
Conrad  ,  à  la  place  de  Henri  ,  et  re- 
vola en  Italie  combattre  Ks  Guelfes 
révoltés.  Jl  prend  Mantoue  de  vive 
force ,  et  taille  en  pièces  l'armée  des 


5'5o 


FRE 


Guelfes.  Le  moment  paraissait  arrive 
où  l'Italie  entière  devait  le    recon- 
naître pour  son  souverain.  Il  avait  un 
fils  naturel ,  nommé  Enzins  ;  il  le  fit 
roi  de  Sardaigne.  Le  pape  prétendit 
que  cette  île  relevait  du  Saint-Siège; 
et,  en  conséquence  ,  il  excommunia 
l'empereur  pour  en  avoir  disposé  sans 
son  consentement.  Dans   une   lettre 
circulaire  aux  évêques  ,  le  pape  ex- 
posa ses  griefs  contre  Frédéric  ;  mais 
il  se  garda  bien  de  dire  ses  véritables 
sujets  de  plainte.  Frédéric  en  usa  à 
peu  près  de  !a  même  manière  envers 
le  pape.  Dans  ces  siècles  grossiers , 
la  fausseté  et   la  dissimulation  pas- 
saient déjà  pour  de  la  politique.   Le 
pape  accusa  Frédéric  d'avoir  dit  pu- 
bliquement que  l'univers  a  été  trompé 
par  trois  imposteurs  ,  Moïse,  Jésus- 
Christ  et  Mahomet.  Frédéric  nia  for- 
tement qu'il  eût  jamais  dit  semblable 
chose  ;  il  détesta  le  blasphème  qu'on 
lui  reprochait ,  déclarant  que  c'était 
une  calomnie  atroce  (i).  Il  ne  s'en 
tint  pas  à  des  plaintes  ;  il  chassa  du 
royaume  de  Naples  et  de  la  Sicile , 
les  moines  qui  y  étaient  établis  depuis 
peu  ,  et  défendit ,  sous  peine  de  mort , 
d'entretenir  aucune   correspondance 
avec  le  pape.  A  celte  nouvelle ,  les  Gi- 
belins prennent  les  armes  dans  toute 
l'Italie  :  Frédéric  marche  contre  les 
Milanais  qui  avaient  donné  le  signal 
de  la  révolte  ;  mais  il  est  battu  dans 
une  première  rencontre,  et.  désespé- 
rant de  pouvoir  entrer  dans  Rome ,  il 
se  borne  à  ravager  le  territoire  de 
Bénévent.    Cependant  le   pape   fait 
prêcher  une  croisade  contre  Tempe- 


(0  C'est  n  quoi,  dit  Lnnionnoyn  ,  n'ont  pa*  eu 
antet  dVgarJs  J.  Lipce  ni  d'autres  écrivains,  qui, 
•ail*  examiner  les  défentes  de  cet  empereur,  ]  ont 
condamné  impitoyablement.  On  sait  que  cVst'Ià 
Torigine  de  rirapuiation  faite  à  Frédéric  IldVtre 
l'anteur  du  traite  De  tribut  impostoribut,  ouvrage 
qui  n'a  jamai»  existé  qne  dans  Timaginaiion  de 
r}u  Iquesérudits.  {Fu/.  Lajioumotb  cl  Mv.kciça 
(PibT.-Licii».  ) 


FRE 

rcur ,  et  offre  le  trône  d'Allemagne  à 
Robert  d'Artois  ,  frère  de  S.  Louis , 
qui  refuse  de  l'accepter.  Grégoire  IX , 
de  plus  en  ])lus  irrité ,   indique  un 
concile  pour  y  faire  prononcer  la  de- 
position  de  Frédéric  ;  mais  il  meurt 
avant  d'avoir  joui  de  ce  triomphe ,  et 
laisse  à  son  successeur  le  soin  de  ra- 
baisser la   puissance  impériale.    Le 
choix  du  conclave  tomba  sur  le  car- 
dinal   iMcsque.    En   apprenant    son 
élection ,  Frédéric  dit  :  «  Fiesque  était 
»  mon  ami  ;  mais  le  pape  sera  mon 
»  ennemi.  »  Le  nouveau  pontife  ,qui 
prit  le  nom  d'Innocent  IV,  demand« 
à  Frédéric  la  restitution  des  villes  de 
l'état  ecclésiastique ,  et  l'hommage  au 
Saint-Siège  des  royaumes  de  Naples 
et  de  Sicile.  Sur  le  refus  du  prince ,  il 
convoque  à  Lyon  un  concile  (i245). 
L'évêque  de  Garinola  y  accusa  l'em- 
pereur de  ne  croire  ni  à  Dieu,  ni  aux 
saints  ;  d'avoir  plusieurs  épouses  à  la 
fois  ;  d'entretenir  des  correspondances 
avec  le  soudan  de  Baby lone  j  et  enfin  de 
penser,  comme  Averroës,  que  Jésus- 
Christ  et  Mahomet  étaient  des  impos- 
teurs. Les  ambassadeurs  de  Frédéric 
cherchèrent  vainement  à  justifier  leur 
maître    de  toutes    ces    imputations. 
Après  des  débats  aussi  longs  que  tu- 
multueux ,  le  pape  déclara  Frédéric 
excommunié  et  déchu  de  l'empire  , 
comme  convaincu  de  sacrilège  et  d'hé- 
résie. Frédéric  était  à  Turin  lorsqu'il 
apprit  celte  décision  ;  il  se  fit  appoi  1er 
la  couronne  impériale,  et  la  mettant 
sur  sa  tête  :  «  Le  pape ,  dit-il ,  ne  me 
»  l'a  pas  encore  ravie  ;  et  avant  qu'on 
»  me  l'ôte ,  il  y  aura  bien  du  sang 
»  répandu.  »  C»^pendant  le  pape  écrit 
aux  électeurs  pour  leur  enjoindre  de 
choisir  pour  empereur  Henri ,  land- 
grave de  Thuringc.   Le  landgrave, 
après  avoir  remporté  quelques  avan- 
tages sur  Conrad  ,  roi  des  Romains  , 
meurt  en  124^,  devant  Ulm,  qu'il 


FRE 

îassiegeait.  Le  pape  fait  élire  à  sa  place 
Cuillauine  ,  comte  de  Hollande.  L'Al- 
lemagne se  divise  en  deux  partis , 
dont  l'un  tient  pour  Guillaume  ,  et 
Fautre  pour  Fiédeïic.  L'Italie  est  en 
proie  à  toutes  les  fureurs  de  la  guerre 
civile.  Le  malheureux  Fie'dëric  est 
sans  cesse  occupe'  à  apaiser  des  trou- 
bles sans  cesse  renaissants.  Naples , 
Parme  ,  la  Lombardie ,  la  Fouille , 
sont  tour  à  tour  les  témoins  de  ses 
revers  ou  de  ses  tristes  succès.  Par- 
tout il  est  ou  se  croit  environné  de 
dangers  :  il  soupçonne  les  Mcdicis 
d'avoir  voulu  le  faire  périr  par  le  poi- 
son. Il  fait  mourir  dans  les  supplices 
Pierre  des  Vignes  ,  son  chancelier  et 
son  ami,  parce  qu'il  suspecte  sa  bonne- 
foi.  Il  renvoie  ses  gardes  ,  ses  anciens 
compagnons  de  fortune,  pour  s'en- 
tourer de  mahoraétans.  Enfin  il  meurt 
à  Firenzuola ,  le  4  décembre  iî25o, 
à  cin(juanle-sept  ans.  11  avait ,  avant 
de  mourir ,  reçu  l'absolution  de  l'ar- 
chevêque de  Palerme  j  et  son  corps 
fut  porté  à  Montréal  en  Sicile,  Son 
fils  ,  Conrad  IV  ,  fut  son  successeur. 
Frédéric  avait  eu  trois  femmes,  Cons- 
tance d'Aragon;  lolande ,  fille  de  Jean 
de  Brienne;  et  Isabelle ,  fille  de  Jean , 
roi  d'Angleterre.  Manfred  ou  Main- 
froi ,  l'un  de  ses  fils  naturels  ,  lui 
succéda  au  royaume  de  Naples.  {Fo^. 
Mainfroi.  )  Frédéric  fut  un  prince 
très  supérieur  à  son  siècle;  il  était 
actif  ,  courageux  ,  prudent ,  fier  et 
cénéreux.  Il  parlait  l'italien  préféra- 
blcment  à  toute  autre  langue,  quoi- 
qu'il possédât  parfaitement  l'allemand, 
le  françéiis ,  le  grec  et  l'arabe.  É'evé 
dans  son  royaume  de  Siciie  au  temps 
011  l'on  commençait  à  y  ciltiver  la 
poésie  vulgaire,  il  en  fit  ses  délices 
au  point  d'être  un  des  meilleurs 
poètes  de  son  siècle.  Les  sciences  et 
les  arts  lui  furent  eu  grande  partie 
redevables  de  leurs  progrès.   Il  ne 


FRE  55i 

compila  point  les  constitutions  de  st& 
prédécesseurs;  mais  il  dressa  un  nou- 
veau plan  de  législation.  11  fonda  les 
études  de  Padoue ,  protégea  celles  de 
Boloj:;ne ,  maintint  à  Salerne  le  cré- 
dit de  l'école  de  médecine  ,  jeta  les 
fondements  de  l'université  de  Vienne, 
et  établit  à  Palerme  une  espèce  d'acadé- 
mie de  belles-lettres.  Il  favorisa  l'agri- 
culture ,  l'industrie  et  le  commerce, 
établit  des  foires  ;  et  malgré  les  tra- 
verses qu'il  essuya,  il  embellit  et  [>o- 
liça  plusieurs  villes.  Il  apporta  de 
l'Orient  un  grand  nombre  de  manus- 
crits précieux  ,  et  fif  traduire  en  latin 
les  OEuvres  d'Aristote,  l'Alm;igeste 
de  Plolémée,  et  les  principaux  trai-- 
tés  de  Galien.  On  a  de  ce  prince  des 
vers  en  langue  romane  ,  et  des  lettres 
en  lalin.  Baîuze  en  a  inséré  neuf  dans 
le  P*".  volume  de  ses  Miscellanea^  et 
Carusa  sept  autres,  dans  sa  Bihlloth, 
histor. ,  tom.  II.  Il  a  laissé  en  outre 
un  Traité  de  la  chasse  au  faucon  {de 
Arte  venandi  cum  avibus  ).  Ce  traité 
de  fauconnerie ,  ou  plutôt  d'ornitho- 
logie ,  dit  Lallemaud  ,  renferme  des 
préceptes  utiles  et  des  monuments  do 
son  érudition.  Bien  des  naturalistes 
ont ,  depuis ,  travaillé  sur  ses  obser-^ 
vations ,  les  ont  critiquées  et  en  ont 
profité,  Manfred  ,  le  fils  de  Fiédé- 
ric,  a  fait  des  additions  à  cet  ouvrage. 
Il  a  été  imprimé  avec  la  Fauconerie 
de  Tardif,  Venise,  1 56o  ;  Baie  , 
1578  ,  in  S"*.;  avec  celle  d'Albert  le 
Grand  ,  Augsbourg  ,  iSgô ,  in-B*'.  ; 
et  enfin  Jos.  Gotl.  Schneider  en  a 
donné  une  édition  avec  des  notes , 
Leipzig  ,  1 788-89  ,  2  vol.  in-4''.  Lat, 
bibliothèque  Mazarine  possède  un  ma- 
nuscrit de  cet  ouvrage,  plus  ample  de 
deux  tiers  que  l'imprimé.  Les  recueils 
de  Freher,  de  Goldast  et  de  Mura^ 
tori ,  renferment  un  grand  nombrç 
de  morceaux  précieux  pour  l'histoire 
de  ce  prince.  Ou  indiquera  encore  ; 


5^3  F  R  E 

Nicolai  Clsneri  oratio  de  Fride- 
rico  II ,  Strasbourg  ,  1608  ,  in-4*'. , 
€l  la  Dissertation  de  Cl.  J.  Godef. 
Scbmulzer  :  De  Friderici  II  in  rem 
litterariam  meritis  ,  Leipzig,  1740, 
ia-4^  W— s. 

FRÉDÉRIC,  dit  le  Beau,  duc 
d'Aulrirho.  C'est  à  tort  que  quelques 
écrivains  l'ont  mis  au  rang  des  em- 
yereurs  d'Allemagne;  il  en  est  ré- 
sulté une  confusion  dont  les  compi- 
lateurs modernes  n'ont  pas  toujours 
su  se  tirer  habilement.  Son  article 
dans  le  Dictionnaire  universel  le 
plus  récent ,  serait  infiniment  plus 
court  si  on  en  retranchait  les  détails 
qui  appartiennent  au  prince  du  même 
nom,  que  l'ordre  chronologique  amène 
immédiatement  après  lui.  Frédéric  le 
Beau  était  fils  de  l'empereur  Albert  I"., 
qui  s'efforça  vainement  de  le  faire 
nommer  roi  de  Bohème.  Albert  ayant 
cté  assassiné  ,  Henri  VII  son  succes- 
seur se  déclara  le  protecteur  de  ce 
jeune  prince ,  et  lui  assura  la  posses- 
sion des  domaines  héréditaires  de  sa 
maison.  Frédéric  était  doué  des  qua- 
lités extérieures  les  plus  brillantes  j 
mais  il  n'y  joignait  pas  celles  qui  font 
les  grands  hommes.  Après  la  mort 
de  Henri,  il  fut  nommé  empereur  par 
quatre  électeurs ,  tandis  que  les  six 
autres  donnaient  leurs  suffrages  à 
Louis  de  Bavière  (  Foj.  Loxjis  V).  Il 
se  fil  sacrer  en  1 5 1 5 ,  à  Cologne ,  par 
Varchevêqup  de  cette  ville  ;  et  Louis 
de  Bavière  le  fut  dans  le  même  temps 
k  Aix-la-Chapelle  ,  par  l'archevêque 
de  Maïence.  Cette  double  élection  et 
ce  double  sacre  devaient  nécessaire- 
ment amener  des  guerres  civiles.  Par 
la  seule  raison  que  Frédéric  était  un 
prince  d'Autriche,  les  Suisses  se  dé-, 
clarent  en  faveur  de  son  compéti- 
teur. L'Italie  se  divise  cntie  les  deux 
empereurs.  Les  Guelfcs  sont  pour 
Frédéric  j  et  les  Gibelins  pour  Louis. 


FRE 

Les  deux  prétendants  consentent  â 
remettre  la  décision  de  leur  querelle 
à  trente  condjatlants.  C'était  un  usoge 
ancien,  et  dont  on  trouve  encore  des 
traces  dans  le  siècle  suivant.  Les 
championsde Louiseurt nt  l'avantage; 
mais  Frédéric  ne  se  ci  ut  pas  obligé 
de  tenir  la  parole  qu'il  avait  donnée. 
Il  avait  mis  le  pape  Jean  XXII  dans 
ses  intérêis;  et  avec  son  secours  il 
parvint  à  lever  une  armée  avec  la- 
quelle il  vint  chercher  Louis  dans  les 
plaines  de  la  Bavière.  Une  bataille  gé- 
nérale eut  lieu  le  28  septembre  1 322 , 
près  de  la  ville  de  Muldoif,  et  cette 
bataille  fut  décisive.  Frédéric  fut  fait 
prisonnier  avec  Henri  son  frère  et  le 
duc  de  Lorraine  :  il  resta  enfermé 
trois  ans  dans  un  château  fort,  et 
céda  ensuite  volontairement  à  son  ri  ■ 
val  tous  ses  droits  à  l'empire  (i).  Fré- 
déric mourut  le  i3  janvier  i55o,  et 
fut  inhumé  à  la  chartreuse  de  Maiir- 
bach  en  Autriche ,  dont  il  était  le  fon- 
dateur. On  a  voulu  trouver  des  causes 
extraordinaires  à  sa  mort ,  parce 
qu'elle  a  paru  prématurée.  Les  uns 
ont  dit  qii'il  avait  été  empoisonné  par 
nn  philtre  que  lui  avait  fait  prendre 
une  dame  dont  il  était  amoureux;  et 
les  autres  qu'il  avait  été  rongé  par  les 
vers.  On  trouvera  des  détails  très 
intéressants  sur  Frédéric  dans  l'ou- 
vrage de  Baumann  ,  intitulé  :  Fo- 
luntarium  imperii  consortium  inter 
Fredericum  Austriacum  et  Lado- 
vicum  Bavarum^  Francfort,  1735, 
in-fol.,  fig.  W—s. 

FRÉDÉRIC  III  (2) ,  dit  le  Paci- 
fique^ 59''.  empereur  d'Allemagne, 
était  fils  d'Ernest,  duc  d'Autriche.  Il 
naquit  le  aS  décembre  1 4 1 5  ,  et  eut 


(i)  Le»  historiens  ne  sont  pas  d'accord  sur  celte 
renonciatiun.  Voyeï  VArt  de  vérifier  ler  dalet  f 
H,  33. 

{?.)  Les  historiens  qui  regardent  Fr«^déric-le- 
B«;au  comme  empereur,  nomment  celui-ci  Fré- 
déric IV. 


FRE 
pour  apanage  le  duché  de  Slyrie.  Ce 
prince  ne  devait  guère  s'attendre  à 
occuper  un  jour  le  Irone  d'Allemagne  : 
les  e'Iecteurs  le  lui  offrirent  après  la 
inort  d'Albert  11,  et  il  l'accepta.  On 
lui  offrit  aussi  la  couronne  de  Bohème; 
mais  il  la  refusa  pour  la  conserver  à 
Ladislas,  fils  du  dernier  roi.  Cet  exem- 
ple de  désintéressement  lui  avait  été 
donné  par  le  duc  de  Bavière  ;  mais 
il  n'en  est  pas  moins  très  louable  de 
l'avoir  suivi.  Il  fut  sacré  à  Aix-la- 
Chapelle  en  1 44  î^P'ir  l'archevêque  de 
Cologne,  et  s'allia  d'abord  avec  les 
Français  contre  les  Suisses,  qui  défen- 
daient Taillamment  leur  liberté.  Ce- 
pendant les  Olhomans,  vainqueurs 
dans  l'Asie,  menaçaient  l'Europe  de 
l'inonder  de  leurs  armées.  Amurat  II 
s'approchait  déjà  des  frontières  de  la 
Hongrie,  et  il  était  de  la  politique  des 
princes  chrétiens  de  se  réunir  pour 
s'opposer  à  ses  progrès.  Loin  de  cela, 
ils  étaient  divisés  d'intérêt;  et  pen- 
dant qu'Araurat  bat  les  Hongrois ,  Fré- 
déric fait  la  guerre  aux  Français  ,  ses 
alhés,  pour  les  empêcher  de  s'établir 
dans  l'Alsace  et  dans  la  Lorraine.  Il 
se  rend  en  Italie  en  1 452,  pour  se  faire 
couronner  à  Rome.  Il  fut  attaqué  dans 
le  chemin  par  des  voleurs ,  et  la  plus 
grande  partie  de  ses  bagages  fut  pil- 
lée. Une  pareille  insulte  faite  à  ses 
prédécesseurs  ne  serait  pas  restée  im- 
punie :  Frédéric  ne  songea  pas  même 
à  s'en  plaindre.  Après  l'avoir  cou- 
ronné empereur  (i),  le  pape  le  fit 
roi  de  Lombardie  sans  consulter  les 
Milaniis.  C'était  une  innovation  sans 
exemple  jusqu'à  ce  jour,  et  cependant 
les  Milanais  ne  réclamèrent  point.  Le 
pape  demanda  une  croisade  contre  les 
Turks,  maîtres  de  Constantinople  ; 
mais  il  rie  put  rien  obtenir.  Frédé- 
ric cherchait  à  s'emparer  de  i'héri- 

(i)  Frédéric  llf  est  le  dernier  empertur  qui  ait 
«té  couronné  à  Home. 


FRE 


555 


tage  de  Ladislas  son  pupille.  Le  duc 
de  Bavière  faisait  valoir  d'anciens 
droits  sur  Donavierth.  Le  roi  de 
Danemark  convoitait  le  Holstein  :  les 
chevaliers  teutoniques  faisaient  la 
guerre  à  leurs  propres  sujets.  Ce 
n'étaient  que  troubles  et  confusions 
dans  l'empire;  et  Frédéric, malheureux 
dans  toutes  ses  entreprises  ,  toujours 
battu  par  les  étrangers ,  humilié  par 
ses  vassaux  ,  était  peu  propre  à  y  ré- 
tablir le  calme.  Ce  qu'il  fit  de  mieux, 
ce  fut  de  marier  son  fils  Maximilien 
à  Marie  de  Bourgogne.  Ce  mariage 
entraîna  des  guerres  ;  mais  ,  soit  in- 
dolence, soit  avarice,  il  n'y  prit  au- 
cune part.  Matliias  Coryin ,  roi  de 
Hongrie,  attaque  Frédéric  en  1 4B5  ("î), 
s'empare  de  la  Basse-Autriche ,  et 
prend  Vienne.  L'empereur,  pendant 
ce  temps-là,  voyageait  dans  les  Pays- 
Bas,  et  faisait  couronner  son  fils  roi 
des  Romains.  Il  fait  ensuite  avec  Cor- 
vin  une  paix  honteuse,  puisqu'il  con- 
sent à  lui  laisser  la  Basse-Autriche 
comme  le  gage  des  frais  de  la  guerre. 
Tous  les  historiens  s'accordent  à  dire 
que  Frédéric  avait  beaucoup  d'ar- 
gent. Un  pareil  traité  ne  prouvc-t-il 
pas  évidemment  le  contraire?  Il  se 
consolait  de  ses  revers,  en  répétant 
ces  paroles  plus  dignes  d'un  philoso- 
phe que  d'un  empereur  :  Rerum  ir- 
recuperandarum  summa  félicitas 
ohlivio.  11  ne  rentra  dans  Vienne 
qu'après  la  mort  de  Corvin ,  en  i  490. 
Frédéric,  en  1 49  ï  ?  nriilau  ban  de  l'em- 
pire Albert  de  Bavière  son  gendre , 
qui  prétendait  à  la  propriété  du  Tyrol. 
Le  Tyrol  déclaré  inaliénable  resta  à 
la  maison  d'Autriche ,  et  le  duc  de 
Bavière  fui  indemnisé.  Frédéric  mou- 
rut à  Lintz,  le  19  août  i495,  à  l'âge 
de soixante-dixhuit  ans ,  dont  il  avait 


(a)  C'est  par  faute  d'impression  que  dans  l'article 
CoRviw,  cet  empereur  est  quatre  fois  nommé /^er- 
dinand  au  Ijeii  de  Frédérie ,  tom.  X,  p.  a3  et  a(>. 


554  FRE 

régné  cinqiianfe-tn  is  ,  et  fut  inhumé 
à  Vienne.  Son  épifaphe  lui  donne  les 
litres  de  roi  de  Hongrie,  de  Croatie 
et  de  Dalnialie,  quoiqu'il  n'ait  jamais 
rien  possédé  dans  ces  trois  états  ; 
mais  ii  avait  érigé  l'Autriche  en  archi- 
duché,  et  prévu  la  fiilure  grandeur  de 
sa  maison  en  prenant  pour  sa  devise 
les  cinq  lettres  A.  E.  1.  O.  U.,  qu'il 
expliquait  de  cette  manière  : 

Austrix  est  imperare  orbi  universo.     (i) 

11  avait  épousé  Éléonore  de  Portugal  ; 
et  il  en  eut  deux  enfants ,  Maximi- 
licn  ,  son  successeur ,  et  Cunégonde, 
mariée  au  duc  de  Bavière.  On  a  in- 
séré des  bons  Mots  (  proverbia  )  de 
Frédéric  UI  dans  un  recueil  assez 
rare,  intitulé  :  Margarita  facelia- 
rurriy  Strasbourg,  1609,  in-4". 
W— s. 
FRÉDÉRIC  ï".,  roi  de  D  nemark 
et  de  Norvège,  était  fils  de  Christian 
qui  comrafnça  en  Danemaik  la  dy- 
nastie de  la  maison  d'Oldenbourg,  et 
de  Dorothée  de  Brandebourg.  Il  na- 
quit en  1 47  '  •  Jf'an  ,  son  frère  aîné , 
avait  régné  après  Christian;  et  lui- 
même  avait  obtenu  un  établissement 
en  Hoîslein.  Christian  II,  fils  de  Jean , 
étant  monté  sur  le  trône  de  Dane- 
mark et  de  Norvège  ,  devint  aussi 
roi  de  Suède,  en  réclamant  les  stipu- 
lations du  traité  de  Calmar  ,  en  vertu 
duquel  les  trois  couronnes  du  Nord 
devaient  être  réunies  sur  la  même 
léte  :  mais  sa  conduite  toujours  ira- 
prudente,  et  souvent  tyrannique,  lui 
fit  perdre  le  sceptre  de  Suède  en 
3525,  et  peu  a[)rès  il  fut  déposé 
en  Dinemark  cl  en  Norvège.  Les 
Danois  choisirent,  pour  le  remplacer, 
Frédéric  son  oncle ,  qui  éprouva  quel- 
que résistance  de  la  part  de  la  ville 
de  Copenhague  ,  mais   qui   réduisit 


Cl)  Voyez  I^ambcciiis,  dans  son  Diaiiiim  sa- 
cii  Uiiieiit  Celltnsis;  il  y  rapporte  l\o  mterpréU- 
tAti«a»  de  cette  faiaeute  deyue. 


FRE 

celte  ville  par  composition  :  les  Nor- 
végiens furent  également  obligés  de  se 
soumettre ,  quoique  Christian  II  eût 
des  partisans  parmi  eux.  Les  états 
de  Suède,  qui  avaient  choisi  Gustave 
Wasa  ,  confirmèrent  cette  élection  , 
et  refusèrent  d'enirer  en  négociation 
avec  Frédéric.  Ce  prince ,  qui  avait 
besoin  d'aff.rmir  son  pouvoir  en  Da- 
nemark et  en  Norvège ,  se  soumit  à  la 
loi  de  la  nécessité  ;  et  le  traité  de  Cal- 
mar fut  regardé  depuis  ce  moment 
comme  annullé.  Les  deux  rois  eurent 
même,  en  i524,  une  entrevue  pour 
convenir  des  limites  de  leurs  royau- 
mes. Frédéric  fit  de  gr mdes  conces- 
sions a  la  noblesse  de  Danemark,  qui 
avait  prineipalement  contribué  à  son 
élévation.  Il  ne  fut  pas  moins  géné- 
reux envers  ses  alliés  les  Lubeekois  ; 
et  il  leur  engagea  l'île  de  Bornholm 
pour  cinquante  ans.  Cependant  Chris- 
tian Il  fit  un  armement  considérable, 
et  débarqua  en  Norvège  l'an  i532. 
Frédérics'entenditavecGustaveWasa, 
qui,  se  croyant  également menaeé,  fit 
mareher  des  troupes  pour  ôgir  de 
concert  avec  celles  du  roi  de  Dane- 
mark. Chiistian  fut  enfermé. de  tout 
côté.  Le  général  danois  lui  ayant  pro- 
posé de  se  rendre  à  Copenhague  et 
s'aboucher  avec  Fiédéric ,  il  accepta , 
et  partit  par  mer:  mais  au  lieu  d'arri- 
ver à  la  capitale  du  Danemark ,  il  fut 
conduit  dans  un  château  fort ,  et  traite 
avec  la  plus  grande  dureté.  Cette  me- 
sure avait  été  prise  à  la  sollicitation 
du  sénat  danois  ,  qui  ne  voulait  pas 
que  Christian  reprît  aucune  influ«  nce, 
FreVIéric  mourut  peu  après,  l'année 
i555.  Il  avait  favorisé  pendant  son 
règne  l'introduction  dans  ses  états  du 
luthéranisme,  qui  ne  fut  cependant 
adopté  formellement  que  sous  le  règne 
suivant.  Anne  de  Brandebourg,  femme 
de  Frédéric,  lui  donna  plusieurs  en- 
fants. Christian,  soij  fils  aîué,  lui 


FRE 

succéda  en  Danemark  et  en  Norve'ge; 
Jean  et  Adolphe  eurent  des  e'tablisse- 
ments  en  SIeswig  et  dans  le  Holstein, 
et  le  dernier  devint  la  tige  de  la  mai- 
son de  Holstein-Gollorp.  (  F.  Chris- 
tian H  et  111.  )  C AU. 

FBÉDEUIG  II,  roi  de  Danemark  et 
^e  Norve'ge  ,  fils  de  Christian  III  et 
de  Dorothée  de  Saxe- Lan enbourg, 
naquit  en  1 534  >  ^^  monta  sur  le 
trône  en  i558.  Gs  trône  était  en- 
core électif,  quoique  la  maison  d'Ol- 
denbourg Toccupât  depuis  pi  es  d'un 
siècle  y  et  Fre'déric  ne  l'obtint  qu'en 
signant  une  charte,  où  la  noblesse 
limitait  son  pouvoir  beaucoup  plus 
que  celui  de  ses  prédécesseurs.  Le 
nouveau  règne  fut  d'abord  signalé  par 
une  expédition  que  le  roi  fit  de  con- 
cert avec  les  ducs  de  Holstein  ses  on- 
cles ,  contre  la  tribu  des  Ditmarses , 
qui  avait  conservé  jusqu'alors  son 
indépendance,  et  s'était  gouvernée  en 
république.  Il  fallut  une  armée  consi- 
dérable ,  et  un  mois  de  temps  pour 
soumettre  ce  petit  pays ,  lequel ,  mal- 
gré les  efforts  du  roi  et  des  ducs ,  qui 
le  partagèrent  entre  eux,  conserva 
plusieurs  privilèges  importants.  Une 
guerre ,  longue  et  sanglante ,  s'éleva 
peu  après  entre  le  Danemark  et  la 
Suède  :  les  monarques  des  deux  pays, 
Frédéric  et  Eric  XIV,  étaient  très 
jaloux  de  placer  dans  leurs  armes  les 
trois  couronnes  que  la  Suède  avait 
voulu  ,  depuis  plusieurs  siècles,  s'at- 
tribuer exclusivement ,  et  que  le  Da- 
nemark croyait  pouvoir  réclamer  éga- 
lement ,  surtout  depuis  l'union  de 
Calmar.  Eric  XIV  s'était  emparé  de 
l'Ëslonic ,  et  négociait  avec  les  Livo- 
niens  j  Frédéric  H  cherchait  à  faire 
des  acquisitions  dans  les  mêmes  con- 
trées ,  et  voulait  y  établir  Magnus , 
son  frère.  La  guerre  éclata  en  i  56i , 
et  occasionna  de  giandes  pertes  aux 
deux  royaumes,  Daniel  Ranlzau  s'y 


FRE  555 

distingua  du  côté  des  Danois.  En 
1570,  la  paix  fu!^  conclue  à  Stettin  , 
sous  la  médiation  de  la  France  et  de  la 
Pologne,  entre  Frédéric  II  et  Jean  111, 
qui  avait  remplacé  Eric  XIV  sur  le 
trône  de  Suède.  L'île  d'Oesel ,  voisine 
delà  Livonic,  était  restée  aux  Danois; 
et  Frédéric  y  avait  envoyé  Magnus, 
son  frère,  qui  entra  en  négociation 
avec  Ivan  Wasiliewitch  ,  czar  de  Rus- 
sie, et  se  flatta  de  dévenir  roi  de 
Livonie.  Mais  trompé  par  le  czar,  et 
abandonné  de  tous  ses  partisans  ,  il 
mourut  dans  la  détresse.  (  F.  Mag- 
nus. )  Les  comtés  d'Oldenbourg  et 
de  Delmcnhorst ,  berceau  de  la  fa- 
mille régnante  en  Danemark  et  en 
Holstein ,  avaient  été  cédés  par  Chris- 
tian V^.  à  son  frère  Gerhard.  Frédé- 
ric II  et  les  ducs  Adolphe  et  Jean  , 
ayant  réclamé  le  droit  de  succession , 
obtinrent  en  effet  l'expectative  de  ces 
comtés  en  1 5^  o  ,  par  un  décret  de 
l'empereur  Maximilien.  Le  duc  Jean 
étant  mort  en  i58o,  ses  possessions 
en  Holstein  et  en  SIeswig  furent  par- 
tagées entre  le  roi  et  le  duc  Adolphe, 
chef  de  la  branche  nommée  Gottorp, 
Frédéric  s'appliqua  ,  pendant  une 
grande  partie  de  son  règne ,  à  rétablir 
la  prospérité  intérieure  de  ses  états  j 
et  il  fut  secondé  par  Pierre  Oxe,  qr.î 
devint  son  principal  ministre.  Les  fi- 
nances furent  améliorées  ;  l'agricul- 
ture et  le  commerce  furent  encoura- 
gés ',  le  roi  retira  l'île  de  Bornhoira 
des  mains  des  Lubcckois,  en  leur 
payant  ce  qui  leur  était  dû ,  et  fit 
plusieurs  règlements  pour  la  percej)- 
tion  des  droits  du  Sund.  Le  fort  de 
Cronborg,  qui  domine  ce  passage, 
fut  construit  sous  son  règne.  Frédéric 
aimait  les  sciences  et  les  protégeait  ; 
il  avait  principalement  du  goût  pour 
l'astronomie.  Ce  fut  lui  qui  donna  à 
Tycho  Brahé  l'île  de  Hveen ,  et  le 
mit  en  état  de  construire  dans  cette 


556  FRE 

île  le  fameux  observatoire  dtJranien- 
Lourg.  Frédéric  H  mourut  m  i588; 
il  avait  été  marié  à  Sophie  de  Mcklen- 
bourg,  dont  il  avait  eu  Christian,  qui 
lui  succéda  sous  le  nom  de  Chris- 
tian IV,  et  plusieurs  autres  enfants. 
(Tor.  Eric  XIV  et  Jean  m.) 

C— -AU. 
FRÉDÉRIC  TII,  roi  de  Danemark 
et  de  Norvège,  fils  de  Christi.m  IV 
et  d'AnneCatherine de  Brandebourg, 
naquit  en  1 609.  Après  la  mort  d'Anne- 
Catherine,  Christian  avait  éppusé  de 
la  main  gr.uche  Christine  Munk ,  et 
en  avait  eu  plusieurs  enfants,  qui 
s'étaient  alliés  avec  les  familles  puis- 
santes du  royaume.  Ces  alliances,  et 
surtout  le  mariage  de  Corfilz  Uhlfelt 
avec  la  comtesse  Eléonore,  firent  naî- 
tre, à  la  cour  du  roi,  des  cabales  et  des 
intrigues.  Uhlftlt,  parvenu  aux  pre- 
mières dignités  du  vivant  de  Chris- 
tian ,  à  la  mort  de  ce  prince ,  porta 
ses  prétentions  jusqu'au  trône.  Les 
états  choisirent  cependant  Frédéric 
en  1648,  peu  après  la  mort  de  son 
père  j  mais  ils  profilèrent  des  cir- 
constances en  lui  faisant  signer  une 
capitulation  qui  le.dépouillait  des  prin- 
cipales prérogatives  de  la  royauté  pour 
les  faire  passer  dans  les  mains  du 
sénat.  Les  dernières  années  du  règne 
de  Christian  IV  avaient  été  peu  favo- 
rables à  la  prospérité  publique.  Ce 
prince,  subjugué  par  les  grands,  trom- 
pé par  Uhlfelt ,  avait  laissé  introduire 
de  grands  abus  dans  l'administration  ; 
la  flotte  et  l'armée  étaient  dans  un 
état  peu  satisfaisant,  et  la  dette  pu- 
blique se  montait  à  six  millions  d'écus , 
somme  considérable  pour  le  temps. 
Cependant ,  en  1657 ,  le  roi  et  le  sé- 
nat déclarèrent  la  guerre  .1  Charles- 
Gustave  ,  roi  de  Suède.  Ou  s'imagi- 
nait que  ce  prince  avait  épuise'  ses 
forces  en  Pologne,  où  il  combattait 
depuis  quelques  années  contre  Jcan- 


FRE 

Casimir  ;  mais  Charles-Gustave ,  lais- 
sait le  commandement  en  Pologne  à 
ses  généraux,  passa  loi-même  avec  la 
plus  grande  rapidité  en  Holstein , 
et  pénétra  jusqu'en  Jutland.  L'hiver 
étant  devenu  très  rigoureux ,  le  roi 
de  Suède  traversa ,  avec  son  armée , 
les  dtux  détroits,  le  grand  et  le  petit 
Beh,  et  parut  en  Sélande,  non  loin 
de  Copenhague.  Des  progrès  si  sur- 
prenants forcèrent  Frédéric  à  négo- 
cier la  paix  :  elle  fut  signée  à  Ros- 
child  en  i658;  et  le  Danemark  céda 
à  la  Suède  les  provinces  de  flalland  , 
de  Scanie  et  de  Bleckingen,  l'île  de 
Bornholm ,  le  fief  de  Bohus  et  le  dis- 
trict de  Dronthcim.  Mais  l'ambition 
de  Charles -Gustave  n'était  pas  en- 
core satisfaite  ;  il  semblait  se  repentir 
d'avoir  laissé  le  Danemark  au  nom- 
bre des  puissances.  Ayant  fait  re- 
tourner ses  troupes  en  Sélandê ,  sous 
prétexte  de  hâter  l'exécution  du  traité 
de  paix  ,  il  mit  le  siège  devant  Co- 
penhague. L'animosité  des  Danois  fut 
à  son  comble.  Frédéric  III,  par  le 
courage  et  le  dévouement  qu'il  dé- 
ploya tout  à  coup,  parvint  à  leur  ins- 
pirer un  enthousiasme  guerrier  ,  qui 
sauva  l'étal.  Les  bourgeois,  les  étu- 
diants, les  matelots,  se  joignirent  à 
la  garnison,  et  tous  jurèrent  de  se  dé- 
fendre jusqu'à  la  dernière  goutte  de 
leur  sang.  D'un  autre  coté  l'empereur 
d'Allemagne  et  l'électeur  de  Brande- 
bourg envoyèrent  des  troupes  auxi- 
liaires en  Danemark  ;  et  les  Hollan- 
dais firent  partir  pour  le  Sund  une 
flotte ,  qui  passa  à  travers  celle  de 
Suède  ,  et  porta  des  munitions  et  des 
vivres  à  Copenhague.  Après  avoir 
ordonné  un  assaut  qui  fut  repoussé 
avec  vigueur  par  les  assiégés ,  Charles 
changea  le  siège  en  blocus  ,  et  se  ren- 
dit en  Suède  pour  se  procurer  de 
nouvelles  ressources.  Il  mourut  peu 
après }  et  la  régence  de  Suède  coû- 


FRE 
dut  la  paix  devant  CopcnKague  en 
iG(5o:  les  conditions  furent  les  mêmes 
que  celles  du  traité  de  Uoschild,  ex- 
cepte'  que    le   Danemark    recouvra 
Bornholra  et  Dronlheim,  en  cédant 
quelques  domaines  en  Scanie,  dont 
il  avait  encore  la  disposition.  La  i^aït 
ayant  été  conclue,  le  roi  assembla 
les  états  du  royaume  à  Copenhague, 
pour  délibérer  avec  eux  sur  les  moyens 
de  rétablir  les  finances,  l'armée,  la 
marine,  et  rendre  l'activité  au  com- 
merce. L'ouverture  de  la  diète   eut 
lieu  le  8  septembre  1660.  Dès  les 
premières  délibérations  au  sujet   de 
l'impôt,  il  se  forma  deux  partis,  ce- 
lui de  la  noblesse  et  celui  de  la  bour- 
geoisie, faisant  cause  commune  avec 
le  clergé.  Frédéric^  Uï  n'avait  pas 
nn  caractère  entreprenant  ,  et  ne  se 
livrait  point  aux  projets  de  l'ambi- 
tion ;  mais  la  reine  Sophie-Amélie  sa 
femme  eu  était  d'autant  plus  jalouse  du 
pouvoir,  d'autant  plus  active  et  plus 
portée  à  profiter  des   circonstances 
pour   augmenter   l'éclat  du    trône.: 
plusieurs  seigneurs  attachés  à  la  cour 
furent  gagnés ,  et  se  concertèrent  avec 
les  chefs  du  clergé  et  de  la  bourgeoi- 
sie ,  Swane,  évêque  de  Selande,  et 
Nansen,  bourguemestre  de  Copenha- 
gue. Les  deux  ordres  inférieurs  pré- 
sentèrent à  celui  de  la  noblesse  une 
résolution  prise  dans  leurs  chambres 
de  rendre  le  trône  héréditaire  dans  la 
famille  du  roi.  Les  nobles  deman- 
dèrent du  temps  pour  délibérer;  mais 
le  clergé  et  la  bourgeoisie  prirent  les 
devants ,  et  portèrent  sans  relard  la 
résolution  au  roi.  Déjà ,  depuis  quel- 
ques jours ,  plusieurs  députés  de  la 
noblesse  avaient  quitté  Copenhague  : 
on  craignit  que  les  autres  n'en  fissent 
autant  pour  arrêter  les  déUbérations  ; 
et  le  gouverneur  de  la  ville  donna 
Tordre  de  fermer  les  portes.  La  cons- 
ternation se  répandit  parmi  les  no- 


FRE 


557 


blés,  et  ils  accédèrent  à  la  résolution 
du   clergé  et   de   la   bourgeoisie.  11 
n'était  formellement  question  dans  cet 
acte  que  du  droit  héréditaire  à  substi- 
tuer à  la  forme  élective  ;  mais  il  pa- 
rut bientôt  qu'on  avait  sous-entendu 
l'autorité  absolue,   et  qu'on    croyait 
qu'il  ne  pouvait  y  avoir  de  difficul- 
tés sur  ce  point.  La  capitulation  que 
le  roi  avait  signée  en  montant  sur  le 
trône ,  lui  fut  rendue  j  les  trois  or- 
dres ,  auxquels  on  joignit  quelques 
paysans  fibres  de  l'île  d'Amack,  prê- 
tèrent à  Frédéric  un  nouveau    ser- 
ment ,  comme  à  leur  monarque  héré- 
ditaire et  absolu. Le  10  janvier  i65i, 
la  noblesse ,  le  clergé  et  la  bourgeoi- 
sie remirent  au  roi ,  chacun  séparé- 
ment, un  acte  par  lequel  ils  recon- 
naissaient de  nouveau  que  la   cou- 
ronne serait  héréditaire  dans  la  ligne 
masculine  et  féminine,  conféraient  au 
roi  un  pouvoir  illimité,  et  lui  don- 
naient le  droit  de  régler  la  succession 
et  la   régence.  Frédéric  sentit  qu'il 
fallait  adoucir ,  au  moins  en  appa- 
rence, un  ordre  de  choses  si  diffé- 
rent de  celui  qui  avait  été  sanctionné 
pu-  les  siècles  j  il  accorda  des  privi- 
lèges ,   la  plupart  honorifiques ,  aux 
bourgeois  de  Copenhague,  qui  avaient 
si  vaillamment   contribué   à    sauver 
l'état,  aux  nobles  et  au  clergé  :  il  ne 
fut  pas  question  des  laboureurs,  qui 
la  plupart  étaient  soumis  à  une  espèce 
de  servage.  Pour  mettre  la  dernière 
main  au  nouvel  édifice ,  le  roi  fit  rédi- 
ger la  loi  royale  qui  déterminait  l'or- 
dre de  la  succession,  l'âge  de  la  ma- 
jorité ,  la  manière  de  nommer   un. 
conseil  de  régence  en  cas  de  mino- 
rité, qui  fixait  la  religion  reçue  sur 
des  bases  immuables,  et  qui  consa- 
crait le  pouvoir  entièrement  illimité 
du  monarque.  Celte  loi  est  signée  du 
i4  novembre  166^  ;  elle  ne  fut  ce- 
pendant pas  d'abord  reudine  publia 


558 


FRE 


que  ;  mais  le  roi  fit  déposer  Torigi- 
nal  au  palais,  sous  la  même  garde 
que  les  joyaux  de  la  couronne.  Au 
couronnement  de  son  fils,  Chris- 
tian V ,  elle  fut  publiée  par  une  lec- 
ture solennelle  en  présence  du  peu- 
ple. Dans  la  suite ,  Fre'dëric  IV  or- 
donna de  l'imprimer  :  il  en  envoya 
des  exemplaires  aux  cours  étran- 
gères ,  et  en  fit  déposer  dans  les 
principales  villes  de  Danemark  et 
de  Norvège.  Dès-lors  aussi,  il  a  été 
d'usage  de  produire  l'original  de 
cette  loi  ,  et  d'en  faire  lecture  au 
couronnement  et  au  sacre  des  rois.  11 
n'y  avait  eu  à  la  diète  que  des  repré- 
sentants du  royaume  de  Danemark  : 
la  Norvège  et  l'Islande  furent  regar- 
dées comme  des  provinces  dépen- 
dantes; le  prince  royal  fut  envoyé  en 
Norvège  pour  faire  prêter  le  nou- 
veau serment  ,  qui  fut  aussi  de- 
mandé dans  la  suite  en  Islande  et 
aux  îles  Féroë  qui  en  dépendent.  Fré- 
déric III  profila  du  pouvoir  dont  il 
venait  d'être  investi,  pour  augmenter 
le  revenu  public  ,  pour  mettre  sur 
pied  une  armée  de  terre  et  pour  re- 
lever la  marine.  Il  fit  alliance  avec 
plusieurs  souverains  ,  et  se  trouva 
mêlé  dans  la  guerre  de  l'Angleterre  et 
de  la  Hollande  en  i665.  Mécontent 
des  Hollandais,  le  roi  de  Danemark 
avait  signé  un  traité  avec  l'Angle- 
terre, et  s'était  engagé  de  fournir 
des  vaisseaux  à  cette  puissance ,  qui 
devait  lui  payer  un  subside.  Les  Hol- 
landais craignirent  que  les  vaisseaux 
danois  ne  fissent  pencher  la  balance 
en  faveur  de  leurs  ennemis  ,  et  tra- 
vaillèrent à  se  rapprocher  de  Frédé- 
ric. Pendant  qu'on  négociait  pour  opé- 
rer ce  rapprochement ,  il  survint  un 
incident  qui  hâta  la  conclusion  des 
conférences ,  au  rapport  des  historiens 
danois.  Le  8  août  i665,  une  flotte 
marchande    hollandaise    richement 


FRE 
chargée ,  venant  de  la  Méditerranée  , 
était  allée  chercher  un  asile  contre 
les  Anglais  dans  le  port  de  Bergen 
eu  Norvège  :  il  s'y  était  joint  deux 
vaisseaux  des  Indes  hollandais  ;  et 
en  les  recevant  dans  son  port ,  le  com- 
mandant avait  promis  de  les  proté- 
ger. Un  si  riche  butin  tenta  l'amiral 
anglais  qui  croisait  dans  ces  mers  ;  il 
détacha  des  vaisseaux  de  guerre  pour 
s'en  emparer:  celui  qui  les  comman- 
dait demanda  le  consentement  du  gou- 
verneur danois  ;  mais  malgré  un  refus 
formel ,  les  Anglais  voulurent  exécu- 
ter leur  commission.  Ils  furent  re- 
poussés par  les  Hollandais,  que  les 
Danois  secondèrent.  Cette  insulte  ir- 
rita le  roi  de  Danemark  contre  l'An- 
gleterre ,  et  l'engagea  à  prendre  parti 
contre  cette  puissance.  Selon  les  rap- 
ports anglais,  Frédéric  lui-même  avait 
secrètement  invité  les  Anglais  à  atta- 
quer les  Hollandais  qui  entreraient 
dans  ses  ports,  à  condition  de  parta- 
ger le  butin  avec  eux.  Quoi  qu'il  en 
soit ,  le  roi  de  Danemark  ne  profita 
point  de  l'occasion  de  dépouiller  les 
Hollandais  ,  et  fit  même  un  traité 
d'alliance  avec  eux.  Dix  vaisseaux  de 
ligne  commandés  par  l'amiral  Adeler 
furent  envoyés  à  leur  secours  :  mais 
la  paix  fut  bientôt  rétablie  entre  toutes 
les  puissances  qui  avaient  pris  part  à 
la  guerre.  Les  expéditions  des  Da- 
nois s'étaient  bornées  à  prendre  des 
vaisseaux  marchands  anglais,  que 
Frédéric  rendit  en  exigeant  que  les 
Anglais  payassent  les  droits  du  Sund 
sur  l'ancien  pied.  Depuis  cette  épo- 
que le  roi  vécut  dans  une  grande  tran- 
quillité, et  se  livra  au  goût  qu'if  avait 
eu  depuis  long-temps  pour  l'alchimie. 
11  s'était  laissé  séduire  par  Borrichius, 
chimiste  danois ,  et  par  Burri ,  italien , 
qui  se  vantait  d'être  le  favori  de  l'ar- 
change Michel,  qui  lui  avait  appris  de 
merveilleux  secicts  (  F, Borri ).  Frc- 


FRE 
déric  dépensa  plusieurs  millions  à  la 
recherche  de  la  pieir»;  philosophale  , 
et  s'eudella  dans  l'espoir  de  devenir 
plus  riche.  Il  était  fortement  occupé 
de  ce  chimérique  projet ,  lorsqu'une 
colique  violente  j^'enleva  le  9  février 
1670.  La  constance  et  la  valeur  que 
FréJéric  avait  fait  paraître  pendant 
le  siège  de  Copenhague  ,  lui  avaient 
gagné  l'estime  de  l'Europe  et  ratta- 
chement de  ses  peuples.  Il  fut  re- 
gretté ,  quoique  la  douceur  ordinaire 
de  son  caractère  eût  paru  tenir  à  la 
faiblesse,  et  l'eût  soumis  trop  aveu- 
glément à  l'ascendant  de  la  reine.  Bien 
qu'il  eût  du  goût  pour  les  sciences  et 
lesaits,  il  avait  peu  d'instruction.  Fré- 
déric III  eut  plusieurs  enfants  de  So- 
phie -  Amélie  sa  femme  :  il  faut  re- 
marquer Christian  ,  qui  succéda  au 
trône  sous  le  nom  de  Christian  V; 
Anne-Sophie,  qui  épousa  le  prince  élec- 
toral de  Saxe  Jean-George,  et  fut  mère 
d'Auguste ,  roi  de  Pologne;  George  , 
qui  épousa  la  princesse  Anne  d'An- 
gleterre, depuis  reine,  et  dont  il  eut 
treize  enfants,  morts  tous  en  bas-âge  ; 
Ulrique-Eléonore,  mariée  à  Charles 

XI ,  roi  de  Suède ,  et  mère  de  Charles 

XII.  Frédéric  eut  aussi  un  fils  naturel, 
Ulric-Frédéric  Gyidenloevr  ,  qui  se 
distingua  au  siège  de  Copenhague, 
et  rendit  des  services  signalés  à 
l'état,  surtout  pendant  sa  vice-royauté 
de  Norvège.  Les  discussions  qui  s'éle- 
vèrent pendant  le  règne  de  Fiédé- 
ric  III  au  sujet  de  la  succession  d'Ol- 
denbourg et  de  Delmenhorst  ne  furent 
terminées  que  sous  le  règne  suivant. 
Ce  fut  Christian  V  qui  fit  tomber  ces 
duchés  en  partage  à  la  branche  ré- 
gnante en  Danemark  (  F,  Charles  X). 

C AU. 

FRÉDÉRIC  IV,  roi  de  Danemark 
et  de  Norvège,  fils  de  Christian  V  et 
de  Charlotte-Amélie  de  Hesse-Cassel , 
naquit  en  1671.  L'anaée  itiQa,  il  fit 


FRE  55g 

un  voyage  en  Allemagne,  en  France 
et  en  Italie;  et  deux  ans  après,  il 
épousa  Louise  de  Mecklenbourg-Gus- 
Irow.  A  son  avènement  au  tt 611e,  en 
1699.  il  donna  bientôt  des  preuves 
,4i'application  au  travail  et  d'intelli- 
genre  dans  les  aflf^ures,  qu'on  atten- 
dait d'autanî  moins  de  lui  qu'il  n'avait 
point  été  admis  au  conseil  sous  le  règne 
de  son  père.  La  situation  politique  du 
Nord  lui  fournit  l'occasion  de  paraître 
sur  la  scène  des  grands  événements 
de  l'année  1700.  11  s'allia  avec  Au- 
guste ,  roi  de  Pologne  ,  et  le  czar 
Pierre  T  ^ ,  pour  diminuer  la  puis- 
sance de  la  Suède  ,  gouvernée  par 
Charles  XII,  que  sa  jeunesse  et  sou 
inapplication  semblaient  rendre  peu 
redoutable.  Pendant  qu'Auguste  atta- 
quait la  Livonie ,  Frédéric  faisait  en- 
trer une  armée  en  Slcswig,  pour  for- 
cer le  duc  de  Gotlorp  à  renoncer  aux 
prérogatives  de  souveraineté  que  la 
Suède  lui  avait  fait  garantir,  et  dont 
les  rois  de  Danemark  avaient  tou- 
jours été  très  jaloux.  Le  duc  était 
beau -frère  de  Charles  Xll ,  qui  fut 
indigné  de  l'entrepiise  du  roi  de  Da- 
nemark ,  et  marcha  contre  lui.  Le  roî 
de  Suède  fut  secondé  par  une  flotte 
anglaise  et  hollandaise;  et,  arrivé  dai>$ 
l'île  de  Sélande  avec  ses  troupes,  il 
établit  son  camp  aux  portes  de  Coj)en- 
hague.lNi  Pierre, ni  Augn-te  ne  firent 
rien  pour  seconder  Frédéric,  qui  fut 
obligé  de  signer  à  Travendal^le  i3 
août  1700,  un  traité  par  lequel  il  re- 
connaissait de  nouveau  la  souverai- 
neté du  duc  de  Gotlorp,  et  il  s'enga- 
geait à  lui  payer  la  somme  de  '2f)o,o<»o 
écus.  Pendant  tout  le  cours  des  ex- 
ploits de  Ciïarles  XII  en  Russie  et  en 
Pologne,  Frédéric  se  vit  réduit  à  une 
inaction  politique ,  dont  il  profita  pour 
prendre  plusieurs  mesures  utiles  dan» 
l'intérieur  de  ses  états.  Il  songea  aussi 
à  augmenter  ses  ressources  militaires 


56o  F  R  E 

et  à  se  mettre  dans  un  e'tat  de  défense 
respectable.  Dès  le  coramencenient  de 
Tannée  i-joi  ,  les  ordres  furent  don- 
nés pour  enrégimenter  dix-Luit  mille 
paysans,  choisis  entre  les  jeunes  gens 
les  plus  propres  à  porter  les  armes. 
Un  an  aprè^,  le  roi  donna  un  édit 
portant  l'abolition  de  la  servitude  à 
laquelle  les  paysans  étaient  assujétis 
dans  la  plus  grande  partie  du  royaume. 
11  voulait  qu'ils  eussent  une  patrie,  en 
leur  ordonnant  de  la  défendre.  Mais 
cette  liberté  ne  dura  pas  long-temps; 
et  rintérêt  des  grands  propriétaires  fit 
■valoir  avec  tant  d'art  les  abus  qu'ils 
prétendaient  pouvoir  en  résulter ,  que 
le  paysan  se  vil  bientôt  enchaîné  de 
nouveau  par  desliens  du  même  genre  : 
il  n'en  a  été  délivré  entièrement  que 
sous  le  règne  de  Christian  VII  et  le  mi- 
nistère d'André  Bernstorf.  L'etablisse- 
îuenld'une milice  nationale ayantpour- 
vu  à  la  sûreté  duDanemark,le  roi  four- 
nit des  troupes  aux  puissances  armées 
contre  la  France  pour  la  succesf^on 
d'Espagne,  et  reçut  des  subsides  con- 
sidérables. En  1708,  Frédéric  entre- 
prit un  voyage  en  Italie;  il  revint  par 
la  S^xe,  où  il  fut  retenu  pendant  plus 
d'un  mois  parle  roi  Auguste.  Au  milieu 
desiête>>  brillantes  de  la  cour,  les  deux 
monarques  traitèrent  de  leurs  iniérêls 
politiques,  et  fit  eut  !e  plan  d'une  allian- 
ce ollensive  et  défensive  contre  la  Suè- 
de. Le  traite  fut  signé  le  %»8  juin  1 709, 
le  lendemain  de  la  bataillf  de  Pultavva, 
qui  en  facilita  l'exécution.  Auî^uste 
et  Ftédéric  se  rendirent  ensemble  à 
Berîui,  et  vouiuient  engager  le  roi  de 
Pru&se  à  accéder  a  l'ailiancp;  mais  ce 
'  prince  allégua  plusieurs  raisons  pour 
s'en  di>penser.  A  son  retour  dans  ses 
états,  le  roi  de  Danemark  apprit  la 
défaite  de  Charles  Xh  ;  et ,  cédant  aux 
conseils  de  quelques-uns  de  ses  nii- 
nislr*  s ,  il  déclara  sans  délai  la  guerre 
g  la  Suède.  Seize  mille  Danois  descen- 


FRE 

dirent  en  Scauie  :  le  géne'ral  Stenbotk 
fut  à  leur  rencontre ,  les  battit  près 
d'Helsingborg,  et  les  força  de  repas- 
ser le  Sund.  Ce  revers  ne  découragea 
point  le  monarque  danois  :  il  résolut 
d'attaquer  les  Suédois  en  Allem.igne  ; 
et  il  leur  enleva  les  duchés  de  Bremen 
et  de  Verden  :  mais  Stcnbock  défit 
ses  troupes  près  de  Gadebusch,  en 
Mecklenbourg ,  et  brûla  sa  ville  d'Al- 
tona ,  non  loin  de  Hambourg.  Fré- 
déric ,  ayant  été  joint  par  les  Saxons 
et  les  Russes ,  poursuivit  Stenbock  , 
l'enferma  dans  la  forteresse  de  Ton- 
ningen,  et  le  força  à  capituler.  Il  l'en- 
voya à  Copenhague ,  et  le  fit  mettre 
dans  une  prison  où  ce  général  ter- 
mina ses  jours.  Peu  après,  les  Da- 
nois s'emparèrent  des  états  du  duc  de 
Gottorp.  Cependant  Charles  XII  était 
revenu  de  Bender,  et  respirait  la 
vengeance  :  il  défendit ,  avec  son  cou- 
rage ordinaire ,  la  forteresse  de  Stral- 
suud  ,  où  il  se  trouvait  en  personne , 
et  qu'assiégeaient  les  rois  de  Danemark 
et  de  Prusse ,  avec  une  armée  consi- 
dérable :  mais  ne  pouvant  faire  une 
plus  longue  résistance ,  il  repassa  en 
Suède  ,  et  Stralsund  se  rendit.  Frédé- 
ric IV  semblait  devoir  pom  suivre 
ses  progrès;  et  il  méditait,  en  effet, 
une  nouvelle  descente  en  Scanie,  de 
concert  avec  Pierre  F*^.  :  mais  ce 
prince  montra  peu  de  zèle  pour 
l'exécution  de  ce  projet  ;  et  il  y  eut 
même  bientôt  un  refroidissement  sen- 
sible entre  lui  et  le  roi  de  Danemark  , 
qui ,  dès -lors  ,  pencha  pour  la  paix  : 
cependant  il  eut  encore  à  lutter  contre 
Charlt*s,en  Norvège.  Une  première 
expédition  des  Suédois  contre  ce  j>ays 
ayant  échoué.  Charles  en  fit  une  se- 
conde, et  mit  le  siège  devant  la  ville 
de  Fridérichshall.  Le  siège  avançait , 
lorsqu'une  balle  mit  fin  aux  exploits 
et  aux  jours  du  héros  suédois.  Frédé- 
ric fit  la  paix  avec  le  nouveau  gouver- 


FRE 

îiement  de  Suède ,  et  la  signa  à  Fre- 
deubourg,  le  *25  juillet  1720  :  il 
cëda  ses  conquêtes  ea  Pomëranie;  la 
Suède  renonça  à  l'exemption  des 
droits  du  Sund ,  et  paya  une  somme 
de  600,000  ëcus  pour  le  rachat  de 
Bahus  et  de  Marslrand,  qui  e'taient 
entre  les  mains  des  Danois  j  elle  s'en- 
gagea aussi  à  ne  point  s'opposer  à  ce 
qui  avait  été  convenu  entre  le  Dane- 
mark et  les  puissances  médiatrices , 
la  France  et  i'Ani;leterre,  ponrassu' 
rer,  au  Danemark  ,  le  Sieswig  dans 
son  entier.  Eu  effet,  Frédéric  IV 
garda  la  partie  de  ce  duché  qui  avait 
appartenu  à  la  maison  de  Gotiorp ,  et 
ne  rendit  à  cette  maison  que  ses  pos- 
sessions dans  le  Holstein.  Les  duchés 
de  iîremen  et  de  Verden  ,  que  les 
Danois  avaient  d'abord  occupés,  lurent 
cédés,  pour  une  somme  d'argent,  au 
roi  d'Angleterre.  Peu  aptes  la  conclu- 
sion de  la  paix,  en  1 72 1 ,  mourut  la 
reine  Louise  de  Mecklenbourg.  Le 
roi  épousa,  la  même  année,  Anne- 
Sophie  ,  fille  du  grand  chancelier 
comte  de  Bewenllau,  à  laquelle  il  était 
attaché  depuis  long-temps,  et  qu'il 
avait  créée ,  dès  Tannée  1 7 1 1 ,  com- 
tesse de  Sieswig.  11  ne  lui  accorda  d'a- 
bord que  le  titre  d'altesse  royale,  et 
duchesse  épouse  du  roi  :  mais ,  peu 
de  temps  après,  il  la  couronna  lui- 
même  sans  solennité,  et  sans  employer 
le  ministère  d'aucun  ecclésiastique , 
dans  le  château  de  Frédéricsbourg , 
en  présence  de  la  famille  royale  et  des 
ministres  ;  il  fil  ensuite  avec  elle  une 
entrée  pompeuse  dans  la  capitale.  Le 
duc  de  Holslein-Gotturp  s'était  retiré 
à  la  cour  de  Pierre  P"".,  et  ce  monar- 
que lui  ])romit  sa  protection  :  il  lui 
donna  même  une  de  ses  filles  en  ma- 
j'ia^e.  \jf  duc  fit  aussitôt  renaître  des 
prétentions  pour  rentrer  en  possession 
du  Sieswig  ,  et  Pierre  les  appuya.  On 
Tit  l'instant  où  la  guerre  recommence- 


FRE  56i 

rail  :  mais  Frédéric  IV  fit  alliance  avec 
George  I*"^. ,  roi  d'Angleterre,  qui  avait 
également  à  se  plaindre  de  la  Russie; 
et  la  paix  fut  maintenue  au  moyeu 
d'un  armement  maritime  des  deux 
puissances.  Déjà  ,  depuis  plusieurs 
années,  un  ecclésiastique  norvégien, 
nommé  Egcde ,  avait  conçu  le  projet 
d'aller  en  Groenland,  pour  y  piêcher 
le  christianisme,  et  pour  y  rechercher 
les  restes  des  colonies  que  les  Norvé- 
giens y  avaient  autrefois  fondées, 
(  r.  J.  EgÈde.  )  Ce  projet ,  ayant  été 
soumis  au  roi,  fut  approuvé  :  le  pieux 
Egède  obtint  les  moyens  de  s'embar- 
quer ,  et  de  faire  quelques  établisse- 
ments qui  ont  été  le  berceau  des  co- 
lonies danoises  qui  existent  maintenant 
sur  la  côte  occidentale  du  Groenland. 
Frédéric  IV  fonda  aussi  dos  missions 
à  Tranquebar  et  en  Laponie  :  ces  dif- 
férentes missions  étaient  couibinécs 
avec  les  entreprises  commerciales, 
que  le  roi  favorisa  toujours  avec  une 
grande  munificence.  Le  Danemark 
lui  est  redevable  de  plusieurs  auîres 
établissements  utiles  :  il  fonda  la 
(grande  maison  des  Orphelins  de  Co- 
penhague ,  l'école  des  cadets  de  terre 
de  la  même  ville ,  et  deux  cent  qua- 
rante écoles  pour  l'instruction  des  en- 
fants des  paysans  du  domaine  de  la 
couronne.  En  1728,  un  incendie 
ayant  consumé  les  deux  tiers  de  1& 
capitale,  Frédéric  donna  des  preuves 
touchantes  d'humanité  et  de  zèle  pour 
le  bonheur  de  ses  sujets  :  il  fit  secou- 
rir les  malheureux,  et  assigna  des 
fonds  considérables  pour  le  rétablis- 
sement de  la  ville ,  qui  sortit  promp- 
temint  de  ses  cendres  plus  régulière 
et  mieux  bâtie.  Ce  fut  sous  son  règne 
que  le  comté  de  Rantzau ,  fief  de  l'em- 
pire, situé  en  Holstein,  fut  iéuni  à 
la  couronne ,  après  la  condamnation 
du  dernier  duc,  accusé  d'a\  oir  tué 
son  frère.  Frédéric  IV ,  dont  la  sanlé 

36 


SOI  FRE 

était  fort  affaiblie  depuis  long-temps, 
mourut  dans  la  ville  d'Odensëe,  le 
12  octobre  i73o,  laissant  ses  états 
dans  une  situation  florissante,  et  em- 
portant dans  la  tombe  les  regrets  de 
ses  peuple.*.  Le  dernier  jour  de  sa 
vie  ,  qui  était  en  même  temps  l'anni- 
versaire de  sa  naissance,  il  fit  prêcher 
devant  li,  et  ordonna  au  prédicateur 
de  prendre  pour  texte  ces  paroles  : 
«  Mieux  vaut  le  jour  de  la  mort  que 
celui  de  la  naissance.  »  Il  avait  eu  de 
sa  première  femme,  Louise  de  Mec- 
klen bourg  ,  une  princesse  nommée 
Charlotte-Amélie ,  et  un  prince  qui  lui 
succéda ,  sous  le  nom  de  Christian  VI. 
Il  n'eut  point  d'enfants  de  sa  seconde 
femme,  Anne-Sophie  de  Rewenlla»!  : 
cette  princesse ,  à  la  mort  du  roi , 
quitta  la  cour  ,  et  se  retira  en  Jutland, 
dans  une  terre  appartenant  à  sa  fa- 
mille, où  elle  mourut  en  1743. 

C AU. 

FRÉDÉRIC  V,  roi  de  Danemark 
et  de  Norvège  ,  fils  de  Christian  VI 
et  de  Sophie -Madelène  de  Brande- 
bourg-Culmbach  ,  naquit  en  1723. 
Marié,  en  1 743,  à  la  princesse  Louise, 
flile  de  George  II ,  roi  d'Angleterre  , 
il  succéda  à  son  père,  le  6  août  1 746. 
Pendant  la  guerre  qui  commença  en 
1756,  il  adoj.ta  un  système  de  neu- 
tralité auquel  il  engagea  la  Suède  à 
prendre  part ,  relativement  au  com- 
merce et  à  la  navigation.  La  conven- 
tion de  Closter-Seven ,  dressée  sous  la 
médiation  de  Frédéric  V,  le  7  sep- 
tembre 1757,  ne  fut  point  ratifiée 
}yw  les  puissances  belligérantes.  Vers 
a  fin  de  cette  guerre ,  une  circons- 
tance particulière  mit  le  Danemark 
dans  un  danger  imminent.  L'impéra- 
trice Elisabeth  étant  morte  en  1 762  , 
Pierre  I  11  monta  sur  le  trône  de  Rus- 
sie. Pierre  était  fils  de  ce  duc  de  Hols- 
tein-Gotlorp ,  que  le  Danemark  avait 
iépouillc  de  Slcswig  :  il  VQulut  venger 


FRE 
sa  famille,  et  menaça  d'enlever  avL 
roi  de  Danemark ,  non  seulement  le 
duché  de  Sleswig ,  mais  tous  les  états 
qu'il  possédait  en  Europe,  et  de  ne 
lui  laisser  que  Tranquebar,  dans  les 
Indes,  pour  possession  et  pour  asile. 
Plein  de  ce  projet  insensé,  il  se  hâta 
de  faire  la  paix  avec  le  roi  de  Prusse; 
et,  malgré  les  avis  de  ce  prince  dont 
il  était  d'ailleurs  le  plus  grand  admi- 
rateur ,  il  ordonna  que  l'armée  russe 
qui  se  trouvait  en  Poméranie  ,  mar- 
chât vers  le  Holstein.  Le  roi  de  Dane- 
mark se  prépara  à  la  résistance  avec 
une  grande  activité  :  vingt-deux  vais- 
seaux de  ligne  et  onze  frégates  furent 
envoyés  dans  la  Bahique.  L'armée  fut 
portée  à  près  de  soixante-dix  mille 
hommes  ;  et  Frédéric  en  donna  le 
commandement  à  un  Français  connu 
par  ses  talents  mi'itaires,  le  comte  de 
Saint-Germain.  Des  détachements  de 
cette  armée  forcèrent  les  Harabour- 
geois  à  prêter  au  roi  un  million  d'écus, 
entrèrent  à  Lubeck  ,  et  s'établirent  a 
Travemunde ,  port  de  cette  ville. 
Pierre,  ne  se  doutant  pas  de  l'orage 
qui  se  formait  contre  lui  à  Péters- 
bourg  ,  et  s'occupsnt  plutôt  du  pro- 
jet de  redevenir  duc  de  Sleswig, 
que  des  mesures  nécessaires  pour 
maintenir  son  pouvoir  en  Russie,  fit 
marcher  en  avant  le  général  Roman- 
zow  avec  quarante  mille  hommes  ,  et 
désigna  le  3o  juillet  1762  comme  le 
jour  où  se  mettrait  en  mouvement 
une  plus  grande  armée ,  dont  il  devait 
prendre  lui-même  le  commandement, 
accompagné  de  son  parent ,  le  prince 
George  de  Holstein  -  Gotlorp.  Les 
troupes  légères  de  l'armée  de  Romau- 
zow  étaient  déjà  entrées  dans  le  Mec- 
klenbourg;  et  la  terreur  qui  les  pré- 
cédait, faisait  fuir  les  habitants  des 
villes  et  des  campagnes  :  mais,  dans 
ce  même  moment,  arriva  la  nouvelle 
cjue  Pierre  venait  d'être  dctronéj  qu'il 


FRE 

avait  cessé  de  vivre  quelques  jours 
après,  et  que  ses  fuue'iailles  s'étaient 
faites  le  jour  même  qu'il  avait  marqué 
pour  se  mettre  à  la  tête  d'une  armée. 
Catherine  II  rappela  les  troupes  rus- 
ses, et  la  paix  fut  maintenue.  Pierre  III 
laissait  un  fils  en  bas  âge ,  le  grand- 
duc  Paul  :  la  tutelle  de  ce  prince, 
comme  duc  de  Holstein,  fit  naître  des 
difficultés.  L'impératrice  Catherine  y 
prétendait  on  qualité  de  mère  :  le  roi 
de  Danemark  avait  en  sa  faveur  l'usage 
et  les  traités  ;  et  il  s'en  mit  en  posses- 
sion par  deux  commissaires.  La  résis- 
tance qu'ils  éprou^'èrent ,  l'obligea  à 
faire  approcher  des  troupes  :  mais , 
en  même  temps,  il  fit  faire  à  l'impéra- 
trice des  propositions  ,  qui  produisi- 
rent un  raccommodement.  Pour  ter- 
miner tous  les  différends  relatifs  à 
la  possession  et  aux  droits  du  duché 
de  Holstein -Gottorp,  Frédéric  V 
proposa  ensuite  l'échange  de  ce  duché 
avec  les  comtés  d'Oldenbourg  et  de 
Delmenhorst.  Cet  échange  eut  lieu  en 
effet  :  mais  on  ne  procéda  à  l'exécu- 
tion définitive  qu'en  1773,  sous  le 
règne  de  Christian  Vil.  La  branche 
de  Holslein-Ploën  s'étant  éteinte  en 
1 761 ,  Frédéric  V  devint  maître  des 
possessions  de  cette  branche.  Le  rè- 
gne de  ce  prince  fut  d'ailleurs  remar- 
quable par  plusieurs  institutions  et 
entreprises  ayant  pour  but  de  faire 
fleurir  l'industrie,  le  commerce,  les 
sciences  etlesarts.  Des  colonies  d'Al- 
lemands et  de  Français  réfugiés  furent 
appelés  en  Jutlaud,  pour  défricher 
les  landes  de  cette  province.  On  com- 
mença à  cultiver  les  pommes  de  terre, 
et  les  pêcheries  obtinrent  de  grands 
encouragements.  Les  communes  fu- 
rent abolies  peu  à  peu ,  et  l'affranchis- 
sement des  paysans  fut  essayé  avec 
succès  dans  quelques  domaines.  Le 
roi  accorda  de  grands  avantages  à  la 
compagnie  asiatique ,  et  fit  l'acquisi- 


F  R  E  565 

tion  des  îles  Nicobar ,  qui  furent  ap- 
])clées  les  îles  Frédéric  j  il  acheta  Vile 
de  Sainte-Croix ,  de  la  compagnie  oc- 
cidentale ,  et  rendit  le  commerce  d'A- 
mérique entièrement  libre.  Il  fonda  , 
à  Copenhague,  une  maison  d'accou- 
chements gratuits,  et  un  hôpital,  qui 
est  devenu  un  des  plus  remarquables 
de  l'Europe  par  sa  bonne  organisa- 
tion. Une  académie  de  dessin ,  qui 
avait  existé  depuis  quelque  temps  dans 
la  capitale,  devint  une  académie  de 
beaux-arts  ,  dotée  d'un  revenu  consi- 
dérable. En  1761,  Frédéric  envoya 
une  société  de  savants,  parmi  lesquels 
était  le  fameux  Niebuhr ,  en  Egypte 
et  en  Asie,  pour  faire  des  recherches 
relatives  à  l'histoire  naturelle,  à  la 
géographie,  aux  antiquités.  Ce  voyage 
a  produit  plusieurs  ouvrages  utiles, 
qui  ont  été  imprimés  avec  soin.  Ces 
institutions  et  ces  entreprisescoûtèrent 
des  sommes  considérables ,  et  appau- 
vrirent le  trésor.  Le  roi  s'était  laissé 
diriger  principalement  par  son  minis- 
tre ,  le  comte  Bernstorf  l'aîné ,  qui  fut 
exposé  à  encourir  les  reproches  du 
public,  mais  qui  avait  des  intentions 
louables ,  et  qui  voulait  faire  sortir  l'ad-: 
rainistration  de  l'espèce  d'apathie  où 
elle  était  tombée  depuis  quelque  temps. 
La  compagnie  asiatique,  qui  avait  de 
grandes  obligations  au  roi ,  lui  fit  éri- 
ger, à  Copenhague,  une  statue  éques- 
tre, dont  Sally,  sculpteur  français, 
donna  le  modèle ,  et  qui  est  une  des 
plus  belles  qu'il  y  ait  dans  aucune 
ville  de  l'Europe.  Frédéric  V  mourut 
en  1766.  11  eut  de  sa  première 
femme,  Louise  d'Angleterre;  Chris- 
tian VII,  son  successeur;  et  Sophie- 
Rladelène  ,  mariée  à  Gustave  III , 
roi  de  Suède,  et  mère  de  Giistave  IV, 
déchu  du  troue  de  Suède  en  1809.  Il 
eut ,  de  sa  seconde  femme ,  un  prince, 
nommé  Frédéric,  mort  en  i8o5,  et 
père  du  prince  Christian  ,  qui  a  ét« 

36.» 


«64  FRE 

un  raompût  régent  de  Norvège  et  sur 
le  point  de  devenir  roi  de  ce  pays. 

FRÉDÉRIC  I".  D'ARAGON , 
roi  de  Sicile  de  1291  à  i337 ,  était  le 
troisième  des  fils  de  Pierre  d*Aragon 
et  de  Constance  de  Souabe.  Lorsque 
les  vêpres  siciliennes  firent  succéder 
Constance  à  Tune  des  deux  couronnes 
qu'avait  portées  son  père  Manfred , 
Frédéric  suivit  sa  mère  en  Sicile  :  il  s*y 
rendit  cher  aux  peuples  de  cette  île, et 
il  apprit  chez  eux  Tart  de  la  guerre  en 
combattant  les  Français  et  les  Napo- 
litains ,  qui  cherchaient  à  les  sou- 
mettre de  nouveau.  Alphonse  ,  frère 
aîné  de  Frédéric  et  roi  d'Aragon, 
mourut  le  18  juin  1291  :  alors  Jac- 
ques le  second  quitta  la  Sicile  pour 
recueiHir  la  couronne  d'Aragon,  et  il 
laissa  Frédéric  son  frère  chargé  de  la 
défense  de  cette  île.  Mais  Jacques  ne 
tarda  pas  à  traiter  avec  les  Français 
et  le  pape ,  qui  lui  disputaient  l'Ara- 
gon  ;  et  pour  obtenir  une  possession 
tranquille  de  ce  royaume,  il  promit 
de  livrer  la  Sicile  à  la  maison  d'An- 
jou. Il  envoya  l'ordre  à  son  frère  de 
se  retirer  de  Palerme.  Frédéric  re- 
fusa d'obéir;  il  jura  de  défendre  les 
Siciliens ,  et  ceux-ci  à  leur  tour  le  re- 
connurent pour  leur  unique  chef.  Ils 
le  couronnèrent  à  Palerme,  le  25 
mars  1296.  Frédéric,  avec  les  seules 
forces  de  la  Sicile ,  se  trouva  engagé 
dans  une  lutte  redoutable  contre  le 
roi  de  Naples ,  secondé  par  la  France 
et  par  l'Eglise ,  et  contre  son  propre 
frère  Jacques  P*".,  qui  vint  l'attaquer 
en  Cialabre  et  en  Sicile.  En  même 
temps  il  fut  abandonné  par  son 
grand-amiral,  Roger  de  Loria,  au- 
quel les  Siciliens  avaient  dû  leurs 
Frécédents  succès:  mais  Frédéric  était 
idole  de  son  peuple  j  les  Siciliens 
étaient  prêts  à  tout  souffrir  pour  lui  ; 
ancuD  prince  d'ailleurs  ne  savait  m  ieu:i& 


FÉE 
tirer  parti  des  circonstances  et  faif% 
de  plus  grandes  choses  avec  moins 
de  forces.  Frédéric  fatigua  tous  ses 
adversaires,  en  évitant  toujours  les 
batailles  rangées,  pour  lesquelles  il 
n'avait  pas  assez  de  soldats  :  enfin  il 
contraignit  Charles  II  à  lui  donner 
la  paix  en  i5o2.  Charles  de  Valois, 
qui  était  venu  de  France  pour  le 
combattre,  s'en  fit  le  médiateur.  Fré- 
déric épousa  Eléonore  ,  troisième 
fille  de  Charles  II  j  et  renonçant  au 
titre  de  roi  de  Sicile ,  il  prit  celui  de 
roi  de  Trinacrie.  Frédéric  profita  de 
la  paix  pour  encourager  le  com- 
merce et  l'agriculture  de  la  Sicile  ;  il 
protégea  surtout  la  navigation  ,  et  il 
fit  tenir  à  son  royaume  un  rang  dis- 
tingué parmi  les  puissances  maritimes. 
Robert,  roi  de  Naples,  l'ayant  atta- 
qué de  nouveau  ,  Frédéric  repoussa 
victorieusement  cette  agression  ;  il 
s'unit  contre  lui  à  tous  les  Gibelins 
d'Italie;  il  donna  des  secours  aux 
Génois,  et  combina  des  plans  d'atta- 
que contre  Naples  en  i3i  i  avec  l'em- 
pereur Henri  V  II,  et  en  i328  avec 
Louis  IV  de  Bavière.  Ce  fut  la  faute 
de  ces  monarques  allemands  si  le 
royaume  de  Naples  ne  fut  pas  enleré 
aux  Angevins.  Frédéric  ,  après  un 
règne  glorieux  de  trente  -  quatre  ans , 
mourut  d'une  longue  maladie  le  25 
juin  1537.  Il  laissa  trois  fils,  dont 
l'aîné,  Pierre  II,  lai  succéda.  S.  S — 1. 
FRÉDÉRIC  II  D'ARAGON,  roi 
de  Sicile,  fils  de  Pierre  II  et  petit-fils 
de  Frédéric I".,  succéda,  en  novem- 
bre 1 355 ,  à  son  frère  aîné  Louis.  Le 
royaume  de  Sicile ,  pendant  les  deux 
précédents  règnes, avait  éprouvé  une 
extrême  décadence  :  des  factions  vio- 
lentes s'y  étaient  manifestées  ;  et  non 
contentes  de  se  combattre,  elles  a  vaieul 
appelé  l'ennemi  dans  le  royaume ,  et 
lui  avaient  livré  plusieurs  villes.  Fré- 
déric II;  surnommé  le  Simple,  cuit 


FRE 
peu  propre  à  rétablir  l'ordre  ou  h 
défendre  ses  états,  11  perdit  Messine 
en  i556 ,  et  ensuite  Palerme,  qui  ou- 
vrirent leurs  portes  à  Jeanne  1'".  de 
Naples.  Probablement  !a  Sicile  entière 
aurait  été  conquise  si  les  désordres 
de  la  cour  de  Jeanne,  et  ensuite  Tin- 
vasion  du  roi  de  Hongrie,  n'avaient 
détourné  Tattention  des  Mapolitains. 
Frédéric  II  profita  de  celte  diversion 
pour  recouvrer,  vers  Tan  i365  ,  Pa- 
lerme et  Messine.  Il  fit  ensuite  la  paix 
en  1072  avec  la  reine  Jeanne,  à  qui 
il  promit  un  tribut  de  quinze  mille 
florins.  Il  mourut  peu  après,  laissant 
une  fille  nommée  Marie  y  qui  porta 
la  couronne  de  Sicile  en  dot  au  roi 
Martin  II  d'Ar.tgon.  S.  S — i. 

FBÉDÉRIG  D'ARAGON ,  roi  de 
Napies  de  1 496  à  1 5o  i .  Ferdinand  II, 
roi  de  Naples,  étant  mort  sans  en- 
fants le  5  octobre  1496,  son  oncle 
Frédéric,  comte  d'Altaraura ,  qui  était 
occupé  au  siège  de  Gjële,  revint  à 
Naples  pour  prendre  la  couronne. 
Déjà,  du  vivant  de  son  père, il  avait 
donné  à  connaître  la  douceur  et  la 
générosité  de  son  caractère  j  et  il  avait 
éprouvé  combien  les  Napolitains  met- 
taient de  différence  entre  sou  frère  et 
lui.  Ferdinand  l^'.  l'avait  envoyé  à 
Salerne  en  i485  auprès  des  barons 
révoltés,  pour  les  ramener  à  l'obéis- 
sance. D'une  commune  voix  ceux  -  ci 
lui  offrirent  la  couronpe,  l'assurant 
que  cette  révolution  aurait  la  sanc- 
tion du  pape  leur  allié.  Mais  Frédé- 
ric rejeta  leurs  offres  avec  constance  ; 
et  il  aima  mieux  demeurer  son  pri- 
sonnier que  de  devenir  leur  roi. 
La  joie  de  toute  la  nation  fut  extrême, 
lorsqu'elle  vit  en  1496  parvenir  légi- 
timement à  la  couronne  celui  même 
en  faveur  de  qui  elle  aurait  voulu 
intervet-lir  l'ordre  de  la  succession. 
Frédéric  reçut  à  Capoue,  le  10  août 
1497  ,  l'iûvestiture  du  pontife  par 


FRE  565 

les  mains  de  César  Borgia ,  qui  était 
alors  encore  cardinal  ;  mais  î'avé- 
nement  de  Louis  XII  au  trône  de 
France  au  mois  d'avril  1498  menaça 
bientôt  Frédéric  d'une  nouvelle  lutte 
pour  la  couronne  de  ses  pères.  Ce- 
pendant celui  ci  refusa  d'acheter  la 
protection  d'Alexandre  VI  en  ma- 
riant sa  fille  à  César  Borgia.  Au  com- 
mencement de  l'été  de  i5oi  ,  Louis 
XII  envoya  d'Albigny  avec  mille  lan- 
ces et  dix  mille  hommes  d'infanterie 
contre  le  royaume  de  Naph  s.  Frédé- 
ric s'avança  jusqu'à  San -Germano 
pour  leur  disputer  le  passagc.En  mémo 
temps  Gonsalve  de  Cordoue ,  envoyé 
à  5on  aide  par  son  cousin  Ferdinand 
d'Aragon ,  était  débarqué  en  Calabre; 
et  il  s'y  faisait  consigner  plusieurs 
places  pour  sa  sûreté.  Mais  avant  qu'il 
se  fût  livré  aucun  combat ,  les  am- 
bassadeurs de  France  et  d'E^spagn» 
se  présenlèrect  réunis  au  pape  en 
plein  consiSToire,  et  ils  lui  notifièrent 
le  honteux  traité  par  lequel  Louis  XII 
et  Ferdinaiid  d'Aragon  étaient  con- 
venus ,  le  1 1  novembre  précèdent ,  de 
se  partager  les  dépouilles  du  mal- 
heureux Frédéric.  Les  provinces  sep- 
tentrionales devaient  rester  aux  Fran- 
çais, la  Pouiile  et  la  Calabre  aux  Es- 
pagnols, et  Gonsaîve,  au  lieu  de  por- 
ter des  secours  an  roi  de  Naples, 
avait  eu  la  commission  peiUde  de  se 
faire  livrer  ses  forteresses  sous  le 
voile  de  l'amitié.  Même  après  la  pu- 
blication de  ce  traite  ,  Gonsalve  es- 
saya encore  de  tromper  le  roi  de  Na- 
ples :  mais  lorsqu'il  vit  qu'il  ne  pou- 
vait y  réussir,  il  vint  avec  ses  ga- 
lères enlever  de  Naples  les  deux 
vieilles  reines  ,  l'une  sœur  et  l'autre 
nièce  de  son  maître.  L'armée  dé  Fré- 
déric, à  cette  nouvelle,  se  débanda. 
Capoue  fut  prise  d'assaut  par  les  Fran- 
çais le  25  juillet  i5oi  ,  et  plusieurs 
milliers  de  »€s  habitants  furent  pu- 


^m  FRE 

ses  au  fil  de  Tcpée  ;  Gaëte  et  Aversa  se 
rendirent  à  la  première  sommation  : 
Fre'deric  enfin  fut  oblige  de  se  retirer 
de  Naples  à  Ischia.  Alors  pre'fe'rant  ^e 
confier  à  la  ge'nérosité  de  Louis  XH 
plutôt  que  d'attendre  rien  des  Espa- 
gnols, il  se  rendit  auprès  de  ce  mo- 
narqupj  et  il  reçut  de  lui  le  duché' 
d'Anjou,  avec  un  revenu  de  5o  mille 
ducats.  Il  mourut  en  France  le  9  sep- 
tembre )5o4.  Ses  deux  plus  jeunes 
fils  moururent  aussi  peu  après ,  l'un 
àFerrare,  l'autre  à  Grenoble,  sans 
avoir  eu  d'enfants.  L'aînë,  nomme' 
Ferdinand ,  avait  été  fait  prisonnier 
à  Tarente  par  Gonsalve  de  Cordoue. 
11  ve'cut  en  Espagne  jusqu'à  l'an 
i55o.  Il  eut  deux  fois  la  permission 
de  se  marier,  mais  avec  des  femmes 
reconnues  pour  stériles ,  en  sorte 
qu'avec  lui  s'éteignit  la  postérité  des 
rois  de  ISnpIes.  S.  S— i. 

FRÉDÉRIC  V\ ,  électeur  de  Bran- 
debourg, et  premier  roi  de  Prusse, 
fils  de  Frédéric  -  Guillaume  ,  nommé 
le  grand  électeur ,  et  de  Louise-Hen- 
riette de  Nassau-Orange,  naquit  en 
1657:  sa  nourrice  le  portant  sur  ses 
bras  le  laissa  tomber  en  arrière  j  cet 
accident  affaiblit  sa  constitution  et 
empêcha  sa  taille  de  se  développer  ; 
il  était  très  petit,  et  même  un  peu 
contrefait.  Parvenu  à  régner  en  :688, 
il  conserva  les  ministres  de  son  père, 
qui  la  plupart  étaient  doués  de  beau- 
coup de  talents,  et  avaient  acquis  une 
longue  expérience.  Le  règne  de  Fré- 
déric-Guillaume avait  donné  au  Bran- 
debourg un  grand  ascendant  eu  Alle- 
magne. Les  premières  puissances  de 
l'Europe  envoyorenl  des  ambassa- 
deurs à  son  fils  pour  le  féliciter  de 
son  avènement.  Il  les  reçut  avec  une 
grande  magnificence,  et  commença 
dès-lors  à  tenir  une  cour  très  bril- 
lante ,  modelée  sur  celle  de  Louis  XIV. 
li  aimait  le  faste  ,  la  représentation , 


FRE 

l'éliquetle ,  et  ne  laissait  passer  au- 
cune occasion  de  manifester  ce  goût. 
Lorsque  le  prince  Guillaumed'Oraugc 
eut  entrepris  son  expédition  en  An- 
gleterre, Frédéric,  qui  était  son  pro- 
che parent,  se  déclara  pour  lui,  et 
chercha  à  faciliter  l'exécution  de  ses 
projets.  Il  lui  céda  le  maréchal  de 
Schomberg,  qui  s'était  réfugié  pour 
cause  de  religion  en  Brandebourg  , 
et  qui  occupait  dans  le  pays  les  pre- 
mières places  militaires.  Un  corps  de 
Brandcbourgeois  se  rendit  sur  le  Rhin , 
et  reprit  sur  les  Français  les  villes  de 
Kaïserswerdt  et  de  Bonn.  Dans  le 
même  temps ,  Frédéric  faisait  passer 
dix  mille  hommes  en  Hongrie,  pour 
secourir  l'empereur  contre  \es  Turks. 
L'année  1698,  ce  prince  eut  une  en- 
trevue avec  Guillaume,  devenu  roi 
d'Angleterre.  Le  roi  refusa  le  fauteuil 
à  l'électeur  :  Ci  refus  piqua  vivement 
Frédéric,  qui  résolut  dès  ce  moment 
de  se  placer  au  nombre  des  rois.  Il 
tira  parti  des  circonstances  pour  par- 
venir à  son  but.  La  cour  de  France , 
voulant  le  gagner,  lui  offrait  ses  bons 
offices.  D'un  autre  coté,  la  cour  de 
Vienne  était  jalouse  de  s'attacher  un 
prince  qui  pouvait  lui  être  utile  ,  sur- 
tout si  la  guerre  se  rallumait  pour  la 
succession  d'Espagne  :  elle  prit  les 
devants  j  et  l'empereur  L^opold,  s'at- 
tribuant  la  prérogative  de  créer  des 
rois,  érigea  le  duché  de  Prusse  en 
royaume.  Le  i  o  janvier  1 701,  le  cou- 
ronnement eut  lie*!  àKœnigsbergavec 
un  faste  qui  épuisa  pour  quelque  temps 
le  trésor.  Trois  cents  chevaux  furent 
employés  pour  transporter  la  cour, 
qui  partit  de  Berlin  en  quatre  divisions  : 
les  boutons  de  l'habit  du  roi  avaient 
coûté  trois  mille  ducats  chacun.  Fré- 
déric plaça  lui-même  la  couronne  sur 
sa  tête,  et  nçut  l'onction  de  deux 
c'vcqucs,  l'un  luthérien,  l'autre  ré- 
forme, qu'il  venait  de  nommer  pour 


FRE 

cette  cérémonie.  L'empereur ,  en  ac- 
cordant à  Frédéric  le  titre  de  roi , 
avait    stipulé    plusieurs    conditions, 
dont  la  principale  était  qu'il   se  dé- 
clarerait contre  la  France,  et  fourni- 
rait des  troupes  pour  agir  de  concert 
avec  les  armées  impériales.  En  effet, 
quand  les  hostilités  eurent  commencé, 
dix  mille  Prussiens  prirent  part  à  la 
guerre,  tant  en  Allemagne  qu'en  Italie. 
Plusieurs  événements  contribuèrent , 
dans  le  même  temps ,  à  favoriser  les 
vues  de  Frédéric  pour  l'agrandisse- 
ment de  sa  maison.  Guillaume  III 
étant  mort  en  1 702 ,  le  roi  de  Prusse 
se  porta  héritier  de  la  succession  de 
Nassau-Orange,  et  prit  possession  du 
comté  de  Lingen  ,  de  la  principauté 
de  Meurs  et  de  plusieurs  autres  biens 
enclavés  dans  divers  états.  La  prin- 
cipauté d'Orange  n'étant  pas  accessi- 
ble pour  lui ,  il  y  renonça   pour  le 
moment.  Après  la  mort   de   la    du- 
chesse de  Nemours ,  les  états  de  Neu- 
chatel  et  de  Valangin ,  entre  plusieurs 
compétiteurs ,  préférèrent  le  roi  de 
Prusse,  comme  héritier  de  la  maison 
d'Orange:  son  droit  était  fondé  sur 
ce  qu'un  prince  de  cette  maison  avait 
épousé  l'héritière  de  la  maison  de  Châ- 
lons,   à  qui  Neuchatel  et   Valangin 
avaient  autrefois  appartenu.  Cette  ac- 
quisition fut  ensuite  sanctionnée  par 
les  autres    puissances,    à    condition 
que  le  roi  de  France  serait  mis   eu 
possession  de  la  principauté  d'Orange. 
Quelque  temps  avant,  Frédéric  avait 
acquis  la  prévôté  de  Quedlinbourg, 
le  bailliage  de  Petersberg  et  le  comté 
de  Teklenbourg.  Lorsque  la  guerre 
eut    éclaté    dans   le  nord   entre    la 
Suède  d'un  côté,  la  Russie,  la  Polo- 
gne et  le  Danemark  de  l'autre,  Fré- 
déric se  trouva  plus  d'une  fois  dans 
une  position  embarrassante  vis-à-vis 
de  ces  puissances  ;  mais  il  parvint, 
par  une  politique  habile,  à  maiiitenir 


FRE  567 

la  tranquillité  dans  ses  états.  Charles 
XII  ayant  été  défait  à   Pultawa ,  le 
roi  de  Prusse  obtint  de  Pierre  P^ 
qu'on  ne  porterait  point  la  guerre  en 
Poméranie.  11  eut  à  ce  sujet  avec  le 
czar  une  entrevue  à  Marienwerder  ; 
et. les  deux  princes  se  firent  de  ma- 
gnifiques   présents.    Frédéric    avait 
épousé,  en  1 683,  Elisabeth  de  Hcsse- 
Gassel ,  qui  mourut  peu  après  ,  et  fut 
remplacée  par  Sophie -Charlotte  de 
Hanovre  ,  princesse  aussi  distinguée 
par  ses  talents  que  par  sa  beauté  et 
ses  grâces.  Elle  mourut  en  1  -joS  j  et  le* 
roi  épousa  en  troisièmes  noces  Louise 
de  Mecklenbourg.  Celle-ci  se  jeta  dans 
la  dévotion ,  et  tomba  dans  une  mé- 
lancolie qui   dégénéra   en   démence. 
On  avait  caché  au  roi  le  triste  état  de 
la  reine.  Un  jour  qu'elle  se  trouvait 
plus  mal  qu'à  l'ordinaire,  elle  s'échap- 
pa, et  traversant  une  galerie  elle  en- 
tra dans  l'appartement  du  roi  par  une 
porte  de  glaces  qu'elle  mit  en  pièces.. 
Le  roi  reposait  sur  un  fauteuil  :   il 
s'éveilla  en  sursaut;  mais  il  n'eut  pas 
le  temps  de  se  lever.  La  reine  s'était 
jetée  sur  lui  en  le  querellant.  Il  fut 
saisi  de  frayeur ,  la  voyant  à  demi- 
déshabillée,  tout  en  blanc,  les  bras 
et  les  mains  en  sang.  Les  officiers  de 
service  qui  étaient  dans  la  pièce  voi- 
sine accoururent,  et  le  dégagèrent  des 
mains  de  la  reine.  Le  roi  fut  si  frappé 
de  celle  aventure,  qu'il  prit  la  fièvre  à 
l'heure  même;  il  dit,  en  se  mettant 
au  lit,  j'di  vu  la  femme  blanche,  je 
n'en  reviendrai   pas  ;  il   s'imaginait 
avoir  vu  le  fantôme   vêtu  de  blanc 
qu'une  tradition  assez  ancienne  fait 
apparaître  dans  les  châteaux    de  la 
maison  de  Brandebourg  peu  avant  la 
mort  d'un  prince  ou  d'une  princesse 
de  cette  maison.  La  maladie  du  roi 
dura  six  semaines;  il  expira  le  ^5 
février   1 7  «  5  ,   dans   sa  56".  année, 
Frédéric  n'avait  pas  reçu  de  la  nu- 


568  FRE 

ture  des  talents  supëiieurs  ;  il  don- 
nait trop  d'alteutiou  a  des  objets  mi- 
nutieux, et  prenait    la    vauilé  pour 
l'amour  de  la  gloire.  Ses  favoris  par- 
venaient souvent  à  le  gouv<  rncr,  en 
flattant  ses  goûls  et  en  cédant  à  ses 
faiblesses;  mais  il   avait   en    même 
temps  assez  de  ressort  dans  le  carac- 
tère et  un  esprit  pssez  étendu  pour 
former  des  entreprises  importantes 
et  pour  les  exécuter  avec  constance. 
Sa  vanité  le  portait  quelquefois  à  des 
vues  utiles  et  grandes ,  et  sa  passion 
pour  le  faste  contribua  aux  progrès 
de  l'industrie ,  des  lettres  et  des  arts. 
Le  mot  de  son  pelil-fils,  Frédéric  11, 
qu'il  était  granddans  les  petites  choses, 
et  petit  dans  les  grandes,  ne  car.icté- 
rise  pas  avec  assez  de  justesse  celui 
qu'on  peut  appeler  le  fondateur  de 
la  monarchie  prussienne.  Fiédéric, 
en  se  faisant  donner  le  titre  de  roi , 
jota  les  fondements  de  cette  indépen- 
dance qui  était  nécessaire  à  sa  m^iison 
pour  se  p  acer  parmi  ies  grandes  puis- 
sances. L'éclat  de  sa  cour  fut  une 
espèce  de  pr  stige  très  utile  à   ses 
vues  et  à  ses  intérêts  dans  un  temps 
surtout  où  ies  dehors  de  la  grandeur 
captivaient  davantage  les  regards  et 
fixaient  l'attet.tion.    Les   institutions 
dont  il  fut  le  créateur,  et  les  monu- 
ments qu'il  éleva,  sont  encore  la  gloire 
de  son  p  ys.  En  1 694,  Frédéric  fonda 
l'université  de  Ha  le,  qui  devint  bien- 
tôt une  des  plus  célèbres  de  l'Ailem  i- 
gne.   L'  nuée    1707  ,   il   créa  la  so- 
ciété  royale  des  sciences  et  belles- 
lettres  de  Berlin ,  dont  l'illustre  Leib- 
nitz  devint  le  président.  Dès  l'année 
1696,  i'  avait  établi  à  Berlin  une  aca- 
démie  de   p  iulure.  Quelque   temps 
après,  il  fit  venir  d'Italie  ies  plâtres 
des  principales  statues  pour  sei  vir  de 
modèles  aux  élèves.  La  c<q)itale  fut 
décorée  d'un  grand  nombre  de  beaux 
édifices ,  (  parmi  lesquels  se  dislingue 


FRE 

Farsenal  ),  et  de  la  statue  équestre  dn 
grand  électeur  plieée  sur  le  pont  nom- 
mé Hoyal.  Fré  léric  appréciant  le  ser- 
vice qie  son  père  av^it  rendu  aux 
états  de  Krandchourg  en  y  recevant 
les  réfugiés  français,  continua  de  les 
accueillir  avec  générosité j  et  ce  fut 
sous  son  règne  qu'il  en  arriva  le 
plus  grand  nombre.  Quoiqu'il  eût 
fait  de  grandes  dépenses  ,  il  n'avait 
point  foulé  ses  peuples;  et  les  sommes 
dues  par  le  trésor  furent  trouvées 
peu  considérables  quand  on  fit  les 
liquidations  à  sa  mort.   [F.  SophiK' 

CnARLOTfE.  )  C AU. 

FtiÉDÉHlC  II,  roi  de  Prusse, 
q'.ie  l'on  distingue  par  le  surnom  de 
Grand,  avec  plus  de  raison,  peut- 
être  ,  qu'aucun  autre  souverain  des 
temps  modernes,  étnii  le  5  .  fils  de 
Frédéric-Guill.aim?  I**". ,  alors  prince 
royal ,  et  de  Sophie-Dorothée  de  Ha- 
novre. Il  naquit  à  Berlin  le  24  jan- 
vier 1712,  et  fu!  baptisé  sous  les 
noms  de  Charles- Frédéric  ;  mais  il 
signa  toujours  Frédéric.  Sa  première 
éducation  fut  confiée  à  M""',  de  Ro- 
coules ,  réfugiée  française ,  la  même 
qui  avait  été  gouvernante  de  son  père. 
Il  eut  ensuite  un  précepteur  de  la 
même  nation  (  Fo^.  Duhan'*;  et  l'un 
cl  l'autre  contribuèrent  beaucoup  à  lui 
inspirer  du  goût  pour  tout  ce  qui  ap- 
partenait à  la  France.  Son  père  voulut 
en  faire  un  soldat  dès  sa  plus  tendre 
jeunesse  ;  mais  il  usa  envers  lui  d'une 
sévériiési  mmufieu^e  ,  que  le  premier 
mouvement  du  jeune  prince  fur  de  dé- 
tester une  carrière  où  il  devait  briller 
avec  tant  d'éclat".  Il  montra  dès-lors  un 
goût  très  vif  pour  les  belles-lettres;  et 
il  en  puisa  les  premiers  principes  dans 
les  livre>  français.  Ce  fut  surtout  cette 
lecture  qui  lui  donna  ce  ton  de  dou- 
ceur et  d'urbanité  que  l'on  remarqua 
d'autant  plus  qu'il  contrastait  davan- 
tage JTec  la  rudesse  de  la  cour  de 


FRE 
Berlin.  De  telles  manières  et  cle  tels 
goûts  e'taient  bien  éloignés  des  vues 
de  Frédéric -Guillaume;  et  ce  mo- 
narque ne  fut  pas  moins  choqué  des 
opinions  philosophiques  que  son  fils 
commença  dès  ce  temps  à  manifester. 
«iCc  n'est, disait-il,  qu'un  petit-maître 
»et  un  bel  esprit  français ,  qui  gâtera 
»)  toute  ma  brsogne.  »  On  peut  voir , 
à  l'aiticle  de  ce  dernier  (  tome  XV , 
pag.  596  ) ,  1(  s  circonstances  et  les 
suites  funestes  de  la  tentative  que  le 
jeunt  Frédéiic  fit,  à  l'âge  de  18  ans, 
pour  se  soustraire  aux  rigueurs  pater- 
nelles. Sa  mère  implora  long-temps  en 
vain  la  ciémcnct-  du  roi ,  pour  faire 
cesser  l'emprisonnement  qui  fut  la 
suite  do  cette  tentative.  La  reine  ai- 
mait tendrement  son  fils ,  et  elle  s'éva- 
nouit de  plaisir,  lorsqu'elle  le  vil  se 
précipiter  dans  ses  bras ,  par  une 
surprise  que  son  époux  lui  avait 
ménagée  pour  le  jour  de  sa  fête. 
Cette  attention  montre  que  Frédé- 
ric -  Guillaume  n'était  pas  toujours 
inflfxible.  Mais  lentes  ses  affections 
s'étaient  tournées  vers  le  second  de 
ses  fils.  Il  voulait  en  faire  son  suc- 
cesseur ;  et  Frédéric  eut ,  plus  d'une 
fois  ,  besoin  de  toute  sa  fermeté 
])Our  résister  aux  ordres  qui  lui 
furent  donnés  de  céder  ses  droits 
à  sou  frère.  Contraint  dans  tous 
ses  penchants,  le  jeune  prince  fut 
obligé  de  renoncer  au  projet  que,  de 
concert  avec  sa  mère,  il  avait  formé 
de  prendre  pour  épouse  une  princesse 
anglaise;  et  ce  fut  par  un  ordre  positif 
de  son  père,  qu'en  cjSSil  épousa  Eli- 
sabeth de  Brunswick.  {F.  Elisabeth, 
tome  XlIJ ,  page  69.  )  Cette  princesse 
était ,  au  reste ,  bien  digne  d'un  tel 
lionneur  ;  et  Frédéric  n'aurait  eu  qu'à 
s'applaudir  de  cotte  union  si  elle  lui 
eût  donné  un  successeur  ,  et  s'il  n'eût 
pas  éprouvé,  pendant  toute  sa  vie, 
Mn  éioigucmeut   fort  extraordinaire 


FRE  669 

pour  le  commerce  des  femmes  (1).  \ 
Enfin  il  fut  permis  à  Frédéric  de  s'c- 
loigner  de  la  cour  pour  habiter  le 
châte-u  de  Rhinsberg  ;  et  il  put , 
dans  cette  retraite ,  se  livrer  sans  con- 
trainte à  la  culture  des  lettres  et  des 
arts.  Un  corps  auxiliaire  prussien 
ayant  été  envoyé  à  l'armée  impériale 
en  1 734 ,  il  saisit  avec  empressement 
celte  occasion  de  voir  le  prince  Eu- 
gène :  muis  ayant  entendu  plusieurs 
fois  cet  illustre  guerrier  ,  il  le  trouva 
au-dessous  de  l'idée  qu'il  s'en  était 
formée  ;  et  l'étonnement  qu'il  en  eut 
ajouta  à  son  éloignement  pour  le  mé- 
tier des  armes.  Il  revint  avec  joie  au 
château  de  Rhinsberg  ,  où  il  passa 
encore  des  jours  heureux.  Celte  re- 
traite fut  appelée  le  Séjour  des  Muses  ; 
et  elle  était  réellement  l'école  des  arts 
et  de  la  politesse.  Frédéric  y  recevait 
les  hommes  célèbres  de  tous  les  pays  ; 
et  déjà  il  entretenait  une  correspon- 
dance suivie  avec  Maupertuis,  Alga- 
rotti,  et  surtout  avec  Voltaire,  qui 
fut  constamment  l'objet  de  son  admi- 
ration, et  dont  les  écrits  contribuèrent 
tant  à  former  son  goût  et  ses  opinions. 
H  lui  envoya  alors  le  manuscrit  de  sa 
réfutation  du  Prince  de  Machiavel , 
afin  que  Voltaire  le  corrigeât  et  qu'il  le 
fît  imprimer.  C'était ,  sans  doute,  un 
beau  spectacle  que  de  voir  l'héritier 
d'un  trône  plaider  la  cause  des  peu- 
ples contre  le  citoyen  d'une  républi- 
que enseignaiît  la  tyrannie;  mais  il  ne 
serait  pas  aisé  de  décider  jusqu'à 
quel  point  Frédéric  se  montra  sincère 
dans  cette  discussion.  Ce  qu'il  y  a  de 
sûr  ,  c'est  qu'aussitôt  qu'il  fut  roi 
(  1740  )■>  iï  voulut  arrêter  la  publica- 
tion de  son  livre  ;  mais  déjà  il  n'en 

(i)  Cette  bizarrerie  n'a  eu  que  quelques  excep.*- 
tionsdaas  la  jeunesse  «le  Frédéric,  et  une  seule  foi», 
vers  le  milieu  de  son  règne.  Ce  fut  en  faveur  d'un* 
danseuse  italienne,  nommée  Barbariiii,  qu'il  ad- 
mit  plusieurs  fois  à  sa  t.-ible  ,  mais  qu'il  payait  i'i 
mal,  si  l'on  en  croit  Voltaire,  qu'elle  finit  par 
M  sauver  «n  Angleterre. 


570  FRE 

/  ëlail  plus  temps.  Les  gens  de  lettres 
avaitut  fait  a  ce  jeune  prince  une 
grande  réj)Utation  ;  tt  son  règne  était 
attendu  avet  une  vive  impatience.  On 
crut  qu'il  allait  conserver  son  genre 
de  vie  ordiuaire;  mais,  dès  ce  moment, 
plus  de  goûts  et  d'occupations  frivoles; 
tout  son  temps  est  consacré  à  l'admi- 
nistration et  à  1.1  politique.  Les  heures 
d'audience  et  de  conseil ,  l'exercice 
et  la  revue  des  troupes,  tout  est  sou- 
mis à  un  oidri  invariable  f  i).  L'atten- 
tion de  Fiédéric  se  fixa  d'abord  sur 
lieux  objets  principaux  ,  les  finances 
jct  l'armée.  Son  père  avait  porté  l'éco- 
iiomie  au  dernier  point  dans  toutes 
les  parties  de  l'administration  j  ainsi 
il  restait  peu  à  faire  sous  ce  rapport. 
11  réforma,  comme  inutile,  ce  fa- 
meux régiment  de  géants,  qui  avait 
coûté  à  Frédéric  -  Guillaume  tant  de 
soins  et  d'argent.  L'armée  prus- 
sienne n'était  composée  que  de  60 
mille  hommes  ;  il  la  porta  à  80 
mille ,  la  pourvut  de  tout  ce  qui  est 
uécessaire  à  la  guerre ,  et  attira  cliez 
lui  plusieurs  officiers  qui  s'étaient  dis- 
tingués au  service  des  autres  puissan- 
ces. Les  motifs  d'un  zèle  si  empressé 
pour  les  objets  militaires,  ne  purent 
échapper  aux  yeux  des  observateurs; 
et  dès-lors  il  fut  aisé  de  voir  qu'il 
voubit  être  conquérant,  celui  qui  avait 
si  fort  déclamé  contre  l'ambition;  dès- 
lors  il  fut  évident  que  le  réfutaleur  de 
Machiavel  allait  consacrer,  par  sou 
exemple,  les  principes  qu'il  avait 
combattus.  11  débuta  dans  cette  car- 
rière par  une  exécution  militaire  con- 

(1)  Naturellement  porté  au  sommeil  ,  il  sentit 
combien  un  tel  penchant  nuirait  à  ses  plans  ,  et  il 
résolut  de  tout  taire  pour  le  surmonter.  11  ordonna 
«fabord  à  ses  gens  de  Téveiller  dès  ciaq  heures  du 
snatin  ,  et  d'emplojer  pour  cela  jusqu'aux  menaces 
et  aux  injures  ;  luais  la  timidité  et  le  respect  les  em- 
pêchant d'exécuter  poncluellement  un  pareil  ordre, 
tl  exigea  d'eux ,  suus  peine  d'être  renvoyés  ,  qu'ils 
lui  Appliquassent  sur  la  figure  un  linge  trcmpû 
dans  de  l'eau  Troide.  Cet  ordre  fut  exécuté  ,  même 
m  liiv«r,  jusqu'à  ce  que  le  roi  se  levât  de  lui- 
■tcrn*  luuk  les  jours  à  ciHq  heures  précises. 


FRE 
tre  le  prince-évêque  de  Liège ,  qu'il 
obligea  à  lui  payer  une  forte  somme 
d'argent ,  sous  prétexte  d«  certains 
droit^  qu'il  prétendait  sur  l'un  de  ses 
faubourgs.  Ce  fut  durant  un  voyage 
qu'il  fit  vers  les  frontières  de  France, 
qu'eut  lieu  cette  opération.  Frédéric 
avait  formé  le  projet  d'aller  jusqu'à 
Paris;  mais  aussi  effrayé  de  la  dépense 
du  voyage  que  mécontent  d'avoir  été 
reconnu  à  Strasbourg,  il  n'alla  pas 
au-delà  de  cette  ville,  et  l'argent  du 
prince-évêque  fut  plus  que  suffisant 
pour  le  dédommager  des  premiers 
frais.  Ce  qu'il  y  eut  de  piquant  dans 
cette  affaire  ,  c'est  que  ce  fut  Vol- 
taire qui  rédigea  le  manifeste  con- 
tre l'évêque.  Ce  poète  était  venu  voir 
Fiédéric  dans  son  petit  château  de 
Meurs  :  il  en  fut  parfaitement  accueilli, 
et  il  ne  pouvait  imaginer,  dit-il  ma- 
lignement, qu'un  roi  avec  qui  il  sou- 
pait  et  qui  l'appelait  son  ami ,  pût 
jamais  avoir  tort.  Une  occasion  de 
faire  des  conquêtes  plus  importantes 
se  présenta  bientôt.  L'empereur  mou- 
rut le  20  octobre  1 740 ,  laissant  à  sa 
fille  un  immense  héritage  ,  mais  une 
armée  réduite  de  moitié  depuis  la 
mort  du  prince  Eugène.  La  succession 
de  Charles  VI  avait  été  garantie  par 
la  plupart  des  puissances  ;  elle  l'avait 
été  par  le  père  de  Frédéric  lui-même  : 
mais  cette  garantie  n'empêcha  aucun 
des  souverains  de  convoiter  une  aussi 
riche  proie  ,  dès  qu'ils  la  virent  entre 
les  mains  d'une  jeune  princesse  qu'ils 
crurent  incapable  de  la  défendre.  (  F^. 
Marie-ThérÈse.  )  Le  roi  de  Prusse 
donna  le  premier  signal  de  cette  guerre 
de  spoliation.  Il  prétemlit  avoir  des 
droits  sur  une  partie  de  la  Silésie;  et 
il  eut  à  peine  f;iit  connaître  ses  pré- 
tentions ,  que  déjà  celte  province  était 
envahie.  Il  publia  ensuite  un  manifeste, 
dans  lequel  les  motifs  réels  de  son 
invasion  n'étaient  pas  même  déguisés. 


FRË 

«  Cest,  disait-il,  une  armée  prête  à 
»  entrer  eu  campagne  ,  des  tre'sors 
»  accumulés  dès  long-temps ,  et  peut- 
»  être  le  désir  d^acquerir  de  la  gloire.  » 
Ce  prince  avait  dit  en  partant ,  à  M. 
de  Jijeauvau ,  qui  était  venu  le  compli- 
menter sur  son  avènement  au  trône 
de  la  part  du  roi  de  France  :  «  Je  crois 
»  que  je  vais  jouer  votre  jeu.  Si  les  as 
»  me  viennent ,  nous  partagerons.  » 
Les  Aulricliiens,  surpris  par  une  at- 
taque impr  évue ,  se  réunirent  dans 
la  Haute-Silésic  ;  et  Frédéric  les  ren- 
contra le  10  avril  1741?  à  Moiwitz, 
où  il  remporta  une  victoire  qu'il 
dut  principalement  à  la  valeur  de 
son  infanterie.  Pour  lui,  il  ne  fut  pas 
même  témoin  de  ce  premier  succès 
de  ses  armes.  C'était  la  première 
fois  qu'il  se  trouvait  à  une  bataille  ; 
il  a  avoué  qu'il  y  fut  dans  un  ex- 
trême embarras ,  et  l'on  sait  qu'il 
ne  s'y  montra  pas  brave.  11  s'é- 
loigna du  champ  de  bataille  à  la 
première  déroute  de  sa  cavalerie  ;  et 
ce  ne  fut  qu'aux  solliciJations  du  gé- 
néral Schwerin  qu'il  se  décida  à  re- 
paraître (  V.  ScnwERiN  ).  Il  montra 
plus  de  valeur  à  la  bataille  de  Czas- 
îau ,  qu'il  livra,  l'année  suivante,  au 
prince  de  Lorraine;  et  ses  troupes  s'y 
conduisirent  d'une  manière  égale- 
ment admirable.  Jusqu'alors  elles 
n'avaient  guère  combattu  que  comme 
corps  auxiliaite.  Des  victoires  aussi 
étonnantes  ne  fixèrent  pas  moins  les 
regards  de  l'Europe  sur  cette  brave 
armée  que  sur  le  jeune  souverain  qui 
la  commandait.  Les  puissances  rivales 
de  l'Autriche  se  hâtèrent  de  le  se- 
conder :  toutes  voulurent  avoir  part 
aux  dépouilles  qu'il  était  près  d'ob- 
tenir; et  c'est  aiusi  que  se  forma  la 
coalition  qui  fut  si  près  d'anéantir 
l'Autriche.  Marie-Thérèse,  effrayée  , 
se  détermina  à  de  grands  sacrifices 
pour  désarmer  le  plus  redoutable  de 


FRE  571 

ses  ennemis  :  elle  céda  à  Frédéric  la 
Silésie  presque  toute  entière;  et  ce 
prince,  peu  scrupuleux  envers  ses 
alliés ,  signa  une  paix  séparée ,  à  Bres- 
lau,  le  II  juin  i']^'!.  Le  lendemain, 
il  dit  à  M.  de  Bellisle  ,  qui  était  venu 
auprès  de  lui  de  la  part  du  roi  de 
France  :  «  M.  le  maréchal ,  songez  à 
»  vous  ,  ma  partie  est  gagnée.  »  Ainsi 
fuf  couronnée  du  succès  le  pius  com- 
plet la  première  tentative  de  Frédéric 
pour  s'agrandir  par  les  armes.  Il  pro- 
fita de  la  paix  pour  améliorer  l'aduii- 
uistration  de  ses  états.  L'académie  des 
sciences  de  Berlin ,  fondée  sous  les 
auspices  de  Leibniiz ,  n'existait  plus. 
Ce  prince  la  rétablit;  tt  il  célébra  cet 
événement  dans  une  ode  de  sa  com- 
position :  mais  il  rendit  l'influence  de 
ce  corps  savant  presque  nulle  pour 
ses  sujets  ,  en  ordonnant  que  tout  s'y 
fît  en  français.  On  sait  qu'il  n'écrivait 
que  dans  cette  langue.  Il  n'avait  pas 
appris  le  latin  ;  et  il  professait  pour 
l'aHemand  le  plus  profond  mépris  t 
ainsi  tout  fut  sacrifié ,  dans  cet  éta- 
blissement, aux  préventions  littérai- 
res du  fondateur.  Ce  n'est  pas  la 
seule  occasion  où  Frédéric  ait  ou- 
blié l'intérêt  de  ses  peuples  pour  se 
livrer  à  des  travers  du  même  genre. 
On  verra  que  la  maniç  d'écrire  et 
de  faire  des  épigrarames  eut  souvent 
pour  lui  des  résultats  encore  plus  fâ- 
cheux. Depuis  qu'il  s'était  éloigné  du 
champ  de  bataille,  l'Autriche  ,  diri- 
geant tous  ses  efforts  contre  la  France 
et  la  Bavière,  avait  obtenu  des  succès f 
et  cette  puissance  avait ,  en  même 
temps ,  formé  des  liaisons  plus  étroites 
avec  la  Russie,  la  Saxe  et  l'Angle- 
terre :  ainsi  les  affaires  de  Marie- 
Thérèse  s'étaient  rétablies,  et  déjà 
celte  princesse  ne  dissimulait  pas  le 
projet  de  reprendre  la  Silésie.  Fré- 
déric sentit  qu'il  nç  pouvait  plus  res- 
ter en  repos  ,  et  son  premier  soin  fut 


5^%  F  R  E 

de  former  des  alliances.  SI  Ton  en 
croit  Voltaire ,  qui  vint  alors  à  Ber- 
lin ,  ce  poète  fui  charge ,  par  le  mi- 
nistère français  ,  de  sonder  les  in- 
tentions du  raonaïque  prussien.  Il 
convenait  également  aux  deux  puis- 
sances de  se  reunir:  ainsi  Ton  fut 
bientôt  d'accord  sur  un  traité  d'al^ 
Hancej  et  ce  traité  était  à  peine  signé 
que ,  selon  sa  coutume ,  Frédéric, 
voulant  prévenir  ses  ennemis  ,  mar- 
cha droit  à  Prague  ,  à  la  tête  de  60 
tnille  hommes.  Celle  place  se  rendit 
après  une  faible  résistance,  et  1*2  mille 
Autrichiens  mirent  bas  les  armes. 
L'armée  prussienne  se  dirigea  alors 
sur  Vienne  :  mais  elle  eut  beaucoup 
à  souffrir  dans  un  pays  difficile  ;  et  le 
prince  de  Lorraine ,  renforcé  par  les 
Saxons  ,  s'étant  avancé  contre  elle  , 
Frédéric  la  ramena  en  Silésie  ,  ou  les 
Autrichiens  la  suivirent.  Ce  fut  dans 
ce  temps-là  que  Charles  Vil  mourut, 
et  qu'avec  ce  dangereux  compétiteur 
l'Autriche  vil  s'évanouir  toutes  les 
prétentions  de  la  Bavière  à  la  cou- 
ronne impériale.  Marie-Thérèse  fit 
aussitôt  la  paix  avec  le  noovel  élec- 
teur :  elle  engagea  dans  son  parti 
quelques  autres  princes  allemands  ; 
et  bientôt  le  roi  de  Prusse  n'eut  plus 
d'autre  alliée  que  la  France,  qui  le 
secondait  à  peine,  tandis  que  la  Rus- 
sie ,  de  plus  en  plus  liée  avec  l'Au- 
triche, exigeait  impérieusement  qu'il 
^e  soumît  à  sa  volonté.  Enfin  ,  il  ne 
s'agissait  de  rien  moins  que  de  réduire 
Fi  édéric  à  l'héritage  de  ses  pères.  Ce 
fut  dans  de  lel'es  circonstances  qu'il 
gagna  la  bataille  de  Hohenfriedberg(  4 
juirïi745).De'jâ  tacticien  consommé  il 
avait  reconnu  d'avance  la  position  oii 
il  roulait  combattre  ;  il  avait  prépare 
le  piégo  où  SCS  ennemis  devaient  tom- 
ber. Dès  le  premier  mouvement ,  il 
tourne  leur  aile  gauche,  s'empare  des 
hautaurs  qui  domiuaient  leur  front  -, 


FRE 

et  bientôt  la  ligne  autrichienne  lout« 
entièie,  foudroyée  par  son  artillciie, 
prise  en  llinc  par  ses  colonnes,  est 
mise  dans  le  plus  grand  désordre, 
a  Ce  fut ,  dit  Guibert  ,  une  de  ces 
»  batailles  de  gi  and  maître  ,  où  le  gc- 
»  nie  fait  tout  plier  devant  lui ,  qui 
»  sont  gai^nées  dès  le  début  et  presque 
»  sans  contestation  ,  parce  qu'il  ne 
»  re?te  pas  à  l'ennemi  déconcerté  la 
»  possibilité  de  rétablir  le  désordre.  » 
Au  moment  où  Frédéric  s'était  mis  ea 
marche ,  il  avait  dit  en  souriant  au 
chevalier  de  Latour ,  qui  était  venu 
lui  annoncer  la  victoire  deFontenoi: 
«  Vous  voulez  voir  à  qui  va  rester  la 
»  Silésie.  »  Lorsqu'il  eut  gagné  la  ba- 
taille ,  il  é  rivit  à  Louis  XV:  «Je 
»  viens  d'acquitter  la  lettre  de  change 
»  que  votre  Majesté  a  tirée  sur  moi  à 
»  Fontenoi.»  Quelque  importante  que 
fût  celle  victoire  ,  ta  supériorité  de 
l'ennemi  ne  permitpas  à  l'armée  prus- 
sienne d'entrer  en  quartiers  d'hiver. 
Le  prince  de  Lorraine  reçut  de  nom- 
breux renforts;  et,  quatre  mois  après 
avoir  été  vaincu  ,  ce  général  vint  de 
nouveau  offrir  la  batailla  aux  Prus- 
siens ,  près  du  village  de  Soor.  Fré- 
déric ne  s'attendait  point  à  une  pa- 
reille attaque ,  et  il  fut  réellement  sur- 
pris. Son  armée,  à  peine  composée  de 
25  raille  hommes ,  en  avait  le  double 
devant  elle:  toute  retraite  lui  était  in- 
terdite. Dans  une  position  aussi  diffi- 
cile ,  elle  ne  dut  son  saUit  qu'au  sang- 
froid  et  à  l'habileté  de  son  chef.  Il 
fait  ses  dispositions  sous  le  feu  du 
canon  ennemi ,  saisit  d'un  coup-d'œil 
les  fautes  que  le  prince  Charles  avait 
déjà  faites  ,  fond  avec  rapidité  sur  son 
aile  gauche,  et  la  culbute  dans  ua 
ravin  devant  lequel  elle  s'était  impri*- 
demmeut  déployée:  faisant  eiisuite  un 
changement  de  front ,  il  prend  à  re- 
vers le  reste  de  la  ligne  autrichienne, 
et  la  met  dans  la  déroute  la  plus  com- 


FBE 

picte.  Jamais  Frédéric  n'avait  été  plus 
grand  capitaine.  A  peine  eut-il  une 
demi-heure  pour  juger  de  la  position 
de  l'ennemi  et  de  la  sienne,  pour  con- 
cevoir son  plan  et  pour  faire  ses  dis- 
positions. Après  cette  victoire  l'armée 
prussienne  alla  prendre  ses  quartiers 
d'hiver  en  Silésie,  et  le  roi  se  rendit 
à  Berlin.  Mais  il  était  encore  loin  d'a- 
voir mis  ses  ennemis  dans  l'impossi- 
bilité de  troubler  son  repos.  Les  res- 
sources de  l'Autriche  étaient  de  beau- 
coup supérieures  aux  siennes  y  et  il 
avait  à  peine  détruit  une  des  armées 
impériales  qu'il  s'en  présentait  une 
autre  pour  la  venger.  Ainsi,  après  sa 
défaite  de  Soor ,  le  prince  de  Lorraine 
reçut  encore  des  renforts  considéra- 
bles ,  et  il  résolut  de  tenir  la  cam- 
pagne ,  même  pendant  l'hiver.  Ce  fut 
au  milieu  des  plaisirs  du  carnaval 
que  Frédéric  apprit  le  projet  qu'on 
avait  formé  de  le  surprendre  dans  sa 
capitale.  Il  assemble  aussitôt  ses  trou- 
pes ,  enlève  un  corps  de  Saxons  à 
Naumburg,  s'empare  des  magasins  de 
Gôrlitz,  et  écrit  au  prince  d'Auhalt: 
«  J'ai  frappé  mon  coup  en  Lusace  j 
»  frappez  le  vôtre  à  Leipzig  ;  nous 
»  nous  reverrons  à  Dresde.  »  Le 
vieux  d'Anhalt  remporta,  en  effet, 
«ne  victoire  à  Kesseldorff  (  Voyez 
Anhalt,  au  Supplément) ,  et  le  len- 
demain il  entra  dans  la  capitale  des 
Saxons,  à  côté  du  roi ,  qui  ne  tarda 
pas  à  y  dicter  des  lois  à  ses  ennemis. 
D'aussi  brillants  résultats  avaient  à 
peine  coûté  dix-huit  mois  de  travaux  j 
et  dans  un  aussi  court  espace  ,  Fré- 
déric avait  fait  45  mille  prisonniers. 
Un  pareil  nombre  des  alliés  était  resté 
sur  le  champ  de  bataille  ;  et  c'était  dix 
fois  plus  que  son  armée  n'en  avait 
perdu.  Elle  s'était,  au  contraire ,  pro- 
digieusement accrue  par  l'enrôlement 
des  prisonniers  ;  enfiiu  le  sort  de  la 
Silésif  était  assuré  pour  toujours.  On 


FRE  5-7$ 

ne  s'était  point  douté,  en  Europe, 
qu'un  jeune  souverain  ,  presque  au 
début  de  sa  carrière ,  pût  déployer  à' 
la  fois  tant  de  force,  décourage  et 
d'habileté.  Au  milieu  des  camps  il 
n'avait  pas  cessé  de  gouverner  son 
royaume ,  et  dans  le  même  temps  on 
l'avait  vu  commander  ses  armées  et 
diriger  sa  politique.  Le  jour  même  où 
il  avait  donné  à  ses  généraux  les  ins« 
tructions  et  les  ordres  les  plus  impor-" 
tants ,  il  avait  reçu  les  ministres  et' 
les  ambassadeurs  j  il  avait  rédigé  ses 
ordonnances;  il  avait  expédié  ses  dé- 
pêches avec  une  clarté,  une  concision 
et  une  énergie  inconnues  dans  la  di- 
plomatie moderne.  Ce  fut  ainsi  qu'il 
écrivit  à  l'impératrice  de  Russie ,  qui 
cherchait  à  le  détourner  de  son  inva- 
sion en  Saxe  :  «  Je  ne  veux  rien  du 
»  roi  de  Pologne  que  de  le  châtief 
»  dans  son  électoral ,  et  lui  faire  signer 
»  un  acte  de  repentir  dans  sa  capi- 
»  taie.  »  Lorsqu'il  fut  question  de 
faire  la  paix  ,  il  dit  aux  Anglais,  qui 
se  proposaient  pour  médiateurs  : 
«Voilà  mes  conditions;  je  périrai 
»  avec  mon  armée  plutôt  que  d'en  rieu 
»  relâcher;  et  si  l'impératrice  ne  les 
»  accepte  pas  ,  je  hausserai  mes  pré-^ 
»  tentions.  »  Celte  paix  de  Dresde- 
('^5  décembre  1745)  dura  dix  ans; 
et  ce  fut  dans  cet  heureux  intervalle 
que  Frédéric  travailla  avec  tant  d« 
zcle  à  la  prospérité  de  ses  états.  De 
vastes  marais  furent  desséchés  à  Gus- 
trin;  et  deux  mille  familles  purent 
habiter  un  sol  long-temps  occupé  par 
les  débordements  de  l'Oder.  Des  ma* 
nUfaclures  s'établirent  sur  tous  les 
points  du  royaume,  et  le  souverain  les 
aida  par  des  avances, des  primes  et  des' 
encouragements  de  toute  espèce.  Son 
zèle,  à  cet  égard ,  était  tel,  que  malgré 
sa  défiance  naturelle,  il  fut  souvent 
dupe  des  intrigants  que  ces  nouveau- 
tés aUirèrent  dans  son  royaume.  Il 


574  ^^^ 

ne  fit  pas    seulement   construire   a 
Berlin  plusieurs  édifiœ?  publics;  uu 
grand  nombre  de  maisons   ()articu- 
lières  y  fureitt  bâties  à  ses  frais;  et 
telte   capitale  devint    une   de-,   plus 
belles  villes  de  rEiiro])e.  Ce  fut  en- 
core dans  le  même  temps  que,  vou- 
lant mettre  fin  à  toutes  les  plaintes 
sur  la  distribution  de  la  justice  ,  Fre'- 
déric  exécuta,   de  concert  avec  son 
chancelier  (  Fq^ez  Cocceji  ) ,  l'idée 
d'un  code   uniforme   pour   tous   les 
pays  de  sa  domination.  Quelque  im- 
parfait que  fût  ce  code  ,  et  quoiqu'il 
n'ait  pas  duré  au-delà  du  règne  de  son 
auteur,  on  ne  peut  douter  qu'il  n'.ât 
fait  disparaître  un  grand  nombre  d'a- 
Lus.  H  était  surtout  remarquable  par 
l'abolition  de  la  question ,  et  par  la  li- 
berté laissée  à  tous  les  cultes;  enfin  ce 
fut  un  des  premiers  essais  dans  ce 
genre  chez  les  nations  modernes.  Fré- 
déric, voulant  aussi  faire  participer 
ses  sujets  aux.  avantages  de  l'accrois- 
sement de  force  et  de  considération 
qu'il  venait  d'acquérir  par  la  guerre, 
parvint  à  mettre  le  pavillon  prussien 
à  l'abri  de  toute  insulte.  Ses  penples 
jouirent  d'une  liberté  absolue  de  na- 
vigation, et  leur  commerce  deviut  flo- 
rissant. Quant  à  lui,  son  habillement, 
sa  table,  le  nombre  de  ses  domestiques , 
enfin  ,  toute  sa  vie  intérieure  ,  restè- 
rent dans  la  même  simplicité.  Depuis 
son  avènement  il  avait  renoncé  au  plai- 
sir delà  chasse; il  voulaitque  toutes  ses 
actions  eussent  un  but  utile ,   même 
dans  ses  moments  de  loisir.  Le  goût 
de  la  musique  est  la  seule  frivolité  à 
laquelle  il  parut  longtemps  attaché. 
Il  çxcellait  à  jouer  de  la  flûte;  et  il  a 
composé  des  morceau^  de  musique 
très  remarquables.  Cc'^  prince   reçut 
une  seconde  fois    Voltaire  dans  sa 
capitale,  en  175©  :  jamais  homme  de 
lettres  n'avait  été  accueilli  par  un  sou- 
Ywaia  avec  plus  dç  joie  et  d'cmpres- 


FRE 

scment.  La  présence  du  poète  partit 
remplir  quelque  temps  le  monarque 
d'une  ivresse  que  renouvelait  chaque 
jour  la  conversation  la  plus  brillante 
et  la  pins  spirituelle.  Lescirconstancea-j^ 
qui  br.  uillcrent  ces  deux  hommes  cérA 
lèbres,  sont  peu  digues  de  l'un  et  de 
l'autre  ;  et  elles  offrent  un  nouvel 
exemple  du  tribut  que  les  plus  grandir 
génies  payent  à  la  faiblesse  humaine. 
Cependant  on  ne  peut  douter  que  les 
torts  les  plus  graves  n'aient  été  du  coté 
de  l'homme  de  lettres  (  F.  Mauper- 
TUis  et  Voltaire  (i).  Ce  fut  à  cette 
époque  que  Frédéric  fît  imprimer  son 
Poème  sur  l'art  de  la  guerre,  ses  Epî- 
tres ,  ses  Opéras ,  et  toutes  les  pièces 
fugitives  qui  composent  les  OEuvres 
du  Philosophe  de  Sans-Souci.  On 
sait  assez  quelle  part  Voltaire  eut  à 
ces  compositions  :  il  l'a  publié  lui- 
même,  sans  égards,  dans  les  termes 
les  plus  grossiers  (2),  et,  peut-être, 
avec  exagération.  Frédéric  eut  le  bon 
esprit  de  ne  pas  se  montrer  offensé  de 
cette  indiscrétion  ;  et  la  malignité  du 


(i)  Oa  a  ignoré  jusqu'ici  une  des  principales  ' 
causes  de  la  disgrâce  de  Voltaire ,  et  de  resanien 
de  se»  papiers  qui  fut  fait  à  Francfort,  arec  plus 
de  sévérité  que  d'intelligence,  Voltaire  avait  dédié 
en  manuscrit,  à  la  margrave  de  Bayreulb  ,  le 
poème  de  la  Loi  naturelle  ,  où  se  trouvaient  des 
vers  très  offensants  pour  le  roi,  tels  que  les  sui- 
vants qui  n'ont  jamais  été  publiés  : 

Assemblage  éclatant  de  qualités  contraires, 
Ecrasant  les  mortels  ,  et  les  nommant  ses  frèrct>, 
Mlsanlrope  et  farouche  avec  un  air  humain, 
Souvent  Impétueux  ,  et  quelquefois  trop  fin  , 
Modeste  avec  orgueil,  colère  avec  faiblesse  ^ 
Pétri  de  passions  et  cherchant  la  sagesse. 
Dangereux  politique  ,  et  dangereux  au'eur. 
Mou  patron,  mon  disciple  ,  et  mon  persécuteur. 

Il  parait  que  la  margrave  manqua  de  discrétion. 
Frédéric  sut  que  Voltaire  l'attaquait  dans  its 
vers  :  il  sut  aussi  que  ce  poète  emportait  de« 
épigrammes,  dont  il  n'a  été  que  trop  démontré 
qu'il  pouvait  faire  un  usage  funeste.  Freilag  ne 
cherchait  donc  pas  moins  le  manuscrit  de  la  Loi 
Naturelle,  et  le  Recueil  des  épigrammes,  c^ne 
le  volume  de  Pohéiiex  du  roi  son  maître.  Voltaire 
fit  impiimc.  son  poème  en  i^56,  et  il  le  dédia  au 
roi  de  Prusse  lui-même  :  ainsi  il  est  inutile  d« 
dire  que  le  porirait  de  ce  monarque  fut  à  jamais 
retranché  par  Tauteur.  V— v«. 

(J^    Il    disait   ouvertement  que     le   roi   l'avait 
cUarié  de  blançhii  ion  tinse  mit. 


FRE 
poète  serait  demeurée  sans  effet ,  s'il 
tle  se  fût  pas  rendu,  en  quelque  fa- 
çon ,  le  délateur  de  ce  qui  lui  avait e'ie' 
communiqué  dans  l'inûmité  à  laquelle 
le  monarque  avait  bien  voulu  l'ad- 
mettre, et  s'il  n'eût  pas  fait  connaître 
à  M"*^  de  Pompadour,  à  l'abbé  de 
Bernis,  et  à  Louis  XV,  des  dpigram- 
mes  et  des  satires  auxquelles  il  arait 
Jui-mêrae concouru;  si  enfin  une  aussi 
coupable  indiscrétion  n'avait  eu  des 
eflets  très  fâcheux  sur  la  politique  de 
ces  temps-  là  (i).  C'était,  au  reste, 
pour  Frédéric ,  une  véritable  manie 
que  de  faire  des  vers  et  des  épi- 
grammes  :  il  en  a  composé  dans  ses 
plus  violentes  maladies ,  au  milieu 
des  affaires  les  plus  importantes.  Mal- 
gré cette  espèce  de  vocation,  il  a 
peu  réussi  d.ms  ce  genre.  Ses  poésies 
sont  extrêmement  médiocres  ;  on  sent 
trop  ,  en  les  lisant,  que  l'auteur  ne  les 
a  pas  composées  dans  sa  propre  lan- 
gue; et  l'on  ne  peut  douter  que  le 
temps  qu'il  a  consacré  à  de  pareils  tra- 
vaux, n'eût  pu  être  mieux  employé 
pour  sa  gloire.  Son  ouvrage  poétique 
le  plus  remarquable  est  VArt  de  la 
Guerre;  c'est  celui  auquel  on  croit 
que  Voltaire  a  le  plus  travaillé.  Ce- 
pendant on  n'y  trouve  ni  verve  ni 
talent;  et  si  l'on  en  excepte  quelques 
préceptes  vrais  et  tels  que  devait  les 
offrir  le  premier  des  tacticiens,  si  Ton 
en  retranche  les  éloges  bien  motivés 
des  plus  grands  capitaines,  ce  poème, 
d'ailleurs  très  superficiel  et  très  in- 
complet, mérite  à  p.  ine  d'être  lu.  Fré- 
déric mettait  néanmoins  beaucoup  de 

(0  Oa  connaît  ce  ver»  de  Frédéric  c»ntre  le 
cardinal  poète: 

Evite*  de  Bemij  la  stérile  abondance  ; 

Kt  cette  épigramme  attribuée  à  Turgot: 

Huit  cent  mille  bommes  égorgé*, 
Moniieur  l'abbé,  de  grâce,  est-ce  assez  de  vi 


ït  JeJ  méprit  d'un  roi  pour  vos  petites  ri 
T«iu  samblciit  ils  assex  ven^'cs 


victimci! 


FRE  575 

prétention  à  ses  vers  ;  et  les  rail- 
leries que  Voltaire  se  permit  d'en 
faire,  furent  une  des  principales  cau- 
ses de  leurs  querelles.  Ce  poète  le  con- 
naissait fort  birn  sous  ce  rapport;  et  il 
parvint  à  l'apaiser  un  jout  .dans  un  de 
SQS  mouvements  de  colère  ,  en  disant 
devant  un  de  ses  pages  :  «  Savez-vous 
»  pourquoi  j'en  veux  au  roi  ?  C'est 
»  que  je  lui  ai  appris  à  faire  des  vers 
M  meilleurs  que  les  miens.  »  La  prose 
de  Frédéric  vaut  mieux  que  sa  poé- 
sie; et  il  y  a  dans  sa  correspondan- 
ce, surtout  dans  ses  lettres  à  Voltaire, 
beaucoup  de  gaîté  et  de  finesse  ;  on  y 
trouve  même  des  traits  brillauts,  ^pi- 
rituels,  et  qui  ne  le  cèdent  en  rien  au 
plus  ingénieux  de  nos  écrivains.  Sts 
Mémoires  pour  servir  à  l  histoire  de 
la  Maison  de  Brandebourg  sont  re- 
marquables par  une  grande  impartiali- 
té. Les  occupations  littéraires  et  les 
soins  de  l'administration  ne  firent  ja- 
mais perdre  de  vue  à  Frédéric  les  objets 
militaires.  Déjà  il  était  regardé  comme 
U  plus  grand  capitaine  de  son  temps; 
et ,  sous  la  direction  d'un  tel  maître , 
l'armée  prussienne  était  devenue  la 
plus  disciplinée  et  la  plus  manœuvrier» 
de  l'Europe  :  chaque  année  il  aug- 
mentait le  nombre  de  ses  troupes.  Sa 
cavalerie,  portée  à  trente  mille  hom- 
mes ,  avait  réussi,  par  sa  constance 
et  l'assiduité  de  ses  exercices ,  à  éga- 
ler la  perfection  de  son  infanterie; 
et  depuis  lojig  -  temps  cette  infan- 
terie était  considérée,  comme  le  mo- 
dèle de  toutes  les  autres  :  dès-lors  elle 
s'élevait  à  cent  vingt  mille  hommes. 
L'artillerie  et  le  génie  faisaient  aussi 
des  progrès  :  mais  il  faut  avouer 
que  cette  partie  importante  de  l'arC 
militaire  fui  celle  que  Frédéric  sut 
le  moins  apprécier ,  et  qu'il  l'a  lais- 
sée loin  de  la  perfection  où  elle  est 
parvenue  de  nos  jours.  Ce  prince  ex- 
cella dans  la  stratégie  :  il  créa  l'art  de 


5^6  FRE 

manœuvrer  devant  l'enurml,  de  le  de'- 
border ,  de  îe  tourner  et  de  l*acc^bler, 
en  dirigranl  sur  un  shuI  point  ses  plus 
grands  efforts.  Le  pi  cmier  de  tous  les 
modernes  ,  il  osa  uc  faire  ses  disposi- 
tions que  sur  le  champ  de  bataille;  et 
ce  lut  presque  toujours  en  présence  de 
Tennemi  qu'il  régla  ses  mouvements. 
On  croit  que  ce  furent  les  journées  de 
Leuctres  et  de  Mantinee  qui  lui  firent 
naître  l'idée  de  son  ordre  oblique,  et 
que  ce  fut  dï)j)aminondas,  de  ce  père 
des  tacticiens,  qu'il  apprit  à  déborder 
Tarraée  ennemie ,  et  à  embrasser  sua 
flanc  par  une  rapide  évolution.  C'é- 
tait ainsi  que,  profitant  de  la  pai}^ 
pour  ajouter  à   rin>trncliun  de  ses 
troupes,  ce  prince  se  perfectionnait 
lui-même  dans  l'art  de  les  conduire. 
Tantde  soins  ne  l'empêchèrent  pasd'a- 
Toir  les  yeux  fixés  sur  la  politique  de 
ses  voisins  :  il  savait  trop  que  la  ja- 
lousie ,  excitée  par  ses  premiers  suc- 
cès ,   n'avjit  besoin  ,  pour  éclater , 
que    d'une    occasion  favorable.   La 
France  était  mécontente  des  traités  de 
Breslau  et  de  Dresde ,  conclus  sans 
sa  participation  :  la  Rus«ie  émit  gou- 
vernée par  le  chancelier  Bestuchef , 
ennemi  passionné  des  Prussiens;  et 
les  épigrammes   que  leur  roi  s'était 
permises  sur  les  galanteries  de  l'im- 
pératrice avaient    offensé   vivement 
cette    princesse;     enfin    TAutriche, 
irritée    par  deux   agressions  et    un 
f;rand  sacrifice,  brûlait  de  réduire  la 
Prusse  à  son  premier  abaissement. 
L'Angleterre  était  donc  seule  disposée 
à  s'unir  aux  Prussiens.  George  II, 
menacé  d'une  descente  par  les  Fran- 
çais, s'était  cru  obli£;é  de  tirer  du  pays 
d'Hanovre  toutes  les  troupes  qui  s'y 
trouvaient  *•  craignant  alors  pour  son 
électoral,  il  be  hâta  de  conclure  une 
alliance  avec  Frédéric.   La  France, 
considérant  ce  traité  comme  «ne  hos- 
ttiité,  oublia  ses  anciennes  inimitiés  -, 


FRE 

cl,  dès  le  g  mai  17 5(5,  elle  s'alli.i 
avec  le  cabiuet  de  Vienne.  La  Russie 
no  tarda  pas  à  intervenir  dans  cette 
alliance;  et  l'on  vit  ainsi  tout  à  coup 
changer,  jusque  dans  ses  bases ,  l'an- 
cien système  de    la  politique    euro- 
péenne. Dès  le  début  de  cette  fameuse 
guerre  de  sept  ans,  Frédéric  se  trouva 
aux  prises  avec  toutes  les  forces  du 
Continent,    Ce   prince    ne   fut    pas 
effrayé  d'cme  lutte  aussi  inégale;  et, 
encore  une  fois,  il  voulut  prévenir  ses 
ennemis.  S'inquiétant  peu  de  la  ru- 
meur qu'exciterait  en  Europe  une  in- 
vasion soudaine ,   et    sans  déclara- 
tion   de  guerre,  il  dirigea  ses  pre- 
miers efforts  contre  la  Saxe.  Cette 
puissance,  gouvernée  par  le   comte 
de  Bruhl,  était  entrée  dans  la  coali- 
tion; Frédéric  en  avait  eu  la  preuve 
par  l'infidélité  d'un  commis    de   la 
chancellerie  de  Drtsde.  Après  avoir 
resserré  dans  le  camp  de  Pirna  les 
troupeâ  de  l'électeur,  il  marcha  contre 
le  maréchal  Brown,  qui  venait  à  leur 
secours,  et  le  battit  à  Lowosits.  L'ar- 
mée saxonne,  désespérant  alors  d'être 
secourue,  prit  la  résolution  de  sortir  de 
soncamp,maiss'étantengagéedansdes 
chemins  impraticables ,  elle  fut  obli- 
gée de  mettre  bas  les  armes.  Ainsi 
qu'on  l'avait  prévu,  cette  invasion  su- 
bile,  et  sans  provocation  apparente, 
excita  de  grandes   réclamations.  La 
cour  de  Dresde  fit  retentir  ses  plaintes 
dans  toute  l'Europe;  et  le  conseil  auli- 
que  de  Vienne  déclara  le  roi  de  Prusse 
pertmbateurde  la  paix  publique.  Ce 
prince,  voulant  se  justifier,   publia 
les  renseignements  qu'il    avait    lui- 
même  saisis  dans  le  palais  de  TÉlec- 
teur  et  jusque  sous  les  yeux  de  l'Élec- 
trice,  qui  fit  de  vains  efforts  pour  les 
cacher.  Ces  pièces  parurent  dans  un 
volume  intitulé  :  Mémoire  raison- 
né sur  les  desseins  dangereux  des 
cours  de  Fienne  et  de  Dresde,  i  vol. 


FRE 

(l  757).  Celte  publication  ne  changea 
rien  aux  dispoiiîions-  des  allie's  ,  et 
rien  ne  put  tirer  de  son  aveuglement 
le  cabinet  de  Versailles.  Au  lieu  de 
Tingt-quatre  mille  hommes  qu'il  avait 
dû  fournir ,  il  se  décida  à  en  envoyer 
cent  mille;  et  la  diète  de  Ralisbonne, 
par  une  politique  non  moins  aveugle, 
mit  à  la  disposition  de  l'Autriche  une 
arme'e  de  soixante  mille  combattants. 
Fré<léric ,  ne  voyant  aucun  moyen  de 
conjurer  l'orage ,  redoubla  d'efforts 
pour  y  résister.  Dès  le  mois  de  mars 
1^57,  ce  prince  entra  en  Bohème; 
et  il  gagna ,  sous  les  murs  de  Prague , 
une  victoire  importante,  mais  trop 
chèrement  achetée  (  F,  Schv^œrin  ). 
Il  ne  put  ensuite  faire  dans  le  même 
temps  le  siège  de  cette  place,  01140, 000 
Autrichiens  s'étaient  réfugiés,  et  résis- 
ter à  une  nouvelle  armée ,  venue  de 
Moravie,  sous  les  ordres  du  maréchal 
Daun.  Obligé  de  marcher  contre  ce 
général ,  le  roi  ne  craignit  pas  de  i'al- 
taquer,  dans  une  position  avantageuse, 
avec  trente  mille  Prussiens  ;  c'était 
à  peine  la  moitié  de  l'armée  autri- 
chienne :  «  Par  une  bataille  gagnée, 
»  dit  Frédéric ,  les  Français  se  se- 
»  raient  trouvés  dérangés  et  peut- 
î)  être  arrêtés  dans  leurs  opérations 
V  en  Allemagne  ;  les  Suédois  seraient 
»  devenus  plus  pacifiques,  et  la  cour 
»  de  Pétersbourg  aurait  fait  des  ré- 
»  flexions.  »  Mais  il  n'en  fut  pas 
ainsi;  et  Frédéric  ne  put  obtenir  la 
victoire  dont  il  avait  attendu  de  si 
heureux  résultats.  Pour  la  première 
fois ,  il  fut  vaincu  à  Kollin ,  le  1 8  juil- 
let 1757  ( /^o^. Daun).  Jamais  succès 
n'avait  été  disputé  avec  tant  d'opi- 
niâtreté ;  plus  de  la  moitié  de  l'infan- 
terie prussienne  resta  sur  le  champ 
de  bataille  :  elle  fut  menée  à  la  charge 
jusqu'à  sept  fois;  et  ce  fut  à  la  der- 
nière de  ces  attaques,  que  le  m, 
voyant  ses  soldats  hésiter,  leur  cria , 

XV. 


FRE  577 

d'un  ton  animé  :  «  Voulez-voiis  donc 
»  vivre  toujours  ?  »  Ce  revers  l'af- 
fligea vivement,  ainsi  qu'on  le  voit  par 
la  lettre' qu'il  écrivit  à  milord  Mar* 
shal.  C'est  dans  la  même  lettre,  qu'il 
s'accuse  de  sa  défaite  avec  autant  de 
franchise  que  de  simplicité.  «  Dans  le 
»  vrai,  dit-il,  je  devais  prendre  avec 
»  moi  plus  d'infanterie  :  les  succès 
»  donnent  une  confiance  nuisible. 
»  Vingt-trois  bataillons  ne  suffisaient 
»  pas  pour  déloger  soixante  mille 
»  hommes  d'un  poste  avantageux.  » 
Obligé  de  se  retirer  après  un  tel 
échec ,  et  voulant  en  même  temps 
couvrir  la  Saxe  et  la  Silésie,  Fré- 
déric divisa  son  armée  en  plusieurs 
corps  :  celui  qu'il  commandait,  exé- 
cuta heureusement  sa  retraite  ;  mais 
celui  qu'il  confia  au  prince  royal ,  fît 
des  pertes  considérables.  Le  roi  en 
fut  extrêmement  mécontent ,  et  il 
traita  son  frère  avec  une  excessive 
rigueur  :  «  Votre  mauvaise  con- 
»  duite,  lui  écrivit- il,  a  fort  déla- 
»  bré  mes  affaires  ;  ce  ne  sont  pas 
»  les  ennemis,  ce  sont  vos  mesures 
»  mal  prises  qui  me  font  tout  le  tort.  Il 
))  ne  me  reste  qu'à  me  porter  à  la  der^ 
»  nière  extrémité  :  je  vais  combattre  j 
»  et,  si  nous  ne  pouvons  vaincre , 
»  nous  allons  tous  nous  faire  tuer.  Je 
»  ne  me  plains  point  de  votre  cœur, 
»  mais  bien  de  votre  incapacité  et  de 
»  votre  peu  de  jugement.  Je  vous 
»  souhaite  plus  de  fortune  que  je  n'en 
»  ai  eu.  La  plus  grande  partie  des 
»  malheurs  que  je  prévois  ,  ne  vient 
M  que  de  vous  :  vous  et  vos  enfants 
»  en  serez  plus  accablés  que  moi,  » 
Le  malheureux  prince  fit  de  vains  ef- 
forts pour  adoucir  le  courroux  de  son 
frère  ;  et  il  en  éprouva  tant  de  cha- 
grin, qu'il  mourut  quelques  mois  après. 
Vers  le  même  temps  ,  le  gCHéral 
Lehwald  fut  battu  par  les  Russes  à 
Jaegerfldorffj  et,  d'un  autre  çdt«, 


5-]S  FRE 

Farmec  anglaise,  la  seule  qui  fît  csusc 
commune  avec  les  Prus'^ien.s,  capi- 
tula à  Closter-SeWi^n.  Bienlôl  après  , 
le  duc  de  Richelieu  menaça  Magde- 
bourg,  oiila  famille  royale  s'ëtiit  re'- 
fugiëe;  et  une  seconde  arme'e  fran- 
çaise ,  réunie  à  celle  du  corps  germa- 
nique, s'avança  vers  la  S»xe.  Ainsi 
quatre  arme'es  nombreuses  entouraient 
à  la  fois  les  étals  prussiens  ;  et  elles 
allaient  faire  exécuter  les  décrets  de 
la  diète ,  qui  venait  de  mettre  le  roi 
de  Prusse  aii.  ban  de  l'Empire.  On 
▼oit ,  par  la  lettre  à  son  frère,  que  ce 
prince  sentait  vivement  les  dangers  de 
sa  position.  Ce  fut  à  cette  époque  qu'il 
prit  la  résolution  d'attenter  à  ses 
jours,  ainsi  qu'on  le  voiî  dans  son 
épîlreau  marquis  d'Ai-gens;  mais  bien- 
tôt reprenant  courage,  il  adressa  à 
Voltaire  Tépître  terminée  par  ces  vers 
si  remarquables  : 


Pour  moi,  menaci^  du  naufrage  , 
Je  dois,  e.a  affrontant  Tarage  , 
Penser,  vivre  et  mourir  en  roi. 

Après  de  nouvelles  et  inutiles  tenta- 
tives pour  obtenir  la  paix,  Frédéric 
ne  songea  plus  qu'à  faire  la  guerre 
avec  vigueur;  et  ce  fut  contre  le  prin- 
ce de  Soubise  qu'il  dirigea  ses  pre- 
miers efforts.  Laissant  un  faible  corps 
eu  Silésie,  sous  les  ordres  du  duc  de 
Bévern,  il  marche,  avec  vingt -cinq 
mille  hommes ,  contre  l'armée  com- 
binée qui  en  avait  plus  de  soixante 
mille  k  lui  opposer.  Il  passe  la  Saaie 
devant  elle  ;  et  feignant  de  se  re- 
tirer ,  il  raltâque  au  moment  où  elle 
s'avançait  avec  confiance,  et  la  met 
dans  la  déroule  la  plus  complète 
(  novembre  i75'5  )  avant  qu'elle  ait 
pu  se  former  (  f^oj^.  Soubîse  ).  Mais 
il  ne  pouvait  cire  en  niomc  temps 
sur  tous  les  points;  cet  homme  iu- 
faligable  eut  à  peine  triomphé  à  Ros- 
bach  ,  qu'il  apprit  que  Wintcrfeld 
s'était  Uissé  battre  à  Gùrlitz ,  que 


FRE 
les  Autrichiens  avaient  pe'nétré  jusqu'à 
Berlin ,  que  la  place  de  Schweidnilz 
avait  été  prise,  enfin  que  le  duc  de 
Bcvern  venait  d'être  vaincu  à  Breslaii. 
«  Le  roi  reçut  presque  à  la  fois  ces  non- 
))  velles  accablantes,  dit  Frédéric  lui- 
»  même;  et  sans  s'appesantir  sur  ces 
»  désastres  ,  il  ne  songea  qu'au  re- 
»  mède.  w  Pour  ce  prince,  le  remède 
était  de  marcher  à  l'ennemi  et  de  le 
vaincre.  Ainsi,  après  avoir  réuni  à 
soti  armée  les  débris  de  la  défaite  de 
Breslau  ,  il  se  porte  avec  rapidité 
vers  le  maréchal  Daun.  C'est  dans 
cette  marche  qu'un  déserteur  lui  ayant 
avoué  qu'il  n'avait  quitté  ses  dra- 
peaux que  parce  que  ses  affaires  al- 
laient trop  mal ,  il  lui  dit  avec  une  si 
admirable  gaîlé  :  «  Hé  bien  !  combats 
»  encore  un  jour  pour  moi  ;  et  si  cela 
»  ne  va  pas  mieux ,  nous  déserterons 
»  ensemble.  »  Les  affaires  de  Frédéric 
e'taient  en  effet  à  la  dernière  extré- 
mité, et  sa  destinée  toute  entière  allait 
dépendre  d'une  bataille.  On  sait  que 
ce  fut  dans  de  pareilles  circonstances 
qu'il  se  montra  toujours  véritablement 
grand.  Jamais  on  ne  le  vit  plus  habile 
qu'à  Lissa ,  où  il  battit,  le  5  décembre 
1757  ,  avec  trente-trois  mille  hom- 
mes ,  le  maréchal  Daun  et  le  duc  de 
Lorraine,  qui  en  avaient  soixante 
mille.  Ce  fut  en  présence  de  l'armée 
ennemie  qu'il  fit  ses  dispositions  ;  cl 
il  ne  régla  son  plan  d  attaque  que 
lorsqu'il  eut  reconnu  la  position  d<*s 
Autrichiens.  Voyant  leur  gauche  mal 
appuyée  ,  il  l'embrasse  par  un  mou- 
vement oblique ,  prend  à  revers  toute 
leur  ligne,  s'empare  de  Leulhen  qui 
formait  la  clef  de  leur  position  ,  et 
remporte  une  des  victoires  qui  out  le 
plus  honoré  sa  tactique  cl  la  valeur  de 
son  armée.  Cinq  jours  après,  Breslau 
se  rendit  avec  une  garnison  de  quinze 
mille  hommes  ;  et  en  moins  d'une 
semaine ,  l'armée  impériale  eut  perdu  ï 


FRE 

quarante  itfîlle  soldats ,  livre  une  place 
imporîanie  ,  et  abandonné  la  Sile'sie. 
«  Jamais  ,  dit  ce  prince  ,  campagne 
»  n'avait  été  plus  féconde  en  rëvolu- 
»  tions  subites  de  la  fortune.  Celte  suite 
»  d'cve'nements  décisifs  et  contraires 
»  avait   étourdi  l'Europe.     H    fallut 
»  quelques   moments  de  tranquillité 
»  pour  que  les  esprits  se  recueillissent, 
»  et  pour  que  chaque  puissance  pût 
»  considérer  de  sang-froid  sa  situa- 
»  tion.  D'un  coté  le  désir  de  la  ven- 
»  geance  ,  l'ambition  blessée ,  le  dé- 
i>  pit ,  le  désespoir ,  remirent  les  ar- 
»  mes  à  la  main  ;  de  l'autre ,  la  né- 
»  cessité  de  se  défendre  ,  et  quelques 
n  rayons    d'espérance ,    portèrent  h 
»  l'aire  les  plus  grands  efforts.»    Ce 
fiit  alors  qu'un  changement  d^ns  le 
ministère  anglais  mit  la  cour  de  Lon- 
dres dans  de  meilleures  dispositions  à 
regard  de  la  Prusse.  Lord  Chatara , 
devenu    premier    ministre  ,    décida 
son  maître  à  laver  l'affront  de  Clos- 
ter-Sewen  ,  et  il  fit  accorder  à  Frédé- 
ric un  subside  de  douze  millions  par 
an.  Ce  fut  aussi  par  ses  conseils  que 
l'Angleterre  envoya  de  nouvelles  trou- 
bles sur  le  continent ,  et  que  le  prince 
Ferdinand   de  Brunswick  obtint  le 
commandement  de  l'armée  destinée  à 
agir  sur  le  Bas-Rhin.  Frédéric  mit 
un  grand  prix  à  celte  dernière  cir- 
constance; il  avait  conçu  les  plus  bel- 
les espérances  des  talents  de  son  cou- 
sin; et  ce  prince  les  justifia  par  une 
campagne  si  glorieuse  ,  que  le  roi  n'a 
pas  hésité  à  la  comparer  à  celle  que 
Turenne  fil  en  Alsace  en  1673.  bcs 
le  début  de  cette  même  campagne  de 
1 758 ,  Frédéric  avait  repris  Schvveid- 
iiiiz,  et  commencé  le  siège  d'Oîmutz; 
mais  il  liaut  avouer  que  celte  partie 
de  la  guerre  est  celle  qu'il  connut  le 
moins.  Ce  siège  traîna  en  longueur , 
faute  de  bonnes  mesures  :  les   Au- 
trichiens eolcvèreut  un  coQYoi  im- 


F  R  E  579 

portant; et Baun  s'étant  approché  de 
l'armée  prujîsienne  avec  des  forces 
supérieures  ,  celle-ci  fut  obligée  de  se 
retirer.  Frédéric  la  conduisit  en  Bo- 
hème par  une  marche  des  plus  sa- 
vantes; mais  déjà  l'armée  Russe  s'était 
avancée  jusqu'à  Custrin,  qu'elle  avait 
mis  en  cendres  par  un  bombarde- 
ment. Oblige  de  marcher  contre  cette 
armée,  Frédéric  la  rencontra  à  Zorn- 
dorff,  où  il  gagna  une  victoire  biea 
chèrement  achetée  ,  puisqu'il  y  perdit 
dix  raille  de  ses  meilleurs  soldats.  Mais 
encore  une  fois,  il  eut  à  peine  triom- 
phé sur  ce  point  qu'il  dut  se  porter 
sur  un  autre:  Daun  menaçait  d'acca- 
bler le  prince  Henri,  et  il  fallut  se 
hâter  de  le  secourir.  Après  quelques 
jours  de  marche  ,  l'armée  du  roi  vint 
prendre  à  Hohcnkirchcn  un  camp  mal 
assuré,   a  Si  Daun  ne  nous   attaque 
»  pas  ici ,  lui  dit  le  général  Keith,  il 
»  aura  mérité  d'être  pendu. —  J'es- 
»  père,  répondit  Frédéric,  qu'il  aura 
»  plus  peur  de  nous  que  de  la  corde.  » 
Cependant   le   général  autrichien  se 
montra  moins  timide  que  ses  ennemis 
ne  l'avaient  pensé.  L'armée  prussienne 
fut  surprise  pendant   la  nuit  ,  à   la 
faveur  des  bois  ;  et  Daun  lui  fît  subir 
une  perte  con.^idérable.   C'est  dans 
cette  circonstance  difficile  que  Fré- 
déric fit  encore  éclater  son  courage  et 
sou  admirable  présence  d'esprit.   Il 
conduisit  lui-même  ses  bataillons  à  la 
charge;  et  après  avoir  pcrdii  ses  meil- 
leurs généraux  et  ses  plus  braves  sol- 
dats ,  après  avoir  reçu  ,  dans  la  mê- 
lée ,  une  blessure  grave  ,  il  rallia  ses 
troupes  ,  les  forma  derrière  le  village 
enlevé  par  surprise,  se  retira  en  bon 
ordre  à  une  demi-lieue  du  champ  de 
bataille ,  et  présenta  le  combat  à  ses 
ennemis,  qui  n'osèrent  l'accepter,  a  11 
»  est  sans  exemple  ,  dit  le  comte  de 
»  Guibert ,  et  ce  prodige  du  génie  du 
»  maître  et  de  la  discipline  de  ses 

37.. 


58o  FRE 

j»  troupes  sera  à  jamais  célèbre  , 
»  qu'une  armée  aussi  complètement 
»  surprise,   et  qui  perd  dans   cette 

V  surprise  sept  ou  huit  mille  hom- 
»  mes  ,  cent  cinquante  pièces  de  ca- 
»  non  ,  ses  tentes  ,  ses  équipages  , 
n  puisse  rétablir  son  désordre,  ou, 
î>  pour  mieux  dire,  n'y  pus  tomber , 

V  s'arrêter  à  quelques  centaines  de 
»  toises  et  y  braver  par  sa  contenance 
»  l'ennemi  qui  a  remporté  sur  elle  un 
»  si  grand  avantage.  »  Après  être 
ainsi  resté  deux  jours  en  présence  des 
Autrichiens  victorieux  ,  Frédéric  se 
reliia  par  une  marche  savante;  et  il 
alla  faire  lever  le  siège  de  Neiss.  Ap- 
pelé ensuite  par  d'autres  événements 
sur  les  bords  de  l'Elbe,  il  parvint  à 
éloigner  Daun  de  la  place  de  Dresde  , 
OÙ  ses  troupes  étaient  sur  le  point  de 
succomber;  et  api  es  une  campagne 
aussi  pénible  que  meurtrière,  il  vint 
prendre  ses  quartiers  d'hiver  à  Bres- 
lau,  et  donna  enfin  à  ses  soldats  un 
repos  devenu  indispensable.  Au  milieu 
de  tant  d'événements  qui  signalèrent 
celle  année  ,  on  remarque  à  peine 
l'invasion  des  Suédois  en  Poméranie. 
Cependant  la  campagne  de  1759  de- 
vait être  encore  plus  désastreuse.  Fré- 
déric se  contenta  d'abord  de  faire  ob- 
server les  Autrichiens  ,  tandis  qu'il 
auraTl  pu  les  écraser  avant  l'arrivée 
des  Russes;  et  lorsqu'il  lui  aurait  fallu 
marcher  contre  ceux-ci  avec  toutes 
ses  forces ,  il  n'y  envoya  que  des  dé- 
tachements ,  qui  furent  successive- 
incnt  écrasés.  Il  réunit  cependant  à  la 
fin  toutes  les  troupes  dont  il  put  dis- 
poser ;  et  s*étant  décidé  à  marcher 
à  l'ennemi ,  il  le  rencontra  à  Kun- 
nersdorff.  La  bataille  qu'il  livra  le  1 2 
août  17^9,  fut  une  des  plus  terribles 
de  cette  guerre.  Frédéric  avait  qua- 
rante mille  hommes  :  la  moitié  de  ce 
nombre  resta  sur  le  champ  de  ba- 
taille. Les  Russes  eu  perdirent  dix- 


FRE 

huit  mille  ;  et  Soltikoff,  qui  les  corn* 
mandait, écrivit  à  sa  souveraine  que 
sUl  remportait  encore  une  victoire 
semblable  ,  il  irait  en  porter  la  non- 
velle  à  pied  avec  un  bâton  à  la. 
main.  Les  Prussiens  avaient  été  vic- 
torieux dans  le  coraraencemimt  ;  et 
Frédéric  expédia  alors  un  courrier  à 
la  reine ,  pour  lui  annoncer  une  vic^ 
toire  qu'il  regardait  comme  assurée  ; 
mais  il  se  laissa  entraîner  à  des  atta- 
ques imprudentes;  les  Russes  lui  ré- 
sistèrent avec  une  fermeté  dont  il  ne 
les  croyait  pas  capables;  enfin  les 
Autrichiens  vinrent  à  leur  secours 
{^^oj".  Laudon);  et  le  courage  des 
Prussiens  ne  servit  qu'à  rendre  le 
combat  plus  meurtrier.  Frédéric  per- 
dit toute  son  artillerie  ;  il  fut  près  de 
tomber  lui-même  au  pouvoir  de  l'en- 
nemi, et  il  npçut  une  forte  contusion 
à  la  jambe.  Son  second  message  à  la 
reine  était  ainsi  conçu:  «  Quittez  Ber- 
»  lin  ,  et  emmenez  la  famille  royale  ; 
»  faites  conduire  les  archives  à  Pofz- 
»  dam.  »  Cependant  Berlin  ne  fut 
pas  pris  ;  et  au  grand  étonnement 
de  l'Europe ,  les  alliés ,  peu  d'accord 
entre  eux,  donnèrent  au  roi  le  temps 
de  se  remettre,  a  C'en  était  fait  des 
»  Prussiens ,  a  dit  ce  pi  ince ,  si  les 
»  Russes  avaient  su  profiter  de  leurs 
»  succès  ;  ils  n'avaient  qu'à  donner  le 
i>  coup  de  grâce.  »  Mais  les  Russes 
étaient  mécontents  de  ce  que  les  Au- 
trichiens leur  avaient  laissé  tout  le 
poids  de  la  guerre  ;  et  Soltikoff  refusa 
positivement  de  concourir  aux  opé- 
rations. Ce  fut  vers  le  même  temps 
que  le  général  prussien  ,  SchmOttau ,  ^ 
capitula  à  Dresde ,  se  regardant  com-  l 
me  fort  heureux  de  sauver  sa  garnison  ■ 
et  un  Irésorque  le  roi  lui  avait  vivement 
recommandé.  Peu  de  temps  après,  un 
corps  de  dix -sept  mille  Prussiens, 
engagé  imprudemment  dans  les  défi- 
lés de  la   Bohème  par  le   général 


FRE 

Finck ,  se  vit  obligé  de  mettre  bas  les 
armes j  et  il  en  fut  encore  de  même, 
snr  un  autre  point  ,  de  trois  mille 
hommes  commandés  par  le  général 
Dierke.  «  Mais,  dit  Frédéric,  ce  fut 
»  ia  dernière  infortune  que  nous  es- 
»  snyâmes  celte  année.  »  Le  prince 
Henri  s'était  soutenu  avec  avantage  en 
Silésie  ;  et  par  une  marche  lial)ile  il 
venait  de  se  réunir  à  l'armée  du  roi. 
Le  duc  Ferdinand  avait  eRcore  obtenu 
des  succès  en  Westpba'.ie;  et  la  nou- 
velle de  sa  victoire  de  Minden  était 
parvenue  à  Frédéric  la  veille  de  la 
bataille  de  KunnersdorfF.  Le  lende- 
main ,  ce  prince  lui  fît  dire  par  le 
même  ofTicier  :  «  Je  suis  fâché  de  ne 
»  pas  donner  une  meilleure  réponse 
»  à  un  message  aussi  agréable;  mais 
»  si  vous  trouvez  les  passages  libres, 
»  et  si  Daun  n'est  pas  à  Berlin  et  Con- 
»  tadcs  à  Magdcbourg ,  assurez  de 
»  ma  part  le  duc  que  nous  n'avons 
»  pas  perdu  grand'chose.  o  Frédéric 
indiquait  ainsi,  en  peu  de  mots,  tout 
ce  que  ses  ennemis  auraient  dû  faire  : 
mais  ils  étaient  loin  de  savoir  à  ce 
point  profiter  de  leurs  avantages.  Ils 
restèrent  long-temps  immobiles;  et  le 
roi ,  ayant  reçu  du  prince  Ferdinand 
un  renfort  de  douze  mille  hommes  , 
fut  bientôt  à  même  de  profiter  de  sa 
position  centrale.  La  campagne  se 
prolongea  jusqu'au  mois  de  décembre; 
et,  malgré  ses  pertes,  l'armée  prus- 
sienne se  soutint  avec  avantage.  Dès 
qu'il  l'eut  mise  en  quartiers  d'hiver, 
le  roi  fit  de  nouvelles  tentatives  au- 
près des  cours  de  Vienne  et  de  Ver- 
sailles :  mais  rien  ne  put  faire  aban- 
donner à  ses  ennemis  l'espoir  de  l'a- 
néantir; et  il  fallut  reprendre  les  ar- 
mes dès  le  mois  de  mars  i  «^60.  Celte 
campagne  commença  par  le  désastre 
de  Landshut ,  où  dix  mille  Prussiens 
furent  tai  lés  en  pièces  (  F.  Fouque  ). 
Çflatz  fut  eosuiie  investi  par  les  Autri- 


FRE 


58 1 


chiens  ;  et  celte  place  était  si  noces* 
saire  à  la  défense  de  la  Si'ésie ,  que  , 
malgré  le  besoin  de  se  maintenir  en 
Saxe ,  le  roi  voulut  aller  la  secourir,  eu 
faisant  tous  ses  efforts  pour  attirer 
Daun  après  lui.  Mais  dans  le  doute  et 
l'hésilalion  011  le  tenait  alors  le  mal- 
heureux état  de  ses  affaires ,  à  peine 
ce  prince  eut-il  fait  un  premier  mou- 
vement ,  que  malgré  l'empressement 
du  général  autrichien  à  le  suivre,  il 
changea  de  résolution  ,  et  se  décida  à 
revenir  en  Saxe  pour  y  faire  le  siège 
de  Dresde.  Ce  siège  était  à  peine  com- 
mencé, que  Daun  ,  également  revenu 
sur  ses  pas  ,  l'obligea  à  y  renoncer,  et 
à  reprendre  le  chemin  de  la  Silésie. 
Ce  fut  dans  cette  marche  difficile  que 
Frédéric  déploya  une  habileté  in- 
croyable et  dont  les  annales  mili'.aires 
n'offrent  point  d'exemple.  Manœu- 
vrant au  milieu  de  trois  armées  autri- 
chiennes, menacé  dans  ses  commu- 
nications par  une  armée  russe  ,  il  sut 
contenir  à  la  fois  tant  d'ennemis ,  les 
empêcha  long-temps  de  réunir  leurs 
efforts  ,  et  finit  par  battre  Laudon ,  à 
Lignilz ,  au  moment  où  ce  général 
s'avaiiç.iit  pour  l'accabler.  Le  roi  était 
assoupi,  auprès  d'un  feu  de  bivouac, 
lorsqu'on  vint  lui  annoncer  que  $g& 
postes  étaient  attaqués.  Réveillé  eu 
sursaut ,  il  ordonne  avec  un  calme 
admirable  les  meilleures  dispositions. 
Le  général  autrichien ,  étonné  de  se 
voir  attaquer  par  ceux  qu'il  croyait 
surprendre ,  hésite ,  et  bientôt  il  est 
mis  en  fuite.  Ce  moment  est  peut-être 
le  plus  beau  de  la  vie  miiitaire  de  Fré- 
déric. On  a-  souvent  comparé  sa  si- 
tuation ,  dans  le  cours  de  cette  guerre, 
à  celle  d'un  lion  poursuivi  par  des 
chasseurs.  Jamais  cette  comparaison 
ne  fut  j>lus  vraie  que  dans  cette  cir- 
constance. A  peine  a-t-il  repoussé 
Laudon  qu'il  lui  faut  résister  à  Lascy  , 
faire  face  au  maréchal  Daun,  éloi-' 


582 


FRE 


gner  les   Russes  ,  et  enfin  délivrer 
sa  capitale  que  les  allfcs  ont  envahie 
pour  la  seconde  fois.  Une  seule  défaite 
peut  le  perdre  à  jamais;  une  victoire 
ne  peul  le  sauver  entièrement  :  c'est 
presque  sans  combailre  qu'il  obtient 
les  plus  grands  résuitats.  Cependant 
il  s'écarte  bientôt  de  ce  système  de 
prudence  et  de  temporisation  ;  et  il 
attaque  Daun  à  Torgau,  où  ce  géné- 
ral s'était  retranché  dans  une  position 
formidable.  Des  efforts  incohérents  et 
mal  combinés  de  Ja  part  des  Prus- 
siens ,   rendirent  cette    bataille   très 
meurtrière  j   quinze  mille  des  leurs 
y  périrent,  et  les  deux  chefs  rivaux 
furent  blessés.  Si  l'habileté  du  roi  ne 
s'y  montra  pas  toute  entière,  il  fit  au 
tnoins  preuve  d'un  grand  courage ,  et 
il  obtint  à  la  fin  une  victoire  des  plus 
sanglantes  (  F.  Daun).  Après  leur  dé- 
faite, les  Autrichiens  se  retirèrent  en 
Bohème,  cl  ils  abandonnèrent  à  l'armée 
prussienne  les  deux  tiers  de  la  Saxe. 
D'un  antre  côté,  le^  Suédois  et  les  Rus- 
ses s'éloignèrentégalement ,  et  Frédéric 
put  donner  quelque  repos  à  ses  trou- 
pes. On  jugera  de  l'état  de  ses  affnres 
à  cette  époque,  par  ce  qu'il  écrivit  au 
marquis  d'Argcns  :  «  jamais  je  n'ai 
»  été  dans  une  situation  plus  fâcheuse. 
»  Croyez  qu'il  f  «ut  encore  du  miracu- 
»  leux  pour  surmonter  toutes  les  dif- 
»  ficullés  que  je  prévois.  Je  fais  mon 
»  devoir  dans  l'occasion  ,  mais  je  ne 
»  dispose  pas  de  laforlcmc;  et  je  suis 
»  obligé  d'.idinelfre   trop  de    casuel 
»  dans  mes  projets,  faute  d'avoir  des 
»  moyens  d'en  former  de  plus  solides. 
»  Ce  sont  des  travaux  d'Hercule  qu'il 
»  faut  que  je  recommence  sans  cesse 
»  dans  un  âge  où  la  force  m'aban- 
»  donne  ,    et  ou  l'espérance  ,   seule 
»  consolation  des  malheureux^  com> 
»  mence  à  me  maïKjuer.  »   Cet  élal 
d'ép -rement  était  tel,  que  Frédéric 
dut  s'abstenir  dcs*lurs  de  toute  entre- 


FRE 
prise  coi\sidéral)le ,  et  qu'il  fut  aisé  d« 
remarquer  dans  ses  opéiations  une 
ci^con^.pection  et  une  timidité  qu'on 
ne  lui  avait  jimais  vues.  La  campagne 
de  i-jGi  se  passa  tonte  entière  en 
marches  et  en  campements ,  peu  di- 
gnes d'attention  pour  hi  multitude, 
mais  où  les  gens  de  l'art  trouveront 
plus  d'objets  d'admiration  que  dans 
des  batailles  meurtrières.  Enfin, après 
avoir  éjjuisé  tous  les  pjenrcs  d'habi- 
leté ,  Frédéric  se  vit  tellement  pressé 
dans  sou  camp  de  Bunzelwitz,  qu'il 
ne  lui  resta  plus  d'autre  moven  de 
salut  que  de  s'y  fortifier  et  d';itten- 
dre  ses  ennemis.  Il  resta  piès  de 
deux  mois  dans  C(  tle  position  ;  et  les  re- 
tranchements qu'il  ne  cessa  d'y  élever, 
furent  regardés  comme  un  modèle  de 
fortificaliuns  de  campagne.  Laudon 
avait  néanmoins  résolu  de  l'y  atta- 
quer :  mais  les  Russes  ne  voulurent 
pas  concourir  à  une  aussi  dangereuse 
entreprise  ;  ils  aimèrent  mieux  se 
diriger  vers  la  place  de  Coiberg ,  dont 
ils  s'emparèrent.  Dans  le  même  temps, 
les  Autrichiens  enlevaient  ScliTVeid- 
nitz  par  un  coup  de  main  ;  et  il  ne 
resta  plus  au  roi,  pour  la  défense  de  la 
Silé«.ie  ,  que  les  places  de  Glogau  , 
Biesh'iu  et  Neiss.  Depuis  la  perte  de 
Dresde  ,  la  défense  de  la  Saxe  était 
devenue  fort  difficile  ;  et  le  prince 
Henri  avait  beaucoup  de  peine  à  s'y 
soutenir.  Enfin  ,  pour  comble  do 
maux ,  l'Angletcire  ,  qui  avait  cessé 
d'être  dirigée  par  lord  Cliatam  ,  refusa 
les  subsides  accoutumés.  Tant  de  re- 
■vers  fondant  à  la  fois  sur  Frédéric , 
ce  prince  sembla  en  cire  accablé.  Il 
passa  deux  mois  dans  Bieslau ,  tris!e , 
solitaire ,  n'allant  p?.^  même  à  la  pa- 
rade. On  venait  de  découvrir  une 
conspiration  dont  le  but  avait  été  de 
le  livrer  à  ses  ennemis.  Craignant  un 
pareil  malheur  beaucoup  plus  que  la 
mort ,  il  porta  long- temps  sur  lui  du 


FRE 

poison  destiné  à  terminer  ses  jours. 
Cepeiulaul,  ainsi  qu'il  ledit  lui-iiiêaie, 
«  iVtat  qui  par  issait  perdu  ne  le  fut 
»  point ,  et  la  pcr.sevëranee  fil  sur- 
1)  monter  tons  les  périls.  »  Cette  per- 
sévérance fut  admirable,  sans  doute, 
de  la  part  dt' Frédéric  ;  le  dévouement 
et  la  résignation  de  ses  peuples  et  de 
son  arn.ec  ne  le  furent  pas  moins: 
mais  rien  de  font  <ela  n'eût  pu  le 
saivver  de  l'abîme  où  il  était  plongé, 
si  la  mort  de  l'impératrice  de  Russie 
ne  l'tût  inopinément  délivré  de  l'un 
de  ses  plus  redoutablfs  ennemis.  Eli- 
sabelb  eut  pour  successeur  Pierre  III, 
dont  Frédéric  av.;it  des  long- temps 
cultivé  l'amitié.  Ce  jeune  souverain 
mit  tant  d'empressement  à  lui  plaire, 
qu'un  traiîé  de  paix  fut  à  l'instant  si- 
gné entre  les  deux  puissances,  et  que 
ce  traité  ne  tarda  pas  à  être  suivi  d'une 
alliance  offensive  et  défensive  j  de 
manière  que  le  corps  auxiliaire  russe, 
qui  jusqu'alors  avait  combattu  les 
Prussiens  sous  les  ordres  de  Czerni- 
cbcf ,  se  rangea  de  leur  côté.  La  cam- 
pagne de  1762  s'ouvrit  ainsi  sous  les 
nnspices  tes  plus  favorables  ;  et  Fre'- 
déric  se  trouva  à  la  tête  de  soixante- 
dix  mille  hommes  ,  contre  Daun  ,  qui 
n'en  avait  pas  soixante  raille.  C'était 
une  belle  occasion  de  vaincre  ce  gé- 
néral auquel  il  avait  tant  de  fois  ré- 
sisté, qu'il  avait  même  si  souvent  battu 
avec  une  armée  moins  nombreuse 
que  la  sienne.  Mais  il  avait  à  peine 
commencé  à  se  servir  de  ces  avan- 
tages ,  qu'il  apprit  la  fin  tragique  de 
son  allié  (  Fûj",  Pierre  111  ) ,  et  que 
le  général  Czernichef  reçut  ordre  de 
revenir  en  Pologne.  Ce  fàcbetjx  con- 
tre-temps, au  milieu  des  entreprises 
les  plus  importantes ,  fu».  uu  coup  de 
foudre  pour  Frédéric.  Cependant  le 
général  russe  se  prêta  avec  giâce  à 
un  délai  de  trois  jours,  pour  ne  pas 
faire  manquer  une  opération  com- 


FRE  585 

mencce;  et  lorsque  son  corps  d'ar- 
mée partit  pour  la  Pologne  ,  Dsun 
s'était  ntiié  eu  renonçant  au  pro- 
jet de  faire  b;ver  le  siège  de  Schweid- 
nilz.  Celte  place  se  rendit  bientôt  j  et 
malgré  la  défection  des  Russes ,  les 
Prussiens  conservèrent  leur  supério- 
rité eu  Silésie  pendant  tout  le  reste 
de  la  campagne.  Ils  furent  encore 
plus  heureux  en  S)QXe ,  où  le  prince 
Henri  gagna  la  bataille  de  Freyberg, 
Dès- lors  les  affaires  de  Frédéric  s'a- 
méliorèrent de  plus  en  plus.  L'impé- 
ratrice Catherine  refusa  de  se  réunir 
à  ses  ennemis  ;  la  France  fit  la  paix 
avec  l'Angleterre  ,  et  par-là  elle  re- 
nonça à  envoyer  des  armées  en  Alle- 
magne. Désespérant  alors  de  pouvoir 
soutenir  seule  une  pareille  lutte,  Ma- 
rie-Thérèse se  décida  ei  fin  à  deman- 
der la  paix  par  l'entremise  de  la  Saxe, 
qui  la  desiiait  plus  vivement  encore. 
Cette  paix  ,  si  long-temps  attendue, 
fut  signée  à  Huberlsbourg ,  le  1 5  fé- 
vrier 1 765.  Pour  la  troisième  fois , 
TAutriche  consentit  à  lâ  cession  de  la 
Silésie.  La  seule  concession  que  fit  le 
roi  de  Prusse,  fut  de  promettre  sa 
voix  .1  l'archiduc  Joseph  ,  pour  la 
couronne  impériale.  Cet  heureux  dé- 
nouement d'une  guerre  si  longue  et  si 
terrible  environna  Frédéric  d'une 
gloire  et  d'une  puissance  qui ,  désor- 
mais, ne  pouvaient  plus  être  conles- 
lées.  Mais  son  royaume  se  trouvait 
dans  la  situation  la  plus  déplorable; 
il  faut ,  pour  s'en  faire  une  idée,  lire 
ce  qu'il  en  a  dit  lui-même  dans  son 
Histoire  d^.  mon  temps  .*  «  On  ne 
»  peut  se  représenter  cet  état  que  sous 
»  l'image  d'un  homme  criblé  de  bles- 
»  sures ,  affaibli  par  la  perle  de  sou 
»  sang ,  et  près  de  succomber  sous  le 
»  poids  de  ses  souffrances.  La  no- 
»  blesse  était  dans  un  état  d'épni^e- 
»  ment,  lepetif  peuple  ruiné,  nombre 
»  deYillagcs  brûlés^  beaucoup  de  villes 


584 


FRE 


V  détruites.  Une  anarchie  complète 
»  avait  bouleverse  tout  l'ordre  de  la 
»  police  et  du  gouverfteracnf.  En  un 
»  mot,  la  désolation  e'iait  générale...... 

»  L*arme'e  ne  se  trouvait  pas  dans  «me 
»  meilleure  situation;  dix-sept  batailles 
»  avaient  fait  périr  la  fleur  des  offi- 
»  ciers  et  des  soldats.  Les  régiments 
»  étaient  délabrés,  et  composés,  en 
»  partie,  de  déserteurs  ou  de  pri- 
»  souniers.  L'ordre  avait  disparu;  et 
»  la  discipline  était  relâchée  au  point 
y>  que  nos  vieux  corps  d'infanterie 
»  ne  valaient  pas  mieux  qu'une  nou- 
»  velle  milice.. .„..  »  Ce  tableau  fait 
par  l'auteur  même  de  tant  de  maux, 
prouve  combien  il  les  serilait  pro- 
fondément. Alors  ,  contre  la  cou- 
tume des  conquérants  ,  il  renonça 
franchement  à  la  guerre  ;  et  mettant 
tous  ses  soins  à  en  éviter  jusq<i'aux 
moindres  prétextes  ,  il  conclut  une 
alliance  avec  la  Russie  ,  vers  la  fin  de 
1763  ,  et  il  se  rapprocha  do  plus  en 
plus  de  l'Autriche.  Deux  entrevues 
qu'il  eut  avec  h  jeune  empereur,  Jo- 
seph H,  contribuèrent  beaucoup  à  ce 
rapprochement.  Rien  ne  put  dès-lors 
le  distraire  de  ses  travaux  de  restaura- 
tion. Au  milieu  de  la  ruine  univer- 
selle ,  les  finances  ,  entretenues  par 
les  subsides  anglais,  s'étaient  main- 
tenues en  assez  bon  état.  Les  fonds , 
destinés  à  la  guerre  ,  furent  em- 
ployés à  rebâtir  des  villes  et  des 
Tillages  que  la  guerre  avait  détruits. 
ÎjC  roi  exempta  de  contributions  les 
pays  qui  avaient  le  plus  souflTerl  ;  il 
fit  tirer  des  magasins  les  grains  qui 
y  étaient  accuuuiîés  pour  l'approvi- 
sionnement des  armées.  Ces  grains 
servirent  à  ensemencer  des  champs 
que  les  armées  avaient  dévastés  ;  et 
les  chevaux  destinés  à  l'artillerie  ser- 
virent à  les  labourer.  Pour  bien  ap- 
précier les  résultats  de  cette  raerveil- 
€usc  adm  iuistratioD,  il  faut  eu  voir  le 


FRE 
tableau  dans  le  Mémoire  publié  en 
1 786  par  le  ministre  Hertzberg.  C'est 
là  que  l'on  trouvera  le  détail  d'une 
somme  de  200  millions  employée  à 
des  secours  et  à  des  améliorations  ; 
six  cents  villages  créés ,  des  friches  et 
des  marais  immenses  rendus  à  l'agri- 
culture, de  nombreuses  fabriques  éta- 
blies et  soutenues  par  les  bienfaits  du 
souverain;  enfin  la  population  accrue 
de  près  d'un  tiers ,  malgré  les  mal- 
heurs de  la  guerre.  Cependant  ce  mo- 
narque, alors  si  véritablement  grand, 
ne  put  rester  indifférent  aux  occasions 
d'accroître  sa  puissance.  On  lui  a  at- 
tribué l'idée  du  partage  de  la  Pologne: 
mais  il  paraît  que  la  première  pro- 
position qui  en  ait  été  faite,  vint  alors 
du  cabinet  de  Pétersbourg.  Au  reste, 
entouré  de  voisins  puissants,  et  livré 
à  tous  les  désordres  de  l'anarchie  , 
ce  royaume  devait  être  la  proie  de 
pareils  voisins ,  dès  qu'ils  seraient 
d'accord  entre  eux.  Ce  fut  ainsi 
quç  les  trois  grandes  puissances 
du  Nord  signèrent  le  traité  de  177'!. 
Frédéric  eut  la  contrée  nommée  ait- 
jourd'hui  la  Prusse  occidentale;  c'é- 
tait la  moins  étendue,  mais  la  plus 
cornmerçante.  Il  avait  commis  lui- 
même,  sur  ce  territoire,  beaucoup 
d'exactions  ;  et  un  grand  nombre  d'ha- 
bitants en  avaient  été  arrachés  par  ses 
ordres,  pour  venir  peupler  ses  états 
héréditaires.  Familiarisé  avec  les 
moyens  du  despotisme  ,  ce  prince  se 
livra  quelquefois  à  des  vexations 
odieuses.  Il  viola  les  privilèges  de 
Dantzig ,  et  il  commit  envers  les  habi- 
tants de  celte  ville  libre,  d'indignes 
extorsions.  Ses  ennemis  l'ont  accusé 
d'avarice;  et  il  faut  avouer  que  ce 
reproche  ne  fut  pas  toujours  dénué 
de  fondement.  Il  altéra  les  monnaies, 
empêcha  ses  sujets  de  disposer  de 
leurs  biens ,  et  nuisit  à  leur  industrie 
par  des  monopoles  qui  uc  furent  [no- 


FRE 

fîtables  qu'au  fisc  ou  à  des  intrigants 
étrangers.  Enfin  il  commit  une  erreur 
grave ,  en  tenant  accumule  dans  ses 
coffres  un  Irc'sor  considérable.  «  Cest 
»  disait-il,  unee'péc  hors  du  fourreau 
»  qui  empêche  les  autres  d'en  sortir.  » 
Ce  fut  par  le  même  principe  qu'il 
porta  son  armée  en  temps  de  paix  à 
deux  cent  mille  hommes.  Cette  armée 
e'tait  alors  regardée  comme  la  meil- 
leure de  l'Europe j  et  Frédéric  ne 
souffrit  pas  qu'on  s'y  relâchât  sur  un 
seul  point  de  la  discipline.  Présent  à 
toutes  les  revues,  aux  parades,  et 
surtout  à  ces  grandes  manœuvres  de 
Potzdam  que  venaient  admirer  cha- 
que année  les  militaires  de  tous  les 
pays ,  il  était  lui-même  l'instructeur  et 
l'ordonnateur  de  tous  les  mouvements. 
On  s'empressa  partout  de  suivre  les 
leçons  d'un  aussi  grand  maître  ^  et  les 
principes  qu'il  prescrivit  à  ses  trou- 
pes ,  adoptés  alors  par  les  différentes 
nations  de  l'Europe,  sont  encore  au- 
jourd'hui ceux  qui  règlent  les  évolu- 
tions de  toutes  les  armées.  C'était 
par  de  tels  moyens  que  la  Prusse  , 
avec  une  faible  population ,  et  dé- 
pourvue de  frontières  et  de  places 
fortes,  continuait  à  jouer  un  des  pre- 
miers rôles  parmi  les  puissances  : 
mais  tout  semblait  y  tenir  à  l'exis- 
tence d'un  seul  homme  5  et  ses  voi- 
sins n'attendaient  que  la  mort  du 
grand  roi  pour  attaquer  son  suc- 
cesseur. L'ambassjdeur  d'Autriche 
ayant  fait  connaître,  en  1777,  que 
ce  prince  était  en  dans^er  de  mourir, 
Joseph  II  se  hâta  d'assembler  une 
armée  ;  et  déjà  celte  armée  allait 
se  mettre  en  campagne,  lorsqu'on  sut 
à  Vienne  que  Frédéric  était  rétabli.  Le 
jeune  empereur  trouva  une  autre  oc- 
casion de  déployer  son  caractère  en- 
treprenant et  guerrier  ;  ce  fut  la  mort 
de  l'électeur  de  Bivière,  qui,  n'ayant 
point  laisse  d'enfants,  oifrit  à  ses  voi- 


FRE  585 

sins  une  proie  à  se  disputer.  Joseph  II 
se  prépara  aussitôt  à  envahir  ses  états  : 
mais  le  duc  de  Deux-Ponts ,  qui  avait 
des  droits  réels  à  cette  succession ,  en- 
traîna dans  son  parti  les  Saxons  et  les 
Prussiens  ;  et  Frédéric  mit  en  cam- 
pagne, deux  armées  dont  il  voulut 
encore  une  fois  être  le  chef.  Cette 
guerre ,  qui  fut  terminée  par  la  paix 
de  Teschen  (  1778)  ne  dura  guère 
que  six  mois ,  et  tout  s'y  passa  en 
marches  et  en  évolutions.  Le  roi  de 
Prusse  dit  que  ses  troupes  eurent  l'a- 
vantage ,  quand  elles  purent  combat- 
tre en  règle;  mais  que  les  impériaux 
l'emportèrent  dans  les  ruses  ,  dans 
les  stratagèmes  et  dans  tout  ce  qui 
est  du  ressort  de  la  petite  guerre.  Il 
contribua  encore  beaucoup  à  main- 
tenir dans  ses  limites  la  puissance 
autrichienne ,  lorsque  l'empereur  vou- 
lut céder  les  Pays-Bas  à  l'électeur  Pa- 
latin en  échange  de  la  Bavière.  Sen- 
tant combien  un  pareil  arrangement 
donnerait  de  force  et  d'action  à  cette 
monarchie  en  concentrant  sa  puis- 
sance ,  Frédéric  sonna  l'alarme  dans 
l'Empire,  et  il  y  forma  une  ligue  qui 
obligea  les  deux  souverains  à  renon- 
cer à  un  projet  qui  leur  eût  offert  des 
avantages  réciproques,  mais  qui  eût 
compromis  l'existence  de  la  Prusse. 
Tous  les  moments  que  Frédéric  ne  con- 
sacrait pas  à  la  politique  et  au  gouver- 
nement, il  les  donnait  à  la  culture  des 
lettres,  des  arts  et  de  la  philosophie. 
Sans  luxe,  sans  gardes,  retiré  dans 
son  palais  de  Sans-Souci,  il  s'y  mon- 
trait affable  et  accessible  pour  tous 
ceux  qu'un  sentiment  de  curiosité  et 
d'admiration  attirait  dans  ce  séjour. 
Les  gens  de  lettres  y  étaient  surtout 
accueillis  avec  beaucoup  d'empresse- 
ment: il  rcccvsjl  le  soir  tout  ce  qu*il 
pouvait  réunir  d'hommes  distingués 
par  leur  esprit  et  leurs  connaissances; 
el  c'était  au  milieu  d'une  telle  réunioa 


536  FRE 

qu'il  aimait  à  se  livrer  à  ces  brillantes 
ronversations,  dans  lesquelles  il  pa- 
raissait avec  taul  d'éclat ,  et  qu'il  pré- 
feVa  toujours  à  toute  autre  espèce  d'a- 
ïDusemeut.  Parlant  tour  à  tour  d'his- 
toire, d'arls  et  de  gouvernement,  il 
passait  en  revue  les  beaux  siècles  de 
ja  Gi  èce ,  de  Rorae  et  de  la  France , 
les  révolu ùons  de  la  politique  et  de 
la  littérature;  puis,  des  anecdotes  ; 
enfin  tout  ce  qu'il  y  avait  de  plus 
varié  et  de  plus  piquant ,  sortait 
tour  à  tour  de  sa  bouche  avec  un  son 
de  voix  très  doux  et  aussi  agréable 
que  le  mouveiKcnt  de  ses  lèvres  ,  où 
il  y  avait  une  grâce  toute  particulière. 
Il  meltaitdaDS  cesconversations  beau- 
coup d'abandon  et  de  liberté ,  et  ja- 
mais il  n'y  fit  sentir  son  pouvoir.  Ce- 
pendant, se  laissanttropallerà  jouir  des 
sottises  d'autrui,  il  aimait  à  tendre  des 
pièges  à  la  médiocrité,  et  il  faisait  un 
usage  trop  habituel  du  sarcnsmedont 
il  avait  contracté  l'.irt  et  le  goûl  a  l'é- 
cole de  Voltaire.  En  revanche,  il  ne 
montrait  point  de  ressentiment  sur  ce 
qu'on  disait  et  même  sur  ce  qu'on 
imprimait  contre  lui.  Sous  son  règne, 
la  liberté  de  la  presse  fut  poussée  jus- 
qu'à la  licence  ;  tt  jamais  souverain 
n'essuya  plus  de  libelles,  sans  en  pu- 
Dir  un  seul.  Voyant  un  jour  de  sa  fe- 
nêtre bfaucoup  de  monde  assemblé 
auprès  d'une  affiche  satirique  contre  sa 
personne,  il  la  fit  placer  plus  bas  afin 
qu'on  pût  mieux  la  lire.  Il  aimait  la  ta- 
ble, et  préférait  surtout  les  mets  épic«s. 
Cependant  il  mangeait  aussi  beaucoup 
de  fruits,  et  il  en  faisait  croître  à  grands 
frais  dans  des  serres  chaudes.  Son 
appétit  devint  si  excessif  dans  les  der- 
niers moments  de  sa  vie,  qu'il  mangea 
un  homard  tout  entier  la  veille  de  sa 
mort.  11  fit  tout  pour  prolonger  sonexis- 
tence;  mais  ce  fut  en  vain  qu'il  se  décida 
à  des  iucisions  et  aux  remèdes  les  plus 
dauloureux  :  ce  prince  expira  le  1 7  août 


FRE 

1786,  des  suites  d'une  hydropisîc.  Fre'- 
déric  était  d'une  taille  médiocre,  mais 
bien  propoitionnée  ;  l'habitude  de 
jouer  de  la  flûte  lui  faisait  porter  la 
tête  un  peu  inclinée  à  droite.  Dans 
sa  jeunesse  il  était  bien  à  cheval  ;  plus 
tard  il  s'y  tint  courbé  et  dans  une 
attitude  négligée.  Il  avait  d'abord  été 
grand  chasseur.  Lorsqu'il  fut  monté 
sur  \o  trône ,  il  ne  conserva  de  ce 
goût  qu'une  sorte  de  passion  pour  les 
chiens.  Il  eut  toujours  auprès  de  lui, 
un  grand  nombre  de  ces  animaux  , 
et  il  les  logeait  dans  ses  plus  beaux 
apparteruents.  Celui  qu'il  préférait 
aux  autres ,  couchait  dans  le  même 
lit  que  lui,  quoique  ce  fût  ordinai- 
rement le  plus  gros.  Les  traits  de  ce 
piince  avaient  beaucoup  d'expression, 
et  l'on  remarquait  dans  ses  yeux  toute 
l'énergie  de  son  amc.  Très  sévère 
pour  l'exécution  de  ses  ordres  ,  il  ne 
fut  cependant  point  cruel,  et  il  n'or- 
donna jamais  lui-même  la  mcrt  d'un 
seul  de  ses  sujets  :  ainsi  In  coïidainna- 
tion  d'un  ofileier  qui  lui  aurait  déxibéi 
pour  écrire  à  sa  femme,  est  un  roule 
aussi  invraisemblable  que  ridicule. 
Il  revenait  peu  d'une  première  dé- 
cision ,  comme  on  le  vit  dans  l'af- 
faire du  meunier  Arnolt,  où  !es  ma- 
gistrats les  plus  intègres  furent  sacri- 
fiés à  une  sorte  d'obs'inatiou ,  qui  ve- 
nait au  reste  beaucoup  plus  de  son 
habitude  du  despotisme  mihtaire  que 
du  fonds  de  son  caractère.  Ce  qui  le 
prouve,  c'est  que  Frédéric  se  laissa 
quelquefois  désarmer  par  une  saillie 
et  une  heureuse  réj.onse,  comme 
on  le  vit  à  l'égard  du  meunier  de 
Sans  -  Souci.  Ce  meunier  refusait  de 
lui  vendre  son  moulin.  «  Sais-tu  bien, 
»  lui  dit  le  prince ,  que  je  pourrais 
»  prendre  ton  mouliu  sans  l'en  don- 
»  ner  nu  sou.  —  Oui  bien,  rcpoi>flit 
»  le  meunier,  s'il  n'y  avait  pas  une 
a  chambre  de  justice  à  Berlin.  »  Ou  a 


FRE 

à'ït  que  Frédéric  manquait  de  sensi- 
bilité ;  cependant  il  en  a  montré  dans 
plusieurs  occasions  :  il  traitait  d'une 
manière   tout-à  fait  affectueuse  ceux 
qui  lavaient  ser\i  avec  zèle ,  et  i*on 
trouve  des  traiis  fort  touchants  dans 
sa   correspondance  avec  le  général 
Fouqué.  Il  aimait  de  la  manière  la 
plus  tendre  plusieurs  de  ses  parents  , 
surtout  la  duchesse  de  Bareutli  (  Foj-. 
Bareuth  au  Supplément).  Il  av-»it 
éprouvé  tant  de  tracasseries  et  d'in- 
gratitude de  la  part  des  gens  de  lettres 
et  surtout  des  Français ,  que  vers  la 
fin  de  sa  vie,  sans  s'éloigner  de  la 
littérature ,  il  prit  plus  de  goût  pour 
]a  vie  solitaire.  Ce   fut  alors  qu^on 
voulut  le  tourner  du  côté  de  la  litté- 
rature allemande;  mâk  il  continua  à 
préférer  celle  des  Français ,  et  il  releva 
même  avec  beaucoup  de  goût  dans  une 
petite  brochure  qui  parut  en  i  ■;8o  , 
les  défauts  delà  littérature  germani- 
que.  Nous   avons    dit    que    Frédé- 
ric s'éloigna  toujours  du  commerce 
des  femmes  j  ses  ennemis  ont  expli- 
qué cette  bizarrerie  d'une  manière  qui 
le  rapproche  à  cet  égard  de  quelques 
hommes  fameux  de  l'antiquité.  11  s'en 
est  à  peine  défendu.  On  sait  qu'il  avait 
dans  tous  ses  palais  des  statues  d'Anti- 
noiis,et  qu'il  aimait  beaucoup  qu'on  le 
comparât  à  Tempercur  Adrien.  Gomme 
général  et  comme  horame  d'état ,  Fré- 
déric ne  peut  e:re  comparé  qu'à  César. 
Sa  carrière  fut  plus  longue,  et  elle  ne 
fut  pas  moins  glorieuse  que  celle  du 
premier  empereur.  Comme  lui,  il  se 
montra  supérieur    dans  les  armes , 
et  dans  le  gouvernement:  s'il  ne  par- 
vint pas  à  la  même  supériorité  dans 
les  lettres ,  c'est  parce  qu'il  écrivit  dans 
une  langue  étrangère  j  les  défauts  du 
style  peuvent  seuls  empêcher  qu'on  ne 
place  son  Histoire  de  mon  temps  à 
côté  des  Commentaires.  On  a  accusé 
Frédéric  de  icmérilé^  mais  sa  posilioa 


FRE  587 

l'obligea   souvent  à  des  entreprises 
hasardeuses.    Ses    talents    politique* 
sont  donc  incontestables  ,  et  ils  con- 
venaient surtout  au  chef  d'une  mo- 
narchie absolue. Comme  général,  il  est 
sans  aucun  doute  le  premier  des  temps 
modernes;  et  César  ne  fit  pas,  dans 
la  tactique  des  anciens,  une  révolu- 
tion semblable  à  celle  que  Frédéric  a 
opérée  dans  la  nôtre.  Ennemi  déclaré 
de  la  Révélation  et  de  la  théologie ,  il 
paraît  cependant  avoir  varié  dans  ses 
opinions  sur  la  Divinité;  mais,  pour 
la  morale  pratique ,  il  n'eut  d'autres 
guides  que  ses  penchants  et  son  in- 
térêt. Il  se  montra  fort  tolérant  er- 
vers  tous  les  cultes;  et  les  catholi- 
ques de  la  Silésie,  qui  l'avaient  d'aboi  d 
redouté,  n'eurent  pas  à  se  plaindie 
de  son  pouvoir.  Il  accueillit  même 
les  jésuites  dans  ses  états ,  lorsqu'ils 
furent  repoussés  par  tous  les  souverains 
catholiques  ;  et  il  les  employa  très  utile- 
ment pour  l'éducation.  On  rapporte 
de  lui  quelques  traits  de  clémence  cl 
d'humanité;  et  l'on  sait  qu'il  fut  surtout 
très  facile  à  oublier  les  injures  et  les 
torts  les  plus  graves.  Voltaire,  qui  l'a 
si  indignement  calomnié,  a  éprouvé 
lui-même  cet  excès  de  bonté.  Ce  mo- 
narque connaissait  tous  les  membres 
de  la  commission  qui  l'avait  jugé  par 
ordre  de  son  père  ;  il  savait  comment 
chacun  d'eux  avait  opiné ,  et  il  ne  leur 
en  témoigna  jamais  le  moindre  resscn- 
timent»Quinze  ans  après  qu'il  fut  mon- 
té sur  le  trône, on  lui  entendit  dire  : 
«  Il  existe  cependant,  à  Berlin ,  un 
»  homme  qui  m'a  condamné  k  avor 
»  la  tête  tranchée;  et  cet  homme  que 
»  je  connais,  dîne  tranquillement  chez 
»  lui.  )>  Lorsque  les  calomnies  de  Vol- 
taire furent  publiées  en  un  volume  ^ 
sous  le  titre  de  Fie  privée  du  roi  de 
Prusse ,  le  secrétaire  de  ce    prince 
ayant  voulu  les  réfuter,  Frédéric  lui  dit  ; 
«  G«k  ne  vaut  pas  la  peine  que  vous 


58$ 


FRE 


V  prendriez;  c'est  a  moi  de  faire  mon 
»  devoir ,  et  de  laisser  dire  les  mé- 
»  chants .  »    On   l'a  souvent  accusé 
d'ingratitude  ;  et  l'on  ne  peut  dissi- 
muler qu'il  n'ait  mérite'  ce  reproche  , 
par  l'oubli  dans  lequel  il  laissa  tous 
ceux  qui  lui  avaient  rendu  des  ser- 
vices lorsqu'il  était  prince  royal,  par- 
ticulièrement le  jeune  Keilh  ,  qui  de- 
vait l'accompagner  dans  son  évasion, 
et  la  famille  Wrech ,  qui  s'était  expo- 
sée à  de  si  grands  dangers  pour  adou- 
cir sa  captivité  de  Custrin.  Voltaire  a 
dit,  à  cette  occasion ,  que  de  même  que 
Louis  XII  avait  oublié  de  venger  les  in- 
jures faites  au  duc  d'Orléans,  Frédéric 
oublia  de  payer  les  dettes  du  prince 
royal.  Parmi  un  grand  nombre  d'épi- 
taphes  qui  furent  composées  pour  son 
tombeau,  l'on  remarque  celle  du  baron 
de  Suhm  :  ffîc  cujus  laus  maxima 
Fredericus  II ,   Borussoriim  rex  , 
armis  Cœsar  ,  pace  Augustiis ,  m 
republicd  f;;erendd  Fespasianus,  phi- 
loscphidMarcuSy  vitd^ntoninus,  re- 
giim  exemplum ,  sine  exemplo  ma- 
ximus.  Lrs  Allemands  l'ont  nommé 
Frédéric  Vunique.  On  a  donné  plu- 
sieurs éditions  de  ses  œuvres,  et  il  en 
a   fait  imprimer  lui-même  quelques 
volumes  à  Berlin.  La  plus  complète 
est  celle  d  Amsterdam  (  Liège  ),  23 
vol.  in-8". ,   1790.   On   y  a  mis  de 
nouveaux  frontispices  en   i8o5.  Les 
OEuvres  primitives,  ou   celles  que 
l'auteur  publia  pendant  sa  vie,  rem- 
plissent les  quatre  premiers  volumes. 
Voici  la  liste  de  tous   les  écrits  qui 
composent  celte  collection  :  i  **.  Uan- 
timachiavel.   '2".    Instructions    mi- 
litaires pour  ses  généraux.  3'\  Cor' 
respondance    amicale   de    Frédé- 
ric   avec   le   général   Fouqué,   4**» 
Mémoires  pour  seivir  à  Vhistoire 
de  la  maison  de  Brandebourg.  5*". 
Les  poésies  du  philosophe  de  Sans- 
Souci.  Q",  Fariétés  philosophi^es  j 


FRE 

où  Ton  remarque  les  Éloges  de  Vol- 
taire et  de  Lamélrie.  ■y'*.  Histoire  de 
mon  temps  ,  (de  i  740  à  1745  ).  8". 
Histoire  de  la  guerre  de  sept  ans 
(1757  à  1763).  9'.  Mémoires  de- 
puis la  paix  de  Huherlsbourg  {i ']6'5 
31775).  10".  Mémoires  de  la  guerre 
de   1778.  11".   Correspondance  de 
Vempereur  et  de  l'impératrice  reine 
avec  Frédéric ,  au  sujet  de  la  suc- 
cession de  Bavière.  1 2".  Considé- 
raiions  sur  Vétat  présent  du  corps 
politique  j{o\\\'T.^ç^Qcom\)Osc  en  1 782.) 
i3".  Essai  sur  les  formes  des  gou" 
vernements  et  sur  les   devoirs  des 
souverains.  1  /\".  Dialogue  des  morts. 
1 5".  Examen  critique  du  livre  inti- 
tulé, Système   de  la  nature.    16". 
Dissertation  sur  l'innocence  des  er- 
reurs de  r esprit.  17".  Des  poésies, 
18".  Correspondance  avec  madame 
du  Chdtelet ,  Voltaire  ,  Fontenelle, 
le  marquis  d'Argens  ,  d" Alembert , 
etc.  1 9".  Avant-propos  sur  la  Hen- 
riade.  La  nouvelle  Fie  de  Frédéric 
II ,  par  Denina,  forme  le  XXI V'\ 
vol.  de  la  collection.  On  attribue  à 
Frédéric  les  Béjlexions  sur  les  talents 
militaires    et  sur  le  caractère  de 
Charles  XII ,  de  main  de  maître. 
On  a  publié  à  Berlin,  en  1792,  des 
Lettres  inédites  ou  Correspondance 
de  Frédéric  avec  M.  et  M"**,  de  Ca- 
mas,  I  vol.  in- 12.  Cette  correspon- 
dance est  très  remarquable ,  et  elle  a 
eu  beaucoup  de  succès.  On  a  encore 
publié  à  Paris,  en  1808,  Caractères 
des  personnages  les  plus  marquants 
dans  les  différentes  cours  de  V Eu- 
rope ,  extraits  des  ouvrages  de  Fré- 
r/enc.  L'éditeur  avait  donné,  en  1807, 
des  Mémoires  historiques  et  critiques 
sur  la  civilisation  des  différentes  na- 
tions  de  l'Europe  au  XVII'.  et  au 
XV IIP.  siècle ,  par  Frédéric-le-^ 
Grand,  i  vol.  in  -  8  *.  Le  meilleur  ou 
vrage  anglais  sur  Frédéric  II ,  est  ce 


} 


FRE 

lui  de  GiUics ,  intitulé  :  Tableau  du 
résine  de  Frédéric  II,  avec  un  pa- 
rallèle entre  ce  prince  et  Philippe  II 
de  Macédoine  ,\,ouàves,  1809.  L'ou- 
Trage  du  professeur  Biisching,  intitulé 
Caractère  de  Frédéric  11^  traduit  de 
Tallemand,  contient  des  anecdotes  bien 
choisies.  Les  Souvenirs ,  de  Tiiiébault , 
présentent  le  même  avantage,  mais  ils 
sont  d'une  excesssive  prolixité.  L'ou- 
vrage intitulé  Fie  de  Frédéric  II , 
Strasbourg,    1787,  4  vol.  in -12, 
n'est  qu'une  mauvaise   compilation. 
Plusieurs  écrivains  militaires  se  sont 
exercés  sur  les  campagnes  de  Frédéric. 
Les  écrits  les  plus  remarquables  dans 
ce  genre,  sont  ceux  de  l'dng'ais  Lloyd, 
et   du  général    prussien   ïempelhof 
(  Vof.  ces  deux  noms).  Le  général 
Jomini  s'est  beaucoup  servi  de  ces 
deux  ouvrages ,  pour  son  Traité  des 
grandes  opérations  militaires,  où  il 
paraît  n'avoir  donné  \' Histoire  criti- 
que des  campagnes  de  Frédéric, 
comparées  à  celles  de  Vempereur 
Napoléon  y  qu'afin  d'élever  celui -ci 
d'une  manière  tout-à-fait  indécente , 
aux  dépens  du  monarque  prussien. 
Quoique  sûrs  que  puissent  être  d'ail- 
leurs les  principes  du  général  Jomini 
sur  la  tactique  militaire,  il  est  évident 
que  dans  cette  occasion  il  a  tout  sa- 
crifié à  son  héros  de  ce  temps-là ,  et 
qu'il  n'a   pas  voulu  considérer  que 
Frédéric  fit  des  choses  très  grandes 
et  très  difficiles  avec  de  fort  petits 
moyens ,  tandis  que  Buonaparte  a  fait 
des  sacrifices  iuouis  et  des  pertes  im- 
menses,   pour  n'arriver  qu'aux  plus 
déplorables   résultats.    L'ouvrage  de 
Mirabeau  inlifulé,  De  la  Monarchie 
prussienne  sous  Frédéric-le-  Grand, 
est  une  de  ces  compilations  que  l'au- 
teur faisait  transcrire  par  des  copistes 
(  Fojr.  Mirabeau  ).  V Éloge  histori- 
que de  Frédéric  II ,  par  Guibert , 
est  un  beau  morcfau  d'éloquence  j 


FRE  580 

mais,  faute  de  matériaux  suffisants, 
l'auteur  y  a  laissé  des  lacunes  impor- 
tantes. M — D  j. 

FRÉDÉRIC  I".,  roi  de  Suède, 
de  la  maison  de  Hesse-Gassel,  né  à 
Gassel  en   1676,   entra   jeune  dans 
la  carrière  des  armes ,  et  obtint  le  com- 
mandement des  troupes  hollandaises 
pendant  la  guerre  de  la  succession 
d'Espagne.  Quoiqu'il   pût   rarement 
fixer  la  victoire  sous  ses  drapeaux, 
il    déploya    des    talents    militaires. 
Ayant  épousé  en  1 7 1 5  Ulrique  Eléc- 
nore,  sœur  de  Charles  XII,  il  en- 
tra au    service  de   Suède   avec    le 
titre  de  généralissime.  Lorsque  Char- 
les fut  tué  à  Fridérikshall ,  le  prin- 
ce  de   Hesse  -  C^ssel ,   qui  était  a 
peu  de  distance  de  cette  forteresse, 
prit  le  commandement  de  l'armée.  Il 
vit  bientôt  un  parti  se  former  pour 
lui,  et  il  put  dès-lors  se  flatter  de 
parvenir  au  trône.  Le  choix  tomba 
cependant  d'abord  sur  Ulrique-Eléo- 
nore;  mais  peu  après  son  avènement, 
cette  princesse,  très  attachée  à  son 
époux,  et  dépourvue  d'ailleurs  des 
qualités  nécessaires  pour  régner  dans 
les  circonstances  difficiles  oîi  se  trou- 
vait la  Suède ,  fit  déclarer  à  la  diète 
qu'elle  ne  voyait  d'autre  moyen  de 
sauver  l'état  que  de  remettre  les  rênes 
du  gouvernement  entre  les  mains  de 
Frédéric;  et  les  représentants  de  la 
nation  procédèrent  à  l'élection  de  ce 
prince,  il  fut  proclamé  roi  le  26  mars 
1720,  après  avoir  quitté  la  religion 
réformée  dans  laquelle  il  était  né,  pour 
embrasser  le  luthéranisme ,  et  après 
avoir  signé  la  constitution  établie  en 
17 19,  ainsi  que  les  articles  ajoutés 
depuis   par  les   états.  Les  premiers 
soins  du  roi  eurent  pour  but  de  ren- 
dre la  paix  au  royaume ,  les  hostilités 
continuant  encore  avec  le  Danemark 
et  la  Russie.  Frédéric  se  rapprocha  de 
ces  deux  puissances ,  qui  signèrent  la 


5()o  FRE 

paix,  Tune  à  Fredensboiirg  en  1720, 
Tautre  à  Nystadt  en  1 72 1 .  La  Suède 
fut  enfin  délivrée  de   celte    longue 
guerre  qui  avait  dure  vingt  ans,  et 
qui  avait  épuisé  ses  ressources.  Mais 
il  s'éleva,  peu  après,  des  divisions  in- 
térieures, et  il  se  forma  deux  partis, 
qui  domioèrent   alternalivemeut   au 
sénat  et  aux  diètes  pendant  un  demi- 
siècle.  Le  roi,  dont  le  pouvoir  était 
très  circonscrit,  sut  ménager  les  es- 
prits avec  tant  d'babilelé  que  sans  em- 
ployer aucun  moyen  violent  il  main- 
tint son  autorité,  et  parvint  presque 
toujours  à  son  but.  Il  fut  cependant 
obligé,  en  1740,  de  consentir  à  la 
guerre  contre  la  Russie ,  quoiqu'il  ne 
l'approuvât  point.  Celte  guerre  eut 
l'issue  la  plus  malheureuse;  et  toute 
la  Finlande  tomba  au   pouvoir    de 
Tenncmi.  Pour  sortir  plus  facilement 
de  cette  situation  critique,    les  élats 
assemblés  en  1745  déclarèrent  que 
Frédéric  n'ayant  point  d'enfants ,  il 
fallait  lui  nommer  un  successeur,  et  dé- 
signèrent Adolphe-Frédéric  de  Hols- 
tein ,  favorisé  par  la  cour  de  Pélers- 
"hourg.  Peu  après  ,  la  paix  fut  signée 
dans  la  ville  d*Abo;  et  la  Suède  re- 
couvra la  Finlande ,  à  rexception  de 
quelques  districts  limitrophes.  C('pen- 
dant  le  choix  du  successeur  n'avait 
pas  obtenu  une  approbation  générale  ; 
et  les  Dalécarliens    marchèrent  sur 
Stockholm  dans  le  dessein  d'appuyer 
les  partisans  du  prince  royal  de  Da- 
nemark. Frédéric  fut  au-devant  d'eux, 
pour  les  engager  à  retourner  dans 
leurs  foyers;  mais  ils  avancèrent,  et 
il  fallut  employer  le  canon  pour  les 
réduire.  Le  calme  ayant  été  rétabli , 
Frédéric  régna  paisiblement  jusqu'à 
sa  mort ,  et  les  projets  pour  le  bien 
public  furent  repris  avec  un  nouveau 
zèle.  Une  activité  générale  s'était  ma- 
nifestée dans  la  nation  après  la  mort 
de  Charles  XII  pour  le  rétablissement 


FRE 

de  la  prospérité  intérieure.  L'agri- 
culture, les  fabriques,  le  commerce, 
les  sciences  et  les  arts  étaient  deve- 
nus les  objets  des  délibérations  du  sé- 
nat et  de  la  diète.  Le  loi  encouragea 
ce  zèle  patriotique ,  et  sut  imprimer  à 
son  règne  un  caractère  d'utilité  pu- 
blique, dont  l'histoire  a  consacré  le 
souvenir.  Pendant  ce  règne,  la  popu- 
l.jtion  de  la  Suède  augmenta  de  près 
d'un  million  d'habitants  ;  le  com- 
merce de  ce  pays  s'étendit  dans  toute 
l'Europe ,  à  la  Chine  et  en  Amérique; 
il  se  forma  des  ateliers  d'industrie  et 
des  établissements  d'éducation.  Un 
nouveau  code  embrassant  les  lois  ci- 
viles et  criminelles  fut  publié  en  1 734  ; 
et  peu  après,  le  roi  donna  la  sanction 
royale  à  l'établissement  de  l'académie 
des  sciences  de  Stockholm.  Frédéric 
avait  hérité ,  à  la  mort  de  son  père ,  en 

1 750,  du  landgraviatde  Hesse-Cassel. 
Ce  pays  lui  rendait  annuellement  près 
de  cent  mille  ducats ,  dent  il  tira  un 
parti  très  avantageux  dans  plusieurs 
circonstances.  Ce  prince  mourut  en 

1751.  Il  avait  épousé  de  la  main 
gauche  ,  du  vivant  de  la  reine,  la 
comtesse  de  Taube,  dont  il  eut  un 
fils  et  une  fille,  qu'il  fit  élever  sous 
le  nom  de  Hessenstein ,  et  auxquels  il 
assura  un  héritage  considérable.  Lors- 
que ce  mariage  fut  parvenu  à  la  con- 
naissance du  public,  les  états  en  té- 
moignèrent un  grand  mécontente- 
ment, et  le  roi  fut  obligé  d'éloigner 
la  comtesse  pour  quelque  temps  de  la 
capitale,  C — au. 

FRÉDÉRIC  DE  IIOLSTËIN, 
roi  de  Suède.  Voy,  Adolphe-Fré- 
déric. 

FHÉDÉKIC  D'AUTRICHE  (i)  , 
fils  aîné  du  duc  Léopold  II,  était  né 
vers  la  fin  du  14^  siècle.  Il  eut  pour 
apanage  le   comté  de  Tyrol.  Sigis- 

(0  C'ett  le  quatriùiac  priace  d'Autriche  du  nom 
d«  Frédéric. 


FRE 
Mond  occupait  alors  Terapire  fVAlIe- 
magne;  et  ce  prince  avait  convoqué 
un  concile  à  Gonsfance  pour  terminer 
le  schisme  qui  divisait  l'Eglise.  Avant 
de  s'y  rendre  ,  Jean  XXI II  s'assura 
la  protection  de  Frédéric  ,  et  lui 
donna  en  échange  le  titre  de  général 
de  ses  troupes,  avec  la  promesse 
d'une  pension  de  six  mille  florins 
d'or.  L'empereur  fît  entourer  par  ses 
soldats  la  salle  d'assemblée  du  con- 
cile ,  et  se  rendit  par-là  maître  de  ses 
décisions.  A  cette  nouvelle,  la  IVayeur 
s'empara  du  pape;  il  s'enfuit  déguise 
en  postillon  ,  et  se  réfugia  dans  un 
château  appartenant  à  Frédéric,  où  il 
resta  caché.  Sigismond  mit  Frédéric 
au  ban  de  l'Empire,  et  obligea  les 
pères  du  concile  à  ^excommunier. 
Ce  prince,  trop  faible  pour  résister 
à  Sigismond,  consentit,  pour  le  flé- 
chir, à  lui  demander  pardon  à  ge- 
noux ,  et  lui  livra  le  malheureux 
Jean  XXIII  (  Toj.  Jean  XXIII  ). 
L'année  suivante  (  i4i6) ,  le  concile 
déclara  que  Frédéric  devait  restituer 
les  villes  dont  il  s'était  emparé  sur 
l'évêque  de  Constance  ,  sous  peine 
d'être  privé  lui  et  ses  enfants  de  tous 
ses  flefs  de  l'Eglise  et  de  l'Empire. 
Sigismond  appuya  la  décision  du  con- 
cile; et  Frédéric  prit  la  fuite.  Pen- 
dant ce  temps-là ,  son  frère  se  mit  en 
possession  du  Tyrol;  et  les  Suisses 
profitèrent  de  cet  état  de  troubles  pour 
s'approprier  quelques  villes.  Albert 
son  parent  fit  une  seconde  fois  la  paix 
avec  Sigismond  (  V.  Albert  V  ).  Le 
Tyrol  lui  fut  rendu  ;  mais  les  Suisses 
gardèrent  ce  qu'ils  avaient  pris.  Fré- 
déric mourut  en  1 439.  W — s. 

FRÉDÉRIC  1".,  surnommé  le 
Viclorieux ,  électeur  Palatin  ,  l'un 
des  plus  grands  princes  de  sa  mai- 
son, était  fils  de  l'électeur  Louis-le- 
Barbu,  et  frère  puîné  de  Louis,  sur- 
nommé le  Doux.  Louis-le-Doux ,  q_ui 


FRE  Sot 

avait  succédé  à  son  père  dans  l'élec- 
torat,  mourut  en  i449  ?  laissant  un 
fils  nommé  Philippe  ,  qui  n'avait 
qu'un  an.  Frédéric,  oncle  de  cet  en- 
fant, prit  les  rênes  du  gouverne- 
ment et  le  titre  d'électeur.  Il  con- 
serva ce  titre  et  le  pouvoir  qui  y 
était  attaché,  pendant  toute  sa  vie,  eu 
s'engageant  à  ne  point  se  marier^  de 
manière  que  l'électorat  pût  retourner 
à  Philippe.  11  ne  tint  pas  parole  à  la 
lettre  ;  car  il  épousa  ,  dans  la  suite, 
Claire  de  Wertheim  ;  mais  les  en- 
fants qui  naquirent  de  ce  mariage  ne 
furent  pas  déclarés  habiles  à  succéder, 
et  on  leur  donna  le  titre  de  comtes  de 
Lœwenstcin.  Frédéric  gouverna  avec 
une  grande  prudence  ,  et  déploya 
dans  plusieurs  occasions  un  courage 
héroïque.  Le  pape  ayant  déposé 
Thierry  ,  archevêque  de  Maïcnce ,  et 
conféré  cette  dignité  à  Adolphe  de 
Nassau ,  Frédéric  se  déclara  en  fa- 
veur de  Thierry,  sans  avoir  égard  à 
la  protection  que  l'empereur  et  plu- 
sieurs princes  d'Allemagne  donnaient 
à  Adol[)he.  L'évêque  de  Metz,  le  mar- 
grave de  Bade  et  d'autres  princes 
s'étant  jetés  sur  les  étals  de  l'électeur 
Palatin,  celui-ci  leur  livra  bataille, 
les  défit  complètement,  et  les  fît  tons 
trois  prisonniers.  11  les  obligea  de  lui 
céder  plusieurs  places,  et  de  lui  payer 
cent  mille  florins.  L'empereur  l'ayant 
rais  au  ban  de  l'Empire, il  ne  se  trouva 
personne  qui  osât  se  charger  de  Texé- 
cution.  Frédéric  mourut  en  1476^  et 
Philippe  son  neveu  lui  succéda. 

C— AU. 

FRÉDÉLUG  II  ,  surnomme  le 
»Sfl^e,  électeur  Palatin,  fils  puîné  de 
Philippe  ,  succéda  en  i544  à  son 
frère  Louis-le-Pacifîque.  Il  avait  dès 
sa  jeunesse  été  attaché  à  Charlcs- 
Quint ,  avait  vécu  à  sa  cour,  et  l'avait 
accompagné  dans  ses  voyages.  11  ren- 
dit à  ce  prince  de  grandi  senriccs  ea 


^Q^  F  RE 

Allemagne  j  et  il  reçut  de  lui  des 
preuves  signalées  de  reconnaissance 
et  d*aftccfion.  Charles-Quint,  eu  don- 
nant à  Frëde'ric  l'investiture  de  la 
dignité  de  l'éleclorat ,  ajouta  à  ses 
armes  le  globe  impérial ,  tant  pour 
lui  que  pour  ses  successeurs.  "L'élec- 
teur s'attira  néanmoins  dans  la  suite 
la  disgrâce  de  l'empereur  en  donnant 
contre  lui  du  secours  au  duc  de  Wur- 
teiiiberg  ,  avec  qui  il  avait  une  al- 
liance défensive  :  mus  Charles- Quint 
s'apaisa  lorsque  Frédéric  eut  accepté 
Vinlerim ,  qui  fixait  provisoirement 
en  Allemagne  l'état  de  la  religion. 
L'électeur  traita  cependant  avec  une 
grande  prédilection  les  protestants 
de  ses  états  ;  et  Othon-IIenri  son  ne- 
veu et  son  successeur  adopta  ouver- 
tement le  luthéranisme.  Frédéric  II 
mourut  en  1 55 4.  Ses  deux  neveux, 
Othon  -  Henri  et  Philippe-Ie-Belli- 
queux  n'ayant  point  laissé  d'enfants, 
l'ancienne  branche  électorale  se  trouva 
éteinte  en  i557  ;  et  l'éleclorat  passa 
à  la  branche  de  Simmereu.  C — au. 

FRÉDÉRIC  m,  surnommé  le 
Pieux  y  premier  électeur  Palatin  de 
la  branche  de  Simmercn  ,  succéda  à 
Othon-Henri  en  1557.  11  embrassa 
la  religion  réformée,  et  s'y  dévoua 
si  étroitement  que  tous  les  efforts  de 
l'empereur  Ferdinand  I'^.  ne  purent 
l'en  détacher.  Ce  monarque  eût  voulu 
que  l'électeur  eût  retourné  à  la  religion 
catholique,  ou  qu'il  eût  embrassé  la  lu- 
thérienne, introduite  dans  ses  états 
par  un  de  ses  prédécesseurs.  Il  le 
menaça  de  lui  faire  perdre  la  dignité 
électorale  ,  et  de  la  conférer  à  l'un 
de  ses  fils.  Mais  Frédéric  persista  dans 
sa  croyance,  et  s'allia  avec  les  pro- 
testants de  France.  Ce  fut  sous  son 
règne  que  Frankendal,  qui  n'avait  été 
qu'un  monastère,  devint  une  ville. 
Frédéric  y  appela  des  Flamands  chas- 
sés de  leur  pays  pour  cause  de  reli- 


FRE 

gion.  Ce  prince  mourut  en  iS^Ô  ,  el 
fui  remplacé  par  son  fils  Louis ,  nom- 
mé le  Facile,  qm  abandonna  le  cal- 
vinisme pour  se  faire  luthérien  :  mais 
son  frère  Jean  -Casimir  persista  dans 
le  calvinisme;  et  la  principauté  de 
Lautern  que  son  j)ère  lui  avait  don- 
née en  apanage,  devint  le  refuge  des 
ministres  calvinistes  ou  réformés  que 
son  frère  l'électeur  chassait  de  ses 
états.  C — AU. 

^  FRÉDÉRIC  IV,  électeur  Palatin, 
n'avait  que  sept  ans  lorsqu'il  suc- 
céda en  i585  à  Louis -le- Facile, 
dont  il  était  le  fils  unique.  Louis  avait 
désigné  Jean  -Casimir  pour  cire  le 
tuteur  de  son  fils;  maisà  cause  de  la  dif- 
férence de  leurs  sentiments  en  matière 
de  religion,  il  lui  avait  associé  quel- 
ques-uns de  ses  conseillers,  sans  le 
consentement  desquels  il  ne  devait 
rien  statuer  sur  le  gouvernement  ecclé- 
siastique. Jean  -  Casimir  ne  s'embar- 
rassa point  de  celte  disposition;  el 
prétendant  que  la  tutelle  lui  apparte- 
nait exclusivement  en  vertu  de  la  bulle 
d'or,  il  fit  élever  son  neveu  dans  les 
sentiments  des  calvinistes.  Le  jeune 
prince  s'y  attacha  beaucoup;  et  aussi- 
tôt qu'il  eut  été  investi  du  gouverne- 
ment, il  établit  une  étroite  corres- 
pondance avec  la  reine  d'Angleterre , 
la  Hollande  et  les  prolestants  de  Fran- 
ce. Cette  conduite  luiallirala  haine  delà 
maison  d'Autriche.  H  gouverna  ce- 
pendant paisiblement,  et  prit  plu- 
sieurs mesures  pour  faire  prospérer 
ses  états.  Ce  fut  sous  son  règne  que 
Manheim,  qui  jusqu'alors  n'avait  élc 
qu'un  village  ,  devint  une  ville  ,  où 
dans  la  suite  ont  résidé  les  électeurs. 
Frédéric  IV  mourut  l'an  lOio.  Il 
laissa  de  son  mariage  avec  Louise- 
Julienne  de  Nassau  -  Orange  deux 
fils,  Frédéric,  qui  lui  succéda,  et 
Louis- Philippe,  qui  eut  pour  apa- 
nage Simmercn  cl  Lautern.  La  dcr- 


FRE 
nière  de  ces  possessions  fut  enle- 
vée à  celui-ci  par  le  traité  de  paix  de 
Westphalie,  pour  être  donnée  à  la 
branche  électorale.  Le  même  prince 
laissa  un  fils,  Louis-Henri-Mauricc , 
qui  mourut  sans  postérité  en  1675: 
après  sa  mort  la  principauté  de  Sim- 
meren  échut  à  l'électeur.     C — au. 

FRÉDÉRIC  V,  électeur  Palatin 
et  roi  de  Bohème,  fils  de  Frédéric  IV, 
prit  possession  de  l'éîectorat  à  la  mort 
de  celui-ci  en  16 10.  Il  épousa  en  1618 
Elisabeth,  fille  de  Jacques  F^.,  roi 
d'Angleterre  ,  et  rehaussa  par  celte 
alliance  l'antique  illustration  de  sa 
maison.  Il  fut  bientôt  regardé  comme 
le  chef  du  parti  protestant  en  Alle- 
magne, et  fixa  sur  lui  l'attention  de 
tout  l'Empire  et  de  toutes  les  puis- 
sances protestantes.  Les  habitants  du 
royaume  de  Bohème,  où  le  protes- 
tantisme avait  fait  de  grands  progrès , 
s'ctant  révoltés  contre  Ferdinand  II , 
choisirent  Frédéric  pour  leur  roi.  Le 
prince  Maurice  d'Orange  son  proche 
parent  et  le  duc  de  Bouillon  le  solli- 
citèrent d'accepter.  II  balançait  ce- 
pendant ,  d'autant  plus  que  son  beau- 
père  Jacques  P*^.  le  détournait  d'une 
résolution  qui  lui  paraissait  dange- 
reuse. Mais  Elisabeth  était  plus  am- 
bitieuse: séduite  par  l'éclat  du  dia- 
dème, et  voulant  que  le  rang  de  son 
époux  égalât  celui  de  son  père ,  elle 
appuya  les  solHcitations  du  prince 
d'Orange  ,  du  duc  de  Bouillon ,  et 
parvint  à  persuader  Frédéric.  Ce 
prince  signa  l'acte  d'élection ,  mais  en 
répandant  des  larmes  qui  ne  furent 
que  trop  justifiées  par  l'issue  de  la 
lutte  où  il  s'engageait.  Il  fit,  peu  après, 
ime  entrte  triomphante  à  Prague ,  où 
il  y  eut  des  fêtes  qui  coûtèrent  à  la 
bourgeoisie  cinquante  mille  florins. 
Cependant  l'armée  autrichienne  ap- 
prochiit;  et  le  nouveau  roi  n'avait 
ni  ia  fermeté  ni  ks  troupes  néces- 

XV. 


FRE  593 

saires  pour  résister  avec  succès.  Le 
8  novembre  i6'2o,  son  armée  fut  at- 
taquée sur  une  hauteur  près  de  Pra- 
gue, pendant  que  lui-même  il  atten- 
dait dans  la  ville  l'issue  de  la  ba- 
taille.  Les  ennemis  remportèrent  une 
victoire  complète.  Cet  événement  fut 
le  signal  de  la  guerre  qui  dura  trente 
ans.  L'empereur  victorieux  mit  Fré- 
déric au  ban  de  l'Empire,  et  disposa 
de  ses  états  héréditaires  et  de  la  di- 
gnité électorale  en  faveur  du  duc  de 
Bavière.  Ce  fut  alors  que  la  fameuse 
bibliothèque  de  Heidelberg  ,  dont 
les  Bavarois  s'étaient  ^emparés ,  fut 
envoyée  à  Rome  pour  enrichir  celle 
du  Vatican.  Frédéric  chercha  avec  sa 
famille  un  asile  en  Silésie ,  en  Bran- 
debourg et  en  Hollande.  Lorsque  Gus- 
tave-Adolphe eut  remporté  les  vic- 
toires qui  vengèrent  les  protestants 
d'Allemagne,  l'électeur  fugitif  se  ren? 
dit  dans  son  camp.  Le  vainqueur  de 
Leipzig  ne  s'expliqua  point  sur  ses. 
projets  ,  et  mourut  peu  après  en 
i652.  Frédéric  termina  sa  carrière  à 
Maïence  le  29  novembre  de  la  mêm« 
année;  et  le  sort  de  sa  famille  resta 
long-temps  incertain.  Sa  veuve  de- 
meura en  Hollande  :  ie  fils  aîné  périt 
près  de  ce  pays ,  à  bord  d'un  petit 
bâtiment  qui,  en  allant  à  pleines  voiles 
dans  la  nuit,  donna  contre  un  grand 
vaisseau ,  et  fut  brisé  par  le  choc.  Le 
second  fils,  Charles -Louis,  fit  de 
vains  efforts  pour  recouvrer  les  états 
de  son  père  ;  il  fut  détenu  quelque 
temps  prisonnier  à  Vincennes  par  or- 
dre de  Richelieu,  et  perdii  ensuite 
une  bi taille  qu'il  livra  à  la  tête  d'un 
corps  de  troupes  rassemblé  par  ses 
soins  et  ceux  de  ses  amis.  De  meil- 
leures destinées  succédèrent  cepen- 
dant à  toutes  ces  infortunes.  A  la 
paix  de  Westphalie ,  Charles-Louis 
fut  réintégré  dans  le  Palaîinat,  et  un 
huitième  électorat  fut  créé  en  sa  faveur. 

38 


ac)4  fï^Ê 

(  F.  GaAftLES-î.ouis,  VHI,  177.  )  La 
priucesse  Sophie ,  ayant  été  mariée  à 
Ernest- Auguste  de  BrunsYsâck -Ha- 
novre, porta  dans  cette  maison  des 
droits  à  la  couronne  d'Angleterre , 
qui  prévalurent  au  parlement  ;  ^ 
George  son  fils  régna  sur  les  bords 
de  la  Tamise.  La  princesse  Elisabeth 
devint  célèbre  par  son  zèle  pour  les 
scieiices. ( Fo^ez  Elisabeth,  XIII, 

64.)  C— AU. 

FRi^^l^RIG.  Vcryez  Bade,  Ba- 
vière, Brandebourg,  Brunsvs^ick., 
Gonzague,  Hesse,  Mecklenbourg, 
Saxe  *  Souabe,  Wurtemberg. 

FRÉDÉRIC(Lecoloueî)ctaitfil5du 
fameux  roi  de  Corse  Théodore,  et  d'une 
irlandaise  de  la  noble  famiil«  de  Lu- 
cau ,  et  naquit,  à  ce  qu'il  paraît,  en 
Espagne  ,  où  sa  mère  était  alors 
attachée  à  la  maison  de  la  reine. 
Il  suivit  son  père,  dont  il  parta- 
gea la  mauvaise  fortune.  Après  avoir 
passé  qu<'lque  temps  dans  le  service 
naililaire,  il  vint  en  Angleterre  en  1 754, 
et  tomba  dans  une  détresse  telle  qu'il 
fut  ob'ige',  pour  subsister,  de  donner 
des  It^çoDS  d'ita'iieu.  En  17O8  ,  il 
publia  des  Mémoires  pour  servir  à 
L  Histoire  de  Corse  ,  i  vol.  in-8^  en 
français,  traduits  et  publiés  la  même 
année  en  anglais,  i  vol.  in-iJi.  Ces 
BJécQoircs, qui  offrent  de  l'intérêt,  et 
sont  écrits  avec  naturel ,  s'étendent 
depuis  l'origine  connue  de  l'île  de 
Corse,  jusqu'en  1755,  année  de  la 
mort  de  Théodore,  dont  l'ouvrage  est 
en  partie  un  panégyrique.  Frédéric , 
y\';mi  repris  du  service  en  Alkma- 
niai^nc,  reçut,  du  duc  de  Wurtem- 
berg ,  le  brevet  de  colonel  et  la  croix 
de  mérite ,  et  revint  ensuite  ci^  Angle- 
terre en  qualité  d'agent  de  ce  prince. 
En  i-jg» ,  il  alla  à  Anvers  pour  négo- 
cier un  emprunt  en  faveur  de  quelques 
membres  de  la  famille  royale  :  mais 
1«  secret  de  cette  démarche  avant 


transpiré  avant  qu'elle  eût  an  r^sul»* 
tat,  le  roi  refusa  d'y  accéder,  et  fil 
même  adresser  des  reproches  à  l'en- 
voyé. Le  colonel  Fré.léric ,  retombé 
dans  l'indigence ,  se  tua  d'un  couple 
pistolet  sous  le  portique  de  l'abbaye  de 
Westminster,  le  1".  février  1797.  Le 
jury  du  coroner  préjugea  qu'il  ne 
s'était  porté  à  cette  extrémité  que  dans 
un  égarement  de  raison,  et  rendit ,  en 
conséquence,  à  cette  occasion ,  un  ver- 
dict  de  démence  (/un«c;>').  Une  petite- 
fille  du  colonel  Frédwic,  ÉmilieClark, 
a  publié  ,  en  anglais  ,  un  roman  inti- 
tulé :  Ermina  Montrose,  ou  la  cfiau- 
mière  du  vallon ,  Londres,  1800, 
3  vol.  in- 12.  X— s. 

FRÉDÉRIC-AUGUSTE  l  et  H , 
rois  de  Pologne.  Fo^.  Auguste. 

FRÉDÉRIC  -  GUILLAUME  I  , 
roi  de  Prusse,  fils  de  Frédéric I  et  de 
Sophie-<lbarlotte  d'Hanovre,  naquit  le 
1 5  août  1 688.  Sa  première  éduca'tion 
fut  confiée  à  madame  de  Rocoules ,  qui 
s'était  réfugiée  à  Berlin  pour  cause  de 
religion.  On  s'aperçut  bientôt  que  le 
prince  avait  un  naturel  rude  et  dur , 
et  un  despotisme  de  volonté  qui  s%- 
ritait  de  la  moindre  contradiction.  Sa 
mère  fit  les  plus  grands  efforts  pour 
changer  ses  dispositions  naturelles ,  et 
pour  adoucir  son  caractère  :  mais  elle 
ne  put  y  réussir;  et  l'amour  même 
qu'on  tâcha  d'inspirer  au  prince  pour 
une  jeune  personne  iîrtéressante ,  Jie 
put  avoir  aucun  ascendant  sur  l'â- 
preté  de  son  esprit  et  la  rudesse  de  ses 
manières.  Déjà  ,  du  vivant  de  son 
père ,  il  avait  donné  à  connaître  qu'il 
n'approuvait  point  le  Inxc  et  les  plai- 
sirs de  la  cour  :  parvenu  au  trône , 
à  la  mort  de  son  père,  en  1^1 5,  ri 
fit  aussitôt  les  réformes  les  plus  sé- 
vères; il  vendit  la  plus  grande  panie 
des  effets  et  des  meubles  précieux  du 
château;  les  grandes  charges  de  la 
cour  furent  la  plupart  déclarées  va- 


FRE 

«ant€â  pour  toujours;  et  les  peintres, 
les  sculpteurs,  les  décorateurs,  reçu- 
rent leur  congé.  Une  espèce  de  bouffon, 
appelé  Guudling,  fut'  nommé  prési- 
dent d«  l'ac^adémie  royale  des  sciences 
et  des  belles  'ettres.  Le  prince  d'Au- 
halt,  qui,  depuis  plusieurs  années, 
jouissait  de  la  confiance  du  roi,  et  qui 
tirait  vanité  de  son  ignorance  et  de  la 
grossièreté  de  ses  goûts ,  le  dégoûta 
leUcment  de  tente  espèce  d'étiquette 
et  de  représentation,  qu'il  lui  fit  adop- 
ter le  genre  de  vie  d'un  particulier  obs- 
cur. Une  tabagie  devint  la  retraite  fa- 
vorite du  roi,  et  il  s'y  rendait  tous  les 
soirs  pour  fumer  du  tabac  et  boire  de  la 
J}ière   avec  se*  généraux.  Dans  ces 
réunions,  il  était  familier,  et  souffrait 
k  plaisanterie:  ailleurs,  il    exigeait 
ke soumission  la  plus  entière;  et  même 
au  sein  de  sa  famiUe ,  il  se  montrait 
dur  et  absolu.  Les  deux  grands  objets 
«les  soins  et  de  l'attention  de  Frédé- 
ric-Guillaume, pendant  tout  le  cours 
de  son  règne ,  furent  son  trésor  et  son 
armée.  li  fît  de  si  grandes  économies  , 
que  bientôt  il  fut  un  des  souverains  les 
plus  riches.  Si  l'argent  sortait  de  ses 
coffres ,   c'était  principalement  pour 
satisfaire  la  passion  qu'il  avait  de  re- 
cruter son  armée  des  hommes  de  la 
plus  haute  taille.  H  entretenait  par- 
tout des  enrôlcurs  pour  lui  procurer 
des  espèces  de  géants  qui  formaient  le 
régiment   de  ses  gardes   :  tous    les 
yours ,  à  des  heures  marquées ,  il  exer- 
çait ses  soldats  •  il  les  soumit  à  la  dis- 
cipline la  plus  sévère,  et  prit  les  mesures 
les  plus  rigoureuses  pour  empêcher 
la  désertion.   Le  philosophe  Wolf, 
qui  professait  à  l'université  de  Halle , 
lut  renvoyé ,  parce  qu'on  avait  dit  au 
roi  que  sa  philosophie  faisait  déserter 
les  soldats.  Cependant  ce  prince,  si 
occupé  de  ses  troupes ,  ne  fut  jamais 
guerrier,  et  chercha  toujours  à  con- 
server la  paix.  11  voyait  dans  son  ar- 


FRE  5^5 

m^e  un  moyen  de  se  livrer  a  son 
goût  pour  les  manœuvres  utilitaires; 
de  donner  un  plus  grand  ascendant  k 
sà  maison  dans  la  politiq4ie  ij^énérale,. 
et  de  so  faire  respecter  de  ses  voisins, 
Gn  le  traita  avec  bepu^oup  d'égards 
dans  les  conférences  d'Utrecht  et  de 
Rastadt  ;  et  les  traités  de  i  -^  i  S  et  de 
1714  sanctionnèrent  toutes  les  tran- 
sactions du  règne  précédent,  relatives 
aux  nouvelles  acquisitions  de  la  mai- 
son de  Prusse.    Le*  puissances  du- 
Nord  recherchèrent  l'alliance  de  Fré- 
déric-Guillaume ,   et   l'engagèrent   a 
prendre  part  aux  mouvements   dont 
la  Poinéranie,  le  Meckienbourg,  le 
Holstein  étaient  devenus  le  thé;ître  , 
depuis  les  revers   de   Charles   XlF, 
Après  avoir  refusé  long-temps  de  ne 
déclarer  ouvertement  contre  le  roi  ds 
Suède ,  il  joignit  ses  troupes  à  celles 
des  alliés,  et  assista  ,   en  r7i5  ,  au 
siège  deStralsund,  avec  Frédéric  l'V  , 
roi  de   Danemark.  Par  le  traité  de 
paix   qu'il    conclut   avec   le  roi  de 
Suède  en  1720,  il  obtint  une  partie 
de  la  Poméranie  suédoise,  eu  payant 
néanmoins  deux  millions  d'écus  ;  dé 
sorte  que   ce    fut  moins   une   con- 
quête qu'une  acquisition.  S' étant  dé- 
claré d'abord  pour  l'alliance  du  ffeno* 
vrc,  Frédéric  -  Guillaume  s'enje'ta- 
cha  ensuite,  et  signa,  eu  17^5,    au 
château  de  Wusterhausen ,  près  de 
Berlin  ,   un  traité  avec  la  cour  de 
Vienne.  Lorsque  la  guerre  eut  éclaté 
en  1755  à  la  mort  du  roi  de  Polo«ne, 
le  roi  do  Prusse  ne  put  s'empêcher 
d'envoyer  des  troupes  auxiliaires  à 
l'empereur  sur  le  Rhin;  niais  il  se  dé- 
clara neutre  du  coté  de  la-  Pologne ,  et 
il  donna    même  un  asile    dans  se<i 
états  à  Stanislas  ,  quand  ce  prince  fut 
obligé  de  se  sauver  de  Dautzig  pour 
échapper  aux  Russes.  Frédéric-Gnil- 
laume  avait  épousé  Sophie- Dorothée, 
soçur  de  George  11 ,  roi  d'Angleterre  ? 


596  F  R  E 

de  ce  mariage  était  ne',  en  1714, 
Charles-Frédéric,  que -sa  naissance 
appelait  au  trône,  qui  devint  si  fa- 
meux sous  le  nom  de  Frédéric  II ,  et 
qui  a  reçu  le  surnom  de  Grand.  Le 
jeune  prince,  obéissant  à  l'ascendant 
de  la  nature,  qui  lui  avait  donné  un 
esprit  actif,  une  imaj^ination  vive  et 
hrillante ,  manifesta  bientôt  un  goût 
décidé  pour  la  littérature  et  les  arts. 
La  société  de  son  père  ne  pouvait 
avoir  aucun  attrait  pour  lui  j  et  il  ne 
dissimula  point  son  éloignement  pour 
le  genre  de  vie  introduit  à  la  cour. 
Dirigé  par  sa  mère,  il  avait  le  projet 
d'épouser  la  fille  de  George  II,  dont 
il  voulait  engager  le  fils  aîné,  le  prince 
de  Galles ,  à  épouser  en  même  temps 
sa  sœur  chérie,  la  princesse  Frédériqne. 
Le  roi  désapprouvait  les  goûts  et  les 
plans  de  sonfils:  ennemi  déclaré  des 
arts  et  des  lettres,  ayant  une  antipathie 
personnelle  contre  George  II,  et  se 
prêtant  aux  vues  de  la  cour  de  Vienne , 
q[ui  était  contraire  à  ce  double  mariage, 
il  exprimait  souvent  son  improbation 
au  prince  royal  de  la  manière  la  plus 
dure ,  et  le  maltraitait  publiquement. 
Le  prince  chercha  à  se  faire  des  parti- 
sans et  des  amis  :  un  jeune  officier , 
Boraraé  Katt,  devint  son  confident; 
Cl  il  fit ,  de  concert  avec  lui ,  le  projet 
de  se  soustraire  aux  mauvais  traite- 
ments de  son  père.  En  1730,  Fré- 
déric-Guillaume prit  la  résolution  de 
faire  un  voyage  dans  les  contrées  du 
midi  de  l'Allemagne;  et  le  prince  royal 
eut  ordre  de  l'accompagner.  Ce  prince 
crut  que  ce  serait  le  moment  d'exécu- 
ter son  projet  ;  en  partant  de  Berlin  , 
il  convint,  avec  Katt,  que  celui-ci  vien- 
drait le  joindre  au  premier  avis  qu'il 
aurait  de  sa  retraite:  mais  l'indiscré- 
tion do  Katt  éventa  le  mystère;  il  ré- 
pandit partout  que  le  prince  ne  revien- 
drait pas,  et  qu'il  était  chargé  dt  lui 
faire  ienir  de  l'argent.  Le  roi  fut  averti 


PRE 
à  Anspach ,  e!  donna  l'ordre  de  sur- 
veiller le  prince.  Celui-ci,  ne  se  dou- 
tant de  rien,  communiqua  ses  chagrins 
nu  margrave  d' Anspach;  et  le  lende- 
main il  lui  demanda  un  bon  cheval , 
sous  prétexte  qu'il  voulait  se  prome- 
ner :  le  margrave  éluda  la  demande , 
et  Frédéric  fut  obligé  de  suivre  son 
père.  Avant  de  continuer  le  voyage ,  il 
écrivit  à  son  confident, pour  lui  mar- 
quer qu'il  avait  si  bien  pris  ses  me- 
sures, que  dans  deux  jours  il  serait 
en  liberté,  et  que,  s'il  était  poursuivi , 
ils  se  jetterait  dans  un  couvent.  Il 
envoya  cette  lettre  au  bureau  de  la 
poste,  pour  la  faire  partir  par  une 
estafette  ;  mais ,  comme  il  était  pressé , 
il  avait  mis  en  dessus,  par  Nurem" 
berg  j  sans  ajouter  ,  à  Berlin.  Le 
commis  de  la  poste  de  Nuremberg 
crut  que  la  lettre  était  adressée  à  un 
officier,  aussi  nomme  Katt,  qui  se  trou- 
vait alors  dans  celte  ville.  Cependant  le 
prince  royal  continua  d'accompagner 
tranquillement  son  père  jusque  dans 
un  village  près  de  Francfort,  où  le 
roi  voulut  passer  la  nuit.  C'était  de  ce 
village  que  Frédéric  crut  pouvoir 
s'échapper.  Les  chevaux  étaient  com- 
mandés, et  le  prince,  s'étant  levé  à 
minuit,  sortit  de  sa  chambre;  mais  u« 
officier  et  un  domestique,  qui  cou- 
chaient dans  la  même  chambre,  s'é- 
veillèrent, avertirent  plusieurs  autres 
personnes ,  et  l'on  se  mit  à  la  pour- 
suite du  prince,  que  l'on  trouva  au 
milieu  du  village,  attendant  les  che- 
vaux. On  l'engagea  à  retourner,  en 
lui  promettant  que  jamais  le  roi  ne 
serait  instruit  de  ce  qui  venait  de  se 
passer.  Le  lendemain,  le  roi  étant  à 
Francfort,  reçut  une  estafette  de  ce 
même  Katt  de  Nuremberg,  à  qui  1.» 
lettre  du  prince  royal  avait  été  remise, 
et  qui  l'envoyait  à  Frédéric-Guillaume. 
Le  roi  ne  se  posséda  point  de  colère  , 
et  voulut  se  jeter  sur  le  prince;  mais 


FRE 

on  le  conjura  de  se  calmer,  et  Ton 
parvint  à  l'éloigner.  Le  prince  fut 
désarmé,  et  reçut  une  forte  garde, 
qui  avait  ordre  de  ne  Je  laisser  par- 
ler à  personne.  On  le  conduisit  à  Mit- 
lenwalde,  en  Brandebourg,  et  le  roi 
retourna  lui-même  à  Beriin.  Kalt  ayant 
été  mis  en  prison,  fut  interrogé:  le 
prince  subit  également  un  interroga- 
toire 'y  et  l'on  fit  les  recherches  les 
plus  rigoureuses  pour  se  procurer  sa 
correspondance,  dont  la  partie  la  plus 
importante  avait  cependant  été  sous- 
ti'aite  et  bien  cachée  par  les  soins  de 
la  reine.  On  transféra  ensuite  le  prince 
à  la  citadelle  de  Gusfrin ,  où  il  fut  en- 
fermé dans  une  chambre  sans  meu- 
tles;  il  y  eut  défense  de  lai  donner  de 
la  lumière  et  des  livres,  excepté  la 
Bible  et  un  livre  de  prières.  En  atten- 
dant ,  le  roi  délibérait  sur  la  manière 
de  faire  juger  son  fils.  fiCS  ministres 
lui  ayant  représenté  que  personne 
n'avait  le  droit  de  juger  l'héritier  de 
la  couronne,  il  prit  le  parti  de  consi- 
dérer Frédéric,  dans  cette  circons- 
tance, non  comme  son  fils,  mais 
comme  colonel  de  ses  gardes,  et  il 
nomma  un  conseil  de  guerre.  Le  prince 
royal  et  Katt  furent  condamnés  à 
avoir  la  tête  tranchée.  Un  officier  eut 
ordre  de  conduire  Katt  à  la  citadelle  de 
Cuslrin.  On  avait  élevé  un  échafaud, 
dans  la  place  de  la  citadelle,  au  niveau 
de  la  chambre  du  prince,  dont  on 
avait  élargi  les  fenêtres  pour  donner 
un  passage  de  plein-pied  à  Téchafaud, 
qui  fut  couvert  de  drap  noir.  Ces  ap- 
prêts avaient  été  faits  sous  les  yeux  du 
prince,  qui  ne  pouvait  douter  qu'ils  ne 
lussent  pour  lui.  Le  lendemain,  il 
crut  sa  fin  arrivée,  lorsqu'il  vit  entrer 
dans  sa  chambre  le  commandant  de  la 
citadelle  :  mais  cet  officier  lui  dit  que 
le  roi  voulait  qu'il  assistât  à  l'exécu- 
tion de  Katt,  qui  allait  avoir  la  tête 
tranchée.  Le  prince  s'approclia  d'une 


FRE  597 

des  fenêtres;  et  peu  après  parut  le 
malheureux  Katt  :  Frédéric  ,  en  le 
voyant  ,  demanda  qu'on  suspendît 
l'exécution  et  qu'on  lui  permît  d'écrire 
au  roi;  qu'il  renonçait  solennellement 
à  la  succession  pourvu  qu'on  lui  accor- 
dât la  grâce  de  sou  ami.  Mais  ses 
pleurs ,  ses  prières,  ses  cris,  ne  turent 
point  entendus  :  l'arrêt  devait  être  exé- 
cuté; tel  était  l'ordre  irrévocable  du 
roi.  Quand  Katt  fut  assez  proche,  le 
prince  lui  cria  qu'il  était  au  deses- 
poir d'être  cause  de  sa  mort ,  et  qu'il 
souhaiterait  de  pouvoir  se  trouver  à 
sa  place.  Au  moment  où  le  coup  fatal 
allait  être  porté,  Frédéric  tomba  eii 
faiblesse;  ou  le  porta  sur  son  lit,  où 
il  revint  à  lui,  mais  sans  pouvoir  se 
lever.  Le  corps  de  Katt  demeura  tout 
le  jour  surl'échafaud  sous  les  fenêtres 
du  prince.  Le  sang  de  Katt  n'avait  point 
apaisé  le  roi ,  et  il  réservait  le  même 
sort  à  son  fils.  La  famille  royale  était 
dans  la  consternation;  mais  l'implaca- 
ble monarque  restait  insensible  aux. 
sollicitations ,  aux  gémissements  et  aux 
larmes.  Il  fut  cependant  ébranlé  par- 
les représentations  des  cours  étran- 
gères, et  surtout  par  une  lettre  de 
l'empereur.  Quoique  cette  lettre  l'eût 
d'abord  choqué ,  parce  que  l'empereur 
y  disait  que  le  prince  relevait  de 
l'Empire,  et  quoique,  dans  un  premier 
moment,  il  eût  déclaré  qu'il  ferait 
exécuter  l'arrêt  en  Prusse ,  où  il  était 
indépendant ,  il  se  calma  peu  à  peu  , 
et  revint  enfin  aux  sentiments  de  la 
nature.  H  dit  à  un  des  grands-officiers 
de  la  cour  que,  si  le  prince  s'humi- 
liait devant  lui,  il  lui  rendrait  ses 
bonnes  grâces;  et  il  permit  à  cet  offi- 
cier de  partir  pour  Custrin ,  comme 
de  lui-même  ,  pour  parler  à  Frédéric. 
Après  quelques  moments  d'hésitation , 
le  prince  se  décida  à  écrire  à  son  père , 
qui  lui  répondit  qu'il  lui  pardonnait 
ses  fautes,  à  condition  cependant  qui! 


5c^  F  R  E 

»e  sortirait  pas  de  Cnslriu;  qu'il  vi- 
vrait dans  cette  ville  en  simple  parti- 
culier, et  qu'ii  s'appliquerait  à  c»n- 
i»a»tre  l'administration  des  domaines, 
en  a-ssistant  journellement  aux  séances 
de  fa  chambre  chargée  de  cette  partie, 
et  eu  prenant  place  auprès  du  plus 
jerifte  conseiller.  Le  prince  n'eut  point 
Irv  permission  de  reprendre  runiformc. 
On  lui  fit  prêter  un  serment  par  lequel 
il*  s'engageait  à  ne  témoigner  aucun 
ressentiment  à  personne ,  et  à  ne  j^ 
mais  se  soustraire  à  l'obéissance  qu'il 
cfevait  au  roi.  Il  lui  fut  prescrit  de  ne 
s'occuper  que  des  affaires  d^adminis- 
tration  porte'es  devant  la  chambre; 
et  il  reçut  l'ordre  spécial  de  ne  point 
parler  français.  Frédéric  passa  à  peu 
prfs  une  *nnée  dans  celte  situation  : 
son  père,  ayant  reçu  des  nouvelles  sa- 
tisfaisantes de  sa  conduite ,  le  rappela 
à  la  cour ,  et  lui  donna  un  régiment. 
H  revint  peu  à  peu  de  ses  préven- 
tions, et  apprécia  les  talents  de  ce 
fils,  qui  devait  être  un  jour  la  gloire 
de  sa  maison  et  de  son  siècle.  Frédé- 
ric-Guillaume avait  toujours  donné  des 
soins  particuliers  au  royaume  de 
Prusse  :  il  y  fit  plusieurs  voyages 
vers  la  fin  de  son  règne  ;  et  les  protes- 
tants de  Salzbourg,  ayant  été  persé- 
cutés par  l'arcbcvêque ,  en  1708,  il 
les  wYitA  à  former  dés  établissements 
en  Prusse,  et  en  particulier  dans  la 
province  de  Litbua nie,  dépeuplée  ré- 
cemment par  la  peste  :  il  acquit  plus 
de  vingt  mille  citoyens  industrieux, 
qui  repeuplèrent  plusieurs  villages  et 
plusieurs  villes  dans  l'espace  de  quel- 
ques années.  Au  retour  d'un  voyage 
qu'il  avait  fait  en  Prusse,  avec  une 
suite  assez  nombreuse,  le  roi  se  trou- 
va très  affaibli  ;  il  tomba  dans  un  état 
de  langueur  qui  fil  craindre  pour  ses 
jours  :  ne  se  sentant  plus  la  force  de 
s'occuper  de  l'administration  de  ses 
^(S;  i\  prit  la  résolution  d'abdi<^ucr 


FRE 

en  faveur  de  son  fils  Fre'déric  ;  mais 
avant  que  l'acte  d'abdication  pût  être 
réglé,  sa  faiblesse  augmenta,  et  il  mou- 
rut le  3i  mai  1740.  Sa  mort  causa 
peu  de  regrets;  on  le  craignait  plu» 
qu'on  ne  l'aimait ,  à  cause  de  son  ex- 
cessive sévérité  et  de  ses  principes 
despotiques.  Cependant  il  laissait  son 
pays  dans  un  état  florissant;  et  son  fils, 
dans  les  Mémoires  de  Brandebourgs 
convient  que  l'ordre  qui  avait  été  intro- 
duit dans  l'administration,  le  trésor  que 
son  père  avait  amassé,  et  Tarmée  qu'il 
avait  créée  ,  servirent  beaucoup  à 
consolider  la  puissance  de  sa  maison. 
Et  t.i  effet ,  il  eût  été  difficile  à  Fré- 
déric II  d'exécuter,  immédiatement 
après  son  avènement  au  trône,  les 
grandes  entreprises  qui  étonnèrent 
l'Europe  ,  sans  les  ressources  qu'il 
avait  héritées  de  son  père.  (  P^oj.  Ba* 
REUTH ,  Margrave  de  ) ,  au  Supplé- 
ment. C — Au. 

FRÉDÉRIC -GUILLAUME  If, 
neveu  du  grand  Frédéric ,  et  fils  aîné 
du  malheureux  prince  royal  qui  mou- 
rut en  17^9  (  Voy.  FredÎric  II, 
pag.  5^7  ),  naquit  le  25  septembre 
1 744*  Il  eut  pour  précepteur  M.  Be- 
guelin ,  et  pour  gouverneur,  le  comtô 
de  Bork,  tous  les  deux  fort  estimés. 
Frédéric  témoigna  toujours  beaucoup 
d'affection  à  son  neveu  ;  et  il  parut 
vouloir  ainsi  réparer  les  torts  qu'il 
avait  eus  envers  son  père.  Il  le  dirigeât 
surtout  vers  la  carrière  des  annes  ;  et 
persuade  qu'il  y  obtiendrait  de  grands 
succès ,  on  l'entendit  plusieurs  fois  s'é- 
crier :  Ce  jeune  homme  me  recom- 
mencera. Ce  fut  vers  la  fin  de  1^ 
guerre  de  sept  ans  que  le  jeune  prince 
lit  ses  premières  armes.  Le  roi  ne 
voulut  pas  qu'il  fut  ménagé  sous  aucun 
rapport;  et  on  lit  dans  ï Histoire 
de  mon  temps ,  qu'il  y  fut  exposé  k 
des  dangers  auxquels  dans  d'autres 
pays  on  n'expose  pas  de  simples  bus- 


FRE 

sards.  Galopant  un  jour  à  la  suite  de 
Son  onde ,  i!  eut  son  clieval  tue  sous 
lui  par  un  boulet  de  eanon  ;  le  roi,  le 
voyant  tomber,  dit  avec  un  sang-froid 
incroyable  :  «  Ah  I  voilà  le  prinoc  de 
1»  Prusse  tue  !  qu*on  prenne  la  selle  et 
»  la  bride  de  son  cbeval.  »  Plus  heu- 
re»! que  son  père, Frédéric-Guillaume 
ayant  été  charge',  dans  la  guei're  de  la 
succession  de  Bavière,  deconduke  un 
corps  d^arnsee  en  Silésie ,  ie  rame»a 
sans  s€  laisser  entamer,  qiwiqu'il  fôt 
poursuivi  par  des  forces  beaucoup 
supérieures  aux  siennes.  Arrive  à 
Breslau ,  le  jeune  prince  se  pre'senta 
devant  le  roi ,  qui  lui  dit  d'un  ton 
grave  :  «  Vous  n'êtes  plus  mon  ne- 
»  veu 5  »  et  l'embrassant  ensuite,  il 
ajouta  :  «  Vous  êtes  jnon  fils.  »  Quelle 
que  fut  l'affection  de  Fréde'ric  poinr 
son  neveu,  il  lui  fit  donner  une  edu- 
câlion  très  se'vère  ;  et  le  jeune  prince 
mena  une  vie  fort  simple  jusqu'à  son 
avènement  (  16  août  1786  ).  S'il 
se  livrait  à  quelques  dérèglements  , 
ce  n'était  qu'en  évitant  avec  le  plus 
grand  soin  les  regards  de  son  oncle. 
Devenu  roi  à  l'âge  de  4^-  ans,  Fré- 
déric-Guillaume montra  d'abord  des 
intentions  de  bienfaisance;  il  répara 
plusieurs  injustices  de  son  prédéces- 
seur, et  parut  mettre  beaucoup  de 
zèle  à  se  faire  la  réputation  d'un  prince 
juste  et  loyal  ;  il  diminua  quelques  im- 
pots, abolit  des  monopoles  vexatoires, 
et  voulut  que  ses  sujets  jouissent  d'une 
plus  grande  liberté.  Mais,  d'un  autre 
côté,  il  se  montra  fort  jaloux  de  son  au- 
torité; et  afin  qu'on  ne  pût  pas  même 
supposer  qu'il  se  laissait  diriger,  il 
e'carta  successivement  tous  les  hommes 
distingués  par  leurs  talents  et  leur  ex- 
périence. (  Voy.  Henri  prince  de 
Prusse,  Brunswick,  tom.  VI,  pag. 
1 52 ,  et  Hertzberg.  )  Dans  le  temps 
où  il  se  privait  ainsi  des  serviteurs  les 
plus  utiles ,  il  se  livrait  secrètemeul  à 


FRE  5rig 

Tinfluence  de  ses  maîtresses  et  de  fa- 
voris obscurs.  Retenu  long-temps  par 
la  sévérité  de  son  oncle,  dès  qu'if 
fut  le  maître  il  s'abandonna  s»n« 
contrainte  à  son  ç;9iit  excessif  po+w 
les  femmes.  Frédéric  lui  avait  fait 
répudier  la  princesse  Elisabetli  4« 
Brunswick,  pour  cause  d'incoud+H+e. 
Si  les  vertus  de  la  priii^esse  de  Hesse 
d'Arrastadî,  sa  seconde  épouse,  la  mi- 
rent à  t'abii  d'une  pareille  ^lisgrâ*  , 
elle  eut  peut-être  plus  à  souffrir  par 
le  trio«n[)be  public  des  Hiaît-re$«es  <3ïi 
roi.  Ce  princo  ne  put  jamais  rorajHÇ 
un  lien  honteux  avec  une  dame  RietE, 
née  Henck.,  célèbre  par  le  dérègle^ 
ment  de  ses  raœivrs  et  pai*  l'infa- 
mie de  son  raari.  il  la  combla  de  tou- 
tes sortes  de  faveurs  ,  elle,  et  un  fii« 
qu'elle  lui  donna  et  dont  la  mort  le 
rendit  long-temps  inconsolable.  De- 
venu épris,  dans  le  même  temps,  de 
mademoiselle  de  Voss ,  il  la  fit  com- 
tesse d'ingenheira,  et  l'épousa  de  la. 
main  gauche.  Cette  dame  mourut  peu 
de  temps  après,  et  elle  fut  remplacée 
par  la  comtesse  Doenhoff,  qui  ne 
tarda  pas  à  être  disgraciée  à  son  tour. 
Madame  Rietz  reprit  alors  tout  ^oii 
crédit;  elle  fut  créée  comtesse  de 
Lichtenau,  et  habita  l'un  des  plus 
beaux  palais  de  Berlin ,  où  elle  tenait 
une  espèce  de  cour.  (  F,  Lichtenau.  ) 
Uii  autre  travers  jeta  peut-être  encore 
plus  de  ridicule  sur  Frédéric-Guil- 
faurae  ;  ce  fut  sa  crédulité  pour  les 
illuminés,  alors  très  nombreux  en  Al- 
lemagne. Il  accueillit  dans  sou  palais 
tous  les  hommes  de  cette  secte  (  Voy. 
WoïLNER  )  ;  et  ces  visionnaires  \m 
firent  successivement  apfoaraitre  Moï- 
se ,  Jésus  et  César.  Ce  fut  par  de 
pareilles  impostures  que  l'on  parvint 
à  égarer  son  imagination  et  à  trom- 
per son  esprit  :  dès  -  lors  aucun 
homme  sage  ne  put  être  entendu. 
Tous  les  gens  de  mérite  furent  écarlésj 


6oo 


FUE 


et ,  même  dans  l'armée ,  les  emplois 
lie  furent  plus  accorde's  qu'aux  plus 
iBe'pri>abies  intrigues.  Ces  désordres 
curent  les  résultats  les  plus  fâcheux 
sur  toutes  les  parties  du  gouverne- 
ment. Lç  trésor  que  Frédéric  avait 
amassé  pour  des  circonstances  impor- 
tantes, fut  dissipé  d'une  manière  hon- 
teuse; et  l'armée,  qui  cessa  de  voir 
son  chef  et  d'être  encouragée  par  son 
exemple,  perdit  tout-à-fait  sa  supé- 
riorité. Mais  ce  qu'il  y  eut  encore  de 
plus  malheureux  pour  la  monarchie 
jîrussieune ,  ce  fut  la  faiblesse  et  la 
versatilité  que  l'on  remarqua  dans  sa 
politique.  Dirigée  d'abord  par  le  mi- 
nistre Hertzberg ,  cette  politique  avait 
semblé  ferme  et  vigoureuse;  et  la 
considération  du  cabinet  prussien 
avait  paru  s'accrojtrc  en  Europe  par 
l'influence  qu'il  avait  su  obtenir  sur 
les  affaires  de  Hollande,  et  par  l'éner- 
gie qu'il  avait  su  inspirer  aux  Turks 
tt  aux  Polonais,  pour  résister  aux  pré- 
tentions des  deux  cours  impériales. 
Mais  dès  qm-  cet  habile  ministre  eut 
clé  renversé  par  les  intrigues  des 
maîtresses  et  des  favoris,  la  marche 
devint  incertaine ,  aucun  système  ne 
fut  suivi;  et  tout  se  fit  avec  une  hési- 
tation et  une  mobilité  qui  décelèrent 
toute  la  faiblesse  et  la  médiocrité  du 
chef.  On  le  vit  successivement  aban- 
donner les  Turks,  les  Polonais  et  les 
Belges,  après  les  avoir  excités  à  des 
attaques  imprudentes.  En  1792,  il  se 
mit  à  la  tête  de  la  coalition  qui  devait 
rétablir  Louis  XVI  sur  le  trône  ;  et 
après  s'être  ligué  avec  l'Autriche  par 
le  traité  de  Pilnilz  ,  il  pénétra  en 
France  à  la  tête  de  quatre-vingt  mille 
hommes.  Parvenu  h  trente  lieues  de 
Paris ,  il  hésita  au  moment  ou  il  de- 


FRE 

vail  agir,  négocia  avec  le  parti  révo- 
lutionnaire, et  revint  sur  le  Rhin  où 
son  armée  combattit  encore  pendant 
deux  ans,  sans  résultats.  (^.Bruns- 
wick ,  tom.  VI,  pag.  i55.  )  Dans 
le  même  temps,  il  s'occupait  de  con- 
cert avec  l'impératrice  de  Russie , 
d'un  nouveau  partage  de  la  Pologne  ; 
et  il  se  rendit  a  son  armée  qui  com- 
battait sur  les  bords  de  la  Vistule.  Ce 
fut  lui  qui  triompha  de  Kosciusko  et 
s'empara  de  Cracovie,  tandis  que  son 
armée  du  Rhin  n'agissait  qu'avec 
beaucoup  de  faiblesse  et  de  lenteur, 
quoiqu'il  eût  reçu  de  l'Angleterre  des 
subsides  considérables.  Enfin  ilsere- 
tiri  tuul-à-fait  de  la  coalition,  et  signa 
la  paixàBâIele  i5  avril  1795,  aban- 
donnant à  la  république  française  ses 
étals  de  la  rive  gauche  du  Rhin.  Ainsi 
il  laissa  l'Autriche  presque  seule  aux 
prises  avec  cette  puissance,  dans  le 
moment  où  son  agressioii  et  ses  mena- 
ces avaient  porté  le  parti  révolution- 
naire de  France  a  mettre  sous  les  ar- 
mes une  immense  population.  C'est  à 
une  telle  défection  dans  de  pareilles 
circonstances,  qu'il  faut  sans  doute  at- 
tribuer la  plus  grande  partie  des  mal- 
heurs qui  vinrent  un  peu  plus  tard 
accabler  l'Europe.  Frédéric-Guillaume 
ne  jouit  pas  long-temps  lui-même  de  la 
paix  qu'il  avait  donnée  à  ses  sujets  ; 
il  mourut  le  16  novembre  1 797,  lais- 
sant la  couronne  à  son  fils  Frédéric- 
Guillaume  m.  M.  L.  P.  de  Ségur'l'aîné 
a  publié  en  1800,  V Histoire  des  prin- 
cipaux événements  du  règne  de  Fré- 
dériC' Guillaume  11,  etc.  5  vol. 
in-8^  M— D  j. 

FRÉDÉRIC -HENRI.   Voyez 

OaANGE. 


FIW    DU    QUINZIEME    VOLUME. 


CT  Biographie  universelle, 

143  ancienne  et  mcxierne 

M5 

1.^11 

1. 15 


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